mardi 23 avril 2019

Belgique — Moins de cours de morale et de religion catholique, le cours de religion islamique en plein essor

Les cours de religion islamique, protestante et orthodoxe sont quant à eux de plus en plus fréquentés.

Depuis septembre 2017, les élèves de primaire et de secondaire du réseau officiel de la Fédération Wallonie-Bruxelles sont obligés de suivre une heure de cours d’éducation à la philosophie et à la citoyenneté par semaine. Pour ne pas alourdir leur horaire, il a été décidé que les cours de religion, d’une part, ou de morale, d’autre part, passeraient de deux heures par semaine à une heure par semaine.

Il a aussi été décidé que les élèves qui souhaitaient ne plus suivre de cours de morale laïque ou de religion puissent remplacer ce cours par une heure supplémentaire d’éducation à la philosophie à la citoyenneté.

Selon une analyse de l’Orela (Observatoire des religions et de la laïcité), 12,2 % des parents d’élèves de primaire et 15,3 % des parents d’élèves de secondaire ont opté pour une seconde heure d’éducation à la philosophie et à la citoyenneté (EPC) pour l’année 2018-2019. L’année précédente, ces pourcentages s’établissaient à 10,9 au niveau primaire et à 12,1 % en secondaire.

Depuis qu’il est possible d’opter pour deux heures de cours d’éducation à la philosophie et à la citoyenneté, les cours de religion catholique et de morale non confessionnelle connaissent une baisse significative de leur fréquentation, tandis que les cours de religion islamique, protestante et orthodoxe continuent de voir leur fréquentation augmenter, note l’Observatoire.

C’est le cours de morale laïque qui est le plus fortement touché par cette diminution. Ce qui est assez logique puisque le cours d’éducation à la philosophie et à la citoyenneté est lui aussi d’inspiration « laïque ».

En Communauté flamande et en Communauté germanophone, aucune réforme de ce type n’a encore été mise en œuvre.

mercredi 17 avril 2019

Interlude pascal

Crucifixus


Crucifixus d'Antonio Lotto à la Sainte Chapelle de Paris

Faire un don pour reconstruire Notre-Dame de Paris (Fondation patrimoine officielle)

Crucifixus etiam pro nobis sub Pontio Pilato:
Passus, et sepultus est

Crucifié pour nous sous Ponce Pilate,
il souffrit sa passion et fut mis au tombeau.


Victimae Paschali Laudes




La séquence de Pâques Victimæ Paschali Laudes chantée lors de la messe de Pâques est généralement attribuée à un prêtre burgonde du XIe siècle, Wipon de Bourgogne († 1048).

Une traduction en vers (XVIIIe siècle)

Adore, ô peuple saint, l’innocente victime
Qui te purge de crime.
Voici l’heureuse Pâque où s’immole l’Agneau,
Qui sauve le troupeau.
Où Jésus par son sang apaise de son Père
L’équitable colère.
Ô merveilleux duel, où la vie et la mort
Signalent leur effort !
Le chef des vivants meurt ; mais, reprenant sa vie
Qu’on lui croyait ravie,
Il terrasse la mort, il trouve un jour plus beau
Dans la nuit du tombeau.
Qu’as-tu vu, chaste amante, illustre Madeleine,
En ta cuisante peine ?
J’ai vu mon roi vivant après tant de combats
Mettre l’enfer à bas.
Et, sur son tombeau même, élevant le trophée,
De la mort étouffée,
J’ai vu le saint suaire, et les linceuls sacrés
De son cercueil tirés.
Et des anges, brillants de clartés non pareilles,
M’ont appris ces merveilles.
Mon Roi vit. Mon Sauveur et mon unique espoir
A mes yeux s’est fait voir.
Allez en Galilée, et, selon les oracles,
Vous verrez ses miracles.
Nous croyons que Jésus vraiment ressuscité
A l’enfer surmonté.
Mais toi, divin sauveur, au jour de ta victoire,
Fais-nous part de ta gloire.



Stabat Mater de Jean-Baptiste Pergolèse (1710-1736)

Stabat Mater dolorosa
Iuxta crucem lacrimosa
dum pendebat Filius.

Debout, la Mère, pleine de douleur,
Se tenait en larmes, près de la croix,
Tandis que son Fils subissait son calvaire. (litt. pendait.)




Pange Lingua de la Missa Pange Lingua de Josquin des Prés (1450-1521)

Pange, lingua, gloriosi
Corporis mysterium,
Sanguinisque pretiosi,
quem in mundi pretium
fructus ventris generosi
Rex effudit Gentium.

Chante, ô ma langue, le mystère
Du corps sacré, corps glorieux,
Et celui du sang précieux,
Versé pour racheter la terre
Par le fruit d’un sein merveilleux.



Membra Jesu nostri, Ad Pedes (I) de Dietrich Buxtehude (1637-1707)

Ecce super montes
Pedes evangelizantis
Et annunciantis pacem.

[...]

Clavos pedum, plagas duras,
Et tam graves impressuras
Circumplector cum affectu,
Tuo pavens in aspectu,
Tuorum memor vulnerum.

Dulcis Jesu, pie deus,
Ad te clamo licet reus,
Praebe mihi te benignum,
Ne repellas me indignum
De tuis sanctis pedibus.

Voici sur les montagnes
Les pieds du messager
Qui annonce la paix.

[...]

Les clous des pieds, les plaies dures,
Et les marques si profondes,
Je les couvre avec tendresse,
Craignant ta vue,
Me souvenant de tes blessures.

Doux Jésus, Dieu pieux,
Je te crie, comme il est permis à ton débiteur,
Sois bienveillant à mon endroit,
Ne me repousse pas, indigne
De tes pieds saints.





O Haupt voll Blut und Wunden,
Voll Schmerz und voller Hohn,
O Haupt, zum Spott gebunden
Mit einer Dornenkron’,
O Haupt, sonst schön gezieret
Mit höchster Ehr’ und Zier,
Jetzt aber höchst schimpfieret;
Gegrüßet sei’st du mir !

Chef couvert de blessures,
meurtri par nous pécheurs,
Chef accablé d’injures,
d’opprobres de douleurs.
Des splendeurs éternelles
naguère environné,
C’est d’épines cruelles
qu’on te voit couronné !



Mache dich, mein Herze, rein,
ich will Jesum selbst begraben.
Denn er soll nunmehr in mir für und für
seine süße Ruhe haben.
Welt, geh aus, laß Jesum ein!

Purifie-toi, mon cœur,
je veux enterrer Jésus moi-même.
Car en moi désormais il doit reposer
à jamais en paix.
Monde, retire-toi, laisse entrer Jésus.





Gebt mir meinen Jesum wieder !
Seht, das Geld, den Mörderlohn,
Wirft euch der verlorne Sohn
Zu den Füßen nieder !

Qu’on me rende mon Jésus !
Voyez, l’argent, le prix du sang,
Le fils prodigue le jette
À vos pieds !




Χριστὸς ἀνέστη ἐκ νεκρῶν, θανάτῳ θάνατον πατήσας καὶ τοῖς ἐν τοῖς μνήμασι ζωὴν χαρισάμενος.

Le Christ est ressuscité des morts, Par la mort, il a vaincu la mort et à ceux qui sont dans les tombeaux il a donné la vie.

mardi 16 avril 2019

Histoire — Notre-Dame de Paris et Paris à la fin des années 1890 (film rare)



« L’école n’est pas adaptée à nos enfants »

Des centaines de parents de partout au Québec ont manifesté lundi devant le bureau du ministre de l’Éducation, à Chambly, pour protester contre le resserrement prévu des règles encadrant l’école à la maison.

Ces parents revendiquent haut et fort le « droit à la diversité » en éducation. Ils veulent faire reconnaître leurs efforts pour éduquer leurs enfants à leur manière, sans nécessairement suivre le rythme du programme « mur à mur » imposé par le ministère de l’Éducation du Québec.



« L’école n’est pas adaptée à nos enfants », ont dit des parents. « Nos enfants ne sont pas faits pour l’école telle qu’on la connaît », ont nuancé d’autres parents. Ils ont raconté leur choix d’éduquer un enfant à la maison : élève surdoué qui s’ennuyait en classe, enfant en difficulté qui était triste à l’école ; dans d’autres cas, des parents tiennent tout simplement à transmettre une éducation sur mesure à leurs enfants.

Les parents rencontrés lundi par Le Devoir détiennent pour la plupart un diplôme universitaire. Un des deux parents occupe un emploi assez payant pour permettre à l’autre de rester à la maison. Aucun des parents rencontrés n’a dit faire l’école à la maison pour offrir un enseignement religieux.

« Toutes les écoles se ressemblent. L’humanité a des défis énormes à relever, y a-t-il une seule approche en éducation pour préparer nos enfants au monde de demain ? », dit Matthias Doucerain, qui a interrompu son doctorat en éducation à Harvard pour faire l’école à la maison à ses quatre enfants âgés de 8 ans et moins (sa fille de 15 ans fréquente l’école secondaire).

Des règles plus draconiennes

Le père de famille s’est déplacé à Chambly pour protester contre la décision du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, de resserrer les contrôles pour les parents qui font l’école à la maison. Les examens ministériels deviendront obligatoires. Le nombre de matières à enseigner augmentera. Et les agents de suivi du ministère de l’Éducation devront rencontrer les élèves à la maison pour s’assurer qu’ils ont bel et bien suivi le programme obligatoire.

Le but est de donner les moyens à l’État d’éviter que des enfants soient privés du droit à l’éducation jusqu’à l’âge de 16 ans, a expliqué le ministre Roberge le mois dernier. Il estime que des centaines d’enfants tombent dans les failles du système, hors de l’écran radar du ministère de l’Éducation.

Le Devoir a révélé le mois dernier des lacunes dans l’encadrement de l’école à la maison : des « rencontres » entre des parents et des agents de suivi du ministère de l’Éducation se font au téléphone. Des agents sont habitués à se faire raccrocher la ligne au nez. Des projets d’apprentissage soumis par des parents tiennent parfois en une page griffonnée à la main.

Les quelque 500 parents qui ont manifesté lundi, en tout cas, clament sans hésiter qu’ils offrent une éducation exceptionnelle à leurs enfants. Ils font valoir que les nouvelles règles annoncées par le ministre leur mettent des bâtons dans les roues sans aucune raison valable.

Contre les examens imposés sans équivalence

« Mon fils de six ans devrait être médicamenté s’il allait à l’école. Il fonctionne très bien sans médicament à la maison », dit Éveline Benoit, de Drummondville. Son fils a un diagnostic de douance hétérogène. Il apprend plus vite à la maison qu’à l’école.

