vendredi 8 mars 2013

La femme au temps des cathédrales (m-à-j vidéo Apostrophes avec Regine Pernoud)

La femme a-t-elle toujours été cette perpétuelle mineure qu'elle fut, nous dit-on, à la fin du XIXe siècle ? En France, la Révolution française et le Code Napoléon ont bien marqué une régression juridique des femmes.

Mais a-t-elle toujours été écartée de la vie politique comme elle le fut notamment dans la France de Louis XIV ? S'appuyant sur son expérience de médiéviste et d'archiviste, Régine Pernoud s'est attachée à l'étude de ces question. Dans La Femme au temps des cathédrales, le lecteur découvre que le plus ancien traité d'éducation a été rédigé en France par une femme, que, au XIIIe siècle, la médecine était couramment exercée par des femmes et qu'aux temps féodaux, les filles étaient majeures à douze ans, deux ans avant les garçons...

L'historienne Régine Pernoud nous livre ici une étude systématique menée à travers une multitude d'exemples concrets, elle ne laisse échapper aucun aspect des activités féminines au cours de la période féodale et médiévale : administration des biens, métiers et commerce ; domaine de la pensée, de la littérature, de la politique même ; femmes écrivains, éducatrices, suzeraines, celles qui animèrent les cours d'amour et celles qui ont inspiré les romans de chevalerie.

Il est davantage question dans La femme au temps des cathédrales, maître ouvrage de Régine de Pernoud, des femmes de la société de cour que de celles du peuple même si celles-ci ne sont pas passées sous silence, mais ce parti pris permet d'approcher un monde prisonnier des tapisseries et des enluminures. Belle occasion de couper court à l'image de la femme cloîtrée dans l'espace familial, dans l'ombre de son mari, et de voir au contraire une épouse, une fille, sinon affranchie, du moins évoluant à l'intérieur d'un espace public, influente, instruite et rêvant déjà d'une condition de vie plus libérée.


Régine Pernoud dans une émission d'Apostrophes avec Bernard Pivot en 1980

Contemporaine de Charlemagne, Dhuoda écrivit, bien avant Rabelais et Montaigne, un manuel d'éducation, le premier du genre, et, au XIIe siècle, Héloïse, abbesse du Paraclet, enseignait à ses moniales le grec et l'hébreu. Si la politique est d'un accès quasi insurmontable (quoique...), la femme au Moyen Âge ne manque pas de talent pour se faire entendre. Historienne de Jeanne d'Arc, Régine Pernoud rappelle ces deux vers de Christine de Pisan saluant l'exploit de la Pucelle à Orléans : « L'an mil quatre cent vingt et neuf / Reprit à luire le soleil. » Hommage d'une femme à une autre femme.

Comme le faisait remarquer Robert Fossier, « En ces siècles romans où manger est l'essentiel où la maison est la cellule de la survie. Là où s'apaise la faim que tous redoutent, où l'argent perd l'essentiel de son pouvoir tentateur, comment celle qui tient les réserves et prépare la nourriture ne jouerait-elle pas le rôle essentiel ?

Régine Pernoud commence habilement son développement en plantant devant nous, comme un symbole, la magnifique cuisine de Fontevrault, merveille de technique et centre nourricier d'une immense cité monastique.

Vient ensuite le domaine de l'amour aux multiples chemins : l'attrait de la féminité tout d'abord, renforcé par les soins de beauté où l'on trouve tant d'étranges préparations. L'auteur s'attarde ensuite sur l'amour courtois et le culte de la dame

À propos du mariage. R. Pernoud étudie l'histoire de la législation canonique en la matière et fait apparaître ainsi combien l'Église eut de peine à triompher du modèle de mariage qui régnait dans les couches supérieures de la société. Ce n'est qu'au XIIe siècle que s'impose vraiment la théorie consensuelle qui, en faisant de l'échange des libres consentements l'essence du mariage, assurait — au moins en théorie — la promotion de la femme. On s'en donc débarrassé de l'autorisation des parents, promu le consentement et insisté sur la sacralité de l'institution matrimoniale. C'est un énorme progrès pour Mme Pernoud.

