dimanche 15 décembre 2024

Les enfants cobayes de la révolution trans

Texte de Mathieu Bock-côté par ce samedi dans le Figaro.

Ils sont nombreux à confesser leur surprise devant les révélations concernant le rapport ayant fuité dans Le Figaro sur la transition de genre de la Haute Autorité de santé (HAS). Car la HAS entend la rendre accessible à tous, même aux mineurs de 16 ans, sans exprimer la moindre prudence, alors qu’ailleurs en Occident, se dévoile une vive inquiétude à ce sujet. Rappelons l’esprit et les grandes lignes de ces révélations.

Mais faisons d’abord un détour. L’idéologie du genre s’est concentrée ces derniers temps sur la transition « sociale » en expliquant qu’il suffisait pour une femme de se dire homme pour que la société soit obligée de la considérer comme tel. C’est ce qui a poussé le planning familial à soutenir en 2022 qu’un homme pouvait être enceint. C’est aussi dans cet esprit qu’on a vu se multiplier les non-binaires, prétendant se dérober au féminin comme au masculin, ou alors les embrasser ensemble.

Mais nous venons de franchir une étape. C’est désormais la société dans son ensemble qui doit se reprogrammer pour faciliter non plus la transition « sociale », mais la reconstruction médicale des trans. Le personnel de santé est ainsi invité à accueillir le jeune trans en utilisant les pronoms qu’il exige - un homme biologique se prenant pour une femme devra ainsi se faire appeler «elle». L’inverse s’imposera aussi. D’aucune manière, on ne devra se demander si ce désir de changer de sexe n’est pas le signe d’un trouble psychiatrique ou psychique - la dissociation entre l’identité de genre et le corps sexué est ainsi légitimée par le corps médical.

Le système de santé est ensuite poussé à engager le plus rapidement possible la thérapie hormonale engageant le «changement de sexe», puis les opérations chirurgicales qui le rendront absolument définitif. Ces opérations devront être accessibles aux mineurs de 16 ans. Par ailleurs, les parents qui remettraient en question la transition de genre de leur enfant, et qui refuseraient de l’accompagner, pourraient être accusés de maltraitance parentale, et voir à terme leur autorité parentale remise en question, et même abolie. L’État, à terme, se donnera le droit d’arracher leurs enfants aux parents trop conservateurs, trop traditionnels. La déconstruction de la famille culmine ici.
La mouvance trans est parvenue à créer un dispositif technomédical autoréférentiel où ses militants se citent les uns les autres pour produire un « savoir » orientant ensuite le système de santé
La première chose qui frappe, ici, est la pénétration de la théorie du genre dans les instances censées produire l’expertise médicale. Le néolyssenkisme triomphe. La mouvance trans est parvenue à créer un dispositif techno-médical autoréférentiel où ses militants se citent les uns les autres pour produire un « savoir » orientant ensuite le système de santé. Cet entrisme s’accompagne souvent d’une stratégie de harcèlement des médecins pour voir lesquels se soumettent à cette idéologie et lesquelles s’y refusent, ce qui justifiera ensuite leur dénonciation pour transphobie.

La banalisation de la notion d’identité de genre a pour fonction d’empêcher de se demander pourquoi tant de jeunes, aujourd’hui, en viennent à se croire étrangers à leur corps. La vérité existentielle d’un être se trouverait dans son « ressenti de genre », et non pas dans son corps sexué, désormais traité comme une carcasse charnelle encombrante et le résidu réactionnaire d’une phase antérieure de l’humanité, avant la révélation constructiviste, expliquant que la biologie comme la nature sont désormais des catégories périmées. On parle ainsi non plus de chirurgies de changement de sexe mais de « réassignation sexuelle », pour modeler un corps jugé traître, ou du moins réfractaire, à l’esprit flottant qu’on croit porter en soi.

On touche ici les programmes d’éducation à la sexualité à l’école. Les enfants subissant la propagande du genre auront plus de chance de se retrouver un jour devant un médecin du genre ayant la mission de piloter leur transition. Si cet adolescent doute soudainement des bienfaits de la démarche dans laquelle il s’est engagé, une association de militants trans présentés comme des experts par l’état lui dira de ne pas avoir peur. La diffusion accélérée du fantasme voulant qu’on puisse naître dans le mauvais corps est le symptôme d’une perte du rapport au réel et d’un effondrement psychique à l’échelle d’une civilisation.

La modernité porte en elle une tentation démiurgique et rêve d’une humanité informe qu’elle pourra modeler selon son bon désir, dans une rationalité utopique, qui culmine toujours dans une logique totalitaire. La médecine doit fabriquer un homme nouveau, dénaturalisé, modifié aux hormones et au scalpel, persuadé désormais de s’autoengendrer. Nous sommes devant les enfants cobayes de la révolution trans.

Voir aussi
 
 
 
 
 
 
 

Canada n'est pas une société qui désavantage les minorités. Les données fiscales indiquent plutôt le contraire.

Une nouvelle étude ne parvient pas à prouver que les différences de revenus sont dues au racisme systémique.

D'importantes dépenses de programmes fédéraux reposent sur l'idée que les minorités visibles au Canada sont systématiquement désavantagées.

Prenons l'exemple le plus récent : plus tôt cet automne, le gouvernement fédéral a publié une stratégie de lutte contre le racisme de près de 45 pages pour 2024-2028, qui « vise à confronter le racisme systémique et à la rendre nos communautés plus inclusives et prospères.». Une telle stratégie est nécessaire, selon le gouvernement, parce que le racisme systémique existe dans toutes nos institutions et « (perpétue) une situation de désavantage relatif pour les personnes racisées ».

Mais où sont les preuves de ce postulat ? Pas dans les statistiques sur les revenus.

Contredisant directement l'idée que les minorités visibles sont systématiquement opprimées, une nouvelle étude de Statistique Canada montre que de nombreux Canadiens issus de minorités s'épanouissent et réussissent même mieux en moyenne que leurs homologues blancs.

L'étude de Statistique Canada s'est appuyée sur les données des recensements de 1996 et 2001, a utilisé les relevés fiscaux T1 (déclaration générale)  et T4 (rémunération payée) et d'autres données pour mesurer les revenus cumulés sur 20 ans des hommes et des femmes nés au Canada appartenant à quatre cohortes raciales - Blancs, Asiatiques du Sud, Chinois et Noirs - et a constaté que les minorités obtenaient des résultats supérieurs à ceux de la majorité de la population.


Plus précisément, parmi les hommes nés au Canada, les revenus cumulés sur 20 ans étaient en moyenne les plus élevés chez les Chinois (1,58 million de dollars en 2019), suivis par les hommes originaires d'Asie du Sud (1,51 million de dollars). Seuls les hommes noirs (1,06 million de dollars) gagnaient moins que les hommes blancs (1,31 million de dollars).

De toute évidence, si les hommes chinois et sud-asiatiques ont une capacité de gain supérieure à celle des hommes blancs, il est difficile de conclure que le Canada est systématiquement raciste à l'égard des minorités.

Qu'en est-il de l'inverse ? Les données suggèrent-elles que le Canada est systématiquement raciste à l'égard des hommes blancs ? Non, pas à cette époque. « Le fait que les hommes chinois et sud-asiatiques aient un niveau d'éducation plus élevé que les hommes blancs et qu'ils soient plus susceptibles de travailler dans les domaines des sciences, de la technologie et de l'ingénierie (STIM) est le facteur le plus important expliquant pourquoi ces deux groupes ont des revenus cumulés plus élevés que les hommes blancs », indique le rapport de StatCan. (Ils se concentrent aussi dans les grandes villes où les salaires sont plus importants qu'à la campagne.)

En d'autres termes, c'est l'éducation, et non le racisme, qui expliquerait les écarts de revenus.

Que se passe-t-il lorsque l'on tient compte de l'éducation et d'autres facteurs tels que la taille de l'employeur, le secteur d'activité et la géographie ? L'écart de rémunération entre les hommes blancs et les hommes noirs demeure. De même, alors que les hommes chinois et sud-asiatiques gagnent plus que les hommes blancs, après contrôle de l'éducation et d'autres facteurs, les hommes blancs gagnent en fait plus.

Avons-nous  trouvé là la preuve d'un racisme systémique parce que les employeurs paient les minorités moins que leurs homologues blancs avec un niveau d'éducation similaire ?

Il n'y a aucune preuve tangible de cela. Tout d'abord, la discrimination des employeurs à l'égard des minorités visibles est illégale depuis des décennies. (L'inverse ne l'est pas...) Deuxièmement, comme le suggère l'étude elle-même, de nombreux facteurs influencent les revenus en dehors de ceux que les chercheurs peuvent observer et contrôler, notamment les différences dans les réseaux sociaux, les méthodes de recherche d'emploi et les préférences pour certaines conditions de travail, si bien qu'il n'est pas très logique d'accuser automatiquement le racisme. Troisièmement, si le Canada est systématiquement raciste à l'égard des minorités, comment les hommes chinois et sud-asiatiques se sont-ils retrouvés surreprésentés dans les domaines STIM les plus rémunérateurs ?