Comme presque tous les parents interrogés, la mère refuse que son enfant suive les examens du ministère, qui sont une source de stress inutile, selon elle. Sans évoquer le contexte spécifique de l’école à la maison, le Conseil supérieur de l’éducation a remis en question les examens ministériels (et les bulletins chiffrés traditionnels) : les enseignants font du « bourrage de crâne » dans le seul but de faire réussir les élèves dans une course aux bonnes notes. Certains parents sont du même avis.

« Les examens du ministère ne mesurent pas la culture ou l’intelligence des enfants. Ils évaluent la capacité à se conformer au calendrier scolaire », dit un père de famille.

« On apprend les mêmes choses [que l’école] à nos enfants, mais pas nécessairement dans le même ordre que le programme du ministère. Le [moment] peut être mauvais avec les examens du ministère », dit une mère, se présentant comme Audrey, qui fait l’école à quatre de ses cinq enfants (le petit dernier a un an).

Le projet de loi 144, adopté l’an dernier par le gouvernement Couillard, avait déjà resserré l’encadrement de l’école à la maison, notent les parents. Les nouvelles règles proposées par le ministre violent carrément le droit des parents à éduquer leurs enfants comme ils l’entendent, selon eux.

« Avec le nouveau règlement, la maison devient carrément un local de l’école publique. Le ministre détruit l’esprit de l’école à la maison », dit Dominique Rousseau, qui est venu porter une boîte de matériel scolaire au bureau du ministre Roberge.

Le ministre est sorti pour discuter quelques minutes avec le père de famille. Il a aussi rencontré trois émissaires des manifestants. M. Rousseau dit souhaiter que le ministre revienne sur sa décision de resserrer les règles pour les parents qui font l’école à la maison.

lundi 15 avril 2019

Le Miserere d'Allegri (1638)

Le Miserere d'Allegri est écrit sur le texte du psaume 50 attribué au roi David. L'incipit (ici réduit au premier mot, Miserere) signifie « Prends pitié ». L'œuvre était chantée à la chapelle Sixtine lors des matines du mercredi et vendredi de la Semaine sainte, et uniquement en ce lieu et à cette occasion.


Image : Sainte Chapelle à Paris


Miserere mei, Deus : secundum magnam misericordiam tuam.
Et secundum multitudinem miserationum tuarum, dēlē iniquitatem meam.
Amplius lavā me ab iniquitate mea : et peccato meo mundā me.
Quoniam iniquitatem meam ego cognōscō : et peccatum meum contra me est semper.
Tibi soli peccāvī, et malum coram te fēcī : ut justificeris in sermonibus tuis, et vincās cum judicaris.
Ecce enim in iniquitatibus conceptus sum : et in peccatis concepit me mater mea.
Ecce enim veritatem dilexisti: incerta et occulta sapientiæ tuæ manifestasti mihi.
Asperges me, Domine, hyssopo, et mundābor : lavābis me, et super nivem dēalbābor.
Auditui meo dabis gaudium et lætitiam : et exsultabunt ossa humiliata.
Averte faciem tuam a peccatis meis : et omnes iniquitates meas dele.
Cor mundum crea in me, Deus : et spiritum rectum innova in visceribus meis.
Ne projicias me a facie tua : et spiritum sanctum tuum ne auferas a me.
Redde mihi lætitiam salutaris tui : et spiritu principali confirma me.
Docebo iniquos vias tuas : et impii ad te convertentur.
Libera me de sanguinibus, Deus, Deus salutis meæ : et exsultabit lingua mea justitiam tuam.
Domine, labia mea aperies : et os meum annuntiabit laudem tuam.
Quoniam si voluisses sacrificium, dedissem utique : holocaustis non delectaberis.
Sacrificium Deo spiritus contribulatus : cor contritum, et humiliatum, Deus, non despicies.
Benigne fac, Domine, in bona voluntate tua Sion : ut ædificentur muri Jerusalem.
Tunc acceptabis sacrificium justitiæ, oblationes, et holocausta : tunc imponent super altare tuum vitulos.

Aie pitié, mon Dieu, dans Ton amour, selon ta grande miséricorde, efface mon péché.
Lave-moi tout entier de ma faute, purifie-moi de mon offense.
Oui, je connais mon péché, ma faute est toujours devant moi.
Contre Toi, et Toi seul, j’ai péché, ce qui est mal à tes yeux, je l’ai fait.
Ainsi, Tu peux parler et montrer Ta justice, être juge et montrer Ta victoire.
Moi, je suis né dans la faute, j’étais pécheur dès le sein de ma mère.
Mais Tu veux au fond de moi la vérité ; dans le secret, Tu m’apprends la sagesse.
Purifie-moi avec l’hysope, et je serai pur ; lave-moi et je serai blanc, plus que la neige.
Fais que j’entende les chants et la fête : ils danseront, les os que Tu broyais.
Détourne Ta face de mes fautes, enlève tous mes péchés.
Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu, renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit.
Ne me chasse pas loin de Ta face, ne me reprends pas Ton Esprit Saint.
Rends-moi la joie d’être sauvé ; que l’esprit généreux me soutienne.
Aux pécheurs, j’enseignerai tes chemins ; vers toi, reviendront les égarés.
Libère-moi du sang versé, Dieu, mon Dieu sauveur, et ma langue acclamera Ta justice.
Seigneur, ouvre mes lèvres, et ma bouche annoncera Ta louange.
Si j’offre un sacrifice, Tu n’en veux pas, Tu n’acceptes pas d’holocauste.
Le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un esprit brisé ; Tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un cœur brisé et broyé.
Accorde à Sion le bonheur, relève les murs de Jérusalem.
Alors Tu accepteras de justes sacrifices, oblations et holocaustes ; alors on offrira des taureaux sur Ton autel.




On raconte


Dès les premières années, le Vatican avait interdit de le reproduire ou de le diffuser afin d'en préserver le caractère unique. À l'époque, l'idée même de droit d'auteur n'était pas encore née, et on raconte que le transcrire ou le chanter ailleurs qu'en ces lieux aurait été puni d'excommunication, spécialement pour les choristes qui étaient les seules personnes à même de diffuser l'œuvre dans son intégralité. Celle-ci était alors propriété du commanditaire et de la chapelle musicale du Vatican, puisque aucun artiste n'exerçait de manière indépendante. L'individualisme musical apparaîtra à la toute fin du XVIIIe siècle, avec Joseph Haydn et Mozart, mais ne se développera qu'au XIXe siècle.

Il y eut malgré tout de nombreuses transcriptions supposées de ce Miserere parmi les cours royales d'Europe, mais jamais de la qualité de la partition qui était chantée à Rome. Selon de nombreuses lettres, en 1770, Mozart, âgé de quatorze ans, réussit à retranscrire l'œuvre après seulement une ou deux écoutes. Alors qu'il visitait Rome, avec son père Léopold, il eut la chance de pouvoir écouter le Miserere le mercredi de la Semaine sainte, le 11 avril. Le soir même, il retranscrivait le morceau de mémoire. Il l'écouta encore une fois le vendredi qui suivit pour pouvoir faire quelques modifications. Le Miserere obtenu fut publié en 1771 à Londres et l'interdiction papale levée. Mais cette version n'incluait pas l'ornementation baroque qui faisait une partie du succès et de la beauté du chant.

Zemmour : « Les médias sont les curés d'aujourd'hui... et ils s'étonnent que les gens se détournent d'eux »




Notons que Zemmour a déjà dit par ailleurs que les juges sont en quelque sorte les archiprêtres de notre société progressiste : Depuis 1905, le crucifix a quitté les salles d’audience, mais la « prêtrise judiciaire » est restée.

Citations égrenées, paraphrasées par Zemmour au cours de cet entretien

En parlant de la Révolution française : « Jamais sans doute il n’exista de nation plus aisée à tromper, ni plus difficile à détromper, ni plus puissante pour tromper les autres. » (Joseph de Maistre)

Sur l’immigration : « À partir d’un certain nombre, la quantité devient une qualité » (traditionnellement attribuée à Engels, lui-même l’aurait pris à Hegel dans Science de la Logique)

Sur l’islam et le fait qu’il néantise l’autre : « Le seul moyen pour eux de se mettre à l’abri du doute et de l’humiliation consiste dans une “néantisation” d’autrui, considéré comme témoin d’une autre foi et d’une autre conduite. » (Claude Lévi-Strauss, Tristes Tropiques)

Sur les immigrants et les difficultés d’intégration : « Tout est moral dans les individus, mais tout est physique dans les masses. […] Chacun est libre individuellement, parce qu’il n’a individuellement affaire qu’à lui même, ou à des forces égales aux siennes. Mais dès qu’il entre dans un ensemble, il cesse d’être libre. » (Benjamin Constant)

Il ne faut pas être croyant pour faire partie d’une civilisation religieuse : « La nature d’une civilisation, c’est ce qui s’agrège autour d’une religion. » (André Malraux)

Notre civilisation moderne : « Le monde moderne est plein d’anciennes vertus chrétiennes devenues folles. » (G. K. Chesterton)

Rôle des Germains qui virilisent le christianisme médiéval, sans citation précise (Oswald Spengler, Déclin de l’Occident)

Sur la fausseté des valeurs modernes devenues folles qui menacent notre société : « À chaque fois qu’une théorie est en contradiction avec le salut d’une société, c’est que la théorie est fausse car la société est la valeur suprême. » (Alphonse de Lamartine, Histoire des Girondins)

« Ceux qui se sauveraient comme personnes privées se damnent parfois comme personnes publiques » (Richelieu) [Ainsi, le prince qui redoute de trancher et laisse les intérêts individuels ou ceux des groupes de pression se réguler par le simple jeu des rapports de forces sauverait peut-être son âme s’il était un simple particulier. Mais dès lors que l’intéressé appartient à l’élite dirigeante, il doit être pleinement « dans sa charge », gouverner fermement, sinon il est sûr de se damner.]

« Une politique ne doit pas être jugée à l’aune de ses victimes, mais à l’aune des maux qu’elle épargne » (Joseph de Maistre), maxime chère à de Gaulle

« Quand les hommes cesseront-ils de faire la guerre ? Quand les femmes cesseront d’aimer les vainqueurs. » (Martin van Creveld)

Au sujet de la France qui se fait coloniser : « Pour être colonisé, il faut être colonisable. » (Sedar Senghor)

« Tout cela finira par une partition » (François Hollande, Un Président ne devrait pas dire cela), Zemmour croit plutôt à la sécession qu'à la partition.



Canada — la légalisation du cannabis a accru le nombre de consommateurs

Six mois après la légalisation de la marijuana au Canada, les premières données et des entretiens avec des exploitants démontrent qu’un grand nombre de Canadiens se sont initiés à cette drogue douce. Près de 14 % des consommateurs de cannabis interrogés par Statistique Canada de mi-novembre à mi-décembre ont reconnu avoir fumé du cannabis pour la première fois au cours des trois mois précédents. Cette période se situe à cheval de la nouvelle loi fédérale légalisant ce produit, mais le pourcentage de nouveaux utilisateurs a nettement augmenté par rapport aux trimestres précédents, où ils oscillaient de 4,7 à 7,8 %.

