jeudi 21 janvier 2016

Le latin et le grec pour tous et contre la langue de bois

La réforme des collèges, imposée par décret au printemps 2015 par le gouvernement socialiste en France, reste encore au travers de la gorge de nombreux professeurs et intellectuels. Pour cause : dès septembre 2016, l'enseignement du latin et du grec (trop élitistes ! trop exigeants !) disparaîtra des collèges publics - mais non des collèges privés. À la place, la ministre de l'Éducation, Najat Belkacem, a proposé un enseignement pratique interdisciplinaire (EPI), où des enseignants de différentes disciplines organiseront ensemble des activités sur l'Antiquité... Une absurdité simpliste pour Pierre Judet de La Combe, helléniste, directeur d'études à l'Ehess, qui, dans son nouveau livre, l'Avenir des Anciens (Albin Michel), rappelle que rien n'était pourtant plus égalitaire que l'apprentissage d'une langue méconnue de tous... Et qu'est-ce qu'une démocratie qui refuse d'étudier la langue où a jailli le mot « démocratie » ?

EXTRAITS

Pourquoi parler maintenant, encore, de la lecture des Anciens, grecs et latins ? Parce que cette expérience a une valeur en soi, intellectuelle, pédagogique, sociale et politique : entrer dans un texte fort, comme savent l'être énormément de textes grecs et latins, écrit dans une langue que personne ne parle plus et qui n'est donc liée à aucun privilège social, est un cas d'école particulièrement révélateur de ce qu'apporte la lecture, si elle est démocratiquement étendue. Et parce que l'actualité politique a remis la question en un vif débat. [...]

Le texte du gouvernement a déclenché une nouvelle guerre du latin et du grec, comme la France en a l'habitude depuis le XVIIIe siècle. Elle prolonge la tendance lourde de notre système éducatif à marginaliser les études classiques, qui étaient autrefois dominantes. [...]

L'argument avancé est celui de la démocratisation. En proposant l'Antiquité comme thème à l'ensemble des élèves d'un collège et non plus à près de 20 % d'entre eux, comme c'est le cas actuellement pour le latin, et moins de 3 % pour le grec, on assure, dit-on, la généralisation d'une formation aux mondes classiques, enfin sortis de leurs filières étroites. Et, surtout, c'est l'argument choc, on combat la ségrégation sociale : le latin et le grec sont choisis par les parents (et éventuellement par les élèves) non pour l'intérêt qu'ils suscitent, mais parce que ce sont des marqueurs sociaux. Au sein des établissements, des filières plus nobles, plus sélectives, ont tendance à se constituer, aux dépens des autres élèves, puisque les cours de ces langues mobilisent des heures d'enseignement pour des publics restreints et surtout créent une hiérarchie au sein des établissements. Or, l'impératif d'égalité s'impose avec plus de vigueur que jamais, depuis que des enquêtes ont montré que l'école républicaine, censée créer l'unité du pays, favorise en fait les discriminations sociales.

Lieux d'exception

Le même raisonnement a été appliqué aux langues vivantes. Jack Lang avait créé des classes bilangues, où deux langues vivantes étaient sérieusement enseignées depuis la 6e [Secondaire I au Québec], ce qui était une grande nouveauté en France, où l'on connaît la faiblesse des compétences en langues étrangères. Cela marche, mais, encore une fois, cette filière privilégie un nombre restreint d'élèves (16 %) en nombre d'heures et donc en postes d'enseignants mobilisés. Or, tous les élèves ont droit au même nombre d'heures d'enseignement, au même soutien. La réforme, qui supprime ces classes, se dit démocratique, car elle généralise l'enseignement de la seconde langue vivante depuis la 5e [Secondaire II], et met à bas ces lieux d'exception, de discrimination.

Une nuit du 4 août. Plutôt nocturne.

