vendredi 11 août 2023

Le consensus « conservateur » serait-il terminé ? Nationalistes contre Libéraux ?

On trouvera ci-dessous l’article traduit de Sean Speer, publié il y a peu dans The Hub.

Cet article explore la tension entre liberté et nationalisme qui façonne le caractère du conservatisme en Amérique du Nord, en particulier aux États-Unis et au Canada. Il évoque les divisions au sein du conservatisme américain et canadien, mettant en lumière des tendances telles que le populisme de droite, le réalignement politique, le conservatisme national et les mouvements opposés au néolibéralisme et au libéralisme. L’auteur examine deux manifestes récents, l’un représentant le conservatisme dit « de la liberté » et l’autre le conservatisme national, qui illustrent des priorités et des visions divergentes. L’article s’interroge sur l’influence croissante du conservatisme national et sa possible émergence au Canada, en lien avec des questions telles que l’identité culturelle, l’immigration et la religiosité.


La tension entre la liberté et le nationalisme façonne le caractère du conservatisme en Amérique du Nord.

Le conservatisme américain a été plus ou moins fracturé pendant 100 ans, comme l’a montré l’intellectuel conservateur Matthew Continetti dans son livre incontournable de 2022, The Right : The Hundred-Year War for American Conservatism. Ces dernières années, cependant, semblent être marquées par des conflits internes et des divisions encore plus importants que la norme historique.

Ces tensions récentes ont également éclaté à certains moments au sein du conservatisme canadien. Le limogeage très médiatisé de Jason Kenney en Alberta l’année dernière par des forces populistes au sein de son propre parti était en partie une manifestation de développements similaires. Il est toutefois juste de dire que, depuis une vingtaine d’années, les conservateurs canadiens sont généralement plus unis sur le plan politique et moins hétérodoxes sur le plan des idées que leurs homologues américains.

L’explication de l’accord relatif qui règne au sein du mouvement est difficile à discerner. Il pourrait s’expliquer par la petite taille du marché canadien et à la relative homogénéité idéologique du mouvement conservateur canadien (essentiellement constitué de libéraux avec un petit « l »), à l’influence continue des baby-boomers (qui sont plus libéraux classiques ou progressistes que les conservateurs en général) dans le monde des idées conservatrices, à l’héritage philosophique de Stephen Harper, à l’absence d’engagement sérieux sur le plan des idées de la part des politiciens conservateurs qui ont suivi, ou peut-être à l’expression du conservatisme inhérent à la « paix, à l’ordre et à la bonne gouvernance ».

Il serait toutefois erroné de supposer que le conservatisme canadien est à l’abri des développements intellectuels et politiques qui remettent actuellement en question l’orthodoxie conservatrice américaine, ou même qu’une telle immunité serait propice. Certaines des tendances qui remodèlent le conservatisme américain sont contingentes. Mais la plupart ne le sont pas.

jeudi 10 août 2023

Le Liban veut interdire Barbie, accusé de promouvoir l'homosexualité

Le film risque d’être interdit car il «va à l'encontre des valeurs morales et religieuses au Liban» a annoncé mercredi le ministre de la Culture libanais. Barbie devait sortir le 31 août dans le pays levantin.

Le ministre libanais de la Culture a annoncé mercredi avoir demandé l'interdiction du film Barbie, estimant qu'il faisait «la promotion de l'homosexualité», sur fond de rhétorique anti-LGBT+ croissante dans l'un des pays les plus libéraux du Moyen-Orient. Dans un communiqué, Mohammad Mourtada a estimé que le film, qui a dépassé le milliard de dollars de recettes au niveau mondial et devait être projeté au Liban à partir du 31 août, «va à l'encontre des valeurs morales et religieuses au Liban».

Barbie fait «la promotion de l'homosexualité et du changement de sexe, soutient le rejet de la tutelle du père, mine et tourne en ridicule le rôle de la mère et remet en question la nécessité du mariage et de la formation d'une famille», a ajouté le ministre. La comédie de la réalisatrice américaine Greta Gerwig, avec les vedettes hollywoodiennes Margot Robbie et Ryan Gosling, met en scène l'emblématique poupée Mattel, s'aventurant toute de rose vêtue aux côtés de son petit ami maladroit Ken (ci-dessous).



La décision du ministre intervient alors qu'une campagne anti-LGBT+ s'intensifie dans le pays, menée par le puissant Hezbollah pro-iranien. En juillet, le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, avait affirmé que, selon la loi islamique, tout homosexuel «devrait être tué» et appelé à boycotter tous les produits arc-en-ciel. Le Liban est considéré plus «tolérant» que d'autres États arabes par rapport à l'homosexualité. Mais les institutions religieuses continuent d'exercer une influence majeure sur les affaires sociales et culturelles, et l'homosexualité reste sanctionnée par la loi.

Neuf députés ont présenté un projet de loi le mois dernier au Parlement pour décriminaliser l'homosexualité, mais ont été la cible d'une campagne de critiques. Le Liban a annulé à plusieurs reprises ces dernières années des activités de la communauté LGBT+, notamment sous la pression des autorités religieuses. L'an dernier, le film d'animation Buzz l'Éclair, où apparaît un couple de lesbiennes, y avait été interdit.

