vendredi 15 décembre 2017

Les inquiétudes de parents suisses par rapport à l'éducation sexuelle à l'école



Pour ce carnet, l’obligation gouvernementale d’assister à un cours identique pour tous d’éducation à la sexualité est une mauvaise idée.

Ces cours ont inévitablement des aspects moraux et les parents ont le droit et le devoir de choisir la formation morale de leurs enfants, pas l’État.

Les parents et les écoles doivent donc pouvoir décider des sujets moraux à aborder et la manière de les aborder. L’État ne doit pas, sous couvert d’« ouverture », de lutte aux « stéréotypes » sexuels viser à l’« exploration de nouvelles valeurs et normes en matière de sexualité, au-delà de celles de la famille » comme c’est le cas dans le programme d’éducation à la sexualité québécois.



Émission de KTO sur l'éducation à la sexualité :




Voir aussi

L’État québécois impose son programme d’éducation à la sexualité, car les écoles ne l’ont pas adopté volontairement


jeudi 14 décembre 2017

L'État québécois impose son programme d'éducation à la sexualité car les écoles ne l'ont pas adopté volontairement

Tous les élèves québécois du primaire et du secondaire devront obligatoirement suivre des cours d’éducation sexuelle à compter de septembre prochain, selon ce qu’a appris La Presse canadienne mercredi.

L’information a été confirmée par le Premier ministre Philippe Couillard, au cours d’un entretien exclusif avec l’Agence de presse canadienne à ses bureaux de Québec, en présence de la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Condition féminine, Hélène David.

Au cours des deux dernières années, le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, a bien tenté, sur la pointe des pieds, d’implanter graduellement, sur une base volontaire, l’éducation sexuelle à l’école, mais sans grand succès.

La grande majorité des écoles n’a pas suivi, tandis que les syndicats d’enseignants ont dénoncé sur tous les tons le manque de formation et l’approche retenue par Québec.

Sébastien Proulx affirme avoir pris la décision de rendre le cursus obligatoire devant la réticence de nombreuses écoles à participer au programme volontaire lors du projet-pilote. «L’adhésion de tous les milieux n’est pas là aussi facilement que je le crois nécessaire», souligne-t-il. À la Commission scolaire de Montréal, une seule école, sur près de 150, offre le cours, illustre le ministre. «Il y a des gens qui étaient réticents à le faire», dit-il.

Mais voilà que le gouvernement Couillard décide de ne plus tergiverser dans ce dossier : dès septembre, toutes les commissions scolaires, toutes les écoles, devront offrir des cours d’éducation sexuelle, et ce, de la première année du primaire à la cinquième secondaire.

Imposition

Au total, environ un million de jeunes « auront donc accès » [novlangue typique, entendre « se verront imposer »], dès la prochaine rentrée scolaire, à de l’information, modulée d’après le ministère de l’Éducation « selon leur âge », sur la sexualité, l’anatomie, l’image corporelle, les rôles sociaux, les agressions sexuelles, la vie affective et amoureuse, les relations sexuelles, les stéréotypes [en quoi est-ce l’affaire de l’État plutôt que des parents ?], les maladies transmises sexuellement, etc. Aucun jeune ne sera exempté. C’est cela le Québec : toujours une seule solution au nom de la diversité, de la tolérance, de l’adaptation aux différences familiales et toutes ces belles choses.

« J’ai l’impression que la vaste majorité des Québécois souhaite ça », a commenté le Premier ministre, convaincu qu’au Québec « on est rendus là, clairement ». [Laissez-les choisir alors !]

Il ne s’agira pas d’un « cours » comme tel, mais plutôt « d’activités insérées dans le parcours de l’enfant », a-t-il précisé, à l’intérieur de ses cours de français ou de mathématiques, par exemple, conformément à la formule déjà testée depuis deux ans. [Et quels sont les résultats de ces classes-pilotes ?]

Québec a décidé de foncer, même si le Premier ministre est bien conscient qu’il s’agit encore en 2017 d’un sujet délicat, controversé, qui « provoque certaines tensions sociales ».

Car ce ne sont « pas toutes les familles qui sont enthousiastes devant l’idée » de voir leur enfant entendre parler de sexe à l’école, convient-il.

Pour des raisons morales ou religieuses, certains parents résistent à l’idée de voir l’école offrir ce type d’apprentissages.

Mais la vague récente de dénonciations massives d’agressions sexuelles, un phénomène très médiatisé, a contribué à accentuer la pression sur Québec pour agir dans le sens de prévenir les agressions en misant d’abord sur l’éducation. [Prétexte, comme d’habitude. Que faut-il enseigner au primaire pour éviter les « agressions sexuelles » ? On profitera plutôt de ces classes pour faire passer des messages plus sociologiques, plus politiques et féministes sur le rôle des femmes dans la société (surtout pas à la maison, pas trop d’enfants, hein...) Un prétexte, comme la crise des accommodements raisonnables a abouti sur la recommandation de Bouchard-Taylor en faveur du programme multiculturaliste d’Éthique et de culture religieuse.]

Le ministre de l’Éducation devrait en faire l’annonce officielle jeudi, dans le cadre du forum sur la lutte aux agressions sexuelles, qui se tient au Centre des congrès de Québec.

Des contenus qui dérangent

D’après le bilan établi sur les écoles pilotes où avait été mis en place ce programme à l’automne 2015, des ajustements doivent prendre place pour la suite du programme. « Globalement, les directions d’écoles primaires et, surtout, les directions d’écoles secondaires étaient peu à l’aise avec le contenu des apprentissages en éducation à la sexualité », indique le document. La formation sur les agressions sexuelles — en première, en troisième et en cinquième année du primaire — provoque un malaise chez la plupart des intervenants, y compris chez les enseignants. L’apprentissage intitulé Globalité de la sexualité (enseigné au primaire et au secondaire) suscite aussi un questionnement, tout comme des éléments du programme secondaire : vie affective et amoureuse, agir sexuel, violence sexuelle, infections transmissibles sexuellement et par le sang, ainsi que grossesse. Certaines écoles ont omis d’enseigner ces contenus aux élèves parce qu’elles manquaient de personnel compétent. Les enseignants sont mal préparés pour aborder ces enjeux délicats en classe. Les deux tiers des enseignants du primaire et la moitié de ceux du secondaire qui participent au projet-pilote n’ont aucune formation en sexologie (à part les sessions offertes par le MEES, les commissions scolaires ou les directions d’école), note le bilan.

Dans son rapport, le ministère ne se demande pas, toutefois, si c’est le rôle de l’État de prescrire une philosophie sur la « globalité de la sexualité » ou des conseils en termes de « vie affective et amoureuse » ou sur l’« agir sexuel » (qu’est-ce à dire ?)...

Peu d’écoles intéressées

En 2015-2016, un projet pilote d’éducation sexuelle dans 15 écoles du Québec avait soulevé la grogne des syndicats, qui jugeaient le programme improvisé et la formation déficiente. En 2016-2017, le ministre avait rendu le programme disponible à toutes les écoles, mais sur une base facultative. Or, à peine 240 écoles (et aucune à Montréal) sur une possibilité de quelque 3000 à travers le Québec se sont montrées intéressées. [Et le ministre prétend que la demande est là...]

Il était prévu 5 heures par année au primaire et 15 heures au secondaire.

M. Couillard promet d’« impliquer les enseignants » dans le processus pour assurer le succès de l’initiative, désormais étendue à tout le réseau scolaire.

Le ministre Proulx devra certainement amadouer les syndicats d’enseignants, dans les mois qui viennent. Depuis deux ans, ils multiplient les sorties pour rejeter l’idée de parler de sexualité pendant l’apprentissage d’autres matières. Ils dénoncent aussi le manque de formation et le manque de matériel mis à leur disposition pour prodiguer un enseignement de qualité de la sexualité.

Points saillants :

– Éducation sexuelle obligatoire pour tous les élèves à compter de septembre 2018

– Clientèle visée : élèves du primaire et du secondaire

– Sujets abordés au primaire : rôles sexuels, situations d’agression sexuelle, conception, stéréotypes sexuels, changements associés à la puberté, sexisme, homophobie, éveil amoureux et sexuel.

– Sujets abordés au secondaire : orientation sexuelle, notion de consentement, relations amoureuses, désir et plaisir sexuel, relations sexuelles non protégées, infections transmises sexuellement.

– Approche : « exploration de nouvelles valeurs et normes en matière de sexualité, au-delà de celles de la famille »



« Improvisation »


De son côté, le Syndicat de l’enseignement de la région de Québec (CSQ) s’étonne de l’empressement du gouvernement Couillard à rendre obligatoires les cours d’éducation sexuelle dès l’an prochain.

