jeudi 17 mai 2018

Histoire — 17/18 mai 1642, fondation de Ville-Marie (Montréal)

Le 17 mai 1642, Paul de Chomedey de Maisonneuve et un groupe de colons fondent l’établissement de Ville-Marie sur l’île de Montréal. Baptisée Mons realis par Jacques Cartier en 1535, cette île est cartographiée par Samuel de Champlain lors d’un voyage exploratoire en 1611. Les alliances conclues entre les Français et les nations amérindiennes, plus particulièrement les Hurons, amènent les missionnaires jésuites et les Récollets à fréquenter ce carrefour, afin d’y porter leur mission évangélisatrice. À l’époque, les différents récits de voyage publiés en Europe frappent l’imagination de plusieurs Français et rendent la colonisation et le travail missionnaire de plus en plus populaires. Certains se donnent comme objectif de participer au rayonnement des valeurs françaises en Nouvelle-France. C’est le cas de Jérôme Le Royer de La Dauversière et de Jean-Jacques Olier qui forment, en 1639, la Société de Notre-Dame de Montréal, dont les buts sont de fonder une ville et de créer une nouvelle société chrétienne où cohabiteraient Français et Amérindiens.

L’île, d’abord concédée en seigneurie à Jean de Lauson, est acquise en 1640 par la société, qui la conserve jusqu’en 1663. Le Royer de La Dauversière choisit un jeune officier, Paul de Chomedey de Maisonneuve, pour gouverner la nouvelle colonie et une infirmière, Jeanne Mance, pour y fonder un hôpital. Une quarantaine de colons partent de La Rochelle, en France, le 9 mai 1641. Arrivés à Québec trop tard à l’automne pour pouvoir poursuivre leur route jusqu’à Montréal, ils passent l’hiver à Sillery (Québec). Malgré les efforts du gouverneur Charles Huault de Montmagny, qui tente de dissuader Maisonneuve de mettre son projet à exécution, l’expédition part pour Montréal le 8 mai 1642. Les colons, Montmagny, quelques missionnaires jésuites et Maisonneuve arrivent sur le site le 17 mai, à proximité de l’ancien village iroquois d’Hochelaga. Maisonneuve prend officiellement possession de l’île au nom de la Société de Notre-Dame de Montréal. Une messe est célébrée le lendemain et le nouvel établissement, dédié à la Vierge Marie, prend le nom de Ville-Marie, nom utilisé pendant une dizaine d’années avant d’être remplacé par Montréal. Rapidement, les colons se consacrent à la construction d’une clôture, d’une résidence pour le nouveau gouverneur et de quelques habitations. Sous la supervision de Jeanne Mance, l’Hôtel-Dieu de Montréal est érigé à l’automne.

En tant que poste le plus reculé de la Nouvelle-France, Ville-Marie se retrouve au cœur du réseau de communication donnant accès à l'Iroquoisie et à la Huronie. Sa position est stratégique tant au niveau militaire que commercial. La colonie devient un poste important pour le commerce des fourrures. Elle connaît toutefois des débuts difficiles en raison des attaques répétées des Iroquois. En 1645, Maisonneuve fait construire un fort et, huit ans plus tard, il engage en France une centaine de colons-soldats au cours de la Grande Recrue. L’arrivée de cette force défensive permet au jeune établissement de résister aux attaques iroquoises quoique sa sécurité ne soit définitivement assurée qu’avec la Grande Paix de Montréal en 1701.


mercredi 16 mai 2018

Dans une garderie près de chez vous — Un premier jouet transsexuel créé au Québec

Nouvel épisode de notre feuilleton Le Québec à l’avant-garde. Voir les épisodes précédents Un juge demande la reconnaissance des familles à trois parents, À dépenses similaires, l’Ontario diplôme de plus en plus alors que le Québec fait du surplace et Québec : jamais aussi peu de naissances depuis 10 ans, jamais autant de décès depuis la tenue des statistiques.

Les enseignants et éducateurs en garderie qui accueilleraient de « plus en plus des enfants transgenres » dans leurs groupes selon TVA nouvelles, pourront bientôt utiliser un des 500 exemplaires du premier jouet conçu pour expliquer cette apparente mode récente.

Jacques Pétrin est un des premiers à avoir commandé des exemplaires de Sam, premier jouet transgenre au monde. Il croit que ses créateurs québécois ont bien fait de concevoir un jouet que les enfants pourront manipuler, au lieu des traditionnels livres ou campagnes de communication.


« Il y a des jeunes qui n’ont même pas commencé à apprendre à lire. Ça arrive souvent avant ça », affirme M. Pétrin, en faisant référence aux questionnements sur ce qu’on nomme parfois l’identité de genre. Il est coordonnateur de la Table nationale de lutte contre l’homophobie et la transphobie des réseaux de l’éducation.

Afin d’enrayer la prétendue « transphobie » dès le plus jeune âge, l’agence LG2 et l’organisme Enfants transgenres Canada ont créé un jouet basé sur le modèle des poupées russes, accompagné d’un court film qui raconte l’histoire du personnage imaginaire Sam.

Chaque poupée représente les étapes par lesquelles peuvent passer certains enfants qui se questionnent sur leur identité de genre. Par exemple, la deuxième poupée montre Sam, alors considéré comme une fillette, qui s’amuse naïvement à se dessiner une moustache.

Sam « considérée comme une fillette » explore son identité à la garderie

La cinquième poupée montre Sam dans une phase plus sombre, où il éprouve de la tristesse à force de se sentir rejeté.

Les intervenants pourront donc présenter la vidéo aux enfants, les laisser s’amuser avec le jouet et les inviter à discuter de ce qu’ils ont retenu, avance M. Pétrin.

« Ça ne dit pas aux enfants comment être, mais plutôt comment accepter ceux qui vivent cela », explique le designer graphique Jean-Philippe Dugal, chez LG2, qui espère rien de moins que de « changer le monde » grâce à Sam.

Au cours des 10 dernières années en Angleterre, on assiste a eu une forte augmentation du nombre de références à des cliniques de genre pour les adolescentes qui veulent devenir des garçons.

Une étude de 2017 a établi une association entre ce phénomène et le fait d’avoir un ami (ou plusieurs amis) identifié comme transgenre, suggérant que cette augmentation ait des similitudes avec une contagion sociale. Ces filles ont fréquemment d’autres problèmes de santé mentale, comme l’autisme ou un trouble de la personnalité limite, qui devraient plutôt être au centre des préoccupations.

Des statistiques récentes estiment que six adultes sur 1000 sont des transgenres (un nombre qui a étrangement doublé au cours de la dernière décennie), et jusqu’à une personne sur 100 pourrait avoir une différence de développement sexuel (une condition médicale anciennement appelée « intersexe »).

Sans aucun doute, ces individus méritent la dignité et le respect. En même temps, on ne s’avance guère en affirmant que l’immense majorité des enfants grandiront en s’identifiant à leur sexe de naissance.

Pour le psychologue clinicien et professeur de psychologie à l’Université de Toronto, Jordan Peterson, on assiste à une épidémie d’autodiagnostic chez les jeunes, une course à la multiplication des pathologies, une glorification des troubles comme les troubles de la personnalité limite, lesquels sont rares. Cette course victimaire qui permet au plus opprimé d’atteindre le sommet de la hiérarchie aboutit à un nivellement vers le bas.

