dimanche 22 octobre 2017

L'éducation à l'époque wisigothique (Ve-VIIIe) Espagne et sud de la France

Une première remarque s’impose : il était fréquent d’avoir appris à lire sans savoir écrire, Charlemagne n’étant que le cas le plus connu de ce phénomène.

Dans les deux cas toutefois, alors que les enfants parlaient la langue vulgaire, les psautiers, réunissant environ 150 textes latins, jouaient un rôle essentiel. Pour l’apprentissage de la lecture, on apprenait l’alphabet, puis, directement, les divers versets de cet ouvrage qui resta longtemps le livre de base. L’ensemble devait être connu par cœur, et cette initiation était facilitée par la pratique d’un mouvement de balancier, comme dans les écoles rabbiniques de l’époque, ce qui permettait à l’élève de s’imprégner de la parole sainte. Si les psautiers d’usage scolaire ont disparu, ont survécu des ouvrages de luxe, réservés aux aristocrates.



Quant à l’écriture, elle se pratiquait à l’aide d’un stylet en fer sur des tablettes en bois recouvertes de cire ou sur des ardoises, posées sur le genou droit, car, en l’absence de tables, les apprenants étaient assis sur des tabourets autour du maître. Lorsque l’élève savait écrire, il pouvait s’exercer sur de petits bouts de parchemin. Le manuscrit d’un ouvrage fondamental, Les Institutionum Disciplinae, daté de la deuxième moitié du VIe siècle, est originaire de Septimanie et manifestement wisigoth. Il met en valeur une bonne connaissance des auteurs latins et veut faire acquérir un savoir encyclopédique ayant pour base l’éducation antique, tout en insistant sur la nécessité d’une éducation morale et sur l’attrait de la poésie.

Cette persistance de la culture latine qui n’avait pas été remise en cause après les invasions germaniques et plus particulièrement les Wisigoths fut chamboulée par l’invasion musulmane.

Plus de détails

L’éducation à l’époque wisigothique : les « Institutionum disciplinae » par le professeur Pierre Riché de l’Université de Paris IV.

Le conservatoire de la paideia à Byzance (Empire romain d’Orient)

Rome et Grèce antiques — Rôle de l’État et des parents dans l’éducation

Vulgarisation : l’éducation dans la Rome antique

Instruction au Moyen Âge ou comment les écoles primaires étaient déjà légion en France

L’école au Moyen-âge (Vidéo)

Alcuin ou la renaissance carolingienne et la création des écoles

Au Moyen-Âge tout chevalier était lettré, selon Martin Aurell (1 de 2) (écoutez l’audio)

Au Moyen-Âge tout chevalier était lettré et... « courtois », selon Martin Aurell (2 de 2)

La place des femmes au Moyen-Âge : elles votaient, elles ouvraient boutique sans autorisation maritale





Anne Coffinier bilan sur le quinquennat Hollande et sur la qualité pour les écoles

Dans le Libre journal des idées politiques, Anne Coffinier, directrice générale de l'organisme français la Fondation pour l'école, a eu l’occasion de présenter récemment en détail l’importance de la démarche Qualité pour les écoles, à l’occasion de la remise du Label de Qualité de la Fondation pour l’école aux deux premières écoles récompensées. Elle a également abordé le bilan du dernier quinquennat pour ce qui est de l'enseignement en France.



Lien audio si le lecteur ci-dessus ne fonctionne pas : ici.


Le charme et l'utilité des manuels d'antan

Le Figaro est formel : ils sont nombreux, parents qui font l’école à la maison, mais aussi instituteurs du privé comme du public, à utiliser les trésors passés de l’édition de manuels scolaires pour faire classe aux enfants.

Les échos sont unanimes : un contenu clair et progressif, une exigence réaliste, et surtout, un supplément d’âme, là où l’édition scolaire aujourd’hui se contente bien souvent d’idéologie. La Méthode Boscher permet des résultats excellents et rapides dans l’apprentissage de la lecture, quand les Malet et Isaac font rêver les écoliers et donnent du souffle à l’épopée de notre histoire européenne. Jean-Pierre Picandet, enseignant dans le public, l’admet sans complexe. Quant à Catherine Huby, du GRIP (Groupe de Réflexion Interdisciplinaire sur les Programmes), elle avoue également puiser son inspiration dans le génie simple de ces titres qui ont fait leurs preuves.



Ce n’est pas faire de passéisme ou de nostalgie mal placée que de le reconnaître. En la matière, l’efficacité pédagogique devrait être, comme souvent, le seul juge. La liberté scolaire, où l’on que soit, où que l’on enseigne, ne devrait-elle pas commencer par la liberté du choix des manuels scolaires ?


Les manuels scolaires d’autrefois peuvent enrichir les pratiques pédagogiques d’aujourd’hui

Marguerite et Lætitia connaissent bien les gravures colorées du Dumas-Collin et les textes de grands auteurs du recueil Une semaine avec… de Marcel Berry. Ces manuels d’autrefois peuplent une étagère entière de leur domicile, près de Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire). « Je pense que si j’ai de la facilité à écrire aujourd’hui, c’est grâce à Écrire et parler. CM1 de Verret et Furcy, que j’aimais beaucoup », estime


Où sont passées les leçons de notre enfance ? Dans les brocantes, les foires aux livres, auprès des bouquinistes le long de la Seine, à Paris, Gisèle Haguet a fini par mettre la main sur ses livres scolaires favoris. « Je passais tous mes dimanches à fouiner. J’ai retrouvé la toute première édition de la méthode Boscher d’apprentissage de la lecture, en noir et blanc », se félicite l’octogénaire. Sa rare acquisition a plus de 110 ans et fait partie des centaines de manuels d’autrefois qu’elle a rassemblés. « Surtout d’école primaire, de lecture et d’histoire. » Après avoir révéré ces menhirs d’images et de savoir pendant plusieurs décennies, elle les vend désormais à La Bouquinerie, boutique ouverte en 2000 avec l’aide de sa fille, Annie Pansard, dans la petite ville de Plurien (Côtes-d’Armor). Plus de 400 manuels scolaires y trônent, parmi les dizaines de milliers de livres d’occasion.

Les habitués de La Bouquinerie souvent des nostalgiques. Personnes âgées, instituteurs, parents… « Des gens émerveillés recherchent les histoires de CP-CE1 grâce auxquelles ils ont appris à lire. Ils s’arrachent les manuels d’Ernest Pérochon illustrés par Raylambert (lire ci-dessous) », font valoir les deux bouquinistes.

Grande popularité

Les dictées et les exercices du siècle dernier s’échangent désormais de plus en plus sur Internet. Pas moins de 130 exemplaires de la méthode Boscher, neufs ou d’occasion, s’offrent aux amateurs sur le site Le Bon Coin. Il y en a presque autant du Tour de France par deux enfants sur Amazon. Les prix d’autres titres non réédités s’envolent, comme le livret de lecture Mico mon petit ours, publié dans les années 1960 et en vente sur Amazon, entre 35 et 90 euros.

