samedi 30 mars 2019

France — étude établit lien entre recul des naissances et politique familiale

Un sondage Ifop pour les AFC, que « La Croix » a publié le 28 mars, fait le lien souvent contesté entre l’évolution de la politique familiale et la baisse de la natalité observée ces dernières années.

Si le phénomène de report ou de renoncement reste minoritaire, il n’empêche que « le sondage montre que les multiples coups de canif opérés depuis cinq ou sept ans dans la politique familiale ont eu un effet suffisamment fort pour impacter le taux de natalité », explique Jérôme Fourquet, président de l’Ifop.

Un tiers des Français estiment que les divers coups de rabot successifs à la politique familiale ont abouti à leur faire différer ou renoncer à un avoir un enfant. Tel est l’enseignement d’un sondage(1) que La Croix dévoile et qui est publié par les Associations familiales catholiques (AFC) à la veille de leur assemblée générale, qui se tient dimanche 31 mars.

Après avoir fait la liste de certaines mesures récentes (« division par trois de la prime de naissance à partir du second enfant, diminution de la durée du congé parental pour les mères de famille, abaissement par deux fois du quotient familial, mise sous conditions de ressources des allocations familiales ») l’Ifop interroge : « Diriez-vous que la dégradation de la politique familiale ces dernières années vous a amené à renoncer à avoir un enfant supplémentaire ? » « Oui », répondent 33 % des personnes interrogées. Cette proportion monte à 42 % chez les parents de jeunes enfants de 0 à 4 ans.

Deux catégories socioprofessionnelles particulièrement représentées

Suit une deuxième question, parlant de « différer » au lieu de « renoncer » à avoir un enfant supplémentaire. « Oui », répondent encore 29 % des personnes interrogées, et 44 % parmi les parents d’enfants de 0 à 4 ans.

Les réponses positives se retrouvent principalement dans deux catégories socioprofessionnelles précaires : les ouvriers et les indépendants. À l’inverse, les catholiques pratiquants sont les moins impactés (à 76 %).

Une étude fait le lien entre recul des naissances et politique familiale

Si le phénomène de report ou de renoncement reste minoritaire, il n’empêche que « le sondage montre que les multiples coups de canif opérés depuis cinq ou sept ans dans la politique familiale ont eu un effet suffisamment fort pour impacter le taux de natalité », explique Jérôme Fourquet, président de l’Ifop. Le taux de fécondité a, en effet, reculé en France en 2018 pour la quatrième année consécutive. [Au Québec, le taux de fécondité est en baisse depuis 9 années consécutives.]

« La confiance est érodée »

Ce que confirme Gérard-François Dumont, démographe, professeur à la Sorbonne et président de la revue Population et avenir. Il voit même dans les résultats de ce sondage, la confirmation d’une règle générale : « Contrairement à ce que l’on entend souvent, l’évolution de la fécondité ces dernières décennies suit toujours celle de la politique familiale : à chaque fois que l’on a baissé cette dernière, le nombre de naissance a baissé aussi. À chaque fois que la politique familiale a été généreuse, les naissances sont reparties à la hausse. »

Un exemple emblématique serait, selon lui, la période 1998 à 2001 : « La fécondité a alors remonté après que deux changements structurels annoncés ont été écartés : l’imposition des allocations familiales et la mise sous condition de ressources des allocations familiales. » Selon lui, il n’y aurait donc pas de doute  : « La confiance dans la politique familiale est aujourd’hui érodée. Le gouvernement ferait bien d’établir un diagnostic et de revenir sur des mesures qui ont été néfastes. »

« Pas d’effet mécanique »

Pourtant, ce lien, entre politique familiale et natalité est ténu, estiment de nombreux chercheurs. Beaucoup restent très circonspects sur l’idée que les aides financières influent réellement sur la décision d’un couple d’avoir, ou non, un enfant. Ils mettent davantage en avant d’autres explications au recul de la natalité actuel tenant à la baisse du nombre de femmes en âge de procréer ou aux effets de la crise économique de 2008, voire à un changement de comportement des parents qui font des enfants de plus en plus tard.


(1) Réalisée par l’Ifop auprès de 1 016 personnes représentatives, les 26 et 27 février 2019.

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Parents « ouverts, inclusifs et responsables » contre amalgames et règlement rigide de Roberge

Pour une éducation ouverte, inclusive et responsable, lettre ouverte de Manon Sainte-Marie, Sonia Lefebvre et Martin Durocher, parents et citoyens engagés, publiée le 30 mars 2019 dans Le Devoir.

Monsieur le Ministre Jean-François Roberge, nous sommes des milliers de familles au Québec à avoir choisi de vivre l’éducation autrement, hors de l’école. Nous avons choisi d’offrir à nos enfants une éducation bienveillante, adaptée, sensible, rigoureuse, amusante qui dépasse largement les limitations et les contraintes du système scolaire québécois actuel. Toutes ces familles ont développé, au cours des années, de l’expertise, des expériences et des connaissances absolument incroyables ainsi qu’un réseau d’entraide et de partage ouvert et inclusif.

Loin d’isoler nos enfants de l’espace civique et de la communauté, notre espace d’apprentissage EST l’espace civique et communautaire. Les activités sont riches, variées, stimulantes et regroupent une mixité de personnes, enfants comme adultes. Elles s’insèrent dans toutes les sphères de la vie quotidienne, utilisent la panoplie de ressources que la société met à notre disposition (musées, bibliothèques, installations sportives, centres scientifiques, ateliers, centres communautaires, etc.) et s’appuient sur un réseau de personnes dont les expertises et compétences multiples et variées enrichissent l’expérience quotidienne des enfants.

Nos enfants sont curieux, ont soif d’apprendre, n’ont pas peur de se tromper — et donc d’innover —, ont une pensée critique, sont en constante interaction avec des adultes, des enfants de tous âges et s’impliquent dans les activités quotidiennes de la vraie vie. Ils apprennent à se respecter et à respecter les autres, à connaître leurs forces et à les mettre en commun avec celles des autres, à devenir des citoyens engagés, impliqués et responsables.

L'avis et l'intérêt des parents délaissés. L'État, les experts et les syndicats privilégient l'aspect budgétaire et le bien-être des enseignants.

Les familles qui font l’enseignement hors de l’école participent activement, quotidiennement et avec enthousiasme à la création, à l’enrichissement et au renouvellement de l’espace collectif. Le système d’éducation fait face à de grands défis ; c’est une réalité grandement partagée. L’éducation alternative que nous offrons à nos enfants apporte de nombreuses solutions aux problèmes récurrents du système scolaire actuel, et cela, pour peu de frais ou aucuns frais pour le gouvernement. La réalité de la majorité des enfants qui reçoivent une éducation hors de l’école n’a rien à voir avec les écoles religieuses illégales.

L’amalgame malheureux auquel participent politiciens et journalistes ces derniers jours constitue un dangereux dérapage qui nuira à l’épanouissement des premiers en n’apportant aucune solution au problème exposé. Les pratiques de l’enseignement à domicile sont [DÉJÀ] encadrées par une direction de l’enseignement à la maison née il y a moins d’un an. Plus de 5000 enfants y sont inscrits, et la relation de confiance qui est en train de se bâtir avec cette direction nous semble porteuse de mesures de prévention, de soutien et d’évaluation intelligentes, adéquates, adaptées et dans l’intérêt de nos enfants. Imposer un programme et des examens uniformes et standardisés, comme le prévoit votre projet de règlement, n’éliminera pas les écoles illégales et ne fera que restreindre l’étendue des apprentissages et des solutions adaptées et novatrices que permet l’enseignement à la maison.

Monsieur le Ministre, si vous souhaitez appuyer votre opinion sur des faits et non sur des a priori, nous vous invitons à venir partager notre quotidien, à rencontrer nos enfants, à échanger sur leur expérience et leur réalité hors école. Et si vous considériez les familles qui choisissent l’éducation autrement comme des alliées pour l’innovation éducative au Québec ?
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France — Sur 30 ans, le niveau en calcul des élèves de 11 ans est en baisse, selon étude

Une mauvaise nouvelle pour l’éducation nationale. Entre 2007 et 2017, le niveau des élèves de CM2 (11 ans) en calcul a baissé, poursuivant une tendance amorcée trente ans plus tôt, révèle une étude de la Depp, l’agence des statistiques du ministère de l’Éducation, ce vendredi.

