lundi 19 février 2018

France — le ministre de l'Éducation voudrait restreindre la création d'écoles hors contrat

Alors qu’une proposition de loi visant à restreindre la capacité d’ouverture des écoles hors contrat est étudiée au Sénat, Anne Coffinier signait une tribune ce lundi 12 février dans Le Figaro pour dénoncer le double discours du gouvernement.



Le ministre de l’Éducation, Blanquer, donne raison à une intervenante « laïque » pour qui ouvrir une école libre hors contrat serait aussi facile que d’ouvrir un kébab

Directrice générale de la Fondation pour l’École, Anne Coffinier(*) dénonce sur le plateau de Points de Vue, le projet de loi macronien de soumettre la création des écoles hors contrat à un feu vert de l’État.

Tribune d'Anne Coffinier(*) parue dans Le Figaro du 12 février 2018.
Les écoles libres hors contrat : précieuses et menacées, même dans la France de 2018 !

Avec l’élection d’Emmanuel Macron, nous nous sommes pris à espérer que les innovations de la société civile, de même que les bonnes idées développées chez nos partenaires étrangers pourraient enfin libérer l’énergie et la créativité françaises et renouveler les élites. À peine nommé Rue de Grenelle, notre ministre de l’Éducation, Jean-Michel Blanquer, alimentait cet espoir en déclarant dans le JDD : « Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas s’inspirer du privé, mais aussi des modèles étrangers et surtout des études scientifiques. Le vrai ennemi du service public, c’est l’égalitarisme ; son ami, la liberté. La liberté bien conçue favorise l’égalité. »

C’était reconnaître le rôle de laboratoire pédagogique des écoles entièrement libres, dites hors contrat. En effet, l’alignement des écoles libres sous contrat sur les programmes, les volumes horaires et les normes de recrutement de l’Éducation nationale ne leur donnent pas vraiment la capacité de constituer des alternatives pédagogiques, malgré tous leurs mérites. En revanche, fortes de leur liberté pour ce qui regarde le programme, les horaires, les matières, le recrutement, et riches de leur ouverture à l’international, les écoles privées hors contrat apportent une précieuse respiration au système éducatif français. Ces écoles indépendantes expérimentent de nouvelles approches, notamment au profit des publics que l’Éducation nationale prend mal en charge, tels les enfants dyslexiques ou à haut potentiel.

Les écoles privées hors contrat représentent un utile aiguillon et offrent d’indispensables alternatives. Elles connaissent un développement exponentiel avec une croissance de 11 % en un an, soit 122 ouvertures d’école, et plus de 65 000 élèves scolarisés au total. Il s’agit d’un vrai phénomène de société, souvent méconnu du grand public. Ces écoles indépendantes représentent une planche de salut pour nombre d’enfants qui sont à la peine dans l’Éducation nationale.

Très majoritairement non confessionnels — contrairement aux clichés —, ces établissements entièrement libres offrent une flexibilité pédagogique féconde dans le respect strict de la loi : ils peuvent expérimenter les langues et cultures régionales, les pédagogies (Montessori), le bilinguisme, le bac international ou l’approche écocitoyenne. Ces écoles peuvent faire vivre des traditions d’exigence en optant pour un classicisme académique mettant la grammaire, le latin et le grec à l’honneur ; ou bien, par leur souplesse, permettre l’essor de filières sport-études ou encore ouvertes à une pratique intensive des arts. Ces écoles offrent à la société civile un espace d’engagement et coopèrent avec les familles sans crispation.

Si le privé hors contrat ne subissait pas les interdictions archaïques de financements publics héritées de l’époque de la guerre scolaire, ces écoles pourraient apporter bien plus, à l’instar des « écoles libres » anglaises, qui sont financées sur fonds publics, mais développées sur la base de la vision et de l’énergie de parrains privés, personnalités talentueuses ayant excellé dans le monde de l’entreprise, des arts, ou des universités prestigieuses. Oui, les talents de la société civile ont beaucoup à apporter à l’école, qui ne doit pas être un univers technocratique endogame, mais un lieu vivant, ouvert à l’innovation privée. Xavier Niel, par exemple, ne l’a-t-il pas démontré en fondant son École 42 ?

Or, un fait incompréhensible et choquant se déroule ces jours-ci : le ministère de l’Éducation nationale apporte son soutien actif à une proposition de loi sénatoriale d’origine centriste (n° 589), qui vise à briser l’essor des écoles hors contrat. Toutes les ingéniosités techniques sont déployées pour rendre quasi impossible la création d’écoles réellement libres, donc porteuses de vraies alternatives pédagogiques. Les délais d’opposition seraient triplés, le gouvernement prendrait la main en faisant basculer dans le domaine réglementaire leurs conditions de création, qui jusqu’alors relevaient de la loi — la moindre des choses pour une liberté de rang constitutionnel !

En outre, si cette proposition de loi funeste était adoptée, des contraintes administratives imposées seraient plus fortes que celles exigées des écoles sous contrat, en contradiction totale avec l’esprit de la loi Debré de 1959, alors que les écoles hors contrat sont légales et qu’elles ne reçoivent, on l’a dit, aucune subvention publique. Ainsi, le créateur d’école devrait donner — trois mois à l’avance — la liste des professeurs et des titres, le projet pédagogique, les programmes, les volumes horaires par matière, les financements…

Quelle est la visée d’une telle proposition de loi ? Toute liberté peut donner lieu à des abus, mais ce n’est pas une raison pour la supprimer. Pour prévenir des dérives, il faut diligenter des contrôles une fois que les écoles existent, pas en amont, sur la foi d’un dossier purement administratif. Oserait-on soumettre la presse à un régime d’autorisation préalable, comme sous Napoléon III ? C’est ce que la proposition de loi soutenue par la Rue de Grenelle cherche de facto à instituer pour les écoles privées hors contrat.

Pour qu’elles puissent stimuler l’innovation pédagogique, il faudrait contrôler les écoles entièrement libres sur leurs résultats académiques et leur performance sociale, bien plus que sur leur conformité à la vision pédagogique de l’Éducation nationale. Enfin, il serait bon que les rapports d’inspection soient rendus publics et que d’autres acteurs que l’Éducation nationale participent à ce contrôle, dont le principe est, nous le reconnaissons, légitime et même nécessaire.

À l’heure où la qualité de l’enseignement est le fer de lance de l’économie, il ne faut pas que le ministre de l’Éducation nationale laisse l’administration étouffer la liberté de la société civile. À lui de protéger les écoles indépendantes, précieux aiguillon de la réforme, soupape de sécurité de tout le système scolaire, lieu d’accueil des différences. Dans le monde entier, les écoles indépendantes sont à l’avant-garde de l’innovation. Il serait absurde que le corporatisme de l’administration de l’Éducation nationale obère les chances de la France de retrouver sa force intellectuelle et son audace d’innover.

