mardi 31 décembre 2019

Instrumentalisation des enfants à la télé d'État : « ma mamie est une vieille truie pollueuse »

La vidéo dure une minute et 29 secondes, et la chaîne de télévision gouvernementale allemande WDR (la « Radiodiffusion de l’Allemagne de l’Ouest ») basée à Cologne l’a désormais supprimée de sa médiathèque.



Auparavant, les responsables avaient annoncé cette vidéo avec fierté : « Elles savent chanter — et elles savent être culottées ».

Puis les enfants entonnent leur chanson. « Ma mamie conduit une moto dans le poulailler. C’est mille litres de super chaque mois. Ma mamie est une vieille truie pollueuse. » La ritournelle continue ainsi : « Ma mamie va chez le docteur avec un 4x4 (VUS) et écrase deux papis munis de déambulateurs. »



Ensuite, le chœur, composé uniquement de filles (est-ce un hasard ? voir l’omniprésence des filles dans les « manifs pour le climat »), dénonce le comportement alimentaire de son aïeule : « Ma mamie fait cuire chaque jour une côtelette, une côtelette, une côtelette. Parce que la viande à prix réduit ne coûte presque rien. Ma mamie est une vieille truie pollueuse. »

À la fin de la vidéo, les filles posent un regard sérieux face à la caméra et déclarent en anglais : « “We will not let you get away with this.” En français : “Nous ne vous laisserons pas vous en tirer comme ça.” Il s’agit de l’une des phrases-clés utilisées par Greta Thunberg lors de son discours à l’ONU.


Sur Twitter, la vidéo a provoqué l’indignation :


comme c'est pitoyable
WDR, à quel point est-ce lamentable !

Le WDR 2 Comedy Kinderchor [Comedy en allemand veut dire “variétés”] est également accusé d’hypocrisie. Entre autres, parce que le chœur a effectué une tournée en Corée du Sud en octobre. Le radiodiffuseur justifie la vidéo par une satire. La même excuse a été employée par le groupe de Greta Thunberg lorsque celui a insulté les personnes âgées, ce qui a déclenché diverses réactions.


Un gazouilleur fait le parallèle avec la façon dont des dictatures passées voulaient “éduquer” le peuple par le rire et le théâtre.


Sources : 20Minuten.ch/ Bild.de/ Welt.de/ Observateurs.ch pour une partie de la traduction

lundi 30 décembre 2019

Louisiane — De plus en plus d'élèves scolarisés dans des classes francophones

Pour arriver à La Nouvelle-Ibérie, paisible ville de 30 000 âmes, il faut longer les champs de cannes à sucre que la brise moite du golfe du Mexique fait onduler.

Au cœur du pays cajun, entre deux bayous, s’élèvent les murs de brique de la North Lewis Elementary School. Une école publique classique, comme il y en a des milliers aux États-Unis, à un détail près. Maths, sciences, histoire, conjugaison, lecture… Les instituteurs enseignent ici le programme scolaire américain traduit en français. En Louisiane, la formule connaît un succès inédit. En deux ans, le nombre d’inscriptions a bondi de près de 20 %. À chaque rentrée, dans tout l’État, de nouvelles classes d’immersion francophone sont créées. 5 300 enfants de langue maternelle anglaise fréquentent cette filière dans 34 établissements. Ils commencent dès la kinderschool, la maternelle.



15 h 30. La sonnerie retentit. Garçons et filles, vêtus de l’uniforme de l’école sur lequel est brodée une fleur de lys, se mettent en rang. « On se calme ! » Quand on se fait réprimander, c’est dans la langue de Paris. Dans les couloirs, des affiches punaisées en VO : « Ici, on est fier de parler français. » Tour à tour, les écoliers s’engouffrent dans les pick-up de leurs parents, qui défilent devant le porche. « Durant toute ma scolarité, j’ai étudié cette langue. Mon fils, qui a commencé il y a quelques semaines, en sait déjà plus que moi », s’amuse Hillary Landry, une jeune mère de famille. La journée continue pour les enseignants qui carburent au café en salle de réunion. À l’ordre du jour, la préparation de la « French pride », un défilé célébrant la culture de plusieurs pays francophones. « Il faudrait trouver des costumes typiques », s’inquiète l’un d’eux.

À La Nouvelle-Ibérie, le français est partout et nulle part. Sur les panneaux, des noms aux sonorités familières : Thibodeaux, Charenton, Jeanerette… Entre le vieux cinéma Évangéline et le Napoléon’s bar, les effluves de poulet frit harcèlent les narines. La langue ne survit en réalité que dans le folklore, une douce nostalgie héritée de l’histoire de la région. Elle a pris racine lors de l’installation de colons venus de métropole, au début du XVIIIe siècle. Puis avec les Acadiens, arrivés à partir de 1763 [certains pourraient être arrivés plus tôt], déportés depuis l’est du Canada par les Britanniques.

Ces exilés francophones, devenus par déformation linguistique les Cajuns, ont su faire perdurer leur culture sur ces terres marécageuses jusqu’en 1921. Cette année-là, et pour presque un demi-siècle, la loi américaine interdit de parler un autre idiome que l’anglais en classe.

Leur dialecte — sorte de vieux français criblé de mots amérindiens et africains [confusion de l’auteur avec le créole ?] — tomba en désuétude. Des générations furent sacrifiées sur l’autel de l’anglicisation des États-Unis. De nos jours, seuls quelques anciens, dans des bayous reculés, maîtrisent encore la langue de leurs aïeux. Le cajun n’est plus parlé que par 25 000 personnes. « Le français, c’est notre héritage. Mais celui enseigné ici n’a rien à voir avec la langue de nos ancêtres », reprend Tim Rosamund, le directeur de la North Lewis School, bonhomme affable empruntant quelques traits à un George W. Bush rajeuni. Dans son établissement, près de 50 % des élèves déclarent discuter de temps à autre avec un aîné parlant le patois.

En inscrivant leurs enfants en immersion linguistique, les parents américains ne font pas qu’honorer leurs racines. Ils rêvent de réussite scolaire à moindre coût. Les écoles primaires qui proposent ce programme sont presque toutes publiques, gratuites et les enseignants francophones jouissent d’une excellente réputation aux États-Unis. Le Codofil, Conseil pour le développement du français en Louisiane, en chapeaute 160. « Votre pays nous envoie ses meilleurs instituteurs », susurre Tim Rosamund, comme s’il trahissait un secret industriel. Ces derniers sont détachés de leur poste dans l’Éducation nationale dans le cadre d’accords franco-louisianais pour une période d’un an, qui peut être prolongée. Certains choisissent de s’installer ici définitivement, librement recrutés par les écoles. « Tous ces professeurs sont les meilleurs ambassadeurs de notre culture, de notre langue et de notre pays », se félicite Vincent Sciama, le consul de France.

Trouver facilement du travail

Il y a aussi d’importants contingents du Québec, de Belgique et de pays d’Afrique de l’Ouest. Ils seraient environ 400, en tout, rémunérés par les paroisses [laïques] l’équivalent des comtés. Les parents sont séduits par la « french touch » de ces instituteurs : créativité et rigueur. « J’essaye de continuer à travailler comme en France, bien que le programme soit plus lourd, car le rythme de l’enfant y est mieux respecté », affirme Julie Romanello, enseignante en grande section de maternelle. « Mes confrères américains, eux, ont tendance à faire plus de cours magistraux », continue-t-elle. « Nos petits sont moins chouchoutés que dans le système éducatif américain classique », se félicite Jennifer Taylor, une maman.

