vendredi 30 août 2019

Gigantesque étude : non le gène Xq28 ne définit pas l'orientation sexuelle

En 1993, une étude sur 40 familles avait cru identifier un lieu unique, le gène Xq28, définissant l’orientation sexuelle.

Cette étude permettait de confondre certains « homophobes » qui voulaient ramener des homosexuels sur le « bon chemin » en leur disant que ces efforts seraient vains puisque ces homosexuels étaient nés ainsi; leur homosexualité n’était en rien une affaire de choix ou de mauvaises influences.

Une nouvelle et gigantesque analyse réfute ce modèle génétique simpliste.

C’est la conclusion d’une analyse réalisée sur un demi-million de profils ADN par un groupe de chercheurs en Europe et aux États-Unis, et dont la publication jeudi par la prestigieuse revue Science vise à enterrer l’idée née dans les années 1990 qu’il existe un « gène gay » aussi prévisible que ce qui existe pour la couleur des yeux. « Il est de facto impossible de prédire l’orientation sexuelle d’une personne d’après son génome », dit Ben Neale, membre du Broad Institute d’Harvard et du MIT, l’un des nombreux établissements dont sont issus les auteurs.

L’orientation sexuelle pourrait bien avoir une composante génétique, disent les chercheurs, confirmant des études précédentes plus petites, notamment sur des jumeaux. C’est le cas de nombreux autres traits, voir Pourquoi l’éducation jouerait un rôle moins important qu’on ne le pense.

Mais cette composante dépend d’une myriade de gènes et de l’environnement où la personne grandit. « Il n’y a pas de gène homosexuel unique, mais de nombreux petits effets génétiques répartis dans le génome », explique Ben Neale. À cela s’ajoute un facteur essentiel : l’environnement dans lequel une personne grandit et vit.

Pour mieux expliquer, les chercheurs comparent à la taille : l’effet génétique est indiscutable, puisque votre taille est liée à celle de vos parents. Mais la génétique n’explique pas tout : votre nutrition pendant l’enfance aura un impact important. C’est ce que les scientifiques appellent l’environnement. Idem pour le risque cardiaque : des gènes créent des prédispositions, mais votre style de vie, comme votre alimentation, a un rôle plus grand encore.

La nouvelle analyse statistique a permis de découvrir cinq positions précises sur nos chromosomes, appelées locus, qui apparaissent clairement liées à l’orientation sexuelle, bien qu’ayant chacune une influence « très petite ». Biologiquement, il se trouve qu’un marqueur est aussi associé à la perte de cheveux, ce qui suggère un lien avec la régulation des hormones sexuelles. Vraisemblablement, il existe des centaines ou des milliers d’autres marqueurs, que de futures analyses sur de plus grandes banques ADN pourraient un jour découvrir.

« C’est un comportement complexe où la génétique joue un rôle, mais probablement de façon minoritaire. L’effet de l’environnement existe, mais on n’arrive pas à le mesurer exactement », ajoute Fah Sathirapongsasuti, scientifique de 23andme.com, un site de tests ADN qui a contribué à l’étude avec des profils génétiques de clients (volontaires).

Le gros de l’analyse a été fait sur des hommes et femmes de la banque britannique UK Biobank, en majorité d’origine européenne, qui avaient répondu à la question : avez-vous déjà eu une relation sexuelle avec une personne du même sexe ?

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Interculturalisme — jeunes adoptent pratiques de l’islam, comme le ramadan, sans se convertir

Un nouveau phénomène apparaît au Québec : des jeunes qui adoptent certaines pratiques de l’islam, comme le ramadan, sans se convertir, par solidarité avec leurs amis. L’anthropologue Géraldine Mossière en parlait hier, à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), lors d’un congrès sur les religions. Les adeptes du ramadan sans conversion sont plutôt neutres au sujet du débat sur le voile.

Géraldine Mossière a tout d’abord comparé des converties à l’islam au Québec et en France, publiant un livre sur le sujet en 2013. L’anthropologue de l’Université de Montréal s’est ensuite penchée sur 44 jeunes, surtout des femmes, qui n’étaient pas musulmanes de naissance, mais fréquentaient les associations musulmanes universitaires de Montréal et des cafés associés à ces associations. « Je me suis rendu compte que beaucoup de ces jeunes adoptaient des pratiques de l’islam sans se convertir, dit Mme Mossière. Le ramadan, des prières, l’interdiction du porc parfois, aussi certaines façons de parler, dire “salam” au lieu de “bonjour”. Ce sont des jeunes qui ont connu à l’école un brassage culturel propice à l’intégration de certaines croyances culturelles. » [Et une valorisation « propice » de cette « richesse » et de cette « diversité », voir le programme ECR...]

« Parfois, ils le font par solidarité avec leurs amis musulmans. Ceux qui ne vont pas jusqu’à la conversion voient les pratiques musulmanes comme du développement personnel, comme le yoga ou la méditation. »

Femmes à la maison, le paradis aux pieds des mamans

Certaines allaient parfois jusqu’à la conversion, souvent par désir de retrouver des rôles féminins plus traditionnels. « Elles se voient comme Québécoises et musulmanes, dit Mme Mossière. Elles adoptent un “islam des origines” épuré du système patriarcal qu’elles associent à la culture des pays musulmans d’aujourd’hui. Souvent, c’est une critique du féminisme de seconde vague où les femmes voulaient s’émanciper. Pour ces converties, les femmes ont beaucoup perdu en accédant au marché du travail, parce que le soir, elles rentrent trop tard pour bien s’occuper de la famille. Elles voient l’islam comme un moyen de revenir au modèle familial de leurs grands-parents, mais en étant plus valorisées que leurs grands-mères, parce que dans l’islam, le rôle de mère et d’épouse est sacralisé et reconnu par Dieu. »

Pour elles, la possibilité de se consacrer au foyer et aux enfants, de faire du bénévolat et d’étudier si elles le désirent, sans obligation de travailler, n’est pas du tout vu comme un modèle machiste. Qu’est-ce qui est machiste alors pour ces converties ? « C’est une bonne question. Des hommes irrespectueux qui considèrent les femmes comme des objets sexuels ou ne valorisent pas leur rôle à la maison. Elles citent très fréquemment le hadith [recueil de paroles attribuées à Mahomet] qui dit que le paradis est aux pieds des mamans. » Pourquoi étudient-elles si elles n’envisagent pas de travailler ? « Travailler, peut-être, quand les enfants sont grands, mais sans obligation. Elles voient leur instruction comme quelque chose qu’elles pourront transmettre à leurs enfants. » Mme Mossière précise que son échantillon ne contenait pas de « radicalisés » voulant imposer l’islam à la société québécoise.

[...]

Ils deviennent musulmans parce qu’ils croient à une vision alternative de la société, une économie de troc, une sensibilité écologiste très forte. Ils veulent une éducation particulière pour leurs enfants, à la maison souvent. Ils voient en l’islam un outil pour développer cette culture alternative. Ça finit par inclure une alternative au modèle féministe dominant. L’islam devient une forme de contestation. [...]

Durant cette deuxième étape de sa recherche sur les conversions à l’islam au Québec, Mme Mossière a remarqué que le phénomène est souvent lié à l’étranger. « On voit beaucoup d’Européens, d’origine maghrébine ou non qui, une fois au Québec, voient que la réaction envers l’islam y est moins négative qu’en France. Ou alors des Québécoises de souche qui découvrent l’islam lors de voyages à l’étranger, de voyages humanitaires parfois. »

Source

jeudi 29 août 2019

La Révolte des élites de Christopher Lasch

Dès 1994, alors que la mondialisation heureuse semblait triompher, le sociologue américain Christopher Lasch avait tout vu des fractures sociales et culturelles que celle-ci allait provoquer. Dix jours avant sa mort, il achevait un testament politique qui dit tout des bouleversements démocratiques actuellement à l’œuvre.

La Révolte des élites a paru il y a près de vingt-cinq ans et semble avoir été écrite avant-hier. Plus qu’aucun essai contemporain, le chef-d’œuvre posthume de Christopher Lasch permet de saisir les ressorts des bouleversements que traversent les démocraties occidentales. À tel point que certaines pages décrivent littéralement l’Amérique divisée de Donald Trump, mais aussi la France à l’heure de Macron et des « gilets jaunes ». Le sociologue avait achevé ce qui restera comme son testament politique le 14 février 1994, dix jours avant de succomber d’une leucémie à 62 ans. La conscience aiguë que son temps était compté lui avait permis d’accéder à une forme de lucidité absolue et d’écrire un texte visionnaire. Car lors de sa parution, La Révolte des élites, sous-titrée Et la trahison de la démocratie, apparut complètement à rebours de son temps.

Les « élites » contre les « masses »

Cinq ans auparavant, la chute du mur de Berlin, suivie de la disparition de l’Union soviétique, semble marquer le triomphe définitif et planétaire de la démocratie libérale. Au moment où Christopher Lasch écrit son manuscrit, Bill Clinton, dont le mandat va coïncider avec la plus longue période d’expansion économique en temps de paix de l’histoire américaine, entre à la Maison-Blanche.

Aux yeux de la plupart des observateurs, le nouveau président, qui ira plus loin que Reagan en matière de dérégulation économique et financière, incarne une gauche réformiste décomplexée et convertie, avec succès, au libre-échange. Christopher Lasch, philosophe d’inspiration marxiste, y voit, lui, toute autre chose : le symptôme d’une sécession.

Déjà à l’époque, il propose de dépasser le clivage droite-gauche pour revenir aux sources de la démocratie américaine qu’il n’hésite pas à placer sous le signe du « populisme » des « élites » qui se prétendent « éclairées » et le début d’une nouvelle lutte des classes menée par ces dernières contre le « peuple » perçu comme « ignorant ». Le titre du livre fait référence à La Révolte des masses d’Ortega y Gasset paru en 1930.

