mardi 28 mars 2017

Hausse record de la natalité en Pologne

Le journal Dziennik Gazeta Prawna annonce que la Pologne est en bonne voie pour dépasser cette année la barre des 400 000 naissances, ce qui serait une première depuis 2010.

Selon le journal, le nombre de bébés nés a été en constante augmentation depuis octobre l’année dernière, atteignant un sommet de sept ans en janvier.

Le quotidien ajoute que la raison du boom pourrait être le programme « 500+ » du gouvernement, qui fournit à toutes les familles de deux enfants ou plus une somme de 500 PLN (130 $) par mois par enfant.

L’article indique également que le dynamisme du marché du travail polonais est un facteur important dans la croissance du nombre de naissances.

Sources : Radio Pologne et Le Petit Journal

Voir aussi

Démographie — Nouvelle petite chute de la natalité québécoise en 2016 (7e année de suite)


Extrait d’un reportage qui parle de l’attrait de la politique nataliste du PIS au pouvoir en Pologne. Cette émission d’Arte (chaîne franco-allemande très européiste) est critique des gouvernements « populistes » d’Europe centrale, mais il laisse parler les partisans des partis populistes.

« Le sexe à l’école. L’amour nulle part. »


Extraits d’un billet de Brigitte Bédard, chroniqueuse au Verbe :

Lise Ravary du Journal de Montréal a écrit un billet hier sur le sujet, et je me dois d’écrire ici ce que je serais allé dire ce soir-là en studio.

Lise affirme que ce sont les parents « surtout dans les domaines religieux » qui ont contesté le cours obligatoire d’éducation sexuelle très explicite que l’Ontario s’apprête à donner en septembre, dès le primaire.

D’abord, le fait que ce soit surtout les parents religieux qui s’y opposent n’enlève rien au fait que ce cours soit une mauvaise idée. Rappelons-nous que c’étaient surtout les parents étiquetés « religieux » qui contestaient l’obligation du cours d’éthique et de culture religieuse au Québec à partir de 2008 ; ce n’est qu’en 2015 que la Cour suprême, ainsi que bien des chroniqueurs vedettes et une partie de la population, commence à se réveiller sur cet endoctrinement.

Le parent « religieux » n’est pas exempt de raison. Les parents « religieux » offrent la possibilité de voir les choses sous un autre angle, un angle qui tente de préserver ce qu’il y a de sacré : la vie, la mort, l’amour, la sexualité, la foi, la conscience, la famille, les plus faibles, les conditions de vie humaines et sociales des personnes, l’environnement et la nature.

[...]

Lise Ravary y va avec statistiques sur les infections transmises sexuellement (ITS) pour justifier le cours d’éducation sexuelle. Elle le justifie aussi du fait que les jeunes d’aujourd’hui sont alimentés sexuellement « par la porno sur Internet et le récit des aventures de leurs pairs » qui eux, croient tout savoir.

Aucune preuve que davantage de cours d'éducation sexuelle au Canada réduise les ITS

Notons que la lutte contre les maladies vénériennes est une vieille scie. On l’utilise depuis que les cours d’éducation sexuelle ont été introduits dans les années soixante sans que ces infections ne diminuent...

L’Ontario a déjà, depuis de nombreuses années, un cours d’éducation sexuelle (un cours à part et non enseigné de manière transversale) où l’on informe les élèves des maladies vénériennes et des moyens de s’en protéger. Est-ce que cela veut dire que l’Ontario a connu une moindre augmentation dans les infections transmises sexuellement que le Québec ? La réponse courte est non. Ces infections sont en hausse dans tout le Canada, avec une plus grande fréquence pour la chlamydia et la gonorrhée dans certaines régions peuplées par de nombreux Amérindiens et Inuits. Et bien sûr ces infections touchent toujours d’abord les jeunes dans nos sociétés à la sexualité permissive et précoce. Ce n’est pas une nouveauté ni une « catastrophe » récente.

Les cas d’infections sexuellement transmissibles augmentent dans les milieux homosexuels (mâles). Qui peut prétendre que c’est par « ignorance » des moyens prophylactiques ?

Taux et cas signalés d’infection à Chlamydia trachomatis, d’infection gonococcique et de syphilis infectieuse (pour 100 000 habitants) 2002, 2010 et 2011, Canada
Année  Infection à Chlamydia   Infection gonococcique   Syphilis infectieuse 
Cas Taux Cas Taux Cas Taux
2002 56 266   179,5  7 365   23,5 482  1,5 
2010 93 329   273,7  10 743   31,5 1 698  5,0 
2011 100 044   290,4  11 397   33,1 1 757  5,1 

Des augmentations similaires des taux d’infections transmissibles sexuellement à déclaration obligatoire étaient observées en Australie, en Angleterre et aux États-Unis des pays avec des programmes scolaires et d’éducation sexuelle très divers. Les campagnes de prévention hédoniste comme celle de 2009 ci-dessous ne semblent pas avoir d’effet, ce n’est pas étonnant.


Extrait de Chlamydia au menu (vos impôts québécois à l’œuvre !)



Hausse de 35 % des cas de chlamydia en Ontario entre 2008 et 2012...


La hausse du taux d’infection est constante depuis de nombreuses années


Chlamydia frappe les jeunes en Ontario aussi

Il en va de même pour la gonorrhée en Ontario, malgré (?) les cours d’éducation sexuelle


Forte augmentation des cas de syphilis infectieuse en Ontario depuis 2008 (près de deux fois plus en 2012 qu’en 2007)

De même en Suède, malgré l'éducation sexuelle très explicite, on assiste à une recrudescence des maladies vénériennes.




Brigitte Bébard poursuit :

Si la porno est si populaire, et même devenue banale (elle est présente dans les films, les téléséries, la pub, les médias), c’est au monde adulte que nous le devons. Si les jeunes ont accès à des sites pornos, ce sont les adultes qui leur donnent l’occasion de les visionner en toute liberté, en leur offrant des appareils sans filtre et en ne légiférant pas sur la porno. Si les pairs croient tout savoir et racontent leurs exploits, c’est qu’ils ont été éduqués par des adultes sans éducation, eux-mêmes accros à la porno ou libertins assumés et revendiqués.

