mardi 21 mars 2017

Les fautes d'orthographe font perdre des millions aux entreprises

Les entrepreneurs britanniques et français tirent la sonnette d’alarme. Les fautes dans les courriers ou sur les sites leur feraient perdre des sommes folles. En Belgique aussi, les chefs d’entreprise s’inquiètent. L’orthographe reste l’un des principaux critères de sélection.

Une faute d’orthographe dans le courrier envoyé par la secrétaire. Une erreur sur le site internet. Une conjugaison mal maîtrisée dans le communiqué de presse. Autant de détails « techniques » qui peuvent ruiner la réputation d’une entreprise. Et faire plonger son chiffre d’affaires.

De l’autre côté de la Manche, les employeurs ont décidé de s’attaquer à ce véritable fléau.

« Une simple faute d’orthographe sur le portail d’une entreprise peut faire chuter de moitié les ventes en ligne », indiquait récemment à la BBC Charles Duncombe, un homme d’affaires désespéré par les faibles connaissances orthographiques et grammaticales des demandeurs d’emploi qu’il rencontre.

Si toute l’économie britannique est concernée, Charles Duncombe estime que les conséquences sont particulièrement lourdes pour le commerce en ligne. D’après ses calculs, « on perd, chaque semaine, des millions de livres sterling sur internet à cause de simples fautes d’orthographe ».

Des perles rares

Et Charles Duncombe n’est pas le seul à se plaindre et à tirer ainsi la sonnette d’alarme. De récentes recherches menées au royaume de Sa Majesté soulignent que 42 % des employeurs britanniques ne sont pas satisfaits des niveaux de lecture et d’écriture des jeunes diplômés. Près de la moitié des entrepreneurs indiquent avoir déjà fait appel à des professeurs privés.

La francophonie ne semble pas épargnée. « Nos clients ont du mal à trouver des assistants et secrétaires avec un bon niveau d’orthographe », confiait au quotidien Le Figaro la responsable du marché tertiaire chez Adecco-France, Valérie Guibout.

Dans le même article, Pascal Brouaye, directeur de la prestigieuse École centrale d’électronique (ECE), se plaignait du niveau de certains élèves, insuffisant pour pratiquer le métier d’ingénieur. « La majorité de nos étudiants ont pourtant eu la moyenne au bac français et une mention au bac », précisait-il.

Source : RTBF

jeudi 16 mars 2017

UQAM — Débat sur ECR annulé suite à des menaces (m-à-j)

Le sociologue Mathieu Bock-Côté s’entretenait ce mardi midi avec M. Dutrizac à propos du débat sur le programme obligatoire d’Éthique et de culture religieuse (ECR) qui n’aura pas lieu à l’UQAM (université du Québec à Montréal) à la suite de menaces ainsi que du sujet plus vaste de la censure dans nos universités instituée par des groupuscules extrémistes de gauche. Mathieu Bock-Coté est une redoutable critique du programme ECR en ce que programme contesté et néanmoins imposé à tous les élèves incarne une mise en œuvre du multiculturalisme.



Si le lecteur audio ci-dessus ne fonctionne pas, cliquez sur ce lien.




Entretemps du côté de l’AFESH, on publie sur Facebook :



Les explications de Mathieu Bock-Côté
:

La censure, c’est la liberté d’expression. Apparemment. Retour sur la controverse de l’UQAM.

Un peu beaucoup malgré moi, j’ai été plongé dans une controverse agaçante cette semaine, portant sur la liberté d’expression à l’UQAM. D’abord les faits. Le 13 février, un étudiant au baccalauréat en enseignement au secondaire du cours ECR, m’écrivait pour m’inviter à participer à un débat sur le cours ECR à l’UQAM. Je lui ai dit que j’étais disponible la semaine du 7 avril. Ne recevant pas de nouvelles de sa part ensuite, je lui ai réécrit le 4 mars pour lui demander où nous en étions. Il m’a alors répondu ainsi : « Je suis vraiment désolé des délais, mais je dois lutter pour la liberté d’expression dans ma propre université (quelle honte). Car bien que je ne sois pas d’accord avec vous sur certains points j’ai envie de débattre avec vous. Je respecte la divergence d’opinions ce qui n’est pas le cas de tous (AFESH). » Il me demandait quelques jours de délais. Le 9 mars, il me revenait avec sa réponse : « Suite à de fortes pressions de la part d’une association étudiante de l’UQAM, je suis dans le regret d’annuler la conférence. Je suis sincèrement désolé que la liberté de parole soit à ce point obsolète entre les murs de notre université, mais je ne pouvais tenir une conférence avec autant de menaces de perturbations ». Ma présence posait problème.

On connaît la suite : l’organisateur de l’événement a annulé la conférence par crainte de le voir déraper. Sur Facebook, Normand Baillargeon, qui a eu vent de l’affaire, a rendu publique l’annulation en se désolant de ces pratiques et du climat de censure qui s’installe peu à peu à l’UQAM. Et c’est là que l’histoire devient intéressante. Sur la page FB de Normand Baillargeon, mais ailleurs sur les réseaux sociaux, de nombreuses personnes ont applaudi l’annulation. Je résume leur position : la liberté d’expression ne doit pas permettre l’expression publique d’idées en contradictions avec celles défendues par la gauche radicale. Je cite l’AFESH : elle est en lutte contre « l’instrumentalisation de la liberté d’expression et de la liberté académique lorsque celle-ci sert à tenir des propos oppressifs ». La liberté d’expression ne devrait pas « justifier le droit de prononcer des discours ou d’exercer des actions haineuses ou dégradantes particulièrement lorsque celles-ci sont racistes, colonialistes, xénophobes, transphobes, homophobes, sexistes, misogynes, antiféministes, classistes ou capacitistes ». Un esprit un peu curieux serait en droit de demander qui définira ces termes et concepts, qui relèvent du jargon de la gauche radicale la plus sectaire, au nom desquels on se donne désormais le droit de permettre ou d’interdire une conférence dans l’université. Nous sommes ici en continuité avec la pensée de Herbert Marcuse, la grande figure du gauchisme d’il y a quelques décennies, qui jugeait légitime de réprimer les idées en contradiction avec « l’émancipation ».