Sur fond de montée des totalitarismes, le philosophe espagnol voyait dans « les masses » le plus grand danger pour la civilisation occidentale. Cinquante ans après, pour Lasch, la principale menace vient désormais de ceux qui sont au sommet de la hiérarchie. Le sociologue fait un portrait sans concession des « élites » américaines des années 1990. Ces classes managériales et intellectuelles — « celles qui contrôlent le flux international de l’argent et de l’information » — représentent les 20 % les plus aisés de la population. Contrairement aux notables d’autrefois qui s’enracinaient dans une communauté, leur maître mot est la « mobilité ». Tandis que le peuple continue à s’ancrer dans un territoire et une culture nationale, à se sentir lié par un destin commun, elles vivent dans « le royaume sans frontières de l’économie mondiale où l’argent a perdu tous ses liens avec la nationalité ».

Un parfum de sécession

La mondialisation des échanges, la mobilité du capital, les nouvelles technologies, la croissance des grandes métropoles les ont conduits à se replier dans l’entre-soi. « Elles envoient leurs enfants dans des écoles privées, s’assurent contre les problèmes de santé en adhérant à des plans financés par les entreprises où elles travaillent et embauchent des vigiles privés, note Lasch.

Ce n’est pas seulement qu’elles ne voient plus l’intérêt de payer pour des services publics qu’elles n’utilisent plus. Une grande partie d’entre elles ont cessé de se penser américaines. »

Bien avant que Christophe Guilluy ne théorise l’opposition entre France périphérique et France des métropoles, Lasch comprend que cette coupure culturelle et sociale s’accompagne d’une coupure géographique : « Les nouvelles élites sont en rébellion contre “l’Amérique du milieu” telle qu’elles se l’imaginent : une nation technologiquement arriérée, politiquement réactionnaire, répressive dans sa morale sexuelle, ennuyeuse et ringarde. » Ce sont, avant la lettre, les « déplorables » d’Hillary Clinton, auxquels la « nouvelle aristocratie des cerveaux » tourne le dos en se regroupant sur les côtes où sont situées les grandes villes des États-Unis.

La démocratie confisquée

Lasch détaille tous les aspects de cette triple fracture, pointant déjà nombre de dérives que d’autres ne constateront que bien plus tard. L’envahissement par le marché de toutes les structures sociales traditionnelles, y compris la famille, conduisant à l’atomisation de la société. La disparition de la conversation dans les villes, conséquence de la ghettoïsation de certains quartiers et du remplacement des lieux de rencontre transcendant les rapports de classe (cafés, petits commerces, etc.) par des centres commerciaux. L’effondrement de l’école publique, qui a troqué la transmission des savoirs fondamentaux contre une vague morale bien-pensante ne préparant absolument pas à surmonter les obstacles de la vie. L’enfermement du monde universitaire dans un « pseudo-radicalisme » ne menaçant aucun intérêt établi ainsi que dans un univers de concept éloigné des réalités matérielles du reste de la société. La promotion par ce même monde universitaire d’une idéologie diversitaire qui, sous couvert de justice, se révèle en réalité fondamentalement inégalitaire et ne fait qu’alimenter la concurrence victimaire.

L’abandon du journalisme d’opinion au profit d’un journalisme dit d’information, censément plus objectif, mais qui, selon Lasch, se fait simplement le relais du point de vue des élites au mépris de la confrontation réelle des idées. Le débat est ainsi confisqué par des « experts » qui s’adressent à eux-mêmes dans une novlangue qui leur est propre. Pour le sociologue, la controverse, de par sa fonction éducative, est intimement liée à la démocratie : elle permet « la diffusion de l’intelligence » et non son « accaparement » par « une classe professionnelle ».

Et le sous-titre de l’essai, La trahison de la démocratie, de prendre progressivement tout son sens. Dans la mesure où les élites, censées représenter les citoyens, se sont affranchies des contraintes de « l’homme ordinaire » comme de leurs devoirs envers la communauté nationale, sommes-nous toujours vraiment en démocratie ? Pour Lasch, l’élite se perçoit comme une aristocratie légitime fondée sur le talent.

Les personnes en haut de l’échelle hiérarchique mériteraient leurs privilèges, car elles sont les plus brillamment diplômées et donc les meilleures dans ce qu’elles entreprennent. Plus tard, Obama comme Macron afficheront avantageusement leur parcours éclatant. Mais, dans la vie, peut-on vraiment dire que l’on doit tout à son seul talent ? Et la méritocratie est-elle vraiment synonyme de démocratie ?

N’a-t-elle pas été dévoyée pour devenir un simple système de reproduction des élites fonctionnant de manière invisible ? s’interroge Lasch. In fine, pour le sociologue, ce système menace la démocratie, car il aboutit à la destruction de la classe moyenne, véritable colonne vertébrale de la société, et à la domination d’une petite minorité qui gouverne dans ses seuls intérêts au nom d’une majorité qu’elle méprise.

Noblesse du populisme

Pour Lasch, c’est l’idéal démocratique américain qu’admirait Tocqueville qui est remis en cause. Non pas celui d’une ascension fulgurante pour quelques autodidactes, mais celui d’une société sans classes. C’est-à-dire une société où les privilèges héréditaires ont été abolis, mais aussi où chaque citoyen est suffisamment bien informé et instruit pour être capable de s’exprimer sur les affaires publiques, où le peuple, débarrassé de toute mentalité servile, est en mesure de s’autogouverner et y est encouragé. Déjà, à l’époque, Lasch propose de dépasser le clivage droite-gauche pour revenir aux sources de la démocratie américaine, qu’il n’hésite pas à placer sous le signe du « populisme ».

Le terme, sous sa plume, n’a pas le sens péjoratif que beaucoup lui prêtent aujourd’hui. Il traduit une volonté de remettre le « sens commun » au cœur de la politique.

Si Lasch avait tout vu, y compris le retour des peuples, il ne se doutait probablement pas du visage qu’il prendrait. Comment imaginer, en effet, que la révolte des peuples contre la révolte des élites serait incarnée, entre autres, par un milliardaire new-yorkais dont les Clinton ne manquaient jadis aucune des fêtes ? Reste à connaître les conséquences de cette recomposition paradoxale. Conduira-t-elle au sursaut civique espéré par Lasch ou précipitera-t-elle, au contraire, la partition qu’il redoutait ?

Source : Figaro Magazine, août 2019

mercredi 28 août 2019

France — le ministre Blanquer veut des éco-missionnaires « éco-délégués » dans les écoles

Au cours de la conférence de presse de rentrée, ce mardi 27 août, Jean-Michel Blanquer (ci-contre) a annoncé la nomination de 250 000 écodélégués, dans chaque classe des collèges et lycées français.

C’est l’une des nouveautés de cette rentrée 2019. Lors de la traditionnelle conférence de presse de rentrée scolaire, ce mardi 27 août, Jean-Michel Blanquer a annoncé la généralisation du statut d’écodélégué dans les collèges et lycées. Il y en aura désormais un par classe dans tous les établissements, ce qui portera leur nombre à 250 000. L’objectif ? « Qu’il y ait des actions pour l’environnement dans chaque classe », a renseigné le ministre de l’Éducation nationale, ajoutant, dans une petite métaphore : « Nous ne sommes plus un mammouth [surnom parfois donné au ministère de l’Éducation nationale], nous sommes un peuple de colibris [nom valorisant dont s’affuble un mouvement qui encourage chacun à faire sa part pour contribuer à la transition écologique] ».

À la fin du mois de septembre, toutes les classes de collège et de lycée éliront un écodélégué

« Nous proposons aux élèves d’être des acteurs à part entière pour faire des 60 000 implantations scolaires de notre pays des espaces de biodiversité, à la pointe de la lutte contre le réchauffement climatique. Ensemble, nous pouvons indiquer un chemin et initier [sic, amorcer, instaurer, entreprendre en français] des changements profonds. Ici ce sera un potager, des plantations d’arbres, là le tri des déchets, partout une réflexion sur la consommation d’énergie », a expliqué le ministre de l’Éducation nationale.

Dès la fin du mois de septembre, toutes les classes de collège et de lycée éliront donc un écodélégué. Leur rôle sera totalement différent de celui des délégués de classe, porte-paroles des élèves auprès des professeurs et de la direction de l’école.

De véritables « ambassadeurs de l’environnement et du développement durable »

La mission de l’écodélégué sera de sensibiliser ses camarades aux gestes quotidiens qui permettent de lutter contre le réchauffement climatique comme éteindre les lumières ou encore trier les déchets dans la classe. Il devra également mener des projets contribuant à améliorer la biodiversité, diminuer l’impact énergétique de l’établissement, promouvoir les gestes écoresponsables de l’ensemble de la communauté éducative ou encore lutter contre le gaspillage. En bref, ces écodélégués seront de véritables « ambassadeurs de l’environnement et du développement durable auprès de leurs camarades de classe », comme le résume une fiche technique mise en ligne par le ministère.

Une fonction qui pourra d’ailleurs être favorable au parcours scolaire des élèves qui décident de s’y engager. Dialogue avec les professeurs et les autres élèves, organisation de projets, etc. : cette fonction leur permettra d’« enrichir d’une manière originale leurs apprentissages civiques ainsi que leur connaissance des réalités de leur établissement et de leur territoire », précise la fiche technique du ministère.