Certains parents voient aussi dans ce programme linguistique une occasion pour leur progéniture d’obtenir plus tard un bon emploi, dans un État où le taux de chômage (4,5 %) — bien qu’en baisse — reste plus élevé que la moyenne nationale (3,6 %). « C’est la promesse de trouver du travail partout dans le monde », estime Annah Killgore, qui a trois enfants en immersion. À quelques kilomètres des plateformes pétrolières et gazières offshore qui continuent de faire vivre la région, « c’est une chance de faire du business avec les entreprises francophones, les firmes du secteur de l’énergie par exemple, imagine le directeur de l’école de La Nouvelle-Ibérie. Et surtout de faire tourner l’industrie du tourisme. Nous attirons beaucoup de visiteurs de France… » Tout un écosystème se met progressivement en place en Louisiane, pour faciliter les débouchés. Un premier forum pour l’emploi francophone a réuni 500 visiteurs, mi-novembre, pour mettre en relation des jeunes et des entreprises comme Total, Airbus ou la chaîne hôtelière Mariott. Une première aux États-Unis. « L’avenir en français est là, il faut le rendre possible pour tous », s’enthousiasme Vincent Sciama. Autre ambiance, au cœur d’un quartier huppé de La Nouvelle-Orléans. Face à un parcours de golf, dans une rue bordée de chênes centenaires, se dresse la Audubon School. Une institution, une marque, un modèle. Autour de l’imposante bâtisse, un potager, un terrain de sport, des aires de jeux… C’est le plus vieil établissement de tout l’État qui propose l’immersion. On y joue à la marelle en français depuis 1984.

À la différence de la plupart des autres écoles francophones, on enseigne ici le programme de l’Éducation nationale. « Il a très bonne réputation. Les parents trouvent les exigences très élevées, souligne Laure Vermeulen, la directrice. Ils réclament des dictées, ce qui n’existe pas d’habitude aux États-Unis. » Au cours de leur scolarité, ces élèves doivent réussir les tests américains. De leurs résultats dépendent les fonds publics alloués par l’administration locale. Pas question, donc, de se mettre totalement à l’heure de Paris, les enfants doivent redoubler d’efforts. « La communauté Audubon est une famille, et l’école met à notre disposition toutes les ressources pour qu’ils réussissent », explique Leland Smith, un père de famille. De l’aide aux devoirs est par exemple proposée.

L’engouement pour l’immersion passe par le bouche-à-oreille. À l’échelon national, le chinois et l’espagnol font aussi partie des programmes les plus plébiscités. En 2000, en tout, seulement 260 classes de ce genre étaient répertoriées aux États-Unis. Aujourd’hui, elles sont presque huit fois plus nombreuses. Quelques heures d’anglais permettent à ces élèves de rester au niveau de leurs camarades à la scolarité traditionnelle.

Maîtriser une deuxième langue jeune, c’est la promesse d’avoir plus de facilités dans les autres apprentissages, jure la communauté enseignante. Les enfants deviendraient à terme meilleurs que les autres ; les encadrants en sont persuadés. Surtout, les écoliers pourraient développer plus tard des facilités pour apprendre de nouveaux idiomes. Pourtant, il n’existe pas de consensus scientifique sur la question. « Les résultats des études sont très variés selon le contexte et la méthodologie. Un certain nombre d’entre elles montrent des bénéfices. En tout cas, une chose est certaine, il n’y a pas d’effet négatif », résume Patrick Rohrer, doctorant en sciences du langage au laboratoire de linguistique de Nantes, et natif de La Nouvelle-Orléans. « Cela donne des outils sur lesquels l’élève pourra s’appuyer pour apprendre d’autres langues », continue-t-il. Les retours d’expériences sont flatteurs. « Leurs professeurs au lycée remarquent aussi leur plus grande ouverture d’esprit. Ce sont des étudiants plus synthétiques, plus analytiques », souligne Laure Vermeulen.

Si les chiffres des inscriptions sont en constante hausse, l’immersion en français reste une démarche un brin extravagante au pays de l’Oncle Sam. Ici, à Audubon, c’est même presque un message politique. L’établissement est laïque dans une ville où l’enseignement catholique est très puissant. « Les parents sont plutôt des gens de gauche, du milieu artistique », pointe la directrice. Nous sommes bien loin de l’Amérique de Trump. Dans la salle des professeurs, le portrait d’Obama n’a toujours pas été décroché. Il se raconte que l’oubli est volontaire !


Source : Figaro




Meilleurs vœux pour 2020 !

Que la liberté de choix en éducation croisse en 2020, que les parents et leurs enfants soient protégés du monopole éducatif de l'État si c'est leur choix !
















Et puis, dans un style exotique, une belle chanson d'un peuple libre, les Cosaques...



reprise par Beethoven



samedi 28 décembre 2019

La Reine des Neiges 2 et La Guerre des étoiles IX, fers de lance du credo progressiste de Disney

La Reine des Neiges 2 et La Guerre des étoiles IX, fers de lance du credo progressiste de Disney. Libérez-vous du passé, du désir, et de toutes les contraintes qui entravent votre liberté: telle est, en substance, la morale des deux derniers mégaproduction Disney, La Reine des neiges 2 et La Guerer des étoiles IX. Attention, intrigues déflorées et divulgâchées. Texte de Pierre-Henri d’Argenson, auteur d’un Petit traité d’éducation conservatrice (Le Cerf, 2019) et de La fin du monde et le dernier dieu (Liber, 2018).

La Reine des Neiges 2 et Star Wars épisode IX, grosses productions emblématiques des studios Disney sorties au mois de décembre, ont au moins un point commun: leurs bandes annonces étaient très réussies. Dans ce domaine, Disney n’a pas perdu la main. Pour ce qui est des films eux-mêmes, c’est une autre histoire, ou plutôt la même: celle de l’effondrement de la puissance narrative et mythologique qui avait fait la force des premiers opus, au profit d’une tornade de séquences d’action sans profondeur ponctuées des poncifs à la mode de l’idéologie progressiste.





Commençons par le dernier épisode de Star Wars, qui fait suite à deux autres déjà passablement dégradés par rapport à la trilogie historique. Nous ne reviendrons pas sur le scénario abracadabrantesque que l’on peine à suivre, baladés que nous sommes de planètes en course-poursuites. Si les héros de ce dernier opus n’ont pas tous la Force, ils ont de l’Endurance! Mais pas autant que le spectateur qui s’essouffle avant eux, et pour cause, c’est le but recherché: immergés dans l’action perpétuelle, les personnages vivent dans un éternel présent qui les prive de toute épaisseur psychologique, de tout mystère. Il ne reste rien du souffle épique de l’épopée initiale, ancrée dans le tragique de la condition humaine et la patience des constructions stratégiques, des intrigues politiques et amoureuses, des rites initiatiques, des révélations bouleversantes.

Nous retrouvons surtout en creux les grands articles de la foi progressiste, le premier étant la dissolution de tout enracinement des choses dans un présent omniprésent qui réduit l’existence à une succession de séquences. En dehors de Rey et Kylo Ren, les nouveaux personnages et Poe et Finn en premier lieu n’ont quasiment pas d’histoire, pas de pensée, pas d’ancrage symbolique. On a l’impression que les nouvelles productions ont voulu casser les archétypes des mythes, ceux qui rattachaient les anciens personnages à des figures ancestrales: la princesse, le chevalier, le bandit, le père tyrannique… La trilogie de Georges Lucas puisait dans les Atrides, Rome, Aristote, Machiavel, Grimm, Tolkien, Asimov, la Bible, elle n’a pu être écrite que par des hommes de culture.

Cette focalisation sur le présent et l’action n’est pas qu’un procédé de divertissement mais le reflet d’un courant idéologique où il n’est plus question de trouver sa place dans l’ordre des choses, ce qui implique de regarder loin devant et loin derrière, mais de choisir sa place à chaque instant, à commencer par sa famille. C’est ainsi que Rey décide de s’appeler Skywalker sans avoir jamais demandé l’avis aux intéressés (sévèrement décimés il est vrai, mais les Jedi morts parlent quand même). On validera quand même ce procédé très aristocratique de relèvement du nom de la famille fraichement éteinte Skywalker par la petite-fille Palpatine, que l’on comprend gênée par l’héritage grand-paternel (Palpatine, c’est difficile à porter sur Tatooine). Ça, c’est vraiment old school.