Qu’entendent les enfants dans leur maison à propos de la sexualité ? À propos de l’amour ? Voient-ils leurs parents s’aimer ? Ont-ils des conversations sérieuses, avec un parent, dans l’intimité, sur la sexualité et l’amour, sur la responsabilité, sur la joie d’apprendre à faire l’amour pendant toute une vie avec la même personne, dans l’abandon à l’autre, dans le don de soi ? Ont-ils des moments de complicité avec leur père sur les émissions nocturnes ? Ou encore, les filles, un moment de grâce avec leur maman au sujet de la beauté du cycle féminin, si parfaitement réglé ?

Les enfants ne font qu’imiter les parents, ainsi que tout le monde adulte qu’ils côtoient chaque jour. Comment oser leur demander d’agir mieux que nous-mêmes ? « Faites ce que je dis, pas ce que je fais », c’est ça ? C’est absurde. Ne sommes-nous pas là pour les guider, leur donner le goût de vivre, d’aimer, de se donner, de donner la vie, de porter du fruit, de montrer l’exemple ?

Ils entendent et voient que le sexe se vit sans amour. Ils entendent et voient que le « pseudo-amour », ça se protège. Elles entendent et voient que si elles deviennent enceintes, elles peuvent se faire avorter. Ils entendent et voient qu’avec un condom, il n’y aura pas de risque. On leur dit que si elles reçoivent un vaccin, elles ne courent plus de risque.

Des bidules, des machins et l’amour vrai lui ?

S’il y a davantage d’ITS, c’est simplement parce qu’il y a davantage d’actes sexuels qui se produisent sans amour vrai. Ça ne prend pas la tête à Papineau pour comprendre ça ! Moins il y aura d’actes sexuels sans amour vrai, moins il y aura d’ITS ou d’avortement.

Lise Ravary se moque de l’idéologie du genre — théorie qui fait partie intégrante du cours d’éducation sexuelle ontarien — mais elle est d’accord avec l’approche explicite des cours d’éducation sexuelle dès le primaire : « nommer les choses », « orientation sexuelle », « puberté », « système reproducteur », « stéréotypes », « consentement », « sexe anal », « sexe oral », « abstention ».

Quel beau programme de techniques, de résultats, de statistiques, de bidules et de machins.

Consommation ! L’idéologie du genre n’est autre chose que l’aboutissement de ce raisonnement consumériste de la sexualité. La sexualité « enseignée » à l’école, sera pour les enfants, comme elle l’est déjà partout, une activité récréative que chacun peut vivre au gré de ses pulsions et de ses idées du moment, totalement désacralisée, séparée de l’amour, de l’engagement à l’autre, de la communion à l’autre, de la fidélité à l’autre, et de la fécondité avec l’autre dans le but de fonder une famille.

Demandez à toutes les petites filles de 7, 8, ou 9 ans, et à toutes celles de 15, 16 ou 17 ans que vous connaissez et elles vous diront que ce qu’elles veulent, c’est l’amour, le grand, le vrai. Moi, je leur dis que ça existe. Et qu’il faut savoir attendre, car ce n’est que dans leur incommensurable soif d’amour, partagé avec l’homme de leur vie, que leur si fort et si grand désir sexuel s’épanouira, se nourrira et grandira sans jamais se lasser.

Notons que le nouveau programme québécois d’éducation à la sexualité semble aussi chercher à explorer des normes en matière de sexualité qui vont au-delà de celle des parents... Au nom de quoi ? On sent bien le dérapage possible, exploitable par des lobbys ultra-minoritaires qui viendront en classe aider les élèves captifs « à explorer » et les aider à déconstruire « les stéréotypes sexuels » (voir ci-dessous).






Voir aussi

Un enseignement de la sexualité dès la maternelle

Pétition pour amender le nouveau programme québécois d'éducation à la sexualité

Danemark — Imposition de l'éducation sexuelle pour « des raisons de santé publique » en 1976 (historique juridique)

Nouvelle offensive de la Manif pour tous sur l'éducation sexuelle

Québec — Le nouveau programme d’éducation sexuelle prônerait l’exploration sexuelle...?

Éducation à la sexualité : pourquoi aucune école pilote dans la ville de Montréal ?

Du grand journalisme : « Les Ontariens et le sexe »


ECR — Jacques Pettigrew payé 90 K $ pour réviser le programme qu’il a aidé à créer

La révision du controversé cours d’éthique et culture religieuse (ECR) se fera sous les judicieux conseils de celui qui a piloté son implantation dans les écoles du Québec.

Devant les critiques, le ministre Sébastien Proulx s’est engagé à réévaluer cette matière qui a remplacé l’enseignement religieux confessionnel et moral depuis 2008 dans les classes du primaire et du secondaire. [Sur M. Proulx et son attaque médiocre contre le programme ECR alors qu'il était encore dans les rangs de l'ADQ, voir ici.]

C’est l’éminence grise qui a chapeauté la mise en place du cours, il y a maintenant presque 10 ans, qui sera chargée de guider le gouvernement dans cet exercice.

Jacques Pettigrew vient d’obtenir un contrat de gré à gré d’une valeur de 87 583 $ pour « agir à titre d’expert-conseil pour les dossiers relatifs au programme Éthique et culture religieuse ».

Au tribunal pour défendre le cours

Ancien fonctionnaire, M. Pettigrew était le grand responsable du contenu d’éthique et culture religieuse au ministère de l’Éducation. Le gouvernement l’avait même dépêché au tribunal en 2009 lorsque le cours avait été contesté par des parents ayant demandé une exemption pour leurs enfants.

