mercredi 10 juin 2009

Richard Martineau : « pourquoi s'évertuer à maintenir ce cours au programme ? »

Chronique étonnante de Richard Martineau ce matin dans le Journal de Montréal. Extraits.
« Donc, faisons comme si je croyais à Raël, à Mohamed ou à Jésus-Christ.

Eh bien, vous savez quoi ? Je serais férocement CONTRE le nouveau cours d'éthique et de culture religieuses. Je ferais tout en mon pouvoir pour forcer le ministère de l'Éducation à l'enlever du programme.

Pourquoi ?

Tout simplement parce que je refuserais que l'on réduise ma religion à un simple phénomène culturel, au même titre que la bouffe, la musique ou la mode.

LE MOULIN À IMAGES

Croire à un Dieu n'est pas rien. Ce n'est pas comme croire à l'architecture romane ou à la Nouvelle cuisine. Ça oriente tout votre être — ce que vous pensez, ce que vous défendez, ce que vous faites.

On ne croit pas huit heures par jour, 10 heures par jour ou 12 heures par jour. On croit 24 heures par jour, 7 jours par semaine.

Le paradis, quand vous êtes croyant, n'est pas une «création culturelle» au même titre que le Moulin à images de Robert Lepage. C'est vrai comme les arbres que vous voyez et l'air que vous respirez.

Entendre un prof de 20 ans qui n'a aucune formation en théologie dire à mes enfants que mon Dieu n'est qu'une créature imaginaire parmi tant d'autres et que le paradis qu'il me promet à la fin de mes jours n'est qu'une création de l'esprit me choquerait...

Je trouverais ça profondément insultant. Et je dirais : « De quoi il se mêle, lui ? »
»
En France, c'est sur l'opposition des juifs qu'une réforme similaire de l'enseignement a achoppé : il était exclu pour eux que des non-juifs enseignent la Torah ou glosent sur des rituels juifs à des enfants juifs.
« 
NI CHAIR NI POISSON

C'est le problème principal du cours d'éthique et de culture religieuses : il est assis entre deux chaises.

Il ne fait plaisir ni aux croyants (qui n'aiment pas cette lecture culturelle et relativiste de la religion) ni aux non croyants (qui se demandent pourquoi on enseigne des balivernes à l'école).

C'est comme si on voulait parler de religion sans vraiment parler de religion. On dit que toutes les croyances s'équivalent... alors que lorsqu'on est vraiment croyant, c'est le contraire : on est convaincu d'être habité par une vérité immuable !

D'où la question que je ne cesse de me poser : pourquoi s'évertuer à maintenir ce cours au programme ?

On pourrait tout simplement dire : « La religion appartient à la vie privée. C'est aux parents de l'enseigner à leurs enfants. »

Dans une société où les gens qui sont passés par le cégep et par l'université disent encore S'ASSIR au lieu de S'ASSEOIR, et UNE sandwich au lieu d'UN sandwich, il me semble qu'il y a des choses plus importantes à enseigner... »

« À qui profite le crime ? » et « L’hindouisation des structures scolaires ? »

Deux nouvelles capsules de l'historien Réal Gaudreault.

Capsule 35 - À qui profite le crime?
« Comment se fait-il que les syndicats qui représentent les enseignants québécois sont pratiquement muets au sujet du cours ÉCR ? Les professeurs aussi ont perdu des droits importants dans cette affaire. Par ailleurs, les théologiens québécois appuient en bonne partie l’imposition du cours ÉCR. Mais pourquoi donc? Dans les faits, ce cours est une occasion extraordinaire de relancer les grandes facultés de théologie des universités québécoises qui se mouraient au cours des dernières années. Encore une question de fric ? »


Capsule 36 - L’hindouisation des structures scolaires

« Après la déconfessionnalisation des structures scolaires dans les années 90, nous voici arrivés à l’hindouisation de ces mêmes structures. En effet, les écoles québécoises permettent la pratique du yoga dans un grand nombre de leurs établissements. On nous dira que le yoga en question n’a rien de religieux. Or, c’est faux. Le yoga est une pratique religieuse liée à l’hindouisme. Cette pratique est même considérée par plusieurs spécialistes du yoga comme une pratique potentiellement dangereuse pour la santé de nos tout-petits. »



Entretien avec Paul Donovan par Sel + Lumière

Entrevue avec Paul Donovan, directeur du Loyola High School, pour l'émission Zoom de Sel et Lumière (émission du mardi 9 juin).

