samedi 30 décembre 2017

S'envoyer des vœux de Nouvel An, une pratique antirépublicaine...sous la Révolution

On sait que les révolutionnaires de 1789 tentèrent d'interdire aux Français le vouvoiement et l'usage de Monsieur ou Madame. On sait moins que le parfum et le maquillage étaient suspects et qu'ils tentèrent aussi d'interdire socialement l'envoi de vœux de Nouvel An.

 Ainsi, le Secrétaire des républicains qui paraît sous la Révolution se donne comme mission non seulement d'imposer le tutoiement et de supprimer systématiquement les usages établis sous l'Ancien Régime. « Nous ne sommes plus au temps du cérémonial », explique son auteur, qui rappelle qu'il faut désormais cesser d'envoyer à ses parents des vœux de bonne année, « cette lettre ridicule et bizarre » dont la politesse ancienne faisait une obligation : « Je ne crois pas, écrit ainsi un fils à son père que tu sois fâché de ne plus [les] recevoir [...]. C'est un usage que le républicain doit annuler. Les bienfaits d'un père sont autrement [précieux]; il n'y a point de jour marqué pour lui témoigner la reconnaissance qui, dans un fils, doit être continuelle... » Et le père d'opiner, en réponse : « Combien d'hypocrisie ! Que de faux baisers ! Il faut que le vice n'ait plus de subterfuges, et la vertu n'a plus besoin d'époque ».

Ce qui, dans ce manuel de correspondance républicaine, semble n'être qu'une recommandation prend dans la vie quotidienne un tour parfois plus menaçant. Trois ans plus tard, la République proclamée, la célébration du Jour de l'an — qui correspondant au 12 nivôse dans le calendrier républicain — est interdite : « La mort à qui fera des visites ! » commentent les Goncourt, historiens aussi partiaux que perspicaces. « La mort à qui osera des compliments ! Et les gouvernants vont jusqu'à faire décacheter, ce jour-là, toutes les lettres à la poste, pour s'assurer si tous ont bien oublié le calendrier grégorien et les souhaits de bonne année ». Plus que des historiens, les frères Concourt sont des romanciers, et l'on sent qu'ils dramatisent à plaisir la situation. Pourtant, le fait est que ceux qui célèbrent le « Jour de l'an » sont désormais des suspects, comme le note un agent secret du ministre de l'Intérieur dans un rapport du 31 décembre 1793 : « L'Ancien Régime n'est pas encore supprimé dans les cœurs. On voir partout à Paris les trois quarts des citoyens s'apprêter pour souhaiter une bonne année. » Le lendemain, un autre mouchard, Rolin, confirme dans son rapport : « Les anciens préjugés ont bien de la peine à disparaître. On a remarqué que, quoique l'année [républicaine] soit déjà au quart, beaucoup de citoyens ne la considèrent encore que commençant en ce jour. Les visites ont existé presque comme de coutume dans les rues mêmes on a entendu des citoyens se souhaiter une bonne année » — ce qui est un comble, et une information qui mérite d'être rapportée au ministre. « Il faut du temps, conclut Rolin, pour oublier des préjugés, des habitudes que nous avons contractés en naissant ».

Source : Histoire de la politesse, de Frédéric Rouvillois, pp. 38-39.




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vendredi 29 décembre 2017

États-Unis — De plus en plus de femmes enceintes fument du cannabis

D’après une étude américaine, le cannabis est la drogue illicite (pour l’instant) la plus utilisée pendant la grossesse, et son utilisation augmente. De 2002 à 2014, la prévalence de consommation de marijuana aux États-Unis pour les femmes enceintes adultes est passée de 2,4 % à 3,9 %.

Les études actuelles se limitent à des questionnaires, lesquels sous-estiment probablement la prévalence de ce comportement puisque fumer et se droguer, plus particulièrement pendant la grossesse, sont des comportements socialement inacceptables.

L’étude a voulu vérifier ces déclarations et les tendances à la consommation du cannabis pendant la grossesse en se basant sur un large échantillon de plus de 279 000 femmes californiennes enceintes.

Elle a comparé les déclarations de ces femmes aux données issues de prélèvements urinaires lors d’un dépistage universel. Toutes ces futures mères étaient suivies dans des cliniques qui effectuent systématiquement, auprès de toutes les futures mères, un test de dépistage du THC, la principale molécule active du cannabis. Ce test permet de déterminer si la patiente a fumé du cannabis, ou en a consommé sous une autre forme, durant les 30 derniers jours.

Prévalence ajustée de la consommation de cannabis en % de 2009 à 2016

Forte sous-déclaration de la part des futures mères

Parallèlement donc, les femmes étudiées ont été amenées à indiquer, à l’aide de questionnaires, si elles fumaient du cannabis, à quelle fréquence et en quelles quantités. Parmi celles qui se sont révélées positives au test du THC, 55 % s’étaient abstenues de le déclarer par écrit.

Aux États-Unis, la proportion de femmes enceintes consommant du cannabis serait passée de 4,2 % à 7,1 % de 2009 à 2016. Parmi les moins de 18 ans, ce taux est passé de 13 % en 2009 à près de 22 % en 2016. Et de 10 % à 19 % chez les femmes âgées de 18 à 24 ans.

Prévalence ajustée de la consommation de cannabis en % de 2009 à 2016 selon l'âge

Intérêt de cette étude

Selon le directeur de cette étude Kelly Young et l’auteur principal de l’étude, Dr Nancy Goler, « Des études américaines antérieures ont montré que la prévalence de la marijuana chez les femmes enceintes adultes a augmenté ces dernières années, mais ces études ne se fondant pas sur des mesures objectives de consommation de marijuana vérifiée par des tests biochimiques [mais plutôt des déclarations des futures mères], elles sous-estiment probablement la prévalence ».

Effets néfastes du cannabis lors de la grossesse

Pour les auteurs de l’étude, « Les premiers résultats de la recherche suggèrent que la consommation de marijuana pendant la grossesse peut nuire à la croissance et au développement neurologique du fœtus [1], mais 79 % des femmes enceintes interrogées entre 2007 et 2012 perçoivent peu ou mal les risques à sa consommation prénatale. [2] Une surveillance suivie de cette tendance, du moment de l’exposition et des résultats de la progéniture est importante alors que le taux de THC du cannabis a augmenté ces dernières années [3], et cela dans un environnement juridique de plus en plus permissif. »

« Nous ne faisons qu’effleurer les questions liées à la consommation de cannabis pendant la grossesse », a déclaré le Dr Marcel Bonn-Miller, chercheur à l’école de médecine Perelman de l’Université de Pennsylvanie. Le Dr Bonn-Miller n’a pas participé à l’étude.

Bien que les résultats du dépistage en Californie du Nord pourraient ne pas refléter les taux d’utilisation de drogues dans d’autres régions des États-Unis, cette tendance est cependant alarmante, a déclaré Bonn-Miller par courriel au Globe and Mail.

« En raison de la possibilité de consommation concomitante de marijuana et d’autres substances toxiques, on ne peut isoler le cannabis comme la seule substance parmi celles-ci directement responsable du travail prématuré, de la moindre croissance fœtale, de l’accouchement prématuré, de l’insuffisance pondérale à la naissance et de la mortinatalité que l’on observe parmi les enfants nés de mère consommant du cannabis », a déclaré Yankey, chercheuse en santé publique à l’Université de l’État de Géorgie à Atlanta. Mme Yankey n’a pas pris part à l’étude.

« Les effets néfastes sur le développement et les complications de l’utilisation de la marijuana sur l’enfant à naître dépendent également de la fréquence et de la dose d’utilisation de la marijuana », a ajouté Yankey.

« Plus nous étudions l’usage de cannabis pendant la grossesse, plus nous comprenons à quel point ceci peut être nocif », a ajouté Bonn-Miller.

Le rôle de la légalisation 

L’utilisation de la marijuana pendant la grossesse pourrait être en hausse notamment en raison de la légalisation de la marijuana médicale qui pousserait les gens à penser que celle-ci est peu dangereuse, même pendant la grossesse, a déclaré Barbara Yankey.

Sources : Journal of the American Medical Association et The Globe and Mail

Notes :

[1] Volkow ND, Compton WM, Wargo EM. The risks of marijuana use during pregnancy.JAMA. 2017; 317 (2):129–130.

[2] Ko JY, Farr SL, Tong VT, Creanga AA, Callaghan WM. Prevalence and patterns of marijuana use among pregnant and nonpregnant women of reproductive age. Am J Obstet Gynecol. 2015; 213 (2):201.e1-201.e10.

[3] ElSohly MA, Mehmedic Z, Foster S, Gon C, Chandra S, Church JC. Changes in cannabis potency over the last 2 decades (1995–2014). Biol Psychiatry. 2016;
79 (7):613–619.

mercredi 27 décembre 2017

Belgique — Cours de religion menacé en Belgique, un enseignant réagit


Les parents et les élèves majeurs belges de l’enseignement officiel (non religieux « neutre », subventionné) avaient jusqu’il y a quelques années le choix entre des cours relevant des religions reconnues par l’État belge (catholicisme romain, protestantisme, anglicanisme, christianisme orthodoxe, judaïsme, islam) et un cours de morale non confessionnelle. Ces cours sont organisés dans les enseignements primaire et secondaire, quel que soit le nombre d’élèves inscrits.