Lancée en 1987, cette enquête avait déjà montré une forte baisse des performances des élèves entre 1987 et 1999, avant de remonter légèrement entre 1999 et 2007. « Dix ans plus tard, on assiste à une baisse des performances des élèves, moins marquée cependant qu’entre 1987 et 1999 », souligne l’étude. Pour que les résultats soient comparables dans le temps, des échantillons représentatifs ont été tirés au sort et les consignes de passation et de correction des épreuves ont été répercutées à l’identique pour les quatre moments d’évaluation.


Sur trente ans, les résultats indiquent une baisse générale des performances : ainsi, les taux de réussite moyens pour les additions s’élevaient à 90 % en 1987 et à 77 % en 2007. En 2017, ils atteignent 69 %. Pour les soustractions, réussies autour de 83 % en 1987, elles ne le sont qu’à hauteur de 64 % en 2007 et de 55 % en 2017. La baisse est encore plus marquée pour les divisions : 74 % en 1987, 43 % en 2007 et 37 % en 2017.



Concernant les problèmes, les taux de réussite moyens sont de 32 % en 2017. En 1987 et en 2007, ils s’élevaient respectivement à 52 % et 40 %, indique la Depp. À chaque enquête, les garçons présentent de meilleurs résultats que les filles. Mais l’écart se resserre en 2017, poursuit la Depp. Enfin, depuis trente ans, les résultats sont les plus élevés parmi les élèves d’origine sociale favorisée. À l’opposé, les enfants issus des milieux les plus défavorisés présentent les performances les plus faibles. Les résultats sont en baisse dans toutes les catégories sociales.


vendredi 29 mars 2019

Cardinal Sarah : Dieu ne veut pas la migration, Jésus est rentré chez lui.

Préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements depuis 2014, le cardinal Sarah publie son troisième ouvrage, Le soir approche et déjà le jour baisse, en collaboration avec Nicolas Diat, spécialiste de l’Église catholique et auteur notamment d’un ouvrage de référence sur Benoît XVI, L’Homme qui ne voulait pas être pape.

Le soir approche et déjà le jour baisse se penche sur la décadence de l’Occident, les errements de certains prêtres, le retour de l’Europe à ses racines chrétiennes et les vagues de migrations qui submergent le continent.

Si les ouvrages de prélats catholiques suscitent souvent un ennui poli par leur ton mièvre, le nouveau livre d’entretiens du cardinal Robert Sarah avec Nicolas Diat tranche. Il rappelle qu’un monde qui oublie toute transcendance court à sa perte, il renvoie dos à dos la « barbarie matérialiste » et la « barbarie islamiste », exhorte l’Église à remettre le Christ au centre, dénonce le pacte de Marrakech soutenu par le Vatican et met en garde contre l’ordination d’hommes mariés que certains voudraient expérimenter à l’occasion du prochain synode sur l’Amazonie.

Pour le cardinal Sarah, il existe « une forte majorité de prêtres qui restent fidèles à leur mission d’enseignement, de sanctification et de gouvernement. Mais il y a aussi un petit nombre qui cède à la tentation morbide et scélérate d’aligner l’Église sur les valeurs des sociétés occidentales actuelles. Ils veulent avant tout que l’on dise que l’Église est ouverte, accueillante, attentive, moderne. L’Église n’est pas faite pour écouter, elle est faite pour enseigner : elle est mater et magistra, mère et éducatrice. Certes, la maman écoute son enfant, mais elle est d’abord présente pour enseigner, orienter et diriger, car elle sait mieux que ses enfants la direction à prendre. Certains ont adopté les idéologies du monde actuel sous le prétexte fallacieux de s’ouvrir au monde ; mais il faudrait plutôt porter le monde à s’ouvrir à Dieu qui est la source de notre existence. On ne peut pas sacrifier la doctrine à une pastorale qui serait réduite à la portion congrue de la miséricorde : Dieu est miséricordieux, mais dans la seule mesure où nous reconnaissons que nous sommes pécheurs. Pour permettre à Dieu d’exercer sa miséricorde, il faut revenir à Lui, comme l’enfant prodigue. Il y a une tendance perverse qui consiste à fausser la pastorale, à l’opposer à la doctrine et à présenter un Dieu miséricordieux qui n’exige rien : mais il n’y a pas un père qui n’exige rien de ses enfants ! Dieu, comme tout bon père, est exigeant, parce qu’il nourrit des ambitions immenses pour nous. »

Quant à la désaffection des fidèles, le cardinal Sarah fait l’autocritique de l’Église : « Je suis convaincu que la responsabilité première de cet écroulement de la foi doit être assumée par les prêtres. Dans les séminaires ou dans les universités catholiques, nous n’avons pas toujours enseigné la doctrine. Nous avons enseigné ce qui nous plaisait ! Le catéchisme aux enfants a été abandonné. La confession a été méprisée. Dans les années 1970 et 1980 en particulier, chaque prêtre faisait ce qu’il voulait à la messe. Le pape Benoît XVI dit que la crise de la liturgie a provoqué la crise de l’Église. Lex orandi, lex credendi: comme on prie, on croit. S’il n’y a plus de foi, la liturgie est réduite à un spectacle, à un folklore, et les fidèles se détournent. »

Le cardinal Sarah défend l’enracinement et les identités : « Quand je suis allé en Pologne [en octobre 2017], pays qui est souvent critiqué, j’ai encouragé les fidèles à affirmer leur identité comme ils l’ont fait pendant des siècles. Mon message fut simple : vous êtes d’abord polonais, catholiques, et ensuite seulement européens. Vous ne devez pas sacrifier ces deux premières identités sur l’autel de l’Europe technocratique et apatride. La Commission de Bruxelles ne pense qu’à la construction d’un libre marché au service des grandes puissances financières. L’Union européenne ne protège plus les peuples. Elle protège les banques. J’ai voulu redire à la Pologne sa mission singulière dans le plan de Dieu. Elle est libre de dire à l’Europe que chacun a été créé par Dieu pour· être placé en un endroit précis, avec sa culture, ses traditions et son histoire. Cette volonté actuelle de globaliser le monde en supprimant les nations, les spécificités est une pure folie. Le peuple juif a dû s’exiler, mais Dieu l’a ramené dans son pays. Le Christ a dû fuir Hérode en Égypte, mais il est revenu dans son pays à la mort d’Hérode. Chacun doit vivre dans son pays. Comme un arbre, chacun a son sol, son milieu où il s’épanouit parfaitement. Il vaut mieux aider les gens à s’épanouir dans leur culture que de les encourager à venir dans une Europe en pleine décadence. C’est une fausse exégèse que d’utiliser la Parole de Dieu pour valoriser la migration. Dieu n’a jamais voulu ces déchirements. »

Pour le cardinal guinéen, « les migrants qui arrivent en Europe sont parqués, sans travail, sans dignité... C’est cela que l’Église veut ? L’Église ne peut pas coopérer avec cette nouvelle forme d’esclavage qu’est devenue la migration de masse. Si l’Occident continue dans cette voie funeste, il y a un grand risque que, faute de natalité, il disparaisse, envahi par les étrangers, comme Rome a été envahie par les Barbares. Je parle en tant qu’Africain. Mon pays [la Guinée, donc] est majoritairen1ent musulman. Je crois savoir de quelle réalité je parle. [...] Dieu ne change pas d’avis. Dieu a donné une mission à l’Europe qui a accueilli le christianisme. Puis les missionnaires européens ont apporté le Christ jusqu’aux confins du monde. Et ce n’était pas un hasard, mais le plan de Dieu. Cette mission universelle qu’il a donnée à l’Europe quand Pierre et Paul sont venus s’installer à Rome, à partir de laquelle l’Église a évangélisé l’Europe et le monde, elle n’est pas terminée. Mais si nous y mettons un terme en nous enfonçant dans le matérialisme, l’oubli de Dieu et l’apostasie, alors les conséquences seront graves. Si l’Europe disparaît, et avec elle les valeurs inestimables du vieux continent, l’islam envahira le monde, et nous changerons totalement de culture, d’anthropologie et de vision morale. »

Interrogé dans les colonnes de L’Incorrect, le prélat guinéen qui ne manie pas la langue de buis, ajoute sur l’immigration : « Je suis scandalisé par tous ces hommes qui meurent en mer, par les trafics humains, par les réseaux mafieux, par l’esclavage organisé. Je reste perplexe devant ces gens qui émigrent sans papier, sans projet, sans famille. Ils pensent trouver ici le paradis terrestre ? Il n’est pas en Occident ! S’il faut les aider, je pense que c’est sur place, dans leurs villages, dans leurs ethnies. On ne peut cautionner ces déséquilibres éco­nomiques et ces drames humains. Vous ne pouvez pas accueillir tous les mi­grants du monde. Accueillir, ce n’est pas seulement laisser entrer les gens chez soi, c’est leur donner du travail. Vous en avez ? Non. Leur donner un logement. Vous en avez ? Non. Les parquer dans un endroit indécent, sans dignité, sans travail, ce n’est pas ce que j’appelle accueillir les gens. Cela ressemble plus à une organisation mafieuse ! L’Église ne peut pas coopérer à des trafics humains, qui ressemblent à un nouvel esclavage.