Loyola explains why it is in court this week

Loyola is in court this week (from June 8th to 12th). Can the "pursuit of the common good" and the "recognition of others" be taught from a Catholic perspective or does it have to be secular?

The following documents found on Loyola's website outline the key issues that are at stake. The letters are perhaps the best place to start as they outline the main issues but you are also encouraged to look at the court documents themselves.

  1. First Request to the Minister - Version française
  2. Letter Explaining Positions
  3. Letter to the Editor - The Gazette 
  4. Loyola's Motion
  5. MELS defense
  6. Second Letter to the MinisterVersion française

mardi 9 juin 2009

Collège Loyola devant le tribunal : « Nous voulons l'enseigner comme des catholiques »

Pour commencer cette première journée du procès de Loyola contre le Monopole de l'Éducation du Québec, les avocats de Loyola ont déposé plusieurs nouveaux documents au sujet du projet éducatif, des exigences de l'école et de son caractère confessionnel.

Les deux témoins « ordinaires » de Loyola ont été entendus en interrogatoire et contre-interrogatoire, à savoir Paul Donovan directeur de Loyola High School, et John Zucchi, parent d'un élève de l'école.

M. Donovan a expliqué en détail ce qui caractérise une école catholique jésuite et comment le programme pédagogique en entier est investi de ce caractère et de ces valeurs.

Il a aussi fait valoir comment son école concrétise déjà depuis longtemps, dans les enseignements et dans la vie et les projets scolaires, les deux grands objectifs du programme ECR : la reconnaissance de l'autre et la poursuite du bien commun.

Le programme éducatif de Loyola vise aussi depuis longtemps les mêmes « compétences » que le programme ECR : la compréhension du phénomène religieux, la réflexion éthique et le dialogue.

Il a aussi expliqué comment l'enseignement des religions du monde à Loyola inclut la dimension de foi et les implications dans la vie personnelle pour chaque religion, contrairement au programme ECR, qui, a-t-il dit, ne s'attache qu'à l'expression extérieure des religions. À cet effet, il a dit trouvé plus approprié, pour parler du judaïsme, par exemple, d'inviter un rabbin pour en parler. M. Donovan a rappelé que le collège Loyola offre un cours des religions du monde depuis 25 ans. L'école invite depuis plusieurs années des imans et des rabbins pour qu'ils expliquent leur religion a précisé M. Donovan.

Toujours lors de son témoignage, M. Donovan a dit que le cours ECR est incompatible avec la perspective catholique. Au cœur de cette incompatibilité : la position « neutre » requise de l'enseignant d'ECR. Pour M. Donovan, l'enseignant à Loyola, doit recevoir, et même faire ressortir, toutes les positions dans un questionnement éthique, mais doit s'engager lui-même dans un vrai dialogue, et surtout, exprimer et énoncer la perspective catholique.

M. Donovan a soumis que le programme de Loyola est « équivalent » au programme ÉCR, et demande que son école puisse continuer de rejoindre les objectifs du programme ministériel, mais selon la mission propre de l'école et avec la perspective jésuite catholique.

Quand Paul Donovan a participé aux séances de formation pour le nouveau cours obligatoire du gouvernement intitulé éthique et culture religieuse, le directeur du collège Loyola a été découragé par l'attitude exprimée par d'autres enseignants quant à la présence de la religion à l'école.

