mercredi 18 mars 2015

Cours d'éthique religieuse à Loyola – La Cour suprême se prononcera jeudi


Dépêche de la Presse Canadienne :

La Cour suprême du Canada se prononcera pour une seconde fois en l’espace de quelques années à peine sur le cours d’éthique et culture religieuse (ÉCR) au programme dans les établissements d’enseignement du Québec. Les juges du plus haut tribunal au pays rendront leur décision jeudi dans une cause qui a été portée à leur attention par l’école secondaire privée Loyola, un établissement de confession catholique situé à Montréal. Au nom de sa liberté de religion, l’institution anglophone demande d’être exemptée de l’enseignement obligatoire du cours d’ÉCR, qui a fait son arrivée dans les écoles du Québec en 2008. Elle veut plutôt offrir à ses élèves sa propre mouture du cours — celle-ci poursuit les mêmes objectifs pédagogiques du ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS), assure l’établissement. L’école Loyola avait obtenu gain de cause devant un tribunal de première instance, mais avait ensuite été déboutée par la Cour d’appel du Québec, qui s’était rangée du côté du gouvernement. Lors des audiences tenues en mars dernier devant la Cour suprême, l’avocat de l’école secondaire avait notamment plaidé que le MELS brimait la liberté de religion de l’institution en l’obligeant à donner le cours d’ÉCR. Plusieurs organisations, dont l’Association des parents catholiques du Québec, sont intervenues dans la cause pour faire valoir ce même argument.
« L’État ne devrait pas pouvoir contraindre une société religieuse (l’école privée) à poser des actes qui violent les objectifs religieux de cette société », a résumé Diane Joyal, sa présidente, en entrevue téléphonique avec La Presse Canadienne, mardi après-midi. L’école Loyola soutient que sa version revisitée du cours d’ÉCR est conforme aux exigences du MELS en ce qui concerne la découverte [sic] des religions comme le bouddhisme et le judaïsme, ainsi que le respect de celles-ci.

Pourquoi le gouvernement exigerait-il que les élèves respectent tous les systèmes religieux, plutôt que de respecter les gens peu importe leur religion ?

Elle insiste cependant pour dire qu’elle ne peut être tenue d’enseigner le catholicisme en faisant abstraction de la foi et que le fait d’être obligée de le faire porte atteinte à la liberté de religion, un droit protégé par la Charte canadienne des droits et libertés. On aurait pu s’étonner que la Cour suprême accepte de trancher pour une seconde fois en si peu de temps dans un autre dossier portant sur le cours d’ÉCR, a souligné Me Jean-Philippe Groleau, qui représente un autre intervenant dans la cause, soit l’Association canadienne des libertés civiles.
En février 2012, le plus haut tribunal du pays avait refusé à des élèves de Drummondville d’être dispensés du cours, concluant qu’il était conforme à la Charte canadienne des droits et libertés et qu’enseigner les fondements des religions du monde ne portait pas atteinte à la liberté de religion des enfants ou de leurs parents.

Ce n’est pas exact stricto sensu. La Cour suprême a plutôt déclaré, sous la plume de l’ancienne juge Deschamps, que « Les appelants n’ont pas fait la preuve que le programme ÉCR portait atteinte à leur liberté de religion. » Comme le précise le juge Lebel (écrivant aussi pour le juge Fish) : « Cependant, je n’entends pas pour autant confirmer définitivement la validité constitutionnelle du programme ÉCR, ni, surtout, de son application particulière dans la vie quotidienne du système d’éducation. » Car « cette contestation a été entreprise fort peu de temps après la mise en application du nouveau programme. Cette précipitation ne permettait guère d’évaluer les effets concrets de la mise en œuvre du programme au-delà du seul cadre pédagogique qu’il établissait. Cet état de choses a affecté le contenu et la qualité de la preuve. »

À ce sujet, il faut rappeler que les demandes d’exemption ont été faites à titre préventif pour éviter un préjudice grave (même si cela affecte la preuve en justice...) c’est l’intention même de l’article 222 de la Loi sur l’instruction publique : « Pour des raisons humanitaires ou pour éviter un préjudice grave à un élève, la commission scolaire peut, sur demande motivée des parents d’un élève, d’un élève majeur ou d’un directeur d’école, l’exempter de l’application d’une disposition du régime pédagogique. »

La preuve dans la cause de Drummondville a aussi été affectée par le fait que le juge de première instance Dubois (se pliant à la demande du procureur général du Québec) a limité le nombre de manuels et de cahiers d’activité qui pouvaient être déposés au dossier à UN (1), alors que le juge Dugré a permis dans le cas de Loyola le dépôt de nombreux manuels et cahiers d’activités ECR. Ce seul manuel dans la cause de Drummondville n’a pas empêché le juge Lebel de parler de risque potentiel de « folklorisation » de la religion. En outre, dans le cas de Loyola, la preuve du professeur Farrow à l’effet que l’imposition du programme ECR (version laïque) allait à l’encontre de la mission catholique de l’école Loyola n’a jamais été contestée au tribunal. Bref, sur ce plan, la preuve présentée dans les deux causes n’est pas la même. Toutefois, nous ne croyons pas que la Cour suprême déclarera que le cours ECR « neutre et laïc » ne peut être enseigné dans l’absolu parce qu’il enfreindrait la liberté de religion, ce n’est d’ailleurs pas la prétention de l’école Loyola qui ne demande qu’une adaptation de celui-ci.