L’agence a constaté que les nouveaux consommateurs couvraient tous les groupes d’âge. Cependant, chez les personnes âgées de 24 à 35 ans, la consommation a légèrement diminué au fur et à mesure que l’on s’avançait dans cette période, tandis qu’elle a augmenté dans toutes les catégories d’âge supérieures à 35 ans. La légalisation a attiré un tout nouveau segment de personnes qui préfèrent utiliser du cannabis légal et qui sont disposées à en payer davantage, a souligné Jennifer Lee, principale partenaire responsable de la gestion du secteur du cannabis pour le cabinet de conseil Deloitte.

« Le contrôle gouvernemental amène une toute nouvelle cohorte sur le marché. Ils auraient pu l’essayer sur le marché noir. Ils ont simplement choisi de ne pas le faire, car ils voulaient être certains qu’il s’agissait d’un produit sûr. » Apparemment, le fait que le produit était illégal et donc un frein à la consommation ne traverse pas l’esprit des experts ? Dès qu’il est légal, cela ne peut plus être si grave, si dangereux d’en consommer tant sur le plan de la santé que sur le plan judiciaire...


Mme Lee a ajouté que ses recherches avaient démontré que les personnes de plus de 55 ans étaient les plus attirées par ce marché, car elles avaient déjà consommé de la marijuana, il y a plusieurs années, et pouvaient se permettre de payer davantage pour de la drogue légale. Selon Cindi Phelps, qui dirige la boutique Tamarak Cannabis à Kimberley, en Colombie-Britannique, environ 15 à 20 % de ses clients renouent avec la marijuana après en avoir fumé pour la première fois, il y a plusieurs décennies ou n’en ont encore jamais consommé. « Ils élevaient leurs enfants, ils avaient leur famille.

Aujourd’hui, ils sont à la retraite et aimeraient bien essayer de nouveau, a-t-elle raconté. Comme c’est légal, ils ne craignent plus de se faire arrêter pour ça. » Les nouveaux consommateurs demandent souvent du cannabidiol, également appelé CBD, un extrait non psychoactif utilisé pour traiter la douleur et l’anxiété, a dit Mike Babins, propriétaire d’Evergreen Cannabis à Vancouver. « Ils viennent ici en disant qu’ils n’ont aucune envie de se défoncer et qu’ils veulent juste du CBD. On leur demande ce qui ne va pas avec le fait d’être défoncé. Sont-ils influencés par ces vieux films de propagande et croient-ils qu’ils vont se prendre pour des oiseaux et sauter par la fenêtre en voyant de jolies couleurs ? » Il semble que M. Babins confondent l'effet d'autres drogues et cela conseille des clients en toute légalité maintenant...!? Les clients de M. Babins lui ont dit qu’ils attendaient que la consommation de la marijuana devienne légale et qu’ils en avaient assez de boire trop d’alcool en soirée. « Ils boivent une bouteille de vin après le souper au lieu d’un verre de vin pendant le repas. Beaucoup disent mal réagir au stress. »

Source



Voir aussi

Arrêter le cannabis et la mémoire revient

Le cannabis aurait des «effets négatifs et persistants» sur les capacités cognitives des ados

Cannabis thérapeutique : effets positifs modestes, effets indésirables sont importants et très fréquents

Mauvais signal quand l'État légalise le cannabis et se lance dans sa production

Des écoliers (5 à 9 ans) hospitalisés après avoir consommé du cannabis


Le Canada va être « cool » : des psychiatres craignent l'impact de la légalisation du cannabis

La fumée de cannabis contient sept fois plus de goudrons et de monoxyde de carbone (CO) que celle du tabac, selon un test d’un magazine français de consommateurs, qui calcule que « 3 joints = 1 paquet de cigarettes ».

Le mensuel 60 millions de consommateurs de l’Institut national de la consommation (INC), publié en avril 2006, s’est servi d’une machine à fumer pour faire ce test dont le but était de comparer les teneurs en nicotine, goudrons, monoxyde de carbone, benzène et toluène dans les fumées principales de joints de cannabis et de tabac.

dimanche 14 avril 2019

Manuel d'histoire (1) — chrétiens intolérants, Saint Louis précurseur des nazis, pas de critique de l'islam tolérant pour sa part

Photo du site des
Éditions Chenelière
La volonté de faire coexister la riche courtepointe ethnique et religieuse  que la politique migratoire du Québec met en place est à la base de l'imposition du cours d'éthique et de culture religieuse. Il fallait un programme qui puisse être enseigné à tous et qui rapprocherait toutes les communautés, quitte à simplifier à outrance les religions, les discréditer même pour les rassembler dans l'indifférenciation dans un esprit qu'on nommera par gentillesse irénique. C'est le cours tout-le-monde-il-est-beau-tout-le-monde-il-est-gentil selon certains auteurs.

Il en va un peu de même avec un manuel d'histoire récent qui se penche sur l'histoire de la chrétienté et du monde arabo-musulman. L'éditeur est réputé (Chenelière) et le manuel est de bonne facture technique. Mais là c'est pire : critiques (pas toujours imméritées) d'un côté, le côté de la chrétienté et, de l'autre côté, bienveillance constante pour le monde arabo-musulman. Il ne faudrait pas que les Québécois de souche conçoivent leur civilisation avec trop de vanité et que les immigrants soient perçus comme issus d'une culture inférieure ?

On peut donc se demander si ce n'est pas, en quelque sorte, pour rabaisser un peu le caquet culturel des Québécois  de souche et promouvoir l'estime des récents et nombreux immigrants du monde musulman  que le manuel d'histoire D'hier à demain des éditions de la Chenelière ne critique jamais l'islam médiéval, il l'encense plutôt, et qu'il laisse l'intolérance et l'ignorance au christianisme et à la chrétienté médiévale. Au détriment de l'objectivité, de l'équilibre et de la justesse, malheureusement.

Saint-Louis, précurseur de Hitler ?

Dans ce manuel approuvé par le BAMD du Monopole de l'Éducation, on trouve ainsi la question très subtile suivante :


D'Hier à demain, manuel A, 1er cycle du secondaire (12-13 ans), édition Chenelière, p.  204

Aucune question similaire sur les autres civilisations (musulmanes et chinoises notamment) où les ethnies portaient pourtant aussi des costumes ou des signes qui les différenciaient. L'imposition d'un signe distinctif pour les juifs (et les chrétiens) était généralisée dans le monde musulman. Mais aucune mention, ni bien sûr de critique dans le manuel sur ce sujet. Il n'en dit rien, seul Louis IX et son ordonnance sont comparés à un funeste « moment au cours du XXe siècle »....

Pour se convaincre que les juifs devaient se vêtir différemment sous l'islam, voici une fatwa (parmi de nombreuses autres) qui impose des signes distinctifs aux dhimmis (les tributaires) :
« Un juif s’habille comme les musulmans et abandonne la mise qui le distingue d’eux.

Réponse [du savant musulman]. Il sera mis en prison, battu et promené ignominieusement dans les lieux habités par les juifs et les chrétiens pour l’exemple. Ibn Abî Tâlib a prescrit à l’un des cadis parmi ses subordonnés d’obliger juifs et chrétiens à porter leurs ceintures largement déployées sur leur robe pour qu’on les distingue bien, et si l’un d’eux monte à cheval, de l’en empêcher, de lui infliger vingt coups de fouet à nu, puis de le jeter en prison, et en cas de récidive de le battre durement et de l’incarcérer longuement.  »

(p. 111 de Histoire et société en Occident musulman au Moyen Âge de Vincent Lagardère)

Ce que rappelle, dans la deuxième moitié du XVe siècle, le voyageur flamand Anselme Adorne, cité par Paul Sebag :
« témoigne que les juifs de Tunis sont astreints à un « lourd tribut » dans lequel il faut voir sans doute jezya [capitation] du droit musulman, et qu'ils font toujours l'objet de discriminations  vestimentaires. Ils doivent alors arborer une pièce d'étoffe jaune, à la tête ou au cou, faute de quoi, ils ne manqueraient pas de se faire lapider. »

(p. 122, Tunis: Histoire d'une ville de Paul Sebag)
Extension maximale de l'empire almohade (entre 1195 et 1212)

« Crois ou meurs ! », la Révolution française


« Crois ou meurs ! Voilà l’anathème que prononcent les esprits ardents au nom de la liberté ! »


Ainsi s’exprime le journaliste Jacques Mallet du Pan dans le Mercure de France du 16 octobre 1789, dès le début de la Révolution. Voilà qui s’inscrit en faux contre la thèse, solidement ancrée aujourd’hui, de deux révolutions : une bonne, celle des droits de l’homme, qui aurait dérapé pour aboutir à une mauvaise, celle de la Terreur.

Historien, ancien Directeur de recherche au C.N.R.S., Claude Quétel est spécialiste de l’histoire de l’enfermement et de la psychiatrie. Il est l’auteur de nombreux ouvrages dont une Histoire de la folie (2012), une Histoire véritable de la Bastille (2013), ou encore le Larousse de la Seconde Guerre mondiale (2007) et Les femmes dans la guerre 1939-1945 (2006).

Et si la Révolution tout entière avait été un immense, un désolant gâchis, et ce dès les premiers jours ? Et si ce qui a été longtemps présenté comme le soulèvement de tout un peuple n’avait été qu’une folie meurtrière et inutile, une guerre civile dont l’enjeu mémoriel divise toujours les Français ?

Chaque grande nation, quel que soit son régime, déroule les hauts faits de son roman national. La Révolution française, tournant majeur de notre histoire, en est l’exemple le plus criant. « Crois ou meurs ! Voilà l’anathème que prononcent les esprits ardents au nom de la liberté ! » Ainsi s’indigne le journaliste Jacques Mallet du Pan dans le Mercure de France du 16 octobre 1789, tout au début de la Révolution.

Longtemps, celle-ci a été présentée et enseignée comme une histoire édifiante de bout en bout, retentissant de ses grandes dates, de ses grands hommes. Et puis le temps est venu de distinguer une bonne révolution, celle des droits de l’Homme, qui aurait « dérapé » pour aboutir à une mauvaise, celle de la Terreur. On en est encore là aujourd’hui, et l’on voit même des historiens de la Révolution relativiser la Terreur.

Eh bien voici l’heure de reprendre l’enquête en se demandant si ce ne fut pas la Révolution tout entière qui fut un immense, un désolant dérapage, et ce dès les premiers jours, dès les élections aux États généraux confisquées par l’intelligentsia, dès l’Assemblée Constituante, toujours considérée comme exemplaire, en proie à l’intimidation du public dans les tribunes ? Que fut-elle en réalité cette Révolution exemplaire, insoupçonnable ?

