mercredi 7 décembre 2016

Brève : tout semble indiquer que la natalité au Québec baissera encore légèrement en 2016

D’après les statistiques préliminaires de l’Institut de la statistique du Québec, il est une nouvelle fois né un peu moins d’enfants au Québec pendant les 9 premiers mois de 2016 par rapport aux sept années précédentes. Ceci alors que la population du Québec a continuellement crû et qu’il y a en 2016 environ un demi-million de personnes de plus au Québec par rapport à 2009.

Tout semble donc indiquer que la natalité au Québec en 2016 connaîtra, à moins d'une sursaut tardif, une nouvelle légère baisse ou restera au mieux stationnaire. Si la tendance se maintient, le taux de natalité devrait être de 10,4 naissances pour mille habitants (10,4 ‰) en 2016 alors qu’il était de 10,5 ‰ l’année passée et encore de 11,3 % en 2009. Il ne s’agit bien sûr que de prédictions, on en saura plus au mois d'avril quand les chiffres complets de 2016 seront publiés, mais le lent déclin démographique du Québec semble bien se confirmer malgré les énormes sommes d’argent investies dans ce que le gouvernement nomme sa politique familiale.



Source : Institut de la statistique du Québec



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Québec — « Le désastre de l'euthanasie »

Lettre ouverte de Nicholas Newman, chirurgien à Montréal et 35 autres médecins :

Contrairement à ce qu’on peut laisser entendre, la vaste majorité des médecins s’y oppose toujours.

Au début du mois de novembre, les médecins d’un hôpital de Montréal ont reçu une lettre de la Direction des services professionnels, dans laquelle on leur faisait part du « besoin de médecins supplémentaires pour l’aide médicale à mourir ».

Déjà, le ton amical de la lettre pour solliciter « l’aide » des médecins réfractaires à l’euthanasie tranchait nettement avec le discours politique des derniers mois. Cependant, le timbre suppliant de la lettre a surtout dévoilé l’inexactitude de nombreuses idées reçues en démontrant avec clarté le désastre causé par l’euthanasie au Québec.

Tout d’abord, la direction avoue, dans sa lettre, qu’il n’y a que « quelques médecins ayant donné leur accord de participation à ce processus », alors que l’idée populaire attribue le refus de participer à un groupe minoritaire seulement. Nous pouvons donc conclure que, dans les faits, la réalité est exactement à l’opposé de ce préjugé : la vaste majorité des médecins s’oppose toujours à toute participation à l’euthanasie.

Incidemment, quand il a été question de « mater les médecins réfractaires », nous savons désormais qu’il s’agissait là d’une menace faite à la majorité des médecins…

Ensuite, nous voyons apparaître dans la lettre les conséquences d’une année d’euthanasie au Québec, alors que le discours politique nous assure encore que tout va « très, très, très bien ». Pendant cette première année, l’accent a été mis essentiellement sur l’accessibilité à cette mesure exceptionnelle pour des cas exceptionnels.

Or, le résultat (prévisible) d’une telle approche nous place maintenant devant un déferlement croissant d’euthanasies — utilisées « de plus en plus régulièrement dans nos milieux » pour reprendre les mots de la lettre. Paradoxalement, la solution envisagée par la direction pour remédier à ce comportement irresponsable impliquerait la participation des médecins « réfractaires ».

Finalement, la lettre nous rappelle que l’euthanasie ne sera jamais un geste banal, bien que beaucoup d’efforts soient déployés pour en faire une « procédure » socialement acceptable. En rappelant que « le groupe interdisciplinaire de soutien (GIS) vous assure son support dans le processus », la direction montre bien que la véritable exception dans ce geste faussement qualifié de « soin » réside dans la gravité de son impact sur le médecin qui le pratique.

En conclusion, nous, les médecins soussignés, tenons à réaffirmer que nous ne participerons pas à ce drame social qui ne fait qu’ajouter de la souffrance à la souffrance. Nous sommes toujours d’avis que la réponse passe par des soins de qualité, par un plus large accès à des soins palliatifs et par un accompagnement humain, respectueux de la personne.

Avec le soutien des signataires suivants :

Évelyne Huglo, MD, médecin de famille, Montréal ; Richard Haber, MD, professeur associé de pédiatrie, MUHC ; Michel Brouillard, MD, médecine générale, Rouyn-Noranda ; Tommy Aumond-Beaupré, MD, médecin de famille, Montréal ; Jean-Pierre Beauchef, MD, endocrinologie, Greenfield Park ; Mark Basik, MD, chirurgie générale, Montréal ; Jacques R Rouleau, MD, CSPQ, FRCPC, FACC, cardiologue, Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec, Université Laval ; Mathieu Gazdovich, MD, médecin de famille, Montréal ; Liette Pilon, MD, médecin de famille, Montréal et Rive-Sud de Montréal ; Renata Sava, MD, médecin de famille, Montréal ; Simon Wing, MD, endocrinologie, Montréal ; Catherine Ferrier, MD, médecin de famille, Montréal ; Michel R. Morissette, MD, médecin retraité ; Dr Nathalie de Grandpré, MD, médecin de famille, Montréal ; Melanie Ghobril, résidente médecine familiale, Université de Montréal ; Marie Jetté-Grenier, MD à la retraite ; Guy Bouchard, MD, omnipraticien et médecine du travail, retraité ; Odile Michaud, MD, médecine familiale, Otterburn Park ; José A. Morais, MD, FRCPC, gériatrie, Montréal ; Abdallah Dallal, MD, psychiatre, Hôtel-Dieu de Saint-Jérôme ; Sonia Calouche, MD, psychiatre, Saint-Eustache ; Bernard H. Doray, MD, pédiatre retraité ; Michel Masson, MD, pédiatre retraité, Québec ; Judith Trudeau, MD, rhumatologue, Lévis ; Céline Devaux, MD, hémato-oncologue, hôpital Charles-LeMoyne ; Pierrette Girard, MD, orthopédiste, clinique médicale McDermot ; Louis Martel, MD, médecin de famille, Trois-Rivières ; Ibrahim Mohamed, MD, pédiatre-néonatalogiste à l’hôpital Sainte-Justine, Montréal ; Jacques Beaudoin, MD, cardiologie, Québec ; Julien Marc-Aurèle, MD à la retraite ; Katia Khoukaz, MD, médecin de famille, Montréal ; Daniel Viens, MD, médecine interne, Drummondville ; Louis Morissette, MD, FRCP ; Rosaire Vaillancourt, MD, FRCSC, chirurgien thoracique, IUCPQ, Québec ; Suzanne Labelle, MD, médecine de famille, Laval.


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Le Conseil du statut de la femme, déconnecté : « Du chemin à faire pour l'égalité des sexes en milieu scolaire »

La société d’État d'information (la SRC) publie sans aucune distance critique :

Le Conseil du statut de la femme propose 10 recommandations pour promouvoir l’égalité entre les sexes dans le milieu scolaire en intégrant par exemple davantage les femmes dans les manuels d’histoire et en formant les futurs enseignants sur les notions d’égalité.

Bref de l’idéologie féministe surannée mise en œuvre grâce à vos impôts, année après année.