M. Pettigrew est un habitué du conseil lucratif... Il avait ainsi caché au tribunal en 2009 qu’il avait des activités professionnelles supplémentaires liées à la future implantation du programme ECR alors qu’il participait précisément à son élaboration ! Conseiller le gouvernement de mettre en place un programme alors qu’on a une petite activité de conseil qui profitera dudit programme éducatif, y a rien de tel...




Ne pas dialoguer avec les parents

M. Pettigrew avait également présidé une réunion houleuse à Valcourt à la rentrée 2008 au cours de laquelle il avait été bousculé par les parents présents en grand nombre. Comme on l’apprit lors du procès de Drummondville, la recommandation de cette éminence grise fut de ne plus dialoguer avec les parents, mais de simplement imposer le programme usant de son caractère coercitif. En effet, comme M. Pettigrew l’écrivait au sous-ministre de l’Éducation : « ce genre de rencontres risque d’offrir aux représentants de la CLÉ une tribune que ce mouvement, pour l’instant marginal, recherche à des fins de promotion de ses idées, ainsi nous estimons qu’il serait préférable de ne pas répéter ces rencontres. » Lors du même contre-interrogatoire, M. Pettigrew dut admettre (c’est écrit noir sur blanc) que le programme gouvernemental ECR vise à « structurer l’identité » ou d’instiller une « vision du monde » aux élèves (voir par exemple la « galaxie » illustrée ci-dessous) et que les parents sont singulièrement absents de ce processus dans la documentation du Ministère de l’Éducation. Enfin, ils peuvent évidemment appuyer la démarche pondue par des fonctionnaires, mais pas demander d’exemption, ça c’est exclu. On dira plutôt, c’est flatteur, que l’enfant est au centre de l’éducation gouvernementale inculquée sous l’œil jaloux de professeurs dûment formés en structuration d’identité et formation d’une vision du monde approuvée.



« Expertise sera fort utile » pour la révision...

Au ministère, on précise qu’il « a effectivement été engagé pour participer à une réflexion » sur la révision du programme ECR et que son expertise sera fort utile.

Est-ce que cette embauche signifie qu’on exclut d’emblée une transformation en profondeur du cours ou même sa disparition ? Le porte-parole à l’Éducation se limite à dire que « divers scénarios » sont examinés.

Simon Fortin assure que ce n’est pas M. Pettigrew qui prendra les décisions. « [Il] n’a pas été engagé pour procéder à une révision du programme, mais bien pour collaborer à sa documentation », insiste le relationniste.

Opposants

Le Parti québécois veut faire table rase du cours d’éthique et culture religieuse. Le chef péquiste Jean-François Lisée demande qu’il soit plutôt remplacé par une formation sur la citoyenneté.
En décembre, le Conseil du statut de la femme (CSF) a recommandé une révision complète du programme. L’organisme reproche à ce cours d’enseigner les religions sans formuler aucune critique sur leurs discours sexistes.

Le CSF suggère que les religions soient plutôt enseignées dans les cours d’histoire.

mardi 21 mars 2017

Les fautes d'orthographe font perdre des millions aux entreprises

Les entrepreneurs britanniques et français tirent la sonnette d’alarme. Les fautes dans les courriers ou sur les sites leur feraient perdre des sommes folles. En Belgique aussi, les chefs d’entreprise s’inquiètent. L’orthographe reste l’un des principaux critères de sélection.

Une faute d’orthographe dans le courrier envoyé par la secrétaire. Une erreur sur le site internet. Une conjugaison mal maîtrisée dans le communiqué de presse. Autant de détails « techniques » qui peuvent ruiner la réputation d’une entreprise. Et faire plonger son chiffre d’affaires.

De l’autre côté de la Manche, les employeurs ont décidé de s’attaquer à ce véritable fléau.

« Une simple faute d’orthographe sur le portail d’une entreprise peut faire chuter de moitié les ventes en ligne », indiquait récemment à la BBC Charles Duncombe, un homme d’affaires désespéré par les faibles connaissances orthographiques et grammaticales des demandeurs d’emploi qu’il rencontre.

Si toute l’économie britannique est concernée, Charles Duncombe estime que les conséquences sont particulièrement lourdes pour le commerce en ligne. D’après ses calculs, « on perd, chaque semaine, des millions de livres sterling sur internet à cause de simples fautes d’orthographe ».

Des perles rares

Et Charles Duncombe n’est pas le seul à se plaindre et à tirer ainsi la sonnette d’alarme. De récentes recherches menées au royaume de Sa Majesté soulignent que 42 % des employeurs britanniques ne sont pas satisfaits des niveaux de lecture et d’écriture des jeunes diplômés. Près de la moitié des entrepreneurs indiquent avoir déjà fait appel à des professeurs privés.

La francophonie ne semble pas épargnée. « Nos clients ont du mal à trouver des assistants et secrétaires avec un bon niveau d’orthographe », confiait au quotidien Le Figaro la responsable du marché tertiaire chez Adecco-France, Valérie Guibout.

Dans le même article, Pascal Brouaye, directeur de la prestigieuse École centrale d’électronique (ECE), se plaignait du niveau de certains élèves, insuffisant pour pratiquer le métier d’ingénieur. « La majorité de nos étudiants ont pourtant eu la moyenne au bac français et une mention au bac », précisait-il.

Source : RTBF

jeudi 16 mars 2017

UQAM — Débat sur ECR annulé suite à des menaces (m-à-j)

Le sociologue Mathieu Bock-Côté s’entretenait ce mardi midi avec M. Dutrizac à propos du débat sur le programme obligatoire d’Éthique et de culture religieuse (ECR) qui n’aura pas lieu à l’UQAM (université du Québec à Montréal) à la suite de menaces ainsi que du sujet plus vaste de la censure dans nos universités instituée par des groupuscules extrémistes de gauche. Mathieu Bock-Coté est une redoutable critique du programme ECR en ce que programme contesté et néanmoins imposé à tous les élèves incarne une mise en œuvre du multiculturalisme.