Le président du syndicat, Denis Simard, trouve que le gouvernement agit dans la précipitation et l’improvisation. Il déplore que les enseignants n’aient pas été consultés.

C’est toujours l’école à la pièce. C’est là-dessus qu’on en a. Sur le fond, donner des cours d’éducation sexuelle, je pense que c’est important, mais c’est fait un peu à la va-vite.
Denis Simard, président du Syndicat de l’enseignement de la région de Québec

Grille saturée

M. Simard ne voit pas d’un bon œil l’intention du gouvernement de permettre aux écoles d’intégrer les cours d’éducation sexuelle dans différentes matières.

« Ce n’est pas un cours comme on donne un cours de français, un cours de mathématiques. Quand on avait le cours de formation personnelle et sociale, c’était intégré dans un cours, il y avait des périodes pour cela », rappelle le président du syndicat.

Il ajoute que la grille-matières du régime pédagogique est déjà suffisamment remplie. « Depuis trois, quatre ans, ils ont ajouté des cours de toutes sortes, des cours qu’ils avaient enlevés […] Un moment donné, ça ne fonctionne pas. Ça ne rentre plus dans la grille-matières. »

Sources : La Presse Canadienne et Radio-Canada

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Éducation à la sexualité : pourquoi aucune école pilote dans la ville de Montréal ?

Cours d’ECR : les enseignants « marchent sur des œufs »

Du grand journalisme : « Les Ontariens et le sexe »

Québec — Le nouveau programme d’éducation sexuelle prônerait l’exploration sexuelle...?

La censure sur les campus du Canada

Conférenciers hués, manifestations bloquées, groupes étudiants censurés... La liberté d’expression des étudiants et de certains professeurs est mise à mal par une nouvelle mobilisation des groupes minoritaires. Emmanuelle Latraverse et Benoit Giasson se sont penchés sur la question.




Si la vidéo ne démarre pas, voir ici.

La chronique Mathieu Bock-Coté à ce sujet :

Le reportage du Téléjournal de Radio-Canada sur la censure à l’université a probablement choqué ceux qui s’imaginent encore qu’elle valorise la liberté intellectuelle. Mais ceux qui sont familiers avec elle ne pouvaient pas feindre la surprise.

D’un côté, on trouvait une jeune fille plutôt à droite subissant la censure d’une association étudiante.

De l’autre, on trouvait la porte-parole­­­ de cette association, pratiquant fièrement la censure.

Censure

Ce qui est dramatique, c’est que cette dernière est assez représentative de la nouvelle génération militante à gauche qui prétend redéfinir le débat public en en excluant ceux qui ne se réclament pas de ses dogmes.

Quelques exemples. On trouve ainsi des militants antiracistes qui veulent décider qui aura droit ou non à la parole publique. Leur objectif : en priver les racistes. Certains diront : pourquoi pas ?

Sauf que l'onconstate que nos antiracistes ont une définition très large du racisme. Vous critiquez le multiculturalisme ou l’immigration massive ? Vous vous demandez dans quelle mesure l’islam parvient à s’intégrer aux sociétés occidentales ? On pourra à tout moment vous traiter de raciste.

Pire encore : si vous contestez l’idée que le racisme systémique structure notre société, on pourra aussi vous accuser de racisme. Il faut voir le monde comme ces militants endoctrinés ou se condamner à l’ostracisme médiatico-politique.

Je parle de l’antiracisme qui devient fou, mais je pourrais aussi évoquer le féminisme radical qui voit du sexisme partout. Ou encore, la mouvance trans, en croisade contre une supposée transphobie généralisée, et qui balance des injures à ceux qui voient le monde autrement.

Partout, en toutes circonstances, les indignés professionnels surveillent la parole publique, à la recherche de propos à dénoncer. C’est la dictature des minorités haineuses.

Ces censeurs fiers de l’être dénaturent l’université, souvent avec la complicité des autorités universitaires, trop lâches pour défendre leur institution, et la collaboration de professeurs-militants qui confondent savoir et idéologie.

Ces censeurs sont tellement ivres de vertu et tellement convaincus d’avoir le monopole de la vérité que la simple expression d’un point de vue différent du leur semble être un scandale.

Ils nous disent : la liberté d’expression ne doit pas servir à exprimer des idées qui pourraient être offensantes pour telle ou telle minorité. En gros, ils veulent nous imposer leur définition du blasphème identitaire.

Certains, pour jouer les grands équilibristes, nous disent qu’on doit trouver un équilibre entre la liberté d’expression et l’encadrement des propos controversés.
C’est une fausse sagesse.

Politiquement correct

Car qui distinguera entre les propos controversés et ceux qui ne le sont pas ? Les minorités idéologiques hysté­riques pour qui le désaccord est une offense ? Une autorité surplombante composée d’experts partiaux ?

Et les propos controversés des uns sont souvent les propos lumineux des autres.

Il faut en revenir au simple bon sens : les universités doivent prendre les moyens nécessaires pour restaurer un climat intellectuel propice à la liberté intellectuelle et faire comprendre aux sectes idéologiques que leur règne est terminé.

Mais cela exigera du courage. Car c’est toute la société qui est soumise au politiquement correct.

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lundi 11 décembre 2017

Russie. Le mariage au secours d’une nation frappée par la dénatalité

Au moment où la crise démographique frappe à nouveau gravement la Russie, certains experts plaident pour des mesures d’ordre moral comme la promotion des valeurs familiales traditionnelles, afin d’enrayer l’inflation de divorces. Notons, toutefois, que le taux de natalité des Russes est supérieur à celui des Québécois.

Le ministre du Développement économique, Maxime Orechkine, a récemment déclaré que la situation démographique de la Russie était une des plus problématiques du monde, notamment sur le plan des pronostics économiques. Le gouvernement doit en effet reconnaître que l’immigration des ex-Républiques soviétiques n’est plus en mesure de compenser la lente décroissance de la population. Dans les prochaines années, le pays pourrait perdre environ 800 000 personnes en âge de travailler par an selon les scénarios les plus pessimistes.

Selon l’agence fédérale de statistiques Rosstat, entre janvier et juillet 2017, la perte naturelle de population de 114 400 personnes était huit fois plus importante que pour la même période en 2016 quand elle avait atteint 13 700. La baisse de la force de travail et l’augmentation du nombre des retraités sont la conséquence de cet état de fait.

Pendant que les économistes planchent sur les moyens de lutter contre la pénurie de main-d’œuvre à l’aide des nouvelles technologies, les sociologues proposent de mettre l’accent sur la natalité en renforçant l’institution du mariage. Institution qui, il faut bien le dire, bat de l’aile de façon inquiétante dans notre pays.

Selon Rosstat, sur 1 000 mariages en 2016, 895 divorces ont été enregistrés. Or, une forte natalité, dont la nécessité a été soulignée pour faire face aux gouffres démographiques du XXe siècle, est impossible sans une cellule familiale solide selon Vzgliad (« Regard »).

Pour Vzglaid, La « règle d’or » den démographie est une augmentation stable, mais faible, de la population avec un pourcentage élevé de citoyens aptes et instruits [et bien intégrés].

Sans une forte institution du mariage, cela n’est pas possible. À ce jour, la politique familiale en Russie vise principalement à aider les familles pauvres, plutôt que de renforcer la famille en tant que telle. Pendant ce temps, les fondations du mariage ont été minées dans les années Eltsine (1990-2000), sans jamais avoir été rétablies, tout en adoptant un certain nombre de pratiques occidentales, où l’institution du mariage a évolué quelque peu différemment.

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Baisse continue du nombre de naissances au Québec (m-à-j, décembre 2017)

Russie — généreuse prime à la naissance, allocation mensuelle et hypothèque moins chère pour les familles


dimanche 10 décembre 2017

Le modèle suisse de formation professionnelle fait bien des envieux

Extraits d’un article de Radio-Canada.

En Suisse, la formation professionnelle n’est pas regardée de haut comme cela arrive parfois au Canada [note du carnet : ainsi qu’au Québec, en France ou en Belgique]. Elle est, au contraire, très valorisée ; les deux tiers des jeunes se dirigent vers cette filière à la fin des études secondaires obligatoires. Résultat : un bassin de travailleurs formés pour répondre aux besoins des entreprises.

L’entreprise Bobst, à Lausanne, fabrique de l’équipement pour l’industrie de l’emballage. Près de 15 % de sa main-d’œuvre est composée d’apprentis, des jeunes qui sont en formation duale : ils passent trois jours par semaine à l’usine et deux à l’école où se donnent la formation théorique et la culture générale.