Et si le racisme à l'égard des Canadiens noirs est à l'origine de l'écart de rémunération entre les hommes, comment expliquer que les femmes noires gagnent un peu plus que les femmes blanches ? Parmi les femmes nées au Canada, avant de tenir compte de l'éducation et d'autres facteurs, la cohorte qui a gagné le moins sur deux décennies était celle des femmes blanches (0,80 million de dollars). Les femmes chinoises avaient les revenus cumulés les plus élevés (1,14 million de dollars), suivies par les femmes d'Asie du Sud (1,06 million de dollars), puis par les femmes noires (0,82 million de dollars). Le Canada est-il rempli de racistes qui ne pratiquent la discrimination qu'à l'égard des hommes noirs, mais pas à l'égard des femmes noires ?

Un autre résultat de l'analyse de StatCan est qu'après avoir contrôlé les mêmes facteurs (par exemple l'éducation), le revenu des femmes chinoises est supérieur à celui des femmes blanches de 38 000 dollars en moyenne. Les employeurs racistes favorisent-ils donc systématiquement les hommes blancs par rapport aux hommes chinois, tout en défavorisant les femmes blanches par rapport aux femmes chinoises ?

La thèse selon laquelle les Canadiens issus de minorités visibles sont systématiquement désavantagés ne résiste pas aux données.

En outre, cette dernière étude de StatCan n'a pris en compte que quatre groupes (Chinois, Sud-Asiatiques, Blancs et Noirs) de personnes nées au Canada, mais d'autres recherches de StatCan fournissent des preuves similaires contre le racisme systémique. Les données sur les revenus hebdomadaires de 2016 montrent qu'en plus des hommes chinois et sud-asiatiques, les hommes japonais et coréens nés au Canada ont des revenus plus élevés que leurs homologues blancs. Chez les femmes, sept des dix groupes minoritaires (coréennes, chinoises, sud-asiatiques, japonaises, philippines, « autres minorités visibles » et arabes ou ouest-asiatiques) avaient des revenus hebdomadaires moyens supérieurs à ceux de la population blanche.

En clair, les données sur les revenus ne prouvent pas que le Canada est une société qui désavantage systématiquement les minorités. Au contraire, elles démontrent exactement le contraire. Les politiciens et les bureaucrates devraient peut-être tenir compte de ces faits avant de gaspiller des sommes considérables de l'argent des contribuables pour élaborer de longs plans de « lutte contre le racisme ».

Voir aussi
 
TEIMS/TIMSS 2023 - Résultats inquiétants pour les élèves de 4e année/CM1 en Belgique francophone et France, Québec dans la moyenne basse (Résultat des allophones au Québec et Ontario sont meilleurs en maths que les franco/anglophones. C'est différent en France et Belgique.)

samedi 14 décembre 2024

Wikipédia, des militants y manipulent

Lancée au début des années 2000, l’encyclopédie collaborative en ligne a connu un succès foudroyant. Des militants tentent désormais (et semble réussir parfois) d’y imposer leurs contre-vérités en multipliant les cibles. Un article de l’hebdomadaire Point de Paris qui a fait les frais de ce militantisme peu professionnel.

Une encyclopédie collaborative en ligne, regroupant des articles écrits par le premier venu, sans validation par des experts en comité de lecture ? Lorsque le projet Wikipédia démarre au début des années 2000, même ses fondateurs, Jimmy Wales et Larry Sanger, nourrissent quelques doutes.


Le point du soir

Contre toute attente pourtant, le succès va se révéler foudroyant : en quelques années seulement, Wikipédia s’impose comme une source d’information beaucoup plus foisonnante et souvent aussi fiable que les encyclopédies traditionnelles. Le concept est d’une simplicité confondante : n’importe qui peut écrire sur n’importe quel sujet.

Création, modification d’un article… Absolument tout est permis, sans autorisation préalable et sans formation. Les articles nouvellement créés sont aussitôt mis en ligne. Ils sont censés respecter une seule règle d’or : le contenu doit être neutre et fondé sur des informations vérifiables provenant de sources fiables.

Dans un second temps, une communauté de bénévoles relit et corrige. La Wikimedia Foundation, créée en 2003 et basée en Floride, intervient le moins possible dans les contenus. Les coûts — magie du bénévolat — sont dérisoires. L’association Wikimédia France, qui fête ses 20 ans cette année, supervise environ 2,65 millions d’articles en ligne en 2023, avec moins de 15 salariés et seulement 1,49 million d’euros de budget.

Aucune ressource publicitaire. Wikimédia France, qui a eu l’agrément de l’Éducation nationale, reçoit son argent principalement de la Wikimedia Foundation américaine (445 000 euros), de subventions (375 000 euros) et de dons de particuliers (595 000 euros).

Rumeurs malveillantes

Les audiences sont impressionnantes : avec 3,8 millions de visiteurs par jour, Wikipédia fait partie des dix sites francophones les plus visités. Bien entendu, les canulars pleuvent. Wikipédia les déjoue rapidement grâce à la vigilance collective des contributeurs, assistés par des robots antivandalisme. Les articles sur la « mouche tsoin-tsoin » ou sur l’« abolition de l’heure du thé en Angleterre » n’ont pas survécu longtemps.

Malheureusement, il existe des plaisanteries qui s’éternisent et qui ne font rire personne. À mesure que la communauté de bénévoles s’élargit, les pages criblées de fausses informations et de rumeurs malveillantes se multiplient… Sans que Wikipédia France, informé, y trouve à redire. Le modèle collaboratif aurait-il atteint ses limites ?

Dans sa version francophone, l’encyclopédie voit environ 17 000 contributeurs effectuer au moins une modification dans le mois. Parmi eux, 150 administrateurs forment une élite : vétérans du site, arbitres des conflits entre auteurs, ils sont en mesure de suspendre provisoirement ou définitivement ceux qui passeraient les bornes.

Hélas, ces administrateurs ne sont eux-mêmes pas toujours neutres, et ils ne peuvent pas être partout. Lorsqu’une poignée de contributeurs militants, très organisés, rassemble une coalition de circonstance pour dévoyer totalement un article de l’encyclopédie, rien ne peut les arrêter.

Le glyphosate, un cas d’école

Thématiques, entreprises, personnalités… Les exemples regorgent de pages totalement polluées par des groupes motivés par des agendas politiques ou idéologiques. La page consacrée au sulfureux glyphosate est un cas d’école : dans sa version anglaise, l’article qui lui est consacré traduit le consensus des agences sanitaires mondiales, expliquant qu’il n’existe aucune preuve d’effet cancérogène sur l’homme de l’herbicide le plus vendu au monde.

La page en français, au contraire, assène d’emblée que le glyphosate est classé comme « probablement cancérogène » par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) — un avis pourtant isolé —, développant avec un luxe de détails extravagants les suspicions terribles qui pèsent sur le produit.

L’historique des interventions sur la page étant transparent, chacun peut vérifier qu’une seule personne, intervenant sous le pseudonyme de « Factsory », est responsable de 22 % des modifications faites sur la page du glyphosate et de l’immense majorité de celles qui insistent sur sa dangerosité présumée.

Le Point a identifié Factsory, maître de conférences en informatique à l’université de Lille. Contacté, il dit n’avoir aucune compétence particulière sur le sujet, n’étant spécialiste ni des produits phytosanitaires ni de toxicologie. Son acharnement contre le glyphosate est une croisade personnelle. Contre l’avis de l’écrasante majorité des scientifiques, il pense que le produit est une catastrophe sanitaire et milite activement pour que la société entière s’aligne sur ses vues.

Factsory n’aime pas être contredit. Sa virulence, qui lui a valu d’être bloqué par les administrateurs de Wikipédia sur plusieurs pages, s’étend à ses contradicteurs : l’Association française pour l’information scientifique (Afis), qu’il injurie copieusement sur son carnet Web, et Le Point.

L’informaticien inonde les réseaux sociaux de messages dénigrant l’hebdomadaire, qu’il accuse de donner la parole à des experts en désaccord avec ses vues. Il rédige des modèles de plaintes, invitant ses lecteurs à saisir le Conseil de déontologie journalistique et de médiation (CDJM) contre le journal — il fournit clés en main les argumentaires.

Le CDJM, au nom ronflant, est en réalité une simple association, non reconnue par le Syndicat de la presse magazine et d’information et ne représentant que sa centaine de membres, dont plusieurs ne sont pas journalistes. En un mot, Factsory est un militant. Et sur Wikipédia comme dans la rue, les militants actuels — écologistes radicaux, islamistes, « antifas »… — s’organisent avec une efficacité redoutable.