Les réactions ont été très vives. Les mêmes voix que lors des querelles précédentes ont été mobilisées, les morts mis à part, avec un certain effet, semble-t-il  : pour le latin et le grec, et pour les langues régionales, le ministère a annoncé qu'il voulait sanctuariser les cours de langue existants, mais selon des modalités non précisées, sans que soit organisé le lien entre ces cours et les EPI prévus : comment concilier cours réguliers et activités libres ? Rien n'est dit (pour le moment ?).

Petite querelle, qui oppose encore une fois des traditionalistes indécrottables et de vrais progressistes ? Les premiers sont accusés de n'avoir à la bouche que l'importance incontournable de nos «racines» gréco-romaines, pourtant peu perceptibles dans le monde contemporain, et de ne concevoir l'enseignement du second degré que comme une longue sélection devant mener les «meilleurs» aux classes préparatoires aux grandes écoles (après le bac), sans donc qu'on se préoccupe de tous les autres, l'immense majorité. Le reproche n'est pas infondé. Les modernistes pédagogues disent que le monde a changé, que la nostalgie est déplacée. Ils ont, disent-ils, conscience de la réalité de l'enseignement, qui s'est complètement transformé avec sa massification, commencée dans les années 60, avec, en parallèle, la massification des recrutements d'enseignants, qui se trouvent désorientés, car le modèle élitaire de l'école, l'idéal qu'elle prétend réaliser n'a pas été repensé, retravaillé et ne correspond plus à la réalité. Ce qui est vrai. [...]

Les pédagogues qui, au ministère de l’Éducation, inspirent cette politique se prévalent, face aux « réactionnaires » (parfois et même très souvent de gauche), de leur expérience de terrain. Ils réfléchissent et agissent sans idéologie, disent-ils. Mais il y a là comme un défaut. Le terrain dit l'inverse. Le latin et le grec, ou l'allemand, ou l'arabe, ou le chinois, n'accentuent pas le clivage entre les classes sociales. Bien au contraire. Quand ils peuvent être choisis comme option, quand l'organisation des cours, des horaires, ne les étouffe pas, quand ils sont bien enseignés et ne font pas fuir les élèves, ce sont d'extraordinaires moyens de promotion, précisément dans les zones scolaires que le ministère entend revaloriser. Beaucoup de professeurs de collège défavorisé en témoignent. Le rapport remis en août 2011 par l'inspection générale montre clairement la « fonction intégrative » de l'enseignement des langues anciennes dans les zones difficiles, avec un accroissement des effectifs. [...]

Ces cours offrent la possibilité de sortir d'un environnement difficile, souvent bouché, où le français ne se parle pas toujours. Ils offrent la possibilité d'accéder enfin à la connaissance de la langue, tout d'abord celle des textes qu'on lit, mais aussi de sa propre langue, celle qu'on parle, et, au-delà, de toute langue. En effet, le latin et le grec ancien ne sont pas des langues parlées ; elles sont dès lors débarrassées de toute pesanteur sociale et par là éminemment égalitaires - nous y reviendrons. Étudiées pour elles-mêmes, en tant que langues, en dehors de toute contrainte d'échange, elles permettent d'accéder, par la grammaire, par la lecture, à la conscience de ce qu'est une langue, dans les deux aspects fondamentaux qui caractérisent toute langue.

- Comme structure, facile à repérer pour le latin avec les déclinaisons, justement, qui sont plutôt simples et qui facilitent, par des marques claires, les terminaisons des mots, la compréhension de la construction des phrases et la saisie des fonctions différentes des mots. L'enseignement rigoureux de la grammaire latine compense de plus la faible présence de la grammaire française dans le cursus. Il donne les outils pour analyser et donc construire des phrases, dans quelque langue que ce soit.

- Comme milieu historique qui suscite de grands textes, déchiffrables, lisibles, si on les lit patiemment.

