mercredi 1 novembre 2017

Québec, faiblesse en français et valorisation de l'anglais

Nous l’avons déjà mentionné, le nombre d’heures de français (et de matière donnée en français) a sensiblement diminué ces dernières années pour faire place à plus d’anglais, on apprend que pour la majorité des élèves qui décrochent en cinquième secondaire, c’est leur échec en français qui les éloigne de leur diplôme. (Voir aussi Quatre cents heures d’anglais de plus, centaine d’heures de français de moins ?)

La société d’État Radio-Canada nous apprenait le 18 septembre dernier qu’en 2016, la moitié des futurs enseignants québécois avaient échoué le « test de certification en français écrit pour l’enseignement ».

Un enseignant nommé Sylvain Dancause dont le carnet est relayé par le Journal de Montréal mentionne « l’éléphant dans la pièce » (pour employer un calque de l’anglais !), le problème évident et pourtant tabou, soit la valorisation de plus en plus grande accordée à la maîtrise de la langue anglaise et son corollaire, la valorisation de moins en plus moins grande accordée à la maîtrise de la langue française dans le système d’éducation québécois.

M. Dancause affirme tout simplement que la l’importance de plus en plus grande accordée à toujours plus d’anglais depuis le primaire pour finir par un cégep envoie un message subliminal qui résonne fort chez les jeunes et leurs parents : « l’anglais c’est full important, le français ça ne l’est pas ».

M. Dancause ne manque pas de noter que la Politique sur la réussite éducative, dévoilée par le Ministre Proulx en juin 2017, est muette comme une carpe quant à la maîtrise du français chez les élèves du secondaire.

Extraits du billet de M. Dancause :

[...]

J’ai lu la grande nouvelle de la semaine passée : « À leur premier essai, près de la moitié des futurs enseignants québécois ont échoué à l’examen de français obligatoire pour l’obtention de leur brevet d’enseignement l’an dernier. »

[...]

[J] » ai lu à maintes reprises qu’il fallait augmenter la cote R (ingard) des étudiants admis au baccalauréat en enseignement. À ce propos, je partage en partie l’idée de Paul Journet qui affirme que « l’idée n’est pas inintéressante, mais son effet serait limité. » De mon côté, je considère que la plupart des qualités d’un excellent enseignant n’ont rien à voir avec la cote R.

Bref, tout comme Patrick Lagacé, « je refuse donc de jeter la pierre à ces enseignants : ils sont le produit d’une culture qui se fiche de l’école... »

Néanmoins, j’ajouterais un petit quelque chose : ils sont aussi le produit d’une culture qui se fiche de sa propre langue.

Le français, qu’ossa donne ?

J’aimerais vous souligner un détail important dans toute cette histoire : ces jeunes enseignants sont passés dans nos écoles au cours des années 2000. So what?
Vous avez remarqué la modification de l’offre de service des écoles depuis une quinzaine d’années ? La multiplication des projets particuliers est effarante. Le menu offert passe par toute la gamme des sports, des arts et de la technologie.

Toutefois, le domaine qui a connu la plus grande progression est sans aucun doute celui des programmes de langues (lire ici d’anglais). Force est de constater que le francophone colonisé est un fan de la langue de Shakespeare.

L’anglais intensif a fait son apparition au primaire. Au secondaire, il y a une panoplie de programmes que j’appellerais « variation sur un même thème » : anglais plus, anglais enrichi, EESL, etc. Sachez que certains programmes au secondaire offrent aux élèves des cours d’anglais à raison du tiers de leur horaire.
Vous croyez cela suffisant ? Non. « Une majorité de Québécois, même chez les francophones, est favorable à un assouplissement de la loi 101 pour faciliter l’accès aux écoles anglaises au primaire et au secondaire. »

Je sais, l’anglais, c’est full important. Par contre, comme société, vous voyez le message subliminal envoyé à nos enfants ? [kcuf el siaçnarf] Vous voyez le déséquilibre quant à l’importance accordée à l’enseignement de notre langue seconde par rapport à notre langue maternelle ?

Vous avez vu des publicités d’écoles qui font l’apologie de leur super programme de français enrichi ? Est-ce qu’on vous a déjà fait la promesse (comme argument de vente) que votre enfant découvrira les grands auteurs francophones ? Vous connaissez une école qui insiste sur l’importance de la production littéraire dans l’offre de ses cours ?

J’entends votre silence.

Je ne veux surtout pas en rajouter, mais « alors que le nombre de cégépiens faibles en français ne cesse d’augmenter, la politique sur la réussite éducative reste muette sur les objectifs et mesures à mettre en place pour améliorer la maîtrise du français chez les élèves du secondaire. »

Le plus sérieusement du monde, les hautes instances universitaires demandent depuis deux ans au ministère de l’Éducation de restreindre à quatre le nombre de passations à l’examen de français : « On ne veut pas que les étudiants le réussissent à l’usure. On veut qu’ils comprennent l’importance qu’on accorde à la qualité de la langue. »

Are you kidding me?