On apprend par ailleurs que le Koweït a interdit la projection de Barbie pour protéger la morale et les traditions publiques.


Voir aussi 

Barbie, un film de propagande néoféministe et misandre ? 

Le Premier ministre du Canada est dans l'équipe Barbie et souhaite une énième fois un joyeux défilé LGBTQ2SAI+

 

Une étude sur le dispositif canadien d’euthanasie alerte sur ses impasses

Une récente étude publiée sur le site des Presses universitaires de Cambridge s’est penchée sur le dispositif d’euthanasie au Canada, et alerte sur ses impasses.

Intitulée “Les réalités de l’assistance médicale à mourir (AMM) au Canada“, cette étude avait pour objet d’examiner les impacts du programme canadien d’euthanasie et d’analyser les “sauvegardes” permettant d’éviter les dérives. Sa conclusion est inquiétante :

“Le régime canadien d’aide médicale à mourir ne dispose pas des mesures de protection, de la collecte de données et de la surveillance nécessaires pour protéger les Canadiens contre les décès prématurés. Les auteurs ont cerné ces lacunes dans les politiques et ont utilisé des cas d’AMM pour illustrer ces constatations“.

Les auteurs sont des médecins et un juriste, avec une expertise dans le domaine de la bioéthique. Ils ont travaillé à partir des données officielles, et des rapports sur les cas d’euthanasie, ainsi que de la presse et des publications du parlement.

Le système canadien d’euthanasie


Voté en 2016 sous le nom de “C14“, une législation a introduit une exemption à l’interdit de tuer pour les personnes majeures, consentantes, lucides, en cas de maladie ou infirmité avec une “mort naturelle raisonnablement prévisible” (MNRP, en anglais “reasonably foreseeable natural death” (RFND), un déclin irréversible des capacités, et une douleur intolérable (physique ou psychique). Si le suicide assisté est possible, c’est l’euthanasie qui est la forme la plus courante d’administration de la mort.

En 2021, une loi dite “C7” a étendu l’accès en introduisant un régime à deux voies : la voie “C14” et les cas de patients qui ne sont pas proches de leur mort naturelle, incluant donc toutes les personnes avec une infirmité. Un délai de mise en œuvre était prévu pour les personnes souffrant d’une maladie mentale jusqu’à mars 2023. Un nouveau report est voté jusqu’au 17 mars 2024.

Les auteurs rappellent que l’extension prévue par la loi C7 faisait suite à un seul jugement d’un tribunal dans la province de Québec en 2019 qui avait déclaré la disposition de mort naturelle raisonnablement prévisible inconstitutionnelle. Le gouvernement fédéral n’avait pas fait appel de ce jugement. Les auteurs rappellent aussi que “la Cour suprême a explicitement déclaré dans l’affaire Carter (Cour suprême du Canada, 2015) qu’elle ne se prononçait pas sur l’aide médicale à mourir pour la maladie mentale“.

Depuis sa légalisation, les données officielles montrent une hausse continue et forte des cas d’euthanasie : 2% des décès en 2019, 3.3% en 2021 soit 10064 décès. Dans certaines régions, le pourcentage atteint 7%. Par comparaison, en Californie, qui a légalisé le suicide assisté en 2016, on compte 486 cas en 2021, soit environ 0.2% des décès, les populations de ces deux Etats étant proches, ainsi que leur culture.

Résultats de l’étude


Suite à leurs recherches, les auteurs relèvent plusieurs problèmes dans le dispositif canadien actuel.

Des données officielles sans beaucoup de vérifications

Le système de collecte de données repose sur l’auto-déclaration par les praticiens, largement sous le format de cases à cocher. Sachant que pratiquer l’euthanasie en dehors des cas prévus par la loi reste illégal, il est peu probable que les praticiens déclarent d’eux-mêmes des cas non légaux. Bien que le rapport officiel de Santé Canada indique que les patients ayant opté pour l’AMM (assistance médicale à mourir) ont un fort taux d’accès aux soins palliatifs, une étude indépendante sur des patients dans un hôpital de l’Ontario a constaté l’inverse sur l’échantillon de cet hôpital: “Les soins palliatifs offerts aux personnes qui demandent l’aide médicale à mourir sont encore insuffisants“.

Un manque de supervision


L’étude fournit plusieurs exemples de personnes euthanasiées dont les familles n’ont pu avoir accès au dossier médical afin de déterminer si le processus avait bien été respecté. Le témoignage de la famille d’Alan Nichols devant le parlement en 2022 est poignant. Sur le fond, la question est proche de celle pointée du doigt par la CEDH en octobre dernier sur le dispositif belge d’euthanasie : la revue des cas ne peut se faire qu’après le décès, et les conditions d’accès aux dossiers restent difficiles. Comme l’écrivent les auteurs

“le ministre de la Justice a déclaré que la supervision doit être assurée par les membres de la famille qui se plaignent après le fait pour engager des mesures disciplinaires ou des enquêtes policières. Pourtant, les expériences des membres de la famille qui ont essayé de répondre aux préoccupations suggèrent que les cas ne peuvent pas être examinés de manière transparente, et les autorités sanitaires ont invoqué des exceptions de l’intérêt supérieur pour rejeter les demandes d’accès aux dossiers médicaux“.