« Il semblait y avoir cette attitude qu'ils allaient se débarrasser de la religion » a déclaré M. Donovan au juge Gérard Dugré de la Cour supérieure du Québec alors qu'il expliquait pourquoi son école s'opposait à mise en place du nouveau cours ECR de façon « neutre ».

Gérard Dugré est un juge récemment nommé qui aurait pris connaissance du dossier la semaine passée. Toutefois, il a montré une bonne possession des enjeux et a tenu à ce que les deux partis présentent au tribunal les tenants et aboutissants dans une introduction liminaire. Quand Me Jobin lui a dit que le ministère reprochait à Loyola d'enseigner un programme qui ne favorisait pas le dialogue, le juge Dugré a demandé si le principe « Aimez-vous les uns les autres » n'impliquait pas automatiquement un dialogue. Cette question n'a pas suscité de réponse de la part des deux procureurs, Me Jobin et Me Jacob.

M. Donovan a déclaré qu'il n'était pas raisonnable de s'attendre à ce qu'une école privée jésuite comme Loyola enseigne un programme sans permettre à ses enseignants de préciser la relation entre le contenu du cours et leur foi catholique.

« Nous voulons le faire à la manière catholique » a-t-il déclaré hier devant le juge. « Nous ne voulons pas séparer notre foi de ces questions. »

En tant qu'école catholique, il est essentiel que les enseignants de Loyola puissent parler des « éléments de la foi » quand il donne ce cours a-t-il ajouté. « Sinon, c'est réduire la religion à de simples manifestations culturelles ». « Nous ne voulons pas apprendre que certaines personnes ne mangent pas de viande contenant du sang, sans dire pourquoi » a expliqué le directeur de Loyola devant le juge Dugré.

Me Benoît Boucher, procureur du ministère, a affirmé que jamais le ministère ne permettrait un cours d'inspiration catholique ou religieuse obligatoire, car cela contreviendrait à la charte, puisque tous les étudiants à Loyola ne sont pas catholiques.

Me Boucher a aussi souligné le peu de renseignements fournis par Loyola à la ministre, lors d'échanges précédents (mai 2008 à novembre 2008) au sujet de l'équivalence possible du programme Loyola avec ECR quand Loyola avait fourni une table des matières de son programme ECR « équivalent ».

Celle-ci a déjà en août 2008 refusé l'exemption à Loyola avec une réponse de non-équivalence en 6 points, où la perspective jésuite catholique du programme de l'école était essentiellement mise en cause.

Me Boucher a aussi interrogé M. Donovan au sujet de la position d'autres autorités jésuites sur l'obligation de donner le cours ECR dans une école jésuite, position qui s'est révélée effectivement divisée.

John Zucchi a ensuite témoigné. Professeur d'histoire à l'Université McGill, il a dit qu'il s'est joint à la requête contre le ministère parce qu'il est opposé au fait que les enseignants doivent rester « neutres » quand ils donnent ce cours. Fort de ses plus de 20 ans en tant que professeur d'université, M. Zucchi a affirmé que, selon lui, il est impossible d'enseigner un tel programme de façon neutre, de façon objective oui, mais pas neutre. Si cette neutralité signifie l'absence de religion dans la partie culture religieuse ou de morale en éthique, alors, nous sommes en présence d'un point de vue en soi.

Il a surtout exprimé ses attentes que Loyola puisse continuer d'être l'école catholique jésuite cohérente dans tous ses enseignements et valeurs, telle qu'il l'avait choisie pour son fils, Thomas. Celui-ci devrait suivre le cours ECR au collège Loyola l'année prochaine (2009/2010). « Je ne veux pas qu'il doive laisser de côté sa foi pendant un cours ou qu'un enseignant d'une école catholique doive abandonner sa perspective [catholique] » de préciser Zucchi.

Interrogé par CTV quant à la possibilité de donner le cours ECR séparément du cours de religion, M. Donovan a déclaré qu'il est un peu ridicule (« silly ») de demander aux élèves qui posent une question qui pourrait toucher à la morale dans le cours d'ECR d'attendre le lendemain pour avoir une réponse dans le cours de religion.

