vendredi 6 décembre 2019

Partialité idéologique de la juge en chef de la Cour d'appel du Québec

Adoptée en juin 2019, la nouvelle Loi québécoise sur la laïcité de l’État (loi 21) doit maintenant passer le test des tribunaux. Mais voilà que la juge chargée d’examiner la loi est accusée de partialité.

Spoutnik a fait le point avec le plaignant, l’historien Frédéric Bastien, et Guillaume Rousseau, l’un des architectes de cette loi controversée.


C’est un rebondissement majeur dans le duel épique que se livrent partisans canadiens de la laïcité et du multiculturalisme au Québec. Conseiller du Premier ministre québécois sur la laïcité : « la question nationaliste revient ».

Le 1er décembre dernier, l’historien réputé Frédéric Bastien a déposé une plainte au Conseil canadien de la magistrature en lien avec la nouvelle Loi québécoise sur la laïcité de l’État. Selon lui, le juge chargé d’entendre la requête d’opposants à la loi ne serait pas impartial dans ce dossier. La juge en chef Nicole Duval Hesler doit prochainement rendre une décision concernant la suspension éventuelle de cette loi qui interdit le port de signes religieux aux juges, policiers, gardiens de prison et enseignants.

« J’ai porté plainte jeudi au Conseil canadien de la magistrature contre la juge en chef de la Cour d’appel du Québec, Mme Nicole Duval Hesler, dans la cause en appel qu’elle entend sur la suspension de la loi 21. La juge en chef a manqué à son devoir de réserve pour plusieurs raisons et elle devrait se récuser », a écrit l’historien et professeur au collège Dawson de Montréal sur sa page Facebook.

La juge Duval Hesler ferait preuve de « militantisme juridique », estime-t-il, ce qui le rendrait inapte à se prononcer sur la loi. « Mme Duval Hesler est une juge militante. C’est quelqu’un qui fait de l’activisme juridique en raison de son adhésion au multiculturalisme et de son rejet de la laïcité. D’ailleurs, presque tous les juges fédéraux au Canada partagent cette même vision, étant tous nommés par le gouvernement fédéral. Le jupon dépasse beaucoup... Elle viole son devoir de réserve », a tranché M. Bastien au micro de Spoutnik.

Professeur de droit à l’Université de Sherbrooke et ex-conseiller du gouvernement Legault sur la laïcité, Guillaume Rousseau estime que des questions soulevées par son collègue sont légitimes. M. Rousseau est l’un des architectes de la loi 21 et en publiera prochainement une version annotée. Selon lui, le fait que le juge en chef ait plusieurs fois exprimé son désaccord avec la laïcité est matière à réflexion. Les principes de déontologie judiciaire déconseillent fortement à un juge d’exprimer publiquement des opinions politiques, rappelle-t-il. ​Pourtant, dans un texte juridique publié en 2011, Mme Duval Hesler écrivait que le multiculturalisme était un phénomène inéluctable qu’il était vain de remettre en cause. Rappelons que le multiculturalisme est perçu comme une idéologie fondamentalement opposée à l’interdiction des signes religieux au Canada.

« C’est donc dire que le discours sur les conséquences négatives du multiculturalisme ne peut mener nulle part. L’on ne saurait par diktat mettre fin au multiculturalisme, pas plus que l’on ne saurait ignorer le besoin d’accommoder nos minorités », écrivait notamment Mme Duval Hesler dans ce texte. Par ses commentaires et son attitude lors d’une récente audience, Mme Duval Hesler peut être perçue comme ayant exprimé un préjugé favorable envers les opposants à la loi, observe M. Rousseau. « Au cours de l’audience du 26 novembre 2019, les juges Duval Hesler et Bélanger se sont montrées beaucoup plus dures envers les avocats représentant le Procureur général et donc le gouvernement Legault. Ces mêmes juges se sont montrées beaucoup moins dures envers les avocates des appelantes et elles ont exprimé des opinions politiques défavorables à la loi 21 en pleine Cour », s’indigne le professeur. Selon les informations recueillies par Spoutnik, au cours de cette même audience, la juge Duval Hesler s’est déclaré « féministe », en faisant notamment valoir que la Loi affecterait particulièrement les femmes. La juge en chef a également comparé la loi à des « allergies visuelles » envers les signes religieux, des propos qui refléteraient des opinions politiques impropres à être exprimées à la Cour.


Frédéric Bastien se demande toutefois si cette vision ne serait tout simplement pas celle exprimée dans la Constitution canadienne : « Cette vision défavorable de la laïcité fait toutefois partie de l’ADN même du régime constitutionnel canadien implanté en 1982. La Charte des droits et libertés, qui a été intégrée à la Constitution, sert à imposer au Québec le multiculturalisme et le bilinguisme canadien. Les juges fédéraux sont le fer de lance de ce travail permanent visant à affaiblir l’identité québécoise. Le comportement de la juge en chef est un très bel exemple de cette logique du régime », analyse Frédéric Bastien. Le 10 décembre prochain, Mme Duval Hesler devait prononcer un discours à l’occasion d’une soirée de charité [pour collecter de l’argent] pour le compte de l’association Lord Reading, connue pour son opposition à la laïcité. Un autre élément faisant douter de l’impartialité du juge dans ce dossier épineux.

Personnalité pressentie pour devenir chef du Parti québécois (PQ), principale formation souverainiste au Québec, M. Bastien espère donc que la juge en chef décide de lui-même de se récuser, seule manière de changer la composition du tribunal. Quant à Guillaume Rousseau, anticipant un maintien de la magistrate, il espère que celle-ci respectera le droit du Québec à utiliser la clause dérogatoire, laquelle permet de mettre des lois importantes à l’abri du « gouvernement des juges ». « Si la Loi sur la laïcité de l’État était suspendue par la Cour d’appel, il s’agirait d’un immense recul pour la démocratie parlementaire et l’autonomie du Québec. Par le fait même, il s’agirait d’une victoire du gouvernement des juges », a conclu le professeur.