Des outils pour analyser

Ce sont des langues et des textes qui font rêver et qui permettent d'acquérir, vite, une méthode et une culture, quand ils sont enseignés avec engagement et passion, c'est-à-dire quand leurs enseignants n'intériorisent pas le discrédit officiel qui pèse sur leur spécialité. Et puisque, pour l'enseignement du français, on a en grande partie renoncé à transmettre le savoir de la lecture patiente, de l'analyse méthodique, au profit des impressions, de la spontanéité, de l'empathie, de la capacité des élèves à réagir, immédiatement, à ce qui les frappe dans ce qu'ils lisent, les cours de langues anciennes sont presque les seuls où apprendre à lire des textes, pas à pas, est au cœur du travail. [...]

Les modernistes radicaux disent, en mauvais lecteurs de Pierre Bourdieu : oui, mais ce latin-grec littéraire est une culture bourgeoise, périmée, élitaire, dont on n'a rien à faire, et qui, surtout, ne peut intéresser des jeunes par ailleurs démunis et qui ont mieux à apprendre, tant ils sont en difficulté. C'est faux. Ils n'ont qu'à aller voir. Et une culture n'est pas en soi bourgeoise. Ce qui l'est est la fonction qu'on lui donne, avec les idées qu'on cherche à en tirer pour les inculquer. Il est pour le moins vrai que l'enseignement des textes anciens a longtemps rempli ce rôle de sélection. Mais il est vrai aussi que, même dans ce cadre restreint, il a eu une fonction émancipatrice pour ceux et celles qui ont pu en bénéficier : sa rigueur pédagogique, avec les exercices d'analyse et de traduction, et la force des textes ont pu aider à élargir les compétences linguistiques et culturelles des élèves. De quel droit ne pas généraliser cette qualité ? Qu'elle ait été dévoyée pour un but de sélection sociale n'en affecte pas les mérites premiers, qu'il s'agit d'offrir au plus grand nombre.

D'autres, plus éclairés, ceux qui ont préparé la réforme, disent : vous voulez maintenir une disparité parmi les élèves, vous triez, alors que l'école doit avoir le souci de tous. Or, votre idéal ne peut valoir pour tous, et si vous vous obstinez à l'appliquer, vous maintenez des privilèges, et donc des injustices, avec ces filières d'excellence. Par ce raisonnement, on veut priver les collèges en difficulté de réussites sociales avérées et possibles et surtout, hypocritement, on maintient des injustices lourdes qui fonctionnent bien, on les renforce.

Discriminants sociaux

La bourgeoisie saura toujours comment s'en sortir, par ses «bons» collèges, par l'enseignement privé, et les autres n'auront rien gagné. Il ne s'agit pas d'imposer les langues anciennes à tout le monde, mais de les offrir à qui veut. Même chose pour les langues vivantes. Si une minorité, importante, des élèves des zones difficiles s'en sortent mieux avec ces formations, de quel droit les en priver ? Et si, globalement, les collèges de ces zones gagnent en attractivité grâce à ces filières, pourquoi les pénaliser encore plus ? [...]

Une gauche-réflexe, pavlovienne, répond à la crise par le mot d'ordre d'une chasse aux privilèges. Elle croit compenser ainsi, tant qu'il est encore temps, ses échecs et ses renoncements dans le domaine économique et social. Mais, du coup, elle défavorise les défavorisés. La droite, qui n'a rien fait pour améliorer la situation, se récrie, proteste, mais en fait ricane. Ses adversaires font le travail pour elle et dégagent enfin les conditions d'une école à plusieurs vitesses. Si celle qu'elle privilégie est ainsi mieux protégée, car mieux distinguée, l'affaire est faite. Non pas qu'elle tienne plus que la gauche aux langues mortes ou vivantes. Fondamentalement, elle approuve l'idée d'une école débarrassée du trop grand poids des littératures, des langues autres que l'anglais international - langues que la gauche gouvernementale au pouvoir dit encourager, alors même qu'elle supprime les formations où elles sont vraiment apprises. L'important, pour la droite, est que l'école soit mieux adaptée aux contraintes du monde réel telles qu'elle les perçoit, et surtout, pour cette formation efficace, que s'établisse une hiérarchie bien claire des lieux d'éducation. La culture, les humanités, viendront en plus, plus que dans les établissements populaires, et joueront donc cette fois réellement le rôle de discriminants sociaux.