Ce choix de patronyme nous amène subtilement au second crédo progressiste de ce dernier opus, fidèle en cela aux deux précédents: la désérotisation à peu près totale des relations amoureuses. En trois épisodes, le bouillonnant (et brouillonnant) pilote de chasse Poe Dameron reste sacrément sage, hormis un pathétique essai de faire revivre une vieille idylle avec Zorii Bliss (très beau costume), mais Disney met le holà: pas de ça chez nous! On aurait pu attendre une vraie histoire entre Finn et Rose, mais là aussi, ça tourne court, pas de ça chez Disney!

Puritanisme, ultra-violence et pardon des péchés : l’Amérique du Far West n’est finalement pas si loin.

Donc que reste-t-il? Après trois épisodes de chamailleries entre Kylo et Rey, Kylo a droit à un chaste baiser de Rey avant de mourir à ses pieds, baiser presque incestueux tant ces deux-là paraissent comme frère et sœur. Là aussi, le dernier opus prend le contrepied de la trilogie de Lucas, où la tension amoureuse entre Luke et Leia s’était trouvée résolue par la découverte de leur liens familiaux, ce qui ouvrait la voie à l’émergence d’un couple fondé sur une belle altérité entre Leia et Han. À la fin, on ressort presque soulagé de la mort de Kylo Ren, tant on n’ose imaginer les rejetons issus de l’union de la petite fille de l’horrible Palpatine avec le petit fils de Dark Vador, par ailleurs meurtrier de son père le gentil vaurien Han Solo et presqu’assassin de sa mère Leia dans l’épisode huit, mais il avait renoncé, signe infaillible de rédemption. Finalement, avec Disney, les enfants peuvent voir des Jedi se découper en morceaux (en famille si possible) et un empereur qui se décompose comme au cours d’anatomie (ce n’est plus les Atrides, mais les Putrides), un parricide recevoir le pardon, mais il est hors de question qu’ils soient témoins d’une vraie histoire d’amour, sans parler de sexe évidemment. Dans l’univers magique et désormais progressiste de Disney, les Jedi font des bébés à distance et bien sûr ne vont pas au cabinet. Puritanisme, ultra-violence et pardon des péchés: l’Amérique du Far West n’est finalement pas si loin.

La Reine des Neiges 2 présente quelques points communs troublants avec Star Wars IX. D’abord le grand méchant est aussi le grand-père des héroïnes (mais que font les grand-mères?), c’est aussi un mâle blanc de plus de 60 ans qui, en plus, construit un barrage anti-écologique pour asservir une tribu indigène façon Pocahontas. Bref, il se situe quelque part entre Jair Bolsonaro et Donald Trump, alors qu’Elsa aurait plutôt de faux airs d’Hillary Clinton avec son tailleur et son brushing. Comme Rey, Elsa et Anna vont d’ailleurs réparer les horreurs de leur grand-père maléfique.

Grâce à Disney, la figure du jeune mâle n’est pas moins à la peine que celle du vieux. Comme les jeunes aventuriers masculins des nouveaux Star Wars, Kristof fonctionne sur le mode «bouge et tais-toi», sans autre réflexion plus élaborée, revanche peut-être méritée sur les stéréotypes des personnages féminins version «sois belle et tais-toi». Tout de même avec Kristof, ils y sont allés un peu fort dans la niaiserie et la passivité.

En fait Kristof ne sert quasiment à rien, sauf à courir dans tous les sens, un peu comme Poe et Finn. Si l’objectif était de faire un sort au mythe du prince charmant, c’est réussi, même si l’on doute du sex-appeal du bûcheron au chômage un peu enveloppé qu’on a mis à sa place, le renne faisant office de labrador. On dirait que Kristof se fait vaguement draguer par un jeune Northuldra dans la forêt, moment un peu gênant car Kristof ne s’aperçoit de rien, benêt qu’il est, mais au moins la case de l’inclusivité est cochée, comme avec le très discret baiser lesbien de la fin de Star Wars. Kristof est finalement un personnage humilié, qui n’arrive pas à faire sa demande en mariage, et qu’on dévoile en robe de chambre lors d’une affligeante partie de Time’s Up en pantoufles. On ne pouvait imaginer un tue l’amour plus efficace, et l’on frissonne à la pensée que Star Wars IX aurait pu finir par une partie de Scrabble entre Rey, Poe et Finn sirotant des bières sans alcool.

C’est en cherchant à éradiquer le passé qu’on retombe dans son ornière.

Bien sûr, il y a du second degré dans tout cela, comme au moment de la chanson parodique (espérons) de Kristof «j’ai perdu le nord» qui disqualifie définitivement le bonhomme. La ficelle de l’inversion des rôles, les femmes guerrières et dirigeantes versus les hommes sensibles et vulnérables, est toutefois trop caricaturale pour fonctionner. Et ce second degré est à géométrie variable, car la quête d’Elsa est, elle, traitée de façon très sérieuse et ne supporte pas le moindre trait d’humour. La preuve, comme Elsa est quelqu’un de très organisé (un peu trop quand même, c’est justement son problème), elle a pensé à installer les habitants d’Arendelle sur les hauteurs avant de partir, on ne sait jamais, un dégât des eaux est vite arrivé dans un fjord. Heureusement qu’Olaf détend un peu l’atmosphère.

Ironie du script, c’est en cherchant à éradiquer le passé qu’on retombe dans son ornière, puisque la réconciliation politique au Royaume des glaces n’est possible qu’à la faveur de la découverte d’une union très féodale entre deux peuples (les parents d’Elsa et Anna), qui n’est pas sans rappeler cette obsession du sang que l’on trouve aussi dans Star Wars, quand Rey décide de s’appeler Skywalker. Notons enfin qu’en guise de progressisme, Anna prend la succession d’Elsa à la tête du Royaume, sans élection ni référendum d’initiative partagée, et ça passe. J’attends avec impatience le troisième opus, où Olaf en gilet jaune prendra la tête d’une grève générale des bonshommes de neige d’Arendelle en criant dans un haut-parleur: «mais c’est quand que tu vas mettre des paillettes dans nos vies, Anna?».

On a finalement bien du mal à suivre les péripéties d’Anna et Elsa dans ce deuxième épisode, tout aussi épuisant de courses-poursuites que Star Wars et tout aussi coupé des structures fondamentales du conte et de sa gradation narrative. Et à la fin tout le monde est gentil, tout le monde est ressuscité, le tout sans la moindre originalité: Olaf est le Gurki de la Reine des Neiges (cf. Taram et le Chaudron Magique) et Elsa son Cinquième Elément (un hommage à Luc Besson?). Et tout rentre dans l’Ordre.

On retrouve au fond, dans La Reine des Neiges 2 comme dans Star Wars IX, le même fil directeur progressiste: libérez-vous du passé, libérez-vous du désir, soyez qui vous voulez, aimez tout le monde et vivez dans un éternel présent qui vous gardera des questions philosophiques angoissantes. Plus tristement, on ressort du visionnage de ces deux films avec un insondable sentiment de gâchis: tant d’effets pour si peu d’émotion, si peu de profondeur, si peu de souffle. Mais n’est-ce pas la recette du bonheur dans le meilleur des nouveaux mondes?




Petit traité d'éducation conservatrice
de Pierre-Henri d' Argenson
paru le 12 septembre 2019
aux éditions du Cerf
à Paris
244 pp.
ISBN-13 : 978-2204133135

Présentation de l'éditeur

Le premier enracinement est dans la culture. Défendre les humanités, c'est contribuer à dissiper le nihilisme ambiant. Voici un petit guide pratique à l'usage de tous les parents pour renouer avec le sens profond de l'éducation.

Même un demi-siècle après Mai 1968, nous devons encore résister à cette folle idéologie qui a consisté à tout déconstruire – l'autorité parentale et professorale, la morale, la politesse, les canons des arts, mais aussi la grammaire, l'orthographe, les méthodes de lecture traditionnelles...

