vendredi 29 mai 2020

Montréal dans un nouveau délire


Texte de Mathieu Bock-Côté.

Radio-Canada rapportait vendredi que la Ville de Montréal soumettra bientôt ses employés à des séances de rééducation linguistique, pour leur apprendre à réécrire comme l’exigent certaines ultraféministes. En pleine pandémie, la gauche radicale garde le sens de ses priorités.

En gros, il faudrait réinventer les règles de la langue française. C’est le règne de l’écriture inclusive et épicène.

On apprendra à tordre les règles de la langue et à écrire de la manière la plus « neutre » possible, quitte à déformer la grammaire et le sens des mots pour lutter contre la supposée « suprématie du masculin ».

Grammaire

Idéalement, on veut effacer le masculin et le féminin – voyons-y un écho de la théorie du genre qui rêve d’un monde sexuellement neutre, aseptisé.

Tout cela au nom de l’inclusion et de la lutte contre l’oppression. Les grands mots accouchent de grands maux.

Comment ne pas voir là une forme d’hallucination idéologique et linguistique ?

Derrière l’écriture inclusive, on trouve une forme de féminisme paranoïaque qui se croit en lutte contre la « suprématie du masculin » dans la langue française.

Ceux qui en font la promotion ont tendance à voir du sexisme dans les règles de la langue française, mais à n’en voir aucun dans le voile islamique.

Écoutez Les idées mènent le monde, une série balado qui cherche a éclairer, à travers le travail des intellectuels, les grands enjeux de sociétés.

C’est le néoféminisme académique qui cache derrière l’appel à l’émancipation féminine une aversion pour le grand méchant homme blanc.

Cette reconstruction idéologique du français est toxique.

Il faudrait pousser à l’apprentissage du français, pas le détruire.

Dialecte

Le dialecte montréalais, qui versait déjà dans cette forme particulière de la démence linguistique qu’est le franglais, se détachera encore plus du français international. Nos Inclusifs, qui se croient ouverts sur le monde, nous enfoncent dans un provincialisme étouffant.

Il m’arrive de croire que la gauche radicale est une forme de névrose idéologique.

Chose certaine, écrire correctement deviendra un acte de dissidence intellectuelle dans l’administration municipale « projetmontréalienne ».

jeudi 28 mai 2020

Les médias ont-ils trop vite sauté sur une étude du Lancet pourtant fortement remise en cause ?

Radio-Canada a publié près d’une dizaine d’articles sur une étude du Lancet de Londres et des conséquences négatives du traitement à la chloroquine.

Reprenant une nouvelle fois une dépêche de l’AFP sans en moduler le ton très affirmatif, la société d’État écrivait sans ambages :


Comment l’AFP et Radio-Canada savent-elles que cette étude « montre » bien cela ? Pourquoi ne pas être prudent et écrire dans l’immédiat « affirme », « montrerait » ou simplement ajouter un « selon cette étude » ? Pourtant les critiques à l’égard de cette étude par des cardiologues soutenus par une société privée se sont très vite fait entendre.

La SRC n'est pas la seule a fait grand cas de cette étude et ne pas tendre ses micros à la partie adverse.

En France aussi, comme le souligne Laurent Mucchielli, «
L’offensive débute vendredi 22 mai en fin d’après-midi, veille de week-end et au milieu d’un « pont » (donc il y a moins d’infos et moins de journalistes dans les salles de rédaction), probablement comme d’habitude par des dépêches d’agences de presse, ensuite reprises en boucle sur le thème « Covid: hydroxychloroquine et chloroquine pas efficaces et même néfastes, selon une étude ». Les articles tombent les uns après les autres sur les sites des grands quotidiens : Libération (22 mai, 18h36), Le Figaro (22 mai, 19h30), Le Parisien (22 mai, 19h35), Le Monde (22 mai à 21h19). Les radios ne sont pas en reste dans la soirée (par exemple RTL 22 mai à 21h55). »

La publicité faite autour de cette étude controversée a créé un emballement médiatique, l'interruption des essais de l'OMS sur l'hydroxychloroquine et l'interdiction de ce médicament en France.

Doutes en Espagne

C’est ainsi que les autorités espagnoles ont émis des doutes sur l’interprétation et la fiabilité méthodologique de l’étude. L’AEMPS (agence espagnole des médicaments et des produits sanitaires) a fait connaître ses réactions à l’étude :  certains aspects de l’étude observationnelle publiée dans The Lancet auraient pu conditionner ses résultats. L’agence souligne, à cet égard, que « la dose d’hydroxychloroquine utilisée est plus élevée que dans d’autres essais et a également eu lieu dans des pays avec un système de santé très différent ». En conséquence de quoi, l’Espagne continuera à utiliser de la chloroquine.

Des données australiennes mises en doute en Australie

Melissa Davey dans The Guardian Australie, signale que l’étude du Lancet affirmait avoir eu accès à des données provenant de 5 hôpitaux australiens, soignant 600 personnes dont 73 décédés au 21 avril. Problème : au 21 avril, il n’y avait eu que 67 décès enregistrés dans toute l’Australie que ce soit dans ces 5 hôpitaux ou ailleurs en Australie... L’examen des données, hôpital par hôpital, a montré que les affirmations de l’étude du Lancet ne reposaient pas sur des données vérifiables. L’un des auteurs de l’étude, Sapan Desai dont on a signalé les conflits d’intérêts (il anime par exemple des conférences de la pharmaceutique Gilead), a expliqué ces données étonnantes étaient le résultat de l’inclusion par erreur de données d’un hôpital asiatique dans les données australiennes.

Opacité selon expert de McGill

Est-ce qu’ils « peuvent donner les noms des hôpitaux canadiens dont ils affirment qu’ils ont contribué aux données, pour qu’elles puissent être vérifiées de façon indépendante ? », a par exemple demandé mercredi sur Twitter Todd Lee, expert en maladies infectieuses à l’Université McGill à Montréal.


Statisticien de l’université de Columbia s’interroge

Andrew Gelman, statisticien de l’université américaine de Columbia s’interroge sur la méthode d’étude du Lancet dans plusieurs billets de son carnet. Andrew Gelman pointe des limites méthodologiques et indique avoir envoyé un courriel pour leur demander les données, avant d’essuyer un refus pour des « raisons de confidentialité ».

Collectif d’experts envoie une lettre ouverte au Lancet

Ce jeudi 28 mai 2020, un collectif d’experts a envoyé une lettre ouverte au Lancet que nous traduisons ci-dessous, car elle semble n’avoir éveillé aucun intérêt dans les médias grassement subventionnés.


Lettre ouverte à MR Mehra, SS Desai, F Ruschitzka et AN Patel, auteurs de

« Hydroxychloroquine ou chloroquine avec ou sans macrolide pour le traitement de COVID-19 : une analyse multinationale de dossiers ». The Lancet. 22 mai 2020 : S0140-6736 (20) 31180-6. doi : 10,101 6/S0140-6736 (20) 31180-6. PMID : 32 450 107
et à Richard Horton (rédacteur du Lancet).

Préoccupations concernant l’analyse statistique et l’intégrité des données

L’étude rétrospective et observationnelle de 96 032 patients COVID-19 hospitalisés issus six continents a signalé une augmentation substantielle de la mortalité (~ 30 % de décès en excès) et la survenue d’arythmies cardiaques associées à l’utilisation des médicaments à base de 4-aminoquinoléine, l’hydroxychlorlorine et la chloroquine. Ces résultats ont eu un impact considérable sur la pratique et la recherche en santé publique.

L’OMS a suspendu le recrutement du bras hydroxychloroquine de son étude clinique SOLIDARITY. L’organisme de réglementation britannique, MHRA, a demandé la suspension temporaire du recrutement dans tous les essais d’hydroxychloroquine au Royaume-Uni (traitement et prévention), et la France a modifié sa recommandation nationale pour l’utilisation de l’hydroxychloroquine dans le traitement au COVID-19 et a également interrompu les essais.

Les titres des médias qui ont suivi ont suscité une inquiétude considérable chez les participants et les patients inscrits à des essais contrôlés randomisés (ECR) cherchant à caractériser les avantages et les risques potentiels de ces médicaments dans le traitement et la prévention des infections à COVID-19. Il existe un accord uniforme selon lequel des ECR bien menés sont nécessaires pour éclairer les politiques et les pratiques.