Ce qu’on comprend, cela dit, c’est que les militants de la gauche radicale uqamienne (mais nous savons que ce phénomène ne se limite pas à l’UQAM) se présentent comme les gardiens d’un nouveau dogme, apparemment porteur d’émancipation, qu’il serait interdit de transgresser. Ils se permettent donc de décider à la manière d’un tribunal idéologique, quelles positions sont en droit de s’exprimer et lesquelles doivent être tues. Ils veulent donc définir les contours du débat public et en garder fermement les frontières : ils se donnent le droit d’exclure ceux qui ne voient pas le monde comme eux. Il faut lire les théoriciens-militants de cette mouvance : ils jouent à la guerre civile et transforment leurs adversaires en ennemis — je me permets de dire qu’ils réservent en ce moment un traitement odieux à Normand Baillargeon, présenté comme un traître à la gauche servant désormais de caution aux « dominants », et pour cela insulté vertement par ceux qui pensent en slogan. Ceux qui s’imaginent que j’exagère devraient aller lire la discussion qui a suivi l’entrée Facebook de Normand Baillargeon ou celle suivant cette récente déclaration de cette association bizarre qu’on appelle l’AFESH. Cet homme absolument courtois qui plaide pour une civilisation du débat public est aujourd’hui grossièrement diabolisé.

Complètement enfermés dans un système idéologique parallèle, fondé sur l’inversion du réel, ces militants ne sont même pas conscients de heurter la liberté d’expression. En fait, ils disent même la défendre ! Leur argument est le suivant : la perturbation d’une conférence est justement une des modalités de la liberté d’expression, surtout pour ceux qui n’ont pas de tribunes publiques — ce serait une révolte admirable contre la parole des dominants. Empêcher ou limiter les perturbations visant à troubler et empêcher une conférence, telle serait la véritable négation de la liberté d’expression, et elle serait d’autant plus scandaleuse qu’elle piétinerait la liberté des sans-pouvoir. Inversement, ceux qui sont ainsi « perturbés » et qui s’en désolent publiquement ou privément sont accusés de se victimiser. Voyons-y une théorisation vertueuse de la censure au nom d’une forme de puritanisme idéologique qui s’exprime aussi avec la quête de safe space à l’université : on veut faire de l’université un espace aseptisé où les discours nous contrariant ne seront plus entendus, ou même possibles. On connait la célèbre formule d’Orwell dans 1984 : la liberté, c’est l’esclavage. Apparemment, aujourd’hui, la censure, c’est la liberté d’expression.

Que dirait-on si des groupuscules nationalistes décidaient de censurer pratiquement une conférence organisée par des fédéralistes sur l’avenir du Canada ? Que dirait-on si des fédéralistes décidaient de faire l’inverse ? Que dirait-on si des masculinistes décidaient de perturber une conférence féministe jusqu’à rendre impossible sa tenue ? Que dirait-on si des militants libertariens décidaient de perturber une conférence organisée par un syndicat social-démocrate ? On pourrait poursuivre longtemps la liste. Chaque mouvement a ses propres valeurs, ses propres dogmes, ses propres idéaux, ses propres points non-négociables. Aucun, pourtant, n’est en droit de juger ses idées si exceptionnelles qu’il se donne le droit de faire taire ceux qui feraient valoir un autre point de vue sur la cité. On ne cesse, dans notre société, de vanter la tolérance de l’autre, mais le premier « autre à respecter », c’est celui qui ne pense pas comme moi. Faut-il ajouter que la discussion démocratique repose sur le bannissement de la violence, et qu’on ne saurait la réhabiliter au nom de la « diversité des tactiques ».

On identifiera un autre paradoxe : en laissant ainsi des groupuscules fanatisés s’emparer d’une institution comme l’UQAM, on accepte pratiquement de privatiser un bien public. Un groupuscule décide d’imposer dans une université les termes du débat public et ceux qui ne s’y soumettent pas n’y seront pas les bienvenus. On se demande même comment perturber les cours de certains professeurs. Je résume : un petit groupe s’empare d’une institution publique et se la réserve pour elle-seule, à la manière d’un territoire libéré qui vivrait désormais selon les codes idéologiques du monde nouveau que nous promettent nos militants de la gauche radicale. Nous sommes bien loin de la tradition humaniste qui voyait dans l’Université un lieu où des philosophies concurrentes pouvaient être discutées rationnellement. Il faut dire que nos petits révolutionnaires condamnent la légitimité même de la discussion, qui ne serait qu’une illusion libérale au service des dominants. Ils s’enferment dans une vérité absolutisée qui devient indiscutable et dont la simple remise en question relève de ce qu’on appelait autrefois l’hérésie. Il serait temps qu’on s’intéresse à ce fanatisme progressiste qui prend de l’ampleur dans des lieux qui devraient justement symboliser la discussion rationnelle et civilisée, selon les codes élémentaires de la civilité démocratique. Il serait temps que la direction de l’UQAM s’y intéresse, notamment.