La déconfessionnalition comme prétexte à l'imposition du cours aux écoles confessionnelles...

Les journalistes (et les politiciens) semblent utiliser la déconfessionnalisation du réseau scolaire public pour justifier l'imposition du cours d'éthique et de culture religieuse aux écoles privées... C'est curieux, mais c'est ainsi.

Écoutez la fin de ce reportage sur le premier jour du procès de Loyola :

« du côté du ministère on refuse cette exemption, car celle reviendrait à autoriser un cours de religion obligatoire ce qui va à l'encontre de la déconfessionnalisation des écoles en vigueur au Québec depuis l'an 2000. »

Loyola est une école privée confessionnelle, catholique en l'occurrence, comment peut-elle être déconfessionnalisée ? Elle offre déjà un cours de religion catholique, ce qui n'est pas interdit... En quoi refuser d'enseigner le programme ECR supprimerait-il ce cours de religion catholique (le cours de religion obligatoire on suppose...) déjà enseigné ? Mystères.


Le critique du Parti québécois en matière d'éducation franchissait allègrement le même pas au sujet des écoles privées confessionnelles juives, cette fois, qui refusent d'enseigner le cours gouvernemental d'ECR :
« On a éradiqué en principe la religion de notre système d'enseignement public, cela ne se peut pas que, par la porte d'en arrière, on la réintroduise. »
Une nouvelle fois, on dit qu'on a éradiqué (sympa !) la religion de l'école publique (ce qui reste à voir) pour justifier l'imposition du cours ECR dans des écoles privées confessionnelles... Allez comprendre !

Dans un article de l'édition de fin de semaine du Devoir, Clairandrée Cauchy, toujours au sujet des écoles juives orthodoxes, écrivait :
« Le problème équivaut à tenter de résoudre la quadrature du cercle. Comment arriver à un compromis qui ne fera pas vaciller le processus de laïcisation du système scolaire québécois, alors que le nouveau cours d'éthique et culture religieuse est soumis au test des tribunaux ? »
À nouveau la laïcisation du système scolaire en parlant d'écoles privées confessionnelles juives... Quel rapport ?

Ces gens se passent-ils le mot ?

Dix ans de réforme, y a pas de quoi fêter !

Le 8 juin 1999, Québec présentait les grandes lignes de sa réforme de l'éducation. Dix ans plus tard, la Fédération autonome de l'enseignement et la Coalition Stoppons la réforme dénoncent « les nombreux dérapages et l'échec évident » de cette réforme.

La réforme de l'éducation, qui fête donc ses dix ans lundi, a sacrifié une cohorte complète d'élèves. Un véritable « choc social » s'annonce alors que les premiers jeunes cobayes feront prochainement leur entrée au cégep, dénonce Pierre St-Germain, président de la Fédération autonome de l'enseignement (FAE), qui refuse d'être « complice du désastre ».



« La réforme, c'est comme un écrasement d'avion, explique-t-il. C'est un bilan très négatif. Déjà dans la première année, on était critique. Il y avait des cafouillages, mais on se disait qu'il fallait laisser la chance au coureur. »

Les élèves qui ont subi la réforme ont de moins bons résultats que leurs prédécesseurs, affirme le président de la FAE, enquêtes internationales récentes à l'appui. « Les élèves ne maîtrisent pas les fondements des matières. Ils n'ont pas de bagage de connaissances, ils ne sont pas autonomes », affirme M. St-Germain.

Le président de la FAE est très critique envers les fonctionnaires du ministère de l'Éducation qui ont mis de l'avant le « renouveau pédagogique ».

Mission de l'école — instruire ou socialiser ?

