lundi 24 juin 2019

dimanche 23 juin 2019

Vision d'avenir : la Libra — la nouvelle devise électronique de Facebook


Extraits d’un texte de Stéphane Germain (Causeur)

Jadis libertarien, le fondateur de Facebook Mark Zuckerberg réclame désormais un meilleur contrôle d’internet par les États. Si le PDG du réseau social aux 2 milliards d’utilisateurs se pose en défenseur de la démocratie contre les « contenus haineux ».


Mark Zuckerberg, jadis chantre du libertarisme d’internet, a surpris tout le monde en réclamant le 30 mars1 une intervention plus forte des États dans la régulation de la Toile. Il a récidivé le 10 mai, en allant à l’Élysée baiser la babouche du président Macron qui souhaite que la France invente pour l’Europe un nouveau modèle de régulation d’internet. Sur sa lancée, Zuckerberg approuvait l’« appel de Christchurch » contre les [citations de] contenus terroristes ou extrémistes, lancé à Paris le 15 mai à l’initiative concertée de plusieurs dirigeants et copiloté par la Première ministre néozélandaise et Emmanuel Macron en personne.

L’adulescent le plus puissant de la planète en appelle donc désormais aux gouvernements pour mieux protéger les données et la vie privée des milliards d’utilisateurs de la toile. Plus globalement, il se pose en défenseur de la démocratie en invitant les autorités à l’aider à protéger les citoyens des « contenus haineux » et à préserver les élections des manipulations occultes dont les algorithmes de Facebook ont joué dernièrement les idiots utiles. De Trump ou Zuckerberg, l’idiot n’était peut-être pas celui qu’on croyait…

[...]

La bonne volonté affichée par le patron du média le plus puissant de la planète ne va cependant pas jusqu’à la revente des « sous-réseaux sociaux » qu’il a acquis — Whatsapp (1,5 milliard d’utilisateurs) ou Instagram (1 milliard). Du reste, on attendra encore longtemps un engagement de l’un des quelconques patrons des Gafam [Google Apple Facebook Amazon Microsoft] visant à cesser de racheter toute jeune entreprise prometteuse susceptible de lui faire concurrence. [...]

Quant aux États, ils auraient tort de prendre pour argent comptant les déclarations d’un gamin devenu plus puissant que la plupart d’entre eux — concédons que ceux qui disposent de l’arme nucléaire peuvent encore lui tenir tête. Après avoir appelé à une plus grande régulation de la toile par les gouvernements légitimes — sans rigoler — Zuckerberg a confirmé son intention de créer une cryptomonnaie sur le modèle du bitcoin. Offrir à deux milliards d’homo economicus la possibilité de commercer à l’aide d’une devise échappant au contrôle de tout État s’apparente à une déclaration de guerre contre l’un des derniers privilèges régaliens de nos vieilles Nations. Si l’on considère que lui et ses homologues des Gafam se rient depuis des années de la fiscalité en jouant à une espèce de saute-mouton, où la dernière étape est toujours un paradis fiscal, on incitera nos dirigeants à la plus grande méfiance. Le changement de pied de Zuckerberg devrait plutôt les amener à prendre conscience de l’aporie créée par ces hydres transnationales. Devenues des Stasi 2.0 privées, mais « cool », on ne peut ni les arrêter ni les laisser se développer.

Le plus surprenant, finalement, c’est que nous, citoyens, laissions faire et même encouragions. À quel scandale aurions-nous assisté si, dans les années 1990, France Télécom avait annoncé que l’opérateur enregistrait toutes nos conversations téléphoniques ? Aurions-nous accepté que la poste, jadis, lise et photocopie tous nos courriers ? C’est pourtant ce que font les Gafam depuis vingt ans dans l’indifférence générale. Ces groupes exercent désormais à l’échelle de la planète des missions de service public qui leur ont été abandonnées avec une inconséquence dramatique.

Les États-Unis ont su par le passé démanteler des sociétés dont le monopole leur semblait menaçant. ATT régnait jusqu’en 1982 sur le téléphone de 300 millions d’Américains, avant d’être scindée en plusieurs entités. L’ex-géant du téléphone fait pourtant figure de nabot inoffensif si on compare sa domination à celle exercée par Google ou Facebook. Les Gafam, qui enregistrent tous les faits et gestes de milliards d’individus, auraient logiquement dû, eux aussi, tomber sous le coup du Sherman Antitrust Act. Si les Américains hésitent à recourir à cette arme, c’est à cause de leurs concurrents chinois, les BATX, bien utiles au gouvernement dans la course à l’intelligence artificielle (côté face) et dans la mise en place d’un État policier (côté pile).

L’Europe [et le Québec] n’a plus beaucoup de temps pour échapper au destin qu’elle semble avoir accepté avec résignation : devenir une colonie numérique américaine, régie par les dogmes californiens en matière de mœurs et de société. Voilà un argument dont pro et anti-européens auraient dû s’emparer à l’occasion des élections du 26 mai dernier. Certes, seule la taille du continent peut faire le poids pour créer un Amazon ou un Facebook de ce côté-ci de l’Atlantique — un bon argument pour les pros. Mais comment ne pas s’étonner que notre indépendance numérique, essentielle, ait pu être autant négligée par une Union européenne décidément pusillanime dès qu’il s’agit de défendre ses intérêts vitaux ? En attendant, une chose devrait être claire : il ne faut pas faire confiance à Zuckerberg et consorts.

France — Bac d’histoire: « Lycéens, répétez après moi, la construction européenne c’est le progrès ! »

«La gouvernance européenne depuis le traité de Maastricht»: ce sujet du Bac d’histoire prouve, selon Barbara Lefebvre, à quel point l’enseignement de l’histoire se confond avec le commentaire d’actualité. Au risque d’y perdre en culture historique et en objectivité.


Barbara Lefebvre est enseignante et essayiste, auteur de Génération «j’ai le droit» (Albin Michel, 2018) et C’est ça la France (Albin Michel, 2019).

Les candidats bacheliers de la section S ont eu à se pencher cette année sur un sujet qui a interpellé ceux qui ne sont pas à jour des dérives ultra-contemporanéistes de nos programmes scolaires: «La gouvernance européenne depuis le traité de Maastricht».

«Ce n’est pas un sujet d’histoire!» me suis-je ainsi entendu dire. Hélas, eu égard aux thèmes grandiloquents qui figurent au programme, ce sujet s’inscrit bien dans cet enseignement disciplinaire. On pourra néanmoins s’interroger sur sa part d’historicité, qui finalement recouvre seulement les vingt-sept dernières années de l’Europe, avec des enjeux inscrits dans une hyper-actualité rendant toute prise de distance difficile pour un élève de dix-huit ans à peine. On se demandera en effet quel regard critique un bachelier peut poser sur la notion de gouvernance européenne, sur celle de supranationalité induisant la perte de souveraineté des nations intégrées au projet de l’Europe maastrichtienne. Les bacheliers ont-ils les moyens d’interroger les enjeux du référendum de 2005 et les modifications profondes apportées en 2009 par le traité de Lisbonne?

Les enjeux du sujet sont inscrits dans une hyper-actualité rendant toute prise de distance difficile pour un élève de dix-huit ans

Dès lors, on comprend que certains parents, certains observateurs puissent trouver un tel sujet fort peu «historique» (au sens d’une analyse raisonnée et critique des faits passés) et bien plus politique, sinon propagandiste. En effet, les attendus pour obtenir une note correcte ne sont pas orientés vers une approche critique de la construction européenne, mais vers une restitution du «récit linéaire européen» appris par cœur: il faut toujours plus d’Europe pour que l’Europe réussisse. Il est d’ailleurs piquant de constater que ceux, parmi les progressistes de tous bords, qui fustigent le prétendu «roman national» et appellent à «dénationaliser l’histoire de France», sont les ardents promoteurs du «roman européen». La construction européenne est en effet décrite comme une longue marche vers le progrès, la paix et la béatitude du libre-échange sans entrave que de mauvais génies «nationalistes» animés de «passions tristes» viendraient troubler, formant de terrifiants desseins pour nous ramener «aux heures sombres de notre histoire». Nos programmes au collège comme en lycée, et ce sujet de bac, témoignent de ce «roman européen», mais personne n’aurait l’idée d’en ébaucher une critique historiographique et historique.


Au fil des années, parce qu’il faudrait que l’école soit de son temps, l’enseignement de l’histoire contemporaine est devenu une activité de commentaire du temps présent, à cheval entre le journalisme bien-pensant et la vulgate du Monde diplo (pour les questions de géopolitique internationale). Les quatre thèmes au programme en Terminale parlent d’eux-mêmes: le rapport des sociétés à leur passé (traduire par «le culte mémoriel et son camaïeu d’histoires victimaires»), idéologies et opinions en Europe de la fin du XIXe à nos jours (centré sur l’Allemagne et la France depuis 1875, ce qui nuance nettement la localisation ambitieuse de l’intitulé), puissances et tensions dans le monde de 1918 à nos jours (traduire par «brosser un siècle de géopolitique internationale en vingt heures de cours»), les échelles de gouvernement dans le monde de 1945 à nos jours (à savoir l’échelle de l’État-nation avec la France comme exemple, l’échelle continentale avec l’Union européenne, l’échelle mondiale avec «la gouvernance économique mondiale» sic). Ces thèmes sont révélateurs de la dérive tant géopolitique que mémorielle de l’enseignement de l’histoire contemporaine, qui s’apparente de plus en plus à des sciences politiques de café du commerce.

Au fil des années l’enseignement de l’histoire contemporaine est devenu une activité de commentaire du temps présent.

Les autruches-idéologues en fonction au ministère, au Conseil supérieur des programmes, dans les établissements de formation des enseignants (Espé) ou au sein de l’Inspection générale, nous répètent en boucle comme une méthode Coué: «le niveau ne baisse pas, certes nos bacheliers ne savent pas les mêmes choses que leurs aînés mais ils savent bien d’autres choses puisqu’ils sont ouverts sur le monde grâce aux nouvelles technologies». Or la réalité observable par tout enseignant intellectuellement honnête et par tout parent d’élève lucide est différente. Les enseignants du Supérieur constatent tous en accueillant les étudiants de première année que les niveaux de culture générale, de maitrise de la langue écrite, de compréhension de textes complexes, sont en chute libre. Qu’ils ne sont en rien compensés par l’agilité numérique ou la capacité d’exprimer sa pensée en 140 signes sur Twitter en langue onomatopée-inclusive. Dernier exemple en date de la bêtise couplée à l’arrogance: des candidats de sections ES et S lancent actuellement une pétition pour «dénoncer» un sujet de français jugé trop difficile (un poème d’Andrée Chédid). Ils vont jusqu’à employer le terme «humiliation» pour exprimer leur ressenti! Ils s’insurgent aussi du fait que la plupart d’entre eux n’ont pas compris que l’auteur était une femme et ont donc fait un contresens … Et oui, car un bachelier en 2019 connaît et tolère tous les prénoms saugrenus (dont les parents affublent leur chérubin pour «être original et différent»), mais il n’est pas en mesure de savoir que le «e» d’Andrée marque la féminité de celle qui porte ce prénom. L’élève a donc «le droit» de se plaindre.