Depuis 2015, possibilité de ne pas choisir le cours de morale non confessionnelle ni de religion

Saisie par des parents qui ne souhaitaient pas que leur enfant suive obligatoirement des cours de morale non confessionnelle à la place des cours de religion, la Cour Constitutionnelle belge a jugé le 12 mars 2015 que « le législateur décrétal permet que le cours de morale non confessionnelle […] soit un cours engagé et qu’il autorise le titulaire de ce cours à témoigner en faveur d’un système philosophique déterminé ». De ce fait, il n’est pas garanti que « les cours de religion et de morale non confessionnelle offerts au choix des parents […] diffusent des informations ou connaissances de manière à la fois “objective, critique et pluraliste” […] ». En conséquence, « […] pour que soit assuré le droit des parents à ce que leurs enfants ne soient pas confrontés à des conflits entre l’éducation religieuse ou morale donnée par l’école et les convictions religieuses ou philosophiques des parents, les élèves doivent pouvoir être dispensés de l’assistance au cours de religion ou de morale ».

À la suite de cette décision, la Fédération Wallonie-Bruxelles a publié un communiqué de presse, le 12 mars 2015, indiquant que : « Cet arrêt implique notamment la modification de l’art. 8 du Pacte scolaire en vue de prévoir, dans les écoles du réseau officiel subventionné et de la Fédération Wallonie-Bruxelles, que le choix entre le cours des différentes religions reconnues ou du cours de morale non confessionnelle, n’est désormais pas obligatoire et que les parents pourront, le cas échéant, décider de n’inscrire leur enfant à aucun de ces cours car ils ne correspondent pas à leurs convictions ou souhaits.

Tout élève dispensé des deux enseignements (religieux et morale laïque) devra obligatoirement fréquenter un enseignement (encadrement pédagogique) alternatif de deux heures par semaine ayant pour objectif le développement de “prestations personnelles ou collectives visant à l’éveiller à la citoyenneté et au questionnement dans le cadre de diverses thématiques précisées dans le décret et liées à l’éducation à la démocratie, à la solidarité, au questionnement philosophique et au bien-être et à la connaissance de soi et des autres”.

Les prestations et activités devront s’inscrire dans une ou plusieurs thématiques, telles que l’éducation :
  • à la démocratie ;
  • au questionnement, à la méthode et à la pensée philosophiques ;
  • et au bien-être et à la connaissance de soi et des autres.

Depuis un an, 1 heure par semaine de cours de philosophie et de citoyenneté est obligatoire dans l’enseignement officiel (primaire et secondaire). La deuxième heure peut faire l’objet d’un choix à l’occasion d’une demande de dispense des cours dits philosophiques (les religions et la morale non confessionnelle).

Le Mouvement réformateur (libéral sur le plan économique) au pouvoir a annoncé le dépôt d’une proposition de décret visant à porter de 1 à 2 le nombre d’heures obligatoires par semaine de cours de philosophie et de citoyenneté dans l’enseignement officiel et libre non confessionnel, et d’y rendre optionnelle l’heure de cours de religion ou de morale devenue surnuméraire. Il s’agit visiblement d’éliminer la multiplicité des cours de religions.

Un enseignant du secteur libre (ce secteur peut être laïque, mais il est le plus souvent confessionnel et subventionné) s’insurge contre cette dynamique.

Une opinion de Jean-Luc Vander Borght, professeur de religion catholique dans le secteur libre.

Voici mon coup de gueule de prof de religion catholique dans l’enseignement libre, à propos de la volonté affichée de supprimer les cours de religion dans l’officiel, voire de leur suppression totale.

Je ne peux assister au balcon à ce qui se trame dans notre société, en particulier dans l’enseignement, sans crier comme un prophète dans le désert, que nous sommes en train d’être les fossoyeurs de notre jeunesse. Quand l’Homme n’est plus éveillé à une dimension de verticalité, quand l’Homme n’est plus nourri dans son besoin de se relier à quelque chose qui le transcende, et qu’il n’est plus nourri dans son besoin de construire du sens, quand le seul horizon qu’on lui donne, est d’être un simple, bon citoyen, alors il ne faudra pas s’étonner de voir une désespérance s’exprimer de manière de plus en plus violente.

C’est criminel de supprimer les cours de religion. On ne peut réduire l’Homme ni à sa raison, ni à l’émotionnel (sa sensibilité), ni à son corps. Il lui manque l’essentiel, l’éveil de sa conscience profonde, de son être que dans le langage religieux on appelle l’âme.

Antoine de Saint-Exupéry a écrit : “Je te dirai la vérité sur l’Homme, il n’existe que par son âme.” Les grands hommes de toutes les cultures, de toutes religions qui ont vraiment apporté quelque chose à l’humanité, étaient éveillés au niveau de leur être/âme, et ils ont mis toute leur raison (leur intelligence, leur volonté), toute leur sensibilité, tout leur corps au service de leur être.

Une stratégie placée pion par pion


Depuis le début de ma carrière dans l’enseignement, j’ai vu comment une stratégie était mise en place pion par pion au niveau politique pour uniformiser les réseaux de l’enseignement et pouvoir, dans un agenda d’abord caché [anglicisme pour arrières-pensées, motivations secrètes] puis carrément au grand jour, défaire ce cours de religion et un jour sans doute arriver à un réseau unique de l’enseignement. Quelques grandes pétitions ont à l’époque un peu freiné le mouvement, mais la machine est bien en marche.

De la suppression programmée de la moitié du cours de religion dans l’enseignement officiel, on passe ces jours-ci à la volonté de sa suppression totale. Et je ne me fais aucune illusion. Si aujourd’hui encore le réseau libre subventionné catholique n’est pas touché par la suppression du cours de religion, là aussi les pions sont avancés depuis longtemps et de plus en plus rapidement.

Depuis quelque temps déjà, nous devons prouver que nous pratiquons dans notre cours de religion catholique les 3 grandes compétences du cours de citoyenneté. À coup sûr on nous dira un jour pourquoi maintenir votre cours de religion puisque vous faites la même chose. Peut-être même qu’à l’occasion des prochaines élections qui conduiraient à une révision de la constitution, les politiciens feront le grand nettoyage final, puisque plus aucun parti francophone ne défend le cours de religion.

Ce que je fais

Et pourtant je n’ai pas attendu les compétences du cours de citoyenneté pour éveiller mes élèves au questionnement philosophique, à les éduquer à la citoyenneté, et à travailler avec eux le dialogue inter-convictionnel. Mais comment aider ces jeunes à se situer face au ventre mou d’un professeur tenu à la neutralité ?

Combien de fois dans un débat les élèves se tournent vers moi, en disant : “Et vous Monsieur vous en pensez quoi ?” Et je peux encore aujourd’hui, leur répondre car je ne suis pas tenu par l’hypocrisie de leur laisser croire que je suis neutre. Personne n’est neutre, et il vaut mieux qu’ils sachent comment est situé leur prof pour pouvoir alors se situer librement de façon critique par rapport à ce que je leur dis.

Je les encourage à réfléchir et à se forger leur propre opinion par des recherches seuls ou en groupe, à animer eux-mêmes des débats dans la classe. Mais je reviens encore sur ce qui plus fondamentalement selon moi, constitue l’enjeu majeur du cours de religion. C’est quand même l’anthropologie, une science moderne (qui repose donc sur des preuves scientifiques), qui a relégitimé la dimension religieuse en tant qu’ordre existentiel profond de l’être humain.

L’Homme est la seule espèce vivante et ce depuis le départ, qui enterre les membres de son espèce avec de la nourriture et avec des objets lui ayant appartenu. Cela veut dire qu’une société qui n’éveille plus les jeunes à leur intériorité, qui ne nourrit plus ce besoin de se relier à quelque chose qui nous transcende (religare), et qui ne les aide plus à construire du sens (relegere), est une société en danger de mort et qui deviendra alors de plus en plus violente.

Cette dimension religieuse peut se vivre en dehors des religions. Mais quand on aura supprimé le cours de religion, quand on aura relégué à la sphère privée toute religiosité, qui éveillera ou nourrira encore ces jeunes à cette dimension essentielle d’eux-mêmes ? Je commence tous mes cours par un temps de méditation de pleine conscience, et je pourrais écrire un livre de témoignages des fruits que cela porte.

Un prophète dans le désert


Se contenter d’une information neutre sur les religions, qui risque d’ailleurs d’être caricaturale, comme le proposent certains, n’éveille pas grand-chose, sinon rien chez les jeunes et ils n’en voient pas le sens. Je plaide donc pour pouvoir continuer à être un prof situé aux côtés de mes élèves, qui les nourrit dans cette dimension religieuse et les fait rentrer dans une compréhension intérieure, profonde et donc tolérante, des différentes réponses à cette dimension religieuse.

Mais j’ai l’impression d’être tel un prophète qui crie dans le désert d’une société qui s’enfonce dans l’impasse de l’ego, dans l’impasse du consumérisme, dans l’impasse d’un désert spirituel mortifère avec de graves conséquences environnementales, économiques, sociales. J’ai mal à mon âme devant tant de soif, tant de désespérance et de mal-être chez une foule de jeunes sans berger… Et pourtant je garde la Joie au cœur pour être jusqu’au bout et le mieux possible, signe d’une humanité au cœur de l’inhumanité du monde, être présence de l’Amour auprès de mes frères et sœurs en humanité de quelques bords qu’ils soient.

mardi 26 décembre 2017

Origine et histoire de la Bûche de Noël

La bûche étant traditionnelle, nous avons reproduit ce récit traditionnel de son origine (inspiré de « La nuit de Noël dans tous les pays » paru en 1912)

La bûche de Noël réunissait autrefois tous les habitants de la maison, tous les hôtes du logis, parents et domestiques, autour du foyer familial. La bénédiction de la bûche avec les cérémonies traditionnelles dont elle se parait n’était que la bénédiction du feu, au moment où les rigueurs de la saison le rendent plus utile que jamais.

