jeudi 20 octobre 2011

Diplômer tout le monde au Québec : médailles en chocolat ?

L'ex-ministre Joseph Facal revient sur la manière d'améliorer le taux de diplomation au Québec. Rappelons aussi que le D.E.S. est un diplôme qui n'existe pas en général en Europe (on obtient le bac en France ou non, et celui-ci correspond à un D.E.C au Québec). Ce qui n'empêche pas les comparaisons boiteuses entre le taux de diplômés du D.E.S. (et autres diplômes équivalents au Québec) et le bac en France. Facile d'avoir un taux supérieur.

« Tous les enseignants vous confirmeront que de nombreux enfants n’ont pas les compétences en lecture ou en écriture qu’ils devraient normalement posséder au niveau scolaire où ils sont parvenus.

Cependant, pour le gouvernement du Québec, ce qui compte vraiment, c’est la quantité de « diplômes » que l’on distribue. L’objectif est que le taux de diplomation au secondaire passe de 72 % à 80 %  d’ici 2020. Avant-hier, le journaliste Régys Caron nous apprenait comment on s’y prend pour calculer ce taux de diplomation.

Vous et moi avons connu deux types de diplômes au secondaire : le diplôme d’études secondaires (DES), qui ouvre les portes du cégep, et le diplôme d’études professionnelles (DEP), qui débouche sur le marché du travail.

C’était une autre époque. Désormais, si votre jeune a d’immenses problèmes dès la 1ère ou la 2ième année du secondaire, ne désespérez pas : il lui suffira d’avoir assisté à 200 heures de cours de français, 150 heures de mathématiques et 100 heures d’anglais, et il se verra décerner un Certificat en formation pour métier semi-spécialisé (CFMSS).

Vous avez bien lu. Il suffit d’avoir été présent pendant ces heures, pas d’avoir réussi une épreuve vérifiant les apprentissages.

Ce « diplôme » a quatre petits frères et sœurs. On trouve aussi le Certificat d’études professionnelles (CEP), l’Attestation d’études professionnelles (AEP), le Certificat de formation en entreprise et récupération (CEFER) et le Certificat préparatoire au marché du travail (CPMT).

Ajoutez-y les classiques DEP et DES et vous avez sept « diplômes » qui entrent dans le calcul du taux de diplomation global. Vous voulez donner une image tronquée et jovialiste de la réussite scolaire ? Multipliez les attestations et enlevez toute exigence afin d’être sûr que chacun ou presque aura son « diplôme ». Il suffisait d’y penser.

Il est certes normal qu’il y ait des parcours scolaires courts pour ceux qui renoncent à de longues études. Cependant, mélanger les diplômes qui valident un niveau de connaissances vérifié avec des attestations de pure présence remises à des jeunes qui, dans bien des cas, sont des analphabètes fonctionnels, c’est comme mélanger des médailles sportives avec des médailles achetées à la chocolaterie.

Oui, je sais, il faut être PO-SI-TIF. L’an dernier, le taux de décrochage était soudainement plus bas de 6 % que l’année précédente.  Un bond en avant de notre « réussite » scolaire ? Mais non, on avait simplement compté les abandons au mois d’août plutôt qu’en janvier, pour refléter que nous sommes les champions du « raccrochage » à l’éducation aux adultes.

Que de niaiseries on fait au Québec au nom de l’« estime de soi » des jeunes, du positivisme et pour cacher la réalité !

Le démographe Alfred Sauvy disait jadis que le chiffre est un être délicat : torturez-le et il avouera tout ce que vous voulez. »





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10 commentaires:

Anonyme a dit…

"Ajoutez-y les classiques DEP et DES et vous avez sept « diplômes » qui entrent dans le calcul du taux de diplomation global."

Cette affirmation a-t-elle été validée auprès du Monopole?

Pour une école libre a dit…

Citation du journaliste de la Presse :

«Globalement, le MELS offre sept diplômes ou certificats « aux fins du calcul du taux de diplomation du secondaire ».

Aux diplômes d'études secondaires (DES) et d'études professionnelles (DEP), on ajoute le Certificat d'études professionnelles (CEP), l'attestation d'études professionnelles (AEP), le Certificat de formation en entreprise et récupération (CEFER), le CFMSS et le CPMT. »

http://fr.canoe.ca/infos/quebeccanada/archives/2011/09/20110926-050418.html

Josick d'esprit agricole a dit…

Diplôme en chocolat ou encore diplôme de l'Ecole des Fans de Jacques Martin.
"Que de niaiseries on fait au Québec au nom de l’« estime de soi » des jeunes, du positivisme."

Ayant fait à 52 ans couvreur-tâcheron et ayant beaucoup souffert corporellement, j'ai fait remarquer une fois à mes enfants (13 et 15 ans) que leurs résultats scolaires étaient insuffisant, qu'il fallait qu'ils se bougent un peu plus pour ne pas subir la même épreuve que leur père.
Et bien cette simple remarque est arrivée devant un tribunal, comme quoi je les dévalorisais, leur faisais perdre l'estime de soi.