* Ancienne élève de l’École normale supérieure et de l’École nationale d’administration. La Fondation pour l’école est reconnue d’utilité publique.

La Fondation pour l’école a également publié ce communiqué :

Hier, dans le cadre de l’Émission politique sur France 2, le Ministre de l’Éducation nationale — cf. vidéo ci-dessus — a donné crédit à son interlocutrice qui prétendait qu’« il est plus facile d’ouvrir une école qu’un kebab ou un lavomatique ».

La Fondation pour l’école, fondation reconnue d’utilité publique qui travaille depuis 10 ans à l’amélioration de l’efficacité et de la justice du système éducatif français par le développement de la liberté scolaire, entend réagir fermement à ces affirmations, parce qu’elles sont erronées.

1— M. le Ministre J. M. Blanquer, meilleur ministre de l’Éducation nationale depuis bien longtemps, annonce son intention d’accomplir des réformes allant dans le bon sens (dictée, autonomie des établissements, 4 opérations, méthodes syllabique, uniforme, portable, autorité, innovation, évaluation...). La Fondation pour l’école salue ces déclarations d’intentions, et souhaite que le Ministre parvienne à les mettre effectivement en œuvre. Le Ministre aborde les problèmes avec pragmatisme et finesse, sans œillère idéologique. Mais sur la question des écoles hors contrat, J. M. Blanquer est manifestement mal informé pour avoir répondu comme il l’a fait. Il suffit de se reporter, en fin de ce communiqué, à la synthèse du régime d’ouverture des classes hors contrat pour s’en persuader.

2— Il faut nommer les choses par leur nom. Ce sont des écoles pouvant être instrumentalisées au profit du terrorisme, dont notre société doit absolument se prémunir. Alors c’est ce problème qu’il faut traiter avec courage, sans étouffer la liberté scolaire de l’ensemble des écoles hors contrat, confessionnelles ou laïques, légalement déclarées et inspectées, qui sont en plein essor, parce qu’elles répondent au besoin d’alternative pédagogique et d’innovation que ressentent les familles et la société civile en général. 84 % des créations d’école hors contrat sont non confessionnelles. La plupart sont des écoles Montessori ou écocitoyennes. Les écoles musulmanes régulièrement déclarées représentent moins de 0,5 % de l’ensemble (sources : www.ecoles-libres.fr). S’il y a des risques d’endoctrinement islamiste, ils se trouvent dans les structures périscolaires (cours de soutien, clubs de sport...), pas dans le cadre très encadré des écoles hors contrat légalement déclarées. Il ne faut pas que le Ministre se trompe de combat. La liberté d’enseignement est constitutionnelle. C’est en référence à cette liberté ainsi que celle d’association que le Conseil constitutionnel avait invalidé une précédente réforme législative du régime de création d’écoles qu’avait voulue Mme Najat Vallaud-Belkacem il y a un an.

La liberté d’ouvrir des classes ou des écoles libres de leur pédagogie est indispensable à la liberté de la société et à la réforme de notre école publique.

3— La Fondation pour l’école prend au sérieux la menace terroriste, et n’a certainement pas l’intention de servir de cheval de Troie à des gens qui n’auraient pas le souci des enfants, mais de l’extrémisme religieux. Elle a d’ailleurs proposé aux autorités publiques des modalités efficaces de renforcer le contrôle pour prévenir tout risque, même si à ce jour, il faut bien le dire, la totalité des terroristes est passée par les bancs de l’école publique. Elle attend donc que l’Éducation nationale déploie l’essentiel de ses efforts de contrôle, là où réside l’essentiel du risque.

4— Enfin, rappelons que le contrat n’est légalement accessible qu’au bout de 5 ans, ce qui veut dire que toute création d’école privée passe nécessairement par la procédure dont on parle. Il en va de même pour tout changement de directeur ou de locaux d’une école privée déjà ouverte. En touchant au régime de création des classes hors contrat, c’est l’avenir de l’ensemble des écoles privées, ouvertes ou à venir, que l’on menace. Il faut noter aussi que la plupart des ministres, de gauche comme de droite, placent leurs enfants dans ces écoles privées, en particulier catholiques. Preuve qu’elles ne sont pas sans qualité !

5— La solution pour prémunir nos enfants de tout endoctrinement extrémiste n’est pas de rendre plus difficiles les ouvertures d’écoles libres (sinon il y aura de plus en plus de formes clandestines de scolarisation, sur lequel aucun contrôle n’aura lieu, ce qui sera une régression de l’État de droit). La solution est que les corps de contrôle (et pas uniquement l’Éducation nationale, mais aussi le Ministère de l’Intérieur fort de toute sa compétence en matière d’antiterrorisme) aient le courage d’inspecter effectivement les structures pouvant poser problème, qu’elles soient déclarées sous le statut d’école ou sous une autre forme non scolaire, et que les décisions de justice soient effectivement exécutées. L’affaire de l’école toulousaine Al Badr, condamnée par la justice à fermer, mais toujours ouverte à ce jour parce que les pouvoirs publics n’ont pas exécuté la décision de justice, en est la parfaite illustration.

Voici une synthèse du cadre juridique strict régissant les ouvertures de classes hors contrat :

La possibilité de créer une école hors contrat découle directement de la liberté d’enseignement, qui est une liberté constitutionnelle encadrée par la loi, la jurisprudence constitutionnelle et administrative. La circulaire n° 2015-115 du 17 juillet 2015 détaille exhaustivement la totalité des régimes d’ouverture et de contrôle des écoles hors contrat.


La personne qui veut ouvrir une école privée doit préalablement déclarer son intention et non son ouverture (art. L 441-1 code de l’éducation). C’est donc un projet qui est soumis à l’Administration, laquelle n’est pas mise devant le fait accompli. L’Administration est constituée en l’espèce de quatre autorités de contrôle : Maire, autorité académique, procureur et préfet qui peuvent bloquer son ouverture en s’y opposant. Nombreux sont donc les interlocuteurs qui disposent en amont d’un droit de regard et d’opposition sur le projet d’école.

Le Maire d’abord, qui reçoit la déclaration d’intention pour tout projet d’établissement scolaire du premier degré, dispose d’un délai de 8 jours pour s’opposer à l’ouverture s’il juge que les locaux ne sont pas convenables pour des raisons tirées des bonnes mœurs et de l’hygiène. Il doit par ailleurs afficher en Mairie cette déclaration durant un mois, afin de transmettre l’information sur ce projet à toute personne intéressée. Un contrôle par les services de renseignement sur les porteurs de projet est généralement diligenté à ce moment — là.