Les jeunes habitants de mon « village d’enseignants » ne sont pas différents de ceux des autres villages. Très tôt, ils assimilent le message envoyé par leur société à l’égard de leur langue maternelle.

Albert Camus disait : « Ma patrie, c’est la langue française ». Eh bien, ma patrie à moi, elle est maganée et elle rêve en anglais.

L’ingénieur Pierre Cliche est revenu sur cette fascination (et culpabilisation constante) des francophones pour l’anglais au Québec (extraits) :
Dimanche dernier, à l’émission Tout le monde en parle, l’entrepreneur Mitch Gerber a mis en opposition les statistiques suivantes : alors que 80 % des Anglo-Québécois parleraient le français, seulement 40 % des Québécois francophones parleraient l’anglais. Souhaité ou non par M. Gerber, le résultat de cette boiteuse comparaison est le même : le constat que les Québécois francophones sont encore et toujours les cancres de la classe dans le domaine linguistique. Serait-ce une autre façon pernicieuse de nous asséner ce foutu « speak white » dont nous n’arriverons jamais à nous libérer, semble-t-il ?

La comparaison de M. Gerber, dont le fondement est vicié, aurait pu s’énoncer de façon tellement plus pertinente si ce dernier s’en était donné la peine ou en avait eu la volonté. Formulé autrement, voici ce que cela aurait pu donner : alors que les Franco-Ontariens (à 500 000, presque aussi nombreux que les Anglo-Québécois) et les Acadiens parlent pratiquement tous anglais, il n’y a que 80 % des Anglo-Québécois qui parlent français. Ou encore : alors que 40 % des Québécois francophones parlent anglais, moins de 10 % des anglophones hors Québec parlent le français. Ainsi énoncées, ces comparaisons donnent un portrait éminemment plus fidèle et surtout plus juste de nos compétences linguistiques qui, vues sous cet angle, se comparent très avantageusement avec la plupart des peuples.

[...]

Cela étant posé, il serait peut-être temps de cesser de nous faire croire que 100 % des Québécois francophones sont ou devraient être mus par un mystérieux attrait irrésistible pour l’apprentissage de l’anglais. Si tel était le cas, nous serions bien le seul peuple sur Terre à avoir collectivement un tel engouement qui ferait de nous, linguistiquement parlant, un peuple élu. Malheureusement, la réalité étant toute autre, efforçons-nous donc d’être tout simplement un peuple normal et heureux de l’être.

Ce constat établi, j’aimerais que l’on me dise pourquoi un Québécois francophone, au même titre qu’un Anglo-canadien, qu’un Français ou qu’un Italien, ne pourrait pas vivre une vie agréable et satisfaisante même s’il ne se sent pas tenu à apprendre une autre langue, poussé par une des nombreuses motivations qui incitent habituellement certaines gens à le faire ? Ce Québécois n’est pas pour autant moins honorable et respectable que les bilingues et trilingues qui ont fait ce choix par ambition professionnelle, par sens pratique, ou simplement par goût ou curiosité des autres langues et des autres cultures.

Bien que libéré depuis belle lurette de toute forme de colonialisme (britannique ou anglo-canadien), il est étonnant et navrant de voir à quel point les Québécois francophones souffrent toujours de ce qu’on pourrait qualifier de « colonialisme linguistique » lorsqu’il est question de l’anglais. Cette incapacité que nous avons d’en évaluer froidement sa nécessité et sa pertinence, cela, en tenant compte des goûts, aspirations et besoins de chacun est désolante et fausse le débat sur son importance et sa nécessité dans nos vies personnelles respectives. Malgré le contexte linguistique particulier du Québec, il serait tellement plus souhaitable de faire en sorte qu’il soit possible de vivre et de travailler en français au Québec, et ce, sans que ce soit un handicap pour les unilingues francophones.

Pourtant, bilingues (français, anglais) à 40 %, les Québécois francophones sont parmi les peuples les plus bilingues de la planète. Mais cela sera toujours insuffisant aux yeux des anxieux et des complexés de la langue. Malheureusement, la normalité n’est pas suffisante pour ces gens-là.





dimanche 29 octobre 2017

Effet d'écrémage lié à la liberté scolaire : faible ou déjà présent

Les opposants à la liberté scolaire soutiennent que celle-ci encourage le départ des meilleurs élèves du secteur public pour se réfugier dans les écoles privées (ou aujourd’hui les écoles publiques à vocation particulière). C’est ce qu’on nomme l’écrémage. Pour ces détracteurs du libre choix, cet écrémage empirera les résultats de ceux qui restent dans les écoles publiques. Apparemment, l’amélioration des résultats de ceux qui partent est chose moins importante.

Mais quelle est l’ampleur de cet effet d’écrémage lié à une plus grande liberté scolaire ?