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mercredi 15 mars 2017

Syndicats : les parents ne peuvent peindre les murs de l'école de leurs enfants (m-à-j)

Mise à jour du 15 mars 2017

Le Journal de Québec informe que les parents bénévoles qui souhaitent retaper l’école de leurs enfants ne courront plus le risque d’être mis à l’amende.

La ministre responsable du Travail, Dominique Vien, a promis mercredi que des modifications seront apportées rapidement. «Dès cette semaine, le règlement en question sera sur mon bureau et [...] il franchira les étapes nécessaires», a assuré la ministre au Salon bleu.

«Nous sommes derrière les parents du Québec qui souhaitent effectivement s’impliquer, s’engager dans la vie communautaire de leur école», a ajouté Dominique Vien



Billet du 2 mars 2017

Chronique de Lise Ravary dont nous partageons l'étonnement. Nous soupçonnons que l'école en question était « publique » (gouvernementale) :

En apparence insignifiants, certains petits scandales en disent long sur la capacité des Québécois de plier l’échine face à la bêtise bureaucratique. D’accepter la petite dictature de fonctionnaires qui appliquent des règlements stupides avec autant de zèle que d’absence de jugement.

Une fois encore, parce qu’une personne, une seule, a porté plainte.

Des parents de l’école primaire Capitaine-Luc-Fortin en Montérégie ont dû abandonner leur projet de repeindre une partie de l’établissement pendant la semaine de relâche quand des inspecteurs de la Commission de la construction du Québec (CCQ) se sont pointés sur le «chantier» pour les menacer d’amendes de 200 $ par jour s’ils persistaient dans leur action bénévole illégale.

Au Québec, un citoyen a seulement le droit de peindre sa maison.

Peindre les murs d’une école est le privilège exclusif de personnes détenant une carte de compétence de peinture en bâtiment. Rien à redire sur le principe quand il s’agit de grands chantiers commerciaux, mais il faut savoir faire la part des choses.

Tuer l’initiative

Certains murs de cette école n’auraient pas été repeints depuis 30 ans, mais investir dans la décoration passe au dernier rang des priorités quand il n’y a même pas assez d’argent pour assurer des services éducatifs à tous [Note du carnet: mais assez pour des équipements peu utiles comme les tableaux blancs interactifs ou des campagnes de « sensibilisation » politiques et morales de toute type].

Il y a quelque chose de noble et grand dans le geste de ces parents qui ont voulu contribuer à l’amélioration de la qualité de vie de leurs enfants à l’école, mais aux yeux de l’État tentaculaire, et des syndicats victimaires, des papas et des mamans armés de seaux de peinture, de rouleaux et de pinceaux constituent une intolérable menace à la justice sociale.

Comment le bon peuple québécois, qui a survécu pendant des siècles grâce à l’entraide, peut-il accepter d’être gouverné par des gens qui trouvent acceptable d’interdire un tel geste de solidarité sociale?

Selon la CCQ, l’affaire est entre les mains du Directeur des poursuites pénales et criminelles. Vous avez bien lu.

Jean Sévillia : l'historiquement correct, le terrorisme intellectuel et les prêtres catholiques

L’auteur français Jean Sévillia était de passage où il a donné deux conférences. Il a été reçu par Mathieu Bock-Côté au micro de Radio Ville-Marie. Il y aborde le terrorisme intellectuel et l’historiquement correct, et comment éviter ces pièges quand on écrit l’histoire. Pour Sévillia, en France, l’hégémonie de la rectitude politique est en recul dans certains domaines, un exemple : le communisme peut désormais être critiqué, mais il y a de nouveaux tabous comme le multiculturalisme que l’on ne peut critiquer sans s’exposer à l’anathème de la part de la cléricature politiquement correcte.

M. Sévillia y traite aussi de l’orientation très « progressiste » des professeurs et des journalistes.

Enfin, il y évoque les persécutions des prêtres catholiques en France « laïque » au début du XXe et dont bénéficièrent grandement les écoles québécoises.



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L'histoire n'est pas un objet neutre, le correctivisme historique actuel

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samedi 11 mars 2017

L'école doit-elle faire connaître une histoire honnête du pays ou du monde ou former des historiens ?

Extraits d’une chronique intéressante de Louis Corneiller (que nous avons éreinté pour ses dérives d’un étatisme crispé par ailleurs) sur les objectifs du cours d’histoire à l’école. Nous sommes d’accord avec lui que l’école ne doit pas d’abord chercher à former des historiens, mais d’abord à faire connaître une histoire honnête du pays ou du monde où les élèves grandissent. Notons également que nous ne sommes pas non plus pour un cours d’histoire dont la méthodologie ou les moindres lignes seraient prescrites par l’État. Il est légitime de demander aux écoles d’apprendre les grandes lignes de l’histoire du pays où elles se trouvent, mais pas de leur dire comment l’enseigner en détail. 

[...]

« L’enseignement de l’histoire à l’école publique sème la controverse depuis plus de cent ans un peu partout dans le monde. Le Québec ne fait pas exception à cette règle », écrivent justement Marc-André Éthier et David Lefrançois dans l’introduction de Quel sens pour l’histoire ?, un ouvrage collectif qui se penche sur le nouveau programme (2016) d’histoire du Québec et du Canada au secondaire.

Les six didacticiens ou enseignants qui signent ce manifeste aiment l’histoire autant que moi et souhaitent, eux aussi, que cette matière occupe une place centrale à l’école. Toutefois, sur la manière, nos conceptions divergent.