La déculturation de masse des élèves produits par l’Éducation nationale depuis au moins trois décennies à force de pédagogie jargonneuse, de didactique prétentieuse, de «sciences de l’éducation» qui ont vidé les enseignements disciplinaires de substance autant que d’exigence intellectuelle, ne pouvait que conduire à cette ignorance généralisée qui rend indéchiffrable la course du monde. Tant d’individus sont emportés par le tourbillon de la mondialisation néolibérale dont ils ne comprennent pas les enjeux et les stratégies déshumanisantes. Or, ce monde obscur et inintelligible produit de la colère, née de l’impuissance, de la violence, née de l’inculture. Mais pour faire accepter la mondialisation et ses effets à ceux qui la subissent, l’enseignement de l’histoire est utilisé par les élites progressistes comme un instrument de prédiction des temps futurs: on ne rechigne ni aux anachronismes les plus grossiers, ni aux reductio ad hilterum tous azimuts. Là où les politiques à l’œuvre dans l’histoire scolaire de la IIIe République visaient à consolider la culture commune du passé national pour unifier la nation civique, ceux d’aujourd’hui usent de l’histoire pour fragmenter, atomiser, déraciner. L’histoire est de moins en moins la «science humaine» que les esprits rationnels de la seconde moitié du XIXe siècle espéraient fonder, elle est en train de revenir à ce qu’elle fut pendant des siècles: un récit émis par les pouvoirs en place pour se légitimer et perdurer, des chroniques apologétiques de l’action des élites dirigeantes. L’histoire quitte à pas de loup l’espace intellectuel d’une analyse critique du passé en constante réécriture, pour devenir un tribunal jugeant les hommes d’hier à l’aune des préoccupations sociales et politiques des hommes d’aujourd’hui.

On pouvait espérer que les nouveaux programmes d’histoire mis en œuvre à la rentrée prochaine pour la réforme du baccalauréat, retisseraient le fil d’une science historique en perdition… Hélas, les premières annonces faites en janvier sur les classes de Seconde et de Première ne sont guère rassurantes. Le biais chronologique annoncé n’est que de la poudre de perlimpinpin pour masquer la persistance de ces approches thématiques hyper ambitieuses qui accouchent toujours d’une souris. Derrière les mots rassurants de Jean-Michel Blanquer, la réforme du lycée et des programmes afférents a été imposée à marche forcée et sans réelle concertation avec les premiers concernés - à savoir les enseignants de terrain. De ce point de vue, le ministre Blanquer utilise la même méthode du «fait accompli» que son prédécesseur la ministre Najat Vallaud-Belkacem et sa réforme catastrophique des programmes du primaire et du collège que M. Blanquer n’a pas remise en question contrairement à ses engagements lors de sa prise de fonction en mai 2017.

On en revient toujours à la réalité de terrain: les programmes deviennent ce que les enseignants en font. Mais, élèves, parents d’élèves, observateurs doivent avoir à l’esprit qu’avec toujours moins d’heures d’enseignement et des programmes encyclopédiques irréalisables, les enseignants ne sauraient être tenus pour responsables de la pédagogie du survol et de la déconstruction du récit historique auxquelles les oblige leur hiérarchie. Ils ne peuvent pas davantage être jugés coupables de la perte de culture générale des nouvelles générations. Les enseignants font ce qu’ils peuvent avec les orientations politiques des programmes scolaires que des idéologues imposent. Et s’ils sont toujours plus nombreux à rêver d’une reconversion professionnelle, ce n’est pas sans raison.

La liberté universitaire, la censure et le politiquement correct

Qui est Diego Fusaro, dont l’invitation a aussi été annulée à Nice

https://fr.wikipedia.org/wiki/Diego_Fusaro


Et https://www.youtube.com/watch?v=jNMU0BRM4Mg

Annulation à Toulouse (prof proche de la Manif pour Tous)

https://www.ladepeche.fr/amp/article/2018/11/13/2905718-universite-toulouse-annule-venue-professeur-proche-manif-tous.html

Voir à Bobigny:

https://twitter.com/uejf/status/1092555115058421765?lang=fr

Une autre affaire à Cambridge (pas mentionnée dans la vidéo)

https://quillette.com/2019/05/02/camb...


Sur Stéphane Mercier à l’Université catholique de Louvain (catho tradi)

https://plus.lesoir.be/87950/article/2017-03-29/propos-anti-avortement-lucl-la-liberte-academique-menacee

Sur Mme Reynier, rectrice de l’académie d’Orléans-Tours.
« Enfants d’immigrés » : quand la rectrice d’Orléans dérape », Le Nouvel Observateur, 20 juin 2011.

« EELv dénonce des propos du recteur sur « les enfants issus de l’immigration» , Le Parisien, 19 juin 2011.

« La rectrice de l’académie Orléans-Tours s’ex- plique », Le Nouvel Observateur, 22 juin 2011.



Livre de J. S. Mill, De la Liberté [on ne peut croire aux experts dans des domaines que nous ne maîtrisons pas que parce qu'il y a la liberté d'expression garantie à leurs potentiels contradicteurs, exemple sur la théorie de Newton et sa remise en cause moderne]


Livre de Mearsheimer et Walt

Le lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine
John MEARSHEIMER, Stephen M. WALT

https://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Le_lobby_pro_isra__lien_et_la_politique___trang__re_am__ricaine-9782707157010.html

Sur les attaques au gaz en Syrie

En 2013: https://www.les-crises.fr/la-maison-blanche-a-publie-un-rapport-de-renseignement-manifestement-faux-trompeur-et-amateur-par-theodore-postol/

Et en 2018:
http://accuracy.org/release/postol-newly-revealed-documents-show-syrian-chemical-attacks-were-staged/

Sur la censure concernant le climat (3 exemples parmi d’autres)
Vingt-cinq Académiciens s’opposent à une censure climatique
https://www.valeursactuelles.com/politique/vingt-cinq-academiciens-sopposent-une-censure-climatique-108074

Le témoignage de Roger Pielke Jr

https://threadreaderapp.com/thread/987052536883376128.html

Ross McKitrick: Ce scientifique a prouvé que le changement climatique ne causait pas de conditions climatiques extrêmes - les politiciens ont donc attaqué

https://business.financialpost.com/opinion/ross-mckitrick-this-scientist-proved-climate-change-isnt-causing-extreme-weather-so-politicians-attacked

Sondage sur la peur de s’exprimer en public en Allemagne:
Seuls 18% des Allemands se sentent libres d'exprimer leur opinion en public
[Notons que plus de 31 % des Allemands ne se sentaient même pas libres de s’exprimer en privé et entre amis. Seulement 17 % se sentaient libres de s’exprimer sur Internet et 35 % ont déclaré que la liberté de parole était confinée au plus restreint des cercles privés.]

https://www.welt.de/politik/article193977845/Deutsche-sehen-Meinungsfreiheit-in-der-Oeffentlichkeit-eingeschraenkt.html

https://jonathanturley.org/2019/05/28/poll-on-18-percent-of-german-feel-free-to-voice-views-in-public/

Le troublant copier-coller du « Un million d'espèces animales et végétales menacées d'extinction »

Selon Radio-Canada qui reprend une dépêche de l’AFP : « Déjà un million d’espèces menacées d’extinction et le rythme s’accélère : la nature, qui permet à l’humanité de vivre, est condamnée à poursuivre son déclin à moins d’“un changement profond” des modèles de production et de consommation des hommes.

Dans un rapport sans précédent publié lundi, le groupe d’experts de l’ONU sur la biodiversité (IPBES) peint un tableau sombre de l’avenir de l’être humain, qui dépend de la nature pour respirer, boire, manger, se chauffer ou se soigner.

“Nous sommes en train d’éroder les fondements mêmes de nos économies, nos moyens de subsistance, la sécurité alimentaire, la santé et la qualité de vie dans le monde entier”, décrit Robert Watson, président de l’IPBES.

Déforestation, agriculture intensive, surpêche, urbanisation galopante, mines : 75 % de l’environnement terrestre a été “gravement altéré” par les activités humaines et 66 % de l’environnement marin est également touché.

Résultat : environ un million d’espèces animales et végétales sur les quelque huit millions estimées sur Terre sont menacées d’extinction, dont “beaucoup dans les prochaines décennies”. »



Le journaliste Toby Young du Spectator s’est penché sur cette histoire alarmiste pour la biodiversité et sur l’affirmation selon laquelle un million d’espèces devraient disparaître à moins d’un changement de notre mode de vie et de notre modèle économique.

Young semble avoir fait quelques brèves recherches et a montré que les estimations sous-jacentes, parrainées par l’ONU, sont bidons. Les auteurs du rapport ont extrait certaines données de la « liste rouge » officielle des espèces menacées et les ont soumis à des extrapolations que les auteurs de cette même liste rouge disent qu’il ne faut justement pas faire. Ils ont ensuite publié un communiqué de presse quelque peu hystérique, mais pas le rapport sous-jacent.



C’est une histoire familière pour quiconque s’intéresse à l’écologisme, mais Young a été plutôt surpris, à la fois par la médiocrité de la recherche et par la façon dont la presse l’a traitée. Après tout, si de brèves recherches ont révélé à Young (avec un diplôme en politique, philosophie et économie) que certaines recherches dites scientifiques sont absurdes, les nombreux autres journalistes auraient sans doute dû remarquer que des aspects de ce rapport alarmiste clochaient. Mais voilà, de nombreux journalistes scientifiques sont eux-mêmes militants (ils se considèrent simplement comme « responsables ») se voient comme faisant partie du mouvement écologiste et il est donc mal vu (« peu responsable ») de poser des questions qui pourraient démobiliser les gens. Ainsi, les journalistes scientifiques des différents médias ont-ils simplement repris ce communiqué de presse ou l’ont rapidement réécrit avec leurs propres mots. Très peu semblent avoir gratté ou posé de questions, nous ne connaissons que le cas de Toby Young.


Dans une certaine mesure, le problème peut être imputé au manque de connaissances scientifiques de la presse. La plupart des gens qui tiennent les colonnes science-environnement dans les médias sont des diplômés en sciences humaines (Stephen Guilbeault a fait des études en théologie) et auraient du mal à remettre en question de nombreux communiqués de presse qu’ils retranscrivent fidèlement. Toutefois, le cas de Toby Young démontre qu’un esprit curieux peut faire une grande différence. Mais les journalistes scientifiques ne sont pas très curieux, la plupart d’entre eux sont à l’aise dans leur foi écologiste, ils sont écoresponsables.

Les personnes sensées devraient prendre avec une énorme poignée de sel toutes les manchettes sensationnalistes scientifiques que les médias reprennent, en particulier ceux qui relatent de « nouvelles études ». Devant ces dépêches sensationnalistes, il vaut mieux chercher l’opinion de sceptiques dans les médias alternatifs ou sociaux pour mettre en perspective ces unes à sensation. Ces gros titres sont généralement réfutés le jour même par de mauvais coucheurs de sceptiques, malheureusement pas avant que les médias grand public aient fait des dégâts dans l’opinion publique qui ne se souviendra que de la manchette alarmiste. Ces médias ne donnent jamais la même ampleur à des corrections tardives, si tant est qu’ils les publient.



Extrait de l’article de Toby Young

J’ai décidé de creuser un peu pour voir si un million d’espèces « risquent de disparaître au cours des prochaines décennies », comme l’a dit la BBC. Cette affirmation se fonde sur un rapport de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) de l’ONU, mais ce rapport n’a pas encore été publié. Tout ce que j’ai réussi à trouver en ligne fut un communiqué de presse publié par la IPBES et un « résumé » du rapport « à l’intention des décideurs ». Le communiqué de presse indique : « Le rapport révèle qu’environ un million d’espèces animales et végétales sont menacées de disparition, dont beaucoup au cours des décennies. » Il ne fournit aucune source au-delà du rapport non encore publié, mais le résumé indique clairement qu’il est en partie basé sur les données de la liste rouge des espèces menacées de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Le site Web de la Liste rouge de l’UICN indique que « plus de 27 000 espèces sont “menacées d’extinction” ». Alors, comment l’IPBES est-il arrivé au chiffre d’un million ? Le passage essentiel dans le résumé destiné aux décideurs politiques se lit comme suit : « Environ 25 % des espèces appartenant à des groupes d’animaux et de plantes évalués sont menacées, ce qui suggère qu’environ un million d’espèces sont déjà menacées de disparition, dont beaucoup dans des décennies, si aucune mesure n’est prise. » Le mot « suggérant » est essentiel. Le site Web de la Liste rouge indique que 98 500 espèces ont été « évaluées » — et l’IPBES a déterminé le pourcentage d’espèces sur un total de 98 500 et a multiplié les 27 000 en conséquence. C’est un calcul difficile à faire, étant donné que le nombre d’espèces dans le monde est inconnu... L’estimation la plus fiable est de 8,7 millions (avec une marge d’erreur de plus ou moins 1,3 million), mais même les compilateurs de cette statistique reconnaissent que 86 % de toutes les espèces terrestres et 91 % des espèces marines n’ont pas encore été découvertes, décrites et répertoriées.