« On a l’avantage que ce qu’on ne comprend pas forcément en entreprise ou en cours, on a l’autre côté pour se rattraper », dit Jérémie Troyon. Le jeune homme de 17 ans travaille à l’obtention d’un certificat fédéral de formation (CFC) de polymécanicien. Son apprentissage durera quatre ans et lui donnera l’équivalent d’un diplôme d’études collégiales technique [« bac pro » en France].

Deux jeunes Suisses sur trois en formation professionnelle

Le choix de Jérémie est loin d’être exceptionnel. En Suisse, contrairement à chez nous, la formation professionnelle n’est pas une voie de garage. C’est plutôt la voie royale vers le marché du travail. Tellement, que près de 70 % des jeunes Suisses se dirigent vers cette filière à la fin du premier cycle du secondaire, à 14-15 ans en moyenne.

« C’est très fortement lié à la culture qu’on a en Suisse », soutient Markus Mosimann, responsable de la formation professionnelle chez Bobst.

La formule a ses avantages, d’abord pour les entreprises qui ont toujours à portée de main une main-d’œuvre qualifiée. Mais aussi pour les jeunes, particulièrement pour les garçons, qui ont souvent besoin d’action et de concret. « Continuer les études ne m’inspirait pas. J’en avais marre de rester sur une chaise d’école assis toute la journée. Du coup, je me suis orienté là-dedans, ça me convient bien », témoigne l’apprenti automaticien de 17 ans, Killian Rossier.

Un salaire pour étudier

Ce sont en partie les allers-retours constants entre la pratique et la théorie qui font le succès de la formation duale. Mais un autre des attraits est certainement le salaire qui est donné aux apprentis dès le début de leur formation : 1200 $ par mois en moyenne, un montant symbolique compte tenu du coût élevé de la vie en Suisse.

Peut-on parler de main-d’œuvre au rabais ? Pas vraiment, dit Markus Mosimann. « Un apprenti polymécanicien coûte sur les quatre ans plus ou moins 100 000 francs suisses (127 000 $). Donc, les deux premières années, il va surtout coûter parce que l’investissement au niveau formation est assez grand et après, en troisième et quatrième année, si on calcule un 60-70 % d’heures productives, il va couvrir ses frais. Donc, on peut peut-être dire que l’apprenti paye sa formation. »

Faible taux de chômage chez les jeunes

Une des réussites de la formation duale, c’est le taux de chômage chez les 15-24 ans qui est en Suisse beaucoup plus bas qu’ailleurs : 7 % contre 17 % en moyenne dans les pays de l’Union européenne.

La comparaison est sans pitié quand on regarde de plus près des pays comme l’Espagne ou la Grèce, où le taux de chômage des jeunes atteint des niveaux stratosphériques : respectivement 40 % et 46 %, et 23 % pour la France. Enfin, autre constat intéressant, la Suisse affiche un taux de décrochage scolaire très bas.

Un modèle envié à travers le monde

Le modèle semble si bien fonctionner qu’on vient de partout à travers le monde pour l’étudier. France, États américains, Inde, Sénégal : chaque année, une trentaine de délégations viennent ici pour tenter de percer le secret de la recette suisse.

« On essaie de mettre tout ce savoir à [la] disposition de partenaires à l’étranger où on contribue à des projets, soit de réforme nationale, soit de plus courtes formations », dit Mergim Jahiu, conseiller en relations internationales à l’Institut fédéral pour la formation professionnelle à Genève.

L’Institut a développé une véritable expertise en la matière. L’organisme assure la qualité et la pertinence des formations qui sont données. Il le fait en étroite collaboration avec le secteur privé.

Et la culture générale ?

Mais justement, à trop vouloir répondre aux desiderata des entreprises, est-ce que la formation de ces 70 % de jeunes Suisses dans la filière professionnelle ne met pas de côté trop tôt la culture générale ?

[Nous ne sommes pas sûrs de ce que cette question voudrait bien dire au Québec où la transmission de la culture générale à l’école est très superficielle et où l’on assiste souvent à l’école pour les matières non scientifiques à une rééducation politiquement correcte, voir Pas de classiques de la littérature, mais la lutte contre l’hétérosexisme en classe de français, d’anglais, d’histoire et de mathématiques.]

Markus Mosimann ne le croit pas. « L’apprentissage, ce n’est pas une lobotomisation de l’esprit. C’est assuré qu’il [l’apprenti] a droit à cette culture générale. Ce qu’il apprendra, c’est peut-être un peu de culture d’une entreprise. Mais je pense que de travailler dans les délais, d’avoir un peu de discipline dans son travail, c’est un bon apprentissage pour tout le monde. »

N’empêche, les parents des jeunes de 15 ans qui auront bientôt à choisir entre la voie professionnelle et la voie scolaire ont quelquefois des inquiétudes à cet égard. Pas étonnant, donc, que lors de soirées d’information données aux parents on insiste beaucoup sur cet aspect des choses. « En formation professionnelle, on forme aussi des citoyens par le biais de la culture générale », assure un directeur de centre de formation de la banlieue de Lausanne devant un parterre de près de 500 parents.

L’école-entreprise enseigne la responsabilité, la discipline et l’autonomie

Mais en recevant des jeunes qui ont tout juste 15 ans, l’entreprise doit faire plus que de leur transmettre un savoir-faire. Elle doit aussi leur enseigner un savoir-être. Elle devient éducatrice, en quelque sorte.

« À l’école obligatoire, ils étaient réprimandés pour des [gommes à mâcher] dans la bouche. Chez nous, on leur demande d’être autonomes, de devenir adulte. On les suit donc dans cette évolution avec les parents et l’école. Il y a les notes et puis, bien sûr, il y a les problèmes d’alcool ou de drogue, les chagrins d’amour, bref, toute la panoplie des problèmes de l’adolescence. On essaie d’avoir un dialogue ouvert et on trouve presque toujours une solution », affirme Markus Mosimann.

[...]

« Oui, l’apprentissage demande un investissement, mais même si je n’aime pas utiliser ce mot, c’est rentable. Ces jeunes arrivent chez nous motivés pour apprendre un métier. Ils ont une moyenne d’âge de 18 ans et ont plein d’idées en tête », dit Ana Soares, responsable de la gestion et du développement de l’apprentissage au CHUV.

Pousser tout le monde à l’université, c’est augmenter le chômage

D’origine française, Laure Bertin, formatrice au CHUV, vit et travaille en Suisse depuis une quinzaine d’années. Pour elle, le modèle suisse se compare avantageusement au modèle français. « On pousse tous les jeunes Français à faire l’université pour se retrouver la plupart du temps au chômage à la fin, raconte-t-elle. L’apprentissage est considéré comme une voie de garage pour ceux qui sont nuls à l’école. Mais ici, en Suisse, l’apprentissage, c’est un tremplin et ça leur permet de continuer des études et avoir un diplôme équivalent à celui qu’ils auraient obtenu à l’université. »

Le technique n’est pas une voie de garage, des passerelles existent

Dans son système de formation duale, la Suisse a mis au point un système de passerelles qui permet à ceux qui ont une formation professionnelle de continuer leurs études au niveau supérieur [comprendre : universitaire] s’ils en ont envie. On aime bien d’ailleurs donner l’exemple au CHUV du directeur des ressources humaines, qui a commencé comme laborantin en chimie et qui, de diplôme en diplôme, a obtenu un haut poste de direction.

Reportage audio : 17 minutes

Site de l’entreprise Bobst

vendredi 8 décembre 2017

Le numérique, quelles conséquences pour l’école ?

Existe-t-il une nouvelle école numérique qui se distingue réellement de l’« école d’avant », celle qu’incarne le maître et l’apprentissage des savoirs fondamentaux ?

À bien y réfléchir, la réponse ne va pas de soi. Il n’est pas certain que ce que l’on appelle banalement l’« école numérique » soit autre chose que du bricolage, car « l’entrée de l’école dans le monde numérique » semble surtout... impensée.

Michel Desmurget ne se contente pas de remettre en question notre époque, il cherche à éclairer « l’avenir numérique » de l’école et ses conséquences concrètes sur les processus d’apprentissages de nos chères têtes blondes, confrontées de plus en plus tôt et de plus en plus longtemps au monde envoûtant des écrans.




Lien du Mp3 Michel Desmurget-L’ecole et le numérique-14.12.2016.mp3

Enregistré le 14.XII.2016
Durée : 2 heures 16 minutes 43 secondes

Biographie

Né d’un père français et d’une mère allemande, Michel Desmurget est docteur en neurosciences et chargé de recherche au CNRS pour le centre de neuroscience cognitive de Lyon.

