lundi 23 février 2015

Ontario — Théorie du genre dans le nouveau programme d'éducation sexuelle

Le gouvernement de l’Ontario, dirigé par Kathleen Wynne (qui se revendique ouvertement comme lesbienne), a présenté son nouveau programme d’éducation sexuelle. Il introduit les enfants à la théorie du genre dès la 3e année du primaire (9 ans).

Face à la pression de groupes conservateurs, les libéraux ontariens avaient annulé, en 2010, la mise à jour du programme d’éducation sexuelle de la province. Cela signifie que le curriculum n’a pas évolué depuis 1998, soit bien avant l’arrivée des médias sociaux, des téléphones intelligents et de pratiques telles que le sextage. C’est là le prétexte de la mise à jour. Bien évidemment personne n’est contre le fait que l’on dise aux enfants de ne pas envoyer de photos compromettantes sur Internet par exemple. Mais cette révision du programme s’accompagne également d’une introduction à une théorie (présentée ici comme un fait) : la théorie du genre selon laquelle l’identité sexuelle est une construction sociale sans rapport avec la biologie et que les élèves peuvent la construire à leur gré et en changer. Évidemment, le programme présente également toutes les « orientations sexuelles » comme dignes d’un même respect. Que se passera-t-il en classe si un jeune enfant réprouve l’homosexualité ? Il faut comprendre qu’on le corrigera, même si cette réprobation est ancrée dans les préceptes de la religion de ses parents.

Mais laissons le nouveau programme définir cette « identité de genre » :

« L’identité de genre fait référence au sentiment d’appartenance d’une personne à l’un ou l’autre des deux sexes, homme ou femme, et peut différer du sexe biologique. L’identité de genre et l’orientation sexuelle sont deux choses distinctes, et la première ne détermine en rien la deuxième. L’orientation sexuelle fait référence à l’attirance sexuelle ou romantique qu’une personne éprouve envers les personnes du même sexe, du sexe opposé ou des deux sexes. L’expression sexuelle fait référence à la façon dont une personne affirme son identité de genre (selon la répartition traditionnelle des rôles entre les sexes), que ce soit par ses agissements, ses vêtements ou ses comportements. L’identité de genre, l’expression sexuelle et l’orientation sexuelle sont liées à la façon dont une personne se perçoit et à ses interactions avec les autres. Comprendre et accepter notre identité de genre et notre orientation sexuelle peut avoir de grandes répercussions – positives ou négatives – sur notre image de soi. »

Ces différentes questions d’identité de genre, d’orientation sexuelle seront à plusieurs reprises au primaire.

En 3e année du primaire :


En 5e :



En 6e :



Un point de vue catholique sur l'idéologie du genre avec Tony Anatrella :




Voir aussi

Ontario — Ministre de l’éducation : les écoles catholiques devront enseigner le nouveau programme d’éducation sexuelle

Ontario — L’Archevêque d'Ottawa critique le projet d'éducation sexuelle : une « confiscation de l'autorité parentale »

Ex-sous-ministre responsable pour l’élaboration du programme d’éducation sexuelle au primaire accusé de pornographie juvénile (il a depuis lors déclaré qu'il plaidera coupable le 3 mars).

Un enseignement de la sexualité dès la maternelle

Théorie du genre, le nouveau puritanisme

La théorie du genre : la réduction de l'altérité et la rééducation des enfants

Le paradoxe de l'égalité entre les sexes c. la théorie du genre

L'affaire Bruce/Brenda/David Reimer c. la théorie du genre

La théorie du genre imposée à tous en Europe par l'État : « s'appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités »


« Au tour du PQ de restreindre la liberté d’expression » et d'opinion...

Libre opinion d’Éric Lanthier :

« Après la Coalition Avenir Québec (CAQ) c’est au tour du Parti Québécois (PQ) de vouloir restreindre la liberté d’expression des groupes religieux. Encore une fois, nos politiciens visent la mauvaise cible.

Récemment, la CAQ voulait retirer les lettres patentes, les certificats d’occupation et les exemptions de taxes des organismes religieux qui contredisent leur vision de l’égalité homme-femme et de la pratique homosexuelle. La semaine dernière, c’était au Parti Québécois de vouloir limiter la liberté des organismes religieux en les étiquetant d’intégristes.

Effectivement, le Parti Québécois croit que tout débat sur l’égalité homme-femme et sur la pratique homosexuelle doit se limiter à sa vision du monde. À défaut, un organisme religieux qui diffère de son opinion serait identifié comme un mouvement intégriste. C’est essentiellement ce qu’on retrouve dans cette motion déposée à l’Assemblée nationale par le PQ, mercredi dernier à 15 h 04 :

« Que l’Assemblée nationale affirme, à l’instar du rapport Bouchard-Taylor, que l’intégrisme est une interprétation littérale et monolithique des religions, en vertu de laquelle ces dernières acquièrent une préséance absolue sur les autres considérations sociales, politiques, scientifiques, et qui conduit à rejeter toute évolution1 :

«Qu’elle déclare que l’intégrisme religieux s’exprime le plus souvent par une atteinte au principe fondamental d’égalité entre les femmes et les hommes ainsi qu’aux droits fondamentaux des personnes homosexuelles ;

«Qu’elle soutienne que la pratique de l’intégrisme religieux a des impacts sur la collectivité et qu’elle ne peut se résumer à l’expression d’un choix personnel ;

«Enfin, qu’elle rappelle l’urgence de documenter ce phénomène par un observatoire de l’intégrisme religieux.»
Le PQ veut non seulement se limiter à assimiler le discours des groupes religieux à sa vision du monde ; il veut par surcroît, coller l’étiquette d’intégriste sur le front de ceux qui diffèrent de sa perspective sociale. Quoiqu’en matière de conséquences, la CAQ n’y aille pas avec le dos de la cuillère, le PQ exprime sa sévérité par les mots qu’il utilise. L’ex-parti de René Lévesque n’y va pas de main morte en qualifiant d’intégrisme religieux ceux qui divergent de sa perspective sociale.