Le candidat à l’ouverture doit ensuite adresser copie de sa déclaration d’intention à l’autorité académique. Il doit y joindre un dossier complet comportant de nombreuses informations sur son parcours tant personnel que professionnel et sur son école. Le dossier doit comporter impérativement : son acte de naissance, ses diplômes, l’extrait de son casier judiciaire, l’indication des lieux où il a résidé et des professions qu’il a exercées pendant les dix années précédentes, le plan des locaux affectés à l’établissement et, s’il appartient à une association, une copie des statuts de cette association.

En outre, pour un établissement du second degré, la personne qui déclare son intention d’ouvrir un collège ou un lycée d’enseignement général doit justifier durant cinq ans au moins avoir exercé les fonctions de professeur ou de surveillant dans un établissement d’enseignement du second degré.

Tant que le dossier du demandeur ne contient pas l’ensemble des pièces demandées (article R. 441‑1 du code de l’éducation) aucun récépissé ne peut être délivré. Les délais pour faire opposition ne courent donc pas.

Le candidat à l’ouverture doit également adresser copie de sa déclaration d’intention d’ouverture au préfet et au procureur de la République. Cette dernière déclaration génère très souvent une enquête de police sur la personne du futur directeur (qui est alors convoqué au commissariat).

Une fois que le dossier de projet d’école est considéré comme complet par l’académie, le procureur et le préfet ces trois administrations délivrent alors au demandeur un récépissé. Après quoi, elles disposent d’un délai d’un mois pour examiner le dossier d’ouverture et s’y opposer. Les motifs pour faire opposition sont ceux de l’intérêt des bonnes mœurs et de l’hygiène.

Dès lors qu’une opposition a été faite, l’établissement ne peut pas ouvrir. Si l’établissement ouvre alors qu’une opposition a été notifiée au demandeur, le juge pénal est compétent (v. l’article 111‑5 du code pénal).

Pour mémoire, l’établissement scolaire en tant qu’établissement recevant du public (ERP) peut par ailleurs donner lieu à d’autres contrôles. Le maire dispose de compétences en matière de police, d’urbanisme, ou de sécurité des établissements recevant du public qui peuvent lui permettre de s’opposer à l’ouverture d’un établissement, sans se fonder sur le code de l’éducation. Il en va de même pour le préfet et le procureur de la République, qui, de plus, ont des compétences en matière de maintien et de respect de l’ordre public.

Une fois ouvert, l’établissement scolaire fait l’objet d’autant de contrôles que l’administration le souhaite.




Anne Coffinier, Directrice générale de la Fondation pour l’école

dimanche 18 février 2018

Multiculturalisme (et LGBTQ) à l'école : ateliers « offerts » sur l’inclusion et la diversité

Selon Le Quotidien du Saguenay (qui n’adopte aucune distance critique),



Au cours des deux dernières semaines, des jeunes de l’École polyvalente Arvida ont pu participer à des ateliers animés par des représentants d’un organisme communautaire de Montréal dans le cadre du projet Escale. Ils ont ainsi été sensibilisés à l’importance de respecter la différence et de s’ouvrir à l’autre. Seulement huit écoles secondaires du Québec ont été ciblées par le projet cette année.

C’est l’animatrice et chargée de projet Audrey Hachey, à l’emploi de l’organisme Ensemble pour le respect de la diversité, qui a choisi de visiter son alma mater. Issue de la cohorte 2005, elle avait envie de présenter les ateliers dans son patelin.


Il faut dire que les enseignants en Culture et éthique religieuse de l’école secondaire étaient très favorables à la venue d’Audrey Hachey et de son collègue Miguel Simao-Andrade, qui ont contribué, par l’entremise de sketchs et ateliers, à mousser le respect des différences, à promouvoir l’inclusion et à déboulonner certains mythes bien ancrés en ce qui a trait à la définition de l’identité québécoise. [Quels mythes ? On n’en saura malheureusement pas plus...] Les jeunes rencontrés étaient des élèves de secondaire 4 et 5, donc âgés de 15 à 17 ans.


« Les QuébécoisEs » vidéo de l’organisme Ensemble pour le respect de la diversité
 (il y a un jeune homme aux ancêtres québécois dans le lot de ces « QuébécoisEs », il admet qu’il est privilégié en temps qu’homme blanc en santé et qu’il doit utiliser ces avantages pour aider les autres...)

« Notre but est vraiment de déconstruire des stéréotypes et de favoriser les identités plurielles », explique Audrey Hachey, qui a passé une année en Jordanie.

Le projet Escale est financé par le ministère de l’Immigration, de la Diversification et de l’Inclusion (MIDI). La subvention a été octroyée dans le cadre du volet « vivre ensemble » du plan ministériel d’action contre la radicalisation violente. Les ateliers ont fait leur entrée dans les écoles québécoises l’an dernier. Jusqu’à maintenant, environ 2740 jeunes, incluant ceux de la Polyvalente Arvida, ont été rencontrés et sensibilisés à des enjeux liés à la diversité culturelle et religieuse. Ils ont aussi pu prendre conscience de l’importance de favoriser l’inclusion et de respecter la différence. Le tout à une époque où les préjugés à l’égard des immigrants et des Québécois qui puisent leurs origines dans d’autres pays du monde, particulièrement ceux de confession musulmane, sont légion.

À Arvida, ç’a très bien marché et les profs étaient emballés. Ils ne connaissaient pas du tout notre organisme et on s’est fait dire que notre sujet cadre très bien avec le programme des cours d’éthique et culture religieuse, dont l’un des thèmes est la tolérance », met en relief Audrey Hachey.



L’organisme Ensemble pour le respect de la diversité ne souhaite pas Joyeux Noël

L’organisme Ensemble pour le respect de la diversité organise aussi des ateliers sur la « diversité sexuelle » et la lutte contre les « stéréotypes » genrés et l’« homophobie » à la fin du primaire.
Affiches pour animer l’atelier LGBT de fin du primaire



Voir aussi

Montréal — Des profs du collège de Maisonneuve se censurent

samedi 17 février 2018

France : contrôle continu et nouveau bac « Un 16 à Grigny vaut un 2 à Henri-IV »

La réforme du bac qui prévoit un contrôle continu et un examen basé sur quatre matières principales, le tout coiffé par un « grand oral ». Le débat oppose ceux qui s’opposent à la sélection, signe d’injustice sociale, et ceux qui veulent récompenser le mérite.

Plusieurs critiques s’élèvent contre l’importance qui sera accordée au contrôle continu. Pour Anne Coffinier qui représentent les écoles libres (non subventionnées) :

Le contrôle continu de même que l’intégration de personnels issus du lycée d’origine du candidat dans le jury de l’examen oral semblent de mauvaises idées. Cela signifie la fin du caractère national du diplôme ainsi que la disparition de la protection de l’anonymat. Avoir le baccalauréat d’un lycée public mal coté situé dans une cité mal cotée n’aura aucun prix aux yeux des recruteurs du supérieur comme de ceux du marché du travail. Si l’on est attaché à la justice sociale, il faut maintenir un standard national et la protection de l’anonymat, en le renforçant à l’oral où le jury n’a à savoir ni le nom du candidat ni son établissement d’origine.