Trois chercheurs (Altonji de Yale, Huang de l’Université nationale de Taïwan et Taber de l’Université du Wisconsin) se sont penchés sur cette question. Ils ont développé un modèle économétrique pour étudier l’effet d’écrémage d’hypothétiques programmes de coupons (bons scolaires, « vouchers ») sur le taux d’obtention du diplôme d’études secondaires et d’autres résultats des étudiants qui resteraient à l’école publique. Leurs travaux aboutissent à prévoir de faibles effets (plutôt négatifs) liés à cet écrémage et ces résultats sont constants pour une grande variété de paramètres.

Pour le chercheur Patrick Walsh, la population scolaire de chaque école publique est déjà nettement plus homogène que la population générale puisque le bassin scolaire de ces écoles est géographique et donc relativement homogène socioéconomiquement. Les écoles publiques aux mauvais résultats scolaires sont déjà homogènes et déjà écrémées. L’impact négatif d’un libre choix supplémentaire vers le privé est donc grandement exagéré. Dans ces circonstances, pour que l’écrémage aboutisse à un retard d’un semestre en mathématiques (retard mesuré lors de tests), le déficit dû à l’absence des meilleurs devrait être aussi fort que l’augmentation de la taille des classes de 8 à 20 élèves, une importance qui ne semble pas réaliste.


Les oubliés du 375e : Jeanne Mance, Chénier, de Gaulle, Dollard et de Maisonneuve passés à la trappe

Extraits d’un texte de Gilles Proulx sur les oubliés des commémorations, ou plutôt des festivités, du 375e anniversaire de la fondation de Montréal. Gilles Proulx est l’auteur de Nouvelle-France : Ce qu’on aurait dû vous enseigner paru aux éditions du journal en 2015.

En voyant le prestigieux nouveau parc sur le boulevard urbain Robert-Bourassa, je me suis dit : c’est beau, mais qu’y a-t-il de montréalais là-dedans ? Encore une fois, Montréal préfère ériger des monuments qui ne parlent PAS de sa personnalité ou de sa propre histoire. Encore une fois, notre ville est parvenue à oublier d’honorer ses fondateurs : Jeanne Mance et de Maisonneuve. Pour un anniversaire, c’est très ironique.



Montréal fête sa fondation en 1642, oui... mais sans la commémorer concrètement et en ignorant ses fondateurs, Jeanne Mance et Paul de Chomedey de Maisonneuve, comme si on en avait honte !

Les grandes et impressionnantes œuvres appelées Source et Dentrites, en vedette dans le nouveau parc qui remplace un tronçon désuet de l’autoroute Bonaventure (bon débarras !), je n’ai rien contre... mais ces réalisations modernes ne nous rappellent rien de typiquement montréalais. Elles seraient chez elles n’importe où dans le monde. Ce n’est pas la « modernité » ou la « diversité » ou Dieu sait quelle valeur superficielle à la mode du jour qu’il faut célébrer, c’est Montréal elle-même, notre ville... en ce qu’elle a d’unique ! La modernité et la diversité, on les célèbre tous les jours, chaque heure, chaque minute, chaque seconde ; pas besoin de confisquer le 375e pour nous les recracher au visage une millionième fois !

Oubliés, Jeanne Mance et de Maisonneuve. Ça aurait pourtant été l’endroit idéal pour les honorer par un monument prestigieux : à l’entrée du centre-ville, pour faire le lien entre 1642 et le dynamisme d’aujourd’hui. Les automobilistes et les travailleurs qui pique-niquent auraient alors vu ces deux grands obstinés qui ont relevé le défi que leurs compatriotes jugeaient « suicidaire » de bâtir une ville là où ils risquaient de se faire massacrer. Mais pour cela, il faut avoir une conscience historique, ce que nous n’avons pas. Pourtant, lorsque ce Journal a décidé de publier mon livre Nouvelle-France : l’histoire que l’on n’enseigne plus, quelque 15 000 exemplaires se sont vendus... comme quoi il y a une demande !

De Gaulle : l’autre oublié

À l’hôtel de ville, notre maire, si énergique soit-il, n’a pas eu le courage de perpétuer tangiblement l’événement marquant du discours du général de Gaulle, il y a de cela 50 ans. Une statue grandeur nature du général prononçant son discours sur le balcon serait une attraction touristique (que nous ne verrons jamais, bien sûr). Un hideux obélisque en granit appelé « Hommage à Charles de Gaulle » dans le parc Lafontaine témoigne de notre indigence culturelle et de notre impuissance à honorer... sauf l’amiral Nelson bien sûr, glorieux sur sa colonne en pleine place Jacques-Cartier où il n’y a même pas de statue honorant Jacques Cartier lui-même ! Nelson, je le déménagerais sur un îlot de gazon près de la rue Trafalgar, du nom d’une bataille qu’il a gagnée et qui l’a rendu célèbre — Pierre Bourque avait eu cette bonne idée. Sur la colonne, je placerais une belle grande statue de Cartier, pour surplomber la place.

