dimanche 23 décembre 2018

Adolescents et réseaux sociaux : naïveté, insouciance et méfiance

Si le numérique fait désormais partie du quotidien des jeunes et des moins jeunes, un important travail de pédagogie doit encore être mené auprès des enfants comme de leurs parents pour maîtriser au mieux leurs usages sur internet, notamment en matière de sécurité.

Une nouvelle recherche, financée par les National Institutes of Health, a révélé des changements cérébraux chez les enfants qui utilisent des écrans plus de sept heures par jour et des compétences cognitives plus faibles chez ceux utilisant des écrans plus de deux heures par jour.

Lorsque, dans le passé, des études ont établi un lien entre le temps passé devant un écran et les résultats négatifs, certains ont fait valoir qu’il ne s’agissait que de la dernière panique moralisatrice en matière de technologie. Mais de nouvelles recherches sur la relation entre l’utilisation d’un appareil portable et le sommeil apportent certaines réponses.

Les appareils portables d’aujourd’hui sont fondamentalement différents des téléviseurs et des vieux téléphones à cadran du salon.

Depuis que les chercheurs ont suivi les habitudes de télévision, l’adolescent américain moyen n’a jamais passé plus de deux heures et demie par jour à regarder la télévision.

Pourtant, à compter de 2016, l’adolescent moyen passe environ six heures par jour sur les plateformes numériques, soit plus de deux fois plus de temps.

Ce temps considérable passé à utiliser les médias numériques gruge le temps consacré auparavant à d’autres activités, telles que le sport, l’interaction avec des amis, la lecture, le chant ou les sorties. Et contrairement au téléphone, les applications multimédias numériques sont conçues pour vous accrocher.

Comme le disait Tristan Harris, ancien responsable de la Silicon Valley, à propos des applications de téléphones dits intelligents : « Dans les années 1970, votre téléphone n’avait pas un millier d’ingénieurs… mettant à jour la manière dont votre téléphone fonctionnait chaque jour pour devenir de plus en plus persuasif. »

Contrairement à la télévision ou aux téléphones fixes, les appareils portables peuvent être transportés partout : à l’école, où les enseignants disent qu’ils sont une distraction presque constante, et dans des situations sociales, où une conversation peut être instantanément interrompue pour répondre ou lire un téléphone qui bourdonne.
 
Les enfants du numérique : des naïfs numériques  ?
Dès 2001, au tournant du XXIe siècle, les plus jeunes générations ont reçu un nouveau surnom : « les natifs numériques » ou enfants du numérique. Ils ont grandi avec la Toile, les téléphones et ordinateurs, et sont ultra-connectés : ils naviguent d’un site à l’autre et s’approprient sans peine les derniers téléphones intelligents et tablettes.

Mais certaines études laissent entrevoir une véritable négligence chez les adolescents. « La familiarité des plus jeunes avec les nouvelles technologies leur donne parfois la fausse impression de tout maîtriser alors qu’ils n’ont qu’une utilisation superficielle et “ludique” de la Toile.

Savoir naviguer sur le dernier réseau social à la mode est une chose, savoir se protéger en ligne en est une autre », précise Jean-Philippe Bécane, responsable mercatique grand public de Google France. À l’âge des amitiés fusionnelles, par exemple, ils sont près de 30 % à avoir déjà communiqué leur mot de passe à un camarade.

« Leur imprudence peut avoir des conséquences néfastes sur leur réputation à l’avenir ; mais quand on est ado, on ne se projette pas à dix ou vingt ans », souligne Cyril Di Palma délégué général de Génération Numérique, association qui mène des campagnes de sensibilisation sur le sujet dans les établissements scolaires.

Paradoxes générationnels

Mais, comme tout n’est jamais tout noir ou tout blanc, il semble que les jeunes internautes affichent une forme d’ambivalence dans leurs comportements oscillant ainsi entre insouciance et méfiance. Si l’on s’intéresse à la tranche des 15-17 ans, ils sont par exemple plus nombreux que la moyenne des Français à craindre une interception de leurs données personnelles. Ils redoutent aussi particulièrement la capacité de nuisance de la toile, estimant pour moitié qu’il est « très difficile » de supprimer un contenu numérique qu’un autre a posté à son sujet. Preuve qu’ils tiennent à leur cyberréputation, près de trois quarts des 18-24 ans déclarent rechercher régulièrement sur Internet les informations liées à leur nom et prénom. Sans doute aussi parce que les attaques ad hominem s’avèrent plus fréquentes à leur âge…

Et les parents dans tout ça ? Eux aussi se montrent assez paradoxaux. Si une écrasante majorité d’entre eux considère Internet comme « dangereux », les deux autres tiers ne se soucient pas ou peu de la présence de leurs enfants sur le web5. Ils trouvent d’ailleurs difficile de contrôler l’activité numérique de leur progéniture. Il faut dire que leur expérience sur Internet diffère : si les parents sont particulièrement exposés aux faux courriels de « hameçonnage » visant à extorquer leur numéro de compte ou de carte bancaire, les adolescents sont bien davantage concernés par des histoires d’usurpations d’identité, pouvant aller de la simple moquerie à l’humiliation.

Facilement piégés

Face à ces enjeux, des associations se mobilisent en France, à l’image des Petits Débrouillards ou Génération Numérique, qui opèrent un travail de pédagogie pour aider les plus jeunes à mieux se protéger sur la toile. « Chez Génération Numérique, nous organisons 1 500 journées d’informations par an pour des élèves âgés de 8 à 18 ans, avec des programmes comme Les Complots Rigolos, soutenus par Google. Le sujet qui les passionne le plus est celui des réseaux sociaux, car ils les fréquentent à longueur de journée. », décrit Cyril Di Palma. Il y a quelques années, pour ancrer ses conseils dans le concret, l’association a créé de faux profils d’adolescents et piégé quelques internautes. Un lycéen avait ainsi communiqué son adresse et son numéro de téléphone à une internaute avant de donner rendez-vous à la belle inconnue... totalement fictive. « Il y a toujours un silence de plomb dans la salle quand on fait cette démonstration aux collégiens. On les laisse imaginer ce qu’il serait advenu du jeune homme si les informations étaient tombées dans de mauvaises mains », poursuit Cyril Di Palma.

« Nous abordons des problématiques aussi variées que “Comment mieux se protéger en ligne”, “Comment mieux contrôler les données que nous partageons”, la lutte contre les mauvais comportements en ligne ou l’éducation aux médias », précise Jean-Philippe Bécane. Les bonnes pratiques existent et doivent être partagées au plus grand nombre pour permettre à chacun de mieux naviguer en ligne. En tout état de cause, les parents gardent un rôle central, car « rien ne remplacera jamais une bonne discussion en famille sur les règles à suivre et les pièges à éviter », nuance Jean-Philippe Bécane. Un dialogue ouvert et constructif entre générations constitue la meilleure arme de prévention contre les dangers éventuels.


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