mercredi 2 janvier 2019

Québec — le programme ECR serait là pour de bon selon le ministre Roberge

Le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge a été catégorique au sujet du cours d’Éthique et culture religieuse (ÉCR) lors de son entrevue à l’émission Les Francs-tireurs, le 12 décembre dernier : pas question d’abolir cette matière enseignée dans les écoles primaires et secondaires du Québec depuis 2008. L’entretien fut très cordial.

Richard Martineau implore à genou le ministre Roberge d’abolir le controversé programme ECR, il répliquera d’un bref « non » suivi de lieux communs pour défendre ledit programme

M. Roberge, qui a donné le cours d’ÉCR lorsqu’il était instituteur au primaire, concède qu’il y a « des affaires à corriger ».

Rappelons que si la CAQ avait bien décidé en congrès en 2012 à Victoriaville d’abroger le controversé programme d’ECR au primaire. M. Roberge s’était alors publiquement élevé contre cette abolition avant de perdre le vote à main levée de la part des militants. M. Roberge a toujours été un fervent partisan de cet « apprentissage » multiculturaliste imposé par l’État. [Voir La CAQ vote pour l’abolition du programme ECR au primaire].

Selon le ministre du Monopole de l’Éducation du Québec, le programme ÉCR comporte un volet « philosophique » encourageant les élèves à « pratiquer le dialogue ». À ses yeux, le cours d’ÉCR permet donc d’amener les étudiants à « décoder lorsque leur interlocuteur [...] prend un stéréotype, prend un raccourci intellectuel » et à comprendre « l’autre ». M. Roberge résume ce volet du programme comme équivalent à faire de la philosophie avec les « ados ». À 6, 7, 8, 9, 10, 11 ans ?



S’il est vrai que le programme comprend un pan qui enseigne les principaux « sophismes » et paralogismes à éviter (notamment comme ne faire ressortir que de bons points annexes pour excuser un tout critiquable...), on ne voit pas très bien l’utilité de ce pan au primaire ni comment il peut servir à justifier le reste du programme, car on peut facilement enseigner ces notions dans d’autres sujets comme le français (techniques de débats, apprentissage de textes argumentatifs), l’histoire ou même, de manière plus surprenante peut-être, en mathématiques.

Pour ce qui est de la lutte aux « stéréotypes » qu’évoque le ministre du Monopole de l’Éducation, notons, tout d’abord, que le volet religieux d’ECR valorise une vision stéréotypée des croyants (voici à quoi ressemble un musulman, il se vêt ainsi, il pense ceci, il fait ces gestes rituels).  D’autre part, la « lutte aux stéréotypes » est un outil très prisé par les féministes (Roberge ressort l’éculée importance des « femmes en sciences »), les progressistes et la coterie LGBT pour remettre en question les traditions culturelles et sociales de nos sociétés considérées comme misogynes, patriarcales ou transphobes par ces groupes influents. Voir à ce sujet Détourner la lutte contre l’intimidation et intimider les hétérosexistes et programme gouvernemental interministériel de lutte contre l’hétérosexisme.

Par ailleurs, M. Roberge explique que le Programme comprend un volet s’adressant à la lutte contre l’intimidation. C’est vrai. Mais ce n’est, à nouveau qu’un aspect secondaire et l’on peut se demander comment cette lutte est mise en œuvre dans une école et un programme d’enseignement politiquement correct. S’opposer à l’islamisme ou même l’islam serait-il de la « discrimination » ? Ne pas s’extasier devant l’immigration serait-il acceptable (se rappeler le Controversé projet scolaire sur l’immigration à une école secondaire de Karoumaska et des sorties enflammées de politiciens comme M. Trudeau en Beauce quand on critique l’immigration) ? Quid d’une désapprobation du transgenrisme ? Etc.