Comment l’IPBES est-il parvenu au chiffre magique d’un million ? Il semble que nous devions simplement le croire sur parole, ce que la BBC a dûment fait. Qu’en est-il de l’affirmation de l’IPBES selon laquelle « environ 25 % des espèces… sont menacées » ? Cela semble un peu pessimiste, étant donné que le nombre de mammifères disparus au cours des 500 dernières années est d’environ 1,4 % et qu’un seul oiseau a connu le même sort en Europe depuis 1852. Ce n’est pas mal si l’on considère l’ampleur de la croissance économique au cours des 167 dernières années. Alors, que veut dire « menacé » ? L’IPBES utilise la définition de l’UICN, qui est « à haut risque d’extinction dans la nature ». De manière peu vraisemblable, l’UICN inclut dans cette catégorie les espèces qu’elle qualifie de « vulnérables », qu’elle définit comme faisant face à une « probabilité de disparition dans la nature » d’au moins 10 % ». Près de la moitié des espèces incluses par  l’IPBES dans son chiffre de 25 % appartiennent à cette catégorie « vulnérable ».

[...]

Le lecteur de nouvelles de la BBC, résumant le rapport (non publié) de l’IPBES, a déclaré que 40 % des amphibiens font partie des espèces « en danger d’extinction imminente ». Effectivement, ce chiffre de 40 % figure dans le communiqué de presse de l’IPBES et sur le site Web de la liste rouge. Mais environ un tiers de ces amphibiens entrent dans la catégorie « vulnérable ». Décrire leur extinction comme « imminente » est donc exagéré. C’est un peu comme si on disait que Manchester City risque 10 % d’être relégué dans les 100 prochaines années et qu’il risque donc d’être relégué de façon imminente. Pour ceux qui ne suivent pas le football anglais, Man City devrait être sacré champion de Premier League samedi.


L’analyse des données de la Liste rouge tend à démentir cet alarmisme

Les données de base proviennent de la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature et de ses ressources (UICN), qui répertorie toutes les espèces connues qui ont suivi le chemin du dodo et de la tourte voyageuse. L’examen de l’ensemble des données révèle une vision bien différente de cette tendance alarmiste à l’extinction imminente.

Ci-dessous, toutes les 529 espèces de la liste rouge répertoriées dont la date d’extinction est connue sont illustrées ci-dessous à la figure 2 par décennie d’extinction. Ce graphique révèle une histoire assez différente de celle avancée par le nouveau rapport. Au lieu d’une augmentation constante du nombre et du taux d’extinctions, nous constatons que les extinctions ont atteint leur maximum à la fin du XIXe siècle et au début du 20e siècle, suivies d’un déclin important qui se poursuit encore aujourd’hui. On pense que ce pic d’extinction coïncide avec l’introduction d’espèces non indigènes, principalement sur des îles (y compris l’Australie).

Extinction d’espèces par décennie de 1500 à 2009


Un examen plus approfondi des informations les plus récentes remontant à 1870 révèle que, au lieu d’une augmentation effrayante, les extinctions sont en train de régresser de manière significative.

Ce qui est évident, c’est que la tendance aux extinctions est à la baisse plutôt qu’en hausse, tout le contraire de ce que prétend le nouveau rapport. En outre, selon le rapport de l’IPBES, nous pouvons nous attendre à 25 000 à 30 000 extinctions par an, mais la moyenne des 40 dernières années est d’environ 2 espèces par an. Cela signifie que le taux devrait être multiplié par 12 500 à 15 000 pour atteindre les hauteurs vertigineuses prédites. On ne voit pas ce qui permet de prévoir une telle augmentation, ni même une petite fraction de cette hausse vertigineuse.

Graphique des extinctions d’espèces par décennie, à partir de la liste rouge



Cette nouvelle étude portant sur l’extinction des espèces animales et végétales n’est que le dernier exemple d’abus du processus scientifique conçu pour causer l’hystérie autour d’une apocalypse climatique imminente et forcer la main aux pouvoirs politiques et aux citoyens. La peur et l’alarme suscitées par de prétendues catastrophes imminentes doivent servir à imposer à une population rétive des politiques qui ne pourront qu’abaisser notre qualité de vie et notre vitalité économique.

Ironie poétique : ce nouveau rapport présente un problème épineux à tous ceux qui veulent sauver la planète de nos excès de dioxyde de carbone, car il indique que la perte d’habitat est la principale cause des extinctions prévues. Mais voilà, la solution préconisée habituellement pour lutter contre le CO2 consiste à recouvrir de vastes étendues de terres par des usines solaires de taille industrielle et à ériger d’immenses usines éoliennes qui couvriront les forêts et les prairies, tuant les oiseaux en danger et les autres espèces qu’ils prétendent sauver.

Voir aussi

Non, 40 % de la calotte glaciaire du Groenland n’est pas disparue en un seul jour

De plus en plus d’inondations à cause des « changements climatiques », vraiment ?

Le Canada se réchauffe deux fois plus vite que le reste de la planète... Est-ce grave ?

Les « changements climatiques », une des causes de la guerre en Syrie... Vraiment ?

Climat — contrairement aux prévisions, aucune accélération à la hausse du niveau de la mer

Écologisme — la revue Nature reconnaît l’échec des modèles prédictifs informatiques

Climat — Le point de rupture à nouveau reporté ? (liste de prédictions apocalyptiques passées [et divergentes] en matière de climat)

Écologie — Les hommes ont-ils vraiment fait disparaître 60 % des animaux depuis 1970 ?

Comment la science se trompe... (nombre important et croissant de publications souffrent de biais statistiques ou défauts méthodologiques qui devraient inciter à la prudence sur les conclusions)

Indonésie: le péril islamique au « pays de l'islam modéré »

De plus en plus de soldats désapprouvent la philosophie pluraliste des pères fondateurs de l’Indonésie. Pour le ministre de la Défense nationale, « Ce ne sera pas un problème aujourd’hui, mais dans les 20 à 30 prochaines années ». Dans le même temps, 23,4 % des étudiants universitaires soutiennent le djihad pour établir un État islamique.

Le patriotisme indonésien a été fondé en 1945 sur le « Pancasila » (/panʧaˈsiːla/), les 5 préceptes en sanscrit, ou 5 principes, qui sont : la croyance en un Dieu unique, une humanité juste et civilisée, l’unité de l’Indonésie, une démocratie guidée par la sagesse à travers la délibération et la représentation, la justice sociale pour tout le peuple indonésien. Le Pancasila est inscrit dans la Constitution.

Dans le discours fondateur de Soekarno, qui n’était pas encore président, le premier point était le cinquième et il était ainsi précisé : « Les chrétiens prient Dieu selon les préceptes de Jésus le Messie, les musulmans selon ceux du prophète de l’islam Mahomet, les bouddhistes selon leurs livres ».

Le Gedung Pancasila, où Soekarno prononça son discours « Lahirnya Pancasila » le 1er juin 1945

Les musulmans ont toujours trouvé que cette formulation ne convenait pas et dès le début ils ont voulu, par la « charte de Jakarta », ajouter : « avec obligation de suivre la loi de la charia pour les adhérents ». En 1956 les négociations pour une nouvelle Constitution n’ont pas abouti, et en 1959 le président Sukarno a déclaré que la déclaration de Jakarta était « dans l’âme de la Constitution ».

Mais, comme on le sait, l’« islam modéré » du « plus grand pays musulman du monde » est de moins en moins modéré et de plus en plus agressif. Une étude du ministère de l’Éducation le montre de façon éloquente : 23,4 % des étudiants universitaires sont d’accord avec l’idée que le djihad serve à établir un État islamique ou un califat, 23,3 % préférant un califat.

Selon Ryamizard Ryacudu, le ministre de la Défense, « ce n’est pas tellement un problème aujourd’hui, mais dans les 20 à 30 prochaines années… Si nous laissons cela se poursuivre, les dirigeants de demain pourraient être ces étudiants d’aujourd’hui, et s’ils deviennent président, général ou chef de la police, et qu’ils adoptent le califat, ce sera la fin de cette nation… Si le Pancasila échouait, la nation serait entraînée dans la même situation que le Proche Orient. »

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L'ONU révise à la baisse ses prévisions de la population mondiale

Les démographes de l’ONU ont revu à la baisse leurs prévisions de la population mondiale d’ici 2100.



La prévision publiée le 17 juin indique que l’ONU pense maintenant la Terre sera peuplée d’un peu plus de 9,7 milliards de personnes en 2050 et d’un peu moins de 10,9 milliards en 2100. Le premier chiffre est de 37 millions inférieur à la prévision de l’ONU publiée il y a deux ans. Le second chiffre portant sur 2100 dernier est de 309 millions plus bas — presque l’équivalent de la population des États-Unis.

Les taux de natalité diminuent plus rapidement que prévu dans certains pays en développement. À la fin des années 1980, le Kenya avait un taux de fécondité de 6,5 enfants par femme. Il y a deux ans, l’ONU estimait que le taux de fécondité du Kenya ne baisserait à 2,1 (le taux de remplacement de la population) qu’à la fin des années 2070. En raison de nouvelles données, il pense maintenant que le Kenya atteindra ce point dix ans plus tôt. L’Ouganda a également l’air moins fécond que prévu auparavant. Une faible réduction du taux de fécondité en Inde a un impact considérable sur les prévisions démographiques mondiales, car l’Inde compte près d’un sixième de la population mondiale.

Le modèle de population des Nations Unies suppose que les pays dont le taux de fécondité est bien inférieur à deux vont très peu rebondir. C’était la théorie de la transition « démographique ». L’Institut national d’études démographiques (INED) décrit la transition démographique comme « le passage d’un régime traditionnel où la fécondité et la mortalité sont élevées et s’équilibrent à peu près, à un régime où la natalité et la mortalité sont faibles et s’équilibrent également ». L’équilibre devait « magiquement » se rétablir. Pendant la transition entre les deux régimes, la natalité diminue moins vite que la mortalité, créant un fort accroissement naturel de la population.

Ce modèle qui sert de base aux prédictions de l’ONU a été critiqué de longue date, notamment par l’historien Pierre Chaunu décédé en 2009. L’observation de la transition démographique française a fait douter certains auteurs de l’universalité du schéma classique. En effet, en France on observe, à partir de 1750 et tout au long de la transition, une chute relativement conjointe et simultanée des taux de natalité et de mortalité, ce qui empêche la France de connaître un essor démographique rapide lors de cette transition. Une autre critique, généralisant l’évolution européenne ou de pays comme le Japon ou le Brésil, souligne que le taux de natalité à la fin de la transition, loin d’idéalement se stabiliser environ au niveau du taux de mortalité, poursuivrait sa baisse, provoquant un déclin démographique, précédé puis accompagné du vieillissement des populations.

Le modèle de prévision de la population mondiale prévoyait que les pays à très faible natalité (le Japon, l’Italie, l’Allemagne, le Canada) verraient leur fécondité remonter rapidement pour atteindre le taux de remplacement des générations. Même dans les pays où les bébés sont devenus rares depuis des décennies, la plupart des gens continuent de croire que la famille idéale contient deux voire trois enfants. En d’autres termes, même si les Canadiens ne font que 1,5 enfant par femme, les gens pensent que 2,5 enfants par femme constituent une famille idéale. Mais le rebond prédit par la transition démographique persiste à ne pas se produire de nombreux pays. C’est une des raisons qui ont amené les démographes de l’ONU à modifier leurs prévisions. Ils s’attendent maintenant à ce que certains pays à taux de natalité extrêmement bas, tels que l’Italie, le Japon et la Corée du Sud, le restent pendant des années. La Corée, qui a un taux de fécondité d’à peine 1,1 enfant/femme, devrait désormais ne plus compter que 30 millions d’habitants en 2100 alors que ce pays en compte 51 millions aujourd’hui.


