dimanche 27 mars 2022

L'expérience allemande des énergies renouvelables est terminée

D'ici 2025, l'Allemagne aura dépensé 580 milliards de dollars pour produire l'électricité près de 2 fois plus chère et 10 fois plus carbonée que celle produite par la France.

La raison pour laquelle les énergies renouvelables ne peuvent pas alimenter la civilisation moderne est qu'elles n'ont jamais été conçues pour le faire.

C'est ce qu'affirmait l'essayiste Michael Shellenberger dans un texte publié il y a 2 ans.

« Gâchis en Allemagne » titrait le grand hebdomadaire Spiegel

samedi 26 mars 2022

Ukraine — vidéos en français ou sous-titrées en français

Régis Le Sommier : « Il y avait moyen d’éviter cette guerre. Même le président Zelensky est prêt à négocier sur la question du Donbass. » Oui, il est certain que les Européens sont les grands perdants de ce conflit et auraient dû faire pression sur l’Ukraine pour appliquer les accords de paix de Minsk. Mais était-ce l’intérêt des faucons de Washington ?

Témoignages de civils ayant fui Marioupol — 23 mars 2022

« Il va y avoir une crise épouvantable de la nourriture. On rentre dans une période de famine dans tous les pays du monde », de déclarer Charles Gave. Pour Charles gave, l’augmentation des prix de l’énergie en Europe (le gaz russe livré par gazoduc sur des contrats à long terme était relativement bon marché) rendra l’Europe encore moins concurrentielle. Les sanctions économiques monétaires (la saisie des réserves russes en euros et en dollar) sapent la confiance et le rôle des monnaies occidentales et donc leur domination.

Vladimir Fédorovski, ancien diplomate russe sous Gorbatchev, est un critique de Poutine. Il encense le rôle de Macron. Cnews, 26/III/2022

Civils à Marioupol : Azov nous tirait dessus, ils ont tout détruit

« C’était vraiment terrible », une habitante de Marioupol raconte les atrocités d'Azov, 23/III/2022

La bataille de Marioupol : au cœur des forces russes du Donbass (Ce reportage a failli ne jamais sortir en raison des pressions innombrables.)

Soldats ukrainiens tirent dans les jambes de soldats russes faits prisonniers. « Nous avons de bonnes raisons de croire que cette vidéo est authentique. » (http://Bild.de) Vidéo sous-titrée en français.

Comme le rapporte notamment l'agence de presse Reuters, sur ces images difficilement soutenables apparues sur les réseaux sociaux, on peut voir des prisonniers se faire tirer dans les jambes par des hommes armés. Une autre séquence montre des hommes blessés aux jambes interrogés pendant qu'ils se vident de leur sang. Les vidéos ont été très largement partagées — cumulant plus d'un million de vues sur Twitter — sans qu'il soit pour l'heure possible d'avoir plus d'informations sur leur provenance. «Ces images sont assez monstrueuses. Il est certain qu'elles doivent faire l’objet d’une évaluation juridique et que ceux qui ont pris part à ces tortures doivent être poursuivis. Et ils devraient être tenus responsables de leurs actions», a déclaré en outre Dmitri Peskov. Sans mentionner spécifiquement cette affaire, le conseiller de la présidence ukrainienne Oleksi Arestovitch avait pour sa part tenu à rappeler aux combattants de la partie ukrainienne au cours de son briefing du 27 mars que la maltraitance de prisonniers est un crime de guerre imprescriptible et non amnistiable. Il a rappelé en outre que l'Ukraine devait traiter les prisonniers conformément à la Convention de Genève et ce quel que soit les motifs personnels de ceux qui combattent.

Pour Éric Dénécé, directeur du centre français de recherche sur le renseignement : « Dans la manière dont les faits sont présentés aujourd’hui, Poutine porte tous les torts alors que les responsabilités sont très largement partagées […] notamment par les États-Unis ».

 


« Ici les maths c’est beaucoup plus facile qu’en Ukraine »

jeudi 24 mars 2022

L'école — Fabrique du crétin (suite)

Jean-Paul Brighelli, publie aujourd’hui la suite de La Fabrique du Crétin, son succès de librairie vendu à 150 000 exemplaires. L’école de la transmission des savoirs et de la formation du citoyen français n’en finit plus de mourir. Et 15 ans après le premier avertissement, la situation est encore pire.

C’est l’histoire d’un homme qui a passé quarante-cinq ans dans l’Éducation nationale et qui est en colère. En colère non pas contre son métier, ni contre ses élèves. En colère contre l’effondrement du niveau, contre la confrérie des « pédagos », contre les politiques complices qui depuis près d’un demi-siècle, enfoncent notre système scolaire dans le marécage de l’ignorance.

Dès les années 1960, le terrain est préparé. Farouche adversaire de la souveraineté nationale, père de l’Union européenne, Jean Monnet tient à faire « réécrire les programmes d’histoire, de façon à les débarrasser de tout ce qui ressemblerait à une exaltation patriotique », rappelle Brighelli. Mais c’est le 11 juillet 1975, sous la présidence de Giscard, que l’effondrement est vraiment lancé, avec la création du « collège unique ». « Une réponse à la demande du patronat et un instrument de sujétion sociale », écrira le philosophe Jacques Derrida.

Les effectifs des classes ne changeant pas, eux, l’alignement du niveau des élèves se fait par le bas. C’est très triste, mais c’est comme ça. Ajoutons à cela le regroupement familial. Les futures cohortes d’« esclaves taillables et corvéables à merci », comme les appelle Brighelli, attendent patiemment leur heure dans le ventre de leur mère. Aujourd’hui, les enfants et petits enfants de ces derniers s’abreuvent de smartphone et de jeux vidéos, utilisent la calculatrice pour faire leurs courses et n’ouvrent jamais un livre. Une cible de premier choix pour grossir le peloton des pédaleurs de Uber Eats.