Ces délégués au développement durable existent déjà dans certains établissements français. En rendant cette démarche obligatoire, le ministère entend « favoriser une sensibilisation des élèves » à ces sujets. « Tous ces projets doivent permettre aux écoles et aux établissements d’être à la fois les acteurs et les lieux effectifs de la transition écologique », précise le dossier de presse du ministère. Les collèges et lycées sont d’ailleurs invités à acquérir le label E3D (école/établissement en démarche globale de développement durable), que 4 500 d’entre eux possèdent déjà.

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Perspective : où y a-t-il des incendies aujourd’hui sur la Terre ? (m-à-j)


mardi 27 août 2019

« Fuir le Québec » : Radio-Canada prise en flagrant délit de désinformation ?

Frédéric Lacroix revient sur « une information » mise à la une du site d’opinion Radio-Canada (subventionné à coup de plus d’un milliard de dollars par an...).

Le titre original de l'article de la société fédérale


Notons que ce carnet n’est pas un grand partisan de la Loi 21 pour plusieurs raisons dont la principale est qu’il s’agit d’un cautère sur une jambe de bois. Son imposition ne changera pas grand-chose à un problème identitaire qui est d’abord démographique : l’immigration de populations de plus en plus diverses et nombreuses dans un Québec francophone historiquement catholique qui ne fait plus assez d’enfants pour remplacer sa population depuis plus de quarante ans. Il s’agit ensuite d’un problème sociologique et religieux que la laïcité ne résout pas. Si la France doit servir de modèle laïc, on voit bien que la laïcité n’assimile pas et n’empêche pas la croissance du communautarisme. Entretemps, cette laïcité aboutit à chasser la composante religieuse (même purement culturelle) traditionnelle du Québec. Voir toute la saga sur la laïcisation des écoles au Québec, l’imposition du cours d’éthique et de culture religieuse, l’interdiction de prières religieuses chrétiennes dans les instances publiques, le retrait du crucifix de l’Assemblée nationale malgré des promesses électorales de ne pas y toucher, etc. Cette laïcité procure à bon compte un faux sentiment de résolution d’un problème identitaire qui prend d’abord sa source dans la démographie. En outre, elle aboutit, en fin de compte, à une société paradoxalement vidée d’une partie de son identité.

Ceci dit nous partageons l’analyse de Frédéric Lacroix sur la mise en avant suspecte du parcours de cette militante sikhe par l’organe massivement subventionné qu’est Radio-Canada. Militante qui n’a jamais été intégrée à la société québécoise (éducation en anglais et même hors Québec après un cégep anglophone — bien sûr ! — québécois).




« Une enseignante sikhe quitte le Québec en raison de la loi sur la laïcité » titrait Radio-Canada le 23 août dernier. Dans un article qui fleurait bon la charge à fond de train contre la laïcité, le bras médiatique du gouvernement d’Ottawa nous enfilait une série de clichés, d’insinuations et d’omissions qui en ont laissé plusieurs éberlués. Voici quelques morceaux choisis.

On commence à expliquer que cette jeune femme « quitte » le Québec (à noter que le terme choisi originalement était « fuir » et que Radio-Canada l’a modifié) : « Amrit Kaur explique les raisons qui l’ont poussée à quitter le Québec et sa Loi sur la laïcité de l’État, et à commencer une nouvelle vie en Colombie-Britannique. »

On y va ensuite plus explicitement en disant qu’elle a « dû » quitter  le Québec (comprendre « sous la contrainte ») en mettant une bonne couche de pathos : « Elle regrette cependant d’avoir dû quitter ses amis et la province où elle habitait depuis l’âge de 5 ans afin de poursuivre la carrière qu’elle aime. »

Titre modifié
Puis on en rajoute une couche en imaginant une scène digne d’un film Hollywoodien en utilisant la technique de la fausse synchronicité : « Nouvellement diplômée en enseignement, Mme Kaur a appris que la Loi sur la laïcité de l’État avait été adoptée le 16 juin, le soir même où elle célébrait la fin de ses études. »

Vers la fin de l’article, le chat sort cependant du sac : « Amrit Kaur n’est pas seulement une enseignante ; elle est aussi une militante. Elle est vice-présidente pour le Québec de l’Organisation mondiale des sikhs du Canada, qui a ajouté sa voix à la contestation de la loi 21 devant les tribunaux. » Voilà.

Avec ce « reportage », Radio-Canada prête en fait sa tribune — financée à même nos impôts — à une organisation qui conteste la loi 21 du gouvernement du Québec — votée démocratiquement — devant les tribunaux. Le moins qu’on puisse dire, c’est que les standards de rigueur journalistique ont pris le bord à Radio-Canada. Comme c’est souvent le cas quand il est question du Québec. Cela n’est pas du « journalisme » et de « l’information ». La société d’État verse tout simplement dans la propagande. La correction subséquente du titre (« quitte » au lieu de « fuir ») est un aveu.

La consultation de la page Linkedin de Mme Kaur nous fournit une partie de l’éclairage que Radio-Canada refuse de nous fournir. On y apprend que Mme Kaur est diplômée de John Abbott College avec un DEC en 2011. De Concordia University avec un « Bachelor of Arts (anthropology and sociology) » en 2015. Ensuite de la University of Ottawa avec un « Bachelor of Education » en 2019.

La jeune femme que Radio-Canada nous présente comme un modèle d’intégration ayant dû « fuir » le Québec avait donc déjà choisi de quitter le Québec en 2017 pour effectuer sa formation en anglais en éducation en Ontario. Formée en Ontario, elle n’a donc pas l’autorisation automatique d’enseigner au Québec, comme il est expliqué ici. Notons que son déménagement à Vancouver est un heureux hasard : cette ville est une des bases principales de l’activisme sikh au Canada. Mme Kaur est d’ailleurs, autre heureux hasard, une des vice-présidentes du World Sikh Organization, basé principalement à Vancouver.

Résumons : Cette « enseignante », qui n’enseignait pas, avait déjà quitté le Québec depuis longtemps au moment du reportage. Radio-Canada se livre donc, à nos frais, à une séance de « Québec bashing ».

Notons aussi, parce que ce n’est pas anodin, que Mme Kaur a fait toute sa formation postsecondaire en anglais. Soyons justes en notant cependant que ce choix n’est pas exclusif à Mme Kaur et est fait par la majorité des allophones et par un nombre grandissant de francophones. Rappelons qu’à Montréal, presque la moitié des inscriptions au préuniversitaire se font maintenant dans les cégeps anglophones. À tel point que les anglophones sont maintenant minoritaires… dans les cégeps anglophones !

Le combat contre la laïcité livré actuellement par la coalition des intégristes religieux et des multiculturalistes ressemble à s’y méprendre à celui livré contre la loi 101 : comme jadis, les camps sont séparés largement selon la langue, les opposants à la laïcité étant souvent (mais pas toujours) des anglophones.

Des anglophones ? Oui. Même si, comme Mme Kaur, ils ont été scolarisés sous le régime de la loi 101.


lundi 26 août 2019

Perspective : où y a-t-il des incendies aujourd'hui sur la Terre ? (m-à-j)

Selon la NASA, l’Afrique subsaharienne est davantage en proie aux flammes que l’Amazonie :

Un examen plus approfondi permet même de se rendre compte que l’étendue des feux semble généralisée sur l’ensemble de pays comme l’Angola, la Zambie ou la Tanzanie, et très présents au Congo. Pourtant, on ne trouve aucune mention de ces incendies, que ce soit dans la presse locale africaine, ou dans la presse internationale. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il s’agit d’un phénomène habituel, et régulier. Mais qui n’en reste pas moins inquiétant. Explication.

Au mois de juin dernier, la NASA elle-même expliquait que les incendies étaient monnaie courante en Afrique à cette période de l’année. Et ils ne sont pas dus à la sécheresse ni à la pollution, mais bien aux pratiques agricoles. [La] « culture sur brûlis », une technique peu coûteuse et facile à appliquer : le bois est coupé puis brûlé, et la couche de cendres fournit aux terres défrichées une couche riche en nutriments pour aider à fertiliser les cultures […]

Une partie de ces incendies sont donc maîtrisés… mais pas tous, précise la NASA : « les feux allumés peuvent souvent devenir incontrôlables lorsque les vents ou les tempêtes déplacent le feu hors de la zone à défricher ».

Et de toute façon, ces incendies ne sont pas sans conséquence : l » Agence spatiale européenne (ESA) a publié un article sur les incendies en Afrique, qui estime que les incendies représentent actuellement 25 à 35 % des émissions annuelles totales de gaz à effet de serre dans l’atmosphère.

Et si le monde a actuellement les yeux tournés vers l’Amazonie, l’ESA estime que l’Afrique subsaharienne représente environ 70 % de la superficie brûlée dans le monde, selon les bases de données satellitaires mondiales…

Source : RTBF

Si les feux de forêt en Amazonie sont effectivement plus importants en 2019 qu’en 2018, une analyse des données satellites indique que le total des feux dans le bassin de l’Amazonie cette année est proche de la moyenne de ces 15 dernières années (source) :

[…] un autre article de la NASA sorti le 22 août indique qu’à la date du 16 Août, le total des feux détectés en Amazonie est dans la moyenne des 15 dernières années, et selon Martine Droulers, chercheuse émérite au CNRS interviewée par le Nouvel Obs le 23/08, il y a 20 ans ont y observait beaucoup plus de feux de forêt qu’aujourd’hui, car on était alors en phase d’ouverture de l’Amazonie. Enfin, selon l’institut brésilien INPE, la déforestation a diminué de 73 % entre 2004 et 2018 au Brésil.