Ainsi donc, le PQ et la CAQ visent la mauvaise cible. Ils se servent du ras-le-bol populaire pour s’en prendre à notre liberté d’expression. Cette motion ne contribue en rien au renforcement de la sécurité publique. Au contraire, elle démontre aux terroristes qu’au Québec on ne se préoccupe vraisemblablement pas d’eux. En visant volontairement la mauvaise cible, le PQ, tout comme la CAQ, préfère l’opportunisme à la sécurité publique.

Les Québécois ont besoin d’un gouvernement qui cerne les vrais enjeux et qui prend les moyens pour remédier aux vrais problèmes. Les honnêtes citoyens qui visent le bien commun n’ont pas besoin de muselière. Certes non ! Ce sont les gens odieux, haineux et sans scrupule qui doivent être privés de liberté et non le contraire. C’est envers eux que l’État doit sévir. À défaut, les intégristes associés au terrorisme vont poursuivre aisément leur déplorable mission.

Dans une société civile et civilisée, on se doit de primer la civilité et non de la brimer. Si le PQ et la CAQ pouvaient comprendre cela, notre démocratie s’en porterait beaucoup mieux. À nous, concitoyens, d’être vigilants, spécialement le jour du scrutin. »

Comme prévu, prenant prétexte de la lutte contre l’intégrisme violent (musulman dans l’actualité), les laïcistes qui se disent progressistes en profitent pour limiter la liberté de tous les Québécois trop conservateurs à leurs yeux. Tout comme ces laïcistes urbains ont profité de l’immigration et de la diversité censée être enrichissante pour restreindre le choix de cours de morale et de religion et imposer un seul cours d’éthique et de culture religieuse (pour assurer le « vivre ensemble ») et imposer leur vision des religions et de leurs relations (toutes finalement bonnes pour autant qu’elles ne soient pas « intégristes », qu’on n’y croit donc pas trop).




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La Cour suprême du Canada : décideur politique de l'année 2014




Sommaire de l'étude de  l’Institut de politiques publiques Macdonald-Laurier :

Chaque année, l’Institut de politiques publiques Macdonald-Laurier désigne le « Décideur de l’année ». Parmi les précédents élus figurent le précédent gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, et le ministre des Affaires étrangères, John Baird, qui ont tous deux joué un rôle exceptionnel, le premier sur le maintien de la stabilité économique au pays et le deuxième sur notre renommée internationale.

Si les personnes occupant de telles positions exercent un pouvoir incontestable, on peut néanmoins avancer qu’une entité rarement reconnue pour son influence sur la politique publique canadienne a réellement influé sur elle de façon étendue et durable l’an dernier : il s’agit de la Cour suprême du Canada.

Cette étude (en anglais) examine la portée et les conséquences sur la politique publique des dix arrêts les plus importants de la Cour suprême depuis 12 mois sur des questions allant de la réforme du Sénat à la contestation des lois canadiennes sur la prostitution dans l’affaire Bedford, en passant par la reconnaissance du titre ancestral revendiqué par la Première Nation Tsilhqot’in en Colombie-Britannique.

Cette analyse arrive à un moment où les chroniqueurs caractérisent les décisions de la Haute Cour comme une série ininterrompue d’« échecs » pour le gouvernement fédéral. Que démontrent les faits en réalité?

  • Les incidences dans les domaines politique et juridique des décisions de la Cour suprême l’an dernier sont importantes et vraisemblablement durables;
  • La Cour suprême du Canada est une institution remarquablement unie au sein de laquelle les décisions prises de manière consensuelle sur des dossiers importants sont la norme et les opinions dissidentes sont rares; et
  • Le gouvernement fédéral présente en effet un bilan catastrophique, ayant subi un revers dans pratiquement toutes les causes importantes et n’ayant remporté une victoire sûre que pour seulement l’une des dix.
Au cours de la dernière année, la Cour a effectivement reporté sine die la réforme du Sénat qui était à l’ordre du jour et torpillé avec une grande efficacité à la fois le programme de réforme du Sénat du gouvernement conservateur et l’engagement de l’opposition néo-démocrate visant à l’abolir. La Cour a invalidé une grande partie de la législation sur la prostitution au Canada, ce qui oblige le gouvernement actuel à réécrire la loi.

Elle a changé complètement la donne en ce qui concerne les droits des Autochtones dans certaines régions du Canada, s’est prononcée sur les méthodes utilisées pour combattre le crime et le terrorisme et a remis en question la façon dont les futures nominations à la Cour du Québec seront effectuées. On aurait bien du mal à trouver un autre acteur au Canada qui a eu un impact plus important sur un tel éventail de questions cette dernière année. Notre « Décideur de l’année » est donc bien choisi. La Cour suprême, sans doute, résisterait à porter une telle étiquette en faisant valoir qu’elle ne fait qu’appliquer la loi dans le cadre de son mandat constitutionnel. Mais l’impact sur la politique de ses décisions récentes est indiscutable.





Voir aussi :

La Cour suprême bien partie pour remporter le prix 2015 : Suicide assisté : décision disproportionnée de la Cour suprême dans ses effets prévisibles et potentiels ?

Suicide assisté : décision disproportionnée de la Cour suprême dans ses effets prévisibles et potentiels ?

