dimanche 23 juillet 2017

Interlude estival — Variations sur le thème de Une Jeune Fillette

Une Jeune Filette. Nous connaissons cette chanson de la renaissance grâce à Jehan Chardavoine (1537 – 1580) qui l’inclut dans son Recueil des plus belles et excellentes chansons en forme de voix de ville tirées de divers auteurs et poètes français tant anciens que modernes auxquelles a été nouvellement adaptée la musique de leur chant commun publié en 1575. Elle est également interprétée dans le film Tous les matins du monde de 1991 (extrait ci-dessous) couronné de 7 Césars.



Cette chanson, dont la mélodie est déjà attestée au XVe siècle — certains musicologues la font même remonter au XIIe — connut un grand succès jusqu’au XVIIIe siècle, un succès tel que de nombreux compositeurs s’en emparèrent dans toute l’Europe. Marc-Antoine Charpentier (1643-1704), André Raison (1650?-1719), Michel Richard Delalande (1657-1726) et Jean-François Dandrieu (1682-1738). Ces compositeurs ont écrit pour chœur, pour orgue ou pour d’autres dispositifs. L'abbé Simon-Joseph Pellegrin (1663-1716) écrira également le noël Entends ma voix fidèle, sur le thème d'Une jeune fillette.

En Italie par exemple, elle s’appellera Madre, non mi far monaca (Mère, ne me fais pas nonnette) ou tout simplement La Monica comme dans la Sonata sopra La Monica de Philip Friedrich Böddecker.  Bach l'adapta aussi dans sa chorale (BWV 417) Von Gott will ich nicht lassen (voir vidéo ci-dessus, sous-titrée en français).

La religion se l’appropria assez tôt pour en faire un chant à la gloire de la Vierge intitulé Une Jeune Pucelle (présentée dans la vidéo ci-dessus avec la musique d'Eustache du Caurroy (1549-1609), alors que la chanson originale est la plainte d’une jeune nonne qui refuse son état de religieuse.

La reprise la plus étonnante de cette mélodie est sans doute celle qu'en aurait faite le jésuite Jean de Brébeuf entre 1640 et 1642 alors qu'il évangélisait les Indiens Hurons au Canada français. Il aurait composé un chant de Noël dans la langue de ses hôtes, la mélodie s'inspire de celle d’Une Jeune Fillette.





HuronFrançais
Estennialon de tsonȣé Iésȣs ahatonnia
Onnaȣatéȣa d’oki n’onȣandaskȣaentak
Ennonchien skȣatrihotat n’onȣandilonrachatha
Iésȣs ahatonnia, (ter)
Chrétiens, prenez courage,
Jésus Sauveur est né! Du malin les ouvrages
À jamais sont ruinés. Quand il chante merveille,
À ces troublants appas Ne prêtez plus l'oreille:
Jésus est né: In excelsis gloria!
Aloki onkinnhaché eronhialeronnon
Iontonk ontantiandé ndio sen tsatonnharonnion
Iésȣs ahatonnia, (ter)

Oyez cette nouvelle, Dont un ange est porteur!
Oyez! âmes fidèles, Et dilatez vos cœurs.
La Vierge dans l'étable Entoure de ses bras
L'Enfant-Dieu adorable. Jésus est né: In excelsis gloria!
Achink ontahonraskȣa d’hatirihȣannens
Tichion halonniondetha onhȣa achia ahatren
Ondaie té hahahakȣa tichion halonniondetha
Iésȣs ahatonnia, (ter)
Voici que trois Rois Mages, Perdus en Orient,
Déchiffrent ce message Écrit au firmament :
L'Astre nouveau les hante. Ils la suivront la-bas,
Cette étoile marchante: Jésus est né: In excelsis gloria!


Ce noël huron fut recueilli par le Père Étienne-Thomas Girault de Villeneuve, le dernier jésuite missionnaire chez les Hurons de la Jeune-Lorette (Loretteville) au Québec (1747-94), et traduit du huron en français par Paul Picard, notaire indien (Paul Tsaenhohi, « Œil de vautour », fils d'un célèbre chef huron Point du jour), il est généralement attribué à Jean de Brébeuf (1593 - 1649) jésuite missionnaire puis martyr, à Sainte-Marie-au-pays-des-Hurons en Nouvelle-France, auteur d'un catéchisme en huron et d'un dictionnaire français/huron. Il aurait composé l'hymne et l'aurait appris aux Hurons entre 1640 et 1642, mais on ne possède nulle certitude sur cette question. La mélodie semble adaptée de notre air français du XVIe siècle, Une Jeune Fillette. Il aurait été chanté par les Hurons à Sainte-Marie-au-pays-des-Hurons jusqu'en 1649, date de la destruction de la mission par les ennemis, les Iroquois, et de la mort de Jean de Brébeuf, et il aurait été transmis de génération en génération par les indiens rescapés pendant environ cent ans. La version française fut publiée dans les Noëls anciens de la Nouvelle-France d'Ernest Myrand à Québec en 1907.

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