Quand il n’enseigne pas à ses élèves de primaire, Julien numérise et met en ligne les ouvrages qu’une quarantaine de passionnés lui ont prêtés ou donnés. Ce professeur des écoles anime depuis cinq ans un blogue riche de plus de 1 300 titres en accès libre. Une tâche colossale, « des milliers d’heures » de travail, afin que ce patrimoine ne devienne pas le continent perdu de la pédagogie. « Ce n’est pas une simple lubie de collectionneur nostalgique, assure Julien. Mon but principal est de dépasser les préjugés et les idéologies sur l’éducation, pour améliorer l’instruction des enfants et des adultes. » S’il concède que « ces manuels peuvent paraître démodés dans leur mise en page et leurs illustrations », il note que « leur contenu est souvent admirable. Il suffit de comparer les programmes et manuels d’hier avec ceux d’aujourd’hui. Nous avons énormément régressé par rapport à ce qui se faisait avant les grandes réformes de 1970 ».

« Les collections d’anciens manuels peuvent enrichir les pratiques pédagogiques contemporaines », ajoute Delphine Campagnolle, à la tête du Musée national de l’éducation de Rouen (Seine-Maritime) où 64 000 livres scolaires sont exposés, des premiers abécédaires de lecture de la fin du Moyen Âge aux manuels d’aujourd’hui. « Le ressort de la nostalgie est très puissant parmi nos visiteurs, avec l’idée que l’école, “c’était mieux avant”. Mais il ne faut pas se limiter à ça, selon Delphine Campagnolle. C’est toute la difficulté de notre travail : montrer ce qui a fonctionné, mais aussi souligner les limites de chaque modèle. Dans l’école de Jules Ferry par exemple, très peu d’élèves allaient vers le secondaire. »

En collaboration avec le Musée national de l’éducation, les responsables de la bibliothèque Diderot de l’ENS Lyon, forte de 80 000 manuels scolaires, se sont lancés dans la constitution d’une bibliothèque numérique. Mais, à l’heure où une large part du travail scolaire s’effectue sur ordinateur, Delphine Campagnolle souhaite intégrer à cette conservation les cahiers de textes numériques des élèves et des professeurs. « Sinon tout un pan de l’éducation va disparaître. »

Source : Le Figaro

Voir aussi

Manuels anciens : Ce carnet a pour objectif de présenter des manuels du passé selon les trois points de vue suivants : nostalgie, histoire de l’éducation et pédagogie. « Avant les années 70, la France et les pays francophones avaient les meilleurs systèmes éducatifs du monde. Voyez les pages “Histoire de l’éducation”, “Pédagogie”, “Programmes”, puis étudiez les manuels. »

Dix fois plus de jeunes obèses qu’en 1975

À l’échelle de la planète, il y avait en 2016 10 fois plus d’enfants et d’adolescents obèses qu’il y a 40 ans, montre une étude publiée dans le cadre de la Journée mondiale de l’obésité.
Ainsi, il y avait 5 millions de filles obèses en 1975 et 50 millions en 2016. Chez les garçons, le nombre d’obèses est passé de 6 millions il y a 40 ans à 74 millions en 2016.

En plus de ces 124 millions d’enfants et d’adolescents obèses, pas moins de 213 millions d’autres se trouvaient en surpoids en 2016.

Les régions du globe où le taux d’obésité est le plus élevé incluent certaines îles de Polynésie (30 %), les États-Unis, l’Égypte, le Qatar, l’Arabie Saoudite, et certaines îles des Caraïbes comme Porto Rico et les Bermudes (20 %).

La prévalence globale de l’obésité chez les enfants et adolescents est passée de 0,7 % à 5,6 % pour les filles, et de 0,9 % à 7,8 % pour les garçons de 1975 à 2016.



Une mappemonde, deux réalités

Malgré tout, il y a plus d’enfants et d’adolescents trop maigres sur la planète qu’il y en a en surpoids, et ce, malgré l’importante hausse de l’obésité chez les jeunes ces dernières décennies. Selon l’OMS, cette réalité montre la nécessité d’améliorer la sécurité alimentaire dans le monde, mais aussi de s’attaquer en même temps à deux problèmes : la sous-nutrition et l’obésité.


Cette étude a été publiée dans le journal The Lancet. Elle a été réalisée par des chercheurs de l’Imperial College de Londres au Royaume-Uni et de l’Organisation mondiale de la santé. Ils ont regroupé les informations recueillies dans plus de 2300 études réalisées auprès de près de 130 millions de personnes de 200 pays, incluant 31,5 millions d’enfants et d’adolescents de 5 à 19 ans. Ces données ont permis d’estimer leur indice de masse corporelle (IMC). Cet indice, calculé en divisant le poids par le carré de la taille, permet d’évaluer le niveau de surpoids des personnes.

L’IMC des enfants et des adolescents reste élevé dans les pays développés d’Amérique du Nord et d’Europe, mais tend à se stabiliser depuis quelques années contrairement à celui des adultes qui continue d’augmenter. 
Par contraste, l’augmentation de l’indice de masse corporelle tend à s’accélérer dans plusieurs pays d’Asie.
Le Pr Majid Ezzati, de l’Imperial College de Londres, affirme que plusieurs gouvernements, communautés et écoles se sont attaqués au problème en mettant sur pied plusieurs projets pour contrer l’obésité. Il estime toutefois que de nombreux pays refusent toujours de taxer ou de changer les normes dans l’industrie alimentaire, alors que ces gestes pourraient aider à changer davantage les habitudes alimentaires responsables du problème d’obésité.

Plus important encore, selon le Dr Ezzati, peu de pays possèdent des programmes gouvernementaux rendant plus accessibles pour les familles pauvres les aliments sains comme les céréales à grains entiers ou les fruits et légumes frais.

Un excès de poids chez les jeunes est associé à un risque plus grand de développer des maladies chroniques, comme le diabète de type 2 et l’hypertension.

Le saviez-vous ?

Il y avait, en 2016, pas moins de 75 millions de filles et 117 millions de garçons modérément ou excessivement maigres.
Près des deux tiers des enfants modérément ou excessivement maigres vivent dans le sud de l’Asie.

Voir aussi

Étude — En 40 ans les enfants ont perdu 25 % de leur capacité physique

Study: Kids are less fit than their parents were

Enquête sur le surpoids, la consommation de drogues, d'alcool et la sexualité des jeunes Québécois

Les enfants de mères au foyer sont en meilleure santé

Lien avéré entre les femmes qui travaillent hors du foyer et l'obésité de leurs enfants

Une nouvelle étude souligne les conséquences néfastes des garderies « universelles » québécoises

vendredi 6 octobre 2017

Éducation sexuelle : « les pompiers pyromanes »

Un père de quatre jeunes enfants, agent de pastorale et doctorant au Centre d’études du religieux contemporain de l’Université de Sherbrooke s’est exprimé dans Le Verbe contre le nouveau programme d’éducation à la sexualité du Québec.