Un enseignement scientifique

Éthier, Lefrançois et leurs collègues plaident pour un enseignement scientifique de l’histoire. Pour eux, il importe surtout d’apprendre aux élèves à « penser un peu comme le font les historiens », c’est-à-dire, ainsi que le résument Yelle et Déry, « à faire un travail d’analyse critique des sources selon une question posée pour établir des faits historiques et les organiser afin de mieux répondre aux questions d’aujourd’hui » dans une démarche d’enquête. Pour Éthier et Lefrançois, « c’est en faisant de l’histoire que l’on devient historien ».

Cette approche, plus axée sur les compétences que sur les connaissances, s’oppose à l’enseignement traditionnel de l’histoire nationale, fondé sur la transmission d’un récit chronologique des grands événements du passé. Cette histoire-récit, selon les didacticiens, aurait pour défauts d’être anecdotique, d’imposer une banale mémorisation et de reposer « sur la soumission à l’autorité extérieure », alors que la pratique de la pensée historienne qu’ils prônent permettrait le développement de l’esprit critique et de l’autonomie.

Boutonnet déplore d’ailleurs que le nouveau programme reproduise « des formes traditionnelles, conservatrices et obsolètes de l’enseignement de l’histoire nationale qui ne s’appuient sur aucune donnée probante de la recherche récente en didactique ». Demers, quant à elle, s’inquiète du tour nationaliste que prend ce programme aux allures de « roman national ».

Dans Le bonheur d’apprendre (Points, 1997), le journaliste français François de Closets exprimait son désaccord, que je partage, avec cet enseignement scientifique de l’histoire, qui veut faire acquérir aux élèves « les fondements d’un savoir universitaire dans une pure logique de chercheur ».

L’histoire-récit traditionnelle, reconnaissait-il, a des défauts (elle véhicule quelques clichés), mais elle a « le double mérite de passionner les enfants et de leur fournir d’indispensables repères chronologiques ». Elle s’est d’ailleurs bonifiée, depuis, en intégrant à sa narration principalement politique des thèmes relevant de l’histoire sociale (économie, religion, classes sociales, histoire des femmes et des minorités [Note du carnet : ce n’est pas nécessairement une bonification, car on voit bien l’exploitation politique qui en est faite...†]) et en reconnaissant le pluralisme interprétatif (au sujet de la Conquête, des patriotes, de la Confédération).

Éthier et Lefrançois ont peut-être raison de dire que c’est en faisant de l’histoire que l’on devient historien. Toutefois, on peut penser que le rôle de l’école n’est pas de former des historiens, mais des citoyens qui ont une connaissance honnête de l’histoire, comme on n’enseigne pas la littérature pour former des écrivains, mais des lecteurs.

De même, avoir un regard critique sur notre histoire nationale est certes nécessaire, mais encore faut-il d’abord avoir une bonne connaissance de cette dernière avant de la déconstruire, pour ne pas se complaire dans un procès intempestif du passé.





† On voit ainsi les pouvoirs publics sortir des inconnus de l’obscurité historique la plus totale afin d’étayer une conception moderne et souvent importée de l’histoire du pays (par exemple, le mois de l’Histoire des Noirs importé des États-Unis).

À tel point, par exemple, que Postes Canada «  a voulu mettre en avant un personnage historique qui a captivé et émerveillé les esprits, dont l’auréole continue d’étonner les chercheurs, historiens et autres auteurs. » L’émerveillement et l’auréole sont tels qu’il s’agit d’un personnage, Mathieu Da Costa, dont on ne connaît en pratique quasiment rien (on ne sait pas, par exemple, s’il est même venu au Canada, ni s'il était métis plutôt que noir). On comprend l'étonnement... On n’a pour tous documents que de très courtes et vagues mentions à cet homme.

Selon L'Encyclopédie canadienne, «[l]e seul fait connu et vérifiable sur Mathieu da Costa est un document révélant qu’il se trouve en Hollande en février ou mars 1607. » Par un autre document, « plusieurs historiens ont spéculé que da Costa accompagne Pierre Dugua de Mons et Samuel de Champlain lors d’un ou de plusieurs de leurs voyages en Acadie et dans la région du Saint-Laurent. Cette hypothèse est plausible, mais dans les premiers mois de l’exécution de son contrat, il est certain qu’il n’est pas à bord d’un navire à destination de l’Amérique du Nord. Au printemps 1609, il se trouve plutôt à Rouen en Normandie et le 15 juin de cette même année, Bauquemare met fin à son contrat sous prétexte « que ledict n---- s’est deffaict de moi ». En conséquence de quoi « certains historiens remettent en cause sa venue au Canada en raison du manque de preuves historiques ». C'est bien maigre pour un timbre, mais bon il fallait bien trouver quelqu'un pour illustrer l'histoire des minorités ethniques en Nouvelle-France...

Voir comment Radio-Canada décrit cette initiative difficile de Postes Canada de rendre hommage en 2017 à ce personnage historique « énigmatique ». On attend le timbre commémoratif historique sur le 375e anniversaire de la fondation de Montréal de la part de Postes Canada, plutôt qu’un timbre qui célébrerait par exemple le multiculturalisme moderne. À notre connaissance, aucun timbre à caractère historique n’est prévu pour ce 375e anniversaire.


Portrait imaginaire de Mathieu da Costa.

Bien que l’histoire de Mathieu Da Costa demeure incomplète [grand prix de l'euphémisme], l’intérêt pour sa vie et pour le lien unique qu’il avait noué avec notre pays nous rappelle les valeurs de respect, de tolérance et de diversité que les Canadiens chérissent tant.

– Deepak Chopra, Président-directeur général de Postes Canada

jeudi 9 mars 2017

Deux fois plus de dépressions chez les femmes qu'il y a 40 ans. Rançon de la « libération » de la femme ?