Les adultes n’aident pas les jeunes enfants à trouver une voie de l’avenir noble et difficile, où ils seront responsables et avanceront confiants vers l’âge adulte. Bien au contraire. Nous glorifions un statut extrêmement minoritaire, une confusion qui se résorbe souvent à l’adolescence avec l’enclenchement de la puberté. Au lieu de cela, on voit des écoles envoyer des enfants à des cliniques spécialisées au moindre soupçon de trouble de l’identité sexuelle et des parents aller jusqu’à demander que la puberté de leur enfant soit retardée par des injections d’hormones.

Quiconque essaie de parler de cela sait à quoi s’attendre : on vous appelle un bigot haineux. Aux parents, en particulier, on affirme que 41 % des personnes transgenres ont tenté de se suicider et que leur enfant fera partie de cette statistique s’ils ne cèdent pas à leur affirmation infantile d’être né dans le mauvais corps. C’est exactement ce que fait l’organisme Enfants transgenres Canada sur sa page d’accueil et dans ses interventions dans les médias.

Tiré de la page d’accueil du site militant Enfants transgenres Canada

Cependant, les chercheurs qui ont publié cette statistique ont reconnu les limites de leur étude ; ils n’ont pas demandé aux répondants s’ils souffraient d’autres problèmes de santé mentale ni s’ils s’identifiaient [encore] comme transgenres, au moment de leur tentative de suicide.

Extrait de l’article de TVA Nouvelles qui n’interroge personne pour remettre en question cette statistique et son insinuation simpliste (c’est la « transphobie » qui causerait ces suicides)

Pour Debra Soh, titulaire d’un doctorat en neurosciences sexuelles de l’Université York, les thérapeutes sont désormais incapables d’avoir d’honnêtes conversations avec les parents au sujet de leurs enfants, de peur de perdre leur permis d’exercer de peur d’enfreindre la Loi ontarienne de 2015 sur l’affirmation de l’orientation sexuelle et de l’identité sexuelle car, selon elle, « Nul ne doit, lorsqu’il fournit des services de soins de santé, fournir un traitement visant à changer l’orientation sexuelle ou l’identité sexuelle d’une personne de moins de 18 ans. » Cela a des implications importantes pour le bien-être de l’enfant, car la transition sociale et médicale n’est souvent pas une solution appropriée.

En prenant les affirmations des enfants pour argent comptant, les adultes leur refusent l’aide dont ils ont besoin. L’objectif d’une politique et d’un traitement médical efficaces devrait être d’améliorer la vie de ceux qui souffrent, plutôt que de s’autocongratuler parce que nous serions ouverts d’esprit, tolérants, bisounours et progressistes.

Voir aussi

Jordan Peterson et les jeunes « trans » (M-à-j avis de Debra Soh sur l’augmentation de ceux-ci)

Priorité éducative du Québec (du moment) : Urgence : « Adapter l’école aux écoliers transgenres »

Élève à la télévision : « J’en parlais avec mes amis trans à l’école... »

Angleterre — Au moindre soupçon, des écoles considèrent désormais les élèves comme transgenres

Nombre d’enfants référés à la clinique du genre (GIDS) par année et par sexe


Priorité en éducation selon le syndicat CSQ : lutter contre l’hétérosexisme...


Le genre et l’université : une chape de plomb s’abat

Garçon gardé par un couple de lesbiennes subit un traitement hormonal pour bloquer sa puberté

Thomas entre Pauline Moreno et Debra Lobel qui affirment qu’il n’a pas subi de pressions dans sa décision de devenir une fille

L'Italie est le deuxième pays le plus vieux au monde

L’Italie a confirmé en 2017 son statut de second pays le plus vieux au monde, après le Japon, et son déclin démographique, a indiqué mercredi l’Institut national de la statistique (Istat) dans son rapport annuel.

« Depuis 2015, notre pays est entré dans une phase de déclin démographique », après avoir encore perdu 100 000 habitants entre 2016 et 2017, a souligné l’Istat. L’Italie comptait 60,5 millions d’habitants au 1er janvier 2018 dont 8,4 % d’étrangers.

Taux de fécondité en chute libre

Le taux de fécondité, qui définit le nombre d’enfants par femme en âge de procréer, reste l’un des plus bas au monde à 1,34. Il est même de 1,27 dans la population italienne contre 1,95, mais en baisse, dans la population étrangère. Pays en phase de vieillissement, l’Italie comptait au 1er janvier de cette année 168,7 personnes âgées pour 100 jeunes, selon l’Istat, un rapport qui la place juste derrière le Japon. Dans 20 ans, ce rapport sera de 265 contre 100, indique encore l’institut.

Comparaisons internationales


À titre de comparaison le taux de fécondité en 2017 au Québec était de 1,54 enfant/femme, le taux des femmes francophones est habituellement inférieur de 0,1 enfant à ce taux. La fécondité a Montréal est 1,4 enfant/femme, 1,45 dans la Capitale nationale et 1,47 à Laval mais elle est de 2,6 (et en hausse) dans le Nord du Québec. Le taux de fécondité en 2017 était de 1,88 enfant/femme en France, un chiffre qui a baissé tout au long du quinquennat Hollande. En tête des pays développés en 2016, les 3,11 enfants par femme israélienne (juives et non juives). Comme la plupart des pays industrialisés, le taux de fécondité en Israël avait considérablement diminué entre les années 70 et le début des années 2000, passant d’une moyenne de 4 enfants en 1970 à 2,80 enfants en 2005. Cependant depuis 2006, le taux de fécondité en Israël est en hausse et dépasse maintenant l’Arabie saoudite, qui occupait auparavant la première place, avec une moyenne de 7,30 enfants par femme en 1979, mais qui est tombé à 2,70 depuis lors. D’autres pays connaissent des regains de fécondité, parmi ceux-ci l’Algérie et l’Égypte.

Espérance de vie au plus haut

L’espérance de vie est aussi l’une des plus élevées au monde avec 80,6 ans pour les hommes et 84,9 pour les femmes. Mais les disparités entre nord et sud sont encore fortes. A Bolzano (nord), on peut s’attendre à vivre en bonne santé jusqu’à 70 ans en moyenne, mais seulement jusqu’à 52 ans en Calabre, affirme l’Istat.

Immigration en baisse

L’immigration étrangère, dans un pays qui a vu arriver près de 700 000 migrants sur ses côtes en cinq ans, est en baisse constante avec 337 000 nouveaux inscrits à l’état-civil en 2017 contre 527 000 dix ans plus tôt. Quelque 227 000 nouveaux permis de séjour ont été accordés en 2017, mais ils étaient près de 600 000 en 2010.

Les départs d’Italiens ont triplé en 10 ans

Le solde migratoire reste positif, mais les départs d’Italiens vers l’étranger ont triplé en dix ans, effets de la crise économique obligent. La dynamique migratoire positive continue toutefois à limiter le déclin démographique dans un pays qui a vu en 2017 le nombre de naissances diminuer de 2 % sur an an, relève l’Istat.