La composition du jury (on parle également d’intégrer le CPE…) risque également de dégrader le niveau académique des épreuves pour en faire une aimable causerie. L’augmentation du contrôle continu conduira finalement aux mêmes effets négatifs que pour le brevet en 3e : cela supprimera pour les élèves l’incitation à travailler, à s’organiser et à se dépasser que représentait un diplôme final de bon niveau académique.

[...]

[Paradocalement, on pourrait assister à] un système d’évaluation à double vitesse où ces lycéens [ceux des écoles libres] continueront à avoir un diplôme acquis exclusivement en contrôle final quand ceux des lycées publics gagneront une partie significative des points en contrôle continu.

On arriverait alors à un résultat assez paradoxal : le baccalauréat des candidats libres vaudrait plus sur le marché que celui de l’Éducation nationale, mais [car] il serait plus difficile à obtenir. Les lycéens les plus faibles quitteraient massivement le privé pour se rabattre sur le public et augmenter ainsi leur chance de décrocher leur bac !

De manière plus lapidaire, Ériz Zemmour déclare « Un 16 à Grigny [banlieue pauvre et immigrée] vaut un 2 à Henri-IV [école très cotée]. t c’est un scandale de comparer les deux. C’est vraiment inéquitable. Les différences de niveau sont abyssales entre les écoles de banlieue et les écoles d’élite du centre parisien. Ils ne parlent plus la même langue. C’est un vrai scandale. » Cette refonte du Baccalauréat entrera en vigueur à partir de 2021, avec la génération d’élèves actuellement en Troisième.



Montréal — Des profs du collège de Maisonneuve se censurent

Le Devoir rapporte des cas d’autocensure de la part des professeurs devant des classes d’« immigration récente ».

Un malaise « très profond » s’empare de la profession d’enseignant : des professeurs pratiquent l’autocensure pour éviter de heurter les croyances religieuses [catholiques ?] ou culturelles [canado-françaises ?] de leurs étudiants. Ils passent sous silence des œuvres traitant de sexualité, de nudité ou de maladie mentale par crainte de déclencher une controverse explosive.

Ce constat troublant fait partie d’un rapport sur le « vivre-ensemble » au collège de Maisonneuve, rendu public vendredi. Ce cégep de l’est de Montréal a été un lieu de radicalisation d’étudiants qui se sont rendus faire le djihad en Syrie depuis trois ans.

Les tensions religieuses se sont calmées dans l’établissement de 7000 étudiants, qui a pris une série de mesures pour faire revenir la paix entre ses murs. [Dans quelle mesure cela est-il lié à la défaite militaire de Daech, à une autocensure grandissante ?] Un projet-pilote sur le vivre-ensemble, qui vient de s’achever, a cependant mis en lumière un réel malaise chez les enseignants du collège.

7000

C’est le nombre d’étudiants qui fréquentent le collège de Maisonneuve, dont la moitié sont issus de l’immigration récente.

« Le principal problème réside dans le fait que plusieurs enseignants déclarent avoir adopté au fil du temps (surtout depuis une dizaine d’années) une forme d’autocensure et avoir évité de la sorte d’être indisposés par des affrontements d’ordre culturel ou religieux. Par exemple, des contenus particuliers peuvent être survolés, des œuvres significatives non abordées, des remarques humoristiques mises au rancart, etc. », indique le bilan du projet-pilote sur le vivre-ensemble.

« On ne peut s’empêcher de remarquer ici que, dans la plupart des cas, ces modifications sont effectuées par anticipation, et pas nécessairement à la suite d’un incident de nature interculturelle. L’expression “j’achète la paix” est, à cet égard, symptomatique. Si la menace n’est pas toujours réelle, le malaise, quant à lui, est très profond et rappelle à certains enseignants des périodes où la censure et la mise à l’index avaient pignon sur rue. L’enjeu est loin d’être dérisoire », poursuit le document.

La diversité culturelle et religieuse est en partie à l’origine du malaise. Environ la moitié des étudiants du collège de Maisonneuve sont des immigrants de première ou deuxième génération. Les étudiants ou leurs parents sont nés à l’étranger.


Le rapport note que les jeunes sont à l’aise avec la diversité. C’est la réalité de Montréal : ils ont grandi en côtoyant des amis de toutes les origines. Ce sont les relations avec des adultes (notamment les professeurs) qui donnent lieu à des tensions, explique le document de 98 pages.

Une forme de bien-pensance qui gagne les campus du Canada suscite aussi la méfiance des professeurs. Le Devoir rappelait cette semaine le chemin de croix d’une chargée de cours de l’université ontarienne Wilfrid-Laurier qui a eu le malheur de projeter en classe une émission d’affaires publiques mettant en vedette Jordan Peterson, professeur et auteur très controversé. Elle a été sermonnée par trois supérieurs qui l’avaient convoquée. Elle a finalement eu droit à des excuses, après avoir été crucifiée sur la place publique. [Note du carnet : Aucun « jeune » ne s’est plaint de cette chargée de cours, Lindsay Sheperd. C’était une initiative de la hiérarchie très diversitaire, très politiquement correcte, très « vivre ensemble » qui croyait appliqué les derniers textes de loi. Nous pensons que c’est un incident très différent.]

Rectitude politique

Guy Gibeau, directeur des études au collège (et l’un des trois auteurs du rapport), avoue avoir été surpris par l’autocensure des enseignants. « C’est quelque chose qu’on n’avait pas vu. Il va falloir qu’on y réfléchisse. Les professeurs disent : “Ça ne me tente pas de lancer des débats interminables. J’achète la paix à l’avance” », explique-t-il.

[Note du carnet : gageons que « les jeunes sont à l’aise avec la diversité » parce qu’ils ne se lancent pas dans des débats interminables et qu’ils ne défendent pas la culture occidentale qui n’est d’ailleurs pas nécessairement la leur.]

« On encourage les professeurs à ne pas se censurer, ajoute-t-il. On vient de se rendre compte du problème. On va certainement en parler et essayer de trouver des solutions. »

Le danger est d’aseptiser l’enseignement, d’omettre des œuvres qui dérangent, de sombrer dans la rectitude politique. « Si le patrimoine intellectuel occidental existe pour soutenir l’école québécoise dans la formation des prochaines générations, générations dont on souhaite l’épanouissement de la pensée critique, il serait inopportun de sélectionner les références-clés de façon à acheter la paix », indique le rapport.