Ce livre n’a qu’une ambition, mais elle est grande : en faire le récit circonstancié, presque au jour le jour, en revisitant les événements, en décryptant le dessous des cartes, en se libérant de l’historiquement correct. Il s’adresse à tous ceux qui souhaitent qu’on leur raconte une autre histoire, la vraie.


Crois ou meurs !
Histoire incorrecte de la Révolution française
de Claude Quétel,
paru chez Tallandier,
à Paris,
le 28 mars 2019,
507 pages.
ISBN-13 : 979-1021025721

Mathieu Bock-Côté à Sud Radio



Voir aussi

Bock-Côté chez les diversitaires : « Vous êtes pour la diversité, quand même ? »

Apprenez le latin (2) : l'étymologiste diversitaire fantaisiste (Raphaël Liogier face à Bock-Côté)

L'empire du correctivisme politique

Une école de Barcelone retire 200 contes pour enfants considérés comme « toxiques »

L’école Tàber de Barcelone, qui relève de la Generalitat de Catalogne, a décidé de revoir le catalogue des livres pour enfants de sa bibliothèque. Après avoir analysé les livres destinés aux enfants de moins de six ans, l’école a décidé de se débarrasser de 200 titres considérés comme « toxiques » parce qu’ils reproduisaient des schémas sexistes, ce qui représente 30 % du fonds. Dans 60 % des cas, le problème est moins grave, alors que 10 % seulement ont été écrits qui respectent le « genre ». D’autres centres cherchent également à acquérir des livres plus « égalitaires ».



Saint Georges est le patron de l’Aragon, de Valence, des Baléares et de la Catalogne. La tradition veut que, chaque année le 23 avril, on offre une rose, et depuis les années 1920, un livre.

On approche de la Saint George [Sant Jordi en catalan], journée idéale quand les garderies et les écoles racontent sa légende ou quand les parents se mettront à la cherche d’une histoire pour leurs enfants. Un coup d’œil au vaste catalogue d’histoires sur ce héros qui terrassa le dragon révèle que la plupart des titres reprennent les stéréotypes selon lesquels le personnage masculin est le héros courageux qui doit sauver la princesse craintive. Mais, nous révèle El Païs (journal de gauche branchée), on commence pourtant à trouver sur le marché des titres « alternatifs » tels que Sainte Jordina (par Inès Macpherson, aux éditions La Galera) ou La révolte de Sainte Jordina (par Lyona et David Fernandez, aux éditions Amsterdam), où la jeune fille est l’héroïne et où, en passant, le dragon n’est pas obligé de mourir...




La légende de Sant Jordi fait partie des contes bannis de l’école Tàber, tout comme la Belle au bois dormant ou le Petit chaperon rouge, selon la télévision locale Betevé. Cependant, Anna Tutzó, l’une des mères de la commission chargée de réviser le catalogue, préfère ne pas donner la liste complète  des titres bannis, car elle considère qu’il est plus important de se concentrer sur le problème sous-jacent, qui dépasse les récits traditionnels. « En outre, ces livres ne représentent qu’une minorité, cela affecte également les livres pour apprendre l’alphabet, les couleurs ou les bonnes manières. La société évolue et est plus soucieuse de la question du genre, mais cela ne se voit pas dans les contes », a-t-elle déclaré.

Rappelons que le Québec a un Bureau d’approbation du matériel didactique dont une des fonctions est de lutter contre les stéréotypes sexuels. En voici les critères d’approbation socioculturels :
  • une juste représentation (25 p.100) des personnages des groupes minoritaires ;
  • des rapports égalitaires entre les personnages des deux sexes ;
  • une représentation diversifiée et non stéréotypée des caractéristiques personnelles ou sociales ;
  • une interaction des personnages de groupes minoritaires dans des situations de la vie courante ;
  • une rédaction non sexiste des textes.


Voir aussi

Les vieux Disney : les déconstructeurs progressistes sont des fanatiques

Le Petit Chaperon rouge serait trop sexiste

France : Le ministère n’approuve pas les manuels. « Seul le régime de Vichy s’est permis cela. »

samedi 13 avril 2019

Les vieux Disney : les déconstructeurs progressistes sont des fanatiques

Billet de Mathieu Bock-Côté :

Quiconque s’intéresse au mouvement des idées à notre époque est obligé de constater que nous sommes les témoins, en même temps que les victimes, d’une grande purge culturelle, comme s’il fallait purifier notre existence et la délivrer du mal. Le monde intellectuel, ou plus exactement, ses élites intellectuelles et médiatiques sont engagées dans un grand mouvement de déconstruction culturelle et sociale qu’elles assimilent à la lutte contre les préjugés qui pollueraient notre culture et pousseraient à la reproduction de structures sociales inégalitaires en plus de contribuer à l’exclusion des minorités. Pour que le paradis diversitaire advienne, pour qu’un nouveau monde arraché à l’ancien puisse enfin naître, il faudrait aller jusqu’au bout de la déconstruction.

Cette logique folle se manifeste dans tous les domaines de l’existence, même les plus improbables. On a pu le constater encore une fois il y a une dizaine de jours dans la presse européenne qui rapportait la publication d’une étude universitaire britannique dénonçant... les dessins animés de Walt Disney ! Blanche neige, La Belle et la Bête, Aladdin et Le Roi Lion sont notamment ciblés. Sans surprise, on les accuse... de racisme !


Car y a-t-il une seule œuvre aujourd’hui qu’on ne trouve pas moyen d’accuser de racisme ? Ce terme dont la définition ne cesse de s’étendre ne veut à peu près plus rien dire. On accuse aussi ces films de sexisme, La Belle et la Bête, apparemment, poussant même... à la violence conjugale ! Les œuvres plus récentes de Disney, toutefois, feraient la promotion de bonnes valeurs et on pourrait les recommander aux enfants. Fiou ! En d’autres mots, il faudrait considérer ces œuvres comme autant d’instruments de propagande devant faire la promotion de la vision recommandée de la société, sans quoi on aura la tentation de les proscrire. Comment ne pas constater que les savants à l’origine de ces études sont en fait des idéologues militants ?


Ne nous contentons pas d’en rire. Ces idées progressent. Il s’agit chaque fois de purger tel ou tel pan de notre culture en l’accusant d’être contaminé par un passé honteux. Rien ne sera épargné. Nos déconstructeurs sont des fanatiques. Mais on aurait envie de demander aux idéologues qui veulent tout bruler du passé de nous laisser vivre et de cesser d’aborder le monde avec la perspective d’un enquêteur maniaque, toujours convaincu de dévoiler une chanson démoniaque derrière une berceuse, un agresseur derrière un homme qui complimente une femme et un raciste derrière celui qui aime son pays.



Note du carnet

Blanche-Neige, par exemple, renverrait à l’idée « qu’une femme seule ne peut jamais être heureuse, » explique au Sun Victoria Cann, professeur à l’université d’Est-Anglie et une des deux autrices de l’étude. Elle affirme que son seul rôle utile est de « cuisiner et nettoyer » pour des nains qui n’attireront jamais son attention. Siffler en travaillant, quelle idée saugrenue alors qu’on peut sauver la planète en faisant « grève » la mine grognonne.  « Les nains ont pourtant une personnalité et un travail. Mais comme ils ne sont pas grands et attractifs, Blanche-Neige ne les considère pas comme des amoureux potentiels. »




La nouvelle icône acceptable pour la jeunesse, plus sévère, moins riante et moins optimiste...


« La Belle et la Bête » s’attire également les foudres des chercheuses militantes. Pour elles, le film représente un cas classique du syndrome de Stockholm, lorsqu’un otage développe de la sympathie pour son geôlier. « L’histoire donne l’impression qu’une femme peut changer son partenaire violent si elle persévère suffisamment longtemps », poursuit Mme Cann. À la fin, la Bête se transforme en bel homme blanc aux cheveux blonds. Quelle horreur, un homme blanc nordique ! Pouah ! Cela donne l’impression que sa beauté l’empêche d’être en colère ou menaçant. »





Avertissement

La vidéo suivante pourrait grandement vexer, blesser, horripiler et, dans les cas les plus intenses, causer l’apoplexie chez les militantes féministes. Il s’agit d’une vision archaïque et patriarcale de l’amour d’une jeune fille qui s’abaisse à considérer l’homme aimé comme un prince. Vision rétrograde que nous ne saurions cautionner.


Climat et élèves en grève : « On ne veut pas mourir dans 10 ans » (m-à-j)






Mise à jour Une semaine plus tard, le dernier intervenant est allé interrogé un professeur du secondaire qui encourageait ses élèves à manifester pour le climat : il n’en connaissait pas plus que les étudiants sur les bases physiques du « réchauffement climatique ». Édifiant...









Billet du 16 mars 2019

Réaction d’un journaliste français (Ivan Rioufol) :




Message aux jeunes d’un « climato-réaliste »



Extraits d’un entretien avec Élizabeth Lévy

Il est curieux que personne n’ait encore proposé une loi pénalisant toute mise en cause de l’urgence climatique ou réprimant la climatophobie cachée derrière le climato-scepticisme. Sauf que nous ne parlons pas du climat, mais de la religion apocalyptique dont il est l’objet, culte dont les innombrables prêcheurs et, désormais, les irritants enfants de chœur à couettes et grands yeux confiants, psalmodient en permanence le même message : « La fin du monde approche et c’est de votre faute. Mais si vous faites suffisamment pénitence, l’humanité sera peut-être épargnée. » Si la survie de notre espèce (et des autres) est en jeu, il n’est pas question d’étudier les rapports coûts/bénéfices des mesures envisagées. Il n’y a pas de question qui tienne. Cette semaine, le patron de PSA a déclaré dans vos colonnes que la décision du Parlement européen d’imposer une réduction de 40 % des émissions de CO2 menaçait la santé d’une industrie qui emploie 13 millions de personnes en Europe. Mais peu importe aux climato-fanatiques. Quel que soit le prix à payer, notamment celui de la catastrophe sociale et économique qu’exigerait la révolution qu’ils réclament, il est moins élevé que la mort collective.

[...]

« Zéro carbone en 2050 », jure le président dans sa lettre aux Européens alors que tous les gouvernements peinent à réaliser les objectifs de réduction d’émissions de CO2 prévus par l’accord de Paris. La belle affaire : qui lui demandera des comptes en 2050 sur cette promesse qu’il sait intenable ?

[...]

Bien sûr qu’il y a de la science, mais il y a aussi de la croyance, comme en témoignent le flux constant d’incantations et de sermons nous sommant de faire repentance, la virulence des réactions à toute objection et la radicalité des exigences. L’avenir de la planète mérite mieux que ce prêchi-prêcha. La science argumente, elle n’excommunie pas, elle ne fulmine pas contre les hérétiques. Voyez par exemple le terme climatosceptique. Pour un chercheur, le scepticisme n’est pas un crime, mais une vertu.