Cet impact a conduit de nombreux chercheurs du monde entier à lire avec soin la publication en question. Cet examen a soulevé à la fois des problèmes méthodologiques et d’intégrité des données. Les principales préoccupations sont les suivantes :

1. On y a effectué un ajustement inadéquat pour les facteurs de confusion connus et mesurés (gravité de la maladie, effets temporels, effets sur le site, posologie [dose] utilisée).

2. Les auteurs n’ont pas adhéré aux pratiques standard de la communauté de l’apprentissage automatique [intelligence artificielle] et des statistiques. Ils n’ont pas publié leur code ni leurs données. Il n’y a pas de partage de données/code et déclaration de disponibilité dans le document. Le Lancet figure pourtant parmi les nombreux signataires de la déclaration Wellcome sur le partage des données pour les études COVID-19.

3. Il n’y a pas eu d’examen éthique.

4. Aucune mention n’a été faite des pays ou des hôpitaux qui ont contribué à la source des données et aucune reconnaissance de leurs contributions. Une demande d’information aux auteurs sur les centres contributeurs a été refusée.

5. Les données de l’Australie ne sont pas compatibles avec les rapports du gouvernement (trop de cas pour seulement cinq hôpitaux, plus de décès à l’hôpital que dans tout le pays pendant la période d’étude). Surgisphere (la société de données) a depuis déclaré qu’il s’agissait d’une erreur de classification d’un hôpital d’Asie. Cela indique la nécessité d’une vérification supplémentaire des erreurs dans toute la base de données.

6. Les données en provenance d’Afrique indiquent que près de 25 % de tous les cas de COVID-19 et 40 % de tous les décès sur le continent sont survenus dans des hôpitaux associés à Surgisphere qui disposaient d’un enregistrement électronique perfectionné des données des patients et d’un suivi des patients capable de détecter et d’enregistrer des cas « de tachycardie ventriculaire non soutenue [au moins 6 secondes] ou soutenue ou une fibrillation ventriculaire ». Le nombre de cas et de décès, ainsi que la collecte de données détaillées, semblent peu probables.

7. Variations inhabituellement faibles signalées des variables de base, des interventions et des résultats entre les continents (tableau S3). [Même taux d’obèses ou de fumeurs parmi les patients provenant des différents continents alors qu’on sait qu’il existe une grande variabilité à travers le monde.]


8. Des doses quotidiennes moyennes d’hydroxychloroquine supérieures de 100 mg aux recommandations de la FDA, alors que 66 % des données proviennent des hôpitaux d’Amérique du Nord.

9. Rapports d’utilisation invraisemblables entre la chloroquine et l’hydroxychloroquine sur certains continents.

10. Les intervalles de confiance serrés à 95 % signalés pour les ratios de risque sont peu probables. Par exemple, pour les données australiennes, il faudrait environ le double du nombre de décès enregistrés comme indiqué dans le document [pour atteindre cet intervalle de confiance].

Les données des patients ont été obtenues grâce à des dossiers électroniques des patients et sont détenues par la société américaine Surgisphere. En réponse à une demande de données, le professeur Mehra a répondu ; « Nos accords de partage de données avec les différents gouvernements, pays et hôpitaux ne nous permettent malheureusement pas de partager des données. »

Étant donné l’énorme importance et l’influence de ces résultats, nous pensons qu’il est impératif que :

1. La société Surgisphere fournisse des détails sur la provenance des données. Au minimum, cela signifie partager les données agrégées sur les patients au niveau de l’hôpital (pour toutes les covariables et les résultats).

2. La validation indépendante de l’analyse soit effectuée par un groupe convoqué par l’Organisation mondiale de la santé ou au moins une autre institution indépendante et respectée. Cela impliquerait des analyses supplémentaires (par exemple, déterminer s’il y a un effet dû à la posologie [incorrecte]) pour évaluer la validité des conclusions.

3. Il existe un accès ouvert à tous les accords de partage de données cités ci-dessus pour garantir que, dans chaque juridiction, toutes les données extraites ont été récoltées légalement et éthiquement et que les aspects de confidentialité des patients ont été respectés.

Dans un souci de transparence, nous demandons également à The Lancet de publier les commentaires des pairs qui ont conduit à l’acceptation de ce manuscrit pour publication.

Cette lettre ouverte est signée par des cliniciens, des chercheurs médicaux, des statisticiens et des éthiciens du monde entier. La liste complète des signataires et affiliations se trouve ci-dessous.