Benoît XVI : les « droits de l'homme » sans Dieu se réduisent au « pragmatisme » capricieux

Si Dieu n’existe pas, les droits de l’homme s’effondrent est un texte écrit par Benoît XVI en 2014. Il a été publié par Sandro Magister le 8 mai 2018. Benoît XVI écrit qu’il a compris en 2014 qu’il y a une discontinuité entre les papes précédents et l’encyclique de Jean XXIII Pacem in Terris (avril 1963) qui poussait pour la reconnaissance des « droits de l’homme ». Jusque-là, le concept agnostique des « droits de l’homme » avait été condamné par l’Église parce qu’il est coupé de l’autorité de Dieu, confond la vérité et le mensonge et place ces « droits » à la merci des caprices des législateurs humains. L’ancien pape Benoît XVI est arrivé à une conclusion similaire, c’est-à-dire que les « droits de l’homme » sans Dieu sont finalement réduits au « pragmatisme ». Selon Benoît, un tel concept agnostique conduit à la « destruction de l’idée du droit » et au « droit nihiliste » de l’homme de se nier « comme dans l’avortement et le suicide ». Selon Ratzinger, les « droits de l’homme » séparés de Dieu conduisent à la négation du christianisme. Le texte sera imprimé dans un nouveau livre le 10 mai 2018.

Il s’agit d’un texte que Ratzinger a rédigé dans sa retraite vaticane, un an et demi après sa démission comme pape — par la suite publié en 2015 sous le titre définitif « Diritti umani e cristianesimo. La Chiesa alla prova delle modernità » — de son ami Marcello Pera, philosophe de l’école libérale et ancien président du sénat italien.

Dans son commentaire, le « pape émérite » analyse l’immixtion des droits de l’homme dans la pensée laïque et chrétienne de la deuxième moitié du vingtième siècle en tant qu’alternative aux dictatures totalitaires en tout genre, communistes ou islamiques. Et il explique pourquoi « dans ma prédication et dans mes écrits, j’ai toujours affirmé la centralité de la question de Dieu ».

La raison est justement d’assurer aux droits de l’homme leur fondement de vérité, sans lequel les droits se multiplient jusqu’à s’autodétruire et l’homme finit par se nier lui-même. Le volume dans lequel va paraître ce texte, ainsi que d’autres textes de Ratzinger sur le lien entre foi et politique, est édité en Italie par Cantagalli. Joseph Ratzinger-Benedetto XVI, « Liberare la libertà. Fede e politica nel terzo millennio », Pierluca Azzaro et Carlos Granados dir., préface du Pape François, Cantagalli, Sienne, 2018, pp. 208, 18 €.


C’est le second d’une collection de sept volumes intitulés Joseph Ratzinger – Textes choisis sur les thèmes fondamentaux de la pensée de Ratzinger théologien évêque et pape, publiés en même temps en plusieurs langues et dans plusieurs pays, en français par Parole et Silence.

Voici ci-dessous le texte inédit qui ouvre le second volume de la collection. Le sous-titre est l’original de Ratzinger en personne.

Sans Dieu, les droits de l’homme s’effondrent

Éléments pour une discussion sur le livre de Marcello Pera « La Chiesa, i diritti umani e il distacco da Dio ».
de Joseph Ratzinger

Ce livre représente sans aucun doute un défi majeur pour la pensée contemporaine et aussi, particulièrement, pour l’Église et la théologie. Le hiatus entre les affirmations des papes du XIXe siècle et la nouvelle vision qui commence avec « Pacem in terris » est évidente et l’on a beaucoup débattu à ce sujet. Elle se trouve aussi au cœur de l’opposition de Lefebvre et de ses partisans contre le Concile. Je ne me sens pas en mesure de fournir une réponse claire à la problématique soulevée par votre livre ; je me limiterai donc à faire quelques remarques qui, à mon sens, pourraient être importantes pour une discussion ultérieure.

1. Ce n’est que grâce à votre livre qu’il m’est apparu clairement dans quelle mesure « Pacem in terris » est à l’origine d’une nouvelle orientation. J’étais conscient de l’ampleur de l’impact de cette encyclique sur la politique italienne : c’est elle qui a donné l’impulsion décisive pour l’ouverture à gauche de la Démocratie Chrétienne. Je n’étais en revanche pas conscient du nouveau départ qu’elle a constitué, notamment par rapport aux idéaux fondamentaux de ce parti. Et néanmoins, pour autant que je m’en souvienne, ce n’est qu’avec Jean-Paul II que la question des droits de l’homme a acquis une importance de premier plan dans le Magistère et dans la théologie postconciliaire. À partir de là, cette affirmation ne concernait plus seulement les dictatures athées, mais également les États fondés sur base d’une justification religieuse comme on en trouve surtout dans le monde musulman. À la fusion du politique et du religieux dans l’islam, qui limite nécessairement la liberté des autres religions et donc aussi celle des chrétiens, on oppose la liberté de conscience qui considère dans une certaine mesure l’État laïque lui-même comme étant la forme juste de l’État, une forme qui donne de l’espace à cette liberté de conscience réclamée par les chrétiens depuis le début. En cela, Jean-Paul II savait qu’il était en profonde continuité avec les origines de l’Église. Il se trouvait devant un État qui connaissait la tolérance religieuse, bien sûr, mais qui identifiait autorité publique et autorité divine, ce que les chrétiens ne pouvaient accepter. La foi chrétienne, qui annonçait une religion universelle pour tous les hommes, incluait nécessairement une limitation fondamentale de l’autorité de l’État en raison des droits et des devoirs de la conscience individuelle.

Ce n’est pas en ces termes que l’idée des droits de l’homme était formulée. Il s’agissait plutôt de fixer l’obéissance de l’homme à Dieu comme limite de l’obéissance à l’État. Cependant, il ne me semble pas justifié de définir le devoir d’obéissance de l’homme à Dieu comme un droit par rapport à l’État. Et à cet égard, il était parfaitement logique que Jean-Paul II, devant la relativisation chrétienne de l’État en faveur de la liberté de l’obéissance à Dieu, vît ainsi s’exprimer un droit humain qui précédait toute autorité de l’État. Je crois qu’en ce sens le Pape ait pu affirmer qu’il y avait certainement une profonde continuité entre l’idée de fond des droits de l’homme et la tradition chrétienne, même si bien sûr les instruments respectifs, les mots et la pensée étaient très éloignés l’un de l’autre.

J’ai l’impression qu’en ce qui concerne le Saint Pape, il ne s’agisse pas tant du résultat d’une réflexion (même si elles sont nombreuses chez lui) que de la conséquence d’une expérience pratique. Contre l’emprise totalitaire de l’État marxiste et de son idéologie sous-jacente, il a vu dans cette idée des droits de l’homme l’arme concrète en mesure de limiter le caractère totalitaire de l’État, offrant ainsi l’espace de liberté nécessaire non seulement pour la pensée de l’individu, mais aussi et surtout pour la foi des chrétiens et pour les droits de l’Église. L’image séculaire des droits de l’homme, selon la formulation qu’on leur a donnée en 1948, lui est apparue de toute évidence comme la force rationnelle qui contrebalançait la prétention universelle, au niveau idéologique et pratique, de l’État fondé sur le marxisme. C’est ainsi qu’en tant que pape, il a affirmé que la reconnaissance des droits de l’homme était une force reconnue par la raison universelle dans le monde entier contre les dictatures de toute sorte.

