dimanche 24 mars 2013

France — Des centaines de milliers de manifestants mobilisés contre « l'autisme » idéologique du gouvernement


Reportage de KTO sur la manifestation



Reportage de la Voix de la Russie sur la manifestation
(la Russie veut interdire l'adoption d'enfants russes par des Français si la loi passe)


Des centaines de milliers d’opposants au « mariage » entre personne de même sexe et à l’adoption par les couples homosexuels se sont rassemblés dimanche à Paris contre le projet de loi sur le prétendu1 « mariage pour tous » en voie d’adoption par le Parlement.

Ils étaient 300.000, estime la préfecture de police, selon laquelle les chiffres définitifs ne seront connus qu’en début de semaine. Les organisateurs revendiquent pour leur part 1,4 million de participants.

Des heurts ont éclaté entre les forces de l’ordre et des manifestants qui tentaient de rejoindre la place de l'Étoile et l’avenue des Champs-Elysées que le gouvernement se refusait de voir occuper par les manifestants, sans doute pour éviter que l'ampleur de la manifestation soit encore plus visible.

Les manifestants, dont de nombreuses familles, des jeunes et des élus ceints de leur écharpe tricolore, ont afflué en début d’après-midi sous une marée de drapeaux roses, blancs et bleus sur l’avenue de la Grande Armée pour demander à François Hollande de retirer le texte et de le soumettre à référendum.


Vue de l'axe principal de la manifestation
à partir de l'Arche de la Défense jusqu'à l'Arc de Triomphe à 5 kilomètres de distance


Vue de l'axe principal de la manifestation
à partir de l'Arc de Triomphe jusqu'à l'Arche de la Défense à 5 kilomètres de distance


Une foule compacte et bigarrée


Slogans : du boulot, pas de l'idéologie homo

« On veut du boulot, pas du mariage homo » ou « Occupe-toi d’Aulnay [usine automobile qui ferme], pas du mariage homo », proclamaient des pancartes en faisant allusion à la fermeture programmée et très médiatisée de cette usine du constructeur automobile PSA.


D’autres pancartes étaient à la gloire de la « famille PME » (« papa, maman, enfant ») ou sommaient François Hollande d’entendre les opposants au « mariage pour tous ».

« Les Français ont besoin de travail, les Français ont besoin de logements, ils n’ont pas besoin du mariage homo », a déclaré la présidente du Parti chrétien démocrate, Christine Boutin.

« Je dis au président de la République: si vous n’entendez pas le peuple de France, il va se révolter », a-t-elle ajouté, tandis que les manifestants scandaient : « François, ta loi on n’en veut pas ! »

Policiers chargent la foule et poivrent une mémé, puis la foule 

Lacrymogènes, enfants gazés

L’avenue de la Grande Armée, qui prolonge les Champs-Elysées au-delà de l’Arc de Triomphe en direction de Neuilly, a vite été saturée et les manifestants ont débordé sur l’avenue Foch, puis sur la place de l’Étoile. Selon Hervé Mariton, ci-dessous à partir de 2:00, on avait accordé le droit aux manifestants d'y être avant que le ministre de l'intérieur Valls intervienne personnellement pour empêcher la chose.

C’est alors que plusieurs centaines d’entre eux ont tenté de forcer le passage vers les Champs-Elysées. Les forces de l’ordre en tenue anti-émeute les ont repoussés avec des boucliers en plexiglas et des jets de gaz lacrymogènes et ont évacué manu militari certains d’entre eux.

Les forces de l’ordre « ont été contraintes de faire usage ponctuellement de gaz aérosols compte tenu du comportement très agressifs de certains manifestants », a expliqué à la presse le directeur de cabinet du préfet de police, Laurent Nunez.



