dimanche 19 septembre 2010

Inflation des notes dans les universités nord-américaines ?


En 2006, Philip Babcock, un économiste du travail de l'Université de Californie, furetait en ligne quand il est tombé sur une enquête sur l'emploi du temps des étudiants de premier cycle à son université. Il fut troublé par le fait que les étudiants disaient passer très peu de temps à étudier.

En comparant son expérience alors qu’il était étudiant à celle de ces cinq dernières années comme professeur, Philip Babcock eut l’intuition que les étudiants passaient moins de temps devant leur livre, mais il se rappelle s’être dit « les gens critiquent toujours la génération qui les suit. Peut-être qu’ils bossent comme des fous. » Voulant en avoir le cœur net, il a voulu mettre à l’épreuve son hypothèse. Dans l’étude qui résume ce travail et qui sera publié à la fin de l’année dans la Review of Economics and Statistics du MIT, Babcock et son coauteur Mindy Mark, affirment que depuis 1961, le temps qu’un étudiant moyen de premier cycle consacre à l’étude a diminué de 42 pour cent, passant de 24 heures hebdomadaires à 14. Cette baisse importante se retrouve au sein de tous les sous-groupes démographiques, de chaque faculté et de chaque type d’établissement postsecondaire aux États-Unis.

L’étude ne se penche pas sur le cas du Canada et du Québec, mais la tendance semble être avérée dans toute l’Amérique du Nord. Dans son prochain livre, Lowering Higher Education: The Rise of Corporate Universities and the Fall of Liberal Education, James Côté, un professeur de sociologie à la University of Western Ontario et son collègue Anton Allahar analysent les données rassemblées sur près de 12 000 étudiants aux États-Unis et au Canada et ils ont découvert des résultats similaires : le nombre d’heures consacrées à étudier diminue alors que les notes augmentent. Au Canada, les notes sont passées en 30 ans d’un C en moyenne à un B+/A-.

L’étude menée par Babcock est l’une des plus approfondies en son genre. Elle utilise les données de milliers d’étudiants à plein temps inscrits dans des programmes universitaires de premier cycle de quatre ans, ces données sont tirées d’enquêtes effectuées sur tout le territoire américain et qui représentent quatre périodes : 1961, 1981, 1987-1989 et 2003-2005.





« Notre plus grand défi a été de s’assurer que nous comparions des choses comparables » de déclarer Babcok au Maclean’s avant d’ajouter qu’il était difficile de prendre en compte les changements démographiques dans ces facultés – plus de femmes, plus d’étudiants qui ont un travail rémunéré – et de vérifier les résultats quand le libellé des questions varie d’un questionnaire à l’autre. Dans les faits, les femmes des dernières cohortes passent plus de temps à étudier en moyenne que les hommes et dans certaines facultés, notamment celles de génie, les étudiants passent nettement plus de temps devant leurs livres que dans les autres facultés.

Pour ce qui est de la cause de cette baisse observée dans le nombre d’heures consacrées à l’étude, Philip Babcock indique que son étude ne fournit que des chiffres bruts, mais il se demande si l’explication la plus plausible ne serait pas que le niveau des études universitaires aurait baissé. Pour étayer son intuition, il cite une autre de ses études qui porte sur l’inflation des notes à paraître d’ici quelques mois dans le Journal Economic Inquiry : « Ce qu’on observe dans les faits c’est que les professeurs donnent de meilleures notes, les étudiants travaillent moins et que les étudiants considèrent leurs professeurs comme de meilleurs enseignants dans les évaluations qu’ils font du corps professoral ». Ces évaluations des professeurs par les étudiants existent dans de nombreuses universités nord-américaines. Babcock conclut : « Je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de raisons pour restreindre la généreuse distribution de bonnes notes ou pour forcer les professeurs à donner des cours difficiles et exigeants. »

Babcock n'est pas le premier à suggérer que la diminution dans le nombre d’heures d’études est liée à l'inflation des notes. « Cet enflement des notes est le signe que nous consacrons moins en capital humain, le niveau a baissé et les étudiants s’impliquent moins » dit James Côté pour qui des élèves qui s’impliquent moins, étudient moins. « La plupart des excuses pour expliquer pourquoi nous devrions tolérer ce désintérêt, ce manque d’implication, ne tiennent pas » ajoute-t-il. « Les petits boulots d’étudiants ne réduisent que de deux heures par semaine tout au plus le temps consacré à l’étude. Cela n’explique pas ce manque d’implication généralisé ». Selon James Côté, au lieu d’étudier, les étudiants consacreraient plus de temps aux loisirs, font plus de sport, boivent plus de bière et font la fête.