La transmission appartient au passé

« Mieux vaut une tête bien faite qu’une tête bien pleine », écrivait Montaigne. Certes, encore faut-il que cette tête ne soit pas vide. Dès l’adoption du collège unique, les « pédagogistes », comme dit Brighelli, sortent de leurs tanières et s’attellent à briser la transmission verticale du savoir au profit de l’horizontalité. En juillet 1989, Lionel Jospin sacralise la parole de l’élève dans une loi, au nom de la liberté d’expression. Tandis que l’enseignant est rabaissé, mal payé et méprisé (ou bien pire), l’enfant devient un enfant roi. Or, « un roi, ça ne travaille pas », rappelle Brighelli.

À chaque gouvernement sa réforme. La vitesse du train s’accélère, le précipice approche. En mai 1999, Ségolène Royal, alors ministre déléguée chargée de l’Enseignement scolaire (ne riez pas) lance les premières « heures de vie de classe » et autres « emplâtres sur la jambe de bois du collège unique ». 2005. Cette fois c’est François Fillon, « qui ne connaissait strictement rien à l’école » souligne Brighelli, qui met en place le fameux socle de compétences au collège. Fini les notes, place aux couleurs ! « Savoir apprendre », « savoir faire », « savoir être » etc. Pour chacune de ces « compétences », les enseignants sont priés de mettre une croix dans la colonne « acquis » ou dans la colonne « en cours d’acquisition ». Les plus téméraires, au risque de passer pour des kapos auprès des parents d’élèves ou d’être mal vus par leur direction, peuvent s’aventurer à cocher la colonne « non acquis ».

Le fait que le terme de « compétence » se substitue à celui de « connaissance » est d’ailleurs un symbole fort. Dès 2015, la novlangue s’immisce dans le corps de l’Éducation nationale avant de pénétrer ses esprits : ne dites plus « dissertation », dites « expression écrite », ne dites plus « parler » ou « écrire », mais « produire des messages à l’oral et à l’écrit », ne dites plus « apprendre une langue », mais « aller de soi et de l’ici vers l’autre et l’ailleurs ». Ne dites plus « nager », mais « se déplacer de façon autonome, plus longtemps, plus vite, dans un milieu aquatique profond standardisé » etc.

Le naufrage Belkacem

En 2016, Najat Vallaud-Belkacem parachève ce grand bond en avant avec sa réforme du collège. Sous couvert d’œuvrer à la démocratisation du système scolaire, quarante ans de collège unique et de réformes n’ont fait qu’exalter les inégalités sociales, déplore Brighelli. Alors que faire ? Notre enseignant préconise, cela ne vous surprendra pas, le retour aux bonnes vieilles méthodes. Le par cœur. Apprendre des fables de La Fontaine par cœur, apprendre des passages du Cid par cœur, apprendre les tables de multiplication par cœur (pour ma part, si je suis reconnaissant envers ma professeur de quatrième de m’avoir fait réciter une partie de la tirade de Don Rodrigue à Don Fernand, le martèlement des tables de multiplication n’a jamais pris avec moi).

En histoire, donner un nouveau souffle aux héros. Brighelli rend d’ailleurs grâce à François Bayrou d’avoir, quand celui-ci était ministre de l’Éducation, mis à l’honneur « vingt-deux figures historiques » parmi lesquelles Jules César, Clovis, Charlemagne, Christophe Colomb, Léonard de Vinci, Colbert ou encore, Napoléon. À force de céder aux sensibilités de chacun — certains déboulonnent Colomb, d’autres Colbert —, chaque région ou communauté refera sa propre liste, alerte Brighelli. C’est d’ailleurs déjà le cas : « privés de transcendance, les jeunes gens se sont réfugiés là où ils en trouvaient encore une. Plus de héros ici — alors on y importe Mahomet, qui fut un chef de guerre impitoyable, un tueur sans pitié ». On ne saurait dire mieux.

De la pénétration de l’islam dans les jeunes têtes et dans les salles de classe, il est aussi question. Mais pour cela, le mieux reste de le lire. Résolument sincère, sans langue de bois aucune, Brighelli distille un peu d’humour çà et là, au détour d’une fin de phrase ou d’une parenthèse, mais c’est tout. Quand il vous arrachera un petit éclat de rire, parfois, c’est pour vous faire mieux supporter le désastre qu’il décrit dans ce second volet. Parce qu’il est très bien placé pour savoir à quel point la transmission du savoir est une affaire trop sérieuse pour être évoquée avec légèreté ? Possible. Avant d’être l’érudit Brighelli, Brighelli fut un petit Corse fils de policier et d’une secrétaire, ne l’oublions pas. On ne reste pas enseignant pendant plus de quarante ans par hasard. Quand Brighelli dit qu’enseigner est ce qui lui importe le plus dans la vie, ça peut sembler un peu étrange, mais c’est vrai. Avant de vous plonger dans le second volet de La fabrique du crétin, lisez donc cet extrait, cette confession à destination de ses élèves : « Regarder les rails, dans une banlieue sinistre, avec concupiscence — et ne pas sauter parce qu’on a rendez-vous avec trente ou trente-cinq garnements qui ne maîtrisent pas encore l’accord du participe passé avec le COD antéposé : excellente raison de survivre. Au fond, c’est moi qui vous suis redevable ». Nous aussi, nous sommes redevables à Brighelli de ne pas avoir sauté.