Des manifestants, parfois des pères ou mères de familles, ont vigoureusement protesté contre l’usage de ces gaz. Certains ont commencé à scander « Hollande démission ! »

« C’est inacceptable d’envoyer des gaz contre des enfants. Est-ce qu’il est normal qu’on ait des forces de l’ordre dans la République qui tirent sur des familles et des enfants ? » s’est indigné l’ancien ministre UMP [centre-droite] Laurent Wauquiez.

« C’est juste le reflet de la violence avec laquelle le gouvernement traite ce mouvement. C’est inacceptable. Il faut que la préfecture de police soit sanctionnée », a-t-il ajouté.

Henri Guaino, ancien conseiller spécial de l’ex-président Nicolas Sarkozy, a pour sa part qualifié de « honte  » le fait que les autorités n’aient pas autorisé les opposants au « mariage pour tous » à manifester sur les Champs-Élysées.


En fin d’après-midi, les forces de l’ordre ont déployé sur la place de l’Étoile des véhicules pour tenter de contenir les manifestants qui s’y trouvaient encore.

Le 13 janvier, la précédente manifestation contre le « mariage pour tous » avait réuni à Paris 340.000 participants, selon la police, un million selon les organisateurs.


L'ancienne ministre Christine Boutin a demandé dimanche soir sur i-télé la démission de Manuel Valls et du préfet de police suite aux incidents en marge de la manifestation contre le mariage gay à laquelle elle a participé.

« Un jeune de 14 ans a été mis KO par des gaz lacrymogènes », a assuré la présidente du Parti chrétien-démocrate (PCD, associé à l'UMP), en ajoutant avoir elle-même été « ciblée » par les forces de l'ordre.

La députée Christine Boutin au sol après avoir été « ciblée » par les policiers

Certains manifestants affirmaient qu'un car de police avait sciemment renversé ou écrasé une jeune manifestante, voir ci-dessous.


Mobilisation

« Si aujourd’hui il y a autant de monde, c’est aussi parce que les gens sont en colère », a déclaré Laurent Wauquiez à BFM-TV. « Et ils sont en colère sur la façon dont le gouvernement a traité ce mouvement. Il l’a traité avec mépris. »

« Un gouvernement républicain ne peut pas rester sourd à une mobilisation pareille », a renchéri Henri Guaino, qui avait lancé un appel à « censurer le gouvernement dans la rue ».

Le président de l’UMP, Jean-François Copé, avait quant à lui appelé les adhérents du principal parti d’opposition à participer à ce rassemblement.

Le texte de loi, qui ouvre aux homosexuels la possibilité de se marier et d’adopter, a été voté le 11 février par les députés à l’issue d’un débat marathon émaillé d’incidents parlementaires.

Il sera examiné en séance publique par les sénateurs à partir du jeudi 4 avril, l’objectif du gouvernement étant que la réforme soit définitivement adoptée avant les vacances d’été.

La ministre de la Famille, Dominique Bertinotti, a estimé sur BFM-TV que les opposants au texte étaient dans leur droit quand ils manifestaient mais que cela n’empêcherait pas cette réforme d’être votée par le Parlement.


Une figure du mouvement contre le « mariage pour tous », Frigide Barjot, a cependant déclaré sur i-Télé que les opposants au texte n’entendaient pas désarmer.

« Au Sénat, la commission des lois a failli ne pas adopter cette loi à deux voix près », a-t-elle dit. « C’est toute la France qui est en train de se réveiller et donc nous allons dire au sénateur, ‘c’est ton heure’ et au président de la République (…) retirez-là pour la soumettre au peuple qui se lève. »

Seuls 37 % des Français pour le mariage homo et ses droits

Au lendemain du vote en première lecture par l’Assemblée nationale du projet de loi sur le mariage des personnes de même sexe déposé par Mme Taubira, Alliance VITA a demandé à l’Ifop de réaliser un sondage sur l’adhésion réelle des Français à ce projet. Les résultats montrent que seulement 37 % des Français adhèrent au projet de la loi Taubira (mariage plus adoption) contre 34 % favorables à une union civile (sans adoption) et 24% opposés à ces deux solutions.