Au moins, Denis Coderre pourrait annoncer que le balcon sera baptisé « balcon du général » ou inaugurer une plaque, mais ne nous attendons à rien de la part d’un premier magistrat qui a interdit l’utilisation de l’escalier de l’hôtel de ville à ceux qui commémoraient (en marge des célébrations officielles cautionnées) ce moment où le Québec a fait irruption sur la scène internationale après deux siècles d’invisibilité. De Gaulle voulait acquitter la « dette de Louis XV » que la France a contractée envers le Québec en l’abandonnant. Et c’est bien sûr en 1967, la plus glorieuse année pour Montréal, avec l’Expo universelle qui fracassait tous les records de popularité, que le grand Charles est venu nous reconnaître. Aussi, on oublie de « meubler » le pont du bout de l’île qui porte son nom, question de l’embellir.

[...]

Chénier, disparu

Cela fait deux ans au moins que la statue du patriote Jean-Olivier Chénier a été retirée de son emplacement pendant la réfection du square Viger le long de la rue Saint-Denis. Déjà, des vandales avaient dérobé le « fusil » que tenait ce héros... fusil que l’on ne remplaçait pas au nom du « pacifisme »... Ce n’était que la première étape vers l’oubli. Adieu, Chénier. Combien de mes lecteurs savent qui tu es ? Voilà ce qui arrive quand on est le héros d’un peuple d’oublieux.

Dollard, le négligé

Dollard des Ormeaux est mort héroïquement pour sauver Montréal... mais la ville qui lui doit l’existence se complaît à le snober. Que voulez-vous ? Dollard était un Français. S’il avait été un Anglais, son nom serait partout ! Regardez le gagnant Amherst qui a pollué notre toponymie pendant deux siècles !

Plaques volées et oubliées

Depuis plusieurs années, je « crie dans le désert » pour dénoncer la disparition de plaques commémoratives de cuivre (volées pour le prix du métal) que personne ne remplace. Et quant à certaines plaques épargnées par les voleurs, elles sont dans un état lamentable, même en plein Montréal touristique. La plaque honorant Antoine de Lamothe-Cadillac sur le McDonald près du palais de justice a disparu. Celle rappelant l’emplacement de la Cour martiale non loin de l’actuel journal La Presse a elle aussi été dévissée. Même chose pour la plaque commémorant Lambert-Closse. Quant à celle de l’ambassadeur Joncaire, elle est usée à la corde, presque illisible. Comme si la ville se disait : « Bof ! C’est privé. Qu’ils s’arrangent avec ! »

Un Québec à l'avenir radieux : l'euthanasie pour tous ?

Un texte de Mathieu Bock-Côté qui rejoint notre analyse à la suite de la décision de la Cour suprême du Canada sur le sujet (voir Suicide assisté : décision disproportionnée de la Cour suprême dans ses effets prévisibles et potentiels ?)

Au moment de passer la loi sur le suicide assisté, pompeusement appelée « mourir dans la dignité », ses promoteurs soutenaient fièrement que les critères pour accéder aux « soins de fin de vie » étaient rigoureux et n’allaient pas changer de sitôt. L’euthanasie demeurerait une exception. Il aura fallu très peu de temps pour que cette promesse se dissipe, comme si elle n’avait jamais été faite. Est-ce parce que les promoteurs de l’euthanasie ont menti ? Peut-être. Peut-être est-ce aussi parce que cette loi a sa propre logique et qu’une fois qu’on accepte la possibilité du suicide assisté, on en vient rapidement à le banaliser ?

Banalisation

Quoi qu’il en soit, nous y sommes. On entend désormais de plus en plus de gens en appeler à ouvrir le suicide assisté aux victimes de la maladie d’Alzheimer. Et on doit s’attendre à ce que, dans les années à venir, les catégories candidates au suicide assisté se multiplient. On pourra se faire une idée de l’avenir qui nous est réservé en consultant un dossier sur l’euthanasie aux Pays-Bas, réalisé par Alain Crevier, de l’émission Second regard, à Radio-Canada, paru vendredi dernier sur Internet. On y apprend que, dans ce pays, l’euthanasie a été banalisée à un point tel qu’il s’agit d’une « façon normale de mourir ». On peut même y bénéficier du suicide assisté dans des cas de démence ou même dans des cas graves d’alcoolisme. Le critère déterminant, nous dit Crevier, c’est la souffrance. L’euthanasie est disponible pour les enfants malades de 12 ans ou plus. Et on se demande si on peut l’étendre aux moins de 12 ans. Il en faudrait moins que cela pour qu’on se dise en plein délire. Pour reprendre les mots du philosophe Christian Saint-Germain, notre civilisation est dans la logique de « l’euthanasie proactive ». Mais rien de tout cela n’est surprenant, en fait. Car à partir du moment où nous transformons le suicide assisté en droit fondamental, on est naturellement amené à en faire le droit capital. L’homme n’est-il pas en droit, dès lors, de quitter ce monde dès qu’il le juge insupportable ? N’est-il pas maître de son destin ? Et puisque la souffrance extrême sur cette terre n’est pas exclusivement physique, puisqu’elle peut être morale, n’en viendrons-nous pas, un jour, à réclamer l’euthanasie sur demande, sans même avoir à nous justifier ? C’est même inévitable. On me répondra que cette proposition n’est pas sur la table. Rien n’interdit pourtant de penser qu’elle le sera dans une quinzaine d’années. Il était bien hasardeux de transformer le suicide en droit social financé par l’État.

