dimanche 8 mai 2016

Le crépuscule du mouvement réchauffiste ?

Le mouvement écologiste et politique autour du réchauffement climatique devrait radicalement se remettre en cause au plus vite, c'est le constat de plusieurs chercheurs aux Etats-Unis.

Voici des extraits du long article intitulé Green Idols : Twilight of the Climate Change Movement écrit pour The National Interest par Mario Loyola, associé de recherche principal au Wisconsin Institute for Law and Liberty :

La face cachée de l’accord de la COP21

Le sommet climatique de l’ONU à Paris fin 2015 s’est achevé par un feu d’artifice. Les gouvernements du monde ont promis des coupes radicales dans les émissions de carbone. Les pays riches ont promis un coup de main aux pays pauvres avec 100 milliards de dollars par an pour les aider. Tout le monde est d’accord pour voir là un résultat historique majeur.

Puis vint le croustillant : l’accord n’est pas contraignant. Le secrétaire d’État américain John Kerry assura sur Meet the Press de la NBC que la conformité serait imposée par « l’arme puissante » de l’humiliation publique, impliquant apparemment une politique de confrontation verbale avec les États défaillants. Le scientifique danois Bjørn Lomborg qualifia l’accord de Paris comme « le plus coûteux de l’histoire » si appliqué. [Bjørn Lomborg est l’auteur de L’Écologiste sceptique ]

Selon Lomborg, l’accord « réduirait les températures d’à peine 0,05 degré Celsius d’ici 2100… » ; c’est tout simplement du théâtre politique, destiné à nous convaincre que nos chefs s’attellent sérieusement à la tâche… un geste incroyablement coûteux, mais presque inopérant. Jim Hansen, scientifique de la NASA, un des premiers partisans de l’idée que le réchauffement global est d’origine humaine, qualifia l’accord de « foireux, contrefait » et « d’escroquerie ».


Échec de la COP21 : la faute à qui ?

L’évaluation de Hansen est probablement proche de la vérité ; et lui et ses amis n’ont qu’à s’en prendre à eux-mêmes. Bien que ceux qui remettent en cause l’existence même d’un réchauffement planétaire puissent être directement mis de côté, les alarmistes ont été bien trop prompts à écarter les questions légitimes sur l’importance du réchauffement climatique. En fait, ils ont fréquemment qualifié de telles questions d’hérésies à persécuter, adoptant une mentalité encore plus agressivement anti-scientifique que ce dont ils accusent les autres.

En même temps, du côté politique, la demande des alarmistes pour un contrôle économique mondial, y compris un plafonnement des carburants fossiles, est largement recyclée des précédentes modes scientifiques catastrophiques, comme la peur de la pénurie de pétrole de la fin des années 70. En dépit des énormes coûts qu’imposeraient ces politiques, particulièrement sur les pays pauvres, elles ne feraient pratiquement rien pour stopper le changement climatique d’origine humaine, et encore moins protéger quiconque de l’incessant changement climatique naturel qui est l’une des principales et inévitables caractéristiques de notre planète. Elles détournent aussi l’attention des investissements qui rendraient la société moins vulnérable au changement climatique.

Ne vous laissez pas avoir par la fanfare parisienne : le mouvement du changement climatique va se voir confronté à de gros problèmes. Ses propositions principales contiennent deux erreurs majeures qui ne deviendront que davantage voyantes avec le temps. D’abord, dans un contraste saisissant avec la croyance populaire et les déclarations publiques des officiels gouvernementaux et de nombreux scientifiques, la science sur laquelle sont basées les terribles prédictions de changement climatique anthropique est très loin du niveau de compréhension ou de certitude que le discours populaire lui attribue. Ensuite, et concomitamment, l’adoption par le mouvement d’une forme absolue de principe de précaution dénature l’analyse rationnelle coût-avantage, ou la met totalement au panier.

La bonne stratégie pour faire face aux défis environnementaux devra être basée sur des incitations et des mécanismes de marché, une analyse coûts-avantages rationnelle, et un large consensus sur l’importance vitale d’une économie efficace. Les stratégies qui faussent l’analyse coûts-avantages rationnelle (ou la science sur laquelle elle est basée) pour faire passer un ordre du jour antiéconomique ne marcheront pas et ne peuvent maintenir l’illusion d’une légitimité que jusqu’à ce qu’elles soient discréditées.

Le changement climatique est réel, questions hérétiques

Dans le discours politique, il est souvent nécessaire de simplifier des sujets politiques pour les rendre accessibles au débat public. Mais trop de simplification peut avoir pour effet de troubler le débat public, comme cette malencontreuse déclaration lors du discours sur l’État de l’Union du Président Obama : « Le débat est clos. Le changement climatique est réel. » Bien sûr, le changement climatique est réel. Le climat change perpétuellement. Seul le plus sot des détracteurs du Président pense autrement, et cela n’aide pas sa cause de démontrer qu’il peut être aussi idiot.

Il est parfaitement évident que la planète s’est refroidie et réchauffée au long des siècles. Il est aussi irréfutable qu’au moins une part significative de ce réchauffement est attribuable au dioxyde de carbone issu de la combustion des carburants fossiles depuis le milieu du XXe siècle. Il y a une bonne raison scientifique de croire que cet accroissement de la concentration de gaz à effet de serre constitue presque certainement une contribution nette au réchauffement planétaire. Mais des questions cruciales demeurent à propos de l’importance relative des facteurs naturels qui influencent le climat. Le Président a cependant tort en ce sens que pour ce qui est des questions scientifiques les plus importantes, le débat ne fait que commencer.

Le débat public est dominé par des déclarations simplistes affirmant que le « changement climatique est d’origine humaine » ce qui amène chacun à penser que toute la tendance actuelle au réchauffement est due à l’homme. Mais presque tous les scientifiques du climat s’accordent pour dire que de nombreux facteurs influencent les températures, y compris des variations majeures dans la circulation océanique, des variations de l’orbite de la Terre, de l’activité solaire et de l’activité volcanique. La « déclaration d’attribution » dans le dernier rapport d’évaluation du GIEC est prudemment formulée : « Il est très probable que plus de la moitié de l’augmentation observée de la température moyenne globale de 1951 à 2010 a été causée par l’augmentation des GES et autres forçages anthropiques. »

La différence entre « plus de la moitié » (le résumé de la littérature scientifique du GIEC) et « tout » ou « presque tout » est cruciale du point de vue de la politique publique. Si seulement la moitié environ du réchauffement observé est due à l’activité humaine, l’analyse coûts-avantages des politiques actuellement proposées est plus que douteuse, et révèle un autre problème : si pratiquement la moitié de la tendance actuelle (quelle qu’elle soit) au réchauffement est due à des causes naturelles, les politiques actuelles seront sans effet.

Ceci met en lumière une fonctionnalité autocorrective importante dans le développement de la science du climat. Oui, il est vrai que nombre de journaux rejettent les articles critiquant le consensus ambiant, et que des priorités de financement renforcent lourdement ce consensus. Mais même le puissant biais en faveur de conclusions pressantes, qui a été introduit dans la recherche scientifique par la politisation persuasive du problème, ne peut inventer facilement de fausses données. Chaque année apporte plus de données brutes que l’année précédente, et l’écart entre les nouvelles données et les simples modèles climatiques augmente.

Les alarmistes disent qu’on doit s’attendre à des écarts, et que les modèles peuvent être affinés. Mais ils se sont eux-mêmes enfermés à tort dans des certitudes alors que des incertitudes considérables demeurent. L’incertitude sur les risques n’est pas nécessairement fatale à une politique de précaution, mais revendiquer de fausses certitudes finit par l’être tôt ou tard. Rappelons-nous la guerre d’Irak et la non-existence des armes de destruction massives de Saddam.



Il y a une grande différence entre admettre que le dioxyde de carbone anthropique est une cause du réchauffement global actuel, et affirmer qu’il est responsable de pratiquement tout le réchauffement global en cours. Nombre de scientifiques du climat qui admettent que l’homme contribue au réchauffement global sont sceptiques quant aux pronostics de changement climatique catastrophique.

Ce flou des limites entre recherche et plaidoyer trouble le public et laissent les scientifiques désarmés face à des accusations de malhonnêteté professionnelle. Le fait que la vision apocalyptique d’une catastrophe imminente fasse partie de l’orthodoxie obligatoire donne au mouvement une tonalité quasi religieuse, et amène à la persécution des « sceptiques » comme hérétiques.