Cela fait des années que Frédéric Bastien, se penche sur le gouvernement par les juges et sur la Constitution canadienne de 1982. Son livre phare La bataille de Londres raconte comme un roman excitant les magouilles jamais révélées derrière le rapatriement de 1982 que le Québec s’est fait enfoncer dans la gorge. Il est allé fouiller dans les archives du Foreign Office de Londres, ouvrant des dossiers jamais consultés, pour raconter l’inédit. La Constitution de 1982 a redéfini le pouvoir des tribunaux. Il faut mesurer son impact sur l’identité au Québec, sur le multiculturalisme qui nous est imposé.

Saint-Nicolas — agression contre le Père Fouettard devant des enfants à Bruxelles

Nous sommes mercredi 27 novembre dernier. Ce jour-là, comme le rapporte Ilico, un magasin situé à Uccle (commune chic de Bruxelles) organise une animation de Saint Nicolas en présence du grand saint et du Père Fouettard.

Saint Nicolas (à droite) et son acolyte, le Père Fouettard


Si dans un premier temps il n’y avait que des parents et enfants, ils ont vite été rejoints par des fauteurs de troubles. « Un jeune filmait Saint Nicolas et père fouettard, en souriant. Puis, il a pianoté sur son cellulaire. Il a sûrement envoyé les images sur un groupe. Et dans le quart d’heure qui suit, 7, 8 personnes ont rappliqué », raconte un témoin à nos confrères.

Rapidement, plusieurs membres du groupe interpellent l’acolyte de Saint Nicolas : « Ils se sont approchés à 2 cm du visage du père fouettard et ils l’ont reniflé. Ils ont passé le doigt sur son visage et ils ont dit : Est-ce que c’est naturel ? Et puis, un autre est arrivé et a dit : Vous connaissez le phénomène du black face ? Vous savez qui vous êtes ? Le père fouettard a dit : Oui, je suis le père fouettard. Et l’homme a répondu : Et pourquoi vous êtes noir ? Le père fouettard a dit : Parce que je vais dans les cheminées. Des gens continuaient de filmer. La scène s’est déroulée devant des enfants. Le père fouettard a dû s’éclipser », explique le témoin.

Pour rappel, la couleur de Père Fouettard divise depuis plusieurs années. La polémique fait surtout rage aux Pays-Bas, même si elle avait franchi nos frontières il y a quelques années, au point de pousser le centre pour l’égalité des chances Unia à se positionner en 2014.

On rappellera qu’Unia avait conclu en 2014 que ni la tradition ni le personnage, même grimé en noir, ne s’apparentent à du racisme ou de la discrimination. Sauf si des propos explicitement racistes voient le jour autour du personnage lors d’une fête. Unia recommande toutefois que la Saint-Nicolas soit traitée « avec précaution », pour que le débat sur le père fouettard ne prenne pas des proportions extrêmes.

Source

École — Complément cahier « Françoise David »  — Le massacre de la Polytechnique (rediff)

En février 2009, M. Benoit Dutrizac avait invité à son micro Mme Françoise David pour s'insurger ensemble du concours lancé par Sylvain Bouchard contre la présence de Mme Françoise David sur trois pages dans un cahier d'éthique et de culture religieuse. Aucun autre politicien ne bénéficie du même traitement de faveur. Mme Françoise David est la co-présidente du parti Québec solidaire (1 siège à l'Assemblée nationale). On peut qualifier Québec solidaire de parti résolument à gauche. Benoit Dutrizac n'avait pas hésité à affirmer que Sylvain Bouchard aurait dû se taire alors que sortait au cinéma le film Polytechnique… Il était donc interdit de dénoncer la partialité d'un cahier d'éthique et de culture religieuse écrit par deux auteurs qui se disent féministes et qui font la part belle à une figure de proue du féminisme, alors qu'on commémore sur les grands écrans du Québec la mort de martyrs du féminisme.

Ce massacre par un déséquilibré nommé Marc Lépine (né Gamil Gharbi, fils d'un musulman algérien qui battait sa femme et son fils) sert aujourd'hui à faire taire toute critique vis-à-vis du féminisme, de ses prétentions et empêche toute distance envers l'hagiographie d'une figure du féminisme québécois dans un cahier du programme gouvernemental d'éthique et de culture religieuse devenu récemment obligatoire dès six ans au Québec.

Que les choses soient claires : le massacre de la polytechnique est d'une horreur indicible et nous condamnons le meurtre de ces quatorze jeunes femmes dont le destin fut cruellement écourté.

La question est de savoir s'il s'agit vraiment d'un acte antiféministe (plutôt que celui d'un psychopathe) qui prendrait sa source dans le machisme réactionnaire vieux-québécois.

Le cahier Françoise David (voir les pages reproduites ci-dessous) précise qu'il s'agit d'« un massacre clairement dirigé contre les femmes et le féminisme », il propose ensuite comme activité de groupe une délibération autour de la question : « Cette tragédie ne fut jamais reconnue officiellement comme un crime misogyne. Qu'en penses-tu ? »

Nulle part le cahier explique-t-il le caractère pathologique de Marc Lépine. Comment les élèves pourront-ils donc répondre en connaissance de cause ? On a l'impression que ce silence sert à renforcer, à laisser libre cours au mythe moderne que Lépine ne serait que l'aboutissement quelque peu logique de la hantise maladive des hommes « traditionnels » envers le féminisme triomphant, du pauvre beauf macho dépassé, « du mononcle québécois passé date ». Que le machisme en quelque sorte expliquerait et mènerait inéluctablement à ce massacre.

page 201
(page 201 du cahier d'éthique et de culture religieuse, Dialogue II, publié par les éditions La Pensée, 2008)


Une culture de la passivité, un manque de vertus viriles

Or, on peut analyser ce massacre en des termes strictement inverses. L’image révélatrice de l’homme québécois contemporain n’est en rien incarnée par Marc Lépine/Gamil Gharbi, mais plutôt par ces professeurs et ces jeunes hommes qui, présents dans la classe où surgit Lépine, acceptent de la quitter quand ils sont menacés par ce tireur solitaire. Ils s’en vont soumis et abandonnent à leur sort fatal leurs condisciples de sexe féminin.