Une priorisation de l’accès à l’euthanasie qui interroge 


Bien que l’arrêt de la Cour suprême n’a pas explicitement créé un “droit de mourir”, la loi C14 dans son préambule insiste sur un accès “universel” à ce processus : “il est souhaitable d’adopter une approche cohérente dans tout le pays en matière d’aide médicale à mourir“. Le risque pointé par l’étude est de prioriser cet accès plutôt qu’un accès à des soins appropriés mais plus couteux. Le Canada, selon une étude de l’OCDE, se situe en dessous de la moyenne des pays membres pour les dépenses publiques sociales. Dans une audition au parlement pour le projet de loi C7, la ministre Carla Qualthrough en charge de l’inclusion des personnes handicapées avait reconnu : “nous savons qu’il y a des régions du pays où il est plus facile d’obtenir l’aide médicale à mourir qu’un fauteuil roulant.” Le cas de Sathya Dhara Kovac est emblématique. Atteinte de SLA, et euthanasiée en octobre 2022, elle a écrit à ses proches :

“En fin de compte, ce n’est pas une maladie génétique qui m’a fait partir, c’était un système …Il y a un besoin désespéré de changement. C’est la maladie qui cause tant de souffrance. Les personnes vulnérables ont besoin d’aide pour survivre. J’aurais pu avoir plus de temps si j’avais eu plus d’aide“.

L’euthanasie comme levier d’économie budgétaire ? 

Par ailleurs, un rapport de l’office budgétaire canadien a estimé en 2020 que l’euthanasie pourrait être une source d’économies. Dans des pays vieillissant où les coûts de santé conduisent à des pressions financières sur les comptes publics, on peut s’interroger sur le conflit d’intérêt d’un Etat devant choisir entre le bien-être de ses citoyens et la tentation de faire des économies par la proposition extensible d’une assistance médicale à mourir. Le film Plan 75 en fournit une illustration certes fictionnelle mais crédible.

Proposer l’euthanasie à ceux qui ne l’ont pas demandé ?


La Nouvelle Zélande et un Etat australien (Etat de Victoria) interdisent au personnel médical d’initier une discussion sur l’euthanasie avec leurs patients. A l’inverse, au Canada, l’association canadienne des praticiens de l’AMM a publié des guidances dans laquelle elle estime que les médecins et infirmiers “impliqués dans les processus de planification des soins et de consentement ont l’obligation professionnelle d’amorcer une discussion sur l’aide médicale à mourir si un patient est admissible à l’aide médicale à mourir“. L’étude cite plusieurs cas de personnes à qui on a proposé l’euthanasie quand elles demandaient des ressources ou des accès à des soins. A la lumière des chiffres cités plus haut, le choix pour un praticien d’aborder sans entrave la question de l’AMM avec son patient pourrait ne pas être neutre dans les décisions de celui-ci.

Des difficultés de définition et un accès à l’euthanasie parfois plus rapide que celui des soins


L’étude aborde d’autres difficultés pour tout dispositif dit d’encadrement de la pratique d’une euthanasie :

La difficulté pour un médecin de pouvoir prédire correctement le “reste à vivre” des patients.
  • Les nombreuses études montrant qu’à l’annonce d’une maladie grave, le risque de suicide est élevé mais qu’il baisse ensuite.
  • La douleur comme notion qui a une composante psychosociale et renvoie donc à la qualité du soutien -physique, psychique, économique…- proposé par la société et l’entourage. Ainsi, dans certains cas sur le territoire canadien, les délais pour accéder à des soins dépassent les 90 jours nécessaires pour obtenir une euthanasie.
  • Enfin, l’étude mentionne le risque bien documenté de contagion suicidaire – effet Werther.
Cette revue détaillée du dispositif canadien d’euthanasie et suicide assisté illustre de nouveau l’incapacité “d’encadrer” la pratique de l’euthanasie malgré les moyens administratifs et les déclarations des pouvoirs publics.

Source

mercredi 9 août 2023

Feux de forêt en Nouvelle-Écosse — prévision de récoltes de bleuets plus importantes dans les années à venir

Les feux de forêt qui ont ravagé certaines parties de la Nouvelle-Écosse au cours des derniers mois ont été dévastateurs pour la plupart des agriculteurs, mais pour les producteurs de bleuets sauvages, cela pourrait signifier de grosses récoltes dans les années à venir.

De nouveaux plants de bleuets repoussent un peu plus de deux mois après qu'un incendie de forêt a brulé le champ de Peter Sutherland, dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse.

L’agriculteur Peter Sutherland a perdu une partie de son équipement et environ 20 % de ses plants lors des incendies du mois de juin.

Il sait toutefois que pour les plants de bleuets qui ont survécu, les incendies stimulent l’apparition de nouvelles pousses.

"C'est la raison pour laquelle on a des bleuets sauvages ici ", explique-t-il. "Ce sont des terres qui ont été ravagées par le feu il y a à peu près 100 ans."

