vendredi 22 août 2008

Émission de TQS — « Est-ce acceptable d'enseigner toutes les religions à nos enfants ? »

À vouloir être trop ambitieux, imposer sans dialogue sa marotte pluraliste normative et dire vouloir satisfaire tout le monde, 79 % des sondés par TQS sont contre le cours d'ECR
Sondage en ligne de TQS

Est-ce acceptable d'enseigner toutes les religions à nos enfants ?

Réponse:

21 % oui
79 % non

(Ce sondage des spectateurs de TQS n'a aucune prétention scientifique)

Athée contre le cours d'ECR

Selon Stéphane Gendron, il est insensé d'enseigner, en 2008, la culture religieuse à l'école primaire alors que les enseignants manquent de temps pour approfondir les matières fondamentales comme les mathématiques et le français.



Catholique identitaire québécois contre le cours d'ECR

Sylvain Lamontagne, porte-parole de la Coalition liberté et éducation, veut aller en Cour supérieure afin de mettre fin au nouveau système d'enseignement des religions à l'école.



Théologien qui comprend les parents inquiets

Selon Luc Phaneuf, théologien, la nouvelle forme d’enseignement des religions, qui met autant en valeur n’importe quelle forme de culte, ébranlera les parents.



jeudi 21 août 2008

Complément au cours d'ECR — le bouddhisme militariste


On pense souvent en Occident que le boudhhisme est intrinsèquement une philosophie pacifiste incapable d'excès militaires ou de soutien à l'agression, que ce genre de comportement n'est réservé qu'à l'Occident et au christianisme dévoyé. Les manuels d'ECR analysés ne font rien pour combattre ce préjugé, un d'entre eux propose même comme modèle aux jeunes enfants de 11 et 12 ans le dalaï-lama (parmi tout un panthéon de modèles des plus prévisibles et fort à la mode chez nos « élites »).

Apportons donc notre pierre pour combattre ce préjugé si répandu aujourd'hui et jeter une lumière plus crue sur le bouddhisme « religion pacifiste » en présentant l'ouvrage de Brian Victoria intitulé Le Zen en guerre, 1868-1945.

Présentation de l'éditeur

Comment les écoles du zen ont-elles pu, à ce point et dès l’aube du XXe siècle, identifier bouddhisme et militarisme impérial ? Comment ont-elles pu collecter des fonds pour soutenir l’effort de guerre, organiser des cérémonies pour obtenir la victoire, créer des centres d’instruction réactivant ainsi le mythe du moine guerrier ? Alors qu’on s’interroge aujourd’hui sur les rapports entre les religions et la guerre, Brian Victoria apporte une importante contribution à cette réflexion en dévoilant comment le bouddhisme japonais s’est dévoyé en devenant une idéologie au service d’un pouvoir agressif et impérialiste.

Bénédiction des drapeaux, croisade pour la défense de la civilisation chrétienne face au bolchevisme, théories suspectes de la guerre juste, on croyait ces images et ces thèmes réservés à l'Occident. Au moins la compassion bouddhiste aurait-elle protégé l'Asie de pareilles dérives. Point, comme le démontre à l'envi le livre de Brian Victoria. Très tôt dans le XXe siècle, le bouddhisme japonais s'est dévoyé en idéologie guerrière au service d'un pouvoir agressif et impérialiste. Les plus grands maîtres, et le célèbre D. T. Suzuki, ont légitimé l'alliance entre le sabre et le zen. Collecte de fonds pour l'effort de guerre, cérémonies spéciales pour l'obtention de la victoire, création de centres d'instruction, activités de renseignement, endoctrinement des populations, cette collusion n'a pas cessé en 1945, elle s'est métamorphosée dans le fameux « zen d'entreprise », du Japon en plein essor. Le pouvoir impérial a réussi à fabriquer de toutes pièces, avec la complicité des maîtres de sagesse, une « âme du Japon éternel » inquiétante.

mercredi 20 août 2008

Mission de l'école québécoise : faciliter le cheminement spirituel de l'élève grâce au cours d'ECR ?

Vous pensiez que la religion allait sortir de l'école publique après la sécularisation du réseau public ? Pourtant l'État a récemment ajouté deux articles (36 et 37) à la Loi sur l'instruction publique pour y déclarer qu'il doit faciliter le cheminement spirituel de l'élève.

