samedi 25 avril 2015

Petite propagande ordinaire à l'école publique québécoise

Mathieu Bock-côté revient sur l’affaire de l’école de Kamouraska dont nous avions déjà parlé et élargit le débat :

L’histoire peut sembler banale mais elle ne l’est pas. C’est le Huffington Post qui y a d’abord fait écho. Récemment, des élèves de tout le Québec se réunissaient dans une école Saint-Pascal de Kamouraska pour un concours d’improvisation. Certains élèves de Montréal, issus de l’immigration, ainsi que leurs professeurs, ont découvert accrochés aux murs certains dessins réalisés dans le cadre d’un cours d’univers social.

Les dessins pouvaient sembler indélicats. De fait, ils l’étaient (on les consultera ici). À tout le moins, ils étaient caricaturaux. On avait demandé aux élèves de dire pourquoi l’immigration était bénéfique au Québec. Ou si on préfère, on leur demandait aux jeunes d’expliquer pourquoi l’immigration est une richesse. Ils l’ont fait avec des images convenues et des préjugés un peu gênants. Il y avait l’immigrant cueilleur de fraise [sic, fraises], Ou celui qui cueille les bleuets. Ou encore qui s’esquinte en occupant les emplois dont les Québécois de souche ne veulent pas.

Étrangement, l’exposition de ces préjugés n’est peut-être ce qui devrait le plus nous inquiéter dans cette petite controverse. Il est dans la nature même de l’exercice. Depuis quand est-ce le rôle de l’école de se transformer en camp de propagande ? Depuis quand doit-elle faire la promotion d’une vision de la société plutôt que d’une autre ? L’école peut bien parler de l’immigration aux élèves. Elle ne devrait pas leur dire à l’avance qu’elle est bonne pour le Québec. Non plus qu’elle est mauvaise. Elle devrait leur présenter ce phénomène avec les nuances nécessaires.

Représentation caricaturale du Québécois bedonnant et fainéant, confusion de l’immigration et du travail saisonnier

Prenons le débat plus largement. L’immigration a certainement des avantages. Elle a aussi des désavantages. Les leaders politiques et les leaders d’opinion en débattent (plus ou moins) librement, en tenant compte de différentes variables. Les scientifiques aussi, en débattent. On cherche à évaluer ses effets sur l’économie québécoise ainsi que la pression qu’elle met sur l’État social, on veut voir si elle contribue ou non à l’anglicisation de Montréal, ou alors, de quelle manière l’islam qui s’implante ici avec elle contribue ou non à transformer notre société.

Pourquoi donc l’école devrait-elle effacer cette complexité et reprendre le slogan plus que simpliste qui veut qu’en elle-même, l’immigration soit une richesse ? Il suffit pourtant d’étudier l’histoire des sociétés pour constater qu’elle peut être à la fois source de progrès et source de problèmes. C’est même une question d’honnêteté intellectuelle élémentaire que de le reconnaître. Effacer cette complexité pour basculer dans une vision romantique et lyrique des mouvements migratoires, cela ne renforce certainement pas l’esprit critique.

On l’aura compris, l’école, ici, sans même s’en rendre compte, et croyant simplement pratiquer la pédagogie des bonnes intentions, se fait le vecteur de l’idéologie multiculturaliste. Elle cherche à inculquer une idéologie à de jeunes esprits, à façonner durablement leur mentalité, et implicitement, à faire passer pour très méchants ceux qui nous inviteraient à développer une vision plus nuancée de l’immigration. Pour elle, l’ouverture à l’autre est une valeur en soi, peu importe qui est l’autre en question et de combien d’autres on parle. Cette vision des choses est notamment promue par le cours Éthique et culture religieuse ainsi et que par les nouveaux cours d’histoire.