Il n’y a pas qu’au Brésil que la forêt ou la brousse amazonienne brûle :

L’Amazonie, région naturelle de 5,5 millions de km², se répartit sur neuf pays : le Brésil, la Bolivie, le Pérou, l’Équateur, la Colombie, le Venezuela, le Guyana, le Surinam et la Guyane française. Le Brésil est au centre des discussions sur les incendies en cours, à la fois car 60 % de l’Amazonie se trouve sur son territoire et, car les politiques environnementales de Jair Bolsonaro sont très critiquées des ONG. Pourtant, selon Michel Dubouillé, Secrétaire général d’EELV Guyane, « les feux arrivent déjà en bordure de la Bolivie et du Pérou ». Des propos confirmés par Jérôme Frignet, qui ajoute que « de nombreux feux ont été recensés à la frontière avec le Paraguay, les incendies concernent donc aussi les pays voisins “.

Quant à la phrase de Macron, elle ne rallie pas les scientifiques, car ce sont en réalité les océans qui fournissent la majorité du dioxygène présent dans l’atmosphère, en outre une forêt ancienne comme l’Amazonie produit nettement moins de dioxygène (et consomme moins de CO2 qu’une forêt jeune en pleine croissance.

La formule est belle, mais elle n’est pas scientifique”, tranche Philippe Ciais, chercheur au laboratoire des sciences du climat et de l’environnement. “Présenter la chose de cette manière, c’est n’avoir rien compris à comment fonctionne la forêt”, lance Pierre Thomas, professeur émérite à l’École normale supérieure de Lyon (…)

Sauf que… l’Amazonie ne se contente pas d’émettre de l’oxygène, elle en absorbe également. “Cette forêt est à l’équilibre, ce qui signifie qu’elle n’est plus en phase de croissance avec de nouveaux arbres, décrit Marc-André Selosse, professeur au muséum d’histoire naturelle de Paris. Donc, certains de ses arbres fabriquent de l’oxygène, mais d’autres meurent et se décomposent, des insectes consomment des feuilles, des champignons croissent sur les souches mortes et les bactéries prospèrent : tout cela consomme de l’oxygène.” “20 %, c’est peut-être vrai à l’échelle d’une feuille, abonde Jérôme Chave, directeur de recherche au CNRS. Mais pas sur l’Amazonie prise dans son ensemble.”

“Pour faire simple, le bilan de la forêt en elle-même est nul quand elle est à son état d’équilibre, poursuit Pierre Thomas. L’impact de l’Amazonie sur la production d’oxygène est neutre. Si elle en créait autant sans en consommer, la quantité d’oxygène sur notre planète aurait grimpé en flèche. Or, son taux reste le même depuis plus de 20 millions d’années : 21 %”. Ce sont en réalité les océans qui fournissent la majorité du dioxygène présent dans l’atmosphère.

Pour être précis, la forêt fabrique indirectement plus d’oxygène qu’elle n’en consomme. En cas de tempête, le fleuve Amazone charrie sur ses flots des arbres déracinés qui finissent par couler. Au fond de l’eau, ils se transforment en charbon qui absorbera du CO2 et produira de l’oxygène.

[...]

Pour résumer, nous ne perdrions pas subitement un cinquième de ce qui nous permet de respirer si l’Amazonie disparaissait du jour au lendemain. “Ça aurait des conséquences désastreuses d’un point de vue écologique et environnemental, glisse Philippe Ciais. Mais ça ne changerait pas le taux d’oxygène dans l’atmosphère.”

Le ministre des Affaires étrangères du Brésil a répondu, non sans ironie, dans les colonnes du Figaro, aux accusations des écologistes et d’Emmanuel Macron, qui jugent Jair Bolsonaro défaillant face aux incendies qui frappent l’Amazonie et émeuvent l’opinion dans le monde entier :
Les incendies en Amazonie brésilienne sont un phénomène en partie naturel et en partie d’origine humaine, qui a lieu tous les ans surtout pendant la saison sèche, entre juin et octobre. Le nombre de ce type d’incendies en 2019 (entre le 1er janvier et le 23 août) est supérieur de 84 % à celui de 2018, mais inférieur de 47 % à leur nombre (sur la même période de l’année) en 2005 par exemple, et très proche – en fait légèrement inférieur – de la moyenne des vingt-deux dernières années. En Bolivie, le nombre de ces incendies en 2019 est de 115 % supérieur à celui de 2018, et au Pérou, supérieur de 105 %.

La Guyane française, pour sa part, a connu un accroissement de 120 % du nombre d’incendies détectés en 2019, par rapport à la même période en 2018.

De même, en termes d’étendue soumise au feu, les chiffres de 2019 au Brésil sont plus élevés que ceux de 2018 mais inférieurs à la moyenne historique. Tous ces chiffres sont disponibles sur le site de l’Institut national de recherche spatiale du Brésil (Instituto nacional de pesquisas espacias, Programa Queimadas).

La situation nous préoccupe, bien sûr, et le gouvernement brésilien actuel ne s’en accommode pas. Contrairement aux gouvernements de la période 2003-2016, qui ont assisté à des incendies beaucoup plus importants sans presque rien faire, nous mettons en place une énorme opération, qui mobilise les forces armées et d’autres agents des forces de l’ordre et qui, au-delà des efforts d’extinction du feu, commence déjà à identifier certains cas d’incendies criminels.

[...]

Curieusement, les pratiquants modernes de la « pensée sauvage » se disent favorables à la science et accusent leurs opposants d’obscurantisme anti-scientifique. Mais ce sont eux qui préfèrent agir à partir d’images aléatoires et de quelques stéréotypes primaires plutôt que d’examiner les chiffres et d’étudier la complexité du problème des feux de forêt, avec ses causes multiples. Cette fois, il faut écouter Rabelais : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme. »

En plus de présenter la situation sans considérer ses réelles proportions, pour enflammer les esprits, on l’attribue aux actions du gouvernement brésilien, en oubliant que le phénomène est semblable chez les voisins du Brésil où gouvernent d’autres autorités. Est-ce que l’augmentation du nombre de ces incendies en Guyane, par exemple, est due à une négligence du gouvernement français ? Est-ce que la France encourage la déforestation en Guyane ? Certainement pas. Pourquoi, alors, traiter différemment ce qui est semblable ? Il s’agit en somme d’une attitude fort peu cartésienne.

Le gouvernement brésilien reconnaît le problème des incendies. Il est en train de mobiliser toutes ses ressources pour y faire face. Nous sommes aussi déterminés à identifier la partie des incendies qui est due à des actions criminelles de déforestation illégale, et à punir les coupables.

Le président Bolsonaro a d’ailleurs confirmé que sa politique de tolérance zéro envers la criminalité comprend, évidemment, les crimes contre l’environnement. Il faut combattre le feu avec de l’eau, combattre le crime avec l’application de la loi – et non pas avec des paroles agressives envers le Brésil, des slogans périmés ou des photos vieilles de vingt ans.

Si le président du Brésil a dénoncé par le président Macron et par la presse française (voir la une de Libération ci-contre), la Bolivie socialiste et indigéniste n'a pas subi les mêmes attaques. Or, le 9 juillet, un mois avant la saison des feux de brousse, la Bolivie a ratifié le décret 3973 qui, non seulement autorise le défrichage systématique de la forêt par brûlis (aussi appelé écobuage ou essartage), mais les encourage de façon massive. Le président de gauche de la Bolivie, Evo Morales, a annoncé cette offensive par le feu dans une posture quasi héroïque et il s’est fait acclamer par des paysans. Le peuple bolivien a le droit d’utiliser ces terres communes afin d'« éclaircir » la jungle. C’est pourquoi il autorise fièrement la « quema controlada » — le brûlis maîtrisé. La Bolivie pourrait ainsi connaître « une croissance économique, en particulier dans l’agriculture ».

Depuis le décret, des centaines de grands incendies ont été déclenchés dans la forêt, pour créer à partir de vastes surfaces utilisables par l’agriculture. Le journal « El Deber » sonne l’alarme et indique que ces derniers jours au moins 500 000 hectares de forêt ont été anéantis. Des appels au secours proviennent de Puerto Suarez dans l’est de la Bolivie ainsi que de Chiquitania. Mais, selon NTV, quiconque émet des critiques est attaqué par le régime socialiste de Bolivie.

Evo Morales (au centre) avec deux agriculteurs le jour de la ratification du décret 3973

Billet du 23 août

Voici l’état actuel (le 23 août) des incendies sur la planète, selon les satellites de la NASA. (Cliquez pour agrandir, ou allez sur le site.)


Plus il y a de points rouges sur la carte, plus il y a d’incendies. Remarquez le très grand nombre d’incendies dans le bassin congolais et angolais où l’écobuage, aussi appelé essartage, est commun et traditionnel. Afrique centrale dont on ne parle jamais.



La situation en Amérique du Sud ce 23 août. De nombreux incendies au sud de l’Amazonie et hors du Brésil.


Ce n’est donc pas “l’Amazonie” qui est en flammes. Il y a des incendies tous les ans en Amazonie, dont beaucoup de feux dus au défrichage, et à l’exploitation de la forêt. Il y en a davantage cette année que les années passées, mais il est difficile d’avoir une perspective historique sur le sujet puisqu’apparemment le nombre de feux en Amazonie n’est comptabilisé par l’Institut national de la recherche spatiale (INPE) du Brésil que depuis 2013...



Interrogée par l’Obs, Martine Droulers, chercheuse émérite au CNRS, explique que “La crise économique de 2008 a encore accentué le retour à une politique développementaliste d’exploitation à court terme des ressources de l’Amazonie. Quant à Dilma Rousseff [présidente socialiste de 2011 à 2016], c’est elle qui, en tant que ministre des Mines et de l’Énergie, a relancé la construction d’usines hydroélectriques en Amazonie.” Pour la chercheuse “il est important de rappeler que ces feux sont tout sauf nouveaux et que beaucoup d’entre eux sont des opérations de nettoyage de zones déjà déboisées.”