Le Centre de recherche sur les bleuets sauvages de l'Université Dalhousie est en mesure d’expliquer pourquoi les bleuets poussent davantage après un feu de forêt : c'est parce que leurs racines sont différentes de celles des autres espèces fruitières.


La plus grande partie d'un plant de bleuets se trouve sous la terre, explique David Percival, directeur du Centre de recherche sur les bleuets sauvages de l'Université Dalhousie.

"Les pommiers, par exemple, ont des racines qui représentent 20 % à 25 % de la plante, mais avec les bleuets, on parle de 75 % à 85 %", explique le directeur du Centre, David Percival.

Après un feu, les plants de bleuets se servent des réserves entreposées dans leurs racines et dans leurs tiges.

Source : Radio-Canada

Comment le wokisme a coulé le divertissement

DERNIÈRE HEURE : Disney+ a perdu plus de 11,7 millions d'abonnés au cours des trois derniers mois, sa plus forte baisse jamais enregistrée.

Warner Bros, Disney+, Universal et Paramount ont perdu plus de 30 milliards de dollars cumulés dans leur  guerre de la diffusion en continu.

mardi 8 août 2023

Alcuin ou la renaissance carolingienne et la création des écoles

L’historien Christophe Dickès propose, sur la chaîne Storia Voce, une émission consacrée à la découverte d’Alcuin, grande figure de l’érudition européenne, qui domina la période si riche de la Renaissance carolingienne, en tant que proche conseiller et ami de Charlemagne.

Originaire d’Angleterre, il parcourut l’Europe, d’Aix-la-Chapelle à Rome en passant par Tours ou Francfort.

On lui doit notamment la diffusion de l’écriture caroline, exceptionnelle par sa modernité et sa lisibilité. Ce personnage méconnu est pourtant essentiel puisqu’il fut à l’origine de la fameuse décision de l’empereur de créer des écoles.


Alcuin naquit vers 730 dans le Yorkshire, de parents nobles et riches. Alcuin fut éduqué dans l’école cathédrale d’York, une des plus renommées de l’époque, sous la direction de Egbert puis de Elbert, un disciple de Bède le Vénérable. Il devint maître de l’école en 778.

En 781, à 49 ans, Alcuin effectua un voyage à Rome. De passage à Parme, Alcuin rencontra Charlemagne et accepta son invitation à Aix-la-Chapelle, où le roi rassemblait les plus grands savants de son temps. À la tête de l’école palatine, la plus grande école de l’Empire carolingien, Alcuin devint le professeur et conseiller de Charlemagne, et de ses fils. Charlemagne donna à Alcuin la charge des abbayes de Ferrières-en-Gâtinais, de Saint-Loup de Troyes, et de Saint-Josse en Ponthieu. Sous l’égide d’Alcuin, de grands centres culturels s’organisèrent autour des monastères et des cathédrales. Il introduisit les méthodes d’enseignement anglo-saxonnes dans les écoles franques, systématisa le curriculum scolaire, et encouragea l’étude des arts libéraux. Simple diacre, Alcuin fut chargé de l’éducation de jeunes nobles destinés aux plus hautes fonctions de l’Église et de l’État.

Alcuin présente son élève Rabanus Maurus à saint Martin de Tours (mort quatre siècles plus tôt !), miniature extraite d’un manuscrit romain du IXe siècle

Inventeur de l’école ?

Le but de l’empire est d’instaurer ici-bas la paix et la concorde, et de conduire le peuple au salut dans l’au-delà. Pour cela, il faut un clergé instruit. Cet objectif est inscrit dans le capitulaire fameux de l’Admonition générale (789).

Il y est dit au chapitre 72 que les ministres de Dieu (les prêtres) doivent se signaler par leurs bonnes mœurs et doivent également instruire les garçons les mieux disposés pour les préparer à la carrière ecclésiastique.

C’est de là que vient la réputation faite à Charlemagne d’avoir « inventé l’école », selon une formule populaire.


Sacré Charlemagne, « inventeur » de l’école dans la musique populaire

Alcuin lui-même enseigne les arts libéraux à la cour d’Aix-la-Chapelle. Parmi ses élèves figurent les enfants des dignitaires, mais aussi les dignitaires eux-mêmes, les prélats et le souverain lui-même.

Alcuin et ses principaux collaborateurs, d’origine barbare, ont appris le latin classique comme une langue morte. C’est ce latin qu’ils vont remettre en vogue comme langue de l’administration civile et de l’église, au détriment du latin abâtardi pratiqué autour d’eux par les descendants des Gallo-Romains. Ainsi, c’est en latin classique que sont écrits les textes officiels, les capitulaires, destinés à être lus par des clercs et des gens instruits.

Le peuple lui-même ne comprend rien au latin de cuisine des clercs ordinaires et encore moins au latin classique de la scola palatina, aussi Alcuin a-t-il le souci de l’instruire dans sa langue usuelle. C’est ce que recommandera le concile de Tours, en 813, neuf ans après sa mort.

