mardi 24 mars 2015

Québec — Encore moins d'enseignants masculins dans les écoles


En cinq ans, la proportion d’hommes qui enseignent est passée de 23,3 % à 21,6 %.

Dans les écoles du Québec, les hommes qui enseignent sont plus rares que jamais. Le réseau scolaire compte 1900 enseignants masculins de moins qu’il y a cinq ans, a appris Le Journal.

Toutes proportions gardées, la diminution est bien réelle puisque les hommes représentaient 23,3 % des enseignants en 2008-2009, un chiffre qui est passé à 21,6 % en 2012-2013, selon les plus récentes données du ministère de l’Éducation. Au secondaire, on en retrouve 36 % alors qu’au primaire, ils ne sont que 15 %. En maternelle, ce nombre chute à... 2 %.




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Cour ECR — Victoire du collège Loyola


CHOI 98,1 fm/Monette/. À titre de porte-parole de la CLÉ-Coalition pour la Liberté en Éducation, le chroniqueur Richard Décarie présente le jugement de la Cour suprême dans le dossier du programme d’éthique et culture religieuse au collège Loyola.


Écoutez (16 min 27)





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lundi 23 mars 2015

Débat sur ECR, cette « patate chaude » auquel les Québécois tiendraient

Émission radio : Isabelle
On a sorti la religion des écoles. Pourtant, deux Québécois sur trois tiennent au cours d'éthique et de culture religieuse à l'école. Est-ce un retour en arrière? • 98,5 fm Montréal

Écoutez l'émission (38 minutes)




  • Titre : « On a sorti la religion des écoles. Pourtant, deux Québécois sur trois tiennent au cours d'éthique et de culture religieuse à l'école [Note du carnet : faute de mieux, plus de parents était encore pour un choix de matières "religieuse" à l'école]). Est-ce un retour en arrière? »


  • Intervenants :
    • Isabelle Maréchal (qui ne comprend pas bien ce que demandait Loyola et pense que le cours ECR a commencé en 1998, elel serait plutôt pour un cours de morale et sortir la religion du cours), 
    • Luc Phaneuf (qui est étonné par la décision Loyola, théologien très « humaniste » et qui prétend que le programme ECR permet la critique de la radicalité religieuse, notons que Phaneuf enseigne dans un collège français privé qui n'est même pas obligé d'enseigner le cours ECR, son pendant Marie-de-France ne le fait pas, enfin le fait « transversalement »),
    • Hassan Serraji qui se pose des questions sur la difficulté pour les professeurs catholiques d'enseigner les croisades (il a beaucoup aimé ce qu'Antoine Robitaille a écrit dans le Devoir...).

    • Et des auditeurs dont un parle du bien et du mal dont on parlerait dans le cours ECR « neutre ».
    ECR populaire chez les jeunes : aiment surtout le débat (seul cours où ils peuvent parler autant), pas de devoir, mais peu d'intérêt pour la spiritualité religieuse, par contre intérêt sur pourquoi les autres feraient ceci ou cela. (C'est également ce que nos contacts nous disent. Mais est-ce une éducation, du temps utilisé au mieux ?)

    Écoutez l'émission (38 minutes)



    Finlande — Fin des matières cloisonnées, bienvenue aux compétences transversales

    Depuis des années, la Finlande est considérée comme l’un des pays ayant le système scolaire et éducatif le plus performant du monde. Souvent sans comprendre pourquoi ou en avançant de mauvaises raisons, selon certains chercheurs.

    C’est d’ailleurs un des pays les mieux notés dans le classement PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) bien que ses résultats soient en baisse récemment. La 12e place de la Finlande dans le classement PISA avait constitué une grosse déception pour le pays. En 2009, le pays nordique était troisième du classement, ce qui lui avait valu l’attention du monde entier. Des politiciens et experts en éducation venus du monde entier se rendaient à Helsinki dans l’espoir de trouver la recette miracle de ce système éducatif. Aujourd’hui, une nouvelle formule d’enseignement est en train d’y voir le jour.