Question : Vous savez qu’actuellement en France, le mariage ouvre automatiquement le droit à l’adoption, c’est-à-dire qu’on ne peut dissocier mariage et adoption. Dans ces conditions, êtes vous plutôt favorable … ?




La police poivre la foule qui déborde et qui veut accéder aux Champs-Élysées





Voir aussi

Mariage pour tous : 170 professeurs de droit interpellent les sénateurs

Raz-de-marée contre le prétendu « mariage pour tous » (janvier 2013)

Éric Zemmour sur le mariage homo, l'union civile (PACS), l'immigration et l'avenir de la France






[1]  Le caractère orwellien du terme « mariage pour tous » est évident puisqu'il exclut notamment les couples polygames ou incestueux, il s'agit juste du « mariage » homosexuel.

Éric Zemmour sur le mariage homo, l'union civile (PACS), l'immigration et l'avenir de la France

France 2, On n'est pas couché, 23/III/2013


Zemmour fait allusion au mariage au Moyen-âge (voir ici sur le mariage avec consentement)




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Comment Pauline Marois modifie une constitution... et une charte

Les « ténors » du gouvernement Marois s’insurgent contre le projet du nouveau chef libéral Philippe Couillard d'adhérer à la Constitution sans consulter directement la population.

Il est bon de vouloir consulter par référendum (par pas des sommets pipés) la population pour des décisions d'importance.

Il serait bon de rafraîchir les mémoires : Pauline Marois ne s’est jamais gênée pour faire des changements constitutionnels sans consulter la population.

  1. En 1997, Pauline Marois, alors Ministre de l’Éducation, a obtenu une modification de l’article 93 de la Constitution canadienne (en vue d’abolir les commissions scolaires confessionnelles), sans consultation directe de la population;
     
  2. En 2005, lors de l’étude du Projet de loi 95 en commission parlementaire, Pauline Marois pose des questions au témoin Pierre Bosset pour connaître les conditions pour modifier la Charte québécoise. Le témoin Bosset lui répond : « Je confirme que, pour modifier la charte, une majorité simple est requise, mais que, pour nommer les membres de la commission, les deux tiers sont requis.  »

    Documents

    Le décrochage scolaire pour Pauline Marois en 1996

    Projet de loi 95

    Le Projet de loi 95, opérant cette modification à la Charte, a été adopté sans vote par appel nominal1 de l’Assemblée nationale, de sorte qu’on ignore combien de députés ont voté cette modification à la Charte.

    Lors de l’étude du Projet de loi 95 en commission parlementaire, au printemps 2005 la question du nombre de votes nécessaire pour modifier la Charte avait été abordée lors d’un échange entre M. Pierre Bosset et la députée de Taillon, Pauline Marois :
    Mme Marois — (…) Les modifications apportées à la charte doivent se faire avec l'appui de deux tiers des... Non? Ce n'est pas ça? C'est parce que j'essayais de me souvenir, là. Je le sais pour la nomination des personnes mais pas nécessairement pour les changements à la charte. D'accord. Je dis «pas nécessairement» parce que j'écoute le non-verbal... je constate le non-verbal. Pas écouter mais voir le non-verbal. 
    Le Président (M. Chagnon)  — Vous faites bien de le dire. Vous faites bien de le dire, Mme la députée de Taillon, parce que ce serait dur, pour les gens qui vont vous lire dans sept ou huit ans, dans 25 ans, de comprendre. 
    Mme Marois  — C'est ça, de comprendre. Mais j'aimerais vous entendre maintenant sur cela. Alors,on comprendra mes propos sans avoir à les interpréter.
    Le Président (M. Chagnon)  — M. Bosset.
    M. Bosset (Pierre)  — Je confirme que, pour modifier la charte, une majorité simple est requise, mais que, pour nommer les membres de la commission, les deux tiers sont requis. 2

    Pourtant, des assurances, émanant des deux paliers de gouvernement, avaient été données dans le passé aux parents quant au caractère fondamental de cette liberté, notamment lors de l’amendement à la
    Constitution canadienne de 1997.