Un autre changement concerne la mort. La plupart des gens vivent plus longtemps. La plus grande amélioration concerne l’Afrique de l’Est et australe, où le VIH est mieux traité. En Amérique, cependant, l’épidémie d’opioïdes, notamment, a fait augmenter le taux de mortalité, en particulier chez les hommes blancs. La probabilité qu’un garçon de 15 ans meure avant l’âge de 50 ans est maintenant plus élevée en Amérique qu’au Bangladesh.

Voir aussi

Discours malthusien des écologistes qui sévit en Occident et qui préconise de ne pas avoir d’enfants pour sauver la Terre


jeudi 20 juin 2019

Fécondité du Québec : 1,59 enfant/femme en 2018, était de 1,60 en 2017

On estime à 83 800 le nombre de naissances au Québec en 2018, un nombre semblable à celui enregistré en 2017 (83 855).

L’indice synthétique de fécondité s’établit à 1,59 enfant par femme, en légère diminution comparativement à 1,60 en 2017, car la population du Québec a augmenté principalement par l’apport d’immigrants.

Les taux de fécondité poursuivent leur recul chez les femmes de moins de 30 ans et semblent se stabiliser au-delà de cet âge. À l’échelle régionale, la fécondité demeure la plus élevée dans le Nord-du-Québec (c’est la seule région avec une fécondité supérieure au taux de remplacement), tandis que les indices les plus faibles s’observent à Montréal et dans la Capitale-Nationale. C’est ce qui ressort de ce bulletin, qui accompagne la diffusion des données provisoires sur les naissances et la fécondité au Québec en 2018.

Il est né moins d’enfants au Québec en 2018 qu’en 1975 (96 298) alors que la population était alors de 6 330 303 alors que celle-ci est de 8 390 499 en 2018.



À titre comparatif, l’indice synthétique de fécondité était de 1,50 enfant par femme au Canada en 2017. Cette même année (dernière disponible dans la plupart des pays), l’indice était de près de 1,9 enfant par femme en France et se situait entre 1,7 et 1,8 enfant par femme aux États-Unis, dans plusieurs pays du nord de l’Europe (Suède, Danemark, Irlande), ainsi qu’en Australie et en Nouvelle-Zélande. Il était de moins de 1,4 enfant par femme dans plusieurs pays du sud de l’Europe (Italie, Espagne, Portugal, Grèce), de 1,43 enfant par femme au Japon et de seulement 1,05 enfant par femme en Corée du Sud.

Cet indice est peut-être légèrement surestimé

Statistique Canada a récemment diffusé une série révisée des estimations démographiques. Cette révision visait principalement à arrimer les estimations de population aux comptes du Recensement de 2016 rajustés pour le sous-dénombrement net du recensement et les réserves indiennes partiellement dénombrées. Les nouvelles estimations révisent à la baisse la population totale du Québec comparativement aux estimations établies précédemment par Statistique Canada. Ce qui mécaniquement augmente l’indice de fécondité pour un même nombre de naissances.

Si la révision a été de faible ampleur en ce qui a trait aux années 2011 et précédentes, elle est majeure pour les années postérieures à 2011. Par exemple, au 1er juillet 2016, la nouvelle estimation compte 96 000 personnes de moins que l’estimation précédente. La révision à la baisse est globalement plus importante dans la population féminine que dans la population masculine. Elle est notamment plus marquée chez les femmes de 20 à 34 ans et chez celles de 75 ans et plus.

L’effet de la révision des estimations de la population est mineur en ce qui a trait aux indicateurs de nuptialité, mais plus marqué en ce qui concerne les mesures de fécondité et de mortalité. Étant donné la révision à la baisse de la population, le nouveau calcul entraîne une révision à la hausse des taux de fécondité et de l’indice synthétique de fécondité. Les taux de mortalité ont également été révisés à la hausse, ce qui a entraîné une révision à la baisse de l’espérance de vie. Les différences sont faibles jusqu’en 2011 et tendent à augmenter pour les années plus récentes. Comme la révision a touché de manière plus importante les estimations de la population féminine, les taux et indices associés aux femmes ont connu une modification plus marquée.

Il est à noter que les estimations de population « sont entachées d’une certaine marge d’imprécision », associée aux sources de données et aux méthodes utilisées (Statistique Canada, 2019). Dans le cas du Québec, une évaluation de l’Institut de la statistique du Québec s’appuyant notamment sur une comparaison avec des données administratives indique que les nouvelles estimations pourraient sous-estimer la population féminine, plus particulièrement aux âges à la maternité et aux âges élevés. Le cas échéant, cela entraînerait une surestimation de l’indice synthétique de fécondité, de même qu’une sous-estimation de l’espérance de vie des femmes. Par conséquent, une certaine prudence est de mise dans l’interprétation des résultats.

62 % des naissances hors mariage, 33 % avec au moins un parent né à l’étranger

Près de deux enfants sur trois (62 %) sont issus de parents non mariés. Cette part a augmenté rapidement à partir des années 1970, mais semble vouloir se stabiliser depuis le milieu des années 2000.

La proportion de nouveau-nés ayant au moins un parent né à l’étranger est de 33 % au Québec en 2018 : 22 % ont deux parents nés à l’étranger et 11 % ont un seul de leurs parents né dans un autre pays. La proportion de nouveau-nés ayant au moins un parent né à l’étranger était de 20 % il y a 20 ans.

La fécondité dans les régions

De manière générale, la fécondité dans les régions a connu une évolution assez semblable à celle du Québec dans son ensemble, c’est-à-dire une augmentation de l’indice synthétique de fécondité au cours des années 2000, suivie d’une baisse dans les années récentes. Des disparités apparaissent cependant quand on compare l’intensité du phénomène entre les régions.

Avec un indice synthétique de fécondité de 2,55 enfants par femme en 2018, le Nord-du-Québec se situe loin devant les autres régions. Viennent ensuite le Centre-du-Québec, la Côte-Nord, a Chaudière-Appalaches et l’Abitibi-Témiscamingue, avec des indices avoisinant 1,8 enfant par femme. À l’opposé, Montréal et la Capitale-Nationale affichent les indices les plus faibles, à des niveaux dignes du Japon ou de l’Italie, un peu inférieurs à 1,5 enfant par femme.



lundi 17 juin 2019

Réforme Blanquer : en 2021, le programme de philosophie « sera féminisé et deviendra plus multiculturel qu’il ne l’est actuellement »


Le nouveau programme, qui rallonge la liste des auteurs que les professeurs pourront faire étudier à leurs élèves de 12 à 55, divise la profession.

Comme toutes les matières enseignées au lycée, la philosophie fera peau neuve pour le bac 2021, comme prévu par la grande réforme du baccalauréat général et technologique portée par le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer, que les élèves actuellement en classe de seconde seront les premiers à expérimenter.

Le nouveau programme de philosophie de terminale, dévoilé le 17 mai par le Conseil supérieur des programmes (CSP), connaîtra ainsi un grand chamboulement. En tête des transformations qui concerneront cette matière : l’élargissement de la liste d’auteurs que les professeurs pourront faire étudier à leurs élèves, qui passera de 12 à 55 penseurs... et penseuses.

Le programme de philosophie sera en effet féminisé et deviendra plus multiculturel qu’il ne l’est actuellement. Les textes et les théories de Simone de Beauvoir, Simone Weil, ou de penseurs non occidentaux comme le Chinois Tchouang-tseu (Zhuangzi) ou le bouddhiste Nagarjouna pourront ainsi être étudiés au même titre que ceux de Freud, Descartes, Platon ou Marx pour traiter des notions au programme.

Une « pression symbolique ou politique » ?

Cet élargissement visant à rendre le programme plus actuel ne plait pourtant pas à tout le monde. Selon, le président de l’Association des professeurs de philosophie de l’enseignement Nicolas Franck, qui s’est exprimé le 16 juin dans les colonnes du Figaro, cette nouvelle liste implique d’avoir « atteint une technicité qu’un élève n’a pas en terminale » :

« Ces auteurs ne seront jamais étudiés par quiconque, mais il a sans doute fallu répondre à une pression symbolique ou politique », estime le professeur.

Des notions loin de faire l’unanimité

À l’inverse, le nombre de notions qui devront être couvertes par les professeurs de philosophie en terminale passera de 29 à 21 en 2021, pour répondre aux demandes des enseignants jugeant le programme trop lourd.

Mais pour Nicolas Franck, ces notions sont encore trop nombreuses. « Nos adhérents ont déjà la sensation de survoler le programme, et comme ils ne peuvent pas le terminer, cela rabat les élèves vers les Anabac et autres fiches prédigérées », déplore-t-il.

D’autres professeurs, comme le relève Le Monde, regrettent quant à eux la disparition de la notion de « sujet » du programme.

« Répondre à la question “Qui suis-je ?” tient une place essentielle dans la discipline. Quand j’aborde “le sujet”, les visages s’éclairent, on touche à quelque chose de réel, d’intime », explique une enseignante en philosophie dans un lycée de l’Est parisien dans les pages du quotidien.

Une organisation des notions qui divise

Autant de transformations qui n’ont pas plu à l’universitaire Pierre Guenancia et à l’inspecteur général de philosophie Frank Burbage, qui avaient été chargés par le Conseil supérieur des programmes de piloter un groupe de travail sur les nouveaux programmes de philosophie, applicables dès la rentrée 2020 et le bac 2021. Le Monde rapporte que les deux experts se sont en effet alarmés que leurs propositions n’ont pas été retenues pour élaborer le nouveau programme.

Le groupe de travail avait notamment conseillé un programme structuré autour de grandes thématiques. Une proposition que le CSP n’a pas retenue, préférant classer les 21 notions par ordre alphabétique pour « n’imprimer aucune orientation doctrinale particulière ni aucune limitation arbitraire du traitement philosophique des notions », selon leur rapport, laissant ainsi au professeur la responsabilité de choisir comment traiter de chaque sujet.

Si le baccalauréat est totalement transformé en 2021, avec notamment la suppression des filières et l’introduction de spécialités, la philosophie sera toujours enseignée à tous les élèves de terminale et fera partie des quatre matières — seulement — sur lesquelles les candidats devront plancher lors des épreuves du bac.

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Le Vatican publie un document sur la question du genre

La Congrégation pour l’éducation catholique a récemment rendu public un document sur la question du genre, à destination des éducateurs et des familles, en réponse à l’« urgence éducative » sur les thèmes de l’affectivité et de la sexualité. Le texte « propose une vision anthropologique chrétienne selon laquelle la sexualité est une composante fondamentale de la personnalité, sa façon d’être, de se manifester, de communiquer avec les autres, de ressentir, d’exprimer et de vivre l’amour humain. Elle fait donc partie intégrante du développement de la personnalité et de son processus éducatif ».

Le document distingue l’idéologie du genre et les études de genre.

L’idéologie du genre « nie la différence et la réciprocité naturelle de l’homme et de la femme. Elle envisage une société sans différence de sexe et vide la base anthropologique de la famille. Cette idéologie induit des projets éducatifs et des directives législatives qui favorisent une identité personnelle et une intimité affective radicalement détachées de la diversité biologique entre hommes et femmes. L’identité humaine est livrée à une option individualiste, également changeante dans le temps ».

Si l’idéologie cherche « à s’imposer comme une pensée unique qui détermine également l’éducation des enfants », la recherche sur le genre veut « approfondir de manière adéquate la manière dont la différence sexuelle entre un homme et une femme est vécue dans différentes cultures »), le document retrace un bref historique, montrant la « désorientation anthropologique » actuelle. Ainsi se répand l’idée que « seule compterait l’affection entre individus, indépendamment de la différence sexuelle et de la procréation, considérées comme négligeables pour la construction de la famille ». Une « vision purement contractuelle et volontariste ». Ces phénomènes, « qui pouvaient pourtant sembler marginaux il y a peu, commencent à avoir une traduction juridique » : liberté de choix du genre, pluralité d’unions en opposition au mariage entre homme et femme. « On voudrait donc que chaque individu puisse choisir sa propre condition et que la société se limite à garantir ce droit, y compris par une aide matérielle, sans quoi on verrait se développer des formes de discrimination sociale vis-à-vis des minorités. La revendication de tels droits est entrée dans le débat politique actuel. Ils ont été accueillis dans plusieurs documents internationaux et insérés dans certaines législations nationales ».