Alain Finkielkraut a raison de dire que l’écologie est une affaire trop importante pour être laissée aux écologistes.

À l’inverse, la dévotion congédie la discussion. Or, que voit-on ? Des savants et des militants qui, dès qu’une voix s’élève pour contester tel ou tel point de la doxa catastrophiste, s’adonnent à l’invective et l’anathème. Dans l’arsenal de la bien-pensance, le climatosceptique est en train de rejoindre le fasciste. Et coup de chance, ce sont souvent les mêmes, triomphe Mediapart dans un article d’anthologie consacré aux « négateurs du bouleversement climatique » : « Ils occupent des postes de responsabilités dans des groupes de pression à Bruxelles, siègent en tant que députés conservateurs et libéraux au Parlement européen, dirigent des associations professionnelles néolibérales et déterminent la politique climatique de tous les partis de droite en Europe. Leur point commun : ce sont principalement des hommes de plus de 60 ans. » Sans surprise, revoilà le vieux mâle blanc, fauteur de tous les troubles, y compris écologiques. Bref, le climatosceptique est un salaud du même acabit que le négationniste d’Auschwitz ou le complotiste du 11 — Septembre.

Certes, et il y a, dans le grand sac des climatosceptiques, des gens parfaitement délirants. Il y a aussi beaucoup de raisons de penser que, sur la question du climat, on a exagérément étendu le domaine de l’évidence, de sorte que certaines hypothèses, les plus effrayantes bien sûr, se sont imposées comme des vérités. Le réchauffement lui-même ne fait aucun doute puisqu’il est mesurable. En revanche, s’agissant non seulement de ses causes, nécessairement complexes, mais aussi de son évolution future et de ses conséquences, il serait tout de même étonnant qu’une science qui s’est développée dans la période récente soit déjà parvenue à un corpus global incontestable. Et on ne voit pas pourquoi le public, qui est prié d’admettre comme vérité révélée le scénario catastrophe privilégié par une grande partie de la communauté scientifique — encore que le GIEC travaille lui-même sur différentes hypothèses —, ne pourrait aussi entendre les arguments de contradicteurs, quand ceux-ci ont également une légitimité scientifique. Peggy Sastre raconte dans notre dossier comment l’arbre est devenu l’un des emblèmes de la sainte cause du climat. L’idée selon laquelle plus d’arbres, c’est moins de réchauffement s’est, explique-t-elle, imposée comme une certitude — son corollaire étant que la déforestation est l’un des pires péchés de la civilisation industrielle. Résultat, une partie des moyens de la politique du climat a été affectée à la reforestation, de sorte qu’il existe sans doute aujourd’hui un lobby de l’arbre. Mais quand Nadine Unger, professeur de biochimie atmosphérique britannique met en doute cette causalité simple en étudiant le rôle de l’isoprène, un hydrocarbure produit par les arbres, elle est menacée de mort, ce qui ne suggère pas l’existence d’un débat scientifique serein.

Le nouvel objectif brandi par les associations, division des émissions de CO2 par huit d'ici 2050, est en passe de devenir aussi totémique que les 3 % de déficit budgétaire de Maastricht. Pour l'atteindre, il faudra que les bons peuples acceptent de renoncer aux merveilles de la fluidité, de la mobilité et de la flexibilité qu'on leur vante avec force depuis des années. Retour au local, au circuit court, au voisinage. Bien sûr, les stars qui réclament cette conversion à la frugalité devront continuer à voyager, ne serait-ce que pour pouvoir divertir les ploucs sédentarisés, condamnés à manger des topinambours de leur jardin et à pédaler 25 kilomètres pour aller au boulot — s’ils ont la chance d’en avoir un. J’ajoute qu’il serait naïf de prétendre qu’il y a d’un côté de vils intérêts et de l’autre de nobles sentiments. Les fabricants d’éoliennes ont intérêt à vendre des éoliennes et cela n’a rien de condamnable. Il y a aussi des salariés, des consultants, des prestataires payés par les grandes boutiques de défense de l’environnement comme le WWF. Il faut croire qu’on peut-être qu’on peut être payé sans être acheté…

[...]

Pour autant, la vérité ne sort pas de la bouche des enfants. Depuis quelques mois, on assiste, dans le monde développé, à une sorte de croisade des enfants, transformés par une intense propagande en petits gardes verts priés de rééduquer leurs parents. Le spectacle d’adolescents séchant les cours pour la planète (elle est bonne celle-là), ou celui de la petite Suédoise à nattes faisant la leçon aux grands de ce monde est peut-être très sympathique — quoiqu’au vu des chiffres il soit très exagéré de parler de mobilisation de la jeunesse. Celui des grands en question écoutant avec déférence une gamine à l’air buté est à la fois hilarant et affligeant. En tout cas, je propose qu’on attende quelques années avant de leur céder les commandes, à ces générations futures qui pensent si bien.

Voir aussi

Belgique — présence obligatoire d'écoliers dans les manifestations « pour le climat »


vendredi 12 avril 2019

Le Canada se réchauffe deux fois plus vite que le reste de la planète... Est-ce grave ?

Par la plus grande des coïncidences, le 1er avril, la ministre de l’Environnement, Catherine McKenna, a divulgué à Radio-Canada le dernier rapport officiel de son ministère sur les changements climatiques, le jour même de l’imposition du nouveau régime de taxe sur le carbone de son gouvernement dans quatre provinces.

Le Téléjournal de Radio-Canada a claqué des talons, s’est mis au garde-à-vous et s’est fait la caisse de résonance de ce rapport « alarmant ». Céline Galipeau lançait l’émission du lundi soir sur fond de musique menaçante, les basses continues vibrant : « Un rapport alarmant : le réchauffement climatique deux fois plus rapide au Canada qu’ailleurs sur la Planète ». Suivent des images dramatiques de sols asséchés, d'ours polaire esseulé, de falaises glaciaires qui s’effondrent, le tout ponctué de « très préoccupant », « données inquiétantes » ou « dramatique ».


Musique dramatique au début, à la fin on annonce une nouvelle tempête de neige pour la première semaine d'avril 2019...

Selon Radio-Canada, « Le Canada se réchauffe, en moyenne, à un rythme deux fois plus élevé que le reste de la planète, et le nord du pays se réchauffe encore plus rapidement, selon un rapport d’Environnement Canada rendu public lundi. Le document, intitulé Rapport sur les changements climatiques au Canada, indique que, depuis 1948, la température moyenne annuelle sur la terre ferme au Canada s’est réchauffée [sic] de 1,7 °C, les taux étant plus élevés dans le Nord, les Prairies et le nord de la Colombie-Britannique. Dans le nord du Canada, la température moyenne annuelle a augmenté de 2,3 °C. En comparaison, selon la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) des États-Unis, depuis 1948, les températures moyennes mondiales ont augmenté d’environ 0,8 °C. »

L’animatrice Rosemary Barton du National de la CBC a lancé l’émission du lundi soir en augmentant le volume alors qu’elle annonçait le « Rapport sur les changements climatiques au Canada » rédigé par « des scientifiques d’Environnement Canada » en ces termes dramatiques :

« Ce soir, un avertissement terrible pour le climat du Canada. Le pays se réchauffe deux fois plus vite que le reste du monde. Selon pratiquement tous les scientifiques du climat, le changement climatique est déjà là. Les températures ont augmenté et devraient continuer à augmenter avec des conséquences dramatiques et de plus en plus catastrophiques. Et aujourd’hui, nous apprenons qu’au Canada, c’est le double. Un rapport gouvernemental d’Environnement et Changement climatique Canada, fruits d’années de travail, confirme que le Canada se réchauffe deux fois plus vite que le reste du monde. Loin d’être un refuge, le Canada a été en plein en ligne de mire du climat. Et à moins d’actions radicales à l’échelle planétaire, cela continuera. »

Est-ce grave ? Est-ce important ?

Mais est-ce grave ? Est-il si évident qu’il s’agit d’une mauvaise chose ? Et ces chiffres indiquent-ils un événement important ?

Il y a quelques années, le climatologue Lennart Bengtsson déclarait : « Le réchauffement que nous avons connu au cours des 100 dernières années est si minime que si nous n’avions pas eu les météorologues et les climatologues pour le mesurer, nous ne l’aurions pas remarqué du tout. »

Et voilà pourquoi on nous inonde de rapports, de tableaux et de graphiques très précis pour nous informer des changements que nous n’avons pas remarqués.

Qui se souvient de l’été dernier, quand nos chers médias (plus d’un milliard de subventions par an, rien que pour Radio-Canada/CBC) avaient annoncé avec enthousiasme qu’un rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) nous prévenait que le réchauffement de 1,5 degré Celsius (par rapport à l’époque préindustrielle, vers 1880) constituait un seuil catastrophique que nous devions à tout prix ne pas dépasser ? Voilà que nous apprenons maintenant que le Canada s’est réchauffé de 1,7 degré Celsius depuis 1948, nous avons donc allègrement dépassé ce seuil en deux fois moins de temps...

Loin de fuir ce pays devant une telle calamité, les Canadiens et le Québecois se sont enrichis, nous sommes en meilleure santé, vivons plus longtemps et notre niveau de vie a fortement augmenté. Une catastrophe ? Vraiment ?

En outre, dire que le Canada s’est réchauffé deux fois plus vite que la planète ne prouve pas grand-chose. À peu près tous les grands pays de la planète se sont réchauffé plus rapidement que la moyenne mondiale, car les pays sont sur terre, le sol. Or les océans couvrent 70 % de la Terre et le fonctionnement du système fait que, lorsque le climat se réchauffe, les continents se réchauffent plus vite que les océans. Donc, ces manchettes effrayantes ne font que confirmer que le Canada est sur le continent et non une étendue de mer. Ceci dit, il est vrai que le Grand-Nord se réchauffe plus que le Sud du Canada, mais est-ce grave ?

Aucune réserve ? Aucun aspect positif ?

Si la couverture médiatique vous rend anxieux, le meilleur antidote consiste à passer au chapitre quatre du rapport du ministère de l’Environnement et à commencer à le lire. La section sur les changements observés en 1948 est factuelle, centrée sur les données et résolument non alarmiste. Il faut cependant signaler que le rapport a comme dernières données celle de 2016, or 2016 a été une année d’El Niño fort, le résultat final des données est donc artificiellement élevé.