Notons également que la décision de Drummondville a été rédigée par l’ancienne juge Deschamps  du Québec et que le bémol qui y est apporté a été écrit par le juge Lebel également du Québec (le troisième juge du Québec, le juge Fish, appuyant les motifs du juge Lebel). Les juges du reste du Canada semblent donc s’être désintéressés de la cause de Drummondville. Nous pensons qu’il en ira différemment pour ce jugement.

Enfin, notons que la juge Deschamps a tout le long de l’audience dans la cause de Drummondville marqué son peu de respect pour les arguments des parents québécois. Pour elle, « dès qu’il y a comparaison, il y a un peu de relativisme », d’où ses haussements d’épaules et son sourire narquois en salle d’audience. À notre avis, l’idée de Deschamps était faite avant l’audience, elle n’a fait qu’enrober son haussement d’épaules en langage juridique par ses clercs et auxiliaires juridiques en reprenant largement les arguments du gouvernement québécois et en passant sous silence ceux de la partie adverse. Les journalistes étant des travailleurs surmenés ne rapportent que les arguments qu’elle a retenus et ne retournent pas au dossier pour voir ceux de la partie adverse.

La juge Deschamps a démissionné de la Cour suprême du Canada peu de temps (le 7 août 2012) après sa décision dans l’affaire de Drummondville rendue le 17 février 2012, à l’âge de 59 ans. Les juges de la Cour suprême peuvent siéger jusqu’à l’âge de 75 ans.


« Normalement, la Cour suprême ne va pas s’intéresser à une même question deux fois, et surtout pas de façon aussi rapprochée de ça », a fait remarquer Me Groleau.

C’est fort probable. D’une part, parce qu’elle n’a pas besoin de déclarer que le programme ECR porte atteinte à la liberté de religion pour donner raison à Loyola (si tant est qu’elle lui donnera raison). D’autre part, la Cour ne voudra sans doute pas donner l’impression de se dédire après ce que nous considérons comme un jugement honteux dans le cas des parents de Drummondville (mais, bon, ce n’est pas la première fois que la Cour suprême du Canada a des jugements curieux : Whatcott, suicide assisté).

« Je soupçonne que l’une des raisons, c’est qu’il y a une question intéressante qui se pose : est-ce qu’une personne morale, par opposition à une personne physique, peut invoquer la liberté de religion ? C’est une des questions qui a été plaidée devant la Cour suprême », a-t-il suggéré. L’école secondaire Loyola n’a pas voulu commenter la cause avant la tombée du jugement, jeudi matin.






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mardi 17 mars 2015

France — Euthanasie, la mort dans l’âme


Présentation des producteurs :

Fin de vie, soins palliatifs, euthanasie. Depuis la demande de « droit à mourir » de Chantal Sébire en 2008, cette femme de 53 ans atteinte à l’époque d’une tumeur rare, depuis « l’affaire » Vincent Lambert, les médias parisiens, en particulier, n’ont pas cessé de monopoliser le débat afin de l’orienter dans une seule direction : mourir « dans la dignité » est un droit. Comme si cela ne tombait pas sous le sens… Qui souhaite mourir dans « l’indignité » ? Beaucoup de médecins estiment que les médias parisiens ont kidnappé ce sujet. Cette enquête « Euthanasie, la mort dans l’âme », donne la parole à celles et ceux qui ne l’ont, pour ainsi dire, pas eue : médecins, infirmières. Armel Joubert des Ouches s’est rendu à Lille et dans la banlieue de Strasbourg à la rencontre des personnels d’un Centre d’unité de vie : centre où l’on accueille des personnes dans un état pauci-relationnel.








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Boycott étudiant: les carrés verts menacent de poursuivre le ministre et les recteurs


Les opposants au mouvement des boycotts étudiants menacent de poursuivre les recteurs d’université et le ministre de l’Éducation s’ils ne font pas respecter le libre accès aux cours.

La Fondation 1625 (dont le site Web ne semble plus fonctionner), qui les représente, a fait connaître, mardi, les recours qu’elle entend prendre, au moment où le mouvement de contestation des politiques d’austérité du gouvernement Couillard prend de l’ampleur dans les cégeps et universités du Québec.

En conférence de presse à la tribune de la presse parlementaire à Québec, le directeur des affaires juridiques de la fondation, Miguaël Bergeron, a fait comprendre que les étudiants « tannés de se faire prendre en otages » qu’il représente en ont assez. Les règles démocratiques élémentaires ainsi que les quorums ne sont pas respectés dans les assemblées étudiantes qui votent en faveur du boycott, estime la fondation.