Ce que je trouve également scan­daleux, c’est qu’on utilise la Parole de Dieu pour justifier cela. Dieu ne veut pas la migration. Le Christ, enfant, s’est réfugié en Égypte, à cause d’Hérode, mais il est rentré chez lui ensuite. De même, Dieu a toujours ramené son peuple en Israël, après chaque famine et chaque déportation en Babylonie. Un pays est un grand trésor, c’est là que nous sommes nés, c’est là où sont en­terrés nos ancêtres. Quand on accueille quelqu’un, c’est pour qu’il ait une vie meilleure, et ce n’est pas dans un camp qu’on a une vie meilleure. Quand on est nourri sans travailler, on n’a aucune dignité. Quelle culture avez-vous à leur offrir ? Est-ce que vous êtes encore ca­pable de partager votre culture et vos racines chrétiennes ? J’ai peur que le déséquilibre démographique engen­dré par ces vagues migratoires vous fasse perdre votre identité et ce qui fait votre spécificité. L’Europe a une mis­sion spéciale que Dieu lui a donnée : c’est par vous que nous avons connu l’Évangile, que nous avons connu les valeurs de la famille, la dignité de la personne, et la liberté. Si vous renon­cez à votre identité, si vous êtes noyés par une population qui ne partage pas votre culture, vos valeurs chrétiennes et votre identité risquent de disparaître. C’est comme la Rome ancienne enva­hie par les barbares. Il faut réfléchir aux immigrations : c’est un nouvel esclavage qu’on organise parce qu’on a besoin de travailleurs. Toutes ces personnes qui viennent ici en croyant trouver une vie rêvée. Quel mensonge ! Quel cynisme ! Benoît XVI fut particulièrement clair et prophétique sur toutes ces questions.

Vous avez été façonnés par le christianisme, tout est chrétien en Europe. Pourquoi nier cela ? Aucun musulman ne nie son identité. Si vous ne retrou­vez pas ce que vous êtes, vous disparaî­trez. Et si l’Europe disparaît, il y aura un bouleversement épouvantable : le christianisme risquerait de disparaître sur la surface de la Terre. Voyez bien que vous êtes envahis par l’islam : ils veulent islamiser le monde entier, et ils ont les moyens financiers. Ils ne réussi­ront pas, parce que le Seigneur est avec nous jusqu’à la fin du monde. Mais il ne faut pas nier ce que vous êtes : ceux que vous accueillez doivent s’intégrer à votre culture. Encore faut-il que vous ayez une culture : vous ne pourrez pas les accueillir dans votre athéisme, dans votre matérialisme, dont ils ne veulent pas. »



Écrivain et spécialiste reconnu de l’Église catholique, Nicolas Diat est l’auteur d’un ouvrage de référence sur Benoît XVI, L’Homme qui ne voulait pas être pape (Albin Michel, 2014 ; Pluriel, 2018), et d’Un temps pour mourir. Derniers jours de la vie des moines (Fayard, 2018 ; Pluriel, 2019. Prix du cardinal Lustiger, grand prix de l’Académie française).

Le cardinal Robert Sarah et Nicolas Diat ont publié ensemble Dieu ou rien. Entretien sur la foi (Fayard, 2015 ; Pluriel, 2016) et La Force du silence (Fayard, 2016 ; Pluriel, 2017).

Le soir approche et déjà le jour baisse
du cardinal Robert Sarah et de Nicolas Diat
publié le 20 mars 2019
chez Fayard
à Paris
448 pages
ISBN-13 : 978-2213705217


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jeudi 28 mars 2019

L'utilité de l'école : la formation de la faculté d'attention

« Bien qu’aujourd’hui on semble l’ignorer, la formation de la faculté d’attention est le but véritable et presque l’unique intérêt des études. [...] tout cela fait croître cette attention qui, orientée vers Dieu, est la substance même de la prière. » Ces Réflexions sur le bon usage des études scolaires en vue de l’amour de Dieu ont été écrites par Simone Weil avant son départ pour Casablanca en mai 1942 pour être remises au père Perrin, qui avait prêché à Montpellier une retraite à la Jeu­nesse étudiante chrétienne. Le père Perrin les publiera en 1950, dans le recueil Attente de Dieu.

On sait que toute l’œuvre de Simone Weil est posthume ; c’est Gustave Thibon qui la fera connaître en 1947 avec La Pesanteur et la Grâce, une anthologie des manuscrits que la philosophe lui avait confiés avant de quitter la France. On y trouve cette définition : « L’attention absolument sans mélange est prière. » Toute la pensée de Simone Weil en ces années 1941-1942 est une méditation sur cette notion clé.

Dans sa préface à  la réédition de ce texte capital, préface historique et biographique très détaillée, M. Jean Lacoste à l’heureuse inspiration de renvoyer à un article contemporain de Simone Weil, « Condition première d’un travail non servile », que l’on a publié en appendice à la Condition ouvrière, au risque d’oublier que le travail intellectuel est servile le plus souvent, quand on a perdu de vue sa raison d’être : « Les exercices scolaires n’ont pas d’autre destination sérieuse que la formation de l’attention. L’attention est la seule faculté de l’âme qui donne accès à Dieu. La gymnastique
scolaire exerce une attention intérieure discursive, celle qui raisonne ; mais, menée avec une méthode convenable, elle peut préparer l’apparition dans l’âme d’une autre attention, celle qui est la plus haute, l’attention intuitive. » Simone Weil prend soin de distinguer l’attention véritable de cette « espèce d’effort musculaire » qui consiste à « faire attention » : « L’attention consiste à suspendre sa pensée, à la laisser disponible, vide et pénétrable à l’objet » à quoi l’on applique son attention. Car attention et attente sont le même mot : « Il y a pour chaque exercice scolaire une manière spécifique d’attendre la vérité avec désir et sans se permettre de la chercher. Une manière de faire atten­tion aux données d’un problème de géo­métrie sans en chercher la solution, aux mots d’un texte latin ou grec sans en chercher le sens, d’attendre, quand on écrit, que le mot juste vienne de lui­-même se placer sous la plume en repous­sant seulement les mots insuffisants. » C’est cette capacité à « attendre la vérité » et à la recevoir qui donne aux études « leur efficacité spirituelle, en dehors même de toute croyance religieuse ». Comme on aimerait que nos pédago­gues lisent avec attention ce petit livre...


De l’attention —
Réflexions sur le bon usage des études scolaires en vue de l’amour de Dieu
de Simone Weil
paru le 27 septembre 2018
aux éditons Omnia
à Paris
121 pages
ISBN-13 : 978-284100658


Source : Valeurs actuelles

Les écoles talmudiques ne sont pas des « écoles illégales juives »

Hier, le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge a annoncé un nouveau règlement qui viserait à « encadrer » les écoles religieuses considérées comme « illégales ». Les médias ont repris cette formule à l’envi. « Roberge s’attaque aux écoles religieuses illégales » titrait le Journal de Québec, sur LCN Mario Dumont parlait de « mettre fin aux écoles religieuses illégales ». Radio Canada avait d’abord titré sur les « écoles illégales » (voir capture d’écran ci-dessous et cette url https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1160826/quebec-ecoles-illegales) et d’écoles clandestines avant de se raviser et de parler plus correctement de « Québec renforce sa réglementation sur l’école à la maison ».

Rappelons que nous sommes d’accord que les enfants du Québec apprennent le français, des mathématiques, des rudiments de sciences et d’histoire-géographie. Le problème avec le règlement de M. Roberge est son manque de souplesse, de nuances, de notion d’équivalences dont vont faire les frais des parents qui ne sont en rien juifs, ni même religieux. Faut-il ainsi, comme semble l’indiquer le règlement, qu’un enfant qui suit le programme officiel français par correspondance du CNED passe aussi les examens du ministère québécois ? Lire Instruction à domicile — Québec serre la vis et renforce le monopole du Ministère et Réglement Roberge sur l’instruction à domicile : recul « navrant » et manque de souplesse pour l’AQED (Association québécoise pour l’éducation à domicile).