 Source : Causeur


La Fabrique du crétin 2
de Jean-Paul Brighelli,
publié le 24 mars 2022,
à  L’Archipel,
à Paris,
207 pages,
ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2809843972

 

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Québec — Plus de 35 % des élèves des cégeps anglophones incapables de suivre des cours en français

L’Assemblée nationale condamnera des milliers d’étudiants à l’échec sur fond de « crise sociale » si elle adopte le projet de loi 96 dans sa forme actuelle, met en garde le président de la Fédération des cégeps, Bernard Tremblay.

[Cris d’orfraie]

Il s’inquiète particulièrement des contrecoups de l’obligation de suivre « un minimum de trois cours donnés en français » imposée aux étudiants inscrits dans un cégep anglophone, qui figure dans la version amendée du projet de Loi sur la langue officielle et commune du Québec, le français. « Il y a des milliers d’étudiants qui seront dans l’incapacité d’être diplômés », déclare M. Tremblay dans un entretien avec Le Devoir mercredi.

Plus de 35 % des quelque 29 000 étudiants inscrits dans les cégeps anglophones ont une connaissance insuffisante de la langue française pour suivre des cours en français, souligne-t-il, données statistiques à l’appui.

La proportion d’étudiants ayant une connaissance insuffisante du français varie d’un programme à l’autre : 57,4 % en Techniques en soins infirmiers, ou 85,9 % en Techniques d’éducation à l’enfance, par exemple. Le projet de loi 96 a récemment été amendé sous l’impulsion du Parti libéral du Québec afin de contraindre tous les étudiants inscrits dans un programme d’études conduisant au diplôme d’études collégiales (DEC) dans un cégep anglophone, y compris ceux déclarés admissibles à l’enseignement en anglais à l’école primaire et secondaire, de suivre au moins trois cours en français autres que des cours de français, langue seconde ou des cours d’éducation physique. « Cet amendement-là a un effet catastrophique et, de toute évidence, un effet discriminatoire », souligne M. Tremblay, qui porte la voix des 48 collèges publics, dont 5 collèges anglophones, du Québec.

« L’impact [sera] majeur pour les étudiants qui ont été scolarisés en anglais au Québec et qui poursuivent leur parcours dans un cégep anglophone », poursuit-il, avant de demander : « Comment la communauté anglophone peut-elle accepter que l’on condamne de jeunes Québécois anglophones, qui ont le droit, en vertu des lois du Canada, de suivre des cours en anglais ? Comment peut-on faire en sorte que ces jeunes-là vont se retrouver dans une situation d’échec ? »

[Il semble évident que ces jeunes ont reçu une éducation lacunaire en français pour s’intégrer en français au Québec et qu’il faut que l’école primaire et secondaire anglaise forme beaucoup mieux ces jeunes privilégiés. Prochain chantier ?]

[Larmes de crocodile]

Le président de la Fédération des cégeps s’« insurge » contre l’« absence de sensibilité » des députés de l’Assemblée nationale — qui ne sont pas des spécialistes du régime d’études collégiales, relève-t-il — appuyant cette « fausse solution au problème de vitalité du français » retenue par l’auteur du projet de loi 96, Simon Jolin-Barrette, après discussion avec le PLQ. « On fait ça sous prétexte qu’on veut se donner bonne figure, donner l’impression qu’on règle le problème du français. Alors, on condamne des étudiants à l’échec. On ne peut pas se taire », lance-t-il au cours d’une entrevue téléphonique.

[Nous sommes d’accord que cette mesure est insuffisante pour vitaliser le français au Québec et qu’il faudrait aussi appliquer la loi 101 aux cégeps. À moins de considérer la francisation de tous les cégeps publics, un peu comme la Flandre belge a néerlandisé tout le réseau scolaire publique de l’école primaire à l’université. Le tout culminant par la néerlandisation complète de l’Université de Louvain en 1968.]

[Appels dilatoires devant une mesure qui n’a déjà que trop tardé] 

Bernard Tremblay presse les membres de la Commission de la culture et de l’éducation, qui examinent actuellement le projet de loi renforçant la Charte de la langue française, d’en retirer l’obligation pesant sur les étudiants des collèges anglophones de suivre trois cours en français, ou à tout le moins d’en « différer » l’entrée en vigueur afin de prendre la juste mesure de tous ses impacts, y compris sur le personnel enseignant du réseau collégial. « Prenons le temps de faire l’analyse. Peut-être que l’on constatera que la disposition est inapplicable. Si on s’est trompé, on n’aura pas mis des milliers d’étudiants en situation d’échec », souligne-t-il.

Le projet de loi 96 « va véritablement changer le visage de l’enseignement au niveau collégial », selon le ministre responsable de la Langue française, Simon Jolin-Barrette.

L’élu caquiste compte également imposer une épreuve uniforme de français aux étudiants du réseau collégial anglophone, sauf à ceux étant déclarés admissibles à l’enseignement en anglais à l’école primaire et secondaire, en plus de plafonner le nombre places dans les cégeps anglophones. Il s’est toutefois refusé à appliquer la loi 101 aux cégeps, au regret notamment du Parti québécois.

« Le problème n’est pas du côté du collégial. Le problème du français, surtout à Montréal, est dans : l’anglais, langue du travail ; l’anglais, langue d’affichage ; l’anglais, langue de l’administration. Il est un peu partout », prétend Bernard Tremblay.

[En toute logique, il faut donc s’attaquer à tous ces aspects en ne négligeant en rien l’école, car comment imposer le français au travail, par exemple, quand une grande partie des diplômés des cégeps seront incapables de travailler en français ?]