Cet usage existait surtout dans les pays du Nord. C’était la fête du feu, le Licht des anciens Germains, le Yule Log [en anglo-saxon, le Julekubbe ou Julblock en Scandinavie, Bloc na Nollaig (le Bloc de Noël) en Irlande], le feu d’Yule des forêts druidiques, auquel les premiers chrétiens ont substitué cette fête de sainte Luce dont le nom, inscrit le 13 décembre au calendrier et venant du latin lux, lucis, rappelle encore la lumière.

 
Tradition de la grande bûche de Noël. Dessin de Léon Lhermitte
paru dans Le Monde illustré du 1er janvier 1884


Il est tout naturel qu’on mette en honneur, au 25 décembre, au cœur de l’hiver, le morceau de bois sec et résineux qui promet de chauds rayonnements aux membres raidis sous la bise. Mais, souvent, cette coutume était un impôt en nature, payé au seigneur par son vassal. À la Noël, on apportait du bois ; à Pâques, des œufs ou des agneaux ; à l’Assomption, du blé ; à la Toussaint, du vin ou de l’huile.

Il arrivait aussi, quelquefois, que les pauvres gens ne pouvant se procurer des bûches convenables pour la veillée de Noël, se les fissent donner. « Beaucoup de religieux et de paysans, dit Léopold Bellisle, recevaient pour leurs feux des fêtes de Noël un arbre ou une grosse bûche nommée tréfouet ». Le tréfeu, le tréfouet que l’on retrouve sous le même nom en Normandie, en Lorraine, en Bourgogne, en Berry, etc., c’est, nous apprend le commentaire du Dictionnaire de Jean de Garlande, la grosse bûche qui devait, suivant la tradition, durer pendant les trois jours de fête. De là, du reste, son nom : tréfeu, en latin tres foci, trois feux.

Partout, même dans les plus humbles chaumières, on veillait autour de larges foyers où flambait la souche de hêtre ou de chêne, avec ses bosses et ses creux, avec ses lierres et ses mousses. La porte restait grande ouverte aux pauvres gens qui venaient demander un gîte pour la nuit. On leur versait en abondance le vin, la bière ou le cidre, suivant les contrées, et une place leur était accordée à la table de famille. On attendait ainsi la Messe de minuit.

Qu’on se représente les immenses cheminées d’autrefois : sous leur manteau pouvait s’abriter une famille tout entière, parents, enfants, serviteurs, sans compter les chiens fidèles et les chats frileux. Une bonne vieille grand-mère contait des histoires qu’elle interrompait seulement pour frapper la bûche avec sa pelle à feu et en faire jaillir le plus possible d’étincelles, en disant : « Bonne année, bonnes récoltes, autant de gerbes et de gerbillons ».

La bûche de Noël était un usage très répandu dans presque toutes les provinces de notre vieille France. Voici, d’après Cornandet, le cérémonial que l’on suivait dans la plupart des familles : « Dès que la dernière heure du jour s’était fondue dans l’ombre de la nuit, tous les chrétiens avaient grand soin d’éteindre leurs foyers, puis allaient en foule allumer des brandons à la lampe qui brûlait dans l’église, en l’honneur de Jésus. Un prêtre bénissait les brandons que l’on allait promener dans les champs. Ces brandons portaient le seul feu qui régnait dans le village. C’était le feu bénit et régénéré qui devait jeter de jeunes étincelles sur l’âtre ranimé.

« Cependant, le père de famille, accompagné de ses enfants et de ses serviteurs, allait à l’endroit du logis où, l’année précédente, ils avaient mis en réserve les restes de la bûche. Ils apportaient solennellement ces tisons ; l’aïeul les déposait dans le foyer et tout le monde se mettant à genoux, récitait le Pater, tandis que deux forts valets de ferme ou deux garçons apportaient la bûche nouvelle.

« Cette bûche était toujours la plus grosse qu’on pût trouver ; c’était la plus grosse partie du tronc de l’arbre, ou même la souche, on appelait cela la coque de Noël. Le gâteau allongé en forme de bûche que l’on donnait aux enfants le jour de Noël portait encore au début du XXe siècle dans certaines provinces le nom de coquille ou petite bûche, en patois, le cogneu ou cougnou. (Il se pourrait que le terme signifie coin [cuneus en latin] ou coin en fer [pour fendre le bois], voire berceau. L’étymologie en est disputée.)

Cougnou belge

« On mettait le feu à cette coque et les petits enfants allaient prier dans un coin de la chambre, la face tournée contre le mur, afin, leur disait-on, que la souche leur fît des présents ; et tandis qu’ils priaient l’Enfant-Jésus de leur accorder la sagesse, on mettait au bout de la bûche des fruits confits, des noix et des bonbons. À onze heures, tous les jeux, tous les plaisirs cessaient. Dès les premiers tintements de la cloche, on se mettait en devoir d’aller à la messe, on s’y rendait en longues files avec des torches à la main. Avant et après la messe, tous les assistants chantaient des Noëls, et on revenait au logis se chauffer à la bûche et faire le réveillon dans un joyeux repas. »

Dans la Semaine religieuse du diocèse de Langres du 23 décembre 1905, un vieil auteur, Marchetti, expose le sens religieux de ces pratiques : « La bûche de Noël, dit-il, représente Jésus-Christ qui s’est comparé lui-même au bois vert. Dès lors, continue notre auteur, l’iniquité étant appelée, dans le quatrième Livre des Proverbes le vin et la boisson des impies, il semble que le vin répandu par le chef de famille sur cette bûche signifiait la multitude de nos iniquités que le Père Éternel a répandues sur son Fils dans le mystère de l’Incarnation, pour être consumées avec lui dans la charité, dont il a brûlé durant le cours de sa vie mortelle ».

Le gâteau

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la bûche de Noël, dessert de réveillon par excellence, n’est pas une tradition qui remonte aux fins fonds des origines de la gastronomie française. La méprise vient du fait que la bûche, la vraie, la bonne grosse bûche de bois sec que l’on mettait dans l’âtre le soir de Noël du temps où il y avait encore une cheminée dans tous les foyers existe, elle, depuis le Moyen-Âge.

La tradition de la grosse bûche de bois perdura jusqu’à la fin du XIXe tant que les gens avaient un âtre dans leur maison. Quand ces foyers disparurent dans la plupart des maisons, la tradition des bûche de bois disparut avec ceux-ci.

L’invention de la bûche pâtissière remonte à la même époque : au XIXe siècle, sans que personne ne sache vraiment qui en a la paternité, les sources multiples se contredisant. Certaines évoquent sa création vers 1834 par un apprenti pâtissier de Saint-Germain-des-Prés. D’autres estiment que la bûche de Noël est née à Lyon dans les années 1860 dans la cuisine du chocolatier Felix Bonnat. Une autre piste mène à Pierre Lacam, glacier du prince Charles III de Monaco, qui l’aurait conçue en 1898.

Toujours est-il que la bûche en tant que pâtisserie n’a commencé à se populariser qu’après la Libération, dans les années 1945-1950. C’est surtout une tradition des pays francophones.

Au Québec, il faut attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale avant que la bûche connaisse le succès, « avec notamment l’immigration de pâtissiers, des savoir-faire et des échanges culinaires entre le Québec et la France », souligne M. Jean-Pierre Lemasson, professeur associé au Département d’études urbaines et touristiques de l’UQAM.

À preuve : dans ses recherches, M. Lemasson a constaté l’absence totale de bûche dans La Nouvelle Cuisinière canadienne, le premier livre de recettes publié au pays en 1840. Il y a cependant beaucoup de poudings et de gâteaux d’inspiration britannique...

Bûche de Noël traditionnelle au beurre

Pour ceux que les détails folkloriques intéressent, on trouvera ci-dessous une description des traditions de la bûche (de bois) de Noël dans ce qu’elle offrait de particulier en Berry, en Normandie, en Provence et en Bretagne.

Les médias subventionnés, partiaux et moralisateurs

Toute ressemblance avec une chaîne gouvernementale subventionnée (plus d’un milliard de dollars par an) est purement fortuite.

Voir aussi

Cours de rhétorique et de décryptage des médias à l'école

samedi 23 décembre 2017

Laïcité — Dessin animé de Noël retraçant la naissance de Jésus arrêté en pleine séance scolaire

Le 13 décembre, un groupe scolaire de 83 écoliers du Langonnais (sud-ouest de la France) assistait à une projection du film d’animation américain « L’Étoile de Noël » au cinéma Le Rio de Langon (département de la Gironde) quand celle-ci a été interrompue à la demande des enseignantes.


Elles se sont en effet aperçues qu’il y avait « un problème de thématique » et qu’il ne correspondait pas au choix qu’elles avaient fait.

Selon Actu.fr, il est vrai que le synopsis de ce film de Timothy Reckart parle avant tout d’une histoire d’animaux : « Un petit âne courageux, Bo, rêve d’une vie meilleure loin du train-train quotidien du moulin du village. Un jour, il trouve le courage de se libérer pour vivre enfin la grande aventure avec une brebis, une colombe, trois chameaux déjantés et des animaux de la ferme, très excentriques [...] ». Actu.fr omet la fin du résumé «  ... plus excentriques les uns que les autres, Bo et ses nouveaux amis suivent l’Étoile… et vont devenir les héros méconnus de la plus belle histoire jamais contée : celle du premier Noël. » La bande-annonce (ci-dessous) est également assez claire.