« Les ministres se sont fait rouler dans la farine par les technocrates du ministère de l'Éducation. L'appareil bureaucratique croit à la réforme comme un dogme. Ils ne se désavoueront jamais eux-mêmes », lance Pierre St-Germain.
« Nous croyons que les politiques éducatives et sociales récemment adoptées ne permettront pas à l'école de remplir sa mission première, celle d'instruire. »

Extrait du manifeste de Stoppons la réforme


À comparer avec la priorité de ceux qui veulent créer une nouvelle « culture publique commune » au Québec :
« Le rôle de l’école, c’est de socialiser les jeunes. »

Denis Watters
LCN, entretien avec Jean-Luc Mongrain
le 8 juin 2009

lundi 8 juin 2009

Une utopie mal servie par la réalité

Extrait d'un article de Radio-Canada :
Le programme est vaste. Une rupture, en fait, comme le dit M. [Georges] Leroux lui-même, et qui repose peut-être sur des épaules trop fragiles.

« J'ai beaucoup d'estime pour quelqu'un comme M. Leroux, pour son travail et sa réflexion », affirme d'entrée de jeu Normand Baillargeon, professeur au Département d'éducation et de pédagogie de l'UQAM. « [Mais] je crois que la réalisation concrète de ça est extrêmement improbable. La quantité d'information que l'enseignant doit être en mesure de maîtriser pour viser les objectifs du cours est absolument phénoménale. Ça demande une culture générale extraordinaire, une connaissance approfondie des différentes traditions religieuses et éthiques. »

Or, M. Baillargeon, quoiqu'il enseigne dans cette même faculté où l'on forme les futurs enseignants de ce programme, est plutôt pessimiste.

« En sciences de l'éducation, les formations offertes sont généralement extrêmement faibles, peu solides pour ce qui est du contenu théorique. C'est ce que je constate; mes étudiants me le répètent à satiété. »

Et s'il n'y avait que ça. « Mais vous comprenez aussi que ce n'est pas un enseignement comme les autres. Il faut savoir faire preuve d'une grande sensibilité, d'une capacité de négocier des conflits parfois profonds, avec des parents, sur des questions de valeurs extrêmement fondamentales. »

Il poursuit : « Je vais être franc avez vous. J'ai fait de très longues études, je suis à l'université depuis des années, j'ai écrit sur des tonnes de sujets [dont ce programme], et si je devais enseigner ce cours-là au secondaire à partir de septembre, je passerais un été d'enfer à étudier. Et pourtant, je me suis intéressé à ces questions. »

Que sais-je?

Normand Baillargeon pose une question fondamentale : à partir de quel savoir s'exerce la pensée des enfants?

Première journée du procès contre le cours « neutre » d'ECR imposé au collège catholique privé Loyola

Où Me Boucher, avocat du Monopole de l'Éducation, nous apprend que le cours d'éthique et de culture religieuse « n'enseigne pas l'éthique », « n'enseigne pas les religions », mais « qu'on veut se questionner, on veut examiner de façon neutre les représentations des différentes religions. »

Un cours d'éthique qui n'enseigne pas l'éthique, hmmm.




Pour ce qui est de la neutralité, il faut se rappeler ce qu'en disait l'omniprésent Denis Watters, invité par tous les médias, qui disait :
« Ce n’est pas un programme neutre, et je le dis haut et fort : ce n’est pas un programme neutre  »

Denis Watters
Responsable à l'époque du cours d’ECR
au ministère de l’Éducation (MELS)
(Radio-Canada, 24 avril 2008)


dimanche 7 juin 2009

Désinformer les paroissiens : parti-pris de Prions en Église

Nous reproduisons ci-dessous la profession de foi pro-ECR publiée dans le Prions en Église de ce dimanche avec quelques commentaires de notre cru.
Prier et réfléchir en Église
Éthique et culture religieuse, un tournant essentiel
Les aspirations et les incompréhensions