Paradoxalement, le retour du latin classique comme langue de l’administration va donc s’accompagner en parallèle du développement des langues vernaculaires (en particulier le roman et le tudesque/thiois à l’origine du français et de l’allemand actuels).

Infatigable réformateur, le moine écrit au cours de sa longue vie pas moins de 80 ouvrages et 350 lettres, avec le souci constant de la correction des mœurs et de l’émendation des textes [émendation est le synonyme savant de correction, en droit on dit qu’on émende un jugement pour le modifier]...

Replié à l’abbaye de Saint-Martin de Tours, il développe un atelier de copistes qui va devenir le plus important d’Occident. Il va notamment produire plus de cinquante exemplaires de la Bible enrichis de ses propres commentaires.

C’est cette Bible, dans la traduction latine de Saint Jérôme, corrigée par Alcuin (la Vulgate), qui sera choisie par le concile de Trente, au XVIe siècle, comme la référence officielle de l’Église catholique. Le travail des copistes carolingiens, à Tours et ailleurs, va permettre par ailleurs de conserver ou récupérer 150 œuvres originales issues de la culture latine classique (sur un total de 700 titres connus).

Les copistes d’Alcuin, à Aix-la-Chapelle comme à Tours, abandonnent l’écriture à la romaine, devenue illisible, et adoptent une nouvelle écriture standardisée sous forme de petits caractères ronds, en prenant soin de séparer les mots, ce qu’on ne faisait pas auparavant.

Cette nouvelle écriture, pratique et claire, sans doute mise au point à l’abbaye de Corbie, en Picardie, va être adoptée par les imprimeurs dès le XVe siècle, de préférence à toute autre et notamment l’écriture gothique qui l’avait remplacée un temps au Moyen-Âge. Elle sera baptisée « minuscule caroline » en 1838, en hommage à Charlemagne.

La même invention technique d’une minuscule lisible expliquera l’essor de l’immense travail de copies des œuvres de l’Antiquité à Constantinople (début du IXe siècle) comme le mentionne Sylvain Gouguenheim dans La Gloire des Grecs. L’usage de la minuscule grecque, comme sa cousine latine, permit un important gain de place, économisant le parchemin, et de temps, la rédaction devenant plus rapide ; elle favorisa ainsi la production et la diffusion des livres. Elle rendit également la lecture plus claire, les mots étant désormais séparés.

Comme leurs prédécesseurs mérovingiens, ils écrivent de préférence sur du parchemin (peau non tannée d’agneau ou de veau). Ils se détournent du papyrus, d’une part parce que ce produit d’origine orientale se fait rare en Occident depuis que les Arabes ont envahi le bassin méditerranéen, d’autre part parce qu’il est difficile à conserver, relier et enluminer.

Ainsi, grâce à l’action d’Alcuin, on peut parler de « renaissance carolingienne », une expression inventée par le médiéviste Jean-Jacques Ampère (fils du physicien André Ampère).


LatinGrec
Onciale (jusqu’au IXe siècle)
Codex Bezae

Codex Sinaiticus

Minuscule (caroline) à partir du IXe siècle

Minuscule (grecque) à partir du IXe siècle
Extrait de la Vulgate, évangile de Saint-Luc, 15, manuscrit carolingien produit à Tour entre 820 et 830
Extrait de la Guerre du Péloponnèse de Thucydide, manuscrit du Xe siècle conservé à Florence


Les Pays nordiques veulent limiter la place de l’anglais à l’université

De nombreux citoyens du Danemark, de la Finlande, des Pays-Bas, de la Norvège et de la Suède parlent couramment l’anglais et impressionnent souvent les touristes par leur maîtrise de la langue. Toutefois, cette aptitude a également suscité des controverses, car les universités sont devenues d’excellentes institutions internationales proposant des cours dispensés principalement, voire entièrement, en anglais.

Certains citoyens des Pays-Bas et des pays nordiques s’interrogent sur la place qui sera dévolue à leur langue nationale si leurs universités phares dispensent de moins en moins de cours dans cette langue. Les linguistes parlent de « perte de domaine ». La langue ne disparaît pas, puisque de nouvelles générations d’enfants continuent d’être élevées dans cette langue, mais les locuteurs l’utilisent dans moins de contextes éducatifs.

En juin, Robbert Dijkgraaf, ministre de l’Éducation des Pays-Bas, a annoncé qu’au moins deux tiers de l’enseignement dans les programmes de premier cycle devraient être dispensés en néerlandais. Les dirigeants des universités ont mal pris cette décision. Le directeur de l’université technologique d’Eindhoven a déclaré que « pour un certain nombre de cours, nous ne pouvons même pas trouver de professeurs qui parlent néerlandais », citant l’exemple de l’intelligence artificielle. (Le gouvernement néerlandais est tombé par la suite, laissant la politique dans les limbes.)
 
On craint qu’une langue comme le néerlandais, si elle est négligée dans les contextes éducatifs, finisse par manquer du vocabulaire nécessaire pour les sujets les plus pointus. Les personnes discutant de ces sujets devront agrémenter leur néerlandais de mots anglais, jusqu’à ce que cette façon de parler devienne si encombrante qu’ils passeront entièrement à l’anglais. Cela risque de laisser l’impression que le néerlandais est en quelque sorte indigne, ce qui alimente un cercle vicieux.

