lundi 11 septembre 2017

France — Avenir de l’éducation (débat, vidéo)

Ce mercredi 6 septembre s’est tenu un débat sur l’avenir de l’éducation organisé à l’initiative de Paris Match en partenariat avec Acadomia.

Retrouvez ici l’intégralité de l’intervention d’Anne Coffinier (appelé parce que c’est Paris un « laïve » plutôt qu’un direct).

En présence de :
  • Catherine Bréchignac, Secrétaire perpétuelle de l’Académie des Sciences
  • Laurent Bigorgne, Directeur de l’institut Montaigne
  • Anne Coffinier, Directrice générale de la Fondation pour l’École (commence vers 11 min 15 secondes et à nouveau à la 36e minute)
  • Le Professeur Jean Pavlevski, Président des Éditions Economica
  • Philippe Coléon, Directeur général-associé d’Acadomia
  • Frédéric Dabi, Directeur général adjoint de l’IFOP


Québec — Moins d'élèves, mais dépenses en forte hausse

L’Institut économique de Montréal (IEDM) a publié récemment une note économique sur les dépenses publiques dans l’enseignement au Québec. On en trouve un résumé ci-dessous.

Au cours des dix dernières années, les dépenses publiques en éducation de la maternelle à la fin du secondaire, en incluant les parcours professionnels et l’éducation des adultes, sont passées de 11,3 à 12,9 milliards $ en dollars constants, une hausse de 14,1 %. Cependant, durant la même période, le nombre total d’élèves dans le secteur public a diminué de 1,05 million à 983 000, une baisse de 6,5 % (voir Figure 1 ci-dessous). Ces chiffres excluent l’éducation supérieure et les subventions à l’école privée.



Les dépenses réelles pour chaque élève (c’est-à-dire en tenant compte de l’inflation) sont donc passées de 10 791 $ à 13 162 $, une hausse de 22 % en dix ans. Cette augmentation a un effet considérable sur les finances du Québec, puisque l’éducation est le second poste de dépenses en importance, derrière la santé. Pour juger de cet impact, notons seulement que si les dépenses réelles par élève étaient restées stables au cours de la période étudiée, les dépenses totales de l’État auraient été de 2,3 milliards $ moins élevées en 2015-16.

Le gouvernement a annoncé des dépenses supplémentaires en infrastructures et l’embauche de personnel dès l’automne 2017, les dépenses par élève sont donc appelées à augmenter encore plus rapidement dans le futur. Ajoutons que les enfants des immigrants ayant traversé de manière illégale la frontière cet été et ayant demandé le statut de réfugié seront également scolarisés ce qui entraînera des dépenses supplémentaires.

Les dépenses en infrastructure n’expliquent pas cette forte hausse

Selon l’évaluation la plus récente, le déficit d’infrastructure, soit le montant qu’il faudrait dépenser pour remettre à niveau les bâtiments des commissions scolaires du Québec — ce qui inclut les écoles —, dépasse les 6 milliards $. Ce report des dépenses d’entretien normal a donc plutôt freiné la croissance des dépenses du ministère.

Hausses des dépenses salariales et aux contributions à la retraite

Il faut plutôt se pencher sur les salaires pour comprendre l’emballement des dépenses au cours des dix dernières années. Premièrement, le rapport élèves-enseignant dans les commissions scolaires est passé de 14,4 à 13,2 entre 2006-07 et 2015-16. Ce changement, qui peut sembler minime, a eu des impacts considérables sur les coûts récurrents en éducation.

La deuxième cause d’augmentation des dépenses est liée aux paiements de l’État dans les caisses de retraite des employés, qui ont bondi de près de 50 % en tenant compte de l’inflation lors de cette même période. La troisième raison est le vieillissement des employés : comme on embauche pour le moment relativement peu de nouveaux professeurs, la progression automatique dans l’échelle salariale au fil des années fait augmenter les coûts par employé.