Avec ce petit traité à l'usage de tous ceux qui croient, encore, aux vertus de l'éducation, Pierre-Henri d'Argenson en appelle donc à un retour aux fondamentaux. De la formation des professeurs à la virtualisation du savoir, en passant par l'insupportable relativisme des connaissances, il dénonce avec humour la bêtise pédagogiste postmoderne, et rappelle que la tradition et l'apprentissage ne sont pas antinomiques de la créativité ni du bonheur.

Parce qu'il n'y a finalement qu'un seul moyen de sortir des impasses de Mai 1968 : redevenir conservateurs.

Biographie de l'auteur

Ancien élève de l'ENA et de la London School of Economics, Pierre-Henri d'Argenson est haut fonctionnaire et essayiste. Il a notamment publié un Petit guide pratique et psychologique de la préparation aux concours.

Voir aussi

Disney+ fait précéder ses films « culturellement datés » d'un avertissement

Astérix chez les féministes, parents homos et les rebelles aux enfants métissés

Le Pape François se dresse contre une éducation trop sélective (bédé Don Bosco)

Faites attention à quelles bandes dessinées vos enfants lisent (Bichon, Titeuf, Mauvais Genre)

Les vieux Disney : les déconstructeurs progressistes sont des fanatiques

Simplification des Martine (1987/2016)

Marvel Comics met fin à une série de titres politiquement corrects

Bandes dessinées — Quand Hergé expurgeait un missionnaire chez les Esquimaux

Littérature jeunesse : comment s’y retrouver ?

Comtesse de Ségur épurée

La Comtesse de Ségur déchiffrée : son vocabulaire est-il encore compris aujourd’hui ?

« Le Club des Cinq » caviardé car trop politiquement (et religieusement) incorrect et à la langue trop compliquée

Après le Club des Cinq et la Comtesse de Ségur, les éditeurs « modernisent » Martine, mais est-elle seulement d’accord ?

États-Unis : plus de prix « Laura Ingalls Wilder » pour cause de Petite maison censément raciste

C’est ça l’école québécoise moderne : Pas de classiques de la littérature, mais la lutte contre l’hétérosexisme en classe de français, d’anglais, d’histoire et de mathématiques


Les parents seraient plus heureux que les gens sans enfant (rediff)

Des chercheurs de trois universités nord-américaines ont constaté que les gens qui ont des enfants « font état de niveaux relativement élevés de bonheur, d'émotion positive, ils ressentent aussi plus que leur vie a un sens » que les personnes qui n'ont pas d’enfant.

L'étude, publiée dans Psychological Science et co-écrite par des chercheurs de l'Université de Colombie-Britannique, de l'Université de Californie à Riverside, et l'Université Stanford, paraît alors que les pays occidentaux sont confrontés à dénatalité croissante et une population vieillissante.

Le professeur de psychologie Elizabeth Dunn, de l’université de Colombie-Britannique a déclaré que leur recherche suggère que «les parents sont loin d’être ces « misérables créatures » que certains médias et une certaine élite déprécient tout en valorisant dans la culture dite populaire les couples sans enfant.

Un de ces essais populaires
qui dévalorisent la parenté.
C'est ainsi que Corinne Maier, dans son opuscule No Kid, faisait la promotion de la stérilité. Cette essayiste conformiste y alignait 40 raisons « de ne pas succomber à la tentation de l'enfantement ». À la page 99 de son pamphlet, elle n'hésitait pas à déclarer : « le sentiment de la famille, le sentiment de classe, et peut-être d'ailleurs de race, apparaissent comme les manifestions de la même intolérance à la diversité, d'un même souci d'uniformité », pour conclure : « la famille serait-elle la cellule de base du Front National ? »

Les résultats de cette étude sont basés sur une série d'enquêtes menées en 1982, 1990, 1995 et 1999 auprès 329 participants âgés de 17 à 96 ans.

L’étude suggère que les parents sont plus heureux quand ils s’occupent de leurs que lors de leurs autres activités quotidiennes. Le bonheur croît avec la maturité et les circonstances familiales.

« Nous avons constaté que si vous êtes âgé (et sans doute plus mûr) et si vous êtes marié (et vous bénéficiez sans doute de plus de soutien social et financier), alors vous êtes susceptibles d'être plus heureux si vous avez des enfants que vos homologues sans enfant », a déclaré le co-auteur Sonja Lyubomirsky de l’UC à Riverside.

« Fait intéressant, les père sont plus souvent parmi les plus heureux que les mères », d’ajouter le professeur Dunn.

On trouvera l'étude ici.





Soutenons les familles dans leurs combats juridiques (reçu fiscal pour tout don supérieur à 50 $)

vendredi 27 décembre 2019

La tare de l'État-providence c'est qu'éventuellement les autres finissent toujours par manquer (rediff)

Dans le sillage du dernier recensement en l’Angleterre et au pays de Galles où l’on voit la proportion de croyants musulmans doubler en dix ans, cet article de Mark Steyn semble opportun :

Notre lecture aujourd’hui est tirée de l’Évangile selon saint Luc. Non, non, pas la crèche, les bergers, les mages, rien de tout cela, mais l’autre naissance :
« Mais l’ange lui dit : Ne crains point, Zacharie, car ta prière a été exaucée, et ta femme Élisabeth te donnera un fils, et tu lui donneras le nom de Jean. »

Marie et Élisabeth
On ne se penche guère sur cette histoire de Noël, mais elle est là — Luc 1:13, une partie de ce que Luc aurait appelé la trame de fond, s’il avait été un scénariste plutôt qu’un médecin. Parmi les quatre évangiles, seuls deux se soucient de raconter l’histoire de la naissance du Christ et seul Luc commence par deux grossesses. Zacharie est surpris par sa paternité imminente — « car je suis vieux et ma femme est avancée en âge ». Et pourtant, une vieille femme stérile conçoit et, au sixième mois de la grossesse d’Élisabeth, l’ange rend visite à sa cousine Marie et lui dit qu’elle aussi va concevoir. Si vous lisez Luc, la naissance virginale semble un prolongement logique du premier miracle — la grossesse d’une vieille dame. L’évangéliste médecin n’avait aucune difficulté à accepter les deux. Pour Matthieu, la naissance de Jésus est le miracle ; pour Luc on a l’impression que toute naissance – toute vie — est en quelque sorte miraculeuse et don de Dieu.

Nous vivons maintenant dans le monde d’Élisabeth — et pas seulement parce que la technique est devenue miraculeuse et permet aux femmes cinquantenaires ou sexagénaires de devenir mères, mais dans un sens plus fondamental. Le problème avec l’Occident avancé n’est pas qu’il soit ruiné, mais qu’il est vieux et stérile. Ce qui explique pourquoi il est fauché. Prenez la Grèce, elle est devenue l’exemple type de l’insolvabilité d’un État : « les États-Unis prennent le même chemin que la Grèce si nous ne changeons pas de cap ». La Grèce aurait donc des difficultés budgétaires, un manque de revenus, quelque chose dans le genre, n’est-ce pas ? À première vue, oui. Mais le problème sous-jacent est plus profond : la Grèce a un des taux de fécondité les plus bas de la planète. En Grèce, 100 grands-parents ont 42 petits-enfants – un arbre généalogique à l’envers. Dans un État social démocratique où les travailleurs dans les professions « dangereuses » (tels que, euh, la coiffure [à cause des produits dangereux liés à la teinture des cheveux]) prennent leur retraite à 50 ans [c’est le cas en Grèce pour ces professions], il n’y a plus assez de jeunes pour payer votre retraite pendant 30 ans. Et il y a peu de chances qu’il y en ait à nouveau assez.