Il a vécu près de 8 ans aux États-Unis, travaillant pour le compte de plusieurs universités américaines, dont le MIT, l’université Emory et l’université de Californie à San Francisco. En 2011, il est directeur de recherche à l’INSERM. Il déclare « la science se construit sur les cendres du bon sens » lors de l’émission de France Inter La Tête au carré sur « Les Effets de la télévision » le 12 mai 2011.

mercredi 6 décembre 2017

Réforme aux États-Unis : les plans d'épargne-études 529 pourraient servir à payer l'école privée

Un plan 529 est un véhicule d’investissement fiscalement avantageux aux États-Unis conçu pour encourager l’épargne pour les futurs frais d’études supérieures d’un bénéficiaire désigné.

Il s’agit donc d’un plan d’épargne-études administré par l’État ou un établissement d’enseignement et conçu pour aider les familles à mettre des fonds de côté pour les coûts liés aux études postsecondaires. Les contributions au régime d’épargne-études se font après impôts, les paiements au bénéficiaire sont cependant exempts d’impôts. Bien que les contributions ne soient pas déductibles de l’impôt fédéral sur le revenu du donateur, de nombreux États accordent des déductions d’impôt sur le revenu pour tout ou partie des contributions du donateur. Au-delà des possibilités de déduction fiscale potentielle de l’État, l’un des principaux avantages du régime 529 est que le capital croît avec un report d’impôt et que les distributions pour les frais de scolarité du bénéficiaire sont exonérées d’impôt. Il est également possible d’utiliser l’argent accumulé dans ce régime d’épargne-étude à d’autres en payant l’impôt sur les gains en capital et une pénalité de 10 %.

Actuellement, ce régime d’épargne-études ne peut servir qu’à payer les frais de scolarité auprès d’établissements postsecondaires agréés.

La réforme fiscale qui doit être finalisée dans les semaines à venir prévoit d’élargir les circonstances dans lesquelles ce régime d’épargne-études pourra être utilisé. Les projets de loi du sénat et de l’assemblée prévoient tous deux le même élargissement, il est donc fort probable que ce texte sera approuvé « en conférence » et que le texte devienne loi plus tard cette année.

Le sénateur Ted Cruz a déclaré mercredi sur Fox News que le projet de loi fiscale incluait des dispositions sur le choix de l’école pour permettre aux parents de mieux décider de l’éducation de leurs enfants.

« Mon amendement étend le champ d’application du régime d’épargne-études 529 qui, pour l’instant, ne peut servir qu’à épargner pour aller à l’université [notes du carnet : et d’autres établissements postsecondaires agréés], désormais vous pourrez aussi dépenser votre plan 529 sur les frais de scolarité de la maternelle à la 12e année pour les écoles publiques, les écoles privées, les écoles religieuses et l’instruction et cela jusqu’à 10 000 $ par an et par enfant », de déclarer le sénateur texan Ted Cruz.

Comme le chroniqueur Ryan Ellis l’explique sur le site de Forbes : « Les parents peuvent commencer à épargner dès la naissance d’un enfant pour l’école privée ou paroissiale, ou pour les dépenses d’éducation à la maison, dans un plan 529. Cet argent peut croître en franchise d’impôt pendant des années pour payer des choses comme l’école Montessori, l’école secondaire catholique ou les réseaux d’enseignement à domicile. Avec une composante déductible de l’impôt dans la plupart des États, les parents obtiendront un avantage fiscal immédiat, puis un allégement fiscal supplémentaire sous la forme de gains en capital libres d’impôt. »

Le projet de loi fiscale du Sénat a déjà abaissé les taux d’imposition dans de nombreuses tranches et a doublé le crédit d’impôt pour enfants à 2 000 $. L’expansion du régime d’épargne-études 529 aux écoles privées, religieuses et à l’instruction à domicile est un autre fait saillant de ce projet de loi pour Brian Birch de Catholic Vote.

Pour Brian Birch, il s’agit là d’une « excellente première étape pour aider les parents qui paient l’éducation de leurs enfants deux fois : une fois quand ils s’acquittent de leurs impôts fonciers pour leurs écoles publiques locales et une seconde fois pour leur école catholique ou l’école à la maison » de leurs enfants.





Baisse continue du nombre de naissances au Québec (m-à-j)

Mise à jour du 6 décembre 2017

Les mauvais chiffres se confirment. Le nombre de naissances des neuf premiers mois de 2017 est le plus bas depuis dix ans (2007) alors que l’immigration a été la principale cause d’une augmentation de 9 % de la population pendant cette période passant de 7 692 736 âmes en 2007 à 8 394 034 en 2017. Si le dernier trimestre est à l’aune des neuf premiers mois, la natalité et la fécondité québécoises en 2017 risquent donc d’être plus basses qu’en 2016. L’indice synthétique de fécondité devrait être proche de 1,55 enfant/femme, malgré les sommes énormes investies dans les garderies syndicalisées (CPE).



Mise à jour du 7 septembre 2017
Les mauvais chiffres se confirment. Le nombre de naissances des six premiers mois de 2017 est le plus bas depuis dix ans (2007) alors que l’immigration a été la principale cause d’une augmentation de 10 % de la population pendant cette période. Le nombre de décès est également en forte hausse par rapport à 2008.






Mise à jour de 2 août 2017

Les chiffres provisoires des cinq premiers mois sont désormais disponibles. Ils ne sont pas bons du tout. Il n’y a jamais eu aussi peu de naissances au Québec depuis 2007 pendant les cinq premiers mois de l’année alors que la population y a crû d’un peu moins de 10 % (très majoritairement à cause de l’immigration) !






Billet originel du 10 juillet 2017 

Nous l’avons déjà vu, l’indice de fécondité des Québécois est en baisse depuis 7 ans. Il est passé de 1,73 enfant/femme en 2009 à 1,59 enfant/femme en 2016. On estime qu’il faut 2,1 enfants/femme pour remplacer les générations. Taux que le Québec n’a plus atteint depuis 1970.

Le taux de fécondité du Japon que l’on cite souvent comme catastrophique est actuellement de 1,46 enfant/femme. Le taux de fécondité du Canada est dans l’ensemble le même que celui du Québec, en dépit de l’absence de politique très dispendieuse d’aide aux frais de garde des jeunes enfants au Canada. [Voir Démographie : même taux de natalité au Canada qu’au Québec, sans « politique familiale »]

Aucun parti politique ne semble se préoccuper de ce taux de fécondité anémique qui augure mal pour la survie du peuple francophone québécois. Tous pensent que l’immigration comblera le manque de naissances. Les difficultés d’intégration économique (le chômage est plus important parmi les minorités ethniques), linguistique, culturelle et religieuse dans la société québécoise ne semblent pas préoccuper les politiciens outre mesure. Certains partis semblent même surtout voir dans cette immigration nombreuse de futurs consommateurs et électeurs fédéralistes.

Les chiffres prévisionnels des naissances pour les quatre premiers mois de 2017 sont sortis et ils ne sont pas bons. Il n’y a jamais eu aussi peu de naissances au Québec depuis 2007 alors que la population y a cru d’un peu moins de 10 % (très majoritairement à cause de l’immigration).





Les décès sont également en hausse depuis 10 ans (+ 15 %) bien que l’augmentation de ceux-ci soit plus irrégulière.





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Le 6 décembre : la Saint-Nicolas, patron des écoliers


Chanson chantée dans les écoles en Belgique et dans le Nord-Est de la France pour la Saint-Nicolas




Visite de Saint Nicolas et du père Fouettard dans une école primaire de Belgique

;:




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Saint-Nicolas sans sa croix de la mutualité socialiste belge, le porte-parole des évêques ne comprend pas


Le 25 novembre et le 6 décembre, hier et aujourd'hui

Belgique — Saint Nicolas sans croix






Soutenons les familles dans leurs combats juridiques (reçu fiscal pour tout don supérieur à 50 $)

mardi 5 décembre 2017

Lecture des élèves à 10 ans, bons résultats du Québec, pour les rares participants

Selon une étude comparative de 50 pays publiée mardi, la capacité de lecture des enfants âgés de 9 à 10 ans a diminué aux États-Unis, au Canada, en France et dans plusieurs autres pays développés.

Dix pays ont enregistré des résultats inférieurs à ceux d’il y a cinq ans dans l’évaluation PIRLS (Programme de recherche en lecture scolaire) des élèves en quatrième année de scolarité, à savoir la Belgique, le Canada, le Danemark, la France, l’Iran, Israël, Malte, la Nouvelle-Zélande et les États-Unis.

Dix-huit pays, y compris l’Angleterre, la Russie et le Qatar ont apporté des améliorations.

