lundi 11 décembre 2017

Russie. Le mariage au secours d’une nation frappée par la dénatalité

Au moment où la crise démographique frappe à nouveau gravement la Russie, certains experts plaident pour des mesures d’ordre moral comme la promotion des valeurs familiales traditionnelles, afin d’enrayer l’inflation de divorces. Notons, toutefois, que le taux de natalité des Russes est supérieur à celui des Québécois.

Le ministre du Développement économique, Maxime Orechkine, a récemment déclaré que la situation démographique de la Russie était une des plus problématiques du monde, notamment sur le plan des pronostics économiques. Le gouvernement doit en effet reconnaître que l’immigration des ex-Républiques soviétiques n’est plus en mesure de compenser la lente décroissance de la population. Dans les prochaines années, le pays pourrait perdre environ 800 000 personnes en âge de travailler par an selon les scénarios les plus pessimistes.

Selon l’agence fédérale de statistiques Rosstat, entre janvier et juillet 2017, la perte naturelle de population de 114 400 personnes était huit fois plus importante que pour la même période en 2016 quand elle avait atteint 13 700. La baisse de la force de travail et l’augmentation du nombre des retraités sont la conséquence de cet état de fait.

Pendant que les économistes planchent sur les moyens de lutter contre la pénurie de main-d’œuvre à l’aide des nouvelles technologies, les sociologues proposent de mettre l’accent sur la natalité en renforçant l’institution du mariage. Institution qui, il faut bien le dire, bat de l’aile de façon inquiétante dans notre pays.

Selon Rosstat, sur 1 000 mariages en 2016, 895 divorces ont été enregistrés. Or, une forte natalité, dont la nécessité a été soulignée pour faire face aux gouffres démographiques du XXe siècle, est impossible sans une cellule familiale solide selon Vzgliad (« Regard »).

Pour Vzglaid, La « règle d’or » den démographie est une augmentation stable, mais faible, de la population avec un pourcentage élevé de citoyens aptes et instruits [et bien intégrés].

Sans une forte institution du mariage, cela n’est pas possible. À ce jour, la politique familiale en Russie vise principalement à aider les familles pauvres, plutôt que de renforcer la famille en tant que telle. Pendant ce temps, les fondations du mariage ont été minées dans les années Eltsine (1990-2000), sans jamais avoir été rétablies, tout en adoptant un certain nombre de pratiques occidentales, où l’institution du mariage a évolué quelque peu différemment.

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Baisse continue du nombre de naissances au Québec (m-à-j, décembre 2017)

Russie — généreuse prime à la naissance, allocation mensuelle et hypothèque moins chère pour les familles


dimanche 10 décembre 2017

Le modèle suisse de formation professionnelle fait bien des envieux

Extraits d’un article de Radio-Canada.

En Suisse, la formation professionnelle n’est pas regardée de haut comme cela arrive parfois au Canada [note du carnet : ainsi qu’au Québec, en France ou en Belgique]. Elle est, au contraire, très valorisée ; les deux tiers des jeunes se dirigent vers cette filière à la fin des études secondaires obligatoires. Résultat : un bassin de travailleurs formés pour répondre aux besoins des entreprises.

L’entreprise Bobst, à Lausanne, fabrique de l’équipement pour l’industrie de l’emballage. Près de 15 % de sa main-d’œuvre est composée d’apprentis, des jeunes qui sont en formation duale : ils passent trois jours par semaine à l’usine et deux à l’école où se donnent la formation théorique et la culture générale.



« On a l’avantage que ce qu’on ne comprend pas forcément en entreprise ou en cours, on a l’autre côté pour se rattraper », dit Jérémie Troyon. Le jeune homme de 17 ans travaille à l’obtention d’un certificat fédéral de formation (CFC) de polymécanicien. Son apprentissage durera quatre ans et lui donnera l’équivalent d’un diplôme d’études collégiales technique [« bac pro » en France].

Deux jeunes Suisses sur trois en formation professionnelle

Le choix de Jérémie est loin d’être exceptionnel. En Suisse, contrairement à chez nous, la formation professionnelle n’est pas une voie de garage. C’est plutôt la voie royale vers le marché du travail. Tellement, que près de 70 % des jeunes Suisses se dirigent vers cette filière à la fin du premier cycle du secondaire, à 14-15 ans en moyenne.

« C’est très fortement lié à la culture qu’on a en Suisse », soutient Markus Mosimann, responsable de la formation professionnelle chez Bobst.

La formule a ses avantages, d’abord pour les entreprises qui ont toujours à portée de main une main-d’œuvre qualifiée. Mais aussi pour les jeunes, particulièrement pour les garçons, qui ont souvent besoin d’action et de concret. « Continuer les études ne m’inspirait pas. J’en avais marre de rester sur une chaise d’école assis toute la journée. Du coup, je me suis orienté là-dedans, ça me convient bien », témoigne l’apprenti automaticien de 17 ans, Killian Rossier.

Un salaire pour étudier

Ce sont en partie les allers-retours constants entre la pratique et la théorie qui font le succès de la formation duale. Mais un autre des attraits est certainement le salaire qui est donné aux apprentis dès le début de leur formation : 1200 $ par mois en moyenne, un montant symbolique compte tenu du coût élevé de la vie en Suisse.