Rappel de la réalité : les garçons peinent à l’école québécoise, la profession d’enseignante (ainsi que la fonction publique en générale) est massivement féminine. Voilà des pistes plus porteuses de « lutte » pour « l’égalité des sexes en milieu scolaire » : augmentons le résultat des garçons et luttons contre le stéréotype de la femme qui bénéficie d’un bon salaire avec une sécurité d’emploi de fonctionnaire : masculinisons la fonction publique et l’enseignement...

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Conférence de Mathieu Bock-Côté sur son livre « Le multiculturalisme comme religion politique »



Courte conférence par Mathieu Bock-Côté, sociologue, enseignant et essayiste, sur son nouveau livre Le multiculturalisme comme religion politique, à l’occasion de la fête du livre organisée à Villepreux le dimanche 4 décembre 2016.

Jean-Pierre Maugendre clôt l’intervention de Mathieu Bock-Côté par un éloge et une citation latine un peu détournée (Asinus asinum fricat) quand il prévient ceux qui voudraient acheter le livre du sociologue québécois que sa table se trouve à côté de celle de Michel de Jaeghere. Ni Bock-Côté, ni le directeur de rédaction du Figaro Histoire n’est un asinus... Bien au contraire.

Nous recommandons vivement la lecture du livre Le multiculturalisme comme religion politique pour comprendre les fondements de l’idéologie qui sape la cohésion de nos sociétés. Par certains aspects M. Bock-Côté est parfois plus un philosophe des idées politiques qu’un sociologue ; ce qui est une bonne chose quand vient le temps d’analyser (avec force références) la religion politique qui domine nos sociétés occidentales.

Cette religion politique mise en œuvre par l’école (cours d’ECR, d’histoire et même de français) et les tribunaux (voir ici pour la fonction de prêtres des juges) est renforcée par une immigration très importante et différente de celles du passé qui renforce cette idéologie. En effet, non seulement l’idéologie de nos sociétés a-t-elle changé, mais la nature de l’immigration a, elle aussi, en grande partie changé. Elle est de moins en moins occidentale et chrétienne. Dans le cas de l’islam, elle ne veut souvent pas s’intégrer (considérant sa religion et sa civilisation supérieures), elle ne s’est d’ailleurs jamais vraiment intégrée, même lorsque l’idéologie dominante était celle de l’intégration. Comme nous l’avait confié un jour un commerçant clairvoyant : « Avant les choses étaient simples au Québec, il y avait les Anglais et les Français... »

Le multiculturalisme et ses succédanés, l’interculturalisme et pluralisme normatif, doivent être combattus, notamment pour des raisons philosophiques : à quel Autre particulier (et non abstrait) faut-il s’ouvrir et pourquoi ? En quoi le multiculturalisme assure-t-il plus le vivre-ensemble que l’assimilation pure et simple ? Comment peut-on dire que toutes les cultures, civilisations ou religions se valent tout en affirmant qu’une culture bigarrée et métissée (issue de l’immigration) serait supérieure à la culture trop pure de la majorité  ?

Mais il n’est pas certain que la fin du multiculturalisme sera suffisante pour que le Québec intègre culturellement et politiquement les immigrés. Pour que leur vote aux élections se distribue comme celui des francophones de souche, par exemple. Se débarrasser du multiculturalisme est sans doute une condition nécessaire, mais non suffisante au moins à Montréal et à notre époque de la mondialisation du travail et des médias. Les immigrants non francophones de naissance seront toujours plus intéressés (voire fascinés) par l’anglais, langue continentale ou même impériale, que par le français.

Hier encore, Radio Canada tentait de nous convaincre de la réussite de l’intégration des réfugiés syriens en allant à Granby, dans une ville très majoritairement francophone donc plus susceptible d’intégrer au fait français. Voir « Le parrainage des réfugiés syriens, un véritable succès d’intégration ». L’accueil des réfugiés est généreux (donc coûteux), mais le résultat de cette famille que la société d’État veut exemplaire est peu probant : après un an, aucun des parents ne peut s’exprimer en français au-delà de petites formules de politesse. L’ainé des quatre enfants (bientôt cinq enfants) parle très mal français (il ne se souvient pas du mot « guerre » par exemple), mais l’on voit un des enfants collé à la télé et à un poste anglophone...

Combien de jeunes réfugiés syriens à Winnipeg regardent la télé francophone et parlent aussi mal l’anglais que ceux-ci parlent mal français à Granby ?

Même avec l’abandon de la doctrine du multiculturalisme, l’assimilation complète sera difficile à mettre en œuvre sur l’île de Montréal où les francophones de naissance sont devenus minoritaires et où leur taux de fécondité est désastreux (1,1 enfant/femme francophone sur l’île de Montréal, 2,6 enfants/femme pour les arabophones !) Dans ces circonstances, quelle est la majorité dans de nombreuses écoles de Montréal ? Plus les petits Québécois de souche... Il n’est même pas impossible que les rares jeunes « pures laines » adoptent des comportements ou des conceptions partagées avec leurs congénères issus de l’immigration. Se pourrait-il que ces petits francophones minoritaires développent une plus grande tolérance au bilinguisme, un moindre intérêt à la souveraineté, un relativisme grandissant envers leur histoire en tant que peuple québécois ? Nous ne connaissons pas de sociologues qui s’intéressent à l’influence de cette mixité scolaire où les jeunes Québécois de souche ne sont plus massivement majoritaires. Quel impact cette position de minoritaires à Montréal a-t-elle sur les conceptions linguistiques, historiques et politiques de ces jeunes pures laines ? Un sujet à creuser pour expliquer, en partie, la désaffection de la jeunesse québécoise « de plus en plus bigarrée » envers l’indépendance et la lutte pour le français comme seule langue commune ?

Dans ces conditions, il nous semble qu’il faut non seulement mettre un terme à la religion politique qu’est le multiculturalisme, mais qu’il faut aussi mettre en place une politique nataliste pour augmenter la natalité propre au Québec (elle ne fait que diminuer depuis 7 ans après un bref et timide redressement) et diminuer de manière très importante l’immigration afin de mieux la sélectionner et mieux pouvoir l’intégrer en consacrant notamment plus d’argent à la francisation.


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PISA 2015 — Les bonnes notes du Québec remises en question

Après notre article sur les tests TIMSS (TIMSS 2015 : le Québec s’en sort bien en maths, les garçons encore mieux mais faible participation québécoise), Le Devoir souligne un problème similaire de faible participation (et donc de représentativité) des écoles québécoises aux tests PISA.
Le boycottage d’un test international en sciences, en mathématiques et en lecture par un groupe d’écoles publiques soulève des questions sur les résultats enviables des élèves du Québec par rapport à ceux de 72 pays.

Le Canada et le Québec se classent dans le peloton de tête du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA), qui a évalué en 2015 les compétences de dizaines de milliers d’élèves âgés de 15 ans partout dans le monde.

Les élèves canadiens restent parmi les meilleurs de la planète en sciences (7e rang mondial), en lecture (2e rang, ex aequo avec Hong Kong) et en mathématiques (10e rang). Les élèves du Québec suivent la tendance et font généralement mieux ou aussi bien que la moyenne canadienne, indiquent les résultats du PISA 2015, rendus publics mardi.

Le rapport, publié par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), soulève cependant des questions sur les résultats du Québec : à peine 51,7 % des écoles québécoises invitées à prendre part au PISA ont participé au test, ce qui est nettement moins que le taux de réponse de 85 % considéré comme la norme par l’OCDE.
 [Pour les tests TIMSS, le taux de participation global au Québec s’élevait à 58 %.]