Liste des signataires

Dr James Watson (statisticien, Mahidol Oxford Tropical Medicine Research Unit, Thaïlande)
Professeur Amanda Adler (Trialiste & Clinicienne, Directrice de l’Unité des Essais sur le Diabète, Royaume-Uni)
Dr Ravi Amaravadi (chercheur, Université de Pennsylvanie, États-Unis)
Dr Ambrose Agweyu (Chercheur médical, KEMRI-Wellcome Trust Research Program, Kenya)
Professeur Michael Avidan (clinicien, Washington University in St Louis, États-Unis)
Professeur Nicholas Anstey (clinicien, Menzies School of Health Research, Australie)
Dr Yaseen Arabi (clinicien, Université King Saud Bin Abdulaziz des sciences de la santé, Arabie saoudite)
Dr Elizabeth Ashley (clinicienne, directrice de l’unité de recherche de l’hôpital Lao-Oxford-Mahosot-Wellcome Trust, Laos)
Professeur Kevin Baird (chercheur, chef de l’unité de recherche clinique Eijkman-Oxford, Indonésie)
Professeur François Balloux (chercheur, directeur de l’Institut de génétique UCL, Royaume-Uni)
Dr Clifford George Banda (clinicien, Université du Cap, Afrique du Sud)
Dr Edwine Barasa (économiste de la santé, programme de recherche KEMRI-Wellcome Trust, Kenya)
Professeur Karen Barnes (Pharmacologie clinique, Université du Cap, Afrique du Sud)
Professeur David Boulware (chercheur et expérimentateur, Université du Minnesota, États-Unis)
Professeur Buddha Basnyat (clinicien, chef de l’unité de recherche clinique de l’Université d’Oxford - Népal, Népal)
Professeur Philip Bejon (chercheur médical, directeur du programme de recherche KEMRI-Wellcome Trust, Kenya)
Professeur Mohammad Asim Beg (clinicien/chercheur, Université Aga Khan, Pakistan)
Professeur Emmanuel Bottieau (clinicien, Institut de médecine tropicale, Anvers, Belgique)
Dr Sabine Braat (statisticienne, Université de Melbourne, Australie)
Professeur Frank Brunkhorst (clinicien, Hôpital universitaire d’Iéna, Allemagne)
Dr Todd Campbell Lee (chercheur, Université McGill, Canada)
Professeur Caroline Buckee (épidémiologiste, Harvard TH Chan School of Public Health, États-Unis)
Dr James Callery (clinicien, Mahidol Oxford Tropical Medicine Research Unit, Thaïlande)
Professeur John Carlin (statisticien, Université de Melbourne et Murdoch Children’s Research Institute, Australie)
Dr Nomathemba Chandiwana (Clinicien de recherche, Université du Witwatersrand, Afrique du Sud)
Dr Arjun Chandna (Clinicien, Cambodge Oxford Medical Research Unit, Cambodge)
Professeur Phaik Yeong Cheah (éthicien/ pharmacien, Mahidol Oxford Tropical Medicine Research Unit, Thaïlande)
Professeur Allen Cheng (clinicien, Université Monash, Australie)
Professeur Leonid Churilov (statisticien, Université de Melbourne, Australie)
Professeur Ben Cooper (épidémiologiste, Université d’Oxford, Royaume-Uni)
Dr Cintia Cruz (pédiatre Mahidol Oxford Tropical Medicine Research Unit, Thaïlande)
Professeur Bart Currie (directeur, HOT NORTH, Menzies School of Health Research, Australie)
Professeur Joshua Davis (clinicien, président de l’Australasian Society for Infectious Diseases, Australie)
Dr Jeremy Day (clinicien, Unité de recherche clinique de l’Université d’Oxford, Vietnam)
Professeur Nicholas Day (clinicien, directeur du Mahidol Oxford Tropical Medicine Research Unit, Thaïlande)
Dr Hakim-Moulay Dehbi (statisticien, University College London, Royaume-Uni)
Dr Justin Denholm (clinicien, chercheur, éthicien, Doherty Institute, Australie)
Dr Lennie Derde (intensiviste/ chercheur, University Medical Center Utrecht, Pays-Bas)
Professeur Keertan Dheda (clinicien/chercheur, Université du Cap et hôpital Groote Schuur, Afrique du Sud)
Dr Mehul Dhorda (chercheur clinicien, Mahidol Oxford Tropical Medicine Research Unit, Thaïlande)
Professeur Annane Djillali (Doyenne de l’École de médecine, Simone Veil Université, France)
Professeur Arjen Dondorp (clinicien, Mahidol Oxford Tropical Medicine Research Unit, Thaïlande)
Dr Joseph Doyle (clinicien, Université Monash et Burnet Institute, Australie)
Dr Anthony Etyang (chercheur médical, programme de recherche KEMRI-Wellcome Trust, Kenya)
Dr Caterina Fanello (épidémiologiste, Université d’Oxford, Royaume-Uni)
Professeur Neil Ferguson (épidémiologiste, Imperial College London, Royaume-Uni)
Professeur Andrew Forbes (statisticien, Université Monash, Melbourne, Australie)
Professeur Oumar Gaye (chercheur clinique, Université Cheikh Anta Diop, Sénégal)
Dr Ronald Geskus (chef des statistiques à l’Unité de recherche clinique de l’Université d’Oxford, Vietnam)
Professeur Dave Glidden (biostatistique, Université de Californie, États-Unis)
Professeur Azra Ghani (épidémiologiste, Imperial College London, Royaume-Uni)
Prof Philippe Guerin (Chercheur médical, Université d’Oxford, Royaume-Uni)
Dr Raph Hamers (clinicien/essayiste, Unité de recherche clinique Eijkman-Oxford, Indonésie)
Professeur Peter Horby (chercheur clinique, Center for Tropical Medicine and Global Health, University of Oxford)
Dr Jens-Ulrik Jensen (Clinicien/Trialiste, Université de Copenhague, Danemark)
Dr Hilary Johnstone (Médecin de recherche clinique, indépendante)
Professeur Kevin Kain (chercheur clinique, Université de Toronto, Canada)
Dr Sharon Kaur (éthicienne, Université de Malaya, Malaisie)
Dr Evelyne Kestelyn (Chef des essais cliniques, Unité de recherche clinique de l’Université d’Oxford, Vietnam)
Dr Tan Le Van (chercheur médical, Unité de recherche clinique de l’Université d’Oxford, Vietnam)
Professeur Katherine Lee (statisticienne, Université de Melbourne, Australie)
Professeur Laurence Lovat (Directeur clinique du Wellcome EPSRC Centre for Interventional & amp ; Surgical Sciences, UCL, Royaume-Uni)
Professeur Kathryn Maitland (Clinicienne, Imperial College London/KEMRI Wellcome Trust Program, Kenya)
Dr Julie Marsh (statisticienne, Telethon Kids Institute, Australie)
Professeur John Marshall (clinicien/chercheur, Université de Toronto, Canada)
Dr Gary Maartens (clinicien, Université du Cap, Afrique du Sud)
Professeur Mayfong Mayxay (clinicien/chercheur, Unité de recherche du Lao-Oxford-Mahosot Hospital-Wellcome Trust, Laos)
Dr John McKinnon (clinicien/chercheur, Wayne State University, États-Unis)
Dr Laura Merson (chercheuse clinique, Université d’Oxford, Royaume-Uni)
Dr Alistair McLean (chercheur médical, Université d’Oxford, Royaume-Uni)
Professeur Ramani Moonesinghe (chercheur clinicien, University College London, Royaume-Uni)
Professeur Bryan McVerry (chercheur médical, Université de Pittsburgh, États-Unis)
Professeur William Meurer (clinicien/chercheur médical, Université du Michigan, États-Unis)
Dr Kerryn Moore (épidémiologiste, London School of Hygiene and Tropical Medicine, Royaume-Uni)
Dr Rephaim Mpofu (clinicien, Université du Cap, Afrique du Sud)
Dr Mavuto Mukaka (statisticien, Mahidol Oxford Tropical Medicine Research Unit, Thaïlande)
Dr Srinivas Murthy (chercheur clinique, Université de la Colombie-Britannique, Canada)
Professeur Kim Mulholland (clinicien, London School of Hygiene & Tropical Medicine, Royaume-Uni)
Professeur Alistair Nichol (chercheur clinicien, Université Monash, Australie)
Professeur François Nosten (clinicien, directeur de l’unité de recherche sur le paludisme de Shoklo, Thaïlande)
Dr Matthew O’Sullivan (clinicien, Westmead Hospital & University of Sydney, Australie)
Professeur Piero Olliaro (chercheur clinique, Université d’Oxford, Royaume-Uni)
Professeur Marie Onyamboko (Chercheur clinique, École de santé publique de Kinshasa, RDC)
Dr Marcin Osuchowski (chercheur médical, Institut Ludwig Boltzmann, Autriche)
Professeur Catherine Orrell (pharmacologue clinicienne, Université du Cap, Afrique du Sud)
Professeur Jean Bosco Ouedraogo (chercheur médical, WWARN, Burkina Faso)
Dr Elaine Pascoe (statisticienne, Université du Queensland, Australie)
Professeur David Paterson (clinicien, directeur, UQ Center for Clinical Research, Australie)
Dr Kajaal Patel (pédiatre, Cambodge Oxford Medical Research Unit, Cambodge)
Dr Tom Parke (statisticien, Berry Consultants, Royaume-Uni)
Professeur Philippe Parola (Chercheur, Aix-Marseille Université, France)
Professeur Paul Newton (clinicien, Université d’Oxford, Royaume-Uni)
Professeur David Price (statisticien, Doherty Institute & University of Melbourne, Australie)
Professeur Richard Price (clinicien, Menzies School of Health Research, Australie)
Professeur Sasithon Pukrittayakamee (clinicien, Mahidol University, Thaïlande)
Dr Ben Saville (statisticien, Berry Consultants & Vanderbilt University)
Professeur Jason Roberts (pharmacien/clinicien, Université du Queensland, Australie)
Professeur Stephen Rogerson (clinicien, Université de Melbourne, Australie)
Professeur Kathy Rowan (chercheuse, directrice de l’unité des essais cliniques de l’ICNARC, Royaume-Uni)
Dr William Schilling (clinicien, Mahidol Oxford Tropical Medicine Research Unit, Thaïlande)
Dr Anuraj Shankar (Clinicien/ Trialiste, Eijkman-Oxford Clinical Research Unit, Indonésie)
Professeur Sanjib Kumar Sharma (clinicien, Koirala Institute of Health Sciences, Népal)
Professeur Julie Simpson (statisticienne, Université de Melbourne, Australie)
Professeur Frank Smithuis (chercheur clinique, directeur de l’Unité de recherche tropicale d’Oxford au Myanmar, Myanmar)
Dr Tim Spelman (statisticien, Burnet Institute, Australie)
Dr Kasia Stepniewska (statisticienne, Université d’Oxford, Royaume-Uni)
Dr Nathalie Strub Wourgaft (Clinicienne, initiative Médicaments pour les maladies négligées, Suisse)
Dr Aimee Taylor (statisticien, Harvard T.H. Chan School of Public Health, États-Unis)
Dr Walter Taylor (clinicien, Mahidol Oxford Tropical Medicine Research Unit, Thaïlande)
Professeur Guy Thwaites (clinicien, directeur de l’unité de recherche clinique de l’Université d’Oxford, Vietnam)
Professeur Tran Tinh Hien (clinicien, Oxford Clinical Research Unit, Vietnam)
Professeur Steven Tong (clinicien, Université de Melbourne, Australie)
Professeur Paul Turner (clinicien/chercheur, directeur de l’Unité de recherche médicale d’Oxford au Cambodge, Cambodge)
Professeur Ross Upshur (chef de la division de santé publique clinique, Université de Toronto, Canada)
Professeur Rogier van Doorn (microbiologiste clinique, Université d’Oxford, Royaume-Uni)
Professeur Sir Nicholas White (clinicien, Mahidol Oxford Tropical Medicine Research Unit, Thaïlande)
Professeur Thomas Williams (clinicien, programme de recherche KEMRI-Wellcome Trust, Kenya)
Professeur Chris Woods (chercheur, Duke University, États-Unis)
Dr Sophie Yacoub (Clinicienne, Unité de recherche clinique de l’Université d’Oxford, Vietnam) Professeur Marcus Zervos (Chercheur, Wayne State University School of Medicine, États-Unis)

Voir aussi



Recherche — Failles dans le mécanisme de relecture par des pairs

Hydroxychloroquine : The Lancet dans de sales draps…

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Comment la science se trompe... (The Economist)

Coronavirus — Les médias ont-ils fait preuve d’alarmisme ?