Le collège de Maisonneuve a mis au jour le phénomène de l’autocensure tout simplement parce qu’il a pris la peine de consulter toute la communauté de l’établissement, soutient Guy Gibeau. Il est convaincu que les leçons du projet-pilote sur le vivre-ensemble peuvent s’appliquer à tous les cégeps et universités. « Les gens ont parlé parce qu’on leur a posé des questions en toute candeur. »

La place de l’islam

Contrairement à la croyance populaire, le hidjab donne lieu à peu de tensions au collège de Maisonneuve. Des professeurs d’éducation physique disent craindre que le port du hidjab entraîne des blessures, pour la jeune femme ou pour la classe. Des professeurs ont craint que le hidjab puisse cacher des écouteurs durant un examen. Les profs peuvent faire toutes les vérifications nécessaires, indique le rapport.

Des restrictions alimentaires — pas de porc ou d’alcool — ont causé des tensions au département de diététique. « Cela dit, il convient de le préciser, ces défis d’accommodement ne sont pas nécessairement plus nombreux ou plus aigus que ceux générés par des allergies alimentaires ou des convictions végétariennes », indique le rapport.

Malgré le peu d’incidents récents, « de nombreux enseignants issus de divers départements considèrent que l’islam est beaucoup trop visible au collège », précise le rapport. Il est vrai que des tensions sont survenues au cours des dernières années : le collège a rompu ses liens avec le prédicateur Adil Charkaoui. La transformation d’une cage d’escalier en un lieu de prière a soulevé la controverse. Des tensions sont survenues à la bibliothèque.

Le projet-pilote de 400 000 $ sur le vivre-ensemble, financé par Québec, a permis d’embaucher trois travailleurs de corridor (le contrat d’un de ces travailleurs a été prolongé) et un psychothérapeute en relation interculturelle, dans le but de soutenir les étudiants qui éprouvent des difficultés de nature identitaire. Le collège a organisé une série d’événements pour aider les gens de différentes cultures à se rapprocher et pour inciter les professeurs et étudiants à prendre la parole. La ministre Hélène David a annoncé vendredi un financement supplémentaire de 300 000 $ pour aider les autres cégeps et universités à s’inspirer des recommandations du collège de Maisonneuve sur le vivre-ensemble.

[Ce projet-pilote coûteux qui s’ajoute aux coûts indirects liés à la « diversité » toujours bénéfique comprenait plusieurs ateliers, voici un extrait du bilan du « Projet islam » tiré du rapport :

Bilan
Aux dires de l’enseignant initiateur du Projet islam, la session de l’automne 2016 a été l’une des plus belles expériences de sa vie professionnelle. Une vingtaine d’étudiants et d’étudiantes (17 filles et 3 garçons) [sur 7 000 collégiens !] ont suivi de manière assidue les activités hebdomadaires du projet. Le groupe était très stable et, les personnalités aidant, les discussions furent parfois très intimes, puisque les thèmes de la foi, du rapport à Dieu et des pratiques personnelles de chacun y furent abordés de manière très respectueuse, avec énormément d’ouverture et avec une volonté claire de partager et d’écouter l’autre. La majorité des participantes était de culture ou de foi musulmane et, parmi celles-ci, une faible majorité portait le hijab. Il n’y avait pas de sujets tabous ; une des conférencières a même abordé la sexualité du point de vue de l’islam de manière franche et ouverte.

 Toujours selon le promoteur du projet, l’exposition présentée dans le foyer du Collège peut être considérée comme un moment fort du projet plus large Vivre-ensemble. D’un grand esthétisme, les contenus des affiches étaient très développés et rigoureux. Le professeur mentionne aussi que les étudiants au cœur du projet, même ceux issus de familles musulmanes, ont cherché à mieux connaître ce sujet complexe souvent déformé par des préjugés simplificateurs, en particulier par les médias sociaux et de masse.

[...]
Expo du Projet Islam

Toutefois, le Projet islam n’a pas été reçu ou perçu de manière homogène au sein de la communauté du Collège. Toujours aux dires du promoteur : Plusieurs ont trouvé déplacé (« vous devriez avoir honte », me suis-je fait dire lors de l’exposition du Projet islam) ou carrément inopportun d’aborder de façon frontale le thème de l’islam comme religion dans le cadre d’une activité qui se tient dans les murs d’une institution publique. Mais chaque fois que je pouvais présenter le projet aux personnes réticentes ou même hostiles, les objections s’amenuisaient ou disparaissaient quand on comprenait que l’approche offerte était large, privilégiait une lecture de l’islam et de ses divers courants par le prisme des sciences sociales, et abordait sans censure les dérives idéologisées, anticitoyennes et violentes de l’islamisme.

]

Voir aussi

Démographie — En 15 ans, les minorités visibles (pas toutes francophones ni francophiles) sont passées au Québec de 7 % à 13 % de la population.

Démographie : en 2050 pour un Européen proche de 50 ans, il y aura trois Africains de moins de 30 ans

« appui au vivre ensemble » (comprendre « Lutter contre la radicalisation et l’intimidation ») dans Ne dites plus... parlez pédagogiste... (cuvée 2016)

Étude — Baisse de « solidarité » corrélée à l’augmentation du nombre d’étrangers

Vivre ensemble... « La fréquence du mot traduit le désarroi d’une société qui voit la disparition de la chose » (Alain Finkielkraut dans L’identité malheureuse)

Un Québec de plus en plus divers, est-ce vraiment une bonne chose ?



jeudi 15 février 2018

ECR : Visite voilée dans des « lieux de culte » sinon zéro...

L’ancien ministre Joseph Facal continue sa série de chroniques pour dénoncer le controversé programme d’Éthique et de culture religieuse (ECR) imposé par le gouvernement québécois à toutes les écoles (privées ou publiques) tout au long de la scolarité obligatoire (moins une année).

Voici une histoire vraie que je veux absolument partager avec vous.

Un soir de 2013, une jeune fille qui est en 4e secondaire tend un formulaire à signer à son père.

C’est une autorisation pour une sortie dans le cadre d’un cours d’ECR : les élèves visiteront divers lieux de culte.

Élèves de IVe secondaire de l'école Honoré-Mercier
dans un temple sikh situé sur la rue Cordner à Montréal


Tensions

Le père remarque que le formulaire dit que la jeune fille devra obligatoirement porter un voile dans certains de ces lieux. [Dans les église catholiques et les temples protestants ?]


L’activité compte pour 10 % de la note. Si pas de voile, pas d’activité, donc la fille récolterait un beau zéro.

Le père refuse. Sa fille lui dit : « Papa, tu ne vas pas faire ça ! » On connaît les ados.

Le père raconte : « Deux jours plus tard, je reçois un long courriel du prof d’ÉCR m’expliquant, sur un ton très pédagogique, les vertus de l’ouverture aux autres et les dangers du racisme ! »

Il répond à l’enseignant qu’il vient du Moyen-Orient et comprend parfaitement la signification du voile pour les femmes.