Pour le directeur de l’Association éducative juive pour l’enseignement à la maison, Jacob Maman, interrogé par le Journal de Montréal, « il n’y a plus d’écoles illégales au Québec ». Ces yéchivas enseignent de l’enseignement religieux (une trentaine d'heures par semaine) et offre du soutien scolaire dans les autres matières (quelques heures par semaine).

Nous sommes enclins à donner raison à M. Maman.

Voici ce qu’en disait l’ancien ministre de l’Éducation (ex-ADQ, maintenant PLQ) Sébastien Proulx dans le cadre de ces écoles talmudiques : « Il n’y a pas eu de demande de permis, il n’y a pas de demande de permis en cours, il n’y en a pas eu dans le passé. Ce n’est pas un endroit où il se donnait un programme éducatif, donc ce n’est pas une école au sens du ministère de l’Éducation », a confirmé Sébastien Proulx.

Et ce qu’en disait le juge Dugré quand Québec a voulu faire fermer en urgence une de ces yéchidas (écoles talmudiques) :

[100] De plus, selon la plaidoirie des procureurs des parties, les établissements offrant des cours de soutien, par exemple en français, anglais ou mathématiques, ne sont pas considérés par le MELS comme étant soumis à l’obligation de détenir un permis en vertu de la L.E.P. [Loi sur l’enseignement privé]

[103] De son côté, l’Académie admet qu’elle n’est pas titulaire d’un permis délivré par la Ministre pour son établissement, mais soutient qu’un tel permis n’est pas requis puisqu’elle ne tient pas un établissement d’enseignement auquel s’applique la L.E.P. [Note du carnet puisqu’il s’agit d’un type de séminaire qui n’enseigne pas le programme du ministère !]

Bref, ces « écoles » talmudiques ne sont pas plus assujetties à la loi sur l’enseignement que des écoles d’équitation, des centres de soutien scolaire ou des séminaires. Elles ne peuvent donc pas être illégales dans le cadre de cette loi. Pour plus de détails voir Marronnier — Les écoles juives « illégales ».

Consternation de la part de l’Association éducative juive pour l’enseignement à la maison

« De revenir avec un nouveau règlement en plein milieu d’année, sans consultation, c’est un peu de la provocation », se désole le directeur de l’Association éducative juive pour l’enseignement à la maison, Jacob Maman.

Bien qu’elle n’ait pas été nommée par le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge, cette association s’estime directement visée. M. Maman dit représenter environ 2000 élèves dans plusieurs centres d’enseignement à travers le Québec.

Les enfants qui fréquentent des centres comme l’académie Yechiva Toras, où Le Journal a rencontré Jacob Maman, suivent des cours religieux en avant-midi. Une fois rentrés à la maison, ils y reçoivent l’enseignent des matières obligatoires.

Une façon de faire rendue possible par la loi 144 adoptée sous l’ancien gouvernement libéral, mais qui a été critiquée durement hier par le ministre Jean-François Roberge. Il estime qu’elle ne permet pas de contrôler le cursus enseigné.

« Les enfants passent 20 heures, 30 heures par semaine dans ces lieux-là, apprennent un paquet de choses, sauf le Programme de formation de l’école québécoise, et c’est très problématique pour nous », a indiqué le ministre sans toutefois nommer d’établissement.

Le nouveau projet de règlement rendra obligatoire l’enseignement d’un « contenu minimal d’apprentissage enrichi », basé sur les programmes d’études de l’école québécoise en langues, mathématique, sciences et univers social, tout comme les examens ministériels.

Après avoir fait d’importants efforts pour respecter la loi 144, l’association se dit surprise de se voir imposer un nouveau règlement.

« Dimanche, on a eu des entretiens entre les parents et les évaluateurs et il y avait des représentants [du ministère] et, de ce qu’on a entendu, ils étaient très heureux de ce qu’ils voyaient », explique M. Maman.

« C’est comme jouer avec les parents comme des marionnettes. Avec la loi 144, on a fait des changements et là on refait encore des changements », ajoute Jacob Maman

Règlement Roberge sur l'instruction à domicile : recul « navrant » et manque de souplesse pour l'AQED

Pour faire suite à notre billet d’hier sur le règlement présenté par Jean-François Roberge le même jour, voici la réaction de l’AQED (Association québécoise pour l’éducation à domicile) et d’un parent éducateur à la maison. Rappelons que ni l’AQED ni la HSLDA, les deux principales organisations de parents qui instruisent à domicile, n’ont été informées de ce nouveau règlement avant son dépôt. Toutes deux se sont déclarées surprises et étonnées du manque de souplesse de celui-ci.

Association québécoise pour l’éducation à domicile (AQED), qui représente environ 3000 des 5000 enfants instruits à la maison, on estime que ce projet de loi écorche la flexibilité que les parents cherchent lorsqu’ils choisissent de faire l’école à la maison.

Le projet du ministre est « un recul effroyable », affirme Noémi Berlus, directrice de l’AQED.

« On a énormément de membres qui font l’école à la maison parce que leurs enfants sont anxieux, parce que l’atmosphère compétitive [de l’école] n’est pas favorable à l’apprentissage, explique Mme Berlus. Là, on s’en vient mettre ces éléments-là à la maison. Il y a beaucoup plus de façons d’évaluer les enfants, de leur permettre de s’épanouir, que d’utiliser un programme fixe et des examens. »

D’ailleurs, elle souligne que les familles qui font l’école à la maison sont déjà tenues d’enseigner certaines matières, comme le français, l’anglais et les mathématiques. Elles peuvent cependant choisir la manière dont elles le font. « Avec le nouveau règlement, on vient préciser que ça doit être fait exactement de la même façon qu’à l’école », déplore-t-elle.

Pour Dono Bei, un père de Chambly qui fait l’école à la maison à ses deux enfants de 6 et 8 ans depuis septembre dernier, il s’agit de transmettre l’envie d’apprendre. « Je ne suis pas dans la concurrence, je ne suis pas dans la performance, dit-il. Je ne veux pas que mes enfants performent. Je veux qu’ils aiment apprendre, j’aimerais qu’ils adorent apprendre. »

« Je ne crois pas que les parents qui font ça le font avec le but de faire un échec à leur enfant », explique-t-il, déplorant le fait que les règles se resserrent pour une majorité, en raison d’une « petite minorité » qui se concentre sur une éducation religieuse très stricte.

« C’est facile de dire que c’est trop souple quand on n’a pas de modèle », ajoute-t-il, en soulignant que la question peut se poser « dans les deux sens ». « Combien y a-t-il de pourcentage de décrochage dans les écoles ? Est-ce qu’on pourrait aussi [remettre en question] l’excès de rigueur ? »

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L'empire du correctivisme politique

Dans L’Empire du politiquement correct, son dernier ouvrage, le sociologue québécois se demande qui s’est arrogé le droit d’affirmer qu’une opinion est acceptable dans l’espace médiatique. Figure de la vie intellectuelle québécoise, le sociologue Mathieu Bock-Côté est un observateur pénétrant des États-Unis comme de l’Europe, et tout particulièrement de la France, pays cher à son cœur. Chroniqueur au Figaro, auteur de plusieurs essais remarqués, en particulier Le Multiculturalisme comme religion politique (Éditions du Cerf, 2016), Mathieu Bock-Côté bâtit une œuvre consacrée, notamment, à réhabiliter l’idée nationale et un certain conservatisme. Dans son nouveau livre, L’Empire du politiquement correct (Éditions du Cerf), l’auteur affronte une question capitale : Par quels procédés sont exercés la surveillance et le contrôle de la parole dans le débat public ? Le Figaro publie, en exclusivité, de larges extraits de cet ouvrage, vaillante défense de la liberté de l’esprit.

La puissance d’une orthodoxie

S’il y a une pluralité de points de vue possibles au sein d’une société, ils se déploient néanmoins à partir d’une orthodoxie préalablement établie — on pourrait aussi parler du noyau idéologique du régime. Celui qui détermine les codes de la respectabilité structurant l’espace public et décide quels sont les grands interdits qui le fondent en plus de pouvoir en chasser ceux qui ne les respectent pas exerce l’hégémonie idéologique. […] Mais quand l’espace public semble trop en décalage avec les préoccupations populaires, la confiance dans le système politico-médiatique s’érode et le scepticisme prend sa place, quand ce n’est pas l’aversion. Nous en sommes là. Depuis un demi-siècle, environ, dans la plupart des sociétés occidentales, le système médiatique a peu à peu transformé la conversation démocratique en monologue progressiste. […] À cause de cela, des franges de plus en plus nombreuses de la population se sentent exclues du débat public. Souvent, elles s’identifient au peuple, et dénoncent l’avènement d’une oligarchie. À tout le moins, elles font le procès des élites, accusées de vivre dans une bulle, séparées du commun des mortels et ne désirant pas s’y mêler. La tentation naturelle de ceux qui se sentent rejetés de la vie politique et du discours public est d’y voir un déni de démocratie : qu’est-ce qu’une démocratie qui sélectionne à l’avance les options politiques qui pourront être débattues publiquement, qui accorde des certificats de respectabilité aux uns et des contraventions morales aux autres, en plus d’interdire certains sujets sensibles ?

