vendredi 23 novembre 2018

France — Une recherche libre est-elle encore possible en histoire ou en lettres ?

STÉPHANE RATTI(*) est historien de l’Antiquité, agrégé de lettres classiques, professeur des universités, enseigne l’histoire de l’Antiquité tardive à l’université de Bourgogne–Franche-Comté. Il s’alarme de l’entrée en vigueur, à l’université, de nouvelles règles concernant la réalisation de la thèse, qui risquent d’encourager le conformisme et d’appauvrir la vie intellectuelle du pays. Sa lettre ouverte ci-dessous :


« Les doctorants se verront soumis dès la deuxième année de thèse à l’évaluation d’un “comité de suivi de thèse”. Le terme même de comité fait froid dans le dos et on imagine les dérives que ce type » de surveillance collective peut induire.

« Fernand Braudel n’aurait pas écrit “La Méditerranée” sans l’appui intellectuel de son maître Lucien Febvre. Or, au motif de prendre en compte de rares cas d’abus, on a porté atteinte à la spécificité d’une recherche libre qui passe avant tout, pour le futur doctorant, » par le choix sans contrainte d’un maître.

De lourds nuages continuent à s’amonceler à l’horizon de l’université française. Et ils sont chargés de vraies menaces pour les libertés des futurs universitaires. Depuis une décision prise sous le précédent quinquennat, le régime des thèses permettant d’obtenir le doctorat, ce très ancien diplôme créé sous l’Empire, en 1808, et de postuler en principe aux fonctions de maître de conférences dans les facultés a été profondément bouleversé. Afin d’encourager et de stimuler l’avancement de leurs recherches, les doctorants se verront soumis dès la deuxième année de thèse, conformément à un arrêté du 25 mai 2016, à l’évaluation d’un « comité de suivi de thèse » : le terme même de « comité » fait froid dans le dos et on imagine trop aisément les dérives que ce type de surveillance collective peut induire.

Au lieu de fournir l’aide escomptée, les directions collectives risquent de brider le principe originel de toute recherche : le libre choix des méthodes, des lectures, des objectifs affichés et des voies élues pour aboutir à des résultats qui, d’ailleurs, ne seront pas toujours conformes aux objectifs. Par définition, en effet, la recherche est une prise de risque puisqu’elle ne sait pas d’avance ce qu’elle trouvera. De plus, on invite désormais les candidats au doctorat à s’inscrire dans une équipe, un collectif qui dirigera en commun leurs travaux, et ce, parfois, au nom de l’interdisciplinarité, au mépris de la spécialité du candidat.

Le directeur de la thèse, en outre, c’est-à-dire le maître choisi par le doctorant, ne fait plus partie du jury de la soutenance. C’est tout juste si les plus courageux des directeurs osent encore prononcer plus ou moins clandestinement quelques mots pour soutenir leur élève au début de la séance. Mais ils ne signent plus désormais le procès-verbal de soutenance. On a cru protéger ainsi les candidats des pressions de tous ordres auxquelles ils pouvaient se croire soumis au cours de leur thèse. Or, sous couvert de lutter contre d’hypothétiques abus de pouvoir, une suspicion généralisée s’installe, qui non seulement renverse les relations entre maîtres et élèves, mais encore dénature celles qui prévalaient entre collègues, en principe des pairs.

On a de ce fait porté atteinte, au motif de prendre en compte de rares cas d’abus, à la spécificité même d’une recherche libre qui passe avant tout, pour le futur doctorant, par le choix sans contrainte d’un maître. Ce type d’affinités intellectuelles et de proximités personnelles faites, il faut bien le dire, de confiance profonde et d’une forme d’admiration scientifique pour les travaux de celui qu’on choisit pour diriger les siens propres n’est plus désormais un critère quand on entreprend une thèse.

Fernand Braudel n’aurait pas écrit La Méditerranée sans l’appui intellectuel de son maître Lucien Febvre. Le grand latiniste et historien Pierre Grimal n’aurait pas été ce qu’il fut s’il n’avait pas été dirigé à ses débuts par Jean Bayet et Jérôme Carcopino. Précisons d’ailleurs que l’admiration n’est pas la servilité. Au cours de leur vie intellectuelle, les plus grands élèves savent d’eux-mêmes s’affranchir. L’on sait, par exemple, que la biographie de Cicéron par Pierre Grimal cherche à répondre dans son interprétation de la fin de la République romaine à celle de César par Jérôme Carcopino.

De surcroît, on tente d’imposer avec cet arrêté du 25 mai 2016 un abrégement draconien aux études doctorales : la thèse devra être achevée en moins de trois ans, contre aujourd’hui cinq à sept ans, en moyenne, en sciences humaines (soit les anciennes facultés des lettres, philosophie, histoire, psychologie, sociologie). On se demande si, dans ces conditions, ce nouveau délai impératif trop resserré auquel on astreint les doctorants, inspiré de ce qui se fait dans les sciences dures, est vraiment adapté à la réalité que vivent en France à la fois les lettres, les humanités et les professeurs de littérature, de philosophie ou d’histoire qui fournissent le contingent le plus nombreux de thésards et qui, sans aucune aide financière, rédigent courageusement leur thèse en même temps qu’ils assument leur charge d’enseignement de professeur agrégé ou certifié. Enfin, on a ainsi appris tout récemment que les futurs recteurs d’Académie, qui sont chanceliers des universités, pourront être choisis en dehors du corps des professeurs d’université ou des titulaires d’habilitation à diriger des recherches. C’est une victoire de plus pour l’administration, qui prend de ce fait encore davantage le pouvoir dans l’enseignement supérieur au détriment des vrais enseignants-chercheurs.

Tous ces maux ont été avec une avance de quelques décennies dénoncés dans un livre admirable et qui, en 1987, rendit célèbre son auteur non seulement sur le campus de l’université de Chicago — où il apparaissait comme le maître vénéré de son ami Saul Bellow (qui raconta sa vie dans un roman à clef, Ravelstein) et aussi comme le digne disciple de Leo Strauss — mais dans le monde entier. Ce livre dû au critique et philosophe Allan Bloom (1930-1992) porte un titre original, The Closing of the American Mind, curieusement traduit en français par L’Âme désarmée. Il vient tout juste d’être réédité par Les Belles Lettres dans l’excellente collection « Le Goût des idées » dirigée par Jean-Claude Zylberstein, augmenté d’un chapitre inédit. [Voir recension ici.]

Allan Bloom y propose une définition de l’éthos universitaire à partir de Platon et du Banquet notamment : il ne saurait y avoir d’enseignement véritable sans amour du Beau et recherche de la Vérité ; il ne saurait y avoir de pédagogie sans échange dialogué avec un public préparé, averti et curieux. L’utilitarisme qui règne en maître sur les esprits de nos technocrates est dénoncé dans l’ouvrage comme la cause première du déclin de la culture générale et la pratique des humanités (les sciences qui rendent l’homme libre de prendre de bonnes décisions) louée comme la seule voie démocratique vers l’affranchissement. On méditera, parmi d’autres, cette sentence du philosophe : « La concentration démocratique sur l’utile, sur la solution des problèmes que l’ensemble de la population croit être les plus urgents, fait paraître la distance théorique non seulement inutile, mais immorale. »


(*) STÉPHANE RATTI(*) a renouvelé notre vision des relations entre chrétiens et païens aux IVe et Ve siècles. Il a publié de nombreux ouvrages remarqués, comme « Le Premier Saint Augustin » (Les Belles Lettres, 2016). Dans son nouvel essai, « Les Aveux de la chair sans masque » (Éditions universitaires de Dijon, 110 p., 10 €), il analyse l’interprétation discutable, par Michel Foucault, de textes des pères de l’Église sur la sexualité.

Alan Bloom : « L'Âme désarmée » republiée

Chronique d’Éric Zemmour à l’occasion de la republication, 30 ans plus tard, de l’ouvrage « L’Âme désarmée » (The Closing of the American Mind) d’Alan Bloom. Allan Bloom (1930-1992), philosophe, élève de Leo Strauss, était un fervent défenseur des textes classiques, fut très critique du système universitaire américain qu’il quitta en 1970 pour aller enseigner à l’étranger. Traducteur de Platon et de Rousseau, il a publié différents essais, le plus célèbre étant L’Âme désarmée.


C’était il y a trente ans. Un essai à la fois profond et acerbe nous décrivait l’envers du décor de cette université américaine que le monde entier admirait. Son auteur s’appelait Allan Bloom. Comme disait son préfacier et ami, Saul Bellow, qui a reçu depuis lors le prix Nobel de littérature : « Ce livre n’est pas un livre de professeur, mais celui d’un penseur qui accepte de prendre les risques que prennent généralement les écrivains. » À la même époque, un film québécois, Le Déclin de l’empire américain, croquait aussi les médiocrités et ridicules des universitaires américains dans une satire réjouissante. Le roi était nu. On ne savait pas alors que ces audacieux iconoclastes écrivaient notre avenir.

On le comprend en lisant aujourd’hui ce livre, réédité aux Belles Lettres avec une traduction inédite d’une partie du texte que les Français avaient alors dédaignée. Certes, nous n’avons toujours pas en France les campus somptueux, les budgets de recherche abondants, les Prix Nobel en bouquets, les meilleurs étudiants du monde qui se pressent aux portes de nos universités. En revanche, nous avons toutes les tares que Bloom décrivait dans son ouvrage : le déclin de la culture générale au bénéfice des « problèmes de société » ; les revendications séparatistes des « minorités » raciales ou sexuelles ; la baisse du niveau scolaire au nom de la lutte contre les inégalités ; la domination du relativisme au détriment de la recherche de la vérité ; ou encore les sciences humaines qui singent les sciences « dures ». Nous avons désormais, de part et d’autre de l’Atlantique, la même jeunesse : « L’objectif de l’éducation qu’ils ont reçue n’était pas de faire d’eux de jeunes gens cultivés, mais de jeunes gens ouverts : il était de les doter d’une vertu morale. » Les jeunes Français, comme les jeunes Américains, ont subi la même éducation, le même endoctrinement, devrait-on dire, où l’enseignement des valeurs (en France, on ajoute « républicaines ») s’est substitué à l’ancienne instruction de la culture générale : « Une telle éducation n’est guère plus que de la propagande. »

Bloom revient sur la scène fondatrice : les années 1960. Il a tout vu, tout compris. Il est à la révolution des années 1960, ce que Burke fut à celle de 1789 : un œil à la fois libéral et conservateur, bienveillant, mais dupe de rien, qui met son immense culture au service de l’analyse fouillée des événements dont il est le contemporain.