    Pauline Marois, alors Ministre de l'Éducation, déclarait le 26 mars 1997 à l'Assemblée nationale :
    « L'école publique se doit donc de respecter le libre choix ou le libre refus de la religion, cela fait partie des libertés démocratiques. » 
    « Le libre choix entre l'enseignement moral et l'enseignement religieux catholique et protestant continuera d'être offert, en conformité avec la Charte québécoise des droits et libertés. » 
    «  Cette école devra être capable d'offrir le libre choix aux parents qui la fréquenteront... c'est-à-dire aux parents des enfants qui la fréquenteront, soit la possibilité d'une formation religieuse catholique, protestante ou une formation morale. » 
    « Je répète, M. le Président, que l'école publique doit respecter le libre choix comme le libre refus de la religion qu'expriment les parents. »3

    Stéphane Dion, alors Ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes, déclarait le 22 avril 1997 à la Chambre des Communes :
    Si les Québécois approuvent une déconfessionnalisation des structures, un grand nombre tient à l'instruction religieuse. La ministre de l'Éducation du Québec, madame Pauline Marois, a déjà indiqué que les écoles qui le désirent pourront conserver leur orientation confessionnelle. De surcroît, le droit à l'enseignement religieux demeure garanti par l'article 41 de la Charte des droits et libertés de la personne du Québec.
    Le 1er octobre 1997, il renchérissait en déclarant, toujours à la Chambre des communes :
    Qui plus est, le droit à l'enseignement religieux demeure garanti par l'article 41 de la Charte des droits et libertés de la personne du Québec, un document ayant une valeur quasi constitutionnelle selon la Cour suprême du Canada.
    L’ancien ministre Jacques Brassard commente ainsi les événements de 1997 et le changement à l’article 41 de la Charte québécoise :
    Lorsque j'étais, dans une vie antérieure, ministre des Affaires intergouvernementales, j'ai contribué, avec Pauline Marois et Stéphane Dion, à faire adopter par les deux Parlements un amendement constitutionnel qui avait pour effet de déconfessionnaliser les commissions scolaires. Le but recherché était d'en faire des structures linguistiques.

    Lors des débats parlementaires, cependant, tout le monde insistait pour dire que la création de commissions scolaires linguistiques n'abolissait pas le droit à l'enseignement religieux garanti par la Charte des droits et libertés. Jusque-là, pas de problème!

    Quand le ministère de l'Éducation a concocté et imposé à tous les jeunes du primaire et du secondaire un cours d'éthique et de culture religieuse, quelle ne fut pas ma surprise d'apprendre que l'Assemblée nationale avait modifié à l'unanimité et à toute vapeur, en juin 2005 sans vote nominal la Charte des droits. Résultat: abolition, à toutes fins utiles, de la liberté de choix des parents en matière d'enseignement religieux et moral. (…)

    On dit que la Charte des droits et libertés a plus de valeur et d'importance qu'une loi ordinaire. Et que, par conséquent, il ne faut lui toucher qu'avec grande précaution et après un large débat permettant une décision éclairée. Ce ne fut évidemment pas le cas sur cette question délicate. 
    (…)

    Tout cela s'est fait pratiquement en cachette et à toute vapeur. Une telle désinvolture en matière de droits et libertés est pour le moins offensante et méprisante à l'égard des parents du Québec.