Un acte d’abdication et de lâcheté que les cultures traditionnelles réprouveraient en bloc. Les « hommes » québécois postféministes sont restés tranquillement dans le couloir alors même que résonnaient les premiers coups de feu, ils n’ont rien tenté. Ce qui manquait à ce moment précis c’étaient des hommes aux vertus viriles et — n’hésitons pas à le dire — machistes, prêts à se sacrifier pour arrêter un tueur fou qui s’attaquait à des femmes.

(Rappelons que les policiers arrivés sur place n'ont pu intervenir et prévenir la mort de probablement sept jeunes filles à cause d'une directive inepte émise par leur hiérarchie. Lépine mettra fin à ses jours avant que la police n'intervienne.)

Et si Lépine avait réussi un de ses autres massacres ?

La plupart des gens pensent que Marc Lépine n’en voulait qu’aux femmes. En réalité, ce désaxé et perpétuel marginal avait considéré d’autres massacres. Comme il l’écrit dans sa lettre de suicide émaillée de nombreuses fautes :
« J’avais déjà essayés [sic] dans ma jeunesse de m’engager dans les Forces comme élève-officier, ce qui m’aurais [sic] permit [sic] de possiblement pénétrer dans l’arsenal et de procédé[sic] Lortie dans une rassia [sic] ».
Le Lortie dont il est question est le caporal Denis Lortie qui prit d'assaut le parlement du Québec le 8 mai 1984 dans le but de tuer le premier ministre René Lévesque. Lortie tua trois personnes et en blessa 13 autres. Il fut arrêté dans sa folie meurtrière par le remarquable sang-froid du sergent d'armes René Jalbert qui confronta le tueur fou et réussit à le convaincre de se rendre. Selon l’expert psychiatre au dossier, Lortie aurait organisé son crime suite à un délire psychique.

Si Lépine avait réussi à accomplir son massacre au sein des forces armées, ses victimes auraient été des hommes et les noms de ces victimes ainsi que le massacre lui-même auraient été évacués de notre mémoire collective. Qui connaît le nom des victimes de Lortie ? Où les célèbre-t-on ? Au lieu de quoi, les manuels scolaires ressassent le massacre d’un psychopathe, le mouvement féministe instrumentalise celui-ci et un nouveau film sur le sujet vient de sortir qui, il ne faut pas en douter, sera bientôt visionné par nombre d'écoliers captifs en classe d’éthique et de culture religieuse. Et vous, parents, n'aurez guère le choix (nous sommes au Québec après tout), si tant est que vous soyez mis au courant avant la projection...

page 202
(page 202 du cahier d'éthique et de culture religieuse, Dialogue II, publié par les éditions La Pensée, 2008)


Le film Polytechnique ou le terrorisme lacrymal québécois

Au sujet de ce film, Carl Bergeron publie une longue critique intéressante et originale dont nous proposons ici au lecteur pressé quelques extraits. Les intertitres sont de nous.
«
Le 6 décembre 1989, un jeune psychopathe de 25 ans, Marc Lépine, entrait à l’École polytechnique de Montréal, où il assassina 14 femmes, blessa plusieurs autres personnes, avant de s’enlever la vie une vingtaine de minutes plus tard. Dans une lettre d’adieu, il présenta son geste comme une “déclaration de guerre” contre les “féministes”, dont il disait qu’elles lui avaient “gâché la vie”. Remplie de fautes et d’incohérences, cette lettre pompeuse, ponctuée de locutions latines sommaires (tirées des pages roses du Larousse), était une forme d’autoexpiation narcissique, où le tueur, aveuglé par son délire, osait se présenter comme un “érudit rationnel”. Si ”rationnel”, en fait, qu’il ne sut répliquer que par la déraison meurtrière à l’une de ses victimes, qui lui avait assuré, contre ses allégations, qu’elle n’était pas nécessairement féministe, mais seulement étudiante. À l’argumentation rationnelle, Lépine ne savait opposer que la violence pure. Il tira sur la malheureuse à bout portant.

Lépine présenté comme un être "articulé" et représentatif de la misogynie ambiante !

Les choses ainsi présentées, plusieurs estimeront à justre titre que le psychopathe Lépine ne pouvait soutenir l’épreuve de la raison et du langage. Or, sachez que ce n’est pas l’avis du réalisateur : pour Denis Villeneuve, en effet, “la violence est un langage”. Selon Villeneuve, Lépine serait un homme “relativement articulé” qui a “mis des mots sur sa colère”; on devrait par conséquent prendre au sérieux sa rhétorique vaseuse sur ”les femmes”, le “féminisme”, les “Forces armées”, le “caporal Lortie” et sa “théorie des travaux remis”. Le “discours” de Lépine ne serait pas celui d’un psychopathe, d’un individu isolé, enfermé dans sa folie, mais le symptôme d’une pathologie sociale à grande échelle. Lépine, en évoquant des motifs antiféministes pour justifier son bain de sang, aurait révélé un malaise inhérent à l’ensemble de la culture québécoise. Disons les choses clairement : Lépine serait le symbole d’un refus de l’évolution égalitaire; il représenterait le désir d’un ancien ordre patriarcal contre l’irrésistible ascension des femmes. Dans le dossier de presse de Polytechnique, Villeneuve écrit en effet que Lépine, en séparant les hommes et les femmes, aurait voulu “remettre à jour (sic) l’ordre d’un monde révolu”. “Il nous remet, dit-il, une certaine misogynie collective et l’aliénation des rapports entre les hommes et les femmes en pleine figure (sic).” Marc Lépine, ou le bras agissant d’une volonté collective…

[...]

Une mise en scène orientée

Tout d’abord, il est faux de dire que le film n’apporte pas de “réponses toutes faites”, alors que absolument tout, dans ce film, l’histoire comme la mise en scène, est orienté par une logique féministe. Notons pour commencer que la lettre de Marc Lépine est lue dès le début de film, presque en guise de prologue, et qu’elle agit forcément comme clef de lecture. Je ne nie pas, bien entendu, la pertinence de lire la lettre à l’écran; la chose était incontournable. Mais pourquoi s’être contenté de lire la lettre sous la forme d’une “voix intérieure”, sans montrer la calligraphie nerveuse et les multiples fautes d’orthographe et de grammaire du tueur ? Pourquoi ne pas avoir montré la lettre ? Pourquoi, en somme, avoir donné prise à la folie même du tueur, qui insistait pour se présenter comme un “érudit rationnel” — ce qu’il n’était manifestement pas ? La version “orale” avait cet immense désavantage — ou “avantage”, selon le point de vue — de ne pas rendre en toute justice les ressorts délirants de la lettre. Dans la version orale, les incohérences syntaxiques demeurent certes, mais elles ne sont pas aussi évidentes que lorsqu’elles sont vues. Ceci est capital. Le choix de mise en scène, à propos de la lettre, avait valeur de choix éditorial.