« Les journalistes ne savent ni lire ni interpréter les études médicales »

mardi 26 mai 2020

Québec — La cote R et les étudiants : qu'est-ce qui va se passer ?

La décision de ne pas comptabiliser les résultats de la session d’hiver 2020 dans le calcul de la Cote R fait partie des bouleversements qu’a occasionnés la COVID-19 dans le système d’éducation québécois. Cette décision n’a pas fait l’unanimité, mais elle évite d’accroître les iniquités provoquées par l’accès inégal aux moyens mis en place pour terminer la session. Les circonstances actuelles permettent de réfléchir à l’importance accordée à cet outil et à le remettre en question.


Dans son Conseil de la semaine, le Conseil supérieur de la l'Éducation met en lumière ses effets non désirés à travers quatre publications récentes.


[La cote de rendement au collégial, aussi appelée cote R, est une méthode statistique utilisée au Québec visant à mesurer la performance des étudiants de niveau collégial [fin du lycée en France] en vue de leur admission dans un programme contingenté à l'université.]

dimanche 24 mai 2020

Le modèle de l'Imperial College qui a causé la panique mondiale a de nombreuses faiblesses (comparaison avec la réalité en Suède)

Le modèle de propagation de la Covid-29 établi par une équipe de l’Imperial College de Londres (ICL), dirigée par Neil Ferguson, a attiré l’attention des médias par ses annonces dramatiques. Selon cette étude interne mise en ligne à la mi-mars, mais jamais publiée dans une revue scientifique, la Covid-19 causerait un demi-million de décès au Royaume-Uni (et deux millions aux États-Unis) en l’absence de strictes mesures de distanciation sociale. Ferguson déclara alors : « Nos estimations suggèrent que l’impact de l’épidémie en cours pourrait être comparable aux grandes pandémies de grippe du XXe siècle ».

Le graphe du rapport du Collège impérial prévoyant 2,2 millions de morts dues au coronavirus aux États-Unis sans mesures d’atténuation.

Le modèle informatique sur lequel s’appuyait Ferguson a été critiqué comme « peu fiable » (voir Hannah Boland ; Ellie Zolfagharifard [16 mai 2020]. " Le code informatique qui a conduit au confinement était « vraiment de mauvaise qualité » et un « bazar plein de bogues », disent les experts ». The Telegraph de Londres. David Richards ; Konstantin Boudnik (16 mai 2020). « Le modèle [du Collège] impérial de Neil Ferguson pourrait être l’erreur logicielle la plus dévastatrice de tous les temps ».) The Telegraph de Londres.

En complément à ces articles de presse, nous publions ci-dessous les remarques de Philippe Lemoine (doctorant à l’université Cornell en logique et philosophie des sciences, aux États-Unis) sur ce sujet.



Beaucoup de gens affirment que, si le modèle ICL a largement surestimé la gravité de l’épidémie en Suède sans verrouillage (https://medrxiv.org/content/10.1101/2020.04.11.20062133v1), c’est simplement parce qu’il n’a pas pris en compte de l’éloignement social volontaire, mais j’ai de mauvaises nouvelles pour eux.

En turquoise, la courbe des décès prévus par le modèle du Collège impérial (ICL) calibré avec les données de distanciation sur le terrain et, en rouge, les décès réels.

Plusieurs personnes ont exprimé leur surprise, parfois plus que cela, que je continue d’insister là-dessus [le modèle ICL], alors voici un court billet pour expliquer pourquoi je ne peux laisser passer cela et pourquoi je ne le ferai pas tant que les gens n’admettront pas que ce modèle était complètement faux.

Tout d’abord, les gens aiment dire que la science se corrige d’elle-même, mais cela ne signifie pas que cela se passe comme par magie. Quelqu’un doit encore faire la correction et, pour le moment, les épidémiologistes ne semblent pas souhaiter très fort le faire.

C’est un vrai problème que, purement par tribalisme (les gens qui critiquent le modèle ICL ont tendance à être du « mauvais » côté de la fracture politique), beaucoup d’entre eux continuent de défendre le modèle en utilisant l’argument manifestement fallacieux que j’ai déboulonné auparavant.

Mais une autre raison, qui est peut-être encore plus importante, est que puisque les gens n’admettront même pas que le modèle était mauvais, il n’y a pas de discussion sur pourquoi il était mauvais. Les gens disent simplement que c’est parce qu’il n’a pas modélisé la distanciation sociale volontaire et continuent de dire « circulez, il n’y a rien à voir ici ». Mais encore une fois, ce n’est manifestement pas la raison, car le modèle produit des prédictions encore énormément excessives même lorsque vous incluez la distanciation sociale volontaire dans le scénario.

D’après ce que j’ai vu lorsque j’ai exécuté une version modifiée du modèle pour la Suède, la raison immédiate semble être que, dans le modèle, le virus se propage beaucoup plus rapidement qu’il ne l’a fait en réalité.

Par exemple, même si je modélise prudemment la distanciation sociale volontaire sur la base des données de Google Mobility, cela prédit que ~ 50 % de la population a déjà été infectée à ce jour.

Maintenant, je ne sais pas exactement quelle proportion de la population a déjà été infectée en Suède, mais je ne doute pas que ce soit loin d’être 50 %. [7,3 % à Stockholm à la fin avril] Alors pourquoi le modèle a-t-il si mal prédit la dynamique de l’épidémie ?

C’est une question vraiment intéressante et importante, mais comme les gens sont trop occupés à prétendre que le modèle n’était pas vraiment faux, personne ne s’y penche vraiment...

Je ne sais pas vraiment pourquoi le modèle a si mal prédit la dynamique de l’épidémie, mais j’ai quelques théories. L’une d’eux est que c’est parce que, bien que le modèle suppose qu’ils le sont, les gens ne sont en fait pas tous également sensibles à l’infection.

Une équipe d’épidémiologistes a récemment montré que la variation de la sensibilité pouvait avoir un impact énorme dans un modèle SEIR. Je soupçonne que cela pourrait également être le cas dans un modèle multiagent tel que celui de l’ICL. Intervention strategies against COVID-19 and their estimated impact on Swedish healthcare capacity

Ce ne serait pas très difficile à tester en faisant quelques changements dans le code et peut-être que je le ferai quand j’aurai du temps, mais pour l’instant je n’en ai pas et je ne sais donc pas si je le ferai.

Je ne suis pas non plus le mieux placé pour le faire, car mon ordinateur portable n’est manifestement pas conçu pour exécuter des simulations aussi intensives en calcul. Il m’a fallu 65 heures pour exécuter la simulation dont j’ai parlé ci-dessus...

Ce n’est pas la seule possibilité, je peux en imaginer d’autres et je suis sûr qu’il y en a beaucoup auxquelles je n’ai même pas pensé. Je pense que comprendre pourquoi le modèle multiagent du Collège impérial de Londres a mal prédit la dynamique de l’épidémie pourrait être très instructif.

Malheureusement, pour que cela se produise, les gens doivent d’abord admettre que la dynamique a été complètement mal prédite et ne pas prétendre que c’est simplement parce qu’ils n’ont pas exécuté un scénario qui incluait une distanciation sociale volontaire, ce qui est une sottise totale.

Ce que j’ai dit n’épuise pas les raisons pour lesquelles je pense qu’il est important de ne pas prétendre qu’il faudrait circuler  parce qu’il n’y aurait rien à voir ici.

C’est franchement incroyable que je doive même me défendre pour ne pas laisser les gens s’en tirer avec une science de mauvaise qualité. La vérité est que, si ce modèle avait été utilisé pour justifier des politiques avec lesquelles vous n’êtes pas d’accord, je suis sûr que vous n’entonneriez pas l’air du « circulez, rien à voir » en ce moment 🤷‍♂️

ADDENDA :

Je suis d’accord avec l’essentiel de ce fil, à savoir qu’il n’y a pas de moyen évident de traduire les données de Google Mobility en interventions pour le modèle, mais j’y ai réfléchi et ce n’est pas non plus la raison pour laquelle le modèle a mal prévu la dynamique de l’épidémie.

Fondamentalement, puisque je savais que les gens feraient ce point (ce qui est tout à fait juste), la première chose que j’ai faite n’a pas été de lancer la simulation ci-dessus, mais un scénario avec un confinement strict : toutes les écoles et les entreprises non essentielles fermées, etc. Mais le modèle prédit toujours que le virus se propage beaucoup plus rapidement qu’il ne le fait réellement même avec ce scénario, bien que de toute évidence pas autant.