Certaines des cartes rouge vif du rapport auraient probablement un aspect différent si elles étaient arrêtées en 2014, par exemple. Quand les auteurs parlent d’attribuer des changements aux gaz à effet de serre par rapport à la variabilité naturelle, ils n’expliquent pas les incertitudes profondes inhérentes à de tels calculs. Et ils font des projections jusqu’à 2100 sans discuter de la qualité — parfois  médiocre — de leurs modèles de prévisions à long terme. Médiocrité pourtant avérée : les modèles informatiques ont tendance à surchauffer, nous avons maintenant assez de recul pour comparer les prévisions des modèles avec les observations satellitaires.

Le rapport indique à la page 119 qu’« Il y aura de plus en plus de degrés-jours de croissance (une mesure de la saison de croissance, importante pour l’agriculture) et moins de degrés-jours de gel (une mesure de la rigueur de l’hiver), un travail de concert avec le changement de la température moyenne. » Cela semble être deux bonnes nouvelles. Pourquoi les médias n’en ont-ils pas parlé ? Pour ne pas soutirer un soupir des lecteurs ou spectateurs qui préfèrent sans doute des hivers moins longs que l’interminable hiver de 2019...


Le rapport, dans le détail, est plus mesuré que les titres des médias et plus mesurés quand il relate les observations que dans ses prédictions. Alors que le rapport prédit : « Des températures plus élevées dans le futur contribueront à une augmentation de la possibilité d’incendies (“conditions météorologiques propices aux incendies”). Les précipitations extrêmes sont également projetées d’augmenter dans le futur », il tempère ces prédictions en rappelant que les « observation[s] n’[ont] pas encore montré des données probantes de changements cohérents dans les précipitations extrêmes de courte durée dans tout le pays. » Bref, les observations ne correspondent pas (à ce stade) avec les prédictions.

Le rapport devient toutefois sensationnel quand il se tourne vers l’avenir à long terme, principalement sur la base d’une sélection de modèles climatiques et de projections qui sont hors de portée de la plupart des humains, y compris de certains scientifiques. Un bon exemple est la projection du niveau de la mer jusqu’en 2100. Tous les adultes d'aujourd'hui seront sans doute morts, il est donc difficile de vérifier si les prédictions se vérifieront.

Parmi les problèmes liés à cette projection : dans certaines régions du Canada les terres s’élèvent alors que dans d’autres elles s’affaissent. Au Canada atlantique, où les masses continentales s’affaissent, l’élévation du niveau de la mer est plus importante qu'au Québec. Le niveau de la mer à Halifax, où les terres s'affaissent, monte depuis plus d’un siècle de 3,3 mm/an, soit 0,33 m par siècle. En général, le sol du Québec s’élève (voir illustration ci-dessus) et la hausse du niveau de la mer est (très) modérée (à Rimouski elle est de 0,6 mm/an soit 0,06 m par siècle...)



Comme pour la plupart des prédictions en climatologie, il existe des raisons de douter des prédictions apocalyptiques. C’est notamment le cas pour l’élévation du niveau de la mer. Bien que les médias aient répercuté les prédictions les plus catastrophistes, ces prédictions restent hautement hypothétiques, voire improbables.


Dans un article de l’année dernière, Judith Curry, spécialiste des sciences du climat des États-Unis, a averti que « les valeurs extrêmes d’une éventuelle élévation du niveau de la mer sont considérées comme extrêmement improbables ou tellement improbables qu’on ne peut même pas leur attribuer une probabilité ».

Voir aussi

Les « changements climatiques », une des causes de la guerre en Syrie... Vraiment ?

Climat — contrairement aux prévisions, aucune accélération à la hausse du niveau de la mer

Écologisme — la revue Nature reconnaît l’échec des modèles prédictifs informatiques

Climat — Le point de rupture à nouveau reporté ? (liste de prédictions apocalyptiques passées [et divergentes] en matière de climat)

Faut-il arrêter de se reproduire pour sauver la planète ?

Ils se veulent sauveurs de la planète, mais ne sont-ils pas d’abord des égoïstes, des pessimistes malthusiens ou des extrémistes liberticides ? Lors d’un débat, Yann Moix rappelle que la Terre existe pour l’homme et Thérèse Hargot insiste sur la contradiction entre un « écologisme » qui prône une contraception chimique généralisée et sur le rôle essentiel de la famille nombreuse pour un monde moins individualiste.


Voir aussi

La sexologue Thérèse Hargot : « La libération sexuelle a asservi les femmes »

Le féminisme est mort, vive les femmes !

« L'université commence à abdiquer, on est en train de tout aseptiser, quitte à modifier les choses »

Des « antiracistes » réclament l’interdiction de l’exposition « Toutânkhamon » à Paris, car son origine africaine serait cachée. L’égyptologue Bénédicte Lhoyer réagit dans les colonnes du Point.

Inaugurée il y a moins d’un mois, l’incroyable exposition « Toutânkhamon » à la Grande Halle de la Villette fait déjà l’objet d’une controverse que l’on qualifierait volontiers d’« ubuesque » si elle n’était pas aussi et avant tout dangereuse. À l’heure où un petit groupe d’individus dits « antiracistes » parvient à obtenir la censure des Suppliantes d’Eschyle, d’autres, issus des mêmes mouvances, réclament l’interdiction de l’exposition « Toutânkhamon », dont les égyptologues et commissaires d’exposition tenteraient de cacher l’origine africaine. Selon eux, le célèbre pharaon était noir, tout comme l’ensemble des habitants de l’Égypte ancienne. Une théorie bien connue des sites complotistes et des égyptologues français, qui observent depuis plusieurs années sa propagation, y compris dans leurs salles de cours.

Bénédicte Lhoyer. — Depuis plusieurs années, un discours africanocentriste s’est développé pour affirmer que le royaume d’Égypte était noir. Pour appuyer leur thèse, ceux qui la propagent assurent, par exemple, que les égyptologues blancs auraient brisé les nez des statues et des momies pour dissimuler le caractère épaté de ces derniers, preuve de l’origine africaine des Égyptiens. Ce serait notamment, affirment-ils, pour cette raison que le Sphinx fut abîmé à cet endroit stratégique... Cette théorie est évidemment farfelue, car il y avait toutes les variantes de couleurs de peau possibles chez les Égyptiens, mais elle est surtout dangereuse, car elle se répand de façon alarmante dans la communauté noire depuis plusieurs années.

[...]

Le 2 avril dernier, j’ai fait une conférence sur la naissance de la civilisation égyptienne et j’ai de nouveau eu une question sur les nez cassés des statues. J’ai constaté qu’il était impossible d’avoir une discussion apaisée sur ce sujet lorsqu’on se retrouve face à des gens qui refusent d’emblée tout ce que l’on peut leur objecter. Comment peut-on nous accuser de profaner des cadavres ? On a l’impression d’être des médecins accusés d’amputer volontairement leurs patients ! Alors, on répond que le nez fait partie des éléments les plus fragiles des statues, que dans certains musées, les statues ont encore leur nez, etc. Mais rien n’y fait.

Aujourd’hui, ce discours est récupéré par des gens qui expriment une espèce de violence identitaire dans le but de faire une sorte d’OPA sur l’Égypte ancienne. L’archéologie est devenue une arme pour eux. Leur raisonnement est le suivant : l’Égypte ancienne a été étudiée en premier lieu par les Européens, donc il faut obligatoirement prendre le contrepied ! Un ami égyptologue a essayé, il y a quelque temps, d’engager une discussion avec eux sur un de leurs blogues, il s’est fait démolir par des internautes qui le taxaient de raciste, l’accusant d’empêcher « l’homme africain de prendre sa véritable place dans l’histoire ».

Portrait réaliste du Fayoum
(dépression du Nord de l’Égypte)
époque romaine
C’est horrible, car c’est une accusation frontale qui ferme la porte à toute objection possible, accompagnée d’une sorte d’intimidation. Ces comportements se retrouvent aujourd’hui dans les salles de cours à l’université. Certains étudiants nous accusent de propager une vision blanche de l’histoire, on nous explique que nous n’avons aucune légitimité pour parler de la civilisation africaine, que nos travaux et notre pensée s’assimilent à du racisme. Il n’y a plus de dialogue possible, ce qui est à la fois terrible et dommageable pour toutes les parties.

[...]

Cheick Anta Diop est un historien et anthropologue sénégalais. Il a cette aura de personne savante, car il a fait ses études à Paris (notamment au Collège de France, il me semble) en chimie puis dans les sciences sociales, c’est la référence absolue pour les africanistes. À chaque fois que je me suis retrouvée dans une salle de séminaire en égyptologie où un bon nombre de doctorants étaient réunis pour suivre un cours, nos collègues originaires de pays d’Afrique, comme le Cameroun, par exemple, posaient des questions sur l’africanocentrisme avec toujours la même question : « Que faites-vous des travaux de M. Diop ? » Soit c’était une simple curiosité avec une réelle envie de dialogue, soit au contraire on sentait une sorte de reproche. Ce qui est très difficile à supporter, c’est qu’on nous accuse de cacher la vérité. Depuis plusieurs années et depuis le Colloque du Caire en 1974, l’idée d’une Égypte uniquement issue du Proche-Orient est tombée, personne ne le nie, au contraire !

J’ajoute que ces dernières années, beaucoup de découvertes ont été faites sur le peuplement de l’Égypte ancienne, il s’agissait de gens venant de partout, l’Égypte est un couloir, on sait également qu’il y avait des mariages mixtes dans la population. C’est donc n’importe quoi de nous accuser de vouloir blanchir les Égyptiens ! Nous n’avons jamais dit qu’ils étaient blonds aux yeux bleus !

Le camp africaniste brandit souvent comme argument l’iconographie sur laquelle on voit des hommes à la peau rouge….

L’iconographie égyptienne ne représente pas la réalité, mais la conception qu’avaient les Égyptiens de leur monde. Il existe un code couleur : la femme est plutôt représentée en jaune, et l’homme est le plus souvent représenté en rouge sombre, ce que nous interprétons par l’idée de l’homme actif, en plein soleil, et de la femme à la carnation plus claire au foyer, à l’abri du travail des champs en plein jour. Malheureusement, la raison n’a pas lieu d’être, nos détracteurs sont capables de toutes les manipulations d’images !

Ils se servent de photographies de statues noircies de Toutânkhamon pour affirmer qu’il avait la peau noire. Même chose pour sa momie, alors que ce sont les résines de l’embaumement, déversées en très grande quantité, qui ont noirci. On le sait, ce n’était pas un pharaon originaire d’Afrique. D’autres statues ont la peau noire, car, dans l’Égypte ancienne, c’était la couleur de la résurrection. On nous accuse même d’avoir blanchi la peau de Ramsès II. Il existe d’autres théories délirantes : les Égyptiens appellent leur pays « Kemet » (« la noire »), ce qui serait la preuve ultime de l’africanité de l’Égypte, selon la mouvance africaniste. Mais non ! « La noire », c’est la terre fertile, la couleur du limon, et le désert se dit « la rouge », la terre stérile, sur laquelle rien ne peut pousser.