« Le Point » devient une cible

Depuis plusieurs mois, une poignée de radicalisés 2,0 ont ainsi entrepris de donner du Point une image calamiteuse, notre magazine étant présenté sur Wikipédia comme « islamophobe », « d’extrême droite », d’une déontologie et d’une fiabilité douteuses. On lit par exemple sur Wikipédia que, « de manière récurrente, Le Point s’est livré à des actes de diffamation à l’encontre du Monde diplomatique ».

Assertion surprenante… Jamais Le Monde diplomatique n’a fait condamner Le Point pour diffamation.
Le journal n’a pas davantage été condamné pour « islamophobie », concept fumeux souvent mobilisé pour intimider les critiques de l’islam radical.

Pour étayer leurs accusations de « manquements déontologiques », les contributeurs de la page s’appuient sur des « sources secondaires », comme le veut le règlement, constituées d’articles issus de blogues militants ou d’avis rendus par le CDJM, lui-même instrumentalisé. La boucle est bouclée.

La charte de Wikipédia interdit l’« importance disproportionnée » — c’est-à-dire de faire enfler démesurément un aspect mineur d’un sujet. Les contributeurs n’en ont cure : certains articles du Point, traitant de l’islamisme, des questions de genre ou de l’écologie radicale, leur ont déplu. Faute de pouvoir contester des enquêtes solides, la manœuvre consiste à saper la crédibilité du messager dans son ensemble.
Parler de l’attentat du Bataclan ? « Islamophobe »…

La moitié de la page Wikipédia du Point a été rédigée par une contributrice nommée « JMGuyon ». Nous pensons l’avoir identifiée. Ce serait une traductrice et rédactrice indépendante, basée dans le sud de la France. Pour étayer ses accusations d’islamophobie envers Le Point, JMGuyon cite une étude selon laquelle, entre 2013 et 2015, « 86 % des couvertures [du magazine] portant sur l’islam sont négatives ». Un chiffre amalgamant sans scrupule islam et islamisme, et taxant d’« islamophobes » les couvertures de 2015 sur la tuerie de Charlie Hebdo ou sur les attentats du Bataclan !

Les obsessions de JMGuyon basculent parfois dans le loufoque. Elle est intervenue sur la page biographique de notre directrice de la rédaction, Valérie Toranian, l’accusant d’avoir donné à l’hebdomadaire féminin Elle, qu’elle a dirigé de 2002 à 2014, « une orientation proche de l’extrême droite islamophobe ». Il n’était pourtant question que de défendre les femmes contre l’oppression de l’islamisme radical. JMGuyon est épaulée dans son incessant travail de sape par quelques contributeurs. Parmi eux, « Sijysuis » (lui-même en lien avec Factsory sur certaines pages de l’encyclopédie) ainsi que « Lewisiscrazy ». Nous avons également identifié ces deux wikinautes expérimentés. Ils sont respectivement professeur d’histoire à Rennes et directeur de recherche dans un laboratoire de chimie rattaché au CNRS à Marseille.

Ces contributeurs, qui ont tous décliné nos demandes d’entretien, ont des idées très arrêtées sur de nombreux sujets. Pour Lewisiscrazy, par exemple, il est « islamophobe » d’écrire que les meurtriers présumés de la petite Lola en 2022 et de l’étudiante Philippine Le Noir de Carlan en 2024 étaient respectivement une Algérienne et un Marocain sous obligation de quitter le territoire français (OQTF). Il a retiré le rappel de ces deux affaires dans l’article consacré aux OQTF. Et censure fréquemment les références au Point sur Wikipédia.

Wokisme, islamisme, écologie radicale

Notre magazine n’est évidemment pas la seule cible des activistes de l’encyclopédie en ligne, qui peuvent s’appuyer, dans leurs multiples croisades, sur un faisceau de sources dont la fiabilité, selon eux, n’est pas discutable : Télérama, Mediapart, Arrêt sur images, Reporterre, Libération…

La vérité est à gauche, tendance ultraprogressiste. Et quiconque aura osé une analyse critique du wokisme — et en particulier des excès des militants de la cause trans – ou tenu une ligne intransigeante face à l’islamisme ou face aux dogmes de l’écologie radicale sera frappé de leurs foudres. Wokisme, islamisme, écologie radicale : voilà le tiercé gagnant des sujets sensibles qui exposent à des représailles sur Wikipédia. Le Point coche toutes les cases.

C’est également le cas de Caroline Fourest, directrice de la rédaction de Franc-Tireur, contrainte de composer avec une page très à charge insistant lourdement sur ses présumés « mensonges » et « entorses à la déontologie », là encore sous l’influence de quelques contributeurs. On découvre aussi, si l’on se fie à la page Wikipédia d’Eugénie Bastié, que celle-ci « fait de la poésie avec Renaud Camus, inventeur de la théorie du “grand remplacement” ». En réalité, cette éditorialiste du Figaro avait exprimé son désaccord avec l’auteur sous forme de vers, en 2015, sur les réseaux sociaux.

Délit d’opinion

Depuis des années, des wikinautes s’acharnent à la présenter comme la pire des réactionnaires. « J’en ai perdu le sommeil à une époque, confie l’éditorialiste, et puis j’en ai pris mon parti. Quand on est attaqué sur Wikipédia, il faut se dire qu’on n’a pas le droit de se défendre, sauf à être accusée de faire de l’autopromotion. » À la manœuvre contre Eugénie Bastié, encore Lewisiscrazy et Sijysuis ! L’animateur Mac Lesggy s’est heurté au même mur. Au prétexte qu’il défend l’agriculture conventionnelle, il est présenté comme vendu aux lobbys de l’agro-industrie. Il lui a été « fortement déconseillé » d’intervenir sur sa propre page, sabotée là encore par des anonymes.

La géographe Sylvie Brunel, engagée pendant dix-sept ans à Médecins sans frontières puis à Action contre la faim, est frappée du sceau infamant de « climatosceptique » (ce qu’elle n’est pas) pour avoir osé relativiser, dans le passé, l’ampleur du réchauffement climatique et dénoncé des discours alarmistes aveugles, selon elle, aux besoins du tiers-monde. Pour ses détracteurs, le délit d’opinion est avéré. En vain, elle tentera de faire modifier sa page… « Wikipédia n’est plus une encyclopédie, juge-t-elle. C’est un réseau social qui ne dit pas son nom. »

Censure partielle

Le sociologue Marcel Gauchet, cofondateur de la revue Le Débat, a eu plus de chance : quelques contributeurs combatifs ont protégé sa page contre les tentatives de sabotage, consistant comme souvent à exhumer d’obscures critiques pour cribler sa biographie de qualificatifs disqualifiant (« ultraréactionnaire », « au service des puissants »…). « Pourquoi supprimer la bibliographie de l’auteur au profit de critiques dérisoires d’auteurs insignifiants, mais idéologiquement très orientés ? » s’indigne un wikinaute.

En 2012, l’écrivain américain Philip Roth a écrit à l’encyclopédie en ligne pour corriger une interprétation erronée de son roman La Tache. « Je comprends votre point de vue, selon lequel l’auteur fait forcément autorité sur son propre travail, mais nous exigeons des sources secondaires », lui a répondu un administrateur. Lunaire…

C’est aussi en se réfugiant derrière des « sources secondaires » soigneusement sélectionnées que des encyclopédistes militants miment la neutralité. Leur but est transparent. Il s’agit de combattre les discours contraires à leurs vues, en sapant la crédibilité des figures ou des médias qui les portent. Dans les discussions en ligne, il a ainsi été sérieusement question l’an dernier de bannir Le Point des sources recevables sur Wikipédia ! La manœuvre était énorme. Des wikinautes ont protesté.

Pour contourner l’obstacle, un contributeur intervenant sous le pseudonyme de « Woovee » avait suggéré une censure partielle. Le Point ne serait plus recevable sur les sujets en rapport — selon lui — avec l’islamophobie. Immigration, Gaza, terrorisme, faits divers, politique étrangère, burkini… Vaste programme, déjà partiellement mis en œuvre. Nos informations exclusives sur Rima Hassan ont été plusieurs fois censurées sur Wikipédia. Aucune « officine » n’encadre ces pratiques : nous sommes attaqués par des particuliers qui ne se voient pas comme des censeurs, mais comme les résistants d’une armée des ombres numérique. C’est sans doute ce qui leur donne cette énergie impressionnante. JMGuyon est intervenue des centaines de fois sur notre page, parfois au milieu de la nuit.