« Nous agirons dès les premiers jours des grèves illégales, car nous sommes structurés et nous disposons maintenant de ressources pour faire respecter nos droits, a-t-il dit. Si les carrés rouges veulent nous priver de notre éducation, ils nous trouveront sur leur chemin. Il est fini le temps où tout le monde pouvait se foutre des étudiants qui veulent suivre leurs cours. Nous ne nous laisserons pas faire. »

M. Bergeron était flanqué d’un autre représentant de la Fondation 1625, Jean-François Morasse, un des acteurs des boycotts étudiants de 2012.

Une lettre a été transmise il y a une semaine aux directions des cégeps, aux recteurs et au ministre de l’Éducation, pour leur rappeler leurs obligations en vertu de la loi, et pour laisser entendre que la fondation n’hésitera pas à les viser personnellement par des procédures judiciaires si des étudiants n’ont pas accès à leurs cours. Les leaders étudiants seront aussi visés.

« À la différence de 2012, nous allons faire en sorte que les administrateurs des associations étudiantes, ainsi que les leaders étudiants, les recteurs et toute autre personne d’intérêt dans ces procédures, soient personnellement mis en cause dans les procédures afin de faciliter les recours en outrage au tribunal si les ordonnances n’étaient pas respectées, comme ce fut le cas en 2012 », a déclaré M. Bergeron.

En 2012, les autorités en place ont failli à leur devoir de faire respecter l’accès aux cours, estime la fondation. Jean-François Morasse a tenu à dire qu’il n’a rien contre les manifestations étudiantes, qu’il s’agit d’un droit, mais que les grèves étudiantes sont illégales, comme l’ont statué les tribunaux, a-t-il rappelé. Les opposants au mouvement de boycott s’organisent partout au Québec, a précisé M. Bergeron.

Un groupe de plus d’une centaine d’étudiants s’active à l’Université Laval, pas moins de 300 à l’UQAM, un autre groupe existe aussi à l’Université de Sherbrooke, et des dizaines d’étudiants ont communiqué avec la fondation au cours des dernières semaines, a rapporté M. Bergeron.

Écoutez : audio (20 minutes)

Conférence de presse de la Fondation 1625 :


« Démocratie étudiante, mon œil… »


Tiré d’un billet de Joanne Marcotte :

Épisode de vie chez la coiffeuse ce matin. La technicienne en coloration, également étudiante en sciences politiques à l’Université Laval :

– Eh oui. J’ai assisté à ma première assemblée d’association étudiante cette semaine.

– Ah oui. Raconte. Vous étiez combien dans la salle ?

– On était 300… mais l’association représente 10 000 étudiants. (Il s’agit de l’association qui regroupe toutes les sciences sociales, semble-t-il).

– D’accord. Et puis ?


– J’ai été déçue. C’est du gros n’importe quoi. Un étudiant a suggéré de faire un vote par voie électronique. On a débattu, mais ça n’a pas passé. Il y a une clique qui est très très forte. Le vote portait sur une grève pour les 2 journées du 23 mars et du 2 avril. L’assemblée avait commencé à 19 h et s’est terminée à 23 h. Moi, j’ai dû partir vers 21 h, je n’en pouvais plus.

– Et puis ?

– Et puis, j’ai su qu’il y avait aussi eu quelqu’un pour suggérer un vote dans des boîtes de scrutin. Le vote aurait pu s’étaler sur quelques jours sur le campus. Plus d’étudiants auraient pu voter, il me semble.

– Et puis ?

– Ça n’a sûrement pas passé parce que le vote de grève a passé à la fin de la soirée.




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lundi 16 mars 2015

Montréal : on ferme des centres de francisation, on en ouvre d'anglicisation

De Tania Longpré :

Ce matin, en page 3 du quotidien métro figurait une publicité pour un centre d’éducation aux adultes, afin d’attirer des élèves pour des cours que j’appelle « d’anglicisation » le concept est assez simple : calqué sur les cours de francisation du Ministère de l’Éducation : on invite les gens à s’inscrire à un cours d’anglais langue seconde, en immersion totale pour une durée de 20 à 30 h hebdomadaires, soit le même horaire que les cours de francisation offerts aux immigrants allophones. Une excellente formation... pour 90 $ la session. De l’anglicisation des immigrants financée à même les fonds publics. Légal ? Évidemment. La loi 101 ne s’appliquant pas à l’éducation des adultes, qui offre pourtant une formation de niveau secondaire.

Juste sous le titre, on mentionne « d’apporter sa carte de résidence permanente » à lire cela, personne n’est dupe : la clientèle ciblée et recherchée n’en est pas une de Québécois natifs, mais de nouveaux arrivants.