Regardons cela sous un autre angle : les banques sont un mécanisme par lequel les personnes âgées en possession de capital prêtent celui-ci à de jeunes gens énergiques et imaginatifs. Le monde occidental a renversé ce concept. Si 100 barbons parviennent à accumuler des « billiards » de dollars de dette, est-il raisonnable de penser que 42 jeunes seront jamais en mesure de rembourser cette somme ? Comme Angela Merkel l’avait souligné en 2009, il était hors de question pour l’Allemagne d’adopter un stimulus à la Obama pour la simple raison que les créanciers étrangers de l’Allemagne savent qu’il n’y a tout simplement plus assez de jeunes Allemands pour rembourser ce stimulus. La « puissance » économique du continent a la plus forte proportion de femmes sans enfant en Europe : une Fräulein sur trois a totalement abandonné l’idée de maternité. « La population allemande en âge de travailler risque de diminuer de 30 pour cent au cours des prochaines décennies », d’expliquer Steffen Kröhnert de l’Institut de Berlin pour le développement de la population. « Les campagnes verront une baisse massive de leur population et certains villages disparaîtront tout simplement. »

Si la tare du socialisme est, comme le disait Mme Thatcher, qu’éventuellement, l’argent des autres finit toujours par manquer, alors une grande partie de l’Ouest est passé à l’étape suivante : les autres manquent désormais, point final. La Grèce est un pays avec de moins en moins de clients et de moins en moins de travailleurs, mais de plus en plus de retraités et un gouvernement toujours plus important. Comment faire croître une économie dans un marché qui implose ? Le monde développé, comme Élisabeth, est stérile. Collectivement stérile, je m’empresse d’ajouter. Individuellement, il est composé de millions de femmes fécondes, qui décident à dessein de n’avoir aucun enfant ou un unique enfant sur mesure à 39 ans. En Italie, la patrie de l’Église, le taux de fécondité est d’environ 1,2 ou 1,3 enfant par couple – soit environ la moitié du « taux de remplacement ». La population du Japon, de l’Allemagne et de la Russie se contractent. Cinquante pour cent des femmes japonaises nées dans les années 70 n’ont pas d’enfant. Entre 1990 et 2000, le pourcentage de femmes espagnoles sans enfant à 30 ans a presque doublé, passant d’un peu plus de 30 pour cent à un peu moins de 60 pour cent. En Suède, en Finlande, en Autriche, en Suisse, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni, 20 pour cent des femmes de 40 ans n’ont pas d’enfant. Dans un récent sondage où on leur demandait quel serait le nombre « idéal » d’enfants, 16,6 pour cent des Allemands ont répondu « aucun ». Nous vivons dans le monde de Zacharie et d’Élisabeth – de notre plein gré.

Natalité et mortalité allemandes
Source: dpa. Jusqu'en 1990, les données incluent la RDA. Les chiffres sont exprimés en milliers. * = données provisoires.

L’Amérique n’est pas dans une situation aussi périlleuse que l’Europe – pas pour l’instant. Mais son rendez-vous avec l’apocalypse financière a aussi des racines démographiques : les baby-boomers n’ont pas eu assez d’enfants pour garantir la solvabilité du système de protection sociale mis en place au milieu du XXe siècle et qui reposait sur un taux de natalité du milieu du XXe siècle. La « décennie du moi » s’est transformée en « le quart de siècle du moi » et au-delà. Les « moi » ont pris de la bouteille, mais ils n’ont jamais saisi qu’il se pourrait qu’ils aient un jour besoin d’un peu plus d’« eux » qui continuent de contribuer au trésor public.

Pendant la majeure partie de l’histoire de l’humanité, les sociétés qui ont réussi ont privilégié le long terme : c’est pourquoi des millions de gens ont des enfants, construisent des maisons, plantent des arbres, fondent des entreprises, font des testaments, bâtissent de belles églises dans des villages ordinaires, se battent et, si nécessaire, meurent pour leur pays. Une nation, une société, une communauté est un pacte entre le passé, le présent et l’avenir, où les citoyens, pour reprendre les mots de Tom Wolfe, à l’aube de la « décennie du moi », « se considèrent, même inconsciemment, comme faisant partie d’une longue lignée. »

Une grande partie du monde développé ne se projette plus dans le long terme. Vous n’avez pas besoin de consentir des sacrifices matériels : l’État s’occupe de tout cela. Vous n’avez pas besoin d’avoir des enfants. Et vous n’avez certainement pas besoin de mourir pour le roi et la patrie. Mais une société où il n’y a plus de raison de se sacrifier est également une société qui n’a plus de but dans la vie : la lignée s’arrête.

Si vous croyez en Dieu, l’argument utilitaire pour la religion semble insuffisant et réducteur : « Ce sont des histoires utiles dont nous nous berçons », comme un pasteur congrégationaliste peureux m’a un jour décrit la Bible. Mais, si le christianisme n’est qu’une histoire « utile », n’est-elle pas plus rationnelle que le solipsisme d’un monde sans foi ? Les hyper-rationalistes devrait au moins être en mesure de comprendre que le « rationalisme » postchrétien a condamné une grande partie de la chrétienté à un modèle d’entreprise tout à fait irrationnel : un système pyramidal la pointe en bas. Luc, un homme de foi et un homme de science, aurait pu voir où cela mène.

Voir aussi

Russie — la démographie expliquerait-elle le retour au conservatisme ?

Québec — Taux de natalité et indice de fécondité en légère baisse pour la troisième année

Les plus religieux hériteront-ils de la Terre ?

Allemagne — inciter les jeunes à terminer plus rapidement leurs études

Le taux de natalité allemand atteint un nadir

Allemagne — 2 millions d’enfants mineurs en moins en dix ans




Soutenons les familles dans leurs combats juridiques (reçu fiscal pour tout don supérieur à 50 $)

mardi 24 décembre 2019

Joyeux Noël 2019 !



Venez, divin messie
  Gaudete
The trumpet shall sound Adeste fideles !
  O du Fröhliche, o du selige !
Noël nouvelet
Ihr Kinderlein kommet !
Et lux in tenebris
Minuit, chrétiens !
Es ist ein Ros' entsprungen
Messe de minuit pour Noël de Charpentier
Nȣel huron de Jean de Brébeuf (sur l'air d'Une Jeune Fillette)

lundi 23 décembre 2019

Origine des cartes de vœux

Si l’usage des étrennes nous vient des Romains (les premiers qui aient sacrifié à la déesse Strena), celui des cartes de vœux agrémentées de quelques mots de politesse ou vierges de toute mention, et envoyées aux personnes avec qui l’on a eu commerce d’amitié ou d’affaires pendant l’année, est plus obscur.

Cette tradition d’envoyer ses vœux pour la nouvelle année serait, pour certains, venue du Moyen-Âge : les religieuses de certains ordres, séparées de leur famille, avaient le droit de leur écrire ce jour-là un petit mot. D’autres prétendent qu’il faut faire remonter cet usage à la Chine ancienne : les habitants du Céleste Empire envoyaient autrefois à leurs amis des feuilles de papier de riz dont la dimension devait être en rapport avec l’importance du destinataire. Ces feuilles pouvaient atteindre un à deux mètres de long.




Les Célestiaux se servaient bien avant nous de ces cartes autrefois dénommées cartes de visite ; seulement, chez eux, les cartes étaient de grandes feuilles de papier de riz, dont la dimension augmentait ou baissait suivant l’importance du destinataire et au milieu desquelles, avec des encres de plusieurs nuances, on écrivait les nom, prénoms et qualités de l’envoyeur. Il paraît que, quand la carte était à l’adresse d’un mandarin de 1re classe, elle avait la dimension d’un de nos devants de cheminée !

 
Carte de vœux pour l’année 1906

La distribution des cartes de vœux à Stuttgart, dans le Wurtemberg, était autrefois le prétexte d’une scène piquante : pendant l’après-midi du Premier de l’an, sur une place publique, se tient une sorte de foire ou de bourse aux cartes de visite. Tous les domestiques de bonne maison et tous les commissionnaires de la ville s’y donnent rendez-vous, et là, grimpé sur un banc ou sur une table, un héraut improvisé fait la criée des adresses.

À chaque nom proclamé, une nuée de cartes tombe dans un panier disposé à cet effet, et le représentant de la personne à laquelle ces cartes sont destinées peut en quelques minutes emporter son plein contingent. Chacun agit de même, et, au bout de peu d’instants, des centaines, des milliers de cartes sont parvenues à leur destination, sans que personne se soit fatigué les jambes.