Prises pour cibles

Contacté, Wikimédia France botte en touche. L’association s’abrite derrière une clause générale de non-responsabilité. Elle ne se sent pas responsable de ce que publient les contributeurs. Y compris lorsqu’ils font partie, comme JMGuyon, des Sans pagEs… Cette association de droit suisse, créée en 2016 pour lutter « contre les déséquilibres de genre sur les articles de l’encyclopédie », vit pourtant en symbiose avec Wikimédia France, qui lui a versé plusieurs dizaines de milliers d’euros ces dernières années. Jusqu’en novembre 2024, Capucine-Marin Dubroca-Voisin, trésorière des Sans pagEs, était aussi présidente de Wikimédia France. Prompts à voir de la transphobie partout, les Sans pagEs ont largement diffusé ce travers sur Wikipédia.

La page de J. K. Rowling, dans ce registre, atteint des sommets. Les accusations de transphobie de l’autrice mondialement célébrée de la série littéraire Harry Potter occupent des paragraphes entiers. Wikipédia la présente comme une négationniste « niant la persécution des personnes transgenres par les nazis et les autodafés de 1933 », ce qui ferait « ressurgir les accusations d’antisémitisme » larvé de la série Harry Potter. Comprenne qui pourra. Les voix raisonnables ont perdu ce qu’on appelle, dans le jargon de Wikipédia, la « guerre d’édition ».

Prise pour cible par d’autres croisés (dont l’inépuisable Factsory), Géraldine Woessner, rédactrice en chef au Point, de guerre lasse, a obtenu la suppression pure et simple d’une page totalement à charge, créée sans qu’elle le demande en 2022. Dans le cas du Point, un tel retrait serait difficilement concevable. Il est légitime que le premier hebdomadaire généraliste de France apparaisse dans l’encyclopédie en ligne.

Hausser les épaules et ignorer les critiques ? Dangereux. Les algorithmes de recensement des moteurs de recherche accordent un grand crédit à Wikipédia. Un média souvent cité sera considéré comme fiable. Ses articles remonteront plus haut dans les résultats de recherche. Tenter de bannir Le Point des sources admises n’est donc pas anodin. Miner l’audience de notre site, voilà le but.

La partie n’est pas perdue. Courant septembre 2024, Woovee a été temporairement banni de Wikipédia pour « propos antisémites »… En attendant, le constat demeure : une poignée de contributeurs hyperactifs peut transformer une page Wikipédia en chasse gardée et travestir la réalité pendant des mois, voire des années. Que reste-t-il d’une encyclopédie quand elle a perdu toute crédibilité ?

Voir aussi

Les activistes de la cause transgenre et de l’ultraféminisme ont pris une place considérable dans Wikipédia, instances dirigeantes comprises

Elon Musk contre Wikipédia, jugé trop « wokiste » : Idiopédia/Bitopédia/Wokopédia

Co-fondateur de Wikipédia : je ne fais plus confiance au site que j’ai créé (vidéo + exemples de parti-pris)

Article de Larry Sanger sur la partialité croissante de Wikipédia avec exemples (en anglais)

Wikipédia et le gouvernement britannique auraient décidé de censurer le débat sur le climat

Co-fondateur de Wikipédia : je ne fais plus confiance au site que j’ai créé

Wikipédia et les GAFAM : parti pris et désinformation sur le « grand remplacement »

Le cas de Bret Weinstein (PhD en biologie, ancien professeur d’Evergreen college) et de l’article qui lui est consacré sur Wikipédia 

 

vendredi 13 décembre 2024

Sondage — Près d’un Canadien sur deux serait favorable à des déportations massives d'illégaux

Près d’un Canadien sur deux serait en faveur de la déportation massive d’immigrants illégaux, selon un nouveau sondage Léger. Une proportion qui se rapproche de celle observée aux États-Unis.

Il serait intéressé de savoir ce que les répondants à ce sondage considéraient comme des immigrants illégaux. On se rappellera que le nombre d'entrées illégales par voie terrestre (au chemin Roxham) a fortement baissé quand le gouvernement a facilité l'entrée des « demandeurs d'asile » par les aéroports. (Voir Trudeau a fermé la porte de Roxham pour ouvrir grand la fenêtre des aéroports en assouplissant les règles pour obtenir un visa.)

Alors que Donald Trump promet des déportations massives aux États-Unis, la question de l’immigration illégale semble aussi préoccuper les Canadiens.

Méfiance envers l’immigration

Cette position sur les déportations reflète une tendance plus large de méfiance envers l’immigration.

Le sondage révèle que 65% des Canadiens estiment que le pays accueille trop d’immigrants LÉGAUX, une hausse marquée par rapport à février dernier où ce chiffre était de 50%.  En mars 2019, seuls 35 % des Canadiens étaient de cet avis.

Le sondage a également porté sur la réduction des objectifs en matière d'immigration, qui se traduira par l'arrivée de 395 000 nouveaux résidents permanents en 2025, 380 000 en 2026 et 365 000 en 2027, alors que l'objectif était de 500 000 nouveaux arrivants par an. Parmi les personnes interrogées qui ont déclaré être au courant de la réduction des objectifs en matière d'immigration, 67 % continuent de penser que ces cibles sont trop hautes. Parmi ceux qui n'étaient pas au courant de la réduction des objectifs, 79 % ont déclaré que le Canada avait des cibles d'immigration trop importantes.

Le sondage démontre une polarisation plus marquée aux États-Unis qu’au Canada. Chez nos voisins du Sud, 78% des gens qui croient qu’il y a trop d’immigrants appuient les déportations massives, contre 63% au Canada.

Le sondage a été mené auprès de 1539 Canadiens du 22 au 24 novembre, avec une marge d’erreur de 2,5%.

Voir aussi

72 % des Canadiens trouvent que les seuils d'immigration sont trop hauts (Abacus, octobre 2024)

74 % des Québécois inquiets de l'augmentation du nombre de « demandeurs d'asile » (Sondage SOM, mars 2024)

Plus de 3 millions de résident dits non permanents au Canada (dont 588 263 au Québec)

Canada — PIB par habitant devrait baisser pour le 6e trimestre consécutif « malgré » la forte immigration

 61 % des Québécois veulent moins d’immigrants, 56 % des Canadiens (février 2024)

Sondage Abacus — Proposer la réduction de l’immigration serait politiquement rentable au Canada (août 2023)

67 % des Canadiens considèrent que les cibles d’immigration sont trop élevées (novembre 2023, Abacus)

Sondages sur l’immigration au Canada (2011) [250 000 immigrants à l’époque seulement, 50 % pour réduire ce nombre]

Sondage : une majorité de Canadiens veulent moins de « réfugiés » et Un Canadien sur deux pense que les cibles en immigration sont trop hautes, 75 % qu’elle entraîne une demande excessive des services (sondage Léger mi-2022) 

Fissures dans le consensus pro-immigration au Canada anglais (Sondage Nanos, août 2023) 



jeudi 12 décembre 2024

France — Vers une transition de genre gratuite dès 16 ans ?

Selon le site Le Figaro, la Haute Autorité de Santé (HAS) a dévoilé un projet de recommandations controversé relatif à la transition de genre, visant à instaurer un service public dédié. Ce dispositif proposerait un parcours de transition gratuit et personnalisé pour les personnes trans, incluant traitements hormonaux, interventions chirurgicales de réassignation, ainsi qu’un suivi psychologique, tout en écartant toute évaluation psychiatrique. Les mineurs âgés de 16 à 18 ans pourraient également bénéficier de certaines interventions, tandis que les parents s’opposant à ces mesures risqueraient de perdre, partiellement ou totalement, leur autorité parentale.

S’inscrivant dans une logique transactiviste, ce projet préconise également le financement et l’intégration des associations trans dans les réseaux de soins. Une telle orientation, en décalage avec les démarches plus mesurées adoptées par d’autres pays européens, tels que la Suède ou le Royaume-Uni, alimente les préoccupations. En effet, de nombreuses recommandations reposent sur des « accords d’experts » et non sur des preuves scientifiques établies, renforçant les critiques quant au manque de recul et à la méthodologie de l’étude.

Ce projet suscite de vives inquiétudes, notamment sur la question de la prise en charge des mineurs et l’absence d’évaluation des regrets éventuels liés aux transitions. La transparence du comité d’experts ayant rédigé ces recommandations est, par ailleurs, mise en question.

Mathieu Bock-Côté a réagi à ce projet controversé (en deux parties).



Québec — Changer les politiques migratoires plutôt que de « renforcer la laïcité » ?

Pour Alexandre Cormier-Denis de Nomos-TV : « les prières publiques islamistes [plus récemment devant une cathédrale à Montréal] ne sont que la suite logique de nos politiques migratoires. Faire venir des centaines de milliers de musulmans a des conséquences. En changeant de peuple, on change de civilisation. »

Voir aussi

Démographie et l'islam dans école publique québécoise (Sainte-Maxime à Laval) [où il semble que parler une langue étrangère (l'arabe) ou être contre la normalisation de l'homosexualité serait contre la laïcité qui a bon dos.