Quelques kilomètres plus loin, on a fermé il y a quelques mois les services de francisation dans deux centres d’éducation des adultes de la Commission scolaire de Montréal, soit le programme à temps plein de jour au Centre Tétreaultville, dans l’est de Montréal et le Programme de soir au Centre Saint-Paul, dans l’ouest de la ville, par manque de clientèle. Plusieurs enseignants de la relève en francisation des immigrants adultes ce sont réorientés : soit dans l’enseignement au primaire ou au préscolaire, la francisation des adultes n’étant pas un secteur d’avenir : chaque année, des classes sont fermées et les séances d’affectation du corps enseignant sont pénibles : de moins en moins de postes sont offerts en francisation des adultes, année après année. Pourtant, on ne manque pas de clientèle : dans les neuf premiers mois de 2014, 39 % de nos nouveaux arrivants ne parlaient pas français. (source : statistiques du MIDI)

La réalité, c’est que la francisation des adultes immigrants n’est pas obligatoire, alors que les enfants et les jeunes sont intégrés de par la loi 101, les adultes fréquentent volontairement (ou pas !) les classes de francisation. Certains adultes immigrants apprennent le français et l’anglais en simultané (!) et d’autres suivent des cours d’anglais lorsqu’ils terminent leur francisation. Certains ne se présentent jamais en francisation, valorisant plutôt l’anglais et d’autres ne font jamais ni l’un, ni l’autre.

Déjà en 2008, les médias nous apprenaient que Québec avait dépensé 2,1 millions pour angliciser nos immigrants francophones. Le problème est plus grand, et même s’il est tabou, il est essentiel que nous sachions comment sont intégrés linguistiquement nos immigrants, qu’ils soient francophones ou allophones.

J’en ai parlé longuement dans mon premier livre Québec cherche Québécois, publié chez Stanké en 2013 : les nouveaux arrivants ne sont pas crédules : lorsqu’ils cherchent un travail, on leur mentionne souvent qu’ils doivent parler anglais. Un nouvel arrivant est souvent motivé à apprendre une langue seconde par instrumentalisation, donc parce qu’il en a besoin, plutôt que par volonté d’intégration. Lorsque certains constatent qu’on demande l’anglais pour travailler, ils vont apprendre l’anglais : ils ont besoin de travailler. Ils ne se sentent pas nécessairement concernés par la situation de la langue française ou de sa pérennité. Ils apprendront la langue qui leur donnera un revenu, un emploi, un avenir.

[Note du carnet : or à Montréal une langue semble suffire : la première du couple « Hi ! /Bonjour ! » Nous avons connu des patrons francophones qui demandaient à tous leurs employés francophones d’être bilingues — même des manutentionnaires — pour parler anglais aux employés anglophones qui habitent à Montréal.]


[...]

Notons que ni les péquistes ni les libéraux n’ont rendu la francisation des immigrants obligatoire ni légiféré pour appliquer la loi 101 à l’éducation des adultes. Cette situation aberrante se poursuit donc depuis des années : le gouvernement finance l’anglicisation des immigrants et contribue ainsi à marginaliser la place du français au Québec.


Le Québec, qui reçoit de plus en plus d’immigrants, doit se poser plusieurs questions sur l’intégration des nouveaux arrivants, qu’elle soit linguistique, culturelle ou économique. Nous devons surtout faire en sorte que nos nouveaux arrivants puissent contribuer à la pérennité d’une société francophone. Pour cela, il faudra agir et légiférer. Je doute que certains aient le courage politique de le faire.




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France — « Une journée de la langue française sans français : un exploit !»


Chronique de Jean-Paul Brighelli :


C’est donc aujourd’hui lundi 16 mars la journée (et la semaine) de la langue française. Un naïf penserait que voilà une belle occasion de ressortir les grands magiciens des mots — La Fontaine ou Racine, Voltaire ou Raymond Queneau, parmi tant d’autres... Que nenni : ce serait exalter une France franco-française qui fait naturellement horreur à tout bon citoyen mondialisé — et politiquement correct. Le ministère [français] de l’Éducation nationale a donc réfléchi — le diable aurait pu nous en préserver. Et, via un site spécifique, il a déterminé dix mots à mettre en vedette aujourd’hui. Préparez vos mouchoirs !

Noyer le poisson et le français

« Les dix mots de cette nouvelle édition invitent donc au voyage : “amalgame, bravo, cibler, grigri, inuit, kermesse, kitsch, sérendipité, wiki, zénitude”. Qu’ils viennent du flamand, de l’italien, de l’hawaïen, de l’arabe ou de l’inuktitut [esquimau], ces mots reflètent bien “l’hospitalité” de notre langue », écrivent les têtes creuses de la Rue de Grenelle. Tout est dit. Que le premier mot de la liste soit « amalgame » et qu’il vienne spécifiquement de l’arabe suffit à notre bonheur. Le français a beau être une langue latine (plus de 90 % de notre vocabulaire vient du latin, ou du grec à travers le latin — pensez au doublet hyper-super, où par une aberration sémantique le préfixe grec paraît plus grand que le préfixe latin qui est sa traduction exacte), notre sens de l’« hospitalité » nous permet d’accueillir [N. du carnet : d'assimiler en changeant la forme et le son] plein de mots immigrés.