    École finlandaise
    « Un enseignement pour préparer les jeunes à la vie active »

    La Finlande s’apprête à lancer un tout nouveau système de cours. Il s’agit d’une réforme radicale du programme scolaire finlandais, selon The Independent qui rapporte cette information. Fini d’enseigner les traditionnelles matières comme les mathématiques, la géographie ou l’histoire. La Finlande veut les remplacer par des « sujets » transversaux. « Cela représente un grand changement dans l’enseignement en Finande qui n’en est qu’à son début », précise Liisa Pohjolainen, chargée de l’éducation des jeunes et des adultes à Helsinki.

    « Ce dont on a besoin aujourd’hui, c’est d’un genre différent d’enseignement qui prépare à la vie active », explique Pasi Silander, directeur du Développement de la capitale finlandaise. « Nous devons effectuer des changements en matière d’éducation qui sont nécessaires pour l’industrie et la société moderne. »

    Des cours de cafétéria et d’Union européenne

    La manière classique d’enseigner est déjà en train de disparaitre pour les jeunes de 16 ans dans certaines écoles d’Helsinki. Les Finlandais appellent ça « l’enseignement phénomène », mais on peut l’appeler plus sobrement l’« enseignement par sujets ».

    Par exemple, un étudiant de la filière professionnelle peut prendre comme cours « service de cafétéria ». Ce cours transversal permet à l’étudiant d’apprendre les mathématiques, les langues pour servir des clients étrangers, ainsi que des compétences en écriture et en communication.

    Dans les filières plus générales, on pourrait envisager de prendre un sujet « Union européenne », qui mélangerait des éléments d’économie, d’histoire, de langue et de géographie.

    « Une approche active et collaborative »

    Les matières scolaires ne sont pas la seule chose que la Finlande veut voir évoluer dans son système. La manière d’enseigner va elle aussi changer. Généralement, les étudiants sont assis dans la classe, à écouter leur professeur et à attendre d’être interrogés. Le système finlandais veut mettre les élèves à contribution, en instaurant une approche plus collaborative, notamment en les faisant travailler en petits groupes pour résoudre des problèmes tout en améliorant leurs compétences communicationnelles.

    De meilleurs résultats selon certaines données

    Marjo Kyllonen, directrice de l’éducation d’Helsinki, présentera son plan de changement au conseil à la fin du mois, souligne The Independent. Pour elle, « ce n’est pas seulement Helsinki, mais l’ensemble de la Finlande qui doit faire place à ce changement. Nous avons besoin de repenser notre enseignement et de redessiner notre système, pour préparer nos jeunes à leur futur en leur transmettant des compétences utiles pour aujourd’hui et demain. Nous avons besoin d’un enseignement qui convient au XXIe siècle ».

    Les premières données issues des écoles qui ont adopté l’apprentissage transversal montreraient que les étudiants en tirent des bénéfices. Depuis l’instauration de la nouvelle méthode, les résultats s’améliorent. Environ 70 % des enseignants des écoles secondaires de la ville ont été formés à cette nouvelle méthode d’enseignement. Marjo Kyllonen espère que son plan de réforme sera mis en place dans toutes les écoles du pays d’ici 2020.



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    Prof Maclure : « Quitte à utiliser la clause dérogatoire » contre Loyola

    Jocelyn Maclure
    Pour Jocelyn Maclure, professeur à la Faculté de philosophie de l’Université Laval et membre de la commission Bouchard Taylor, la Cour suprême du Canada aurait commis une « erreur » dans le dossier Éthique et culture religieuse.

    Erreur et non, simplement, un souci plus scrupuleux de la liberté de religion ou une plus grande sensibilité aux arguments des appelants (nous pensons que dans ce genre de causes « philosophiques » la sensibilité des juges teinte fortement leurs décisions), non mais bien une erreur pour l’éminent et influent professeur.