Des politiques révolutionnaires contre le changement climatique

[…]

Les Américains de l’ensemble du spectre politique pourraient admettre que les preuves scientifiques du changement climatique justifient certaines mesures de précaution, et que la nature est une valeur importante. Mais avec tant d’alarmistes, de Bill McKIbben à Naomi Klein appelant à la fin du capitalisme comme nous le savons, le débat tend à dérailler dès le départ.

Les alarmistes du climat veulent-ils éliminer l’impact humain sur le climat, quel que soit ce que ferait le climat autrement ? Ou essayent-ils d’éliminer le changement climatique lui-même, quelle qu’en soit la cause ? Les paroles confuses d’Obama pour sauver la planète semblent éluder plutôt que clarifier si c’est réellement la planète qui a besoin d’être sauvée de l’humanité, ou l’humanité qui a besoin de se sauver d’elle-même.

La question n’est pas passée inaperçue. Sur Slate, Joseph Romm concède que la planète se portera bien quoi que nous fassions, donc nous devrions être plus inquiets pour nous-mêmes. Nous vivons sur une planète où l‘adaptation est une compétence nécessaire.

Imaginons que c’est parfaitement possible — qu’une seule percée technologique nous permette de contrôler la température moyenne globale. Pourrions-nous nous mettre d’accord sur ce que devrait être la température idéale ? La température moyenne globale actuelle est-elle idéale ? Beaucoup voudraient considérer cela comme admis, et les alarmistes du climat semblent le présupposer, mais la proposition ne va pas du tout de soi.

En lisant les rapports du GIEC, les alarmistes trouvent l’idée de s’adapter au changement climatique bien moins satisfaisante que celle de le prévenir. Mais leur fixation sur un contrôle économique mondial se ramène à une sorte d’ingénierie climatique parce que cela présuppose que l’humanité n’apprendrait pas à vivre avec une planète en changement. Ainsi nous devons croire que l’espèce la plus adaptative qui ait jamais existé, une espèce si sophistiquée qu’elle peut survivre dans l’espace, exige une température moyenne et un niveau marin absolument stable pour survivre. C’est un défi au sens commun.

La civilisation humaine fait face à de nombreux défis. Nous sommes face à un risque toujours présent de changement climatique dangereux dû à des causes naturelles. Nous faisons face à une crise immédiate de perte rapide de l’habitat le plus précieux et essentiel, principalement en raison de l’agriculture et de l’abattage. Le futur nous apportera des défis supplémentaires pour lesquels nous nous trouverons bien moins préparés que nous n’aurions pu l’être. Ce qui est terrible c’est que nous n’accordons que très peu d’attention à ces risques, pour la simple raison qu’ils ne rentrent pas confortablement dans le programme essentiellement anti-industriel des écologistes.

La conférence de Paris est parvenue à un accord sur un Fonds Climatique Global de $100 milliards pour aider les pays en développement à réduire leur empreinte carbone. L’argent serait bien mieux dépensé dans une assistance à l’adaptation, pour s’assurer que les sociétés pauvres préservent leur habitat essentiel tout en améliorant leur accès à ce dont elles auront besoin en cas d’événement climatique vraiment catastrophique : nourriture, eau, et carburants fossiles.

Commentaires de Judith Curry

J’ai sélectionné environ le tiers de l’article de Loyola, surlignant les parties que j’ai trouvé les plus pertinentes. Cet article démontre une compréhension remarquable du débat public sur le changement climatique.

Je n’ai pas sélectionné les parties scientifiques. Loyola a mis en lumière la plupart des problèmes importants qui contribuent à l’incertitude majeure de la compréhension du changement climatique. Il a bien vu l’ensemble du tableau, sinon tous les détails.

J’ai mis en gras les remarques que j’ai trouvées les plus pertinentes, voici mes favorites.

L’incertitude sur les risques n’est pas nécessairement fatale à une politique de précaution, mais déclarer de fausses certitudes finit par l’être tôt ou tard.

La différence entre « plus de la moitié » (le résumé de la littérature scientifique du GIEC) et « tout » ou « presque tout » est cruciale du point de vue de la politique publique.
Ce sont deux points extrêmement importants que j’ai aussi essayé de faire, mais hélas pas aussi succinctement ou élégamment.

Il est bon de voir des autorités telles que Mario Loyola donner un point de vue sur le débat du changement climatique.

[Judith A. Curry (ci-contre) est une climatologue américaine, présidente de la School of Earth and Atmospheric Sciences au Georgia Institute of Technology.]

Source

Voir aussi

Enquête sur le réchauffisme (l'auteur, monsieur Météo pendant 20 ans à France 2, sera viré à la suite de cette enquête...)

Coûts de l'écologisme éolien au Québec : 23 milliards de $

« Une orientation activiste de l'enseignement des sciences »

Les climato-optimistes

Des nuisances de l'éolien

Noël dans 30 ans, enfin laïque, bio, diversitaire et morne ?

Écologisme — Pas de réchauffement climatique depuis 16 ans ? (m à j, réactions prof Lindzen)

Une heure pour la Terre : la grande noirceur

Bjørn Lomborg : L’Écologiste sceptique




Le 8 mai 1794 : la Révolution exécute le savant Lavoisier

Antoine-Laurent Lavoisier, qui par la découverte d’une nouvelle théorie chimique a rendu son nom immortel, naquit à Paris le 16 août 1743. Après avoir terminé ses humanités avec éclat, il conçut tant de goût pour les sciences mathématiques et physiques, qu’il résolut de s’y consacrer tout entier. À cet effet, au sortir du collège, il s’occupa d’approfondir la science du calcul et l’astronomie, pratiqua la chimie, et apprit la botanique.

Il avait à peine atteint sa vingtième année, lorsqu’il fit pressentir ce qu’on devait attendre un jour de lui. L’Académie des sciences avait mis au concours la question de trouver, pour la ville de Paris, un mode d’éclairage à la fois plus efficace et plus économique que celui dont on s’était servi jusqu’alors. Lavoisier obtint le prix ; mais trop désintéressé pour le prendre, il le fit distribuer à trois artistes qui avaient entrepris des expériences dispendieuses pour arriver à la solution du problème.

Lavoisier fut chimiste, philosophe et économiste. Il est souvent présenté comme le père de la chimie moderne, qui se développera à partir des bases et des notions qu'il a établies et d'une nouvelle exigence de précision offerte par les instruments qu'il a mis au point. Il a inauguré la méthode scientifique, à la fois expérimentale et mathématique, dans ce domaine qui, au contraire de la mécanique, semblait devoir y échapper.

Au delà de la découverte de l'oxydation, des composants de l'air et de l'eau, de l'état de la matière, ses contributions à la révolution chimique sont à la fois techniques, expérimentales et épistémologiques. Elles résultent d'un effort conscient d'adapter toutes les expériences dans le cadre d'une théorie simple dans laquelle, pour la première fois, la notion moderne d'élément est présentée de façon systématique. Lavoisier a établi l'utilisation cohérente de l'équilibre chimique, a utilisé ses découvertes sur l'oxygène, dont il a inventé le nom ainsi que ceux de l'azote et de l'hydrogène, pour renverser la théorie phlogistique, et a développé une nouvelle nomenclature chimique qui soutient, ce qui se révélera inexact, que l'oxygène est un constituant essentiel de tous les acides. Précurseur de la stœchiométrie, il a surtout traduit des réactions dans les équations chimiques qui respectent la loi de conservation de la matière, donnant à celle-ci une solide assise expérimentale.

Expériences de Lavoisier sur la composition de l’air

Financier de son métier, soucieux d'établir des statistiques précises utiles à ce qu'il appelle à la suite de Condorcet l'arithmétique politique, il a été sollicité par l'administration royale puis révolutionnaire sur de très nombreux sujets depuis l'instruction publique jusqu'à l'hygiène en passant par le système monétaire. Il a aussi produit dans la lancée de Joseph Black la première théorie expérimentale de la chaleur, à travers l'étude non seulement de la combustion mais aussi de la respiration et de la fermentation des sols.