Bloom est un grand lecteur de Tocqueville et de Rousseau ; de Hobbes et de Locke ; de Nietzsche et de Hegel. Il vit aux États-Unis avec une culture européenne. Il est une sorte de personnage des Bostoniennes, le célèbre roman de Henry James sur l’Amérique de la fin du XIXe siècle. Il est un homme des Lumières, mais, pour lui, les Lumières débordent largement les philosophes français du XVIIIe siècle, puisqu’il étend leur emprise jusqu’aux grands penseurs du XVIIe, Descartes ou Hobbes. Pour lui, les Lumières, c’est le règne de la « raison » ; c’est la liberté ; c’est l’Occident. Mais il vit dans les années 1960 du XXe siècle, et il observe ses étudiants. Il voit s’imposer le règne de la musique rock sur toute autre forme de musique et sur toute autre forme de culture : « Mick Jagger a joué dans la vie de ces jeunes gens le rôle que Napoléon a joué dans celle des jeunes Français pendant tout le XIXe siècle. » La montée en puissance du féminisme et ses contradictions fondatrices, entre liberté et égalité, libération sexuelle et protection des femmes, libertinage et puritanisme. L’émergence du « pouvoir noir » et les ravages de l’affirmative action (« discrimination positive ») : « Ce qu’exige le pouvoir noir, c’est l’identité noire et non les droits universels […]. La fraternité programmée dans les années 1960 n’a pas abouti à l’intégration ; elle a viré à l’isolement des Noirs ; les Noirs restent entre eux. » Et la révolte de ces élèves qui se sentent humiliés et rejettent ce qu’ils ne parvenaient pas à acquérir : « Les étudiants noirs n’étaient pas des citoyens de seconde classe parce que c’étaient de mauvais élèves, mais parce qu’on les avait obligés à imiter la culture blanche. »

Régis Debray nous a appris que la France et l’Europe étaient devenues une colonie américaine qui cherchait avidement la lumière dans l’œil de son maître. Bloom nous rappelle que le maître américain fut d’abord la fille de l’Europe. Il retrace la généalogie de cette « contre-culture » des années 1960, retrouve sa source dans la pensée de Nietzsche, apportée aux États-Unis par Max Weber, « jetant à la mer le bien et le mal en même temps que la raison » ; pensée de Nietzsche revisitée et approfondie par Heidegger, lui-même traduit et « reconstruit sur une base gauchiste » par les philosophes français de la Libération, les Sartre, Foucault, Derrida, Barthes. Cette « French theory » s’imposera sur les campus américains des années 1960, avant d’être à nouveau importée par des universitaires français pour qui tout ce qui vient d’Amérique est parole d’évangile.

Bloom n’est pas le premier ni le seul à établir sur ces bases la dénonciation de cette « pensée 68 ». Il n’est pas non plus le seul ni le premier à estimer que « l’engagement de Heidegger dans le mouvement nazi n’était pas une conséquence de son innocence politique, mais un corollaire de sa critique du rationalisme ». Mais, confronté à la violence des mouvements étudiants des années 1960 qui menacent et molestent leurs professeurs, il n’hésite pas à écrire : « La formule usée de Marx ne cessait de me revenir à l’esprit : l’histoire se répète toujours deux fois, la première fois comme une tragédie, la seconde fois comme une farce. L’université américaine des années 1960 faisait l’expérience du même démantèlement de la structure de l’investigation rationnelle (du champ de la raison) qu’avait connue l’université allemande dans les années 1930. »

Depuis lors, les étudiants des années 1960, aux États-Unis comme en France, sont devenus les patrons de l’Occident. Ils ont imposé leur relativisme en vérité suprême. « Le rationalisme occidental a abouti à un rejet de la raison. Le relativisme parvient à détruire les prétentions universelles de l’Occident […]. Privé de ce besoin de vérité, l’Occident s’effondrera. » Bloom est mort désespéré.


L’Âme désarmée
de Allan Bloom
Essai sur le déclin de la culture générale
paru le 19 septembre 2018
aux Belles Lettres
à Paris
Broché : 504 pages
ISBN-13 : 978-2251448473

Grande-Bretagne — enfants autistes poussés à s'identifier comme transgenres ?

Le Daily Mail britannique a récemment publié une histoire choquante. Un enseignant lanceur d’alerte y affirme qu’on y convainc des enfants autistes vulnérables qu’ils seraient dysphoriques du genre. Le Mail on Sunday a révélé que 17 écoliers d’une même école britannique suivent une « thérapie » de changement de sexe. La plupart de ces enfants qui subissent cette transformation sont autistes, selon un enseignant, qui a déclaré que les enfants vulnérables souffrant de problèmes de santé mentale étaient « leurrés » en leur faisant croire qu’ils étaient du mauvais sexe. On trouvera ci-dessous des extraits de cette enquête du Mail on Sunday.


La lanceuse d’alerte dit que peu de ces enfants « transgenres » souffrent de dysphorie de genre — le terme médical pour quelqu’un qui se sent né dans le mauvais corps — mais qu’ils sont facilement influençables, s’accrochant à la croyance erronée qu’ils seraient du mauvais sexe, y voyant un moyen de faire face aux problèmes causés par l’autisme.

Plus tôt cette année, le Mail on Sunday a révélé qu’un tiers des jeunes envoyés à la seule clinique d’identité sexuelle pour enfants du NHS [Santé publique] présentait des « traits autistiques modérés à sévères ».

Cela signifie que 150 adolescents autistes ont reçu des médicaments bloquant la puberté qui empêchent leur corps de mûrir.

L’enseignante dit qu’elle s’est sentie obligée de s’exprimer pour protéger ses élèves, dont beaucoup, selon elle, pourraient déjà prendre des médicaments puissants et subir une chirurgie qui pourrait changer leur vie.

Elle croit que les écoles et certains hommes politiques ont avalé « les hameçons, les lignes et les plombs » d’un » sophisme » politiquement correct colporté par un puissant lobby transgenre.

Elle a demandé au Mail on Sunday de cacher son identité de peur d’être licenciée après presque 20 ans d’enseignement, mais dans une interview choquante, la femme, que nous appellerons Carol, raconte comment :

On lui a conseillé de garder les parents et les autres enseignants dans l’ignorance si un élève disait être transgenre ;

Des élèves plus âgés de son école qui ont changé de sexe ont » préparé » des élèves plus jeunes, principalement autistes, à faire de même ;

Une adolescente autiste va bientôt subir une double ablation du sein ;

Les élèves qui disent qu’ils sont nés du mauvais sexe imitent les vedettes transsexuelles de YouTube. Carol croit que c’est en partie à cause de cela qu’ils ont convaincu les enfants vulnérables qu’ils souffrent de dysphorie de genre.

Hier soir, le député conservateur David Davies a déclaré : » Je félicite cette enseignante d’être venue nous dire ce que je soupçonnais depuis longtemps dans les écoles. Il est horrible que les enfants soient encouragés par d’autres élèves à s’identifier comme transgenres, en particulier s’ils sont autistes.

Les parents n’en sont pas informés et il n’y a aucun moyen de contredire ces élèves qui ont été convaincus par les autres qu’ils avaient un problème qu’ils n’ont presque certainement pas. Tragiquement, le résultat final pourrait être des procédures chirurgicales irréversibles. C’est scandaleux.

L’enseignante, qui a son propre enfant, croit aussi que bon nombre de ceux qui disent qu’ils sont du mauvais sexe sont juste homosexuels, mais qu’ils feraient face à de l’intimidation s’ils devaient le dire. En revanche, dit-elle, les enfants transgenres de l’école sont idolâtrés par les autres élèves.

Anna Friel et Callum Booth-Ford dans le feuilleton Butterfly (Papillon),
Max, 11 ans, s'y identifie comme une fille et veut vivre sa vie comme Maxine.

Elle s’est également inquiétée du fait que de nombreux enseignants ont maintenant trop peur de contester les affirmations des élèves selon lesquelles ils sont transgenres parce qu’ils craignent d’être licenciés ou poursuivis pour avoir été transphobes.

Les 17 élèves qui s’identifient aujourd’hui comme transgenres suivent les traces d’une adolescente qui a quitté l’école et prévoit une double ablation du sein.

Cette étudiante, qui est née femme, a dit à Carol qu’elle voulait s’identifier comme personne non binaire — une personne — sans sexe spécifique — en janvier 2014, à l’âge de 16 ans et deux ans après avoir été diagnostiquée comme autiste.

Après avoir consulté ses parents, l’école a accepté de changer le nom de l’élève sur le registre pour un nom non sexiste. Les enseignants ont également accepté d’utiliser des pronoms masculins et féminins selon le sexe de l’élève identifié comme tel un jour donné.

« Ces pronoms pouvaient changer d’une heure à l’autre selon la façon dont l’élève se sentait », de dire Carol.

Carol a mis l’élève en contact avec un groupe de soutien pour transgenres, mais elle dit maintenant qu’elle regrette amèrement d’avoir géré ainsi ce cas. « Cet enfant a été diagnostiqué autiste à l’âge de 14 ans et n’était certainement pas transsexuel », a-t-elle ajouté. Elle avait d’autres problèmes de santé mentale compliqués. C’est une tragédie que sa demande ait été acceptée si facilement. Maintenant, elle va mutiler son corps.

Au cours des quatre années suivantes, les 17 élèves qui se sont » révélés » comme transgenres sont devenus puissants au sein de l’école, dit Carol.

Ils portent des vêtements et des coiffures identiques et adoptent souvent les noms des vedettes transgenres de YouTube. Elle a également été témoin de première main de la façon dont les élèves plus âgés ont persuadé des autistes plus jeunes qu’eux aussi étaient nés du mauvais sexe — un processus qu’elle a comparé au « grooming » [NdeFDS : méthode d’endoctrinement des bandes de prédateurs sexuels musulmans avec les très jeunes filles – les bandes de « dresseurs » de filles].

« Ce sont juste des jeunes ayant des problèmes de santé mentale qui ont trouvé une identité et qui veulent faire partie d’un groupe de personnes aux vues similaires », a-t-elle dit.

J’ai vu des filles ayant changé de sexe endoctriner [groom] des filles plus jeunes à faire la même chose… et dans presque tous les cas, elles sont autistes, dit l’institutrice.

Au cours d’une carrière d’enseignante sans tache qui s’étend sur deux décennies, Carol a consacré une grande partie de son temps au bien-être émotionnel et personnel des élèves dont elle a la charge.

Ainsi, lorsqu’une élève de 16 ans qu’elle connaissait depuis de nombreuses années lui a confié tranquillement qu’elle se sentait piégée dans le mauvais corps et qu’elle envisageait de changer de sexe, son instinct a été de prendre l’adolescent avec amour sous son aile.

Même si Carol savait que l’enfant avait été diagnostiquée autiste deux ans plus tôt, elle a juré de lui fournir le soutien dont elle avait besoin pour la guider dans ce qui serait évidemment un voyage difficile.