Les données du Québec sont teintées par ce que le PISA décrit comme un « biais de non-réponse ». Ce biais concerne le pourcentage d’écoles anglophones, le pourcentage d’écoles publiques et la taille des écoles figurant dans l’échantillon, indique le rapport.

« À la lumière de l’analyse du biais de non-réponse, le consortium international du PISA a jugé que les données du Canada étaient globalement de qualité acceptable et pouvaient être incluses dans leur intégralité dans les ensembles de données du PISA, sans aucune restriction », indique le rapport.

« Cependant, il a été décidé que les résultats de la province de Québec doivent être traités avec circonspection, en raison d’un possible biais de non-réponse, et qu’une note à ce sujet devrait figurer dans toutes les analyses régionales internationales et dans le rapport pancanadien. »

Boycottage de protestation

Tout indique que les écoles publiques sont sous-représentées dans l’échantillon en raison du boycottage du test PISA par les écoles de 46 commissions scolaires. La Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement (FQDE), qui représente 2050 directeurs et directeurs adjoints d’établissement, a confirmé au Devoir qu’elle a boycotté le PISA pour protester contre le gouvernement Couillard.
 [L’ennui c’est que le Québec est un habitué des faibles taux de participation... On l’a vu pour le TIMSS, mais c’était déjà le cas, bien avant le gouvernement Couillard, pour l’Évaluation du PPCE-13 de 2007 à laquelle seuls 64,7 % des jeunes Québécois francophones avaient participé alors qu’en Ontario 90 % des étudiants sondés avaient pris part à l’enquête.]

« Depuis 2014, les membres de la Fédération ont décidé de ne plus répondre à des enquêtes de ce type-là pour se concentrer sur la réussite des élèves », indique Michèle Demers, conseillère aux communications de la FQDE.

Les directions d’école protestent ainsi contre ce qu’elles considèrent comme une absence de marge de manœuvre dans la gestion des établissements. [Demande qui, a priori, a toute notre sympathie.]  « Depuis deux ans, on se fait dicter comment faire notre travail [par Québec] alors que les experts sont dans les écoles, dit la porte-parole. L’argent arrive dans les écoles de manière ciblée. Les équipes-écoles veulent décider comment utiliser cet argent. »

Cette surreprésentation des écoles privées dans l’échantillon québécois du PISA est « inquiétante », estime Claude Lessard, professeur associé à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal.

Les écoles privées ont généralement de meilleurs résultats que les écoles publiques, car elles sélectionnent leurs élèves, qui proviennent aussi de milieux plus favorisés. [C’est un peu simpliste : ce n’est pas nécessairement la seule raison de ces meilleurs résultats, la majorité des écoles privées ne sélectionnent pas... et parmi les meilleures, si elles sélectionnent ce serait par affinité religieuse et pas nécessairement des notes scolaires...] « Il faut vraiment considérer les résultats du Québec avec circonspection », prévient Claude Lessard.

Le Conseil des ministres de l’Éducation du Canada (CMEC), qui supervise le PISA au pays, estime que les données du Québec sont fiables malgré le faible taux de réponse de 51,7 %. Les résultats du Québec sont similaires à ceux enregistrés dans des tests comparables en 2006, 2009 et 2012, note une source au CMEC.
 [Oui, mais même en 2012 le Québec avait le plus faible taux de réponse de toutes les provinces canadiennes : 75, 6 % contre 82, 8 % pour l’Ontario par exemple. Aussi quel est l’impact du taux décrochage relativement important chez les jeunes Québécois, les tests se font à environ 15 ans et le taux de décrochage pour les moins de 16 ans est de 2,5 %. Notons que déjà en 2012, il y avait plus de non-répondants en provenance des écoles publiques que privées au Québec, c’était le plus souvent des garçons et ces non-répondants avaient eu de moins bons résultats aux examens provinciaux de français... Bref, déjà en 2012, les moins bons semblent avoir moins participé à l'enquête PISA.]

Au total, quelque 2885 élèves de 93 écoles secondaires du Québec ont participé à l’examen. Au Canada, 19 604 élèves de 726 écoles ont pris part au PISA.
Notons enfin que les tests PISA n’évaluent pas la culture générale, ni l’orthographe, ni la faculté de faire des dissertations ni des démonstrations.

Des professeurs d’université en Finlande (à une époque coqueluche des tests PISA) s’en plaignaient amèrement : « Comme le souligne le professeur George Malaty, PISA ne nécessite pas l’apprentissage des mathématiques comme structure : “Nous savons que nous n’aurions aucun succès à PISA si on demandait aux élèves une compréhension des concepts ou des relations mathématiques. Le plus difficile pour nos élèves est de faire une démonstration, ce qui est compréhensible puisqu’on n’apprend pas les mathématiques comme structure dans nos écoles [finlandaises].” Au XXe siècle, jusqu’à la fin des années 1960s, le curriculum de mathématiques comportait de l’algèbre et de la géométrie.

Puis vint la réforme des mathématiques modernes et, à partir des années quatre-vingt, le mouvement de contre-réforme. Ce dernier a conduit à une focalisation sur les seules “compétences”, notamment arithmétiques [note du carnet : compétences orientées ici vers la vie quotidienne, ce qui prépare bien à ce qu’évalue PISA], pour faire face aux critiques développées contre les mathématiques modernes. L’opposition de la transmission de compétences à celles de connaissances, à l’apprentissage des structures mathématiques, a conduit à inculquer simplement des règles pratiques aux élèves en les entraînant à les utiliser et à “donner les bonnes réponses”.

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mardi 6 décembre 2016

Ministre Proulx : le ministère de l’Éducation créé pour s'assurer que tous aient accès à l’école

Le ministre libéral de l’Éducation du Québec, Sébastien Proulx, commence sa lettre publiée dans Le Devoir ce 6 décembre par :
« Il y a 50 ans le ministère de l’Éducation a été créé pour assurer à toutes et à tous l’accessibilité à l’école. ».

Passons sur « l’accessibilité » bureaucratique, plutôt que simplement « l’accès ».

Mais est-ce vrai qu’il a fallu un ministère de l’Éducation pour que tous aient accès à l’école au Québec ?

Rien n’est moins sûr... Pourquoi fallait-il un ministère qui impose, notamment, un programme pédagogique unique pour que les jeunes aient accès à l’école ?

Rappelons aussi ce que Vincent Geloso, docteur en histoire économique de la London School of Economics, écrivait naguère au sujet du grand rattrapage du Québec avant la Révolution tranquille (et ce ministère de l'Éducation) :

« Cette rhétorique décrit la Révolution tranquille comme le début d’un âge d’or qui aurait permis au Québec de cesser d’être le cancre du Canada. Récemment, un chercheur [Simon Tremblay-Pepin] de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) illustrait bien cette croyance en affirmant qu’à la fin des années 1950, “le Québec était sous-éduqué, avec des taux incomparables avec les autres provinces canadiennes”, et que depuis les années 1960, l’accessibilité à l’école postsecondaire n’a cessé d’augmenter au Québec.

Selon cette perspective, les vastes progrès de la Révolution tranquille contrastent avec la période l’ayant précédée, qu’on a qualifiée de Grande Noirceur (1945-1960). Par opposition avec l’obscurantisme et le laisser-faire de la Grande Noirceur, l’État interventionniste mis en place pendant la Révolution tranquille aurait permis au Québec de rattraper son retard et d’entrer dans la modernité.