    Loyola aurait concédé

    Pour Maclure, comme pour Antoine Robitaille du Devoir, Loyola aurait modifié sa demande initiale :


    C’est pourtant inexact. Dès avant le premier procès, en 2008, l’école Loyola écrivait à la ministre :

    Le directeur de Loyola, Paul Donovan, a toujours dit qu’il invitait des imams pour présenter l’islam et des rabbins pour présenter le judaïsme. En fait, Donovan a insisté dès le 9 mai 2008 qu’il était plus troublé par le volet éthique que par le volet culture religieuse ! Il déclarait ainsi en mai 2008 à la Gazette de Montréal que son « école n’enseignera pas certaines parties de la composante éthique du programme ». « Les enseignants sont supposés rester neutres vis-à-vis des points de vue éthiques que les élèves pourraient défendre. Mais il s’agit d’une “neutralité feinte, pas d’une réelle neutralité” », devait-il ajouter.

    L’école Loyola a donc été très — trop ? — raisonnable dès le début. Pourquoi l’État peut-il même imposer que la présentation d’autres religions soit respectueuse ? Qu’est-ce que cela veut même dire ? Comment espérer que des Coptes persécutés par les musulmans en Égypte représentent l’islam à la manière irénique des manuels québécois approuvés par le Monopole de l’Éducation ? Ces manuels sont très « respectueux » des religions exotiques, peu du christianisme (voir ici et ), sont-ils objectifs ?

    Répéter les mêmes vœux pieux... 

    Maclure ressasse la même vulgate : le cours ECR permettrait de comprendre le « phénomène » religieux.


    Le programme ECR est superficiel, il permettra au mieux de connaître des rites, quelques grands principes, quelques règles, mais pas de comprendre les religions présentées. Le cours est trop superficiel, n’occupe pas assez de temps pour vraiment se familiariser avec les religions et son but n’est pas de vraiment comprendre de l’intérieur les religions au programme, mais d’apprendre aux élèves à toutes les trouver d’une égale valeur, à les « respecter » comme disent certains. Valeur égale qui peut très bien signifier, en fin de compte, qu’elles sont toutes folkloriques ou de vieilles sornettes.

    ... et décréter que seul ECR peut assurer le bien commun

    Maclure semble aussi penser que seule la version « laïque » d’ECR peut assurer le bien commun et la reconnaissance de l’autre, sans preuve :

    Peut-être Maclure n’a-t-il pas bien suivi la cause en justice ?

    Ces objectifs font partie de la doctrine catholique, notamment de Dignitatis humanae... Loyola ne peut y être opposé, en fait elle promeut ces objectifs. Quand un des pères d’ECR, Georges Leroux, fut interrogé dans le cadre du procès Loyola, il dut admettre que rien dans le programme de Loyola n’empêchait d’atteindre les objectifs fixés par le programme ECR. C’est d’ailleurs ce qui a poussé les trois juges minoritaires de la Cour suprême à considérer que le programme Loyola est équivalent à ECR, voir par exemple :
     « [148] À notre avis, il n’y a rien d’inhérent aux objectifs du programme ÉCR (reconnaissance des autres et poursuite du bien commun) ou aux compétences qu’il vise à inculquer aux élèves (religions dans le monde, éthique et dialogue) qui exige que l’on adopte une démarche culturelle et non confessionnelle. »

    Ajoutons que rien ne prouve en fait que le programme ECR « laïque » atteindra ses objectifs, surtout s’il est « neutre », ou qu’il le fera mieux que le programme proposé par Loyola. Où sont les études, les faits qui permettraient de l’affirmer ?


    Maclure n’aime pas l’éthique de référence catholique dans une école catholique

    Pour Maclure, « Concrètement, la décision signifie que la morale catholique sera le système éthique de référence dans les discussions sur les dilemmes éthiques à l’école secondaire Loyola. » Cela lui semble très grave. Il déclare également que « Puisque Loyola est un collège privé jésuite, il est tout à fait normal qu’il fasse la promotion de la foi catholique. »

    Le philosophe déclare que « le volet “éthique”, pour sa part, n’est pas conçu comme un prêchiprêcha moraliste et vaguement humaniste. Il s’agit plutôt d’outiller les élèves pour qu’ils acquièrent les aptitudes à la réflexion automne [sic] et critique sur les questions éthiques, c’est-à-dire qu’ils apprennent à réfléchir par eux-mêmes et avec les autres sur les enjeux éthiques et politiques qui meublent la discussion publique. »

    Apprendre la logique, le dialogue, réfléchir, c’est bien. L’école Loyola a clairement dit qu’elle est d’accord avec cela. Mais pour Loyola la discussion comprend la présentation non neutre (la défense) par le professeur de la position catholique sur la question éthique posée. L’État ne peut l’empêcher de faire sans brimer sa liberté de religion. Car, en fin de compte, sur quoi aboutiront les discussions éthiques « neutres » en classe ? Des matchs nuls ? Une absence de conclusion selon que les participants adoptent une position éthique utilitariste, déontologiste, émotiviste, maximaliste, minimaliste, relativiste, égoïste, etc.