Voir aussi 

Pourquoi l’anglais intensif uniquement pour les francophones, partout ? [plutôt que du français intensif pour les anglophones au Québec ?] 

Plus du quart des étudiants au cégep échouent en orthographe. La CAQ ne propose pas d’améliorer la connaissance du français

Moldavie — 88 % des réfugiés ukrainiens choisissent le russe comme langue d’enseignement, 6 % l’ukrainien 

L’enseignement intensif de l’anglais au primaire financé à coup de dizaines de millions de dollars par Ottawa

Réaction contre l’imposition de l’année bilingue aux jeunes écoliers francophones québécois

Québec — la 6e année bilingue pas imposée aux anglophones, mais bien aux francophones et 

aux immigrants que l’on prétend franciser

L’ADQ pour que l’État impose plus d’anglais dès la première année du primaire, qu’en dit un linguiste ?

Mythe : « seuls les enfants peuvent apprendre de nouvelles langues avec un haut degré de maîtrise »

Lent déclin du français à Montréal et sa banlieue

Résultats en lecture du français très médiocres, on impose l’anglais intensif de manière « brutale »

Élèves de l’école publique à Montréal : le français perd du terrain depuis 1998 tandis que l’anglais demeure stable

mercredi 23 mars 2022

Arménie : un peuple chrétien-martyr abandonné par ses coreligionnaires occidentaux…

Cette semaine, Alexandre del Valle s’est entretenu avec Tigrane Yégavian, chercheur au Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R), membre du comité de rédaction de la revue Conflits, spécialiste du Caucase, qui vient de faire paraître un ouvrage passionnant et très instructif sur la Géopolitique de l’Arménie*, particulièrement marqué par un réalisme et une grande lucidité sur les liens entre politique interne, géopolitique et diplomatie. 


Silence dans le Haut-Karabagh – Un documentaire d’Anne-Laure Bonnel (2020)

Tigrane Yégavian nous a donné des clefs de décryptage du conflit du Haut-Karabakh, qui a sévi un an avant la guerre ukrainienne et qui s’est conclu par la victoire des agresseurs turco-azéris en novembre 2020. Il nous explique aussi les liens qui peuvent établis entre les dossiers russo-ukrainien et azéro-turco-arménien, deux conflits de l’espace post-soviétique où le rôle de la Russie demeure souvent imprévisible, comme celui de la Turquie d’Erdogan et de la dictature pétrogazière azérie, entre lesquelles les Arméniens du Caucase sont pris en tenailles, avec comme seul protecteur relatif, mais récurrent, la Russie.


Qu’avons-nous fait quand l’Arménie a été envahie par l’Azerbaïdjan ? Quand Chypre a été envahie par la Turquie ? 

 

Alexandre del Valle. — Avant d’aborder le thème du terrible conflit arménien qui a fait souvent couler du sang depuis les années 1990, sans même parler du terrible génocide des années 1896-2015, et sachant que vous établissez à plusieurs reprises des liens entre les deux théâtres dans votre livre, expliquez-nous en quoi la guerre en Ukraine va avoir un impact sur l’Arménie ?

Tigrane Yégavian. — Ayant scellé son destin à celui de la Russie, l’Arménie va se retrouver davantage fragilisée, car elle ne dispose d’aucun levier ni de moyens de diversifier ses alliances. La diplomatie arménienne a opté jusqu’à présent pour une attitude de prudence, affichant une neutralité totale afin de privilégier un règlement diplomatique. Le jour du déclenchement de la guerre (24 février 2022), on apprenait la démission du chef d’état-major de l’armée arménienne et la convocation à Moscou du ministère de la Défense. Cette guerre en Ukraine donne l’occasion à l’Azerbaïdjan de bomber le torse et de négocier des livraisons de gaz aux Européens en alternative à celui que la Russie ne livrera pas. L’Ukraine a choisi son camp, celui de l’OTAN et de la Turquie, mais aussi celui de l’Azerbaïdjan. Les Arméniens de leur côté, n’oublient pas que pendant la guerre de l’automne 2020, ce sont des bombes au phosphore « fabriquées en Ukraine » qui avaient causé des ravages auprès des soldats et des forêts de l’Artsakh…

 

Le Premier ministre arménien, Nikol Pachinian, et le président russe Vladimir Poutine ont discuté ce mercredi 16 mars du récent appel de l’Arménie aux coprésidents du groupe de Minsk de l’OSCE pour faciliter les pourparlers de paix avec l’Azerbaïdjan.

— Quid du Haut-Karabakh et de sa population arménienne après la défaite de novembre 2020 face aux forces azéries ?

— Entre 1994 et 2020 la république autoproclamée de l’Artsakh (ex-Haut-Karabagh [Karabargh est un nom turco-persan signifiant jardin noir]) avait le contrôle sur environ 11 500 km² de territoires incluant l’ancienne région autonome du Haut-Karabagh et les sept districts azerbaïdjanais qui formaient une zone tampon, une profondeur stratégique dans la perspective d’une monnaie d’échange en vue d’un règlement pacifique du conflit. Au terme de la guerre des 44 jours de l’automne 2020, les Arméniens ont dû céder la totalité des sept districts ainsi que les provinces de Hadrout et de Chouchi, bastion historique du Karabagh, aux forces azéries. Avec 2900 km² de territoires protégés par les forces russes de maintien de la paix, le Haut-Karabagh arménien se retrouve réduit à la portion congrue, il a perdu 75 % de son territoire. En dépit des nombreux défis sécuritaires causés par la nouvelle donne, malgré la politique de harcèlement des forces turco-azéries visant à vider l’Artsakh de la population arménienne, la population artsakhiote s’est maintenue, à 80 %, soit un peu plus de 100 000 habitants.