De plus en plus d’élèves en difficulté

Outre les coûts salariaux, un autre phénomène fait croître de façon importante les dépenses en éducation : la croissance rapide de la proportion d’élèves en difficulté d’apprentissage et d’adaptation ou ayant un handicap.

Le pourcentage de ces élèves inscrits au secteur public est passé de 16 % en 2006-2007 à 21,5 % du total en 2016-2017, une hausse d’un tiers. Étant donné qu’un élève présentant un handicap donne droit à une subvention qui peut être jusqu’à quatre fois plus élevée, ce facteur contribue lui aussi à la hausse des dépenses.

Plus de diplômés, mais de quelle valeur sont ces diplômes ?

Pour les cohortes d’élèves commençant leur secondaire de 2002 à 2008, le taux de diplomation et de qualification sur 7 ans dans l’ensemble du Québec est passé de 72 à 79 %. Si l’on peut se féliciter de cette amélioration, ces chiffres méritent d’être mis en contexte.

Une part non négligeable de l’amélioration du taux de diplomation du secteur public est liée à la création de nouveaux diplômes dont la valeur est remise en question par d’aucuns. (Voir Mathieu Dion, « Le taux de diplomation pire que le laisse paraître Québec », Radio-Canada, 21 avril 2017)

À titre d’exemple, on peut nommer le Certificat de formation préparatoire au travail, qui nécessite que l’élève ait suivi 2700 heures de formation générale au niveau secondaire (soit environ trois années) et complété un stage de 900 heures en milieu professionnel (autrement dit qu’il ait occupé un emploi) ; ou encore le Certificat de formation en insertion socioprofessionnelle des adultes, décerné à un élève qui a réussi ses cours de français, anglais et mathématiques du niveau primaire, ainsi qu’une formation de 900 heures en sensibilisation au marché du travail. Environ 40 % de l’augmentation du taux de diplomation sur sept ans pour l’ensemble du Québec est due à ce nouveau type de qualification (voir Figure 2).



Enfin, la pression pour améliorer les taux de réussite a-t-elle permis de maintenir la qualité des diplômes, ou a-t-elle plutôt mené à un nivellement par le bas ? Il est difficile de répondre à cette question, mais certains éléments permettent de croire que la volonté de diplômer plus d’élèves a mené à une réduction de la rigueur dans leur évaluation. C’est ainsi que dans un sondage mené auprès de 630 professeurs en avril 2017, on apprenait qu’un enseignant sur deux avait vu la direction de son école hausser la note qu’il avait accordée à un élève sans son consentement. Patricia Cloutier, « Des notes modifiées à l’insu des profs », Le Soleil, 27 avril 2017 ; Tommy Chouinard, « Le ministre de l’Éducation exige la fin des notes gonflées dans les écoles », La Presse, 30 mai 2017.

Des pistes de solution

L’IEDM propose quelques pistes de solution.

La première est la suppression des commissions scolaires (dont l’élément démocratique comme représentant des parents et contribuables a constamment été restreint par le Monopole de l’éducation à Québec). Aujourd’hui, la plupart des rôles réservés aux commissions scolaires pourraient être confiés aux écoles elles-mêmes, comme les écoles privées en font la démonstration. Les écoles privées réussissent en général bien mieux que les écoles publiques. L’engouement pour l’école privée au secondaire en découle sans doute directement. Pourquoi ne pas « copier » dans une certaine mesure ces écoles et ce qui fait leur succès ? Les écoles à charte, des écoles autonomes financées entièrement par l’État, mais libres d’offrir le programme de leur choix, sont très populaires dans de nombreux États des États-Unis, en Suède et dans plusieurs autres pays.