Plus de religion, mais de l'aide au cheminement spirituel !

On comprend que cette aide prend la forme du nouveau cours d'éthique et de culture religieuse, imposé aux élèves que leurs parents le veuillent ou non.
Rôle de l'école.

36. L'école est un établissement d'enseignement destiné à dispenser aux personnes visées à l'article 1 les services éducatifs prévus par la présente loi et le régime pédagogique établi par le gouvernement en vertu de l'article 447 et à collaborer au développement social et culturel de la communauté. Elle doit, notamment, faciliter le cheminement spirituel de l'élève afin de favoriser son épanouissement.

Indépendance d'esprit et mutins de Panurge

Dans le cadre du cours d'ECR, le début d'un lexique :

CARÊME — Le ramadan des chrétiens, ainsi que le précisait un périodique et que le rappelait un évêque afin d'être mieux compris de ses ouailles, auxquelles il conseillait d'en profiter pour se rapprocher de nos frères musulmans.

CHARTE — La charte des droits et libertés de la personne du Québec, nouveau décalogue qu'il faut respecter (voir page 64 du manuel pour la 6e primaire de Modulo) qui présente l'avantage de pouvoir « progresser » et être facilement modifié pour en éliminer des droits, surtout ceux des parents. Progrès récent : amender l’article 41 de la Charte québécoise des droits et libertés pour limiter le rôle des parents dans le choix de l’éducation de leurs enfants et leur droit à des programmes scolaires qui respectent leurs croyances et convictions.

CHRÉTIEN PROGRESSISTE — Il flirte avec son adversaire pour se faire pardonner sa foi. Pour lui, le prochain est ce qui est le plus éloigné de sa famille et de son pays : Zoulous, hindous, Tibétains, vagabonds et gitans, etc.

DÉCROCHAGE SCOLAIRE — Problème récurrent produit par le monopole (avec une minuscule) de l'éducation et qui persiste de plan d'actions à plan d'actions, de millions en millions dépensés ; prétexte invoqué pour intimider les parents qui s'opposent aux cours d'ECR : « en appelant au boycottage du cours d'ECR, vous favorisez le décrochage scolaire ».

DIALOGUE — Acceptation des arguments d’autrui, affadissement, par exemple « dialogue interreligieux »; tenir le gros bout du bâton et imposer son point de vue quand il s'agit du Monopole de l'Éducation : « Le ministère dialogue avec les mennonites » quand il vient de les menacer de faire intervenir la DPJ pour s'occuper de leurs enfants.

HUMANITÉ — Naguère on déplorait l'absence de Dieu dans la société, remplacé par l'Homme  celui-ci en est à son tour chassé, remplacé par l'humanité, sans que le véritable amour chrétien du prochain y ait gagné.

IMPARTIALITÉ — Un homme impartial est assuré de déplaire à tous les partis alors qu'un homme habile est toujours prêt à hurler avec les loups et à bêler avec les moutons.

INTELLECTUEL — Est réputé « intellectuel » tout ce qui n'est pas facilement intelligible. « Le cours d'éthique et de culture religieuse a été validé par des intellectuels québécois. »

JÉSUISTE MODERNISTE — Le meilleur moyen d'attrister certains jésuites modernistes est de rendre hommage à l'éducation remarquable et stricte inculquée jadis aux jeunes gens dans leurs collèges.

LÉGALITÉ — Il existe un curieux souci de la légalité chez ceux qui ont toujours milité pour l'esprit rebelle, l'autonomie et ont vécu en marge des lois dès qu'il s'agit d'imposer leurs propres préjugés aux autres (exemple : « Le cours d'ECR est obligatoire »).

LIBERTÉ MODERNE — « L'homme d'aujourd'hui l'est, comme le voyageur perdu dans le désert. » (Nicolas Gomez Davila)

MENSONGE — Il y a plus de courage à démasquer le menteur qu'à dénoncer le mensonge.

OUVERTURE — Euphémisme souvent équivalent de « démission » qui qualifie le ralliement aux points de vue de personnes issues des partis politiques de gauche ou de la « société civile »; l’ouverture ne se fait jamais à droite pour inclure des personnes conservatrices.