Depuis quelques années, il est question d’éducation sexuelle au Québec. Hypersexualisation, maladies transmissibles sexuellement, grossesses précoces, le tout accompagné de détresses psychologiques : personne ne peut aujourd’hui nier que les jeunes ont un réel besoin d’éducation à la sexualité.

Doit-on pour autant se réjouir de l’arrivée du nouveau cours dans les salles de classe du Québec ? En fait, si on y regarde de plus près, on peut sérieusement se demander si le contenu du programme, plutôt que d’offrir une solution, ne fera pas qu’aggraver le problème.

Un programme contre la science…


Par exemple, est-il approprié d’enseigner, en classe, le fonctionnement des organes sexuels — incluant la fonction du plaisir — dès les premières années du primaire ? Il s’agit pourtant d’un apprentissage prévu dans le programme, où il est écrit qu’un enfant de 6-7 ans doit pouvoir « situer les organes sexuels des filles et des garçons et leurs fonctions (reproduction, plaisir, élimination) ».

Transmettre un contenu sexuellement explicite, en classe, dès le plus jeune âge, voilà qui va bien évidemment à l’encontre du bon sens et des valeurs de plusieurs parents, mais également à l’encontre des connaissances psychologiques sur le développement de l’enfant.

En effet, dans un document publié en 2005, l’American Academy of Child & amp ; Adolescent Psychiatry écrivait : « Les parents devraient répondre aux besoins et au niveau de curiosité de chacun de leurs enfants, offrant ni plus ni moins d’information que ce que l’enfant demande et est capable de comprendre. »

Le problème est que l’éducation des parents semble justement faire l’objet de soupçons par les auteurs du nouveau programme, particulièrement si ceux-ci souhaitent transmettre à leurs enfants des valeurs dites « traditionnelles ».

… et contre la tradition ?

On lit en effet dans les documents du ministère que « les interventions réalisées auprès des adolescents (12 à 14 ans) doivent accompagner leur réflexion sur leur identité en tant que fille ou garçon et sur les effets nuisibles des versions traditionnelles de la masculinité et de la féminité qui peuvent affecter leurs relations interpersonnelles et leurs comportements sexuels. »

Ainsi, un apprentissage prévu pour les 12 — 13 ans consiste justement en l’« exploration de nouvelles valeurs et normes en matière de sexualité, au-delà de celles de la famille. »

Alors que les comportements sexuels à risque se multiplient, pourquoi a-t-on l’impression que les valeurs « traditionnelles » transmises au sein des familles sont considérées comme un problème ?

Ne devrait-on pas plutôt féliciter les parents qui apprennent à leurs enfants que la sexualité doit se vivre dans le cadre d’un engagement sérieux et mature ? Un cadre dans lequel, par exemple, une grossesse, même imprévue, ne constitue pas nécessairement un drame insurmontable pour le couple ?

Ministère de la Consommation et du divertissement

Il semble au contraire que le ministère partage avec la génération qu’il prétend éduquer une fascination pour le sexe vécu sur le mode de la consommation et du divertissement.

Certaines propositions du programme sont en effet surréalistes. On peut y lire : « [Les interventions réalisées au primaire doivent] miser sur le rôle positif de la sexualité dans la vie et ne pas mettre l’accent uniquement sur l’aspect “danger” ou sur la prévention. » Ou encore : « [Les interventions réalisées auprès des 10-12 ans doivent] permettre aux élèves de cet âge de développer une meilleure connaissance de soi comme fille ou garçon, dans l’expression de leur sexualité. » Et ailleurs : « [L’intervention réalisée au deuxième cycle du secondaire doit] renforcer leurs valeurs individuelles favorables aux pratiques sexuelles sécuritaires et leurs habiletés de gestion de la sexualité, des risques sexuels et des pratiques. »

Nulle part il n’est question de préparer le jeune à découvrir le mystère de l’amour humain, avec sa beauté, sa fragilité et son accomplissement dans le don de la vie.

La réalité est que le programme imposé par le Ministère ne correspond aucunement à une éducation à la sexualité, du moins dans le sens noble du terme.

Nulle part il n’est question de préparer le jeune à découvrir le mystère de l’amour humain, avec sa beauté, sa fragilité et son accomplissement dans le don de la vie. On veut enseigner des habiletés en termes de « gestion des risques sexuels », mais on n’enseigne rien de ce qui permettrait de préparer à la vie conjugale et familiale : engagement, tempérance, fidélité, don de soi.

Inutile de spécifier qu’il n’est nulle part mention du mariage, notion sans doute jugée trop « traditionnelle ».

Mais peut-être est-ce là trop demander au Ministère de l’Éducation.

Maladresse étatique


Après tout, comme écrivait Jacques Maritain : « Il reste que l’État a compétence et dextérité en matière administrative, politique et légale, mais que, dans tous les autres domaines, il est naturellement borné et maladroit, et, par suite, aisément oppresseur et malavisé. »

Le nouveau cours d’éducation à la sexualité — duquel il n’est par ailleurs prévu aucun droit de retrait [Note du carnet : alors qu’il en existait un en 1992, voir la reproduction de la lettre du ministre Michel Pagé à cet effet] — en est la démonstration saisissante.

Espérons simplement qu’au-delà des expérimentations douteuses du Ministère, les familles sauront répondre avec intelligence aux besoins de la nouvelle génération en matière d’éducation à la sexualité et que dans ce domaine, le Gouvernement du Québec aura la sagesse de ne pas imposer sa vision à ceux et celles qui iront chercher ailleurs les ressources qu’ils jugeront nécessaires pour exercer leur responsabilité et leurs droits parentaux.



mardi 3 octobre 2017

Les effets délétères de la critique post-moderne et de la « justice sociale » à l’Université

L’affaire de l’Université Evergreen, aux États-Unis, a mis en lumière qu’une partie des étudiants et universitaires, principalement issus des sciences sociales, s’opposent parfois par la violence au débat. Comment en est-on arrivé là ?

Dans un essai publié en 1946 dans le London Tribune intitulé In Front of Your Nose (« Sous votre nez »), George Orwell écrivait que « nous sommes tous capables de croire à des choses que nous savons fausses et, lorsque nous avons finalement tort, nous déformons les faits sans vergogne pour montrer que nous avions raison. Intellectuellement, il est possible d’agir de la sorte indéfiniment : le seul contrôle est que tôt ou tard, une fausse croyance se heurte à une réalité solide, généralement sur un champ de bataille. »

Les champs de bataille intellectuels d’aujourd’hui se trouvent sur les campus universitaires américains, où les convictions profondes des étudiants sur la « race », l’ethnicité, le genre et l’orientation sexuelle et leur désir de justice sociale, qui se traduisent par une antipathie pour le capitalisme, l’impérialisme, le racisme, les privilèges des « blancs », la misogynie ou l’« hétéro-patriarcat cis-sexiste » se heurtent à la réalité des faits contradictoires et à des points de vue opposés, plongeant les campus dans le chaos et même la violence.