Après avoir enrichi la science d’une foule de découvertes et d’observations de détails sur lesquelles nous ne pouvons nous appesantir, Lavoisier se proposait de coordonner tous ses travaux, et d’en former un corps complet de doctrine ; il s’était, à cet effet, associé, à Armand Seguin, qui l’avait déjà aidé à employer la théorie nouvelle pour l’explication des phénomènes de la respiration et de la transpiration. Il marchait à grands pas vers l’exécution de ce louable projet, lorsque, pour employer encore les expressions de Cuvier, « une vie si belle et si utile fut terminée par un des crimes atroces qui ont déshonoré cette époque. Au fond de sa prison, lorsqu’il n’ignorait pas que l’on préméditait son assassinat, Lavoisier s’occupait encore, avec calme et sérénité, de suivre l’impression de son ouvrage, qui devait avoir huit volumes. Les bibliothèques ne possèdent pas de monument plus touchant.

Ces dernières lignes d’un homme de génie écrivant encore à la vue d’un échafaud, ces volumes mutilés, ces discours interrompus au milieu d’une phrase, et dont la suite est perdue pour toujours, rappellent tout ce que les temps affreux dont nous parlons produisirent d’horreur et d’effroi. La catastrophe qui a mis fin aux jours de Lavoisier fut une suite de sa carrière administrative, qu’il avait cependant parcourue avec non moins d’honneur et de talent que sa carrière scientifique. Il avait été fermier général en 1769. Malgré les préventions que devaient exciter contre lui, dans une telle compagnie, ses occupations savantes, il y obtint promptement un crédit proportionné à l’habileté qu’il y développa, et devint en peu de temps l’un des membres les plus actifs du corps, celui que l’on chargeait des affaires les plus difficiles.

Les hauts taux tuent les totaux

Ses vues étaient éclairées ; il savait combien une fiscalité excessive nuit quelquefois aux recettes, et en plusieurs occasions il fit supprimer des droits qui, fort onéreux pour le peuple, n’étaient pas très lucratifs pour l’Etat. Que la fiscalité excessive nuise aux recettes n'était pas une découverte cependant. Au XVIe siècle déjà, l’économiste français et conseiller de Henri IV, Barthélémy de Laffemas, avait déjà constaté que plus on taxe les riches, moins ils paient d’impôts. C’est d’ailleurs lui qui serait l’auteur de la formule « les hauts taux tuent les totaux ». Puis, en 1844, ce fut au tour de Jules Dupuit, ingénieur et économiste français, d’observer le même phénomène. Plus récemment, pendant les années Reagan, l’économiste américain Arthur Laffer s’est fait connaître pour sa formule « trop d’impôt tue l’impôt ».

La communauté des Juifs de Metz lui donna un témoignage honorable de gratitude pour la décharge qu’il avait obtenue en leur faveur d’un péage à la fois vexatoire et ignominieux... Lavoisier faisait aussi des recherches particulières d’agriculture et d’économie domestique. Comme grand propriétaire dans la généralité d’Orléans, il fut nommé, en 1787, membre de l’assemblée provinciale, et il ne se borna point, pour remplir cette honorable mission, à des conseils et à des travaux lors des intempéries de 1788, il avança à la ville de Blois une somme de cinquante mille francs pour acheter des blés, et il en dirigea si habilement l’emploi, que cette ville échappa, sans qu’il lui en coûtât rien, aux effets de la famine qui mirent le désordre et produisirent des séditions dans tant de lieux...

À cette époque, la France entière, provoquée par son roi, s’occupait des améliorations dont le gouvernement et l’administration paraissaient avoir besoin : Lavoisier crut devoir payer son tribut, et son Traité de la richesse territoriale de la France est une sorte de modèle de la manière dont on pourrait exposer les faits de l’économie politique... Le choix que l’Académie fit de lui, en 1790, pour être un des membres de la commission chargée de fixer les nouvelles mesures, lui offrit encore une occasion d’appliquer à la fois son génie pour les expériences et son esprit pratique... Tant de services, et des services si divers, ne lui obtinrent point de grâce auprès des hommes de 1793...

La République n'a pas besoin de savants

Traduit au tribunal révolutionnaire avec les autres fermiers généraux, il fut du nombre des vingt-huit condamnés à mort. On espéra encore un moment que sa renommée dans les sciences inspirerait de l’intérêt ; on se reposait sur les instances que quelques-uns de ses anciens confrères paraissaient à portée de faire en sa faveur ; mais la terreur glaça tous les cœurs ; personne n’osa en parler aux décemvirs... Un citoyen courageux, Hallé, osa seul tenter un effort public ; il se hâta de faire au Lycée des Arts un rapport sur ce que les découvertes de ce grand homme avaient d’utile, et ce rapport fut produit au tribunal.

Lavoisier est traduit devant le Tribunal révolutionnaire

Ayant demandé un sursis pour pouvoir achever une expérience, il s’entend répondre par le président du tribunal révolutionnaire, Jean-Baptiste Coffinhal : « La République n'a pas besoin de savants ni de chimistes ; le cours de la justice ne peut être suspendu. ». Il est guillotiné place de la Révolution le 8 mai 1794, à l'âge de cinquante ans, en même temps que l'ensemble de ses collègues de la Ferme. Son corps, dépouillé, est empilé dans la fosse commune des Errancis.

Le lendemain de l'exécution de Lavoisier, le grand mathématicien Louis de Lagrange commente : « Il ne leur a fallu qu'un moment pour faire tomber cette tête et cent années, peut-être, ne suffiront pas pour en reproduire une semblable ».

Son matériel et ses notes sont saisis mais ses travaux d'économétrie, dont il avait fait don à l'Assemblée constituante, peuvent être repris et publiés en 1796 par Lagrange.

Montréal : en 2031 les minorités visibles représenteront 31 % de la population

Alors que le taux de fécondité poursuit son déclin et que le vieillissement de la population s’accentue au Québec, l’enjeu de l’accueil des immigrants est placé à l’avant-plan, suscitant des débats sur l’économie, l’identité, la culture et la langue dans la province.

L’Institut de la statistique du Québec (ISQ) a annoncé à la fin du mois dernier que l’indice synthétique de fécondité s’était établi à 1,6 enfant par femme en 2015 – une baisse de 1 % par rapport au niveau de 2014 -, marquant un recul pour la sixième année consécutive.

Bien que ce chiffre ne semble pas anormalement bas, la province doit aussi tenir compte du vieillissement de la population et du manque de main-d'œuvre qualifiée.

Québec estime qu’environ 1,1 million de travailleurs auront pris leur retraite entre 2013 et 2022, et selon un document récemment publié par le ministère de l’Immigration, cette situation «souligne la nécessité de réaffirmer le rôle de l’immigration et de sa contribution au Québec».

Cependant, les immigrants ne sont pas répartis équitablement partout dans la province. Selon Statistique Canada, d’ici 2031, les minorités visibles représenteront 31 % de la population de Montréal, mais pas plus de 5 % ailleurs au Québec.

[…]

M. Termote s’est par ailleurs désolé que tous les gouvernements répandent le «mythe» voulant que l’augmentation des niveaux d’immigration aide à combler le manque de main-d'œuvre.

M. Termote s'est par ailleurs désolé que tous les gouvernements répandent le «mythe» voulant que l'augmentation des niveaux d'immigration aide à combler le manque de main-d'œuvre.

«Toutes les études montrent que l'impact économique de l'immigration est nul», a-t-il soutenu.

«Il y aura des pénuries, mais ce seront des pénuries très ponctuelles, dans des secteurs bien spécifiques. Et ce n'est pas en ajoutant 10 000 immigrants de plus qu'on va régler cette pénurie-là. […] Ce n'est pas par une politique générale qu'on règle le problème», a-t-il ajouté.

Montréal a du mal à intégrer les immigrants qu'elle a déjà accueillis, alors que le taux de chômage pour les résidants nés à l'extérieur du pays se situe à 11 %, comparativement à sept pour cent pour ceux qui sont nés au Canada.

« Le bassin d’immigration francophone, ce n’est pas la France, la Belgique ou la Suisse francophone. Le bassin francophone, c’est essentiellement l’Afrique francophone – l’Afrique subsaharienne et le Maghreb –, ce qui a des implications (culturelles) », a-t-il indiqué. […]

« Avec 50 000 à 60 000 immigrants par année, nous allons changer le visage culturel du Québec. Les défis de maintenir une société francophone qui est distincte culturellement augmenteront », a constaté M. Weinstock.