PRESSE (LA) — La presse est bien nommée, car elle est devenue un instrument de pression.

UTOPIE — Il faut se méfier des utopies, car elles conduisent aux pires réalités.

VÉRITÉ — « Ne nous mettons pas d'accord sur une vérité en dialoguant, mais en mûrissant. » (Nicolas Gomez Davila)

Les manuels d'ÉCR en retard

Le Soleil nous apprend que les enseignants d’éthique et de culture religieuse de quatrième secondaire devront commencer l’année scolaire sans manuel approuvé par le ministère de l’Éducation.

« On est habitué, on ne croit plus au père Noël », a lancé Lynda Berthiaume, présidente de l’Association québécoise en éthique et culture religieuse, à la journaliste du Soleil.

Notons que les manuels révisés par Fernand Ouellet, père de ce cours selon Jean-Pierre Proulx, parus chez Modulo, ont eux été approuvés. Ils ont été analysés ici à plusieurs reprises.

Aucun manuel de 4e secondaire avant octobre

Aucun manuel de quatrième secondaire ne sera approuvé avant octobre, a indiqué au Soleil Jean-Pascal Bernier, l’attachée de presse de la ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne. « Le ministère a demandé des modifications à l’éditeur, ce qui explique le retard » a-t-il ajouté. Le Monopole de l'Éducation avait pourtant précisé en juin pourtant que tous les manuels seraient prêts pour la rentrée à la fin août 2008.

Une des difficultés importantes est la place à accorder à chaque religion, explique Bertin Dickner, directeur éditorial pour les manuels d’éthique et de culture religieuse chez Fides. M. Dickner a également annoncé de nouveaux retards dans la parution des manuels d'ECR au primaire: aucun ne sera prêt avant la mi-septembre et ceux du 3e cycle du primaire ne le seront pas avant la fin novembre.

Les experts ne s'entendent pas, normal sauf à être superficiel

Les débats entre experts peuvent aussi venir alourdir le processus, ajoute M. Dickner. Le système d’approbation des manuels au ministère est complexe et s’étend habituellement sur trois mois. Pour le cours d’éthique et de culture religieuse, les manuels doivent en plus recevoir le feu vert d’un expert universitaire pour chacune des six religions à l’étude. « Il arrive que les experts du ministère ne s’entendent même pas entre eux ! », affirme M. Dickner.

Cela n'a évidemment rien de bien singulier : nous pensons qu'il est même impossible de satisfaire tout le monde à la fois en matière religieuse à moins de rester superficiel (ou de ne sélectionner que des gens d'une même sensibilité) et c'est une des raisons qui nous ont amenés à nous opposer à ce cours : une pointure pour tous ! Ça va faire mal aux orteils ! Et surtout à quoi bon ?

« J'aimerais mieux être bouddhiste, parce qu'ils ont cinq vies » dit l'enfant de 7 ans à son grand-père

Témoignage hier lors de la réunion de la CLÉ à Valcourt. Vous n'en lirez rien dans les articles de presse parus que ce soit la Voix de l'Est ou la Tribune de Sherbrooke.

M. Jean-Claude Bleau a relaté publiquement ce qui s'est récemment produit dans sa famille. Nous reproduisons son témoignage à partir de la lettre qu'il a fait parvenir à son évêque, Mgr Jacques Berthelet, le 21 juillet 2008 :
« Nous avons eu 7 enfants, un garçon et six filles qui sont tous mariés devant l'Église et bien unis et fiers de pratiquer leur foi. Ils nous ont donné 26 petits-enfants.

Je tiens à vous faire part d'une expérience vécue dimanche dernier et qui m'ouvre les yeux sur la réalité qui menace nos enfants avec le cours d'Éthique et culture religieuse.

Le papa d'un de mes gendres est atteint d'une maladie qui évolue brutalement. Mon petit-fils, Victor, 7 ans, qui vit dans un foyer fervent et qui communie tous les dimanches me dit tout triste :

— Grand-Papa, tu sais grand-papa Raymond est bien malade et il va mourir, c'est donc dommage, il n'a qu'une vie.