Québec laïc — Le pont Samuel-de-Champlain bénit par un aîné amérindien

Les évêques catholiques du Québec se sont prononcés contre la volonté du premier ministre François Legault de mettre fin à la prière dans les parcs et autres lieux publics [après les provocations islamistes...].

Dites non à l’interdiction de la prière en public !

 

mercredi 11 décembre 2024

Mads Larsen et le rôle néfaste de l'État-Providence sur la formation des couples et la natalité

Mads Larsen est un spécialiste de la littérature qui utilise des perspectives évolutionnistes pour étudier les changements culturels. Après avoir obtenu un doctorat et une maîtrise en beaux-arts à l’université de Californie à Los Angeles, il est devenu chercheur à l’université d’Oslo. Il s’intéresse aux causes culturelles de l’effondrement du taux de natalité. Il identifie notamment les mythes amoureux changeants qui poussent les gens à former des couples et à avoir des enfants. La révolution sexuelle occidentale de 1968 explique en partie l’affaissement de la natalité.

Autre cause de la faible formation des couples et de la natalité : les transferts d’argent par l’État providence versés aux femmes qui diminuent l’importance de l’homme comme soutien de famille.

Nous reproduisons ci-dessous une section de son livre Stories of Love from Vikings to Tinder (Histoires d’amour des Vikings à Tinder) paru en septembre 2024 qui traite de cet aspect.

L’écart de protection sociale entre les hommes et les femmes


La période allant de 1750 à 1968 peut être considérée comme une longue négociation quant à la manière de construire un régime d’accouplement qui facilite ce que les Occidentaux, de plus en plus individualistes, souhaitaient : choisir leurs propres partenaires. Il ne s’agissait pas principalement d’une question de moralité, car deux conditions matérielles préalables devaient être réunies. La première avait été prédite par les auteurs de la percée moderne : les femmes devaient devenir financièrement indépendantes. L’autre était l’existence de contraceptifs efficaces. Libérées du besoin d’être soutenues par l’homme et capables de déconnecter la copulation de la reproduction, les femmes ont pu laisser leur comportement être guidé par les préférences en matière de partenaire que les valeurs morales précédentes avaient essayé de contrecarrer avec tant d’acharnement.

Dans [le roman suédois] Pour Lydia [de Gun-Britt Sundström], la protagoniste parvient à avoir une relation sexuelle avec une personne qu’elle désire fortement, mais elle a du mal à comprendre pourquoi cet étudiant en médecine attirant, charmant et « presque trop bien proportionné » n’est pas prêt à s’engager dans une relation à long terme.

Un demi-siècle plus tard, pour la protagoniste de La moitié de Malmö est composée de gars qui m’ont larguée [qui devrait être adapté et diffusé sur Netflix en 2025], de telles dynamiques ne sont pas plus compréhensibles. [On y voit Amanda, 31 ans, naviguer la complexité des rencontres modernes à travers les applications comme Tinder passant d’homme en homme. Elle s’efforce d’aller au-delà du premier rendez-vous à la recherche de l’amour.]

Parmi mes précédentes études de cas, seule La Coupe Magique [de Emilie Flygare-Carlén] anticipe la manière dont les préférences des femmes en matière d’accouplement, dans le cadre d’un régime de choix individuel, conduiraient à une forte stratification entre les hommes. Emilie Flygare-Carlén a mis en garde contre la tentation de céder à ces préférences. Elle encourageait les femmes à choisir des hommes de valeur moyenne, mais uniquement parce que les femmes de son époque étaient socialement et économiquement contraintes. Personne ne sait ce qu’elle aurait conseillé au XXIe siècle.

Ludvig Holberg [le premier grand écrivain nordique des temps modernes influencé par Plaute et Molière] avait prédit une stratification des classes, qui se manifeste aujourd’hui de la manière la plus évidente aux États-Unis. Pour répondre aux exigences modernes de gestion d’un foyer composé de deux parents qui travaillent, les couples aisés embauchent des travailleurs précaires qui n’ont souvent pas les moyens d’assurer leur propre reproduction.

Holberg ne pensait pas que la modernité conduirait à exclure de plus en plus d’hommes à ne pas trouver de partenaire pour former un couple.

Cela se comprend si l’on considère la réalité économique du marché de l’accouplement avant l’ère moderne. Holberg avait observé comment les hommes utilisaient leurs plus grands moyens économiques pour s’allier à des femmes plus jeunes et plus belles qu’eux, ce que ses pièces de théâtre condamnaient. Son œuvre donne l’impression que, sous un régime de libre choix individuel, l’accouplement par assentiment mettra les hommes et les femmes sur un pied d’égalité. La seule hypothèse de Holberg sur ce qui se passerait une fois que les femmes seraient en mesure de gagner de l’argent est que les personnes aisées se retrouveraient entre elles.

Dans le monde imaginaire libertin de Bellman, l’attirance pour le partenaire n’était pas non plus un problème. [Carl Michael Bellman, poète suédois, né le 4 février 1740, mort le 11 février 1795, populaire pour ses chansons bachiques et érotiques.] Les filles de taverne, comme Ulla Winblad, laissaient les hommes régler le prix de leurs aventures érotiques et romantiques. De même, dans Le Jeu sérieux [de Hjalmar Söderberg], la pauvreté des femmes facilite les occasions de rapports sexuels pour les hommes.

La nécessité a toujours été une motivation importante pour une grande partie des accouplements auxquels les femmes ont consenti. Les femelles dépendaient des ressources paternelles et de la protection de l’homme.

Dans les ordres sociaux ultérieurs, c’est également la nécessité qui a motivé la formation de couples. Dans les sociétés patriarcales fondées sur la parenté, les femmes pouvaient difficilement se débrouiller seules. Dans l’Europe féodale, la prostitution ou la pauvreté extrême étaient la plupart du temps les alternatives au mariage. Avec l’industrialisation en Occident, l’emploi des femmes n’offrait qu’un salaire médiocre.

Ces contextes incitaient fortement les femmes à se mettre en couple avec le meilleur homme disponible, quelle que soit l’aptitude de l’homme à les séduire. Après la troisième révolution sexuelle [vers 1968], l’égalité des sexes a permis aux femmes de tenir davantage compte de leurs pulsions sexuelles.

N’étant plus contraintes par la nécessité, elles ont été plus nombreuses à exclure les hommes de moindre valeur de leur liste de partenaires potentiels. Depuis lors, la capacité de choix des femmes s’est accrue en réponse à plusieurs changements sociaux.

Moins les femmes ont besoin des hommes, moins elles sont susceptibles de se contenter de quelqu’un qui ne les excite pas suffisamment ou qui ne dispose pas de ressources suffisantes. Cette prédisposition a contribué à l’augmentation du célibat et à la baisse de la fécondité à notre époque.

Comme je l’ai indiqué précédemment, d’autres facteurs interviennent également, mais le découplage du XXIe siècle semble être un facteur important de l’effondrement démographique qui menace le bien-être de la société dans les générations à venir.

Jusqu’à l’époque actuelle, les pulsions individuelles tempérées par la culture dans des environnements variés conduisaient à des équilibres fonctionnels ; les préoccupations individuelles et communautaires se réconciliaient. Dans l’Occident d’aujourd’hui et dans un nombre croissant d’autres régions, les préoccupations individuelles ont une telle primauté que les communautés s’orientent vers l’auto-extinction. Contrairement aux années 1930, où la fécondité avait également diminué [la natalité fut plus basse à cette époque qu’après la 2e GM], les moyens politiques habituels ne sont plus susceptibles de porter leurs fruits.

Au cours des dernières générations, les pays nordiques en particulier ont tellement développé leur État-providence que des transferts supplémentaires sont à la fois politiquement irréalisables et peu susceptibles d’avoir un effet suffisant. Dans le discours américain sur la baisse de la fécondité, on entend encore souvent dire que, pour ramener la reproduction à des niveaux de remplacement, les moyens évidents sont l’amélioration de l’égalité entre les sexes et une aide sociale plus généreuse [Alors que les États-Unis, moins généreux, ont une natalité plus forte que les pays à l’État-providence plus développé. Indice synthétique de fécondité en 2023 (enfant/femme) : États-Unis 1,62, Canada 1,26, Danemark 1,60, Norvège 1,41, Pays-Bas 1,43, Québec 1,38, Suède 1,45.]


L’expérience norvégienne suggère qu’une telle stratégie ne saurait fonctionner. Aucun pays n’a autant de femmes socialement et économiquement indépendantes.

Dans un rapport datant de 2022, Statistiques Norvège a calculé que la femme norvégienne moyenne, au cours de sa vie, reçoit de l’État 1,2 million de dollars de plus qu’elle ne paie d’impôts. L’homme moyen paie plus d’impôts qu’il ne reçoit d’aides.