    Notes

    [1] Procès-verbal de l'Assemblée nationale du 15 juin 2005 (n° 169) : page 1723 pour l’adoption du projet de loi 95, Annexe pour les votes par appel nominal aux pages 1725-1726 : le projet de loi 95 n’y figure pas.
    www.assnat.qc.ca/FRA/37legislature1/Pv/PF20050615.PDF

    [2] Travaux parlementaires — Commission permanente de l'éducation, 2 juin 2005, http://www.assnat.qc.ca/FRA/37legislature1/Debats/journal/ce/050602.htm

    [3] Journal des débats, 26 mars 1997, Déclaration ministérielle de la Ministre de l’Éducation à l’Assemblée nationale,
    http://www.assnat.qc.ca/Archives-35leg2se/fra/Publications/debats/JOURNAL/CH/970326.htm

    Nombre de « grands lecteurs » en baisse

    « Le nombre des vrais lecteurs, ceux qui prennent la lecture au sérieux, se réduit. C’est comme la calotte glaciaire », a lancé le romancier américain Philip Roth, dans une interview au Monde reprise dans nos pages vendredi dernier. Inquiétant, le phénomène n’a cependant rien d’inéluctable.

    Le constat que le romancier fait est confirmé dans certaines études sur les pratiques culturelles au Québec. En 2004, un rapport mettait en relief la « diminution des grands lecteurs au profit des petits lecteurs. En outre, cette progression de la lecture de livres n’est pas le fait des jeunes générations, mais des plus âgées ».



    Cet étudiant en médecine qui affirmait la nécessité d'une aristocratie des lecteurs et regrettait le livre de poche doit être content


    Philip Roth a déjà soutenu qu’il y a même là un risque d’extinction pour le roman. Le patient tueur, on le connaît : l’ère numérique, qui a bien des qualités, mais qui propage le virus du « déficit d’attention ». C’est une ère de dispersion, de papillonnage, de messages surgissants, d’alertes, etc. Autant dire un complot contre les longues heures de concentration qu’exigent le roman. L’essai aussi, en passant, nécessite cette ascèse. Le véritable essai. Non pas la juxtaposition de textes proposée le plus souvent par les universitaires de cette même époque distrayante. Tout le monde est atteint par le mal ; même – ou plutôt surtout – les professionnels de la pensée. Comme ceux de l’information : nous !

    (Il faut lire à ce sujet l’intéressante entrevue de Québec Science avec Nicholas Carr, « Internet menace l’intelligence ».)

    Les optimistes diront qu’une autre culture, nouvelle, émerge, « non linéaire », multitâche, qui vaut bien l’ancienne. Tout n’est certainement pas perdu en effet. Le catastrophisme et l’annonce de la fin du monde sont des postures courantes parce que commodes. Il y a assurément des avantages au monde culturel en devenir.

    Rien, du reste, ne nous oblige à tout relativiser. Et rien ne nous empêche de réagir pour contrer les défauts qui semblent se développer. Car rien n’est inéluctable dans l’évolution culturelle. A-t-on vraiment besoin de dire quelles richesses seraient perdues si les grands lecteurs disparaissaient de nos sociétés ? Ces « têtes bien faites » habituées à suivre de longs récits, des démonstrations complexes et exigeantes.

    La suite sur Le Devoir


    Voir aussi

    Essai sur les méfaits de la télévision

    Le « Tout numérique : du slogan à la réalité




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    Études sur la réforme pédagogique : « plus de mal que de bien », portrait sombre

    Au début 2012, les chercheurs Jean-François Cardin et Érick Falardeau de l’Université Laval ont interrogé 427 enseignants du primaire et du secondaire pour savoir ce qu'ils pensaient de la réforme, rebaptisée «renouveau pédagogique» en cours de route.

    Les objectifs des États généraux

    Les enseignants interrogés dressent un portrait sombre de la réforme. Elle n’aurait pas permis aux élèves de mieux réussir alors qu'il s'agissait pourtant de l'un des objectifs centraux de ce vaste bouleversement pédagogique. Au milieu des années 1990, les États généraux de l’éducation avaient fait consensus sur l’importance de mettre l’accent sur les matières de base (français, anglais, mathématiques, histoire et sciences) et d’être plus exigeants, tout en se donnant les moyens d’y parvenir. L’enseignant restait maître du choix de ses méthodes. Ce n’est pas ce qui est arrivé.