En tant qu’enseignant au secondaire, j’ai dû expliquer la visée principale du nouveau cours d’éthique et de culture religieuse aux parents, dès septembre dernier.
Il va être difficile de trouver un enseignant prêt à s'opposer publiquement dans ces mêmes colonnes au cours ECR quand on se rappelle que les enseignants ne peuvent plus demander à ne pas enseigner ce nouveau cours de morale et de religion depuis l'abrogation de l'article 20 de la Loi sur l'instruction publique, que les syndicats ne se sont pas insurgés contre cette perte de droit et que la ministre est violemment en faveur de ce cours.
En quelques mots, je présentais cette visée comme suit: permettre au jeune de se comprendre lui-même et de comprendre le monde qui l’entoure. Dans la majorité des cas, je n’avais pas à m’expliquer davantage, cela coulait de source.
Pas davantage ? C'est pourtant très court.
Toutefois, dans les mois qui ont suivi, des dissensions ont pris forme dans certains endroits du Québec.
Ce débat aurait dû avoir lieu avant l'imposition de ce cours, mais les parents ont été placés devant un fait accompli à coups de slogans.
Par exemple, certains parents se disaient brimés dans leur droit de choisir et leur liberté de conscience. D’autres ont prétendu que ce cours faisait la promotion des religions non-chrétiennes. Ces affirmations me semblent provenir d’une incompréhension du but de ce cours, qui ne vise en rien à transmettre la foi. En fait, un de ses enjeux les plus importants consiste à mieux tenir compte de la réalité des enfants et des adolescents d’aujourd’hui. Une réalité fort différente de celle qu’ont connue les adultes qui les éduquent. Il importe plus que tout autre chose de comprendre cela.
Bref, les parents ne peuvent pas bien comprendre, l'État comprend les jeunes et sait ce qui est bon pour ces jeunes dans un Québec moderne.

Jeunes et religion aujourd’hui

Les jeunes qui fréquentent présentement nos écoles n’ont pas connu le Québec chrétien, où l’église du coin était un lieu de rassemblement.
Et c'est pourquoi, dans un document catholique distribué dans les paroisses, il faut militer pour un cours qui assure encore moins la transmission de la foi (et même la culture) catholique que les anciens cours confessionnels ?
Toutefois, ils ne reprennent pas pour autant les attitudes de leurs parents ou de leurs grands-parents vis-à-vis des religions. Pour eux, l’expérience religieuse constitue simplement un élément de la vie sociale, que ce soit à l’école, dans leur famille, leurs groupes d’amis, leurs réseaux d’appartenance. En regardant la télé ou en naviguant sur Internet, ils entrent en contact avec des gens qui affichent une diversité de valeurs, d’intérêts et de croyances (religieuses ou non).
Leurs parents ne regardent pas la télé, ne rentrent pas en contact avec des gens qui affichent une diversité de valeurs ? Ce n'est vraiment pas convaincant.