L’Institut Macdonald-Laurier a décerné à la Cour suprême du Canada le prix du Décideur politique de l’année 2014. Ce prix était bien mérité.

La Cour suprême du Canada est bien partie pour l’emporter une nouvelle fois en 2015 alors qu’elle a récemment rendu sa décision Carter c. Canada (Procureur général) rendant le suicide assisté légal au Canada (dans un an), en dépit de l’opinion divergente du Parlement. Cette même question avait été soulevée au Parlement à neuf (9) reprises depuis 1993. Elle a fait l’objet de six (6) votes séparés qui confirmèrent tous la loi contre le suicide assisté. Ces décisions ont été prises avec l’appui de tous les partis politiques.

Mais la Cour suprême du Canada ne semble guère se soucier de l’avis d’un Parlement démocratiquement élu, censé représenter l’opinion de la population. Les juges estiment clairement qu’ils savent mieux ce qui est dans l’intérêt du public.

Selon cette décision (plus de détails ci-dessous), il suffit pour qu’un docteur vous tue que vous y consentiez et que vous soyez affecté de problèmes de santé graves et irrémédiables (y compris une affection, une maladie ou un handicap) qui vous causent, selon vous, des souffrances persistantes et intolérables.

Dans un sens, la Cour s’est bornée à décider si l’interdiction absolue opposée au suicide assisté — la norme dans tous les pays à l’exception d’une poignée d’entre eux et cela à travers l’histoire — n’entravait pas la liberté d’adultes sains d’esprit qui avait choisi librement de mettre fin à leur vie ou plutôt de ceux qui demandait l’aide d’un tiers pour y mettre fin — distinction cruciale dont le plus haut tribunal ne s’embarrasse désormais plus. Donc il s’agissait de déterminer si cette interdiction qui entravait cette liberté en cherchant à protéger des Canadiens vulnérables contre les abus était disproportionnée. Les juges de la Cour suprême ont décidé que la loi en l’état empiétait sur le droit à « la vie [sic], à la liberté et à la sécurité de la personne » et que cet empiètement ne pourrait plus être justifié en vertu de l’article 1 de la Charte portant sur les « limites raisonnables » que l’on peut opposer aux droits des Canadiens.

Malheureusement, on est en droit de se demander si, justement, la décision du tribunal suprême de la confédération n’est pas disproportionnée dans ses effets prévisibles et potentiels.

La Cour omet de considérer les infirmières, les pasteurs, les éducateurs

L’arrêt de la Cour est particulièrement troublant quand il déclare que : « Rien dans cette déclaration ne contraindrait les médecins à dispenser [sic : offrir] une aide médicale à mourir. » Combien de temps faudra-t-il avant que de futures décisions de la Cour suprême du Canada ne modifient cette déclaration maintenant que le suicide assisté est « un droit » ? Mais qu’en est-il des droits des autres membres du personnel médical comme les infirmières ou les psychologues ? Qu’en est-il des droits des aumôniers hospitaliers, des ambulanciers qui doivent se déplacer pour une tentative de suicide ? Et que dire des enseignants, des prêtres et des pasteurs ? Seront-ils inquiétés ou sanctionnés s’ils venaient à essayer de dissuader quelqu’un de mettre fin à leur vie ou s’ils cherchaient à dissuader un médecin de prêter main à un suicide ?

Effets sur lien de confiance entre médecins et patients ?

La Cour ne se penche pas plus sur l’effet de sa décision sur le lien de confiance des patients envers les médecins, lien qui pourrait être mis à mal. Alors qu’hier les médecins n’étaient là que pour faire faire vivre, demain, ils pourront administrer la mort. Cette confusion des rôles est-elle bonne ? Pas d’analyse sur le sujet.

Pressions morales sur les patients pour en finir « dignement » ?
Dérive belge à prévoir ?


Que faut-il penser des pressions morales qui s’exerceront sur les vieux et les invalides dont la vie ne sera plus « digne » et qui coûte si cher à l’État ? Pourquoi l’État investirait-il massivement dans les soins palliatifs coûteux alors que d’autres choix respectueux de la « qualité de la vie » existeront, des choix nettement moins dispendieux ? Oui, oui, la « qualité de la vie » c’est bien l’argument qu’utilise la Cour suprême quand il invoque l’article 7 de la Charte. Nous y reviendrons.

Ce jugement réduira la pression politique sur l'offre généralisée de soins palliatifs, soins sur lesquels tous s’accordent, mais qui coûtent tellement cher alors que la population vieillit rapidement. Il se pourrait bien que les gens n'aient plus le choix de soins palliatifs.

Décision peu surprenante

De toute évidence, le tribunal n’a pas réfléchi aux conséquences de sa décision qui n’était pas surprenante étant donné la composition de la Cour (la juge en chef actuelle était déjà pour le droit au suicide assisté dans l’affaire Rodriguez en 1993 alors qu’elle était en minorité) et quand on considère l’air du temps, le zeitgeist.

Décision peu surprenante enfin car, comme le rappelle l'Institut Macdonald-Laurier, « la Cour suprême du Canada est une institution remarquablement unie au sein de laquelle les décisions prises de manière consensuelle sur des dossiers importants sont la norme et les opinions dissidentes sont rares. »

Deux fois plus de pages sur les dépens que sur les conséquences sociales

Le peu de réflexion de la Cour suprême du Canada quant aux conséquences sociales se mesure d’ailleurs facilement : le plus haut tribunal du pays passe ainsi deux fois plus de pages dans l’arrêt Carter c. Canada à se pencher sur la question de savoir à qui attribuer les dépens qu’aux implications pratiques et philosophiques de sa décision. Six pages portent sur les dépens ; trois pages sur les conséquences de cette décision…

Exceptionnalisme canadien

Il est d’ailleurs intéressant de voir que, lorsque la Cour ose se pencher sur les effets potentiels de sa décision et qu’on lui présente un « nouvel élément de preuve », elle l’écarte du revers de la main. En effet, le point de vue de la Cour suprême sur l’expérience belge, où l’euthanasie est légale depuis plus d’une décennie, était pour le moins étonnant.