Peut-on parler de main-d’œuvre au rabais ? Pas vraiment, dit Markus Mosimann. « Un apprenti polymécanicien coûte sur les quatre ans plus ou moins 100 000 francs suisses (127 000 $). Donc, les deux premières années, il va surtout coûter parce que l’investissement au niveau formation est assez grand et après, en troisième et quatrième année, si on calcule un 60-70 % d’heures productives, il va couvrir ses frais. Donc, on peut peut-être dire que l’apprenti paye sa formation. »

Faible taux de chômage chez les jeunes

Une des réussites de la formation duale, c’est le taux de chômage chez les 15-24 ans qui est en Suisse beaucoup plus bas qu’ailleurs : 7 % contre 17 % en moyenne dans les pays de l’Union européenne.

La comparaison est sans pitié quand on regarde de plus près des pays comme l’Espagne ou la Grèce, où le taux de chômage des jeunes atteint des niveaux stratosphériques : respectivement 40 % et 46 %, et 23 % pour la France. Enfin, autre constat intéressant, la Suisse affiche un taux de décrochage scolaire très bas.

Un modèle envié à travers le monde

Le modèle semble si bien fonctionner qu’on vient de partout à travers le monde pour l’étudier. France, États américains, Inde, Sénégal : chaque année, une trentaine de délégations viennent ici pour tenter de percer le secret de la recette suisse.

« On essaie de mettre tout ce savoir à [la] disposition de partenaires à l’étranger où on contribue à des projets, soit de réforme nationale, soit de plus courtes formations », dit Mergim Jahiu, conseiller en relations internationales à l’Institut fédéral pour la formation professionnelle à Genève.

L’Institut a développé une véritable expertise en la matière. L’organisme assure la qualité et la pertinence des formations qui sont données. Il le fait en étroite collaboration avec le secteur privé.

Et la culture générale ?

Mais justement, à trop vouloir répondre aux desiderata des entreprises, est-ce que la formation de ces 70 % de jeunes Suisses dans la filière professionnelle ne met pas de côté trop tôt la culture générale ?

[Nous ne sommes pas sûrs de ce que cette question voudrait bien dire au Québec où la transmission de la culture générale à l’école est très superficielle et où l’on assiste souvent à l’école pour les matières non scientifiques à une rééducation politiquement correcte, voir Pas de classiques de la littérature, mais la lutte contre l’hétérosexisme en classe de français, d’anglais, d’histoire et de mathématiques.]

Markus Mosimann ne le croit pas. « L’apprentissage, ce n’est pas une lobotomisation de l’esprit. C’est assuré qu’il [l’apprenti] a droit à cette culture générale. Ce qu’il apprendra, c’est peut-être un peu de culture d’une entreprise. Mais je pense que de travailler dans les délais, d’avoir un peu de discipline dans son travail, c’est un bon apprentissage pour tout le monde. »

N’empêche, les parents des jeunes de 15 ans qui auront bientôt à choisir entre la voie professionnelle et la voie scolaire ont quelquefois des inquiétudes à cet égard. Pas étonnant, donc, que lors de soirées d’information données aux parents on insiste beaucoup sur cet aspect des choses. « En formation professionnelle, on forme aussi des citoyens par le biais de la culture générale », assure un directeur de centre de formation de la banlieue de Lausanne devant un parterre de près de 500 parents.

L’école-entreprise enseigne la responsabilité, la discipline et l’autonomie

Mais en recevant des jeunes qui ont tout juste 15 ans, l’entreprise doit faire plus que de leur transmettre un savoir-faire. Elle doit aussi leur enseigner un savoir-être. Elle devient éducatrice, en quelque sorte.

« À l’école obligatoire, ils étaient réprimandés pour des [gommes à mâcher] dans la bouche. Chez nous, on leur demande d’être autonomes, de devenir adulte. On les suit donc dans cette évolution avec les parents et l’école. Il y a les notes et puis, bien sûr, il y a les problèmes d’alcool ou de drogue, les chagrins d’amour, bref, toute la panoplie des problèmes de l’adolescence. On essaie d’avoir un dialogue ouvert et on trouve presque toujours une solution », affirme Markus Mosimann.

[...]

« Oui, l’apprentissage demande un investissement, mais même si je n’aime pas utiliser ce mot, c’est rentable. Ces jeunes arrivent chez nous motivés pour apprendre un métier. Ils ont une moyenne d’âge de 18 ans et ont plein d’idées en tête », dit Ana Soares, responsable de la gestion et du développement de l’apprentissage au CHUV.

Pousser tout le monde à l’université, c’est augmenter le chômage

D’origine française, Laure Bertin, formatrice au CHUV, vit et travaille en Suisse depuis une quinzaine d’années. Pour elle, le modèle suisse se compare avantageusement au modèle français. « On pousse tous les jeunes Français à faire l’université pour se retrouver la plupart du temps au chômage à la fin, raconte-t-elle. L’apprentissage est considéré comme une voie de garage pour ceux qui sont nuls à l’école. Mais ici, en Suisse, l’apprentissage, c’est un tremplin et ça leur permet de continuer des études et avoir un diplôme équivalent à celui qu’ils auraient obtenu à l’université. »

Le technique n’est pas une voie de garage, des passerelles existent

Dans son système de formation duale, la Suisse a mis au point un système de passerelles qui permet à ceux qui ont une formation professionnelle de continuer leurs études au niveau supérieur [comprendre : universitaire] s’ils en ont envie. On aime bien d’ailleurs donner l’exemple au CHUV du directeur des ressources humaines, qui a commencé comme laborantin en chimie et qui, de diplôme en diplôme, a obtenu un haut poste de direction.