Après l’arabe « amalgame », « bravo » vient de l’italien, « cibler » de l’alémanique, « grigri » est d’origine africaine, « inuit » déboule, comme on s’en doute, du Grand Nord et de l’inuktitut, « kermesse » (héroïque ?) est flamand, « kitsch » est allemand, « sérendipité » anglais, « wiki » hawaïen, et « zénitude » découle du japonais. On voudrait nous vendre l’Europe d’abord et le monde ensuite en un mini-lexique qu’on ne s’y prendrait pas autrement. Et d’inviter les écrivains et les élèves à inventer des textes intégrant (ah, l’intégration !) le plus possible de ces mots issus de communautés diverses. C’est un projet politique avant d’être une célébration du langage hexagonal.

Noyer la France

Nous habitons notre langue. Elle est constituée de strates parfois fort anciennes, certaines bien minces (il ne reste pas grand-chose de la langue celte et, dans le gallo-romain, c’est le romain qui a prévalu largement), d’autres fort épaisses : nous parlons une langue latine, comme nous avons hérité d’une culture judéo-chrétienne teintée de latinité et d’hellénisme. Et rien d’autre. Que « chocolat » vienne de l’aztèque et « tabou » du tahitien est anecdotique — ça permet d’occuper trois minutes de classe en cours de français. Et il serait temps d’enseigner le français, d’enseigner la France, avant de s’intéresser aux « mélanges » occasionnels. Le français a une exceptionnelle faculté d’intégration (contrairement à l’anglais, qui, par exemple, respecte autant que possible les noms originels des villes, Firenze ou Beijing, dont nous n’avons aucun scrupule à faire Florence et Pékin — comme nous avons transformé Mohammed en Mahomet par métathèse — membre éminent de la nombreuse famille des métaplasmes) et s’est fixé à partir du XVIIe siècle parallèlement à un système idéologique, la monarchie absolue — si bien que les Bourbon s’installant sur le trône d’Espagne ont créé une Académie ibérique sur le modèle de l’Académie française pour imposer le castillan comme modèle unique, conformément au roi garant de cette unicité.

C’est le système de la langue qu’il faut apprendre aux enfants et aux adolescents — pas de multiples anecdotes dont la juxtaposition donne l’image d’une langue de bric et de broc, comme on veut nous faire croire que nous sommes un peuple de hasard juxtaposant trente communautés diverses et antagonistes. La France, via sa langue (mais il faudrait l’apprendre sérieusement, et non de façon impressionniste), parle d’une seule voix — et cette voix parle français. Ou du moins elle devrait. Malheur à nous si nous continuons à nous noyer dans un européanisme stérilisant et une globalisation mutilante. Malheur à nous si nous nous persuadons que nous sommes une mosaïque de « communautés » parlant, comme à Babel, des langues incompatibles. C’est à l’école que tout peut aujourd’hui recommencer — si nous consentions enfin à faire de l’école le lieu de la reconquête de la langue et de la souveraineté.




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Comment faire réussir les garçons à l’école

Tiré d'un billet de Noémie Mercier (avec quelques réserves) :

« Que faire alors pour permettre aux gars d’exprimer leur plein potentiel à l’école, notamment en lecture et en écriture ? Cette préoccupation n’est pas propre au Québec : lors du plus récent test PISA (pdf), une épreuve internationale chapeautée par l’organisation de coopération et de développement économiques, les garçons ont obtenu de moins bonnes notes en lecture que les filles dans la presque totalité des 65 pays participants. (Les filles, de leur côté, ont moins bien réussi en maths que les garçons dans 37 pays sur les 65 sondés.)

Des chercheurs du monde entier se sont intéressés à ce troublant écart. Voici deux pistes de solution puisées dans leurs travaux.

Donnez-leur plus d’hommes profs…

Peut-être ont-ils besoin d’un modèle positif qui leur montre qu’être studieux et aimer la lecture, ce n’est pas qu’une affaire de fille. Ou peut-être qu’un enseignant est plus enclin qu’une enseignante à les comprendre, à croire en eux et à les traiter avec indulgence. C’est en tout cas ce que laisse présager une vaste étude publiée en 2007 dans le Journal of Human Resources par Thomas S. Dee, aujourd’hui professeur à l’Université Stanford.

Ce chercheur a analysé les résultats de tests d’anglais, de science et d’histoire qui avaient été administrés à quelque 21 000 élèves de 2e secondaire, partout aux États-Unis. Résultat : les garçons comme les filles ont moins bien réussi dans les matières qui leur étaient enseignées par un prof du sexe opposé.

Thomas Dee calcule que le simple fait de remplacer une femme prof par un homme dans un cours d’anglais, par exemple, réduirait du tiers l’écart entre les sexes dans cette matière, en améliorant le rendement des garçons… et en diminuant celui des filles.

Le spécialiste s’est aussi intéressé à l’engagement des jeunes envers leurs études et au jugement que les profs portent sur leurs ouailles. Encore là, observe-t-il, le sexe de l’instituteur n’y est pas étranger. Lorsqu’ils ont un homme comme prof, particulièrement en anglais et en histoire, les gars sont moins susceptibles d’être considérés comme des élèves qui dérangent et qui négligent leurs devoirs ; ils ont aussi davantage hâte au prochain cours.