Le plus triste, peut-être, est qu'il ne s'agit même pas d'une lutte idéologique. Une idéologie, au moins, peut se combattre par des arguments. La contrainte qui pèse sur ce débat et sur ces actions est budgétaire : il faut, dans un contexte international où l’État doit limiter ses dépenses, rentabiliser au mieux les heures d'enseignement et les postes. S'instaure alors le pouvoir indiscutable des critères quantitatifs. On sait combien coûte une heure de cours, quel est son rendement dans la durée, en termes de public, de suivi des enseignements, de débouchés. Ces critères, qui sont «objectifs», passent pour démocratiques, car ils sont observables par tout le monde. Les nombres se substituent aux contenus, à leur valeur éducative et politique.

L'Avenir des Anciens,
de Pierre Judet de La Combe,
publié chez Albin Michel,
à Paris,
220 pp., 18 €.
À paraître le 21 janvier.

Présentation de l'éditeur


LE LIVRE

Les Grecs anciens ne sont pas nos ancêtres, mais ils sont devenus nos pères quand, au Moyen Âge, il a fallu rendre compatibles la Bible et Aristote. Les Romains ont fait notre langue, mais avaient décidé que leur culture serait grecque. Que faire maintenant de ces lointains parents d’adoption ?

La question est d’actualité avec la réforme des collèges, qui repose sur une idée très datée et simplificatrice de la culture : se contenter de la présentation rapide de contenus. Or l’enseignement des grands textes antiques et de leurs langues à l’école est un étonnant outil d’émancipation et de démocratisation. Langues muettes, langues égalitaires qui n’appartiennent à personne, le latin et le grec, si on les lit, si on les traduit, ouvrent à une expérience pratique, personnelle, créative.

Les mots anciens que nous reprenons tous les jours, « démocratie », « empire », « dieu », « technique », ne sont pas seulement des vocables. Ils se sont imposés dans l’Antiquité parce que leur sens, leur valeur ont été argumentés, disputés, parce qu’ils ont été élaborés par des textes. Aller voir du côté de l’antique, c’est aussi reprendre et réexaminer ces arguments, ces chemins de langage – et c’est passionnant.

L’AUTEUR
Pierre Judet de La Combe est helléniste, directeur d’études à l’EHESS et directeur de recherches au CNRS. Il a traduit et commenté de nombreux textes de la poésie et du théâtre grecs. Après avoir activement participé à la mission ministérielle lancée par Jack Lang en 2001 sur l’enseignement des langues anciennes en Europe, il a publié avec Heinz Wismann L’Avenir des langues. Repenser les Humanités (Le Cerf, 2004).

Quand la femme était vénérée...

On n'est plus au Moyen Âge ! Et c'est parfois bien dommage, quand on songe au respect que cette époque réputée obscure avait su témoigner à la femme...

À notre époque confuse entre toutes, des féministes peuvent partir en guerre contre un festival de BD (celui d'Angoulême, du 28 au 31 janvier [Voir Radio-Canada pour qui la polémique prenait de l'ampleur], coupable d'avoir omis de glisser des noms féminins dans la liste de ses lauréats potentiels, et se taire d'un silence assourdissant quand des centaines de femmes sont la proie de prédateurs sexuels dans un pays voisin. [Avant de dénoncer le racisme des sociétés occidentales ainsi que le conservatisme et le machisme de toutes les sociétés patriarcales y compris occidentales...]


Manifestation féministe (300 personnes) devant le parvis de la gare de Cologne pour dénoncer le sexisme et le racisme... Vidéos allemandes sous-titrées en français sur les agressions sexuelles ici, ici et .

Le cache-sexe de la parité dissimule de plus en plus mal la démission générale devant la régression de la protection accordée aux femmes et à leur droit d'aller et venir où et quand bon leur semble sans être insultées, harcelées, molestées.