[...]

Lépine générateur de sens, « fuck les mononcles »

Dans Polytechnique, Lépine est donc un psychopathe générateur de sens. À sa psychose correspond une “réalité” fabriquée, qui nous est racontée par le biais de deux personnages féminins, étudiantes en génie à Poly. L’une d’elles, personnifiée par Karine Vanasse, est une première de classe, qui verra rapidement son ambition limitée par le “sexisme” de ce “milieu traditionnellement masculin”. Convoquée en entrevue pour un poste de stagiaire, Valérie Goyette, rayonnante d’espérance et avide de communication, bute sur “l’insensibilité” machiste du patron [, Roger Martineau], qui ne daigne même pas lever les yeux sur elle lors de son entrée dans le local. Le rapport d’autorité entre le patron et l’aspirante stagiaire est net, tranché; il n’est guère avilissant, même si le réalisateur tente de nous le faire passer pour avilissant. Le patron, incorrigible “sexiste”, demande à notre aspirante stagiaire si elle prévoit avoir des enfants — un détail qui, en raison de la nature du travail proposé, pourrait être décisif pour l’embauche. Puis, fade out. ”Compassionnelle”, la caméra de Villeneuve filme ensuite la colère toute féminine de Goyette, qui, après l’entrevue, s’était repliée dans la salle de bains pour grincer des dents et serrer les poings.

Mais d’où vient donc la colère de Valérie Goyette ? On se dit aussitôt qu’elle n’a pas eu l’emploi, malgré l’excellence de son dossier scolaire. Mais non, ce n’est même pas ça : elle a bel et bien été embauchée. Sa révolte tient au fait qu’elle a été obligée de mentir pour avoir le poste; et de dire, contre son désir naturel, qu’elle ne prévoyait pas avoir d’enfant. “Il était super méprisant”, dira-t-elle tout de même du patron qui a fini par l’engager. Ce à quoi son amie répondra : “Fuck les mononcles…”. “Oui, tu as raison : fuck les mononcles”, conclut notre stagiaire si injustement bafouée dans son droit à la transparence.


[...]

Culte idolâtre

Poly est certes un fait divers marquant, et dont le caractère singulier ne peut être contesté; mais il ne s’agit pas d’un événement ”historique”. Villeneuve, avec son film pieux, ajoute au culte idolâtre, déjà de fort mauvais goût, qui continue de se déployer à chaque année autour des victimes du 6 décembre 1989. Quelle organisation féministe ne profite pas du 6 décembre pour réintérer publiquement son plaidoyer idéologique sur la “condition des femmes”, la “violence conjugale” ou “l’équité salariale” ? On était sans doute quelques-uns, ces dernières années, à espérer que cette sacralisation opportuniste s’essoufle d’elle-même, et que les victimes de 1989 soient finalement laissées en paix. Mais avec ce film ! On en a encore pour trente ans de récupération ! On gage combien qu’une fois disponible en DVD, Polytechnique sera régulièrement diffusé à des fins “pédagogiques” dans les écoles primaires et secondaires du Québec ?

Film de propagande et modèle du nouveau mâle québécois

Le film de Villeneuve répond à tous les critères du film de propagande; il pose, en même temps que la nature du mal, l’essentiel du traitement. La nature du mal, c’est le “sexisme”, qu’il soit ordinaire ou extraordinaire, qu’il s’appelle Marc Lépine ou Roger Martineau. Le seul traitement envisageable pour en venir à bout, c’est la thérapie et les bons sentiments — deux traits distinctifs de la nouvelle communauté de croyance québécoise. Les individus, laissés sans ressource, sont condamnés à panser les plaies des blessés, à se sentir éternellement “coupables”, et à devenir, auprès de leurs conjointes égalitaires, soit des “chums” compréhensifs et excessivement doux, soit des suicidés. Le personnage de Jean-François, interprété par Sébastien Huberdeau, est à cet égard exemplaire. Ce n’est pas qu’une victime arbitraire du drame que Villeneuve présente à travers ce personnage masculin; tout comme les autres personnages, il lui a promis un programme, un rôle idéologique, une destinée. Lépine était le porte-parole de la majorité silencieuse misogyne; les deux victimes féminines, des combattantes anonymes du ”sexisme ordinaire” : Jean-François sera, lui, l’homme archétypal du royaume techno-progressiste égalitaire.

Il pleure, il est incompétent, ne flirte pas

Jean-François pleure. Même avant la tuerie, on a l’impression qu’il est constamment en train de pleurer. Il est brouillon, incompétent, arrive en retard à ses cours, renverse du café sur ses papiers. Il ne flirte guère avec Valérie Goyette : s’il l’approche, c’est pour lui demander son aide afin de comprendre un problème, résoudre une équation, ou encore pour compléter ses notes de cours. L’absence d’attirance sexuelle entre les personnages féminins et masculins du film est vraiment frappante. Lorsque le gars manqué Valérie Goyette, sous l’œil désespéré de sa colocataire “carte de mode”, s’habille à la garçonne, sans imagination, et se regarde dans le miroir pour juger de son allure, on s’imagine à tort que c’est pour un rendez-vous avec un jeune homme. On comprend plutôt, à la scène suivante, que c’était en vue de son entrevue avec Roger Martineau. L’étalage des fétiches féminins (chaussures, bas nylons, rasoirs pour les jambes, cintres, vestes, boucles d’oreilles), fait à cette occasion avec talent par Villeneuve, nous plonge au cœur de l’intimité féminine des deux colocataires, et dégage une sensualité latente particulière. C’est pourquoi on reste un brin incrédule en constatant que c’est à la carrière, plutôt qu’au rendez-vous, que conduisait cet étalage sensuel. Même incrédulité, par ailleurs, lorsqu’on voit Valérie Goyette courir dans les couloirs de Poly pour arriver à temps à son cours, croisant sur son chemin le malheureux Jean-François, en train de changer de paire de jeans devant son vestiaire. Pas de malaise entre Valérie Goyette et Jean-François, que de la convivialité égalitaire, des salutations sans malaise et un rappel du “party” où ils sont censés se retrouver après le cours. Le “party”, c’est-à-dire le contraire du rendez-vous, et où prime l’indifférenciation adulescente, asexuée, collective, sur le tête-à-tête entre deux individus de sexe opposé.