En turquoise, les prédictions de décès du Collège impérial de Londres avec un confinement strict (distanciation sociale, fermetures de toutes les écoles et des entreprises), en rouge les décès réels.

Maintenant, je conviens qu’il n’est pas évident de traduire les données de Google Mobility en interventions sur le modèle et que des personnes raisonnables peuvent être en désaccord sur la bonne façon de faire. Mais je ne pense pas que les gens raisonnables puissent être en désaccord sur le fait qu’il y avait beaucoup plus de distanciation sociale dans le scénario de confinement strict que j’ai exécuté ci-dessus que ce qui s’est réellement produit par le biais de la distanciation sociale volontaire.

Donc, même s’il est clair que, selon la façon dont vous traduisez les données de Google Mobility en interventions sur le modèle, cela peut ne pas sembler aussi mauvais, cela semblera assez mauvais, quelle que soit la manière raisonnable de le faire.

Comme je l’ai dit lorsque j’ai écrit la première fois sur les simulations que j’ai effectuées, je prévois d’écrire quelque chose où j’expliquerai plus en détail ce que j’ai fait. Une chose que je prévois de discuter est précisément le « problème de traduction », mais aussi pourquoi cela ne pourra sauver  le modèle. Si j’ai le temps, j’essaierai d’exécuter un ou deux autres scénarios, pour couvrir un éventail plus large des différentes manières dont on pourrait traduire les données de Google Mobility en interventions sur le modèle.

Mais cela ne fera que renforcer mon propos. Soit dit en passant, le scénario de confinement strict n’a pris « que » 37,5 heures à s’exécuter sur mon ordinateur portable, car moins de personnes sont infectées et la boucle sur les personnes infectées est apparemment la partie la plus intensive en calcul de la simulation, vous pouvez donc l’essayer à la maison 😄

Il y a d’autres choses que je n’ai pas expliquées.

Par exemple, la courbe « réelle » explique en fait les retards de déclaration, car si vous utilisez les données brutes, on a l’impression que le nombre de décès baisse plus rapidement qu’en réalité. Encore une fois, j’expliquerai tout cela lorsque j’écrirai à ce sujet.

Voir aussi

De Philippe Lemoine sa critique de l’étude du Lancet qui prouverait que l’hydroxychloroquine est non seulement inefficace, mais dangereuse, ce qui ne veut pas dire que Ph. Lemoine considère que l’hydroxycholoroquine soit efficace ou que le Pr Raoult ne dise pas des âneries selon lui. Les échantillons de cette étude sont très suspects. « Douste-Blazy avait entièrement raison et n’aurait jamais dû admettre qu’il avait tort, mais les défenseurs autoproclamés de la “science”, qui se croient très intelligents, n’ont juste pas compris l’argument »

Hydroxychloroquine update [étude du Lancet est le fait de seulement 4 personnes d'une société privée, données opaques, hôpitaux inconnus, posologies inconnues, dossiers médicaux mal connus, conclusions contredites par celles d'une étude précédente du New England Journal of Medecine avec bien de meilleures données sur les patients.] 






samedi 23 mai 2020

« La crise a montré la nécessité d’apporter de la flexibilité à un système éducatif qui n’en a pas »

Évolution de l’école et du métier d’enseignant, rôle des parents, individualisation des apprentissages, etc. : quels enseignements pour l’école tirer de la crise sanitaire ? « Le Monde » a posé la question à Alain Bouvier, ancien recteur et rédacteur en chef de la « Revue internationale d’éducation de Sèvres ».

Propos recueillis par Séverin Graveleau publiés le 19 mai 2020, retrouvez l’article dans le journal Le Monde.

Ancien recteur, rédacteur en chef de la Revue internationale d’éducation de Sèvres et professeur associé à l’université de Sherbrooke (Canada), Alain Bouvier est un observateur attentif du système éducatif français, qu’il côtoie depuis longtemps. Son dernier ouvrage, Propos iconoclastes sur le système éducatif français (Berger Levrault, 2019), ne lui a pas valu que des amis dans la « corporation » enseignante et chez les « statuquologues », comme il les appelle. Dans le cadre des Discussions du « Monde de l’éducation », Le Monde lui demande quels sont, selon lui, les enseignements pour l’école à tirer de la crise sanitaire.




En 2009, en pleine épidémie de grippe H1N1, vous évoquiez, dans une interview au « Monde », un système éducatif « individualisé, empirique et non régulé » en cas de fermeture généralisée des écoles. Ce ne fut pas le cas. Ce moment est-il advenu aujourd’hui, selon vous ?

À l’époque, nous étions dans le contexte d’une possible pandémie de grippe A. Cette fermeture généralisée n’avait heureusement pas eu lieu. Mais l’analyse que je faisais correspond bien à ce que nous sommes en train de vivre. Pendant cette crise, l’enseignement formel pour tous, par un professeur suivant le programme officiel en présentiel dans sa classe, a de fait disparu au profit de propositions pédagogiques diverses, parfois innovantes, parfois moins, à distance, plus individualisées et moins encadrées. Les familles s’en sont saisies différemment selon les milieux…

Cette fragmentation sans précédent du système éducatif s’incarne aujourd’hui dans les modalités de « retour » à l’école. Les réouvertures d’établissement s’étalent sur plusieurs semaines. Les familles ont le choix de renvoyer ou non leur enfant à l’école. Et selon quatre modalités différentes de scolarisation : tout présentiel, distanciel et présentiel, tout distanciel, et enfin un temps partagé entre les cours et les nouvelles activités périscolaires « 2S2C » (sport, santé, culture, civisme)…

Mais l’individualisation dont vous parlez est exceptionnelle, dans un contexte qui l’est tout autant. Quels peuvent en être les effets à long terme sur l’école ?
Il est bien sûr impossible de dire ce qui restera de ce fonctionnement inédit après la crise. Mais cette situation pose la question des finalités que l’on donne à l’école. Est-elle là, comme certains le défendent, pour son rôle social, pour construire du vivre-ensemble et une culture collective, découvrir l’autre, etc. ? Ou bien sa mission est-elle de se mettre au service de la réalisation des projets de chacun et chacune, individuellement ? Je crois que la crise réactive ce débat historique, dans la mesure où la mission sociale de l’école a été, un temps au moins, mise en difficulté par la fermeture des établissements…

Au-delà de cette question, il est possible que le rôle des familles et le trio « enseignants-élèves-parents » sortent renforcés de la crise. Par la force des choses, l’école française, qui a historiquement mis à l’écart les familles, a dû s’ouvrir aux parents comme jamais, et vice-versa. Je me réjouis de voir que, grâce à cette crise, les apprentissages des élèves ont été mis sur la table de façon visible pour les familles. Les enseignants, souvent habitués à travailler dans le huis clos de leur salle de classe, ont été obligés d’« ouvrir leur porte ». Espérons qu’ils y auront trouvé du plaisir pour continuer à le faire, après la crise, auprès de parents qui s’y seront un peu habitués.

Selon vous, quels sont les autres effets de la crise sur le métier d’enseignant et son image auprès des Français ?

Elle a permis de voir que l’accompagnement des élèves est aussi important que l’enseignement qui leur est donné, et donc mis en avant le rôle pédagogique central à côté des enseignants des autres accompagnants que sont les parents, les CPE, etc. Et la nécessité d’échanger avec les autres professeurs pour partager des pratiques pédagogiques. La crise a donc montré que la pédagogie ne peut être qu’un travail d’équipe. Mais aussi que l’apprentissage doit être en partie individualisé, alors que cela est nié par une partie de la profession depuis cinquante ans, qui explique qu’il n’y a d’apprentissage que collectif, avec la « dynamique » d’un groupe, etc. La situation a prouvé que les deux approches sont complémentaires.

Quant à l’image du métier auprès des Français, si celle-ci s’est détériorée progressivement depuis quarante ans, c’est justement, car ce métier n’est pas assez connu, tout étant fait pour qu’il ne le soit pas. Aujourd’hui, c’est peut-être un peu moins le cas qu’il y a deux mois…

Quelles sont selon vous les évolutions souhaitables de l’école après cette crise ?

Cette crise a une nouvelle fois montré la nécessité d’apporter de la flexibilité à un système éducatif qui n’en a pas, entre autres à cause du rôle de ceux que j’appelle les « statuquologues » (certains syndicats, la technocratie intermédiaire de l’éducation nationale, etc.). J’observe d’ailleurs que ceux-ci ont observé une relative « trêve », au moins au début du confinement. Les enseignants ont une nouvelle fois montré que lorsque le cadre se desserrait un peu, ils étaient capables, au moins pour une partie d’entre eux, d’innover et de bien faire leur métier, sans que celui-ci n’ait besoin d’être corseté par une multitude de circulaires tatillonnes arrivant à cadence renforcée de l’administration centrale.