    Sujet sensible

    Le sujet est toujours sensible. Plusieurs commissions scolaires ont demandé à leurs enseignants de ne pas participer à l’enquête. Malgré cela, l’échantillon de répondants obtenu est suffisamment ample pour que les résultats de l’étude soient significatifs et «valables sur le plan méthodologique».
    Selon Jean-François Cardin, « On pense que ces résultats sont très représentatifs du portrait global. Et le sentiment général n'est pas très positif. Les enseignants sont en désaccord avec tous les énoncés qui affirment qu'ils ont été capables d'améliorer les résultats de leurs élèves ».

    Résultats très négatifs auprès des enseignants

    Au primaire, les enseignants ont répondu non dans les proportions entre guillemets à des questions visant à savoir si les enfants étaient maintenant en mesure de mieux apprendre (69 %), mieux réussir (72 %), plus motivés (69 %), plus disciplinés (88 %) et plus autonomes (69 %). Le jugement est encore plus sévère chez les enseignants du secondaire, puisqu'ils sont en désaccord avec les affirmations précédentes dans une proportion qui dépasse souvent les 80 %. Cette réforme prétendait aussi, souvenons-nous, aider particulièrement les élèves en difficulté. Les enseignants estiment, dans une proportion de 81 %, qu’elle n’améliore pas la réussite des plus faibles.

    Les chercheurs ne sont pas étonnés par ces résultats puisque, au départ, le renouveau pédagogique a été davantage conçu pour le primaire, où l'organisation de la classe permet davantage de souplesse.

    Au secondaire, on a tenté d'adapter les mêmes modèles d'enseignement – travail d'équipe, pédagogie par projet, transversalité – sans toutefois changer la structure des classes, qui sont toujours dirigées par des enseignants spécialistes, expliquent-ils.

    Les enseignants ne croient pas non plus que l'intégration des élèves en difficulté dans les classes régulières a été un succès. Au contraire, 75 % considèrent que cette intégration a fait fuir les élèves plus forts vers le réseau privé ou les programmes d'éducation internationale du réseau public (83 %), alors que 68 % estiment que cette intégration n'a pas permis aux élèves faibles de s'améliorer. Selon les éducateurs interrogés, «l'intégration n'a aidé personne», résume M. Falardeau.

    Concernant la maîtrise du français, les réponses ne sont guère plus reluisantes. Les enseignants interrogés considèrent que depuis la réforme, les élèves ne maîtrisent pas mieux la lecture (66 %), l'orthographe et la grammaire (77 %) de même que l'écriture (58 %). Seule note positive au tableau, 61 % des instituteurs estiment que les élèves sont meilleurs en communication orale.

    Un détournement

    Pour l’ancien ministre Joseph Facal, « c’est l’histoire d’un détournement. J’ai écrit des centaines de pages là-dessus. Des fois, on est triste d’avoir raison. Petite misère… »

    Constat confirmé par une autre équipe

    Simon Larose, professeur-chercheur à l'Université Laval dirige une équipe ayant reçu le mandat d'évaluer les retombées de la réforme scolaire. Cette enquête nommée projet ERES (Évaluation du renouveau à l'enseignement secondaire) représente l'évaluation de la réforme la plus importante menée à ce jour par une équipe de chercheurs. Elle y travaille depuis cinq ans.

    Même si Simon Larose évoque quelques réserves sur le plan méthodologique de l’étude de Jean-François Cardin et Érick Falardeau – notamment sur le nombre d'enseignants interrogés par ses collègues – il considère, cependant, que ce « portrait assez sombre » dressé par les enseignants concorde avec ce qu'on observe aussi chez les élèves et les parents interrogés par sa propre équipe de recherche.