— C'est bien vrai, on a tous seulement une vie et il faut la bien vivre, lui répondis-je.

— Mais grand-papa Raymond a seulement une vie parce qu'il est catholique, moi je ne voudrais plus être catholique, j'aimerais mieux être bouddhiste parce qu'ils ont cinq vies...

— Mais où donc as-tu pris cela ?

— Mais à l'école, on nous enseignait toutes les religions...

Imaginez la stupéfaction de toute la famille. Ce tout petit vit dans une famille fervente, fréquente l'école publique à Boucherville, milieu quand même favorisé. »
M. Bleau a également indiqué qu'après près d'un mois son évêque n'avait toujours pas répondu à sa lettre ni à sa supplique précédente alors que le Saint-Père et les présidents et préfets des Congrégations auxquels il l'avait envoyée lui avaient répondu et l'avaient encouragé.

Des locaux sont prêts à Valcourt pour accueilir les enfants des parents opposés au cours d'ECR

Plus de 100 personnes se sont réunies à Valcourt pour organiser le boycottage du cours d'ECR dès la rentrée scolaire, prévue pour le 27 août.

Les écoles primaire et secondaire de la municipalité ont refusé de rendre disponible un local à pour accueillir les élèves dont les parents désirent participer au boycottage, la Coalition pour la liberté en éducation (CLE) a dû se tourner vers la communauté. Après ce refus des écoles, la commission scolaire des Sommets a décidé de contrôler les allées et venues des élèves et déclaré à M. Sylvain Lamontagne, membre de la CLÉ à Valcourt, que les parents soucieux de l'instruction spirituelle de leurs enfants encourageaient le décrochage scolaire !

« Nous disposerons gratuitement de la salle paroissiale pour les élèves du secondaire et moyennant certains frais, nous aurons accès au Ciboulot, situé tout près de l'école primaire de Valcourt » a annoncé le coordonnateur du boycottage, Sylvain Lamontagne.

« Nous suggérons aux parents d'appeler ou d'écrire une note à l'école pour que leur enfant puisse quitter le cours au niveau secondaire. Au niveau primaire, les parents qui ne peuvent se présenter à l'école pour retirer leur enfant de la salle de classe pourront mandater pour cette tâche une tierce personne, en l'occurrence un bénévole, via le formulaire d'urgence de l'école », d'expliquer M. Lamontagne.

Les jeunes touchés par le boycottage seront encadrés par des bénévoles pendant que leurs camarades de classe suivront le nouveau cours imposé par l'État. « Il n'est pas question de ne rien faire. Nous attendons les suggestions de tout le monde, mais pour l'instant, la possibilité la plus vraisemblable serait de donner le cours d'enseignement religieux, avec des personnes qui ont la compétence de le faire. »

Sylvain Lamontagne dit avoir déjà recruté quelques bénévoles. Il a tenu à rappeler, au cours de la séance d'information tenue hier à Valcourt, que bien qu'obligatoire, le cours n'est pas sujet à sanction et que selon le régime pédagogique du Monopole de l'Éducation, du Loisir et du Sport (MELS), un élève de cinquième secondaire doit réussir le cours d'éthique et de culture religieuse ou celui d'éducation physique pour obtenir son diplôme d'études secondaires.

Voilà une excellente manière de promouvoir l'éducation physique et la santé de la jeunesse québécoise ! Bravo à la CLÉ.

Les pères et mères conservent le droit de surveiller l'entretien et l'éducation de leurs enfants quoi que dise l'école

On se souvient que le Monopole de l'Éducation qui « privilégie l'information à l'affrontement » et la Commission scolaire des Sommets ont subitement décidé à Valcourt de lutter contre le décrochage scolaire potentiel (j'en vois qui rient, c'est le prétexte avancé !) en renforçant les contrôles sur les allées et venues des élèves alors que des parents se préparent à retirer leurs enfants de l'école quand le cours obligatoire d'Éthique et de culture religieuse sera imposé.