Ramsès II, sur son char, et Égyptiens à la peau rouge écrasent les Nubiens à la peau noire
[...]

Nous leur présentons des images de pharaons qui écrasent des populations nubiennes, par exemple. Mais ils réfutent cet argument. Aujourd’hui, avec les réseaux sociaux comme YouTube ou Facebook, tout le monde a son mot à dire, et surtout ceux qui n’ont rien à dire. Malheureusement, ces gens-là ont un public friand de ces absurdités, car elles flattent une identité. Pourtant, quand on regarde l’histoire de l’Afrique, la splendeur de royaumes tels que celui du Dahomey par exemple, cela rend incompréhensible ce besoin de faire de l’Égypte un royaume uniquement africain. [Note du carnet : Il y a eu des pharaons nubiens, « noirs » donc, la XXVe dynastie.] C’est dangereux pour la science et pour le dialogue.

Sur la banderole des manifestants contre l’exposition, on pouvait lire « votre génome est criminel, hypocrite, menteur »…

Ils récupèrent des discours nauséabonds, ils nous traitent de racistes, mais ce sont eux qui le sont. Sauf que c’est presque tabou d’en parler. Même avec certains de mes étudiants. Pour eux, le racisme n’est que dans un sens ! Et comme l’émotivité est d’abord convoquée plutôt que la réflexion et le recul, le résultat est assez détonnant. Chaque personne qui a une certaine conception de sa supériorité va considérer les autres comme inférieures, et ça n’a rien à voir avec sa couleur de peau.

Comment peuvent-ils nous traiter de racistes alors que le plus grand égyptologue qu’on ait jamais eu en France était antillais ? Il s’agit de Jean Yoyotte. On le respecte énormément, ses articles sont des merveilles de réflexion qui sont toujours valables. Il fait vraiment autorité, c’était l’un des égyptologues modernes sans doute le plus proche de la pensée égyptienne. De toute manière, travailler dans la recherche suppose de collaborer avec des personnes venues de tout horizon au gré des travaux entrepris... Ce serait un véritable cauchemar pour un raciste autoproclamé.

[...]

Cela nous ferait rire si les implications n’étaient pas aussi graves. On sent qu’il existe un courant qui veut nous interdire la réflexion et la pensée, c’est très dangereux, car c’est ce qui nourrit les extrémismes. L’université commence à abdiquer, on est en train de tout aseptiser, quitte à modifier les choses au nom d’un pseudo-respect de la personne.

Évidemment et heureusement, cela dépend des endroits, mais plusieurs de mes collègues s’inquiètent de voir ces théories, cette défiance, arriver dans la plus grande indulgence. On ne veut pas faire de vagues, on ne veut pas d’histoire, on ne veut pas de procès, donc, on courbe la tête… L’épisode des Suppliantes d’Eschyle annulées au prétexte que les masques des acteurs et la coloration factice de leur peau s’apparentaient à un « blackface » s’inscrit dans cette logique. Alors, oui, nous sommes assez inquiets. Comment voulez-vous réussir à poser un regard plus neutre et apaisé sur l’histoire quand vous vous confrontez à cette violence, à ces accusations ?

Je me fiche de savoir d’où vient l’élève que j’ai en face de moi, en premier lieu, je souhaite avoir des esprits à qui je vais pouvoir ouvrir les chemins de la réflexion et de la critique, c’est tout. Mais quand on se retrouve avec des étudiants qui nous accusent d’être racistes, on sait que ça va être dur, qu’ils vont considérer tout ce qu’on veut leur apprendre comme biaisé. Ils ont toujours l’impression qu’on les manipule, et il faut déployer des trésors de pédagogie pour calmer le jeu.

Heureusement, tout n’est pas perdu, car beaucoup de nos collègues étrangers qui fréquentent le milieu universitaire et qui sont sensibles à la recherche regardent avec critique ce type de théorie. Nos collègues égyptiens, dans nos écoles ou en fouilles, ne cachent pas leur étonnement face à ces théories complotistes. L’Égypte ancienne, comme l’actuelle, est issue d’un mélange, eux aussi le soulignent. Reste à espérer que nos étudiants n’oublient jamais en sortant de nos cours que la critique et le recul sont les deux armes qui leur permettront de défendre la science, mais aussi la liberté.


Bénédicte Lhoyer est docteur en égyptologie (École du Louvre, université Paul-Valéry-Montpellier-3). Après des études à l’École du Louvre et à la Sorbonne, ancienne stagiaire épigraphiste du CFEETK (Centre franco-égyptien d’étude des temples de Karnak), elle est chargée de cours à l’École du Louvre et à l’Institut catholique de Paris. Elle travaille principalement sur l’étude de la différence et du handicap dans la civilisation égyptienne, ainsi que sur les traces du crime et de l’illégalité en Égypte ancienne.

Voir aussi

Le patrimoine génétique des momies égyptiennes enfin décrypté (plus proche de l’Europe et du Levant que de l’Égypte actuelle). Pendant des décennies, les scientifiques n’ont pas réussi à analyser leur ADN. Jusqu’au mardi 30 mai 2017. Un groupe de scientifiques de l’Institut Max-Planck et de l’université de Tübingen en Allemagne ont publié une nouvelle étude dans la revue scientifique Nature Communications. « Ils affirment avoir réussi à séquencer 90 génomes de momies de l’Égypte ancienne. Tous appartiennent à 151 momies retrouvées sur le site d’Abousir el-Melek, au sud du Caire », rapporte le site Mashable. L’étude montre ainsi que l’ADN des momies analysées, datant de 1 400 avant J.C. à l’an 400, est plus proche de celui des habitants de l’Europe actuelle que de l’Égypte d’aujourd’hui. En effet, les Égyptiens modernes partagent environ 8 % de plus de leur patrimoine génétique avec les populations d’Afrique subsaharienne que les Égyptiens anciens.

(Cliquer sur l'image pour une version plus détaillée)

Houellebecq & Lejeune sur l'histoire, la religion, Zemmour, le catholicisme

Dans la revue américaine First Things, Michel Houellebecq et Geoffroy Lejeune (rédacteur en chef de Valeurs Actuelles) ont dialogué au sujet de l’histoire, de la religion, de Zemmour, plus généralement du catholicisme.

Extraits :

Michel Houellebecq. — On peut repérer dans l’histoire de la pensée une étrange famille d’esprits, qui admirent l’Église catholique romaine pour son pouvoir de direction spirituelle des êtres humains, et surtout d’organisation des sociétés humaines, sans pour autant être chrétiens.

Le premier, et le plus remarquable représentant de cette tendance, est certainement Auguste Comte. À son inimitable manière, Comte qualifie la dénomination « protestant » de caractéristique. En effet, un protestant ne sait rien faire d’autre que protester, c’est dans sa nature. De Maistre, dont Comte se réclame, notait déjà qu’un protestant sera républicain sous la monarchie, anarchiste sous la république. Pour De Maistre, il est encore pire d’être protes­tant que d’être athée. Un athée peut avoir perdu la foi pour des motifs respecta­bles, il est possible de l’y ramener, cela s’est vu ; alors que le protestan­tisme, écrit-il, « n’est qu’une négation ».

Intellectuellement le plus remarquable dans cette étrange famille des « catholiques non chrétiens », Comte est également le plus sympathique, en raison de sa pittoresque mégalomanie qui le conduit sur la fin à multiplier les appels à tous ceux qu’il juge prêts à rejoindre le positivisme : les conservateurs, les prolétaires, les femmes, le tsar Nicolas Ier… Au fond il se serait très bien vu remplacer le pape à Rome, et il aurait repris l’ensemble de l’organisation catholique ; il aurait suffi que les catholiques accomplissent ce geste, à ses yeux tout simple : se convertir à la foi positive.

Se réclamant à son tour de Comte, Charles Maurras accorde une importance trop grande à l’efficacité politique, ce qui finit par le conduire des compromissions aussi funestes qu’immorales.

L’avatar contemporain le plus intéressant de cette tendance est certainement, en France, Eric Zemmour. Depuis des années il me rappelait quelqu’un, sans que je parvienne à retrouver qui. Et puis, tout récemment, la solution m’est apparue : Zemmour, c’est exactement Naphta dans La montagne magique. Léon Naphta est sans doute le jésuite le plus fascinant de la littérature mondiale. Dans l’interminable controverse entre Settembrini et Naphta, Thomas Mann a une position ambigüe, on sent que ce n’est pas simple pour lui. Indiscutablement Naphta a raison contre Settembrini, sur tous les points ; l’intelligence de Naphta surpasse celle de Settembrini, autant que l’intelligence de Zemmour surpasse celle de ses actuels contradicteurs. Mais, de manière également indiscutable, toute la sympathie de Thomas Mann (et cela de plus en plus nettement, à mesure que le livre avance) se porte vers Settembrini, et ce vieux radoteur d’humaniste italien finit par nous tirer les larmes, ce que serait bien incapable de faire le brillantissime Naphta.

Si nous changeons radicalement d’ambiance, quittant les rivages de l’Europe civilisée des années 1900 pour nous transporter au cœur de l’hystérie russe, nous pouvons verser une autre pièce au dossier : la célèbre scène des Frères Karamazov, mettant en scène le Christ et le Grand Inquisiteur, où Dostoïevski s’en prend violemment à l’Église catholique, en particulier au pape et aux jésuites. Revenant sur Terre, le Christ est aussitôt emprisonné par les autorités ecclésiastiques. Le Grand Inquisiteur, venant lui rendre visite dans sa cellule, lui explique que l’Église s’est très bien organisée sans lui, qu’ils n’ont plus besoin de lui — et que, même, il les dérange. Il n’a donc d’autre choix que de le faire exécuter à nouveau.

Cette scène dans laquelle Freud voyait « une des plus hautes performances de la littérature mondiale » plonge le lecteur catholique dans un malaise profond et prolongé. Car que se passerait-il en effet si le Christ revenait et déambulait dans les rues de Rome, prêchant et accomplissant des miracles ? Comment le pape actuel réagirait-il ?

Geoffroy Lejeune. — Eric Zemmour aime beaucoup l’histoire, mais dans quelques siècles, il compliquera considérablement la tâche des historiens. Ceux qui se pencheront sur l’étude de son cas pour comprendre notre époque auront beaucoup de mal à en tirer des conclusions justes : il incarne un courant intellectuel très puissant en France, qu’on pourrait qualifier de réactionnaire, mais se retrouve quasiment seul pour défendre ces idées, et il est combattu de manière farouche.