L’usage des cartes de visite du Nouvel An est apparu assez tard chez nous. Jusqu’au XVIIe siècle, les visites se rendaient toujours en personne. On peut noter cependant, comme un acheminement vers les cartes, l’usage dont nous parle Lemierre dans son poème des Fastes et qui était courant vers le milieu du grand siècle. À cette époque, des industriels avaient monté diverses agences, qui, contre la modique somme de deux sols, mettaient à votre disposition un gentilhomme en sévère tenue noire, lequel, l’épée au côté, se chargeait d’aller présenter vos compliments à domicile ou d’inscrire votre nom à la porte du destinataire.

Mais un temps vint où le gentilhomme lui-même fut remplacé par la carte de visite. Cela se passa sous Louis XIV, dans les dernières années de son règne, comme l’atteste ce sonnet-logogriphe du bon La Monnoye :

Souvent, quoique léger, je lasse qui me porte ;
Un mot de ma façon vaut un ample discours ;
J’ai sous Louis-le-Grand commencé d’avoir cours,
Mince, long, plat, étroit, d’une étoffe peu forte.
Les doigts les moins savants me traitent de la sorte ;
Sous mille noms divers, je parais tous les jours ;
Aux valets étonnés je suis d’un grand secours ;
Le Louvre ne voit pas ma figure à sa porte.

Une grossière main vient la plupart du temps
Me prendre de la main des plus honnêtes gens.
Civil, officieux, je suis né pour la ville.
Dans le plus dur hiver, j’ai le dos toujours nu,
Et, quoique fort commode, à peine m’a-t-on vu
Qu’aussitôt négligé je deviens inutile.


Les Révolutionnaires abolirent en décembre 1791 la coutume du Jour de l’An. Elle ne fut rétablie que six ans après, en 1797. Nos pères conscrits, qui ne barguignaient pas avec les délinquants, avaient décrété la peine de mort contre quiconque ferait des visites, même de simples souhaits de jour de l’An. Le cabinet noir fonctionnait, ce jour-là, pour toutes les correspondances sans distinction. On ouvrait les lettres à la poste pour voir si elles ne contenaient pas des compliments.

Et pourquoi cette levée de boucliers contre la plus innocente des coutumes ? Le Moniteur va nous le dire. Il y avait séance à la Convention. Un député, nommé La Bletterie, escalada tout à coup la tribune. « Citoyens, s’écria-t-il, assez d’hypocrisie ! Tout le monde sait que le Jour de l’An est un jour de fausses démonstrations, de frivoles cliquetis de joues, de fatigantes et avilissantes courbettes... »
Bonne année 1921

Il continua longtemps sur ce ton. Le lendemain, renchérissant sur ces déclarations ampoulées, le sapeur Audoin, rédacteur du Journal universel, répondit cette phrase mémorable : « Le Jour de l’An est supprimé : c’est fort bien. Qu’aucun citoyen, ce jour-là, ne s’avise de baiser la main d’une femme, parce qu’en se courbant, il perdrait l’attitude mâle et fière que doit avoir tout bon patriote ! » Le sapeur Audoin prêchait d’exemple. Cet homme, disent ses contemporains, était une vraie barre de fer. Il voulait que tous les bons patriotes fussent comme lui ; il ne les imaginait que verticaux et rectilignes.

Mais enfin le sapeur Audoin et son compère La Bletterie n’obtinrent sur la tradition qu’une victoire éphémère. Ni le calendrier républicain ni les fêtes instituées par la Convention pour symboliser l’ère nouvelle ne réussirent à prévaloir contre des habitudes plusieurs fois séculaires. Les institutions révolutionnaires tombèrent avec les temps héroïques qui les avaient enfantées. Le Premier de l’an fut rétabli. Il dure encore.


Voir aussi

S’envoyer des vœux de Nouvel An, une pratique antirépublicaine...


dimanche 22 décembre 2019

Merci l'école citoyenne et laïque !


Voir aussi

Père se plaint de l’enseignement « non factuel » des changements climatiques, il doit ensuite s'adresser au tribunal

Cégep de Granby organise la marche pour le climat à Granby

« L’école ne devrait pas transformer les élèves en militants »

L'instruction écologique a remplacé l'éducation civique [et la religion] à l'école, les politiciens s'en mordront les doigts

Programme d'éducation à la sexualité du Québec : lutter contre « les effets nuisibles des versions traditionnelles » des rôles sexuels

Québec — La construction d'une nouvelle citoyenneté par l'école (extrait de la thèse de Joëlle Quérin)

La thèse de doctorat de Joëlle Quérin : Le Nouveau Discours pédagogique québécois et les transformations de la communauté politique

Cours d’éthique religieuse : enseignement ou endoctrinement?

Grande-Bretagne — enfants autistes poussés à s'identifier comme transgenres ?

Gary Caldwell sur l'étatisation de l'école québécoise (1965-2005) [Ire partie]

Éthique et culture religieuse : imposture et manipulation

Thèse doctorale — Des enseignants d’éthique loin d’être neutres ?

« Le sexe à l’école. L’amour nulle part. »

J-P. Le Goff : « L’écologie participe des nouvelles formes de spiritualités diffuses »

Repentance permanente — Les manipulateurs de l’histoire québécoise sont parmi nous

« Sauver le climat », la nouvelle tentation autoritaire


Manuel d'histoire (1) — chrétiens intolérants, Saint Louis précurseur des nazis, pas de critique de l'islam tolérant pour sa part


Pas de classiques de la littérature, mais la lutte contre l'hétérosexisme en classe de français, d'anglais, d'histoire et de mathématiques

Père se plaint de l’enseignement « non factuel » des changements climatiques, il doit ensuite s'adresser au tribunal

L’enseignement « non factuel » des changements climatiques et « l’utilisation d’un certain personnage d’une manière iconographique », en l’occurrence Greta Thunberg (ci-contre) aurait mis le feu aux poudres en septembre entre un père de famille et la direction de l'école de son enfant à l’école primaire Christmas Park de Beaconsfield (oui, c'est au Québec).


« Un professeur en particulier n’était pas capable de séparer ses positions idéologiques de ses responsabilités à l’égard des enfants, dit Anthony Wilson. J’étais en désaccord avec la manière dont elle enseignait. » Il estime toutefois que ce différend n’est qu’un détail et que c’est l’impossibilité de discuter avec le directeur depuis qu’il est entré en poste qui est le nœud du problème.

Peu après qu’il a porté plainte contre le directeur de l’école en novembre, dit-il, on lui a interdit l’accès à l’établissement. Anthony Wilson a tenté de faire renverser la décision de l’école avalisée par la Commission scolaire Lester-B.-Pearson en « sollicitant la commission scolaire », puis en lui adressant une mise en demeure, sans succès. L’avocat s’est donc tourné vers les tribunaux.

À la suite de cette mésentente avec la direction de cette école de Beaconsfield, dans l’ouest de Montréal, ce père s’est adressé aux tribunaux pour obtenir le droit de participer aux activités de Noël de ses deux enfants, dont un petit-déjeuner et un récital.

La Cour supérieure a imposé vendredi dernier une injonction provisoire pour permettre à Anthony Wilson de se rendre à l’école primaire pour « participer, assister et accompagner ses enfants aux activités parascolaires du 13, 18 et 20 décembre ».

Depuis la fin de novembre, il était interdit à l’homme, un avocat, de se rendre à l’école Christmas Park, sauf pour reconduire et récupérer ses enfants.

« Cette décision découle d’une suite d’échanges entre M. Wilson, une institutrice et le directeur de l’école qui concerne le contenu éducatif d’un certain cours avec lequel M. Wilson n’est pas d’accord », lit-on dans la décision du tribunal.

La Commission scolaire Lester-B.-Pearson alléguait qu’Anthony Wilson avait fait « usage d’un langage grossier et de menaces adressées au directeur de l’école ».