On en vient à l’essentiel : l’école ne devrait pas faire la promotion du multiculturalisme, non plus que le combattre. Elle ne devrait pas faire la promotion de la souveraineté, non plus que la combattre. Elle ne devrait pas faire la promotion de l’écologisme, non plus que le combattre. Elle ne devrait pas faire la promotion du socialisme, non plus que le combattre. Elle ne devrait pas être militante pour une cause ou pour une autre. J’imagine un exercice scolaire où on demanderait aux jeunes d’expliquer pourquoi la souveraineté est une bonne chose. Je m’y opposerais tout autant.

L’école devrait transmettre un savoir, un patrimoine de civilisation et permettre à chacun de se faire peu à peu une tête sur les grands enjeux de notre société. Mais elle ne devrait pas servir les intérêts idéologiques des uns ou des autres, sans quoi, elle n’est plus fidèle à sa mission.

Voir aussi

Institut Fraser : L’immigration massive nuit au bien-être des Canadiens en général ; les politiques d’immigration doivent être revues (étude de 264 pages)

L’immigration, le remède imaginaire

200 000 immigrants en 4 ans au Québec, bon pour le développement durable !?

Québec — L’immigration, ou plus précisément la « diversité », sera vue comme une fin en soi

Un Québec de plus en plus divers, est-ce vraiment une bonne chose ?

Début d’un petit débat sur l’immigration au Québec ?

Bock-Côté : Immigration, un tabou explose

L’immigration, les yeux grands fermés

Québec — anglais intensif pour tous les francophones, pas de français intensif pour les immigrés ?

Immigration au Québec comparée au reste de l’Amérique du Nord

Formation à l’« éducation inclusive » à Montréal, ses tics, ses trucs, ses gadgets

25 avril 1849 : Incendie du Parlement de Montréal


Incendie du Parlement
à Montréal en 1849
Capitale du Canada-Uni depuis 1843, Montréal abrite le siège du gouvernement. Le Parlement se situe alors sur l’actuelle Place d’Youville, dans le Vieux-Montréal. Lord Elgin, gouverneur du Canada-Uni, vient de donner son accord à la proposition des députés pour indemniser les habitants du Bas-Canada ayant subi des pertes matérielles lors des rébellions de 1837-1838.

Certains que cela confirme la domination politique des Canadiens français, les anglophones voient rouge ! À l’initiative du journal The Gazette, une manifestation est organisée le 25 avril 1849 sur le Champ-de-Mars. Réunissant plus de 1 500 personnes, le « cortège » gagne finalement le Parlement. On assiste alors à des jets de pierres sur le bâtiment et d’œufs pourris sur les députés… Puis l’incendie se déclare soudainement. Il détruira totalement l’édifice. Sur 25 000 livres, archives et documents, seuls 200 seront sauvés des flammes. L’historien François-Xavier Garneau parle de notre « désastre d’Alexandrie », faisant référence à la disparition de l’antique bibliothèque d’Alexandrie, en Égypte.

En 2011, des fouilles archéologiques importantes ont permis de trouver nombre de vestiges liés à cet événement.

La colère des incendiaires

Les excès de colère qui mèneront à l’incendie du Parlement sont dus à des circonstances bien particulières. D’abord, après avoir instauré le Canada Corn Act (Loi sur les céréales) en 1843 qui garantissait sur les marchés britanniques un tarif favorable à la farine et au blé canadien, l’Angleterre met fin à sa politique protectionniste en 1846, résultat de l’effervescence économique en Europe. La réaction de la classe marchande de Montréal (presque exclusivement britannique) est forte et négative : on craint l’abandon de l’Angleterre et l'on propose même l’annexion aux États-Unis. Le parti de la classe marchande montréalaise, les Tories, favorise des liens étroits avec la couronne britannique. Depuis la Conquête, le pouvoir politique était exercé par le gouverneur général et le conseil exécutif, où les Tories sont bien présents. Forts des liens étroits qu’ils entretenaient avec ce dernier, plusieurs Tories s’y voyaient nommés. L’avènement de l’Acte d’Union en 1840 et de la responsabilité ministérielle en 1848 brisent cette suprématie. L’alliance entre les réformistes du Haut-Canada et ceux du Bas-Canada les a mis en minorité. Plus encore, les décisions et les lois votées et adoptées à la chambre d’assemblée n’auront plus à recevoir l’assentiment du gouverneur pour entrer en vigueur.