Martine Droulers ajoute qu’“Environ 50 % de la forêt est désormais sous un statut de protection nationale. Cette surface est partagée entre réserves indiennes et écologiques. Donc la moitié de l’Amazonie ne sera pas, ou très peu, sujette à la déforestation. Certains s’y risquent, mais les amendes sont sévères. Cette politique de préservation, mise en place depuis vingt ans, a eu des résultats indéniables. Pour le reste, une partie est privée, constituée des réserves arborées obligatoires prévues par le code forestier ; l’autre est formée de terres dites publiques. C’est là sans doute que le risque d’incendie est le plus élevé.”

Selon Global Fire, notamment financé par la NASA, si l’on tient compte de son outil de compte des feux, au 23 août, l’on comptait (cumulativement) 105 508 feux sur l’ensemble de l’Amazonie (neuf pays), pour 112 773 le même jour de 2016. Si l’on compare au 31 août (qui fournit des chiffres depuis 2003), 2019 serait toujours loin derrière les années 2003, 2004, 2005, 2007, 2010 et juste en dessous de 2016. En 2005, on a compté 250 018 feux de forêt fin août, soit le double de la projection à la même date pour 2019 (ce n’est pas une certitude, mais une projection). Certes, l’augmentation de 84 % par rapport à 2018 (données par plusieurs médias) est impressionnante, mais elle cache le fait que 2018 était une des années les plus calmes des deux dernières décennies — selon le GFED du moins.

Il y aurait donc eu sept années où les médias, les politiciens, les activistes auraient dû s’inquiéter encore plus... Il faut dire que le Brésil n’était pas aux mains d’un vilain “extrémiste de droite” (Bolsonaro) à l’époque, mais dirigés par des socialistes (Lula et Roussef), cela expliquerait-il le silence. Comme les nombreux feux, cette année en Bolivie, ne semblent intéresser personne, mais la Bolivie est dirigée par un homme qui se dit de gauche (bolivariste et indigéniste)...


dimanche 25 août 2019

Le 25 août : la Saint-Louis

Roi « très chrétien » par excellence, qui était vraiment ce monarque ? On le dépeint souvent sous son chêne en train de rendre la justice ou lors de ses derniers instants sur son lit de mort à Tunis pendant la huitième croisade. Quelle fut sa vie ? Pourquoi a-t-il été canonisé ? A-t-il vraiment exercé le pouvoir conformément à l’Évangile ? Comment a-t-il concilié son devoir de roi, d’époux et père de famille, et de serviteur du Christ ? Deux spécialistes viennent retracer le parcours du saint capétien pour l’occasion : Élisabeth Lalou, professeur d’histoire médiévale à l’université de Rouen et spécialiste de la société politique au XIIIe siècle en France, et Xavier Hélary, maître de conférences en histoire médiévale à l’université Paris IV (Sorbonne).




Voir ce qu’en retient un manuel d’histoire approuvé par l’État québécois : Manuel d’histoire (1) — chrétiens intolérants, Saint Louis précurseur des nazis, pas de critique de l’islam tolérant pour sa part



samedi 24 août 2019

Pourquoi l'éducation jouerait un rôle moins important qu'on ne le pense

La génétique pèserait plus lourd dans l’avenir d’un enfant que l’éducation en grande partie distincte de l'instruction (l'apprentissage de faits). Il ne s'agit pas ici de dénigrer l'apprentissage d'un métier ou d'une formation (on ne devient pas ingénieur par simple génétique, il faut bien évidemment apprendre). Les parents et les enseignants peuvent faire de leur mieux pour adapter le comportement de l’enfant, mais il est inutile de tenter de changer sa personnalité. Selon l’hebdomadaire flamand Knack, c’est présenté comme une bonne nouvelle.

Bonne nouvelle pour les parents qui s’inquiètent constamment de savoir s’ils s’occupent bien de leurs enfants. Certains sont stressés par la peur de faire quelque chose de fondamentalement mal qui mettrait en danger l’avenir de leur progéniture. Ils peuvent respirer : selon des recherches scientifiques récentes, ce qu’ils font n’a pas vraiment d’importance. Oui, ils peuvent faciliter la vie de leurs enfants et orienter leur comportement dans la bonne direction, mais ils ne peuvent rien changer à la personnalité de leurs enfants. Si leurs enfants grandissaient avec d’autres parents, il y a de fortes chances qu’ils deviennent plus ou moins les mêmes personnes.

Ce sont des découvertes qui risquent d’en heurter plus d’un, mais elles sont étayées par un travail scientifique solide. Par exemple, une étude parue dans la revue professionnelle Behavior Genetics révèle qu’« avoir des enfants sages » n’est pas un grand mérite des parents qui récompensent systématiquement et renforcent ainsi la bonne conduite. Il contient une importante composante génétique. Les enfants peuvent être sages par eux-mêmes, sans avoir à le devenir. Les enfants héritent de leurs parents une tendance dans leur comportement, même si cet héritage ne détermine pas tout. Les gènes donnent à une personne le potentiel de se comporter d’une certaine façon, mais on peut décider de se comporter différemment, que ce soit ou non sous la pression d’expériences ou d’autres conditions environnementales.

Enfants d’argile

Le principal promoteur de la thèse sur la relativité de la parentalité est le psychologue et généticien américain Robert Plomin, attaché à l’Institut de Psychiatrie, Psychologie et Neuroscience du célèbre King’s College à Londres. Il est renommé pour ses décennies d’étude du comportement des jumeaux. L’an dernier, il a résumé ses idées — après des années de retard, parce qu’il voulait être absolument certain — dans le livre Blueprint : How DNA Makes Us Who We Are (Code génétique : Comment l’ADN fait de nous qui nous sommes).

À l’aide d’études de jumeaux à grande échelle, Plomin et d’autres tentent de disséquer les influences de la nature et de la culture, des gènes et de l’éducation, de la biologie et de la pédagogie afin d’établir leur contribution à la condition humaine. Il s’agit d’études complexes qui se penchent sur les jumeaux monozygotes et dizygotes qui grandissent ensemble ou séparément. Les jumeaux monozygotes sont biologiquement identiques, les jumeaux dizygotes ne le sont pas, ce qui permet d’avoir une idée de l’impact relatif des gènes et de l’environnement sur la façon dont les gens grandissent pour être ce qu’ils sont.

Plomin a présenté ses conclusions lors d’un entretien avec le New Scientist. Sa principale conclusion apparaît en fin d’entretien : « Je pense que mon livre apporte un message positif pour les parents. Ils peuvent pousser un soupir de soulagement et profiter de leurs enfants parce que, contrairement à ce qu’ils pensent, ils n’ont aucun contrôle sur ce que leur enfant va devenir. Si vous pensez que les enfants sont faits d’argile et que vous pouvez les pétrir à votre guise, oubliez ça ! Je pense qu’il vaut mieux considérer les parents comme des gestionnaires de ressources dont le travail consiste à découvrir ce que les enfants aiment faire et à leur donner l’occasion de le faire. »

Un message important est donc que l’exercice des responsabilités parentales a rarement un effet négatif irréparable sur les enfants. La plupart des caractéristiques étudiées par Plomin se révèlent être déterminées pour moitié par des gènes et pour l’autre moitié par des facteurs environnementaux (dont l’éducation). C’est acceptable. Ce qui est plus surprenant, c’est qu’il affirme que les influences de l’environnement doivent être considérées comme « arbitraires ». Tout peut avoir un rôle directeur. Ce sont souvent des coïncidences : une infection virale, une première relation qui a mal tourné, une rencontre avec quelqu’un qui devient une sorte de mentor (et que vous choisissez vous-même)... La liste des possibilités est infinie.

Il n’y a pas de systématique dans les facteurs environnementaux déterminants, encore moins dans un système introduit par les parents. « Les différences génétiques sont la force involontaire la plus importante pour déterminer qui nous devenons », dit Plomin. « Si vous avez été adopté peu de temps après votre naissance et que vous avez donc été élevé dans une famille différente, avec des amis différents et dans un contexte scolaire différent, vous auriez probablement exercé une profession différente, mais malgré ça vous seriez plus ou moins la même personne. C’est comme ça que ça marche. »

Surpoids maladif

Les exemples les plus frappants de Plomin sont ceux qui vont à l’encontre de notre intuition (et d’autres études scientifiques, qui ont rarement ou jamais examiné la combinaison des gènes et des influences environnementales). Beaucoup de parents font tout leur possible pour lire régulièrement pour et avec leurs enfants, dans l’espoir qu’ils liront plus tard. Peu importe, dit Plomin. Si les enfants aiment que vous leur lisiez des histoires, faites-le, mais ne vous attendez pas à stimuler leur envie de lire. S’ils ont en envie, ils cultiveront cette passion tout seuls. Une grande partie de ce que nous considérons comme les effets de l’éducation n’est rien de plus que de la génétique déguisée.

La surcharge pondérale est un autre exemple. On suppose presque automatiquement que le type d’alimentation que l’on reçoit quand on est enfant détermine le poids que l’on aura adulte. Ce n’est pas correct non plus. Si vous avez une prédisposition génétique à grossir, vous grossirez dans la plupart des cas, même si vous mangez assez sainement. Si vous voulez y remédier, vous devez agir activement. Une étude récente de PLoS Genetics indique que le jogging ou la marche sont bien meilleurs pour combattre l’embonpoint génétique que la natation ou le vélo. Les personnes qui ne sont pas conçues pour grossir resteront également maigres dans les familles qui se nourrissent de malbouffe et de sodas. Les jumeaux identiques qui sont séparés et élevés séparément suivront plus ou moins le même historique de poids, quelles que soient les habitudes alimentaires de la famille dans laquelle ils ont été élevés.