    Dans les classes « laïques » souhaitées par Maclure, il y a fort à parier qu’on aboutira à une absence de conclusion ou alors à une recherche du consensus guidée par un mimétisme entre les élèves ou la recevabilité des opinions selon leur rectitude politique. En général, le programme ECR souffre d’une aporie : comment peut-il former au vivre ensemble et à la reconnaissance d’autrui, tout en étant neutre ?

    Des parents qui envoient leurs enfants à des écoles comme Loyola pensent que c’est là un exercice tronqué, qu’il peut aboutir à un certain relativisme ou une légitimation de positions morales contraires à leur foi. Ils veulent compléter l’apprentissage de la logique, du dialogue par un enseignement des préceptes catholiques. Où est le problème, à moins que M. Maclure veuille expressément détacher les enfants des convictions de leurs parents ?

    Appel au collègue devenu ministre : utilise la clause « nonobstant » s’il le faut !

    Le billet du philosophe se termine par un appel au nouveau ministre de l’Éducation :

    Mise à jour : Le ministre rejette l’appel à la clause dérogatoire.





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    dimanche 22 mars 2015

    L'épistémologie attrape-nigaud d'ECR


    Billet du professeur de philosophie Jean Laberge repris de son blogue :

    « Dans une société libérale comme la nôtre, tout le monde est en faveur de l’ouverture aux autres, de la différence, de la tolérance, du dialogue pour un vivre-ensemble harmonieux et paisible, et autres flonflons du même genre. Qui veut la fermeture, le refus de l’autre et de la différence ? Personne. Dans le meilleur des mondes, tous sont pour la vertu. En ce sens, disent les concepteurs du programme, nous devons tous souscrire programme d’Éthique et de culture religieuse (ECR) implanté dans nos écoles depuis septembre 2008, mais qui n’a de cesse de susciter la controverse. La récente décision de la Cour suprême d’exempter une institution privée d’enseignement catholique (le collège Loyola) du cours ECR, a remis le débat sur la table. Antoine Robitaille parle d’une « reconfessionalisation », et Mathieu Bock-Côté réaffirme son mantra voulant qu’ECR soit le véhicule de l’infâme multiculturalisme.

    À mon avis, ce n’est pas tant le pluralisme prôné, par son principal concepteur, Georges Leroux, voire le multiculturalisme qu’il induit et que condamne Mathieu Bock-Côté, qui pose problème dans ECR. C’est sa base épistémologique. Rappelons que ECR origine du Rapport Proulx sur la place de la religion à l’école. Ledit rapport posait que l’école doit respecter les droits de la personne, notamment l’égalité fondamentale des citoyens et citoyennes devant la liberté de conscience et de religion. La conclusion du dit rapport coule, semble-t-il, de source : l’État doit s’abstenir de prendre position en faveur ou en défaveur de l’une ou l’autre des religions ; il ne doit pas favoriser l’enseignement d’une quelconque confession religieuse. En d’autres termes, un cours d’enseignement religieux doit simplement transmettre des connaissances de nature culturelle sur les diverses grandes religions. Le Rapport Proulx nous représente l’enseignement religieux catholique comme un enseignement doctrinaire. L’élève y assimilait, semble-t-il, les croyances catholiques. Le professeur enseignait de son côté les « vérités de la foi » du catholicisme. Un libéral, même croyant comme Jean-Pierre Proulx, avait alors toutes les raisons de condamner ce type d’endoctrinement.