Le professeur Étienne Montero, un professeur en bioéthique et un expert sur la pratique de l’euthanasie en Belgique a pu déposer un rapport. Il y affirmait que les garanties offertes étaient faibles et qu’il y avait eu de nombreux abus en Belgique. Sans contester ces constats, la Cour a déclaré que l’expérience en Belgique n’était pas pertinente en raison des nombreuses différences culturelles (!) entre les deux pays. Et hop !, la Cour suprême déclare son exceptionnalisme culturel, mais elle n’hésite pas en d'autres cas à utiliser les expériences dans d’autres pays. Selon les besoins de la cause ? [Voir Use of Foreign Precedents by the Supreme Court of Canada: a Cosmopolitan Approach Towards Protection of Fundamental Rights dans Use of foreign precedents by constitutional judges, Hart Publishing, 2013.]

Critères vagues et subjectifs

Il est clair à la lecture de l’arrêt que « les souffrances persistantes » qui permettent de requérir l’aide d’un tiers pour qu’il vous tue (avec votre consentement, bien sûr) ne sont pas limitées aux douleurs physiques, mais comprennent également les souffrances psychologiques. Non seulement s’agit-il là d’un concept vague, mais cette souffrance est-elle purement subjective (« qui lui sont intolérables au regard de sa condition »).

Ajoutons également que les termes « problèmes de santé graves et irrémédiables » — l’autre critère retenu par le tribunal pour exercer ce droit à un suicide assisté — ne signifient pas que la mort doive être proche ou même probable. Il suffit de souffrir d’un problème de santé incurable ; il ne doit même pas être mortel.

Qu’est-ce qui empêchera une personne souffrant de dépression chronique, mais incapable pour une raison quelconque — la lâcheté, peut-être — de se tuer, de demander à quelqu’un de le faire pour lui ? Rien apparemment. Une personne souffrant de dépression — intolérable à ses yeux — se verra-t-elle refuser le droit à un suicide assisté alors qu’elle y consent clairement ? Pour quelles raisons ?

En effet, sur quelle base pourrait-on restreindre ce droit ? Une fois qu’on adopte l’idée du suicide non plus comme une tragédie qu’il faut à tout prix éviter, mais comme un droit que la société se doit de respecter ; dès qu’ôter la vie n’est plus un crime, mais un soin — « la mort médicalement assistée » — qui doit être fourni aux frais du contribuable ; dès qu’on franchit ces limites philosophiques et juridiques, comment peut-on s’arrêter aux cas médiatiques et extrêmes qui ont suscité l’émoi initial ?

Un jour, quelqu’un va porter une affaire devant un tribunal en faisant valoir que les enfants atteints d’une maladie incurable et souffrant de douleurs « intolérables » devraient également avoir le droit au suicide assisté, peut-être avec le consentement de leurs parents. Comment la Cour pourra-t-elle condamner ces enfants à endurer des années de souffrances atroces jusqu’à ce qu’ils soient majeurs ? De même, la Cour suprême sera-t-elle vraiment prête à laisser souffrir abominablement des personnes mentalement incompétentes qui, avec la signature d’un tuteur légal, pourraient être « libérées » ? Enfin, si l’autonomie personnelle est le critère suprême, pourquoi « des problèmes de santé graves et irrémédiables » sont-ils nécessaires ? Ne suffit-il pas de vouloir mourir et que vous ayez besoin d’assistance ?

À ce moment-là, la Cour sera prise, impuissante, dans les rets de sa propre logique. Et d’ici là, nous serons tous dans le même pétrin.

Opinion fondée sur la jurisprudence ou sur les préjugés des juges ?

En outre, on est en droit de se demander si la décision sur le suicide assisté est fondée sur le droit et la jurisprudence ou si elle ne l’est pas plutôt sur l’opinion personnelle des juges de la Cour suprême. Les mêmes arguments utilisés par la Cour suprême de 2015 avaient déjà servi en 1993 dans l’affaire Rodriguez. Ces arguments avaient été rejetés par la Cour suprême d'alors. La juge en chef actuelle avait alors été dans la minorité. La chose avait donc déjà été jugée. Et quand un nouvel élément de preuve est fourni, le rapport du professeur Montero, il est écarté, comme nous l’avons vu, par un genre d’exceptionnalisme canadien fort opportun pour les juges.

Le droit à la vie comme base du suicide assisté…

L’arrêt Carter c. Canada se fonde sur l’article 7 de la Charte canadienne :
« L’alinéa 241 b) et l’art. 14 du Code criminel portent atteinte de manière injustifiée à l’art. 7 de la Charte et sont inopérants dans la mesure où ils prohibent l’aide d’un médecin pour mourir à une personne adulte capable qui (1) consent clairement à mettre fin à sa vie ; et qui (2) est affectée de problèmes de santé graves et irrémédiables (y compris une affection, une maladie ou un handicap) lui causant des souffrances persistantes qui lui sont intolérables au regard de sa condition. »
Mais que dit cet article 7 ?