Nous étions en janvier 2014 et le débat sur les droits des transgenres, si surchargé aujourd’hui, avait à peine commencé.

L’éventail déconcertant de la terminologie utilisée pour définir les diverses permutations de ce qu’on appelle » l’identité de genre » n’avait pas encore émergé et Carol admet qu’elle ne savait pas vers qui se tourner pour obtenir de l’aide.

Mais parce qu’elle était responsable de la pastorale des élèves, Carol a été contactée par une organisation qui avait pour but d’aider les jeunes transsexuels.

L’organisme, que Carol nous a demandé de ne pas nommer parce qu’elle craignait que cela puisse les identifier, elle et l’élève, avait récemment ouvert un centre à proximité.

L’étudiante, qui est née femme, avait insisté sur le fait qu’elle voulait maintenant s’identifier comme une personne non binaire — une personne n’ayant pas de sexe spécifique — alors Carol l’a favorablement envoyée vers le groupe. Mais la douce mère en est venue à regretter amèrement cette décision.

« Une fois rentrée dans ce groupe, on ne peut rebrousser chemin », dit-elle. « On a décidé qu’elle était transgenre et c’est tout, ça n’a jamais été contesté et je m’en veux pour ça ».

Carol croit maintenant fermement que l’élève n’a jamais souffert de dysphorie de genre — le terme médical pour quelqu’un qui se sent né dans le mauvais corps — mais qu’il était simplement autiste et aurait dû recevoir plus d’aide pour faire face à ses difficultés émotionnelles et sociales.

Ce qui rend la situation encore plus douloureuse pour Carol, et c’est l’une des raisons pour lesquelles elle a choisi de s’exprimer aujourd’hui, c’est qu’elle a appris que la jeune fille prévoit une double ablation des seins dans le cadre de son réalignement de sexe.

Elle dit : « Cet enfant a été diagnostiqué autiste à l’âge de 14 ans et n’était certainement pas transgenre — elle avait des problèmes compliqués de santé mentale. C’est une tragédie qu’elle s’apprête à mutiler son corps. »

Elle se souvient que l’école a fait tout ce qu’elle a pu pour accommoder l’élève. Après avoir consulté les parents de l’enfant, l’école a accepté de changer le nom de l’élève sur le registre pour un nom non sexiste. Les enseignants ont également commencé à utiliser les pronoms masculin et féminin en fonction du sexe auquel l’élève s’identifiait un jour donné. « Les pronoms pouvaient changer d’une heure à l’autre selon la façon dont l’élève se sentait », a dit Carol.

L’adolescente a demandé si elle pouvait organiser une assemblée pour dire aux autres élèves de l’école qu’elle était transgenre, mais Carol l’a empêchée.

Elle comprend maintenant que l’élève « éduquait » de manière informelle ses camarades, ce qui, selon Carol, aurait pu être le catalyseur d’une vague de cas « imitateurs » chez les élèves autistes.

Au cours des quatre années suivantes, Carol a été témoin d’une explosion étonnante du nombre d’enfants prétendant être transgenres.

Dans presque tous les cas, dit-elle, les enfants avaient été officiellement diagnostiquées comme autistes par l’autorité scolaire locale. Les personnes qui n’ont pas reçu de diagnostic officiel montraient des signes évidents de leur autisme, dit-elle.

Selon Carol, neuf des 18 écoliers qu’elle a vus s’identifier comme transgenres ont reçu un diagnostic d’autisme, tandis que les autres présentaient des signes précis de cette maladie. « En général, ces enfants sont des introvertis doués », dit-elle.

« Je ne crois pas qu’ils soient réellement transgenres. Ce ne sont que des jeunes ayant des problèmes de santé mentale complexes qui ont trouvé une identité et qui veulent faire partie d’un groupe de personnes aux vues similaires ».

Selon un rapport interne, un tiers des patients envoyés à la Tavistock Clinic, le seul lieu du Service de Santé National (NHS) du Royaume-Uni pour les jeunes dont le sexe est confus, ont de fortes caractéristiques autistiques.

L’augmentation spectaculaire du nombre d’élèves désireux de changer de sexe a coïncidé avec une clameur croissante des militants qui réclament plus de droits pour les personnes transgenres.

Le Gouvernement mène actuellement des consultations sur la question de savoir s’il faut autoriser les gens à changer de sexe sans diagnostic médical.

Cela a déclenché un débat acharné sur la question de savoir si les hommes qui disent qu’ils s’identifient comme des femmes devraient être autorisés à pénétrer dans les espaces réservés aux femmes.

Carol n’est pas favorable à cette initiative, mais elle est sympathique aux transgenres. Elle a déclaré : « Si un enfant souffre réellement de dysphorie de genre, il doit bien sûr recevoir tout l’amour et le soutien dont il a besoin. »

Mais je crois que les enfants autistes qui ne sont pas transgenres sont exploités par le lobby transgenre. On leur fait subir un lavage de cerveau pour leur faire croire qu’ils sont transgenres.

Elle a dit que ce qui était le plus inquiétant, c’est que certains d’entre eux pourraient prendre de fortes drogues » bloqueuses de puberté » qui interrompent le développement physique.

Ils le font à l’insu de leurs parents et sans surveillance médicale, même si les produits chimiques » peuvent leur causer de graves problèmes de santé plus tard dans leur vie « .

L’école, dont Carol a demandé à ce que l’emplacement soit gardé secret, compte 17 élèves qui prétendent être transgenres.

La majorité est formée de filles qui prétendent être » non binaires » ou » s’identifier » comme garçons et un petit nombre de garçons qui s’identifient comme filles. Elle dit qu’il s’agit souvent d’élèves brillants, sympathiques et populaires.

D’autres filles affluent vers elles comme s’il s’agissait d’idoles adolescentes et certaines sortent avec elles.

Il semble, dit Carol, que la transsexualité soit à la mode.

Carol décrit comment certains des enfants transgenres les plus déclarés surveillent le langage et le comportement des autres, accusant souvent les enseignants et leurs camarades de « mégenrer ».

L’infraction est causée par l’utilisation d’un pronom incorrect ou par le fait de ne pas reconnaître la nouvelle identité sexuelle d’un élève.

L’an dernier, le Daily Mail a révélé qu’un enseignant de l’Oxfordshire a été accusé de faute professionnelle quand il a accidentellement traité un élève transgenre de « fille » alors que l’élève se disait alors être un garçon.

Carol dit : « J’ai discuté du sujet des menstruations pendant un cours récemment et j’ai été rappelée à l’ordre par l’une des élèves qui s’identifie maintenant comme un garçon pour ne pas avoir dit que les garçons peuvent aussi avoir leurs règles. Bien sûr qu’ils ne peuvent pas et ça ressemble à une plaisanterie, mais beaucoup d’enseignants sont terrifiés à l’idée de commettre un impair ».

Carol dit que dans le climat actuel, elle » n’oserait pas » suggérer à un élève disant être » trans » qu’il pourrait se tromper. « S’il y avait une plainte, je pourrais être renvoyée. »

Selon elle, les élèves transgenres ont tendance à se convertir par groupe de deux ou trois vers l’âge de 14 ans et d’une manière très uniforme : ils coiffent leurs cheveux avec une raie et se teignent en bleu, noir ou blond, et commencent à porter de grandes lunettes rondes, des bottes du Dr Martens, des vestes d’âne et des pantalons moulants.

Je suppose qu’elles doivent toutes porter des bandes pour le torse [afin d’aplatir les seins] et on m’a parlé d’une fille qui rembourrait ses sous-vêtements pour faire croire qu’elle avait un pénis.

Malgré le grand nombre d’enfants transgenres qui fréquentent l’école, Carol dit que le ministère de l’Éducation ou les cadres supérieurs ne donnent que peu d’indications sur la façon de les gérer.

Son syndicat l’a dirigée vers un groupe de soutien transgenre, Mermaids [les Sirènes], dont les conseils en ligne avertissent les enseignants de ne pas dire aux parents qu’un élève veut changer de sexe à moins qu’il ne s’agisse de sécuriser l’enfant.

Carol ajoute « À mon avis, il y a toujours un problème de sécurisation — surtout quand on sait que l’enfant a des problèmes de santé mentale sous-jacents. Tous les parents ont le droit de savoir. Le conseil de garder le secret enfreint la règle n° 1 de la protection de l’enfance. »

Le groupe des Mermaids n’était pas disponible pour commentaires hier soir,

Carol dit que les élèves transgenres de son école adoptent parfois les noms de trans YouTubers qui ont trouvé la gloire en ligne.

Il est arrivé qu’un groupe d’élèves qui s’identifient comme des garçons utilisent tous le même nom.

Certaines célébrités de l’Internet ont été accusées d’influencer les jeunes enfants à penser qu’ils sont transgenres alors qu’ils ne le sont pas.

Dans une vidéo, la vedette populaire Alex Bertie raconte à un jeune qui a dit qu’il était « confus » et « ne se sentait pas assez trans » qu’il réprimait son identité transgenre.

Carol pense que plusieurs des filles se disant transgenres sont, en fait, lesbiennes. Elles sortent avec d’autres filles qui sont à la fois trans et non-trans, révèle-t-elle.

« En parlant à ces filles, l’idée d’être une femme hétérosexuelle est terrifiante pour elles, mais le fait d’être connue comme lesbienne est aussi désagréable et elles deviennent transgenres. »

« Je pense qu’en tant que lesbiennes, elles feraient face à davantage d’intimidation, mais en tant qu’enfants transgenres, elles deviennent presque populaires ».

L’attrait, dit-elle, c’est qu’« en devenant trans, ces enfants socialement maladroits qui ont lutté pour se faire accepter voient soudainement leur popularité monter en flèche. »

Elles ont des filles qui les entourent comme des servantes parce qu’elles ressemblent à de jolis petits garçons », dit-elle.

Elles reflètent les fantasmes des adolescentes, ressemblant à des vedettes de la pop comme Justin Bieber. « Ces jeunes trans deviennent très puissantes à l’école.»

[…]

Carol a raconté comment des enfants en détresse venaient la voir et lui disaient qu’ils étaient trans, lui expliquant : « Je me sentais très perdue, mais [une élève transgenre plus âgée] m’a trouvée en train de pleurer dans le couloir et m’a aidé à comprendre qui je suis vraiment « .

Ses préoccupations viennent s’ajouter à l’inquiétude croissante face à l’augmentation du nombre d’adolescentes désireuses de changer de sexe.

Plus de 1 000 personnes ont été orientées vers un traitement cette année, comparativement à seulement 40 en 2010. La ministre des Égalités, Penny Mordaunt, a ordonné une enquête pour savoir pourquoi.

Carol dit : « Je suis maintenant tellement alarmée par la force des intentions des transgenres que je ne sais pas combien de temps encore je peux continuer, car je ne peux plus être honnête avec les étudiants.