Louis-Hippolyte Lafontaine
Lorsque le gouverneur du Canada-Uni, lord Elgin, donne son accord au projet de loi d’indemnisation, il met bien malgré lui le feu aux poudres. Ce projet de loi d’indemnisation visait à indemniser les habitants du Bas-Canada ayant subi des pertes matérielles lors des rébellions de 1837-38. Il s’agit d’une loi qui s'inspire d'une mesure semblable votée au Haut-Canada et elle se fonde sur un rapport de réclamations approuvé en principe en 1846. La Fontaine voit en ce projet un moyen symbolique de panser les blessures de la rébellion et de reconnaître les droits des Canadiens français à l’égalité dans les deux Canadas. Déjà échaudés, les Tories voient l’acceptation de ce projet de loi comme une confirmation de la domination politique des Canadiens français. Tout cela est, pour eux, intolérable.

Ainsi donc, à la demande du journal The Gazette, plus de 1 500 personnes se réunissent sur le Champ-de-Mars en ce début de soirée du 25 avril 1849. Le ton employé par les orateurs est menaçant. On y parle de trahison du gouverneur Elgin, d’une domination politique canadienne-française, de l’abandon de l’Angleterre. On rejette le projet de loi sur l’indemnisation, car, selon les Tories, il vise à aider les assassins d’hier : les Rebels de 1837-38. Bien qu’une loi semblable ait été votée et adoptée au Haut-Canada quelques années plus tôt dans le calme, la situation à Montréal s’envenime d’heure en heure. Au bout d’un moment, la foule réunie au Champ-de-Mars prend bruyamment la direction du Parlement par la rue Saint-Paul. Les résidents effrayés préfèrent la quiétude de leur demeure à la colère des Tories qui emplissent les rues. Sitôt arrivés devant le Parlement, les Tories et leurs sympathisants se joignent aux chahuteurs qui lancent déjà des pierres sur le bâtiment. Plusieurs émeutiers iront jusqu’à entrer dans la Parlement pour poursuivre le saccage. Les députés de l’assemblée tentent de sortir à la dérobée. Peine perdue, on leur lance des œufs pourris (le même traitement a été réservé à lord Elgin plus tôt cette journée-là), certains seront même pris à partie par les émeutiers.

La disgrâce de la Grande-Bretagne consommée !

Le Canada vendu et abandonné !

La loi sur les pertes de la rébellion approuvée !!

Œufs pourris lancés sur le gouverneur !!!

The Gazette, 25 avril 1849

Cet après-midi, il circulait une rumeur en ville que le gouverneur général se rendrait à la Chambre et donnerait sanction à certains projets de loi ; mais on ne pouvait pas supposer que le projet de loi sur l’indemnisation des pertes de la rébellion serait du nombre.

Honteux du rôle qu’il allait jouer, et espérant en imposer au sentiment public, lord Elgin vint ramper dans la Chambre une heure après le temps marqué et, quand on put croire qu’il avait changé d’intentions, il se montra dans la Chambre du Conseil législatif. Après la lecture de plusieurs projets de loi de peu d’importance, le greffier lut d’un ton qui n’annonçait pas le désir d’attirer l’attention du public :

LE PROJET DE LOI SUR LES PERTES DE LA RÉBELLION.

Et, à la honte éternelle de la Grande-Bretagne,

LA RÉBELLION EST LA LOI DU SOL.

Le bruit de ce fait a été accueilli par des cris de rage et des battements de pieds. Plusieurs autres projets de loi ont reçu la sanction royale après cela, mais les galeries se vidèrent par dégoût, « murmurant et maugréant tout haut et tout bas » des malédictions qui auront effet quelque autre jour.