Or la « formation de l’identité » est « précisément fondée sur l’altérité sexuelle », explique le document. Cette altérité est remise en cause par l’évolution des techniques médicales (PMA, GPA…) qui « comporte des manipulations d’embryons humains, des fragmentations de la parentalité, l’instrumentalisation et/ou la marchandisation du corps humain, et réduit l’enfant à un objet de technologie.

Ce texte ne recueille cependant pas le soutien de tous les catholiques. Le psychiatre néerlandais Gerard van den Aardweg (membre de la nouvelle Académie Jean-Paul II pour la vie humaine et la famille), auteur d’ouvrages sur le mariage des couples de même sexe et des revendications du lobby LGBT, estime au contraire que la Congrégation pour l’éducation catholique a publié un texte « idéologique » qui se refuse à rappeler clairement l’enseignement de l’Église sur la sexualité et le mariage. Ce texte ne propose aucun conseil vraiment utile aux parents catholiques qui ont le devoir d’éduquer leurs enfants aux « vertus nécessaires à la vie chrétienne ». Comment « dialoguer » avec les tenants d’une idéologie du genre aussi radicalement contraire à la vérité et à la doctrine de l’Église.

Diane Montagna a interrogé le Pr van den Aardweg à propos du document.

Diane Montagna. — Dr van den Aardweg, quelle impression générale vous a laissée le nouveau document du Vatican sur la « théorie du genre » ?

Gerard van den Aardweg. — Il s’agit essentiellement d’un document idéologique. Il n’est pas spécifiquement catholique, en dépit de quelques vœux pieux. Il s’agit essentiellement d’un plaidoyer en faveur d’une sorte d’éducation sexuelle athée, humaniste et socialiste, présentée comme plus ou moins catholique. Il s’extasie sur les avantages d’un modèle social d’éducation sexuelle contrôlé par des « experts professionnels » sur le fondement d’une vision de la sexualité de la part des sciences humaines actuelles qu’il suppose naïvement toujours plus approfondie. Ce document est un exemple du genre de discours illusoire et sentimental sur l’éducation et l’« affectivité » caractéristique de la psychologie humaniste immature et superficielle des années 1960 : la voici élevée au rang de « sagesse supérieure » par une Congrégation du Vatican dont les membres ont cinquante ans de retard. On en revient une nouvelle fois au « dialogue », a l’« écoute », à l’« ouverture ». Mais il n’est pas question d’écouter les enseignements divins de l’Église catholique sur la sexualité, le mariage et la famille (car ceux-ci semblent avoir besoin d’une « restructuration »). Enseigner et prêcher ces enseignements à un monde paganisé ne serait pas, semble-t-il, la voie à suivre. Le grand rêve est celui d’une « alliance » avec le néopaganisme qui caractérise l’idéologie sexuelle, conjugale et familiale de l’ONU et des pays européens anti-chrétiens. « Écouter » ? Eh bien, en écoutant attentivement les formulations et les suggestions vagues et ambiguës du document afin de discerner vers quoi il tend, on peut discerner son objectif principal : le changement révolutionnaire.


— Que pensez-vous de son analyse de la théorie [l’idéologie] du genre ?

— Les observations sur la théorie [l’idéologie] du genre sont ambiguës et peu claires, ce qui les rend suspectes. Au premier abord, certaines expressions semblent correctes et « orthodoxes », comme le rejet de l’affirmation selon laquelle l’identité sexuelle n’est pas un choix de l’individu [« L’identité humaine est laissée à une option individualiste »] et les platitudes comme « la sexualité » (le sexe) est « une composante fondamentale de la personnalité » ou chaque cellule du corps est masculine ou féminine [« les cellules de l’homme sont différentes de celles de la femme dès la conception »]. Mais ces affirmations sont dans le même temps affaiblies par des déclarations telles que (je résume) : « La bonne approche de la théorie du genre est la voie du dialogue. » Pourquoi en serait-il ainsi ? Il n’y a pas de réponse, parce que nous sommes dans le domaine de l’idéologie. À propos de quoi pourrait-on dialoguer ? Nous savons où mène le dialogue grâce à l’expérience avec les communistes. Les ennemis du christianisme dialogueront avec vous à leur manière, en imposant leurs conditions. Au bout du compte, on n’arrivera à rien d’autre qu’au le dialogue avec le diable. L’idéologie sexuelle néopaïenne agressive du monde n’a aucune sagesse que nous pourrions partager. La tâche de l’Église n’est pas de dialoguer, mais d’enseigner et de corriger. Nous sommes au milieu d’une guerre spirituelle sans pitié dans le domaine de la sexualité, du mariage et de la famille. Autre exemple : « Il ne manque pas de recherches sur le genre qui s’efforcent d’approfondir de manière appropriée », phrase suivie d’une vague référence à des ouvrages sur « la façon dont on vit dans les diverses cultures la différence sexuelle entre homme et femme ». Ici comme partout dans ce document, seules des suggestions ou des insinuations sont proposées, sans l’ombre d’une preuve. Alors, qu’entend-on ici par des « recherches » prétendument meilleures ? Je subodore que les auteurs se réfèrent aux écrits autrefois populaires de Ruth Benedict et Margaret Mead, les féministes lesbiennes qui ont tenté de montrer la relativité des rôles et fonctions sexuelles dans les sociétés non occidentales. Mais leurs affirmations sont réfutées depuis longtemps comme étant fondées sur des preuves fausses, et même en partie frauduleuses.

La relativisation de l’impopulaire vision biblique des relations homme-femme et des « rôles » sociaux, qui constitue un soutien apparent à l’indignation féministe, apparaît également dans l’invocation désinvolte de « subordinations injustes » qui auraient « tristement marqué l’histoire et […] eu une influence même à l’intérieur de l’Église ». L’Église aurait violé « l’égale dignité de l’homme et de la femme » du fait « d’un certain masculinisme plus ou moins camouflé derrière des motivations religieuses ». S’il ne s’agit pas d’une raillerie à l’égard des enseignements catholiques sur l’homme en tant que chef et la femme en tant que cœur de la famille, et sur le devoir de la femme d’obéir à son mari, que cherche-t-on à suggérer ? Ou bien, vu sous un angle différent, qui peut croire que les auteurs de ce texte sont encore capables de transmettre les enseignements divins immuables des Apôtres, de saint Augustin, des papes Léon XIII et de Pie XI ? Probablement, ces auteurs, aveuglés par l’esprit du temps (Zeitgeist), ne les comprennent même plus, et ils ne semblent pas non plus connaître et comprendre la vision anthropologique et psychologique correcte de sainte Édith Stein selon laquelle « la femme est par nature mère et compagne de l’homme ».

Car tout catholique qui connaît et comprend cette vérité en aurait fait la pierre angulaire d’un discours sur la valeur égale de l’homme et de la femme. Tout aussi inquiétante est l’appréciation discutable des auteurs de la famille naturelle : « La définir à travers des concepts de nature idéologique, qui n’ont une force qu’à un moment donné de l’histoire, puis périclitent signifie en trahir la valeur. » Les enseignements apostoliques susmentionnés appartiennent-ils à la catégorie des « idéologies » historiques temporaires relatives au masculin et au féminin ? Si ce n’est pas le cas, pourquoi ne sont-ils pas du tout recommandés ? Et quels sont les faux concepts idéologiques qui ont été attachés à la famille et qui ne sont pas essentiels ? Par exemple, le concept traditionnel de la famille chrétienne, considéré à la lumière des perspectives éclairées actuelles, a-t-il été rétréci par nos préjugés culturels ? En résumé, donnez une définition claire et sans ambiguïté de la famille naturelle et de la famille voulue par Dieu et rejetez sans ambiguïté la définition politique proposée par les démocrates chrétiens, entre autres.

— Le document cite fréquemment Jean-Paul II. Que pensez-vous de l’utilisation de ses écrits ?

— Le pape Jean-Paul II est cité, mais de manière assez hypocrite. On abuse de son prestige pour créer une impression d’orthodoxie, une caractéristique que l’écrit dans son ensemble n’est pas en droit de revendiquer. Les auteurs ont même le courage pervers de citer le nom de Don Bosco, dont les enseignements et les efforts étaient diamétralement opposés aux leurs et étaient donc vraiment exemplaires.

— Le document part-il du principe que l’éducation sexuelle devrait toujours être disponible dans les écoles ? La position du document à cet égard est-elle conforme à l’enseignement constant de l’Église ?


— Les droits parentaux en matière d’éducation sont professés avec des mots, mais dans son ensemble et par essence l’organisation socialiste-bureaucratique visant à éduquer la « sexualité et l’affectivité » des enfants et des jeunes dont rêvent ces utopistes va sans doute bientôt réduire les droits des parents jusqu’à les faire disparaître totalement. Les « professionnels » de l’éducation proposés à l’intérieur et à l’extérieur de l’école, avec leur « éducation permanente » qui leur vient des « universités », etc., forts de leur association étroite avec les organisations laïcistes (« locales, nationales et internationales » !) avec leurs nouveaux « supports, guides pédagogiques et manuels didactiques », payés par qui d’autre que l’État, garantiront une éducation sexuelle politiquement correcte. Le document propose une « alliance éducative entre la famille, l’école et la société » idéalisée : venez aux Pays-Bas, en Allemagne ou en Grande-Bretagne [et au Canada] pour voir comme elle fonctionne bien... Personne ne s’y oppose : aucune école, aucun collectif de parents catholiques, sauf parfois tel rare professeur catholique, tel solitaire, quelques parents catholiques exceptionnels, qui refusent de coopérer avec ces joyeux « programmes » violent l’innocence de leurs élèves et de leurs enfants. En effet, comme le fait remarquer ce document du Vatican, « la famille ne peut être laissée seule face au défi éducatif. » Et l’« autorisation » des parents est un bon principe, mais « dans une certaine mesure ».

— Avez-vous d’autres commentaires ?

— La conclusion du document, bien qu’elle évite elle aussi un langage simple, sans détours et sans ambiguïté, aide à en saisir le sens et les objectifs réels. Considérez ces déclarations de haut vol : « Les éducateurs ont la fascinante mission éducative d’“enseigner plutôt un cheminement quant aux diverses expressions de l’amour, à l’attention réciproque, à la tendresse respectueuse, à la communication riche de sens” » ; « coopérer à la formation de jeunes ouverts et intéressés par la réalité qui les entoure, capables de soin et de tendresse ». C’est précisément l’argumentaire de vente du Mouvement néopaïen pour la réforme sexuelle depuis au moins un siècle. Toutes sortes de relations sexuelles ou « amoureuses » s’inscrivent dans cet idéal, qu’elles soient hors mariage ou homosexuelles. Il n’y a rien dans le texte du Vatican sur le péché sexuel, la lutte pour la chasteté, la masturbation, l’infidélité dans le mariage, la cohabitation hors mariage, la chasteté dans le mariage ; pas une phrase de conseils judicieux pour les parents qui essaient d’éduquer leurs enfants aux vertus nécessaires à une vie chrétienne et contre la pression du milieu néopaïen, de l’école, voire de l’église ; rien sur la contraception, la stérilisation, l’avortement. Pour finir, le style de ce document est épouvantable : il est imprégné d’un langage pompeux et sentimental, d’une onction hypocrite. Le niveau intellectuel est médiocre. Aucun concept utilisé n’est défini, aucune affirmation n’est prouvée ni même soutenue par quelque argumentation ; les références et remarques relatives à l’anthropologie et à la psychologie (« les sciences humaines ») sont déplacées ou carrément absurdes, et pourtant elles sont présentées sans rire comme une sagesse supérieure. Une Congrégation du Vatican qui ose produire et publier un tel document devrait sérieusement envisager de mettre la clé sous la porte.



dimanche 16 juin 2019

Sondage : 63 % des Canadiens pour réduire le nombre d’immigrants qui entrent au Canada

Selon un sondage Léger, 63 pour cent des répondants disent que le gouvernement devrait « prioriser de réduire le nombre d’immigrants qui entrent au Canada. Seulement 37 pour cent croient, au contraire, que le gouvernement devrait l’augmenter.