Rappelons donc aux parents qu'ils demeurent les gardiens de leurs enfants, même quand ils les confient temporairement à l'école. Ni la Commission scolaire ni la direction de l'école ne peut s'opposer au retrait des enfants par les parents selon les avocats consultés qui invoquent cet article du Code civil du Québec :
605. Que la garde de l'enfant ait été confiée à l'un des parents ou à une tierce personne, quelles qu'en soient les raisons, les père et mère conservent le droit de surveiller son entretien et son éducation et sont tenus d'y contribuer à proportion de leurs facultés.

mardi 19 août 2008

« Les enseignants d'ECR ne seront pas prêts »... euh... avant une génération ?

Le Devoir, connu pour être partisan du nouveau programme d'éthique et de culture religieuse imposé à tous les élèves québécois par le Monopole de l'Éducation, publie une lettre d'opinion où une fois de plus on rappelle les craintes de Jean-Pierre Proulx — omniprésent dans les décisions entourant ce cours et dans sa défense — les enseignants québécois ne pourront rendre justice à cette nouvelle merveille pédagogique selon ses partisans : le cours d'éthique et de culture religieuse qui ferait enfin du Québec une société tolérante, diverse et ouverte. Excusez du peu.

Citons quelques extraits de la lettre d'opinion (les intertitres sont de nous) :

Formation indigente née de la précipitation

La principale information que nous devons retenir de ce dossier, c'est que les enseignants et les enseignants qui seront responsables de cette matière en septembre 2008 n'auront pas la formation (ou la compétence) nécessaire pour bien appliquer ce nouveau programme, pour être en mesure d'aménager et de faire vivre des apprentissages significatifs et durables.
C'est une litote. La formation a été indigente : environ deux jours en moyenne pour chaque enseignant pour six religions et une nouvelle culture du dialogue et d'éthique !
Dans l'exposé éditorial, le professeur Jean-Pierre Proulx, rédacteur délégué, postule que « la formation des quelque 26 000 enseignants du primaire et de plus de 8000 du secondaire sera, au mieux, minimale, malgré les efforts qui sont menés cette année» (en 2007-2008). Si la formation est ici jugée «au mieux, minimale », c'est dire que dans plusieurs cas particuliers, voire la majorité, la formation n'atteindra pas ce stade qui permette de maîtriser suffisamment le domaine, d'intervenir avec une assurance convenable en suscitant l'indispensable confiance des élèves, des collègues et des parents... Plus loin, la contribution de deux universitaires associées à la formation des formateurs d'enseignants s'avère très éloquente sur le déficit de préparation des enseignants qui seront chargés de ce programme.
Pourquoi cette précipitation dans la mise en place de ce cours alors ? Et si M. Jean-Pierre Proulx essayait de désamorcer les critiques qui accompagneront ce nouveau cours ? De neutraliser les dénonciations des dérives prévisibles de ce cours ?
Ainsi, Mireille Estivalèzes, de l'Université de Montréal, en vient à dire qu'il « est évident que ni les nouveaux enseignants ni ceux qui sont déjà en fonction n'auront complété leur formation à temps. Ils ne seront donc pas complètement prêts pour la rentrée de septembre 2008 ».
Le bel euphémisme : nous connaissons même des enseignants du primaire dans des écoles privées qui n'ont pas du tout été formés !

Des enseignants réellement aptes en Éthique et culture religieuse dans une génération...

De son côté, Suzanne Rousseau, de l'UQTR, livre un article au titre des plus significatifs: «La formation des enseignants: le défi d'une génération». Déplorant le manque de ressources allouées, elle mentionne que «les 45 heures offertes aux enseignants-formateurs [sur les premiers thèmes] et déjà considérées insuffisantes par tous ont été réduites à une journée et demie» par la suite... Forte de son expertise, elle fait état de difficultés majeures, telles que des «carences importantes sur le plan des savoirs pertinents, tant en éthique qu'en culture religieuse, la complexité de la formation au dialogue au niveau tant de la maîtrise du contenu que de l'évaluation, notamment aux premiers cycles du primaire», la préparation quasi irréalisable de «situations d'apprentissage et d'évaluation» qui traitent à la fois deux ou trois compétences disciplinaires, alors que cette approche promue par le renouveau pédagogique n'est pas encore assimilée par le personnel... L'auteure évoquera même en conclusion que c'est seulement lorsque des jeunes qui auront suivi ce programme depuis l'élémentaire s'inscriront à un baccalauréat en enseignement que nous pourrons espérer disposer enfin d'enseignants réellement aptes en Éthique et culture religieuse...
Euh, des enseignants enfin programmés formés depuis leur plus tendre enfance dans le relativisme et le pluralisme normatif par décision de l'État sans que jamais on ne consulte vraiment les parents ? L'Étatisme québécois est vraiment émouvant.