Reportage audio : 17 minutes

Site de l’entreprise Bobst

vendredi 8 décembre 2017

Le numérique, quelles conséquences pour l’école ?

Existe-t-il une nouvelle école numérique qui se distingue réellement de l’« école d’avant », celle qu’incarne le maître et l’apprentissage des savoirs fondamentaux ?

À bien y réfléchir, la réponse ne va pas de soi. Il n’est pas certain que ce que l’on appelle banalement l’« école numérique » soit autre chose que du bricolage, car « l’entrée de l’école dans le monde numérique » semble surtout... impensée.

Michel Desmurget ne se contente pas de remettre en question notre époque, il cherche à éclairer « l’avenir numérique » de l’école et ses conséquences concrètes sur les processus d’apprentissages de nos chères têtes blondes, confrontées de plus en plus tôt et de plus en plus longtemps au monde envoûtant des écrans.




Lien du Mp3 Michel Desmurget-L’ecole et le numérique-14.12.2016.mp3

Enregistré le 14.XII.2016
Durée : 2 heures 16 minutes 43 secondes

Biographie

Né d’un père français et d’une mère allemande, Michel Desmurget est docteur en neurosciences et chargé de recherche au CNRS pour le centre de neuroscience cognitive de Lyon.

Il a vécu près de 8 ans aux États-Unis, travaillant pour le compte de plusieurs universités américaines, dont le MIT, l’université Emory et l’université de Californie à San Francisco. En 2011, il est directeur de recherche à l’INSERM. Il déclare « la science se construit sur les cendres du bon sens » lors de l’émission de France Inter La Tête au carré sur « Les Effets de la télévision » le 12 mai 2011.

mercredi 6 décembre 2017

Réforme aux États-Unis : les plans d'épargne-études 529 pourraient servir à payer l'école privée

Un plan 529 est un véhicule d’investissement fiscalement avantageux aux États-Unis conçu pour encourager l’épargne pour les futurs frais d’études supérieures d’un bénéficiaire désigné.

Il s’agit donc d’un plan d’épargne-études administré par l’État ou un établissement d’enseignement et conçu pour aider les familles à mettre des fonds de côté pour les coûts liés aux études postsecondaires. Les contributions au régime d’épargne-études se font après impôts, les paiements au bénéficiaire sont cependant exempts d’impôts. Bien que les contributions ne soient pas déductibles de l’impôt fédéral sur le revenu du donateur, de nombreux États accordent des déductions d’impôt sur le revenu pour tout ou partie des contributions du donateur. Au-delà des possibilités de déduction fiscale potentielle de l’État, l’un des principaux avantages du régime 529 est que le capital croît avec un report d’impôt et que les distributions pour les frais de scolarité du bénéficiaire sont exonérées d’impôt. Il est également possible d’utiliser l’argent accumulé dans ce régime d’épargne-étude à d’autres en payant l’impôt sur les gains en capital et une pénalité de 10 %.

Actuellement, ce régime d’épargne-études ne peut servir qu’à payer les frais de scolarité auprès d’établissements postsecondaires agréés.

La réforme fiscale qui doit être finalisée dans les semaines à venir prévoit d’élargir les circonstances dans lesquelles ce régime d’épargne-études pourra être utilisé. Les projets de loi du sénat et de l’assemblée prévoient tous deux le même élargissement, il est donc fort probable que ce texte sera approuvé « en conférence » et que le texte devienne loi plus tard cette année.

Le sénateur Ted Cruz a déclaré mercredi sur Fox News que le projet de loi fiscale incluait des dispositions sur le choix de l’école pour permettre aux parents de mieux décider de l’éducation de leurs enfants.

« Mon amendement étend le champ d’application du régime d’épargne-études 529 qui, pour l’instant, ne peut servir qu’à épargner pour aller à l’université [notes du carnet : et d’autres établissements postsecondaires agréés], désormais vous pourrez aussi dépenser votre plan 529 sur les frais de scolarité de la maternelle à la 12e année pour les écoles publiques, les écoles privées, les écoles religieuses et l’instruction et cela jusqu’à 10 000 $ par an et par enfant », de déclarer le sénateur texan Ted Cruz.

Comme le chroniqueur Ryan Ellis l’explique sur le site de Forbes : « Les parents peuvent commencer à épargner dès la naissance d’un enfant pour l’école privée ou paroissiale, ou pour les dépenses d’éducation à la maison, dans un plan 529. Cet argent peut croître en franchise d’impôt pendant des années pour payer des choses comme l’école Montessori, l’école secondaire catholique ou les réseaux d’enseignement à domicile. Avec une composante déductible de l’impôt dans la plupart des États, les parents obtiendront un avantage fiscal immédiat, puis un allégement fiscal supplémentaire sous la forme de gains en capital libres d’impôt. »

Le projet de loi fiscale du Sénat a déjà abaissé les taux d’imposition dans de nombreuses tranches et a doublé le crédit d’impôt pour enfants à 2 000 $. L’expansion du régime d’épargne-études 529 aux écoles privées, religieuses et à l’instruction à domicile est un autre fait saillant de ce projet de loi pour Brian Birch de Catholic Vote.