Est-il vrai, toutefois, que le Québec était si en retard sur le plan éducationnel par rapport au reste du pays, avant 1960, et qu’il n’a rattrapé ce retard que grâce aux nombreuses interventions de l’État pendant la Révolution tranquille ?



L’école de la Grande Noirceur et d’aujourd’hui selon un cahier d’ECR...
Page 56 — cahier-manuel d’éthique et de culture religieuse Entretiens II pour la 1re secondaire des éditions La Pensée


Grand rattrapage

S’il est vrai que le Québec accusait un certain retard face au reste du Canada à l’aube de la Révolution tranquille, cela n’avait pas toujours été le cas. En 1901, le Québec avait en fait une légère avance sur les autres provinces canadiennes en matière d’éducation. Même si les taux d’inscription y étaient plus bas qu’ailleurs, les élèves québécois qui s’inscrivaient à l’école la fréquentaient dans une proportion plus élevée qu’ailleurs au Canada.

Ainsi, le taux effectif de fréquentation scolaire des jeunes de 5 à 19 ans à cette époque était de 41 % au Québec, contre 40 % en Ontario et 38 % dans l’ensemble du Canada.

Le Québec a toutefois commencé à perdre du terrain par la suite. Même si le taux effectif de fréquentation avait atteint 52 % au Québec en 1931, l’Ontario et le Canada dans son ensemble avaient dépassé le Québec avec des taux de 62 % et 55 %.

Ce retard grandissant du Québec se renverse complètement après 1945. À cette date, la proportion des enfants inscrits et présents à l’école au Québec était équivalente à 80 % de celle de l’Ontario et à 84 % de celle du reste du Canada. Douze ans plus tard, on voit un progrès considérable [avant la création du ministère donc] de la fréquentation scolaire au Québec : elle atteint 89 % du niveau de l’Ontario et 94 % de celui du reste du Canada. Il s’agit d’un rattrapage important entamé avant la Révolution tranquille.

Plus important encore, après 1945, lorsque les jeunes Québécois décident d’aller à l’école, ils y restent plus longtemps. C’est-à-dire que le décrochage scolaire diminuait. Pour l’année scolaire 1945-1946, seulement 28 % des jeunes qui auraient normalement dû être à l’école secondaire y étaient, contre 69 % en Ontario — un écart de 41 points de pourcentage. Pour l’année scolaire 1959-1960, cette proportion se situait à 68 %, contre 88 % en Ontario, un écart de seulement 20 points. Il s’agit d’un rattrapage remarquable.

École réelle pendant la prétendue Grande Noirceur. Région de Lanaudière, années 1950.

Les Québécois francophones étaient aussi de plus en plus nombreux à accéder aux études universitaires. À partir de 1955, la population étudiante totale à temps plein au Québec en pourcentage du groupe d’âge des 15 à 24 ans dépasse même le niveau observé en Ontario. Et on ne peut pas attribuer cette performance uniquement aux anglophones, puis que les universités francophones ont vu leurs inscriptions augmenter plus rapidement que les universités anglophones.

La propension des Québécois à aller plus longtemps à l’école a permis au Québec de combler une partie importante du retard éducationnel qu’il avait avec l’Ontario. En 1951, la proportion des Québécois de 15 ans et plus qui détenaient un diplôme universitaire était équivalente à 70 % du niveau observé en Ontario.

Seulement dix ans plus tard, cette proportion avait bondi à 85 %, et ce sont principalement les femmes qui ont contribué à ce rattrapage.

La plupart des historiens prétendent que le Québec est devenu une société de plus en plus arriérée sur le plan de l’éducation durant les années d’après-guerre. Les statistiques officielles démontrent le contraire.

Somme toute, cet impressionnant rattrapage a permis à la scolarité moyenne des Québécois (mesurée en années d’éducation accomplies) de passer de 87 % à 92 % du niveau observé en Ontario, entre 1951 et 1961. Un écart existait toujours entre le niveau d’éducation des jeunes Québécois et celui des autres jeunes Canadiens, mais cet écart allait rapidement en s’amenuisant.

Ces simples faits retirent une partie importante de la crédibilité accordée à la rhétorique populaire. Comment peut-on expliquer qu’une partie considérable du rattrapage du Québec se soit produite alors que l’État intervenait moins en éducation ?

Progrès décevants depuis 1960 en comparaison au reste du Canada

Ce rattrapage s’est-il poursuivi pendant la Révolution tranquille ? Plus précisément, est-ce que le rattrapage du Québec s’est accéléré ou a-t-il décéléré ? Soyons clairs, les progrès en termes absolus qui ont été réalisés depuis 1960 sont gigantesques. Toutefois, lorsqu’on compare ces progrès avec ceux accomplis durant la même période dans le reste du Canada, ils sont moins impressionnants — voire décevants.

Au-delà de la rhétorique de la “démocratisation” de l’éducation avancée par des sociologues comme Guy Breton, les faits ne concordent pas. Les données illustrant la participation scolaire au Québec démontrent que plus de la moitié du terrain que le Québec a gagné sur l’Ontario et le reste du Canada a pris place entre 1945 et 1960.

D’une part, cela signifie que le rattrapage scolaire du Québec face au reste du Canada s’est effectué en grande partie avant que l’État ne décide de s’impliquer davantage dans le domaine de l’éducation. D’autre part, cela indique que pendant la Révolution tranquille, le Québec n’a pas fait meilleure figure relativement au reste du Canada que dans les années qu’on qualifie — à tort — de Grande Noirceur.

En fait, on observe même des signes indiquant que le rattrapage du Québec a ralenti pendant et après la Révolution tranquille. Alors qu’il affichait un taux de participation aux études universitaires des 15 à 24 ans supérieur à celui de l’Ontario à partir de 1955, ce n’est plus le cas après 1964, alors que la participation commence à tirer de l’arrière, tant par rapport à l’Ontario qu’aux autres provinces.

Entre 1951 et 1961, la proportion des Québécois de 15 ans et plus qui détenaient un diplôme universitaire avait augmenté plus vite qu’ailleurs au Canada. En fait, cette proportion atteignait 98 % du niveau observé dans le reste du Canada en 1961 — c’est-à-dire que le Québec était virtuellement à parité avec le reste du pays.

Après 1961, les Canadiens des autres provinces sont plus nombreux que les Québécois à s’inscrire à l’université. En 1981, la proportion des Québécois de 15 ans et plus qui détenaient un diplôme universitaire équivalait à 78 % du niveau en Ontario et à 84 % du niveau dans le reste du Canada.

Selon les données les plus récentes provenant des recensements, la situation n’a guère changé, et ce fossé demeure. Il s’agit là d’un fait important puisque le Québec était en meilleure posture relativement au reste du Canada en 1961 qu’il ne l’est aujourd’hui.

À tout cela, ajoutons qu’aujourd’hui le Québec a un taux de décrochage scolaire dans les écoles secondaires dépassant celui de toutes les autres provinces canadiennes. La situation relative du Québec sur ce plan s’est dégradée depuis les années 1990.

En bref, l’héritage de la Révolution tranquille a été beaucoup moins glorieux qu’on le prétend.

Paramètres de discussion

De nombreuses études ont été réalisées ces dernières années par des économistes qui documentent le lien entre la performance scolaire et l’autonomie des écoles — indépendamment du niveau d’enseignement ou de leur nature religieuse.