L’idéal sacré de la diversité

Au marxisme scientifique d’hier répond la science diversitaire d’aujourd’hui. Une fois cela entendu, le débat public doit moins être contradictoire que pédagogique : il pointe dans une certaine direction, il fixe un horizon, il annonce à l’avance la bonne réponse, à laquelle les citoyens éclairés devraient se rallier. À partir du progrès pensé comme révélation appelée à déployer ses conséquences dans l’histoire, le progressisme diversitaire s’engage dans la cité. Cette révélation est un savoir. Si une partie importante de la population tarde à se rallier à sa vision des choses, comme c’est souvent le cas, c’est que le camp progressiste l’a insuffisamment expliquée. Il devra donc mener une meilleure communication. Ceux qui s’opposent à lui ne le comprennent pas, sans quoi ils s’y rallieraient, ou alors ils n’y ont pas intérêt, ce qui les transforme en défenseurs de privilèges à renverser. Les pires sont évidemment ceux qui comprennent le message progressiste, mais le refusent : ils basculent dans la catégorie des « ennemis du genre humain ».

Le tapis de bombes

La promotion de l’idéal diversitaire justifie un harcèlement médiatique permanent pour amener les populations à s’y convertir et pour identifier ceux qui résistent à ses sirènes. Il est même nécessaire de heurter le sens commun, de le déstabiliser et lui faire perdre toute valeur d’évidence, pour qu’il ne subsiste qu’à la manière de stéréotypes à congédier et de préjugés à déconstruire — cela permettra de démasquer ceux qui s’y attachent exagérément. C’est ce qu’on appellera pudiquement des campagnes pour faire évoluer les mentalités.

Psychiatriser l’adversaire

L’histoire du politiquement correct tarde à s’écrire et on le dénonce plus souvent qu’on ne prend la peine de le définir. On en proposera ici la définition suivante : le politiquement correct est un dispositif inhibiteur ayant pour vocation d’étouffer, de refouler ou de diaboliser les critiques du régime diversitaire et de l’héritage des Radical Sixties, et, plus largement, d’exclure de l’espace public tous ceux qui transgresseraient cette interdiction. Il assure un récit médiatique conforme aux exigences du régime diversitaire, qui permet d’occulter les pans du réel qui tendent à désavouer ses promesses, et à disqualifier les acteurs politiques et intellectuels qui affichent implicitement ou explicitement leur désaccord avec lui. Il revendique non seulement le monopole du bien, mais pousse la chose plus loin en revendiquant aussi le monopole de la santé mentale, en assimilant les résistances qu’il suscite à l’univers de la phobie. De la xénophobie à l’islamophobie, à l’homophobie, à la transphobie, et on pourrait ajouter d’autres phobies à la liste, on comprend que toute forme d’attachement marqué à ce qui passe pour le monde d’hier relève désormais du désordre psychique. Il devient ainsi possible de mener une campagne [Radio-Cadenas en tête !] relevant de la santé publique pour assainir les mentalités, pour les réformer, pour les rééduquer.

Bannir et imposer des mots

Lorsque la langue devient novlangue, certaines zones de la réalité deviennent inaccessibles. Les mots pour la saisir ne sont plus disponibles ou sont décrétés radioactifs. Pire encore : on ne peut y faire référence qu’à la manière d’un scandale moral. Certaines pensées deviennent informulables aussi. […] Les exemples d’épuration du vocabulaire sont nombreux aujourd’hui. Qui ne fait pas un usage approprié du nouveau lexique diversitaire se présente malgré lui comme un dissident. C’est une traque permanente, et principalement, une traque du langage et des mots de trop, qui commence. Il ne faut plus être capable de penser contre le régime diversitaire — c’est la possibilité même d’être en désaccord avec lui qu’il faut progressivement éradiquer. Le contrôle du langage permet de dépister les désaccords implicites, explicites, ou encore les traces de l’ancien monde dans le nouveau — des traces qu’il faudra effacer en purifiant la société. […] Des mots disparaissent, mais d’autres apparaissent aussi. […] À titre d’exemples, que l’on pense à des mots ou à des expressions comme « racisme systémique », « culture du viol », « queer », « fluidité identitaire », « racisés », « afrodescendant », « appropriation culturelle », « transphobie », « populisme », « extrême droite » ou à tous les termes qui finissent en phobie : à travers eux, c’est une idéologie qui se déploie, et selon qu’on les utilise, qu’on les laisse de côté ou qu’on les critique, encore une fois, on ne sera pas accueilli de la même manière dans le débat public. Lorsqu’un terme nouveau, à forte connotation idéologique, surgit, il s’accompagne souvent de guillemets. Lorsqu’il s’en affranchit, c’est qu’on vient de décréter son intégration au vocabulaire ordinaire. Ces guillemets tombent de plus en plus rapidement, comme si la dynamique de normalisation médiatique de la novlangue s’accélérait.

Le Canada, Disneyland de la diversité

Le Canada est proposé à l’admiration de tous comme un modèle universel, le pays ayant renoncé à toute identité substantielle et ne se définissant plus que par sa diversité, et plus encore par son désir de pousser le plus loin possible la quête de la diversité. Son ouverture au niqab, par exemple, vient confirmer à ses propres yeux sa propre tolérance, et la supériorité de son modèle justement capable de transcender et même de contrarier le malaise populaire au nom du droit des minorités. Le Canada se construirait en se déconstruisant, et en ne tolérant plus que les entraves venues du monde d’hier contiennent une mutation de plus en plus accélérée, qui ne semble plus connaître de fin. Le Canada, qui revendique le titre de superpuissance morale, ne se présente pas seulement, selon la rhétorique longtemps utilisée par le gouvernement fédéral, comme le « meilleur pays au monde », mais plus encore, comme le pays le plus en avance au monde, comme s’il représentait la prochaine étape dans l’histoire de l’humanité. […] La théorie du racisme systémique en vient à traduire l’existence d’une culture historique au sein d’un pays à la manière d’un système discriminatoire servant exclusivement les natifs et qu’il faudrait démonter. […]

Noblesse des lutteurs

Mais tous ne veulent pas simplement se laisser engloutir par le nouveau monde. C’est la posture la plus admirable, celle de l’homme qui ne cède pas. Rien n’est plus naturel que de croire que tout n’est pas perdu, et qu’à défaut de ramener le monde d’hier, on puisse restaurer ce qui n’aurait pas dû être sacrifié. […] On se méfiera avec raison des individus erratiques à l’ego boursouflé qui confondent la politique avec une aventure personnelle qui pourrait bien mal finir. Mais on ne réduira pas l’appel à l’homme providentiel à une pure mystique du chef ou à une coupable tentation autoritaire. On ne sait pas toujours à l’avance qui est le grand homme — on ne sait pas s’il ne deviendra pas un individu fantasque ou un tyran. Il faut de toute façon avoir une personnalité trouble pour entrer en dissidence avec un régime — la plupart du temps, le sort qui attend le dissident, c’est l’ostracisme médiatique, la diabolisation politique, la psychiatrisation sur la place publique. Il faut probablement un caractère ubuesque et démesuré pour être capable de faire face à l’agressivité extrême dont peut faire preuve le système lorsqu’il se sent menacé. Il faut quelquefois aussi un homme qui passe pour fantasque pour porter pendant des années, sous les moqueries générales, une idée qui semble saugrenue, mais qu’il parviendra néanmoins à porter et normaliser. Un homme qui désire demeurer respectable auprès de ceux qu’il conteste est condamné à ne plus les contester ou à se contenter d’une contestation de façade. Il participera à la comédie des faux débats qu’on nous présente souvent comme l’expression sophistiquée de la démocratie. L’histoire ne s’écrit pas seulement avec des hommes respectant les codes bon chic bon genre de la bourgeoisie et avec en toile de fond une musique d’ascenseur.