Le sondage indique aussi que l’idée de réduire le nombre d’immigrants entrant au pays est accueillie favorablement par 81 pour cent des répondants conservateurs, 80 pour cent des répondants bloquistes et même 57 pour cent des répondants disant appuyer le Parti vert. Les réactions sont plus partagées chez les répondants libéraux (41 pour cent d’appuis à cette idée) et néo-démocrates (44 pour cent).

La réduction de l’immigration reçoit un soutien dans toutes les régions du pays. L’idée est saluée par 64 pour cent des répondants québécois et 63 pour cent des répondants ontariens. L’appui tombe à 57 pour cent dans les Maritimes et à 53 pour cent en Colombie-Britannique, mais s’élève à 72 pour cent dans les Prairies.

Méthodologie :
La firme Léger a mené un sondage pour le compte de La Presse canadienne, entre le 7 et le 10 juin 2019, et a enquêté auprès de 1528 Canadiens choisis à partir du panel d’internautes de Léger. Il est impossible de calculer une marge d’erreur sur un échantillon non probabiliste comme celui-ci.

Source : L’agence de Presse canadienne

jeudi 13 juin 2019

AQED : « Éducation à domicile — Le nouveau projet de règlement est très mal avisé »

COMMUNIQUÉ de l’ASSOCIATION QUÉBÉCOISE POUR L’ÉDUCATION À DOMICILE (AQED) :

L’AQED comprend que le gouvernement ait à cœur la qualité de l’éducation de tous les enfants du Québec. L’AQED croit que la meilleure façon d’atteindre ce but est d’offrir une éducation sur mesure. Le projet de règlement qui vient modifier le premier règlement encadrant l’enseignement à la maison au Québec lui paraît donc, en ce sens, très mal avisé.

Dans son mémoire à ce sujet qu’il soumet au ministre de l’Éducation aujourd’hui, L’Association québécoise pour l’éducation à domicile (AQED) reçoit positivement le fait que ce projet de règlement spécifie que les commissions scolaires doivent prendre les mesures nécessaires pour permettre la reconnaissance des unités pour lesquelles il n’y a pas d’examens ministériels. Par contre, les faits ne justifient pas la nécessité de modifier le règlement actuel pour augmenter le contrôle sur l’enseignement à la maison.

Ce projet brûle beaucoup d’étapes et son objectif n’est pas clair. Il n’aborde pas concrètement le problème des « écoles illégales » et un éventuel recours à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) pour régler les conflits d’enseignement à la maison n’est pas souhaitable. De plus, plusieurs études scientifiques sur l’impact d’interventions sur l’éducation à domicile nous font croire que ce règlement n’augmentera pas le taux de réussite éducative.

L’imposition d’examens va à l’encontre des meilleures pratiques en éducation et l’imposition de la Progression des apprentissages (PDA) du Programme de formation de l’école québécoise (PFÉQ) n’est pas la seule façon valable d’offrir une éducation de qualité, ni la seule façon d’assurer qu’un enfant reçoive une éducation adéquate. D’ailleurs, la PDA n’est souvent pas appropriée pour les enfants ayant des défis particuliers. L’imposition des examens et de la PDA va aussi à l’encontre de certaines convictions morales. Il faut également noter que les familles n’ont pas le soutien nécessaire de l’État pour se conformer à ce règlement avec succès. Il est donc très probable qu’il mènera à plus de conflits, de dossiers à la DPJ, de judiciarisation de cas et d’échecs éducatifs.

L’AQED recommande de :

1. Réinstaurer la Table de concertation et commencer un processus de consultation avec les acteurs concernés pour clairement identifier les objectifs souhaités pour le programme d’enseignement à la maison au Québec, étudier les résultats de cette année de transition, documenter objectivement les lacunes s’il y en a et identifier différents moyens d’y remédier.

2. Retarder la mise en œuvre de ce projet de règlement au moins jusqu’à ce que le gouvernement développe des ressources comparables à celles de l’Alberta ou de la France pour soutenir les familles-éducatrices dans le suivi du PFÉQ : cours en ligne, cours à distance et/ou création et distribution aux familles de ressources (livres et ressources didactiques) qui couvrent 100 % du programme québécois.

3. Maintenir le choix du type d’évaluation, quitte à augmenter les critères d’évaluations pour les choix déjà disponibles, sans ajouter l’obligation de faire un type d’évaluation en particulier.

4. Ne pas imposer 100 % du contenu de chaque matière, mais identifier quels éléments du PFÉQ sont indispensables (par exemple : les compétences).

Le mémoire (très intéressant) est disponible à l’adresse suivante : http://bit.ly/MemoireAQED (105 pages)

Association québécoise pour l’éducation à domicile (AQED)
Noemi Berlus, directrice




Extraits du mémoire (105 pages)


Les faits ne justifient pas la nécessité de modifier le règlement actuel encadrant l’enseignement à la maison.

1. Ce projet de règlement est beaucoup trop hâtif et brûle beaucoup d’étapes

La mise en œuvre du premier règlement sur l’enseignement à la maison est encore très récente.

Ayant débutée en juillet 2018, elle n’a même pas encore eu la possibilité de faire ses preuves pour une année entière. D’ailleurs, cette première année devait en être une de transition. Le ministère avait assuré que ce serait une année d’ajustements de part et d’autre. Tout est nouveau, des exigences à remplir pour se conformer à la loi jusqu’à la mise en place de l’équipe à la DEM [Direction de l’enseignement à la maison]. Les commissions scolaires n’ont pas documenté les modalités, ni mis en œuvre tous les services auxquels les enfants éduqués à domicile ont droit. Les familles n’ont pas encore eu le temps de montrer le travail de toute une année, puisque les évaluations doivent être soumises pour le 15 juin.

La mise en vigueur de ce projet de règlement, sans consultation des instances prévues à cette fin et sans attendre la fin de la première année du règlement, est trop rapide. Aller de l’avant sans se fier aux avis des chercheurs, du Protecteur du citoyen, du Conseil supérieur de l’éducation (CSÉ) et sans aucune donnée objective entraînera assurément une mise en œuvre chaotique, remplie d’amertume et de non-coopération de la part des familles. (Voir l’annexe F : Historique de l’éducation à domicile au
Québec)


2. L’objectif de ce règlement n’est pas clair

Depuis la sortie de ce projet de règlement, l’AQED a seulement eu 30 minutes de discussion avec le ministre de l’Éducation. Cette courte conversation n’a pas permis à l’AQED de comprendre les buts ultimes de ce nouveau projet de règlement. La DEM et les autres interlocuteurs au ministère n’ont pas assez d’informations pour éclairer l’AQED et ne sont pas en mesure de répondre à nos questions.

Le gouvernement ne nous a pas trouvé d’autre interlocuteur pour répondre à nos questions. Le ministre a évoqué plusieurs raisons dans les médias : pour fermer les « écoles illégales », pour assurer que chaque enfant voie un minimum de matières, pour assurer la qualité de l’éducation, etc.

Ne connaissant pas les objectifs exacts, ni les critères de succès attendus, il est difficile de formuler des commentaires éclairés sur ce projet de règlement.

3. Ce règlement n’aborde pas le problème des « écoles illégales »

Puisque le projet de règlement ne mentionne les écoles illégales nulle part, il est difficile de comprendre en quoi il irait restreindre l’impact d’institutions particulières chez des enfants. Le ministre dit vouloir responsabiliser les parents2. Avec des centaines d’avis envoyés à la DEM par des familles issues de différentes communautés croyantes, les parents ont assumé leurs responsabilités.

Le gouvernement a maintenant la possibilité de faire un suivi direct de l’éducation de ces enfants, ainsi que de s’assurer qu’ils apprennent les mathématiques, le français, une seconde langue, les sciences et la technologie, le développement de la personne, les arts et l’univers social, tel qu’exigé dans le règlement actuel. Alors même que les commissions scolaires se disent satisfaites des résultats de la communauté juive hassidique aux examens, l’Association éducative juive pour l’enseignement à la maison (AEJEM) s’interroge sur l’intention du gouvernement avec ce projet de règlement.

Nous nous demandons aussi de quelles « écoles illégales » parle le ministre. Où sont‑elles ? Combien d’enfants y participent ? Quelles insuffisances dans leur éducation ont été décelées par le gouvernement ? Quelles questions ont été posées à la Table de concertation en matière d’enseignement à la maison pour essayer d’endiguer le problème ? Quels sont les moyens qui ont été utilisés pour mesurer clairement l’ampleur du problème, afin que l’on puisse également en juger ?
La grande majorité des familles-éducatrices ne font pas le choix de l’éducation à domicile pour desmotifs religieux (voir l’annexe D : Motivations des familleséducatrices). Si le projet de règlement vise à corriger ce problème, sa portée devrait être restreinte afin de s’assurer que les milliers de parents ‑éducateurs se conformant à la loi ne soient pas pénalisés.

4. Le recours à la DPJ pour régler les conflits d’éducation à domicile n’est pas souhaitable

Afin de mettre en œuvre un encadrement plus strict des familles ‑éducatrices, le ministre a évoqué le recours à nouveau à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) dans les dossiers d’enseignement à la maison. Pourtant, le règlement tel qu’il est appliqué actuellement n’encourage les signalements qu’en dernier recours, principalement grâce à la flexibilité offerte aux familles.

Comme le souligne le Protecteur du citoyen dans son rapport de 2015, en référence aux tactiques coercitives dont certaines commissions scolaires faisaient usage à l’époque (voir l’annexe F : Historique de l’éducation à domicile au Québec) : « des intervenants scolaires estiment que l’exercice obligatoire du signalement au DPJ dans certaines situations de scolarisation à la maison peut miner irrémédiablement le contexte de collaboration avec les parents… »

Il poursuit en soulignant qu’« à la lumière de ces constats, le Protecteur du citoyen s’interroge sur les effets non souhaités de l’évocation de l’obligation de signalement ou du recours effectif au signalement au DPJ comme moyen de prévenir ou de résoudre les conflits qui peuvent survenir entre les parents et les autorités scolaires. »

Également, il est à mentionner que, depuis janvier dernier, suite à l’application des modifications du projet de loi 99 modifiant la Loi sur la protection de la jeunesse, les parents ‑éducateurs peuvent être déclarés négligents (négligence éducative) simplement en ne respectant pas le règlement. Avant la modification, les parents devaient « assurer [la] scolarisation [de l’enfant] ». Maintenant, ils doivent s’assurer que « l’enfant reçoive une instruction adéquate et, le cas échéant, qu’il remplisse son obligation de fréquentation scolaire prévue à la Loi sur l’instruction publique (chapitre I‑ 13.3) ou à toute autre loi applicable. »

Avec l’avènement de ce nouveau projet de règlement, cette clause dans la Loi sur la protection de la jeunesse risquerait d’amener le seul fait de respecter réellement les besoins, le rythme et les intérêts de l’enfant comme étant une désobéissance à la loi. Par ailleurs, cette clause se trouve dans le même article (art. 38) de la Loi sur la protection de la jeunesse que la négligence physique et les abus sexuels.


En utilisant la DPJ comme moyen de prévenir ou de résoudre des conflits pédagogiques, on viendrait pratiquement classer les parents ‑éducateurs au même rang que des parents qui battent et abusent leurs enfants. Sans compter que les cas d’éducation à domicile viendraient utiliser des ressources déjà insuffisantes, lesquelles devraient plutôt être utilisées pour investiguer des cas d’enfants qui en ont vraiment besoin. Dans le cas des parents qui se prévalent de leur droit d’éduquer leur enfant, une relation d’égal à égal, des échanges et une collaboration seraient nettement plus profitables pour toutes les parties impliquées.