Pour Brian Birch, il s’agit là d’une « excellente première étape pour aider les parents qui paient l’éducation de leurs enfants deux fois : une fois quand ils s’acquittent de leurs impôts fonciers pour leurs écoles publiques locales et une seconde fois pour leur école catholique ou l’école à la maison » de leurs enfants.





Baisse continue du nombre de naissances au Québec (m-à-j)

Mise à jour du 6 décembre 2017

Les mauvais chiffres se confirment. Le nombre de naissances des neuf premiers mois de 2017 est le plus bas depuis dix ans (2007) alors que l’immigration a été la principale cause d’une augmentation de 9 % de la population pendant cette période passant de 7 692 736 âmes en 2007 à 8 394 034 en 2017. Si le dernier trimestre est à l’aune des neuf premiers mois, la natalité et la fécondité québécoises en 2017 risquent donc d’être plus basses qu’en 2016. L’indice synthétique de fécondité devrait être proche de 1,55 enfant/femme, malgré les sommes énormes investies dans les garderies syndicalisées (CPE).



Mise à jour du 7 septembre 2017
Les mauvais chiffres se confirment. Le nombre de naissances des six premiers mois de 2017 est le plus bas depuis dix ans (2007) alors que l’immigration a été la principale cause d’une augmentation de 10 % de la population pendant cette période. Le nombre de décès est également en forte hausse par rapport à 2008.






Mise à jour de 2 août 2017

Les chiffres provisoires des cinq premiers mois sont désormais disponibles. Ils ne sont pas bons du tout. Il n’y a jamais eu aussi peu de naissances au Québec depuis 2007 pendant les cinq premiers mois de l’année alors que la population y a crû d’un peu moins de 10 % (très majoritairement à cause de l’immigration) !






Billet originel du 10 juillet 2017 

Nous l’avons déjà vu, l’indice de fécondité des Québécois est en baisse depuis 7 ans. Il est passé de 1,73 enfant/femme en 2009 à 1,59 enfant/femme en 2016. On estime qu’il faut 2,1 enfants/femme pour remplacer les générations. Taux que le Québec n’a plus atteint depuis 1970.

Le taux de fécondité du Japon que l’on cite souvent comme catastrophique est actuellement de 1,46 enfant/femme. Le taux de fécondité du Canada est dans l’ensemble le même que celui du Québec, en dépit de l’absence de politique très dispendieuse d’aide aux frais de garde des jeunes enfants au Canada. [Voir Démographie : même taux de natalité au Canada qu’au Québec, sans « politique familiale »]

Aucun parti politique ne semble se préoccuper de ce taux de fécondité anémique qui augure mal pour la survie du peuple francophone québécois. Tous pensent que l’immigration comblera le manque de naissances. Les difficultés d’intégration économique (le chômage est plus important parmi les minorités ethniques), linguistique, culturelle et religieuse dans la société québécoise ne semblent pas préoccuper les politiciens outre mesure. Certains partis semblent même surtout voir dans cette immigration nombreuse de futurs consommateurs et électeurs fédéralistes.

Les chiffres prévisionnels des naissances pour les quatre premiers mois de 2017 sont sortis et ils ne sont pas bons. Il n’y a jamais eu aussi peu de naissances au Québec depuis 2007 alors que la population y a cru d’un peu moins de 10 % (très majoritairement à cause de l’immigration).





Les décès sont également en hausse depuis 10 ans (+ 15 %) bien que l’augmentation de ceux-ci soit plus irrégulière.





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Soutenons les familles dans leurs combats juridiques (reçu fiscal pour tout don supérieur à 50 $)

mardi 5 décembre 2017

Lecture des élèves à 10 ans, bons résultats du Québec, pour les rares participants

Selon une étude comparative de 50 pays publiée mardi, la capacité de lecture des enfants âgés de 9 à 10 ans a diminué aux États-Unis, au Canada, en France et dans plusieurs autres pays développés.

Dix pays ont enregistré des résultats inférieurs à ceux d’il y a cinq ans dans l’évaluation PIRLS (Programme de recherche en lecture scolaire) des élèves en quatrième année de scolarité, à savoir la Belgique, le Canada, le Danemark, la France, l’Iran, Israël, Malte, la Nouvelle-Zélande et les États-Unis.

Dix-huit pays, y compris l’Angleterre, la Russie et le Qatar ont apporté des améliorations.

Les notes moyennes en lecture sont présentées sur l’échelle du PIRLS qui s’étend de 0 à 1000. La moyenne internationale est établie à 500, avec un écart-type de 100. Cette moyenne a été établie en 2001. Ce repère demeure le même d’une année à l’autre.

La Russie et Singapour sont respectivement en tête avec 581 et 576 points dans l’étude portant sur la capacité de compréhension de l’écrit par 319 000 enfants. La région moscovite a également participé à l’épreuve à titre autonome, comme le Québec le fait au sein du Canada. Les jeunes élèves de Moscou ont obtenu les meilleurs résultats de toutes les entités participantes.