Dans le domaine économique, nous rencontrons les femmes en tant que productrices . Si le labeur et les semailles leur échappent (pour des raisons d'ordre symbolique et physique à la fois), toutes les autres formes d'activité, tant à la ville qu’à la campagne, leur sont accessibles, et c'est ici que la moisson de renseignements et très abondante parmi les textes et la documentation iconographique. Nous arrivons ainsi au sommet de l'échelle sociale, car c'est un fait connu — mais qu'on oublie volontiers — que du XIe au XIIIe de puissantes dames (comtesses, reines, impératrices) ont souvent exercé et parfois sans partage le pouvoir suprême ...

Le long exposé de R. Pemoud, qui prend parfois l'allure d'une description de la vie quotidienne, est sous-tendu par une thèse : c'est du XIe au XIIIe que la condition de la femme a atteint son zénith ; c'est alors qu'elles ont pu à tous les niveaux imposer leur empreinte sur la société.


Source H. Platelle





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5 commentaires:

Josianne a dit…

Merci, je vais utiliser dans un travail scolaire.

Arnaud Leblanc a dit…

Un bon livre de vulgarisation sur la vie de Blanche de Castille. Une vie placée sous le signe de la transition. Transition entre deux des grands rois de France, son beau père, Philippe Auguste et son propre fils, Louis IX, Saint Louis.
Arrivée à l'âge de 12 ans à la cour du roi Philippe Auguste, elle va voir son beau-père agrandir de façon significative le royaume de France, faire de Paris une des grandes villes d'Europe et donner une grande place à la Science. Marié à Louis VIII, celui-çi ne régnera que trois ans, entre 1223 et 1226, laissant à Blanche la responsabilité de son royaume qu'elle parviendra à maintenir uni, malgré les ambitions des barons. Son fils Louis IX sera couronné en 1234, mais Blanche restera la conseillère principale du roi et reprendra même les rênes du pouvoir lorsqu'il prendra la route des Croisades en 1247. Elle décédera en 1252, forçant son fils à revenir en France, pour y devenir l'un des souverains les plus populaire de France.
Plus que la vie de Blanche, l'interessant finalement, c'est la personnalité de l'auteur. Regine Pernoud aura passé sa carrière à remettre en cause les idées reçues sur le Moyen-Age qui aurait été un age barbare et obscurantiste, mais qui finalement aura permis bien des avancées et surtout aura laissé une place bien plus importante qu'on l'imagine aux femmes. Une place qui, ironiquement, se réduira après... la Révolution française. Il n'y a qu'à voir d'ailleurs le sort réservé à Olympe de Gouges à cette époque et dont Benoite Groult (ou un nègre, vu comment elle maîtrisait mal son propre livre dans LA GRANDE LIBRAIRIE du 07/03/2013) vient de tirer un livre récent.
Quand à La reine Blanche, on l'a dit, le travail de vulgarisation est très bien fait. On peut juste lui reprocher certaines parties un peu lourdes, notamment la partie sur le couronnement de Louis IX, qui se résument à l'énumération des comptes de l'époque. Mais le peu de documents d'époques et leur manque d'objectivité pour la plupart imposent sans doute d'exploiter au maximum ceux à disposition.

Anonyme a dit…

ce résumé est bon, on ne peut le nier mais il faudrait mentionner les références au compte rendu d'H Platelle que l'on retourve dans ce texte. De plus on ne parle plus maintenant de LA femme mais DES femmes.

Pour une école libre a dit…

Référence ajoutée, merci de ce rappel.

Anonyme a dit…

Voir aussi un bon résumé et des citations nombreuses ici :

http://www.christ-roi.net/index.php/Au_Moyen_Age_et_sous_l'Ancien_R%C3%A9gime,_la_femme_n'avait_pas_de_droits_et_avait_une_condition_inf%C3%A9rieure#Le_livre_de_R.C3.A9gine_Pernoud:_.22La_femme_au_temps_des_cath.C3.A9drales.22