5. Ce règlement n’aboutira pas à plus de réussite éducative

Avec la sanction du PL 144, le Québec arrive en deuxième place des provinces canadiennes qui contrôle le plus les familles ‑éducatrices, même celles qui ne demandent pas de services ni de financement de l’État (voir l’annexe G : L’éducation à domicile dans les provinces canadiennes).

L’Ontario et la Colombie‑Britannique n’exigent aucun suivi par défaut des familles ‑éducatrices. Seuls les cas qui sont signalés sont examinés par les autorités scolaires. Par ce projet de règlement, le gouvernement témoigne du peu de confiance qu’il accorde au rôle de la famille voulant être partie intégrante du processus d’éducation de son enfant et remet en cause sa compétence à assurer les meilleures conditions de développement pour celui‑ci. L’insistance faite sur l’évaluation et la surveillance revient à envoyer aux parents le message qu’ils n’ont pas à cœur la qualité de l’éducation de leur enfant.

Les études démontrent que plus de contrôle de l’éducation à domicile n’entraîne pas plus de réussite des enfants, ni moins d’enfants qui sont éduqués à domicile. Le degré de réglementation gouvernementale n’a pas d’effet significatif sur la performance scolaire des enfants éduqués à domicile (voir l’annexe B : Impact de la régulation de l’État sur l’éducation à domicile selon la recherche).

L’imposition d’examens va à l’encontre des meilleures pratiques en éducation

L’imposition d’examens va à l’encontre des recommandations du CSE, du Protecteur du citoyen, des chercheurs et de nombreux enseignants, ainsi que de la jurisprudence canadienne. Cette pratique serait également inéquitable en comparaison à celles acceptées ailleurs dans le système scolaire québécois, puisque plusieurs écoles alternatives ont droit à des exemptions concernant certains examens ministériels ou ne sont pas tenues de transmettre les résultats des examens au ministère (voir l’annexe C : L’imposition d’examens va à l’encontre des meilleures pratiques en éducation et n’est pas une pratique équitable). Le Québec deviendrait la seule province canadienne à imposer les examens aux enfants qui sont éduqués à domicile. Dans ces circonstances, il serait difficile d’affirmer que ce règlement est proposé par souci d’équité et d’égalité, tel que mentionné dans le communiqué de presse du 27 mars.

La recherche s’entend pour dire que les examens ne sont pas l’outil à privilégier pour évaluer les apprentissages, et encore moins pour des apprentissages alternatifs. Insister sur les examens montre aussi un manque de confiance envers les employés du ministère et les enseignants de la province qui, dans le règlement actuel, étaient libres d’offrir des méthodes mieux adaptées pour évaluer les enfants éduqués à domicile, que ce soit en passant par une école privée, par une commission scolaire ou à leur propre titre.

Ici encore, nous nous questionnons sur le but d’imposer les examens ministériels. Est‑ce pour offrir de la rétroaction sur l’enseignement des parents ? La loi ne prévoit pas de rétroaction de la part de l’enseignant qui les corrige les examens13. Quelle serait la valeur ajoutée pour un parent de connaître la note que son enfant obtient à un examen, alors qu’il peut déjà en apprendre davantage par une évaluation individualisée effectuée par un enseignant ? Le résultat de l’examen va‑t‑il décider du sort de la poursuite du projet d’apprentissage ? Pourtant, on ne fait pas redoubler un enfant lorsqu’il échoue à un examen ministériel non diplômant. Les élèves de 6e année sont classés pour le secondaire bien avant la passation des épreuves ministérielles de fin d’année. Est‑ce pour préparer l’enfant à passer les examens de sanction des études ? Le gouvernement devrait dans ce cas plutôt reprendre les consultations afin de demander aux parents ce qu’il peut faire pour améliorer les chances que leurs enfants réussissent à ces examens. Il pourrait, par exemple, rendre disponible le matériel de préparation aux examens auxquels les parents ‑éducateurs n’ont présentement pas droit.

L’imposition de la Progression des apprentissages du Programme de formation de l’école québécoise n’est pas la seule façon valable d’offrir une éducation de qualité

1. La Progression des apprentissages n’est pas le seul et unique outil qui peut assurer qu’un enfant reçoive une éducation appropriée

L’obligation de suivre la PDA dans toutes les matières obligatoires des cinq domaines principaux du PFEQ (les seules matières optionnelles seraient celles des domaines des arts et du développement de la personne) par cycle, comme à l’école, ne revient pas simplement à assurer « l’acquisition de certains contenus minimaux », mais bien à imposer la quasi-intégralité du programme 14 scolaire au même rythme qu’à l’école (pour avoir une idée de la lourdeur de la PDA, voir l’annexe H : Aperçu de la Progression des apprentissages du Programme de formation de l’école québécoise).

Ceci rendrait non ‑conforme la façon d’enseigner de 100 % des familles ‑éducatrices de l’AQED (voir le sondage effectué auprès des membres de l’AQED dans l’annexe E : L’imposition de la progression des apprentissages et des examens va à l’encontre des chartes des droits et libertés), car aucune de nos familles ne dit suivre la PDA pour toutes les matières du PFEQ. Ce règlement revient donc à dire que toutes nos familles offrent une éducation inappropriée à leurs enfants. Ainsi, il ne concorde pas avec les déclarations du ministre qui affirme que « la grande majorité des parents qui font l’enseignement à la maison avec leurs enfants s’acquittent de cette tâche avec brio. Ces changements ne les affecteront pas », ni avec le rapport du Protecteur du citoyen qui souligne qu’il n’y pas de problèmes systématiques avec l’éducation à domicile.

Il importe de bien faire la différence entre le PFEQ et la PDA. Le PFEQ est un document ministériel qui définit les apprentissages essentiels à la formation des jeunes Québécois. Il se caractérise principalement par l’attention portée à la démarche d’apprentissage. Afin de leur donner tout leur sens, les savoirs sont d’abord et avant tout organisés sous forme de développement des compétences.

L’apprentissage y est défini comme étant un processus actif et continu de construction des savoirs. Pour sa part, la PDA est un document complémentaire au PFEQ. Bâtie autour de chacune des compétences, la PDA précise les connaissances que les élèves doivent acquérir au cours de chacune des années de scolarisation.

L’AQED n’est pas opposée au PFEQ ni à l’idée d’assurer un minimum d’apprentissages. Toutes les familles aspirent à beaucoup plus que le minimum. C’est l’imposition de la PDA comme seule vision valable de l’éducation qui pose problème. D’une part, 53 % des familles membres de l’AQED (source : sondage effectué auprès des membres de l’AQED en septembre 2017, avec 162 répondants) ont essayé l’école avant d’en sortir leurs enfants pour les éduquer à domicile. Elles savent que le système scolaire québécois ne fonctionne pas pour eux. D’autre part, en l’absence historique de ressources pédagogiques québécoises pour soutenir les familles (pas de cours en ligne, pas de cours à distance, pas de manuels couvrant 100 % du PFEQ et de la PDA), celles‑ci ont puisé dans une très grande variété de ressources et de courants pédagogiques pour développer des méthodes innovatrices adaptées aux besoins de leurs enfants. Ces méthodes ont fait leurs preuves. Malgré le fait qu’une plus largeproportion des enfants éduqués à domicile ont des besoins particuliers (voir le sondage effectué auprès des membres de l’AQED dans l’annexe E : L’imposition de la progression des apprentissages et des examens va à l’encontre des chartes des droits et libertés), les études indiquent que tous les enfants éduqués à domicile réussissent en moyenne aussi bien que ceux scolarisés en établissement.

Il y a peu d’études effectuées spécifiquement sur le sujet des enfants à besoins particuliers mais, d’après les études qui existent, on peut conclure qu’une des raisons de cette réussite est qu’ils soient en mesure de recevoir à la maison une éducation individualisée et adaptée à leur rythme individuel d’apprentissage.

Par ailleurs, « [l]es études de Richman et al. (1990) et Wartes (1990) ont observé peu ou pas de relation entre le niveau de structure et les résultats académiques. Richman et al. (1990) concluent que les décisions politiques visant à imposer un programme structuré ou un nombre minimum requis d’heures d’enseignement formel par semaine n’obtiennent pas de support empirique. La conclusion de Richman et al. (1990) concernant le nombre d’heures d’enseignement formel est également confirmée par l’étude de Ray (1994) qui n’a pas obtenu de corrélation entre le temps passé à des activités d’enseignement formel et le rendement scolaire des jeunes éduqués à domicile ».

Le règlement actuellement en vigueur fait déjà du Québec la deuxième province la plus contraignante en matière d’éducation à domicile (voir l’annexe G : L’éducation à domicile dans les provinces canadiennes). Avec l’obligation de respecter la PDA dans la quasi‑totalité des matières du PFEQ, il n’est pas juste d’affirmer que « ce nouveau cadre réglementaire respecte la souplesse que commande cette forme d’enseignement » ni que « les parents ayant fait le choix de l’éducation à domicile pour leur enfant pourront mettre en œuvre un projet d’apprentissage personnalisé ». Bien au contraire, il vient enlever la possibilité de personnaliser l’enseignement aux besoins de l’enfant et retirer tout sens au principe d’éducation alternative auquel aspire l’éducation à domicile.

2. La Progression des apprentissages du Programme de formation de l’école québécoise n’est pas appropriée pour les enfants ayant des défis particuliers

L’imposition de la PDA et des examens qui y sont associés va également contre le meilleur intérêt des centaines d’enfants qui ont été retirés de l’école, soit parce qu’ils y étaient en détresse ou en échec constant, soit faute de services appropriés. Dans certains cas, c’est l’école elle‑même qui a exigé ou fortement suggéré le retrait scolaire de l’enfant, poussant les parents à choisir l’éducation à domicile pour une durée indéterminée, même si cela ne figurait pas dans les projets familiaux.

L’école n’étant pas adaptée et manquant de ressources pour les enfants ayant des défis particuliers, les exigences de ce règlement viennent ajouter au fardeau des parents qui ont déjà dû en prendre beaucoup sur leurs épaules pour assurer une éducation de qualité à leurs enfants.

Dans un sondage des membres de l’AQED, plus des deux tiers ont rapporté avoir des enfants présentant une douance, un handicap ou des difficultés d’adaptation ou d’apprentissage (voir le sondage effectué auprès des membres de l’AQED dans l’annexe E : L’imposition de la progression des apprentissages et des examens va à l’encontre des chartes des droits et libertés). Or, dans un document de synthèse d’avril 2018 sur les services aux élèves HDAA dans les écoles publiques, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) « estime que le meilleur intérêt des élèves HDAA ne peut se concrétiser dans le cadre qui régit actuellement les services qui sont destinés à ces derniers. »

Avec des temps d’attente de plusieurs années avant d’avoir accès à des professionnels (psychologue, orthopédagogue, etc.) dans le système scolaire, beaucoup de parents choisissent l’éducation à domicile pour adapter l’éducation aux difficultés de l’enfant. Qu’arrivera‑t‑il si un enfant à défi particulier, avec ou sans diagnostic officiel, n’arrive pas à suivre les exigences de la PDA ou échoue à un examen ? Le règlement devrait plutôt garantir qu’un enfant dont un parent soupçonne qu’il a un défi particulier puisse recevoir une éducation qui tient en compte ses besoins et capacités de manière individualisée.

De plus, le règlement devrait garantir qu’il lui soit accordé des exemptions ou des mesures d’adaptation pour la passation de toutes les épreuves requises (y compris pour la sanction des études), selon l’évaluation individualisée de ses besoins et capacités, tout en tenant compte du contexte d’évaluation.