Où sont les preuves que le cours d'ECR va résoudre quoi que ce soit ?

Et ces gens croient vraiment que tout cet agent investi à ébranler l'identité trop massive des Québécois pure laine, comme dirait Fernand Ouellet, va résoudre quoi que ce soit ? Que des troubles comme ceux de Montréal-Nord pourront être évités alors que la religion n'intervient pas dans la plupart des problèmes ethniques  ou sociaux qui sont ceux que connaît le Québec ! Rappelons que les Latinos et Haïtiens de Montréal-Nord sont chrétiens et même le plus souvent catholiques.

Mais le Monopole de l'Éducation fait fi des désirs des parents — ils œuvrent pour le bien n'oublions pas ! — les libertés éducatives pèsent donc peu pour ces missionnaires qui se sentent pressés car le Québec devient de plus en plus divers (qui décide de l'immigration au fait, si ce n'est ce même gouvernement ?) et il faut donc former les enfants de tous au « dialogue » et « au vivre-ensemble ».

Mais croient-ils vraiment qu'un Québec avec plus de jeunes relativistes et rebelles (si Dieu n'existe pas, tout est permis !) vont être plus tolérants parce qu'on les aura dressés sensibilisés aux règles du dialogue et de la tolérance ? Pourquoi ? Par automatisme ?

Pourquoi cela marcherait-il mieux qu'avec l'Église catholique qui avait aussi enseigné un message de charité avec des sanctions et bienfaits célestes supplémentaires à la clé ?

Aucune preuve donc que ce cours imposé donnera des résultats positifs (il pourrait bien être négatifs), mais moins de liberté bien tangible. Quid de cette ancienne vertu : la prudence ?

Difficile de reformater les maîtres en animateurs censément neutres

Pour assurer la réalisation des apprentissages visés, le programme exige que le personnel enseignant adopte la « posture professionnelle » appropriée. L'expression fait référence au besoin d'ouverture à l'échange avec les élèves, d'objectivité et d'impartialité dans ses propos, d'engagement dans une communauté de recherche, etc. Selon les auteurs du dossier, le développement de ces attitudes indispensables « ne va pas de soi chez les enseignants ». Si l'acquisition des connaissances nouvelles représente un défi accessible lorsqu'on y consacre temps et efforts, ce à quoi les enseignants sont habitués lorsqu'ils sont chargés d'un nouveau programme (quitte à meubler ainsi une partie de leurs vacances), il en va tout autrement en ce qui concerne cette «posture», qui fait appel à des habiletés psychosociales et communicationnelles.
Bref, le maître a du mal à devenir un animateur censément neutre.

Cette carence de formation pourrait avoir des effets négatifs graves

[...]
Sans cette « posture professionnelle », les élèves risquent non seulement de rater les compétences disciplinaires escomptées, mais aussi de faire la malheureuse expérience de situations à l'inverse de ce que promeut le programme : le non-respect des personnes et de leur position, l'ancrage de préjugés à l'égard de tels types de croyants ou de non-croyants, la banalisation du fait religieux et des questions éthiques, le repliement sur ses opinions personnelles au lieu d'une maturation conceptuelle des questions religieuses et morales...
Quand on parlait des effets négatifs potentiels, du manque de prudence...

Parents soucieux ou parents intégristes et extrémistes ?