Barbarie


Nous subissons une telle révolution des mentalités en ce moment que ce qui semblait inconcevable la veille peut devenir évident le lendemain. Il pourrait bien y avoir demain, au Québec, des cliniques « médicales » où la mort sera vendue comme un service parmi d’autres. On accusera ceux qui afficheront quelques réserves devant ce progrès de manquer de cœur et d’être réactionnaires. Les valeurs se renversent, les repères moraux aussi. Les médecins donnent la mort. Et nous nous croyons privilégiés.

Source : le Journal de Montréal

La Sûreté du Québec a saisi des jujubes contenant du cannabis


MONTRÉAL — À l’approche de l’Halloween, les autorités dans le nord du Québec mettent la population en garde contre des oursons en gélatine contenant du cannabis.

La Sûreté du Québec a récemment intercepté une livraison de ces jujubes recelant des drogues dans un véhicule en direction d’une des communautés cries du territoire de la Baie-James.

Le corps de police local et le conseil de la santé ont signalé dans un communiqué conjoint que ces friandises contenaient du THC, une substance que l’on retrouve dans le cannabis.

Les autorités disent ignorer la quantité de drogue dans chaque jujube, mais elles soulèvent un risque d’empoisonnement.

Un porte-parole de la Sûreté a confirmé la récente saisie, mais a précisé que l’enquête montre que les bonbons ne sont pas destinés à être distribués le soir de l’Halloween.

Le sergent Daniel Thibaudeau invite tout de même les parents à vérifier avec soin ce que reçoivent leurs enfants.

Source : La Presse canadienne

Voir aussi : La police de Laval saisit des jujubes contenant du cannabis (2015)

L'IRIS et la ségrégation scolaire...

Texte de Alexandre Moreau est analyste en politiques publiques à l'Institut économique de Montréal. Il signe ce texte à titre personnel.

Ces derniers jours, des commentateurs ont qualifié de « ségrégation » le fait qu’un nombre grandissant d’élèves du secondaire, soit près de 40 %, fréquentent des écoles privées ou des programmes particuliers dans des écoles publiques. Certains ont même utilisé le terme « apartheid »... Ils affirment aussi que cela nuit à la réussite des élèves. Nonobstant le choix de mots douteux, et si c’était le contraire?

Quelle ségrégation?

Quelle est cette « ségrégation scolaire » qui prévaudrait au Québec, et qui en sont les auteurs? Des parents qui font des efforts supplémentaires pour aider leurs enfants à s’accomplir. Certains font le choix d’écoles publiques à programmes ou vocations particulières, tandis que d’autres privilégient l’école privée et font un sacrifice financier personnel afin d’offrir à leurs enfants ce qu’ils considèrent être la meilleure éducation possible.

Il existe pourtant de réelles injustices dans notre système scolaire, bien plus dommageables. Par exemple, au Québec, le code postal dicte généralement l’école que les enfants devront fréquenter. Les parents d’élèves désirant fréquenter une autre école peuvent tout de même faire une demande auprès de leur commission scolaire. Cela s’appelle le « libre choix », dans le jargon scolaire.

Le « libre choix » à l'école publique...

Cependant, les places en « libre choix » sont limitées, de sorte que l’acceptation n’est pas garantie. Des élèves qui fréquentent une école depuis plusieurs années peuvent même s’en voir expulsés, même lorsque les classes ont recommencé.

Les défenseurs à tout crin de l’école publique unique et uniforme devraient se demander pourquoi des parents vont jusqu’à falsifier leur adresse pour éviter l’école de leur quartier; pourquoi les places dans des programmes particuliers qui, manifestement, répondent aux besoins et aux désirs des parents et des élèves, doivent être attribuées au hasard; pourquoi, plus simplement, les commissions scolaires demeurent toujours incapables de s’ajuster aux demandes des parents, et décident pour eux de ce qui est le mieux pour leurs enfants?

Ce n’est pas moins de choix dont les parents et les élèves ont besoin, mais plus.

Pourtant, la réussite scolaire augmente

Pour justifier la fin de la « ségrégation », l’IRIS lui attribue la baisse du taux de réussite des élèves du réseau public lors des épreuves uniques du ministère, un taux qui est passé de 91,8 % à 83,6 entre 2011 et 2015.