Mais on se rend compte au fil de l’histoire qu’il ne s’agit pas d’un film sur une légende de Noël, mais sur l’histoire de la nativité, de la naissance de Jésus, du périple de Marie et Joseph jusqu’à Bethléem… Le film puise d’ailleurs son contenu dans les Évangiles, ce qui n’est pas laïque… selon le site Actu.fr. Ah !?



Les écoliers sont retournés en classe et une autre séance de cinéma aura lieu l’an prochain.




Notons que l’école « laïque » française fait lire la Bible, les récits mythologiques et des contes religieux ou non. Voir la liste des lectures obligatoires à 13 ans pour le Centre national d’enseignement à distance français (CNED), ci-dessous.



L’Éducation nationale française (laïque donc) propose aussi en accès numérique les textes antiques fondateurs suivants : Bible, Iliade, Odyssée et les Métamorphoses.




Source

mercredi 20 décembre 2017

Québec — Une école retire ses ateliers d'ouverture à l'homosexualité

Selon TVA Nouvelles, une centaine d’élèves de la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke ont été privés de leurs ateliers sur « la sensibilisation aux stéréotypes et à l’homophobie » (comprendre pour l’ouverture à l’homosexualité), après qu’un père a déposé une plainte.

Le parent aurait rapporté que les enfants se seraient sentis humiliés puisque, durant le deuxième atelier, les intervenants de Prima Danse ont présenté des photographies tirées de la série « Les couples imaginaires » d’Olivier Ciappa. On y montre des personnalités publiques enlacées, qui incarnent un couple homosexuel.


« Ce sont des photos tirées d’Internet. Le but était de favoriser l’échange, provoquer le dialogue. On voulait outiller les jeunes afin qu’ils ne tombent pas dans le jugement si un jour ils se retrouvaient devant ce genre d’images », s’est expliquée la cofondatrice de Prima Danse, Katrine Journeau. Traduisons en langue de tous les jours, loin du jargon lénifiant des « pédagogues » : la cofondatrice voulait s’assurer que les enfants des autres trouvent normales les relations homosexuelles et que surtout ils n’osent pas exprimer leur dégoût ou désapprobation.

Toujours selon l’organisatrice de l’activité, le plaignant aurait aussi mentionné qu’on ne traite pas de l’homophobie de la même façon dans les grands centres qu’en région, comme à Sherbrooke. « J’en conviens que l’approche peut être différente, mais les besoins sont les mêmes, les jeunes ont les mêmes questionnements », a ajouté Katrina Journeau. Questionnements ? Vraiment. Pas une idée déjà bien établie qu’il s’agirait de combattre ? Opinion qu’on appelle un stéréotype ou un préjugé dès lors qu’on ne la partage pas).

La Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke (CSRS) a indiqué qu’elle réévaluera la pertinence de la collaboration entre Prima Danse et les écoles de la région. « Face à cette situation, la CSRS a recommandé à ses écoles de prendre le temps de voir à mieux concilier les objectifs pédagogiques de l’atelier offert par Prima Danse et les préoccupations des parents », précise-t-elle.

Prima Danse devait, selon le contrat octroyé, donner quatre ateliers d’ici la fin de l’année. Ceux qu’elle offre dans les régions de Lanaudière et de Québec ne sont pas compromis.

Réaction prévisible d’un lecteur publiée

La Tribune de Sherbrooke publie la réaction d’un lecteur féru de correctivisme politique qui n’hésite pas à se demander comment on peut donner à ces parents-là « un tel pouvoir » ? Imaginer des parents qui voudraient avoir leur mot à dire dans la formation morale de leurs enfants... Inouï ! Mais où va-t-on, je vous le demande... Alors que, et c’est pourtant de notoriété publique, les progressistes savent ce qui est bon pour les enfants des autres, surtout ceux des « homophobes » !

Je suis complètement sidérée et indignée que la CSRS ait cédé au chantage et aux pressions d’un parent borné et homophobe en retirant des ateliers de sensibilisation aux stéréotypes et sur l’homosexualité.

Pourquoi les enfants de Sherbrooke auraient-ils moins besoin de ces ateliers que ceux de Montréal ? C’est ridicule.

C’est le même genre de parents qui sont allés en cour pour empêcher les cours d’éthique et culture religieuse. Ce seront les mêmes qui vont contester les cours obligatoires d’éducation sexuelle.

Mais comment la CSRS peut-elle donner à ces gens un tel pouvoir ? N’y a-t-il personne à la CSRS capable de mettre ses culottes et dire non ? De quoi ont-ils peur ?

Nos enfants ont absolument besoin de ces ateliers, et les enfants de ces (...) homophobes sont justement ceux qui en ont le plus besoin, ce n’est pas à la maison qu’ils seront sensibilisés à ces enjeux !

Marie-Pierre Allard, Sherbrooke

mardi 19 décembre 2017

Mathieu Bock-Côté sur la droite complexée, le multiculturalisme, Trudeau

Dérapages, chiens de garde, patrouilleurs et contraventions idéologiques, Mathieu Bock-Côté décrypte le lourd climat de la politique. Description correcte de Justin Trudeau qui explique beaucoup de ses apparitions publiques : un acteur qui joue un rôle, qui adore se déguiser.



L'assistante intimidée par l'université Wilfrid Laurier ne croit pas en la sincérité des excuses de l'université (M-à-j)

D’après les résultats d’une commission d’enquête externe, il appert qu’aucune plainte n’avait été formulée par des participants à la classe de Mlle Linday Sheperd avant que celle-ci ne soit traînée devant trois commissaires qui l’accusèrent d’avoir montré à ses étudiants en communications quelques minutes d’un débat sur la question des pronoms genrés diffusé sur la chaîne TVO et cela sans prendre publiquement parti contre le professeur Jordan Peterson qui apparaissait comme un des protagonistes de ce débat. Cette omission avait été comparée à la diffusion d’un discours de Hitler sans condamner les propos du chancelier allemand.
 
Billet du 24 novembre 2017

On se rappellera que la diffusion dans une classe universitaire d’un extrait de trois minutes de l’émission The Agenda a mis en émoi le monde de l’enseignement supérieur en Ontario.

The Agenda est une émission diffusée aux heures de grande écoute sur la chaîne gouvernementale de l’Ontario, TVO. Elle est animée par un Steve Paikin (ci-dessous) toujours serein et d’une onctueuse politesse.

Steve Paikin
 The Agenda prend souvent la forme d’une table ronde d’une heure et sélectionne ses panélistes en tenant compte des subtilités raffinées de la rectitude politique. L’émission est ardemment progressiste, ses partisans — et ils sont nombreux — le sont tout autant.

Pourtant, trois minutes de cette émission ont secoué le monde universitaire de l’Ontario. Comment est-ce possible ? Notons que la CBC insiste dans chacun de ses reportages ou articles pour dire que la vidéo serait « controversée ».

Une assistante, étudiante de troisième cycle, Lindsay Shepherd, de l’Université Wilfrid Laurier (UWL), a joué devant sa classe en communications un extrait de trois minutes de The Agenda qui portait sur le sujet des pronoms personnels « genrés ». En conséquence, elle s’est retrouvée accusée de « transphobie » et soumise à la surveillance directe des hautes sphères de Wilfred Laurier.

Lindsay Sheperd

Shepherd a été convoquée devant Adria Joel, directrice par intérim du programme « Prévention de la violence sexiste », en compagnie du coordonnateur du programme Herbert Pimlott et de son professeur superviseur en communications, Nathan Rambukkana. Ils étaient « troublés ».

Ils l’étaient par le fait que le fragment choisi laissait la parole à deux invités qui défendaient leurs points de vue antagonistes, le tout sereinement arbitré par l’animateur. L’erreur de Shepherd — telle que révélée par l’enregistrement de cette séance d’intimidation devant ses supérieurs hiérarchiques — est qu’elle ne soit pas intervenue pour condamner les propos du professeur Jordan Peterson. Ce professeur de l’Université de Toronto s’oppose à l’imposition des pronoms non genrés promus par certains LGBTQ2AI+  (par exemple « per », « ve », « xe », « ze » ou « zie », considérés neutres, à la place de « she » et « he » honnis, car genrés).

Dans le dossier des pronoms genrés, Jordan Peterson est une muleta du rouge le plus cramoisi pour les taureaux fumants que sont les guerriers de la justice sociale (SJW) qui hantent certains campus universitaires. Ils le considèrent comme l’Atilla de la grammaire or, depuis Roland Barthes, l’on sait que la grammaire est fasciste.

Peterson conteste ouvertement (et courageusement) certains des dogmes progressistes qui dominent l’université actuelle. Il a fait preuve d’un scepticisme presque socratique envers tout un pan du correctivisme politique qui sévit dans les facultés occidentales. On comprend mieux qu’il soit désormais considéré comme un paria par ses détracteurs. Le superviseur de Lindsay Sheperd, Nathan Rambukkana, l’a même comparé à Hitler...

L’intimidation patente de la part l'administratrice et les professeurs de l’université envers la jeune Lindsay Sherperd a causé un ramdam médiatique et l’intervention de certains politiciens comme le chef du Parti conservateur à la Chambre des communes.