Les personnes qui s’étaient assemblées dans les environs, apprenant ce qui venait de se passer, éclatèrent en hurlements, cris de rage et d’indignation contre le « dernier gouverneur du Canada ». Quand lord Elgin (il ne mérite plus le titre d’Excellence) reparut dans les rues en sortant de la Chambre du Conseil, il fut reçu par les sifflets, les grognements et les cris d’indignation de la foule. On lui lança des œufs pourris, et lui et ses aides de camp furent arrosés de cette liqueur savoureuse, et sa voiture fut couverte du contenu dégoûtant des œufs et de boue. Quand la provision d’œufs fut épuisée, on se servit de pierres pour saluer le départ du carrosse, et il fut emmené au galop au milieu des malédictions de ses compatriotes.

LE DÉBUT DE LA FIN

Anglo-Saxons, vous devez vivre pour l’avenir ; votre sang et votre race seront désormais votre loi suprême, si vous êtes vrais à vous-mêmes. Vous serez Anglais, « dussiez-vous n’être plus Britanniques ». À qui va et quelle est votre allégeance maintenant ? Que chacun réponde en son âme et conscience.

Le pantin pompeux doit être rappelé ou chassé par le mépris universel du peuple.

Dans le langage de Guillaume IV, « LE CANADA EST PERDU ET LIVRÉ ». LA FOULE DOIT S’ASSEMBLER SUR LA PLACE D’ARMES, CE SOIR, À HUIT HEURES.

AU COMBAT, C’EST LE MOMENT !
Et soudainement, l’incendie se déclare : on voit la fumée sortir des fenêtres. L’incendie prend rapidement des proportions inquiétantes. On refuse l’accès aux pompiers et ceux qui parviennent à passer voient leurs boyaux d’arrosage sectionnés. De plus, l’armée n’intervient pas. Le marché Sainte-Anne et le Parlement du Canada qu’il abrite sont complètement démolis, ses bibliothèques brûlées. La journée du 25 avril 1849 se termine sur une note inquiétante : après avoir incendié le Parlement, les émeutiers partent à la chasse aux réformistes. On déménage temporairement le Parlement au marché Bonsecours, puis dans un théâtre de la rue Notre-Dame. Début novembre, la capitale est transférée à Toronto.

L’année 1849 a été qualifiée d’année de la terreur à Montréal. L’incendie du Parlement y est, bien sûr, pour quelque chose. Cependant, l’incendie et l’agitation du 25 avril ne constituent qu’une amorce à ce qui aurait pu devenir une guerre civile si les Réformistes avaient usé des mêmes moyens que les Tories. Ces derniers saccagent plusieurs résidences et commerces appartenant aux réformistes. Plusieurs d’entre eux se dirigent dans le faubourg Sainte-Antoine avec la ferme intention d’aller saccager et incendier la demeure du Premier ministre La Fontaine. Ce dernier est absent, mais des gens armés montent la garde. Près de 200 personnes franchissent les grilles menant à la résidence. Les coups de feu stoppent les ardeurs des émeutiers qui rebroussent chemin avec, sur les bras, un jeune homme atteint mortellement. Pour venger la mort du jeune homme, les émeutiers mettent le feu à l’hôtel Cyrus, lieu de l’enquête sur la mort du jeune homme, sur la place Jacques-Cartier. Cet incendie a lieu le 16 août et n’est qu’un parmi de nombreux à avoir été déclenchés au cours de l’été. Dans ces temps difficiles, on note également plusieurs décès reliés aux émeutes : la jeune Anne McDonnell est morte dans le feu qui a complètement détruit le magasin de chaussures de M. P. Murray, situé au coin des rues Notre-Dame et Saint-Gabriel. L’arrivée de l’automne ramène un calme relatif dans la ville maintenant dépouillée de son titre de capitale.

Les années 1850 sont des années de prospérité économique qui changeront le visage de Montréal. Elle n’est plus la capitale du Canada-Uni, mais elle demeure la ville économique et industrielle la plus importante du pays pour près d’un siècle à venir.





Soutenons les familles dans leurs combats juridiques (reçu fiscal pour tout don supérieur à 50 $)