2. À mon avis, dans la doctrine de l’homme fait à l’image de Dieu, on retrouve fondamentalement ce que Kant affirme quand il définit l’homme comme une fin et non comme un moyen. On pourrait également dire qu’elle contient l’idée que l’homme est sujet et non pas seulement objet de droit. Cet élément constitutif de l’idée des droits de l’homme est à mon sens exprimé clairement dans la Genèse : « Quant au sang, votre principe de vie, j’en demanderai compte à tout animal et j’en demanderai compte à tout homme ; à chacun, je demanderai compte de la vie de l’homme, son frère. Si quelqu’un verse le sang de l’homme, par l’homme son sang sera versé. Car Dieu a fait l’homme à son image. » (Gn 9, 5-6). Le fait d’être créé à l’image de Dieu inclut le fait que la vie de l’homme soit placée sous la protection spéciale de Dieu et le fait que l’homme, par rapport aux lois humaines, soit titulaire d’un droit instauré par Dieu lui-même. Sauf erreur de ma part, Jean-Paul II concevait son engagement en faveur des droits de l’homme dans une continuité avec l’attitude adoptée par l’Église primitive envers l’État romain. De fait, le mandat du Seigneur de faire de toute les nations des disciples avait créé une situation nouvelle dans le rapport entre religion et État. Jusqu’à cette époque, aucune religion ne prétendait à l’universalité. La religion constituait une partie essentielle de l’identité de chaque société. Le mandat de Jésus ne signifie pas qu’il faille exiger une transformation de la structure des sociétés individuelles, mais il exige toutefois que dans chaque société, on donne la possibilité d’accueillir son message et de vivre en conformité avec celui-ci.

Il en découle surtout en premier lieu une nouvelle définition de la nature même de la religion : celle-ci n’est plus un rite ou une observance qui garantit en définitive l’identité de l’État. Elle est en revanche reconnaissance (foi) et précisément reconnaissance de la vérité. Puisque l’esprit de l’homme a été créé pour la vérité, il est clair que la vérité oblige, mais non pas dans le sens d’une éthique du devoir de type positiviste, mais bien à partir de la nature de la vérité même qui, précisément de cette manière, rend l’homme libre. Ce lien entre religion et vérité comprend un droit à la liberté qu’il est légitime de considérer en profonde continuité avec le noyau authentique de la doctrine des droits de l’homme, comme l’a évidemment fait Jean-Paul II.

Une telle conception a acquis une importance fondamentale au début des temps modernes avec la découverte de l’Amérique. Tous les nouveaux peuples rencontrés n’étaient pas baptisés, c’est ainsi que s’est posée la question de savoir s’ils avaient des droits ou pas. Selon l’opinion dominante, ils ne devenaient des sujets de droits à proprement parler que par le baptême. La reconnaissance qu’ils étaient à l’image de Dieu en vertu de la création — et qu’ils demeuraient tels même après le péché originel — signifiait qu’ils étaient déjà des sujets de droit avant le baptême et que donc ils pouvaient prétendre au respect de leur humanité. À mon sens, il me semble qu’il s’agissait là d’une reconnaissance des « droits de l’homme » qui précèdent l’adhésion à la foi chrétienne et au pouvoir de l’état, quelle que soit sa nature spécifique.

3. Vous avez à juste titre considéré comme fondamentale l’idée augustinienne de l’État et de l’histoire en la plaçant à la base de votre vision de la doctrine chrétienne et de l’État. Toutefois, le point de vue d’Aristote aurait mérité une attention plus grande encore. Pour autant que je puisse en juger, elle n’a eu que peu d’importance dans la tradition de l’Église médiévale, d’autant plus qu’elle fut adoptée par Marsile de Padoue pour s’opposer au magistère de l’Église. Elle a ensuite été reprise de plus en plus, à partir du XIXe siècle quand on a commencé à développer la doctrine sociale de l’Église. On partait alors d’un double ordre : l’ordo naturalis et l’ordo supernaturalis ; là où l’on considérait que l’ordo naturalis se suffisait à lui-même. On a expressément mis en évidence que l’ordo supernaturalis était un ajout libre de l’ordre de la grâce pure auquel on ne peut prétendre à partir de l’ordo naturalis.

En construisant un ordo naturalis qu’il est possible d’appréhender de façon purement rationnelle, on tentait de bâtir une base argumentative grâce à laquelle l’Église aurait pu faire valoir ses positions éthiques dans le débat politique sur la base de la pure rationalité. Et de fait, on retrouve dans cette vision le fait que même après le péché originel, l’ordre de la création, bien que blessé, n’a pas été complètement détruit. Faire valoir ce qui est authentiquement humain là où il n’est pas possible de se prévaloir de la foi est en soi une position juste. Elle correspond à l’autonomie dans le cadre de la création et à la liberté essentielle de la foi. En ce sens, une vision approfondie de l’ordo naturalis du point de vue de la théologie de la création est justifiée, voire nécessaire, en lien avec la doctrine aristotélicienne de l’État. Mais il y a également des dangers :

a) On peut très facilement oublier la réalité du péché originel et en arriver à des formes naïves d’optimisme qui ne rendent pas justice à la réalité.

b) Si l’on considère l’ordo naturalis comme une totalité se suffisant à elle – même et qui n’aurait pas besoin de l’Évangile, on court alors le risque que tout ce qui est spécifiquement chrétien ne finisse par apparaître comme une superstructure en fin de compte superflue que l’on aurait superposée à l’humain naturel. Je me souviens en effet qu’on m’a une fois présenté le brouillon d’un document qui se terminait par des formules très pieuses alors que dans toute l’argumentation non seulement Jésus Christ et son évangile n’apparaissaient nulle part, mais Dieu non plus, ils semblaient être superflus. Naturellement, on croyait pouvoir construire un ordre de la nature purement rationnel, qui n’est pas à proprement parler véritablement rationnel et qui, d’un autre côté, menace de reléguer tout ce qui est spécifiquement chrétien dans le domaine du simple sentiment. C’est là qu’apparaît clairement la limite de la tentative de concevoir un ordo naturalis refermé sur lui-même et autosuffisant. Le Père de Lubac, dans son « Surnaturel », a cherché à démontrer que Saint Thomas d’Aquin lui-même — dont il se réclamait pour formuler cette tentative — n’avait en réalité pas entendu cela.

c) L’un des problèmes fondamentaux d’une telle tentative consiste dans le fait qu’avec l’oubli de la doctrine du péché original naît une confiance naïve en la raison qui ne perçoit pas la complexité effective de la connaissance rationnelle dans le domaine éthique. Le drame de la controverse sur le droit naturel montre clairement que la rationalité métaphysique, qui est présupposée dans ce contexte, n’est pas immédiatement évidente. Il me semble que Kelsen avait raison quand il disait que dériver un devoir de l’être n’est raisonnable que si Quelqu’un a déposé un devoir dans l’être. Cette thèse n’était pas digne de discussion pour lui. Il me semble donc qu’en définitive, tout repose sur le concept de Dieu. Si Dieu existe, s’il y a un créateur, alors même l’être peut parler de lui et indiquer à l’homme un devoir. Dans le cas contraire, l’éthos finit par se réduire au pragmatisme. C’est pourquoi dans ma prédication et dans mes écrits, j’ai toujours affirmé la centralité de la question de Dieu. Il me semble que cela soit le point vers lequel convergent fondamentalement la vision de votre livre et ma pensée. L’idée des droits de l’homme ne garde en dernière analyse sa solidité que si elle est ancrée dans la foi en Dieu créateur. C’est de là qu’elle reçoit à la fois la définition de ses limites et sa justification.