Cet écart atténue l’effet de l’écart de rémunération entre les hommes et les femmes. Cet écart de protection sociale entre hommes et femmes est toutefois fonctionnel. Les femmes exercent des professions moins bien rémunérées, travaillent moins longtemps, sont plus souvent absentes du travail et vivent plus longtemps. Elles se retrouvent plus souvent avec la garde des enfants après une rupture.

Une aide sociale généreuse est essentielle pour couvrir les coûts de la reproduction dans un environnement où le taux de célibat est exceptionnellement élevé. C’est en Scandinavie que l’on trouve le plus grand nombre de ménages composés d’une seule personne : 43-46 %.

Dans le chapitre introductif, j’ai cité David Buss à propos de la Scandinavie moderne : « Les contribuables y fournissent effectivement aux femmes ce que leurs maris auraient fait autrement ».

En un sens, la social-démocratie nordique a réussi ce que l’évolution des hominidés n’a pas pu faire, à savoir obliger les hommes à prendre en charge la progéniture qui n’est pas la leur. Cet ordre social a été utilisé pour expliquer pourquoi, en 2010, alors que les taux de fécondité des autres pays avaient chuté depuis longtemps, celui de la Norvège atteignait 2,0. Aujourd’hui, il est de 1,4 et s’effondre. Quand même un transfert de 1,2 million de dollars [par femme] — en plus de tout ce que l’État norvégien fait pour alléger le fardeau des parents — ne suffit pas à motiver une reproduction suffisante, la panoplie des outils politiques semble bien dégarnie. [Mads Larsen considère comme inacceptable la possibilité politique de cesser ces transferts massifs ou de les soumettre à de strictes conditions nouvelles plus « fécondes ».]

Une telle redistribution intersexuelle, bien que fonctionnelle à de nombreux égards, aurait même un effet négatif net en termes de fécondité. Les femmes économiquement indépendantes peuvent, plus ou facilement, avoir des enfants, mais peuvent avoir du mal à trouver un homme qu’elles considèrent comme suffisamment intéressant.

Bien que les femmes d’aujourd’hui aient moins besoin des revenus économiques d’un homme, elles sont toujours attirées par le succès, qui est une mesure relative. La prospérité économique d’un homme est un puissant prédicteur de sa réussite sentimentale.

Comme je l’ai indiqué dans le chapitre introductif, 9 hommes norvégiens sur 10 ayant un salaire élevé sont en couple à l’âge de 40 ans. Seuls 4 hommes sur 10 ayant un bas salaire sont dans la même situation. Alors que les femmes ont gagné en indépendance économique entre 1985 et 2012, la proportion d’hommes n’ayant pas procréé à l’âge de 45 ans est passée de 14 à 23 %.

Au cours de la même période, la proportion de Norvégiens ne vivant pas en couple est passée de 24 à 33 %. Là encore, il est impossible d’établir des causalités précises. Trop de choses ont changé au cours de cette période pour que nous puissions démêler l’effet de chaque influence. Néanmoins, une confluence de statistiques suggère que l’égalité et l’indépendance économique font partie des facteurs qui motivent les femmes à orienter leurs efforts d’accouplement vers des hommes de plus grande valeur, au détriment de la formation de couples et de la reproduction. [Selon cette théorie, de plus en plus de femmes sont attirées par un sous-ensemble plus petit d’hommes que par le passé, les hommes les plus séduisants, les plus prospères, maintenant que leurs besoins financiers sont assurés par les transferts de l’État providence. Si les femmes sont de plus en plus ambitieuses, sélectives et exigeantes et sont attirées par ces hommes séduisants et prospères, elles ne peuvent toutes être choisies par ces derniers pour des relations longues et fécondes. La fécondité moyenne baisse donc.] Ce phénomène est désormais connu sous le nom de « crise de l’accouplement ».

Par ailleurs, en ce qui concerne la répartition des partenaires, nous nous trouvons dans une situation similaire à celle de nos ancêtres avant la première révolution sexuelle. À l’époque, les hommes les plus puissants accumulaient les femmes dans le cadre du système patriarcal. Aujourd’hui, les hommes accaparent les femmes en fonction de celui qui s’adapte le mieux aux préférences des partenaires féminins sur les marchés à court et à long terme.

Le pouvoir s’est déplacé des hommes vers les femmes, mais le résultat est similaire : quelques hommes ont un grand nombre de partenaires, tandis que beaucoup d’hommes n’en ont que peu ou pas du tout. L’utopie libertine de Bellman a finalement été mise en œuvre, mais seuls les hommes les plus séduisants peuvent y participer. Entre la première et la troisième révolution sexuelle, l’Église a facilité la mise en place d’un environnement égalitaire unique qui a rendu possible le monde moderne, mais cette partie de l’histoire de l’Occident est aujourd’hui révolue. Les éléments ci-dessus expliquent pourquoi j’ai suggéré que la Scandinavie évoque désormais un régime matriarcal d’accouplement aux mœurs légères, même si cette tendance n’est pas suffisamment marquée pour que les femmes en tirent un grand bénéfice. Comme les hommes de faible valeur sont de plus en plus exclus de l’accouplement, les femmes sont aussi plus souvent seules et, plus récemment, inactives sur le plan sexuel.

Les luttes d’Amanda dans La moitié de Malmö montrent que la critique d’Anne Mellor concernant la représentation des femmes par les romantiques s’applique également aujourd’hui : « Le rôle des femmes libérées dans cette utopie est d’aimer, sans jalousie, sans envie et sans honte. » Comme sa compatriote suédoise Ulla Winblad, Amanda a découvert que la libération impliquait de s’adapter aux préférences de certains hommes.

Au lieu d’avoir produit une forme de justice immanente matriarcale, nous sommes tombés dans un régime où tout le monde est perdant, où la méfiance et le désarroi augmentent, et où l’effondrement démographique est imminent. En ce qui concerne ce dernier point, aucune solution politique ne semble réalisable. Les moyens politiques susceptibles d’augmenter sensiblement la fécondité paraissent tous — du point de vue de notre morale moderne — trop effroyables pour être envisagés : revenir sur l’égalité des sexes, imposer la pauvreté, réintroduire la polygynie, renforcer le patriarcat, désurbaniser, interdire les contraceptifs et l’avortement ou adopter l’idéologie collectiviste. Je suppose qu’il n’y aura pas de preneur. C’est pourquoi je propose de chercher des solutions plus profondes, c’est-à-dire d’analyser les conséquences — et de remettre en question — la morale de l’accouplement qui sous-tend les pratiques dysfonctionnelles d’aujourd’hui.



Stories of Love from Vikings to Tinder

(Histoires d’amour des Vikings à Tinder)
de Mads Larsen,
Paru le 30 septembre 2024,
aux éditions Routledge,
302 pages,
ISBN-13 : 978-1032813196

Résumé de l’éditeur

L’augmentation du nombre de célibataires, le dysfonctionnement des rencontres et l’inactivité sexuelle contribuent à l’effondrement des taux de fertilité. Ce livre étudie le facteur peut-être le plus fondamental de ce découplage : l’idéologie amoureuse de notre époque. Tout au long de l’histoire de l’humanité, les communautés ont partagé des mythes amoureux empreints de moralité poussent les gens à former des couples et à se reproduire.

Après avoir emmené les lecteurs dans un voyage de 6 millions d’années à travers les régimes d’accouplement des hominidés — avec divers degrés de promiscuité, de polygynie et de monogamie —, Histoires d’amour des Vikings à Tinder étudie l’évolution radicale des croyances occidentales en matière d’accouplement au cours du dernier millénaire. Les œuvres littéraires scandinaves éclairent les transitions cruciales entre les première, deuxième et troisième révolutions sexuelles de l’Occident, qui se sont produites aux alentours de 1200, 1750 et 1968. Le chapitre de conclusion évoque la quatrième révolution sexuelle, symboliquement située en 2029. L’intelligence artificielle et d’autres technologies semblent susceptibles de transformer nos pratiques d’accouplement plus radicalement que n’importe laquelle des révolutions précédentes.


mardi 10 décembre 2024

Les immigrants en Islande apprennent peu l'islandais

L’Islande compte 20 % d’immigrés dans sa population de 400 000 habitants, dont très peu parlent l’islandais, engendrant des problèmes de « surqualification » (selon l’AFP) pour les adultes et d’échec scolaire pour les enfants tout en fragilisant la cohésion sociale du pays.

Kanyamon Juisikaew, 46 ans, a quitté la Thaïlande il y a six ans pour Reykjavik et s’est mariée avec un Islandais.


« J’aimerais communiquer avec les Islandais lorsque nous sommes en famille, car nous sommes une famille islandaise. Et au travail, lorsque nous avons des réunions, je ne peux pas comprendre », déplore Kanyamom.

Elle vient de sauter le pas et de profiter des cours de langue offerts sur ses heures de travail, une occasion donnée par une poignée d’entreprises et institutions.