Des étudiants de l’Université de Californie à Berkeley et d’autres universités, par exemple, se sont révoltés à la simple annonce que les conservateurs assumés Milo Yiannopoulos et Ann Coulter avaient été invités à prendre la parole (ce qu’en fin de compte, ils n’ont jamais fait). Des manifestants du Middlebury College, dans le Vermont, ont physiquement agressé l’auteur libertarien Charles Murray et son hôte libéral, le professeur Allison Stanger, au point de l’envoyer aux urgences.

Une des causes indirectes de cette situation troublante est peut-être à chercher dans ce qui s’est passé en mai dernier à l’université Evergreen, dans l’État de Washington, lorsque le professeur de biologie Bret Weinstein, qui s’est déclaré « profondément progressiste », a refusé de participer à une « Journée d’absence » au cours de laquelle « les étudiants, le personnel et les professeurs blancs seront invités à quitter le campus pour participer aux activités de la journée »*. Weinstein s’y est opposé en écrivant dans un courriel que « sur un campus universitaire, le droit de s’exprimer — ou d’être présent — ne doit jamais être fondé sur la couleur de la peau ». En réponse, une foule en colère d’une cinquantaine d’étudiants a perturbé son cours, l’a entouré, l’a qualifié de raciste et a demandé sa démission. Selon Weinstein, la police du campus l’aurait informé que le président de l’université avait demandé aux étudiants de se retirer, mais il a été forcé de rester à l’extérieur du campus pour sa sécurité.

Comment en sommes-nous arrivés là ? L’une des explications a été pointée du doigt par Weinstein dans un essai publié dans le Wall Street Journal : « Les champs de recherche fondés sur l’empirisme et la déduction, notamment les sciences “dures”, ont cohabité avec la théorie critique (une branche des sciences sociales), le post-modernisme et ses dérivés fondés sur le ressenti et la perception individuelle. Depuis l’émergence, dans les années 1960 et 1970, de domaines de recherche orientés vers la justice sociale, ces visions du monde incompatibles se sont repoussées l’une et l’autre. »

Dans un article publié sur le site Quillette.com intitulé « Methods Behind the Campus Madness », Sumantra Maitra, doctorante à l’université de Nottingham en Angleterre, a signalé que 12 des 13 chercheurs de l’université de Berkeley qui ont signé une lettre au président de l’université pour protester contre la venue de Yiannopoulos étaient issus du champ de la « théorie critique, des études de genre, du post-colonialisme, du postmodernisme et du marxisme ». C’est un glissement de la théorie marxiste de la lutte des classes vers la lutte des identités : au lieu de juger les gens sur leur personnalité, il faut maintenant les juger en fonction de leur couleur de peau, leur ethnicité, leur sexe, leur orientation sexuelle, etc. « Les postmodernistes ont essayé de détourner la biologie, ils ont pris le contrôle d’une grande partie des sciences politiques, de presque toute l’anthropologie, de l’histoire et des lettres (anglaises) », conclut Maitra. « Ils ont multiplié les revues académiques autoréférentielles, les chaines de citations circulaires, les recherches non reproductibles et empêché le débat nuancé par l’activisme, en incitant des groupes d’étudiants crédules à intimider tout défenseur d’une idée opposée ».

Ces professeurs postmodernistes enseignent aux étudiants qu’il n’y a pas de vérité, que la science et les faits empiriques sont des outils d’oppression par le patriarcat blanc, et que presque tout le monde en Amérique est raciste et sectaire, y compris leurs propres professeurs — dont la plupart sont pourtant des libéraux ou des progressistes qui combattent ces fléaux sociaux. Parmi les 58 professeurs de l’université Evergreen qui ont signé une déclaration de solidarité avec les étudiants demandant des mesures disciplinaires contre Weinstein pour avoir « mis en danger » la communauté en accordant des entretiens dans les médias nationaux américains, je n’en ai compté que 7 dans les sciences. Un cours intitulé « Fantastic resistances » a été décrit comme un « dojo de formation pour les aspirants “guerriers de la justice sociale” », qui se concentre sur les « asymétries du pouvoir ».

Si vous enseignez aux étudiants à être des guerriers contre toutes les asymétries du pouvoir, ne soyez pas surpris quand ils se retournent contre leurs professeurs et l’administration. C’est ce qui arrive quand on sépare les faits des valeurs, l’empirisme de la morale, la science des sciences humaines.

Source :
Scientific American, Michael Shermer

* Note du traducteur : la Journée d’absence est une tradition remontant aux années 1970 où, habituellement, les étudiants « de couleur » se réunissent à l’extérieur du campus pour protester contre le manque de visibilité des minorités. Cette année, la démarche a été inversée après que ces étudiants ont déclaré « ne pas se sentir bienvenus sur le campus suite à l’élection [de Donald Trump] »).

mercredi 27 septembre 2017

Après l'éloge du polythéisme, l'attaque contre les racines et l'assimilation

Contre les racines, de Maurizio Bettini, est un plaidoyer antiraciste et multiculturaliste qui vient d’Italie. Et qui selon Éric Zemmour ressemble comme un frère jumeau au discours de la bien-pensance française des années 80 ou, selon ce carnet, au multiculturalisme à l’œuvre au Canada et au Québec, notamment à l’école.

Les Italiens nous ont tout appris. Le droit, la politique, l’art. Les plus grands analystes français ont pris l’habitude au XXe siècle de regarder l’Italie comme un laboratoire des nouveaux phénomènes politiques qui se répandent ensuite dans toute l’Europe : le fascisme dans les années 1920, le terrorisme rouge dans les années 1970, l’eurocommunisme déstalinisé à la même époque ; ou encore le populisme dès les années 1990. Alors, quand un intellectuel italien réputé nous envoie un bref opuscule intitulé Contre les racines, nous imaginons une nouvelle et décisive contribution au discours universaliste et antiraciste à bout de souffle en France. Maurizio Bettini a attiré l’attention il y a quelque temps en publiant un Éloge du polythéisme érudit et brillant.