4. J’ai l’impression que dans votre livre précédent, « Perché dobbiamo dirci cristiani », vous considériez l’idée de Dieu des grands libéraux d’une manière différente à votre nouvel ouvrage. Dans ce dernier, elle apparaît comme une étape vers la perte de la foi en Dieu. Au contraire, dans votre premier livre, à mon avis, vous aviez montré de façon convaincante que, sans l’idée de Dieu, le libéralisme européen est incompréhensible et illogique. Pour les pères du libéralisme, Dieu était encore le fondement de leur vision du monde et de l’homme, de sorte que, dans ce livre, la logique du libéralisme rend justement nécessaire la confession du Dieu de la foi chrétienne. Je comprends que les deux analyses soient justifiées : d’un côté, dans le libéralisme, l’idée de Dieu se détache de ses fondements bibliques perdant ainsi lentement sa force concrète ; de l’autre, pour les grands libéraux, Dieu existe et est incontournable. Il est possible d’accentuer l’un ou l’autre aspect du processus. Je crois qu’il est nécessaire de les mentionner tous les deux. Mais la vision contenue dans votre premier livre reste pour moi incontournable : c’est-à-dire celle selon laquelle le libéralisme, s’il exclut Dieu, perd son fondement même.

5. L’idée de Dieu inclut le concept fondamental de l’homme en tant que sujet de droit, justifiant et établissant ainsi les limites de la conception des droits de l’homme. Dans votre livre, vous avez montré de façon persuasive et rigoureuse ce qui se passe quand on détache le concept des droits de l’homme de l’idée de Dieu. La multiplication des droits finit par entraîner la destruction de l’idée de droit et aboutit inévitablement au « droit » nihiliste de l’homme de se nier lui-même : l’avortement, le suicide, la production de l’homme comme un objet deviennent des droits de l’homme en même temps nient ce dernier. Ainsi, il ressort de façon convaincante de votre livre que l’idée des droits de l’homme séparée de l’idée de Dieu finit par mener non seulement à la marginalisation du christianisme, mais en fin de compte à sa négation. Ce point, qui me semble être le véritable but de votre livre, est très pertinent face à l’actuelle évolution spirituelle de l’Occident qui nie toujours davantage ses racines chrétiennes et se retourne contre elles.

Sources : Gloria TV et Diakonos

Le 18 mai 1756 : la Grande-Bretagne déclare officiellement la guerre à la France

le 18 mai 1756 : George II de Grande-Bretagne déclare officiellement la guerre à la France.

L’année 1755 est marquée par de nombreuses agressions anglaises. L’Angleterre prend ainsi l’initiative des hostilités, en capturant deux vaisseaux français et des dizaines de bateaux de pêche et de commerce, au large de Terre-Neuve.

En mai 1755, départ d’une flotte de 20 navires et quatre frégates partant de France, commandée par Emmanuel-Auguste Cahideuc Dubois de La Motte. Cette flotte transporte des renforts militaires au Canada.

4-16 juin : victoire britannique sur la France à la bataille de Fort Beauséjour.

10 juin : deux vaisseaux français, Lys et Alcide, sont capturés par les Britanniques commandés par Edward Boscawen près de Terre-Neuve3. Le navire Dauphin Royal échappe à la capture.

17 juin : le Fort Gaspareaux faiblement défendu par les Français se rend aux Anglais. L’Acadie est entièrement sous domination anglaise.

Au cours de l’été, les Britanniques saisissent 300 navires de commerce français avec 8000 hommes d’équipage. Cette perte en tonnage et en hommes porte un coup très dur à la flotte française. La France, qui possède 45 vaisseaux de ligne, ne peut en armer que 30, faute de matériel et d’équipage. Rupture des relations diplomatiques.

Dans l’été encore, le général Braddock, envoyé contre la place forte française du Fort Duquesne, l’actuelle ville de Pittsburgh, en Pennsylvanie, est battu par les Français. Braddock est tué et son armée est mise en déroute. Le jeune George Washington parvient à maintenir un certain ordre dans l’arrière-garde, ce qui permet à l’avant-garde de se replier. Ceci lui vaut le surnom de « Hero of the Monongahela »...


De juillet à décembre, les Anglais expulsent d’Acadie tous les habitants d’origine française. Cette déportation de près de 10 000 personnes entre dans l’Histoire sous le nom de « Grand Dérangement ».

Le 21 décembre, Louis XV adresse un ultimatum à la Grande-Bretagne pour que ses navires et marins lui soient restitués. Il menace de déclarer la guerre. L’ultimatum est rejeté le 13 janvier 1756. Trois jours plus tard, Frédéric II de Prusse conclut avec l’Angleterre le traité de neutralité de Westminster. La France se tourne alors vers l’Autriche, ce qui aboutit au traité de Versailles du 1er mai 1756. C’est un renversement complet des alliances. En mai, Montcalm arrive au Canada, il s’empare d’Oswego, dans la vallée de l’Ohio.

En avril, les Français débarquent à Minorque Le 6 mai a lieu la victoire navale de Richelieu et de La Galissonnière sur l’amiral Byng à Minorque et la prise du Port Mahon. Le 18 mai l’Angleterre déclare la guerre à la France, qui lui déclare la guerre à son tour, le 9 juin.

samedi 12 mai 2018

Québec — un juge demande la reconnaissance des familles à trois parents

Dans la série le Québec toujours à la fine pointe du progrès (voir nos précédents épisodes : À dépenses similaires, l’Ontario diplôme de plus en plus alors que le Québec fait du surplace et Québec : jamais aussi peu de naissances depuis 10 ans, jamais autant de décès depuis la tenue des statistiques).


Le gouvernement devrait permettre à un enfant d’avoir trois parents, demande un juge de Joliette qui devait trancher le sort d’un enfant mis au monde « coopérativement » par un couple de lesbiennes et un homme trouvé sur l’internet.

« Raisonnement » : parce qu’on est en 2018

Le couple lesbien a éclaté, mais les trois individus continuent à prendre soin de la fillette, maintenant âgée de 3 ans. La loi devrait reconnaître cette situation, selon le magistrat, parce que l’impossibilité actuelle « pose problème eu égard à la réalité sociale de 2018 ».

À défaut, le juge a dû à contrecœur expulser la mère non biologique du certificat de naissance afin de faire de la place pour le père biologique de l’enfant, qui souhaitait y apparaître.

« Au lieu d’être en mesure de formaliser la situation par une filiation à trois parents pour le bien de l’enfant, ils se retrouvent dans un combat juridique, tentant d’en éliminer un parmi eux, a regretté le juge Gary Morrison. De quelle façon peut-on conclure que cette situation est dans le meilleur intérêt de l’enfant ? » [Meilleur intérêt est un calque de l’anglais, M. le juge, en français on dit l’intérêt supérieur ou fondamental.]

Le parent dont le nom a été supprimé du certificat de naissance qualifie la décision d’« immorale ». « Moi, ma fille m’appelle papa, elle me saute dans les bras et elle s’en fout, elle », a-t-il dit. Christian* s’appelait Christiane* au moment de la naissance de la fillette et était marié à Johanne*, mais est depuis en transition pour devenir un homme.

C’est sur l’internet que Christiane et Johanne, un couple lesbien de longue date installé dans les Laurentides, ont trouvé Jonathan* dans le but d’avoir un enfant. Ils signent devant un notaire un document qu’ils intitulent « Entente pour mettre un enfant au monde ».

Le texte indique bien que le bébé est un projet des trois individus qui désirent « individuellement et coopérativement mettre au monde et aimer un enfant, dans un contexte d’amour et de diversité ».