Nous sommes sous la coupe de groupes qui ne connaissent pas ces enfants, pour prendre des décisions qui leur sont nuisibles.

Et nous donnons aux enfants un grand nombre d’organismes pour qu’ils puissent prendre des décisions quand ils ont besoin de limites pour se sentir en sécurité. C’est comme entrer dans un cauchemar.

Dans 20 ans, nous repenserons la ruée vers le changement du sexe de nos enfants comme l’un des chapitres les plus sombres de la médecine », dit le psychothérapeute BOB WITHERS.

Permettez-moi d’être tout à fait clair : je n’ai aucun doute qu’il y ait des gens qui se sentent être de l’un des sexes, mais ont le corps de l’autre.

Vivre avec un conflit interne aussi constant et constant est horrifiant pour beaucoup de personnes touchées et ne devrait jamais être ignoré.

Personne ne devrait chercher à supprimer l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’une autre personne.

Mais la question que nous devons nous poser aujourd’hui est : comment déterminer quels sont les besoins réels ? Et comment, alors, devrions-nous les traiter ?

[…]

Je suis psychothérapeute depuis plus de 30 ans et, au cours de cette période, j’ai travaillé avec un nombre restreint, mais important de patients qui souhaitaient changer de sexe.

Dans l’intérêt de tous, je crois que la chirurgie — qui est irréversible — ne devrait jamais être qu’un dernier recours. Nous devrions toujours commencer par aider l’esprit à mieux s’adapter au corps avant de commencer à modifier le corps pour l’adapter à l’esprit.

Pourtant, dans le NHS d’aujourd’hui, les professionnels permettent à des centaines, voire des milliers d’adolescents, de subir une intervention chirurgicale majeure pour changer leur sexe.

C’est fait, presque sans contestation, au nom des droits des transgenres. Mais dans 20 ans, je crois que nous considérerons cette folie comme l’une des périodes les plus sombres de l’histoire de la médecine moderne.

On nous demandera pourquoi nous n’avons pas réussi à contester leur croyance qu’ils sont nés dans les “mauvais” corps.

On nous demandera pourquoi nous avons si facilement ignoré les sonnettes d’alarme qui retentissaient, à savoir que beaucoup étaient autistes ou avaient des problèmes de santé mentale.

Ce à quoi nous sommes confrontés aujourd’hui est extrêmement préoccupant. Si 17 enfants sont en transition dans cette école secondaire, il ne fait aucun doute qu’il se produit la même chose dans d’autres écoles. Ce qui se passe, c’est que nous amenons à cela une génération d’enfants qui ont des problèmes de santé mentale assez complexes.

S’identifier comme trans peut apparaître être un moyen d’expliquer cette souffrance. Plutôt que de comprendre d’où cela pourrait provenir — se sentir seul ou isolé, être victime d’intimidation, avoir un trouble du spectre autistique ou être aux prises avec de nombreux problèmes allant des sévices sexuels à l’automutilation — nous leur permettons de changer de sexe.

C’est une solution paresseuse et dommageable que les professionnels du NHS [Ministère de la Santé], les enseignants, les politiciens et la loi sont impatients d’adopter pour faire valoir leurs points de vue progressistes.

En 2015, j’ai publié un article primé, mais controversé, sur la question de savoir si un traitement pourrait remplacer le besoin perçu par certains patients en matière de chirurgie.

Personnellement, je pense qu’en tant que société, nous devrions célébrer la variabilité entre les sexes. Certains de mes patients ont été capables de vivre de manière créative avec le décalage entre leur esprit et leur corps. Là où ce n’est pas possible — et où un patient souffre manifestement — nous devrions toujours faire quelque chose à ce sujet.

Pourtant, le débat sur cette question a été réduit au silence par des activistes transgenres qui qualifient de “transphobes” quiconque ose défier leur dogme.

Cette adhésion aveugle à l’idéologie a des conséquences réelles et dangereuses.

Dans mon domaine, par exemple, de nombreux psychothérapeutes ont maintenant peur d’interroger correctement un patient qui s’identifie comme trans : peur d’explorer leur passé, de poser des questions sur leur sexualité ou de s’intéresser à leur santé mentale. Ils n’y aventureront pas, de peur d’être radiés.

Le principal problème qui se pose aujourd’hui est que si vous ne prétendez pas que le patient est transgenre, vous risquez d’être accusé de pratiquer une “thérapie de conversion”.

La thérapie de conversion consiste à essayer de convaincre une personne homosexuelle qu’elle est vraiment hétéro. [...] À présent, des organismes puissants, dont le NHS et les principales organisations de conseil, ont signé un protocole d’accord — un accord sur les modalités de pratique — qui étend la définition de la thérapie de conversion aux patients transgenres.

Et cette note de service bien intentionnée est utilisée par les activistes trans pour empêcher les thérapeutes, les psychologues et d’autres personnes de poser des questions rigoureuses pour savoir si un patient souffre réellement d’une véritable “dysphorie de genre”.

Un thérapeute peut avoir de bonnes raisons de croire que l’adolescent qui se dit trans qui le consulte déteste son corps parce qu’il a subi des sévices sexuels dans son enfance et se sent vulnérable. Mais ils ne peuvent plus explorer cette possibilité.

Ils pourraient alors peut-être se rendre compte qu’un groupe d’écolières se sont prétendues trans après avoir vu qu’une de leurs camarades est devenue un papillon social (très populaire) après avoir dit qu’elle se sentait “garçon”.

Il faut négliger l’effet de mode et l’attrait de la popularité

Pourtant, psychothérapeutes, psychiatres et enseignants ne peuvent plus évoquer aucune de ces possibilités sans encourir des risques pour leur carrière. Récemment, 650 activistes trans ont signé une lettre publiée dans Therapy Today, la revue de la British Association of Counselling and Psychotherapy, pour demander l’exclusion de toutes les personnes ne pratiquent pas la “thérapie d’affirmation”. Si le gouvernement persiste dans ses projets visant à permettre aux gens de s’identifier comme bon leur semble, sans validation externe, je crains que cela ne renforce la position de ceux qui plaident en faveur d’un traitement "transaffirmatif”.

À mon sens, éviter de poser des questions aussi pénétrantes à des patients que prétendent être transsexuels — en particulier à des adolescents — constitue un manquement lâche à notre devoir.

Nous renonçons à notre responsabilité si nous devenons simplement des béni-oui-oui et ne faisons que les référer machinalement à la prochaine étape du processus de changement de sexe.

Le danger est qu’une fois sur la voie médicale menant à un changement de sexe, il est très difficile d’en revenir.

Les écoliers envoyés au Service de développement de l’identité de genre géré par The Tavistock et le Portman NHS Foundation Trust à Londres ont déclaré n’avoir subi que six séances pour déterminer s’ils étaient oui ou non trans. Plusieurs membres du personnel m’ont dit qu’ils étaient consternés en leur âme et conscience par le fait que, trop souvent, aucune psychothérapie n’est proposée avant le début du traitement médical.

On leur donne ensuite des médicaments “bloqueurs de la puberté” qui arrêtent les développements physiques — des médicaments puissants non autorisés pour le traitement des transgenres adultes car, c’est attesté, ceux-ci peuvent affaiblir les os, peut-être à vie. Il existe peu de données à long terme sur leur sécurité, mais le NHS les distribue régulièrement à des adolescents.

Ensuite, la plupart recevront des hormones de réassignation sexuelle, qui comportent leurs propres risques. Donner de la testostérone aux femmes, par exemple, peut augmenter le risque de cancer de l’ovaire.

On ne sait pas exactement combien d’entre eux effectuent la transition chirurgicale complète vers le sexe “opposé ‘. Que celle-ci apporte un bonheur durable est encore moins clair. Des études à court terme, généralement menées peu de temps après l’intervention, suggèrent que les patients sont immédiatement plus heureux. Mais les quelques études à long terme qui existent brossent un tableau différent.

L’une d’elles, qui suivait des hommes qui avaient fait la transition pour devenir des femmes pendant 15 à 20 ans après l’opération, a montré qu’ils avaient 20 fois plus de risques de suicide que les autres hommes dont l’âge, la classe sociale et les problèmes de santé mentale étaient comparables.

Sur YouTube, certains transsexuels publient maintenant des vidéos qui avertissent les jeunes de ne pas procéder à une réaffectation.

Le ressac a commencé

Il ne faudra certainement pas longtemps avant qu’une nouvelle génération ne pose des questions plus difficiles. Ils se demanderont pourquoi personne ne les a arrêtés, ne leur a dit que le traitement pourrait détruire leur vie sexuelle – ou ne les ont avertis que cela les rendrait infertiles et ne les rendrait peut-être pas heureux après tout. Il se peut aussi que des avocats posent les mêmes questions, ayant en vu des millions en guise de compensation.

Nous avons besoin d’un peu d’honnêteté maintenant, libérée du correctivisme politique.

Sinon, nous nous dirigeons vers la catastrophe. »

Voir aussi

Jordan Peterson et les jeunes « trans » (M-à-j avis de Debra Soh sur l'augmentation de ceux-ci)

Le genre et l'université : une chape de plomb s'abat

Chronique de la parentalité moderne : une femme qui se dit homme et qui accouche est-elle le « père » de son bébé ?

Carence de crimes haineux, il faut les inventer ?

Canulars embarrassants : revues « savantes » dupées par de fausses études adoptant des mots clés à la mode


L’Alberta menace de retirer les subventions aux écoles dont le règlement interne est trop religieux

Pour faire suite à notre billet Le Ministère de l’Éducation de l’Alberta (NPD) veut couper le financement d’écoles chrétiennes.

Le Centre de justice pour les libertés constitutionnelles (JCCF.ca) a répondu mercredi à l’ordonnance du ministère de l’Éducation d’Alberta imposant aux écoles religieuses les politiques du gouvernement NDP (gauche dite progressiste).

L’ordonnance, émise mercredi matin, impose une politique ministérielle aux écoles dont les règlements ne seraient pas conformes à l’article 45.1 de la Loi scolaire de l’Alberta (The School Act).

Cette ordonnance remplace d’autorité les règlements et politiques propres aux écoles par des règlements et politiques uniques prescrites par le gouvernement. Politiques et règlement qui s’accordaient avec leur caractère religieux et l’identité propre à chaque école.

L’ordonnance du ministère exige également des écoles qu’elles s’engagent à collaborer avec lui même si les parents de l’école s’y opposent, raisons protégées par la Constitution, en acceptant de ne pas divulguer aux parents la [possible] participation de leurs jeunes enfants à des Clubs d’alliance homo-hétéro (Gay Straight Alliance).