    Donc, ECR est ainsi fignolé pour n’enseigner que des connaissances [Note du carnet : et pas beaucoup !], pas des croyances. ECR présuppose donc qu’il existe une nette distinction entre les deux, connaissance, d’une part, et croyance, d’autre part. Depuis Platon, la connaissance est définie comme une croyance vraie justifiée. En matière de religion, la connaissance comme « vérités révélées », du moins en christianisme, posent de redoutables problèmes si l’on adopte la définition platonicienne de la connaissance, reprise par Descartes, qui, soit dit en passant, fut érigé en dogme absolu au Siècle des Lumières. En effet, devant le succès fulgurant des sciences expérimentales, la connaissance comme croyance vraie justifiée, se précisa davantage : aucune croyance autre que ce qui est matériel et naturel n’est admissible et légitime. Ce qui est « vrai », donc connaissable, ne peut être surnaturel ou immatériel. Les « vérités de la foi » se trouvèrent dès lors disqualifiées au titre de « connaissances ». Elles devinrent de simples croyances, telles celles de la croyance en une théière qui orbiterait autour de la terre (l’exemple est de Bertrand Russell). Les chrétiens reçurent l’étiquette de « croyant », tout comme les adeptes de l’islam, du judaïsme, qui croient donc à des vérités surnaturelles et immatérielles. Pourtant, les chrétiens ne se désignèrent jamais comme des « croyants », mais plutôt comme des témoins ou des fidèles de Jésus. Plus radical encore, un mathématicien et philosophe britannique du troisième quart du XIXe siècle, William Clifford, forgea l’expression « éthique de la croyance » (ethics of belief), en vue de mettre au pilori la religion chrétienne : « Il est mauvais toujours, partout pour quiconque, de croire quelque chose, sur la base d’une évidence insuffisante ». Lorsque les partisans du Canadien croyaient par les années passées que leur club allait gagner la coupe Stanley, non seulement ils se gouraient, selon Clifford, mais ils étaient moralement coupables d’entretenir ce type de croyance non fondée. Voilà, en gros, l’épistémologie évidentialiste qui a cours aujourd’hui et qui se trouve être au cœur du programme ECR. Le programnme ECR ne veut inculquer aucune croyance de nature immatérielle et surnaturelle aux jeunes parce qu’il est éthiquement mauvais ou préjudiciable de le faire, du moins selon l’épistémologie évidentialiste préconisée.

    À mon sens, les catholiques québécois ont parfaitement raison de décrier ce sapin qu’ont leur a passé. ECR ne comprend rien à la religion chrétienne et, à fortiori, aux religions. Comment peut-on prétendre connaître quoi que ce soit lorsqu’au départ on pose un principe éthique de la croyance qui condamne la foi chrétienne à n’être qu’une simple croyance comparable à la théière de Russell ? ECR est attrape-nigaud épistémologique. Une autre épistémologie est possible et parfaitement légitime pour la foi chrétienne, c’est l’épistémologie des vertus (voir Roger Pouivet, Épistémologie des croyances religieuses). Rappelons, pour clore, cette vérité chrétienne fondamentale : la foi est une vertu théologale. Pas une simple croyance délirante, n’en déplaise à Russell et consorts. »




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    Micro-trottoir avec des universitaires sur la théorie de l'évolution

    Exercice de micro trottoir où s'expriment des professeurs et des chercheurs « chevronnés » de différentes universités, ainsi que des étudiants de l’UCLA (Université de Californie à Los Angeles) au sujet de la théorie de l’évolution. Intéressant par le fait que beaucoup d'universitaires scientifiques sont facilement désarçonnés (si on en croit la vidéo) dans leur « croyances ». Imaginez des élèves du secondaire avec un professeur déterminé qui pose des questions pointues (sur n'importe quel sujet d'ailleurs).



    (Sous-titré en français)






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    Le faux « sang indien » des Québécois

    Article intéressant de Gérard Bouchard (à comparer avec le traitement fantaisiste des Amérindiens à l’école québécoise, voir les liens ci-dessous).