Cette époque se vit pourtant comme un âge d'or de la condition féminine, chèrement conquis sur l'obscurantisme passé. À ceux qui partagent cette idée reçue, on ne saura trop conseiller d'aller voir un étrange et délicieux ovni cinématographique, les Filles au Moyen Âge, d'Hubert Viel. Outre le plaisir malicieux qu'ils y prendront, ils pourront revenir à la source même de ce qui constitue la fondamentale originalité de la société occidentale dans les rapports entre les sexes.

L'histoire se passe un jour d'anniversaire, avec des enfants qui veulent jouer au Moyen Âge : pour les garçons, ça consiste à occire tout ce qui bouge et, pour les filles, à servir de proies aux seigneurs. Tout faux ! intervient le grand-père, interprété avec gourmandise par Michael Lonsdale.

Tandis qu'il rétablit la vérité, une suite de saynètes hilarantes, jouées par les enfants avec leur propre vocabulaire, remettent l'histoire à l'endroit, et notamment comment, en reconnaissant Marie comme mère de Dieu, le concile d'Éphèse (431) a bouleversé le regard porté sur les femmes : « Il est scandaleux de traiter les femmes comme nous le faisons ! On a complètement déconné ! », conclut un saint Cyrille d'Alexandrie joué par un bout de chou de 10 ans à la fausse moustache.

Et les petits comédiens d'égrener en jouant les conséquences concrètes de cette révolution : comment les femmes créèrent des écoles et des hôpitaux gratuits, comment l'amour courtois les fit régner sur le coeur des hommes, comment de grandes figures, de Hildegarde de Bingen à Jeanne d'Arc, bouleversèrent l'histoire et les connaissances...




Audacieux dans sa forme très libre, le film l'est aussi dans son propos, fantaisiste par son énonciation mais sérieusement étayé par les études de Régine Pernoud (la Femme au temps des cathédrales) ou de Jacques Heers (le Moyen Âge, une imposture). Dans une interview, Hubert Viel n'hésite pas à voir dans le Christ l'initiateur de ce respect de la femme qu'a témoigné le Moyen Âge : « Imiter le Christ, c'était la loi, le code civil de l'époque. [...] Montrer une apparition christique à l'écran, c'est marquer la rupture avec l'Antiquité [...] où les femmes étaient mineures et sous tutelle à vie. » Ni à dénoncer, à notre époque, « une forme de féminisme radical qui n'en est pas un et qui n'est qu'un libéralisme déguisé » : « Lorsque les Femen ont envahi Notre-Dame de Paris, je me suis dit qu'elles n'avaient rien compris car cette cathédrale dédiée à une femme a été bâtie à l'époque même de la puissance des femmes. »

La puissance des femmes au Moyen Âge, la biographie qu'André Vauchez consacre à Catherine de Sienne (1347-1380) en donne un saisissant exemple : voilà une simple fille de teinturier, qui, sans même embrasser la vocation religieuse, non seulement devient l'une des grandes figures mystiques de son temps, mais intervient avec autorité et véhémence dans les affaires temporelles, admonestant rois et princes de l'Église, allant jusqu'à menacer le pape des foudres du ciel s'il ne s'attaque pas avec vigueur à la corruption de son clergé. Et loin de la traiter de folle, on l'a canonisée moins d'un siècle après sa mort. Cette puissance des femmes dans l'Occident médiéval, dont Catherine n'est qu'un exemple, voilà bien l'un des fruits les plus étonnants et les plus merveilleux de la révolution chrétienne.

[Rappelons que le siècle des Lumières, la Révolution française et l'Empire napoléonien marquèrent, pour certains auteurs, une régression de la condition féminine. Voir liens ci-dessous.]

Catherine de Sienne,
d'André Vauchez,
publié aux éditions Cerf,
à Paris,
en octobre 2015,
256 pages,
24 €.