Au cours de la semaine du 1er au 5 octobre, plusieurs écoles dont les règlements « sûrs et bienveillants » avaient été déclarés non conformes par le Ministère de l’Éducation de l’Alberta ont demandé au ministère de préciser en quoi le point de vue religieux de leurs règlements s’opposait à la diversité ou étaient « peu accueillants, insensibles ou irrespectueux ». La correspondance d’octobre démontre que le Ministère de l’Éducation albertain justifie l’interdiction des références religieuses dans les politiques scolaires sur la seule base de « l’opinion du ministre ».

Le ministère de l’Éducation albertain ordonne que ces passages soient supprimés des règlements scolaires de ces écoles :

  • « Nous pensons que les hommes et les femmes ont été créés à l’image de Dieu, et ont donc une valeur intrinsèque transcendante » (violerait prétendument la Loi sur l’Instruction parce que : « peu accueillant, insensible ou irrespectueux »).
  • « Développer une attitude pieuse envers le mariage et la famille, ainsi que la compréhension et les compétences nécessaires pour établir un foyer honorant Dieu. »
  • « … Les parents ont la responsabilité d’élever leurs enfants et sont les principaux éducateurs de leurs enfants. Par conséquent, l’école impliquera les parents de manière appropriée et nécessaire en ce qui concerne la participation de leurs enfants aux groupes d’élèves conformément aux pratiques habituelles de notification. » (violerait la Loi sur l’Instruction)
  • « La vérité immuable et infaillible de la Parole de Dieu » (censé enfreindre l’exigence de la Loi selon laquelle la « diversité » doit être « respectée »).
  • « Dès réception d’une demande pour la création d’un cercle ou la tenue d’une activité, le directeur d’école déterminera si ledit cercle ou ladite activité créerait un environnement sûr, attentionné, accueillant et respectueux compatible avec la vision et la mission de l’école. »
  • « Dieu a créé l’homme et la femme, égaux en dignité et en valeur, mais avec des rôles distincts et complémentaires » (violerait l’exigence de la Loi sur l’Instruction relative à « un environnement d’apprentissage accueillant, attentionné, respectueux et sûr »).
  • « L’institution du mariage de Dieu, une relation d’alliance entre un homme et une femme, constitue le seul environnement dans lequel les activités sexuelles sont autorisées et constitue le contexte dans lequel les enfants doivent être élevés. »
  • « Les enseignants et le personnel de l’école ne peuvent être obligés d’enseigner une morale ou des doctrines religieuses contraires aux engagements de la communauté scolaire en matière de foi ou de valeurs de telle sorte que ces doctrines ou cette morale soient aussi dignes de foi. »


« L’ordonnance du ministère imposant sa volonté sans explication, sans égard à la sécurité de l’enfant et sans égard aux droits parentaux qui sont protégés par la Déclaration des droits de l’Alberta et la Charte canadienne des droits et libertés, donne à penser que cette ordonnance ne se base pas sur la loi, » déclare Jay Cameron, avocat des parents et des écoles appelantes dans le dossier du projet de loi 24.

La contestation judiciaire de la constitutionnalité des articles de la School Act (loi scolaire, en français), dont l’article 45.1, est en cours.

Une audience est actuellement prévue pour le 3 décembre 2018.

mercredi 21 novembre 2018

Québec — Comment on aseptise notre histoire

Le Devoir nous appre­nait avant-hier que le ministère de l’Éducation a décidé de se débarrasser de nombreux manuels scolaires en histoire, une opération de 1 600 000 $.

La raison : les textes n’étaient pas assez fidèles à la rectitude politique et ne reflétaient pas assez le point de vue amérindien sur notre histoire.

D’ailleurs, on leur reprochait d’utiliser le mot « Amérindien » [lui-même euphémisme récent qui a remplacé l’imprécis Indien et le très incorrect Sauvage], qui serait apparemment inacceptable.

Culpabilisation

Inversement, ces manuels étaient accusés d’entretenir une vision trop positive de l’histoire de la France en Amérique et de l’épopée de la Nouvelle­­­-France.

[Ce qui nous paraît étrange c’est que d’aucuns veulent toujours d’un Monopole de l’Éducation qui décide de tout au Québec y compris du contenu des manuels... Ce qui ne se fait plus en France par exemple depuis Vichy.]


Ce petit épisode est terriblement révélateur de ce que devient l’enseignement de l’histoire au Québec — et, plus largement, ailleurs en Occident.

On le sait, nos sociétés ont développé, au fil des dernières décennies, une vision de plus en plus négative de leur aventure historique. Alors qu’elles avaient peut-être hier tendance à pousser trop loin l’autocongratulation, aujourd’hui, elles ne retiennent que les pages noires de leur histoire. Elles s’accusent sans cesse de mille crimes, bien souvent imaginaires, tellement elles font preuve d’anachronisme en plaquant sur le monde d’hier les critères moraux du monde d’aujourd’hui.

On le voit chez nous. La Nouvelle-France était traditionnellement vécue comme une épopée. C’était le récit fondateur de la nation, permettant la formation d’un peuple. C’était une histoire d’aventuriers, d’explorateurs, de voyageurs, mais aussi de paysans et d’enracinement.


L’utopie est dans le tipi...
Manuel CEC 3e primaire, p. 37

Cette histoire est aujourd’hui piétinée. On présente désormais les Français comme des envahisseurs illégitimes, et la jeune génération est élevée non plus dans le culte de la patrie, mais dans celui de sa détestation. Cela s’exprime de manière caricaturale dans cette immonde connerie répétée en boucle par certains leaders politiques qui veut que Montréal soit un territoire autochtone non cédé.

En d’autres mots, les Québécois sont expulsés mentalement de chez eux. On les vide symboliquement du pays qu’ils ont construit, comme s’ils y étaient des intrus. Cette entreprise est criminelle. On la fait passer pour une forme de lucidité historique, alors qu’il s’agit en fait de faire le procès de notre peuple, qui devrait sans cesse s’excuser d’exister.

Certes, cette histoire n’est pas imma­culée. Elle n’est pas sans reproches. Mais on ne saurait non plus l’écrire seulement à l’encre de la culpabilité d’autant que les Amérindiens n’étaient pas des anges non plus.

Pourtant, au fil de notre histoire, c’est toujours en revenant vers la mémoire de l’épopée de la Nouvelle-France que notre peuple a su reprendre des forces, lorsqu’il doutait de lui-même.

François-Xavier Garneau comme Lionel Groulx, nos deux grands historiens nationaux, ont trouvé dans ces pages de notre histoire des motifs de fierté.


L’harmonie autour du tipi...
Manuel CEC CEC 3e primaire


Origines

Dans le Québec d’aujourd’hui, qui voit plusieurs de ses repères historiques bouleversés par le report de l’indépendance, notre peuple a besoin de retrouver une mémoire longue de son expérience historique, qui ne se limite pas aux simples années par ailleurs glorieuses, admirables et inspirantes de la Révolution tranquille.

Nous avons un besoin vital et criant d’histoire. Et notre peuple ne saurait redécouvrir ses origines sous le signe de la haine de soi.



Voir notre série sur la mythification des Amérindiens en ECR depuis 10 ans, ainsi que dans les célébrations scolaires autour de la Journée de la Terre ou de l’Heure de la Terre.

Spiritualité autochtone, écologie et norme universelle moderne

Proportion des pages consacrées aux différentes cultures religieuses dans deux manuels d’ECR du 1er cycle primaire


« Notre » patrimoine religieux autochtone

ECR — obsession pour les Amérindiens censément écologistes

« Nos ancêtres, les Amérindiens »

Le faux « sang indien » des Québécois

Cérémonie, prière, danse sacrées dans une école laïque publique

Repentance permanente — Les manipulateurs de l’histoire québécoise sont parmi nous

Histoire — Montréal n’est pas un territoire agnier (« mohawk ») occupé

Le film Hochelaga : terre des âmes fausse la réalité historique

lundi 19 novembre 2018

Conséquence de la légalisation de l'euthanasie ? Suspension de soins palliatifs de l’Hôtel-Dieu de Québec

S'agit-il d'une conséquence, somme toute logique, maintenant que l'État « offre » « l'aide à mourir dans la dignité », les soins palliatifs, nettement plus chers, sont nettement moins prioritaires.

Le Soleil rapportait le 15 novembre 2018 :
Le manque d’effectifs médicaux a entraîné la suspension des services externes en soins palliatifs de l’Hôtel-Dieu de Québec, a appris Le Soleil. Cette fermeture temporaire touche une centaine de patients non hospitalisés qui nécessitent un suivi en soins palliatifs pour contrôler leurs douleurs, souvent complexes.

«Je tiens à vous informer de la mise en place d’un plan de contingence en clinique ambulatoire de soins palliatifs à l’HDQ [Hôtel-Dieu de Québec] et à l’HEJ [Hôpital de l’Enfant-Jésus], dû à un manque de médecin», annonce la directrice des services professionnels du CHU de Québec, la Dre Maryse Turcotte, dans un communiqué interne destiné aux médecins et aux cadres des deux hôpitaux et dont Le Soleil a obtenu copie.

La Dre Turcotte explique qu’une réduction progressive des effectifs médicaux est observée en soins palliatifs au CHU de Québec depuis un peu plus d’un an. «Plusieurs mesures de compensation et de réorganisation des tâches ont été mises en place depuis pour maintenir les services offerts. Malgré cela, l’équipe médicale n’est malheureusement plus en mesure de maintenir le rythme», écrit-elle.

La décision de mettre temporairement la clé sous la porte de la clinique externe de soins palliatifs de l’Hôtel-Dieu de Québec, fermée depuis le 4 novembre, a été prise «pour se concentrer sur les soins aux patients hospitalisés». «Ainsi, malheureusement, aucune nouvelle référence ne pourra être prise en charge», précise la Dre Maryse Turcotte, ajoutant que «des mesures temporaires de soutien sont offertes aux patients touchés, dont la grande majorité sont déjà suivis par d’autres médecins et/ou [sic] infirmières pivot en oncologie».

Vérification faite auprès du service des communications du CHU de Québec, sur les 97 patients suivis à la clinique externe de soins palliatifs de l’Hôtel-Dieu, 15 n’ont pas de médecin. «Ceux-là doivent être référés à l’infirmière [pivot ou spécialisée en soins palliatifs], au pharmacien en soins palliatifs ou encore au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux [CIUSSS] de la Capitale-Nationale», précise la porte-parole Lindsay Jacques.

Selon Mme Jacques, le CHU de Québec est «actuellement en discussion» avec le CIUSSS de la Capitale-Nationale pour réorienter les nouvelles consultations et la clientèle en soins palliatifs. Depuis la fermeture de la clinique externe, une personne a dû être hospitalisée pour obtenir un suivi en soins palliatifs, précise la porte-parole du CHU de Québec.