La posture de « catholique non chrétien » que vous décrivez lui convient à merveille, il est en réalité l’un des derniers du genre. À l’époque d’Auguste Comte, et même plus tard, il en existait beaucoup, pour une raison assez simple : le catholicisme était, en Europe en tout cas, dans une situation d’hégémonie culturelle, pour parler comme les communistes italiens. Dans un continent chrétien, où le catholicisme était souvent religion d’État en même temps que socle culturel commun, il était possible pour les grands esprits, croyants ou pas, d’influencer l’Église. Dans une époque déchristianisée, dans un continent qui a oublié ses racines, avec des systèmes juridiques visant à effacer les traces de la religion, les « catholiques non chrétiens » se font rares, il n’y a déjà presque plus de catholiques tout court.

De manière générale, regretter le temps des controverses entre grands penseurs au sujet de la foi me paraît anachronique. L’Église elle-même a renoncé, en même temps qu’elle se retirait de la sphère publique, à jouer un rôle et à influencer les esprits. En France, la loi de 1905 a été trop bien appliquée : en séparant l’Église de l’État, le pouvoir politique ne pensait sans doute pas qu’il réussirait, en moins d’un siècle, à opérer ce gigantesque effacement. L’Église a sa part de responsabilité, même si elle a été âprement combattue, en se soumettant trop facilement. Elle paie aujourd’hui la facture. […]

Michel Houellebecq. — Le précepte de « rendre à César » était clair ; il ne me semble pas que l’Église catholique l’ait appliqué avec suffisamment de rigueur.

Absolument dénué de base théologique, le schisme anglican n’a pour origine que le refus du pape Clément VII d’annuler le mariage d’Henri VIII. Affaibli par cette lutte, le clergé anglican s’est montré incapable d’enrayer le développement du puritanisme. Sans l’obstination de Clément VII, les États-Unis seraient peut-être aujourd’hui un pays catholique ; c’est malin.

Si les mariages royaux ne sont plus aujourd’hui qu’une cérémonie folklorique, l’Église catholique n’a nullement renoncé à se mêler du gouvernement des États (à intervenir, par exemple, dans leur politique migratoire), et cela finit, il faut bien le dire, par agacer tout le monde.

Geoffroy Lejeune. — Avec son « rendez à César », Jésus invente la laïcité ; le problème, c’est que les catholiques l’ont appliqué avec un peu trop de zèle. L’histoire de ce dernier siècle pourrait se résumer ainsi : une déchristianisation massive de presque tout l’occident, principalement en Europe, où on a défait en quelques décennies ce qu’on avait bâti en quinze siècles.

On peut faire tous les reproches à l’Église catholique, mais au début du XXe siècle, elle jouait encore un rôle politique et surtout, elle restait culturellement majoritaire. En France, le drame se noue en 1905, avec la loi de séparation des églises et de l’État, qui est imaginée pour achever son influence autant que pour la chasser des esprits. Le grand principe de cette laïcité à la française est au fond compatible avec celui édicté par Jésus : il y a la foi intérieure, et la liberté est préservée de ce point de vue, et il y a l’espace public, où le religieux ne peut exercer une influence. Selon cette séparation, l’État est laïc, certes, mais à aucun moment il n’est précisé que la société doit être athée. Le problème, c’est que l’Église a intégré qu’elle était chassée, et a abandonné sur tous les terrains.

Son influence politique s’est rapidement affaissée, mais elle a surtout abandonné ce qu’on appelle le « catholicisme social » qui lui donnait une assise populaire. Longtemps, les gens ont vécu dans un bain culturel catholique. Leur journée était rythmée par les cloches, ils suivaient quelques offices, se retrouvaient à la messe le dimanche. Même si dans le secret de leur conscience, ils n’étaient pas nécessairement animés d’une foi intense, ils avaient recours aux services du curé dans les moments importants de leur vie : le mariage, la maladie, la mort. J’aime beaucoup l’idée de « foi du charbonnier » parfois décrite par Balzac comme le fait « d’aimer la Sainte Vierge comme on aime sa femme » : une piété filiale, un attachement dénué de réflexion théologique ou philosophique, une fidélité à une histoire et à des racines davantage qu’une révélation mystique. Je me situe parfaitement dans cette catégorie-là ; cette foi simple constitua le ciment d’une civilisation.

Après 1905, et durant son vaste mouvement de retrait, l’Église a confondu « disparaître de la sphère publique » et « disparaître tout court ». Elle s’est effacée du monde. Autrefois, elle gouvernait les âmes ; aujourd’hui, son influence politique est nulle, et son rôle dans la société réduit à presque rien : on peut vivre en France sans voir un prêtre durant toute sa vie. Ils n’ont pas disparu, simplement on les voyait auparavant parce qu’ils portaient des soutanes et organisaient des processions lors des grandes fêtes religieuses, aujourd’hui, ils s’habillent en civil et se cachent comme au temps des catacombes.

Et l’Église semble s’excuser d’exister encore. Récemment, en France, nous avons vécu un vaste mouvement d’insurrection de la part de ceux qu’on pourrait appeler les « laissés pour compte de la mondialisation », les gilets jaunes. Ces gens criaient une colère venue de loin et ils étaient soutenus par une majorité de la population. Un phénomène social de cet ordre ne peut échapper à aucune institution revendiquant d’avoir un projet pour les hommes. À défaut d’exercer une influence politique, l’Église aurait pu jouer son rôle en offrant un projet spirituel à ceux qui se battent contre une perte de sens globale. Il existe 104 diocèses en France, soit autant d’évêques, qui sont les représentants de l’Église dans le pays. Un d’entre eux, un seul, a jugé bon de se rendre à la rencontre des gilets jaunes. Peut mieux faire. […]

Splendeur catholique.

Michel Houellebecq. — L’Église catholique peut-elle retrouver son ancienne splendeur ? Oui, peut-être, je ne sais pas. Il serait bien qu’elle s’éloigne définitivement du protestantisme, et qu’elle se rapproche de l’orthodoxie. S’y intégrer complètement serait la meilleure solution, mais ne sera pas facile. La question du Filioque peut être aisément résolue par les théologiens compétents. Le problème de l’installation des barons francs au Proche-Orient ne se pose plus, même Donald Trump a laissé tomber. Mais, pour l’évêque de Rome, renoncer à son ambition universelle, n’avoir qu’une prééminence honorifique sur les patriarches de Constantinople ou d’Antioche, sera peut-être difficile à avaler.

Au minimum, il faudrait que l’Église catholique, imitant la modestie orthodoxe, limite ses interventions dans les domaines qui ne sont pas directement de son ressort (j’ai cité la recherche scientifique, le gouvernement des États, l’amour humain). Qu’elle renonce à cette manie d’organiser des conciles, qui sont surtout l’occa­sion de déclencher des schismes. Qu’elle renonce également aux encycliques, et mette un frein à son inventivité doctrinale (l’Immaculée Conception, et surtout l’infaillibilité pontificale heurtent trop directement la raison ; la raison est un gros animal paisible, qui s’endort sans difficulté à l’heure du culte ; mais il faut éviter, à son égard, les provoca­tions inutiles).

Elle peut s’inspirer du pentecôtisme, de la même manière que la pop music s’est inspirée du gospel et du blues ; d’autre part il ne faut pas oublier une dose nécessaire de folie, en version russe c’est Dostoïevski : « S’il faut choisir entre le Christ et la vérité, je choisis le Christ », en version française nous avons Blaise Pascal.

Tout se résume au fond à ce que l’Église catholique a, au cours de son histoire, accordé beaucoup trop d’importance à la raison (et cela s’est aggravé au long des siècles, sans doute, peut-être est-ce que j’insiste trop, mais enfin je ne crois pas, sous l’influence du protestantisme). L’homme est un être de raison — si on veut, cela arrive, de temps en temps. Mais il est avant tout un être de chair, et d’émotion : il serait bien de ne pas l’oublier.

Geoffroy Lejeune. — L’Église catholique peut-elle retrouver son ancienne splendeur ? Oui, sans doute, mais la route est longue. Si on devait résumer les dernières décennies, on pourrait dire que l’Église, après avoir perdu le pouvoir temporel, a tenté de survivre en se faisant tolérer ; elle s’est pour cela essentiellement adaptée aux dérives d’un monde qu’elle est censée sauver. Cette inversion de rôle la conduit en effet au suicide, mais même aux yeux de Dieu, il existe, après ce geste tragique, une possibilité de salut : le saint curé d’Ars a dit un jour à une mère désespérée par le suicide de son fils qu’entre le pont d’où il s’était jeté et l’eau où il s’était noyé, il avait eu largement le temps de regretter, et de se retourner vers la miséricorde divine.

Pour sauver ce qui peut l’être, il faudrait peut-être rompre avec le relativisme en vogue depuis les années soixante. Peut-être l’Église retrouverait-elle un peu de sa splendeur si elle cessait de vouloir être cool, et qu’elle enseignait à nouveau la crainte de Dieu, sans laquelle il n’y a pas d’amour ; c’est exactement comme pour l’éducation des enfants, on a laissé se saper l’autorité parentale, avec les mêmes conséquences.

L’Église devrait peut-être modérer sa fascination pour les autres religions. Au sujet du protestantisme, comment tolérer des chevaux de Troie tels le secrétaire général de la conférence des évêques d’Italie, monseigneur Nunzio Galantino, qui a dit il y a peu de temps que « la Réforme lancée par Martin Luther il y a 500 ans a été un événement du Saint-Esprit » ? Je précise qu’il est proche du pape et appelle à une nouvelle Réforme. Le pape François lui-même multiplie les signes à l’égard des musulmans, comme en témoigne son récent voyage aux Émirats arabes unis, et avait pris soin de se définir comme simple « évêque de Rome » le jour de son élection, un gage de bonne foi donné cette fois aux orthodoxes.

Il faudrait en finir avec la quête permanente d’émotion, de ce point de vue, l’Église ne peut pas lutter avec les concerts ou le cinéma ; mais si elle se cantonne à sa mission, annoncer Dieu, et conduire les hommes à la vie éternelle, elle reste absolument indispensable.

Peut-être l’Église retrouverait-elle un peu de crédibilité si elle cessait de se concevoir comme une ONG vaguement caritative, mais qui n’assume pas la source de sa générosité, le Christ. En politique, elle gagnerait peut-être à cesser de jeter le discrédit moral sur certains gouvernements (les critiques du pape sur la gestion des migrants par le ministre de l’intérieur italien Matteo Salvini sont un bon exemple). De manière générale, depuis qu’elle est devenue minoritaire, l’Église en Europe s’est recroquevillée sur des noyaux durs, sociologiquement très homogènes, elle s’est presque constituée en classe sociale, et s’est coupée de la majorité des âmes. Son embourgeoisement est peut-être, finalement, le plus grand fléau qui frappe l’Église en ce début de XXIe siècle.

Michel Houellebecq. — La restauration du catholicisme dans son ancienne splendeur peut-elle réparer notre civilisation endommagée ? Là nous sommes d’accord, c’est beaucoup plus simple, évident presque : la réponse est oui.