Avec sa nouvelle livraison, on comprend ce que l’on avait pressenti : le polythéisme n’était que le paravent antique d’un multiculturalisme plus moderne. [Note du carnet : On peut en dire autant du programme d’éthique et de culture religieuse qui a une approche polythéiste face aux religions : elles sont toutes dans leurs diversités respectables et honorables, les élèves doivent l’apprendre, afin d’assurer le « vivre ensemble » dans notre société de plus en plus diverse, alimentée comme l'elle est par une immigration nombreuse et hétérogène.] Et derrière les dieux de l’Olympe se cachait Allah. Mais notre professore n’a pas la démonstration inventive. Il reprend presque mot à mot les manières et les arguments des théoriciens français de l’antiracisme dans les années 1980. C’est le monde à l’envers. C’est « retour vers le futur » version franco-italienne. On croit souvent relire une page dans le Libération de Serge July au temps de « Touche pas à mon pote ». On finit les phrases de notre professore. Tout y passe. La même ironie grinçante pour les pauvres attardés qui croient défendre leurs « racines ». Le même éloge vibrant — bien que contradictoire — de la différence et du métissage. La même « déconstruction » d’une histoire nationale dont on se complaît à révéler les omissions et les réinventions. Même détestation du passé et de l’identité. On connaît la litanie : racines, identité, tradition, terre… On écrit la suite : races, pureté, Hitler, guerre…

Mêmes sarcasmes élitistes pour la « nostalgie individuelle ». Même leçon docte : « La culture, c’est ce qui mute. » Mêmes références à Montaigne et Voltaire. Même évocation goguenarde de la tomate, élément majeur de la pizza, plat identitaire des Italiens, et qui vient d’Amérique ! Même utilisation savante de l’Histoire pour retourner et détruire le sentiment de dépossession produit par l’immigration massive : la Grèce n’a pas inventé la démocratie, seulement le mot ; il y avait des Maures, il y a plusieurs siècles sur la place de Livourne ; il est donc normal qu’ils soient revenus, avec leurs femmes voilées, leurs kebabs et leur musique à tue-tête. Ne nous laissons pas aller à une nostalgie imbécile : « Les lieux et les cultures de ceux qui les habitent ont toujours changé. » Rien n’existe, tout est inventé et réinventé. Il n’y a pas de traditions, il n’y a que des traditions forgées dans un « processus de reconstruction artificiel ». La consigne est simple et connue, mise en œuvre par l’Éducation nationale française depuis des années : « Il faut inventer des traditions durables, des traditions tolérantes, ouvertes. »

Nos antiracistes hexagonaux ressortaient à foison l’exemple des « immigrés qui avaient fait la France » : Platini, Montand, Adjani, Reggiani, etc. ; alors que c’était la France qui les avait faits. Notre Italien tire de la Rome antique l’exemple même de la ville-monde : « Si le mélange entre peuples a réussi à donner vie à un lieu aujourd’hui mythologisé — Rome une de nos capitales — pourquoi le même principe ne pourrait-il pas continuer à valoir aussi pour nous ? »

Notre professore ne se revendique du christianisme que lorsqu’il tend l’autre joue. Maurizio Bettini se réjouit que l’Europe ait renoncé à se référer dans son préambule constitutionnel aux racines chrétiennes de l’Europe. « À quoi aurions-nous pu les assimiler en effet ? » se plaint-il en faisant allusion aux immigrants musulmans. Notre professeur ne sait pas qu’ils ne s’assimileront pas. Qu’on renoncera à l’assimilation et même à l’intégration. Qu’à Rome, on ne fait plus comme les Romains. Qu’on inventera « le vivre-ensemble » pour mieux dissimuler qu’on ne vit plus ensemble. Mais notre professore ne le sait pas — ou plutôt fait semblant de ne pas le savoir — car en Italie, jusqu’à ces dernières années, les immigrants ne restaient pas : pas de regroupement familial, pas de droit du sol, pas d’allocations. Et surtout, un État trop faible pour empêcher les citoyens de se défendre.

Pour une fois, on peut raconter la suite de l’histoire. Pour une fois, nous avons quarante ans d’avance sur les Italiens. Pour une fois, la France est le laboratoire. Une diaspora étrangère de plus en plus importante qui attire toujours plus de migrants ; des quartiers entiers qui voient fuir leurs habitants indigènes ; des mosquées, des boutiques halal, des kebabs, la rue qui se transforme, les voiles pour les femmes et les djellabas blanches pour les hommes ; les cafés interdits aux femmes et les cités interdites aux « Gaulois » (en l’occurrence, aux Romains !) ; l’espace public qui s’islamise et les lois liberticides au nom de la lutte contre les discriminations. Sans oublier, bien sûr, les violences qui se multiplient, de plus en plus sanglantes.

Notre professore verra son rêve se réaliser. Mais le rêve sera cauchemar.

Aux racines honnies, il préfère l’image du fleuve avec ses innombrables affluents qui se mêlent harmonieusement. Mais dans quelle mer ce fleuve se jettera-t-il ? Quel est le mystère de cette haute intelligence européenne qui déploie des trésors de finesse et d’érudition pour mieux accepter la désagrégation et l’asservissement d’une civilisation millénaire ? Quel est cet individualisme, cet existentialisme, ce libéralisme qui, au nom des droits de l’homme et de la liberté absolue d’un individu-roi, fait le lit d’une culture qui nie les droits de l’homme et enrégimente l’individu dans une structure holiste de fer ? Puisque notre professore francophile aime les intellectuels français, nous lui livrons ceci, d’un de nos plus grands penseurs libéraux, qu’il affectionne sûrement, Benjamin Constant : « Tout est moral dans les individus, mais tout est physique dans les masses. Chacun est libre individuellement, parce qu’il n’a individuellement affaire qu’à lui-même, ou à des forces égales aux siennes. Mais, dès qu’il entre dans un ensemble, il cesse d’être libre. »
Contre les Racines,
Maurizio Bettini,
paru chez Flammarion,
à Paris,
dans la collection Champs,
le 6 septembre 2017,
172 pages.
ISBN-13 : 978-2081409460


mardi 26 septembre 2017

France — L’indépendance d’esprit y serait en danger dans les universités

L’Université devrait constituer l’espace de débat par excellence et l’a assurément été à certaines périodes de son histoire. L’est-elle aujourd’hui ? Deux exemples récents, révélateurs du climat intellectuel pesant qui règne dans l’Université française, semblent démontrer le contraire.

Le cas de Fabrice Balanche est exemplaire. Enseignant-chercheur à l’université de Lyon-2, agrégé de géographie et docteur en géographie politique, ce spécialiste du monde arabe et du Moyen-Orient a vécu dix ans au Liban et en Syrie. Or, il a été exclu du processus final de sélection à un poste de maître de conférences sur le monde arabe à l’Institut des études politiques de Lyon pour un motif surréaliste : sa surqualification ! Pour tous ceux qui suivent le conflit syrien, Fabrice Balanche n’est pas un inconnu. Il livre sur ce conflit des analyses très fouillées qui vont à rebours de ce qui est avancé d’ordinaire. L’enseignant-chercheur avait établi que le régime de Damas, quelles que soient ses turpitudes, disposait de réels soutiens dans la population syrienne et était plus solide qu’on ne le prétendait habituellement.