Il y a quatre faiblesses dans l’utilisation de cette statistique. La première est qu’il s’agit d’un échantillon relativement court en durée; la seconde est que les examens du ministère portent sur des matières précises et qu’elles ne disent pas si l’élève a finalement obtenu son diplôme ou après combien de temps; la troisième est que la variation dans les taux de réussite peut s’expliquer par le fait que le contenu des examens change d’année en année; la quatrième est que ces statistiques ne tiennent pas compte de l’importante croissance du taux d’élèves handicapés ou élèves en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage (EHDAA).

D’une part, il est faux de croire que le secteur privé pratique une forme d’écrémage, laissant ainsi le secteur public avec l’ensemble des élèves en difficulté. Dans l’ensemble du réseau privé, le taux global d’élèves EHDAA a presque doublé en 5 ans pour atteindre 13 % l’an dernier, comparativement à 22 % dans le réseau public. Le secteur privé fait donc sa part. D’ailleurs, près du quart des élèves considérés comme EHDAA dans le secteur privé fréquentent un établissement d’enseignement privé spécialisé en adaptation scolaire.

D’autre part, le portrait dans le réseau public n’est pas aussi sombre que les opposants aux écoles privées le laissent entendre. Le taux de diplomation et de qualification après 5 ans pour les élèves qui sont entrés au secondaire de 2001 à 2010 (et qui ont terminé entre 2006 et 2015) a augmenté de 13 % dans le secteur public, comparativement à 5 % pour le privé. Bien que le taux soit beaucoup plus élevé dans le secteur privé, cet écart suit une tendance à la baisse et l’ensemble des élèves en bénéficient, peu importe le réseau.

Il semble donc que le fait que de plus en plus de Québécois se préoccupent de l’éducation de leurs enfants et demandent des programmes particuliers est accompagné non pas par une diminution, mais par une augmentation de la réussite scolaire.

En toute logique, si ce qu’ils souhaitent est la réussite des enfants, ceux qui dénoncent la « ségrégation scolaire » devraient applaudir et réclamer davantage de programmes et d’écoles particulières qui ont pour effet de motiver les élèves et de les pousser à se surpasser.

Alexandre Moreau est analyste en politiques publiques à l'Institut économique de Montréal. Il signe ce texte à titre personnel.

vendredi 27 octobre 2017

France — 122 nouvelles écoles libres pour la rentrée 2017


À la rentrée 2017, pas moins de 122 nouveaux établissements scolaires (écoles maternelles et/ou élémentaires, collèges et lycées) ont ouvert leurs portes, soit 29 de plus que l’année dernière. La croissance s’accélère d’année en année : + 9,5 % en 2015, + 12 % en 2016 et + 14 % cette année.

Cette année :

Appartenance confessionnelle écoles indépendantes

84 % des 122 nouveaux établissements créés sont non confessionnels (contre 80 % l’an dernier).

Pédagogies écoles indépendantes

Depuis l’an dernier, la tendance générale est en faveur des écoles Montessori (28 %), talonnées de près par les écoles démocratiques (23 %).





1 tiers des créations concerne un établissement du secondaire (collège ou lycée).




Parmi ces écoles, 30 % proposent un parcours bilingue, trilingue ou international.

Elles sont également nombreuses à offrir des solutions pour les enfants dys ou haut potentiel.



La diversité scolaire : une chance pour la France

« Il ne faut certainement pas opposer les initiatives publiques et privées. Ces convergences entre secteur public et secteur privé, ce partage de compétences, cette capacité à travailler dans la même direction au service des enfants et des adolescents, c’est ce qui me paraît décisif. »

Jean-Michel Blanquer (4 avril 2016, depuis ministre de l’Éducation)

« Le “moule scolaire unique” condamne à l’échec un nombre scandaleusement élevé d’enfants. La multiplication des écoles indépendantes permet l’accomplissement d’enfants aux talents et aux aspirations variés. C’est pour cela que c’est une chance pour notre pays ! »

Anne Coffinier, Présidente de Créer son école

Pour mémoire :

  • La France compte en tout 1 305 établissements scolaires indépendants en activité
  • 3 établissements sur 5 non confessionnels
  • Plus de 65 000 élèves sont scolarisés dans les écoles indépendantes, soit 0,5 % des enfants relevant de l’instruction obligatoire
  • Comme les autres écoles indépendantes du monde, les écoles indépendantes françaises se caractérisent par la liberté de recrutement de leur corps professoral et la liberté de leur programme académique. En France, l’État ne participe pas au financement de ces écoles.


La Finlande a perdu des places dans le classement PISA, elle essaie de se réformer (mise à jour)

Depuis 2006, tous les indicateurs dans les principales matières évaluées par le programme PISA sont en baisse en Finlande. Voir ci-dessus la comparaison entre les résultats depuis 2006 et ceux de 2015.

Plus précisément, la performance des élèves finlandais en sciences a diminué de plus de 10 points en moyenne tous les trois ans (selon l’hypothèse d’un rythme constant) sur une note de 531 en 2015. Une différence statistiquement significative selon l’OCDE qui évaluent les résultats du PISA. Pendant cette même période, la baisse en compréhension de l’écrit a été de 5 points par période de 3 ans, alors qu’elle a été de 10 points en moyenne tous les trois ans en mathématiques.