Image du spectacle pour le mois de l'histoire des Noirs à l'école primaire Christmas Park en mars 2019

Il assure ne jamais avoir été violent à l’égard des enseignants ou de la direction. « J’ai eu des conversations au téléphone avec le directeur qui n’étaient pas des conversations gentilles. Ce n’est pas le genre de conversations qu’on aimerait avoir avec un directeur », dit Anthony Wilson.

Le juge Lukasz Granosik estime dans son jugement que la commission scolaire n’a pas su faire la preuve que la « santé et la sécurité » de son personnel étaient menacées si le père de deux enfants se présentait aux activités de Noël, qui se déroulent en présence de nombreuses personnes.

Le tribunal, ajoute-t-il, ne peut se satisfaire « de quelques courriels des institutrices qui refusent de rencontrer M. Wilson en suivi éducatif – ce qui est troublant quand on pense à leur imputabilité dans le cadre de l’enseignement public – et de l’allégation du directeur de l’école à ce sujet que ses employés seraient “inconfortables” à voir seul le demandeur ». Par contre, il juge que l’absence de M. Wilson causerait un préjudice à ses enfants.

« Qu’il s’agisse de la soirée cinéma, du petit-déjeuner ou encore du récital, les enfants doivent pouvoir être accompagnés ou assistés par leur père. Ces événements sont uniques, constituent des moments privilégiés. »
— Extrait du jugement

La commission scolaire proposait au tribunal qu’un autre parent accompagne les enfants ou que ceux-ci ne participent pas aux activités. Le juge a rejeté cette proposition. « Il s’agit de décisions éminemment personnelles sur lesquelles ni l’école, ni la commission scolaire, ni les enseignants n’ont à dire », tranche le juge Granosik.

 « J’espère qu’ils ont appris la leçon, dit-il à propos de la commission scolaire. Ils disent qu’ils ont le droit en vertu de la loi d’exclure n’importe qui de leur propriété privée pour n’importe quoi », dit Anthony Wilson. « C’est un argument ridicule, j’espère que d’autres parents n’auront pas peur s’ils reçoivent ce type de menace. », d'ajouter le père de famille.

La direction de l’école Christmas Park et la Commission scolaire Lester-B.-Pearson n’ont pas répondu à nos demandes d’entrevue mercredi.

Source

Noël dans 30 ans, enfin laïque, bio, tolérant et morne ?


À force de gommer les différences, de multiplier les règlements et d’aplanir les cultures, voilà à quoi pourrait ressembler Noël dans trente ans...

par Marc Fourny

L’horreur des Noëls nordiques d’antan : patriarcaux, traditionnels, familiaux et religieux.
La famille attablée autour d’un foie gras prometteur, le sapin qui clignote, un feu ronflant dans la cheminée, les santons de Provence au garde-à-vous dans du papier rocher en attendant la naissance du petit Jésus... L’image d’Épinal d’un Noël bientôt révolu ? En exagérant un peu, et avec une pointe d’ironie, on pourrait supposer qu’on n’en est plus très loin, surtout si l’État, qui se mêle de tout sauf de l’essentiel, continue à nous casser les pieds.

À quoi pourrait bien ressembler Noël dans trente ans ? Disparue la crèche, cette manifestation gothique, dangereuse et tendancieuse, au nom de la laïcité et du « vivre ensemble ». Même les églises n’oseront plus la dresser sur les parvis pour éviter toute polémique. Seuls les plus fervents catholiques, comme jadis sous la Révolution, oseront perpétuer encore la tradition au fond de leur salon. Le sapin ? Il est en plastique, interdiction de couper de vrais arbres, et tout juste toléré : pas d’étoile au sommet, qui pourrait rappeler celle de Bethléem, plus d’anges, ces créatures fantasques issues de textes sacrés, encore moins de guirlandes clignotantes, car les écologistes ont si bien œuvré qu’il est désormais interdit, pour cause d’économies de bout de chandelle — c’est le cas de le dire —, d’utiliser ces serpentins électriques. Sans compter le sacro-saint principe de précaution qui a été brandi pour éviter tout risque d’incendie.

La messe de minuit désertée

Et la messe de minuit ? Cela fait belle lurette qu’on la déserte : il n’y a plus un curé à trente kilomètres à la ronde, on ne va pas brûler de l’essence pour aller se geler dans des édifices mal entretenus, faute de moyens et de fidèles. On pourra toujours regarder la cérémonie du Vatican retransmise en direct sur la Toile, car voilà bien longtemps qu’aucune chaîne de France n’a plus l’audace de la programmer sur son antenne. Et pour ceux qui sont adeptes des carillons qui bourdonnent, tant pis : les clochers sont sommés de rester silencieux pour ne pas choquer les autres confessions.


Messe de minuit

Heureusement, il reste les agapes, ce réveillon qui réveille les papilles et resserre, pour un temps, la famille dispersée. Mais, là encore, tout a changé : le foie gras est désormais interdit, le Sud-Ouest s’est définitivement reconverti dans le chocolat bio, l’État a finalement cédé face au combat mené par les défenseurs de la cause animale. Personne n’ose peler des clémentines et des oranges sur la majeure partie du territoire français depuis qu’on est tenu de manger local sous peine d’amende. Quant à la bûche de Noël, elle n’est plus à la mode : elle avait un côté chrétien dérangeant et rappelait avec trop de perversité l’agonie de nos forêts décimées...

« Il est né, le divin enfant », bien trop clivant

Au petit matin, les enfants se précipitent autour d’une cheminée décorative qui ne crépite plus depuis maintenant vingt ans : on n’a plus le droit de faire des feux de bois, trop polluants. Les chorales de circonstance entonnent encore timidement quelques chants, mais surtout pas « Il est né, le divin enfant » ou « Douce Nuit », bien trop clivant, on se reporte à la rigueur sur « Vive le vent » ou « Mon beau sapin ». La Manécanterie des Petits Chanteurs à la croix de bois, rebaptisée à la hâte, a revu tout son répertoire et laissé les aubes au vestiaire. Saint Nicolas n’a plus le droit de cité à Strasbourg — un évêque qui distribue des bonbons, ça va pas la tête ? — et le père Noël se fait rarissime : ce vieillard autoritaire finissait par traumatiser les enfants, les psychologues ont fini par avoir sa peau. Sans compter que ses amples vêtements pouvaient cacher une bombe : bien trop dangereux pour un rassemblement, le costume est désormais proscrit dans les lieux publics.

L’horreur des Noëls nordiques d’antan (suite)


Bref, Noël pourrait ressembler demain à une grande fête collective où seuls subsistent les cadeaux que l’on s’offre avec excitation autour d’une date symbolique, avec le vague souvenir qu’il s’agit d’un anniversaire. De qui déjà ? Chut, dire son prénom, c’est politiquement incorrect. Allez, joyeux Noël — pardon, joyeux décembre ! — quand même...

Source : Le Point




Soutenons les familles dans leurs combats juridiques (reçu fiscal pour tout don supérieur à 50 $)

L'Australie a-t-elle vraiment battu des records de chaleur ?

La nouvelle a fait les manchettes des médias de grand chemin subventionnés : il n’avait jamais fait aussi chaud en Australie. C’est incontestable et incontesté. C’est du moins ce qu’on lit dans nos régions.


En Australie, par contre, il en va autrement. Un débat s’est engagé à ce sujet sur Sky News (voir les vidéos en anglais ci-dessous) et dans les colonnes de The Australian (tirage de 814 000 exemplaires papier, 2 394 000 avec l’internet).

La scientifique australienne Jennifer Marohasy (ci-contre) a contesté la méthodologie qui sous-tend les déclarations du Bureau de météorologie australien selon lesquelles l’Australie a connu ses deux journées les plus chaudes jamais enregistrées cette semaine.

Le bureau a déclaré jeudi que son analyse préliminaire des données d’environ 700 stations météorologiques à travers le pays indiquait que mercredi 18 décembre était le jour le plus chaud jamais enregistré en Australie, avec une température diurne maximale moyenne nationale atteignant 41,9 °C.