[...]

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Le 6 décembre : la Saint-Nicolas, patron des écoliers


Chanson chantée dans les écoles en Belgique et dans le Nord-Est de la France pour la Saint-Nicolas




Visite de Saint Nicolas et du père Fouettard dans une école primaire de Belgique

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Voir aussi

Saint-Nicolas sans sa croix de la mutualité socialiste belge, le porte-parole des évêques ne comprend pas


Le 25 novembre et le 6 décembre, hier et aujourd'hui

Belgique — Saint Nicolas sans croix






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jeudi 5 décembre 2019

Allemagne — les élèves issus de l'immigration ont des résultats « nettement inférieurs »

ALLEMAGNE – Classement PISA 2019 : les résultats des élèves allemands de 15 ans ont à nouveau baissé.

Les résultats PISA des écoliers allemands se sont améliorés pendant plusieurs années, voilà que leur performance est à nouveau en baisse à nouveau. (Lire aussi Après deux décennies de tests PISA pourquoi les résultats n’augmentent-ils pas plus ?) Die Zeit a interrogé deux chercheurs en éducation sur la situation allemande. Kristina Reiss est un professeur de mathématiques et doyenne de l’École d’éducation à l’Université technique de Munich. Elle dirige la partie allemande de l’étude PISA. Olaf Köller est professeur de sciences de l’éducation et directeur scientifique de l’Institut Leibnitz pour la pédagogie des sciences naturelles et des mathématiques (IPN).


Kristina Reiss — J’ai été vraiment surprise que la joie de lire diminue dans le monde entier, y compris en Allemagne. Je ne m’attendais pas à cela et ça me déprime.

Olaf Köller — J’ai été surpris de voir à quel point la performance des étudiants allemands a diminué de façon générale. Depuis le choc PISA [en 2000], les résultats s’étaient constamment améliorés, il y a trois ans, ils ont stagné, maintenant les résultats sont redevenus inconfortables.

Reiss — Je vois pas les choses de manière aussi négative. En 2000, les jeunes Allemands de 15 ans étaient inférieurs à la moyenne de l’OCDE en lecture, en mathématiques et en sciences. Ils sont de nouveau au-dessus de la moyenne dans tous les domaines. Considérant que la proportion d’étudiants issus de l’immigration a considérablement augmenté, passant de 22 % 2000 à 36 % aujourd’hui, le résultat peut être considéré comme un succès.

Die Zeit — Quel rapport entre les deux ?

Reis — Les jeunes issus de l’immigration ont plus de difficultés en raison de leur origine sociale et linguistique et obtiennent en moyenne des résultats nettement inférieurs aux élèves sans origine immigrée. Compte tenu de cette évolution démographique, il fallait s’attendre à ce que le système scolaire subisse des pressions. Je suis satisfaite des résultats.

Köller — Je vois d’autres raisons de s’alarmer. Le groupe dit à risque, c’est-à-dire les jeunes de 15 ans qui ne savent ni écrire ni calculer correctement, représente 21 % des élèves, un nombre quasiment aussi important qu’en l’an 2000. Dans certaines écoles, leur part peut atteindre 30, 40, voire 50 pour cent, selon les États fédéraux (Länder). Cela signifie qu’un élève sur deux n’a même pas les compétences de base pour un apprentissage scolaire. C’est dramatique.

Reis — Mais il ne s’agit pas d’un problème purement allemand ; nos voisins, la Suisse, les pays du Benelux et même la Finlande, l’ancien pays phare, sont également sous pression.


Die Zeit — L’effet des nombreux réfugiés est-il discernable dans ces résultats ?

Reis — Non, les réfugiés ne représentent qu’une très petite partie des immigrants. La baisse dans l’étude ne leur est pas imputable.

Köller — Le groupe le plus important correspond aux enfants des migrants éduqués et diplômés en Allemagne, ce qu’on nomme la deuxième génération. Les familles d’immigrants ont plus d’enfants que les familles allemandes de souche. Par conséquent, la proportion d’élèves issus de l’immigration augmente. Leurs résultats n’ont pas empiré, mais ils sont de plus en plus nombreux [et la moyenne baisse donc].

Reis — En outre, la proportion de familles immigrantes qui parlent allemand à la maison s’est réduite [les immigrants issus de l’Europe de l’Est et de Russie adoptaient rapidement l’allemand, cette source a fortement diminué]. Cela a également un effet négatif sur les résultats.

Die Zeit — L’espoir que les migrants s’assimilent petit à petit est-il donc déçu ?

Reis — On ne peut pas parler des migrants en général. Pour l’instant, ce groupe est incroyablement hétérogène. Dans le passé, les enfants provenaient principalement de familles d’immigrants originaires de Turquie, de Pologne et de l’ancienne Union soviétique. Ces étudiants sont toujours fortement représentés, mais d’autres pays d’origine s’y sont désormais adjoints, un mélange bigarré [sic] d’enfants originaires de Syrie, du Kosovo, de Roumanie, de Croatie et de nombreux autres pays. Autre chose à retenir : comparée aux autres pays européens, l’Allemagne est plus susceptible d’avoir des immigrés socioéconomiquement faibles. Cela a également également un impact sur les résultats.


Évolution des résultats des élèves de 15 ans allemands aux études PISA (2000-2018)


[...]

Köller — Après le choc PISA [en 2000], les gouvernements ont beaucoup pour promouvoir la lecture. Il y a aussi eu une certaine amélioration dans les leçons de mathématiques. Après cela, les États fédéraux se sont essoufflés.