Source

Voir aussi

L’immigration « remède imaginaire » au déclin démographique, mais gain électoraliste (pour le PLQ)

La fécondité continue de chuter au Québec

L'immigration, le remède imaginaire

Montréal : en 2031 les minorités visibles représenteront 31 % de la population

Les universités anglophones du Québec seraient démesurément financées

Québec — Plus bas nombre de naissances depuis 8 ans, record de décès [mars 2016]

Les immigrés de 2e génération réussissent mieux en moyenne que les Québécois de souche et préfèrent nettement le CEGEP anglophone (2008)

Les CPE ont échoué sur le plan pédagogique... comportemental et démographique

Pologne — Allocation familiale universelle pour lutter contre l'implosion démographique

Le coût des garderies québécoises

L'histoire évacuée du 375e de Montréal en faveur du festivisme officiel bilingue ?

L'utilité du français pour un emploi est-elle quasi nulle à Montréal pour les immigrants récents ?

Québec — Le français perd de plus en plus de terrain au travail

L'anglais intensif est optionnel en 6e au Québec, il progresse peu malgré les fonds supplémentaires (l'État pousse à la bilinguisation généralisée des francophones)

Québec — Toujours pas de plan pour l'amélioration du français à l'école

ECR — Un cours réducteur qui rate la cible

Étude — Baisse de « solidarité » corrélée à l'augmentation du nombre d'étrangers

jeudi 5 mai 2016

Universités américaines et la dette étudiante


Aux États-Unis, des millions d’étudiants sont contraints de s’endetter lourdement pour pouvoir financer leurs études supérieures. Seuls ou avec leur famille, ils empruntent des dizaines de milliers de dollars sur plusieurs années, mais ils ne parviennent pas toujours à rembourser leurs dettes à leur sortie de l’université et sont contraints de démarrer leur vie active déjà endettés. Les reportersde France 24 Gallagher Fenwick et Philip Crowther sont allés à leur rencontre.

Faire un reportage sur la dette étudiante, c’est aller à la rencontre de toute l’Amérique, car le phénomène n’épargne presque personne. Selon le ministère de l’Éducation, au moins 40 millions d’Américains avaient souscrit à un prêt bancaire en 2015, afin de financer leur passage sur les bancs de la fac. Le montant de leur emprunt s’élève en moyenne à 30 000 dollars.

Ces personnes ne sont généralement pas pauvres, mais plutôt acculées et entravées par un poids qui les empêche d’avancer dans leur vie. Pas le temps d’explorer le champ des possibles, de chercher le métier de leurs rêves, ni même de fonder une famille ou encore vouloir souscrire à un prêt immobilier… Dès qu’ils ont leur diplôme en poche, ces étudiants doivent chercher à gagner de l’argent, afin de ne pas se laisser déborder par les intérêts qui s’accumulent rapidement et éviter de se laisser emporter dans une spirale infernale.

Un système « hors de contrôle »

En février dernier, le rappeur Dee-1 en a même fait une chanson. David Augustine Jr de son vrai nom, étudiant de 27 ans diplômé de l’Université de Louisiane en 2009, venait enfin de rembourser son prêt étudiant. Il a chanté sa joie et dénoncé le système des prêts étudiants « hors de contrôle ». Son clip, posté sur les réseaux sociaux, a été regardé plus d’un million de fois en une semaine. Le Washington Post y voit même « l’hymne d’une génération ».

Le total des prêts souscrits par les étudiants américains s’élève aujourd’hui à 1 200 milliards de dollars, selon les statistiques de la Réserve fédérale. C’est plus que la dette totale des cartes de crédit américaines. La dette étudiante est l’un des plus gros défis économiques des États-Unis.

Mais elle est aussi devenue un sujet politique, en pleine campagne électorale. Les aspirants candidats à la présidentielle n’ont pas hésité à s’en saisir. Le démocrate Bernie Sanders propose notamment la gratuité de l’enseignement dans les universités supérieures publiques. Face à des salaires qui n’augmentent pas et à des frais de scolarité qui, eux, ne cessent de grimper, son discours séduit de nombreux jeunes et moins jeunes.

Voir aussi

États-Unis — Quels diplômes universitaires rapportent le plus ?

Peter Thiel et la bulle universitaire : un test de QI extrêmement coûteux

L’ouverture des frontières, une erreur ? (impact sur les diplômés et les salaires)

Pourquoi l’université coûte tellement cher aux États-Unis (l’impact des bourses et des prêts gouvernementaux)

La bulle universitaire aux États-Unis va-t-elle crever ?

Mark Steyn et l’université américaine.

États-Unis — Diplômés et surendettés

Les cours en ligne transformeront la façon d’enseigner, mais ils sont peu rentables pour l’instant






mercredi 4 mai 2016

L'histoire évacuée du 375e de Montréal en faveur du festivisme officiel bilingue ?

Texte de Mathieu Bock-Coté :

Nos élites économiques sont-elles en train de renier la langue française ?

J’ai l’impression que c’est ce qui se passe dans le cadre des célébrations du 375e anniversaire de Montréal. Les récents événements, à tout le moins, nous permettent d’exprimer cette inquiétude.

L’objectif du 375e est clairement défini : faire de Montréal une destination touristique mondiale. Et la mondialisation parle anglais. Le 375e sera une commémoration noyée par ce que Philippe Muray nommait le festivisme. L’histoire sera absente et la ville deviendra le théâtre d’une immense régression infantile marchandisée.


Le 375e permettra aussi à nos élites de mettre à jour publiquement leur vision de la métropole. Et on constatera que nos élites économiques traitent le français comme un bibelot charmant et délicat, mais n’ayant plus aucune utilité. La Révolution tranquille, encore une fois, semble relever de l’histoire ancienne.

Nos élites économiques veulent un Québec bilingue. C’est-à-dire qu’elles veulent bien que les Québécois francophones se parlent entre eux en français, mais croient que l’avenir de la métropole passe par sa conversion à l’anglais. La perte de pouvoir du français sera présentée comme une occasion de se raccrocher à la langue dominante du continent.

Festivisme, anglais, « diversitaire » (LGBT, ethnique), multiculturel : vidéo de promotion pour le 375e... Slogan : « 2017, Festive, inspiring, unifying »...

Ceux qui résistent seront traités d’intolérants et de nationalistes archaïques. Ils essuieront aisément ce petit crachat : c’est que les défenseurs du fait français au Québec ont l’habitude d’être insultés. En piétinant le français, nos élites économiques croient faire preuve d’ouverture à la modernité.

Et quand elles célèbrent le bonjour-hi dans nos commerces, elles croient le faire au nom du tourisme. Ou de la mondialisation. Cette grandeur morale autoproclamée cache bien mal une terrible démission. Elles traitent leur peuple comme un obstacle à la prospérité et à la modernité. Nos élites portent leur identité francophone comme un fardeau. Plus ou moins secrètement, elles nous rêvent peut-être déjà anglicisées. Mais pendant ce temps, les autruches triomphent : elles le répètent inlassablement, le français va bien !

Rappelons pourtant un fait : la marque distinctive de Montréal à l’échelle nord-américaine, ce n’est pas une forme de bilinguisme quotidien où chacun passe d’une langue à l’autre dans la même phrase, comme si la ville était atteinte de schizophrénie linguistique, mais le fait qu’elle est française.

Learn English in Montreal (par une des universités anglophones de Montréal fortement subventionnées, de manière disproportionnée selon un collectif de professeurs d'universitaires francophones)

Si j’étais un peu méchant, je dirais que Montréal sans le français, c’est une ville nord-américaine anonyme un peu sale et aux routes crevassées. Montréal est devenue un symbole politique fondamental pour le Québec : pouvons-nous faire vivre en français une grande métropole moderne, ouverte sur le monde ? Ou le français est-il réservé aux villes de province, à la manière d’un témoignage de ce que nous étions avant de nous laisser mourir ?

Pouvons-nous encore rêver d’un Québec français ? Ce rêve, bien franchement, est difficilement détachable du rêve d’un Québec indépendant.

Belgique — Les écoles catholiques flamandes veulent s'ouvrir à l'islam

Les écoles qui comptent beaucoup de musulmans auront plus de place pour le voile, des endroits spéciaux pour prier, et des cours d’islam optionnels en dehors des horaires scolaires. »C’est un projet ambitieux, mais une étude révèle que si on ne fait rien notre identité s’étiolera. Nous tendons un miroir à nos écoles pour faire un nouveau pas", a déclaré Lieven Boeve, le directeur de l’enseignement catholique flamand.