Le constat du manque de formation révélé par le dossier du GRIFPE ne peut laisser indifférent, d'autant plus qu'aucune évaluation globale n'a été rendue publique par les responsables ministériels ou autres. Il ne faut pas s'étonner que des parents qui suivent de près ce qui se passe à l'école redoutent les effets possiblement nuisibles sur le développement de leurs enfants et sur leur perception de la religion et de l'éthique.
L'auteur de cet article ne connaît pas le langage de la ministre de l'Éducation : pour elle les parents qui suivent de près ce qui se passe à l'école — lesquels devraient être considérés comme des parents vertueux — « sont des groupes qui se situent aux extrêmes ». Extrémistes donc. Notez que dans son refus d'exemption, daté de juin 2008, la Commission scolaire de Montréal déclarait que son cours n'était pas relativiste mais qu'il empêchait plutôt l'« intégrisme » !? Extrémistes et intégristes donc ceux qui résisteraient aux diktats des pédagoguesMC, expertsMC toujours cooptés du Monopole, payés depuis des années à penser à l'implantation de leur dernière marotte pédagogique : l'interculturalisme ? Le culot de ces gens qui décident de la formation spirituelle des autres alors qu'on ne puisse pas dire que le Monopole de l'Éducation du Québec ait prouvé la qualité de ses choix ou des fruits de son enseignement imposé d'en haut et décidé pour tous !

lundi 18 août 2008

Qui est Fernand Ouellet, père du cours d'éthique et de culture religieuse selon Jean-Pierre Proulx ?

Les lecteurs de ce carnet se rappelleront que le 8 janvier 2008 à 18 h 45 M. le professeur Jean-Pierre Proulx, auteur du rapport « Laïcité et religions: perspective nouvelle pour l'école québécoise », avait laissé le commentaire suivant :
« Vous me faites par ailleurs trop d'honneurs en me qualifiant de "père" du cours d'éthique et de culture religieuse.

Le groupe de travail que j'ai présidé de 1997 à 1999 a repris une idée qui avait déjà été proposée par le professeur Fernand Ouellet de la faculté de théologie de l'Université de Sherbrooke, spécialiste des religions des Indes au début des années 80. Son idée fut d’ailleurs mise en œuvre pendant un certain temps avec l'approbation du Comité catholique du CSE dans les années 1980. L'idée fut reprise par le Conseil supérieur de l'éducation dans un de ses avis de la décennie 1990 puis par les États généraux sur l'éducation de 1995-96. »
Qui est ce Fernand Ouellet et quels sont donc les principes qui devraient guider un cours de culture religieuse ou d'éducation à la citoyenneté (intégré désormais au cours d'histoire) selon lui ?

Selon André Couture du consortium Érudit, Fernand Ouellet est professeur à la faculté de théologie, d’éthique et de philosophie de l'Université de Sherbrooke, il est spécialiste en éducation interculturelle et y aborde diverses questions relatives à l’Inde moderne et à l’hindouisme.

Spécialiste de l'Inde et de l'hindouisme

Fernand Ouellet est un spécialiste de l'Inde et de l'hindouisme, il lit couramment l'hindi :

— Premchand, Délivrance, traduit du hindi par Fernand Ouellet, Paris-Montréal-Turin, L'Harmattan, coll. « Lettres asiatiques », 2000, 248 pp.

Premchand, Deux amies et autres nouvelles, traduit du hindi par Fernand Ouellet, Paris, L'Harmattan, coll. « Lettres asiatiques », 1996, 239 pp.

Premchand, Godan : le don d'une vache, traduit du hindi par Fernand Ouellet avec une préface de Kiran Chaudhry et une introduction d'André Couture, Paris-Montréal-Turin, L'Harmattan, coll. « Lettres asiatiques », 2006, 364 pp.

H. Daniel Smith, Inde-hindouisme, traduit de l'anglais par Fernand Ouellet, Visual Education Service, Yale Divinity cité dans Ressources sur les grandes traditions spirituelles et religieuses.

Relativisme

Fernand Ouellet a consacré plusieurs articles au relativisme, tel que l'indique son curriculum vitae, notamment :

— Relativisme, tolérance religieuse et compréhension interculturelle, Sciences religieuses 14/3, 1985, pp. 355-369.

— Pour éviter les pièges du relativisme culturel, Communication présentée au colloque Minorités ethniques : entre les particularismes et l'universalisme, 61e Congrès de l'ACFAS, Rimouski, mai 1993.

— Relativisme cognitif, croyances traditionnelles et sciences modernes, dans M.A. Hilly (dir.), Pluralité des cultures et dynamiques identitaires. Hommage à Carmel Camilleri, Paris, L’Harmattan, 1999, pp. 141-165.