Les préoccupations linguistiques ont été renforcées par les problèmes économiques. Les universités européennes sont largement ou entièrement financées par l’État. Dans certains pays, les étudiants étrangers exercent une pression sur des ressources rares telles que le logement. (Quelque 120 000 étudiants vivent aux Pays-Bas, l’un des pays les plus densément peuplés d’Europe). Dans d’autres pays, comme le Danemark, ils peuvent même recevoir des bourses pour couvrir leurs frais de subsistance. Si les étudiants terminent leur cursus sans jamais avoir appris la langue locale, ils risquent de partir au lieu de rester et de contribuer à l’économie. Pourquoi les pays devraient-ils subventionner ces diplômes sans aucun bénéfice pour le pays d’accueil ?
 
La cause réside en partie dans les efforts nécessaires pour attirer des enseignants et des étudiants de qualité [selon les classements très discutables des universités] — et pourrait être une conséquence involontaire de ces efforts. Michele Gazzola, de l’université d’Ulster à Belfast, note que les classements mondiaux des universités, tels que celui réalisé par le Times Higher Education, prennent en compte le nombre d’étudiants et d’enseignants internationaux dans le cadre de leur évaluation. Cela incite les universités à tenter de les attirer afin de progresser dans les classements et, par conséquent, à proposer toujours plus de cours en anglais. [À ce sujet : « Les classements évaluent très peu la qualité de l'enseignement » de déclarer Matthieu Gillabert, professeur d'histoire à l'Université de Fribourg dans Que valent les classement des universités ?]

Comme les Pays-Bas, le Danemark a suscité la controverse. En 2021, dans le but de stimuler l’apprentissage du danois à l’université, le gouvernement a limité le nombre de places dans les cours dispensés uniquement en anglais. Cette année, il semble qu’il ait encore changé d’avis, en augmentant le nombre de places dans les programmes de maîtrise en anglais. Janus Mortensen, de l’université de Copenhague, explique que la récente politique linguistique de son établissement prévoit que les enseignants titulaires devront « contribuer » à l’enseignement en danois dans un délai de six ans. L’université doit mettre à disposition du temps et des cours — les professeurs ne sont pas censés apprendre la langue pendant leur temps libre — mais on ne sait pas exactement ce qu’il adviendra de ceux qui ne respecteront pas ce délai.

L’université d’Oslo prescrit également un « parallélisme linguistique ». Le norvégien doit être la principale langue d’enseignement, l’anglais étant utilisé « lorsque c’est approprié ou nécessaire » ; tous les étudiants et enseignants doivent se voir proposer des cours d’apprentissage du norvégien ; les résumés des publications doivent être rédigés dans les deux langues ; l’université doit donner la priorité au développement de la terminologie technique en norvégien, et ainsi de suite. C’est le genre de politique que l’on peut attendre de riches et raisonnables Scandinaves. Elle est aussi potentiellement redondante, coûteuse et vague. Qui, par exemple, décidera quand l’anglais est « approprié » ?
 
Dans le passé, la résistance à l’anglais s’est surtout manifestée en France, qui n’appréciait pas la primauté de l’anglophone (et le déclin de la domination du français). Il s’agissait d’une simple question de concurrence entre les langues. Aujourd’hui, certains des pays les plus libéraux et les plus polyglottes du monde commencent à s’inquiéter de la domination de l’anglais. C’est une conséquence de leur succès. Si tous les habitants peuvent passer d’une langue à l’autre, la nature à somme nulle de la concurrence est réduite, mais elle n’est pas éliminée. Les Européens du Nord apprennent que leurs langues ont aussi besoin d’être entretenues. 

Source : The Economist

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4 août 1701 — Signature de la Grande paix de Montréal (m à j)


Ce traité met fin à plusieurs décennies de conflits opposant les Iroquois aux Français et à leurs alliés autochtones. Les Français de Nouvelle France, alliés des Hurons entre autres, se heurtent durant tous les premiers temps de la colonie à l’hostilité des Iroquois. À la fin du XVIIe siècle, des délégations de nombreuses nations amérindiennes arrivent à Montréal à l’été 1701. Le 4 août, la Grande paix de Montréal est signée. Tous s’engagent à favoriser le dialogue au conflit, et surtout les Iroquois garantissent leur neutralité en cas de conflit entre Français et Anglais.



Trente nations, dont les Iroquois des cinq nations envoient au total 1 300 délégués pour signer la paix avec les Français à Montréal : avec la promesse de rester neutre dans d’éventuelles guerres entre Anglais et Français. Les représentants de chacune des nations apposent la marque de leur tribu au bas du traité, le plus souvent un animal. Les nations s’engagent aussi à vivre en paix entre elles. En cas de conflit, c’est le Gouverneur général de la Nouvelle-France qui servira d’intermédiaire et d’arbitre. Un grand banquet achève cette cérémonie.