Les élèves de 4e année du Canada affichent en lecture un score de 543 points, nettement supérieur à la médiane internationale de 500. Il s’agit toutefois d’une baisse de 5 points par rapport à 2011, une différence statistiquement significative. Le résultat des élèves du Québec sont en hausse passant de 538 à 547. L’ennui c’est que le Québec n’a pas satisfait les critères de participation (voir ci-dessous) ce qui tend à rendre ces résultats suspects.

L’Égypte a obtenu 330 points, tandis que l’Afrique du Sud a terminé au dernier rang avec 320 points.

Les filles ont surpassé les garçons dans 48 pays, avec une différence moyenne de 19 points, et ont obtenu le même résultat dans deux pays : le Portugal et Macao.

L’aptitude à la compréhension de l’écrit des garçons était particulièrement en retard sur celles des filles dans les pays à majorité musulmane tels que l’Arabie Saoudite, Oman et l’Iran, mais l’écart était également important dans l’Afrique du Sud laïque.

L’enquête PIRLS réalisée par l’IEA, un organisme sans but lucratif situé aux Pays-Bas, est la quatrième du genre depuis 2001.

Il contient des informations comparatives sur le temps et les ressources consacrés à l’enseignement de la lecture, mais ne tire pas de conclusions ou ne fait pas de suggestions sur la façon dont les pays pourraient s’améliorer.

Parmi les résultats de l’étude :

  •  Le niveau de lecture chez les élèves français de quatrième année — qui ont obtenu 511 points dans l’étude 2016 pour prendre la 34e place sur 50, derrière le Kazakhstan — diminue régulièrement depuis la première étude PIRLS en 2001.
  • Les capacités de lecture des jeunes francophones de Belgique ont régressé au cours des cinq dernières années, plaçant la Fédération Wallonie-Bruxelles en dernière place de l’Union européenne et des pays développés, selon les résultats du Programme international d’évaluation des compétences en lecture (PIRLS 2016).
  • Le Maroc a obtenu une note de 358, se plaçant ainsi à l’antépénultième place dans le classement.
  • En Afrique du Sud, qui était le seul pays subsaharien à participer, les filles ont gagné six points entre 2011 et 2016, alors que les garçons ont perdu 12 points.
  • En Iran, les niveaux de lecture entre les deux sexes ont fortement augmenté entre 2006 et 2011 pour chuter au cours des cinq dernières années. La note moyenne des garçons a chuté de 41 points entre 2011 et 2016, comparativement à 15 points pour les filles.
  • Aux États-Unis, 98 % des étudiants avaient accès à une bibliothèque scolaire alors que seuls 14 % des élèves de 4e année en Égypte y avaient accès.

(Le chiffre entre parenthèses est l’erreur type)

Les résultats du Québec et le faible taux de participation de ses écoles

Année Québec
Résultat
Québec
Résultats selon le sexe
Canada Résultat Québec Rang parmi les pays participants
Filles Garçons 
2001 537 544 530 S/O 11e rang sur 35 pays participants
2006 533 539 527 S/O 18e rang sur 40 pays participants
2011 538 544 531 548 20e rang sur 45 pays participants
2016 547543  20e rang sur 59 participants

Les élèves québécois ont donc obtenu un résultat légèrement plus élevé en 2016 qu’aux enquêtes précédentes et se classent au 20e rang parmi les 59 participants.

Les bons résultats du Québec sont, toutefois, grevés de faiblesses dans l’échantillonnage et d’une très faible participation des écoles : seules 36 % des écoles choisies au hasard ont participé à l’enquête, ce taux monte après le remplacement (aléatoire) de ces écoles dont le directeur refusait de participer à l’enquête PIRLS. Ce faible taux de participation aux enquêtes internationales n’est pas neuf au Québec. C’est ainsi que le taux de participation au Québec a toujours été inférieur aux critères à l’enquête PISA (qui avoisine autour de 85 % de participation) : 74 % en 2006, 69 % en 2009, 75,6 % en 2012, 52 % en 2015. L’effondrement de la participation ces dernières années s’explique en partie par le boycottage du PISA par plusieurs écoles publiques. Leur absence a eu pour effet d’augmenter la proportion d’élèves du privé, qui ont gonflé les résultats avec leurs meilleures notes. Ce boycottage a été lancé par la Fédération québécoise des directeurs d’établissement pour protester contre le gouvernement Couillard dans leur bataille salariale.


Mais les directeurs d’école ne sont pas les seuls à mettre les bâtons dans les roues de ces enquêtes. Si, année après année, le taux de participation du Québec aux enquêtes internationales est si bas, c’est qu’il faut un consentement parental pour que les jeunes puissent participer. Personne ne fait ça ailleurs. Selon l’éditorialiste Alain Dubuc : « Ce sont le plus souvent les parents moins éduqués, plus méfiants du système, qui refusent que leurs enfants participent, comme pour le recensement. »

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Les résultats des élèves au PISA remis en question

TIMSS 2015 : le Québec s’en sort bien en maths, les garçons encore mieux mais faible participation québécoise

PISA 2015 — Les bonnes notes du Québec remises en question pour cause de faible participation


Insister sur Pythagore et π perpétuerait le « privilège immérité » des Blancs

Une professeure d’éducation mathématique à l’Université de l’Illinois a soutenu dans un livre paru récemment que les compétences algébriques et géométriques perpétuent le « privilège immérité » parmi les blancs.