Il sait de quoi il parle. On n’imposera pas cela à sa fille. Il demande à rencontrer la direction, qui accepte.

Il dit :

« Je dois m’absenter du bureau, mon épouse aussi. Je suis nerveux, un peu troublé. Je marche sur des œufs, dans un champ miné : le politiquement correct, les prérogatives des profs, l’intervention des parents dans un contenu de programme officiel, ma fille que je ne veux pas singulariser, mon profond sentiment de refus de participer à cette oppression, notre désir de protéger l’essentiel. »

Lors de la rencontre, il explique qu’il a fui un radicalisme qu’il retrouve­­­ ici et qui progresse insidieusement­­­.

« La direction a été vraiment à l’écoute, dit-il, les profs ont finalement compris notre point de vue. On nous exempte des lieux problématiques. Ça se passe dans le respect, l’écoute, l’harmonie et la vérité. On repart pacifiés. »

Mais...

« Mais comment vous dire l’énergie nerveuse, le temps, le courage, le doigté et les nerfs que cela nous a pris, comme simples citoyens et comme parents, pour résister et essayer de ramener le bon sens dans tout cela. »

Nœud

Depuis, son école a annulé ces visites. Mais ailleurs ?

Sa conclusion :

« Cet incident m’a donné à réfléchir. [...] Le cours d’ÉCR perpétue les stéréotypes et la discrimination envers les femmes. Ce cours favorise aussi le prisme religieux pour décrire la réalité de la diversité. Il néglige [...] l’immense majorité des citoyens qui ne se définissent pas en premier lieu par leur appartenance religieuse et surtout pas par les signes ostentatoires de leur religion. De plus, en partant d’excellentes intentions, [...] il banalise des pratiques très discutables prônées par des radicaux. Voilà le fond du problème. »

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Tout cela n'est-il qu'un jeu ? Se voiler pour s'ouvrir à la diversité...

« Hare Krishna ! Hare Krishna ! » en visite au cours d'ECR

Tout cela n'est-il qu'un jeu ? Se voiler pour s'ouvrir à la diversité... [rediff 2009]

Dans le cadre du nouveau programme d'éthique et de culture religieuse en place dans toutes les écoles de la province, enfin sauf dans le Grand-Nord, les écoles juives orthodoxes et l'école à la maison, des élèves ont été amenés à « s'ouvrir à la diversité culturelle qui particularise la société québécoise » selon la Voix Pop. Pas plus qu'ailleurs en Occident, en réalité cela ne la caractérise en rien.

C’est dans ce contexte qu’un groupe d'adolescents de IVe secondaire de l'école Honoré-Mercier a été entraîné dans un temple sikh situé sur la rue Cordner, dans l’arrondissement de La Salle. Le Gurdwara Guru Nanak Darbar est le lieu de rassemblement de la communauté sikh de La Salle. Là tous ces élèves ont revêtu un foulard (objet sans doute sans valeur réelle pour eux) afin de pouvoir visiter le temple sikh et découvrir l'histoire de cette communauté, ses croyances, ses valeurs et ses pratiques. La journée s'est terminée par un goûter préparé et servi par les hôtes, des sikhs bénévoles du Gurdwara Guru Nanak Darbar.

mardi 13 février 2018

ECR : imposture et manipulation (3)

L’ancien ministre Joseph Facal continue sa série de chroniques pour dénoncer le controversé programme d’Éthique et de culture religieuse (ECR) imposé par le gouvernement québécois à toutes les écoles (privées ou publiques) tout au long de la scolarité obligatoire (moins une année).

Je ne pourrai ici faire écho à l’avalanche de commentaires reçus, mais je note d’abord que les partisans du cours d’ECR jouent sur tous les tableaux.

Si vous critiquez un manuel, ils vous diront qu’un manuel n’est qu’un support et qu’il y en a des tas d’autres.

Si vous dites que beaucoup de manuels ont été examinés et critiqués, notamment par Nadia El-Mabrouk et le Conseil du statut de la femme, on vous dira que c’est le programme ministériel qui fait foi de tout.

Ouverture ?

Si vous critiquez les orientations énoncées dans les documents gouvernementaux fondant le cours, comme l’a fait Joëlle Quérin, on vous dit qu’il faut faire confiance aux gens sur le terrain.


Joëlle Quérin chez Mario Dumont

Si vous rapportez des témoignages d’étudiants, on vous dit que votre échantillon est trop limité.

Si vous rapportez des témoignages de parents, on vous dit que les parents défendent toujours leurs enfants.

Si vous rapportez des remarques faites par des enseignants, on vous dit qu’il ne faut pas généraliser.

De toutes les objections qu’on m’a faites, voici ma favorite : oui, il est possible qu’un prof verse dans le prosélytisme, mais il s’en fait aussi, et depuis longtemps, dans d’autres matières.

Je décerne à cet « argument » la palme d’or de l’idiotie.

Évidemment, à travers tout cela, des tas de témoignages de gens qui font de leur mieux, voient les problèmes, m’expriment leurs malaises... et me demandent parfois de ne pas dire leur nom.

Comme toujours, les gens les plus impliqués dans l’implantation et la reproduction de ce cours défendent leur statut et leur bébé.

Ils n’admettront jamais que ce cours ne devrait pas exister sous sa forme actuelle.

Pourquoi ? Parce qu’ils se considèrent — et leurs propos le révèlent — en mission purificatrice, salvatrice.

Leur cours n’est pas à mettre sur le même plan qu’un cours de biologie ou de mathématiques ou de littérature ou même d’histoire des religions.

Ils luttent pour le Bien, pour la Vertu, pour le Progrès, contre les « méchants », contre les « fermés », contre les « racistes », contre les « islamophobes », etc.

Diversité ?

À la limite, je pourrais comprendre qu’on veuille transmettre aux jeunes des valeurs morales au moyen d’un solide cours d’éthique.

Le problème est que l’étudiant retire du cours d’ECR l’impression que la morale passe forcément par la religion [Note du carnet : c’est plus ou moins vrai, que la morale passe forcément par le respect de toutes les religions, qu’il ne faut surtout pas faire de tri. Sinon, on peut craindre que la morale soit surtout l’acceptation par les volets «dialogue» et «éthique» du politiquement correct par le truchement de la recherche de consensus.]

Les religions, elles, sont généralement présentées sous l’angle de leurs récits mythiques fondateurs et de leurs rituels, rarement confrontées à la raison, à la non-croyance ou aux dérives auxquelles elles peuvent conduire.

Les partisans du cours d’ECR plaident beaucoup au nom de la « diversité ».

Mais leur amour de la « diversité » ne va pas jusqu’à embrasser la diversité intellectuelle qui permettrait d’encaisser la critique.