Oser l’authenticité

Les codes de respectabilité qui structurent le système médiatique rétrécissent à ce point l’espace d’une délibération oxygénée qu’ils poussent à la révolte. On ne saurait refonder l’action politique sans s’arracher mentalement à tout ce qui inhibe la parole publique, sans se révolter contre l’étouffement de la liberté d’expression, sans se révolter non plus contre ce qui empêche l’action publique. Il est probablement nécessaire de sortir de la mythologie progressiste pour renouer avec un débat politique qui ne disqualifie pas à l’avance ceux qui confessent leur scepticisme devant la dynamique de la modernité. […] S’il faut continuer de parler du clivage entre la gauche et la droite, il faudra alors que cette dernière ne se définisse plus en fonction de la première, mais à partir de son propre imaginaire [Note du carnet : à partir de la réalité ?]. Cela implique que chaque camp assume sa propre philosophie politique, mais pour cela, encore doivent-ils la connaître et ne pas croire au fond d’eux-mêmes à l’interchangeabilité de tous les partis, comme s’ils représentaient chacun une nuance de la même idéologie dominante.

Source


L'empire du politiquement correct
de Mathieu Bock-Côté
publié le 28 mars 2019
aux éditions du Cerf
à Paris
299 pages
ISBN-13: 978-2204116367

mercredi 27 mars 2019

Instruction à domicile — Québec serre la vis et renforce le monopole du Ministère

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, farouche partisan de l’imposition du controversé programme d’éthique et de culture religieuse à tous, a déposé un projet de règlement (pdf) sans nuance qui vise à imposer des examens ministériels québécois et un contenu minimal d’apprentissage plus restrictif à tous les enfants instruits à la maison.

Le ministre Roberge (à droite) jette un regard vers un parent québécois qui le supplie. La réponse est NON !

Ces nouvelles dispositions renforcent encore celles adoptées sous les libéraux en 2018. L’enseignement du français, des mathématiques, de l’anglais, de l’univers social ainsi que des sciences et technologies sera désormais obligatoire. Nous ne sommes pas opposés à cet aspect, si tant est que sa mise en œuvre permette une certaine souplesse : plus particulièrement le choix de programmes équivalents comme ceux du CNED ou de Hattemer en France.

Les enfants devront également réussir des épreuves ministérielles afin de recevoir un diplôme reconnu par le ministère de l’Éducation. Le texte ne prévoit aucune notion d’équivalence à ces épreuves. Les enfants qui suivent les cours du CNED (Centre national d’éducation à distance français) devront, selon le projet de règlement actuel du ministre Roberge, également se soumettre aux épreuves du Ministère québécois. Or, les matières ne sont pas d’année en année vues dans le même ordre, ni selon la même pédagogie, ni la même terminologie. Il n’est pas juste que les élèves inscrits à des programmes de ce type aient à passer deux séries d’épreuves : les épreuves de ce programme et ceux du ministère.

Quand le projet de règlement parle d’« équivalence », c’est pour imposer à la formation à domicile choisie par les parents la notion « d’équivalence » au cours des divers cycles d’enseignement scolaire. Un cycle d'enseignement correspond à deux années scolaires, à l'exception du 2e cycle du secondaire qui dure trois ans et qui correspond aux 3e, 4e et 5e secondaires. En d’autres mots, les parents devront suivre au plus près (par cycle d’enseignement) le programme québécois.

Le projet de règlement exigera aussi la présence de l’enfant à des rencontres dont le but serait de permettre un meilleur suivi et un dépistage plus efficace des difficultés d’apprentissage.

Lors d’une allocution à l’Assemblée nationale, le ministre Jean-François Roberge a prétendu que le projet de règlement permettra à chaque enfant de « développer son plein potentiel ». Le programme du Monopole de l’Éducation du Québec est-il le seul moyen pour un enfant de développer son plein potentiel ? C’est ce que semble prétendre, avec le plus grand sérieux, le ministre Roberge.

Ces nouvelles règles entreront en vigueur le 1er juillet 2019 en vue d’une mise en application dès la prochaine année scolaire.

Le ministre de l’Éducation estime qu’environ 5000 enfants seront touchés par ce projet de règlement.

Selon nos informations aucune des associations de parents éducateurs à domicile (HSLDA, ACPEQ) n’a été consultée dans l’élaboration de ce règlement. La HSLDA s’est dite surprise de ce règlement dont elle n’a appris le contenu qu’aujourd’hui. Elle indique la mise en place de certains points à faire valoir auprès des députés du Québec pour que des amendements soient apportés à ce règlement.

Les partis d’opposition à Québec se sont montrés plutôt favorables à ce projet de règlement avec certaines nuances.

La porte-parole du PLQ en matière d’éducation, Marwa Rizqy, a appelé le gouvernement à faire preuve « d’ouverture pour s’assurer de répondre aux besoins tant des élèves que des parents ». Il est évident que le ministre Roberge se cache derrière le « plein potentiel des enfants » que le Ministère serait le mieux placé à évaluer pour évincer les parents qui préfèrent d’autres programmes que ceux du Ministère.

Québec solidaire a exhorté la CAQ à ne pas mettre toutes les personnes touchées par ces mesures « dans le même panier ».

Le Parti québécois a quant à lui exhorté le ministre Roberge à se pencher sur le financement des écoles privées de confession religieuse. Uniquement de confession religieuse apparemment. QS s'est joint à cette demande.



lundi 25 mars 2019

La catastrophe démographique (et économique) de l'Europe

Vidéo du quotidien économique française La Tribune.

Belgique francophone — enseignement « un désastre », Destexhe préconise plus de libertés

Le sénateur belge Alain Destexhe a récemment quitté le Mouvement réformateur (MR, centre belge au pouvoir) et créé son propre parti, la « Liste Destexhe ». Il a quitté le MR, très agacé par diverses prises de position du MR dont la sortie du nucléaire (pourtant nullement producteur de CO2), le soutien du MR au pacte migratoire de Marrakech et une résolution qui ouvre la voie à la « restitution » d’œuvres congolaises du Musée de Tervuren ou sa décision de signer la « Loi Climat » concoctée par Écolo et approuvée par toutes les formations politiques francophones, y compris l’extrême gauche PTB. Pour Alain Destexhe, l’enseignement en Belgique francophone est un sujet d’inquiétude :




« L’enseignement en Belgique francophone est un désastre ! Il n’y a qu’à voir nos piteux résultats aux concours PISA de l’OCDE [Note du carnet : les résultats de la Belgique néerlandophone sont nettement meilleurs]. Or, notre enseignement est l’un des plus coûteux de la planète. Ce n’est donc pas le moins du monde une question de moyens. Je plaide pour une autonomie beaucoup plus grande des écoles. Elles doivent être libres d’engager qui elles veulent, de gérer leur budget et d’appliquer la pédagogie qui leur semble la plus adaptée à leurs élèves. Je dis “halte !” au pédagogisme qui a envahi les programmes. Il faut revenir à une transmission des savoirs, et donc les programmes scolaires ne devraient porter que sur les matières à acquérir. On est loin du compte ! Quelle est à présent l’utilité de l’Inspection scolaire ? Vérifier que les profs ont bien respecté la méthodologie en vigueur. Mais ce qui est réellement important, ce sont les résultats. L’Inspection devrait plutôt vérifier que les élèves ont progressé selon les facultés de chacun et photographier cette évolution. Ce serait plus productif que l’actuel nivellement par le bas. L’égalitarisme est à ce point devenu LA référence qu’il nuit à l’intérêt général et aux performances des élèves. »

Source : Causeur

dimanche 17 mars 2019

« Sauver le climat », la nouvelle tentation autoritaire

De Nathalie MP, large extrait d’un billet intéressant sur l’hystérie climatique.

L’information n’a pas pu vous échapper : la planète est en danger, le climat est en danger, les papillons et les abeilles sont en danger, l’humanité court à sa perte, la fin du monde est proche, jamais l’humanité n’a été confrontée à un risque de cette ampleur, il faut absolument sauver ce qui peut encore l’être, on ne peut plus attendre, il y a urgence, il n’y a plus une minute à perdre, l’avenir de la planète et l’avenir de la vie sont en jeu !

Ce discours typiquement catastrophiste, mélange d’inquiétudes sur l’épuisement des ressources et sur le réchauffement climatique anthropique qui va tous nous engloutir dans les eaux impétueuses des océans ou la fournaise accablante de terres en désertification croissante, on nous le sert depuis près de 50 ans.