Dans cet ouvrage collectif intitulé Soutenir des pratiques scientifiques en méthodes mathématiques, Mme Gutierrez soutient que l’accent en mathématiques mis sur le théorème de Pythagore et le nombre pi (π) alimente l’idée que les mathématiques ont été inventées par les Grecs et les Européens.

Rochelle Gutierrez, professeure à l’Université de l’Illinois, a fait cette demande dans une nouvelle anthologie pour les professeurs de mathématiques, affirmant que les enseignants doivent être conscients de la « politique que les mathématiques apportent » dans la société.

« À de nombreux niveaux, les mathématiques fonctionnent comme la blancheur. Ceux à qui revient le mérite d’avoir inventé et développé les mathématiques, ceux qui ont la bosse des maths et qui sont considérés comme faisant partie de la communauté mathématique sont généralement considérés comme blancs », de soutenir Gutierrez.

Les mathématiques aident également à perpétuer activement le privilège blanc, puisque la façon dont notre économie accorde une grande importance aux compétences en mathématiques confère aux maths une forme de « privilège immérité » pour les professeurs de mathématiques, qui sont d’un blanc disproportionné.

« Sommes-nous vraiment si intelligents parce que nous faisons des mathématiques ? » Demande-t-elle, se demandant en outre pourquoi les professeurs de mathématiques obtiennent plus de bourses de recherche que les professeurs de « sciences sociales ou d’anglais ».

En outre, elle s’inquiète aussi que les évaluations des compétences en mathématiques puissent perpétuer la discrimination contre les minorités, surtout si elles font pire que leurs homologues blancs.

« Si l’on n’est pas considéré comme mathématique, il y aura toujours un sentiment d’infériorité qui peut être invoqué », dit-elle, ajoutant qu’il y a tellement de minorités qui « ont vécu des microagressions en participant à des cours de maths… par si elles peuvent raisonner abstraitement. »

Pour lutter contre cela, Gutierrez encourage les futurs enseignants de mathématiques à développer un sens de « conocimiento politique », une expression espagnole voulant dire « connaissance politique ».

Gutierrez souligne que toute connaissance est « relationnelle », affirmant que « les choses ne peuvent pas être connues objectivement ; ils doivent être connus subjectivement. »

Campus Reform et The Independent ont contacté Gutierrez pour commentaire, mais n’ont pas reçu de réponse selon leurs articles.


Un Québec moins français et moins scolarisé...

Extrait d’une récente chronique de Mario Dumont 

Les chiffres de Statistique Canada sur le recul du français dans les milieux de travail ont meublé les débats politiques toute la semaine. La langue demeure un sujet explosif au Québec, surtout une semaine après la controverse Adidas. [...]

Cependant, se pourrait-il que nous ayons laissé échapper une autre statistique encore plus fondamentale diffusée le même jour ? Cette nouvelle bruyante sur la langue au travail a en effet fait oublier les données de Statistique Canada sur la scolarisation.

Les Québécois sont, encore en 2017, moins scolarisés que la moyenne canadienne. À tous les niveaux. Personnellement, je trouve ces données encore plus inquiétantes. Et je rejette l’explication boiteuse voulant que ce soit la forte proportion d’immigrants bien éduqués à Toronto qui fasse mal paraître le Québec.

Un échec

Le retard que nous constatons devrait nous atteindre droit au cœur. Le rapport Parent sur l’éducation avait établi pour le Québec un objectif de société : faire le rattrapage en matière d’éducation par rapport au reste du Canada. Bien sûr, nous partions de loin. Le Québec était au début des années 1960 une société en retard du point de vue scolarité. Un sérieux rattrapage fut réalisé.

[Mario Dumont se laisse un peu vite emporter par le mythe de la Révolution tranquille... C'est ainsi qu'en réalité, le Québec a connu une baisse relative du nombre de diplômés universitaire par rapport à l’Ontario après la prétendue Grande Noirceur !

Comme l’a montré Vincent Geloso, au chapitre de l’éducation supérieure par exemple, pour chaque tranche de 100 Ontariens qui possédaient un diplôme universitaire, seuls 71 Québécois en détenaient un en 1951. Dix ans de censée « Grande noirceur » plus tard, cette proportion était passée à 85 !

Par contre, durant ce que l’on nomme la « Révolution tranquille » (les années soixante), le Québec recommence à perdre du terrain et ce chiffre baisse à 78 en 1981. Les plus récentes données disponibles indiquent que ce taux est maintenant de 80. Un recul similaire a été observé par rapport au reste du Canada.

Alors que le Québec avait connu un déclin relatif par rapport au reste du Canada avant la Seconde Guerre mondiale, le contraire est survenu lorsque la guerre a pris fin. Les Québécois francophones ont abandonné les occupations rurales et se sont dirigés massivement vers des occupations administratives, professionnelles, et vers d’autres emplois dans le secteur des services, dont les salaires étaient semblables à ceux observés à Toronto. Même les ouvriers non spécialisés occupant des emplois dans le secteur manufacturier ont vu leurs salaires augmenter légèrement plus vite qu’à Toronto entre 1946 et 1960.