Les « experts » interrogés par La Presse valorisent et banalisent ce projet à trois

« Ça existe déjà des coparents qui sont les grands-parents, qui agissent comme figures parentales. Ou encore les parents par alliance [beaux-parents] qui agissent comme coparents. Et ce n’est pas le problème : l’enjeu [pour le développement de l’enfant], c’est la qualité de la relation, la qualité de l’investissement et la permanence. Si l’individu a un rôle auprès de l’enfant, il ne peut pas disparaître par après, il faut qu’il y ait une stabilité. »

– Julie Laurin, professeure adjointe en psychologie à l’Université de Montréal

« Ce qui fait la différence, c’est vraiment la façon dont les adultes s’entendent. C’est ça l’enjeu. Si les adultes s’entendent bien, le développement des enfants est conséquent. [...] Quand on fait des enfants à trois ou à quatre, on réfléchit avant de faire des enfants. Quand on fait des enfants à deux dans un couple hétérosexuel, on peut avoir réfléchi, on peut être rendu là, mais ça peut être aussi par accident. »

– Isabel Côté, professeure de travail social à l’Université du Québec en Outaouais

Réactions

Le gouvernement est demeuré muet sur la récente suggestion d’un juge de la Cour supérieure de permettre la « triparentalité », plus tôt dans la semaine, alors que les autorités catholiques ont clairement exprimé leur opposition à une avenue allant contre « la nature des choses ».

La solution n’est pas de briser le modèle familial traditionnel, a répliqué Mgr Christian Lépine, archevêque de Montréal.

« Plus on peut rester près de la nature des choses — l’enfant vu comme le fruit de l’amour de deux parents —, plus l’enfant est gagnant », a-t-il affirmé en entrevue téléphonique. « Je suis [favorable à ce qu’on trouve] des chemins de bonheur pour les gens, mais le fait de maintenir deux parents pour un enfant m’apparaît important. »

« Le fait même de la procréation assistée — dans le sens de recourir à un donneur — n’est pas privilégié. On voit vraiment l’enfant comme le fruit de l’amour de deux parents. Quand on ouvre la porte à la procréation assistée, ça ouvre la porte à ce que trois personnes se sentent impliquées, comme dans ce couple-là, et finalement demeurent impliquées émotivement, ce qui est compréhensible, a-t-il dit. Ça ouvre la porte à compliquer les choses par la suite. »

« Il faut que les lois restent le plus près possible de la nature des choses », a-t-il ajouté.

Du côté du gouvernement, dans une déclaration transmise par écrit, la ministre de la Justice Stéphanie Vallée ne s’est pas prononcée sur la demande du juge Morrison.

« Par respect pour l’indépendance de la magistrature, nous nous abstiendrons de commenter les opinions contenues au jugement », a-t-elle indiqué. La déclaration souligne que le jugement Morrison est toujours susceptible de faire l’objet d’un appel et qu’il « respecte le droit en vigueur au Québec en matière de filiation ».

La ministre souligne aussi qu’un rapport d’expert de 2015 sur une possible réforme du droit de la famille recommandait le maintien de la limite de deux parents qui existait jusque-là.

* Nom changé.

vendredi 11 mai 2018

Alsace — Abandon des cours interreligieux

Le ministère de l’Éducation nationale français enterre le projet alsacien d’expérimenter à la rentrée prochaine des cours d’éducation au dialogue interreligieux (EDII) dans le secondaire.

Il n’y aura pas, à la rentrée prochaine, de cours d’éducation au dialogue interreligieux et interculturel (EDII) dans certains établissements scolaires alsaciens du secondaire. C’est ce que laisse entendre le ministère de l’Éducation nationale. Dans une réponse écrite au député alsacien Bruno Fuchs, publiée au Journal Officiel, il explique l’impossibilité de ce projet qui agite depuis plusieurs semaines les milieux religieux, politiques et laïques d’Alsace et de Moselle.

Rappelant l’obligation, sur ces territoires soumis au droit local, d’assurer un enseignement religieux dans tous les établissements publics, le ministère explique aussi qu’elle « est circonscrite aux seuls quatre cultes reconnus avant l’entrée en vigueur de la Constitution ». Soit le catholique, les deux protestants, et l’israélite. « L’État ne saurait donc, sur le fondement du droit local, organiser et financer l’enseignement d’un autre culte, notamment du culte musulman, dans les écoles publiques de ces départements. La loi ne saurait, en tout état de cause, en prévoir la possibilité », ajoute le ministère. Il rappelle que le Conseil constitutionnel a « jugé qu’à défaut de leur abrogation ou de leur harmonisation avec le droit commun, ces dispositions particulières ne peuvent être aménagées que dans la mesure où les différences de traitement qui en résultent ne sont pas accrues et où leur champ d’application n’est pas élargi. » Le ministère dit enfin son impossibilité de vider les enseignements actuels de leur caractère confessionnel : « Une telle mesure ne pourrait être considérée comme légale au regard des obligations qui incombent à l’État. »

Cette réponse sonne comme un camouflet pour les représentants des cultes alsaciens qui planchent depuis deux ans sur ce projet. Elle devrait en revanche satisfaire Monseigneur Lagleize. L’évêque de Metz s’était opposé avec fermeté à ce qu’elle soit appliquée en Moselle. Très attaché à l’enseignement confessionnel, il avait estimé que « le vrai dialogue ne peut se construire que si chacun est bien formé dans sa propre tradition ». Il avait reçu dernièrement le soutien de Céleste Lett. Le maire de Sarreguemines se dit favorable à ces cours, à condition qu’ils aient lieu sur l’ensemble du territoire français et non en substitution des cours confessionnels d’Alsace-Moselle. Les sénateurs mosellans Jean-Louis Masson et Christine Herzog s’étaient aussi opposés à ce projet, y voyant une menace pour le droit local.

Source : Le Républicain Lorrain

Éthique et culture religieuse : « lutter contre les préjugés à l'endroit des musulmans »

Un jeune chercheur de l’UQTR a constaté que les enseignants étaient souvent mal à l’aise lorsque venait le temps de parler en classe de ce qu’il qualifie comme des préjugés à l’endroit des musulmans dans le cadre du cours d’éthique et culture religieuse au secondaire.

Après avoir animé une série d’ateliers dans les écoles, il en conclut que les professeurs manquent surtout d’outils et de guides pour bien lutter contre les préjugés anti-musulmans. Devant d’autres chercheurs intéressés par le domaine, Mathieu Lizotte a parlé de son expérience avec un guide pédagogique développé par le Centre Justice et Foi à Montréal, « Québécois(e)s, musulman(e)s… et après ? ». « Très rapidement, on a senti qu’il y avait un intérêt d’avoir un outil supplémentaire. On sent parfois qu’il y a un manque de formation sur le terrain », a observé l’étudiant en sciences de l’éducation.

Le guide, conçu pour le Centre justice et foi et — mais cela ni Radio-Canada ni Le Devoir ne le mentionne — l’organisation de femmes musulmanes LaVoiEdesFemmes, a pour but d’aider les enseignants à déconstruire les images préconçues, particulièrement au sujet de la religion musulmane.

Le document propose notamment des ateliers pédagogiques et des activités d’animation à organiser en classe pour engendrer la réflexion. « Ne serait-ce que pour rappeler que tous les terroristes ne sont pas musulmans et que tous les musulmans ne sont pas terroristes », explique-t-il. On aimerait avoir plus d’exemples de préjugés déconstruits, car qui pensent vraiment que tous les terroristes sont musulmans, plutôt disons qu’un grand nombre récemment ?