L’hon. Andrew Scheer (chef de l’opposition, PCC)

Monsieur le Président, le Premier ministre se joindra-t-il à moi pour condamner la répression monumentale de la liberté d’expression à l’Université Wilfrid Laurier ?

L’hon. Kirsty Duncan (ministre des Sciences, Lib. pour Justin Trudeau absent)

Monsieur le Président, le gouvernement est résolu à créer des espaces ouverts où les Canadiens pourront débattre et exprimer leurs opinions. Dans une société libre, on peut être en désaccord avec autrui, mais il faut défendre le droit de chacun d’avoir sa propre opinion, à moins que celle-ci ne fasse valoir la haine. L’intolérance et la haine n’ont pas leur place dans la société canadienne ni dans nos établissements d’enseignement postsecondaire. Nous continuerons de lutter pour le respect des droits conférés aux Canadiens par la Charte et pour faire en sorte que tous les Canadiens se sentent en sécurité dans leur collectivité.

L’hon. Andrew Scheer (chef de l’opposition, PCC)
Monsieur le Président, j’ignore pourquoi le Premier ministre ne dénonce pas tout simplement ce qui s’est produit à l’université.

La Society for Academic Freedom and Scholarship (la Société pour la liberté universitaire) a publié une lettre en soutien à Lindsay Shepherd, disant que la mission de l’Université n’est pas de protéger les étudiants contre certaines opinions.

« Le but d’une discussion en classe, cependant, n’est pas de faire en sorte que les étudiants adoptent des croyances ou des attitudes particulières, mais de les aider à se faire leur propre opinion », affirme la lettre. « Exiger que les assistants condamnent certains points de vue exposés contredit ce but, car l’assistant pédagogique ferait alors pression sur les étudiants pour qu’ils rejettent certaines opinions ».

Le même jour, au micro de la radio CBC, le chef conservateur fédéral Andrew Scheer a appelé la réunion à laquelle Shepherd a été convoquée par l’université (2 professeurs et une administratrice) de véritable « inquisition » et qu’à l’écoute de l’enregistrement il ne pouvait pas en croire ses oreilles.

Mardi, devant la levée de boucliers, la présidente de l’Université Wilfrid Laurier de Waterloo s’excusait de la façon dont les professeurs de l’université avaient traité la ou les plaintes déposées (l’université n’a pas voulu indiquer leur nombre ni leur teneur exacte) contre l’assistante Lindsay Shepherd.

Mercredi, Lindsay Shepherd s’est dite contente que son professeur superviseur et la présidente de l’Université Wilfrid Laurier à Waterloo se soient excusés. Mais elle a ajouté que, selon elle, ils n’avaient pas le choix.

Mlle Sheperd a déclaré à la CBC : « Je ne m’attendais pas à ce que leurs excuses soient sincères, je ne pense pas qu’elles le soient. »

Linday Shepherd a déclaré que la question était loin d’être réglée étant donné que Laurier poursuit son enquête confiée à des tiers et qu’un groupe de travail se penchera sur la façon dont l’université pourra favoriser « d’importantes discussions d’une manière réfléchie et déterminée ».

Mlle Shepherd a affirmé ne pas savoir ce que cela signifiait.

« Bien que l’université ait réussi à limiter les dégâts en public, celle-ci n’a pris aucune mesure pour éviter que ce type d’incident ne reproduise à l’avenir si quelqu’un se retrouvait dans ma situation », a-t-elle déclaré à Craig Norris, de l’émission The Morning Edition de CBC Kitchener-Waterloo.

« C’est un peu dommage que l’université n’ait pris aucun engagement à long terme pour s’assurer que les étudiants pourront débattre librement à l’avenir de sujets en classe ».

Linday Shepherd regrette que l’université Wilfred Laurier ne profite pas de cet incident pour adopter la déclaration de l’université de Chicago qui défend la liberté d’expression même si des étudiants se disent offensés par des propos qu’ils considèrent comme « controversés ».


Sauf dans la mesure où des restrictions à cette liberté [d’expression] sont nécessaires au fonctionnement de l’Université, l’Université de Chicago respecte pleinement et soutient la liberté de tous les étudiants, professeurs et employés de « discuter de tout problème qui se présente » sans ingérence.

Cela ne veut pas dire que cette liberté est absolue. Dans des circonstances étroitement définies, l’Université peut restreindre à bon droit l’expression, par exemple, lorsqu’elle enfreint la loi, menace, harcèle ou diffame, ou envahit de manière substantielle la vie privée d’autrui ou menace la confidentialité. En outre, l’Université peut raisonnablement réglementer l’heure, le lieu et le mode d’expression pour s’assurer qu’elle ne perturbe pas les activités ordinaires de l’Université.

Toutefois, l’Université est foncièrement attachée au principe qu’elle ne puisse pas restreindre le débat ou la délibération parce que les idées avancées seraient offensantes, imprudentes, immorales ou erronées pour certains. C’est aux membres de la communauté universitaire de déterminer si les propos le sont et pour eux-mêmes.

En corollaire à cet engagement, les membres de la communauté universitaire doivent également respecter ce principe. Bien que les professeurs, les étudiants et le personnel soient libres de critiquer, de contester et de condamner les opinions exprimées sur le campus, ils ne peuvent pas entraver, perturber ou autrement restreindre la liberté d’autrui à exprimer des opinions qu’ils rejettent ou même détestent.


L’émission en question. Imaginez : un débat contradictoire ! (En anglais uniquement)
On remarque que Jordan Peterson  n’aurait pas de difficulté à appeler « elle » un homme transgenre à l’apparence féminine s’il lui demandait, mais il s’oppose à ce qu’on rende obligatoire l’utilisation de pronoms inventés ou à forcer d’utiliser « they » pour parler d’une personne, confondant le pluriel et le singulier par décision politique.


Voir aussi

Université Wilfred Laurier (Ontario) — S’opposer aux pronoms transgenres (Jordan Peterson), c’est comme Hitler...


La croisade des LGBT contre la liberté d’expression et les distinctions linguistiques immémoriales

dimanche 17 décembre 2017

Éducation à la sexualité : improvision et manque de consultations

Extrait d’un texte de Réjean Parent dans le Journal de Québec :

Quand l’école n’est pas coupable de tout, elle devient responsable de tout. Il ne manque pas d’experts patentés, de chroniqueurs savants et de parents érudits autour de l’école pour la critiquer et vouloir lui imposer leurs façons de faire. Paradoxalement, quand la société s’emballe et que les politiciens sentent la marmite chaude, la tendance a toujours été d’ajouter des nouvelles responsabilités à l’école avec une telle improvisation que les problématiques visées perdurent et que la qualité de l’enseignement s’en trouve affectée.

Le ministre Sébastien Proulx ne se distingue pas de ses prédécesseurs dans l’art de l’improvisation, si ce n’est qu’il peut se montrer plus charmeur en déployant des actions pour faire taire la réprobation populaire et donner l’air de savoir où il s’en va. Passant outre ses engagements d’associer le milieu après les expériences pilotes menées relativement l’éducation à la sexualité dans les écoles, le ministre a voulu se mettre au goût du jour lors d’un forum sur le harcèlement sexuel en annonçant qu’elle deviendrait obligatoire, dès l’an prochain, dans toutes les écoles du Québec. Sans trop de précisions sur la façon de faire et guère éclairant dans ses entrevues médiatiques, le ministre a réaffirmé son entière confiance au milieu scolaire pour mettre en œuvre les meilleurs processus. Pourtant, depuis juin 2017, il disposait d’un rapport mitigé sur les expériences pilotes et un comité-conseil impliquant le milieu aurait dû être réuni rapidement, mais ce comité n’a jamais été convoqué. Il faut croire que la confiance du ministre est à géométrie variable en comptant sur le milieu pour mettre en œuvre ses bêtises tout en refusant qu’il les lui remette en pleine la face.

Le ministre avait agi de la même façon avec l’éducation financière au secondaire en faisant fi des difficultés soulignées par les représentants des enseignants, car il voulait répondre urgemment aux inquiétudes soulevées à propos de l’endettement des jeunes. Il sacrifiait ainsi un pan de l’éducation à la citoyenneté [note du carnet : peut-être pas une perte...] pour prétendument mieux armer les jeunes face au crédit sans autres contraintes sur les institutions financières et les entreprises commerciales qui vont les solliciter jusqu’aux portes des écoles et des cégeps. C’était une autre de ses actions pour bien paraitre sans véritablement s’attaquer aux sources du problème qui, dans le cas de l’endettement des jeunes, s’avère beaucoup plus de l’ordre sociétal que comptable.

Changer l’école à la pièce pour satisfaire les geignards du moment et sans plus de perspectives se révèle une entreprise hasardeuse qui génère immanquablement d’autres problèmes dans l’enseignement et qui éloigne l’école de ses missions fondamentales d’instruire, de socialiser [note du carnet : mission que c’est donné le gouvernement souvent utilisé pour faire passer toutes les modes politiquement correctes] et de qualifier. Malgré un grand exercice de consultation pour établir une politique nationale sur la réussite éducative, le ministre continue de naviguer à vue en espérant calmer grogne et tempête d’ici la prochaine échéance électorale. Or, il se comporte comme un des directeurs d’école secondaire, que j’ai connu dans mon passé professionnel. Celui-ci [adoptait] le point de vue de la dernière personne passée dans son bureau, même lorsqu’il était en contradiction avec la personne précédente ; c’était le moyen qu’il avait trouvé pour avoir la paix en donnant l’impression aux gens qu’il pensait comme eux.
 

samedi 16 décembre 2017

L'école fourre-tout 2.0

Texte d’Antoine Robitaille :

Nous recommençons à surcharger l’école québécoise comme dans les années 1970 et 1980.