« Si on fait de la place pour l’islam à côté de la religion catholique traditionnelle, nous devons être conséquents et ouvrir la porte à d’autres philosophes », a réagi le chef de la N-VA (le parti nationaliste flamand au pouvoir), Bart de Wever. « Pourquoi pas de morale ? Ou de doctrine du Monstre en Spaghettis volant ? Il faut être conséquent. Et en quoi le projet de l’enseignement catholique se distingue-t-il encore ? »

N-VA : « On sape les fondements de la société flamande »

De Wever ne comprend pas que l’enseignement catholique lance une telle proposition. « La veille de l’Ascension, le directeur de l’enseignement catholique déclare, l’air de rien, qu’il sape l’un des fondements de son projet — donc par extension de la société flamande ».

Pour les libéraux (droite économique) flamands de l’Open VLD : « La religion n’est pas la tâche principale de l’enseignement »

L’Open VLD désapprouve également les projets de l’enseignement catholique de donner plus de place aux élèves musulmans. « On utilise la communauté musulmane pour contrer la laïcisation de la société », estime la spécialiste de l’enseignement Ann Brusseel.

Elle y voit une manœuvre de la part de l’enseignement catholique. « Depuis quelques semaines, je vois que les cercles catholiques sont nerveux parce que l’opinion publique soutient largement la séparation entre l’Église et l’état dans la Constitution », dit-elle. « Je respecte les croyances de chacun, mais la religion n’est pas la tâche principale de l’enseignement. »

La parlementaire y voit surtout une stratégie pour attirer plus d’élèves. « Si on souhaite augmenter sa part de marché, il est important de s’adresser aux groupes qui progressent le plus rapidement. »

Voir aussi

En Belgique, les élèves musulmans aiment l’école catholique

Italie — évêques catholiques contre l’enseignement de l’islam à l’école

Belgique — Près de la moitié des enfants à l’école primaire communale d’Anvers (2e ville de Belgique) sont musulmans

Évolution dans la répartition des cours de religion en Belgique

Belgique — les cours de religion ou de morale laïque ne seront plus obligatoires dès la rentrée prochaine

Les écoles islamiques de plus en plus populaires aux Pays-Bas

Pays-Bas – Homosexuels fuient la « diversité » d’Amsterdam pour s’installer dans les régions rigoristes du pays


Les universités anglophones du Québec seraient démesurément financées

Lettre d’une trentaine de professeurs d’université publiée dans La Presse :

En examinant le financement et la fréquentation universitaire, on s’aperçoit qu’il existe un déséquilibre marqué entre les établissements francophones et anglophones. En effet, les citoyens québécois ayant l’anglais comme langue maternelle représentent environ 8,3 % de la population. En revanche, selon les données du ministère de l’Éducation de 2011, 25 % des étudiants fréquentent les universités de langue anglaise au Québec et 18 % suivent une formation collégiale en anglais.

En ce qui concerne le financement universitaire, les établissements anglophones reçoivent 29 % de l’ensemble des revenus qui sont attribués aux universités. En comparaison, au Canada anglais, les établissements francophones sont financés en deçà du poids démographique des francophones.

Alors que trop peu de gens osent remettre en question ce déséquilibre du financement universitaire, véritable vestige de l’époque d’avant la Révolution tranquille, les effets négatifs se font ressentir autant au niveau social, économique que culturel.

Actuellement, les deux plus importantes universités anglophones, McGill et Concordia, sont situées à Montréal, là où le déclin du français se fait le plus sentir. Ces établissements constituent des vecteurs de développement économique, social et culturel de premier plan et attirent un nombre important de francophones et d’allophones qui apprennent non seulement à pratiquer leur profession en anglais, mais qui baignent pendant quelques années dans la culture de l’université, enclave anglicisante qui s’étend bien au-delà des quatre murs de l’établissement.

Le fait de financer de façon à ce point démesurée le réseau postsecondaire anglophone apparait pour le moins contradictoire avec l’aspiration de faire du français la véritable langue commune des Québécois. La plupart des intervenants du débat linguistique s’entendent sur le fait que la francisation du marché du travail est une condition sine qua non pour contrer le déclin du français et assurer sa pérennité. Il est cependant contre-productif de déployer des efforts et des ressources à franciser le marché du travail alors que les contribuables québécois paient pour former une part aussi disproportionnée de notre main-d’œuvre en anglais. En mettant en œuvre des mesures visant directement les milieux de travail, le gouvernement tente d’éteindre des feux tout en contribuant paradoxalement à les alimenter. Croire qu’un nouvel arrivant ayant étudié en anglais aura spontanément le réflexe de passer au français en intégrant un monde du travail où l’anglais occupe une place grandissante est illusoire. Il serait beaucoup plus logique et efficace d’agir en amont du marché du travail en finançant adéquatement l’éducation postsecondaire en français.

Aux effets pervers du déséquilibre actuel du financement sur l’état de notre langue nationale, suffisants à eux seuls pour revoir en profondeur le financement postsecondaire, s’ajoutent des impacts économiques néfastes. Une étude réalisée par l’Institut de recherche sur le français en Amérique, parue en 2010, a fait la lumière sur les taux de rétention des finissants de différents programmes et universités du Québec. Il en ressort que les diplômés issus des universités anglophones quittent le Québec dans une proportion cinq fois plus grande que les étudiants formés dans les universités francophones. Les universités anglophones forment donc une main-d’œuvre plus encline à travailler à l’extérieur du Québec. Cela s’explique en partie par le fait qu’au sortir de leur formation, plusieurs étudiants ne maîtrisent pas la langue de Molière et savent encore moins l’écrire, par conséquent, ils sont tentés, ou même forcés, de quitter le Québec.


L’Hôpital de Lachine est annexé au CUSM depuis 2008.


Par exemple, lorsqu’on examine le cas des facultés de médecine, environ 50 % des médecins de l’Université McGill travaillent au Québec, tandis que c’est plus de 90 % pour les finissants de l’Université de Montréal. Dans le cas de la santé, le gaspillage des ressources ne s’arrête pas là. Même avec un aussi faible pouvoir de rétention, l’Université McGill s’est vue financer un « mégahôpital », le CUSM, qui a eu non seulement pour effet de priver les autres régions québécoises d’investissements considérables et essentiels en santé, mais aussi d’institutionnaliser l’anglicisation du réseau de santé au Québec.

[Voir

CUSM : de plus en plus de rapports en anglais seulement, déplorent des médecins

Au moins quatre médecins travaillant dans l’ouest de Montréal déplorent qu’il soit de plus en plus difficile d’obtenir des rapports médicaux en français au Centre universitaire de santé McGill (CUSM).

« On reçoit de plus en plus de rapports rédigés uniquement en anglais. Ça me dérange. J’estime que mes patients francophones ont le droit de recevoir ces informations en français », témoigne la Dr Christiane Laberge, médecin de famille qui pratique dans l’ouest de la métropole.

Choquée par l’usage grandissant de l’anglais au CUSM, la Dre Laberge a pris l’habitude d’écrire sur chaque demande d’examen acheminée à ses collègues spécialistes du CUSM la mention : « Rapport en français, SVP ». « Malgré tout, plusieurs rapports me reviennent en anglais », dénonce-t-elle. À une occasion, la Dre Laberge a relancé des médecins pour leur demander de lui fournir un rapport en français. « On m’a dit que la traduction prendrait de deux à six mois », dit-elle.

« À Lachine, 72 % de la population est francophone. C’est faire preuve d’un mépris de haut niveau que de ne pas rédiger les rapports médicaux en français. »


Lire la suite.


]


Ces dépenses faramineuses ne font que perpétuer aux frais de la collectivité les privilèges exagérés de la minorité anglophone.

Est-il stratégiquement viable de financer autant un réseau d’éducation parallèle qui matérialise notre infériorisation nationale et perpétue inéluctablement l’anglicisation lente du Québec sous couvert d’une fausse équité et d’ouverture ?

Hausse des hospitalisations d’enfants exposés à la fumée secondaire de cannabis


Dans une étude qui sera présentée ce mardi au congrès annuel des sociétés de pédiatrie américaines à Baltimore, des chercheurs du Colorado affirment que la légalisation du cannabis pose un enjeu de santé publique certain pour les enfants, en raison de leur exposition accrue à la fumée secondaire.