[Ou la présence réelle d’options différentes et vraiment diverses, d’où l’élimination des cours de religion chrétienne. Mais on comprend qu'il ne faut un seul programme non pas, bien évidemment, par amour de la diversité, mais pour imposer à tous une conception philosophique unique par rapport à la diversité non seulement religieuse, mais en bout de course ethnique et culturelle. Bref, influencer les enfants des autres pour assurer le « vivre ensemble » multiculturaliste dans une société qui, de manière délibérée de la part de nos dirigeants, devient de plus en plus hétérogène. Voir L'immigration transforme rapidement la Rive-Sud de Montréal et Démographie — En 15 ans, les minorités visibles sont passées au Québec de 7 % à 13 % de la population ]

C’est plus que troublant...

lundi 12 février 2018

France — L'Éducation nationale se dit pro-innovation mais ne l'est pas dans les actes

Une proposition de loi actuellement étudiée au Sénat vise à restreindre la liberté de création d’écoles indépendantes. Il s’agit de la proposition de loi (PPL) 589, qui reprend pour l’essentiel, le projet de Najat Vallaud-Belkacem (socialiste féministe). La PPL a cette fois été déposée par une sénatrice centriste, et est également soutenue directement par le Ministère de l’Éducation nationale.

Le ministre de l’Éducation français Blanquer
Anne Coffinier, directrice générale de la Fondation pour l’école répondait aux questions de Valeurs actuelles sur ce sujet. Retrouvez son entretien sur le site de Valeurs actuelles.

Directrice générale de la Fondation pour l’école, Anne Coffinier appelle à la vigilance face à une proposition de loi présentée au Sénat par les centristes et soutenue par le ministère de l’Éducation nationale, qui menace la liberté d’enseignement des écoles hors contrat.

Valeurs actuelles. — Vous êtes aujourd’hui inquiète alors qu’un texte sera lu au Sénat le 21 février prochain. De quoi s’agit-il ?

Anne Coffinier. — Il s’agit d’une proposition de loi centriste qui cherche à rendre beaucoup plus compliquée l’ouverture de classes hors contrat et à les soumettre au bon vouloir de l’Éducation nationale. L’idée n’est pas nouvelle, elle avait déjà été présentée à l’Assemblée nationale par Najat Vallaud-Belkacem avant d’être heureusement censurée par le Conseil constitutionnel. 
Mais si le projet de loi qui revient aujourd’hui au Sénat est proposé dans le cadre de la niche centriste, beaucoup s’accordent à dire que c’est bien le gouvernement, et le ministère de Jean-Michel Blanquer (ci-dessus) en particulier, qui est à la manœuvre. Le ministre parle beaucoup de liberté, mais ce texte vise à briser l’essor des écoles hors contrat qui sont précisément des lieux de liberté et d’innovation au service de tous.

— Pourquoi ces écoles indépendantes vous semblent-elles nécessaires aujourd’hui ?

— Il faudrait sans doute le demander en premier lieu aux parents des 65 000 élèves qui y sont scolarisés ! S’ils ont fait ce choix, c’est que l’école sous-contrat ne convenait manifestement pas à leurs enfants. 
La demande explose et 122 écoles ont encore ouvert cette année, on ne peut pas faire semblant de ne pas le voir ! C’est une demande démocratique.

Il faut une respiration, il est urgent d’innover. La technique, on la connaît parfaitement et le gouvernement s’en fait d’ailleurs l’écho : il faut s’appuyer sur la société civile, les entreprises, les bonnes pratiques internationales. C’est ainsi qu’on pourra donner un second souffle à notre école française.

— Mais vous le dites vous-même, c’est le discours du gouvernement !

C’est justement ce qui est inquiétant. D’un côté, le gouvernement, le ministre de l’Éducation nationale et le Président lui-même portent un discours libre et libérateur, prônent l’expérimentation, l’innovation et la différentiation. Et cela plait à chacun d’entre nous ! Mais force est de constater que ce n’est qu’un discours. Je le découvre aujourd’hui avec déception. Ce que nous constatons dans les faits, c’est l’action de l’administration qui se poursuit selon la même logique : éradiquer tout ce qui est différent. Ils continuent à ne soutenir que les initiatives qui émanent de cabinets ministériels, dans une logique archaïquement du haut vers le bas. Mais tout cela est sclérosé ! Nous n’avons qu’une seule question pour le gouvernement : comment compte-t-il rénover tout de l’intérieur avant que ça s’effondre ? Nous sommes bien obligés de leur rappeler que nous sommes déjà presque en queue de classement à l’international. Il faut que ça bouge, et vite.

— Que pourraient-ils faire concrètement ?

— Faire confiance aux professeurs sur le terrain et accepter que les écoles vraiment libres de leur pédagogie servent d’aiguillon au reste du système scolaire. Ces écoles n’ont pas le choix : elles sont connectées à la réalité des besoins de l’enfant et il serait temps de les observer. 
Sans compter qu’elles offrent le choix aux parents d’élèves qui ont des besoins spécifiques et qui sont souvent laissés sur le bord de la route dans l’Éducation nationale. Je pense aux enfants dyslexiques, précoces, etc. Pour eux, il n’y a que le hors-contrat. On peut également évoquer la question du sport-étude : c’est un fait, le système public est trop lourd pour créer des champions.

— Qu’espérez-vous aujourd’hui ?

La proposition a été rejetée en commission, en l’état, dans sa version modifiée par le rapporteur. Pour des raisons différentes, les socialistes et les Républicains s’y sont opposés. Elle sera en lecture le 21 février prochain.
 Désormais la question est : le gouvernement va-t-il être raisonnable ou poursuivre la vieille politique de guerre larvée à tout ce qui peut renouveler l’enseignement en France ?

Cet évènement peut sembler anecdotique, mais ce n’est pas rien : il concerne l’un des secteurs les plus dynamiques de la société civile. Cela illustre malheureusement la déconnexion entre le discours très séduisant de Jean-Michel Blanquer et la réalité des faits : la poursuite des bonnes vieilles habitudes technocratiques de l’Éducation nationale française.

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Moins d'heures de français à l'école : le niveau de grammaire et d'orthographe baisse

Le niveau d’orthographe et de grammaire des Français a chuté depuis 2010. Un phénomène qui n’épargne pas les entreprises et qui peut leur coûter cher.