Si le lecteur audio ci-dessus ne fonctionne pas, cliquez sur ce lien.




Entretemps du côté de l’AFESH, on publie sur Facebook :



Les explications de Mathieu Bock-Côté
:

La censure, c’est la liberté d’expression. Apparemment. Retour sur la controverse de l’UQAM.

Un peu beaucoup malgré moi, j’ai été plongé dans une controverse agaçante cette semaine, portant sur la liberté d’expression à l’UQAM. D’abord les faits. Le 13 février, un étudiant au baccalauréat en enseignement au secondaire du cours ECR, m’écrivait pour m’inviter à participer à un débat sur le cours ECR à l’UQAM. Je lui ai dit que j’étais disponible la semaine du 7 avril. Ne recevant pas de nouvelles de sa part ensuite, je lui ai réécrit le 4 mars pour lui demander où nous en étions. Il m’a alors répondu ainsi : « Je suis vraiment désolé des délais, mais je dois lutter pour la liberté d’expression dans ma propre université (quelle honte). Car bien que je ne sois pas d’accord avec vous sur certains points j’ai envie de débattre avec vous. Je respecte la divergence d’opinions ce qui n’est pas le cas de tous (AFESH). » Il me demandait quelques jours de délais. Le 9 mars, il me revenait avec sa réponse : « Suite à de fortes pressions de la part d’une association étudiante de l’UQAM, je suis dans le regret d’annuler la conférence. Je suis sincèrement désolé que la liberté de parole soit à ce point obsolète entre les murs de notre université, mais je ne pouvais tenir une conférence avec autant de menaces de perturbations ». Ma présence posait problème.

On connaît la suite : l’organisateur de l’événement a annulé la conférence par crainte de le voir déraper. Sur Facebook, Normand Baillargeon, qui a eu vent de l’affaire, a rendu publique l’annulation en se désolant de ces pratiques et du climat de censure qui s’installe peu à peu à l’UQAM. Et c’est là que l’histoire devient intéressante. Sur la page FB de Normand Baillargeon, mais ailleurs sur les réseaux sociaux, de nombreuses personnes ont applaudi l’annulation. Je résume leur position : la liberté d’expression ne doit pas permettre l’expression publique d’idées en contradictions avec celles défendues par la gauche radicale. Je cite l’AFESH : elle est en lutte contre « l’instrumentalisation de la liberté d’expression et de la liberté académique lorsque celle-ci sert à tenir des propos oppressifs ». La liberté d’expression ne devrait pas « justifier le droit de prononcer des discours ou d’exercer des actions haineuses ou dégradantes particulièrement lorsque celles-ci sont racistes, colonialistes, xénophobes, transphobes, homophobes, sexistes, misogynes, antiféministes, classistes ou capacitistes ». Un esprit un peu curieux serait en droit de demander qui définira ces termes et concepts, qui relèvent du jargon de la gauche radicale la plus sectaire, au nom desquels on se donne désormais le droit de permettre ou d’interdire une conférence dans l’université. Nous sommes ici en continuité avec la pensée de Herbert Marcuse, la grande figure du gauchisme d’il y a quelques décennies, qui jugeait légitime de réprimer les idées en contradiction avec « l’émancipation ».

Ce qu’on comprend, cela dit, c’est que les militants de la gauche radicale uqamienne (mais nous savons que ce phénomène ne se limite pas à l’UQAM) se présentent comme les gardiens d’un nouveau dogme, apparemment porteur d’émancipation, qu’il serait interdit de transgresser. Ils se permettent donc de décider à la manière d’un tribunal idéologique, quelles positions sont en droit de s’exprimer et lesquelles doivent être tues. Ils veulent donc définir les contours du débat public et en garder fermement les frontières : ils se donnent le droit d’exclure ceux qui ne voient pas le monde comme eux. Il faut lire les théoriciens-militants de cette mouvance : ils jouent à la guerre civile et transforment leurs adversaires en ennemis — je me permets de dire qu’ils réservent en ce moment un traitement odieux à Normand Baillargeon, présenté comme un traître à la gauche servant désormais de caution aux « dominants », et pour cela insulté vertement par ceux qui pensent en slogan. Ceux qui s’imaginent que j’exagère devraient aller lire la discussion qui a suivi l’entrée Facebook de Normand Baillargeon ou celle suivant cette récente déclaration de cette association bizarre qu’on appelle l’AFESH. Cet homme absolument courtois qui plaide pour une civilisation du débat public est aujourd’hui grossièrement diabolisé.

Complètement enfermés dans un système idéologique parallèle, fondé sur l’inversion du réel, ces militants ne sont même pas conscients de heurter la liberté d’expression. En fait, ils disent même la défendre ! Leur argument est le suivant : la perturbation d’une conférence est justement une des modalités de la liberté d’expression, surtout pour ceux qui n’ont pas de tribunes publiques — ce serait une révolte admirable contre la parole des dominants. Empêcher ou limiter les perturbations visant à troubler et empêcher une conférence, telle serait la véritable négation de la liberté d’expression, et elle serait d’autant plus scandaleuse qu’elle piétinerait la liberté des sans-pouvoir. Inversement, ceux qui sont ainsi « perturbés » et qui s’en désolent publiquement ou privément sont accusés de se victimiser. Voyons-y une théorisation vertueuse de la censure au nom d’une forme de puritanisme idéologique qui s’exprime aussi avec la quête de safe space à l’université : on veut faire de l’université un espace aseptisé où les discours nous contrariant ne seront plus entendus, ou même possibles. On connait la célèbre formule d’Orwell dans 1984 : la liberté, c’est l’esclavage. Apparemment, aujourd’hui, la censure, c’est la liberté d’expression.