On pourrait donc imaginer, aujourd’hui plus qu’hier, et même si une partie de la corporation n’y est pas favorable, des modes de fonctionnement avec plus de flexibilité et de responsabilité au niveau local, pour les chefs d’établissement et les enseignants. L’école de demain devra faire sa place aussi à une diversité des formes de scolarisation, pour développer des modèles « hybrides » combinant, de manière plus organisée que pendant la crise, temps de classe et travail à distance, comme cela existe dans d’autres pays. Et ce afin de ne pas laisser cette souplesse aux seules structures privées, qui proposent aussi leurs services aux familles.

Les semaines qui viennent, ainsi que la rentrée de septembre, seront déterminantes pour juger de la pertinence des solutions proposées pour faire face à la crise. Est-ce qu’on cherchera immédiatement, en fonction des succès ou des échecs, à revenir à l’uniformisation qui prévalait avant ? C’est une vraie question, qui mériterait, je crois, un débat parlementaire et un nouveau « contrat scolaire » entre les Français et leur école.

Recherche — Failles dans le mécanisme de relecture par des pairs

Il y a quelque chose de pourri au royaume de la science. Coup sur coup, trois noms de l’édition scientifique ont été contraints de retirer plusieurs études qu’ils avaient publiées. Dans les trois cas, la fraude était intervenue au cours du processus de relecture et de validation des articles par les pairs (le comité de relecture), c’est-à-dire au cœur même de la machinerie scientifique. Pour ceux qui ne seraient pas familiarisés avec cette procédure, voici la marche à suivre quand des chercheurs veulent publier le résultat de leurs travaux. Ils rédigent tout d’abord leur étude puis l’envoient à une revue. L’éditeur de celle-ci adresse ensuite le texte à un ou plusieurs spécialistes, les relecteurs, qui, par leur expertise, sont à même de saisir la portée de l’article et censés en effectuer une analyse critique. Souvent anonymes, ils peuvent décider de rejeter ce dernier s’ils ne le jugent pas assez intéressant ou pas au niveau de la revue ; ils peuvent aussi, avant de se prononcer, demander un certain nombre d’éclaircissements voire de nouvelles expériences ; ils peuvent enfin accepter l’étude, en général au prix de corrections et de précisions. Si les experts donnent le feu vert, le texte est publié.

Entre l’envoi initial et la parution de l’article, le processus peut prendre plusieurs semaines, voire plusieurs mois, et cette validation par les pairs est censée garantir la qualité et le sérieux de la revue. Mais quand la révision par les pairs est piratée, comme cela vient de se produire à plusieurs reprises, c’est tout l’édifice scientifique qui est ébranlé. Les trois affaires ont été révélées au grand jour par l’excellent site « Retraction Watch ». La première date du 16 décembre. L’éditeur Hindawi a été contraint de retirer d’un coup dix articles dont un des coauteurs, le Sud-Coréen Jason Jung, avait frauduleusement soumis lui-même les rapports de relecture. Il est évidemment plus facile de voir son travail accepté par une revue quand on procède soi-même à son évaluation...

La deuxième affaire touche un grand nom de l’édition scientifique, le Nature Publishing Group (NPG), qui, comme son nom l’indique, publie notamment la prestigieuse revue Nature. Dans un communiqué laconique rendu public le 18 décembre, le NPG annonce que trois articles, tous rédigés par des équipes chinoises et parus dans les journaux Cancer Gene Therapy et Spinal Cord, ont été retirés, c’est-à-dire désavoués. On n’a pas beaucoup d’explications, mais, là encore, est en cause une fraude au niveau de la révision par des experts. Enfin, « Retraction Watch » a annoncé le 24 décembre que le groupe d’édition SAGE, après avoir mené une enquête sur des études suspectes soumises à une de ses revues, le Journal of the Renin-Angiotensin Aldosterone System (JRAAS), avait retiré 21 articles. Huit d’entre eux avaient déjà été publiés, tous issus d’équipes chinoises...

Au total, en moins de dix jours, 34 études sont donc parties dans les oubliettes de la science. Cette rafale de rétractations n’est en réalité pas surprenante, car elle s’inscrit dans une sorte d’« opération mains propres » à laquelle les grands éditeurs du monde scientifique ont été contraints de se livrer depuis un an. En décembre 2014 en effet, le Comité sur l’éthique des publications (COPE, selon son acronyme anglais), organisation à but non lucratif regroupant plus de 10 000 éditeurs scientifiques dans le monde, lançait un signal d’alarme. Dans un communiqué, le COPE constatait « des tentatives systématiques et inconvenantes pour manipuler le processus de revue par les pairs de plusieurs journaux appartenant à différents éditeurs. Il apparaît que ces manipulations ont été orchestrées par un certain nombre d’agences tierces offrant leurs services à des auteurs. »

Pour comprendre ce qui peut sembler un tantinet obscur dans cet extrait, il faut entrer quelques minutes dans l’arrière-cuisine de la science, là où se mitonne la tambouille de la recherche. Très populaires en Asie — et notamment en Chine, les « agences » auxquelles se réfère le communiqué du COPE sont des officines qui, moyennant finances, proposent aux chercheurs en mal de reconnaissance et soumis à la pression du «  Publie ou péris » des articles clés en main ou, plus simplement, une « aide » à la publication. Et, parfois, l’aide fait un détour par la tricherie. Comment cela ? Trois cas principaux se présentent. Dans les deux premiers, les fraudeurs profitent du laxisme de revues fainéantes, lesquelles demandent aux auteurs de fournir avec leurs articles une liste de spécialistes de leur domaine qui pourraient servir de relecteurs. Première possibilité : les chercheurs pressentis sont de mèche avec les auteurs (ou rémunérés par les agences pour leur mansuétude...) et, en attente d’un retour d’ascenseur, ils jouent au « passe-moi la rhubarbe, je vous passerai le séné ».

Seconde possibilité,
nettement plus tordue, mais visiblement très en vogue : les auteurs ou, bien souvent, les agences qui agissent à leur place fournissent le nom de chercheurs, mais avec de fausses adresses de courrier électronique. Du coup, sans se douter de l’entourloupe, les revues leur renvoient leurs études en leur demandant de les évaluer ! Il suffit de donner une réponse bienveillante, mais assortie de quelques remarques judicieuses, histoire de ne pas éveiller la méfiance des éditeurs, et le tour est joué : un « pair » a validé le travail, on peut le publier. Dans le dernier cas de figure, on a affaire à un piratage classique : quelqu’un pénètre dans le système informatique gérant les études à relire et adresse celles qu’il veut valider à un réviseur fictif ou complice. C’est ce qui s’est produit pour le journal Optics & amp ; Laser Technology, du groupe Elsevier, qui a dû retirer en 2012 une dizaine d’articles frauduleusement acceptés.

Depuis qu’a éclaté le scandale de ces manipulations de la relecture par des pairs, on a, selon « Retraction Watch », comptabilisé près de 300 rétractations, la plupart concernant des études venues d’Asie — chinoises, taïwanaises, sud-coréennes — et impliquant souvent les fameuses « agences » du marché noir de la science, que j’évoquais plus haut. Il y a un mois, Pékin, soucieuse de restaurer une crédibilité scientifique bien ébranlée, a réagi en interdisant aux chercheurs chinois de travailler avec ces agences. Quant aux éditeurs, ils ont lancé de nombreuses enquêtes internes dont les retombées n’ont sans doute pas fini de se faire sentir. Nombreuses sont également les revues qui ont promis de ne plus demander aux auteurs de leur fournir une liste de relecteurs potentiels. Histoire que la si essentielle validation se fasse bien par des pairs et non par des fantômes.

Source (avec correction grammaticales et éditoriales)

Voir aussi

Comment la science se trompe....

Manipulations de données par des chercheurs du GIEC ?

« Sans transparence, on ne peut faire confiance à la science du climat »

vendredi 22 mai 2020

Selon une étude universitaire, une bonne partie des études universitaires ne seraient pas fiables...

L'équipe du Reproducibility Project
au Centre de la Science ouverte
à Charlottesville en Virginie

Des chercheurs américains ont reproduit une centaine d’études pour les vérifier. Résultat, moins de la moitié des contre-études sont arrivées aux mêmes conclusions que les recherches originales.