De l’autre côté de la table, sa collègue Carolina Rivas espère évoluer dans sa carrière grâce à ces cours.

« C’est très difficile d’étudier après le travail », explique cette Colombienne de 38 ans. « Donc c’est vraiment bien de pouvoir utiliser le temps de travail pour apprendre cette langue qui demande beaucoup de temps ».

L’Islande est le pays de l’OCDE dont la population immigrée a le plus fortement augmenté, passant de 3 % de sa population totale au début des années 2000 à 20 % l’an dernier.

Le pays nordique a fait appel à l’immigration dans les années 2000 pour faire face à l’essor du tourisme et aux emplois de service à faible rémunération.

« On ne peut pas se permettre d’avoir 20 % de la population qui ne parle pas la langue. Le fait qu’une grande partie de la population soit composée de migrants qui ne parlent pas la langue devient donc une question de cohésion sociale pour l’Islande », souligne Thomas Liebig, administrateur responsable de la division des migrations internationales de l’OCDE.

Cette main-d’œuvre, principalement originaire de l’espace économique européen, détient le taux d’emploi le plus élevé de l’OCDE, mais souffre de « surqualification » (comprendre elle occupe des postes modestes parce qu’il lui manque une qualification : la connaissance de la langue nationale).

Dans l’institut de formation Mimir de Reykjavik, des dizaines de personnes passent l’examen d’islandais pour obtenir la nationalité, à côté de salles de classe combles.

« Nous constatons une augmentation annuelle d’environ 20 % des inscriptions » remarque Joanna Dominiczak, directrice des programmes de langue islandaise. « En septembre, nous avons dû arrêter de proposer des cours parce que le financement était terminé. »

À l’instar du pays, l’une des plus grandes chaines de supermarché, Kronan, emploie 25 % de migrants, un défi pour la directrice des ressources humaines Ásta Baerings qui reconnait qu’il est difficile de faire apprendre l’islandais à de nouveaux arrivants qui ne sont pas sûrs de rester dans le pays.

« Ça va dans les deux sens. On doit aussi essayer de traduire tous nos contenus dans ces langues afin de s’assurer que tout fonctionne correctement au travail », défend-elle.

L’entreprise traduira l’année prochaine toutes ses communications en trente langues afin d’aider les 47 nationalités qui travaillent dans ses magasins, tout en proposant une panoplie d’applications et cours en ligne sur la base du volontariat.

Anthony John Saunders a poussé les portes de Kronan en arrivant d’Angleterre après le Brexit et n’a pas quitté les lieux depuis, devenant gérant d’un des magasins.

« En tant qu’anglophone, je pense que l’Islande a été assez facile à intégrer, car tout le monde parle très bien anglais » raconte-t-il.

Le commerçant parle très peu islandais, mais espère progresser grâce à l’appli personnalisable offerte par Kronan qu’il vient d’installer.

« Cela renvoie également la façon dont nous, Islandais, percevons notre propre langue » analyse Yrsa Thöll Gylfadóttir, écrivaine et professeure d’islandais.

« Certains d’entre nous semblent avoir un complexe d’infériorité et ne croient pas que quelqu’un veuille ou puisse apprendre notre langue […] C’est donc aussi notre isolement, notre microlangue et notre micro-environnement qui sont en cause ».

« Les Islandais ont donc souvent recours à l’anglais lorsqu’ils s’adressent à des personnes ayant un accent. »

Canada — 50 % des réfugiés syriens dépendaient encore de l'aide sociale cinq ans après leur arrivée

Une étude menée en 2024 par Statistique Canada révèle des tendances inquiétantes chez les réfugiés syriens qui sont arrivés au Canada en tant que réfugiés pris en charge par le gouvernement (certains sont pris en charge par les particuliers, par exemple les membres de leur famille) dans le cadre du programme de réinstallation du Premier ministre Justin Trudeau.


L'étude, intitulée « Résultats sur le marché du travail à court terme pour les réfugiés désignés par un bureau des visas au titre du Programme mixte », dont les auteurs sont Yasmin Gure et Feng Hou, révèle que les réfugiés pris en charge par le gouvernement ont obtenu certains des pires résultats sur le marché du travail par rapport à d'autres catégories.

Les chercheurs ont souligné que 42,3 % de la cohorte 2014 des réfugiés pris en charge par le gouvernement, âgés de 15 à 54 ans, dépendaient encore de l'aide sociale six ans après leur arrivée au Canada.

La situation s'est aggravée pour les cohortes suivantes, les arrivées de 2015, coïncidant avec le lancement par le gouvernement libéral de l'opération « Réfugiés syriens », montrant une dépendance de 50,4 % à l'égard de l'aide sociale après cinq ans.

Le recours à l'aide sociale était encore plus élevé pour la cohorte de 2016, alors que la relocalisation des Syriens se poursuivait, 69,5 % des réfugiés pris en charge par le gouvernement ayant déclaré avoir recours à l'aide sociale quatre ans après leur arrivée.

Les coûts d'installation des réfugiés pris en charge par le gouvernement sont entièrement couverts par les contribuables, contrairement aux réfugiés parrainés par le secteur privé, dont les parrains assument la responsabilité financière.


En outre, l'étude a révélé que les réfugiés originaires du Moyen-Orient, en particulier l'afflux important de réfugiés syriens, étaient représentés de manière disproportionnée parmi les personnes ayant accès à l'aide sociale. En 2016, 81,6 % de cette catégorie de réfugiés étaient originaires de cette région.

L'identification par l'étude de la région d'origine comme variable clé influençant les taux d'assistance sociale soulève des questions sur les processus de filtrage et de sélection des réfugiés.

En outre, un rapport sur les résultats de la réinstallation d'Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada a montré que la catégorie des réfugiés pris en charge par le gouvernement avait également le taux de participation au marché du travail le plus bas.

Seuls 56 % des réfugiés pris en charge par le gouvernement participaient directement au marché du travail canadien. Le taux de participation directe comprend les personnes qui travaillent, qui cherchent un emploi ou qui commenceront bientôt à travailler.

Voir aussi

Seuls 29 % des femmes syriennes en âge de travailler (30-64 ans) ont un emploi au Danemark. Les autres bénéficient de l'aide sociale. Ce chiffre est étonnamment bas, même pour des immigrés au Danemark. (Voir Tableau 2-5)

Suède — 79 % des réfugiés sont déjà retournés en vacances dans le pays qu'ils ont fui 

Une étude néerlandaise a montré que chaque immigrant syrien coûte aux contribuables entre 157 000 (2e génération) et 480 000 euros (1re génération qui ne retourne pas en Syrie) en moyenne. (voir Tableau 4.3)  Si l'immigrant retourne en Syrie, le coût moyen va de 322 000 euros (pour la 1re génération) et 96 000 euros (2e génération).

Aux Pays-Bas, chaque réfugié africain coûterait en moyenne 600 000 euros à la société

 
 

72 % des Canadiens trouvent que les seuils d'immigration sont trop hauts

 « Malgré » une forte immigration, le niveau de vie au Canada est à la traîne : rapport de la TD

Plus de 3 millions de résident dits non permanents au Canada (dont 588 263 au Québec)

Canada — PIB par habitant devrait baisser pour le 6e trimestre consécutif « malgré » la forte immigration

Le Ministre fédéral de l'Immigration Marc Miller se félicite que les loyers augmentent désormais moins vite : « La décélération des loyers coïncide avec une réduction significative des entrées nettes de résidents non permanents. » Il se disait pourtant en avoir assez, au début de l'année, que les gens rejettent toujours la faute sur les immigrants après les commentaires de Legault sur le logement.

Le PIB réel par habitant poursuit son déclin au Canada, chômage également en hausse, retour aux niveaux de 2017

 


lundi 9 décembre 2024

Javier Milei est-il en train de redresser l’Argentine ?

Galvanisé par les premiers résultats positifs enregistrés au niveau macroéconomique (baisse de l’inflation, excédent fiscal, renforcement de la monnaie nationale), Javier Milei, 54 ans, fête son premier anniversaire au pouvoir dans une conjoncture « très favorable », analyse le politologue Pablo Touzon. En dépit d’une récession qui peine à se dissiper, « l’inflation a été contenue, les mouvements sociaux restent muets et Trump, que Milei soutient depuis le début, vient d’être élu président », détaille ce spécialiste de la politique argentine.

Javier Milei en campagne électorale avec sa tronçonneuse, emblème de la cure d’amaigrissement qu’il veut infliger à l’État argentin


La participation de l’entrepreneur Elon Musk, un proche de Milei, à l’équipe de Trump facilitera d’autant plus les liens entre Washington et Buenos Aires. Fière figure de proue de la nouvelle droite internationale, Milei se positionne comme un interlocuteur prioritaire dans une Amérique latine presque toute entière gouvernée par la gauche. D’autant que les États-Unis incarnent la vision du progrès aux yeux de cet économiste biberonné aux théories des libertariens. Durant le premier débat de la campagne présidentielle en octobre 2023, alors candidat, il avait déclaré : « Si vous me donnez vingt ans, nous serons l’Italie. Si vous m’en donnez trente-cinq, nous deviendrons les États-Unis ».