Les notes moyennes en lecture sont présentées sur l’échelle du PIRLS qui s’étend de 0 à 1000. La moyenne internationale est établie à 500, avec un écart-type de 100. Cette moyenne a été établie en 2001. Ce repère demeure le même d’une année à l’autre.

La Russie et Singapour sont respectivement en tête avec 581 et 576 points dans l’étude portant sur la capacité de compréhension de l’écrit par 319 000 enfants. La région moscovite a également participé à l’épreuve à titre autonome, comme le Québec le fait au sein du Canada. Les jeunes élèves de Moscou ont obtenu les meilleurs résultats de toutes les entités participantes.

Les élèves de 4e année du Canada affichent en lecture un score de 543 points, nettement supérieur à la médiane internationale de 500. Il s’agit toutefois d’une baisse de 5 points par rapport à 2011, une différence statistiquement significative. Le résultat des élèves du Québec sont en hausse passant de 538 à 547. L’ennui c’est que le Québec n’a pas satisfait les critères de participation (voir ci-dessous) ce qui tend à rendre ces résultats suspects.

L’Égypte a obtenu 330 points, tandis que l’Afrique du Sud a terminé au dernier rang avec 320 points.

Les filles ont surpassé les garçons dans 48 pays, avec une différence moyenne de 19 points, et ont obtenu le même résultat dans deux pays : le Portugal et Macao.

L’aptitude à la compréhension de l’écrit des garçons était particulièrement en retard sur celles des filles dans les pays à majorité musulmane tels que l’Arabie Saoudite, Oman et l’Iran, mais l’écart était également important dans l’Afrique du Sud laïque.

L’enquête PIRLS réalisée par l’IEA, un organisme sans but lucratif situé aux Pays-Bas, est la quatrième du genre depuis 2001.

Il contient des informations comparatives sur le temps et les ressources consacrés à l’enseignement de la lecture, mais ne tire pas de conclusions ou ne fait pas de suggestions sur la façon dont les pays pourraient s’améliorer.

Parmi les résultats de l’étude :

  •  Le niveau de lecture chez les élèves français de quatrième année — qui ont obtenu 511 points dans l’étude 2016 pour prendre la 34e place sur 50, derrière le Kazakhstan — diminue régulièrement depuis la première étude PIRLS en 2001.
  • Les capacités de lecture des jeunes francophones de Belgique ont régressé au cours des cinq dernières années, plaçant la Fédération Wallonie-Bruxelles en dernière place de l’Union européenne et des pays développés, selon les résultats du Programme international d’évaluation des compétences en lecture (PIRLS 2016).
  • Le Maroc a obtenu une note de 358, se plaçant ainsi à l’antépénultième place dans le classement.
  • En Afrique du Sud, qui était le seul pays subsaharien à participer, les filles ont gagné six points entre 2011 et 2016, alors que les garçons ont perdu 12 points.
  • En Iran, les niveaux de lecture entre les deux sexes ont fortement augmenté entre 2006 et 2011 pour chuter au cours des cinq dernières années. La note moyenne des garçons a chuté de 41 points entre 2011 et 2016, comparativement à 15 points pour les filles.
  • Aux États-Unis, 98 % des étudiants avaient accès à une bibliothèque scolaire alors que seuls 14 % des élèves de 4e année en Égypte y avaient accès.

(Le chiffre entre parenthèses est l’erreur type)

Les résultats du Québec et le faible taux de participation de ses écoles

Année Québec
Résultat
Québec
Résultats selon le sexe
Canada Résultat Québec Rang parmi les pays participants
Filles Garçons 
2001 537 544 530 S/O 11e rang sur 35 pays participants
2006 533 539 527 S/O 18e rang sur 40 pays participants
2011 538 544 531 548 20e rang sur 45 pays participants
2016 547543  20e rang sur 59 participants

Les élèves québécois ont donc obtenu un résultat légèrement plus élevé en 2016 qu’aux enquêtes précédentes et se classent au 20e rang parmi les 59 participants.

Les bons résultats du Québec sont, toutefois, grevés de faiblesses dans l’échantillonnage et d’une très faible participation des écoles : seules 36 % des écoles choisies au hasard ont participé à l’enquête, ce taux monte après le remplacement (aléatoire) de ces écoles dont le directeur refusait de participer à l’enquête PIRLS. Ce faible taux de participation aux enquêtes internationales n’est pas neuf au Québec. C’est ainsi que le taux de participation au Québec a toujours été inférieur aux critères à l’enquête PISA (qui avoisine autour de 85 % de participation) : 74 % en 2006, 69 % en 2009, 75,6 % en 2012, 52 % en 2015. L’effondrement de la participation ces dernières années s’explique en partie par le boycottage du PISA par plusieurs écoles publiques. Leur absence a eu pour effet d’augmenter la proportion d’élèves du privé, qui ont gonflé les résultats avec leurs meilleures notes. Ce boycottage a été lancé par la Fédération québécoise des directeurs d’établissement pour protester contre le gouvernement Couillard dans leur bataille salariale.


Mais les directeurs d’école ne sont pas les seuls à mettre les bâtons dans les roues de ces enquêtes. Si, année après année, le taux de participation du Québec aux enquêtes internationales est si bas, c’est qu’il faut un consentement parental pour que les jeunes puissent participer. Personne ne fait ça ailleurs. Selon l’éditorialiste Alain Dubuc : « Ce sont le plus souvent les parents moins éduqués, plus méfiants du système, qui refusent que leurs enfants participent, comme pour le recensement. »

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Les résultats des élèves au PISA remis en question

TIMSS 2015 : le Québec s’en sort bien en maths, les garçons encore mieux mais faible participation québécoise

PISA 2015 — Les bonnes notes du Québec remises en question pour cause de faible participation


Insister sur Pythagore et π perpétuerait le « privilège immérité » des Blancs

Une professeure d’éducation mathématique à l’Université de l’Illinois a soutenu dans un livre paru récemment que les compétences algébriques et géométriques perpétuent le « privilège immérité » parmi les blancs.

Dans cet ouvrage collectif intitulé Soutenir des pratiques scientifiques en méthodes mathématiques, Mme Gutierrez soutient que l’accent en mathématiques mis sur le théorème de Pythagore et le nombre pi (π) alimente l’idée que les mathématiques ont été inventées par les Grecs et les Européens.

Rochelle Gutierrez, professeure à l’Université de l’Illinois, a fait cette demande dans une nouvelle anthologie pour les professeurs de mathématiques, affirmant que les enseignants doivent être conscients de la « politique que les mathématiques apportent » dans la société.

« À de nombreux niveaux, les mathématiques fonctionnent comme la blancheur. Ceux à qui revient le mérite d’avoir inventé et développé les mathématiques, ceux qui ont la bosse des maths et qui sont considérés comme faisant partie de la communauté mathématique sont généralement considérés comme blancs », de soutenir Gutierrez.

Les mathématiques aident également à perpétuer activement le privilège blanc, puisque la façon dont notre économie accorde une grande importance aux compétences en mathématiques confère aux maths une forme de « privilège immérité » pour les professeurs de mathématiques, qui sont d’un blanc disproportionné.

« Sommes-nous vraiment si intelligents parce que nous faisons des mathématiques ? » Demande-t-elle, se demandant en outre pourquoi les professeurs de mathématiques obtiennent plus de bourses de recherche que les professeurs de « sciences sociales ou d’anglais ».

En outre, elle s’inquiète aussi que les évaluations des compétences en mathématiques puissent perpétuer la discrimination contre les minorités, surtout si elles font pire que leurs homologues blancs.

« Si l’on n’est pas considéré comme mathématique, il y aura toujours un sentiment d’infériorité qui peut être invoqué », dit-elle, ajoutant qu’il y a tellement de minorités qui « ont vécu des microagressions en participant à des cours de maths… par si elles peuvent raisonner abstraitement. »

Pour lutter contre cela, Gutierrez encourage les futurs enseignants de mathématiques à développer un sens de « conocimiento politique », une expression espagnole voulant dire « connaissance politique ».

Gutierrez souligne que toute connaissance est « relationnelle », affirmant que « les choses ne peuvent pas être connues objectivement ; ils doivent être connus subjectivement. »

Campus Reform et The Independent ont contacté Gutierrez pour commentaire, mais n’ont pas reçu de réponse selon leurs articles.


Un Québec moins français et moins scolarisé...

Extrait d’une récente chronique de Mario Dumont 

Les chiffres de Statistique Canada sur le recul du français dans les milieux de travail ont meublé les débats politiques toute la semaine. La langue demeure un sujet explosif au Québec, surtout une semaine après la controverse Adidas. [...]