À compter de la signature du traité, le commerce et les expéditions de découvertes peuvent reprendre en toute quiétude. Le sieur de Cadillac quitte Montréal pour aller fonder dans la région des Grands Lacs le poste de traite du Détroit, promis à un bel avenir, tandis que les missionnaires jésuites reprennent leurs missions spirituelles dans les « pays d’en haut ».

Au niveau diplomatique, la paix de Montréal apparaît comme un fait unique dans toute l’histoire de l’Amérique. Détail étonnant, celui-ci est toujours valide et reconnu comme tel par les communautés amérindiennes.

À l’inverse de la politique espagnole marquée par l’asservissement des indigènes et dénoncée par les auteurs de l’époque comme Las Casas, les Français choisirent en Nouvelle-France de privilégier les alliances et un modus vivendi globalement respectueux des différents peuples. Certes, les conflits furent nombreux et sanglants avec les nations amérindiennes et ils ne cessèrent pas après 1701, mais jamais ils ne s’inscrivirent dans les dérives de la politique espagnole ou anglaise.

De fait, de tous les colonisateurs d’Amérique, seuls les Français n’ont ni exterminé les autochtones ni tenté de les réduire en esclavage ou de les repousser dans des réserves. On pourrait même arguer que la fonction « officielle » d’évangélisation des autochtones conférée à la Nouvelle-France constitue de la part des Français une admission tacite d’égalité entre les « blancs » et les autochtones, en les considérant « dignes » d’être évangélisés. Il ne faut toutefois pas oublier que l’économie ou la sécurité de la Nouvelle-France dépendait d’une bonne entente avec les autochtones, les Français n’étant tout simplement pas assez nombreux pour se passer de ces précieux alliés.

Copie du traité de paix de 1701



(Le document original du traité de paix de 1701 est conservé aux Archives nationales d’outre-mer.)
Pictogrammes des nations signataires : 
  1. Ouentsiouan représente la nation iroquoise des Onontagués et signe un échassier. 
  2. Pour les Tsonnontouan, c’est Tourengouenon qui appose la signature de la tortue. 
  3. Pour les Onneeiouts, la signature représente une fourche au milieu de laquelle se trouve une pierre. 
  4. Chez les Goyogouins (« peuple de la grande pipe »), le dessin d’une pipe va de soi ! 
  5. La marque de Kondiaronk, dit le Rat [un rat musqué], figure sur le traité de 1701. Un autre chef huron a pu apposer cette marque au nom de ce grand chef, mort deux jours avant la signature du traité. 
  6. L’ours, la signature du chef Kinongé, dit le Brochet, pour les Outaouais du Sable. 
  7. La marque des Abénaquis de l’Acadie, par le chef Mescouadoué. 
  8. L’ours, la marque des Outaouais Sinagos. 
  9. Pour les Gens du Sault, l’ours également, signature apposée par Haronhiateka. 
  10. La signature du chef des Gens de la Montagne est un chevreuil. 
  11. Le chef Kileouiskingié signe d’un poisson pour les Outaouais Kiskarons. 
  12. La fourche représente le lieu où vivent les Outaouais de la Fourche, à la confluence de trois rivières. 
  13. Représentés par Onanguicé, chef pouteouatami, les Mississagués [nation ojibwée] signent d’un oiseau-tonnerre. 
  14. Les Amikoués apposent la marque du castor. 
  15. Pour les Sauteux [Ojibwés], le chef Ouabangué appose la marque d’une grue. 
  16. Chez les Algonquins, on trouve deux signatures : un échassier ou une grue et, à côté, un être humain. 
  17. Une perche surmontée d’un scalp sert de signature pour le village des Pangichéas [Piankashaws]. 
  18. La marque de Chichicatalo, chef très respecté chez les Miamis, regroupe deux symboles, dont une grue. 
  19. La marque du chef Outilirine pourrait représenter les Cris. En langue crie, le suffixe — irin signifie « homme ». 
  20. Représentés par Onanguicé, les Koueras Koueatenons [groupe illinois] signent d’un arc et d’une flèche. 
  21. La marque du village des Peorias [nation illinoise] est une tortue à longue queue. 
  22. L’emblème des Tapouaroas [groupe illinois]. 
  23. L’emblème des Monisgouenars [nation illinoise], établi à la rivière des Moines. 
  24. Le village des Marouas [groupe illinois], signe d’une grenouille. 
  25. Pour les Pouteouatamis, la marque d’un chicot et trois racines. 
  26. Pour les Kaskaskias [nation illinoise], une plume encochée. 
  27. La marque du village des Ouiatanons [nation miamie] est une carrière. 
  28. L’esturgeon est la marque des Sakis [Sauks]. 
  29. Chez les Outagamis, ou Renards, la signature est celle du… renard. 
  30. L’oiseau-tonnerre représente le symbole clanique des Puants. 
  31. La marque des Malominis [Folles Avoines] est celle d’un oiseau-tonnerre tenant une tige de folle avoine. 
  32. Le chevalier de Callière, Brochart de Champigny, et autres. 

[Notes tirées de La Grande Paix, Chronique d’une saga diplomatique, par Alain Beaulieu et Roland paru à Montréal, Éditions Libre Expression, 2001, p. 109-111.]