Toutes choses étant égales par ailleurs, plus les écoles sont autonomes et que les parents ont un mot à dire dans les activités de celles-ci, plus la performance scolaire et la qualité de l’éducation augmentent.

En contrepartie, les régimes où l’État centralise davantage, contrôle le programme scolaire et bureaucratise le domaine de l’éducation sont marqués par des résultats décevants au titre de la performance et de la qualité.

Entre 1945 et 1960, l’État québécois intervenait très peu dans le domaine de l’éducation. Les écoles étaient largement autonomes et les parents avaient une influence importante sur le parcours scolaire de leurs enfants.

Après 1960, c’est l’inverse qui se produit : l’État intervient lourdement à tous les niveaux — des portes de la garderie jusqu’à la sortie de l’université. Et les résultats sont conformes à la théorie : lors que l’État intervenait peu, un rattrapage s’observait, et quand il s’est mis à intervenir, il y a eu ralentissement.

Il convient de se demander si les progrès en éducation auraient continué au même rythme sans la bureaucratisation de l’éducation. Certes [?], il fallait circonscrire le rôle de l’Église en la matière, mais la littérature économique et les développements observés laissent croire que les progrès auraient réalistement pu être plus importants sans l’intervention accrue de l’État.
»



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samedi 3 décembre 2016

Mythe — Le Moyen Âge n’a pas cru que la Terre était plate

Christophe Colomb n’a jamais eu à démontrer que la Terre était ronde. Car tout le monde le savait déjà. Et depuis longtemps! C’est ce que confirme l’ouvrage d’un historien américain, Jeffrey B. Russel, qui met à mal bon nombre d’idées reçues sur les géographes du Moyen Âge et de l’Antiquité. Il commence par constater que les auteurs médiévaux affirment la rotondité de la Terre, comme le faisait Platon. Il examine ensuite l’apparition du mythe moderne selon lequel le Moyen Âge croyait la Terre plate.

En cette année anniversaire de la découverte du Nouveau Monde[1], c’est un véritable déluge de publications qui s’abat sur nous; à cette occasion, nombre d’idées reçues sont remises en question. L’une d’elles, selon laquelle les contemporains de Christophe Colomb croyaient que la Terre était plate, a trouvé son historien, Jeffrey B. Russel, dans un petit ouvrage décapant qui vient d’être publié aux États-Unis[2].

Sceau de la Bulle d’or de 1356
on y voit Charles IV du Saint-Empire, un orbe à la main,
une sphère qui représente le monde

Considérons le cas de Christophe Colomb : les historiens ont depuis longtemps dénoncé la fable selon laquelle il aurait dû affronter les foudres des docteurs de Salamanque pour avoir osé prétendre que la Terre était ronde — sans quoi le passage des Indes par l’ouest était inconcevable. Certes, le découvreur a eu ses détracteurs et ses opposants, mais leurs arguments tenaient aux probabilités d’échec de l’entreprise.

Et ils avaient raison, puisque la distance qui sépare les îles Canaries du Japon est de deux cents degrés de longitude, là où Colomb, pour avancer son projet, voulait n’en voir que soixante. Mais nulle part dans ces discussions il ne fut question d’une sphéricité que le navigateur aurait dû démontrer.

Déjà au XVe siècle, l’affaire était entendue. La Géographie du Grec Ptolémée (90-168) est traduite en latin en 1410. Or cet ouvrage ne laisse subsister aucun doute sur la rotondité de la Terre : il est tout entier fondé sur le quadrillage de la sphère en degrés de latitude et méridiens de longitude.

Et le cardinal Pierre d’Ailly en a bien retenu toutes les leçons dans son Image du monde écrite en latin dès 1410. Mais avant ? Là où les médiévistes ont souvent été plus évasifs, Jeffrey Russell nous invite à voir partout et toujours la même représentation, les mêmes comparaisons. Pour les uns, la Terre est un œuf ou une balle, pour d’autres, une pomme ou une pelote.

Sur cet extrait de la Géographie de Ptolémée,
imprimée à Ulm en 1482,
on voit l’auteur tenant le globe terrestre
(Bucarest, Musée national d’histoire)

Pour les philosophes John Holywood ou Thomas d’Aquin au XIIIe siècle, Jean Buridan ou Nicolas Oresme au XIVe, nul doute n’est possible. Ces deux derniers évoquent même la rotation de la Terre sur elle-même !

Faut-il remonter plus avant vers les « siècles obscurs », pour reprendre une expression chère aux Anglo-Saxons? Là où un Isidore de Séville (mort en 636) semble entretenir certaines réserves, Bède le Vénérable au VIIIe siècle et Scot Érigène au IXe sont catégoriques : la Terre est ronde. Ils ne font d’ailleurs pas preuve d’originalité, puisqu’ils reprennent la tradition scientifique des compilateurs de l’Antiquité tardive, notamment Martianus Capella dont les Noces de Mercure et Philologie, écrites vers 420, connaissent une très large diffusion au Moyen Âge. Or Martianus affirme lui aussi sans ambages : « Elle [la Terre] n’est pas plate, elle est ronde. »

Il semble donc y avoir durant tout le Moyen Âge occidental unanimité sur la question.

Non sans quelques problèmes pour les philosophes et les cartographes. Ceux-ci veulent en effet représenter un œkoumène (l’ensemble des terres habitées) conforme aux connaissances de la période et, d’autant que possible, à la tradition biblique et évangélique. Dès lors, que Jérusalem soit au centre du monde ou le paradis à l’est, c’est une simple convention cartographique. Le géographe arabe Al Idrisi ne place-t-il pas, au XIIe siècle, La Mecque au centre de sa carte? Et, au XXe siècle, ne discute-t-on pas encore de la « juste » représentation de l’hémisphère sud sur nos modernes mappemondes? Plus délicat est le problème de la conformité aux enseignements de l’Église selon lesquels les Apôtres ont apporté la Parole « aux quatre coins du monde ». Car il faudrait que le Terre soit plate pour posséder quatre coins.

Ainsi s’explique l’hésitation d’Isidore de Séville; pourtant saint Augustin lui-même (354-430) avait mis en garde contre le danger d’utiliser le sens littéral de l’Écriture. Lorsque les cartographes médiévaux nous présentent une Terre d’apparence plate et circulaire, c’est donc certainement une convention cartographique, parfois l’illustration d’une certaine tradition biblique, mais jamais la représentation d’un soi-disant dogme de la « Terre plate ».

D’où vient alors ce mythe, puisque mythe il y a ? De l’exploitation qu’on a faite, au XIXe siècle, de certains textes de l’Antiquité tardive. Cette époque avait bel et bien connu deux « théoriciens » de la Terre plate : Lactance (vers 265-345) d’abord, polémiste crédule, qui s’oppose ouvertement à la pensée scientifique (et païenne) de son époque, au moyen d’arguments simples, mais combien efficaces : « Y a-t-il quelqu’un d’assez extravagant pour se persuader qu’il y a des hommes qui aient les pieds en haut et la tête en bas […] et que la pluie et la grêle puissent tomber en montant? »

Illustration d’un manuscrit
du XIVe siècle
de L’Image du monde
par Gautier de Metz (vers 1246).