    Ce constat ne repose pas seulement sur des perceptions, mais aussi sur les résultats des élèves aux examens ministériels, ajoute M. Larose, dont les travaux permettent de comparer une cohorte de jeunes n'ayant pas été exposés au renouveau pédagogique avec deux autres cohortes d'élèves de la réforme. Enfin, pour autant que les examens ministériels ou leur barème de correction n’aient pas changé…

    « Plus de mal que de bien »

    M. Larose promet que les résultats d’une étude qui sera publiée sous peu démontreront que les résultats des élèves en difficulté sont loin de s'être améliorés, alors que la réforme avait pour principal objectif de faire réussir un plus grand nombre de jeunes. « On est en train de faire plus de mal que de bien », résume le chercheur.



    Réactions pires dans les écoles ayant le plus mis en œuvre la réforme

    Pour la présidente de l'Association québécoise des professeurs de français, Suzanne Richard, tient à apporter quelques bémols à l'étude menée par Érick Falardeau et Jean-François Cardin. Si la réforme n'a pas donné les résultats espérés, c'est peut-être parce qu'elle n'a pas été véritablement mise en œuvre dans les salles de classe, avance-t-elle.

    M. Larose écarte cette hypothèse. En effet, dans les écoles où les directions affirment avoir implanté la réforme, les perceptions des parents et des élèves sont encore pires qu'ailleurs: « Ça ne donne pas des munitions à ceux qui pensent qu'une implantation plus avancée donnerait de meilleurs résultats », avance le chercheur.

    Pour l'instant, la seule étude qui ait permis de documenter concrètement comment le français est enseigné au secondaire est celle réalisée par Suzanne-G. Chartrand, didacticienne du français à l'Université Laval. Cette enquête conclut que depuis 25 ans, l'enseignement du français a peu changé, malgré la réforme.

    Forte chute en lecture entre 2007 et 2010

    Rappelons que dans une étude récente du Programme pancanadien d’évaluation (PPCE) indiquait une très forte chute des résultats en lecture pour les élèves québécois francophones entre 2007 et 2010.

    Le français, la légère exception ?

    «Parmi tous les effets négatifs de la réforme, il y a une exception : le français.» L'équipe de Simon Larose, professeur-chercheur à l'Université Laval, a scruté à la loupe les résultats à l'épreuve ministérielle de français de cinquième secondaire, en comparant les élèves d'avant la réforme à ceux qui y ont été plongés. Verdict : les jeunes réussissent un peu mieux en grammaire et en orthographe, notamment les élèves en difficulté. Quelqu'un peut-il suggérer à M. Larose qu'une partie de l'explication de ce phénomène se trouve peut-être dans le fait que le Monopole d'Éducation a changé à l'époque la facture et l’évaluation de cet examen ?

    «Il y a eu de modestes gains en français pour les élèves à risque depuis la réforme. Ça va un peu à l'encontre de ce que les enseignants rapportent», affirme M. Larose. Le seul déclin observé chez les élèves concerne leurs capacités d'argumentation à l'écrit. Il y a toujours une forte proportion de jeunes qui réussissent ce volet de l'examen, mais le nombre d'élèves qui obtiennent des notes élevées a diminué avec la réforme.

    Coût de la réforme ?

    « À la lecture de ces réponses, on peut se demander : tout ça pour ça ?, lance M. Falardeau. On n'arrivera probablement jamais à mettre un coût sur l'implantation de la réforme, mais peu importe combien ça a coûté, les profs disent que ça ne marche pas. »

    Voir aussi

    Polémique autour d'un examen de français au rabais

    Québec — Examen de français au rabais en secondaire V ?

    Très forte chute des résultats en lecture pour les élèves québécois francophones entre 2007 et 2010 

    Le constructivisme radical ou comment bâtir une réforme de l'éducation sur du sable

    Relativisme, déracinement et constructivisme, visiblement les critiques turlupinent les pères du cours ECR





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