3. L’imposition des examens et de la Progression des apprentissages va à l’encontre des convictions morales de nombreux parents

Selon une étude de Christine Brabant (2004), les motivations pour faire l’éducation 25 à domicile sont variées et chaque famille a habituellement plusieurs raisons de le faire. Au Québec, ce mouvement est surtout basé sur une nouvelle vision de la vie familiale, sur un regard critique de l’éducation en milieu scolaire, sur le souci de répondre aux besoins spécifiques de l’enfant, de même que sur le caractère novateur des pratiques éducatives alternatives remettant en question les modes traditionnels d’apprentissage. Beaucoup de parents sont contre le fait de se faire imposer un rôle auprès de leurs propres enfants dans leur propre maison et de devoir forcer les enfants à se soumettre à des examens (qui, pour certains, sont anxiogènes) alors qu’ils essaient d’encourager un esprit entrepreneurial et d’autonomie. Les parents sont contre l’idée de devoir faire subir les examens et des apprentissages spécifiques à des périodes précises, d’autant plus que ce serait sans le consentement de leurs enfants.

L’intérêt des enfants est une considération primordiale dans toutes les décisions les concernant : on doit répondre à leurs besoins spécifiques, tenir compte de leurs opinions et respecter leurs droits. Selon l’article 12 de la Convention relative aux droits des enfants de l’Organisation des Nations unies (ONU), à laquelle le gouvernement du Québec est officiellement lié depuis le 9 décembre 1991, et ratifiée le 13 décembre 1991 par le Canada avec l’approbation des provinces :

« 1. Les États parties garantissent à l’enfant qui est capable de discernement le droit d’exprimer librement son opinion sur toute question l’intéressant, les opinions de l’enfant étant dûment prises en considération eu égard à son âge et à son degré de maturité.

2. À cette fin, on donnera notamment à l’enfant la possibilité d’être entendu dans toute procédure judiciaire ou administrative l’intéressant, soit directement, soit par l’intermédiaire d’un représentant ou d’une organisation approprié, de façon compatible avec les règles de procédure de la législation nationale. »

Aussi, selon l’article 34 du code civil du Québec :

« Le tribunal doit, chaque fois qu’il est saisi d’une demande mettant en jeu l’intérêt d’un enfant, lui donner la possibilité d’être entendu si son âge et son discernement le permettent. »

Dès l’âge de 14 ans (et même plus jeune, si on juge que l’enfant est assez « mature » et comprend les enjeux), les enfants ont le droit de consentir ou refuser tout type de soin de santé, que ces soins soient requis par leur état de santé ou non. Si les parents souhaitent aller à l’encontre de cette décision, ils doivent obtenir l’autorisation d’un tribunal.

À la lumière de ce contexte, comment peut‑on justifier d’imposer un cursus scolaire unique et des examens ministériels à des jeunes sans leur consentement ? Les enfants capables de discernement devraient avoir le droit d’être entendus à ce sujet et leur opinion devrait être dûment prise en considération (voir l’annexe I : Les enfants expriment leur opinion).

Les familles n’ont pas le soutien nécessaire de l’État pour suivre le règlement avec succès

Le manque de ressources pédagogiques pour soutenir les efforts des familles ‑éducatrices rend encore plus déraisonnable l’obligation de suivre la PDA du Québec et inéquitable l’obligation de subir des examens. Les ressources prévues dans la loi ne sont pas au rendez‑vous. Malgré la possibilité de projets pilotes permis par le projet de loi 144 (PL 144), il n’y a présentement aucun cours à distance disponible pour les familles qui veulent suivre la totalité du PFEQ. La recommandation du Protecteur du citoyen de considérer l’ouverture des cours en ligne, présentement réservés aux adultes, aux moins de 16 ans ne semble pas avoir été retenue, et le projet pilote autorisé avec le passage du PL 144 n’a pas encore été mis en place. Le guide des meilleures pratiques en enseignement à la maison, prévu en juillet 2019 par le PL 144, n’a pas encore été publié.

Avec ce projet de règlement, un parent qui utilise des cours en ligne de l’Ontario, un choix qu’il pourrait faire par manque de ressources au Québec, ne serait pas certain de suivre la PDA de l’école québécoise et pourrait donc être considéré comme fournissant une éducation inappropriée à son enfant. Il n’y a pas de service d’enseignement du PFEQ à distance. Les parents qui suivent présentement le programme du Centre national d’enseignement à distance (CNED), un établissement français administré par le ministère de l’Éducation nationale et offrant des cours à distance ou en ligne se conformant au programme national de la France, devront maintenant essayer de l’adapter ou rechercher parmi les ressources incomplètes disponibles au Québec pour le remplacer ou le compléter.

Au Québec, il n’y a pas de manuel couvrant parfaitement le PFEQ offert aux familles. Le parent doit investir beaucoup de temps pour faire l’analyse de livres, les comparer aux exigences du programme et trouver d’autres ressources pour combler les lacunes. Il doit possiblement investir des sommes d’argent dans l’achat de matériel, souvent très coûteux (les corrigés et guides de l’enseignant coûtent en général entre 200 $ et 400 $ chacun), qui réponde aux exigences particulières du PFEQ, alors que ce dernier lui a été imposé et qu’aucune indemnisation n’est offerte.

Les familles n’ont pas non plus accès aux ressources de préparations aux examens. Les organisations comme le Department of Education English Language Arts (DEELA), la Banque d’instruments de mesure (BIM) et, selon nos membres, les commissions scolaires, refusent de vendre ou de partager leur matériel de préparation aux examens aux parents, sous prétexte que ces parents pourraient revendre les réponses à des enfants scolarisés.

Plusieurs commissions scolaires ne donnent pas accès à leur matériel et à leurs autres ressources en ligne, car leurs licences et les conventions collectives ne leur permettent pas de partager ces ressources avec des gens à l’extérieur de l’école. Les enseignants ont accès aux examens des années précédentes et ainsi peuvent mieux prévoir les questions qui seront posées dans les examens afin de préparer leurs élèves en conséquence. Mais ces examens ne sont pas partagés avec les parents qui font l’éducation à domicile.

Même les ressources prévues dans le règlement tardent à arriver. D’après notre demande d’accès à l’information auprès de celles‑ci, peu de commissions scolaires ont publié leurs modalités pour l’utilisation des services et la majorité des parents n’ont pas reçu les services qu’ils demandaient. Certaines familles rapportent même s’être fait refuser des manuels par manque de disponibilité. Le Québec ne prévoit aucune ressource financière directement offerte aux familles pour les soutenir dans le suivi du PFEQ. Pourtant, les familles qui suivent le programme provincial dans d’autres grandes provinces canadiennes reçoivent un financement de l’état comme incitatif, ou encore des remboursements pour l’achat de leur matériel pédagogique (par exemple en Alberta et en Colombie‑Britannique — voir l’annexe G : L’éducation à domicile dans les provinces canadiennes). Sans guide des bonnes pratiques, sans consignes précises et sans ressources, les parents ont fait preuve de beaucoup de patience et de compréhension cette année, car ils gardaient à l’esprit que celle‑ci en était une de transition. Ils sont maintenant déçus, voire choqués, par ce projet d’un deuxième règlement. Malgré l’esprit d’ouverture et de collaboration manifesté par les parents, le gouvernement ajoute des mesures encore plus coercitives à leur égard.

Ce projet de règlement mènera à plus de conflits, de dossiers à la DPJ, de judiciarisation de cas et d’échec éducatifs
 1. Le gouvernement ne peut mettre en œuvre ce règlement sans la coopération des parents

Sans la collaboration des parents, il sera difficile, voire impossible, pour le gouvernement de mettre en œuvre ce projet de règlement. Selon le rapport du Protecteur du citoyen, « dans un contexte de suivi de projets de scolarisation à la maison, l’information requise ne peut être recueillie qu’avec la collaboration des parents ». Les parents ‑éducateurs perçoivent ce projet de règlement comme une action pour les forcer à agir à l’encontre de leurs convictions et de leurs droits. Plutôt que d’user de coercition, le gouvernement aurait avantage à travailler en collaboration avec les familles ‑éducatrices.

Malgré leurs inquiétudes, ces dernières ont fait preuve de bonne volonté depuis la mise en œuvre du premier règlement, mais cela pourrait radicalement changer. Même avec un croisement de données avec la Régie de l’assurance‑maladie du Québec (RAMQ), des parents déterminés pourraient arriver à échapper au système (voir annexe B : Impact de la régulation de l’État sur l’éducation à domicile selon la recherche).

L’obligation de faire des examens ministériels est une proposition qui est diamétralement opposée à l’avis du Protecteur du citoyen, qui croit qu’une « réflexion approfondie devrait être menée sur les moyens permettant d’évaluer l’enseignement reçu et l’expérience éducative vécue par les enfants scolarisés à la maison, notamment sur l’usage du portfolio. Il s’agit de réfléchir à la mise en place de conditions permettant de collecter, avec la collaboration des parents, l’information requise pour s’assurer que le droit à l’éducation de ces enfants soit respecté. Le Protecteur du citoyen constate que la possibilité pour les intervenants scolaires d’offrir aux parents un choix parmi différents moyens d’évaluation favoriserait la collaboration et renforcerait leur capacité à évaluer ». Afin qu’une évaluation soit réellement représentative des apprentissages acquis par les enfants, il importe qu’elle soit adaptée à ce qui a été enseigné et à la manière dont cela a été enseigné. Sinon, l’évaluation perd toute signification réelle. L’implication des parents ne peut donc être mise de côté puisque ce sont eux qui fournissent l’expérience éducative individualisée selon les besoins de leurs enfants et qui sont les mieux placés pour connaître le mode d’évaluation qui est le plus approprié pour eux.

2. Ce règlement entraînera plus d’échecs

Avec un règlement qui risque de permettre de juger la pratique de la majorité des familles ‑éducatrices comme étant inadéquate et avec un manque de ressources complètes conformes au PFEQ, le gouvernement est‑il prêt à juger que tout programme qui déroge de la PDA ne permet pas d’offrir une éducation appropriée ? Le gouvernement veut‑il utiliser les ressources de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) et de la justice pour aller régler des problèmes d’ordre pédagogique ? Le gouvernement s’attend‑il à ce que ces enfants fassent du mieux qu’ils peuvent à des examens quand ni eux ni leurs parents ne voient l’utilité de cet outil inadapté ? Sans ressources, sans guide et sans motivation, des milliers d’enfants seront voués à l’échec. Des centaines d’adolescents choisiront de simplement décrocher au lieu d’essayer de trouver des façons différentes d’apprendre. Que fera le ministre devant un constat massif d’échec des enfants aux examens ? Arrivera‑t‑il à la conclusion que le Protecteur du citoyen et lui‑même avaient tort de dire qu’il n’y avait pas de problème systématique dans l’éducation à domicile et que la majorité des parents s’acquittent très bien de leur tâche, ou va‑t‑il reconnaître ce que disent les chercheurs, le CSE et les écoles alternatives, c’est‑à‑dire que l’outil, et non pas l’apprenant, est mal adapté ?

Recommandations générales

Pour éviter le retour à un climat désastreux et pour soutenir la réussite d’enfants déjà marginalisés, le projet de règlement devrait être modifié. Voici ce que l’AQED recommande :

1. Réinstaurer la Table de concertation immédiatement et commencer un processus de consultation avec les acteurs concernés pour clairement identifier les objectifs souhaités pour le programme d’enseignement à la maison au Québec, étudier les résultats de cette année de transition, documenter objectivement les lacunes s’il y en a et identifier différents moyens d’y remédier.

2. Retarder la mise en œuvre de ce projet de règlement au moins jusqu’à ce que le gouvernement développe des ressources comparables à celles de l’Alberta ou de la France pour soutenir les familles ‑éducatrices dans le suivi du PFEQ : cours en ligne, cours à distance et/ou création et distribution aux familles de ressources (livres et ressources didactiques) qui couvrent 100 % du programme québécois. (Voir l’annexe A : Réactions et recommandations par article).

3. Maintenir le choix du type d’évaluation, quitte à augmenter les critères d’évaluations pour les choix déjà disponibles, sans ajouter l’obligation de faire un type d’évaluation en particulier.

4. Ne pas imposer 100 % du contenu de la PDA pour chaque matière, mais identifier quels éléments du PFEQ sont indispensables (par exemple les compétences plutôt que les connaissances) dans chacune des matières afin de permettre une flexibilité aux parents pour continuer à aborder le reste des domaines d’apprentissages de façon plus adaptée.