Que dirait-on si des groupuscules nationalistes décidaient de censurer pratiquement une conférence organisée par des fédéralistes sur l’avenir du Canada ? Que dirait-on si des fédéralistes décidaient de faire l’inverse ? Que dirait-on si des masculinistes décidaient de perturber une conférence féministe jusqu’à rendre impossible sa tenue ? Que dirait-on si des militants libertariens décidaient de perturber une conférence organisée par un syndicat social-démocrate ? On pourrait poursuivre longtemps la liste. Chaque mouvement a ses propres valeurs, ses propres dogmes, ses propres idéaux, ses propres points non-négociables. Aucun, pourtant, n’est en droit de juger ses idées si exceptionnelles qu’il se donne le droit de faire taire ceux qui feraient valoir un autre point de vue sur la cité. On ne cesse, dans notre société, de vanter la tolérance de l’autre, mais le premier « autre à respecter », c’est celui qui ne pense pas comme moi. Faut-il ajouter que la discussion démocratique repose sur le bannissement de la violence, et qu’on ne saurait la réhabiliter au nom de la « diversité des tactiques ».

On identifiera un autre paradoxe : en laissant ainsi des groupuscules fanatisés s’emparer d’une institution comme l’UQAM, on accepte pratiquement de privatiser un bien public. Un groupuscule décide d’imposer dans une université les termes du débat public et ceux qui ne s’y soumettent pas n’y seront pas les bienvenus. On se demande même comment perturber les cours de certains professeurs. Je résume : un petit groupe s’empare d’une institution publique et se la réserve pour elle-seule, à la manière d’un territoire libéré qui vivrait désormais selon les codes idéologiques du monde nouveau que nous promettent nos militants de la gauche radicale. Nous sommes bien loin de la tradition humaniste qui voyait dans l’Université un lieu où des philosophies concurrentes pouvaient être discutées rationnellement. Il faut dire que nos petits révolutionnaires condamnent la légitimité même de la discussion, qui ne serait qu’une illusion libérale au service des dominants. Ils s’enferment dans une vérité absolutisée qui devient indiscutable et dont la simple remise en question relève de ce qu’on appelait autrefois l’hérésie. Il serait temps qu’on s’intéresse à ce fanatisme progressiste qui prend de l’ampleur dans des lieux qui devraient justement symboliser la discussion rationnelle et civilisée, selon les codes élémentaires de la civilité démocratique. Il serait temps que la direction de l’UQAM s’y intéresse, notamment.

Voir aussi

Programme ECR : la contestation ne lâche pas

Le cours ECR : au croisement de deux critiques

« ECR — Il faut l’abolir »

Des universités politiquement correctes qui doivent « protéger » leurs étudiants

Canada — Liberté d’expression et d’opinion menacée dans les universités

La liberté d’expression à l’UQAM

Lois contre « discours haineux » — Employée aborigène poursuit des étudiants pour « embarras et humiliation » (M-à-j)


mercredi 15 mars 2017

Syndicats : les parents ne peuvent peindre les murs de l'école de leurs enfants (m-à-j)

Mise à jour du 15 mars 2017

Le Journal de Québec informe que les parents bénévoles qui souhaitent retaper l’école de leurs enfants ne courront plus le risque d’être mis à l’amende.

La ministre responsable du Travail, Dominique Vien, a promis mercredi que des modifications seront apportées rapidement. «Dès cette semaine, le règlement en question sera sur mon bureau et [...] il franchira les étapes nécessaires», a assuré la ministre au Salon bleu.

«Nous sommes derrière les parents du Québec qui souhaitent effectivement s’impliquer, s’engager dans la vie communautaire de leur école», a ajouté Dominique Vien



Billet du 2 mars 2017

Chronique de Lise Ravary dont nous partageons l'étonnement. Nous soupçonnons que l'école en question était « publique » (gouvernementale) :

En apparence insignifiants, certains petits scandales en disent long sur la capacité des Québécois de plier l’échine face à la bêtise bureaucratique. D’accepter la petite dictature de fonctionnaires qui appliquent des règlements stupides avec autant de zèle que d’absence de jugement.

Une fois encore, parce qu’une personne, une seule, a porté plainte.

Des parents de l’école primaire Capitaine-Luc-Fortin en Montérégie ont dû abandonner leur projet de repeindre une partie de l’établissement pendant la semaine de relâche quand des inspecteurs de la Commission de la construction du Québec (CCQ) se sont pointés sur le «chantier» pour les menacer d’amendes de 200 $ par jour s’ils persistaient dans leur action bénévole illégale.

Au Québec, un citoyen a seulement le droit de peindre sa maison.

Peindre les murs d’une école est le privilège exclusif de personnes détenant une carte de compétence de peinture en bâtiment. Rien à redire sur le principe quand il s’agit de grands chantiers commerciaux, mais il faut savoir faire la part des choses.

Tuer l’initiative

Certains murs de cette école n’auraient pas été repeints depuis 30 ans, mais investir dans la décoration passe au dernier rang des priorités quand il n’y a même pas assez d’argent pour assurer des services éducatifs à tous [Note du carnet: mais assez pour des équipements peu utiles comme les tableaux blancs interactifs ou des campagnes de « sensibilisation » politiques et morales de toute type].

Il y a quelque chose de noble et grand dans le geste de ces parents qui ont voulu contribuer à l’amélioration de la qualité de vie de leurs enfants à l’école, mais aux yeux de l’État tentaculaire, et des syndicats victimaires, des papas et des mamans armés de seaux de peinture, de rouleaux et de pinceaux constituent une intolérable menace à la justice sociale.

Comment le bon peuple québécois, qui a survécu pendant des siècles grâce à l’entraide, peut-il accepter d’être gouverné par des gens qui trouvent acceptable d’interdire un tel geste de solidarité sociale?

Selon la CCQ, l’affaire est entre les mains du Directeur des poursuites pénales et criminelles. Vous avez bien lu.