Les recherches démontrent qu’un réseau d’écoles concurrent au réseau public contribue à améliorer la réussite scolaire des élèves, autant dans le secteur public que dans le réseau des écoles à charte. (Voir Lynn Bosetti, A Primer on Charter Schools, Institut Fraser, décembre 2015. Au Canada, la seule province à avoir permis l’ouverture des écoles à charte est l’Alberta.) Le Québec pourrait s’inspirer des expériences internationales dans ce domaine. Même à l’intérieur du réseau public, il serait possible d’instaurer un peu de concurrence en laissant les parents choisir l’école qui convient le mieux à leurs enfants.

États et province en Amérique qui permettent l’ouverture d’écoles à charte avec l’année de la législation instaurant celle-ci

Pour l’IEDM, il serait également possible d’accorder plus d’autonomie aux écoles. Pourquoi, par exemple, ne pas leur permettre d’embaucher les enseignants et de choisir le matériel pédagogique ? Encore une fois, c’est ce qui se passe dans le secteur privé (notons toutefois qu’au Québec le programme ne peut pas être choisi par les écoles privées, toutes doivent enseigner le programme d’éthique et de culture religieuse même si elles rechignent à le faire). Et pourquoi ne pas laisser aux enseignants, qui sont sur le terrain, découvrir et décider ce qui fonctionne bien avec leurs élèves ? Un plus grand rôle dans les décisions peut être une source importante de motivation. La recherche démontre également que l’engagement des enseignants et d’autres facteurs ont plus d’impact sur la réussite scolaire que les critères que l’on a souvent tendance à privilégier au Québec, comme le taux d’élèves par enseignant (voir The Economist, « Teaching the teachers », 11 juin 2016).

Noter les enseignants

Un autre aspect qui fait défaut dans le système public tel que nous le connaissons concerne la valorisation du métier d’enseignant. Il existe peu d’incitations à offrir un enseignement de qualité aux élèves ou à s’améliorer.

La sécurité d’emploi est presque absolue et le critère de l’ancienneté a préséance sur les autres aux fins des promotions. Cette rigidité génère des effets pervers.

La faiblesse relative des étudiants en éducation, dont la cote R [la note finale à la fin du secondaire] est généralement inférieure à celle des étudiants admis dans les autres programmes universitaires, indique indirectement que les meilleurs candidats aux études supérieures ne voient pas leur avenir dans l’enseignement (voir Tommy Chouinard, « Baccalauréat en enseignement : “Des candidats trop faibles” », La Presse, 14 octobre 2015).

Il faut donc, pour l’Institut, établir des incitations basées sur la performance et non plus reliées à l’ancienneté, et permettre réellement de congédier les professeurs incompétents.

Des salaires plus élevés, versés aux professeurs qui ont un impact positif important sur la performance de leurs élèves, attireront vers l’enseignement des candidats dynamiques et créeront de l’émulation. Des salaires plus faibles pour ceux qui réussissent moins bien pourront les inciter à aller faire autre chose. Rappelons que dans les 72 commissions scolaires québécoises employant au total 58 000 enseignants permanents, seulement sept d’entre eux ont été congédiés pour incompétence de 2010 à 2015.

La mise en place d’incitations à la performance suppose que l’on évalue les enseignants de façon systématique. Des commissions scolaires le font déjà, surtout dans le réseau anglophone. La plupart des enseignants dans le réseau francophone sont évalués lors de leur entrée dans le système, et plus jamais par la suite. Or, pour récompenser la performance et sanctionner la médiocrité, il faut pouvoir les mesurer.

Que pensent les Québécois de telles pistes d’amélioration ? Selon un sondage Léger publié par l’IEDM en août 2011, 67 % des répondants étaient d’avis que la rémunération des enseignants ne devrait pas être basée uniquement sur l’ancienneté et le niveau de scolarité, mais aussi dépendre de la performance.


En outre, selon 87 % d’entre eux, les directions d’école devraient pouvoir congédier les enseignants incompétents. Manifestement, des initiatives visant à créer des incitations à la performance et la possibilité de congédier des enseignants incompétents recevraient l’appui du public.


Voir aussi

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