La prévalence de la dépression chez les femmes a doublé en 40 ans, selon une vaste étude publiée par le Collège européen de neuropsychopharmacologie (ECNP) à l’occasion de son congrès annuel qui s’est tenu à Paris en 2011.

Cette étude, menée par Hans-Ulrich Wittchen de l’Université de Dresde (Allemagne) et ses collègues pendant 3 ans dans 30 pays (ceux de l’Union européenne plus la Suisse, l’Islande et la Norvège) montre que le taux de dépression chez les femmes, âgées de 16 à 42 ans, a doublé depuis les années 1970. La plus grande partie de cette augmentation s’est produite dans les années 1980 et 1990. Les taux sont maintenant stables.

Les femmes ont un risque de dépression évalué de 10 % à 13,4 %, soit deux fois plus élevé que les hommes.

Les chercheurs attribuent cette augmentation aux changements sociaux : cumul du travail extérieur au foyer et de la famille, divorce... Ce serait celles qui sentent qu’elles ne réussissent pas bien à s’occuper de leurs enfants qui seraient plus susceptibles de vivre la dépression. (Étape suivante : une campagne gouvernementale pour déculpabiliser les femmes qui s’occuperaient mal de leurs enfants ?)

Les enfants dont la mère reste à la maison ont de meilleurs résultats à l’école

Rappelons qu’une métaétude, publiée à la fin 2010 par le Macalaster College au Minnesota et l’Université de Californie à partir de 69 enquêtes menées dans le monde entier depuis les années 1960, révèle que les enfants ont tendance à moins bien réussir à l’école si leur mère retourne au travail moins d’un an après leur naissance.

La recherche tendait à affirmer jusqu’ici que la garde non maternelle de l’enfant — quoiqu’ayant un impact négatif sur son bien-être émotionnel et pour son comportement — avait néanmoins des aspects positifs quant au développement cognitif.

La métaétude citée par le Daily Mail de Londres contredit cette affirmation et montre en même temps que les résultats varient selon la classe sociale et la structure familiale.

Ainsi, les enfants de classes moyenne et supérieure qui vivent avec leurs deux parents ont même, en moyenne, de moins bons résultats scolaires que leurs congénères de même classe sociale si leur mère retourne au travail dans les trois ans après leur naissance.

Peu de Hollandaises travaillent à plein temps, elles se disent très heureuses

En 2001, près de 60 pour cent des femmes néerlandaises qui travaillent travaillaient à temps partiel, contre seulement 20 pour cent des femmes canadiennes. Aujourd’hui, le nombre est encore plus élevé, oscillant autour de 75 pour cent. Certaines y voient un progrès, la preuve d’un supplément de liberté personnelle et l’adoption d’un mode de vie équilibré.

Pour d’autres, toutefois, il s’agirait d’une statistique alarmante puisqu’elle tend à indiquer que les femmes hollandaises ont abandonné la lutte à l’égalité dans le domaine de l’emploi salarié. L’économiste Heleen Mees prétend ainsi que la Néerlandaise typique se satisfait désormais de son sort : « Même à l’Université d’Amsterdam, l’université la plus “progressiste” que nous ayons, un de mes étudiants de 22 ans m’a déclaré : En quoi ça vous concerne si ma femme veut préparer des biscuits ? Et les étudiantes étaient d’accord avec lui ! Mais qu’est-ce qui se passe ici ? »

Mme Mees dirige une organisation qui s’appelle Les femmes au sommet dont le but est de pousser les Néerlandaises à entreprendre des carrières ambitieuses. Son slogan : « En finir avec le féminisme à temps partiel ! » Mme Mees souligne que le travail à temps partiel est un des principaux facteurs dans l’écart salarial persistant entre les hommes et les femmes. Notons qu’il n’y a écart qu’à travail égal, ce n’est pas le cas ici, comme le rappelait le Wall Street Journal : « Il n’y a pas d’écart salarial hommes-femmes ». Pour Heleen Mees, il s’agit également d’une question de principe : « Je pense que les femmes instruites ont une obligation morale d’assumer des positions importantes, pour donner l’exemple à leurs filles. »

Mais les Hollandaises semblent rester sourdes à l’appel des sirènes de l’entreprise. Interrogées pour savoir si elles aimeraient augmenter leurs heures, seuls quatre pour cent d’entre elles ont répondu oui, comparées à 25 pour cent pour les Françaises.

Pour Ellen de Bruin, auteur du succès de librairie Ces Hollandaises qui ne ne dépriment pas... Comment font-elles ? (Un clin d’œil au Ces Françaises qui ne grossissent pas... : Comment font-elles ? de Mireille Guiliano) la Néerlandaise typique est naturellement belle, n’est pas esclave de la mode, enfourche son vélo pour faire ses courses, passe beaucoup de temps avec ses enfants et son mari, suit des cours d’art en milieu de semaine, passe avec décontraction l’après-midi à boire du café avec ses amies. Elle aime travailler à temps partiel, gagne moins que son mari, mais ça lui va parfaitement : il paie les factures.

Le livre d’Ellen de Bruin soulignait ensuite que les femmes néerlandaises, comparées aux autres femmes occidentales, se retrouvent constamment au bas des palmarès qui classent les pays en fonction du taux de femmes qui occupent des postes supérieurs dans les entreprises et l’administration, mais qu’elles sont systématiquement classées en haut de ces listes sur le plan du bonheur et du bien-être. En fait, presque tout le monde aux Pays-Bas semble content du statu quo. En 2009, les Pays-Bas arrivaient en tête de tous les pays de l’OCDE pour ce qui est du bien-être global...