Facteur aggravant, ses analyses se sont avérées justes. Fabrice Balanche, après cette exclusion, ne s’est pas laissé faire. Il a formé un recours devant le tribunal administratif, qui a annulé la décision du comité de sélection de Sciences Po Lyon au motif que celui-ci a commis une « erreur manifeste d’appréciation » et, plus grave, a méconnu « le principe d’impartialité ». L’enseignant-chercheur a ainsi brisé l’omerta sur certaines pratiques de sélection et de recrutement des candidats dans des établissements d’enseignement supérieur. Il aurait ainsi mis en lumière les vraies raisons — clientélistes, politiques — qui président à des exclusions, en particulier dans les sciences humaines et sociales. Fabrice Balanche a révélé la domination de certains courants de pensée sur les études consacrées au Moyen-Orient, souvent marquées soit par une complaisance envers l’islamisme, soit par un prisme d’extrême gauche, soit par les deux à la fois. Précisons que Fabrice Balanche, de guerre lasse, s’est expatrié aux États-Unis et est aujourd’hui chercheur invité au réseau pensant du Washington Institute for Near East Policy.

Le cas de Marc Crapez semble aussi révélateur. Brillant chercheur indépendant dans le domaine des idées politiques, il a publié de nombreux ouvrages dont deux dérangeants s’agissant de l’histoire de la gauche : La Gauche réactionnaire, ouvrage issu de sa thèse, et Naissance de la gauche. Nombre de spécialistes de l’histoire des idées ont qualifié ces livres de remarquables, avec raison. Mais problème, Marc Crapez démontre qu’il a existé au XIXe siècle, au sein de la gauche, un courant antisémite, voire racialiste. Il montre aussi que le clivage gauche-droite tel qu’on le connaît aujourd’hui ne s’est constitué qu’au moment de l’affaire Dreyfus. On se doute de la suite décrite par l’auteur dans un chapitre au titre évocateur : « Comment on ne devient pas universitaire ».

Il n’existe qu’une discipline caractérisée par le vrai pluralisme qui devrait être la règle dans toutes les sciences sociales, c’est l’économie. C’est d’ailleurs une situation insupportable pour des centaines d’enseignants-chercheurs en économie qui se proclament « hétérodoxes », « atterrés » et prennent la pose de résistants face à l’hégémonie prétendue de leurs collègues libéraux. Curieusement, les mêmes ne se soucient nullement de la liberté d’expression et de recherche des enseignants-chercheurs de sensibilités minoritaires en sociologie ou en histoire, disciplines où le pluralisme est soit très faible, soit inexistant.

On aurait tort, pour autant, de penser que cette situation dramatique pour l’enseignement supérieur et la recherche en France ne serait que la conséquence d’un étouffement de la droite par la gauche à l’université. Les nouveaux progressistes sont assez éloignés de la gauche historique. Et des indépendants classés à gauche comme Michéa ou Onfray auraient été confrontés aux mêmes problèmes que les impertinents de droite ou classés comme tels.

Dans le système de recrutement qui est celui de notre Université, un indépendant a peu de chance de survivre. Dès ses premiers pas dans la carrière, le chercheur comprend que c’est sa dépendance qui sera sa planche de salut. Dépendance interpersonnelle et dépendance par rapport aux réseaux qui font une carrière. Marcel Gauchet, lorsqu’il parle de mœurs mafieuses (revue Le Débat, n° 156, septembre-octobre 2009), emploie les mots justes. Un sociologue italien, Diego Gambetta, a explicité les ressorts de ce processus dans un article de la revue des Annales des Mines, « Gérer et Comprendre » (septembre 2006), article intitulé « La valeur de l’incompétence : de la mafia tout court à la mafia universitaire : une approche méthodologique ».

Cette dépendance entraîne le conformisme de la pensée et l’esprit courtisan dont beaucoup s’accordent à penser qu’il est un des fléaux de l’Université. La réforme universitaire de 2007 due à Valérie Pécresse n’a fait que généraliser ces pratiques en octroyant aux présidents d’université les pleins pouvoirs - dont celui académique en oubliant que ces mêmes présidents, qui se présentent volontiers comme des gestionnaires neutres, sont très souvent des politiques. Donner aux universités le pouvoir de recruter et promouvoir tous leurs enseignants-chercheurs en supprimant l’échelon national du Conseil national des universités serait, de ce point de vue, désastreux. La déconnexion entre pouvoir gestionnaire et pouvoir académique est une absolue nécessité et devra être mise en œuvre. Dans une même perspective, il serait souhaitable que, pour les disciplines concernées, la majorité des épreuves du concours de l’agrégation dite du supérieur soient anonymes et écrites.

Ce manque de pluralisme et cette chasse — car c’est le mot — aux esprits indépendants à l’Université interrogent. La France n’est-elle jamais sortie de cette tentation toute soviétique qui consiste à envisager le débat qu’en termes d’élimination des adversaires ? Élimination physique hier, élimination ou marginalisation professionnelle et sociale aujourd’hui. Et qui s’en inquiète ?

Source : Jean-Claude Pacitto, Maître de conférences en sciences de gestion à l’université Paris-Est, dans Le Figaro

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Procréation médicalement assistée (PMA) : une gauche commencerait-elle à douter ?

Eugénie Bastié signale des évolutions intéressantes parmi les intellectuels et médias habituellement classés à gauche.

« La procréation n’est pas un droit, mais une fonction biologique. (…) L’exiger pour tous au nom de la “justice sociale” comme le revendique Marlène Schiappa est parfaitement absurde. » Cette phrase n’est pas extraite d’un tract de la Manif pour tous ou d’un discours de Laurent Wauquiez, mais d’un éditorial du journaliste Gérard Biard dans le Charlie Hebdo de la semaine dernière. L’hebdomadaire satirique a fait sensation en prenant fermement position contre l’extension de la procréation médicalement assistée (PMA). En plus de cet éditorial et de dessins éloquents, on y trouvait une interview de Jacques Testard. L’inventeur du « bébé-éprouvette » mettait en garde contre l’eugénisme. La PMA, un marqueur de gauche destiné à faire avaler la pilule des réformes économiques ? Une opinion de moins en moins évidente.

« Débat sur la question : rien. Néant. Nada. Comme si être de gauche et soutenir la reproduction artificielle de l’humain allaient nécessairement de pair », s’étonnait Alexis Escudero dans son livre La reproduction artificielle de l’humain (Le monde à l’envers) paru en 2014. Dans cet essai, le membre du collectif technocritique grenoblois « Pièces et main d’œuvre » fustigeait le « chantage » à l’homophobie qui empêche la gauche de réfléchir sur le sujet de la PMA. Il s’érigeait contre la fabrication des humains en laboratoire, la soumission du couple à l’expertise médicale, la transformation de la procréation en marchandise et l’eugénisme qui en découle. Il dénonçait « cette gauche cyberlibérale [qui] travestit le combat pour la liberté individuelle en apologie de la liberté marchande ». Radicalement opposé à la technicisation de l’engendrement, il prônait la « PMA pour personne ».