Jean Sévillia : l'historiquement correct, le terrorisme intellectuel et les prêtres catholiques

L’auteur français Jean Sévillia était de passage où il a donné deux conférences. Il a été reçu par Mathieu Bock-Côté au micro de Radio Ville-Marie. Il y aborde le terrorisme intellectuel et l’historiquement correct, et comment éviter ces pièges quand on écrit l’histoire. Pour Sévillia, en France, l’hégémonie de la rectitude politique est en recul dans certains domaines, un exemple : le communisme peut désormais être critiqué, mais il y a de nouveaux tabous comme le multiculturalisme que l’on ne peut critiquer sans s’exposer à l’anathème de la part de la cléricature politiquement correcte.

M. Sévillia y traite aussi de l’orientation très « progressiste » des professeurs et des journalistes.

Enfin, il y évoque les persécutions des prêtres catholiques en France « laïque » au début du XXe et dont bénéficièrent grandement les écoles québécoises.



Voir aussi

La France catholique de Jean Sévillia vu du Québec

L'histoire n'est pas un objet neutre, le correctivisme historique actuel

Que se passera-t-il lorsque la laïcité ne suffira plus pour nous définir ?


Mythe — C’est grâce à la République que l’enseignement est devenu obligatoire, public et gratuit

France — « L’école laïque, gratuite et obligatoire » constitue un mythe fondateur

samedi 11 mars 2017

L'école doit-elle faire connaître une histoire honnête du pays ou du monde ou former des historiens ?

Extraits d’une chronique intéressante de Louis Corneiller (que nous avons éreinté pour ses dérives d’un étatisme crispé par ailleurs) sur les objectifs du cours d’histoire à l’école. Nous sommes d’accord avec lui que l’école ne doit pas d’abord chercher à former des historiens, mais d’abord à faire connaître une histoire honnête du pays ou du monde où les élèves grandissent. Notons également que nous ne sommes pas non plus pour un cours d’histoire dont la méthodologie ou les moindres lignes seraient prescrites par l’État. Il est légitime de demander aux écoles d’apprendre les grandes lignes de l’histoire du pays où elles se trouvent, mais pas de leur dire comment l’enseigner en détail. 

[...]

« L’enseignement de l’histoire à l’école publique sème la controverse depuis plus de cent ans un peu partout dans le monde. Le Québec ne fait pas exception à cette règle », écrivent justement Marc-André Éthier et David Lefrançois dans l’introduction de Quel sens pour l’histoire ?, un ouvrage collectif qui se penche sur le nouveau programme (2016) d’histoire du Québec et du Canada au secondaire.

Les six didacticiens ou enseignants qui signent ce manifeste aiment l’histoire autant que moi et souhaitent, eux aussi, que cette matière occupe une place centrale à l’école. Toutefois, sur la manière, nos conceptions divergent.

Un enseignement scientifique

Éthier, Lefrançois et leurs collègues plaident pour un enseignement scientifique de l’histoire. Pour eux, il importe surtout d’apprendre aux élèves à « penser un peu comme le font les historiens », c’est-à-dire, ainsi que le résument Yelle et Déry, « à faire un travail d’analyse critique des sources selon une question posée pour établir des faits historiques et les organiser afin de mieux répondre aux questions d’aujourd’hui » dans une démarche d’enquête. Pour Éthier et Lefrançois, « c’est en faisant de l’histoire que l’on devient historien ».

Cette approche, plus axée sur les compétences que sur les connaissances, s’oppose à l’enseignement traditionnel de l’histoire nationale, fondé sur la transmission d’un récit chronologique des grands événements du passé. Cette histoire-récit, selon les didacticiens, aurait pour défauts d’être anecdotique, d’imposer une banale mémorisation et de reposer « sur la soumission à l’autorité extérieure », alors que la pratique de la pensée historienne qu’ils prônent permettrait le développement de l’esprit critique et de l’autonomie.

Boutonnet déplore d’ailleurs que le nouveau programme reproduise « des formes traditionnelles, conservatrices et obsolètes de l’enseignement de l’histoire nationale qui ne s’appuient sur aucune donnée probante de la recherche récente en didactique ». Demers, quant à elle, s’inquiète du tour nationaliste que prend ce programme aux allures de « roman national ».

Dans Le bonheur d’apprendre (Points, 1997), le journaliste français François de Closets exprimait son désaccord, que je partage, avec cet enseignement scientifique de l’histoire, qui veut faire acquérir aux élèves « les fondements d’un savoir universitaire dans une pure logique de chercheur ».

L’histoire-récit traditionnelle, reconnaissait-il, a des défauts (elle véhicule quelques clichés), mais elle a « le double mérite de passionner les enfants et de leur fournir d’indispensables repères chronologiques ». Elle s’est d’ailleurs bonifiée, depuis, en intégrant à sa narration principalement politique des thèmes relevant de l’histoire sociale (économie, religion, classes sociales, histoire des femmes et des minorités [Note du carnet : ce n’est pas nécessairement une bonification, car on voit bien l’exploitation politique qui en est faite...†]) et en reconnaissant le pluralisme interprétatif (au sujet de la Conquête, des patriotes, de la Confédération).

Éthier et Lefrançois ont peut-être raison de dire que c’est en faisant de l’histoire que l’on devient historien. Toutefois, on peut penser que le rôle de l’école n’est pas de former des historiens, mais des citoyens qui ont une connaissance honnête de l’histoire, comme on n’enseigne pas la littérature pour former des écrivains, mais des lecteurs.

De même, avoir un regard critique sur notre histoire nationale est certes nécessaire, mais encore faut-il d’abord avoir une bonne connaissance de cette dernière avant de la déconstruire, pour ne pas se complaire dans un procès intempestif du passé.





† On voit ainsi les pouvoirs publics sortir des inconnus de l’obscurité historique la plus totale afin d’étayer une conception moderne et souvent importée de l’histoire du pays (par exemple, le mois de l’Histoire des Noirs importé des États-Unis).