Dans cette étude menée à l’Hôpital pour enfants de Denver, des données récoltées un an avant et quatre mois après la légalisation (le Colorado a légalisé la marijuana en janvier 2014) auprès de parents de nourrissons admis à l’hôpital pour une inflammation des bronches révèlent que l’exposition des tout-petits à la fumée de cannabis a bondi.

Inflammations des bronches

Chez les enfants hospitalisés pour des bronchiolites dont les parents fumaient de la marijuana, des tests d’urine ont démontré la présence de traces de THC — l’élément actif de la drogue — chez au moins un enfant sur six (16 %). Les relevés dans le temps montrent que la présence de traces de marijuana chez les tout-petits exposés à la fumée de cannabis ayant eu des problèmes respiratoires a doublé après la légalisation du cannabis, passant de 10 % à 24 %.

Les tests de présence de THC chez les enfants qui avaient été en contact avec des parents ou des proches consommateurs de marijuana ont été positifs dans 75 % des cas, comparativement à 6 % chez ceux vivant dans des milieux exempts de fumée de cannabis.

Selon la Dr Karen Wilson, chef de section à l’hôpital du Colorado et professeur de pédiatrie à l’Université du Colorado, ces résultats suggèrent que la fumée secondaire de marijuana, qui contient des produits carcinogènes et psychoactifs, soulève des enjeux de santé publique certains pour la santé des enfants, alors que plusieurs autres États américains songent à emboîter le pas de la légalisation. Rappelons le paradoxe d’un gouvernement qui légalise le cannabis, mais lutte contre le tabac parce qu’il est cancérigène alors que fumer du cannabis est également cancérigène...

« Notre étude démontre que, comme dans le cas de la cigarette, les enfants sont exposés aux produits chimiques contenus dans la fumée. Si la marijuana devient de plus en plus acceptable et accessible, il faut en savoir plus sur la façon dont la fumée secondaire affecte la santé et le développement des enfants », dit-elle. Avant d’en savoir plus, cette chercheuse estime que la consommation de cette drogue en présence d’enfants devrait être interdite.

Le Canada inquiet du cannabis comestible

Divers produits et friandises au cannabis
Entretemps, des documents fédéraux obtenus par La Presse canadienne révèlent qu’Ottawa étudie avec circonspection des données du Colorado démontrant que les aliments contenant du cannabis, notamment les biscuits et les friandises, présentent un risque substantiel pour la santé.

Dans cet État, où 45 % des ventes de marijuana se font sous une forme comestible, comme des boissons et des comprimés, le nombre d’empoisonnements alimentaires — surtout des ingestions accidentelles par des enfants — a augmenté, selon des données du Centre for Disease Control des États-Unis. Depuis, la loi a été modifiée pour interdire la vente de produits attrayants pour les enfants. Il n’est pas clair quels effets cette modification dans la loi a eus à ce stade.

Il y a deux ans, au Colorado, un individu de 19 ans a mangé un biscuit entier contenant 65 milligrammes de THC — l’élément psychoactif principal dans le cannabis — même si le vendeur l’avait prévenu de diviser le biscuit en six portions.

N’étant pas un utilisateur de drogue expérimenté, le garçon n’a pas compris qu’il faut un certain temps avant de ressentir les effets de la drogue lorsqu’on consomme de la marijuana sous une forme comestible, et a continué à ingérer le biscuit. Ce soir-là, il est mort en sautant du balcon du quatrième étage.

Au total, le Colorado a observé une augmentation du nombre d’empoisonnements liés à la marijuana — surtout quant aux ingestions accidentelles par les enfants — dans la première année de sa nouvelle loi, peut-on lire dans le document émanant d’Ottawa.

«La marijuana sous forme comestible contient souvent plus de THC, est plus attrayante pour les enfants et les jeunes, et présente des risques significatifs pour la santé», est-il écrit.

Sources :  Le Devoir, Stat News, La Presse canadienne

lundi 2 mai 2016

Les créateurs du programme ECR défilent dans les colonnes du Devoir

Plusieurs lecteurs nous ont demandé notre avis sur les échanges qui ont lieu actuellement dans le Devoir sur le cours Éthique et culture religieuse (ECR). Ils opposent le clan des universitaires à l’origine de ce programme imposé à tous les élèves du Québec et les partisans d’un plus « grand esprit critique » envers les religions (voir leur critique vidéo ci-dessous et l'avis de l'ancien ministre Joseph Facal après avoir vu cette conférence).


(Critique féministe du volet religieux, ces dames ne s'opposent pas au volet éthique, notamment, parce qu'il lutte « contre les stéréotypes » contrairement au volet religieux. Nous mentionnions déjà ici en 2010 que le volet religieux renforce les stéréotypes.)

Dans le camp universitaire, on retrouve non seulement les pères du programme ECR, mais aussi les héritières comme Stéphanie Tremblay, « professeure au Département de sciences des religions à l’UQAM » qui a fait publier dans l’ancien journal catholique, nationaliste et conservateur (oui, Le Devoir !) une longue chronique.

Qui est Stéphanie Tremblay ?

Stéphanie Tremblay est l’auteur d’un livre sur l’histoire de la déconfessionnalisation des écoles publiques québécoises et de l’imposition du cours d’éthique et de culture religieuse à toutes les écoles, publiques et privées, au Québec. Cet ouvrage publié chez Fides, maison qui se spécialisait autrefois dans les ouvrages catholiques et religieux, devait à l’origine s’intituler École, religions et formation du citoyen : transformations au Québec (1996-2009). Titre assez transparent : l’école publique et donc l’État forment les citoyens, pas les parents, ni les autres corps intermédiaires.

L’ouvrage est paru avec de nombreux mois de retard, il devait paraître en octobre 2009, il n’est sorti qu’à la fin février 2010 avec un titre plus banal et assez typiquement québécois progressiste : École et religions : genèse du nouveau pari québécois. Pari, et non plus formation du citoyen. C’est beau, c’est enlevant un « pari » ! On comprend que, pour l’auteur ou les éditions Fides qui avaient déjà publié l’opuscule pro-ECR de Georges Leroux, mais refusé le livre anti-ECR de Guy Durand, la suppression des cours de religion et l’imposition du programme ECR seraient une bonne chose.

Or, il faut savoir que Stéphanie Tremblay est une disciple de Micheline Milot qui a dirigé son mémoire de maîtrise déposé en juin 2008. La professeur Milot est l’une des premières théoriciennes de la laïcité multiculturaliste au Québec, cette sociologue a siégé à la Commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables et a participé au long processus de réflexion ayant conduit à la création du programme d’éthique et de culture religieuse, maintenant enseigné dans les écoles du Québec. Elle a rappelé avec émoi son rôle de pionnière dans le domaine : « J’ai commencé à parler de la nécessité d’un enseignement culturel des religions en 1982, quand j’étais étudiante à la maîtrise ».

Son mémoire n’ayant dérangé personne dans l’équipe de Micheline Milot et les cénacles multiculturalistes pro-ECR, Stéphanie Tremblay a reçu une des plus grosses bourses du Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH) pour faire son doctorat (105 000 $) sur le thème du Traitement du pluralisme religieux en contexte éducatif. Selon nos informations, plutôt que de commencer aussi vite que possible son doctorat, Mlle Tremblay aurait décidé d’attendre un an avant de le commencer pour... donner le cours ECR ! C’est ainsi qu’elle aurait remplacé une enseignante en congé de maternité durant l’année scolaire passée (2008-2009). On a affaire à une partisane convaincue en la matière.

Depuis lors, Stéphanie Tremblay, ayant produit une thèse conformiste, est devenue « professeure » d’université. Défendre le cours ECR nourrit.


Pour Stéphanie Tremblay, les enseignants sont bien formés...

Dans son article, Stéphanie Tremblay affirme que les enseignants sont bien équipés pour répondre à des questions comme « Est-ce que l’archange Gabriel existe vraiment ? » qui pourrait semer des tensions entre les enfants de la classe. Ajoutons : « Quelle version de l’archange Gabriel, l’archange Gabriel du Coran, de la Bible ? » Car affirmer que c’est le même c’est déjà prendre parti. (Voir Mahomet et l'ange Gabriel à l'indicatif, la résurrection du Christ au conditionnel et L’idée banale selon laquelle il suffirait d’oublier ce qui sépare ne mène à rien….)