Cependant, se pourrait-il que nous ayons laissé échapper une autre statistique encore plus fondamentale diffusée le même jour ? Cette nouvelle bruyante sur la langue au travail a en effet fait oublier les données de Statistique Canada sur la scolarisation.

Les Québécois sont, encore en 2017, moins scolarisés que la moyenne canadienne. À tous les niveaux. Personnellement, je trouve ces données encore plus inquiétantes. Et je rejette l’explication boiteuse voulant que ce soit la forte proportion d’immigrants bien éduqués à Toronto qui fasse mal paraître le Québec.

Un échec

Le retard que nous constatons devrait nous atteindre droit au cœur. Le rapport Parent sur l’éducation avait établi pour le Québec un objectif de société : faire le rattrapage en matière d’éducation par rapport au reste du Canada. Bien sûr, nous partions de loin. Le Québec était au début des années 1960 une société en retard du point de vue scolarité. Un sérieux rattrapage fut réalisé.

[Mario Dumont se laisse un peu vite emporter par le mythe de la Révolution tranquille... C'est ainsi qu'en réalité, le Québec a connu une baisse relative du nombre de diplômés universitaire par rapport à l’Ontario après la prétendue Grande Noirceur !

Comme l’a montré Vincent Geloso, au chapitre de l’éducation supérieure par exemple, pour chaque tranche de 100 Ontariens qui possédaient un diplôme universitaire, seuls 71 Québécois en détenaient un en 1951. Dix ans de censée « Grande noirceur » plus tard, cette proportion était passée à 85 !

Par contre, durant ce que l’on nomme la « Révolution tranquille » (les années soixante), le Québec recommence à perdre du terrain et ce chiffre baisse à 78 en 1981. Les plus récentes données disponibles indiquent que ce taux est maintenant de 80. Un recul similaire a été observé par rapport au reste du Canada.

Alors que le Québec avait connu un déclin relatif par rapport au reste du Canada avant la Seconde Guerre mondiale, le contraire est survenu lorsque la guerre a pris fin. Les Québécois francophones ont abandonné les occupations rurales et se sont dirigés massivement vers des occupations administratives, professionnelles, et vers d’autres emplois dans le secteur des services, dont les salaires étaient semblables à ceux observés à Toronto. Même les ouvriers non spécialisés occupant des emplois dans le secteur manufacturier ont vu leurs salaires augmenter légèrement plus vite qu’à Toronto entre 1946 et 1960.

En fait, loin de connaître le déclin relatif et le retard croissant suggérés dans les livres d’histoire, le Québec a plutôt vécu un grand mouvement de rattrapage économique et social avec le reste du Canada durant cette période, en particulier en ce qui a trait à l’épargne et à l’investissement, à l’éducation et au niveau de vie en général.

Le Québec a connu un grand rattrapage scolaire bien avant 1960 !
École québécoise neuve construite pendant la prétendue Grande Noirceur. Région de Lanaudière, années 1950.

En bref, la situation relative du Québec au sein du Canada s’est améliorée à un rythme soutenu durant les deux périodes (la Grande Noirceur [1944-1960] et la Révolution tranquille [post-1960]), mais la plupart des gains en termes de résultats éducationnels et de niveau de vie ont été réalisés avant 1960, et non après. C’est le contraire de ce que des générations d’étudiants ont appris dans les cours d’histoire, et de ce que les termes « Grande Noirceur » et « Révolution tranquille » sont censés signifier.

Autre mythe sur la Réforme Parent : Ministre Proulx : « le ministère de l’Éducation créé pour s’assurer que tous aient accès à l’école »

]

Cependant, le retard historique n’explique plus rien. Les données de Statistique Canada concernent les gens en âge de travailler. Dans cette catégorie d’âge, tout le monde a pu profiter des fruits de la réforme Parent [Note du carnet : en fait du rattrapage amorcé bien avant...]. S’il reste une raison historique, ce n’est qu’une mentalité moins portée vers l’éducation au Québec, en particulier chez les francophones.

Les Québécois francophones accordent-ils à l’éducation l’importance cruciale qu’elle mérite ? Le fier Jacques Parizeau s’attristait des écarts entre francophones et anglophones à l’école. Au Canada anglais, les parents sont plus engagés dans le vécu de l’école, qui est davantage une affaire de communauté concernant chacun. Les dons aux fondations liées à l’éducation y sont bien plus élevés aussi.

Souffrir encore en 2017 d’un retard de scolarisation au Québec doit être nommément désigné comme un échec et appeler un redressement. Les excuses historiques doivent désormais être envoyées aux oubliettes et remplacées par un appel à la mobilisation. Il y a de l’espoir : jamais les partis politiques québécois n’ont exprimé une telle unanimité dans la priorité à accorder à l’éducation. Il reste à voir les résultats.

Prospérité en français !

Données sur la langue et données sur l’éducation, j’établis un lien direct entre les deux thèmes. Les constats sur la langue auront beau montrer des signes inquiétants, il y a une limite en 2017 à ce qui peut être imposé. Oui, la loi 101 doit être appliquée, mais elle n’imposera pas tout à tout le monde tout le temps.

Une langue qui s’impose, c’est celle d’un peuple fort. En ce sens, le Québec devrait viser rien de moins que d’être plus scolarisé que la moyenne canadienne. Un peuple éduqué, prospère, gagnant aura plus de facilité à convaincre les nouveaux arrivants à adopter sa langue.

Y a-t-il vraiment une pénurie énorme de travailleurs au Québec ?

Selon le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, il y aurait plus d’un million d’emplois à pourvoir d’ici 2024. C’est ce que M. Couillard a déclaré à l’ouverture du Forum sur la valorisation de la diversité et la lutte contre la discrimination, mardi à Québec. Il s’agit donc, pour le Premier ministre libéral, d’expliquer sa politique d’immigration « très généreuse » critiquée, notamment, par la Coalition avenir Québec (CAQ) qui considère plutôt qu’il faut limiter (timidement) le nombre d’immigrants afin de mieux les intégrer. La CAQ entend ainsi abaisser à 40.000 le nombre d'immigrants admis par le Québec tout en maintenant les sommes actuellement allouées pour l'intégration des quelques immigrants accueillis chaque année au Québec.

Plus d’un million d’emplois, 1 372 200 pour être plus précis, seraient à pourvoir dans la province d’ici 2024, a affirmé M. Couillard, en ajoutant avoir entendu le « cri de détresse » des entreprises.

Mais est-ce vrai ? Dans quelle mesure ces postes seraient-ils automatisables ou seront-ils de toute façon automatisés par les entreprises pour rester compétitives ? Le Japon se refuse à toute immigration de masse et préfère l’automatisation, ce serait le pays avec le plus de robots par travailleur. Dans quelle mesure ces emplois qui ne trouvent pas preneurs (Radio-Canada nous a récemment parlé de plus de 1000 postes de camionneurs non pourvus) sont simplement mal connus, devenus peu attrayants car mal rémunérés ou de plus en plus contraignants ? Il existe également des préjugés défavorables envers les métiers manuels, les bons éléments étant orientés vers les emplois de bureau qui ne seront pas nécessairement mieux payés que s’ils avaient choisi une carrière de travailleurs manuels qualifiés. Une meilleure orientation professionnelle peut remédier, ne fût-ce que partiellement, à ces pénuries.

Est-il judicieux de faire venir des centaines de milliers d’immigrants dans les années à venir, alors qu’on prévoit que l’intelligence artificielle pourrait supprimer de nombreux emplois (tant cols blancs que cols bleus). En France, d’ici 2030, 21 % des travailleurs pourraient être remplacés par des robots.



Guillaume Marois, démographe et chercheur à l’International Institute for Applied Systems Analysis, s’est également penché sur cette question de la pénurie catastrophique de main-d’œuvre qui nous menacerait que d’aucuns prédisent depuis quelques années (prédictions catastrophistes qui ne sont pas toujours dénuées d’arrière-pensées politiques) :

Nous vivons dans une bien drôle d’époque. L’un des principaux maux affectant le Québec serait cette fameuse pénurie de main-d’œuvre, pénurie qui prendrait de l’ampleur dans les prochaines décennies en raison du vieillissement de la population.

Malheur, il y aurait trop d’emplois au Québec ! Car c’est bien le sens du concept : pour qu’il y ait pénurie, il faudrait que la demande de main-d’œuvre, c’est-à-dire le nombre d’emplois disponibles, dépasse l’offre, c’est-à-dire le nombre de travailleurs. À peu près l’ensemble de la classe politique cherche à répondre d’une manière ou d’une autre à ce « problème ». Mais en est-ce vraiment un ? D’ailleurs, ne voyez-vous pas le paradoxe ? En même temps que le gouvernement cherche à répondre à cette « pénurie de main-d’œuvre », il se targue, lors d’annonces, de création d’emplois... qui contribueraient pourtant à amplifier cette pénurie.