Des protocoles identiques, des échantillons similaires, mais des résultats différents. Une équipe de 270 chercheurs a tenté de reproduire des études de psychologie. Dans à peine 40 % des cas, ils sont arrivés aux mêmes résultats que les recherches originales, selon les conclusions de ce projet, baptisé « Reproducibility Project », publiées jeudi dans la revue Science.

Les études en question avaient été publiées initialement en 2008 dans trois revues scientifiques de référence (Psychological Science, the Journal of Personality and Social Psychology et the Journal of Experimental Psychology), et traitaient aussi bien de comportements sociaux, de la perception ou de la mémoire.

Comment expliquer un tel décalage entre les études originales et leurs reproductions ? Le nombre de publications en plein boom, et la pression qui pèse sur les scientifiques qui cherchent de plus en plus à obtenir des résultats-chocs, plus susceptibles d’être repris dans les médias grand public, note le New York Times. Les chercheurs remettent en cause depuis quelques années cette course effrénée à la publication et à le facteur d’impact, indice qui mesure la popularité d’un article par le nombre de ses citations par d’autres chercheurs, expliquait Slate il y a quelques mois. Selon Arturo Casadevall, du Collège de médecine Albert Einstein à New York, «exiger des scientifiques qu’ils mènent des recherches avec un haut facteur d’impact crée un biais fort: cela les décourage de faire des recherches très risquées et cela réduit les chances de découvertes révolutionnaires inattendues».

Pour Brian Nosek, coauteur de l’étude et chercheur à l’université de Virginie, cela montre que les scientifiques doivent constamment se remettre en question. Surtout que les résultats pourraient être encore moins concluants dans d’autres disciplines, y compris de sciences dites dures, comme la biologie cellulaire, les neurosciences ou la médecine clinique.

« Cette étude montre que nous avons un problème, mais nous pouvons tenter d’y remédier », estime de son côté Dorothy Bishop, professeur de développement neuropsychologique à l’université d’Oxford. Elle invite les chercheurs à travailler sur des échantillons plus représentatifs, à enregistrer obligatoirement leurs méthodes d’enquête en amont, et à publier les données récoltées, afin que leurs expériences puissent être reproduites plus facilement.

Ce type de démarche de vérification ne fait cependant pas l’unanimité dans la communauté scientifique, certains détracteurs pointant le fait que les contre-études, souvent réalisées par de jeunes chercheurs moins expérimentés, ne sont, elles, jamais vérifiées.


Coronavirus — Les médias ont-ils fait preuve d'alarmisme ?

Commençons par un court extrait d’une émission française sur LFI qui passe en revue trois idées fausses (pardon des vérités d’alors), toutes très alarmistes, que les grands médias ont colportées sur la Covid-19 :
  • Le taux de mortalité était présenté comme très dangereux (3,5 % des gens contaminés meurent) alors qu’aujourd’hui selon LCI il est de 0,53 % (c’est une fourchette haute, voir la vidéo de Unherd avec le virologue ci-dessous, elle pourrait même être de 0,3 %). Notons que dès mars le Pr Raoult disait, à la lumière du nombre de décès qui s'étaient produits sur le Princess Diamond dont la clientèle de croisiéristes était très âgée (âge médian de 69 ans) que ce 3,5 % était beaucoup trop haut. Rappelons que ce bateau comptait 3 711 membres d'équipage et passagers dont 712 seront infectés au Covid-19 et 14 en mourront (soit 1,9 % de morts). La revue Nature rapportait le 26 mars que le taux de mortalité par cas infectés en Chine s'établissait dans une fourchette allant de 0,5 % à 1,1 % bien plus bas que le taux de 3,8 % que l'OMS a publié.
  • Les médias et l’OMS affirmaient que le virus était là pour des mois parce qu’il est insensible à la chaleur, au soleil et à l’humidité, or voilà que des études prouvent l’inverse (de même, il semble vivre nettement moins longtemps sur les surfaces que ce qu’on a d’abord annoncé).



Le 6 mai 2020, le Téléjournal de 22 heures de Radio-Canada débutait sur un ton sombre et alarmiste. En manchette, les propos de l’ancien directeur des Centres de lutte et de prévention des maladies américains, propos répétés lors du reportage consacré à la situation aux États-Unis « Aussi tragique qu’ait été la situation, ce n’est que le début ». Puis, le portrait d’une situation qui se dégradait aux États-Unis « Mais la situation se détériore dans une vingtaine d’États, dont plusieurs comme le Texas et la Géorgie ont mis fin au confinement. Une erreur selon Andrew Cuomo [...] »

Voir les extraits ci-dessous (nous avons coupé la rhétorique prévisible et pavlovienne contre Trump qui changerait souvent d’avis et qui pense surtout à sa réélection, comme si c’était le seul actuellement).

Or qu’en était-il le soir du 6 mai ?

Voici les chiffres (provisoires pour les 14 derniers jours du graphe) du site officiel du Ministère de la Santé de la Géorgie.



Le nombre préliminaire des cas positifs pour le 6 mai (les derniers du graphe) était donc en baisse.


Le nombre préliminaire des décès pour le 6 mai (les derniers du graphe) est en baisse.

Et voici ceux les chiffres de la Géorgie publiés le 7 mai (si jamais il y avait un retard de publication sur le site internet gouvernemental).



Les chiffres sont toujours à la baisse.

Et enfin ceux du 21 mai, 15 jours plus tard une fois que les chiffres du 6 mai ont été finalisés et officialisés.





Toujours pas de hausse, si ce n’est les dents de scie habituelles souvent dues à des décès ou des cas qui ne sont pas tout de suite rapportés (les chiffres de la fin de semaine sont comptabilisés au milieu de la semaine). En fait tous les chiffres sont à la baisse.

Pourquoi Radio-Canada a-t-elle affirmé avec tant d’aplomb que « 
la situation se détériore dans une vingtaine d’États dont plusieurs comme le Texas et la Géorgie ont mis fin au confinement. » ? Un de nos correspondants a posé la question à Radio-Canada le 7 mai et le 21 mai, il n’a toujours pas reçu de réponse.

Qu’en était-il des États-Unis dans son ensemble ?

Le Téléjournal affirmait que les choses empiraient à l’échelle des États-Unis et soulignait par deux fois les propos apocalyptiques d’un expert (sans contrepartie plus optimiste). Le correspondant radio-canadien résume : « cela équivaut aux pires moments de la grippe espagnole, et il prévient ce n’est qu’un début : “Aussi tragique qu’ait été la situation, ce n’est que le début”. » Rappelons que la grippe espagnole a causé la mort de 20 millions à 50 millions de personnes sur une population mondiale en 1919 d’environ 1,5 à 2 milliards (environ 4 à 5 fois moins qu’aujourd’hui). Il faudrait donc s’attendre de 80 à 250 millions de morts pour la Covid-19 si l’on comprend bien cet expert savamment choisi. La Covid-19 n'a pourtant fait que 332 924 morts à l’heure où nous publions ces lignes.

Or la tendance des cas positifs aux États-Unis est à la baisse depuis la fin avril (avec les dents-de-scie habituelles) alors que le nombre de tests ne fait qu’augmenter. On trouve donc de moins en moins de personnes infectées malgré de plus grands efforts pour les dépister.





Qu’est-ce qui permettait scientifiquement (les alarmistes adorent cet adverbe) à Radio-Canada de diffuser ce reportage aux accents apocalyptiques ? Fallait-il faire croire aux téléspectateurs que Trump et la Géorgie conservatrice et trumpienne sont des inconscients ?

Parlant de Trump, quelques jours plus tard au téléjournal de Montréal du 19 mai à 18 h, Patrice Roy interrogeait le  Dr Weiss sur l’hydroxychloroquine que M. Trump avait avoué prendre comme prophylactique. Sourires narquois. Le Dr Weiss affirme alors qu’il n’y avait aucune preuve que cela pouvait être efficace, laissant entendre que c’était donc une autre idée farfelue du président américain.

Mais cela n’est peut-être justement pas si farfelu que cela.