Escudero n’est pas le seul à gauche à trouver que l’extension de la PMA n’est pas forcément un progrès. Chez les écolos, José Bové, en disciple du penseur de la décroissance Jacques Ellul, a marqué fermement son opposition au nom même de son engagement écologique : « À partir du moment où je conteste les manipulations génétiques sur le végétal et sur l’animal, il serait curieux que, sur l’humain, je ne sois pas dans la même cohérence », déclarait le faucheur d’OGM en 2014. Outre la grande tradition technocritique toujours vivante, c’est la lutte contre la marchandisation qui gouverne certains opposants de gauche à la PMA. Ceux-ci voient dans l’extension d’un « droit à l’enfant » la porte ouverte à une possible légalisation de la GPA, soit un asservissement et une extension du domaine du libre-échange au corps des femmes. C’est le cas du philosophe Michel Onfray, qui prévient : « Au nom de l’égalité, nous allons vers la prolétarisation des utérus des femmes les plus pauvres. »

Rares sont ceux à gauche qui emploient l’argument anthropologique de la filiation, qui semble le monopole de la droite catholique. La philosophe Sylviane Agacinski s’y est pourtant risquée, affirmant la nécessité d’une filiation sexuée. Tout comme la sociologue Nathalie Heinich.

Un autre argumentaire est repris à gauche contre la PMA : celui de la rhétorique libertaire qui dénonce un embourgeoisement de la cause homo, passé du « Familles je vous hais » gidien au « Familles pour tous » taubirien. Ainsi la féministe Marie-Jo Bonnet, fondatrice des « Gouines Rouges », critiquait-elle dans son essai Adieu les Rebelles le ralliement de la cause homosexuelle à l’idéal familialiste. « En réalité, c’est la reconnaissance de l’homosexualité dans sa spécificité qui est niée, puisqu’il s’agit désormais pour les homosexuels de rentrer dans le rang (hétérosexuel). L’impossibilité d’avoir des enfants est une limitation intrinsèque qu’il faut accepter », déclarait-elle au Figaro. Argument repris par Gérard Biard dans Charlie Hebdo : « Ne serait-il pas plus simple, et pour le coup plus juste, d’avoir enfin le courage politique de dire que ne pas avoir d’enfant(s) n’est pas une maladie bien grave ? »

France — le ministre de l'Éducation Blanquer bouscule la « gauche pédago »

L’homme du « prédicat », ce concept grammatical arrivé à l’école primaire et au collège en 2016, a démissionné. Michel Lussault, président du Conseil supérieur des programmes (CSP), l’instance qui a réécrit les programmes de la maternelle à la 3e [secondaire], s’en prend vivement au ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer (ci-contre), qu’il n’hésite pas à qualifier de « réactionnaire » et dont il dénonce les annonces « souvent unilatérales et idéologiques ». Au-delà, c’est bien deux visions de l’école qui s’affrontent. Tandis que Michel Lussault est devenu le symbole du « pédagogisme », Jean-Michel Blanquer met l’accent sur les « fondamentaux » et la méthode de lecture syllabique. « Je suis dans un travail d’organisation de l’Éducation nationale pour que tous les enfants sachent lire, écrire, compter et respecter autrui à la sortie de l’école primaire. Si ça gêne M. Lussault, ce n’est vraiment pas grave qu’il s’en aille », a-t-il réagi, cinglant.

Le géographe Michel Lussault, homme revendiqué de gauche et nommé par la controversée ancienne ministre de l’Éducation Nadjat Blekacem, s’en prend vivement au ministre de l’Éducation actuel, Jean-Michel Blanquer, qui, explique-t-il, par des « annonces souvent unilatérales et idéologiques », « prend grand soin » de se présenter comme « l’anti Najat Vallaud-Belkacem ». Un ministre que Michel Lussault n’hésite pas à qualifier de « réactionnaire » ou tout au moins « trop complaisant par rapport à des gens qui inventent une école de la République qui n’a jamais existé ». « J’aimerais que le modèle de l’école de la République ne soit pas celui de l’école jésuite », lâche-t-il encore, ciblant un camp de l’élitisme et de la sélection, à qui il oppose celui des partisans de « la connaissance pour tous », dans les rangs desquels il se range. « La bataille entre les tenants et les adversaires d’une démocratisation scolaire […], qui se joue depuis les années 1960, n’est pas tranchée », clame Michel Lussault. Au risque de tomber dans les clivages caricaturaux que, précisément, il dénonce…

Face à ces propos, le ministre, lui, a la riposte cinglante. « Je suis dans un travail d’organisation de l’Éducation nationale pour que tous les enfants sachent lire, écrire, compter et respecter autrui à la sortie de l’école primaire. Si cela gêne M. Lussault, ce n’est vraiment pas grave qu’il s’en aille », a rétorqué sur RTL Jean-Michel Blanquer, dénonçant au passage les « termes outranciers » de son pourfendeur. Ce dernier a en effet estimé que la présence du ministre « à la une de médias comme Causeur ou Valeurs actuelles » était destinée à satisfaire « quelques bas instincts d’une clientèle politique ».


Deux visions de l’école qui s’affrontent. Et un jeu de symboles. Géographe, auteur d’un récent ouvrage intitulé Hyper-lieux. Les nouvelles géographies politiques de la mondialisation, Michel Lussault, nommé en 2014 à la tête du Conseil supérieur des programmes par l’ancienne ministre Najat Vallaud-Belkacem, a fait de cette instance un nid à polémiques. À tort ou à raison, il reste associé à la première version des programmes — bien vite revue au regard du flot de critiques — qui faisait la part belle au jargon pédagogiste et reléguait, en histoire, les Lumières au rang des thèmes facultatifs. La version finale de ces nouveaux programmes, entrés en vigueur en 2016, a conservé le fameux prédicat, auquel son nom reste associé. Face au fougueux Lussault, l’austère Blanquer. Agrégé de droit, ancien recteur, ex-numéro deux de la Rue de Grenelle (le ministère de l’Éducation nationale) sous l’ère Nicolas Sarkozy, il se refuse à élaborer, depuis son arrivée à la tête du ministère sous la présidence de Macron, une énième loi sur l’éducation, tout en montrant clairement le changement de cap. Accent sur les « fondamentaux », mise en place d’évaluations nationales en CP [1ere année du primaire] et en 6e, davantage de chronologie en histoire et en littérature, maîtrise des quatre opérations mathématiques dès le CP et le CE1… Des annonces qui promettent d’entacher l’œuvre du professeur Lussault. Pour asseoir la méthode de lecture syllabique, le ministre se réfère aux neurosciences, quand l’ex-patron du Conseil des programmes explique qu’il ne faudrait pas oublier « la psychologie, la sociologie, l’histoire de l’Éducation ».