    Un documentaire (L’Empreinte), réalisé par Carole Poliquin et Yvan Dubuc et présenté au dernier Festival du cinéma d’Abitibi-Témiscamingue, vient de relancer une vieille idée : les Québécois* auraient beaucoup de « sang indien » et les caractéristiques principales de notre société nous viendraient des Autochtones. Mais à cause de la honte du « Sauvage », cet héritage resterait occulté.

    Cette idée est inspirée par des visées louables que je partage : contrer les stéréotypes accolés aux Autochtones et rapprocher les deux cultures. Le problème, c’est que cette théorie du métissage intensif s’accorde mal avec les faits.

    L’harmonie autour du tipi...
    Manuel ECR publié chez CEC, 3e primaire


    Le 1 %

    Plusieurs Québécois découvrent qu’ils ont des ancêtres autochtones et qu’ils ont donc « du sang indien dans leurs veines ». Dans les années 1950, l’ethnologue Jean-Jacques Rousseau assurait que si on secouait l’arbre généalogique des Québécois, il en tomberait bien des plumes. L’image a fait fortune. Mais qu’en est-il au juste ?

    La plupart des communautés autochtones ont toujours été situées à bonne distance des habitats québécois, ce qui mine l’idée de contacts fréquents. En plus, l’Église a toujours découragé les unions mixtes. La proportion de gènes amérindiens dans le bassin génétique des Québécois est donc très faible (moins de 1 %), comme l’ont démontré des analyses rigoureuses appuyées sur le fichier de population BALSAC.

    Il faut aussi se méfier d’une illusion généalogique : combien faut-il d’ancêtres indiens (et à quelle génération ?) pour conclure qu’un Québécois a « du sang indien dans les veines » ? Je rappelle qu’à la onzième génération, chacun d’entre nous compte plus de 2000 ancêtres... Que signifie la présence de quelques Autochtones ?

    Les traits sociaux et culturels


    Selon la thèse du métissage intensif, notre société aurait hérité ses principaux traits des Autochtones : la mobilité géographique, l’amour de la nature et de la liberté, une sensibilité sociale-démocrate, la recherche de la consultation, du consensus et du compromis, le communautarisme, le goût de la médiation, l’aversion pour les divisions et conflits.

    Je relève ici quatre difficultés. D’abord, tout cela suppose des transferts intensifs, à grande échelle et sur une longue période à partir des Autochtones vers les Québécois. On ne trouve rien de tel dans notre histoire, les contacts se faisant principalement aux marges. Deuxièmement, le mépris que les Blancs ont porté aux Autochtones a fait obstacle à des emprunts sociaux massifs. Cependant, des éléments de culture matérielle autochtone se sont largement diffusés.

    L’utopie est dans le tipi... Manuel ECR chez CEC 3e primaire, p. 37

    Troisièmement, les traits mentionnés peuvent tous être imputés à d’autres sources et avec beaucoup plus de vraisemblance. Par exemple : le fait d’une petite nation minoritaire, qui sent le besoin d’une intégration étroite, de solidarité et de concertation, ou le fait d’une société neuve par définition proche de la nature, contrainte à l’entraide et éprise de liberté. Les traits invoqués se retrouvent du reste dans le passé de toutes les collectivités du Nouveau Monde.

    Enfin, le canal de transmission fait problème : il opérait à l’envers. Les présences soutenues de Blancs parmi les Autochtones sur le territoire québécois ont consisté dans l’action du clergé et celle du gouvernement fédéral, l’une et l’autre visant à réduire la culture indigène afin d’implanter la culture occidentale. Quant aux coureurs de bois, ils se sont beaucoup « ensauvagés ».

    On aimerait que la thèse du métissage intensif soit fondée et qu’elle engendre les vertus recherchées. Malheureusement, les faits sont réfractaires. Le danger ici, c’est de remplacer un stéréotype par un autre. Sur ce sujet, le lecteur aura profit à consulter les écrits plus nuancés de Denys Delâge (qui parle de 1 % de mariages mixtes).

    * Je distingue Québécois et Autochtones parce que l’État québécois a statué qu’ils forment deux nations différentes.