À l’Enfant-Jésus aussi

Le document interne obtenu par Le Soleil nous apprend par ailleurs que les services externes de consultation en soins palliatifs de l’Hôpital de l’Enfant-Jésus sont aussi suspendus depuis le mois d’août. «Quelques suivis sont possibles à la pièce pour les cas les plus complexes. Les autres patients doivent se référer à leur médecin spécialiste ou à leur médecin de famille pour assurer leur suivi», précise la directrice des services professionnels du CHU de Québec.

Ce n’est pas la première fois que le manque d’effectifs en soins palliatifs fait
la manchette. Selon plusieurs médecins, le problème n’est pas étranger à la loi 20 et aux règles de prise en charge en cabinet, qui compliqueraient le recrutement.



Littérature jeunesse — entretien avec Madame Chouette

Entretien publié dans Éléments au sujet du livre Une bibliothèque idéale, que lire de 0 à 16 ans.


ÉLÉMENTS : Si l’on en croit une étude Ipsos, les jeunes de 4 à 14 ans passent plus de trois heures par jour devant les écrans. Les enfants lisent-ils encore ?

ANNE-LAURE BLANC. Une étude Ipsos de 2016 concluait, elle, que les jeunes Français aiment lire, mais qu’ils lisent assez peu : trois heures par semaine de lecture loisirs, avec une moyenne de 6 livres par trimestre. Sans surprise, les filles lisent plus que les garçons, surtout à l’adolescence. L’environnement familial joue un rôle déterminant : les enfants lisent quand les parents lisent.

L’édition jeunesse est un secteur très florissant, avec environ 18 % des parts de marché et près de 17 000 titres publiés l’an dernier. Néanmoins, 2017 a vu, pour la première fois, une baisse de 6,58 % de l’activité, en volume et en valeur, dans tous les secteurs. À surveiller !

ÉLÉMENTS : « Il n’y a rien de plus beau, ni de meilleur, ni de plus important au monde que de raconter des histoires », écrivait notre cher Pierre Gripari, qui plaçait au premier rang des bienfaiteurs de l’humanité les génies inconnus qui ont conçu l’histoire de Peau d’âne, de Blanche Neige ou de Cendrillon. Sans parler de génies inconnus, quels sont les grands conteurs actuels ?

ANNE-LAURE BLANC. L’ère des collecteurs de contes — Grimm, Arnason, Affanassiev — est achevée même si l’on exhume, ici ou là, un conte inuit ou bambara. Certains de ces contes de la tradition orale sont devenus le fonds le plus précieux d’une culture enfantine, alors même que le conte est tout sauf léger et naïf : il parle de la vie et de la mort, des généalogies et des transgressions, de la vertu, mais aussi de la ruse et des traquenards.

Parmi les conteurs « littéraires » des XIXe et XXe siècles, dans la lignée d’Andersen, j’évoquerais volontiers Alphonse Daudet (La chèvre de Monsieur Seguin), Oscar Wilde (Le géant égoïste), Carlo Collodi (Pinocchio), et bien sûr Saint-Exupéry (Le Petit Prince). Depuis les années 1970, le conte est souvent devenu une structure sans réel contenu. Peut-on nommer « conteurs » les auteurs de Fantasy et de féeries, tels Timothée de Fombelle, Pierre Bottero ou Erik L’Homme ? Les auteurs qui actualisent les récits mythologiques, comme Muriel Szac, avec les trois « feuilletons » d’Hermès, de Thésée et d’Ulysse (Bayard) ? Il me semble bien tôt pour se prononcer : laissons faire le temps.

ÉLÉMENTS : « La littérature jeunesse n’échappe pas à l’expansion du modèle culturel nord-américain », écrivez-vous. Quels sont les antido.es, si l’on veut épargner nos enfants ?

ANNE-LAURE BLANC. Les histoires de cow-boys ont laissé la place aux produits dérivés des dessins animés, à l’Heroic Fantasy, au Space Opera, de qualité très variable, et au Girly, romans roses d’une absolue vacuité. Ce déferlement est assez récent ; loin de moi l’idée de récuser Lyman F. Baum (Le Magicien d’Oz) ou Jack London ! Les antidotes ? Tout le reste (ou presque !) ; notamment les récits mythologiques et les romans historiques, liés à notre identité culturelle.

ÉLÉMENTS : Sous le nom de Madame la Chouette, vous animez un blogue dont la mission est, depuis 2012, de faire « découvrir les livres qui donnent aux enfants le goût de l’aventure, le sens de l’humour et une saine curiosité ». Quelles sont les tendances de la littérature jeunesse ?

ANNE-LAURE BLANC. Romans de société, uchronies et dystopies, polars, romans historiques, documentaires... On assiste, marketing oblige, à une débauche de titres. On y trouve, en cherchant bien, de vrais beaux livres qui devraient trouver leur place parmi les classiques de demain. Le « c’était mieux avant » traduit le plus souvent un biais dans l’analyse : n’est-ce pas plutôt le meilleur qui est resté ? Peu d’auteurs jeunesse ont su captiver plus d’une ou deux générations de lecteurs. Qui se souvient des romans de Pierre Maël ou de Marcelle Vigneron ? Très attachée à la transmission de notre patrimoine culturel, je propose aussi, à côté des nouveautés de saison, les textes de « grands auteurs » classiques qui peuvent donner envie aux jeunes d’entrer en littérature. Je pense à de très belles éditions de L’homme qui plantait des arbres de Giono (illustrations d’Olivier Desvaux, Gallimard Jeunesse) ou des Boîtes de peinture de Marcel Aymé, accompagnées des bois gravés de May Angeli (Les Éditions des Éléphants), à qui l’on doit aussi une superbe édition des Histoires comme ça de Rudyard Kipling (Le Sorbier).

ÉLÉMENTS : Vous semblez avoir un penchant pour le conte plutôt que le roman, ainsi qu’une inclination certaine pour les contes japonais, coréens...

ANNE-LAURE BLANC. La raison en est toute simple : il est plus rapide de recenser des albums que des pavés — or je me fais une règle de lire de A à Z tous les ouvrages que je chronique à raison de quatre « coups de cœur » hebdomadaires.

Cela dit, tout album illustré ne recèle pas un conte au sens strict ; on y trouve de la poésie, des fables animalières, de simples chroniques de la vie quotidienne, des récits mythologiques... Quant aux contes japonais ou coréens, ils sont souvent inspirés de belles valeurs traditionnelles : respect des ancêtres, caractère sacré de la nature, rituels quotidiens, jusqu’aux kamis, ces créatures facétieuses, tout cela parle aux enfants. De plus, les illustrateurs de ces albums allient élégance et inventivité graphique à un réel talent d’observation de la petite enfance.

Anne-Laure Blanc, Valérie d’Aubigny et Hélène Fruchard,
Une bibliothèque idéale, que lire de 0 à 16 ans ?

chez Critérion, 
288 pp., 
18 €.

Michigan — université annule « Monologues du vagin » car « toutes les femmes n’ont pas de vagin »

Les dirigeants d’une université du Michigan ont décidé d’annuler la représentation des Monologues du vagin pour cause de discrimination inacceptable, car « toutes les femmes n’ont pas de vagin ».

Selon The Ann Arbor News, le Centre de ressources pour les femmes de l’East Michigan University a mis le holà à la représentation de cette pièce emblématique du féminisme radical, car elle n’est destinée qu’aux femmes qui ont l’anatomie physique qui accompagne le sexe féminin...

La décision a été prise après que le Centre de ressources pour les femmes a mené une enquête sur « Les monologues du vagin ». Les opposants au drame se sont inquiétés du fait que la production exclue certaines femmes, notamment celles qui n’ont pas de vagin.

En raison des lois sur le droit d’auteur, la pièce ne peut pas être modifiée pour inclure les femmes transgenres. L’école s’est donc contentée de l’annuler complètement.

Le centre de ressources a publié la déclaration à la suite de l’annulation :

« Nous estimons que cette décision est conforme à la mission du Centre de ressources pour les femmes (CRF) consistant à reconnaître et à célébrer les diverses représentations des femmes sur le campus, ainsi qu’à la mission générale du Département de la diversité et de la participation communautaire, au sein duquel est hébergé le CRF, d’appuyer et de responsabiliser les minorités, les étudiants et les systèmes et structures difficiles qui perpétuent les inégalités. »

L’Université américaine a plutôt créé une nouvelle pièce intitulée « Monologues novateurs » pour « élargir la portée des organes génitaux féminins aux identités et organes multiples » et le Mount Holyoke College a décidé de mettre fin à sa performance annuelle de la production.

Triste nouvelle, car Radio-Canada aime beaucoup Les Monologues du vagin

États-Unis — La secte universitaire

La secte universitaire, extrait de l’article d’Andrew Marzoni paru dans le Washington Post le 4 novembre 2018.

Avec le recul, les preuves étaient omniprésentes : j’avais vu des larmes inutiles dans les yeux de mes camarades de classe, harangués aux heures de bureau pour avoir eu le culot de demander une lettre de recommandation à un conseiller universitaire. La vie d’autres personnes a été suspendue pendant des mois, voire des années, par le refus des membres du comité de thèse de programmer un examen ou de répondre à un courrier électronique. J’ai rencontré les épouses et amies de professeurs chevronnés, j’ai entendu des rumeurs selon lesquelles de réputés universitaires auraient été exilés à l’étranger dans des institutions sœurs à la suite d’affaires avec des étudiantes diplômées qui avaient mal tourné. [...]

Une directrice de département, formé en tant qu’organisateur communautaire dans les années 1960, a menacé d’utiliser la loi sur la liberté de l’information pour lire les courriers électroniques des étudiants diplômés ; elle aurait pu le faire, puisque nous étions techniquement des employés de l’État. Ailleurs, une collègue de haut rang a proposé à mon amie un acte sexuel que je ne saurais nommer dans ce journal avant même le début de son nouvel emploi. Après s’être plainte à son patron, elle a été démise de ses fonctions sous d’autres prétextes. J’ai vu des étudiants diplômés dont on s’attendait à ce qu’ils paient des verres de whisky à 16 dollars pour leurs conseillers avec des cartes de crédit presque en dépassement au bar de l’hôtel lors d’une conférence universitaire. Il n’est pas rare pour un universitaire à la recherche d’emploi de consacrer 10 % de son revenu annuel — l’équivalent de la dîme — pour participer à une seule conférence et passer un entretien (le billet d’avion, le logement, les frais d’inscription et les frais accessoires). Un conseiller a même demandé à un de mes collègues d’écrire une thèse de doctorat sur un thème différent de son mémoire de maîtrise qui portait sur un philosophe dont les vues ne concordaient pas avec celles dudit conseiller. [...]