Darwin contre l’Église

Puis, deux siècles plus tard, en Égypte, Cosmas dit « Indicopleustès » (« le voyageur des Indes »), retiré dans un monastère du Sinaï, rédige sous le titre de Topographie chrétienne une vaste compilation géographique où la Terre plate occupe une place importante. Il faut cependant savoir que cet ouvrage volumineux, rédigé en grec et aux marges orientales de la chrétienté, ne nous est connu aujourd’hui qu’à travers trois manuscrits médiévaux complets. Critiqué à Byzance dès le IXe siècle par le patriarche Photius, il est totalement ignoré de l’Occident médiéval. La première traduction latine de Cosmas date de 1705! Et c’est cet auteur, tout à fait marginal dans le monde grec et inconnu du monde latin, qui deviendra au XIXe siècle le symbole de l’obscurantisme médiéval!

Car ces visions farfelues du monde seraient restées aussi chimériques que les descriptions contemporaines de cynocéphales (hommes à tête de chien), si elles n’avaient été reprises par les positivistes et « progressistes » du XIXe siècle. La démonstration de Jeffrey Russell est ici tout à fait originale et convaincante.

Washington Irving
S’il n’y a jamais eu de mythe médiéval de la « Terre plate », il y a bel et bien eu une légende moderne du « dogme médiéval de la Terre plate ». Russell traque son apparition puis sa diffusion, en France et aux États-Unis, tout au long du XIXe siècle; il démasque à l’occasion quelques « coupables ».

Coupable, le premier, le romancier américain Washington Irving (1783-1859), dans un pastiche historique sur la vie de Christophe Colomb, publié pour la première fois en 1828.

Irving invente de toutes pièces une scène qui deviendra célèbre, dans laquelle le navigateur doit se défendre contre l’obscurantisme des docteurs de Salamanque incapables d’admettre que le Terre étaient ronde [3].

Le roman connaît un immense succès et contribue à accréditer, outre-Atlantique, la vision d’une Église catholique dogmatique et intolérante. Coupable encore, en France, à la même époque, le très respecté Antoine-Jean Letronne (1787-1848), directeur de l’École des Chartes et professeur au Collège de France, qui dans la Revue des deux mondes, avance l’idée d’un dogme de la Terre plate chez les Pères de l’Église et d’une interprétation littérale de la Bible au long du Moyen Âge.

Illustration du XIIe siècle
représentant une Terre sphérique
avec les quatre saisons,
tiré du Liber divinorum operum
de Hildegarde de Bingen


Coupables surtout, aux États-Unis à nouveau et principalement pendant la seconde moitié du XIXe siècle, nombre d’esprits libéraux qui souhaitent réfuter les arguments anti-évolutionnistes de l’époque. Nous sommes en effet en plein débat autour des thèses de Darwin sur l’évolution des espèces, que l’Église se refuse à admettre. Quoi de mieux, dès lors, pour combattre son étroitesse de vues, que de stigmatiser un obscurantisme plus général, dont le pseudo-dogme médiéval de la Terre plate deviendrait une sorte de cas exemplaire? C’est la voie que suivent sans hésiter certains auteurs américains dans des ouvrages dont les titres à eux seuls sont tout un programme : Histoire du conflit entre religion et science de John Draper (New York, 1874) ou Histoire du combat entre la science et la théologie dans le Christianisme d’Andrew White (New York, 1896)…

L’idée d’un dogme médiéval de la Terre plate se diffuse dès lors dans les ouvrages de vulgarisation et les manuels scolaires. Elle correspond si bien à l’image que l’on se fait du Moyen Âge au temps de Victor Hugo ou de Jules Michelet qu’on la reçoit sans discussion.

Tant et si bien que malgré toutes les réfutations modernes, un auteur à succès pourtant bien informé comme Daniel Boorstin perpétue encore aujourd’hui ce mythe[4].

Preuve, s’il en était besoin qu’un petit essai comme celui de Jeffrey Russell est d’actualité et mériterait d’être traduit en français sans délai.

Source : Michel Hébert, L’Histoire n° 159, octobre 1992

Notes

[1] Repris de L’Histoire n° 159, octobre 1992.

[2] Jeffrey B. Russel, Inventing the Flat Earth. Colombus and Modern Historians, New York—Wesport—Londres, Praeger, 1991. Il n’a jamais été traduit en français, il l’a été en espagnol.

[3] Washington Irving, The Life and Voyages of Christopher Columbus, rééd. Boston, J.H.
Mc Elroy, 1981.

[4] Daniel Boorstin, The Discoverers, New York, 1983, trad. française, R. Laffont, 1988.

Annexe

En Occident, hormis Lactance (250-325) qui ne conçoit qu’une Terre plate, la rotondité de la Terre, du fait de la connaissance maintenue du Timée grâce aux traductions en latin de Cicéron et surtout de Calcidius au IVe siècle, reste communément admise par les lettrés. Par ailleurs, le commentaire qui accompagne la traduction de Calcidius résume les connaissances astronomiques du Ier siècle en reprenant la plus grande partie du chapitre Astronomie de l’Exposition des connaissances mathématiques utiles à la lecture de Platon de Théon de Smyrne.

Jérôme de Stridon (347-419), dans son Commentaire de l’Épitre aux Éphésiens, critique ceux qui nient la sphéricité.

Pour Augustin (354-430) la question n’est pas la rotondité, mais le peuplement des antipodes, dont il nie la possibilité. En effet, pour lui, comme « l’Écriture ne peut mentir », les antipodes ne peuvent être peuplés par des hommes d’une autre souche que celle d’Adam, ce qui vaut refus du polygénisme. Or, pour l’évêque d’Hippone, comme pour ses contemporains, une zone infranchissable interdit d’atteindre les antipodes : comment donc les descendants de Noé auraient-ils pu traverser « l’immensité de l’Océan » pour aller peupler cette autre partie du Monde?

Macrobe (370-440 env.), dans son Commentaire sur le Songe de Scipion, souligne que la terre est sphérique; il expose la théorie des cinq zones climatiques et évoque l’hypothèse d’antipodes peuplés.


Illustration d’un manuscrit du XIIIe siècle
du Commentaire sur le Songe de Scipion par Macrobe.
Ici les zones climatiques : polaires en jaune, tempérées en bleu, torride en rouge.

Au Ve siècle, Martianus Capella décrit, au livre VIII des Noces de Philologie et de Mercure, un modèle astronomique géohéliocentrique dans lequel la Terre, immobile au centre de l’Univers, voit les étoiles, le Soleil et la plupart des planètes tourner autour d’elle, alors que Mercure et Vénus tournent autour du Soleil.

Boèce (480-525) dans Consolation de la philosophie parle de la masse arrondie de la Terre.

Dans ses Étymologies, Isidore de Séville (~530 — ~636) compare la Terre à une balle.

Bède le Vénérable (672-725) dispose d’un manuscrit de l’Histoire naturelle de Pline l’Ancien; dans ses traités De natura rerum et De tempore ratione la Terre est ronde, pas simplement circulaire comme un écu ou une roue, mais semblable à une balle.

Charlemagne, dans plusieurs statues et gravures de son époque, est représenté tenant dans sa main un globe terrestre surmonté de la Croix.

Jean Scot Erigène (~ 800-876) étend, dans son Periphyseon le modèle géohéliocentrique de Martianus Capella en faisant également tourner Mars et Jupiter autour du Soleil.