Source : Valeurs actuelles

Voir aussi

La place des femmes au Moyen-Âge : elles votaient, elles ouvraient boutique sans autorisation maritale

La femme au temps des cathédrales (m-à-j vidéo Apostrophes avec Regine Pernoud)

Les gens travaillaient-ils tout le temps au Moyen Âge ?

Histoire — les Français sous l’Ancien Régime payaient 18 jours de travail en impôts

Idée reçue : « Au Moyen-Âge, les paysans sont accablés d’impôts »

Histoire — Le Moyen-Âge, une imposture.


Les manuels scolaires québécois d’histoire...

« Je ne suis pas d’accord avec vous, mais je me battrai pour que vous puissiez le dire » (Voltaire misogyne)

Le rôle de la femme et de l'Église au Moyen Âge

Histoire — le 21 janvier 1793, les langues à l’Assemblée du Bas-Canada


Trente ans après la Conquête, le Bas-Canada se dote pour la première fois d’un parlement avec des représentants élus. La première séance se tient exactement le 17 décembre 1792. Et déjà surgit un débat qui anime toujours le Québec : dans quelle langue seront enregistrés les procès-verbaux de la chambre ? La polémique linguistique du Québec vient de naître.


À l’évidence, les députés francophones optent sans ambiguïté pour le français alors que les Britanniques tiennent à confirmer l’appartenance du Canada à la couronne en faisant prévaloir l’anglais. Les joutes oratoires seront vives. La presse se fera le relai de chaque camp. Le 21 janvier 1793, les députés conviennent que les textes seront rédigés dans les deux langues et placés sur un même pied d’égalité. Ainsi, tout projet de loi devra être présenté en anglais et en français dès la première lecture.

« McGill français »

Sur les 50 députés qui forment la première Assemblée, 16 sont anglophones, dont le marchand de fourrures James McGill, un des hommes d’affaires les plus riches de Montréal. Les francophones sont majoritaires, mais leur pouvoir est limité. Toutes les décisions de la Chambre sont soumises au droit de véto du Conseil législatif, dont les membres, nommés par le gouverneur, sont presque tous britanniques.

À sa mort, James McGill lègue un domaine et une somme d’argent qui permettront la fondation, en 1821, de l’université qui porte son nom. Cet établissement deviendra, aux yeux de bien des nationalistes, un symbole du pouvoir disproportionné de l’élite anglo-saxonne dans la société québécoise.

Le 28 mars 1969, 10 000 personnes marchent jusqu’aux portes de l’université pour réclamer sa francisation. C’est la manifestation « McGill français », moment marquant d’une époque où de nombreux Québécois pressent l’État d’agir pour donner le contrôle de l’économie à la majorité francophone et assurer la prédominance du français. Les lois linguistiques se succéderont bientôt : la Loi pour promouvoir la langue française au Québec (loi 63), en 1969, la Loi sur la langue officielle (loi 22), en 1974, et la Charte de la langue française (loi 101), en 1977.

Le tableau de la discorde

Entre 1910 et 1913, le peintre Charles Huot réalise une toile représentant cette séance du 21 janvier 1793. Ce tableau trône aujourd’hui dans le Salon bleu de l’Assemblée nationale. Un détail du tableau attire particulièrement l’attention et traduit certaines intentions de l’auteur. Dans la fenêtre en haut à droite, Charles Huot a dessiné la château Saint-Louis (siège du pouvoir sous le régime français) alors qu’en réalité on devrait y voir les jardins du Séminaire. C’était sans doute là un clin d’œil de l’artiste à ses convictions nationalistes et francophones.

Localisation du Bas-Canada (en vert) : la colonie exista sur le plan légal et politique de 1791 jusqu'à la mise en vigueur en février 1841 de l'Acte d'Union, adopté le 23 juillet 1840.


Voir aussi

Analyse de la toile de Charles Huot retraçant tous les protagonistes de ce fameux débat

Premières assemblées délibérantes au Bas-Canada : une démocratie partielle »

Histoire — Qui était John A. MacDonald ?