Ce sujet sera sans doute absent des bilans politiques de l’année. C’est pourtant une question capitale soulevée par 2017, comme tout ce qui touche à l’école.

Je l’aborde en raison du retour, imposé par le ministre Proulx, de l’éducation à la sexualité (annoncé jeudi) et du cours d’éducation financière (plus tôt cette année).

Quel autre « retour vers le futur » nous prépare-t-on dans les prochaines années ? L’économie familiale ? Le « choix de carrière » ?

L’enfer

Tout cela procède bien sûr de bonnes intentions... dont l’enfer est pavé, comme on le sait.

Et l’enfer, c’est qu’à chaque crise sociale, voire à chaque fièvre médiatique, on a le réflexe de vouloir ajouter une autre tâche, voire un autre cours, à l’école.

Cette année, le tsunami de dénonciations d’inconduites, d’agressions et de harcèlement sexuels a évidemment propulsé à l’avant-scène cette demande déjà existante de revenir à une éducation à la sexualité obligatoire dans toutes les écoles.

Une telle initiative peut bien sûr avoir de bons effets. Mais permettez que je caricature : croit-on vraiment que les Harvey Weinstein, les Gilbert Rozon et compagnie se seraient abstenus de commettre leurs gestes répréhensibles s’ils avaient suivi des cours sur la sexualité au secondaire ?

Certains des intervenants dans ce débat donnaient l’impression de le croire !


Surdose

Après une épidémie de surdoses de drogues, dans les années 1990, un intervenant avait suggéré d’ajouter à l’école un cours sur les drogues.

Aujourd’hui, avec tous les reportages et les débats sur le phénomène de la cyberdépendance, gageons que certains prôneront l’ajout d’un cours pour lutter contre ce phénomène.

Répétons-le, il y a là beaucoup de bonnes intentions. On veut régler de réels problèmes sociaux. L’ennui, c’est que l’école n’a pas pour fonction de guérir la société. On prête à Victor Hugo la paternité de cette maxime : « Qui ouvre une école ferme une prison. » La formu­le est belle, mais elle est totalement utopique, voire erronée, quant à la nature de l’école.

Bien sûr, il n’est pas vain de discuter des problèmes sociaux à l’école. Elle a pour mission de « socialiser ».

Y apprendre des notions d’économie ou de sexologie n’est certainement pas inutile.

Sauf que sous ce réflexe de bouleverser impétueusement, au gré des crises sociales et médiatiques, le curriculum (l’ensemble des cours donnés à l’école), il y a un réel piège : créer une école « fourre-tout ».

Les États généraux

Or, au Québec, on a déjà donné ! C’est précisément dans l’espoir de se sortir de l’« école fourre-tout » des années 1970 et 1980 que le gouvernement Parizeau lançait, en 1995, des États généraux sur l’éducation.

Les conclusions de cet exercice en profondeur furent en grande partie détournées par un courant pédagogique qui concocta la fameuse réforme par compétences du début des années 2000, laquelle a posé plusieurs autres problèmes.

La vraie réforme en éducation serait d’en finir avec les réformes. En finir aussi avec le bouleversement continuel des curriculums qui dépassent les ajustements nécessaires.

Car avec ces réflexes (réformes et ajouts de cours), on peut en venir à oublier que la première mission de l’école est d’instruire : elle doit apprendre aux jeunes à lire, écrire, compter. Et transmettre une bonne culture générale et scientifique.

vendredi 15 décembre 2017

Les inquiétudes de parents suisses par rapport à l'éducation sexuelle à l'école



Pour ce carnet, l’obligation gouvernementale d’assister à un cours identique pour tous d’éducation à la sexualité est une mauvaise idée.

Ces cours ont inévitablement des aspects moraux et les parents ont le droit et le devoir de choisir la formation morale de leurs enfants, pas l’État.

Les parents et les écoles doivent donc pouvoir décider des sujets moraux à aborder et la manière de les aborder. L’État ne doit pas, sous couvert d’« ouverture », de lutte aux « stéréotypes » sexuels viser à l’« exploration de nouvelles valeurs et normes en matière de sexualité, au-delà de celles de la famille » comme c’est le cas dans le programme d’éducation à la sexualité québécois.



Émission de KTO sur l'éducation à la sexualité :




Voir aussi

L’État québécois impose son programme d’éducation à la sexualité, car les écoles ne l’ont pas adopté volontairement


jeudi 14 décembre 2017

L'État québécois impose son programme d'éducation à la sexualité car les écoles ne l'ont pas adopté volontairement

Tous les élèves québécois du primaire et du secondaire devront obligatoirement suivre des cours d’éducation sexuelle à compter de septembre prochain, selon ce qu’a appris La Presse canadienne mercredi.

L’information a été confirmée par le Premier ministre Philippe Couillard, au cours d’un entretien exclusif avec l’Agence de presse canadienne à ses bureaux de Québec, en présence de la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Condition féminine, Hélène David.

Au cours des deux dernières années, le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, a bien tenté, sur la pointe des pieds, d’implanter graduellement, sur une base volontaire, l’éducation sexuelle à l’école, mais sans grand succès.

La grande majorité des écoles n’a pas suivi, tandis que les syndicats d’enseignants ont dénoncé sur tous les tons le manque de formation et l’approche retenue par Québec.

Sébastien Proulx affirme avoir pris la décision de rendre le cursus obligatoire devant la réticence de nombreuses écoles à participer au programme volontaire lors du projet-pilote. «L’adhésion de tous les milieux n’est pas là aussi facilement que je le crois nécessaire», souligne-t-il. À la Commission scolaire de Montréal, une seule école, sur près de 150, offre le cours, illustre le ministre. «Il y a des gens qui étaient réticents à le faire», dit-il.

Mais voilà que le gouvernement Couillard décide de ne plus tergiverser dans ce dossier : dès septembre, toutes les commissions scolaires, toutes les écoles, devront offrir des cours d’éducation sexuelle, et ce, de la première année du primaire à la cinquième secondaire.

Imposition

Au total, environ un million de jeunes « auront donc accès » [novlangue typique, entendre « se verront imposer »], dès la prochaine rentrée scolaire, à de l’information, modulée d’après le ministère de l’Éducation « selon leur âge », sur la sexualité, l’anatomie, l’image corporelle, les rôles sociaux, les agressions sexuelles, la vie affective et amoureuse, les relations sexuelles, les stéréotypes [en quoi est-ce l’affaire de l’État plutôt que des parents ?], les maladies transmises sexuellement, etc. Aucun jeune ne sera exempté. C’est cela le Québec : toujours une seule solution au nom de la diversité, de la tolérance, de l’adaptation aux différences familiales et toutes ces belles choses.

« J’ai l’impression que la vaste majorité des Québécois souhaite ça », a commenté le Premier ministre, convaincu qu’au Québec « on est rendus là, clairement ». [Laissez-les choisir alors !]

Il ne s’agira pas d’un « cours » comme tel, mais plutôt « d’activités insérées dans le parcours de l’enfant », a-t-il précisé, à l’intérieur de ses cours de français ou de mathématiques, par exemple, conformément à la formule déjà testée depuis deux ans. [Et quels sont les résultats de ces classes-pilotes ?]

Québec a décidé de foncer, même si le Premier ministre est bien conscient qu’il s’agit encore en 2017 d’un sujet délicat, controversé, qui « provoque certaines tensions sociales ».

Car ce ne sont « pas toutes les familles qui sont enthousiastes devant l’idée » de voir leur enfant entendre parler de sexe à l’école, convient-il.

Pour des raisons morales ou religieuses, certains parents résistent à l’idée de voir l’école offrir ce type d’apprentissages.

Mais la vague récente de dénonciations massives d’agressions sexuelles, un phénomène très médiatisé, a contribué à accentuer la pression sur Québec pour agir dans le sens de prévenir les agressions en misant d’abord sur l’éducation. [Prétexte, comme d’habitude. Que faut-il enseigner au primaire pour éviter les « agressions sexuelles » ? On profitera plutôt de ces classes pour faire passer des messages plus sociologiques, plus politiques et féministes sur le rôle des femmes dans la société (surtout pas à la maison, pas trop d’enfants, hein...) Un prétexte, comme la crise des accommodements raisonnables a abouti sur la recommandation de Bouchard-Taylor en faveur du programme multiculturaliste d’Éthique et de culture religieuse.]

Le ministre de l’Éducation devrait en faire l’annonce officielle jeudi, dans le cadre du forum sur la lutte aux agressions sexuelles, qui se tient au Centre des congrès de Québec.