Quant aux notions d’histoire des religions, elles peuvent s’apprendre en histoire, en univers social. Et sans doute pas au primaire quand on considère les lacunes des écoliers québécois en français par exemple. M. Roberge n’hésite pas à avancer que le cours ECR permettra à comprendre les raisons des guerres dans le Levant, c’est fort peu probable, car le programme est très superficiel et qu’il n’est précisément pas un programme d’histoire des religions. Notons que le même genre d’argument avait été soutenu à l’époque de l’imposition du controversé programme ECR. Lors d’une réunion à Valcourt en 2008, les représentants du ministère prétendirent que ce programme devait permettre de comprendre les cérémonies d’ouverture des Jeux olympiques de Pékin... Gageons que ce ne fut pas le cas ou que cela aurait pu être fait dans un cours de géographie ou d’histoire. Les éléments de langage du Monopole de l’Éducation ne changent décidément pas...

M. Roberge insiste : « si on essaye de transmettre la foi [par l’entremise du programme ÉCR], j’ai un gros problème, un très gros problème », déclare-t-il avec fermeté toute télévisuelle.

Comment appelle-t-on cette ruse rhétorique qui consiste à présenter la position de son adversaire de façon erronée ? Ah, oui, le paralogisme de l’épouvantail. Aucun parent à notre connaissance n’a critiqué le programme ECR en disant que ce cours tente de transmettre la foi catholique... De quelle foi parle donc le ministre Roberge ? M. Roberge veut-il dire une vague spiritualité ? Les parents s’opposaient plutôt à ce qu’on dévalorise leur religion, qu’on la mette sur le même pied que les mythes amérindiens, le père Noël, Superman, les autres religions aux yeux des enfants et cela dès six ans. Ils affirmaient que « présenter des doctrines religieuses fondamentalement incompatibles comme étant aussi légitimes et crédibles l’une que l’autre pourrait impliquer qu’elles sont toutes les deux également fausses. » Ce que leur concèderont les juges de la Cour suprême dans le second procès ECR (Loyola).



Pour l’avocat Me Mark Phillips, ECR est tout sauf un cours d’histoire des religions. En réalité, le programme ECR interdit de donner un tel cours. Ainsi, le programme ECR interdit de présenter les religions de manière séquentielle et linéaire, mais prescrit qu’elles doivent être présentées en juxtaposition entre elles et avec des êtres mythiques et surnaturels. Ce qui ne veut pas dire, en passant, que tous les professeurs suivent ces prescriptions.

Mais surtout M. Roberge oublie de considérer les critiques quant au fait que le programme ECR est un cours de multiculturalisme 101. Il fait comme si ces critiques n’existaient pas. Voir Joëlle Quérin et « La face cachée du cours Éthique et culture religieuse ».

Le sociologue Gary Caldwell sur le cours d’éthique et de culture religieuse (1re partie)

Enfin, Roberge écarte de la main les manuels approuvés par le Bureau d’approbation du matériel didactique, officine du Monopole de l’Éducation. Ils ne représenteraient pas le programme ECR (Madame Courchesne dès janvier 2010 disait la même chose aux évêques catholiques inquiets de ce qu’ils voyaient dans le matériel didactique du programme ECR, M. Roberge fait décidément dans la continuité). M. Roberge n’est pas contredit dans l’entretien très bienveillant de Richard Martineau. Pourtant, des questions viennent immédiatement à l’esprit. Pourquoi ces manuels si souvent critiqués ont-ils donc été approuvés par le Monopole de l’Éducation ? C’est bien que le programme ECR peut s’enseigner ainsi, non ? Notons aussi que l’enseignant peut utiliser en classe des cahiers d’activités non approuvés qui sont souvent pires, plus caricaturaux que les manuels approuvés. La liberté d’interprétation du programme (très vague, en rien « encyclopédique ») permet à des enseignants militants tous les excès : l’enseignante qui donne son cours d’ECR habillée en femme prêtre pour dénoncer le patriarcat catholique, faire venir ses sectes préférées (Hari Krichna) ou affirmer à petite fille croyante : « Marie s’est fait violer, elle a inventé l’histoire du Saint-Esprit, Joseph a gobé son histoire », les cérémonies wiccan (sorcières modernes) comme activités pédagogiques, etc.