« Chacun a droit à la vie, à la liberté et à la sécurité de sa personne ; il ne peut être porté atteinte à ce droit qu’en conformité avec les principes de justice fondamentale. »

Arrêt Perry c. Royaume-Uni (2003)

On se sert donc du droit à la vie pour justifier le droit au suicide assisté… Ce qui est pour le moins paradoxal. La Cour européenne des droits de l’homme dans l’affaire Perry c. Royaume-Uni (2003) avait eu à juger d’une affaire similaire qui faisait également appel à un droit à la vie (article 2 de la Convention européenne des droits de l’homme) pour justifier le droit au suicide assisté. Voici ce qu’en dit la Cour européenne :
« 5. […] Un article ayant pareil objet ne peut s’interpréter comme conférant un droit à mourir ou à obtenir le concours d’autrui pour mettre fin à sa propre vie. Dans la thèse développée par lui pour le compte de Mme Pretty, M. Havers QC s’est efforcé de limiter son argument au suicide assisté, admettant que le droit revendiqué ne peut aller jusqu’à couvrir l’homicide volontaire consensuel (souvent qualifié dans ce contexte d’“euthanasie volontaire”, mais considéré en droit anglais comme un meurtre). Le droit revendiqué serait suffisant pour couvrir l’affaire de Mme Pretty, et l’on comprend que le conseil de l’intéressée ne souhaite pas aller plus loin. Mais rien sur le plan de la logique ne justifie que l’on trace pareille ligne de démarcation. Si l’article 2 confère bel et bien un droit à l’autodétermination en rapport avec la vie et la mort et si une personne est à ce point handicapée qu’elle se trouve dans l’impossibilité d’accomplir quelque acte que ce soit de nature à provoquer sa propre mort, il s’ensuit nécessairement, en bonne logique, que cette personne a un droit à être tuée par un tiers sans assistance aucune de sa part et que l’État viole la Convention s’il s’immisce dans l’exercice de ce droit. Il n’est toutefois pas possible d’inférer pareil droit d’un article ayant l’objet décrit ci-dessus. »

Changer ses règles d’analyse pour pouvoir ignorer la jurisprudence ?

Mais voilà les juges canadiens ne s’arrêtent pas à ces détails, ils ont trouvé que leurs règles d’analyse quant à la portée excessive (ou non) d’une décision avaient changé et donc qu’ils pouvaient revenir sur la cause Rodriguez... Il suffisait d’y penser : la nouvelle Cour suprême change les règles d'analyse et revoit ensuite les décisions qui lui déplaisent. Jean Giraudoux ne faisait-il pas déjà remarquer que « Le droit est la plus puissante des écoles de l’imagination. Jamais poète n’a interprété la nature aussi librement qu’un juriste la réalité. » ?

La Cour a déclaré dans ce cas que tout ce qui est nécessaire pour changer les précédentes décisions juridiques, c’est qu’elles découvrent qu’il faut soulever de nouvelles questions juridiques, qu’elles arrivent à une nouvelle méthode d’analyse et qu’il y ait, selon elle, un changement de circonstances qui déplaceraient les paramètres du débat. Ces conditions donnent à coup sûr à la Cour suprême du Canada une grande marge de manœuvre pour décider de toute future affaire qui lui plaira et continuer à dicter à l’exécutif et au législatif le cadre des futures lois.

La Cour suprême est décidément bien partie pour encore remporter le Prix du décideur politique de l’année, cette fois-ci pour 2015.






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samedi 21 février 2015

Les écoles indépendantes en France


Reportage sur des écoles indépendantes en France (nettement plus libres que les écoles privées du Québec) :





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Mise à jour — Conservatisme en France : Zemmour, les veilleurs et la Manif pour tous, et les scouts en demande

Mise à jour

Décryptage d’une partie de ce reportage (amalgame, bande sonore, plans de coupe tendancieux, techniques de montage, voix hors-champ, faux chiffres) :



Éric Zemmour dit dans le reportage qu’il y aurait 5 millions d’étrangers [en fait d’immigrés] en France et que leurs enfants représentaient 7 millions, en tout douze millions. Le journaliste de France 2 corrige (il est là pour cela) : il y aurait trois fois moins d’étrangers que ce que Zemmour aurait affirmé : moins de 4 millions... Le journaliste ne sait-il pas que dans les 12 millions mentionnés, il y avait 7 millions d’enfants d’immigrés nés en France qui ne sont pas étrangers ?

Il y a en fait 5,34 millions d’immigrés en France (3,17 millions restés étrangers et 2,17 ayant acquis la nationalité française). L’Insee estime à environ 6,7 millions de personnes le nombre de descendants directs d’immigrés nés en France, soit 11 % de la population. Donc 5,34 + 6,7 = 12,04 millions. Le journaliste de la chaîne publique corrige à tort.

Billet original

Reportage (pas toujours bienveillant, mais relativement honnête) sur Éric Zemmour, le mouvement de la Manif pour tous et les scouts en France. Une demande d’autorité, d’encadrement ?




Nostalgique de la France d’avant mai-68, Éric Zemmour développe dans son livre « Le Suicide français » ses thèses conservatrices, et les curieux se pressent à ses séances de dédicaces ou ses conférences. Au sommaire : La fièvre Zemmour. — Les réacs contre-attaquent. — Scouts : toujours plus !

Portrait du polémiste de droite le plus célèbre de France, dans les coulisses de ses conférences et dédicaces. Comment l’éditorialiste s’est-il construit son personnage ? Qui sont ses supporters ?

Des militants issus de la « Manif pour tous », réunis dans le mouvement « Sens commun » se mobilisent contre la soi-disant « théorie du genre », incarnant le renouveau du conservatisme.