Même chose pour les filles en science : elles ont moins tendance à être perçues comme étant dérangeantes ou inattentives lorsque leur prof est du même sexe qu’elles ; elles sont également plus portées à dire qu’elles ont hâte à ce cours et à trouver cette matière utile à leur avenir. Dans un domaine traditionnellement masculin, une enseignante de leur sexe les inspire, semble-t-il, à rêver plus grand que les stéréotypes.

Mais ne les séparez pas des filles !

Certains commentateurs soutiennent que le meilleur moyen d’amener les gars à se concentrer sur leurs études, c’est de les isoler des filles, dont la présence serait une source de distraction et leurs succès scolaires une cause de démoralisation. Pas fou.

Le hic, c’est que cette hypothèse n’est pas appuyée par la recherche. Selon des rapports issus tant du canada que des États-Unis, de la Grande-Bretagne, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, les jeunes qui fréquentent une école non mixte n’obtiennent pas de meilleures notes et n’ont pas plus de chances de décrocher un diplôme universitaire que ceux qui côtoient le sexe opposé en classe. [Noémie Mercier ne mentionne pas de sources]

La proximité des filles, qui sont en moyenne légèrement plus précoces sur le plan verbal, serait au contraire bénéfique pour leurs camarades, du moins chez les tout-petits. Car elles ont la parole contagieuse. Les garçons qui grandissent avec une sœur jumelle parlent déjà mieux à l’âge de deux ans que ceux qui vivent avec un frère jumeau (non identique) : la présence à leurs côtés d’une compagne un peu plus verbomotrice suffit à les tirer vers le haut, selon cette recherche [publiée en 2000] menée à Londres par une équipe dont faisait partie Ginette Dionne, professeure de psychologie à l’Université Laval. [Il faut voir si les hormones dans le milieu utérin partagé par les jumeaux n'auraient pas d'effets. En outre, on parle ici au mieux de contacts bien avant l'adolescence, époque à laquelle on parle de distractions et d'âges pubertaires différents.]

Les fillettes aussi bénéficient de ces contacts : celles qui sont élevées auprès d’un grand frère, par exemple, s’intéressent beaucoup plus aux jeux de construction, aux camions et aux sports — et sont donc plus aptes à développer leurs talents athlétiques et leurs compétences techniques — que celles qui n’ont pas cette chance.»

Noémie Mercier fournit comme justification à ce paragraphe l’étude « Sex-typed play in opposite-sex twins » d’Henderson et de Berenbaum effectuée en 1997. Cette étude ancienne porte principalement sur autre chose (est-ce que les hormones dans le milieu utérin expliqueraient l’attirance pour des jouets stéréotypiques garçons/filles ?) avec des résultats minoritaires par rapport aux autres études peu exploitables (voir p. 156 de Gender Development par Judith E. Owen Blakemore,Sheri A. Berenbaum et Lynn S. Liben.)





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dimanche 15 mars 2015

Angleterre — La révolution des académies et des écoles libres


Texte de Lionel Devic, président de la Fondation (française) pour l’école. Avec quelques corrections et adaptations pour le Québec.

Comme en France, notre voisin anglais a été confronté à une baisse de qualité patente de son école publique. Mais la force de Londres a été de le reconnaître sans ambages et de chercher des solutions pragmatiques. Comme les États-Unis qui admettent sans fausse honte que leur système public compte des « écoles qui échouent », le gouvernement britannique a eu le courage de reconnaître le problème et d’innover en suscitant le développement d’« académies » et d’« écoles libres » pour permettre aux enfants piégés dans des écoles publiques de piètre niveau d’aller étudier dans de bonnes écoles.


Les premières académies ont été ouvertes en septembre 2002 pour le secondaire et les quartiers ayant de mauvais résultats scolaires, avant d’être étendues à partir de 2010 à tous types d’écoles. De nombreuses écoles publiques se sont « converties » en académies. À ces académies, se sont ajoutées les écoles libres à partir de 2011. Ce sont des écoles ouvertes cette fois-ci à l’initiative des parents et non de l’État. Il y a en ce moment 4 167 académies et 251 écoles libres. Aujourd’hui, 13 % des écoles primaires et 60 % des écoles secondaires ont le statut d’académies ou d’écoles libres en Angleterre, tant le taux de conversion d’établissements publics ordinaires a été important ces dernières années.

Les « académies », ces écoles publiques indépendantes

Les académies sont des écoles publiques indépendantes financées directement par l’État qui échappent aux instances locales habituelles de contrôle du système éducatif anglais. Elles donnent plus de libertés aux directeurs et professeurs dans l’espoir de promouvoir la diversification (et l’innovation) de l’offre scolaire globale afin d’en améliorer la qualité.

Elles reçoivent le même financement que les écoles publiques ordinaires. Ce qui fait la différence c’est que l’école gère et décide de l’emploi de 100 % de son budget alors que les écoles ordinaires n’en gèrent librement qu’une partie, l’autre étant répartie par l’autorité scolaire locale. Les écoles situées dans des zones aux résultats académiques préoccupants sont confiées à de « parrains », groupes de personnes responsables de l’amélioration des résultats de l’école. Il peut s’agir d’universités, d’organisations caritatives, d’organisations religieuses, d’écoles indépendantes (privées). Plus récemment, certaines académies ayant un niveau de réussite exceptionnel ont pris la responsabilité, en tant que parrains, de sortir de l’échec d’autres écoles publiques.