Au chapitre XCIII de sa Géométrie, Gerbert d’Aurillac (~ 945-1003) décrit l’expérience d’Ératosthène et Hermann Contract (1013–1054) estime la circonférence de la Terre à partir de cette méthode…


Vignette d’un manuscrit du XIIIe siècle
du Commentaire sur le Songe de Scipion par Macrobe.
Ici le monde connu séparé des antipodes par l’océan à l’équateur.

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27 novembre 1095 — Appel lancé pour porter secours aux chrétiens d'Orient et aux pèlerins



mercredi 30 novembre 2016

TIMSS 2015 : le Québec s'en sort bien en maths, les garçons encore mieux mais faible participation québécoise

Ce mardi la plus grande étude mondiale sur l’enseignement des mathématiques et des sciences dans le monde, le TIMSS 2015, a été publiée.

Cette étude, menée par l’IEA (acronyme anglais de l’Association internationale pour l’évaluation des performances scolaires) et conduite tous les quatre ans depuis 1995, évalue les performances des élèves en mathématiques et en sciences. TIMSS (Trends in International Mathematics and Science Study) s’intéresse aux connaissances des élèves en maths et en sciences à un niveau scolaire donné (au Québec en 4e année du primaire à un peu plus de 10 ans et en 2e secondaire à un peu plus de 14 ans), ainsi qu’aux programmes scolaires : l’objectif premier de l’enquête est de contribuer aux recherches sur l’enseignement des maths et des sciences, en renseignant les professeurs sur les pédagogies qui fonctionnent.

Début décembre, l’OCDE publiera son enquête trisannuelle PISA qui, elle, se penchera sur l’aptitude des enfants de quinze ans à savoir utiliser leurs connaissances, dans une soixantaine de pays de l’OCDE et de partenaires. Une étude plutôt destinée à informer les décideurs nationaux et à les aider à orienter leurs politiques éducatives.

Vingt ans après sa création, 57 pays et 7 entités territoriales ont pris part à TIMSS 2015, soit quelque 600 000 élèves évalués. Le Québec a participé à cette étude. Les élèves québécois ont été évalués en 4e année du primaire à un peu plus de 10 ans et en secondaire II à un peu plus de 14 ans.

Au niveau mondial

L’Asie de l’Est, loin devant. Singapour, Hong Kong, la Corée, Taipei (Formose) et le Japon continuent d’écraser les autres pays participants en mathématiques, comme c’est le cas depuis vingt ans. L’écart avec les autres pays performants est énorme, et s’accroît avec l’âge : en 2e secondaire, l’écart entre les cinq premiers pays et les suivants est encore plus important qu’en 4e année du primaire. En sciences, les pays d’Asie de l’Est dominent toujours le classement, accompagnés de la Russie, mais de manière moins radicale. Le Québec se situe juste au-dessus de la Russie, parmi les pays les mieux classés.

De manière générale, l’étude montre que l’éducation en matière de mathématiques et de sciences progresse dans le monde dans l’enseignement primaire. Nombreux sont les pays qui ont non seulement amélioré leurs résultats, mais aussi réduit l’écart entre les bons et les mauvais élèves. L’étude montrerait également qu’une scolarisation précoce aurait des effets durables sur les résultats, au moins jusqu’en 4e année du primaire.

Le tableau ci-dessous donne le classement pour la classe de 8e année (2e secondaire) en mathématiques.

  


Avec 543 points (voir sous la barre grise ci-dessus), le Québec se place juste au-dessus de la Russie (538). Bonne nouvelle. 

Toutefois, notez le triple obèle à côté de « Quebec, Canada ». Ce signe indique que le Québec n’a pas satisfait aux lignes directrices relatives aux taux de participation de l’échantillon.



En effet, parmi les écoles québécoises choisies par les organisateurs du TIMSS, un très grand nombre d’écoles québécoises n’ont pas participé aux tests (63 %), en outre un peu moins de classes (99 %) que dans d’autres pays et un peu moins d’élèves dans ces classes (92 %) ont passé les tests. Le taux global de participation au Québec est donc très bas : 58 % alors que dans la majorité des pays il est supérieur à 90 %.

...


Voici le tableau complet des taux de participation (pondérés), on y remarque que dans certains pays qui ont d’excellents résultats (comme Singapour ou la Corée) le taux global de participation avoisine les 100 % (respectivement 97 % et 98 %) :



On est en droit de se demander si cette faible participation n’a pas un effet sur les résultats du Québec.

Notons que les résultats du Québec sont en hausse par rapport à 2011 et plus particulièrement chez les garçons. L’astérisque (*) ci-dessous indique que la différence entre les garçons (trait noir) et les filles (trait bleu) est statistiquement significative.

Notons que ces résultats contredisent (en apparence du moins) ceux de l’Institut Fraser publiés cette année et qui indiquaient, à la lumière des examens du Ministère, que les filles dominent désormais aussi en mathématiques au Québec. Se pourrait-il que ces résultats aux examens ministériels s’expliquent par un échantillonnage différent entre le TIMMS et les examens du ministère ? Par une plus grande participation à ces examens qu’aux tests du TIMSS qui ne sont pas obligatoires ? Il serait intéressant que le ministère croise les résultats des élèves qui ont participé au TIMSS avec les résultats des élèves aux examens du ministère. Est-ce que les meilleurs élèves québécois auraient participé aux tests du TIMSS en plus grande proportion qu’ils ne sont dans un échantillon aléatoire de la population scolaire québécoise ?


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dimanche 27 novembre 2016

27 novembre 1095 — Appel lancé pour porter secours aux chrétiens d'Orient et aux pèlerins

C’était il y a près de mille ans. À la fin du XIe siècle, le royaume de France était en petite forme. Il ne représentait pas plus de deux ou trois fois l’actuelle région d’Île-de-France ; le domaine royal était bordé par Compiègne au nord, Orléans au sud, Dreux à l’ouest. Les Capétiens régnaient, mais, dit Jacques Bainville qui est indulgent, ce sont des « règnes sans éclat ». Qui se souvient de ces rois-là, les premiers héritiers du fondateur de la dynastie, Robert le Pieux, Henri Ier, Philippe Ier ? C’est à l’extérieur du royaume que les choses se passent. Chez les Normands en particulier : le duc de Normandie, Guillaume le Conquérant, a mis la main sur l’Angleterre (victoire de Hastings, en 1066, illustrée par la tapisserie de Bayeux), et ce sont aussi des Normands qui sont allés délivrer, à leur demande, les populations catholiques de l’Italie méridionale des expéditions sarrasines.



« Les malheurs des pèlerins »

Car c’est un temps de pèlerinages. Des foules de pèlerins chrétiens se déplacent en longues colonnes vers Rome ou Saint-Jacques-de-Compostelle, au nord de l’Espagne, venant manifester leur soutien aux dernières victoires de la Reconquista sur l’islam, après des siècles de conquêtes et de conversions musulmanes induites par des vexations et une forte taxation. Mais c’est le pèlerinage de Jérusalem, par terre et par mer, qui attire les fidèles les plus nombreux et les plus ardents, à partir des sols européens, notamment français. « Il crée une vie neuve, il marque la crise décisive où le vieil homme se dépouille », notent les chroniqueurs de l’époque.