La régression démographique dans l’indifférence générale

Article sur la situation en France : France — Le nombre de naissances a encore baissé de 7 % au premier semestre

Aucune réaction au Québec aussi, RIEN : Québec — janvier-mai 2023, baisse de 5,3 % des naissances p/r à 2022, plus de décès que de naissances

Il existe une exception éclatante parmi les pays  occidentaux : Israël (2,9 enfants/femme), nous en reparlerons.

Voir aussi 
 
 

lundi 7 août 2023

Lettonie — Ayant échoué aux tests linguistiques de letton imposés, 6 000 ressortissants russes devraient quitter le pays

La Lettonie, pays balte dont la population est de 1,9 million, affirme que près de 6 000 personnes ont refusé de passer le test linguistique imposé l'année dernière.

Le gouvernement de Riga enverra le mois prochain des avis officiels à près de 6 000 ressortissants russes, les informant qu'ils ont 90 jours pour quitter le pays, a confirmé vendredi un parlementaire letton.

"Ils sont entre 5 000 et 6 000. Ce sont des personnes qui n'ont manifesté aucune volonté, ni de passer l'examen, ni d'obtenir un permis de séjour temporaire. Ils sont silencieux", a déclaré Ingmars Lidaka, chef de la commission parlementaire sur la citoyenneté et la migration, à la chaîne publique lituanienne LRT.

Le ministère letton de l'intérieur a confirmé que les avis étaient en cours de préparation et qu'ils seraient envoyés en septembre à "environ 6 000" destinataires, selon l'agence de presse Elta.

L'année dernière, après l'escalade des hostilités en Ukraine, Riga a imposé aux ressortissants russes qui souhaitent résider en Lettonie de passer et de réussir un test de langue lettone. Les Russes ethniques représentent environ un quart des 1,8 million d'habitants de l'État balte et se sont vu refuser la citoyenneté lettone depuis que Riga a déclaré son indépendance de l'Union soviétique en 1991.

En août dernier, le président de l'époque, Egils Levits, a déclaré que les Russes ethniques soupçonnés de déloyauté envers la Lettonie devaient être "isolés de la société", en invoquant le conflit ukrainien. Toutefois, en 2021, M. Levits a ouvertement parlé d'un plan visant à promouvoir le "lettonisme" dans la langue et la culture afin de le rendre dominant d'ici à 2030.

En septembre dernier, une centaine d'activistes ont protesté à Riga contre le projet de loi sur l'égalité des chances. 
 
Russes âgées en classe de letton

Ces ressortissants russes de Lettonie sont issus des immigrants de l'ère soviétique qui se sont installés en Lettonie après la Deuxième guerre mondiale et qui ont choisi de ne pas demander la citoyenneté lorsque l'occasion leur en a été donnée après 1991. 

Si la plupart des russophones ont choisi de se faire naturaliser et de devenir citoyens lettons, les autres ont opté pour la citoyenneté de la Fédération de Russie. Il ne s'agissait pas seulement d'une question de sentiment : ceux qui possèdent un passeport russe peuvent voyager sans visa pour rendre visite à leurs proches de l'autre côté de la frontière très proche et peuvent toucher leur retraite à 55 ans (pour les femmes, qui constituent la majorité de ce groupe) alors que l'âge de la retraite en Lettonie est de 64 ans. Tant en Russie qu'en Lettonie l'âge de la retraite augmentera.

Avant mars 2022, la majeure partie de la société lettone était satisfaite de ces choix. Il était encore possible de mener une vie monolingue en russe dans une banlieue de Riga et même de voter pour Poutine aux élections présidentielles russes.  

Des changements dans la coalition gouvernementale sont à l'ordre du jour depuis le mois de mai, et les promoteurs de ces mesures linguistiques issus de la droite nationaliste pourraient se retrouver dans l'opposition avant le 1er septembre. Sans eux, les partis de centre-droit restants pourraient chercher une solution, car ces mesures considérés comme inutiles et iniques apporte de l'eau au moulin des politiciens russophones de Lettonie (25% de la population), plus particulièrement à Riga, et aux nationalistes russes de Russie.
 
Démographie

La Lettonie comptait 1 986 096 habitants au 1er janvier 2015, dont environ 60 % de Lettons, une forte minorité russe (25 %) et plusieurs autres minorités (15 %). Comme celle de la plupart des pays de l'Europe du Nord membres de l'ex-Union soviétique30,31, la population de la Lettonie est en déclin depuis le début des années 1990.

Entre le début des années 2000 et 2021, la population de Lettonie a chuté de 13 %. Il n'est pas rare de trouver dans le pays des villages déserts, des quartiers abandonnés, des écoles vides… 

Selon la CIA, la population actuelle de la Lettonie serait de 1,822 million d'habitants.

En 2023, le PIB de la Lettonie devrait croître de 1,4 %, freiné par une forte inflation à 17 % pesant sur la consommation privée et un retard dans les programmes d’investissement public. Le taux de chômage est de 6,9 %.


Voir aussi

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Moldavie — 88 % des réfugiés ukrainiens choisissent le russe comme langue d’enseignement, 6 % l’ukrainien