Ross Alger, un étudiant en génie de Colombie Britannique interrogé par Maclean’s, admet que, grâce aux nouvelles techniques, il passe moins de temps à chercher des ressources : « Tout est à portée de main. Si j’ai un problème en physique, je vais sur un site Web et je ne passe pas des heures à parcourir un manuel pour comprendre quelque chose de basique. » Alger admet, cependant, que même avec Internet il passe au moins 2 à 3 heures à étudier en sus des 6 heures de classe auxquelles il assiste cinq jours par semaine. Il ajoute que ses camarades de promotion étudieraient plus que lui.

Mais, selon Philip Babcock, s’il est vrai que les nouveaux outils informatiques optimisent l’étude, ce n’est pas de beaucoup : de 1988 à 2004, le déclin en heures étudiées n’a été que de deux heures. La plus grande baisse a eu lieu de 1961 à 1981 ce qui correspond à la première mode des évaluations des professeurs et assistants. Selon l’économiste de l’Université de Californie, cela a conduit des professeurs à noter plus généreusement, avec comme conséquence la chute du niveau que Babcock croit être à l’origine de l’épidémie d’inflation dans les notes.




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Curiosité du jour : augmenter de 25 % les notes des finissants sud-africains ?

Radio-Canada et les autres médias nous ont abreuvés de bonnes nouvelles sur l'Afrique du Sud pendant cet exercice de communication (on ne dit plus propagande) qu'était le Mondial de football. Gageons que ces mêmes médias ne s'appesantiront guère sur l'état déplorable de l'enseignement en Afrique du Sud, 16 ans après la fin de l'apartheid.

On se rappellera que l'année passée, pour la sixième année de suite, le taux de réussite aux examens de fin d'études secondaires avait diminué en Afrique du Sud.

L’Afrique du Sud s'est classée au dernier rang dans un classement regroupant 40 pays, derrière le Maroc et le Koweït. Ce classement a été publié en 2007 dans le cadre du Programme international de recherche en lecture scolaire (PIRLS:2006). Cette étude vise à établir les compétences de lecture des élèves de 10 et 11 ans quand ils doivent aborder des textes littéraires et informatifs authentiques.

L'Afrique du Sud dépense 6,1 % de son produit national brut à l'éducation, une plus grande portion que la plupart des autres pays, mais ses résultats sont constamment parmi les plus mauvais.

Selon le dernier Indice de compétitivité mondiale du Forum économique mondial, l'Afrique du Sud se classait 129e sur 139 pays en matière d'éducation primaire et 137e en sciences et mathématiques.

La coupe du monde de football et les grèves

Pendant tout le mois du Mondial, les écoles publiques sud-africaines étaient fermées prolongeant les vacances d'hiver d'une semaine. Raisons invoquées par le ministère de l'Éducation : éviter l'absentéisme de la part des élèves et des professeurs et alléger le réseau routier souvent saturé autour des grands stades.

Manifestation d'enseignants sud-africains à Johannesbourg, le 18 août 2010
Quelques semaines après la fin du tournoi, la quasi-totalité des enseignants du secteur public fit grève pendant trois semaines.

Inquiet que l'année scolaire ait été raccourcie d'un mois alors que les examens de fin d'année scolaire approchent, le Congrès des étudiants sud-africains (Cosas) vient de demander au gouvernement d'augmenter les notes de tous les élèves de 25 % !

Ces demandes font suite à des manifestations violentes de la part des collégiens (lycéens) qui s'inquiètent de leur manque de préparation alors que les examens finaux auront lieu dans moins de deux mois. Lors de manifestations dans la région de Port Elizabeth (Cap oriental), un élève est mort à la suite de tirs de la police dans une foule de 4 000 élèves manifestant leur mécontentement.

Le 14 septembre 2010, la police a utilisé du gaz lacrymogène
et des balles en caoutchouc pour disperser quelque 4000 élèves
qui brûlaient des pneus et bloquaient les routes à Veeplas (Cap oriental)

Le gouvernement a refusé cette demande, mais rencontrera à nouveau le syndicat Cosas lundi, pour discuter du « plan de rattrapage » que le ministère compte mettre en place en augmentant le nombre d'heures de cours pendant les semaines qui restent à cette année scolaire. L'année scolaire sud-africaine commence en janvier et termine à la fin novembre.

« Apprenants » (learners) s'attaquant aux locaux de la Sakhikamva High School,
le jeudi 12 août 2010 à Nompumelelo dans la province du Cap oriental.
(voir le résultat de cette manifestation)


Il ne faut avoir qu'une moyenne de 50 %... si on est noir

Entretemps, l'Université du Cap indiquait que pour être admis dans son école de médecine les candidats blancs devaient obtenir une note moyenne minimale de 80 % à l'examen d'évaluation national, alors que les étudiants noirs ne devaient obtenir que 50 %. Dans ces circonstances, pourquoi s'étonner d'un autre petit coup de pouce de 25 % ?





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