— Ceux qui accusent Pachinian et la révolution de velours à l’arménienne qui a lieu en 2018 et qui a mis à mal l’allié et protecteur d’avoir contribué à affaiblir l’Arménie, à la diviser et à décevoir Moscou et donc de favoriser l’attaque azéro-turque exagèrent-ils ?

— Il faudrait nuancer ce propos à la lumière de nos connaissances établies. La défaite militaire de l’Arménie est la suite logique d’une défaite démographique et diplomatique, car Erevan n’ayant jamais reconnu l’indépendance de l’Artsakh, s’était retrouvée complètement isolée sur ce dossier. Nikol Pachinian et son équipe ne sont nullement responsables de 20 ans d’incurie et de captation des ressources au profit d’une minorité d’oligarques prédateurs et de dirigeants qui n’ont rien fait pour enrayer l’émigration massive (1,5 million de personnes environ depuis 1991), qui a considérablement fragilisé le pays. Par contre, en aucun cas ils n’ont fait leur autocritique. Ils n’ont par exemple jamais remis en question leur incompétence et leur ignorance de la gravité des enjeux.

— La conduite de Monsieur Pachinian au cours de la guerre des 44 jours puis après le cessez-le-feu du 9 novembre relève de la psychiatrie. Comment expliquer ses mensonges au cours de la guerre et les circonstances mystérieuses de la chute de Chouchi ? Pourquoi au lieu de restituer les dépouilles de soldats arméniens à leur famille, il a préféré les laisser pourrir dans des sacs poubelles dans des morgues non de fortune ?

— Les déclarations de Nikol Pachinian en aout 2019 à Stepanakert déclarant que l’Artsakh c’est l’Arménie, ce que nul chef d’État arménien n’avait osé dire auparavant, suivi un an plus tard de ses propos sur le traité de Sèvres qui signait l’acte de mort de l’Empire ottoman en 1920, ont achevé de miner son crédit aux yeux de la communauté internationale qui s’était empressée de saluer sa « révolution de velours » de 2018, à dire vrai un « mouvement de désobéissance civique » qui a permis à l’homme fort du pays Serge Sarkissian de lui passer la « patate chaude » du Karabagh, persuadé qu’une agression azérie serait imminente. De son côté V. Poutine exècre tout pouvoir issu de la rue, mais cela ne l’empêche pas de s’accommoder avec la jeune équipe au pouvoir, malgré les signaux envoyés par ses soutiens en Arménie, issus de « l’ancien régime ». Il faut aussi relire les détails du « plan Lavrov » concocté par la diplomatie russe pour comprendre que l’issue de cette guerre était inévitable puisque les Russes n’y étaient pas opposés. Si le Premier ministre Pachinian l’avait appliqué, il aurait épargné 5000 vies et la perte de portions du territoire de l’Artsakh arménien, en plus des sept districts entourant l’enclave.

— Sachant que Moscou a vendu des armes aux Azéris dans le passé, que des intérêts lient la Russie à l’Azerbaïdjan et que la Russie a laissé les turco-azéris agresser les Arméniens du Karabakh et leur reprendre une partie de l’Artsakh, peut-on qualifier la position de la Russie vis-à-vis de son allié et protégé arménien d’ambiguë ?

— La Russie considère l’Arménie comme un vassal à qui elle a épuisé toute souveraineté en échange de la sécurité de ses frontières avec la Turquie dans le cadre d’un accord qui remonte à 1992. Mais pas à la frontière de l’Azerbaïdjan ! comme en témoigne l’inefficacité du système de sécurité collective de l’OCTS lors de l’agression par l’armée azerbaïdjanaise du territoire arménien à partir du printemps dernier. Je ne vois pas d’ambigüité si ce n’est une interrogation sur la ligne rouge fixée par le Kremlin pour empêcher que l’Arménie se retrouve rayée de la carte. Moscou qui s’inquiète à juste titre de l’entrisme turc dans le Caucase du Sud depuis 2020 fait tout pour ne pas s’aliéner l’Azerbaïdjan, pays avec lequel elle entretient des relations suivies. Les élites arméniennes sont en partie responsables de cette relation bancale. Elles se sont contentées de cet état de fait sans pouvoir desserrer l’étau russe avec des Occidentaux alignés sur un axe géostratégique allant de Washington à Islamabad en passant par Tel-Aviv, Ankara et Bakou. Erevan a perdu les leviers qu’elle pouvait compter à Moscou via une élite arménienne soviétique maîtrisant les codes du Kremlin. Erevan a manqué d’anticipation en ignorant les mutations d’un contexte géopolitique de plus en plus instable.

— Vous écrivez page 95 de votre livre que les liens unissant l’Arménie et la Russie sont résumé par 3 mots : « gaz gonds guns », pouvez-vous développer ? La partie énergétique ne vient pas à l’esprit sachant que Turcs et Occidentaux ont toujours évité l’Arménie et préféré son voisin géorgien pour les tracés de gazoducs ?

— Depuis le début de la décennie 2000 l’Arménie a cédé tout un pan de son secteur économique stratégique à la Russie. La Russie exporte son gaz et son armement à des prix préférentiels en l’échange d’une dépendance toujours plus accrue. Résultat, l’Arménie n’a pas pu diversifier ses approvisionnements énergétiques en provenance de l’Iran, pays voisin avec qui elle entretient des relations amicales. De plus les élites arméniennes ont commis l’erreur funeste de penser que se retrouver isolées des grands projets de gazoducs reliant l’Azerbaïdjan à l’Occident (Bakou Tbilissi Ceyhan), seraient compensées par l’aide de la diaspora. C’est oublier que la diplomatie ne rime pas avec le lobbying…

— Puisque l’on parle du gaz, peut — on faire un lien entre la guerre dans le Caucase et celle autour de l’Ukraine ? Quel est le jeu turc dans l’affaire ukrainienne, pour le moins ambigu ?