Au fil de ses rencontres, il a constaté que de nombreux enseignants hésitent même à aborder ce genre de sujet.

« Le fait de ne pas avoir de conseiller pédagogique dans les cours d’éthique et de culture religieuse fait en sorte que les enseignants qui auraient besoin d’aide se sentent moins bien outillés », a-t-il constaté. Résultat : des professeurs tentent d’éviter certaines discussions, comme celles portant sur le voile, par exemple.

Mais ce n’est pas toujours si simple.

Mathieu Lizotte s’engage donc dans une étude en sciences de l’éducation qui porte précisément sur la façon dont les enseignants gèrent les échanges qui s’imposent d’eux-mêmes, notamment en raison de l’actualité. Il commencera cet automne un processus d’entrevues auprès d’enseignants.

« Je veux savoir d’où viennent les préjugés? Qu’est-ce que l’enseignant fait lorsque ces stéréotypes s’invitent en classe ? », se demande-t-il.

Il espère ainsi dresser un portrait dans le but d’adapter les interventions dans les salles de classe au Québec.


jeudi 10 mai 2018

L'inflation des diplômes aurait entraîné une dévaluation des titres universitaires

L’inflation des diplômes aurait entraîné une dévaluation des titres universitaires selon le sociologue Louis Chauvel dans son dernier livre La spirale du déclassement. Extraits d’une critique parue dans le Figaro sur ce livre :

Il y a deux livres dans le livre de Chauvel, ce qui le rend encore plus difficile à digérer. Mais chacun des deux est édifiant et instructif. Passionnant. Le premier est dans la continuité de ses précédents ouvrages : la mise en exergue de l’inexorable prolétarisation de la classe moyenne française, et en particulier de sa jeunesse qui subit la domination sans partage de la génération bénie du XXe siècle, celle des baby-boomers, jadis jeunesse dorée, désormais retraite en or massif. [Note du carnet : les retraites sont nettement moins bien dotées au Québec et au Canada.] Le second livre dans le livre est une charge contre les sociologues qui ont contesté ses travaux et conclusions. Chauvel y est acerbe et convaincant : « La première idée que retiennent les étudiants en première année de sociologie est que la nature n’existe pas, que tout est construction sociale, et que la notion même de réalité est controversée et donc suspecte… Donc rien n’est vrai, tout est permis… La notion même de réalité n’existe pas… De cette sociologie de la déconstruction, il est resté un monde en ruine. » Chauvel arrose large puisqu’il accable avec pertinence « les tenants de la modernité liquide (qui) liquident la modernité » et « la péremption d’une large majorité du personnel politique et intellectuel qui vit encore dans un monde que les autres ont vu disparaître il y a trente ans ».

Reste le cœur du sujet. Chauvel cultive et approfondit son intuition d’origine : le fossé inégalitaire se creuse et entre les classes sociales et entre les générations. Nous avons fermé, depuis les années 1980, la parenthèse enchantée des Trente Glorieuses et nous revenons à marches forcées vers le monde inégalitaire d’avant la guerre de 1914. Nous renouons avec la traditionnelle loi de Pareto : 80 % du patrimoine sont possédés par les 20 % les plus riches. Chauvel explique que les statistiques officielles sont faussées en France parce qu’elles ne tiennent pas compte de l’élément moteur de ces inégalités : les prix du logement et ce qu’il appelle la « repatrimonialisation » des hiérarchies sociales. Quelques chiffres éclairent sa brillante démonstration : « Les professions intermédiaires disposaient en 1978 d’un niveau de vie supérieur à la moyenne française de 39 % ; aujourd’hui, l’écart n’est plus que de 17 %. » Au cœur de cette prolétarisation de la classe moyenne, il y a la marginalisation de la jeunesse au profit de son aînée : « Si la tendance générationnelle dont continuent à bénéficier jusqu’à présent les premiers baby-boomers s’était maintenue, le niveau de vie de ceux nés en 1980 serait de 30 % plus élevé. »

L’inflation des diplômes a entraîné une dévaluation des titres universitaires

Chauvel a bien compris que la massification scolaire a accéléré cette évolution ; et que l’inflation des diplômes a entraîné une dévaluation des titres universitaires et du premier d’entre eux : le baccalauréat [français, à savoir le Diplôme d’études collégiales au Québec]. Par rapport à ses travaux précédents, Chauvel ajoute une comparaison internationale bienvenue et constate les effets redoutables de la mondialisation, en retrouvant dans ses chiffres les intuitions des premiers opposants à la « globalisation », qui avaient deviné que l’émergence des riches des pays pauvres se ferait au détriment des pauvres des pays riches : « En 2000, 88 % de la population française comptait parmi les 20 % les plus aisés à l’échelle mondiale. 75 % en 2010. » Ce que Chauvel appelle « le grand déclassement ». Le discours de Chauvel ne va pas sans contradictions : « Ce qui relie jeunes, femmes et immigrés est le fait de représenter une concurrence menaçante pour les initiés déjà en emploi dans les années 1970. » Chauvel rejoint ainsi, sans le vouloir et sans l’avouer, la cohorte honnie par lui de ces sociologues et technocrates libéraux qui, fustigeant « la préférence française pour le chômage », appellent à faire sauter les protections sociales qui ne bénéficient selon eux qu’à ces fameux initiés. Comme eux, il ne veut pas voir que, selon la déjà ancienne analyse de Christopher Lasch, reprenant les intuitions de Marx, ce sont justement les patrons qui ont fait entrer sur le marché du travail toujours plus de femmes et d’immigrés, afin de peser sur les salaires d’ouvriers blancs et chefs de famille qui leur coûtaient de plus en plus cher.

Quoi qu’il en soit, Chauvel a bien compris la logique implacable de notre régression : « Les institutions sociales héritées de la Libération tiennent encore à leur structuration institutionnelle, mais risquent de devenir des coquilles vidées de leur organisme vivant. »

Chauvel communie ainsi lui aussi à sa manière dans le « c’était mieux avant »

Il communie ainsi lui aussi à sa manière dans le « c’était mieux avant ». Mais c’est un « c’était mieux avant » prudent, un « c’était mieux avant » bien-pensant, de gauche, sociologique, politiquement correct. Un « c’était mieux avant » égalitaire. Un « c’était mieux avant » social-démocrate. On privilégie l’économique, on insiste sur les inégalités sociales et générationnelles, on ne cherche surtout pas à s’aventurer dans la question taboue des différences ethniques, culturelles, religieuses. L’identité ne peut être que productrice « d’anomie ». On a peur de ce qu’on y trouverait. Nostalgie de la France des Trente Glorieuses, cette France des classes moyennes qui marchait vers un destin apaisé à la scandinave, dont Chauvel oublie seulement qu’elle était homogène — à l’instar d’ailleurs de son modèle originel, l’Amérique blanche des suburbs des années 1950. Et que ceci explique — en partie — le bonheur de celle-là. Comme si au dernier moment, le poids de sa culture sociologique l’inhibait et l’illusionnait encore.