Des contenus qui dérangent

D’après le bilan établi sur les écoles pilotes où avait été mis en place ce programme à l’automne 2015, des ajustements doivent prendre place pour la suite du programme. « Globalement, les directions d’écoles primaires et, surtout, les directions d’écoles secondaires étaient peu à l’aise avec le contenu des apprentissages en éducation à la sexualité », indique le document. La formation sur les agressions sexuelles — en première, en troisième et en cinquième année du primaire — provoque un malaise chez la plupart des intervenants, y compris chez les enseignants. L’apprentissage intitulé Globalité de la sexualité (enseigné au primaire et au secondaire) suscite aussi un questionnement, tout comme des éléments du programme secondaire : vie affective et amoureuse, agir sexuel, violence sexuelle, infections transmissibles sexuellement et par le sang, ainsi que grossesse. Certaines écoles ont omis d’enseigner ces contenus aux élèves parce qu’elles manquaient de personnel compétent. Les enseignants sont mal préparés pour aborder ces enjeux délicats en classe. Les deux tiers des enseignants du primaire et la moitié de ceux du secondaire qui participent au projet-pilote n’ont aucune formation en sexologie (à part les sessions offertes par le MEES, les commissions scolaires ou les directions d’école), note le bilan.

Dans son rapport, le ministère ne se demande pas, toutefois, si c’est le rôle de l’État de prescrire une philosophie sur la « globalité de la sexualité » ou des conseils en termes de « vie affective et amoureuse » ou sur l’« agir sexuel » (qu’est-ce à dire ?)...

Peu d’écoles intéressées

En 2015-2016, un projet pilote d’éducation sexuelle dans 15 écoles du Québec avait soulevé la grogne des syndicats, qui jugeaient le programme improvisé et la formation déficiente. En 2016-2017, le ministre avait rendu le programme disponible à toutes les écoles, mais sur une base facultative. Or, à peine 240 écoles (et aucune à Montréal) sur une possibilité de quelque 3000 à travers le Québec se sont montrées intéressées. [Et le ministre prétend que la demande est là...]

Il était prévu 5 heures par année au primaire et 15 heures au secondaire.

M. Couillard promet d’« impliquer les enseignants » dans le processus pour assurer le succès de l’initiative, désormais étendue à tout le réseau scolaire.

Le ministre Proulx devra certainement amadouer les syndicats d’enseignants, dans les mois qui viennent. Depuis deux ans, ils multiplient les sorties pour rejeter l’idée de parler de sexualité pendant l’apprentissage d’autres matières. Ils dénoncent aussi le manque de formation et le manque de matériel mis à leur disposition pour prodiguer un enseignement de qualité de la sexualité.

Points saillants :

– Éducation sexuelle obligatoire pour tous les élèves à compter de septembre 2018

– Clientèle visée : élèves du primaire et du secondaire

– Sujets abordés au primaire : rôles sexuels, situations d’agression sexuelle, conception, stéréotypes sexuels, changements associés à la puberté, sexisme, homophobie, éveil amoureux et sexuel.

– Sujets abordés au secondaire : orientation sexuelle, notion de consentement, relations amoureuses, désir et plaisir sexuel, relations sexuelles non protégées, infections transmises sexuellement.

– Approche : « exploration de nouvelles valeurs et normes en matière de sexualité, au-delà de celles de la famille »



« Improvisation »


De son côté, le Syndicat de l’enseignement de la région de Québec (CSQ) s’étonne de l’empressement du gouvernement Couillard à rendre obligatoires les cours d’éducation sexuelle dès l’an prochain.

Le président du syndicat, Denis Simard, trouve que le gouvernement agit dans la précipitation et l’improvisation. Il déplore que les enseignants n’aient pas été consultés.

C’est toujours l’école à la pièce. C’est là-dessus qu’on en a. Sur le fond, donner des cours d’éducation sexuelle, je pense que c’est important, mais c’est fait un peu à la va-vite.
Denis Simard, président du Syndicat de l’enseignement de la région de Québec

Grille saturée

M. Simard ne voit pas d’un bon œil l’intention du gouvernement de permettre aux écoles d’intégrer les cours d’éducation sexuelle dans différentes matières.

« Ce n’est pas un cours comme on donne un cours de français, un cours de mathématiques. Quand on avait le cours de formation personnelle et sociale, c’était intégré dans un cours, il y avait des périodes pour cela », rappelle le président du syndicat.

Il ajoute que la grille-matières du régime pédagogique est déjà suffisamment remplie. « Depuis trois, quatre ans, ils ont ajouté des cours de toutes sortes, des cours qu’ils avaient enlevés […] Un moment donné, ça ne fonctionne pas. Ça ne rentre plus dans la grille-matières. »

Sources : La Presse Canadienne et Radio-Canada

Voir aussi
Éducation à la sexualité : pourquoi aucune école pilote dans la ville de Montréal ?

Cours d’ECR : les enseignants « marchent sur des œufs »

Du grand journalisme : « Les Ontariens et le sexe »

Québec — Le nouveau programme d’éducation sexuelle prônerait l’exploration sexuelle...?

La censure sur les campus du Canada

Conférenciers hués, manifestations bloquées, groupes étudiants censurés... La liberté d’expression des étudiants et de certains professeurs est mise à mal par une nouvelle mobilisation des groupes minoritaires. Emmanuelle Latraverse et Benoit Giasson se sont penchés sur la question.




Si la vidéo ne démarre pas, voir ici.

La chronique Mathieu Bock-Coté à ce sujet :

Le reportage du Téléjournal de Radio-Canada sur la censure à l’université a probablement choqué ceux qui s’imaginent encore qu’elle valorise la liberté intellectuelle. Mais ceux qui sont familiers avec elle ne pouvaient pas feindre la surprise.

D’un côté, on trouvait une jeune fille plutôt à droite subissant la censure d’une association étudiante.

De l’autre, on trouvait la porte-parole­­­ de cette association, pratiquant fièrement la censure.

Censure

Ce qui est dramatique, c’est que cette dernière est assez représentative de la nouvelle génération militante à gauche qui prétend redéfinir le débat public en en excluant ceux qui ne se réclament pas de ses dogmes.

Quelques exemples. On trouve ainsi des militants antiracistes qui veulent décider qui aura droit ou non à la parole publique. Leur objectif : en priver les racistes. Certains diront : pourquoi pas ?

Sauf que l'onconstate que nos antiracistes ont une définition très large du racisme. Vous critiquez le multiculturalisme ou l’immigration massive ? Vous vous demandez dans quelle mesure l’islam parvient à s’intégrer aux sociétés occidentales ? On pourra à tout moment vous traiter de raciste.

Pire encore : si vous contestez l’idée que le racisme systémique structure notre société, on pourra aussi vous accuser de racisme. Il faut voir le monde comme ces militants endoctrinés ou se condamner à l’ostracisme médiatico-politique.

Je parle de l’antiracisme qui devient fou, mais je pourrais aussi évoquer le féminisme radical qui voit du sexisme partout. Ou encore, la mouvance trans, en croisade contre une supposée transphobie généralisée, et qui balance des injures à ceux qui voient le monde autrement.

Partout, en toutes circonstances, les indignés professionnels surveillent la parole publique, à la recherche de propos à dénoncer. C’est la dictature des minorités haineuses.

Ces censeurs fiers de l’être dénaturent l’université, souvent avec la complicité des autorités universitaires, trop lâches pour défendre leur institution, et la collaboration de professeurs-militants qui confondent savoir et idéologie.

Ces censeurs sont tellement ivres de vertu et tellement convaincus d’avoir le monopole de la vérité que la simple expression d’un point de vue différent du leur semble être un scandale.

Ils nous disent : la liberté d’expression ne doit pas servir à exprimer des idées qui pourraient être offensantes pour telle ou telle minorité. En gros, ils veulent nous imposer leur définition du blasphème identitaire.

Certains, pour jouer les grands équilibristes, nous disent qu’on doit trouver un équilibre entre la liberté d’expression et l’encadrement des propos controversés.
C’est une fausse sagesse.

Politiquement correct

Car qui distinguera entre les propos controversés et ceux qui ne le sont pas ? Les minorités idéologiques hysté­riques pour qui le désaccord est une offense ? Une autorité surplombante composée d’experts partiaux ?

Et les propos controversés des uns sont souvent les propos lumineux des autres.

Il faut en revenir au simple bon sens : les universités doivent prendre les moyens nécessaires pour restaurer un climat intellectuel propice à la liberté intellectuelle et faire comprendre aux sectes idéologiques que leur règne est terminé.

Mais cela exigera du courage. Car c’est toute la société qui est soumise au politiquement correct.

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lundi 11 décembre 2017

Russie. Le mariage au secours d’une nation frappée par la dénatalité

Au moment où la crise démographique frappe à nouveau gravement la Russie, certains experts plaident pour des mesures d’ordre moral comme la promotion des valeurs familiales traditionnelles, afin d’enrayer l’inflation de divorces. Notons, toutefois, que le taux de natalité des Russes est supérieur à celui des Québécois.

Le ministre du Développement économique, Maxime Orechkine, a récemment déclaré que la situation démographique de la Russie était une des plus problématiques du monde, notamment sur le plan des pronostics économiques. Le gouvernement doit en effet reconnaître que l’immigration des ex-Républiques soviétiques n’est plus en mesure de compenser la lente décroissance de la population. Dans les prochaines années, le pays pourrait perdre environ 800 000 personnes en âge de travailler par an selon les scénarios les plus pessimistes.

Selon l’agence fédérale de statistiques Rosstat, entre janvier et juillet 2017, la perte naturelle de population de 114 400 personnes était huit fois plus importante que pour la même période en 2016 quand elle avait atteint 13 700. La baisse de la force de travail et l’augmentation du nombre des retraités sont la conséquence de cet état de fait.

Pendant que les économistes planchent sur les moyens de lutter contre la pénurie de main-d’œuvre à l’aide des nouvelles technologies, les sociologues proposent de mettre l’accent sur la natalité en renforçant l’institution du mariage. Institution qui, il faut bien le dire, bat de l’aile de façon inquiétante dans notre pays.