  • Il y a eu un grand événement d’exposition au COVID-19 dans un hôpital de soins de longue durée en Corée.
  • Une prophylaxie post-exposition utilisant l’hydroxychloroquine a été fournie à 211 personnes.
  •  Le développement de la maladie a été prévenu avec succès (aucune personne infectée) sans événements indésirables graves. [Au bout de 14 jours de quarantaine, tous les tests de PCR de suivi étaient négatifs.]
D’autre part, un article italien du quotidien Il Tempo rapporte des résultats intéressants fournis par l’analyse du registre de la Société italienne de rhumatologie (SIR). Pour évaluer les corrélations possibles entre la Covid19 et les patients chroniques auxquels on prescrit régulièrement de la chloroquine, « la SIR a interrogé 1 200 rhumatologues dans toute l’Italie pour recueillir des statistiques sur les infections. Sur un public de 65 000 patients chroniques (lupus et polyarthrite rhumatoïde), qui prennent systématiquement du Plaquénil ou plus généralement de l’hydroxychloroquine, seuls 20 patients ont été testés positifs pour le virus. Personne n’est mort, personne n’est en soins intensifs, selon les données recueillies jusqu’à présent. »

De toute façon, de conclure le savant journaliste, il semble que la chloroquine perde de la faveur. Patrice Roy dit alors avoir lu récemment deux études sur le sujet qui montraient que c’était inefficace. Espérons qu’il ne s’agit pas d’articles au sujet de ces deux études à très faibles effectifs dont une (française) est vraiment bâclée. Lire « Les journalistes ne savent ni lire ni interpréter les études médicales » au sujet de ce médiocre article de l’AFP sur ces deux études qui a donné lieu à un grand ballet de copiés-collés dans les médias.


Enfin, pour ceux qui veulent entendre des réflexions moins sensationnalistes (et, à nos yeux, erronées ou irresponsables) que la SRC, nous vous conseillons la chaîne UnHerd (en anglais) où l’on trouve plusieurs vidéos bien faites où des spécialistes (certains alarmistes, mais la plupart rassurants)  s’expriment doctement et posément sur le sujet de la Covid-19. Nous vous en proposons deux ci-dessous avec leur résumé en français.



Résumé : Le présentateur Freddie Sayers s’entretient avec le virologue allemand, le professeur Hendrik Streeck, sur les raisons pour lesquelles il pense que les mesures de confinement ont été enclenchées trop tôt et sur la façon dont ses résultats montrent un taux de mortalité de la Covid-19 de 0,24 à 0,36 %.

La mortalité de Covid-19, mesurée par le « taux de mortalité infectée » ou le pourcentage de personnes infectées finissant par mourir, est devenue un problème d’importance mondiale. UnHerd a interrogé à des experts aux deux bouts du spectre des estimations du taux de mortalité, de Neil Ferguson (de l’Imperial College qui pense désormais [il a déjà été nettement plus alarmiste] que le taux est d’un peu moins de 1 %, peut-être 0,8-0,9 %) au Suédois Johan Giesecke qui maintient qu’il est plus proche de 0,1 % soit un sur mille.



Résumé : Freddie Sayers interviewe le professeur Karol Sikora, le doyen fondateur et professeur de médecine à la faculté de médecine de l’Université de Buckingham et un ancien directeur du programme OMS contre le cancer.

Le professeur Karol Sikora est devenu une sorte de célébrité au Royaume-Uni au cours des derniers mois pour ses commentaires d’experts sur la pandémie et sa tendance inhabituelle à l’optimisme plutôt qu’au pessimisme.

Pour lui le virus se « fatigue »
  • Au cours des deux dernières semaines, le virus montre des signes de détérioration ;
  • C’est comme si le virus « se fatiguait », presque « s’ennuyait » ;
  • Cela se produit à travers le monde quasiment en même temps ;
  • C’est un phénomène que l’on observe souvent avec les maladies respiratoires sans qu’on puisse totalement l’expliquer.
Immunité collective existante
  • Les tests sérologiques dans le monde (et à paraître en Grande-Bretagne) ne révèlent pas nécessairement le pourcentage de personnes qui ont eu la maladie ;
  • Il estime que 25 à 30 % de la population britannique a eu Covid-19, et plus dans le groupe le plus sensible ;
  • Des poches d’immunité collective expliquent déjà en partie le ralentissement ;
  • Le résultat final de la Suède (non confinée, mais distanciée)  ne sera pas différent du nôtre (strictement confiné).
Peur plus mortelle que le virus
  • Lorsque les historiens se pencheront sur cette histoire seront écrits, la peur aura tué beaucoup plus de personnes que le virus, y compris un grand nombre de patients cancéreux et cardiologiques non traités ;
  • Nous aurions dû rouvrir plus tôt les hôpitaux aux patients non coronavirus.
Masques et écoles
  • Les preuves sur les masques ne sont tout simplement pas convaincantes (sauf probablement rapports très rapprochés inévitables), donc ce devrait être une « décision individuelle » ;
  • Nous devrions passer à 1 m de distance sociale, ce qui signifie que les restaurants et les bars pourraient rouvrir ;
  • Davantage d’écoles devraient rouvrir en juin, car « les enfants ne sont pas les transmetteurs de ce virus » ;
  • Nous devrions revenir à l’ancienne « normale » et non à une « nouvelle normale » Coronavirus (Covid-19).

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jeudi 21 mai 2020

Libérons les enfants du confinement gouvernemental

Richard Martineau qui, il y a deux semaines encore, fustigeait les anti-confinements comme des peureux est désormais pour qu'on libère les enfants de ce même confinement strict et généralisés.




La chronique de Richard Martineau:

Comme plusieurs d’entre vous, j’ai profité du beau temps, ce week-end, pour me promener dans des parcs et faire du vélo. J’ai discuté avec de nombreux parents. Et qu’est-ce que j’ai entendu le plus souvent ? « C’est bien beau, le confinement, mais je ne vais quand même pas empêcher mes enfants de jouer avec leurs amis ! Pourquoi enfermer les enfants alors que ce ne sont pas eux qui sont les plus vulnérables, mais les vieux – et même, les vieux malades ? »

ESBROUFE SANITAIRE ?

De plus en plus de parents se posent cette question. Les chiffres sont clairs : les enfants sont très peu à risque. Pourquoi on les confine comme s’ils avaient 70 ans ? La semaine dernière, l’animateur Jean-François Baril a publié un texte qui a enflammé les médias sociaux. « Nos jeunes commencent à être taciturnes et isolés, a-t-il écrit. Ils sont sans école, parfois sans parents à la maison et sans objectifs à court terme.

« C’est bien beau le golf, l’escalade en montagne et l’équitation. Mais pourquoi un entraîneur ne pourrait pas être avec six garçons sur un terrain de soccer et leur faire pratiquer leur jeu de jambes ? Pourquoi quatre filles ne pourraient pas pratiquer le basketball avec leur coach en respectant les consignes ? « Avec un peu de surveillance, c’est possible d’ouvrir les parcs de balle, de soccer et de football, afin de permettre ces sports de masse. »

Le journaliste Louis-Philippe Messier­­­ a publié un texte semblable dans le 24H. « Pourquoi le ministre de l’Éducation impose-t-il une panoplie de précautions presque impossibles pour les écoles primaires et les garderies si les enfants ne sont pas plus menacés que menaçants ? Du théâtre pour rassurer les adultes, de l’esbroufe sanitaire ? « Pourquoi continuer de leur interdire de jouer entre voisins ou d’utiliser les modules dans les parcs ? »

VICTIMES COLLATÉRALES

Hier, à l’émission de ma conjointe, Sophie Durocher, sur Qub Radio, la Dre Marie-Claude Roy, pédiatre au CHU-Sherbrooke, n’a pas mâché ses mots.

On sait que les enfants sont très peu malades de la COVID et qu’ils sont de très mauvais vecteurs pour la transmettre, pourtant, ils constituent la tranche de la population la plus confinée au Québec. On commence à déconfiner les personnes âgées, mais il n’y a pas de plan concret pour déconfiner les jeunes...

  es enfants ont besoin de se socialiser pour se construire, ils doivent pouvoir jouer avec leurs amis, afin d’apprendre à exprimer et à contrôler leurs émotions. De même, les ados ont besoin de vivre leurs premiers émois amoureux. « Les mesures de santé publique doivent être adaptées pour les enfants, on ne peut pas leur imposer les mêmes mesures de distanciation sociale qu’on impose aux adultes, ça n’a aucun sens !

On dit que les écoles secondaires n’ouvriront peut-être pas en septembre. C’est impensable ! Les dommages que ça causerait chez les ados dépasseraient tout ce que pourrait causer la COVID !

On est en train de sacrifier une génération qui ne s’en sortira pas indemne­­­. Les enfants sont les victimes collatérales de cette crise... 

À quand le Front de libération des enfants ?