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Épidémie de détresse chez les enfants en CPE et chez les enfants de familles nanties

Les CPE ont échoué sur le plan pédagogique... comportemental et démographique

Lien avéré entre les femmes qui travaillent hors du foyer et l’obésité de leurs enfants

Étude — Le divorce affecte grandement la santé mentale des enfants.





Soutenons les familles dans leurs combats juridiques (reçu fiscal pour tout don supérieur à 50 $)

Dix mars 1736 — Les Indes Galantes de Rameau

Lors d’une représentation le 10 mars 1736, Rameau présente un nouvel acte (« une entrée ») à son opéra-ballet Les Indes galantes. Ce nouvel acte présente une histoire qui se déroule dans une forêt de la Nouvelle-France ou de Louisiane sous le régime français. Les « Sauvages » y tiennent le beau rôle, les prétendants européens de la belle Indienne Zima sont tournés en ridicule (l’un trop jaloux, l’autre trop volage). Non, décidément, le jeune prétendant indien de Zima, Adario, aime le plus simplement. La forêt nord-américaine est également un havre de paix où « jamais un vain désir ne trouble ici nos cœurs ». Les deux prétendants européens de Zima sont à l’arrière de la scène dans la vidéo ci-dessous. Ils sont tout essoufflés après quelques pas de danse, alors qu’Adario reste frais et fringant.



Rameau a assisté aux danses de deux chefs indiens de la Louisiane sur la scène du théâtre des Italiens à Paris en septembre 1725. Toutefois, la chorégraphie de la vidéo ci-dessus est bien moderne. La diction aussi d’ailleurs (pour une prononciation plus classique de ce rondeau, voir ici).

On trouvera ci-dessous la description de la danse de Deux Sauvages exécutée pour la première fois le lundi 10 septembre 1725 sur le Théâtre des Italiens. Ce texte fut publié pour la première fois dans le Mercure du mois de septembre 1725, puis dans le Parfaict Dictionnaire (1767).

Les Comédiens Italiens, avant leur départ pour Fontainebleau, donnèrent sur leur Théâtre une nouveauté des plus singulières. Deux Sauvages venus depuis peu de la Louisiane, grands & bien faits, âgés d'environ vingt-cinq ans, dansèrent trois sortes de danses, ensemble & séparément, & d'une manière à ne pas laisser douter qu'ils n'aient appris les pas & les sauts qu'ils font, très loin de Paris. Ce qu'ils prétendent figurer est sans doute fort aisé à entendre dans leur pays, mais ici rien n'est plus difficile à pénétrer : voici ce que nous en avons pu apprendre.

Le premier Danseur représentait un Chef de sa Nation, vêtu un peu plus modestement qu'on ne l'est à la Louisiane, mais en sorte que le nu du corps paraissait assez. Il avait sur la tête une espèce de couronne, pas riche, mais fort ample, ornée de plumes de différentes couleurs. L'autre n'avait rien qui le distinguât d'un simple guerrier. Le premier fit entendre à celui-ci, par sa façon de danser, & par ses attitudes cadencées, qu'il venait proposer la paix, & présenta le calumet ou étendart à son ennemi. Ensuite, ils dansèrent ensemble la danse de la paix. La seconde danse appelée la guerre, exprime une assemblée de Sauvages, où l'on prend le parti de faire la guerre à tel ou à tel peuple, & on en voit toutes les horreurs. Ceux qui sont de ce sentiment opinent en venant se mêler à la danse. Dans la troisième le guerrier va d'abord à la découverte de l'ennemi, armé d'un arc & d'un carquois garni de flèches, pendant que l'autre assis par terre bat du tambour, ou espèce de timbale pas plus gros que la forme d'un chapeau. Après avoir découvert l'ennemi, le Sauvage revient en donner avis à son Chef. Il imite ensuite le combat, dans lequel il suppose avoir défait l'ennemi. Après quoi ils dansent ensemble la danse de la Victoire.

mercredi 8 mars 2017

Les jeunes femmes gagnent plus que les jeunes hommes dans les métropoles américaines

James Chung un analyste de Reach Advisors, une entreprise de recherche du secteur privé, a passé environ un an à analyser les données du recensement des États-Unis de 2008, en examinant les revenus des hommes et des femmes dans les régions métropolitaines des États-Unis. L’étude complète n’a jamais été publiée, seules quelques-unes de ses conclusions.

Parmi celles publiées en septembre 2010, on retrouve la suivante : « Les salaires médians à temps plein des jeunes femmes des grandes villes américaines dépassent de 8 % ceux de leurs jeunes homologues masculins ».

Une ventilation fournie pour le magazine Time fournissait des données pour quelques grandes villes. À Atlanta, les jeunes femmes célibataires sans enfant gagnaient 21 % de plus que les jeunes hommes célibataires sans enfant. À Los Angeles, les jeunes femmes gagnaient 12 % de plus que les jeunes hommes de leurs cohortes. Ces données ont également été publiées par NPR et CBS News.

L’American Enterprise Institute a publié ces chiffres dans un tableau (repris ci-dessous) qui illustre le fait que les jeunes femmes célibataires gagnent plus que les jeunes hommes célibataires.



Chung a déclaré à Politifact en 2014 qu’il n’avait pas mis à jour son analyse pour déterminer si ces chiffres avaient changé depuis 2008. Politifact ne connaît aucune source plus récente qui aurait tenté de recréer l’analyse spécifique de Chung. En outre, la méthodologie de Chung ne semble pas avoir été sérieusement critiquée.