Billet originel

Les éducateurs en Finlande sont inquiets : les résultats des élèves finlandais aux épreuves PISA ont diminué en 2009 et 2012 (les prochains résultats seront publiés en décembre 2016). Les données suggèrent que la baisse des résultats a commencé au tournant du siècle. Les enfants d’immigrants ont tendance à avoir de moins bons résultats, mais le niveau des Finlandais de souche a également baissé. Le problème est pire parmi les filles dont la langue maternelle n’est pas le finnois et les garçons finlandais de souche : le niveau de lecture d’un garçon de 15 ans sur huit n’est pas suffisant pour qu’il poursuive ses études.

Source : OCDE, PISA (2012), tableau III.2.3a.
(aucune corrélation ne se dessine entre résultats PISA
et bonheur à l’école...)

Autre problème : la morosité des enfants finlandais quand ils sont à l’école. Environ la moitié des jeunes de 14 et 15 ans ont le sentiment que leurs enseignants ne se soucient pas d’eux. Les élèves finlandais sont plus susceptibles que la moyenne des étudiants de l’OCDE de dire que leur environnement en classe ne favorise pas l’apprentissage. Selon Tuomas Kurtilla, l’ombudsman du pays pour les enfants, 20 à 25 % des filles finlandaises âgées de 14 et 15 font appel aux services d’assistance sociopsychologique de leur école.

L’alphabétisation est prisée de longue date en Finlande, affirme Sirkku Kupiainen de l’Université d’Helsinki. Jusqu’à il y a environ 50 ans, l’Église luthérienne refusait de marier des Finlandais s’ils ne savaient pas lire. Mais, entre 2000 et 2009, la part des jeunes gens de 15 ans qui lisent plus de 30 minutes par jour est passée de la moitié à un tiers de ceux-ci.

La Finlande n’est pas la seule à être confrontée à ces changements dans la culture des jeunes, note Tim Oates de Cambridge Assessment, une société qui organise des examens comparatifs. Certains pays, comme l’Angleterre, ont réagi en resserrant la discipline à l’école. Mais la Finlande adopte une autre méthode dite « sensible » et « dirigée par l’élève ». En août ses 313 municipalités déploieront leurs versions d’un nouveau programme national destiné à rétablir « la joie » et à redonner « du sens dans l’apprentissage ».

Cela signifie plus d’art, de musique et d’apprentissage par compétences transversales : des projets en équipe qui combinent plusieurs sujets. Par exemple, un module sur l’origine de la Terre qui regroupe le Big Bang avec des leçons religieuses et de poésie finlandaise.

Les critiques se divisent en deux thèmes principaux. La première est l’inégalité. L’écart en Finlande entre les élèves riches et pauvres est plus faible que dans la plupart des pays de l’OCDE, mais elle a crû depuis 2000. Selon M. Kurttila, les parents aisés déjouent le système en louant des appartements à proximité de bonnes écoles et inscrivant leurs enfants aux cours de musique exigeants. Car l’enseignement de la musique requiert encore la discipline, l’effort et la précision. Les critiques de l’apprentissage transversal disent qu’il ne va qu’empirer les choses en réduisant le temps que les élèves pauvres passent sur les matières de base.

Les opposants pensent donc le nouveau programme sape de ce qu’ils considèrent comme les clés du succès de la Finlande naguère : un mélange original de culture, d’histoire et d’éducation traditionnelle. Pour Gabriel Heller Sahlgren du Centre pour l’étude de la réforme du marché de l’éducation, un laboratoire d’idées, la question clé est d’identifier ce qui a conduit à l’augmentation des résultats des élèves finlandais aux tests PISA entre 1965 et 2000, pas ce qui se passe dans les écoles aujourd’hui.

Certains points forts de la Finlande sont difficiles à reproduire ailleurs. Les enseignants y ont un statut social exceptionnellement élevé : seuls les médecins sont plus recherchés en tant que partenaires. Elle découle de leur rôle dans la défense de la culture finlandaise lors de la répression russe au XIXe siècle.

La lecture pose moins de problèmes en Finlande que dans d’autres contextes linguistiques et culturels. La correspondance graphèmes/phonèmes très forte en finlandais facilite les premières phases de l’apprentissage. Elle engage à faire appel à des méthodes de nature syllabique, utilisées également pour l’apprentissage de la lecture dans d’autres langues maternelles comme le suédois, et prévient toute querelle de méthodes à cet égard.

La culture de discipline de la population finlandaise la démarque en effet des autres sociétés nordiques. La Finlande a toujours été un pays frontière entre l’est et l’ouest. La naissance de la nation finlandaise a été réalisée sous l’Empire russe au XIXe siècle. D’où la présence d’éléments de l’est un peu partout en Finlande qui ne rend pas paradoxale sa situation aux côtés de la Corée et du Japon dans les comparaisons internationales.