Cependant, cette thèse ne vaut pas pour l’obésité morbide, selon une étude publiée depuis le début de cette année dans Nature Genetics. Seules les formes plus douces auraient une forte composante génétique. L’obésité morbide serait principalement le résultat de conditions de vie extrêmement malsaines. Le travail de Plomin porte sur les valeurs « normales » des fonctions et du comportement, et non sur les valeurs extrêmes. Par exemple, la négligence profonde et les abus flagrants peuvent bel et bien causer des séquelles graves et permanentes chez les enfants. Les prétendues mères tigres qui font tout leur possible pour pousser un enfant dans une certaine direction peuvent faire une différence, mais la question est de savoir si cela rend l’enfant heureux.

L’an dernier, Plomin a non seulement suscité la polémique avec son livre, mais aussi avec une publication dans la revue professionnelle Science of Learning, où lui et ses collègues soutiennent qu’il importe peu de savoir dans quelle école on envoie vos enfants, car la plupart du temps, ils finiront dans le lieu pour lequel ils sont génétiquement faits. Au Royaume-Uni, où il y a une grande différence de qualité entre les écoles privées et publiques, c’était particulièrement difficile à entendre. Vous pouvez envoyer un enfant dans une école privée coûteuse, où il aura de meilleurs professeurs et plus d’installations sportives, et où il entrera en contact avec d’autres enfants de « meilleures » classes sociales, mais cela ne semble pas important pour le résultat final de l’enfant.

Apprentissage contrôlé par ordinateur

Les pédagogues sont scandalisés, car les déclarations de Plomin sont en contradiction radicale avec leur vision. « Je ne comprends pas très bien », a rétorqué Plomin, « parce que les éléments qui préoccupent particulièrement les enseignants, tels que la capacité d’apprentissage et l’attention, sont simplement génétiquement déterminés. Je pense qu’il est de la plus haute importance que les enseignants reconnaissent que les enfants d’une classe sont tous génétiquement différents. À l’instar des parents [en dehors de leur apport génétique, bien sûr], les enseignants ne feront qu’une différence modeste dans ce qui deviendra un enfant moyen, mais ils peuvent essayer de trouver un programme scolaire pour chaque enfant qui rend leur séjour à l’école plus agréable. C’est certainement à l’avantage des écoliers. L’apprentissage assisté par ordinateur permet une approche personnelle adaptée aux capacités de chacun. »

Le savant britannique Francis Galton, de la famille de Charles Darwin, écrivait en 1874 que « si la nature et la culture se disputent la prédominance, la nature semble être la plus forte ». Bien que, à l’époque de Galton, il eût été impossible de déterminer l’influence de chacun, il s’agirait d’une position visionnaire. Il aura fallu un siècle avant que cette idée puisse être scientifiquement prouvée. La première moitié du XXe siècle a été dominée par les idées de Sigmund Freud qui tendaient à tout réduire aux relations parent-enfant. Ses découvertes sont depuis dépassées.

Ces cinquante dernières années, la recherche génétique a progressé et conduit à l’émergence de l’importance des gènes. On parle souvent avec mépris du déterminisme génétique, bien que des généticiens comme Plomin continuent de souligner que les gènes ne déterminent pas qui l’on devient. Ils vous influencent, en interaction avec les facteurs environnementaux. Le code génétique est un plan directeur, pas une structure figée. Plomin croit que le déterminisme environnemental et éducatif a causé beaucoup plus de misère que l’alternative biologique, malgré les excès de l’eugénisme et une instrumentalisation sociale de la génétique mal comprise avec comme comble de l’horreur l’Holocauste.

Entre-temps, l’importance des gènes émerge dans les endroits les plus inattendus. Ils jouent un rôle dans le contrôle de comportements que beaucoup de gens pensent spontanément être purement dus à des facteurs environnementaux et à des choix personnels. Une étude de Nature Genetics a calculé que les différences dans le moment de la perte de la virginité sont pour un quart déterminées par des facteurs génétiques. Il s’agit d’un équilibre entre d’une part les gènes qui stimulent les comportements à risque et favorisent ainsi une perte de virginité précoce et d’autre part les gènes qui favorisent un caractère facilement irritable, ce qui fait attendre plus longtemps. Le reste des influences proviennent de l’environnement et peuvent être fortement déterminées par le hasard : parents, amis, rencontres, impulsions religieuses...

Selon Molecular Psychiatry, huit pour cent des différences entre les personnes en matière de fatigue et de manque d’énergie sont dues à des facteurs génétiques. Généralement, il s’agit de gènes liés à une condition (telle que le diabète) qui ne s’est pas nécessairement manifestée. Le même magazine a présenté une étude montrant que 28 % de la variation de la capacité à évaluer les émotions de quelqu’un en regardant ses yeux présente une composante génétique. Les gènes impliqués auraient un effet sur le cerveau. L’étude a également confirmé que les femmes y réussissent mieux que les hommes.

Durée des études

Les gènes peuvent réagir aux conditions environnementales pour déterminer leur degré d’activité. La nature et la culture sont constamment en interaction l’une avec l’autre. Mais au début de l’année dernière, une importante étude a été publiée dans Science, dont les conséquences ne commencent qu’à se faire sentir maintenant. Au lieu de « nature OU culture », il y a ce qu’on appelle « la nature DE la culture » (ou encore la nature de l’éducation). C’est une histoire complexe, mais cela signifie essentiellement que les gènes de vos parents dont vous n’héritez pas peuvent encore jouer un rôle dans votre vie, car ils aident à déterminer l’environnement dans lequel vous vous retrouvez.


Nous avons tous deux copies de chaque gène (une de son père et une de sa mère). Mais en cas de fécondation, un parent ne transmet qu’une seule des deux copies à un enfant. L’autre, cependant, peut jouer un rôle dans la détermination de ce que fait le parent et ainsi influencer l’environnement de l’enfant. Par exemple, il a été démontré que des gènes non transmis peuvent codéterminer la durée des études d’une personne. Ils ne jouent aucun rôle dans des facteurs comme la taille et le poids, qui sont beaucoup plus fortement déterminés par les gènes transmis — pour les facteurs physiques, les gènes déterminent souvent plus de 90 % des différences.

La durée de la scolarité est déterminée par un complexe de gènes — c’est le cas pour presque tous les traits humains et certainement pour les aspects comportementaux de ces traits. Il n’existe pas de gène unique pour déterminer les « heures d’école » ni pour la « susceptibilité à l’éducation ». Un gène aura un effet d’un maximum de plusieurs semaines sur les différences de durées scolaires, mais les combinaisons de gènes peuvent entraîner des différences plus importantes. L’effet de la combinaison des gènes non transmis des parents sur les heures d’école de leurs enfants était d’environ un tiers de celui des gènes qui ont été transmis. Les gènes peuvent même avoir des effets multiples. Il n’est pas impossible qu’un gène donné ait un effet direct (transmis) sur une caractéristique et un effet indirect (non transmis) sur une autre. Rien n’est simple en génétique.

Les gènes jouent donc un rôle dans la durée de la scolarité, mais certains d’entre eux travaillent à distance, en influençant les parents. Ainsi, même ce qui semble être un facteur environnemental indubitable peut encore avoir une composante génétique. Les gènes de vos frères et sœurs, ou même de vos amis, peuvent aussi aider à déterminer votre environnement et avoir un effet. Les gens, les lieux, les choses, tout ce qui nous entoure peuvent avoir une influence — souvent fortuite — sur la façon dont nos gènes s'expriment. La distinction entre gènes et facteurs environnementaux, entre biologie et pédagogie, entre nature et culture est fausse : tout est lié.

Source : Knack
(une version écourtée et parfois mal traduite est parue dans Le Vif)

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jeudi 22 août 2019

Éducation sexuelle : Doug Ford (Ontario) « a menti » et « trahi »

Des groupes profamilles ont vivement critiqué mercredi le gouvernement du Premier ministre ontarien Doug Ford pour un programme d’éducation sexuelle qui trahissait les parents et ne valait pas mieux que le programme radical lancé par la Première ministre libérale Kathleen Wynne en 2015.

Ils ont également dénoncé la clause de « retrait » du gouvernement conservateur, souvent vantée par la presse, comme « totalement inefficace ».

Le ministre de l’Éducation Stephen Lecce, à l’extrême droite (uniquement sur la photo !), marchant avec le Premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, Christine Elliott et Caroline Mulroney lors du défilé militant de la « fierté » LGBTQ2SAI+ de la région de York, le 14 juin 2019


Après la victoire écrasante de Ford en juin dernier, son gouvernement a renoncé au programme d’éducation sexuelle de 2015 de Wynne et est revenu à une version de 2010 dans l’attente des consultations promises aux parents, bien que Lisa Thompson, son ministre de l’Éducation de l’époque, ait déclaré que les écoliers devaient apprendre la controversée théorie de l’identité de genre.

La plupart des médias conviennent que le programme d’éducation sexuelle de la 1re à la 8e année publié en ligne le 23 août par le ministre de l’Éducation, Stephen Lecce, ressemblait beaucoup à celui des libéraux que Ford avait promis d’abroger lors de sa campagne électorale.

Le programme d’éducation sexuelle de Ford « reflète en grande partie le programme de 2015 du précédent gouvernement libéral », a rapporté le Globe and Mail.

« Le nouveau document propose à nouveau des leçons sur le consentement, l’intimidation en ligne, les sextos, les relations de même sexe et l’identité de genre », a rapporté la Presse canadienne, « mais dans certains cas, il le fera lorsque les élèves seront plus âgés ».