Les parents cherchent dans le scoutisme un complément d’éducation qu’ils ne trouvent plus à l’école ou dans le sport. Enquête sur mouvement « tradi » qui connait aujourd’hui un nouvel engouement. On regrettera l’amalgame de trois mouvements scouts assez différents sans qu’on sache lesquels croissent le plus vite par exemple.



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vendredi 20 février 2015

Régis Debray et son dépit devant le retour du religieux aggravé par la modernité


Historiquement show 189 — Dialogue entre Régis Debray et Jean-François Colosimo

La recension de Basile de Koch de cette émission :

« Retour du sacré », ou pas ? Rien de tel qu’un petit topo de Régis Debray pour se faire une religion.

Récemment, ici même, je vous entretenais du Régis Debray politique, à propos d’un court pamphlet sur l’économisme et la République (l’Erreur de calcul). Le voici de retour à l’anthropologie, son refuge d’altitude depuis trente ans, avec la parution d’Un Candide à sa fenêtre. Dans ce deuxième tome d’une série intitulée « Dégagements », il analyse, sans enthousiasme excessif, le « retour du religieux » — dans une époque qui croyait au moins en une chose : s’en être définitivement débarrassée.

Pour l’occasion, Michel Field consacre à l’auteur, sur la chaîne Histoire, un numéro spécial de son émission Historiquement show où, en compagnie du théologien Jean-François Colosimo, il « accouche » Debray. « L’“intellectuel engagé” est-il vraiment devenu un intellectuel dégagé ? » entame Field. « Difficile d’y croire... » De fait, l’ami Debray n’est pas devenu zutiste ; toujours aussi grave et ronchon, mais non sans raison.

Entre engagement et dégagement, il n’y a d’ailleurs pas contradiction pour lui. Plutôt une dialectique, tirée de ses observations comme de son expérience personnelle : impossible de s’engager intelligemment sans savoir se dégager des rumeurs de la ville et de l’époque. « Se retirer du brouhaha pour comprendre ce qui se passe. »

Jusque-là on est d’accord, j’imagine. Quant au fond, Debray enchaîne stoïquement des constats de plus en plus déplaisants pour lui. Et d’abord le plus évident : le religieux, « de retour », ne fait que reprendre sa place. Il comble ainsi le vide laissé par le politique, qui lui-même l’avait remplacé triomphalement — avant de perdre peu à peu toute crédibilité (idéologies à court d’idées, pouvoirs impuissants... je ne vous raconte pas tout).

Le vrai paradoxe, pour Régis, c’est la façon dont le progrès technique et scientifique a « balkanisé » le monde à force de l’uniformiser : « Plus on est déraciné, plus on se recherche une identité — quitte à fantasmer un retour aux origines », explique-t-il ; et si vous trouvez ça banal, c’est juste que vous êtes plus réac que lui.

Quand même, notre chercheur est accablé par ses propres découvertes. Il fait son « travail de deuil », avec une rigueur intellectuelle peu commune chez ses collègues en cour. Attali et Minc, par exemple, n’ont jamais eu tort, du moins à leur connaissance. Debray, lui, reconnaît ses erreurs et les « désillusions du progrès », comme disait Aron.

Un petit reproche quand même : à force de négliger le qu’en-dira-t-on, ce misanthropologue place parfois la barre un peu haut. Ainsi quand il explique (?) : « Le religieux est un point de fuite qui, en nous élevant, nous permet de nous coordonner. » C’est dans ce genre de circonstances qu’on est content quand même de profiter du progrès, ne serait-ce qu’en appuyant sur la touche « replay » pour être sûr d’avoir compris.

La suite du raisonnement, en revanche, je l’ai saisie instantanément : « Toute coordination suppose une subordination ; l’assujettissement à quelqu’un ou quelque chose qu’il est convenu d’appeler “sacré”. » Mais surtout, j’ai apprécié la chute : « C’est une très mauvaise nouvelle, pour un homme de gauche comme moi ! »

Dans un one-man-show de Gaspard Proust, ça ferait un tabac. Mais Régis ne plaisante pas, et ça peut se comprendre. Pour un intellectuel athée progressiste, perdre en plus la foi dans le salut terrestre, c’est la double peine. Avant moi déjà, le révérend père de Lubac appelait ça le Drame de l’humanisme athée.

Au moins Debray l’assume-t-il comme une tragédie grecque, pour nous changer des comédies germanopratines. Au fond de l’impasse où l’autocar fou du progrès s’est encastré dans le mur de la réalité, il fait avec celle-ci ce qu’on fait dans ce cas-là : un constat.

Et de prouver définitivement qu’il est sur la bonne voie, avec une jolie conclusion sur l’émission de Field, pour laquelle il suggère même un slogan : « Intéressez-vous à ce qu’il y avait avant, parce que c’est ce qu’il y aura après ! » ●

« Une mort digne »


L’ancien député Jacques Brassard se penche sur la décision de la Cour suprême du Canada en matière de suicide assisté.

Voilà donc que la Cour suprême – haut lieu du relativisme moral – vient de décréter que l’euthanasie et le suicide assisté sont des « morts dignes ».

J’ose redire, malgré tout, que de désigner la mort d’un malade par injection létale par l’expression « mourir dans la dignité », constitue une mystification délibérée visant à embrouiller les esprits.

« Notre dignité est indépendante de notre âge et de notre forme physique ou mentale, écrivent Louis-André Richard, philosophe, et Michel L’Heureux, médecin, elle est attachée à notre statut d’être humain en qualité d’être humain. Elle ne dépend pas d’un moment précis du continuum, elle est dans ce continuum et elle s’actualise jusqu’à la fin, jusqu’à la mort. »

La dignité d’un être humain n’est donc pas altérée par l’âge, la maladie, la dépression. Elle est toujours et en tout temps pleine et entière.