— Les Turcs ont des intérêts en Ukraine, plus particulièrement en Crimée où ils s’inquiètent du sort de la minorité turcophone. L’Arménie a reconnu l’annexion de la Crimée par la Fédération de Russie alors que l’Ukraine reconnaît l’intégrité territoriale de l’Azerbaïdjan.Lors de la dernière guerre du Karabagh les bombes au phosphore utilisées par les Azéris et qui ont provoqué des ravages étaient importées d’Ukraine. Comme vous le savez, Turcs et Ukrainiens ont tous deux intérêts à se rapprocher pour faire face à l’expansionnisme russe dans la mer Noire. Kiev et Ankara sont à présent liés par un partenariat géostratégique qui fait sens, dans la mesure où Erdogan qui vend ses drones bayraktar aux Ukrainiens dispose d’un levier supplémentaire sur les Russes avec qui il entretient une rivalité en Méditerranée orientale, dans le Caucase, mais aussi en Afrique.

— La Russie n’aurait-elle pas été dupée par Erdogan, vrai ennemi civilisationnel et stratégique et faux partenaire de réalpolitique ? Qu’il s’agisse du Caucase, où elle vient sur les plates-bandes russes, en Syrie du Nord, bien sûr de la Libye, sans oublier les drones turcs fabriqués ou livrés à Ukraine et qui peuvent être décisifs dans des batailles locales ?

— Ces rivalités géostratégiques sont réelles, mais ne souffrent pas l’hypothèse d’un choc de civilisation, car Russes et Turcs ne sont pas dupes sur les intentions de chacun.

Erdogan et Poutine partagent une commune détestation de l’Occident et une volonté de débloquer les voies de communication dans le Caucase. Moscou voit dans Ankara un cheval de Troie au sein de l’OTAN, d’où son empressement à lui vendre les systèmes de défense S400.

Par ailleurs, un schéma d’interdépendance lie les deux économies (tourisme, agroalimentaire, nucléaire…). La question qu’il faut se poser est jusqu’à quelle enseigne V. Poutine peut s’imposer, sachant que R. T. Erdogan a pour habitude de transgresser les lignes rouges, jouer sur la division des occidentaux et retourner un rapport de force au départ défavorable. Au Karabakh il est certain que les Russes ont eu maille à partir pour freiner l’expansionnisme turc. N’oubliez pas les Russes craignent une tentative de déstabilisation via l’instrumentalisation des quelques dizaines de millions de musulmans de Russie qui font l’objet de toutes les attentions d’Ankara.

— Dans votre ouvrage, vous prenez une distance avec la diaspora arménienne de France en montrant sa compréhension, souvent faussée, de l’Arménie souveraine, mais l’Arménie pourrait-elle survivre sans sa grande diaspora ?

— Je suis d’avis que depuis 1991 la République d’Arménie n’a pas encore jeté les bases d’une relation saine et solide avec sa Diaspora sur la base d’un partenariat gagnant-gagnant. Bien au contraire, elle a préféré se contenter d’entretenir une relation de bon voisinage, percevant celle-ci comme une vache à lait et la diaspora est coupable de n’avoir pas pu assainir le pays, mais en avait-elle les moyens seulement ? L’Arménie a été reléguée à une destination touristique, une terre de mission pour humanitaires et évangélistes de tous poils et rien ou presque n’a été entrepris pour renforcer cet État et de défendre la cause de l’Artsakh. Au lieu de cela, l’accent a été mis sur la reconnaissance internationale du génocide, sur le « tout mémoriel ».

Or, si l’Arménie ne peut compter sur un partenariat d’égal à égal avec son protecteur russe, il lui faut réinventer sa relation avec une diaspora numériquement trois fois plus importante, et dont seule une infime portion de son immense potentiel est exploitée. La tentative par le ministère de la Diaspora, mis en place en 2008, de contrôler les principales structures communautaires a échoué. La nouvelle administration à Erevan a tenté de moderniser le logiciel et impulser une nouvelle dynamique dans les relations panarméniennes. Pour l’heure elle se heurte à des contraintes budgétaires et à une méconnaissance des enjeux diasporiques.

— Quel est le destin du Haut-Karabakh ? Vous dites dans votre livre que l’Arménie va être obligée de revoir sa stratégie, réorganiser ses forces armées ; repenser sa géopolitique et augmenter son budget de défense, mais comment empêcher les Azéris de réaliser leur rêve de continuité territoriale entre l’Azerbaïdjan, le Nakhitchevan et la Turquie, vieux rêve de tous les panturquistes, sachant que ni les Russes ni les Occidentaux ne veulent envoyer des hommes mourir pour ce territoire d’ailleurs jamais reconnu légalement au niveau international et onusien ?