Mensonge et trahison

« Doug Ford a menti, a lancé Tanya Granic Allen depuis les pelouses de Queen’s Park, quelques heures seulement après le dévoilement du nouveau curriculum. L’ancienne candidate à la chefferie du Parti progressiste-conservateur n’a pas mâché ses mots. Pour elle, le Premier ministre ontarien a absolument et à 100 % brisé ses promesses de campagne.

Militante de la droite conservatrice, Mme Granic Allen rappelle que, lors du congrès annuel du parti en novembre dernier, sa résolution visant à définir l’identité de genre comme une théorie libérale, non scientifique et controversée a été adoptée.

Le programme d’éducation sexuelle de Ford “nuira tout autant aux enfants que le programme de Mme Wynne : en les sexualisant de manière excessive à un âge précoce et en continuant à enseigner la théorie non scientifique de l’identité de genre avec laquelle de nombreux parents sont en désaccord”, a-t-elle déclaré dans un communiqué de presse.


Cette résolution, toutefois pas contraignante, indiquait que l’identité de genre ne serait plus incluse dans le curriculum scolaire de la province. Pour Mme Granic Allen, Doug Ford n’a pas seulement trahi les Ontariens, mais il a aussi trahi la base de son parti.

Un sentiment partagé par Jack Fonseca, directeur des opérations politiques de l’organisme pro-vie Campaign Life Coalition et militant conservateur. Je suis insulté et scandalisé que Doug Ford ait si aveuglément ignoré les électeurs qui l’ont élu et les parents qui lui ont dit très clairement et pendant longtemps qu’ils voulaient que ce programme pervers soit totalement abrogé et remplacé, a-t-il déclaré dans une entrevue à Radio-Canada.

Le pasteur évangélique et président du Collège Chrétien canadien, Charles McVety, a pour sa part accueilli avec un enthousiasme presque étonnant l’annonce du gouvernement. Il se bat depuis des années contre les curriculums présentés par les libéraux, mais s’est dit satisfait de la version pourtant très similaire proposée par le Premier ministre. Pour lui, M. Ford a fait des compromis.

“Je pense qu’il a fait beaucoup de ce qu’il pouvait et a découvert qu’il ne pouvait pas faire certaines choses”, a affirmé M. McVety, ajoutant qu’il était trop tôt dans le mandat du Premier ministre pour juger de la tenue, ou non, de ses promesses.

Pour Stéphanie Chouinard, professeure de sciences politiques au Collège militaire royal de Kingston, la trahison n’est pas évidente. Sa promesse de campagne était de retirer le curriculum de 2015 jusqu’à ce qu’ils aient au sein du Parti progressiste-conservateur une meilleure compréhension de ce que les parents souhaitaient, rappelle-t-elle.

Selon Mme Chouinard, il y a eu consultation, les gens ont été appelés à donner leur opinion, et suite à cela, le gouvernement a décidé de présenter le curriculum que l’on a aujourd’hui...

Division sur l’exemption

Outre les promesses, la possibilité pour les parents d’exempter leurs enfants des cours d’éducation sexuelle est un autre point de divergence. Pour le révérend McVety, il s’agit d’une grande victoire alors que pour Jack Fonseca, la mesure est insuffisante.

Les enseignants doivent suivre la politique de dérogation du conseil scolaire, il n’ordonne à aucun conseil scolaire d’autoriser les parents à exclure chaque enfant du programme d’éducation sexuelle, regrette-t-il.

Là encore, la politologue relativise. Si la possibilité de retirer ses enfants du programme a été présentée comme nouvelle, elle ne l’est pas. Les parents avaient déjà cette option (ce que le Québec rejette affirmant son monopole éducatif devant des parents démunis), mais en effet, les conseils scolaires peuvent avoir différentes mesures de mise en œuvre.

Une partie du parti négligée ?

Quoi qu’il en soit, la question de l’éducation sexuelle aura eu pour effet de mettre en évidence une certaine dichotomie au sein du Parti progressiste-conservateur et de faire ressurgir un conservatisme moral et socialement ancré plus à droite que la droite.

Cette situation s’explique, selon Stéphanie Chouinard, par le fait qu’il n’y a pas d’autre grand parti plus à droite que le Parti progressiste-conservateur. Celui-ci doit donc ratisser large sur l’échiquier politique. (Le Parti progressiste [dit conservateur] peut une fois les élections passées ignorer cette frange qui n’a pas vraiment de choix.)

Pour Jack Fonseca et Tanya Granic Allen, en choisissant le maintien du programme libéral en éducation sexuelle, Doug Ford néglige sa base conservatrice, les racines mêmes du parti.

Doug Ford a abandonné le conservatisme.

Il n’y a rien de conservateur dans un parti qui lave le cerveau des enfants avec une idéologie libérale, a lancé M. Fonseca.

Quel impact pour le parti ?

M. Fonseca s’avère même alarmiste quant aux conséquences pour le Premier ministre, affirmant que Doug Ford venait d’offrir la victoire aux libéraux en 2022 avec sa décision. Il avance que le parti devra changer de chef, sinon qu’un nouveau parti pourrait voir le jour, pour concurrencer les progressistes-conservateurs.

Pour la professeure en sciences politiques, ces propos doivent être relativisés : Dire qu’une campagne se gagne ou se perd sur un enjeu de curriculum éducatif, c’est exagérer cet enjeu-là.

Elle concède toutefois qu’il y aura un impact sur l’électorat conservateur, mais précise que les conservateurs moraux sont loin de représenter la majorité du parti. Quant à la création d’une nouvelle formation politique, le projet lui semble ambitieux. Certains existent déjà dans cette mouvance, dit-elle, mais ils n’ont, dans le cadre du système électoral qui est le nôtre actuellement, presque aucune chance de voir quelqu’un être élu à Queen’s Park.

Selon Stéphanie Chouinard, notre système uninominal à un tour force les partis plus au centre à trouver des compromis. (Sauf quand c’est la “gauche progressiste” qui est au pouvoir ?)

mardi 20 août 2019

Avoir des enfants rend plus heureux... surtout une fois qu'ils ont déménagé

Une étude a été réalisée auprès de 55 000 parents vivant dans 16 pays européens.

Selon une récente étude réalisée par une équipe de chercheurs de l’université allemande de Heidelberg, les parents auraient tendance à être plus heureux que les non-parents. Mais seulement une fois les enfants partis de la maison.
Pour cette étude, 55 000 parents de 50 ans et plus vivant dans 16 pays européens ont été interrogés sur leur santé mentale et leur bien-être. Il leur a notamment été demandé d’évaluer leur satisfaction sur leur vie en général avec des notes allant de 0 (totalement insatisfait) à 10 (complètement satisfait).

Les scientifiques ont découvert que les parents avec des enfants adultes, n’habitant plus sous leur toit, avaient des scores entre 0,02 et 0,56 point plus élevés que la moyenne. « Nos analyses montrent qu’une association positive globale se produit lorsque les enfants ont quitté la maison », écrivent ainsi les auteurs de l’étude.



Enrichissement social et aide financière

« Bien sûr, la différence n’est pas extrêmement grande, mais elle provient d’un ensemble de données contenant des milliers de personnes interrogées. Par conséquent, même si les enfants ne sont peut-être pas le principal facteur de satisfaction de la vie et de bonheur, ils ont en moyenne une influence significative », explique Christoph Becker, un des chercheurs, à The Independent.

Le Dr Becker a déclaré : « Nous nous sommes appuyés sur de nombreuses publications préexistantes. Plutôt que de rechercher des résultats tout à fait uniques pour les enfants, nous apportons de nouvelles preuves suggérant que les enfants sont en corrélation avec un bonheur plus élevé dans certaines circonstances. »

Les chercheurs ont également constaté que le mariage était « toujours positivement corrélé avec le bien-être et l’absence de symptômes dépressifs ».

Le fait que les enfants « s’envolent » du domicile familial enlève un stress aux parents, mais les liens ne sont pas pour autant coupés. Finalement, les enfants enrichissent socialement leurs parents et peuvent également les aider financièrement. Toutes ces perspectives pourraient l’emporter sur les aspects négatifs de la parentalité, selon Christophe Becker.

Une étude similaire aux États-Unis a analysé 40 années de données de l’US General Social Survey et a constaté que les parents âgés de 50 à 70 ans, dont les enfants ont quitté la maison, avaient entre 5 et 6 % plus de chances d’être plus heureux que ceux qui avaient encore des enfants à la maison.


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Éducation sexuelle: les évêques polonais contre « la dépravation dans les écoles »

Les évêques catholiques polonais conseillent aux parents de retirer leurs enfants des cours d’éducation sexuelle si leurs contenus « contredisent le système de valeurs ». Dans un « Appel du Comité d’éducation catholique (KEP) aux parents concernant la dépravation dans les écoles », Mgr Marek Mendyk met en cause la « soi-disant éducation contre la discrimination ».



« Un enfant ne peut pas participer à de telles activités sans le consentement exprès de ses parents ou de ses tuteurs légaux », écrit l’évêque auxiliaire de Legnica, en Basse-Silésie (Ouest du pays). Présidant le KEP, une commission de la Conférence épiscopale polonaise, il vise les cours d’éducation sexuelle prévus par plusieurs municipalités qui s’écarteraient du programme scolaire national.

« Non-discrimination » des homosexuels

Sont visées les vues du maire de Varsovie, Rafal Trzaskowski, engagé pour la non-discrimination des gays et lesbiennes. L’homme politique de gauche a signé une charte des droits des homosexuels, bisexuels et transsexuels (LGBT), et demande que les élèves en soient informés. Il a immédiatement été vilipendé par les milieux ultraconservateurs et homophobes.