Laïcisation


Rappelons que ce concept de dignité est d’origine judéo-chrétienne, l’être humain étant doté de dignité parce que, comme le dit la Bible, il est créé « à l’image et à la ressemblance » de Dieu.

La laïcisation des sociétés occidentales ne l’a pas abolie, mais elle est devenue une valeur intrinsèque de la nature humaine et dissociée de toute transcendance.

Quand ce sont les jeunes qui se suicident, nous sommes, avec raison, scandalisés. Et nous faisons des campagnes pour les convaincre que « le suicide n’est pas une option ».

Pourquoi alors, lorsque ce sont des personnes avancées en âge, malades, fragiles, en perte d’autonomie, en fin de vie, le suicide assisté et l’euthanasie deviennent-ils des options tout à fait acceptables ?

Selon Louis-André Richard et Michel L’Heureux, ce serait là une confirmation que la personne mourante « a un statut inférieur et n’a plus la dignité d’un être humain à part entière, dont il faudrait s’occuper avec déférence ».

De nos jours, les soins palliatifs se sont développés de telle façon que nous sommes en mesure d’apaiser les souffrances et les angoisses de fin de vie avec tout le respect et l’empathie qui sont dus à la personne. Encore faut-il que de tels soins soient accessibles sur tout le territoire québécois. Ce qui est loin d’être le cas.

Dérives

Quant aux balises qui encadreront l’euthanasie (dont le consentement de la personne concernée), des études démontrent qu’elles ne sont pas toujours respectées. En Belgique, par exemple, il y a, chaque année, 300 morts assistées sans le consentement des patients.

Dans un système de santé d’une ampleur comme le nôtre, où l’on est, par exemple, incapable de réduire à zéro la maltraitance envers des personnes âgées, des dérives comme on en voit en Belgique et en Hollande seront inévitables.

La marraine de l’euthanasie, la députée Véronique Hivon, nous assure que de tels dérapages n’auront pas lieu. Ce sera malheureusement le cas, surtout que pour elle, ce n’est qu’un « premier pas ». L’autre pas, ce sera, comme en Belgique, de rendre accessible l’euthanasie aux mineurs. Là-bas, pour les jeunes, « le suicide est une option convenable ».

Je suis minoritaire, je le sais bien, mais je persiste et je signe : l’euthanasie n’est pas une mort digne, pas plus qu’elle n’est un soin.




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Chantal Delsol : défense du populisme et des « demeurés »


Revue de presse sur le dernier ouvrage de Chantal Delsol « Populisme. Les demeurés de l’Histoire ». Chantal Delsol est membre de l’Institut, philosophe et historienne des idées.

Le Figaro : Plaidoyer pour le populisme

Chantal Delsol
Les jeunes gens qui voudraient connaître un de ces admirables professeurs que fabriquait la France d’avant — et qui la fabriquaient en retour — doivent lire le dernier ouvrage de Chantal Delsol. Tout y est : connaissance aiguë du sujet traité ; culture classique ; perspective historique ; rigueur intellectuelle ; modération dans la forme et dans la pensée, qui n’interdit nullement de défendre ses choix philosophiques et idéologiques. Jusqu’à cette pointe d’ennui qui se glisse dans les démonstrations tirées au cordeau, mais que ne vient pas égayer une insolente incandescence de plume. L’audace est dans le fond, pas dans la forme. On s’en contentera.

Notre auteur a choisi comme thème de sa leçon le populisme. Thème dangereux. Pour elle. Dans le Dictionnaire des idées reçues de Flaubert revisité aujourd’hui, on aurait aussitôt ajouté au mot populisme : à dénoncer ; rejeter ; invectiver ; ostraciser ; insulter ; néantiser. Non seulement Chantal Delsol ne hurle pas avec les loups, mais elle arrête la meute, décortique ses injustes motifs, déconstruit son mépris de fer. À la fin de sa démonstration, les loups ont perdu leur légitimité de loups. « Que penser de ce civilisé qui, pour stigmatiser des sauvages, les hait de façon si sauvage ? »

Pourtant, les loups sont ses pairs, membres comme elle de ces élites culturelles, universitaires, politiques, ou encore médiatiques, qui depuis des siècles font l’opinion à Paris ; et Paris fait la France, et la France, l’Europe. Chantal Delsol n’en a cure. Elle avance casquée de sa science de la Grèce antique. Se sert d’Aristote contre Platon. Distingue avec un soin précieux l’idiotès de l’Antiquité grecque, qui regarde d’abord son égoïste besoin, au détriment de l’intérêt général du citoyen, de l’idiot moderne, incapable d’intelligence. Dépouille le populiste de l’accusation de démagogie. Renvoie vers ses adversaires la férocité de primate qui lui est habituellement attribuée par les donneurs de leçons démocratiques :
« Dès qu’un leader politique est traité de populiste par la presse, le voilà perdu. Car le populiste est un traître à la cause de l’émancipation, donc à la seule cause qui vaille d’être défendue. Je ne connais pas de plus grande brutalité, dans nos démocraties, que celle utilisée contre les courants populistes. La violence qui leur est réservée excède toute borne. Ils sont devenus les ennemis majuscules d’un régime qui prétend n’en pas avoir. Si cela était possible, leurs partisans seraient cloués sur les portes des granges. »