À tel point, par exemple, que Postes Canada «  a voulu mettre en avant un personnage historique qui a captivé et émerveillé les esprits, dont l’auréole continue d’étonner les chercheurs, historiens et autres auteurs. » L’émerveillement et l’auréole sont tels qu’il s’agit d’un personnage, Mathieu Da Costa, dont on ne connaît en pratique quasiment rien (on ne sait pas, par exemple, s’il est même venu au Canada, ni s'il était métis plutôt que noir). On comprend l'étonnement... On n’a pour tous documents que de très courtes et vagues mentions à cet homme.

Selon L'Encyclopédie canadienne, «[l]e seul fait connu et vérifiable sur Mathieu da Costa est un document révélant qu’il se trouve en Hollande en février ou mars 1607. » Par un autre document, « plusieurs historiens ont spéculé que da Costa accompagne Pierre Dugua de Mons et Samuel de Champlain lors d’un ou de plusieurs de leurs voyages en Acadie et dans la région du Saint-Laurent. Cette hypothèse est plausible, mais dans les premiers mois de l’exécution de son contrat, il est certain qu’il n’est pas à bord d’un navire à destination de l’Amérique du Nord. Au printemps 1609, il se trouve plutôt à Rouen en Normandie et le 15 juin de cette même année, Bauquemare met fin à son contrat sous prétexte « que ledict n---- s’est deffaict de moi ». En conséquence de quoi « certains historiens remettent en cause sa venue au Canada en raison du manque de preuves historiques ». C'est bien maigre pour un timbre, mais bon il fallait bien trouver quelqu'un pour illustrer l'histoire des minorités ethniques en Nouvelle-France...

Voir comment Radio-Canada décrit cette initiative difficile de Postes Canada de rendre hommage en 2017 à ce personnage historique « énigmatique ». On attend le timbre commémoratif historique sur le 375e anniversaire de la fondation de Montréal de la part de Postes Canada, plutôt qu’un timbre qui célébrerait par exemple le multiculturalisme moderne. À notre connaissance, aucun timbre à caractère historique n’est prévu pour ce 375e anniversaire.


Portrait imaginaire de Mathieu da Costa.

Bien que l’histoire de Mathieu Da Costa demeure incomplète [grand prix de l'euphémisme], l’intérêt pour sa vie et pour le lien unique qu’il avait noué avec notre pays nous rappelle les valeurs de respect, de tolérance et de diversité que les Canadiens chérissent tant.

– Deepak Chopra, Président-directeur général de Postes Canada

jeudi 9 mars 2017

Deux fois plus de dépressions chez les femmes qu'il y a 40 ans. Rançon de la « libération » de la femme ?

La prévalence de la dépression chez les femmes a doublé en 40 ans, selon une vaste étude publiée par le Collège européen de neuropsychopharmacologie (ECNP) à l’occasion de son congrès annuel qui s’est tenu à Paris en 2011.

Cette étude, menée par Hans-Ulrich Wittchen de l’Université de Dresde (Allemagne) et ses collègues pendant 3 ans dans 30 pays (ceux de l’Union européenne plus la Suisse, l’Islande et la Norvège) montre que le taux de dépression chez les femmes, âgées de 16 à 42 ans, a doublé depuis les années 1970. La plus grande partie de cette augmentation s’est produite dans les années 1980 et 1990. Les taux sont maintenant stables.

Les femmes ont un risque de dépression évalué de 10 % à 13,4 %, soit deux fois plus élevé que les hommes.

Les chercheurs attribuent cette augmentation aux changements sociaux : cumul du travail extérieur au foyer et de la famille, divorce... Ce serait celles qui sentent qu’elles ne réussissent pas bien à s’occuper de leurs enfants qui seraient plus susceptibles de vivre la dépression. (Étape suivante : une campagne gouvernementale pour déculpabiliser les femmes qui s’occuperaient mal de leurs enfants ?)

Les enfants dont la mère reste à la maison ont de meilleurs résultats à l’école

Rappelons qu’une métaétude, publiée à la fin 2010 par le Macalaster College au Minnesota et l’Université de Californie à partir de 69 enquêtes menées dans le monde entier depuis les années 1960, révèle que les enfants ont tendance à moins bien réussir à l’école si leur mère retourne au travail moins d’un an après leur naissance.

La recherche tendait à affirmer jusqu’ici que la garde non maternelle de l’enfant — quoiqu’ayant un impact négatif sur son bien-être émotionnel et pour son comportement — avait néanmoins des aspects positifs quant au développement cognitif.

La métaétude citée par le Daily Mail de Londres contredit cette affirmation et montre en même temps que les résultats varient selon la classe sociale et la structure familiale.

Ainsi, les enfants de classes moyenne et supérieure qui vivent avec leurs deux parents ont même, en moyenne, de moins bons résultats scolaires que leurs congénères de même classe sociale si leur mère retourne au travail dans les trois ans après leur naissance.

Peu de Hollandaises travaillent à plein temps, elles se disent très heureuses

En 2001, près de 60 pour cent des femmes néerlandaises qui travaillent travaillaient à temps partiel, contre seulement 20 pour cent des femmes canadiennes. Aujourd’hui, le nombre est encore plus élevé, oscillant autour de 75 pour cent. Certaines y voient un progrès, la preuve d’un supplément de liberté personnelle et l’adoption d’un mode de vie équilibré.