Jarosław Kaczyński, président du parti au pouvoir Droit et justice (PiS), dont l’hostilité aux homosexuels est de notoriété publique, a affirmé que la récente déclaration sur les droits des LGBT du maire de Varsovie était « une attaque contre les familles et les enfants polonais ». Il a qualifié la déclaration de Rafal Trzaskowski de tentative de « sexualisation précoce des enfants ». Des critiques ont également été formulées par les milieux catholiques de Pologne.

Contrôle parental sur les activités parascolaires

Les évêques veulent un contrôle parental sur les activités parascolaires dans les écoles, appelant les parents à la vigilance et à la prudence. « Il vaut la peine de s’intéresser à ce qui se passe dans les écoles, au type d’activités organisées, aux personnes qui les organisent et aux contenus proposés ».

La Conférence épiscopale polonaise propose sur son site internet un modèle de déclaration écrite aux écoles. Elle dit : « Je ne suis pas d’accord pour que mon enfant participe […] à toute forme d’enseignement ou à tout autre événement lié à l’éducation sexuelle qui dépasse le cadre du programme scolaire de l’année ».

En outre, le modèle de déclaration oblige l’école à informer préalablement les parents de toute initiative prise dans le cadre de l’éducation sexuelle. Si la volonté des parents n’est pas respectée, l’institution publique compétente sera appelée à intervenir et l’on s’efforcera de défendre systématiquement les droits personnels de l’enfant dans les procédures civiles. La rentrée scolaire en Pologne débutera le 1er septembre.

Source

dimanche 18 août 2019

Grande-Bretagne : se débarrasser des écoles privées ? Mieux vaudrait résorber l'inégalité entre les écoles publiques

Pour deux chercheurs de l’Université de Stirling en Grande-Bretagne, Dave Griffiths et Jennifer M Ferguson, il ne faut pas tant se débarrasser des écoles privées, mais plutôt se pencher sur la grande inégalité qui existe au sein même du réseau scolaire public.

Alexander Boris de Pfeffel Johnson est le vingtième ancien élève d’Eton à devenir Premier ministre du Royaume-Uni. La majeure partie de son cabinet est composée de personnes privilégiées ayant une éducation privée. Les deux tiers de ses ministres en ont une, alors que seuls 7 % de la population générale fréquentent des écoles payantes.

Avec plus de la moitié des hauts magistrats, des hauts fonctionnaires et des diplomates britanniques ayant également fréquenté des établissements privés — sans oublier un nombre substantiel dans les médias, les arts et le sport — le Royaume-Uni continue d’être un pays dirigé par une minorité éduquée dans le secteur privé.

L’ancien élève d’Eton,
Alexander Boris de Pfeffel Johnson,
dit Boris Johnson

Le même mois, Labor Against Private Schools, le groupe de pression du Parti travailliste (socialiste), a annoncé son intention d’inclure l’abolition de l’enseignement privé dans le prochain manifeste électoral du parti. La résolution #AbolishEton vise à ce que l’« intégration de toutes les écoles privées dans le secteur public » et la suppression de statut d’organisme de bienfaisance pour ces écoles fasse partie du programme électoral du Parti travailliste. Bon nombre considère les écoles privées comme des établissements de reproduction de privilèges hérités qui étouffent toute mobilité sociale.

Père riche, père pauvre

Même si l'on a l'habitude de présenter Eton comme emblématique de l'école privée britannique, Eton n’est en rien une école privée typique. Il ne s’agit que de l’une des 2 500 écoles payantes au Royaume-Uni et ses 1 200 élèves inscrits représentent moins de 0,2 % des 650 000 inscrits dans ces écoles payantes. Connu pour avoir éduqué de nombreuses personnalités publiques, telles que George Orwell, Ian Fleming et les princes William et Harry, un an à Eton coûte environ 40 000 £ (44 000 €, 64 500 $ canadiens), tandis que le droit de scolarité annuel moyen des écoles privées du nord-ouest de l’Angleterre (la moyenne régionale la plus basse) est inférieur à 11 000 £.

La plupart des écoles payantes ne diffèrent guère des écoles publiques les plus performantes, car elles ont peu à avoir avec des écoles aussi prestigieuses et privilégiées qu’Eton. L’écart entre les pensionnats privés d’élite (prestigieux) et les externats privés (plus modestes) est peut-être plus grand que celui qui sépare les secteurs privé et public.

Il existe également de grandes variations entre les écoles publiques, liées aux conditions socio-économiques de leurs zones de recrutement. En Écosse, plus de 20 % des écoles gouvernementales ont moins d’un tiers des élèves qui décrochent trois « highers » (grosso modo leur baccalauréat avec mention en France, leur DEC avec une bonne note au Québec), alors que dans les 15 % d’écoles publiques les plus performantes 70 % de leurs élèves atteignent ce niveau.


Eton

Les inégalités existent aussi parmi les étudiants qui postulent à l’université — souvent considérée comme un moyen d’accroître la mobilité sociale. C’est ainsi que 73 % des élèves candidats à l’université issus des 20 % des écoles publiques les mieux cotées (selon les notes aux examens) s’inscrivent aux établissements les plus prestigieux. Alors que dans la tranche des 20 % des écoles les moins bien cotées, seuls 34 % des élèves le font. Près de 88 % des élèves issus d’écoles privées qui poursuivent des études supérieures s’inscrivent dans ces universités renommées.

Nombre des meilleures écoles publiques sont plus proches des écoles privées que des écoles publiques défavorisées. Les écoles des zones les plus favorisées sont plus susceptibles de disposer d’enseignants titulaires d’un diplôme dans leur domaine et d’étudiants qui produisent de meilleures lettres de motivation, élément clé qui accompagne le dossier d’un candidat qui désire étudier à une université.

Les caractéristiques et les pratiques des écoles publiques peuvent expliquer en partie ces variations. Les études des deux chercheurs de l’université de Stirling sur le rôle des conseillers d’orientation ont montré que les écoles publiques des quartiers nantis comptaient de nombreux parents universitaires ou pratiquant une profession libérale sur lesquels elles pouvaient s’appuyer et qu’elles considèrent que leur rôle était de faciliter l’admission de leurs élèves à l’université en les aidant à se constituer un CV qui plaisent aux bureaux d’admission des meilleures universités. Ces caractéristiques et pratiques sont similaires à celles observées dans les écoles privées.

En revanche, dans les zones les moins riches, les conseillers d’orientation décrivent souvent leur rôle comme celui d’accroître les aspirations des élèves doués. Les parents avaient souvent peu d’expérience universitaire et les élèves connaissaient peu de gens diplômés qui auraient pu leur faire comprendre les avantages de l’enseignement supérieur. Les écoles situées dans des zones défavorisées essaient donc de convaincre leurs élèves d’aller à l’université, plutôt que de convaincre les universités d’admettre les élèves de ces écoles de quartiers moins nantis.

La proposition travailliste risque d’accroître les inégalités

La proposition du parti travailliste d’intégrer les écoles indépendantes dans le système étatique risque d’accroître, et non de réduire, les inégalités existant dans le système éducatif. La plupart des enfants qui reçoivent une éducation privée vivent dans les zones de recrutement des écoles publiques les plus riches, augmentant ainsi le nombre de parents nantis, tant sur le plan des connaissances et que de l’argent, à ces écoles publiques déjà favorisées. Ces écoles en profiteraient et certains élèves qui fréquentent à l’heure actuelle ces écoles publiques devraient s’adresser ailleurs, peut-être auprès d’écoles moins favorisées.

La plupart des élèves des écoles privées qui obtiennent de bonnes notes et sont admis à l’université obtiendraient les mêmes résultats dans les meilleures écoles publiques. Les élèves des écoles privées qui y perdraient seraient probablement ceux qui habitent les zones les plus pauvres. Rappelons que les écoles privées admettent des élèves des zones moins nanties grâce à un système de bourses. C’est le cas de Boris Johnson, issu d’une famille de la classe moyenne supérieure et qui a bénéficié d’une « bourse royale ».

Abolir les écoles privées ne supprime pas les privilèges. Les Premiers ministres continueraient d'être des anciens élèves d'écoles prestigieuses mais ils auraient fréquenté les écoles gouvernementales les plus sélectives plutôt qu'Eton. Ce n’est pas la fréquentation d’une école en tant que telle qui explique l’admission dans de bonnes universités. Les familles qui envoient leurs enfants dans les prestigieuses écoles privées continueraient à créer des réseaux et à cultiver un mode de vie qui favorisent l’admissibilité à l’université.

De nombreuses écoles privées ferment déjà leurs portes. Elles deviennent hors de prix et des écoles subventionnées (comme les « écoles libres » et les « académies ») attirent la clientèle de la classe moyenne qui ne peut plus se permettre d’envoyer sa progéniture à une école privée. Pour Dave Griffiths et Jennifer Ferguson, il faut mettre l’accent sur les politiques scolaites pour faire en sorte que les inégalités existantes ne soient pas aggravées si ces écoles payantes reviennaient dans le giron du secteur public.

Certaines écoles publiques essaient déjà d'exclure les élèves issus des foyers pauvres et à recruter des élèves issus de milieux riches. Pour les deux chercheurs de l’université de Stirling, il est essentiel de veiller à ce que les écoles (publiques ou privées) ne créent pas d’inégalités involontaires.

La recherche de stratégies visant à limiter les inégalités entre les écoles publiques devrait constituer un objectif politique central. L’intégration des écoles privées dans le système étatique est une question idéologique qui offre peu d’avantages réels et pragmatiques qui permettraient aux jeunes socialement défavorisés de s’épanouir. En outre, cette étatisation ne résout pas le problème de la reproduction de privilèges.

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