Leurs obligations

Elles doivent accepter tous les élèves qui se présentent, gratuitement, et respecter le même cadre réglementaire en matière d’accueil des élèves que les autres écoles publiques. Elles doivent adhérer à une « fiducie d’académies », qui négocie les accords financiers avec l’État et est garant de leur respect ; leurs parrains ne sont pas autorisés à bénéficier pécuniairement de leur implication dans l’école. Leur budget est plus étroitement scruté par l’État : « les académies sont assujetties à un solide régime de responsabilisation  », contrepartie logique de la plus grande liberté dont elles jouissent.

Leurs libertés

Par rapport aux écoles publiques ordinaires gérées par l’autorité scolaire locale, les académies jouissent de trois libertés fondamentales : liberté de programme (« liberté d’offrir le programme d’études »), lequel doit rester large et équilibré ; liberté de recrutement et rémunération du personnel, au besoin en dehors du vivier des « statuts d’enseignant qualifié » ; et liberté de fixer la durée de l’année scolaire.

Leurs performances

L’amélioration de niveau est incontestable pour les académies issues d’écoles publiques de faible performance scolaire. Ainsi, en moyenne, selon le ministère, une académie ouverte depuis trois ans enregistre une augmentation de 12 % des résultats de ses élèves au GCSE (l’équivalent de notre diplôme de brevet, mais passé en seconde [D.E.S. au Québec]). Un effet positif d’entraînement sur les écoles publiques locales a pu aussi être constaté puisque les écoles publiques ordinaires ont progressé de 6 %. L’institut national d’évaluation (OFSTED) a établi que 27 % des écoles primaires et 16 % des collèges convertis en académies ont des résultats excellents contre seulement 12 % des écoles primaires publiques et 10 % des collèges publics ordinaires. La Westminster Academy (à Londres), avec ses 90 % d’élèves issus de l’immigration et ses 50 % d’enfants éligibles aux repas gratuits, a su obtenir 69 % de bons résultats aux GSCE contre seulement 46 % en 2011 avant leur conversion.

L’école a été classée par l’OFSTED parmi les écoles « excellentes ». Ce serait la priorité accordée à la qualité du personnel et l’implication des parrains qui seraient responsables de tels progrès.

Avec les écoles libres, place aux parents

Toute personne ou groupe de personnes ayant une vision éducative forte et un plan éducatif précis, apportant la preuve d’une demande importante de la part des parents pour une telle éducation, présentant des finances saines et une aptitude à lancer rapidement une nouvelle école peut déposer son dossier auprès du ministère de l’Éducation. Les écoles libres peuvent être installées dans d’anciennes écoles ou dans des locaux reconvertis à cet effet. Les initiateurs d’écoles libres peuvent être des associations ou fondations, des universités, des entreprises, des groupes éducatifs, des professeurs visionnaires, des parents motivés. Les écoles libres sont majoritairement implantées dans les quartiers les plus pauvres de villes comme Bradford, Birmingham. 72 % des écoles ont été ouvertes pour pallier une surpopulation dans les écoles publiques ordinaires ; 24 % des écoles libres sont confessionnelles (ce qui est moins que dans le réseau des écoles publiques ordinaires existantes, qui peuvent être confessionnelles au Royaume-Uni). Ces écoles ont le droit de réserver 50 % de leurs places aux enfants de leur confession.

Si le projet est approuvé par le ministère, les financements nécessaires pour acheter, construire ou louer et équiper l’école sont intégralement apportés par l’État. Les coûts d’investissement sont de 40 % plus bas que ceux supportés pour une école ordinaire. Une fois l’école lancée, elle reçoit la même somme par élève que celle reçue par les écoles publiques ordinaires avoisinantes. L’idée fondamentale est de miser sur la société civile et les meilleurs professeurs ou directeurs pour régénérer le système. Les écoles sont gérées par des « fiducies de bienfaisance indépendantes » dont les membres travaillent pro bono. Les responsables politiques ou responsables administratifs en sont exclus. Elles jouissent des mêmes libertés scolaires et de recrutement et de gestion de leurs équipes que les académies. De même, elles ne peuvent générer de bénéfice qui ne soit pas réinvesti dans l’école. Leurs différences résident dans leur aptitude à impliquer davantage les parents, d’une part, et à tirer davantage profit des capacités d’innovation et de l’énergie de la société civile, d’autre part. Cent douze nouvelles écoles libres sont en cours de préparation.