Ces mouvements de population de l’Occident vers les Lieux saints d’Orient créent des routes, des escales, des dispensaires ; ils développent des échanges de toute nature. Arrivés sur place, les pèlerins rencontrent d’autres chrétiens, d’ancienne tradition qui constitue encore une grande partie de la Syrie et de la Palestine, peut-être encore la majorité des habitants, mais aussi des musulmans. Les communautés prospèrent dans des quartiers séparés. Jusqu’à l’arrivée des Turcs seldjoukides. Les anciens « maîtres tolérants et policés venus d’Égypte font place à des fanatiques durs et tracassiers ». La conquête de Jérusalem par ces Turcs s’accompagne de la persécution et du massacre des chrétiens. Les pèlerins rentrent chez eux effrayés. La nouvelle enflamme la fin de ce XIe siècle. Les Seldjoukides se sont emparés de l’Arménie si lointainement chrétienne, de Smyrne, de Nicée, près de Constantinople.

L’intervention des barons occidentaux permit de libérer de nombreuses villes (Nicée, Sardes, Tarse, Antioche) récemment conquises par les Turcs après la catastrophe de Manzikert en 1071


L’Empire byzantin menace de disparaître. Une vague de fond soulève la chrétienté.

L’Empire byzantin est confronté à l’avancée des Turcs seldjoukides. Depuis la désastreuse défaite subie à Manzikert l’arménienne en 1071, de nombreux territoires sont passés entre les mains de ces nouveaux musulmans venus d’Asie centrale et récemment convertis. Leur présence complique encore davantage le pèlerinage sur les Lieux saints qui connaît à l’époque un essor remarquable.

Qui va délivrer le Saint-Sépulcre ? Les monarques en sont incapables, qu’ils soient trop faibles, comme le roi de France, qu’ils se disputent entre eux, et notamment avec l’empereur d’Allemagne, ou qu’ils contestent l’autorité de l’Église de Rome. C’est donc elle qui va se substituer à eux, cette Église de Rome qui révèle sa solidité en résistant au grand schisme d’Orient d’un côté et aux « antipapes » de l’autre. C’est elle qui peut porter secours aux chrétiens de Terre sainte. Mais avec quels moyens le peut-elle ? Quels hommes ? Quel argent ? Quelles armes ? Elle va les mobiliser.

Et c’est un autre Français qui le fait, non pas le roi, mais un pape, le deuxième élu depuis Grégoire VII. Fils d’une famille noble de Champagne, rappelle Jacques Heers, l’historien des croisades, c’est un bénédictin ; il fut archidiacre de Reims avant de devenir prieur de l’abbaye de Cluny. Bâtie à la fin du siècle précédent, cette abbaye rayonne par son influence bien au-delà du sol qui l’a vue naître. Élu pape sous le nom d’Urbain II en 1088, il a dû attendre cinq ans avant de s’asseoir sur le trône pontifical à Rome (alors occupée par un « antipape »). La mission de la délivrance des chrétiens de Jérusalem se présente à lui comme une occasion d’affirmer son autorité tout en marquant la puissance temporelle et spirituelle de l’Église. Il part prêcher le combat dès 1095, depuis l’Italie jusqu’à la Bavière, des Alpes à la France, son pays. Il y multiplie assemblées et conciles, et n’hésite pas à excommunier le roi de France, Philippe Ier, pour usurpation de biens d’Église, répudiation de son épouse et corruption...

L’abbaye de Cluny dont Urbain II fut le prieur


samedi 26 novembre 2016

Immigration en France et éducation prioritaire : « Pourquoi les écoles françaises vont-elles aussi mal ? »

À l’approche de la publication du nouveau classement PISA sur les performances scolaires des pays de l’OCDE, Euronews s'est intéressé au système éducatif français considéré depuis quelques années, comme inégalitaire. Une dernière étude parue en septembre est venue le confirmer et l‘état des lieux est accablant, notamment pour l‘éducation prioritaire.

Au collège Jean Moulin de Marseille, dans l’un des quartiers les plus défavorisés de la ville, on lève la main, on pose des questions et on y répond. On essaie d’instaurer la discipline et le respect comme le proclame une affichette sur le mur de l’une des classes. Ici, la plupart des élèves sont boursiers. L‘établissement fait partie du nouveau Réseau d‘éducation ultra-prioritaire (REP +) et bénéficie de ce fait, de certains aménagements.

« On est un petit peu moins nombreux par classe, explique Arnaud Sallaberry, professeur. Dans un collège lambda, on peut être jusqu‘à 27, 28, 29, 30 alors que là, les élèves sont maximum 24 élèves par classe : c’est plus confortable, estime-t-il. En plus, poursuit-il, on a mis en place des groupes de besoins, de compétences ; avec deux classes, on fait trois groupes de compétences. »




Refonte de l‘éducation prioritaire

La mise en place de l‘éducation prioritaire date de 1982 et visait à donner plus de moyens aux écoles des quartiers immigrés. Elle a été révisée à plusieurs reprises. La dernière fois en 2015 quand l’Etat a alors redistribué les ressources et privilégié les établissements les plus en difficulté comme le collège Jean Moulin.

« Avant la réforme, on avait 40% des élèves qui réussissaient leur examen et à peine, 50% des élèves qui allaient au lycée, précise Dominique Duperray, principal du collège. Maintenant, on a 70% – voire plus les bonnes années – d‘élèves qui réussissent leur examen et on a 100% des élèves qui vont au lycée, certains en général, d’autres en professionnel, dit-il. Donc le fait d’avoir ces moyens complémentaires en enseignement prioritaire, l’implication, la réflexion des équipes sur des méthodes pédagogiques innovantes permettent d’améliorer le parcours scolaire des élèves, » indique-t-il.

Des politiques éducatives qui aggravent les inégalités


Mais ces bons résultats ne peuvent pas occulter la situation dramatique de l‘école française. Elle est devenue depuis quelques années, la plus inégalitaire des pays développés et en septembre dernier, le CNESCO – le Conseil national d‘évaluation du système scolaire – a conclu après deux années d‘étude que depuis trente ans, les politiques éducatives n’ont fait qu’aggraver les inégalités.

L‘échec de l‘éducation prioritaire est pointée du doigt. Elle qui concerne aujourd’hui un millier de collèges, 8000 écoles et un élève sur cinq en France. Suite à la publication de ce rapport accablant, les académies de Lyon et de Créteil ont rejetté nos demandes de tournage.

« Des écoles ghettoïsées »

Dans l‘école de Véronique Decker, tous les élèves appartiennent à des familles issues de l’immigration et en difficulté sociale. Bien que son établissement soit classé “Éducation prioritaire”, elle dit que peu de moyens supplémentaires lui ont été affectés.

Non-remplacement des professeurs

“Le non-remplacement des professeurs est un gros problème, insiste Laurence Blin dont les fils sont scolarisés dans la banlieue à forte immigration de Bobigny. Puisque mon fils en 6ème, pendant tout un trimestre, n’a pas eu de professeur d’anglais ; en 5ème, à chaque fois, le premier trimestre, pas de prof d’histoire-géographie et pendant deux trimestres, toujours en cinquième, pas de professeur d’arts plastiques et là, en 4ème, le premier mois, pas de professeur de sciences de la vie et de la terre, c’est énorme, déplore la mère de famille. Là aussi, en termes de réussite, comment veut-on que les enfants de collège où il y a de tels manques puissent avoir le même niveau que ceux qui ont des profs des années entières ?” lance-t-elle.