Pour d’autres, toutefois, il s’agirait d’une statistique alarmante puisqu’elle tend à indiquer que les femmes hollandaises ont abandonné la lutte à l’égalité dans le domaine de l’emploi salarié. L’économiste Heleen Mees prétend ainsi que la Néerlandaise typique se satisfait désormais de son sort : « Même à l’Université d’Amsterdam, l’université la plus “progressiste” que nous ayons, un de mes étudiants de 22 ans m’a déclaré : En quoi ça vous concerne si ma femme veut préparer des biscuits ? Et les étudiantes étaient d’accord avec lui ! Mais qu’est-ce qui se passe ici ? »

Mme Mees dirige une organisation qui s’appelle Les femmes au sommet dont le but est de pousser les Néerlandaises à entreprendre des carrières ambitieuses. Son slogan : « En finir avec le féminisme à temps partiel ! » Mme Mees souligne que le travail à temps partiel est un des principaux facteurs dans l’écart salarial persistant entre les hommes et les femmes. Notons qu’il n’y a écart qu’à travail égal, ce n’est pas le cas ici, comme le rappelait le Wall Street Journal : « Il n’y a pas d’écart salarial hommes-femmes ». Pour Heleen Mees, il s’agit également d’une question de principe : « Je pense que les femmes instruites ont une obligation morale d’assumer des positions importantes, pour donner l’exemple à leurs filles. »

Mais les Hollandaises semblent rester sourdes à l’appel des sirènes de l’entreprise. Interrogées pour savoir si elles aimeraient augmenter leurs heures, seuls quatre pour cent d’entre elles ont répondu oui, comparées à 25 pour cent pour les Françaises.

Pour Ellen de Bruin, auteur du succès de librairie Ces Hollandaises qui ne ne dépriment pas... Comment font-elles ? (Un clin d’œil au Ces Françaises qui ne grossissent pas... : Comment font-elles ? de Mireille Guiliano) la Néerlandaise typique est naturellement belle, n’est pas esclave de la mode, enfourche son vélo pour faire ses courses, passe beaucoup de temps avec ses enfants et son mari, suit des cours d’art en milieu de semaine, passe avec décontraction l’après-midi à boire du café avec ses amies. Elle aime travailler à temps partiel, gagne moins que son mari, mais ça lui va parfaitement : il paie les factures.

Le livre d’Ellen de Bruin soulignait ensuite que les femmes néerlandaises, comparées aux autres femmes occidentales, se retrouvent constamment au bas des palmarès qui classent les pays en fonction du taux de femmes qui occupent des postes supérieurs dans les entreprises et l’administration, mais qu’elles sont systématiquement classées en haut de ces listes sur le plan du bonheur et du bien-être. En fait, presque tout le monde aux Pays-Bas semble content du statu quo. En 2009, les Pays-Bas arrivaient en tête de tous les pays de l’OCDE pour ce qui est du bien-être global...


Voir aussi

Épidémie de détresse chez les enfants en CPE et chez les enfants de familles nanties

Les CPE ont échoué sur le plan pédagogique... comportemental et démographique

Lien avéré entre les femmes qui travaillent hors du foyer et l’obésité de leurs enfants

Étude — Le divorce affecte grandement la santé mentale des enfants.





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Dix mars 1736 — Les Indes Galantes de Rameau

Lors d’une représentation le 10 mars 1736, Rameau présente un nouvel acte (« une entrée ») à son opéra-ballet Les Indes galantes. Ce nouvel acte présente une histoire qui se déroule dans une forêt de la Nouvelle-France ou de Louisiane sous le régime français. Les « Sauvages » y tiennent le beau rôle, les prétendants européens de la belle Indienne Zima sont tournés en ridicule (l’un trop jaloux, l’autre trop volage). Non, décidément, le jeune prétendant indien de Zima, Adario, aime le plus simplement. La forêt nord-américaine est également un havre de paix où « jamais un vain désir ne trouble ici nos cœurs ». Les deux prétendants européens de Zima sont à l’arrière de la scène dans la vidéo ci-dessous. Ils sont tout essoufflés après quelques pas de danse, alors qu’Adario reste frais et fringant.



Rameau a assisté aux danses de deux chefs indiens de la Louisiane sur la scène du théâtre des Italiens à Paris en septembre 1725. Toutefois, la chorégraphie de la vidéo ci-dessus est bien moderne. La diction aussi d’ailleurs (pour une prononciation plus classique de ce rondeau, voir ici).

On trouvera ci-dessous la description de la danse de Deux Sauvages exécutée pour la première fois le lundi 10 septembre 1725 sur le Théâtre des Italiens. Ce texte fut publié pour la première fois dans le Mercure du mois de septembre 1725, puis dans le Parfaict Dictionnaire (1767).

Les Comédiens Italiens, avant leur départ pour Fontainebleau, donnèrent sur leur Théâtre une nouveauté des plus singulières. Deux Sauvages venus depuis peu de la Louisiane, grands & bien faits, âgés d'environ vingt-cinq ans, dansèrent trois sortes de danses, ensemble & séparément, & d'une manière à ne pas laisser douter qu'ils n'aient appris les pas & les sauts qu'ils font, très loin de Paris. Ce qu'ils prétendent figurer est sans doute fort aisé à entendre dans leur pays, mais ici rien n'est plus difficile à pénétrer : voici ce que nous en avons pu apprendre.

Le premier Danseur représentait un Chef de sa Nation, vêtu un peu plus modestement qu'on ne l'est à la Louisiane, mais en sorte que le nu du corps paraissait assez. Il avait sur la tête une espèce de couronne, pas riche, mais fort ample, ornée de plumes de différentes couleurs. L'autre n'avait rien qui le distinguât d'un simple guerrier. Le premier fit entendre à celui-ci, par sa façon de danser, & par ses attitudes cadencées, qu'il venait proposer la paix, & présenta le calumet ou étendart à son ennemi. Ensuite, ils dansèrent ensemble la danse de la paix. La seconde danse appelée la guerre, exprime une assemblée de Sauvages, où l'on prend le parti de faire la guerre à tel ou à tel peuple, & on en voit toutes les horreurs. Ceux qui sont de ce sentiment opinent en venant se mêler à la danse. Dans la troisième le guerrier va d'abord à la découverte de l'ennemi, armé d'un arc & d'un carquois garni de flèches, pendant que l'autre assis par terre bat du tambour, ou espèce de timbale pas plus gros que la forme d'un chapeau. Après avoir découvert l'ennemi, le Sauvage revient en donner avis à son Chef. Il imite ensuite le combat, dans lequel il suppose avoir défait l'ennemi. Après quoi ils dansent ensemble la danse de la Victoire.