La professeur Tremblay n’hésite pas à affirmer que « De tels questionnements peuvent en effet survenir dans des cours d’histoire et d’éducation à la citoyenneté, de sciences et de français. » Vraiment ? C’est plutôt rare pour le moins, plus particulièrement en cours de sciences, non ?

...Formés à répondre de manière non neutre, alors?

La disciple de Micheline Milot ajoute : « les enseignants ECR sont spécialement outillés pour encadrer les élèves dans ce type de discussion, qu’ils risquent de vivre à de multiples occasions, à l’intérieur et hors de l’école. Leurs interventions les conduiront par exemple à inviter les élèves, selon le niveau scolaire, à prendre conscience de la « relativité » de leurs valeurs et croyances, valables selon un point de vue particulier (la famille, la communauté, etc.), et du fait que plusieurs « vérités » peuvent coexister en même temps »

C’est, d’une part, une manière de répondre qui n’est en rien neutre, mais c’est aussi, d’autre part, une conception désincarnée de la religion, celle de non-croyants. Sinon toutes ces « vérités » (notez les guillemets) ne seraient pas de même valeur.

D’ailleurs, la professeur de l’UQAM s’en rend bien compte, car cet exercice vise à faire en sorte que les élèves adoptent graduellement « une distance réflexive à l’égard de leurs propres convictions ».

Le cours ECR vise donc bien à modifier la perception des élèves, et on peut le penser le plus tôt possible puisque le programme est enseigné dès six ans.


… et relativiste pour ce qui est des religions

Stéphanie Tremblay maintient que cette façon de faire (proclamer qu’il existe plusieurs « vérités ») « est d’ailleurs à distinguer du relativisme, selon lequel toutes valeurs se valent entre elles. »

La nuance est très subtile : relativisme en matière de vérités religieuses (elles se valent toutes), mais affirmation d’une valeur dans un sens (le pluralisme normatif : il faut respecter ces différentes « vérités »).
 
Est-il permis de penser que les élèves du primaire ne saisiront pas cette nuance très universitaire (si tant est qu’elle soit valide) et que, pour eux, dire que toutes les religions peuvent être vraies les déboussole ?

Créationnisme c. théorie de l’évolution

Stéphanie Tremblay emploie ensuite un exemple pour tenter de prouver que plusieurs « vérités » peuvent coexister : « Par exemple, au secondaire, dans le cas d’un conflit entre les discours créationniste et scientifique, l’enseignant pourra les aider à distinguer différents niveaux de lecture possibles des textes sacrés (interprétatif, littéral, etc.), au travers d’exemples concrets en montrant leurs effets dans différents contextes culturels et historiques. Il pourra ensuite rappeler les critères définissant la méthode scientifique (ex. : falsifiabilité), en comparaison avec ceux qui structurent la démarche religieuse (ex. : non-falsifiabilité) afin de mettre en lumière leurs fondements respectifs et leur validité dans des registres différents. »

D’une part, on ne voit pas très bien comment cela résout de manière neutre le conflit entre « discours créationniste et scientifique » : si un enfant croit que Dieu a littéralement créé le monde en 6 jours, l'« aider à distinguer » qu’il existe d’autres lectures (ces récits ne sont que des allégories, mon enfant!) c’est quitter la posture neutre que demande le cours, c’est influencer l’enfant.

Mais de toute façon, la coexistence de ces « vérités » n’existerait que parce qu’on parle ici de deux domaines différents (le religieux et le scientifique), de deux registres distincts (la parabole et les faits bruts). Mais qu’en est-il quand deux religions s’opposent (elles sont du même registre…) ? Il faudra bien qu’une des « vérités » soit plus vraie que les autres ou que toutes soient fausses. Bref, la disciple de Micheline Milot n’a rien résolu et les professeurs d’ECR sont bien démunis devant des élèves qui demanderont si Gabriel a vraiment existé à moins de se défausser de manière bien suspecte.

Un choix de société, vraiment ?

Pour cet apologue du programme ECR, l’imposition de cet unique programme pendant quasiment toute la scolarité obligatoire serait « un choix de société ». Rien de moins plutôt que le résultat du travail d’universitaires québécois dans les comités idoines. Petite communauté universitaire francophone — la résistance universitaire au programme ECR venant principalement des universités anglophones —, qui se connaît bien, se fréquente souvent et défend en commun son « bébé ».

Encore aujourd’hui, une troisième universitaire, Mireille Estivalèzes, monte au créneau dans le Devoir pour défendre la merveille pondue par les fines lames spécialistes en culture religieuse et en éthique, dont elle-même. Elle ressort le vieux marronnier : les exemples tirés des manuels et cahiers d’exercices sont décontextualisés (la vieille scie des politiciens forcés de se dédire après une maladresse) et ne reflètent pas l’essence du cours ECR. Simples affirmations qu’on aimerait bien voir étayées. Rappelons que lors du premier procès ECR, le monopole de l’Éducation du Québec a prétendu la même chose, mais n’est pas parvenu à convaincre le juge Dugré que c’était le cas.



Stéphanie Tremblay, quant à elle, avance que « Le gouvernement québécois a en effet opté au tournant des années 2000 pour l’implantation d’une formation en culture religieuse, en s’appuyant sur un large consensus social. »

Qu’on nous permette de douter de ce « large consensus social » qui a bon dos. La majorité des parents ne demandaient en fait rien du tout et ne savaient, de toute façon, pas ce qu’on mettrait dans cette formation « en culture religieuse » ni en éthique. Laissons la parole au professeur émérite Gary Caldwell de l’université Bishop qui a participé aux travaux sur la déconfessionnalision des écoles (vidéos de 2009, voir sa prévision sur l’islam dans la 1re vidéo qui est d’actualité).









« ECR n’est pas la panacée », pourquoi l’imposer alors ?

Stéphanie Tremblay termine son long article en écrivant : « Certes, le cours ECR n’est pas la panacée, mais son enseignement est sans doute mieux que de croiser les doigts en espérant qu’adviennent naturellement la cohésion sociale et le vivre-ensemble. »

D’une part, si le cours ECR n’est pas une panacée, pourquoi est-il le seul cours « offert » aux enfants dans ce domaine ? D’autre part, l’alternative n’a jamais été de se croiser les doigts ; l’État a éliminé la solution pluraliste par excellence : permettre plusieurs cours de formation religieuse et morale. Or, « le gourou » du directeur exécutif de la fédération des écoles privées (FEEP), le professeur Georges Leroux, qui défend également son bébé ECR dans les colonnes du Devoir, a dû avouer en justice qu’un programme de culture religieuse et de morale comme celui qu’enseignait le collège Loyola avant l’imposition d’ECR n’empêchait en rien le vivre ensemble et la cohésion sociale. (Sur le premier procès Loyola, lire notre compte rendu 1re journée, 2e journée, 3e jour).

Quand Georges Leroux fut interrogé dans le cadre du procès Loyola, il dut admettre que rien dans le programme de Loyola pré-ECR n’empêchait d’atteindre les objectifs fixés par le programme ECR. C’est d’ailleurs ce qui a poussé les trois juges minoritaires de la Cour suprême à considérer que le programme Loyola est équivalent à ECR, voir par exemple :
  « [148] À notre avis, il n’y a rien d’inhérent aux objectifs du programme ÉCR (reconnaissance des autres et poursuite du bien commun) ou aux compétences qu’il vise à inculquer aux élèves (religions dans le monde, éthique et dialogue) qui exige que l’on adopte une démarche culturelle et non confessionnelle. »

Ajoutons que, par contre, rien ne prouve en fait que le programme ECR « laïque » atteindra ses objectifs (Gary Caldwell pense l'inverse, voir les vidéos ci-dessus), ni surtout s’il est « neutre », ou qu’il le fera mieux que le programme confessionnel que proposait Loyola. Où sont les études, les faits qui permettraient de l’affirmer ?

Réécriture de l’histoire

Bref, la disciple de Micheline Milot réécrit l’histoire. On a imposé un programme unique au nom du pluralisme, ce qui est pour le moins paradoxal, alors qu’on ne croisait en rien les doigts, que la cohésion sociale n’était pas menacée (elle l’est nettement plus par les politiques migratoires rentables pour le PLQ que par l’absence de cours ECR il y a dix ans !).