    Voir aussi

    ECR — obsession pour les Amérindiens écologistes

    L’utilité de la glorification des Premières Nations

    « Notre » patrimoine religieux autochtone

    Proportion des pages consacrées aux différentes cultures religieuses dans deux manuels d’ECR du 1er cycle primaire

    Spiritualité autochtone, écologie et norme universelle moderne

    Jacques Brassard et l’écolo-chamanisme, le petit chouchou de l’école québécoise

    Sortir le religieux de l’école pour y laisser entrer l’ésotérisme et les gourous

    Québec — Le peu de place consacrée à l’Europe (à la France) dans les programmes d’histoire

    « Prêts à emprunter aux Amérindiens des ingrédients qui assurent leur survie, les ­colons français s’empresseront, aussitôt leur modèle culturel alimentaire bien implanté, de ­rejeter radicalement ces aliments. »


    Ministre Blais et ECR : pas l'intention d'utiliser la clause dérogatoire

    Le journaliste du Devoir, Antoine Robitaille, se demandait si « l’appui indéfectible » du ministre de l’Éducation, François Blais, envers le cours d’éthique et de culture religieuse (ECR) le « conduira-t-il à l’invocation de la clause “nonobstant” afin de déroger à ce jugement ? La question se pose. »

    Invocation que Jocelyn Maclure, professeur à la Faculté de philosophie de l’Université Laval et membre de la commission Bouchard Taylor, ancien collègue de François Blais, appelle lui aussi à considérer, comme c’est curieux.

    Mais, selon Radio-Canada, le ministre François Blais (ci-contre) indique qu’il n’a pas l’intention d’utiliser la clause dérogatoire, la fameuse « clause nonobstant » pour imposer le cours d’éthique et de culture religieuse aux écoles confessionnelles. « On n’en est pas du tout là pour le moment », affirme-t-il.



    (Le résumé de la décision de la Cour suprême dans la cause Loyola qui termine cette nouvelle de la SRC vaut son pesant de cacahouètes... : « La Cour suprême a permis jeudi à l’école secondaire Loyola, une école privée, d’enseigner la foi catholique d’un point de vue religieux. [C’était déjà permis, mais pas au sein du cours ECR !] L’école devra aussi [pas “aussi”, il n’y a pas d’opposition !] donner le cours d’éthique et de culture religieuse du ministère de l’Éducation du Québec. » [Passe sous silence le fait que Loyola peut aussi enseigner l’éthique catholique d’une façon non neutre : « Une exemption ne peut pas être refusée au motif que Loyola doit enseigner le catholicisme et l’éthique catholique suivant une perspective neutre » dans la conclusion majoritaire de l’arrêt Loyola c. MELS])

    Le Devoir : la Cour suprême et la « reconfessionnalisation »

    Antoine Robitaille du Devoir commet cette chronique. On y apprend qu’apparemment les écoles privées confessionnelles auraient toutes été déconfessionnalisées... Loyola aurait donc cessé à un moment d’être catholique, déconfessionnalisée ? Curieux.
    « Un des éléments centraux de la déconfessionnalisation du système scolaire québécois, le programme Éthique et culture religieuse (ECR) pourrait paradoxalement devenir un facteur subtil de reconfessionnalisation. La faute à qui ? La Cour suprême.

    N’ayant pas lu le jugement, le ministre de l’Éducation François Blais, habile, s’est rabattu sur une métaphore, jeudi à l’Assemblée nationale, pour commenter la décision de la Cour suprême dans le cas de l’école secondaire Loyola : « La Cour a l’habitude de fermer des portes, d’en laisser certaines ouvertes et d’en ouvrir d’autres. » Or une porte, ouverte jeudi, a de quoi inquiéter.

    Loyola n’a jamais voulu donner le fameux cours ECR. Elle a commencé par demander une exemption. Celle-ci lui a été refusée ; elle a ensuite offert au gouvernement un « programme de remplacement ».
    M. Robitaille se méprend : la demande d’exemption s’est accompagnée d’une proposition de programme équivalent selon le demandeur.