Conclusion

Réformer un système éducatif est généralement un processus très long, ce qui est dissuasif pour les responsables politiques toujours soucieux de récolter eux-mêmes les fruits politiques de leurs initiatives. Réformer l’Éducation nationale française, qui est le 6e plus grand employeur au monde (!), paraît, à bien des égards, impossible. Et les réformes successives décidées et mises en œuvre d’en haut passent de plus en plus mal. Or, la force de la réforme scolaire anglaise est justement sa rapidité de déploiement et de résultat. C’est un avantage que nos responsables politiques pourraient prendre en considération. De surcroît, les écoles libres ont un effet d’entraînement positif sur les écoles ordinaires (ce que reconnaissent 72 % des directeurs d’écoles publiques ordinaires interrogés) et ne leur « prennent pas d’argent » puisqu’elles sont, comme elles, financées au prorata du nombre d’enfants scolarisés.

Note du carnet : lire aussi ce billet

Angleterre — école chrétienne menacée de fermeture parce qu'elle n'a pas invité d'imam (et l’infiltration d’écoles à Birmingham par des groupes islamistes.)

vendredi 13 mars 2015

ECR — Décision de la Cour suprême dans le dossier de l'école Loyola attendue jeudi


La Cour suprême du Canada annonce que jugement dans l'affaire Loyola High School c. Procureur général du Québec sera rendu le jeudi 19 mars 2015, à 9 h 45 HAE.


Plus de détails à suivre.

Voir aussi nos billets sur cette affaire




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dimanche 8 mars 2015

Belgique — Les filières universitaires à éviter pour trouver un emploi


Des filières universitaires font le plein malgré des perspectives d’emploi très incertaines, quand d’autres tentent vainement d’attirer des jeunes. C’est le cas de la filière Information et Communication, qui conduit au métier de journalisme. Les universités belges diplôment annuellement 200 journalistes et les hautes écoles, près de 450. Au total, il y aurait quelque 500 candidats par an sur le marché des médias. À en croire l’association des journalistes professionnels de Belgique, c’est trop, beaucoup trop, eu égard aux débouchés : à peine une trentaine de postes libres par an. Résultat : la branche est l’une des plus encombrées et a la plus faible qualité d’insertion.

Un déséquilibre entre filières

Dans ses tableaux, le Conseil des recteurs dresse chaque année un portrait chiffré de la population étudiante. Ainsi, par rapport aux années 1990-1991, les effectifs à l’université ont progressé de plus de 50 %. Un niveau jamais atteint. Le hic : ils augmentent surtout en sciences humaines, qui représentent plus de 60 % des étudiants. À Mons par exemple, on enregistre, d’une année à l’autre, une croissance de 25 %. Comme à l’Université catholique de Louvain, où les inscriptions, cette année, ont bondi de 27 % en histoire de l’art. Au total, rien que pour les sciences humaines, il y aurait 47 000 étudiants. Alors que les filières scientifiques stagnent. Ainsi il y a quinze ans, on y comptait 24 % des inscriptions, contre 20 % il y a cinq ans. Les chiffres à notre disposition ne permettent pas de ventiler les inscriptions selon le sexe des étudiants.

Quel boulot peut-on décrocher avec une maîtrise en sciences politiques ou en psychologie ? Impossible de répondre à ces questions très concrètes. L’agence pour l’emploi wallonne (Forem) publie des enquêtes par catégorie de diplôme. Il étudie ainsi le parcours des jeunes diplômés trois ans après leur sortie de l’enseignement supérieur. Le diplôme qui permet la meilleure insertion professionnelle est le bac (3 ans d’études à l’université ou dans de hautes écoles). Après trois ans, les bacheliers ont un taux d’insertion professionnelle de 93 % tandis que chez les porteurs d’une maîtrise (5 ans à l’université uniquement), il s’élève à 87 %. En d’autres termes, les premiers connaissent un taux de chômage de 7 %, les seconds, de 13 %. « Les bacheliers ont un meilleur taux d’insertion, car ils effectuent des stages en entreprise et ce faisant, ils se créent un réseau. Or, à l’université, les stages restent trop rares dans la plupart des filières », explique Jean-François Marchal, chargé des études au Forem.

Mais l’institut wallon est incapable de fournir des informations précises sur le taux de chômage selon les filières d’études, ou sur l’adéquation entre le diplôme obtenu et le travail occupé. Les sociologues, les gestionnaires culturels, les chimistes occupent-ils, eux, un boulot qui correspond à leur diplôme ? « Les jeunes demandeurs d’emploi qui se présentent chez nous sont ceux qui font le plein dans les filières universitaires : les diplômés en droit, en psycho, en communication ou encore en kiné [chiropraxie]. Les autres ne passent pas par chez nous, car ils sont recrutés par d’autres canaux », signale Jean-François Marchal.

Diplômés des filières artistiques et philosophiques les plus mal lotis

« Selon la filière suivie, tous les diplômes n’ont pas la même valeur sur le marché de l’emploi et ne constituent plus une garantie absolue de protection contre les situations de chômage », précise-t-on chez Actiris, qui scrute également la situation des jeunes un an après leur sortie. En 2011, les bacheliers artistiques présentaient le taux de sortie du chômage le plus faible (55 %). Parmi les titulaires d’une maîtrise, les plus mal lotis étaient les philosophes (taux de sortie de 44,2 %) et les historiens de l’art (55,6 %).

Source : Le Vif/L’Express

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