En fait, loin de connaître le déclin relatif et le retard croissant suggérés dans les livres d’histoire, le Québec a plutôt vécu un grand mouvement de rattrapage économique et social avec le reste du Canada durant cette période, en particulier en ce qui a trait à l’épargne et à l’investissement, à l’éducation et au niveau de vie en général.

Le Québec a connu un grand rattrapage scolaire bien avant 1960 !
École québécoise neuve construite pendant la prétendue Grande Noirceur. Région de Lanaudière, années 1950.

En bref, la situation relative du Québec au sein du Canada s’est améliorée à un rythme soutenu durant les deux périodes (la Grande Noirceur [1944-1960] et la Révolution tranquille [post-1960]), mais la plupart des gains en termes de résultats éducationnels et de niveau de vie ont été réalisés avant 1960, et non après. C’est le contraire de ce que des générations d’étudiants ont appris dans les cours d’histoire, et de ce que les termes « Grande Noirceur » et « Révolution tranquille » sont censés signifier.

Autre mythe sur la Réforme Parent : Ministre Proulx : « le ministère de l’Éducation créé pour s’assurer que tous aient accès à l’école »

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Cependant, le retard historique n’explique plus rien. Les données de Statistique Canada concernent les gens en âge de travailler. Dans cette catégorie d’âge, tout le monde a pu profiter des fruits de la réforme Parent [Note du carnet : en fait du rattrapage amorcé bien avant...]. S’il reste une raison historique, ce n’est qu’une mentalité moins portée vers l’éducation au Québec, en particulier chez les francophones.

Les Québécois francophones accordent-ils à l’éducation l’importance cruciale qu’elle mérite ? Le fier Jacques Parizeau s’attristait des écarts entre francophones et anglophones à l’école. Au Canada anglais, les parents sont plus engagés dans le vécu de l’école, qui est davantage une affaire de communauté concernant chacun. Les dons aux fondations liées à l’éducation y sont bien plus élevés aussi.

Souffrir encore en 2017 d’un retard de scolarisation au Québec doit être nommément désigné comme un échec et appeler un redressement. Les excuses historiques doivent désormais être envoyées aux oubliettes et remplacées par un appel à la mobilisation. Il y a de l’espoir : jamais les partis politiques québécois n’ont exprimé une telle unanimité dans la priorité à accorder à l’éducation. Il reste à voir les résultats.

Prospérité en français !

Données sur la langue et données sur l’éducation, j’établis un lien direct entre les deux thèmes. Les constats sur la langue auront beau montrer des signes inquiétants, il y a une limite en 2017 à ce qui peut être imposé. Oui, la loi 101 doit être appliquée, mais elle n’imposera pas tout à tout le monde tout le temps.

Une langue qui s’impose, c’est celle d’un peuple fort. En ce sens, le Québec devrait viser rien de moins que d’être plus scolarisé que la moyenne canadienne. Un peuple éduqué, prospère, gagnant aura plus de facilité à convaincre les nouveaux arrivants à adopter sa langue.

Y a-t-il vraiment une pénurie énorme de travailleurs au Québec ?

Selon le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, il y aurait plus d’un million d’emplois à pourvoir d’ici 2024. C’est ce que M. Couillard a déclaré à l’ouverture du Forum sur la valorisation de la diversité et la lutte contre la discrimination, mardi à Québec. Il s’agit donc, pour le Premier ministre libéral, d’expliquer sa politique d’immigration « très généreuse » critiquée, notamment, par la Coalition avenir Québec (CAQ) qui considère plutôt qu’il faut limiter (timidement) le nombre d’immigrants afin de mieux les intégrer. La CAQ entend ainsi abaisser à 40.000 le nombre d'immigrants admis par le Québec tout en maintenant les sommes actuellement allouées pour l'intégration des quelques immigrants accueillis chaque année au Québec.

Plus d’un million d’emplois, 1 372 200 pour être plus précis, seraient à pourvoir dans la province d’ici 2024, a affirmé M. Couillard, en ajoutant avoir entendu le « cri de détresse » des entreprises.

Mais est-ce vrai ? Dans quelle mesure ces postes seraient-ils automatisables ou seront-ils de toute façon automatisés par les entreprises pour rester compétitives ? Le Japon se refuse à toute immigration de masse et préfère l’automatisation, ce serait le pays avec le plus de robots par travailleur. Dans quelle mesure ces emplois qui ne trouvent pas preneurs (Radio-Canada nous a récemment parlé de plus de 1000 postes de camionneurs non pourvus) sont simplement mal connus, devenus peu attrayants car mal rémunérés ou de plus en plus contraignants ? Il existe également des préjugés défavorables envers les métiers manuels, les bons éléments étant orientés vers les emplois de bureau qui ne seront pas nécessairement mieux payés que s’ils avaient choisi une carrière de travailleurs manuels qualifiés. Une meilleure orientation professionnelle peut remédier, ne fût-ce que partiellement, à ces pénuries.

Est-il judicieux de faire venir des centaines de milliers d’immigrants dans les années à venir, alors qu’on prévoit que l’intelligence artificielle pourrait supprimer de nombreux emplois (tant cols blancs que cols bleus). En France, d’ici 2030, 21 % des travailleurs pourraient être remplacés par des robots.