Nous endurons ces indignités lors de la recherche de postes rares, voire inexistants. En novembre dernier, Inside Higher Ed a annoncé que le nombre d’emplois annoncés par la Modern Language Association [anglais et langues étrangères] en 2016-2017 avait diminué pour une cinquième année consécutive, atteignant ainsi un nouveau plancher. La liste des postes disponibles pour 2018-2019, publiée début octobre, contient actuellement moins de 50 emplois dans mon domaine, la littérature américaine. Bien que la liste continue d’être mise à jour tout au long de l’année et que tous les postes n’y figurent pas, le décompte final n’aura aucune incidence sur le nombre de doctorats décernés cette année : malgré la pénurie de postes, les programmes de sciences humaines ont décerné 5 891 doctorats en 2015, l’année de ma thèse, un record depuis que de telles données sont tenues en 1987. Près de trois fois plus que le nombre de postes publiés pour professeurs universitaires en anglais et en langues étrangères pour la même année universitaire.

Cette asymétrie contribue à une culture de dépendance et convainc les doctorants qu’ils doivent obéir aux ordres de leurs directeurs pour obtenir des emplois de plus en plus rares. C’est aussi, au moins en partie, le résultat de l’envie des membres permanents du corps professoral, avides de disciples, qu’ils aient ou non un emploi. Inévitablement, cela se traduit par un bassin grandissant de docteurs ou de doctorants qui enseignent sur une base complémentaire, gagnant souvent moins que le salaire minimum, sans avantages sociaux, empêtrés dans des relations professionnelles inéquitables semblables à ceux des employés de l’église que je connaissais en grandissant : insécurité financière et donc enclins à accepter des offres qu’ils ne peuvent pas refuser. Avec peu de formation pratique, même en enseignement, les étudiants diplômés qui s’aventurent hors de leur discipline peuvent paraître surqualifiés pour les employeurs qui se méfient de leurs titres universitaires, mais ils sont généralement sous-qualifiés, leur expérience concrète se limitant à des emplois de service et à des piges qui les maintiennent à flot d’un semestre à l’autre. Ces fidèles qui travaillent comme adjoint, que ce soit par nécessité ou par choix, gagnent généralement moins de 5 000 dollars par classe. En 2015, le Berkeley Labor Center de l’Université de Californie a signalé qu’un quart des membres du corps professoral travaillant à temps partiel bénéficiaient de la sécurité sociale, ce qui les privait d’alternative et d’issues possibles.

L’exploitation est la base de toute secte religieuse. Les auxiliaires d'enseignement, comme les membres d’un culte, sont généralement tenus de travailler, longtemps et durement pour une rémunération modique, au service de l’institution afin de prouver leur dévouement au monde universitaire. Contrairement aux stéréotypes selon lesquels les professeurs sont au mieux de purs esprits contemplatifs et au pire des pantouflards partisans, de nombreux universitaires utilisent leurs étés et leurs congés sabbatiques pour rattraper leur retard dans la rédaction d’articles et d’un livre prévu de longue date, travaillant jusqu’à 60 heures de travail par semaine. Le cliché « publier ou périr » contredit une exigence constante de prouver son engagement et sa valeur. Cela équivaut à une peur paralysante de se « ridiculiser intellectuellement », comme l’a dit un de mes mentors. Il est difficile de ne pas considérer ces abus comme des rites de passage au service d’une cause supérieure. Les universitaires peuvent se faire passer pour des adversaires endurcis aux normes dominantes et du pouvoir constitué, mais leurs rituels de droits acquis et leur loyauté diabolique envers le réseau de leur caste et envers des privilèges établis contredit cette prétention critique. Personne ne le dit à haute voix, mais tous les étudiants diplômés le savent bien : c’est le prix à payer pour avoir une chance d’entrer dans le sanctuaire de la « titularisation ». Suivez le chef spirituel ou préparez-vous à enseigner dans une école secondaire.

Comme d’autres qui ont pris conscience de cela, je n’ai pas été étonné lorsque j’ai appris la récente enquête sur le harcèlement sexuel d’Avital Ronell [ci-dessous], professeure de littérature comparée à la New York University [une déconstructiviste de gauche radicale], que j’ai abondamment citée dans ma thèse de doctorat. La campagne de diffamation lancée par nombre de ses célèbres collègues [parmi lesquels Judith Butler, mère de la théorie du genre] contre son accusateur, Nimrod Reitman, m’a encore moins étonné. Elle ressemblait aux tactiques de réduction au silence employées par l’Église de Scientologie ainsi que d’autres sectes. Ces universitaires ne parviennent pas, honteusement, à défendre les théories radicales sur lesquelles reposent leur carrière et leur réputation.


Ce sont les personnalités qui président aux grandes organisations professionnelles, enseignent dans les meilleures écoles, utilisent leur prestige pour offrir à leurs étudiants diplômés les meilleurs emplois (ou prétendent du moins le faire), ils rédigent même les « Écritures » que leurs disciples dissémineront. Jusqu’à sa mort en 1983, le fondateur de Living Word, John Robert Stevens, partageait beaucoup de traits avec ces saints universitaires. Ses textes sont des trames denses et complexes tissées de métaphores, de termes jargonneux et de références qui exigent l’interprétation d’autres gourous dont la proximité avec la source n’est pas toujours uniquement spirituelle ou intellectuelle. Ronell, pour sa part, a commencé à parler en invoquant son propre maître disparu : le philosophe Jacques Derrida. Comme le note Andrea Long Chu, décrivant son apprentissage auprès de Ronell, la professeure a écrit qu’elle avait été « conditionnée à accomplir toute servitude, sachant que passer du temps, que ce soit à l’école supérieure ou dans le cadre d’un corps enseignant, équivalait à des actes — ou des “passivités” — de sujétion dignes d’une secte. » Les réseaux d’adulation que Derrida et d’autres évangélistes de déconstruction ont ainsi tissés ressemblent à ceux d’autres dirigeants charismatiques : les Rajneesh, Sun Myung Moon, Marshall Applewhite et Jim Jones.

Le scandale Ronell devrait nous ouvrir les yeux sur le fait que l’université du XXIe siècle est devenue une institution absolutiste qui encourage les sycophantes et une ennemie de la dissidence. La faute ne réside pas tant dans une école de pensée particulière que dans l’institution universitaire elle-même.

Voir aussi

La protestation radicale dans les universités, un acte religieux ?

Australie — Le gouvernement conservateur veut sévir contre les universités qui briment la liberté d'expression

La liberté d’expression est une part fondamentale de ce qu’est une université. Fondamentale pour mener à bien des recherches et fondamentale pour que les étudiants puissent s’épanouir intellectuellement.

L’annonce du gouvernement selon laquelle l’ancien juge en chef Robert French dirigera une enquête sur la liberté d’expression dans les universités est à la fois bienvenue et importante. Les universités australiennes devraient saisir l’occasion de revoir et d’améliorer leurs politiques et leur culture institutionnelles.

Le ministre fédéral de l’Éducation, Dan Tehan, a déclaré que Robert French examinera les codes de conduite, les accords d’entreprise et les plans stratégiques, l’efficacité du cadre juridique existant et ce que d’autres pays font pour promouvoir la liberté d’expression à l’université.

Nos universités ne parviennent pas à protéger la libre recherche intellectuelle.

Le Bilan de la liberté d’expression sur les campus 2017 mené par l’Institute of Public Affairs a évalué plus de 165 politiques et actions dans les 42 universités australiennes. Il a révélé que les quatre cinquièmes des politiques et des mesures prises par celles-ci sont hostiles à la libre expression. Elle a également constaté que seules huit des 42 universités australiennes ont des politiques autonomes pour la liberté d’expression comme l’exige la loi de 2003 sur le soutien à l’enseignement supérieur.

Certaines politiques universitaires empêchent tout commentaire dit « insultant » ou « importuns », un langage « offensant » et même, dans certains cas, le « sarcasme ».

La politique de bonne conduite des étudiants à l’Université Curtin, par exemple, définit le harcèlement comme « toute forme de comportement indésirable ou importun qui vous est offensant ». L’Université La Trobe [famille huguenote émigrée en Angleterre] définit l’intimidation comme une « offense [ou délit selon la traduction] non intentionnelle » et insiste pour que les étudiants n’utilisent pas un langage qui causerait des « blessures émotionnelles ». Une douzaine d’universités, dont l’Université nationale australienne, Monash et l’Université de la Nouvelle-Galles-du-Sud, maintiennent des dispositions sur le blasphème qui interdisent d’offenser les gens en raison de leur religion.

Il y a également eu un certain nombre d’incidents préoccupants.

L’Université James Cook a licencié Peter Ridd après qu’il eut exprimé une opinion contraire au consensus dominant sur la Grande Barrière de Corail. La brigade antiémeute a été convoquée à l’Université de Sydney en raison d’une violente protestation contre la psychologue Bettina Arndt. L’université a fait payer aux étudiants des frais de sécurité liés à la conférence, ce qui ne fait qu’encourager un type de « droit de véto donné aux harceleurs » et aux censeurs. L’Université Victoria a annulé la projection d’un film critiquant les Instituts Confucius financés par la Chine.

Robert French sera en mesure d’élaborer un code de conduite inspiré de celui de l’Université de Chicago. La Déclaration de Chicago affirme qu’« il n’est pas du ressort des universités de protéger ses élèves des idées ou des opinions qu’ils trouveraient importunes, désagréables ou même profondément offensantes ». Tout en se félicitant des critiques formulées à l’encontre des orateurs invités, il conclut également qu’il est erroné d’« entraver ou de porter atteinte à la liberté d’expression d’autrui ». Suivant le précédent établi par une douzaine d’États américains, l’Australie devrait légiférer sur les principes de la déclaration de Chicago.

La réforme des politiques est bienvenue et importante. Néanmoins, le défi auquel sont confrontées les universités australiennes est plus vaste et plus profond.

Les universités australiennes manquent de diversité de points de vue — des perspectives différentes qui s’opposent les unes aux autres dans la recherche de la vérité. Cela conduit à une culture de censure dans laquelle les individus qui s’expriment sont traités comme des hérétiques, et des propositions telles que celles du Centre Ramsay pour la civilisation occidentale sont farouchement opposées.

Le manque de diversité des points de vue conduit également à l’autocensure. Plus tôt ce mois-ci, Andrew Marzoni a écrit dans le Washington Post que « l’université est une secte… enracinée dans la soumission à un dogme manifesté par une figure d’autorité » sous la forme de professeurs titulaires. [Pour plus détails, voir un large extrait de cet extrait ci-dessous.]