C’était un degré supérieur au précédent record de 40,9 °C établi mardi, qui avait lui-même battu la barre des 40,3 °C atteinte en janvier 2013.

Ces valeurs historiques annoncées par le bureau cette semaine sont préliminaires, mais elles sont habituellement confirmées dans les trois jours une fois le contrôle de qualité effectué. Une porte-parole du Bureau de météorologie a déclaré que le Bureau n’annoncerait probablement pas de changement significatif.

« Il ne devrait pas y avoir d’écart entre le classement préliminaire et celui définitif, car les records ont été atteints par des marges relativement importantes », a-t-elle déclaré.

Mais, alors qu’une grande partie de l’Australie souffrait de températures extrêmes mercredi, que les feux de brousse détruisaient des maisons en Nouvelle-Galles-du-Sud et que Sydney était de nouveau étouffé par la fumée des feux de brousse, certains se sont demandé si la chaleur généralisée était vraiment sans précédent.



La Dre Marohasy, critique de longue date de certains calculs du bureau, a déclaré que la méthodologie derrière le calcul était « totalement erronée ».

Elle a critiqué les révisions apportées aux mesures historiques, qui, selon elle, ont abaissé les températures moyennes enregistrées dans le passé, et a déclaré que la qualité de la plupart des données historiques du bureau avait été compromise par des tentatives d’homogénéisation des informations et d’ajustements pour les changements de techniques de mesure.

« Ils continuent de les ajuster et à refroidir le passé », a déclara la Dre Marohasy.

«
Plus les données sont traitées ou transformées, plus elles s’éloignent de la réalité. »

La Dre Marohasy a noté que la température la plus élevée enregistrée par un thermomètre placé dans un abri météo (également appelé abri Stevenson, ci-contre) était de 51,6 °C à Bourke en 1909, ainsi que lors de la chaleur extrême dans l’État de Victoria qui précéda les feux de brousse du Vendredi noir de 1939.


D’autres enregistrements historiques indiquent des températures similaires ou plus élevées ailleurs en Australie avant cette date, bien qu’elle ait déclaré que certaines de ces mesures auraient été affectées par l’utilisation de thermomètres dans des supports Glashier (ouverts sur l’avant contrairement aux abris Stevenson), ce qui rend la comparaison des mesures difficile.

« Nous avons eu quelques semaines chaudes et je sympathise vraiment avec les gens qui luttent contre les feux de brousse. Mais rien de tout cela n’est en fait sans précédent si vous regardez les chiffres historiques. »

 Les relevés des températures les plus hautes à Bourke en 1909 (avant son « homogénéisation »), 125 °F = 51,6 °C
Confirmée dans le résumé mensuel de janvier 1909, plus de détails sur cette « disparition » ici.

La Dre Marohasy critique non seulement l’« homogénéisation » des valeurs historiques qui éliminent des valeurs extrêmes et affectent donc les moyennes maximales, mais elle critique aussi l'impact du remplacement des thermomètres au mercure par le Bureau de Météorologie par des sondes électronique qui peuvent enregistrer une bonne température de 0,4 degré plus chaude pour des conditions identiques. Elle ajoute : « Non seulement le Bureau ne fournit aucune information sur la façon dont la sonde électronique a été calibrée, mais comme je l’ai expliqué au scientifique en chef, il y a aussi le problème lié à la moyenne calculée ».

Elle ajoute : « Il existe une grande variabilité naturelle de la température de l’air (en particulier lors des journées chaudes et ensoleillées dans les régions intérieures), qui était atténuée dans une certaine mesure par l’inertie des thermomètres à mercure. Afin d’assurer une certaine équivalence entre les mesures des thermomètres à mercure et des sondes électroniques, il est courant de faire la moyenne des lectures faites chaque seconde par les sondes électroniques sur une période d’une minute, ou dans le cas de l’US National Weather Service, sur la moyenne des lectures chaque seconde sur plus de 5 minutes. [...] On pourrait conclure que le système actuel est susceptible de générer de nouveaux jours chauds record pour le même temps, en raison de la sensibilité accrue de l’équipement de mesure et de l’absence de lissage. Pour être claire, la lecture instantanée la plus élevée est maintenant enregistrée comme la température maximale pour ce jour pour les 563 stations météorologiques automatiques à travers l’Australie qui mesurent les températures de l’air de surface. »

À cela, il faut ajouter la tendance à refroidir le passé. C’est ainsi que le 1er janvier 1910, la température maximale enregistrée au bureau de poste de Darwin était de 34,2 degrés Celsius. Il y a quelques années, le Bureau a changé cette valeur à 33,8 degrés Celsius, refroidissant la température enregistrée de 0,4 degré. Lors de sa dernière révision de l’histoire climatique de Darwin, la température de ce jour a encore été réduite et n’est plus que de 32,8 degrés.

Le journaliste de l’édition de fin de semaine de The Australian, Graham Lloyd, a demandé au Bureau pourquoi il avait apporté de tels changements. Un porte-parole cité dans le journal répond comme suit :

« Dans le cas de Darwin, un ajustement à la baisse des enregistrements plus anciens est appliqué pour tenir compte des différences entre les sites plus anciens et le site actuel, et des différences entre les thermomètres plus anciens et le capteur automatisé actuel. En d’autres termes, les ajustements estiment à quoi ressembleraient les températures historiques si elles étaient enregistrées avec l’équipement d’aujourd’hui sur le site actuel. »

Pourtant, rappelle la Dre Marohasy, le Bureau avait déjà fourni la même raison il y a à peine six ans pour réduire la température au 1er janvier 1910 de « seulement » 0,4 degré. Ni l’équipement ni le site n’ont changé depuis la publication de la version 1 d’ACORN-SAT en 2012. Pourtant, un autre degré a été raboté aux mesures de température historiques.


Les températures maximales quotidiennes pour le début de 1910, comme indiquées dans les trois ensembles de données différents pour Darwin. Les valeurs brutes (« raw ») acceptées jusqu’en 2012 ont été révisées deux fois à la baisse en six ans (ACORN-V1 et ACORN-V2)

Selon cette critique des mesures du Bureau, celle-ci limite également les valeurs basses qui peuvent être enregistrées. C’est ainsi que des stations météorologiques en haute altitude ont été fermées. Elle ajoute : « Ainsi, les 700 stations météorologiques utilisées pour calculer le jour le plus chaud mercredi peuvent être plus chaudes depuis la fermeture des stations dans les endroits les plus froids du pays. En juin et juillet 2017, des conditions de blizzard se sont abattues dans les Alpes australiennes, mais nous ne saurons jamais à quel point il a fait froid. Parce qu’un lecteur de carte MSI1 a empêché l’équipement — capable d’enregistrer jusqu’à moins 60 — d’enregistrer une valeur en dessous de moins 10 à Thredbo et probablement aussi à de nombreux autres endroits. Il est également impossible de savoir à quel point cet hiver dernier a été froid par rapport à 1994, car la station météo de Charlotte Pass a été fermée en mars 2015 — elle n’est plus opérationnelle. »

Pour la Dre Marohasy, comme elle l’écrivait dans le Spectator, le Bureau de météorologie n’est vraiment pas à la hauteur de sa mission.

L’auteure et climatosceptique Joanne Nova, quant à elle, évoque les récits d’une vague de chaleur en janvier 1896.

« Les rapports publiés dans les journaux de l’époque ont montré que les températures en janvier, avant toutes nos émissions de CO2, variaient de 44 °C à 51 °C dans tout le pays. Des centaines de personnes sont mortes d’apoplexie due à la chaleur », a-t-elle déclaré.

« Des trains d’urgence ont été dépêchés dans l’intérieur de la Nouvelle-Galles-du-Sud pour évacuer les gens de la chaleur insupportable à une époque où personne n’avait de climatiseur ni de réfrigérateur ou encore de congélateur. Les chevaux tombaient dans la rue. »