— Pour l’heure la République autoproclamée de l’Artsakh, réduite à sa portion congrue, survit grâce à la protection des forces russes de maintien de la paix dont le mandat s’achève en 2025. Le prix à payer est le renoncement à sa souveraineté, et l’impératif d’une politique réaliste pour contenir la politique génocidaire du régime de Bakou. Non contents de s’en prendre aux vivants, en multipliant les tirs de tireurs embusqués sur les paysans et les habitations isolées, en volant du bétail, en empoisonnant des sources d’eau, ils exercent toutes sortes de sévices et de tortures sur les prisonniers arméniens et les malheureux civils kidnappés. Les Azéris poursuivent un véritable ethnocide dans les territoires qu’ils ont pris en éliminant systématiquement toute trace du patrimoine arménien chrétien, en rasant les cimetières, les églises, détruisant les musées, les bibliothèques….

— L’avenir du Karabagh arménien est donc étroitement lié à celui de la Russie dans la mesure où l’Arménie trop faible ne peut plus être garante de son intégrité. Force est de constater que les autorités arméniennes ont « lâché » Stepanakert, depuis le cessez-le-feu aucune visite de haut rang n’a été enregistrée. Nikol Pachinian a tenu des propos qui ont suscité la polémique au sujet des frontières de l’Azerbaïdjan. Aux yeux des Arméniens de l’Artsakh le fossé se creuse avec le pouvoir d’Erevan, il y a une véritable crise de confiance.

Les Azéris poursuivent leur dessin de toujours : anéantir la présence arménienne au Karabagh et annexer le Siunik, cette bande montagneuse ultra stratégique qui relie l’Arménie à l’Iran, coupant les Azéris d’une voie de communication terrestre avec le Nakhitchevan et par ricochet la Turquie. Il faut savoir que le Siunik est un sanctuaire du nationalisme arménien qui avait pu rester sous souveraineté arménienne en 1920-1921 grâce à l’opiniâtreté d’une résistance qui avait fait ses preuves.

— Quant à la corruption endémique de l’Arménie et l’extrême division politique interne, source de grande vulnérabilité économique et militaire, les élites arméniennes ont — elles commencé à prendre conscience d’une nécessité de changement et de prise de conscience ?

— L’Arménie est hyper polarisée entre d’une part la majorité parlementaire qui détient tous les leviers de pouvoir et voue une confiance aveugle à Mr Pachinian, et de l’autre une opposition chauffée à blanc, composée de caciques de l’ancien régime qui pour toute solution prône un rapprochement avec la Russie et crie à la haute trahison en voyant le gouvernement Pachinian entamer un périlleux processus de normalisation avec la Turquie aux conséquences géopolitiques, économiques et morales plus qu’incertaines. Car à ses yeux cela marquera l’abandon des principes de la cause arménienne et la mise en orbite de l’Arménie par la Turquie.

— Enfin, quel message d’espoir pourriez-vous donner aux Arméniens de France et d’ailleurs, qui ont été bouleversés par la défaite de l’automne 2020 ? Que leur salut réside dans leur esprit collectif (à l’état embryonnaire), leur maturité, leur réalisme politique et leur sens de l’État. Jamais l’Arménie n’a eu autant besoin de la diaspora et vice versa. Contrairement aux Kurdes, aux Assyro-chaldéens, il existe un Eta arménien avec tous ses défauts et toutes ses faiblesses.

Le redressement de l’Arménie, est possible à condition que la diaspora s’investisse à la fois économiquement, mais aussi et surtout au plan politique. Car il n’existe pas pour l’heure de troisième voie entre les « nouveaux » et les « anciens ». La démocratie arménienne a grand besoin du sang neuf des élites de la diaspora nourries par une autre culture politique. C’est là une opportunité historique que de faire le saut mental nécessaire et dépasser les barrières psychologiques, les mythes qui polluent la relation entre ces deux pans du monde arménien. Les Arméniens sont des bâtisseurs, partout où ils passent, ils laissent des traces. La diaspora doit changer de paradigme dans sa relation à l’Arménie et prendre conscience à quel point il est nécessaire de construire cet État, l’Arménie n’a pas d’alliés, la Russie étant un suzerain qui confond la protection avec le proxénétisme, elle, ne peut compter que sur elle-même. L’heure est venue de réinvestir en une Arménie libre et renforcée par le génie de sa diaspora.

Source : Alexandre Del Valle, ATLANTICO. 14 mars 2022

*Tigrane Yégavian, Géopolitique de l’Arménie, Éditions Biblimonde, Préface de Gérard Challiand, Paris, 2022.

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La dimension démographique de la défaite de l'Arménie face à l'Azerbaïdjan

mardi 22 mars 2022

Jacques Baud : « Les Américains ont instrumentalisé l'Ukraine de façon perverse. »

Entretien avec Jacques Baud, ex-membre du renseignement stratégique suisse, il a été partie prenante des négociations après la chute de l’URSS et a suivi de près la révolution de Maïdan en 2014, il est l’auteur de Poutine, maître du jeu ? aux éditions Max Milo.


Vladimir Poutine est-il devenu le maitre du jeu ? Pourquoi et comment le Président russe a décidé d’attaquer l’Ukraine ? A-t-il cherché à empêcher l’Ukraine de s’associer à l’Europe ? Cherche-t-il à reconstituer l’URSS ? L’OTAN a-t-elle promis de ne pas s’étendre vers l’Est après 1990 ?

En s’appuyant sur les dossiers des services de renseignement et les rapports officiels, Jacques Baud passe ainsi en revue les événements de l’histoire récente de la Russie, qui ont conduit à la guerre avec l’Ukraine ; il analyse les différents contentieux entre l’Occident et la Russie, et éclaire sur le rôle que joue aujourd’hui Poutine sur la scène internationale.

L’ouvrage se présente sous forme de questions rattachées à l’actualité, qui facilitent l’accès à une explication équilibrée des événements et jette sur eux une lumière parfois très différente de celle propagée par les médias.