Reis — Les Länder et les écoles ont toujours en tête le soutien linguistique [auprès des enfants non germanophones]. Nous nous sommes penchés sur le sujet pour la présente étude. En 2009, un peu moins de 30 % des étudiants non germanophones avaient suivi des cours de soutien de langue alors que cette proportion était de 67 % en 2018. C’est encourageant.

Köller — Formellement, c’est vrai. Cependant, les enseignants de soutien sont souvent des enseignants suppléants, en partie à cause de la pénurie d’enseignants [...]. En outre, le soutien linguistique est plutôt aléatoire dans de nombreux endroits. À ce jour, il n’existe pas de programme national et systématique de soutien linguistique. Au lieu de cela, les écoles bricolent leurs propres concepts. Ensuite, il est question de renforcer la confiance en soi des élèves ou d’encadrer les enseignants. Seule la chose la plus importante est souvent négligée : la pratique régulière de la lecture, par exemple, en lisant à haute voix. Cela peut sembler démodé à certains enseignants, mais être capable de lire couramment est la base de tout.

Die Zeit — Si on parle moins l’allemand à la maison, alors peut-être on devrait agir sur le fait que la langue est parlée uniformément à l’école. Avons-nous besoin d’obliger à parler allemand dans nos cours d’école ?

Reiss — Obliger ou interdire est de peu d’utilité, selon l’expérience. Mais pour que les enfants apprennent à lire et à écrire correctement, ils doivent avoir de nombreuses occasions de parler allemand dans la vie de tous les jours. Par exemple, en l’offrant de manière solide et à temps plein.

Die Zeit — Mais les effets sur le plan des apprentissages scolaires ont été jusqu’à présent décevants.

Köller — Parce que la journée n’est pas utilisée correctement. Ainsi si Ali et Samira — ou même Tom et Marie — ont des problèmes en classe le matin, l’enseignant doit les remettre à l’enseignant de soutien dans l’après-midi [après les heures de classe obligatoire]. Dans de nombreuses écoles ouvertes toute la journée, on ne fait que surveiller les enfants l’après-midi et ils n’apprennent rien.

Reis — Tout aussi important : la promotion systématique de la langue [allemande] doit commencer à l’école maternelle.

Köller — Il faut insister sur le systématique. Dans de nombreuses garderies ou écoles maternelles, le soutien linguistique n’occupe que 40 minutes par semaine pour des groupes de 20 enfants d’âges variés. C’est absurde. Les enfants qui ne parlent peu l’allemand ont besoin d’un soutien linguistique quotidien bien plus long. [...]


Source Die Zeit

Greta Thunberg : le colonialisme, le racisme et patriarcat ont causé la crise climatique

Greta Thunberg a cosigné une tribune. Dans ce texte, les signataires — dont Greta Thunberg est la première — reviennent sur le réchauffement climatique : « la crise climatique ne concerne pas que l’environnement. C’est une crise des droits de l’homme, de la justice et de la volonté politique. Ce texte publié dans Project Syndicate identifie trois causes qui peuvent être à l’origine du réchauffement climatique, dont le racisme et le système patriarcal entre autres.


Des jeunes filles en colère

Cette action doit être puissante et de grande envergure. Après la crise climatique, il n’y a pas que l’environnement. C’est une crise des droits de l’homme, de la justice et de la volonté politique. Les systèmes d’oppression coloniaux, racistes et patriarcaux l’ont créée et alimentée. Nous devons tous les démanteler. Nos dirigeants politiques ne peuvent plus se dérober à leurs responsabilités.

Certains disent que la conférence de Madrid n’est pas très importante ; les grandes décisions seront prises à la COP26 à Glasgow l’année prochaine. Nous ne sommes pas d’accord. Comme le prouve la science, nous n’avons pas un seul jour à perdre.


Source

mercredi 4 décembre 2019

Le syndicalisme CPE : «un des pouvoirs les plus forts au Québec»

L'État québécois a créé un nouveau pouvoir ces dernières années. Un énorme monopole qui empêche toute remise en question du réseau de garderies extrêmement coûteux et donc toute remise en question de la politique familiale québécoise qui n'a, notamment, aucun impact sur la natalité ni même sur les résultats scolaires (les résultats du Québec dans les tests internationaux n'ont pas augmenté depuis leur mise en place).

Devant ce qui semble être une réelle volonté du gouvernement Legault de mettre de l’avant les classes de maternelle quatre ans, Mario Dumont dévoile une des réelles forces derrière l’opposition «démesurée» au projet.


S’avouant d’entrée de jeu peu enthousiaste devant cette proposition de la CAQ, l’animateur se dit toutefois encore surpris des violentes critiques qu’elle suscite. «Tu as l’impression que le gouvernement veut fermer des hôpitaux», image-t-il pour décrire la réaction de partis d’opposition comme le Parti québécois (PQ) et Québec Solidaire (QS).

«Ils ne diront jamais la vérité parce qu’ils ont les mains attachées par le syndicalisme CPE. C’est un des pouvoirs les plus forts au Québec», juge Mario Dumont.


«C’est devenu une idéologie [...] On dit que la science est derrière les CPE, mais ce sont des universitaires qui ont tout misé là-dessus. Toute leur pensée et leur carrière sont basées dessus», ajoute-t-il.

«S’il y en a un qui peut parler de ça au Québec, c’est moi. J’ai voulu m’attaquer au monopole des CPE et c’est probablement une des raisons politiques pour lesquelles j’ai fini comme un gruyère plein de trous», conclut l’ex-politicien.

Entretemps, le ministre de l'Éducation est plus déterminé — diront les âmes charitables — que jamais au sujet du projet des classes de maternelle 4 ans. Il va annoncer plus de 300 nouvelles classes, dès l'an prochain. Les critiques savent que l'ancien instituteur devenu ministre ne brille pas par sa modération ou sa capacité à mettre en doute ses projets préférés. C'est pourtant le dossier le plus impopulaire de la CAQ selon un sondage Léger souligne Mario Dumont.

Actuellement, ce sont 18 000 enfants de 4 ans qui n'ont accès à aucun service éducatif. Voilà pourquoi il n’est pas question de ralentir la cadence. L'an prochain, 350 classes s'ajouteront aux 660 déjà existantes.