En passant, c'est exactement les arguments ressassés en septembre 2008 à Valcourt par MM. Bergevin (qui prenait alors l'exemple des J.O. à Pékin) et Jacques Pettigrew du MELS. Prions en Église simple relais du MELS ?
Pour certaines personnes, la manifestation de ces croyances est visible: le port d’une croix, d’un voile, d’une kippa, etc. Pour d’autres, cela ne se voit pas. Mais dans tous les cas, c’est une réalité qui fait partie du quotidien immédiat.
À nouveau, on essaie d'aseptiser le cours et on n'explique en rien pourquoi il faudrait dix (10) années à l'école pour apprendre à « reconnaître » ces symboles. Mais surtout on passe sous silence le fait central du cours ECR : il cherche à changer l'attitude des élèves vis-à-vis de la diversité religieuse (et on le devine ethnique), il cherche à convertir l'enfant en un pluraliste qui pense qu'il faut respecter de manière absolue toutes les religions (plutôt que les gens), toutes les opinions (pour autant qu'elles soient pluralistes et politiquement correctes).
Un chantier en développement
Comprendre laboratoire.
Le cours d’éthique et de culture religieuse implique un changement fondamental dans le contenu enseigné, mais aussi dans la manière de le présenter. Il ne s’agit pas d’une refonte des cours d’enseignement moral et religieux catholique ou protestant, ni même du cours d’enseignement moral. Le nouveau cours exige du jeune qu’il se questionne sur ce qu’il vit et ce qu’il voit autour de lui.
Remarquez le flou artistique : comment le cours va aider le jeune à se questionner, que va-t-il apprendre de précis ? Et puis cet aveu en creux : le cours n'enseignerait plus, mais il exigerait le jeune à se questionner sans proposer de réponses ? Et ce serait une bonne chose de pousser à se poser des questions (dès six ans) sans apporter de réponses ?
Il lui fait découvrir l’histoire religieuse du Québec afin de mieux comprendre le présent.
Amusant. C'est une petite partie du cours qui, incidemment, vire souvent à l'histoire de toutes les religions (même très récentes et très minoritaires) du Québec et qui relativise ainsi le poids historique catholique. Pourquoi cacher ces faits à des paroissiens catholiques, otages qui lisent ce seul plaidoyer en faveur du cours gouvernemental ECR ?
Le jeune est amené à comprendre que le religieux se vit sous différentes formes
Franchement, les enfants l'apprenaient avant dans les cours confessionnels et puis les jeunes ont la télévision !
et qu’il est nécessaire de respecter l’importance que les gens y accordent, quelle que soit leur appartenance religieuse.
Non, le programme ne parle pas de « respecter l'importance », mais de respecter l'opinion.

Citation du site gouvernemental : « Manifester de l’ouverture et du respect à l’égard de ce qui est exprimé. » (Éléments de contenu relatifs aux conditions favorables au dialogue et ailleurs)

Le programme exige donc de l’enfant de manifester de l’ouverture et du respect à l’égard de ce qui est exprimé sur le plan moral et religieux quand cela entre en contradiction avec les convictions et croyances religieuses de l’enfant.

Que l’on respecte toute personne, par sa façon de le traiter avec amour tel qu’enseigné par le christianisme, ne signifie pas être ouvert à ce qu’il exprime, lorsque ses convictions ou croyances vont à l’encontre de la raison, de la foi ou de la moralité catholique.
Finalement, ce cours exige aussi d’apprendre à dialoguer, à se parler et surtout à s’écouter pour mieux se comprendre et vivre ensemble.
L'école comme lieu de débat entre élèves ? Pour parler de quoi ? Pour dialoguer de quoi ? Des religions ? De l'homosexualité ? Dans quelle optique ? Une optique catholique ? M Roy n'en dit mot.
En apprenant à reconnaître ce qui se joue d’important pour chaque personne dans ses choix, ses besoins, ses désirs, ses croyances et incroyances, le jeune en arrivera sans doute
Peut-être. Quid de la prudence ? Du principe de précaution ?
à considérer par lui-même l’importance de son propre cheminement spirituel.

Yves Roy
S'il ne considère pas plutôt que ce cheminement est inutile, que tout se vaut ou qu'il doit changer de cheminement et poursuivre un chemin différent de ses parents qui lisent Prions en Église.

Prions en Église osera-t-il publier cet extrait de la lettre circulaire récente de la Congrégation pour l'éducation catholique :
« Marginaliser l'enseignement de la religion dans les écoles équivaut, au moins en pratique, à choisir une voie qui peut conduire à des erreurs ou porter préjudice aux élèves.En outre, si l'enseignement religieux se limite à une exposition des différentes religions de manière comparative et «neutre», cela peut être source de confusion, ou inciter au relativisme ou à l'indifférentisme. A ce sujet, Jean Paul II expliquait: «L'éducation catholique inclut (...) l’enseignement religieux dans le cadre du milieu scolaire, que l'école soit catholique ou publique. Les familles des fidèles ont droit à un tel enseignement et il faut leur garantir que l’école publique – justement parce qu’elle est ouverte à tous – non seulement ne mettra pas en danger la foi de leurs enfants, mais, au contraire, complètera, par un enseignement religieux adéquat, leur formation intégrale. »