Pew Research a publié une étude sur les tendances salariales pour toutes les femmes entre 25 et 34 (un groupe plus étendu et plus âgé). Comparé à tous les hommes du même âge, Pew Research a constaté que les femmes gagnent 93 % de ce qu’un homme gagne.

Notons que l’étude de Chung porte sur des revenus médians sur l’ensemble des salaires, elle ne compare pas les salaires par secteur d’activités.

La raison pour laquelle les jeunes femmes dans les régions métropolitaines gagnent plus que les jeunes hommes, c’est qu’elles sont 50 pour cent plus susceptibles d’avoir un diplôme universitaire. Selon Chung, « cela signifie donc qu’elles sont les plus nombreuses que les jeunes hommes dans les emplois de premier échelon dans notre économie de la connaissance. » Ces emplois sont bien payés.

Il y a quelques années déjà l’économiste Thomas Sowell répondait à quelques idées fausses sur les différences salariales entre hommes et femmes (voir la vidéo ci-dessous). Thomas Sowell nous apprend ainsi que « la proportion des femmes parmi les cadres était plus grande pendant les premières décennies du XXe siècle que pendant les décennies du milieu du XXe siècle et tout cela avant le mouvement féministe. » Il y avait ainsi deux fois plus de femmes dans le Who’s Who en 1908 qu’en 1950 (alors en plein baby-boom). C'est la maternité qui a le plus grand impact sur les salaires, pas le mouvement féministe. Pour d’autres détails, voir la vidéo :



Source : Politifact 

Voir aussi

Wall Street Journal : « Il n’y a pas d’écart salarial hommes-femmes »

Discrimination — Les lesbiennes gagnent plus que les hétérosexuelles.

Les gars, l’école et le Conseil du statut de la femme

Classement des écoles de l’Institut Fraser (2016) : les filles dominent désormais aussi en maths

L’État [et ses emplois à l’abri des aléas économiques] se féminise et se « diversifie »


Féminisme: vivement le 9 mars !

Extrait d'une chronique d'Élizabeth Lévy, fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur :

Sous couvert de combat pour l’égalité, c’est la différence des sexes qui est menacée

Cela n’a pas dû vous échapper: nous sommes le 8 mars. Pourquoi cette journée est-elle différente des autres jours ? Parce qu’hier nous étions esclaves et qu’aujourd’hui nous sommes des femmes libres – ce qui mériterait bien quelques festivités et libations ? Que nenni. Tous les autres jours, les femmes pensent, parlent, travaillent, aiment, rient, produisent, quittent, souffrent, s’énervent, énervent, pleurent, en un mot vivent. Mais ce jour-là, elles doivent exclusivement se plaindre et être plaintes. Et n’essayez pas d’en profiter messieurs (ou mesdames, d’ailleurs), l’ambiance n’est pas à la drague, même légère. Airs graves, statistiques effrayantes et récits apocalyptiques sont de rigueur. « Toutes victimes ! », c’est la devise de cette belle journée. D’ailleurs, je me suis faite avoiner par la secrétaire d’Etat Pascale Boistard pour avoir osé prôner un féminisme joyeux. Joyeux, vous vous rendez compte.


Moi j’appelle ça la sainte-chipie, de façon un peu conjuratoire. Parce que, je vous jure, chaque année c’est un calvaire. D’accord, je suis souvent invitée à la télé où je suis gracieusement pomponnée et coiffée par des gens adorables. Cette année, c’était chez Pascal Praud, sur CNews, où j’aime bien aller. Bonne ambiance, rien à dire, même la fille d’Osez le féminisme était aimable (Caroline de Haas, c’était pas vraiment ma copine). En plus, il y avait ma chère Eugénie Bastié, qui se bat comme une lionne. L’ennui, c’est que tout le monde a la même idée super-transgressive : le 8 mars, on fait un plateau de femmes, c’est bon ça chef ! Toute la journée, vous avez donc entendu ou vu des femmes (et le premier qui parle de volière devra en subir les conséquences). Les seuls hommes tolérés sont priés de faire leur autocritique pour toutes leurs mauvaises actions, paroles ou pensées passées, présentes ou futures. Alors, il paraît qu’on vit sous le joug de la domination masculine, mais des femmes qui parlent de problèmes de femmes entre femmes, ça peut évoquer ce que d’aucuns appellent la toute-puissance féminine. Enfin, ça doit être un fantasme de juif viennois. Il ne saurait y avoir de pouvoir des femmes, puisqu’elles sont dominées. En plus, avec tous ces techniciens Orange qui rôdent et risquent d’utiliser votre zéro-six pour vous faire un compliment on n’est plus en sécurité.






De toute façon, quand je suis arrivée sur le plateau, j’étais déjà bien déprimée. En faisant ma gym – avec le sentiment coupable d’être aliéné aux stéréotypes masculins –, j’ai écouté comme chaque jour ou presque la matinale de Guillaume Erner sur France Culture. Deux minutes après 7 heures, premier chiffre accablant : 26 % de différence salariale, pauvre exploitée, à partir de 15h40 t’es pas payée. Bien sûr, c’est une entourloupe, qui repose sur une moyenne –, et qui, comme l’a rappelé Eugénie, tient au fait, pour l’instant dirimant (quoi que veuillent certaines-et-certains comme on dit dans le jargon bêtement féminisé de notre époque), que les femmes portent les enfants. D’ailleurs, plus tard j’ai appris que selon l’INSEE, pour les jeunes diplômés, cette différence n’existe quasiment plus

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[Note du carnet : aux États-Unis, en ville, les jeunes femmes gagnent en fait plus que les jeunes hommes..., voir prochain billet : Les jeunes femmes gagnent plus que les jeunes hommes dans les métropoles américaines]

Wall Street Journal : « Il n'y a pas d'écart salarial hommes-femmes »

D’après un important groupement féministe pour l’égalité des salaires des femmes, le National Committee for Pay Equity, le 12 avril est la date jusqu’à laquelle les femmes doivent travailler en plus de l’année précédente pour avoir un salaire égal à celui des hommes sur un an : d’après les associations féministes représentées par ce Comité, les femmes touchent 20 % de salaires en moins qu’un homme à travail égal… Les faits et la logique montrent pourtant, de façon répétée, qu’il n’en est rien.