Les fautes d’orthographe gangrènent les entreprises françaises. Les salariés obtiennent une note moyenne de 10,73/20 en orthographe en 2015, selon le dernier baromètre du Projet Voltaire, un organisme de remise à niveau orthographique créé par la société Woonoz en 2008 et à l’origine du désormais réputé Certificat Voltaire. Ils font certes mieux que les collégiens (5,22/20), lycéens (6,9/20) ou étudiants (8,76/20) mais le résultat n’est pas glorieux : au bureau, les Français maîtrisent à peine plus de la moitié des règles grammaticales et lexicales (54 %). Globalement, le niveau d’orthographe des Français a chuté de 6 points entre 2010 et 2015. Ils maîtrisaient il y a cinq ans 51 % des règles, contre 45 % aujourd’hui.

« L’Éducation nationale a réduit de moitié la part du français dans les programmes à l’école primaire ces 30 dernières années, ce qui explique la baisse de niveau chez les salariés quadragénaires », explique Pascal Hostachy, cofondateur de Woonoz. « Quant à la génération Y, qui arrive sur le marché du travail, le langage des textos et des réseaux sociaux est presque leur langue maternelle. Ces jeunes n’ont jamais autant écrit, mais dans une autre langue que le français classique. » Au bureau, ces lacunes ne sont pas sans conséquence. « Avec les [courriels], les salariés écrivent beaucoup plus qu’avant et leurs faiblesses sont exposées. »

Un futur savant.
Peinture de 1880 Jean Geoffroy (1853-1924)

Marché de la chasse aux fautes d’orthographe

Au final, les fautes d’orthographe peuvent coûter cher à l’entreprise. « La concurrence est rude dans des secteurs comme la banque, l’assurance ou l’immobilier. Des contrats et courriers commerciaux bourrés de fautes peuvent saper la crédibilité d’un service et faire perdre des clients », selon Pascal Hostachy. Une étude britannique a récemment démontré qu’une seule faute d’orthographe peut diminuer de moitié les ventes d’un site de cybercommerce. « L’orthographe est désormais un problème collectif au sein d’une entreprise », résume le dirigeant. Dès le recrutement, la maîtrise écrite de la langue de Molière peut faire la différence. « Entre deux profils équivalents, l’orthographe sera un critère discriminant », confiait récemment Jacques Froissant, fondateur du cabinet de recrutement Altaïde.

La chasse aux fautes de français est devenue un vrai marché. Les offres de logiciels de remise à niveau ou de coaching pullulent. « Les correcteurs d’orthographe n’étant pas toujours pertinents, les salariés ont besoin d’un réel accompagnement », selon Anne-Marie Gaignard[*], formatrice en orthographe.

Le Projet Voltaire, qui a mis au point un cursus de formation individuelle pour les salariés et un logiciel de remise à niveau que les entreprises peuvent proposer à tous leurs employés, compte aujourd’hui 700 sociétés partenaires, plus de trois fois plus qu’en 2013, et 1000 établissements scolaires. Pour Pascal Hostachy, toutefois, il est urgent de « revoir les bases de l’enseignement à l’école ». Selon lui, les offres d’accompagnement et autres sont « efficaces », mais « un traitement curatif l’est toujours moins qu’un traitement préventif. Apprendre la grammaire à 40 ans est plus difficile qu’à 8 ans. »

* Anne-Marie Gaignard est l’auteur de La revanche des nuls en orthographe publié par Calmann-Lévy

Source


dimanche 11 février 2018

Tyrannie du « genre » : école annule la traditionnelle danse père-fille

Un des pères et sa fille dont la fête a été annulée
Une école élémentaire de Staten Island (New York) a abandonné sa traditionnelle danse père-fille en raison des nouvelles directives sur le genre émise par le Ministère de l’Éducation de l’État de New York.

Dans une mise à jour de sa politique de mars 2017, le Ministère de l’Éducation a ordonné aux écoles d’« éliminer » toutes les pratiques « basées sur le genre [sexe] » comme la danse à moins qu’elles ne servent un objectif éducatif « clair ».

Une fiesta prévue pour le 9 février a été brusquement reportée au mois suivant après que l’Association parents-enseignants de l’école se soit rendu compte que la danse contreviendrait à ces nouvelles règles.

« Tant que nous ne comprenons pas ce que nous sommes légalement autorisés à faire, nous devons suspendre cet événement », a écrit sur Facebook le président de l’Association des parents-élèves, Toni Bennett, à un groupe de parents d’élèves de l’école privée.

Certains parents étaient furieux de voir la rectitude politique s’immiscer dans une tradition pittoresque.

« Ils essaient d’éliminer tout ce que nous avons connu enfant et je ne pense pas que ce soit juste », a déclaré Matthew West, le père de deux filles de l’école, Lily et Willow. « Ils devraient juste laisser les choses telles qu’elles étaient : père-fille, mère-fils. »

Sur le thème du politiquement correct, Matthew West déclare : « Je déteste ça. . . Les gens ont juste trop peur de parler. »

« Ce n’est pas juste du tout », a déclaré Jose Garcia, 37 ans, qui est allé aux deux dernières danses avec sa fille de 9 ans, Jolene. « Je n’ai rien contre quiconque, mais je ne pense pas que cela devrait affecter l’école ni les enfants d’ailleurs. »

« Toutes ces conneries du genre doivent simplement cesser », a déclaré Akaia Cameron, qui a ajouté que sa fille en troisième année avait passé un « bon moment » avec son papa l’année dernière.


Les parents ont souligné que l’école n’a pas de problèmes d’inégalité entre les sexes puisqu’elle avait organisé une partie de quille pour les mères et leur fils l’année dernière.

L’Association parents-enseignants de l’école organisera une danse reprogrammée pour les « aidants naturels » et les enfants de tout sexe le 2 mars, selon le ministère de l’Éducation de New York.

Comme le note le professeur de Brooklyn College, David Bloomfield, le ministère de l’Éducation fait de la discrimination sur la base du genre tout le temps, notamment pour ce qui est du sport à l’école ou dans la simple existence d’écoles pour garçons ou pour filles.

La porte-parole du Ministère de l’Éducation, Toya Holness, affirme que les écoles « doivent veiller à ce que ces événements soient neutres et ouverts à tous les élèves et à leurs parents ». Le contact LGBTQ2SAI+ du ministère, Jared Fox, est plus direct : « les danses père-fille par leur nature excluent des gens. »

Mais voilà les écoles offrent de nombreuses occasions pour les mamans et leurs fils — et même toutes les autres combinaisons adulte-enfant. En pratique, l’école n’exclut personne au long de l’année. En attendant, forcer l’organisation de danses « inclusives » aboutit à la fin de certains moments spéciaux entre les parents et leurs enfants.


Source

Voir aussi

Jordan Peterson et les jeunes « trans » (M-à-j avis de Debra Soh sur l'augmentation de ceux-ci)

À comparer à la priorité éducative du Québec (du moment) : Urgence : « Adapter l’école aux écoliers transgenres »

Angleterre — Au moindre soupçon, des écoles considèrent les élèves comme transgenres (et les envoient à la clinique de dysphorie du genre, statistiques)