mardi 20 janvier 2015

Histoire — Qui était John A. MacDonald ?


Brochure spéciale de la Poste et de la Monnaie
La Monnaie royale canadienne vient de dévoiler une nouvelle pièce de deux dollars à l’effigie de John A. MacDonald alors que Postes Canada émettait un timbre en son honneur. Mais qui était cet homme politique ?

John Alexander Macdonald (11 janvier 1815 — 6 juin 1891) fut le premier Premier ministre du Canada (1867-1873, 1878-1891). Il est considéré comme l’un des Pères fondateurs du Canada, voire comme le père de la nation canadienne. Figure dominante du paysage politique canadien, sa carrière s’étendit sur près d’un demi-siècle. Macdonald resta Premier ministre durant 19 ans, une durée excédée seulement par William Lyon Mackenzie King.

Macdonald est né au Royaume-Uni avant d’émigrer avec sa famille à l’âge de 5 ans à Kingston dans la colonie britannique du Haut-Canada (actuel sud de l’Ontario). Il apprit le métier d’avocat avec un juriste local et se mit à son compte, et ce, même avant de devenir membre du Barreau.

En mars 1844, plusieurs hommes d’affaires lui demandèrent de se porter candidat pour le parti conservateur de Kingston. Macdonald suivit la coutume à l'époque de fournir de larges quantités d’alcool aux électeurs. Le vote à bulletin secret n’était encore en place et Macdonald battit son opposant, Anthony Manahan, par 275 « cris » contre 42 lorsque les deux jours d’élection se terminèrent le 15 octobre 1844.

Macdonald fut désigné pour devenir le 1er Premier ministre de la jeune confédération née en 1867. Il y resta jusqu’en 1873, lorsqu’il démissionna à la suite du scandale du Pacifique.

De passage à Kingston, considérée comme la ville d’origine du politicien conservateur, le Premier ministre Stephen Harper a vanté cet « homme ordinaire ». « Sans lui, le Canada tel qu’on le connaît n’existerait tout simplement pas », a ajouté le Premier ministre.

Les commémorations seront nombreuses au cours des prochains mois, elle suscite des réactions moins qu’enthousiastes dans certains cercles.

La Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB) de Montréal a ainsi lancé récemment un site Web consacré au Premier ministre. La société souhaite présenter le « côté sombre » de celui qui fut le premier chef de gouvernement de la fédération canadienne, de 1867 à 1873 et de 1878 à 1891, évoquant le sort consacré à Louis Riel, aux Sino-Canadiens ou aux Canadiens français sous son gouvernement M. Harper a salué la vision de John A. Macdonald, tout en reconnaissant son alcoolisme. Il a toutefois tu les prises de position racistes et francophobes de son prédécesseur, déplore la SSJB, notant que le Premier ministre « demeure insensible aux nombreuses protestations de citoyens dont les communautés ont été victimes du suprématisme anglo-saxon de Macdonald ».

Extraits du site de la SSJB :

MacDonald l’orangiste contre les francophones

«
Louis Riel n’est pas encore né lorsqu’en 1840, le jeune Macdonald, 25 ans, devient membre de la loge orangiste de Kingston. Tout au long de sa carrière politique, cette adhésion aux intransigeantes positions anti-catholiques et anti-Canadiens français de l’Ordre d’Orange ne le quittera jamais.

Drapeau des orangistes
La Loyal Orange Association of Canada a été fondée en 1830 à Brockville (Ontario). C’est là même que s’est tenue en 1990 une séance publique et très médiatisée de piétinement du drapeau québécois, en opposition à l’instauration de la loi-cadre du gouvernement de David Peterson sur les services en français dans cette province. Vers 1920, le nombre de loges orangistes en activité au Canada a atteint des sommets, au point de constituer la majorité des loges de tout l’Empire britannique.
La Loyal Orange Association of Canada a été fondée en 1830 à Brockville (Ontario). là même où s’est tenue en 1990 une séance publique et très médiatisée de piétinement du drapeau québécois.
En 1857, Macdonald devient Premier ministre de la colonie du Canada-Uni, formée du Haut-Canada (Ontario) et du Bas-Canada (Québec) fusionnés de force pour minoriser les Canadiens français en vertu des recommandations de rapport Durham. Macdonald s’entend comme larrons en foire avec son confrère conservateur Charles Tupper qui, en 1864, vient d’être élu Premier ministre de Nouvelle-Écosse. Dès son arrivée en poste, Tupper fait voter la loi portant son nom qui abolit les écoles catholiques françaises dans la colonie, dans le but d’assimiler les Acadiens. Après la Confédération de 1867, Charles Tupper deviendra un lieutenant important de John A. Macdonald devenu Premier ministre du Canada.