 
Activité ECR dans une école privée sur l’île de Montréal. On remarquera l’épée, la cape et, sur la table drapée, le crâne et les bougies très wiccan.

Finalement, sur le plan de l’éducation morale et religieuse, le programme n’est en rien complet, il est au mieux inutilement contraignant pour des écoles et des parents qui voudraient insuffler à leur enfant autre chose que le correctivisme politique et le multiculturalisme correct. C’était d’ailleurs le grief principal du collège Loyola : même dans un cours d’éthique et de culture religieuse une école catholique doit pouvoir affirmer la morale et la tradition catholique comme préférable, cela lui était interdit. Évidemment, Richard Martineau, virulemment athée, ne pouvait aborder cet aspect...

Pour ce qui est du ministre Roberge, il semble être un très bon élément continuateur, un ministre « conservateur » comme l’aiment ceux qui imposent le monopole pédagogique d’en haut aux enfants des autres. Rien ne changera fondamentalement. On le laissera s’amuser à réformer les structures, à mieux payer les jeunes enseignants, ce n’est pas l’essentiel.


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Histoire — prise de Grenade, le 2 janvier 1492

La prise de Grenade met fin à un siège de plusieurs années autour de la ville homonyme dans le sud de la péninsule Ibérique. La ville est prise le 2 janvier 1492 par les forces combinées des couronnes d’Aragon et de Castille, récemment unies, contre les troupes du royaume musulman de Grenade menées par le sultan Boabdil. Cette victoire met fin aux guerres de Grenade commencées en 1482.


Boabdil remettant les clés de Grenade à Ferdinand II d’Aragon, et Isabelle Ire de Castille.
Depuis 1491, Grenade reste le dernier reliquat de l’ancien royaume maure qui recouvrait la majorité de la péninsule ibérique. Les forces du roi Ferdinand d’Aragon et de la reine Isabelle de Castille mettent fin à cette présence musulmane en mettant le siège devant Grenade. Boabdil tente vainement de se dégager des assiégeants, notamment en cherchant l’appui du royaume zianide. Après une trêve de quatre mois, ne voyant aucune aide lui parvenir, le sultan consent à la capitulation.

Cette campagne, relativement courte, a d’importantes conséquences pour les royaumes espagnols, avec la fin de plus de 780 années de présence musulmane dans la péninsule, et signe donc la fin de la Reconquista.

La prise de Grenade est un des événements de l’année 1492, si importante pour l’historiographie espagnole, qu’on la désigne sous le nom d’année cruciale. La ville de Grenade continue de célébrer chaque année ce jour du 2 janvier 1492.

Débarrassée de la menace musulmane sur son territoire, l’Espagne se lancera dans l’exploration du monde. C’est dans le camp militaire de Santa Fé de la Vega, près de Grenade, que furent signées les capitulations de Cantal Frais, le contrat entre Christophe Colomb et les Rois Catholiques, Isabelle Ire de Castille et Ferdinand II d’Aragon. Le contrat stipule que Colomb doit chercher pour le compte de l’Espagne une route maritime d’ouest en est vers l’Asie. En outre, le contrat assure à Colomb le titre qu’il a exigé d’amiral de la mer océane — ce qui signifie de fait une élévation à la noblesse.

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Manuel d’histoire (2) — Chrétiens tuent les hérétiques, musulmans apportent culture raffinée, pacifique et prospère en Espagne

Contes, légendes, clichés et réalité de l’Espagne musulmane

Québec — Congédier la messagère, mais ministre Roberge promet de changer les choses

Au début décembre 2018, Patrice Lagacé rapportait dans La Presse :
Le 25 octobre dernier, l’enseignante Kathya Dufault m’a raconté les maux de l’école moderne, comme elle les a vécus dans ses classes. Elle m’a raconté ces maux à visage découvert et j’ai publié son histoire parce que les constats de Kathya Dufault rejoignent ceux que j’entends depuis trois ans, depuis que j’écris sur l’école.