Jacques Baud est un ex-membre du renseignement stratégique suisse, spécialiste des pays de l’Est et chef de la doctrine des opérations de la paix des Nations Unies. Il a été engagé dans des négociations avec les plus hauts responsables militaires et du renseignement russes juste après la chute de l’URSS. Au sein de l’OTAN, Il a participé à des programmes en Ukraine et notamment lors de la révolution de Maïdan en 2014. Il est l’auteur de plusieurs livres sur le renseignement, la guerre et le terrorisme, et en particulier Gouverner par les fake news et L’affaire Navalny, aux éditions Max Milo.

Poutine, maître du jeu ?
de Jacques Baud
publié le 16 mars 2022
chez Max Milo
à Chevilly Larue (France)
304 pages
ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2315010264

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Vidéo sur l'histoire de l'Ukraine (et de la Russie)

dimanche 20 mars 2022

Histoire — 21 mars 1921 instauration de la Nouvelle politique économique

12 mars 1921, alors que la Russie meurt de faim et que les révoltent grondent, Lénine rompt avec le communisme de guerre et cède un peu de liberté aux paysans, aux commerçants et aux entrepreneurs en lançant sa « Nouvelle Politique Économique ». Explications.

Situation en 1921

À la fin de la guerre civile, les bolcheviks contrôlaient les villes russes, mais 80 % de la population russe étaient des paysans. Bien que presque tous les combats aient eu lieu en dehors des zones urbaines, la population urbaine avait considérablement diminué. La guerre avait perturbé les transports (en particulier les chemins de fer) et les services publics de base. Les maladies infectieuses prospèrent, en particulier le typhus. Les expéditions de nourriture et de carburant par chemin de fer et par les voies navigables avaient considérablement diminué. 

Les habitants de la ville ont d'abord connu une pénurie de mazout, puis de charbon, jusqu'à ce qu'ils aient recours au bois. La population des villes du Nord (en dehors des capitales) avaient diminué en moyenne de 24 % par rapport à 1917. Les villes du nord recevaient moins de nourriture que les villes du sud agricole. Petrograd a perdu à elle seule 850 000 personnes, soit la moitié du déclin de la population urbaine pendant la guerre civile. La faim et les mauvaises conditions ont chassé les habitants des villes. 

Les travailleurs ont migré vers le sud pour se rapprocher des paysans et de leurs surplus alimentaires. Les habitants qui s'étaient établis récemment dans les villes sont repartis à la campagne où ils avaient encore de la famille. Les travailleurs urbains formaient le noyau du soutien bolchevique, de sorte que l'exode posait un sérieux problème. La production en usine a été fortement ralentie ou arrêtée. Les usines manquaient de 30 000 ouvriers en 1919. Pour survivre, les citadins vendaient des objets de valeur personnels, fabriquaient des objets artisanaux à vendre ou à troquer et cultivaient des potagers. La pénurie aiguë de nourriture les a poussés à obtenir 50 à 60% de la nourriture au marché noir. Le manque de liquidités a poussé au troc, système largement inefficace. La sécheresse et le gel ont conduit à la famine russe de 1921, au cours de laquelle des millions de personnes sont mortes de faim, en particulier dans la région de la Volga, et le soutien urbain au parti bolchevique s'est érodé.  Les ouvriers ont organisé des manifestations contre la politique de rationnement du Parti bolchevique qui attribuait les rations en priorité à l'Armée rouge, aux membres du Parti et aux étudiants. La rébellion des soldats et des marins de Cronstadt éclate en mars 1921, alimentée par l'anarchisme et le populisme. En 1921, Lénine a remplacé la politique de réquisition alimentaire par une taxe, marquant l'inauguration de la nouvelle politique économique. 

La nouvelle politique économique

La NEP restaura une certaine propriété privée dans certains domaines de l’économie, surtout l’agriculture. Elle remplaça la politique du « communisme de guerre ». En 1921, les niveaux économiques étaient inférieurs aux niveaux d’avant la Première Guerre mondiale. La production de cuivre par exemple, le secteur le plus touché, était à 1,7 % de son niveau d’avant-guerre. Les industries nationalisées reçurent plus d’autonomie. Un système de marché fut introduit dans l’agriculture.

Pour expliquer la NEP, Lénine se réfère au fait que la Russie était encore une nation essentiellement agraire, avec une population urbaine très réduite et une base industrielle faible. Elle ne satisfaisait donc pas les critères économiques nécessaires pour le socialisme. Lénine justifia ultérieurement l’introduction de la NEP en déclarant que les piliers de l’industrie, c’est-à-dire les grandes usines productrices de charbon, fer, électricité, etc., seraient encore sous contrôle de l’État. La NEP amoindrit les restrictions commerciales et tenta de rétablir des alliances avec les pays étrangers.

Les paysans furent autorisés à louer de la force de travail.

Bilan de la NEP

La production agricole augmenta fortement. Au lieu de la réquisition des surplus agricoles sans compensation par le gouvernement, les fermiers pouvaient désormais vendre leurs excédents, et donc être incités à produire plus de grains. Cette incitation couplée avec la fin des domaines semi-féodaux permit à la production agricole d’atteindre les niveaux d’avant la Révolution et de les dépasser. Alors que le secteur agricole devenait de plus en plus dépendant des petites fermes familiales, les industries lourdes, les banques et les institutions financières restaient détenues et gérées par l’État.

Cependant, comme le gouvernement soviétique ne mena pas une politique d’industrialisation à la même vitesse que le développement de la partie libéralisée de l'économie, cela créa un déséquilibre dans l’économie où le secteur agricole croissait beaucoup plus vite que l’industrie lourde.