Dans son célèbre rapport de 1972 intitulé The Limits To Growth, le Club de Rome voyait déjà le système économique mondial aller au désastre en 2030 si rien n’était fait au plus vite pour mettre un terme à l’épuisement des ressources naturelles provoqué par les coups conjugués des croissances démographique et économique débridées. 

Quant à faire quelque chose, il n’était question que d’en passer par un contrôle draconien de nos vies : limitation des naissances à deux enfants par famille, taxation de l’industrie pour limiter la production et redistribution des richesses à chacun selon ses besoins. Bref, du planisme et de l’autoritarisme.

En 2012, une petite mise à jour des projections de 1972 conduisait le Club de Rome au même résultat : le système de production capitaliste s’effondrera en 2030, certains « experts » parlant même de 2020.

Nous sommes en 2019, je vous laisse juges de la pertinence de ces analyses – sachant que les populations souffrant de sous-nutrition sont passées sous la barre des 800 millions de personnes quand la population mondiale grimpait à 7 milliards ; sachant qu’il n’existe aucune inquiétude sérieuse à avoir sur l’épuisement à moyen terme des ressources naturelles ; et sachant que les projections démographiques actuelles font toutes état d’une baisse de la fécondité qui va entraîner à plus ou moins brève échéance une baisse de la population mondiale.

En fait d’effondrement, on a plutôt assisté à la chute du monde riant de la planification communiste tandis que le monde capitaliste faisait et continue à faire de son mieux pour adapter ses processus industriels et ses produits aux exigences environnementales croissantes des opinions publiques. Sans compter que partout où le mode de production capitaliste est suffisamment appliqué, il a l’incommensurable audace d’augmenter l’espérance de vie et le niveau de richesse.

Mais la catastrophite aigüe n’en a pas disparu pour autant, bien au contraire. Focalisée sur le climat depuis le Protocole de Kyoto de 1997 qui fixa les premiers objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre (CO2 principalement), elle permet aux tentations autoritaires nichées au cœur de l’écologie radicale depuis le premier rapport du Club de Rome de rebondir de plus belle.

C’est ainsi qu’en août dernier, l’astrophysicien français Aurélien Barreau accédait à la notoriété mondiale en lançant un Appel face à la fin du monde. Oui, vous avez bien lu, la fin du monde :
« Il n’est plus possible de le contester : le monde se meurt. La catastrophe en cours est immense. Peut-être sans précédent dans l’histoire universelle. […] Beaucoup d’humains — probablement une majorité, voire la totalité — vont souffrir et peut-être mourir. Les individus animaux vont mourir par dizaines de milliers de milliards. […] Au rythme actuel, dans quelques décennies, nous aurons presque tout saccagé. Nous aurons commis un crime contre l’avenir. » etc., etc.

L’apocalypse puissance mille, autrement dit, et c’est aujourd’hui, sous nos yeux, à nos portes, dans nos champs et dans nos villes que ça se passe : silence, on tue.

Tremblez, pleurez, lamentez-vous tant que vous voulez, humains trop lâches pour résister aux injonctions de la consommation capitaliste sans limite ni vergogne, mais il n’existe qu’un seul chemin de rédemption : renoncez à votre petit confort apparent et « exigez du pouvoir politique qu’il impose le nécessaire » ! 

Ce qui est bien avec les solutions autoritaires, c’est que même si tout est mis en œuvre pour nous faire comprendre qu’on nage en pleine horreur écologique et climatique, il n’est finalement jamais trop tard pour se soumettre. Tant il est vrai que ce qui compte n’est pas la réalité, mais le sentiment d’urgence profondément inoculé en nous à force d’activisme et d’appels de ce type qui pourraient enfin nous pousser à renoncer volontairement à notre mode de vie libéral et à nous placer docilement sous la contrainte tyrannique du prétendu impératif climatique.

Si l’on reste attaché à la notion de réalité et à l’analyse des faits, disons qu’on observe un (tranquille) réchauffement de la planète ainsi qu’un accroissement du taux de CO2 dans l’atmosphère. Mais c’est tout, ajouterais-je, au risque de choquer peut-être certains lecteurs sensibles.


En bas les observations (la réalité) et en haut la ligne rouge représente la moyenne des prévisions de 102 modèles climatiques. Il y a bien un petit réchauffement, mais bien moindre que celui prévu par les modèles qui servent de bases aux prophéties apocalyptiques.

Le reste, l’apocalypse annoncée, la disparition des ours polaires, la montée vertigineuse des océans, la disparition de la banquise, les exodes massifs pour cause de sécheresse, l’accélération des événements climatiques extrêmes — tout ceci n’existe que dans les obsessions des écologistes de combat et dans des projections dont les données plus affolantes les unes que les autres ne sont jamais vérifiées a posteriori dans les faits (voir graphique ci-dessus).

Contrairement à ce qu’affirme Aurélien Barreau, on n’a jamais vu de réfugié du réchauffement climatique. On n’a jamais vu de mort ou de malade non plus. Des morts et des blessés dans des tremblements de terre ou des ouragans, oui, et sans doute plus qu’autrefois, car la population mondiale a augmenté et elle tend à se montrer moins vigilante dans ses implantations. Mais des victimes du réchauffement, non.

Autrement dit, le réchauffement climatique a accédé politiquement au statut de première externalité négative du développement économique capitaliste alors qu’on n’a jamais vu la moindre matérialisation effective de ses dommages. Mais grâce à une pression politique et médiatique intense, tout le monde répète en boucle avec un air pénétré qu’il faut sauver la planète.


[Ajoutons, la pression scolaire : les écoles « conscientisent » les jeunes depuis des décennies au sort de la Planète, au réchauffement climatique. Les programmes scolaires sont modifiés : on y parle moins de sciences, de géographie factuelle, mais on insiste sur le développement durable, l’effet de serre (en ne parlant que du CO2). Les établissements mobilisent les jeunes dans les rues sur ce sujet depuis aussi longtemps. Les écoles mobilisent les enfants pour la Terre, le catholicisme en est sorti, le culte de Gaïa l’a remplacé. Ci-dessus des centaines d’élèves emmenés par leur école défilent le 22 avril 2009 à Granby (Québec) pour la Journée de la Terre...

Voir « Nos ancêtres, les Amérindiens », Cérémonie, prière, danse sacrées dans une école laïque publique et Spiritualité autochtone, écologie et norme universelle moderne.]

Aussi, quand Aurélien Barreau nous sort son catastrophisme par paquet de douze et appelle à une forme de dictature du bien autoproclamé pour sauver l’humanité, il est immédiatement suivi sans sourciller par Juliette Binoche et une ribambelle de belles âmes hautement conscientisées.

Il est immédiatement suivi par le cercle de réflexion Novethic, entité étatique dépendant de la Caisse des Dépôts et Consignations, qui se faisait récemment l’écho des mesures aussi ahurissantes que contraignantes qu’il faudrait mettre en œuvre pour limiter à 1,5 °C (objectif de la COP21) la hausse de la température globale depuis l’ère préindustrielle (voir ci-dessous, cliquer pour agrandir).

On croit rêver en lisant qu’il faudrait interdire dès maintenant la vente de véhicules neufs pour un usage particulier, que les constructions neuves devraient être exclusivement de l’habitat collectif avec une surface maximum de 30 m2 par habitant, que les vols hors Europe non justifiés devraient être interdits à partir de 2020 ou que les vêtements neufs mis sur le marché devraient être limités à 1 kg par personne et par an.

Des préconisations à vous donner la chair de poule, mais qui représentent cependant la mesure concrète du dirigisme ultra-autoritaire que nos activistes les plus divers exigent des Etats dans tous les domaines de notre vie « pour sauver la planète ».

Le cabinet qui a pondu ce programme reconnaît qu’il est « peu réaliste », mais d’ajouter ensuite :

« C’est une véritable économie de guerre qu’il faut mettre en place, une économie de rationnement, d’efforts intenses qui nous sort de notre monde de confort. »
Que comprendre sinon qu’il faudra en passer par le despotisme — on n’ose dire éclairé — de l’écologisme radical ? Comme le dit Aurélien Barreau à la fin de sa propre tribune, ce qui compte, c’est de multiplier les appels pour qu’ils finissent par envahir l’espace.

L’espace… et les esprits. Ce n’est pas écrit, mais c’est bruyamment sous-entendu, et c’est en passe de fonctionner. La mobilisation des lycéens, la mobilisation de Greta Thunberg en témoignent tristement.

Greta Thunberg a 16 ans et souffre du syndrome d’Asperger, c’est-à-dire une forme d’autisme qui altère ses capacités sociales. Suite à une dépression nerveuse sévère, elle développe des angoisses à propos du changement climatique, devient végétalienne, ne prend plus l’avion et réussit à convaincre ses parents de la suivre dans cette voie.