Florian Ploeckl, maître de conférences à l’Université d’Adélaïde, a averti qu’« il est plus facile d’obtenir un financement abondant si vous choisissez le bon sujet, il est plus facile de publier un article si vous ne faites pas de vagues, et la vie dans la faculté est plus facile si vous voyez le monde comme le font vos collègues. »

Le but d’une université est miné par une culture qui ne tolère pas la dissidence. La recherche dépend de personnes ayant des points de vue différents qui remettent en question les conclusions des autres pour éviter tout raisonnement motivé [un biais de confirmation par esprit panurgien dans la profession qui travaille en vase clos].

La réforme des politiques est un premier pas important, mais les universités australiennes ont un long chemin à faire pour redevenir des bastions de la libre recherche intellectuelle.

Source : The Australian, 15 novembre 2018

Qui est Peter Ridd

Le Pr Peter Ridd de l’université James Cook, à Cairns en Australie, qui enseigne la physique et participe aux travaux du Centre de recherches sur les eaux tropicales et les écosystèmes aquatiques, a simplement essayé d’être honnête en publiant de nombreux articles scientifiques rendant compte de ses constats : une grande partie des données « scientifiques » invoquées pour faire état de dommages importants subis par la grande barrière de corail « sont soit totalement erronées soit fortement exagérées », ainsi qu’il a déclaré lui-même au Herald Sun la semaine dernière.


« Un seul exemple : les taux de croissance du corail qui se sont supposément effondrés tout au long de la barrière corallienne ont au contraire un peu augmenté… Les incidences massives de décoloration le long du récif dont on prétend se servir pour apporter la preuve d’une dévastation d’origine humaine et irréversible sont presque certainement totalement naturelles », a déclaré le savant.

Pour Peter Ridd la grande barrière de corail est actuellement « dans une forme excellente » et elle repousse largement après des épisodes de décoloration et le cyclone. Ainsi, il rapporte que certaines parties du récif méridional ont vu leur masse de corail tripler en six ans après un cyclone particulièrement violent.

Que le professeur ait tort ou raison — après tout, ses affirmations, tout comme celle des réchauffistes, méritent d’être vérifiées, évaluées, passées au crible de l’expérience — il a du moins ouvert un débat qui attend une réponse scientifique. Mais c’est du débat dont l’université James Cook ne veut à aucun prix. Il a été jugé coupable de « faute professionnelle grave » et de « manque d’esprit collégial » — pour avoir contrevenu à la pensée unique…

L’affaire a été déclenchée après que Sky News eut invité le Pr Ridd à présenter ses arguments l’an dernier au mois d’août. Ridd s’était expliqué, ajoutant qu’il ne voyait pas comment continuer de faire confiance à des organisations scientifiques comme l’Institut australien des sciences marines ou encore l’Australian Research Council Centre of Excellence for Coral Reef Studies qui prêche les thèses les plus apocalyptiques.

La secte universitaire, extrait de l’article d’Andrew Marzoni

Avec le recul, les preuves étaient omniprésentes : j’avais vu des larmes inutiles dans les yeux de mes camarades de classe, harangués aux heures de bureau pour avoir eu le culot de demander une lettre de recommandation à un conseiller universitaire. La vie d’autres personnes a été suspendue pendant des mois, voire des années, par le refus des membres du comité de thèse de programmer un examen ou de répondre à un courrier électronique. J’ai rencontré les épouses et amies de professeurs chevronnés, j’ai entendu des rumeurs selon lesquelles de réputés universitaires auraient été exilés à l’étranger dans des institutions sœurs à la suite d’affaires avec des étudiantes diplômées qui avaient mal tourné. [...]

Une directrice de département, formé en tant qu’organisateur communautaire dans les années 1960, a menacé d’utiliser la loi sur la liberté de l’information pour lire les courriers électroniques des étudiants diplômés ; elle aurait pu le faire, puisque nous étions techniquement des employés de l’État. Ailleurs, une collègue de haut rang a proposé à mon amie un acte sexuel que je ne saurais nommer dans ce journal avant même le début de son nouvel emploi. Après s’être plainte à son patron, elle a été démise de ses fonctions sous d’autres prétextes. J’ai vu des étudiants diplômés dont on s’attendait à ce qu’ils paient des verres de whisky à 16 dollars pour leurs conseillers avec des cartes de crédit presque en dépassement au bar de l’hôtel lors d’une conférence universitaire. Il n’est pas rare pour un universitaire à la recherche d’emploi de consacrer 10 % de son revenu annuel — l’équivalent de la dîme — pour participer à une seule conférence et passer un entretien (le billet d’avion, le logement, les frais d’inscription et les frais accessoires). Un conseiller a même demandé à un de mes collègues d’écrire une thèse de doctorat sur un thème différent de son mémoire de maîtrise qui portait sur un philosophe dont les vues ne concordaient pas avec celles dudit conseiller. [...]

Nous endurons ces indignités lors de la recherche de postes rares, voire inexistants. En novembre dernier, Inside Higher Ed a annoncé que le nombre d’emplois annoncés par la Modern Language Association [anglais et langues étrangères] en 2016-2017 avait diminué pour une cinquième année consécutive, atteignant ainsi un nouveau plancher. La liste des postes disponibles pour 2018-2019, publiée début octobre, contient actuellement moins de 50 emplois dans mon domaine, la littérature américaine. Bien que la liste continue d’être mise à jour tout au long de l’année et que tous les postes n’y figurent pas, le décompte final n’aura aucune incidence sur le nombre de doctorats décernés cette année : malgré la pénurie de postes, les programmes de sciences humaines ont décerné 5 891 doctorats en 2015, l’année de ma thèse, un record depuis que de telles données sont tenues en 1987. Près de trois fois plus que le nombre de postes publiés pour professeurs universitaires en anglais et en langues étrangères pour la même année universitaire.

Cette asymétrie contribue à une culture de dépendance et convainc les doctorants qu’ils doivent obéir aux ordres de leurs directeurs pour obtenir des emplois de plus en plus rares. C’est aussi, au moins en partie, le résultat de l’envie des membres permanents du corps professoral, avides de disciples, qu’ils aient ou non un emploi. Inévitablement, cela se traduit par un bassin grandissant de docteurs ou de doctorants qui enseignent sur une base complémentaire, gagnant souvent moins que le salaire minimum, sans avantages sociaux, empêtrés dans des relations professionnelles inéquitables semblables à ceux des employés de l’église que je connaissais en grandissant : insécurité financière et donc enclins à accepter des offres qu’ils ne peuvent pas refuser. Avec peu de formation pratique, même en enseignement, les étudiants diplômés qui s’aventurent hors de leur discipline peuvent paraître surqualifiés pour les employeurs qui se méfient de leurs titres universitaires, mais ils sont généralement sous-qualifiés, leur expérience concrète se limitant à des emplois de service et à des piges qui les maintiennent à flot d’un semestre à l’autre. Ces fidèles qui travaillent comme adjoint, que ce soit par nécessité ou par choix, gagnent généralement moins de 5 000 dollars par classe. En 2015, le Berkeley Labor Center de l’Université de Californie a signalé qu’un quart des membres du corps professoral travaillant à temps partiel bénéficiaient de la sécurité sociale, ce qui les privait d’alternative et d’issues possibles.

L’exploitation est la base de toute secte religieuse. Les auxiliaires d'enseignement, comme les membres d’un culte, sont généralement tenus de travailler, longtemps et durement pour une rémunération modique, au service de l’institution afin de prouver leur dévouement au monde universitaire. Contrairement aux stéréotypes selon lesquels les professeurs sont au mieux de purs esprits contemplatifs et au pire des pantouflards partisans, de nombreux universitaires utilisent leurs étés et leurs congés sabbatiques pour rattraper leur retard dans la rédaction d’articles et d’un livre prévu de longue date, travaillant jusqu’à 60 heures de travail par semaine. Le cliché « publier ou périr » contredit une exigence constante de prouver son engagement et sa valeur. Cela équivaut à une peur paralysante de se « ridiculiser intellectuellement », comme l’a dit un de mes mentors. Il est difficile de ne pas considérer ces abus comme des rites de passage au service d’une cause supérieure. Les universitaires peuvent se faire passer pour des adversaires endurcis aux normes dominantes et du pouvoir constitué, mais leurs rituels de droits acquis et leur loyauté diabolique envers le réseau de leur caste et envers des privilèges établis contredit cette prétention critique. Personne ne le dit à haute voix, mais tous les étudiants diplômés le savent bien : c’est le prix à payer pour avoir une chance d’entrer dans le sanctuaire de la « titularisation ». Suivez le chef spirituel ou préparez-vous à enseigner dans une école secondaire.

Comme d’autres qui ont pris conscience de cela, je n’ai pas été étonné lorsque j’ai appris la récente enquête sur le harcèlement sexuel d’Avital Ronell [ci-dessous], professeure de littérature comparée à la New York University [une déconstructiviste de gauche radicale], que j’ai abondamment citée dans ma thèse de doctorat. La campagne de diffamation lancée par nombre de ses célèbres collègues [parmi lesquels Judith Butler, mère de la théorie du genre] contre son accusateur, Nimrod Reitman, m’a encore moins étonné. Elle ressemblait aux tactiques de réduction au silence employées par l’Église de Scientologie ainsi que d’autres sectes. Ces universitaires ne parviennent pas, honteusement, à défendre les théories radicales sur lesquelles reposent leur carrière et leur réputation.

Ce sont les personnalités qui président aux grandes organisations professionnelles, enseignent dans les meilleures écoles, utilisent leur prestige pour offrir à leurs étudiants diplômés les meilleurs emplois (ou prétendent du moins le faire), ils rédigent même les « Écritures » que leurs disciples dissémineront. Jusqu’à sa mort en 1983, le fondateur de Living Word, John Robert Stevens, partageait beaucoup de traits avec ces saints universitaires. Ses textes sont des trames denses et complexes tissées de métaphores, de termes jargonneux et de références qui exigent l’interprétation d’autres gourous dont la proximité avec la source n’est pas toujours uniquement spirituelle ou intellectuelle. Ronell, pour sa part, a commencé à parler en invoquant son propre maître disparu : le philosophe Jacques Derrida. Comme le note Andrea Long Chu, décrivant son apprentissage auprès de Ronell, la professeure a écrit qu’elle avait été « conditionnée à accomplir toute servitude, sachant que passer du temps, que ce soit à l’école supérieure ou dans le cadre d’un corps enseignant, équivalait à des actes — ou des “passivités” — de sujétion dignes d’une secte. » Les réseaux d’adulation que Derrida et d’autres évangélistes de déconstruction ont ainsi tissés ressemblent à ceux d’autres dirigeants charismatiques : les Rajneesh, Sun Myung Moon, Marshall Applewhite et Jim Jones.

Le scandale Ronell devrait nous ouvrir les yeux sur le fait que l’université du XXIe siècle est devenue une institution absolutiste qui encourage les sycophantes et une ennemie de la dissidence. La faute ne réside pas tant dans une école de pensée particulière que dans l’institution universitaire elle-même.