La spirale du déclassement
de Louis Chauvel
aux éditions du Seuil,
à Paris
208 pp, 16 € ou 31,95 $ canadiens
ISBN 9782021072846

« Narcisse si laid en son miroir »

Dans une tribune publiée par Le Figaro, Éric Zemmour salue la réédition chez Flammarion de La culture du narcissisme de Christopher Lasch (1932-1994) qui annonce l’avènement d’une société individualiste et nihiliste. Christopher Lasch, historien et sociologue américain, est l'auteur de nombreux ouvrages, parmi lesquels La Révolte des élites, Le Seul et Vrai Paradis, et Le Moi assiégé. La culture occidentale est en crise. Le Narcisse moderne, terrifié par l'avenir, méprise la nostalgie et vit dans le culte de l'instant ; dans son refus proclamé de toutes les formes d'autorité, il se soumet à l'aliénation consumériste et aux conseils infantilisants des experts en tout genre. Aujourd'hui plus que jamais, l'essai majeur de Christopher Lasch frappe par son actualité. Décortiquant la personnalité typique de l'individu moderne, Lasch met en lumière ce paradoxe essentiel qui veut que le culte narcissique du moi en vienne, in fine, à détruire l'authentique individualité. Chronique d’Éric Zemmour :

Nous sommes en 1979. La France est giscardienne et croit l’être pour longtemps. Le jeune président a inauguré son septennat par une série de réformes qui doivent moderniser la société française : avortement, majorité à 18 ans, divorce facilité, loi Haby sur le collège unique… Tous ceux qui s’opposent à cette (R) évolution sont marqués du sceau infamant de la réaction. De l’autre côté de l’Atlantique, un livre paraît alors qui décrit déjà par le menu toutes les conséquences déplorables de cette « société libérale avancée ». Notre avenir est son passé. L’auteur l’a vécu, analysé, et ce n’est pas brillant. Ce n’est pas de la science-fiction, mais il est américain, sociologue, historien, et exaspère ses confrères universitaires par sa méfiance des mythes progressistes. Il s’appelle Christopher Lasch.

Depuis lors, le souffle prophétique est passé, mais est restée l’analyse impeccable de ce qu’il a appelé la « culture du narcissisme ». Sa thèse est résumée en une phrase au début de l’ouvrage : « La culture de l’individualisme compétitif dans sa décadence a poussé la logique de l’individualisme jusqu’à l’extrême de la guerre de tous contre tous, et la poursuite du bonheur jusqu’à l’impasse narcissique de l’individu par lui-même. » Lasch ne se contente pas de poser le diagnostic ; il décline ensuite dans tous les domaines qui sont affectés par cette révolution : famille, nation, école, entreprise, et même religion et art.

Notre narcissisme individualiste détruit les individus et les familles ; nous coupe de notre passé et de notre histoire ; transforme les hommes politiques en machines à séduire ; et assimile le sport au monde du divertissement. Tout est divertissement, tout est illusion, tout est spectacle. Reprenant les analyses de Debord, Lasch les étend et les retourne contre les idéologues progressistes. Ceux-là croient encore que la libération générale — de la femme, de l’enfant, du salarié, etc. — s’oppose à une société capitaliste qui repose sur la répression des désirs et l’autoritarisme. On rit aujourd’hui — en partie grâce à Lasch — de tous ceux — et ils sont encore légion — qui croient encore et veulent nous faire croire à cette fable qui n’a correspondu qu’à la réalité du capitalisme du XIXe siècle.

Depuis lors, le capitalisme a muté, la consommation est préférée à l’épargne, et l’expression des pulsions préférée à leur répression. Dès les années 50, aux États-Unis, les malades ne présentaient plus les névroses décrites par Freud. Plus fort encore que le thérapeute viennois, c’est le français Sade qui « est le plus troublant des prophètes de l’individualisme révolutionnaire, en proclamant que la satisfaction illimitée de tous les appétits était l’aboutissement logique de la révolution […] Sade avait perçu plus clairement que les féministes qu’en régime capitaliste toute liberté aboutissait finalement au même point : l’obligation universelle de jouir et de se donner en jouissance… L’individualisme pur débouchait ainsi sur la répudiation la plus radicale de l’individualité. » Cet individu qui ne croit plus en rien, sauf en lui-même, est en vérité incapable de se projeter dans l’avenir, puisqu’il méprise le passé. Lui reste des recettes, des techniques, pour conjurer sa vacuité, qui ne mènent à rien : « L’idéologie du développement personnel, optimiste à première vue, irradie résignation et désespoir profond. Ont foi en elle ceux qui ne croient en rien. »

De même, il ne lui a pas échappé que l’éducation de masse allait provoquer une baisse affligeante du niveau scolaire. « La démocratisation de l’enseignement a contribué au déclin de la pensée critique et à l’abaissement des niveaux intellectuels. Cette situation nous oblige à nous demander si l’éducation de masse, en fait — et comme les conservateurs l’ont toujours affirmé — n’est pas incompatible avec le maintien d’un enseignement de qualité. »

Il n’a pas grand mérite en vérité : le système éducatif américain avait trente ans « d’avance » sur son homologue français. Nous sommes désormais ce qu’ils étaient alors.

Mais Lasch est le contempteur le plus acide et le plus lucide d’un mouvement féministe en qui il voit pertinemment l’incarnation la plus aboutie de ce qu’il dénonce, cet individualisme poussé jusqu’à la guerre de tous contre tous (guerre des sexes) et au narcissisme aveugle à tout ce qui n’est pas soi. Il a bien compris, avant tout le monde ou presque, que le capitalisme avait poussé à « l’émancipation des femmes et des enfants de l’autorité patriarcale, pour mieux les assujettir au nouveau paternalisme de la publicité, des grandes entreprises et de l’État. » Il fait le procès du sentimentalisme généralisé qui n’est pas amour de l’autre, mais amour de soi. « Notre idéal de “l’amour véritable” pèse trop sur nos relations personnelles. Nous demandons trop à la vie, pas assez à nous-mêmes. »

Il brocarde les couples modernes qui « passent trop de temps ensemble » et qui ne jurent que par l’authenticité de leurs sentiments : « Le culte de l’authenticité confère une légitimité à la prolétarisation du métier de parent, qui se produit lorsque les professionnels de l’assistance s’approprient les techniques d’éducation de l’enfant dès sa naissance. » Et ose dénoncer « le nombre croissant de divorce, ainsi que la possibilité omniprésente d’échec de n’importe quel mariage, (qui) concourent à l’instabilité de la vie familiale et privent l’enfant d’un minimum de sécurité affective ».

Lasch est l’un des analystes les plus redoutables des dérives de l’homme moderne. De son inculture, de son mépris et oubli du passé, de son sentimentalisme niais et nihiliste, de son narcissisme puéril. Il montre parfaitement — même s’il ne fut pas le seul — comment nos mouvements progressistes de ces quarante dernières années furent les idiots utiles d’un capitalisme qui a su retrouver sa force révolutionnaire d’antan. En France, il faut rajouter aux effets de ce capitalisme, ceux d’un égalitarisme obsessionnel qui, contrairement à ce qu’on croit, ne limite pas mais démultiplie les effets délétères déjà dénoncés par Lasch. L’exception française, c’est devenu souvent cela : avoir, le plus souvent, le pire des deux systèmes, le pire des deux modèles, le pire de l’Amérique et le pire de la France.



La culture du narcissisme
par Christopher Lasch
publié dans la collection Champs Essais
chez Flammarion
à Paris
réédité en avril 2018
416 pp.
10 €, 18,95 $ canadiens
ISBN 9782081428461