Depuis août 2018, elle passe ses vendredis assise devant le Parlement suédois avec un panneau orné du slogan « grève scolaire pour le climat » afin d’obliger son gouvernement à mettre en œuvre les mesures (du type Novethic, forcément) qui permettront de réduire les émissions de CO2 conformément aux accords de la COP21.

Rapidement repérée par les mouvements écolos qui n’ont décidément aucun scrupule à instrumentaliser une jeune fille mineure et, qui plus est, fragile, elle intervient notamment lors de la COP24 qui s’est tenue en Pologne en décembre dernier.

On comprend vite qu’elle ne parle pas climat, mais anticapitalisme primaire, le climat n’étant plus qu’un prétexte dans un combat totalement politisé. La lutte contre le réchauffement climatique est transformée en « justice climatique » et passe par la mise en accusation des « riches » — encore eux. Un discours typiquement gauchiste qui n’a plus rien à voir avec la science du climat, mais toutes les apparences de l’idéologie des lendemains qui chantent socialistes (vidéo, 03′ 46″) :

« Notre civilisation est sacrifiée pour permettre à une petite poignée de gens de continuer à gagner des sommes d’argent énormes. Notre biosphère est sacrifiée pour que les riches des pays comme le mien puissent vivre dans le luxe. Ce sont les souffrances du plus grand nombre qui paient pour le luxe de quelques-uns. »


Dès demain, nos lycéens consciencieusement effrayés par l’épouvantable futur qui leur est décrit à longueur de médias — « la planète court à sa fin », « je ne veux plus avoir d’enfants », etc. –  seront donc en grève scolaire pour le climat. Il n’est guère rassurant de voir les secrétaires d’État Emmanuelle Wargon (écologie) et Gabriel Attal (éducation) entrer complaisamment dans leur jeu. Faut-il s’attendre à de nouvelles mesures coercitives, à de nouveaux impôts, au retour de la taxe carbone, le tout gentiment emballé dans les terreurs fort opportunes des jeunes générations ?

La transition écologique qui consiste à transformer étatiquement, idéologiquement et obligatoirement la société au lieu de la laisser évoluer au rythme naturel de la science et de technologies mises en concurrence est déjà bien engagée par le gouvernement à coups de taxes, interdictions et subventions, et on ne voit pas ce qu’il pourrait faire dorénavant sans porter une atteinte considérable aux libertés individuelles déjà passablement écornées dans ce pays.


Voir aussi

Climat et élèves en grève : « On ne veut pas mourir dans 10 ans ».

Belgique — présence obligatoire d’écoliers dans les manifestations « pour le climat »

Apocalypse climatique — 2 % de plus sur le bulletin pour manifester pour le climat

Écologisme — la revue Nature reconnaît l’échec des modèles prédictifs informatiques

Écologisme — Pas de réchauffement climatique depuis 16 ans ? (m à j, réactions prof Lindzen)

Écologie — Les hommes ont-ils vraiment fait disparaître 60 % des animaux depuis 1970 ? (Non !)

Affirmations fréquentes exagérées sur le climat et non fondées (le rapport du GIEC les dément)

« Des coraux plus résistants à la chaleur » ou des études précédentes peu fiables et alarmistes ?

Comment la science se trompe... Dans The Economist du 26 octobre, un dossier sur l’évolution du système mondial de recherche scientifique : « How science goes wrong ». On y apprend notamment qu’un nombre important et croissant de publications souffrent de biais statistiques ou défauts méthodologiques qui devraient inciter à la prudence sur les conclusions, quand il ne s’agit pas d’erreurs pures et simples.

Belgique — La grève pour le climat s’étend aux écoliers du primaire, « la fanatisation de l’enfance » ?


« Mobilisation des écoliers » belges pour le climat, idéalisme ou nouveau millénarisme inculqué ?

Climat — contrairement aux prévisions, aucune accélération à la hausse du niveau de la mer

Écologie — Augmentation de la biomasse et des surfaces boisées à l’échelle planétaire

Climat — Le point de rupture à nouveau reporté ? (La date de l’Armageddon climatique se déplace au fur et à mesure...)

« Impartialité » — Les journalistes font éclater leur joie à la signature de la 21 COP dans la salle de presse

Le climat, science ou religion ?




En anglais

Les modèles « surchauffent », exagèrent l'effet du CO2 sur la température d'environ 40 %..., Dr Judith Curry :



Les aspects scientifiques, politiques et économiques du « changement climatique », prof. John Christy :



17 mars 1819 — Première Saint Patrick à Québec

Le 17 mars 1819, il y a 200 ans aujourd’hui, les Irlandais de la ville de Québec célébraient pour la première fois leur saint patron. Toutefois, il ne s’agissait pas tant d’une fête patriotique qu’un d’une fête religieuse. En effet, on avait célébré à l’occasion d’une messe chantée en mémoire du saint irlandais. À cette époque, les Irlandais n’ont pas encore de paroisse qui leur est propre. C’est pourquoi c’est à la chapelle de la Congrégation des hommes de la haute-ville (aujourd’hui la chapelle des Jésuites de la rue Dauphine) qu’on se réunit. Au fil du temps, la célébration prendra la couleur verte, celle du patriotisme.

vendredi 15 mars 2019

Belgique — présence obligatoire d'écoliers dans les manifestations « pour le climat »

De nombreuses écoles flamandes obligeront en effet leurs élèves à participer aux manifestations « pour le climat » et cela à titre d’activité pédagogique extrascolaire. La ministre flamande de l’Enseignement, Hilde Crevits (CD&amp ; V, centre gauche, ex-parti social-chrétien), a en tout cas donné son feu vert pour intégrer ces marches au parcours scolaire.

« La participation à une manifestation est une activité extra-muros, qui fait partie du projet pédagogique. Donc il n’y a pas d’objection à rendre cette activité obligatoire », explique Hilde Crevits.

Seule condition de la ministre : « Que la manifestation n’ait pas de but politique ».


Dès le primaire, les écoles « aident » les élèves à manifester contre le « dérèglement climatique »

Cette dernière phrase a déjà suscité de vives réactions. Certains parents estiment que le mouvement est politique.

Faux, selon le porte-parole de l’enseignement catholique flamand. « Le climat n’est pas un parti politique. Il est donc est légitime de rendre cela obligatoire ».

Évidemment, il s’agit plutôt d’une manifestation qui prétend qu’il existerait une apocalypse climatique imminente (il resterait 12 ans afin d’éviter le désastre), affirmations en rien évidentes, mais qui sont utilisées par des militants et partis politiques pour modifier en profondeur nos sociétés. Pour la N-VA (droite nationaliste flamande), ces manifestations n’aboutiront pas sur un « Pacte sur le climat » consensuel et non politique, mais sur un raz-de-marée fiscal avec des augmentations d’impôts et de taxes qui se compteront en milliards.

Refus de participer, difficile

Le Standaard s’est demandé « Et qu’en est-il des étudiants qui ne veulent pas participer ? » « Légalement, une école peut les obliger à participer », déclare Pieter Jan Crombez, porte-parole de l’enseignement catholique flamand. « Un élève ne peut refuser d’assister à une activité parascolaire que si celle-ci dure plusieurs jours et si le règlement de l’école ne précise pas que la participation en est obligatoire et si les parents ou l’élève adulte motivent à temps leur absence à cette activité. Dans ce cas, les écoles ont donc le droit d’obliger les élèves à participer à la manifestation ».

Les deux grands réseaux d’enseignement (le catholique et Go !, l’organisme qui chapeaute l’enseignement communautaire flamand) ont déjà exprimé leur opinion quant à la neutralité politique de ce mouvement : la réponse est « oui ». Ils encouragent donc leurs établissements à participer aux manifestations de ce vendredi. Ce n’est pas la première fois que ces réseaux pèchent par naïveté. Pourtant, « Changer le système, pas le climat » slogan scandé sur quatre continents en français est un slogan éminemment politique (d’où notamment la présence aux manifestations du PTB, « historiquement » d’orientation marxiste-léniniste). Ce slogan « Changer le système, pas le climat » est d’ailleurs un slogan classique des partis de la gauche radicale qui veulent changer de fond en comble ledit système (voir les affiches ci-dessous).



À Bruxelles (facile, plein d'anglais dans une ville à 90 % francophone)

À Bordeaux

À Montréal : Marx avait raison, Le capitalisme détruit la planète et Changer le système, pas le climat.