Chantal Delsol analyse avec pertinence le déplacement des principes démocratiques, depuis les Lumières : la raison devient la Raison ; l’intérêt général de la cité, voire de la nation, devient celui de l’Humanité ; la politique pour le peuple devient la politique du Concept. Les progressistes veulent faire le bien du peuple et s’appuient sur lui pour renverser les pouvoirs ancestraux ; mais quand ils découvrent que le peuple ne les suit plus, quand ils s’aperçoivent que le peuple juge qu’ils vont trop loin, n’a envie de se sacrifier ni pour l’humanité ni pour le règne du concept, alors les élites progressistes liquident le peuple. Sans hésitation ni commisération. C’est Lénine qui va résolument basculer dans cette guerre totale au peuple qu’il était censé servir, lui qui venait justement des rangs des premiers « populistes » de l’Histoire. Delsol a la finesse d’opposer cette « dogmatique universaliste » devenue meurtrière à l’autre totalitarisme criminel du XXe siècle : le nazisme. Avec Hitler, l’Allemagne déploiera sans limites les « perversions du particularisme ». Ces liaisons dangereuses avec la « bête immonde » ont sali à jamais tout regard raisonnablement particulariste. En revanche, la chute du communisme n’a nullement entaché les prétentions universalistes de leurs successeurs, qu’ils s’affichent antiracistes ou féministes ou adeptes de la théorie du genre et du « mariage pour tous ». Le concept de l’égalité doit emporter toute résistance, toute précaution, toute raison.

Alors, la démocratie moderne a tourné vinaigre : le citoyen, soucieux de défendre sa patrie est travesti en idiot : celui qui préfère les Autres aux siens, celui qui, il y a encore peu, aurait été vomi comme traître à la patrie, « émigré » ou « collabo », est devenu le héros, le grand homme, le généreux, l’universaliste, le progressiste. De même l’égoïste d’antan, l’égotiste, le narcissique, qui préférait ses caprices aux nobles intérêts de sa famille, au respect de ses anciens et à la protection de ses enfants, est vénéré comme porte-drapeau flamboyant de la Liberté et de l’Égalité. Incroyable renversement qui laisse pantois et montre la déliquescence de nos sociétés : « Le citoyen n’est plus celui qui dépasse son intérêt privé pour se mettre au service de la société à laquelle il appartient ; mais celui qui dépasse l’intérêt de sa société pour mettre celle-ci au service du monde... Celui qui voudrait protéger sa patrie face aux patries voisines est devenu un demeuré, intercédant pour un pré carré rabougri ou pour une chapelle. Celui qui voudrait protéger les familles, au détriment de la liberté individuelle, fait injure à la raison. La notion d’intérêt public n’a plus guère de sens lorsque les deux valeurs primordiales sont l’individu et le monde. »

Les élites progressistes ont déclaré la guerre au peuple. En dépit de son ton mesuré et de ses idées modérées, Chantal Delsol a bien compris l’ampleur de la lutte : « Éduque-les, si tu peux », disait Marc-Aurèle. Toutes les démocraties savent bien, depuis les Grecs, qu’il faut éduquer le peuple, et cela reste vrai. Mais chaque époque a ses exigences. « Aujourd’hui, s’il faut toujours éduquer les milieux populaires à l’ouverture, il faudrait surtout éduquer les élites à l’exigence de la limite, et au sens de la réalité. » Mine de rien, avec ses airs discrets de contrebandière, elle a fourni des armes à ceux qui, sous la mitraille de mépris, s’efforcent de résister à la folie contemporaine de la démesure et de l’hubris [la démesure en grec].

Quand ils découvrent que le peuple ne les suit plus, quand ils s’aperçoivent que le peuple juge qu’ils vont trop loin, n’a envie de se sacrifier ni pour l’humanité ni pour le règne du concept, alors les élites progressistes liquident le peuple.

Sud-Ouest : Ce diable de populisme

Un nombre record de cégépiens faibles en français

D’après un article publié dans le Journal de Montréal, Les cégeps accueillent de plus en plus d’étudiants faibles en français. Depuis dix ans, le nombre de jeunes qui ont dû s’inscrire à un cours de mise à niveau a grimpé de 50 %.

Selon les chiffres du ministère de l’Enseignement supérieur obtenus par une demande d’accès à l’information, 9962 étudiants en 2005 avaient dû suivre un cours de rattrapage en français à leur arrivée au cégep. En 2014, ils étaient 14 851. De ce nombre, 54 % étaient des garçons.

Les cours de mise à niveau, maintenant appelés cours de « renforcement », sont imposés aux étudiants dont la moyenne générale en français au secondaire est faible. Les règles varient d’un cégep à l’autre.

Dans certains collèges comme le cégep Lévis-Lauzon, ce cours est obligatoire pour les étudiants qui ont obtenu une moyenne de 65 % et moins en français au secondaire. Au cégep de Sainte-Foy, des étudiants dont la moyenne générale est de moins de 75 % doivent se plier à un test diagnostic, qui déterminera s’ils doivent suivre ce cours ou non.


Difficile à expliquer

À la Fédération des cégeps, on indique que cette hausse est « difficile à expliquer ». À partir de 2008-2009, les cégeps ont commencé à accepter sous condition des élèves qui n’avaient pas tout à fait complété leur diplôme d’études secondaires, si bien que davantage d’élèves faibles ont pu avoir été admis au cours des dernières années.

« On leur donne une chance de plus, mais est-ce suffisant pour expliquer la hausse ? », lance la directrice des communications, Judith Laurier.

Au cours de la même période, le nombre d’étudiants dans le réseau collégial a progressé de 18 %. Toutes proportions gardées, l’augmentation des inscriptions dans les cours de mise à niveau est donc bien réelle. Les exigences sont aussi restées les mêmes, affirme-t-on à la Fédération des cégeps.

Dans les cégeps de la région de Québec, le nombre d’inscriptions est relativement stable ou fluctue d’une année à l’autre.

Détérioration du français