— Tolleranza e Relativismo. Saggi sull’intercultura, (Traduction de F. Ouellet, Essais sur le relativisme, Québec, PUL, 2000 par Amina de Girolamo Sinna) Milano, Editioni
Unicopli, 2002.

En l’an 2000, Fernand Ouellet publiait un livre de 237 pages sur le sujet : Le relativisme et la tolérance, dont le journal de l'Université de Sherbrooke résumait ainsi le contenu :
« La question du relativisme soulève des problèmes très complexes qui recoupent plusieurs des enjeux fondamentaux à la coexistence, dans un même espace social, de plusieurs visions du monde, conceptions de la connaissance et systèmes de valeurs différents. Le débat sur ce sujet est très vif. Certains voient dans le relativisme une doctrine dangereuse; d’autres le considèrent comme un acquis important de l’anthropologie moderne. Fernand Ouellet apporte ici un éclairage nouveau en examinant trois questions centrales :
  • Le relativisme met-il sur le même pied les croyances traditionnelles et la science moderne ?
  • Le relativisme est-il une position moralement défendable, puisqu’il semble accorder la même valeur à toutes les conceptions du bien ?
  • Le relativisme culturel peut-il servir de point d’appui à un aménagement viable des relations interculturelles dans des sociétés pluriethniques et plurireligieuses ? »
On notera le style cauteleux universitaire qui procède par interrogatives.

Postmodernité

Fernand Ouellet a également publié sur la postmodernité, dont le relativisme est l’un des dogmes :

— Éduquer à la citoyenneté, à la religion et aux valeurs dans la postmodernité Communication présentée au congrès de l’Association pour la recherche interculturelle (ARIC), Alger, mai 2005, 20 pages.

— L’éducation au religieux dans les sociétés postmodernes, Communication présentée au colloque « La dimension religieuse de l’éducation interculturelle », Oslo, 6-8 juin 2004.

— Racisme, inégalités et postmodernité, 20 pp. Communication présentée au Symposium sur « La question raciale », IRFIQ, Québec, 28-30 octobre 1998.

— Racisme, inégalités sociales et postmodernité. Collectif interculturel, vol. IV, n° 2, pp. 69-87.

Pédagogie du conflit

Dans l’article intitulé « L’enseignement du fait religieux dans l’école publique ? », Fernand Ouellet commente ainsi les assertions d’un autre auteur sur les pratiques pédagogiques à privilégier dans le cadre d’un tel cours :
« Dans le contexte actuel, il ne suffit pas d’éduquer à la reconnaissance et au respect de l’autre. Il faut aussi apprendre à ébranler la « suffisance identitaire » et à s’intéresser à l’autre par delà les divergences et les conflits de valeurs :
« On saisit à partir de là les principes de ce que pourrait être une éducation à la citoyenneté et à la responsabilité. Le problème n’est pas d’inculquer telle valeur ou ensemble de valeurs plutôt que tel autre. Il est de permettre l’émergence d’un questionnement, d’une inquiétude qui arrache l’enfant ou l’adolescent au confort d’un plein et serein accord avec soi-même et de l’acceptation passive de l’altérité d’autrui : « Lui, c’est lui, moi c’est moi ». Il est donc moins de « construire une identité » que, à l’inverse, d’ébranler une identité trop massive et d’y introduire la divergence et la dissonance; il n’est pas de préparer à la coexistence et à la tolérance, mais au contraire, de mettre en scène l’incommensurable abîme qui me sépare d’autrui et m’oblige (au sens moral du terme) à m’intéresser à lui. C’est donc une « pédagogie du conflit » à la fois entre les individus mais aussi en chacun. » (p. 146)

La pédagogie du conflit que propose ici Galichet comme solution à la crise de légitimité des valeurs dans les sociétés contemporaines s’inscrit dans une conception de l’éducation à la citoyenneté où « l’enseignement des questions controversées » (Crick, 1998; Lorcerie, 2002, p.181-182) occupe une place centrale. Une approche de l’éducation à la citoyenneté apparaît particulièrement bien adaptée à la situation de tension entre plusieurs conceptions légitimes de la citoyenneté qui a été évoquée plus haut. »