En croisade contre la gabegie

Un an après son accession au pouvoir, l’Argentine reste l’Argentine. Un pays divisé entre ceux qui l’ont porté au pouvoir, dont le soutien semble indéfectible, et de fervents opposants, eux aussi confortés dans leurs certitudes. Les courbes de popularité montrent que l’économiste ultralibéral était parti de plus bas que ses prédécesseurs en début de mandat, mais que sa cote a augmenté depuis, tutoyant aujourd’hui les 50 % de soutien. L’indice de confiance dans le gouvernement, mesuré par l’Université Torcuato Di Tella, affiche une hausse significative en octobre et situe l’actuel gouvernement à un niveau supérieur aux moyennes observées ces dernières années. « Depuis son arrivée au pouvoir, Milei s’est renforcé, confirme le consultant Roberto Starke, cofondateur de l’agence Infomedia. Il doit toutefois prendre garde à ne pas tomber dans le piège de ceux qui ont le vent en poupe, à savoir l’isolement. Or, son entourage semble plus enclin à saluer sa réussite qu’à lui signaler ses erreurs. En outre, son caractère autoritaire s’est encore accentué au fil des mois de pouvoir. »

De fait, seul capitaine du navire, le président continue sa croisade contre la gabegie à tous les étages. L’université publique et gratuite a été l’un de ses chevaux de bataille. L’institution, qui fait pourtant consensus au sein de la société argentine, ne servirait, selon lui, « à personne d’autre qu’aux enfants des riches et de la classe moyenne supérieure ».

En un an, Milei a gouverné en minorité, jonglant entre une fermeté totale dans les discours et des accords bien menés en coulisses, notamment avec le parti Proposition républicaine (Pro), de l’ex-président de centre droit Mauricio Macri (2015-2019). Vu le poids très relatif au Congrès de son propre parti, La Libertad avanza (seulement 15 % des députés et 9 % des sénateurs), chaque pas a donné lieu à une épreuve de force. Après avoir essentiellement gouverné par décret, Milei compte sur les élections législatives d’octobre 2025, dont les primaires auront lieu le 3 août, pour faciliter l’action du gouvernement sur le terrain législatif.

À quelques mois de ce scrutin déterminant, l’Argentin bombe le torse, sous son costume noir qui a remplacé son blouson en cuir usé de vieux rockeur. À l’épreuve du pouvoir, le personnage tonitruant de la campagne électorale a mis (un peu) d’eau dans son vin. La tronçonneuse, récemment exhibée pour annoncer de prochaines restrictions budgétaires, n’a pas complètement disparu de son arsenal de communication. Mais « une certaine dose de pragmatisme a été insufflée », observe Roberto Starke, soulignant le rôle des proches du président dans les négociations avec la « caste » politique qu’il avait promis de faire imploser. C’est en effet son entourage qui se charge de tisser des liens en dehors du parti gouvernemental : sa sœur, Karina Milei, secrétaire générale de la Présidence, son ministre de l’Économie, Luis Caputo, et le chef du Cabinet ministériel, Guillermo Francos.

193 % d’inflation sur un an !

Élu sur le terreau d’une crise économique abyssale, le gouvernement a fait de la restauration du pouvoir d’achat sa politique sociale numéro un. La route est encore longue. Pas sûr que l’effet de ruissellement suffise à endiguer l’augmentation de la pauvreté, qui touche désormais plus de 50 % de la population. La fin annoncée de la récession serait corroborée par certaines statistiques, telles que la réduction du nombre de salariés pauvres. Selon les calculs du centre de réflexion économique ExQuanti, leur proportion, qui avait augmenté de manière continue depuis fin 2023, vient de baisser de 29,2 % à 26,5 %. Un taux encore trop élevé pour que le gouvernement puisse crier victoire.

En Argentine, plus que jamais, c’est l’économie qui domine les enjeux. Arrivé au pouvoir le 10 décembre 2023, Milei avait pour mandat de contenir l’inflation galopante et d’instaurer un nouvel ordre économique. L’augmentation des prix a été ralentie, puisqu’elle atteint 2,7 % (mensuel) en octobre, mais reste astronomique sur l’ensemble de l’année (193 %). Milei sera jugé à l’aune de ces indicateurs. « Il faut convaincre la société, en particulier les jeunes, de s’engager à changer le pays en faisant confiance à ce projet politique, dit, enthousiaste, Frances Berthet, courtière immobilière chez Cobrokers Real Estate, à Buenos Aires. La première étape, celle de l’ajustement budgétaire, a été la plus dure. Cette année, il devrait y avoir un rééquilibrage des prix et un rebond de la production. Dans le secteur immobilier, sous l’impulsion du retour des crédits, l’activité a déjà repris ! »

Pour Berthet, qui considère le péronisme comme le mal numéro un du pays, Milei peut réussir là où les autres ont échoué — le libéral de centre droit Mauricio Macri (2015-2019) et, avant lui, le péroniste libéral Carlos Menem (1989-1999). Les références aux années 1990, celles de l’ouverture économique, des privatisations massives et du « uno a uno » (la parité entre le dollar et le peso argentin) inspirent les commentateurs. « À cette époque, l’Argentine c’étaient les États-Unis, se souvient Berthet. Les gens étaient pleins d’espoir. Il y avait une pluie d’investissements étrangers, les salaires étaient très élevés, on voyageait de par le monde ! Avec Milei, on a la sensation que c’est à nouveau un changement en profondeur qui s’installe. »

Outre sa remise en question de l’université publique, Milei a adopté une rhétorique visant à déconstruire l’imaginaire « progressiste » des années Kirchner. Le centre culturel Kirchner (CCK) est devenu le palais Liberté Sarmiento. La journée du respect de la diversité culturelle, célébrée le jour de l’arrivée de Christophe Colomb en Amérique, a repris son nom d’antan : la Fête de la race [hispanique].

Les péronistes K.-O.

Élu pour renverser la table, Milei a mis K.-O. le clan péroniste, qui peine à désigner ses nouveaux chefs et dont une grande partie refuse de s’aligner sur l’ex-présidente Cristina Kirchner. Si le chef de l’État garde pour priorité la stabilisation macroéconomique, son programme social et culturel est tout sauf neutre. Sa « bataille culturelle », Milei la mène notamment à longueur de discours, et au gré de ses fréquents voyages. Une quinzaine, dont la moitié aux États-Unis, de Davos au G20 de Rio, en passant par la Bourse de Wall Street ou l’hémicycle de l’ONU. Les féministes, les écologistes, les « wokes », les socialistes… Avec lui, tous en prennent pour leur grade.

« Milei conserve une attitude contestataire, qui séduit ici, car cela correspond à un profil typiquement argentin, tout en défendant un programme politique global », résume Tobías Belgrano. Cette position clivante, Milei la défend sur le terrain géopolitique, mais aussi en interne. Les employés de l’agence publique d’informations Télam, qu’il a pris en grippe dès son arrivée au pouvoir, en ont fait les frais. « On nous a signifié qu’il ne fallait plus écrire sur les sujets liés à l’agenda 2030 (de développement durable de l’ONU, NDLR), au féminisme, à la marche des fiertés… Il y a un musellement de l’information par le gouvernement, qui nous considérait comme un élément de propagande kirchnériste (en référence à l’ex-présidente, NDLR) », témoigne un journaliste de Télam avec plus de vingt ans d’expérience dans l’agence. Cette source préfère garder l’anonymat pour ne pas « tomber sous le coup de la chasse aux sorcières du pouvoir », déplorant qu’« aujourd’hui, l’enjeu économique clôt tout type de débat. Nous ne pouvons que constater le manque de solidarité à tous les niveaux. Les valeurs se perdent ! »

Dans un pays fondé par des écrivains, la littérature vient naturellement compléter le diagnostic. L’essai « Notre pauvre individualisme », du grand écrivain national Jorge Luis Borges, explique ainsi que l’Argentin, qui « ne s’identifie pas à l’État (…) est un individu, pas un citoyen ». Doit-on trouver là une clef pour comprendre l’électeur de Milei, pourfendeur de l’action étatique ? Il serait ainsi l’incarnation de l’Argentin selon Borges ? « Ces deux positions sont diamétralement opposées, corrige l’écrivain Carlos Gamerro. Borges considère que l’opposition à l’État conduit à la formation de liens solidaires entre les individus. Mais le projet porté par le gouvernement actuel invite seulement à se fédérer dans la désignation d’un ennemi politique. »

Source : Le Figaro