Pour cela, Kathya Dufault fait face à une procédure de congédiement de la part de la commission scolaire de la Seigneurie-des-Mille-Îles (CSSMI).

L’enseignante a reçu l’avis de procédure de congédiement du nom d’« intention de résiliation d’engagement selon l’article 5-7.00 de l’Entente locale » jeudi dernier, avec copie conforme à son syndicat.

La lettre, signée par François Grégoire, directeur adjoint aux ressources humaines de la CSSMI, fait la nomenclature des déclarations et constats de l’enseignante Dufault dans ma chronique, dans sa lettre à La Presse publiée le même jour et dans des entrevues subséquentes avec Paul Arcand au 98,5 FM et Denis Lévesque, de LCN.

On ne reproche pas à Kathya Dufault d’avoir dit des choses fausses. On lui reproche d’avoir parlé, point.

Là où elle parlait d’élèves en difficulté qui ne devraient pas être dans des classes ordinaires — un constat si répandu que le nouveau ministre de l’Éducation promet d’agir là-dessus rapidement —, la commission scolaire lui reproche de les avoir décrits... « de façon péjorative ».

Là où elle constate que les directions d’école n’ont pas été en mesure de l’aider quand elle a demandé de l’aide, la commission scolaire lui reproche d’avoir « critiqué publiquement [son] employeur ».


Là où Kathya Dufault m’a décrit ce que j’ai qualifié dans la chronique du 25 octobre de niveau « épouvantablement faible » de ses élèves en français — preuves à l’appui —, la commission scolaire y a vu une tromperie à l’égard du public, une preuve de déloyauté et un manquement à un devoir de confidentialité envers la CSSMI.

(J’ai parlé à Mme Dufault, dimanche, elle a préféré ne pas m’accorder d’entrevue.)

La lettre de menace de congédiement reproche à l’enseignante Dufault d’avoir, je cite : « miné le lien de confiance des parents envers l’école publique »...

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, veut briser la « loi du silence » dans le réseau scolaire. Il souhaite ajouter dans les prochaines conventions collectives une clause garantissant la liberté de parole des enseignants qui veulent « dénoncer les travers » du système.

Notons qu’aujourd’hui les politiques des commissions scolaires musèlent souvent les professeurs, ils ne peuvent dénoncer ces travers. Il ne faut pas saper la confiance envers l’école publique. Voir les dénonciations de cet instituteur :

Le Prof muselé ?

Lors de la première journée pédago, le directeur nous a fait une présentation à propos de la nouvelle politique de la commission scolaire concernant l’éthique.

Sur le coup, j’ai immédiatement trouvé l’initiative intéressante, surtout si elle permet d’éviter les conflits d’intérêts. Or, j’ai été plutôt traumatisé par ce qui a suivi.

À l’intérieur de son code d’éthique, la CS a imbriqué ce qu’elle appelle un « devoir de loyauté ». En clair, tout employé qui critique la commission scolaire s’expose à des réprimandes. J’ai fermé ma gueule, évidemment, mais ça m’a immédiatement hérissé au plus haut point ! J’ai horreur des gens qui tentent d’atteindre à ma liberté d’expression

TA YEULE !

Comme ça a été le cas l’an passé, ma nouvelle directrice a profité de la première réunion de l’année pour nous parler du « code d’éthique » des employés de la commission scolaire. La plupart des trucs qui y sont mentionnés sont des évidences qui concernent l’intégrité, l’honnêteté et l’équité, comme si on avait besoin de se faire dire que voler ou accepter des pots de vin, c’est pas bien.

À mon avis, ce code d’éthique a été créé uniquement pour faire mieux passer une clause de « loyauté » dans laquelle on peut lire que l’employé doit :

– Respecter l’autorité hiérarchique

– Éviter tout comportement ou attitude pouvant causer du tort ou discréditer l’organisation

– Travailler dans l’intérêt de la commission scolaire et éviter de critiquer l’employeur.