«En septembre 2020, 1000 classes de maternelle 4 ans. Et chacune de ces classes-là a été validée par les commissions scolaires, parce qu'il y a de la place», assure le ministre Jean-François Roberge.

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Le numérique à l’école: consommation ou outil de co-création?



Les écrans sont partout, et de plus en plus dans les mains des enfants. Mais sont-ils utiles ? Oui, sous certaines conditions... Margarida a l’accent chantant d’un pays ensoleillé, et est une chercheuse chevronnée, œuvrant entre Nice et Laval au Québec. Ses travaux portent sur la cocréation numérique, visant le développement des compétences du XXIe siècle…

Après deux décennies de tests PISA pourquoi les résultats n'augmentent-ils pas plus ?

Tous les trois ans, dans l’attente des résultats du PISA, les ministres de l’Éducation découvrent la tension qu’ils infligent aux enfants. Le Programme international pour le suivi des acquis des élèves est un test des compétences en lecture, en mathématiques et en sciences des jeunes prodigués dans 79 pays.

Le septième et dernier lot de résultats a été publié le 3 décembre, soit près de deux décennies après le premier en 2000. Quelque 600 000 élèves âgés de 15 à 16 ans et en formation depuis au moins six ans ont passé les tests. Les pays participants comprennent les membres (en majorité riches) de l’OCDE, qui gère le programme PISA, ainsi que 42 autres pays allant de l’Albanie au Vietnam. L’OCDE ajuste chaque échantillon pour qu’il soit représentatif de la population de jeunes du pays en question afin de produire des résultats sur une échelle normalisée.

L’espoir au tournant du millénaire était que la richesse de nouvelles informations permettrait d’identifier ce qui produit un bon système scolaire, incitant les autres à suivre leur exemple et à le généraliser. Ce n’est pas tout à fait comme ça que les choses se sont passées. Bien que les dépenses par élève aient augmenté de 15 % dans les pays de l’OCDE, les résultats moyens en lecture, en mathématiques et en sciences restent sensiblement les mêmes que lors des premiers tests en l’an 2000. Choisissez un pays au hasard et il est tout aussi probable que ses résultats se soient améliorés ou détériorés aux tests PISA.

Comme toujours, les résultats de cette année incluent de nombreux points positifs. Les excellents résultats de Singapour se sont encore améliorés. Même si Singapour n’est plus le pays le plus performant. C’est la Chine ou plus précisément les municipalités de Pékin et de Shanghaï (Chang-haï) ainsi que les provinces du Jiangsu (Kiang-sou) et du Zhejiang (Tché-Kiang) ; l’OCDE refusant de considérant les résultats des régions plus éloignés, car elle ne peut en garantir la véracité. Dans ces régions de Chine, le résultat moyen des élèves en mathématiques est de 591, contre 489 en moyenne dans les pays de l’OCDE, ce qui donne à penser que les adolescents de la région ont environ trois ans d’avance sur la moyenne de l’OCDE. Les pays de rang intermédiaire, notamment la Jordanie, la Pologne et la Turquie se sont aussi améliorés.

Mais pour chaque Singapour, il y a une Finlande, considérée autrefois comme un exemple à suivre par tous. Une partie de l’absence de progrès global est que les écoles ont moins d’influence sur les résultats que ce qu’on suppose généralement alors que la culture et la société d’un pays en ont plus, ce qui signifie que même les décideurs bien informés ont relativement peu d’influence. Comme le fait remarquer John Jerrim de l’University College de Londres : « Les pays d’Asie de l’Est continueront d’arriver en tête. »

Si une solution miracle pour améliorer l’éducation existait, elle aurait déjà été découverte. Pourtant, cela ne veut pas dire qu’on ne peut rien apprendre de PISA. Beaucoup de pays ont vu leurs résultats augmenter ou chuter sans changement culturel spectaculaire. Et, comme le suggèrent les données, une partie de l’absence d’amélioration globale, malgré l’augmentation des dépenses, est qu’au-delà d’un certain niveau (environ 60 000 $ américains par élève, cumulativement entre l’âge de six et 15 ans), il n’y a pas beaucoup de relation entre les dépenses et les résultats des tests.

Un gros problème est que beaucoup de ministres de l’éducation accordent encore trop peu d’attention aux preuves. Un autre est qu’ils doivent écouter le point de vue des enseignants, des syndicats et des parents et qu’ils ne s’y connaissent pas nécessairement. Andreas Schleicher, responsable de l’éducation à l’OCDE, déplore le fait que de nombreux pays ont, par exemple, priorisé la réduction des classes plutôt que l’embauche et la formation d’excellents enseignants, bien que les preuves suggèrent que cela soit une mauvaise idée. Comme il le souligne, Shanghaï (Chang-haï) a privilégié la qualité de l’enseignant plutôt que la réduction de la taille de la classe. Singapour a fait de même. Et ils en récoltent les fruits.

Source : The Economist

Enquête PISA : des résultats qu’il faut savoir nuancer

Extraits d’un texte de Pedro De Bruyckere est pédagogue et chercheur postdoctoral à la Arteveldehogeschool, à Gand, et à l’université de Leiden, aux Pays-Bas, paru dans De Morgen en Belgique.

Fin du suspense : l’OCDE a publié les résultats de l’enquête PISA, mardi à 9 h. Durant l’année précédente, des jeunes de quinze ans issus des pays et régions partenaires ont rempli une batterie de tests et de questionnaires et, après des mois de traitement des données recueillies, nous avons enfin la première partie du verdict. Vient à présent le temps des conclusions [...] Qui succède à la Finlande, la Pologne et l’Estonie en tant que premier de classe ?

Toujours est-il qu’il est utile de garder certains éléments à l’esprit à la vue des résultats du PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves). Pour vous, mesdames et messieurs, j’en ai dressé le résumé.

Tout d’abord, le PISA ne mesure ni les objectifs finaux ni les programmes d’étude d’un pays donné. Tous les pays ont leur propre cursus, raison pour laquelle le PISA s’attèle plutôt à évaluer l’aptitude des étudiants à résoudre des problèmes. Concrètement : les élèves sont aux prises avec des problèmes qui peuvent être résolus de diverses manières, par exemple avec ou sans règle de trois, sans que cela ne soit précisé. En d’autres termes, il ne s’agit pas d’un test de connaissances.