Quelle pénurie de main-d’œuvre ?

Le raisonnement est en apparence limpide : les baby-boomers prennent progressivement leur retraite, entraînant à court et à moyen terme un déclin de la population en âge de travailler. Le nombre de travailleurs diminuant, la pénurie de main-d’œuvre est inévitable.

Or, on semble oublier un détail important : la demande de main-d’œuvre n’est pas indépendante de l’offre. En effet, s’il y a déclin de la population active, il y aura aussi moins de consommateurs, donc moins de demandes pour divers produits et, en fin de compte, moins de besoins en main-d’œuvre. D’ailleurs, il n’a jamais été démontré scientifiquement qu’il y a ou qu’il y aura une pénurie de main-d’œuvre générée par le vieillissement de la population.

Mais peu importe les faits, la catastrophe était annoncée dès 2009 : il y aurait eu alors 700 000 emplois à combler pour 2012. Cette impressionnante anticipation a par ailleurs été revue régulièrement à la hausse et elle atteint aujourd’hui 1,4 million pour 2024. Or, même si, à environ 6 %, le taux de chômage au Québec est aujourd’hui relativement bas, nous sommes encore loin du plein emploi.

De fait, les enquêtes de Statistique Canada montrent qu’il y a, selon la conjoncture, environ 65 000 postes vacants pour 270 000 chômeurs, un ratio de quatre chômeurs par poste vacant. Manque de main-d’œuvre et surplus de chômeurs ?

Mais les employeurs peinent à recruter !

Possible, mais les difficultés de recrutement ne trouvent pas nécessairement leur source dans un manque de main-d’œuvre disponible, en termes quantitatifs. D’autres explications plus plausibles s’offrent à nous, comme l’inadéquation entre le marché et les conditions de travail offertes. Si le salaire que l’employeur est prêt à offrir se trouve nettement sous les attentes des travailleurs, il n’est pas étonnant que le recrutement soit difficile. Pensons notamment à ces pauvres restaurateurs qui peinent à recruter de la main-d’œuvre, tout en offrant des salaires dérisoires et des horaires de travail non traditionnels (et exigeant probablement, de surcroît, le bilinguisme). Et si une entreprise n’est pas rentable en offrant les salaires du marché, il se peut que son modèle d’affaires soit à revoir...

Il est vrai que certaines entreprises qui offrent des conditions de travail compétitives peinent tout de même à pourvoir certains postes aux profils très particuliers. Mais encore une fois, on ne peut pour autant parler de pénurie généralisée de main-d’œuvre.

Il s’agit plutôt d’une inadéquation locale entre le profil des travailleurs et celui recherché par les employeurs, qui se corrige en travaillant sur la formation (que les entreprises peuvent en partie assumer elles-mêmes). En somme, c’est un enjeu qualitatif plutôt que quantitatif, une affaire de formation et de qualification plutôt que de nombres.

Et s’il y avait réellement une pénurie généralisée de main-d’œuvre ?

Serait-ce là un problème qui mériterait toute l’attention de nos politiciens ? Sans doute, certaines entreprises ne pourraient pas atteindre la croissance désirée, ce qui déplairait à leurs actionnaires. Mais du point de vue des travailleurs, une pénurie généralisée inverserait le rapport de force avec le patronat et leur donnerait pour une rare fois dans l’histoire récente le gros bout du bâton pour négocier leurs conditions de travail.

Dans un contexte où les jeunes sont encore souvent en situation de précarité d’emploi, où les revenus des classes moyennes et pauvres stagnent, voire régressent, et que ceux des très riches augmentent, où les immigrants vivent encore un chômage démesuré alors que les employeurs qui ont activement milité pour les faire venir peuvent paradoxalement se permettre de les discriminer, il est difficile d’imaginer qu’un retour du balancier favorisant les travailleurs serait une mauvaise chose.




Dictionnaire du conservatisme




Jean-Christophe Buisson reçoit dans l’émission Historiquement Show sur la chaine Histoire Eugénie Bastié, Olivier Dard et Frédéric Rouvillois pour Le Dictionnaire du conservatisme sous la direction de Christophe Boutin, Olivier Dard et Frédéric Rouvillois (aux éditions du Cerf).



Présentation de l’ouvrage

D’Abstraction à Zouaves pontificaux, ce Dictionnaire du conservatisme évoque des hommes (de Gaulle ou Proudhon) comme des valeurs (Équilibre ou Honneur), des moments historiques (monarchie de Juillet ou Révolution) comme des institutions (Institut ou Sénat), des perspectives futures (développement durable ou transhumanisme) comme des mythes (Antigone ou Père). Juristes, historiens ou littéraires, ses auteurs dégagent ainsi une image du conservatisme : divers mais cohérent, à la fois éternel et actuel, pensée qui structure face au monde de l’éphémère et du relatif, opposant d’indispensables certitudes à la désagrégation moderne.

Le Dictionnaire du conservatisme
aux éditions du Cerf
Collection Idées
Paris, novembre 2017
1072 pages
ISBN : 9782204123587


L’ouvrage est dirigé par Frédéric Rouvillois [entretien ci-dessous], Olivier Dard, Christophe Boutin. Il se compose de 250 articles rédigés par des spécialistes (y compris le québécois Mathieu Bock-Côté pour sa critique conservatrice du multiculturalisme) afin de mieux cerner les notions et les problématiques liées au conservatisme et de considérer la place de ce courant dans l’histoire des idées.



« Le vrai conservateur, c’est celui qui pense que notre civilisation est fragile mais qu’on peut la défendre »
Frédéric Rouvillois

Être conservateur, voilà un état qu’on ne connait guère en France, et pourtant tout le monde parle de cette famille politique qui hante notamment la droite depuis plus d’un siècle. De l’utilité de définir les mots et grands noms de ce courant politique (Le dictionnaire du conservatisme, de Christophe Boutin, Frédéric Rouvillois et Olivier Dard, éditions du Cerf).

Écrire un dictionnaire, en tant que « livre sur la signification des mots» n’est-ce, dès le départ de votre travail, une démarche foncièrement conservatrice – par exemple si on l’oppose à une encyclopédie qui vise à rassembler l’ensemble de toutes les sciences?

Frédéric Rouvillois — C’est une question amusante et originale à laquelle je n’avais pas pensé, mais effectivement, en un sens, il y a dans la démarche encyclopédique une forme de dimension prométhéenne – une volonté de dominer le monde, l’univers, d’un seul regard – alors que la démarche du dictionnaire est plus mesurée, plus prudente, plus modeste. Le dictionnaire se soumet d’une certaine façon au réel là où l’encyclopédie semble vouloir soumettre le réel. D’où une dimension conservatrice du dictionnaire, et ce sur plusieurs plans : par la philosophie comme nous venons de le montrer, mais aussi conservatrice en tant que force conservatoire des mots, de la langue et de la culture.

En France, depuis la parution du premier dictionnaire sous le règne de Louis XIV, c’est ainsi qu’on pense cet objet.

On parle souvent d’une certaine inadaptation de la culture française au conservatisme, ou du fait que le conservatisme n’a pas de grande tradition politique définie comme par exemple en Angleterre. Mais votre dictionnaire regorge de penseurs, courants intellectuels ou écrivains qui portent au pinacle la pensée conservatrice, même si ces courants peuvent sembler parfois concurrents, sinon contradictoires. La supposée « faiblesse » du conservatisme français (mais en même temps son intérêt) ne réside pas dans cette diversité concurrentielle des conservatismes qu’a produit sa culture?

Oui, et on en revient au choix du dictionnaire: le conservatisme n’a jamais trouvé son nom en France, si on excepte une petite partie du XIXe siècle avant d’être ostracisé et rejeté de manière presque systématique par la suite. Au XXe siècle, il y a une foule de penseurs qui sont de par leur pensée des conservateurs, et veulent défendre par exemple une forme de tradition, d’enracinement, d’identité mais qui soit n’utilisent pas ce terme pour se désigner (c’est le cas par exemple du général de Gaulle) ou en viennent à récuser ou refuser violemment ce terme quand il leur est assigné. Ils sont nombreux. L’un de ceux qu’on a beaucoup évoqué dans ce livre est Maurras, qui refusait très largement ce qualificatif de conservateurs, lui-même considérant ce terme comme désignant les conservateurs de la fin du XIXe siècle, soit un courant sans colonne vertébrale ou véritable ligne de pensée.