Selon Rosstat, sur 1 000 mariages en 2016, 895 divorces ont été enregistrés. Or, une forte natalité, dont la nécessité a été soulignée pour faire face aux gouffres démographiques du XXe siècle, est impossible sans une cellule familiale solide selon Vzgliad (« Regard »).

Pour Vzglaid, La « règle d’or » den démographie est une augmentation stable, mais faible, de la population avec un pourcentage élevé de citoyens aptes et instruits [et bien intégrés].

Sans une forte institution du mariage, cela n’est pas possible. À ce jour, la politique familiale en Russie vise principalement à aider les familles pauvres, plutôt que de renforcer la famille en tant que telle. Pendant ce temps, les fondations du mariage ont été minées dans les années Eltsine (1990-2000), sans jamais avoir été rétablies, tout en adoptant un certain nombre de pratiques occidentales, où l’institution du mariage a évolué quelque peu différemment.

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Baisse continue du nombre de naissances au Québec (m-à-j, décembre 2017)

Russie — généreuse prime à la naissance, allocation mensuelle et hypothèque moins chère pour les familles


dimanche 10 décembre 2017

Le modèle suisse de formation professionnelle fait bien des envieux

Extraits d’un article de Radio-Canada.

En Suisse, la formation professionnelle n’est pas regardée de haut comme cela arrive parfois au Canada [note du carnet : ainsi qu’au Québec, en France ou en Belgique]. Elle est, au contraire, très valorisée ; les deux tiers des jeunes se dirigent vers cette filière à la fin des études secondaires obligatoires. Résultat : un bassin de travailleurs formés pour répondre aux besoins des entreprises.

L’entreprise Bobst, à Lausanne, fabrique de l’équipement pour l’industrie de l’emballage. Près de 15 % de sa main-d’œuvre est composée d’apprentis, des jeunes qui sont en formation duale : ils passent trois jours par semaine à l’usine et deux à l’école où se donnent la formation théorique et la culture générale.



« On a l’avantage que ce qu’on ne comprend pas forcément en entreprise ou en cours, on a l’autre côté pour se rattraper », dit Jérémie Troyon. Le jeune homme de 17 ans travaille à l’obtention d’un certificat fédéral de formation (CFC) de polymécanicien. Son apprentissage durera quatre ans et lui donnera l’équivalent d’un diplôme d’études collégiales technique [« bac pro » en France].

Deux jeunes Suisses sur trois en formation professionnelle

Le choix de Jérémie est loin d’être exceptionnel. En Suisse, contrairement à chez nous, la formation professionnelle n’est pas une voie de garage. C’est plutôt la voie royale vers le marché du travail. Tellement, que près de 70 % des jeunes Suisses se dirigent vers cette filière à la fin du premier cycle du secondaire, à 14-15 ans en moyenne.

« C’est très fortement lié à la culture qu’on a en Suisse », soutient Markus Mosimann, responsable de la formation professionnelle chez Bobst.

La formule a ses avantages, d’abord pour les entreprises qui ont toujours à portée de main une main-d’œuvre qualifiée. Mais aussi pour les jeunes, particulièrement pour les garçons, qui ont souvent besoin d’action et de concret. « Continuer les études ne m’inspirait pas. J’en avais marre de rester sur une chaise d’école assis toute la journée. Du coup, je me suis orienté là-dedans, ça me convient bien », témoigne l’apprenti automaticien de 17 ans, Killian Rossier.

Un salaire pour étudier

Ce sont en partie les allers-retours constants entre la pratique et la théorie qui font le succès de la formation duale. Mais un autre des attraits est certainement le salaire qui est donné aux apprentis dès le début de leur formation : 1200 $ par mois en moyenne, un montant symbolique compte tenu du coût élevé de la vie en Suisse.

Peut-on parler de main-d’œuvre au rabais ? Pas vraiment, dit Markus Mosimann. « Un apprenti polymécanicien coûte sur les quatre ans plus ou moins 100 000 francs suisses (127 000 $). Donc, les deux premières années, il va surtout coûter parce que l’investissement au niveau formation est assez grand et après, en troisième et quatrième année, si on calcule un 60-70 % d’heures productives, il va couvrir ses frais. Donc, on peut peut-être dire que l’apprenti paye sa formation. »

Faible taux de chômage chez les jeunes

Une des réussites de la formation duale, c’est le taux de chômage chez les 15-24 ans qui est en Suisse beaucoup plus bas qu’ailleurs : 7 % contre 17 % en moyenne dans les pays de l’Union européenne.

La comparaison est sans pitié quand on regarde de plus près des pays comme l’Espagne ou la Grèce, où le taux de chômage des jeunes atteint des niveaux stratosphériques : respectivement 40 % et 46 %, et 23 % pour la France. Enfin, autre constat intéressant, la Suisse affiche un taux de décrochage scolaire très bas.

Un modèle envié à travers le monde

Le modèle semble si bien fonctionner qu’on vient de partout à travers le monde pour l’étudier. France, États américains, Inde, Sénégal : chaque année, une trentaine de délégations viennent ici pour tenter de percer le secret de la recette suisse.

« On essaie de mettre tout ce savoir à [la] disposition de partenaires à l’étranger où on contribue à des projets, soit de réforme nationale, soit de plus courtes formations », dit Mergim Jahiu, conseiller en relations internationales à l’Institut fédéral pour la formation professionnelle à Genève.

L’Institut a développé une véritable expertise en la matière. L’organisme assure la qualité et la pertinence des formations qui sont données. Il le fait en étroite collaboration avec le secteur privé.

Et la culture générale ?

Mais justement, à trop vouloir répondre aux desiderata des entreprises, est-ce que la formation de ces 70 % de jeunes Suisses dans la filière professionnelle ne met pas de côté trop tôt la culture générale ?

[Nous ne sommes pas sûrs de ce que cette question voudrait bien dire au Québec où la transmission de la culture générale à l’école est très superficielle et où l’on assiste souvent à l’école pour les matières non scientifiques à une rééducation politiquement correcte, voir Pas de classiques de la littérature, mais la lutte contre l’hétérosexisme en classe de français, d’anglais, d’histoire et de mathématiques.]

Markus Mosimann ne le croit pas. « L’apprentissage, ce n’est pas une lobotomisation de l’esprit. C’est assuré qu’il [l’apprenti] a droit à cette culture générale. Ce qu’il apprendra, c’est peut-être un peu de culture d’une entreprise. Mais je pense que de travailler dans les délais, d’avoir un peu de discipline dans son travail, c’est un bon apprentissage pour tout le monde. »

N’empêche, les parents des jeunes de 15 ans qui auront bientôt à choisir entre la voie professionnelle et la voie scolaire ont quelquefois des inquiétudes à cet égard. Pas étonnant, donc, que lors de soirées d’information données aux parents on insiste beaucoup sur cet aspect des choses. « En formation professionnelle, on forme aussi des citoyens par le biais de la culture générale », assure un directeur de centre de formation de la banlieue de Lausanne devant un parterre de près de 500 parents.

L’école-entreprise enseigne la responsabilité, la discipline et l’autonomie

Mais en recevant des jeunes qui ont tout juste 15 ans, l’entreprise doit faire plus que de leur transmettre un savoir-faire. Elle doit aussi leur enseigner un savoir-être. Elle devient éducatrice, en quelque sorte.

« À l’école obligatoire, ils étaient réprimandés pour des [gommes à mâcher] dans la bouche. Chez nous, on leur demande d’être autonomes, de devenir adulte. On les suit donc dans cette évolution avec les parents et l’école. Il y a les notes et puis, bien sûr, il y a les problèmes d’alcool ou de drogue, les chagrins d’amour, bref, toute la panoplie des problèmes de l’adolescence. On essaie d’avoir un dialogue ouvert et on trouve presque toujours une solution », affirme Markus Mosimann.

[...]

« Oui, l’apprentissage demande un investissement, mais même si je n’aime pas utiliser ce mot, c’est rentable. Ces jeunes arrivent chez nous motivés pour apprendre un métier. Ils ont une moyenne d’âge de 18 ans et ont plein d’idées en tête », dit Ana Soares, responsable de la gestion et du développement de l’apprentissage au CHUV.

Pousser tout le monde à l’université, c’est augmenter le chômage

D’origine française, Laure Bertin, formatrice au CHUV, vit et travaille en Suisse depuis une quinzaine d’années. Pour elle, le modèle suisse se compare avantageusement au modèle français. « On pousse tous les jeunes Français à faire l’université pour se retrouver la plupart du temps au chômage à la fin, raconte-t-elle. L’apprentissage est considéré comme une voie de garage pour ceux qui sont nuls à l’école. Mais ici, en Suisse, l’apprentissage, c’est un tremplin et ça leur permet de continuer des études et avoir un diplôme équivalent à celui qu’ils auraient obtenu à l’université. »

Le technique n’est pas une voie de garage, des passerelles existent

Dans son système de formation duale, la Suisse a mis au point un système de passerelles qui permet à ceux qui ont une formation professionnelle de continuer leurs études au niveau supérieur [comprendre : universitaire] s’ils en ont envie. On aime bien d’ailleurs donner l’exemple au CHUV du directeur des ressources humaines, qui a commencé comme laborantin en chimie et qui, de diplôme en diplôme, a obtenu un haut poste de direction.

Reportage audio : 17 minutes

Site de l’entreprise Bobst