La Finlande s’est également industrialisée tard que les autres pays nordiques et ne s’est lancé dans l’éducation de masse que dans les années 1960. Le passage très rapide d’une société agricole à une société industrielle, puis postindustrielle, rend compte du caractère particulier de l’État providence finlandais : d’un côté industriel et individualiste, de l’autre agraire et collectiviste. La culture finnoise connaît, pour ces raisons, un caractère discipliné et un esprit collectif fort.

Pour Mme Kupiainen cela signifie que les parents de la « génération PISA » ont connu une certaine mobilité sociale vers le haut et qu’ils ont inculqué à leurs enfants un respect pour l’éducation. Selon elle, les jeunes parents d’aujourd’hui craignent que leurs enfants n’aient pas hérité de leur diligence.

Les partisans des réformes insistent sur le fait que les politiques éducatives ont eu un impact sur la montée de la Finlande dans les classements internationaux. Ils soulignent le soutien que l’école finlandaise apporte aux élèves en difficulté ainsi que la formation rigoureuse des enseignants. Les Finlandais se soucient en général moins de rester en haut du classement PISA que les visiteurs ne le croient et, après tout, la Finlande a toujours de bons résultats même s’ils ne sont pas aussi bons qu’avant.

Mais défenseurs et opposants du nouveau programme s’accordent sur un point : la motivation des élèves a diminué. « Il y a dix ans l’éducation était très valorisée parmi tous les Finlandais », de déclarer Ilppo Kivivuori, vice-directeur d’établissement à Hiidenkivi. « Maintenant c’est moins sûr ». Tout comme les effets d’une réforme aux matières transversales fortement décriée par le passé en Suisse et au Québec.

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jeudi 26 octobre 2017

Émile Robichaud : Succursales ou institutions ? Redonner sens à nos écoles.


L’école publique est en crise, à tel point que les parents qui en ont les moyens envoient massivement leurs enfants à l’école privée. Il en découle une inacceptable situation d’injustice sociale. D’où vient-elle et comment y remédier ?

Fort d’une longue expérience d’éducateur, Émile Robichaud pose d’abord un diagnostic : nos écoles sont victimes d’un double enfermement, idéologique et administratif. Nos praticiens de l’éducation ont perdu une essentielle autonomie professionnelle aux mains des théoriciens et des fonctionnaires de l’État. Des modes pédagogiques changeantes ont empiété sur l’enseignement des connaissances et de la culture, pendant que nos écoles devenaient des succursales du système plutôt que ses sources vives.

L’auteur ouvre ensuite des pistes de solution claires, convaincantes et réalistes : repenser l’éducation comme nourriture et enracinement, se mettre à l’écoute des besoins et des projets locaux, faire confiance aux artisans à l’œuvre sur le terrain. À l’encontre d’une uniformité mortifère, il faut laisser jaillir la vie et sa riche diversité.

Émile Robichaud a enseigné au primaire, au secondaire et à l’université. Il a dirigé plusieurs écoles publiques, dont l’école secondaire Louis-Riel, dont on a dit qu’elle était « l’école privée du secteur public ». Il a également œuvré à l’école privée et siégé au Conseil supérieur de l’éducation. Il dirige aujourd’hui l’Institut Marie-Guyart.

Succursales ou institutions : redonner sens à nos écoles ?

par Émicle Robichaud
aux éditions Médiaspaul
à Montréal
le 15 août 2017
18,95 $
ISBN : 9 782 897 601 300

mercredi 25 octobre 2017

« L'école forme des enfants qui vont être laminés par l'intelligence artificielle »

Alors que l’intelligence artificielle va bouleverser le monde du travail et l’économie dans son ensemble, le chirurgien et neurobiologiste Laurent Alexandre estime nécessaire d’adapter les systèmes de formation.

Le chirurgien et neurobiologiste Laurent Alexandre plaide pour une refonte du système de formation : « Aujourd’hui, l’école dans le monde forme les enfants à des métiers où ils vont être laminés majoritairement par l’intelligence artificielle. Il faut faire le contraire, il faut former nos enfants à aller là où l’intelligence artificielle ne sait pas aller. »

Et le chercheur, qui publie « La guerre des intelligences », insiste : « Il ne faut pas aller vers des métiers trop techniques, car l’intelligence artificielle va nous écraser sur le plan technique. » Les humanités, la culture générale, l’esprit critique, la capacité à être multidisciplinaire sont pour lui les clés qui permettront de résister à l’intelligence artificielle.


Humanités romandes [francophones] contre technique alémanique [germanophone]

Interrogé sur les différences entre le système de formation alémanique, favorisant l’accès à l’apprentissage et à des métiers techniques, et le système romand, plus axé sur une formation générale, Laurent Alexandre estime que l’approche romande est plus juste. « Il faut bien sûr connaître la science et la technologie, mais cela ne suffit pas. Les humanités sont essentielles. »