Il n’y avait en fait pas de véritable demande pour un tel cours de la part de la société, c'est l’État québécois qui l'a imposé et a mis tout son poids pour convaincre la population après son imposition en haut lieu, d’où par exemple l’envoi de brochures dithyrambiques sur le programme ECR aux parents, les conférences organisées pour convaincre les parents (avant de les annuler de peur de donner une plateforme aux opposants, voir ici et ), les nombreuses poursuites judiciaires contre les opposants au programme ECR (qui ne demandaient que des aménagements, des exemptions personnelles ou locales), etc.

Le milieu universitaire qui défile dans les colonnes du Devoir pour protéger sa création, le programme ECR, n’est guère crédible, il prêche trop pour sa paroisse multiculturaliste.

Voir aussi

ECR — Ramener l’éthique à une simple question de « vivre-ensemble » pluraliste (jugement sévère du « charmant sophiste » Georges Leroux par le philosophe Jacques Dufresne)
  
Radio-Canada, Jean-Pierre Proulx et leur lutte pour le programme ECR



Une musulmane fondamentaliste, Najat Boughaba (ci-contre), parmi les conseillers du Monopole de l’Éducation engagés pour évaluer ce cours.

Étude de trois manuels du primaire d'ECR

Cours d’éthique et de culture religieuse — Réponse du théologien Guy Durand à l’abbé Gravel

ECR : « Un Dieu, trois religions », vraiment ?

vendredi 29 avril 2016

ECR — Éducation ou lavage de cerveau ? Pour Joseph Facal, c'est de l'endoctrinement

Chronique de l’ancien ministre Joseph Facal (qui n’étonnera pas les lecteurs de ce carnet, nous avions présenté de nombreux extraits de manuels du primaire et du secondaire, il y a des années).

La conférence web en question
(Critique féministe du volet religieux, ces dames ne s'opposent pas au volet éthique, notamment, parce qu'il lutte contre « les stéréotypes » contrairement au volet religieux. Nous mentionnions déjà ici en 2010 que le volet religieux renforce les stéréotypes.)



« Lundi, j’ai assisté à une fascinante conférence web dont le contenu sera repris dans un livre à paraître.

Au Québec, le cours Éthique et culture religieuse (ECR) dit vouloir former de futurs citoyens regroupés autour de valeurs communes. Il se prétend « neutre » et veut éviter toute « pression » sur les enfants.

Page 55, Manuel d'ECR, Symphonie, manuel A, pour la 5e année du primaire, éditions Modulo


La professeure Nadia El-Mabrouk, de l’Université de Montréal, a soigneusement examiné les manuels scolaires utilisés au primaire, ainsi que les cahiers d’exercices accompagnants.

Derrière les beaux discours, elle est allée voir ce que l’on transmet réellement aux enfants de six à 12 ans.

Banalisation

Sans le moindre recul, de manière uniformément positive, on y présente une vision des religions stéréotypée, folklorique, relativiste, sexiste et déconnectée de la réalité québécoise.

Dans ces manuels, LE juif porte forcément la kippa. LE bouddhiste porte un vêtement orange. LA musulmane est évidemment voilée. L’enfant apprend à reconnaître au moyen du profilage ethno-religieux.

Page 56, Manuel d'ECR, Symphonie, manuel A, pour la 5e année du primaire, éditions Modulo

Dans le cas de l’islam, c’est la vision salafiste, la plus intégriste, qui sert d’illustration. L’exception est donc posée comme la norme représentative.

On montre une fillette de huit ans dont le mariage est arrangé. Pour bien banaliser, on note que cela se faisait en Occident... au Moyen Âge.

On explique que les jeunes musulmanes devront être réservées et modestes.

À la naissance d’un enfant, dit-on, on tue un mouton, comme si c’était une pratique normale et répandue au Québec. Il faut évidemment prier cinq fois, manger halal, etc.

Le niqab est présenté comme un code vestimentaire parmi d’autres.

Boucher, Martial. Rond-Point Cahier d’exercices, de contenu et de projets de recherche. Éthique et culture religieuse. Fascicule B. 2e année du 1er cycle du secondaire, Montréal, Lidec, 2007, p. II]

Pas un mot sur le message de soumission qu’il comporte. [C’est bien pire que cela, au secondaire on « apprend » que Mahomet a amélioré la situation de la femme... Quelles femmes ? Les chrétiennes ? Les juives ?] Pas un mot sur la charia.

Pas un mot, surtout, sur le fait que l’immense majorité des musulmans du Québec ne vit pas ainsi. Il n’y a rien sur les musulmanes non voilées ou sur les non-croyants.

L’enfant dont les parents sont des musulmans non pratiquants risque de se faire demander si ses parents sont de « bons » musulmans.

Celui dont les parents sont athées se demandera carrément où sont papa et maman et s’ils sont normaux.

La « diversité » évoquée ne fait jamais référence aux vagues d’immigrants dont la différence n’avait rien à voir avec la religion. La seule différence, c’est la religion, illustrée par le vêtement et les pratiques rituelles, jamais les arts, la cuisine ou la langue d’origine.

Endoctrinement

Les exercices proposés aux enfants, qui n’ont pas l’âge de raison, sont du genre : « parle de ta religion », comme si cela ne relevait pas de la vie privée.

Bref, on encourage l’expression et la célébration des particularités religieuses de chacun et, donc, l’adhésion, voire le repli sur le groupe ethno-religieux d’origine.

On cherche en vain les valeurs communes indispensables à la convergence qui rend possible le vivre-ensemble.

Au nom d’un relativisme rebaptisé « respect », on étouffe le sens critique. L’égalité des sexes, ce sera seulement bon pour les Québécoises « de souche ».

Pas une seule allusion à ce qui pourrait être rétrograde.

Il faut accepter l’autre tel quel, complètement, même s’il est extrémiste.

Ma conclusion personnelle ? De l’endoctrinement pur et simple. Si on ne le voit pas, c’est qu’on ne veut pas le voir. »



[La conclusion de ce carnet : nous comprenons M. Facal, mais surtout il est impossible de plaire à tous sur des sujets aussi délicats. L’idée même d'imposer un seul cours au nom du pluralisme nous semble contradictoire, une idée jacobine revendiquée par un de ces concepteurs, Georges Leroux, devant le tribunal de Drummondville.

Rappelons ce que nous écrivions en novembre 2015 :

1) Des critiques similaires avaient déjà été faites par le Mouvement laïque québécois et des gens comme Mathieu Bock-Côté et Joëlle Quérin. Ils avaient déjà souligné que ce programme ne luttait pas contre les stéréotypes, mais les renforçait tout en inventant parfois des scènes inexactes par correctivisme politique (voir la scène du mur des Lamentations ici).

2) On retrouvait une musulmane fondamentaliste, Najat Boughaba (ci-contre), parmi les conseillers du Monopole de l’Éducation engagés pour évaluer ce cours.

3) Il est difficile de parler de véritable diversité quand le gouvernement a toujours voulu imposer un seul cours (pas une diversité de cours de morale et de culture religieuse) et qu’aucune tête ne devait dépasser.]






Voir aussi

Zut ! Malgré le cours ECR, les élèves reproduisent les stéréotypes non accommodants de leurs aînés

« Un Dieu, trois religions »

Analyse de trois manuels approuvés du primaire des éditions CEC (mai 2009, 23 pages)

 Manuel d'histoire (1) — chrétiens intolérants, Saint-Louis précurseur des nazis, pas de critique de l'islam tolérant pour sa part

La saga Lavallée : l’État, le judiciaire et l’Église contre la famille, l’école et la législature

Mahomet et l'ange Gabriel à l'indicatif, la résurrection du Christ au conditionnel

ECR — obsession pour les amérindiens écologistes

Conférence du « politburo » du Monopole de l'Éducation du Québec

Nos billets sur des manuels

France — Le ministère n'approuve pas les manuels. « Seul le régime de Vichy s’est permis cela. » [Au Québec, le ministère fait comme sous Vichy alors...]

Table ronde sur le matériel pédagogique ECR

Synthèse de la TCPE sur le matériel didactique pour le programme ECR

Évêques catholiques : Importantes lacunes dans les manuels ECR approuvés pour le primaire

Spiritualité autochtone, écologie et norme universelle moderne

Proportion des pages consacrées aux différentes cultures religieuses dans deux manuels d'ECR du 1er cycle primaire

Cahier ECR : « je suis un garçon, une fille, je ne sais pas encore »