    D’une part, l’exemption est accordée s’il y a un programme équivalent, voir l’Article 22 du règlement d’application de la Loi sur l’enseignement privé, R.Q. c. E-9.1, r.1 :

    « 22. Tout établissement est exempté de l’application du premier alinéa de l’article 32 pourvu que l’établissement offre des programmes jugés équivalents par le ministre de l’Éducation. »

    D’autre part, la première lettre adressée par Loyola à la ministre, bien avant tout procès, le dit :
    Dans la deuxième lettre au ministre (toujours avant les procès), Loyola précise ce que sont ces cours de religions du monde.
    Autre refus. Ce programme était, au sens du ministère, « fondé sur la foi catholique et [avait] pour principale finalité la transmission des croyances et convictions catholiques ».

    Même si c’était vrai, quelle horreur dans une école catholique !
     Loyola va devant les tribunaux. On est en 2008. Après un ping-pong devant la Cour supérieure (qui donne raison à Loyola) et la Cour d’appel (qui lui donne tort), la Cour suprême coupe la poire en deux dans un jugement sophistiqué (au sens péjoratif) : c’est oui et non. Oui pour enseigner selon le prisme catholique les portions éthiques sur le catholicisme ; non pour enseigner les autres religions de la même manière. Il faudra être neutre, factuel. Étrange : le plus haut tribunal instaure une géométrie variable dans l’enseignement d’ECR en fonction de la religion enseignée.

    Après tout, opine la cour, « enseigner les valeurs éthiques d’autres religions est en grande partie une démarche factuelle ». On a envie de répondre : en revanche, pour un professeur croyant, enseigner la sienne risque de ne pas l’être ! Et c’est là la brèche que ce jugement opère dans l’essence même d’ECR. Et cela qui risque d’entraîner d’importants problèmes d’application.

    Par exemple : un enseignant croyant catholique sera-t-il porté à présenter les zones d’ombre de l’histoire de sa religion ? À l’école Loyola, parlera-t-on des Croisades et de l’Inquisition ? Peut-être bien, mais les chances sont minces que les élèves aient accès à une « description neutre des coutumes et des pratiques », de l’histoire d’une religion en laquelle un professeur croit. Et les élèves issus de familles non religieuses, devant ces mêmes professeurs croyants ? Ne retournons-nous pas, avec ce jugement, à des situations d’avant la possibilité que ce même type d’élèves soient exclus des « cours de catéchèse » ?

    En raison d’une conception de la liberté de religion semblant au sommet d’une hiérarchie des droits, la Cour s’est empêchée de suggérer que les organisations religieuses puissent, en dehors des heures normales, donner des cours de religion à l’école. Elles peuvent actuellement en plus en donner dans leurs lieux de prière.

    Que fera le gouvernement libéral face à ce jugement bancal ? « Mon appui à ce cours [ECR] est indéfectible », a affirmé le ministre Blais, après avoir fait l’éloge de son maître


    Et certains pensent qu’il n’y a de disciples et de doctrinaires indéfectibles que religieux (traditionnels).
    le philosophe Georges Leroux, concepteur du cours ECR (et aussi collaborateur du Devoir).
    Eh, oui ! tous ces gens se connaissent et partagent les mêmes idées. C’est beau la diversité.

    Cet appui indéfectible conduira-t-il à l’invocation de la clause « nonobstant » afin de déroger à ce jugement ?
    Invocation que Jocelyn Maclure, professeur à la Faculté de philosophie de l’Université Laval et membre de la commission Bouchard Taylor, ancien collègue de François Blais, appelle lui aussi à considérer, comme c’est curieux.
    La question se pose. Le cours ECR a bien des défauts (flou en raison des « compétences », peu de place à l’athéisme, multiculturalisme bonbon, etc.), mais il a fait l’objet d’un consensus dans un Québec ayant soif de laïcité.
    Ah, l’appel au consensus ! Encore ce bel amour de l’uniformité, même face à un programme bancal. Et pour un programme grevé de « défauts » dans une école catholique il faudrait utiliser la clause dérogatoire ?


    Voir aussi

    George Leroux : L’État doit viser à déstabiliser les systèmes absolutistes de croyance

    « Georges Leroux est mon gourou », déclare le directeur de la fédération des écoles privées au sujet d’ECR.

    Georges Leroux – le pluraliste jacobin (1 sur 2).

    Georges Leroux – le pluraliste messianique (2 sur 2).