Ce programme d’évaluation se penche non seulement sur les performances des élèves en mathématiques, en compréhension à la lecture, en sciences, en économie ou en compétences numériques, mais prend également en compte des facteurs tels que le nombre de cours particuliers dispensés au sein d’un pays ou d’une région, la propension des élèves à collaborer entre eux et l’enthousiasme avec lequel ils se rendent à l’école. Autant d’éléments de comparaison souvent négligés.

Le PISA établit en outre et avant tout des corrélations, et non pas des liens de causalité irréfutables. Voilà une idée fausse qui tend à se répandre et Andreas Schleicher en personne, homme fort du PISA, s’est lui-même fourvoyé alors qu’il dévoilait récemment les nouvelles grilles du programme. Dans une interview accordée au quotidien britannique The Times, il a déclaré que le fossé existant entre filles et garçons en matière de lecture aurait diminué, faisant un lien avec l’utilisation des réseaux sociaux. Or si le PISA permet de constater que les garçons utilisent plus ou moins les réseaux sociaux que les filles et de dresser le tableau des performances des deux sexes dans ce domaine précis, peut-il établir un lien de causalité entre les deux données pour autant ? Rien n’est moins sûr. De nombreux autres facteurs non pris en compte par l’étude PISA peuvent avoir joué un rôle sur les aptitudes en lecture des uns et des autres. Démontrer de réels liens de causalité à l’aide de chiffres issus du PISA est une mission pour le moins délicate.

La principale conclusion causale souvent tirée au moyen des données de l’étude PISA consiste à déterminer les politiques qui sont à l’origine de l’amélioration ou de la baisse des résultats. Indépendamment du fait que les performances scolaires peuvent avoir d’autres influences que la seule politique menée par une autorité — citons notamment les crises économiques et une immigration en hausse — nous avons tendance à nous focaliser à tort sur la politique actuelle d’un pays ou d’une région.

Or si la Finlande a obtenu d’excellentes notes au PISA au début du siècle, ce n’est pas grâce à la politique d’enseignement menée durant cette période. En réalité, ces résultats sont probablement le fruit des mesures prises par Helsinki au cours des deux dernières décennies du siècle passé. [Ou même avant voir « Les traits du système finlandais que copie l’étranger n’expliquent pas le succès finlandais, ils sont au contraire source de problèmes » et La Finlande a perdu des places dans le classement PISA, elle essaie de se réformer (mise à jour). Les pédagogues occidentaux voulaient copier la Finlande « moderniste » mais se refusent à copier Singapour ou les pays asiatiques trop traditionalistes avec des enseignants qui ont un rôle de maître et non d'animateur de classe, une importance accordée aux connaissances transmises et non aux seules compétences et de grosses classes. Voir Singapour — Il est permis de copier.]

Transposer le système éducatif finlandais des années 2000 tel quel, comme d’aucuns se plaisent à le suggérer, n’est dès lors pas nécessairement indiqué. De fait, lors de la dernière édition de l’enquête PISA, la Flandre a obtenu de meilleurs résultats que la Finlande en mathématiques.

Les changements dans le domaine de l’enseignement sont longs à mettre en œuvre, et leurs effets tardent des années à se manifester. La Suède, il est vrai, a récemment montré comment dégrader un système éducatif en un court laps de temps, mais cet exemple est l’exception plutôt que la règle. [...]

Pour terminer, il convient de souligner que les discussions indispensables autour de l’enquête PISA ont eu lieu au cours de ces dernières années. Lors de l’étude précédente, des dizaines de scientifiques ont corédigé une lettre ouverte, s’interrogeant sur l’influence considérable [et parfois néfaste] de ce classement international sur les politiques d’enseignement à travers le monde.

[
Extraits de cette lettre ouverte  :
Bien que les tests standardisés soient utilisés dans de nombreux pays depuis des décennies (malgré de sérieuses réserves quant à leur validité et à leur fiabilité), PISA a contribué à une escalade de ces tests et à une dépendance considérablement accrue à l’égard des mesures quantitatives. Par exemple, aux États-Unis, PISA a été invoquée pour justifier le récent programme « Race to the Top », qui a augmenté l’utilisation de tests standardisés dans l’évaluation des élèves, des enseignants et des administrateurs. Tests qui classent et étiquettent les élèves, ainsi que les enseignants et administrateurs selon les résultats de tests largement connus pour leur imperfection (voir, par exemple, le déclin inexpliqué de la Finlande du sommet du classement PISA).

Dans le cadre de la politique de l’éducation, PISA, avec son cycle d’évaluation de trois ans, a provoqué une focalisation vers des solutions à court terme conçues pour aider un pays à grimper rapidement dans les classements, malgré les recherches montrant que les changements durables dans la pratique de l’éducation prennent des décennies, et non quelques années avant de de porter des fruits. Par exemple, nous savons que le prestige de l’enseignement en tant que profession a une forte influence sur [ou plutôt est fortement corrélé, sans nécessaire causalité, avec] la qualité de l’enseignement, mais ce statut varie fortement d’une culture à l’autre et n’est pas facilement influencé par les politiques à court terme.

En mettant l’accent sur un éventail restreint d’aspects mesurables de l’éducation, PISA détourne l’attention des objectifs éducatifs moins mesurables ou incommensurables comme le développement physique, moral, civique et artistique, réduisant ainsi dangereusement notre l’imagination quant à ce que l’éducation est et devrait être.
]

L’étude représente certes une source d’influence importante, mais il en existe d’autres. Citons par exemple le PIRLS (Programme international de recherche en lecture scolaire) pour la lecture, le TIMMS (étude internationale consacrée aux mathématiques et aux sciences), ou encore l’ICCS pour la citoyenneté [nous sommes plutôt inquiets qu’on essaie d’évaluer une matière idéologique comme la citoyenneté au niveau mondial...]. Ces indicateurs, auxquels s’ajoutent les études menées par nos propres autorités, nous permettent de prendre la température de notre enseignement. Il ne nous reste plus qu’à déterminer le degré de fièvre de celui-ci. Et les éditions précédentes du PISA ainsi que le PIRLS n’incitent pas forcément à l’optimisme.