L’Acte de l’Amérique du Nord britannique de 1867 protégeait les écoles anglo-protestantes du Québec, mais n’en faisait pas autant pour les écoles catholiques françaises hors Québec. Les orangistes des autres provinces, motivés par leur haine de ceux qu’ils appelaient avec mépris les papistes, étaient résolus à éradiquer le mal à la source. Après la Nouvelle-Écosse, ils abolirent les écoles françaises au Nouveau-Brunswick en 1871. Les Acadiens demandèrent aussitôt au Premier ministre Macdonald d’intervenir, ce qu’il refusa de faire, prétextant qu’il s’agissait d’une juridiction provinciale. Pourtant, entre 1867 et 1896, le gouvernement fédéral exerça 65 fois contre des lois provinciales son pouvoir de désaveu, fondé sur l’article 90 de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique (ledevoir.com) pour des questions autrement moins fondamentales que les droits scolaires des Canadiens français. De retour au pouvoir en 1873, Macdonald afficha la même indifférence complice face aux Canadiens français de l’Île-du-Prince-Édouard dont les écoles avaient été abolies l’année précédente.

Il en fit de même au moment de l’abolition des écoles franco-manitobaines en 1890, même si le Conseil privé de Londres lui suggéra de voter une loi réparatrice. La raison en est toute simple : l’uniformisation anglo-protestante de la population canadienne a toujours fait partie des objectifs politiques orangistes de John A. Macdonald. Entrepris sous son règne, le saccage des écoles françaises du Canada s’est poursuivi après la mort de Macdonald, en Alberta et aux Territoires du Nord-Ouest en 1892, en Saskatchewan en 1902 et en Ontario en 1912.

British « fair-play » ? Manifestation de francophones contre le Règlement XVII
(interdiction des écoles francophones en Ontario)

C’est bien vainement que les Franco-Ontariens ont fait appel au « British Fairplay » pour récupérer le droit à l’enseignement en français aboli par le Règlement 17 de 1912.
De son vivant, Macdonald a été indifférent à l’abolition des droits scolaires des Canadiens français de Nouvelle-Écosse, du Nouveau-Brunswick, de l’Île-du-Prince-Édouard et du Manitoba.
Outre l’interdiction de l’enseignement en français, les gouvernements de Macdonald et de ses successeurs appliquèrent une politique de colonisation très sélective de l’Ouest canadien, en y distribuant à des anglo-protestants des terres et des subventions, une manne dont les Québécois en mal de terres à cultiver étaient rigoureusement exclus. De vastes campagnes de recrutement de colons anglo-saxons furent menées au Royaume-Uni, notamment par Charles Tupper, très influent allié conservateur de Macdonald. Encore dans les années 1920, le prix subventionné du billet de transport entre Londres et Winnipeg était de 22 $ (250 $ en dollars de 2015) tandis qu’un Québécois devait payer 43.48 $ (495 $ en dollars de 2015) pour son billet de train Montréal-Winnipeg. Durement frappés par la pauvreté, ces derniers choisirent donc l’exil aux États-Unis plutôt que vers l’Ouest canadien. Il en résulte que lors du recensement américain de 1980, les 13 millions de personnes qui se sont déclarées d’origine française constituaient le cinquième groupe ethnique aux États-Unis, juste avant les Italiens. L’historien franco-américain Gerard J. Brault indique que « de nombreux Franco-Américains ont également des ancêtres acadiens, mais la vaste majorité est d’origine québécoise. Leur émigration aux États-Unis s’est principalement produite entre 1870 et 1930, culminant dans les années 1880 », ce qui correspond aux années de pouvoir de Macdonald.

Il y a donc environ deux fois plus de Québécois d’origine aux États-Unis qu’au Québec. Ajoutons-y les 7 millions de francophones au Québec et le million de francophones hors Québec. Si le Canada de John A. Macdonald avait permis aux Québécois de coloniser l’Ouest canadien plutôt que de s’exiler aux États-Unis, on peut donc supposer qu’au moins 21 millions de Canadiens auraient aujourd’hui le français pour langue maternelle. La population totale canadienne actuelle étant d’environ 35 millions d’habitants, c’est un pays en majorité francophone qu’aurait bien pu être le Canada. En lieu et place, les Manitobains, majoritairement francophones qu’ils étaient lorsqu’ils ont joint la « Confédération », sont aujourd’hui moins de 2 % à parler la langue de Riel à la maison.

Macdonald était opposé à la démocratie, qu’il considérait comme « la tyrannie des masses »

[...]

[L]e tout jeune Canada ne possède pas d’aristocratie héréditaire, comme la noblesse anglaise, Macdonald souhaite la création d’une aristocratie canadienne sur le modèle de celle de la mère patrie britannique. C’est au sénat que Macdonald rêve d’établir cette aristocratie non élue ayant préséance sur la chambre des députés et donc, sur « la tyrannie des masses ». À la conférence de Québec, Macdonald déclare même : « Nous devrions avoir un gouvernement fort et stable sous lequel nos libertés constitutionnelles seraient assurées, contrairement à une démocratie, et qui serait à même de protéger la minorité grâce à un gouvernement central puissant ». Et Macdonald identifie clairement cette minorité menacée : « Nous devons protéger les intérêts des minorités, et les riches sont toujours moins nombreux que les pauvres. » Ce sont donc les intérêts des grandes fortunes privées que Macdonald veut protéger contre cette fameuse « tyrannie des masses », soit le suffrage universel, qu’il considère comme « un des plus grands maux qui puissent frapper le pays ».

»






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1 commentaire:

Anonyme a dit…

Pas lieu d'être fier de cet orangiste !