Adieu, prédicat, EPI [projet « transversal » mêlant plusieurs disciplines] et déplacements en milieu aquatique profond… Le président du Conseil des programmes, Michel Lussault, dernier héritage de l’ère Vallaud-Belkacem, symbole du pédagogisme, professeur doué d’une évidente disposition pour les périphrases jargonnantes dont il avait truffé les programmes, a démissionné. Ceci pour « envoyer un message au ministre », qui aurait « franchi quelques limites ». On ne peut qu’applaudir. Au geste d’abord : le départ de l’homme qui n’aimait pas la grammaire, voulait supprimer les classes bilangues, le latin et le grec, ou troquer l’enseignement obligatoire de l’histoire de la chrétienté médiévale contre celui des origines de l’islam, ne fera pas de tort à la communauté éducative. Au constat ensuite : Jean-Michel Blanquer a en effet franchi — de manière assez inhabituelle dans l’Éducation nationale — une ligne rouge : il est résolument passé du côté du bon sens. Depuis son arrivée Rue de Grenelle, le ministre décline un programme solide qu’il a construit au fil de sa carrière et abondamment défendu dans ses ouvrages, de sorte qu’il ne prend personne de court : culture de l’évaluation, enseignement des « fondamentaux », approche chronologique en histoire et en littérature, maîtrise des quatre opérations mathématiques en CP et CE1, suppression de la méthode globale, du prédicat et des rythmes scolaires… Une entreprise inespérée après tant d’années de règne du pédagogisme qui lui vaut le qualificatif de « brutal »… Jean-Michel Blanquer satisfait-il de cette façon les « bas instincts » des « réactionnaires », comme le proclame Michel Lussault ?

Priorité aux banlieues ?

Notons que d’aucuns pensent que les mesures du nouveau ministre Blanquer visent principalement les banlieues (les « zones d’enseignement prioritaire », ZEP). Extraits de cette tribune à contre-courant.
Puis, de 2007 à 2009, [le nouveau ministre Blnaquer] devient recteur de l’Académie de Créteil et c’est lui l’initiateur des 20 000 places d’internats d’excellence réservées aux élèves issus de l’immigration, politique mise en cause à la fois par l’Inspection générale et par la Cour des comptes, d’une part en raison de l’atteinte au principe d’égalité, d’autre part en raison du coût prohibitif du projet, les dépenses induites dépassant tous les délires — JM.BLANQUER proposait même de rémunérer les élèves !

Toujours à ce poste, il est à l’origine des « conventions d’éducation prioritaire » qui dispensent les élèves relevant de la politique de la ville et des ZEP du concours de recrutement pour intégrer Sciences Po, l’admission se faisant — pour eux seulement — sur dossier.

A la suite de controverses sur cette politique, il abandonne ce poste en 2009 et devient directeur général de l’enseignement scolaire au ministère de Luc Chatel jusqu’en 2012.

Dans cette fonction, Jean-Michel BLANQUER supprime 80 000 postes d’enseignants et met en œuvre la réforme du lycée qui constitue une véritable révolution culturelle puisqu’elle repose entre autres, sur :

  • Un appauvrissement des contenus matérialisé par une réduction importante des horaires de cours remplacés par des pédagogies de projet …. 
  • Une autonomie des établissements scolaires non plus dans le cadre d’une déconcentration, mais d’une décentralisation où il n’y a pas d’obligation de résultat, mais seulement de moyens, à savoir des activités en remplacement des cours, 
  • Une désagrégation de la transmission de la culture française avec une survalorisation de la LVE (langue étrangère, en réalité c’est l’anglais) au détriment du français.

[...]

De 2013 à 2016, il devient directeur général de l’ESSEC, École en pointe pour la politique d’« éducation prioritaire » et à l’origine d’une multitude de dispositifs en faveur des élèves des ZEP. 500 000 d’entre eux ont déjà bénéficié de ces différents dispositifs.

Outre ce cursus, il faut signaler que JM.BLANQUER est très proche de l’Institut Montaigne, Institut proche des milieux libéraux optimistes face à la mondialisation.

D’ailleurs, il appartient au comité directeur d’« Agir pour l’école », organisation satellite de l’Institut Montaigne dédié à l’école élémentaire qu’il a aidée pour lancer un projet « lecture » dans les écoles des quartiers populaires « voulant sauver les gamins des banlieues en contournant — ce qu’il considère comme — les “archaïsmes de l’école publique” !

Pour cette année, les classes de CP (cours préparatoire) sont dédoublées, mais pour les REP+ seulement, sachant que les REP+ sont les “réseaux d’éducation prioritaire renforcés” dans lesquels sont scolarisés ceux que nos gouvernants appellent les “migrants” et ce que le système éducatif appelle les “élèves allophones nouvellement arrivés”. 2500 classes et 2500 postes sont redéployés, à raison de 12 élèves par classe, ce qui fait un total de 60 000 élèves, sachant qu’à la rentrée 2018, seront également dédoublées les classes de CP (cours préparatoire) et de CE1 des REP et des REP+ (1100 en tout sur le territoire national) : 12 000 classes seront concernées, à raison de 12 élèves par classe, ce qui donne un total de 144 000 élèves.

Dans ces classes seulement, ce dédoublement est accompagné du maintien du dispositif “plus de maîtres que de classes” et de “la qualité de la pédagogie déployée dans ces classes… enjeu majeur” a bien précisé JM. BLANQUER, son objectif étant de “garantir pour chaque élève, à la sortie du CP, l’acquisition des savoirs fondamentaux”.

Rappelons que, pour nos enfants, cet objectif doit être atteint seulement fin de 3ème !

[...]

JM.BLANQUER rétablirait un véritable enseignement du latin et du grec ? En réalité, Il n’a pas dit qu’il revenait sur l’incorporation, par NV BELKACEM, du latin et du grec dans les “enseignements pratiques interdisciplinaires”, il a simplement déclaré : “les établissements qui le souhaitent peuvent faire évoluer l’organisation par la mise en place d’un véritable enseignement du latin et du grec”, c’est-à-dire qu’en réalité, ceux qui veulent continuer à faire cours peuvent le faire, il s’agit d’un simple assouplissement : il n’organise pas le rétablissement du latin et du grec, il ne prend aucune décision à cet égard et notamment, il n’envisage pas le rétablissement du CAPES de lettres classiques supprimé en 2013.

Au cours de son entretien à “Valeurs actuelles” du 31 août 2017, nous apprenons que “des cérémonies de remise des prix existent dans certains cas,” dit JM.BLANQUER “pudiquement” au journaliste qui l’interroge… il oublie seulement de préciser que c’est uniquement dans les REP puisque c’est uniquement dans ce cadre, que l’excellence est recherchée.


Voir aussi

France — Le “prédicat” ou la grammaire réinventée, où l’on reparle du Québec [où ce concept peu utile en grammaire est enseigné depuis plusieurs années. Notons qu’en France l’introduction du “prédicat” retardait désormais l’apprentissage du COD/COI essentiel aux accords des participés passés.]