À cette période de l’année, on retrouve un peu partout le même genre d’articles, consacré à l’abhôminable différence de salaire entre les hommes et les femmes.

Pour une école libre avait déjà mentionné, en décortiquant les pages d'un cahier d'activités d'ECR particulièrement féministe, des faits peu connus sur le salaire des femmes et des erreurs de méthode qui conduisent à caricaturer les différences salariales entre les sexes.

Une des erreurs de calcul (« les manipulations » si on n'est pas charitable) est simple, elle consiste à prendre, pour un secteur donné, toute la masse salariale des femmes et de la diviser ensuite par leur nombre. On fait de même côté masculin et on compare les deux. On compare et la comparaison ne laisse aucun doute : les femmes gagnent moins que les hommes « en moyenne ».

Il s'agit là d'un procédé très discutable puisqu’on n’a pas tenu compte des anciennetés, des parcours professionnels, des différences de temps de travail à la journée et dans l’année, des éventuels barèmes…

Cette année, un intéressant article du Wall Street Journal nous fournit quelques éléments supplémentaires de réflexion à ce sujet, nourris par la crise récente qui traverse le monde en général et les États-Unis en particulier.

On note ainsi que les taux de chômage actuel aux États-Unis sont plus haut pour les hommes (9,3 %) que pour les femmes (8,3 %). De plus, le taux d’hommes employés a plus chuté pendant l’année (de 71,4 % à 70,4 %) que pour les femmes (de 58,8 % à 58,3 %). Ces chiffres montrent que plus d’hommes sont découragés dans leur recherche d’emploi que de femmes.

La raison structurelle, au moins en cette période de crise, peut être à chercher du côté des secteurs qui emploient traditionnellement les hommes, comme la construction, le BTP ou les transports, secteurs qui ont subi de plein fouet la crise actuelle.

Or, si l’on accepte que les hommes et les femmes travaillent globalement dans des secteurs différents, on ne devrait pas s’étonner de trouver des différences aussi au niveau des salaires. Tout est, finalement, dans la raison invoquée pour expliquer ces écarts.

Si l’on choisit la version féministe, on mettra rapidement ces disparités sur le dos d’une méchante discrimination ardemment défendue par les vilains patrons, majoritairement « turbolibéraux », donc « acoquinés » avec le Démon moyennant un pacte signé avec leur sang ou celui d’une victime tenue en esclavage dans une cave sombre.

Si l'on s’en tient aux éléments statistiques recueillis avec soin, on se rend compte que la thèse Méchants Patrons et discrimination sexiste … ne vaut rien : les femmes employées à temps complet travaillent en moyenne 8,01 heures par jour, à comparer au 8,75 heures pour les hommes … Et cette différence de 9 % pourrait expliquer, au moins en partie, une différence salariale.

Un autre élément à prendre en compte et très vite oublié par certaines activistes est le type de travail qu’occupent les hommes et les femmes. Et voilà !, statistiquement aussi, un nombre de femmes — suffisant pour être visible sur les grandes masses de populations observées — choisit un travail un peu moins bien rémunéré, mais aux horaires plus réguliers et aux conditions mieux adaptées à leurs demandes. Les hommes, a contrario, choisissent des boulots un peu plus risqués, un peu mieux rémunérés, mais plus contraignants. Cela se traduit d’ailleurs directement dans les accidents sur les lieux de travail, avec une surreprésentation masculine.

Mais le pompon, c’est que la différence salariale homme/femmes tend à diminuer voire s’inverser au détriment de l’homme lorsqu’on tient compte de tous les facteurs définissant un poste donné. Une étude faite en 2010 par Reach Advisor a montré que parmi les travailleurs célibataires et sans enfant de 22 à 30 ans, les femmes gagnaient en moyenne 8 % de plus que les hommes. Si l’on se rappelle que le taux d’instruction et la qualité des diplômes est notoirement meilleure chez les femmes que chez les hommes et que l’ensemble des économies occidentales font de plus en plus appel — par tertiarisation — à des travaux plutôt intellectuels, cet écart ne surprend pas tant que ça.


Le professeur Thomas Sowell sur les idées fausses
en matières de différences salariales entre hommes et femmes


Enfin, à ces éléments statistiques s’ajoute un élément de logique : puisqu'il semble de notoriété publique que les femmes touchent donc systématiquement moins que les hommes à travail égal, pourquoi diable les patrons continuent-ils d’employer des hommes, plus cher de 20 à 30 % ? Les employeurs seraient donc assez malins pour discriminer activement les femmes et les empêcher d’accéder aux postes mieux rémunérés, mais trop sots pour le faire avec les hommes. Sauf à rentrer dans le mécanisme intellectuel douteux du complot mondial, on n’explique guère un tel comportement.

Mais ceci est sans importance puisque le mantra principal, qui pose la discrimination sexuelle comme préalable à toute analyse des différences salariales, est devenu absolument indiscutable au point qu’on ne retrouve plus que lui dans tous les articles de la Grosse Presse et des médias conformistes.






Via (en partie de) Contrepoints





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