Anonyme a dit…

Je crains que le Journal de Québec ait tourné les coins ronds dans son article:

1- Le terme "diplôme"est réservé dans le régime pédagogique au diplôme d'études secondaire générale (DES) et au diplôme d'études professionnelles (DEP). C'est un abus de langage que de qualifier les "certificats" et les "attestations" de "diplôme". Ce sont précisément très des certificat et des attestations.
Voir: http://www2.publicationsduquebec.gouv.qc.ca/dynamicSearch/telecharge.php?type=2&file=//I_13_3/I13_3R8.htm
art. 32, 33 et 33.1

2- Le journal écrit: "Globalement, le MELS offre sept diplômes ou certificats « aux fins du calcul du taux de diplomation du secondaire »." La citation n'est pas attribuée pas plus d'ailleurs que n'est indiquée la source documentaire du journaliste. Elle est au surplus ambiguë.

3- Le journal écrit: "Personne n'était disponible au ministère de l'Éducation pour commenter la politique de diplomation. " Dans ce cas, il convenait d'attendre d'avoir rejoint le Monopole avant de publier ledit papier.

Pour une école libre a dit…

http://www.mels.gouv.qc.ca/sections/publications/publications/EPEPS/Sanction_etudes/DiplomationSecondaire_f.pdf

«1.2 Diplômes considérés
Les diplômes admissibles aux fins du calcul du taux de diplomation sont le diplôme
d’études secondaires (DES), le diplôme d’études professionnelles (DEP), le certificat
d’études professionnelles (CEP), l’attestation de formation professionnelle (AFP),
l’insertion sociale et professionnelle des jeunes (ISPJ), le certificat de formation à un
métier semi-spécialisé (CFMSS), le certificat de formation en entreprise et récupération
(CEFER). Seul le premier diplôme obtenu par l’élève est pris en compte dans le calcul.»

Marre des anonymes a dit…

Oups, "Anonyme" voulait faire la leçon : le journaliste aurait dû vérifier, pas tourner les coins ronds, etc.

Le carnetier local lui a montré que ce sentencieux "Anonyme" à lunettes aurait dû faire ce qu'il prêchait.

Comique.

Le Saguenéen a dit…

Anonyme,

"3- Le journal écrit: "Personne n'était disponible au ministère de l'Éducation pour commenter la politique de diplomation. " Dans ce cas, il convenait d'attendre d'avoir rejoint le Monopole avant de publier ledit papier."

Mais vous sautez aussi aux conclusions hâtives : il a sans doute rejoint le Monopole (sinon quand savoir que personne n'était disponible).

Maintenant, attendre combien de temps ? Vous croyez que le MELS veut vraiment commenter certaines nouvelles embêtantes et qu'ils ne vont pas employer des méthodes dilatoires ?

Anonyme a dit…

Merci à PUEL pour cette citation qui donne le fin mot.

Il eut été plus simple que le JdQ fit ce que PUEL a si bien fait.

Anonyme a dit…

Facal écrit: "Que de niaiseries on fait au Québec au nom de l’« estime de soi » des jeunes, du positivisme et pour cacher la réalité !"

La réalité est qu'un certain nombre de jeunes ont de très grandes difficultés d'apprentissage. Que l'on crée ou que l'on adapte des programmes qui leur permettent d'aller au bout de leur potentiel intellectuel limité est une affaire de justice. Et plusieurs rendent ensuite des services utiles à la société.

Que l'on reconnaisse par une attestation le chemin qu'ils ont péniblement parcouru au prix d'efforts immenses n'est aussi que justice.

Les "biens-portants" (ou les bien-pensants") sont parfois bien durs envers les plus "poqués". Dommage.

Les compter parmi les "diplômés" n'est pas une bonne idée, mais c'est une autre histoire.

Perpétue a dit…

On diplôme aussi les étrangers:

Annonce lue dans le journal Le Quotidien d'Oran du 29 septembre 2011, page 21:

"Pour la première fois en Algérie, des diplômes d'État Canadiens. École de Gestion d'Informatique et de Commerce EGIC IBN SIMA & Commission Scolaire Marguerite Bourgeois vous offrent la possibilité de suivre des formations en -Informatique -Infographie -Comptabilité -Techniques de Vente -Assistante de direction -Tourisme. À l'issue de la formation un diplôme International est délivré par le partenaire canadien. Possibilités de stages de perfectionnement au Canada.

Suivent des coordonnées à Oran et Alger.

Voir:http://lafautearousseau.hautetfort.com/media/02/01/1227312270.pdf

Conclusion: Vous pouvez rajouter un diplôme à la liste: le diplôme "international" dont on ne sait même pas s'il est disponibles aux élèves québécois de la Commission Scolaire Marguerite Bourgeois (Ville Saint-Laurent, Montréal).