Guillaume Marois, démographe et chercheur à l’International Institute for Applied Systems Analysis, s’est également penché sur cette question de la pénurie catastrophique de main-d’œuvre qui nous menacerait que d’aucuns prédisent depuis quelques années (prédictions catastrophistes qui ne sont pas toujours dénuées d’arrière-pensées politiques) :

Nous vivons dans une bien drôle d’époque. L’un des principaux maux affectant le Québec serait cette fameuse pénurie de main-d’œuvre, pénurie qui prendrait de l’ampleur dans les prochaines décennies en raison du vieillissement de la population.

Malheur, il y aurait trop d’emplois au Québec ! Car c’est bien le sens du concept : pour qu’il y ait pénurie, il faudrait que la demande de main-d’œuvre, c’est-à-dire le nombre d’emplois disponibles, dépasse l’offre, c’est-à-dire le nombre de travailleurs. À peu près l’ensemble de la classe politique cherche à répondre d’une manière ou d’une autre à ce « problème ». Mais en est-ce vraiment un ? D’ailleurs, ne voyez-vous pas le paradoxe ? En même temps que le gouvernement cherche à répondre à cette « pénurie de main-d’œuvre », il se targue, lors d’annonces, de création d’emplois... qui contribueraient pourtant à amplifier cette pénurie.

Quelle pénurie de main-d’œuvre ?

Le raisonnement est en apparence limpide : les baby-boomers prennent progressivement leur retraite, entraînant à court et à moyen terme un déclin de la population en âge de travailler. Le nombre de travailleurs diminuant, la pénurie de main-d’œuvre est inévitable.

Or, on semble oublier un détail important : la demande de main-d’œuvre n’est pas indépendante de l’offre. En effet, s’il y a déclin de la population active, il y aura aussi moins de consommateurs, donc moins de demandes pour divers produits et, en fin de compte, moins de besoins en main-d’œuvre. D’ailleurs, il n’a jamais été démontré scientifiquement qu’il y a ou qu’il y aura une pénurie de main-d’œuvre générée par le vieillissement de la population.

Mais peu importe les faits, la catastrophe était annoncée dès 2009 : il y aurait eu alors 700 000 emplois à combler pour 2012. Cette impressionnante anticipation a par ailleurs été revue régulièrement à la hausse et elle atteint aujourd’hui 1,4 million pour 2024. Or, même si, à environ 6 %, le taux de chômage au Québec est aujourd’hui relativement bas, nous sommes encore loin du plein emploi.

De fait, les enquêtes de Statistique Canada montrent qu’il y a, selon la conjoncture, environ 65 000 postes vacants pour 270 000 chômeurs, un ratio de quatre chômeurs par poste vacant. Manque de main-d’œuvre et surplus de chômeurs ?

Mais les employeurs peinent à recruter !

Possible, mais les difficultés de recrutement ne trouvent pas nécessairement leur source dans un manque de main-d’œuvre disponible, en termes quantitatifs. D’autres explications plus plausibles s’offrent à nous, comme l’inadéquation entre le marché et les conditions de travail offertes. Si le salaire que l’employeur est prêt à offrir se trouve nettement sous les attentes des travailleurs, il n’est pas étonnant que le recrutement soit difficile. Pensons notamment à ces pauvres restaurateurs qui peinent à recruter de la main-d’œuvre, tout en offrant des salaires dérisoires et des horaires de travail non traditionnels (et exigeant probablement, de surcroît, le bilinguisme). Et si une entreprise n’est pas rentable en offrant les salaires du marché, il se peut que son modèle d’affaires soit à revoir...

Il est vrai que certaines entreprises qui offrent des conditions de travail compétitives peinent tout de même à pourvoir certains postes aux profils très particuliers. Mais encore une fois, on ne peut pour autant parler de pénurie généralisée de main-d’œuvre.

Il s’agit plutôt d’une inadéquation locale entre le profil des travailleurs et celui recherché par les employeurs, qui se corrige en travaillant sur la formation (que les entreprises peuvent en partie assumer elles-mêmes). En somme, c’est un enjeu qualitatif plutôt que quantitatif, une affaire de formation et de qualification plutôt que de nombres.

Et s’il y avait réellement une pénurie généralisée de main-d’œuvre ?

Serait-ce là un problème qui mériterait toute l’attention de nos politiciens ? Sans doute, certaines entreprises ne pourraient pas atteindre la croissance désirée, ce qui déplairait à leurs actionnaires. Mais du point de vue des travailleurs, une pénurie généralisée inverserait le rapport de force avec le patronat et leur donnerait pour une rare fois dans l’histoire récente le gros bout du bâton pour négocier leurs conditions de travail.

Dans un contexte où les jeunes sont encore souvent en situation de précarité d’emploi, où les revenus des classes moyennes et pauvres stagnent, voire régressent, et que ceux des très riches augmentent, où les immigrants vivent encore un chômage démesuré alors que les employeurs qui ont activement milité pour les faire venir peuvent paradoxalement se permettre de les discriminer, il est difficile d’imaginer qu’un retour du balancier favorisant les travailleurs serait une mauvaise chose.