On a aussi l’impression que plus qu’une doctrine, le conservatisme est un état d’esprit, comme le souligne par exemple le titre d’un ouvrage d’un grand penseur conservateur américain, Russell Kirk, quand il parle de « conservatist mind » ou d’« imaginative conservative ». Ce rapport au monde conservateur est-il une force ou une faiblesse selon vous?

Ce qui est clair, c’est qu’il n’y a pas une doctrine conservatrice qui serait clairement établie comme il y a pu avoir un marxisme, un fascisme ou un gaullisme à l’origine. Le conservatisme est une nébuleuse qui présente des éléments de toutes sortes. Il y a des éléments doctrinaux, mais aussi des questions économiques, anthropologiques ou historiques qui sont de natures diverses. Chacune de ces positions comporte le même « état d’esprit » Cette diversité est en effet à la fois sa force et sa faiblesse paradoxalement. C’est ce qui fait que sont intégrés dans le conservatisme à la fois des penseurs libéraux et des penseurs critiques envers le libéralisme, mais aussi des penseurs réactionnaires. C’est une nébuleuse extrêmement vaste dont les frontières ne sont pas aisées à établir et sont susceptibles de débat. Cela correspond d’ailleurs assez largement à ce qui fait la droite, et même certains segments de ce qu’est la gauche qui sont appelés à rentrer dans cette nébuleuse. On a beaucoup insisté par exemple dans ce livre sur la question de l’écologie qui est une forme de conservation de la nature. Depuis les années 60-70, elle est considérée de gauche alors qu’il nous semble incontestable que l’écologie est au fond une pensée conservatrice – et qu’inversement le conservatisme est nécessairement tourné vers la nature – telle la fameuse « écologie intégrale » défendue par le pape dans Laudato Si est selon nous conservatrice.

Dans votre article sur l’idée de « Progrès », vous évoquez trois familles de conservatisme. Quelles sont ces trois tendances de conservatisme ?

J’en parlais en effet par rapport au « mythe du progrès », qui me semble typique de la pensée de gauche selon laquelle l’humanité, par son propre effort, serait amenée à s’améliorer de manière nécessaire et illimitée dans le temps. Et que l’humanité irait vers une plus grande fluidité, une plus grande transparence, plus rationnelle, plus juste, heureuse etc. C’est à mon sens l’une des caractéristiques de la gauche et l’antithèse du conservatisme. À l’opposé du progressiste, le conservateur n’est sûr de rien sur ce point de vue-là. Le conservateur a toujours à l’esprit, pour reprendre la formule de Paul Valéry selon laquelle « les civilisations sont mortelles » ou que du moins elles sont dans leur constitution extrêmement fragiles. Le travail du conservateur va être d’identifier ce qui est important et de faire en sorte de le conserver dans le temps. Bref, le conservateur est à l’opposé du progressiste un pessimiste ou optimiste modéré. Il pense que les choses sont fragiles mais qu’on peut les défendre. Le vrai conservateur est celui-là. Et que par conséquent travailler à leur conservation est pertinent.

A partir de cette idée, on peut considérer qu’il y a un certain segment du conservatisme qu’on pourrait dans certains cas appeler le réactionnaire qui considère qu’au fond tout est déjà fichu. Et qu’en toute hypothèse, c’était mieux hier. C’est un conservatisme, un peu paradoxal, qui pense d’une certaine façon qu’il n’y a déjà plus rien à conserver.

Et à côté de ce conservatisme, il y a des formes de combinaisons entre le conservatisme et le progressisme qui peut accepter sur certains points que les choses s’améliorent dans le temps, et que par ailleurs, il faut savoir renoncer au passé pour pouvoir conserver un petit peu. C’est le « il faut que tout change pour que rien ne change ».


Source : Atlantico


jeudi 30 novembre 2017

Repentance permanente — Les manipulateurs de l’histoire québécoise sont parmi nous

Extraits de textes de Mario Dumont et Mathieu Bock-Côté sur l’initiative de Valérie Plante, la nouvelle mairesse de Montréal, de commencer les réunions du conseil de ville non plus par une prière — laïcité oblige — mais par un rituel pénitentiel où elle affirme que Montréal qu’il s’agit d’un territoire agnier (mohawk en anglais) non cédé. La mode est à la contrition des Québécois de souche européenne et à la valorisation de « nos » racines amérindiennes. C’est également le cas à l’école (voir les liens ci-dessous).

De Mario Dumont :

La mairesse de Montréal tient son premier conseil de ville. Ses premiers mots sont pour rappeler qu’elle siège en « territoire autochtone non cédé ». Son prédécesseur Denis Coderre amorçait des discours avec les mêmes mots. Est-ce pertinent ? Pas vraiment. Est-ce vrai ? Pas sûr du tout.

En fait, la plupart des historiens s’entendent pour dire qu’à la fondation de Montréal en 1642, il n’y avait même plus d’établissement fixe des Iroquoiens du Saint-Laurent, la nation qui aurait auparavant habité Hochelaga. Quant à la prétention d’un territoire mohawk, ceux-ci se trouvaient plus au sud, surtout dans l’État de New York. [Les Agniers installés autour de Montréal aujourd’hui sont en fait des réfugiés qui fuyaient les persécutions de leurs congénères agniers et recherchaient la protection des Français autour de Montréal. Voir le cas de Sainte Kateri Tekakwitha (1656-1680), le Lys des Agniers, qui se réfugiera ainsi près de Montréal.]

Officiellement, les Mohawks souhaiteraient qu’on parle toujours d’un territoire mohawk non cédé. Les Hurons-Wendat revendiquent aussi Montréal, puisque l’île fait partie de la vallée du Saint-Laurent et des Grands Lacs. Compliqué ? Qui a été où, et à quel moment ? Plusieurs étaient plutôt nomades. Établi dans quel lieu en quelles années ? Difficile d’être certain.

Les fouilles archéologiques permettent aux historiens d’en apprendre encore. Dans un tel contexte, imaginez combien les politiciens se couvrent de ridicule en tranchant ces questions historiques.

Opportunisme politique

Alors pourquoi des élus en autorité répètent-ils à satiété une affirmation probablement erronée ? Réponse simple : parce qu’ils pensent que c’est politiquement payant. Ils pensent qu’il est de bon ton à l’ère Trudeau que la majorité s’autoflagelle. Ils pensent que dans la bien-pensance dominante, une telle approche donne bonne bouche.

Oui, je souhaite qu’on trouve des solutions concrètes pour que les jeunes Autochtones aient un avenir plus reluisant. Oui, je veux que les femmes autochtones retrouvent respect et sécurité. Mais je trouve totalement inutiles ces réinterprétations opportunistes et grotesques de ce qui s’est passé à Hochelaga entre 1600 et 1650.

Commencer chaque réunion du conseil par ce rappel constitue un symbole vide et tordu. Si Valérie Plante veut agir pour le bien des Autochtones en 2017, qu’elle le fasse.

Le rituel pénitentiel de la mairesse Plante s’inscrit parfaitement dans l’esprit qui anime le mandat de Djeustine Trudeau

De Mathieu Bock-Côté :

Ainsi, Valérie Plante a décidé de soumettre sa ville à un rituel pénitentiel. Elle commence les réunions du conseil de ville en disant de Montréal qu’il s’agit d’un territoire mohawk non cédé.

Denis Coderre n’était pas étranger à cette pratique, mais on sentait chez lui que cela relevait de l’opportunisme politique le plus grossier. Chez Valérie Plante, on devine le zèle idéologique dont a l’habitude une certaine gauche qui n’a de cesse de faire le procès du monde occidental.

Montréal

C’est ce que le philosophe français Pascal Bruckner avait appelé au début des années 1980 « le sanglot de l’homme blanc », qui ne cesse de se flageller publiquement à cause de son passé. Il témoigne aussi ainsi de sa supériorité sur ses ancêtres, qu’il présente comme des ploucs malfaisants.

Le problème, avec la déclaration de Valérie Plante, c’est qu’elle est historiquement fausse, comme en conviennent les historiens. Les esprits subtils diront qu’elle est problématique. Les esprits exaspérés la diront franchement mensongère.

Mais pourtant, les politiciens montréalais continuent de répéter ce bobard historique, comme s’ils n’avaient aucun scrupule à manipuler le passé, à déformer les faits, pour peu que cela corresponde à leur programme idéologique.

[...]

Tous conviennent qu’il faut aujourd’hui accorder une plus grande attention aux besoins des populations amérindiennes. Mais il n’est nul besoin de trafiquer la vérité historique pour cela.

[Note du carnet : une plus grande attention consisterait à abroger la Loi sur les Indiens comme le suggère Tom Flanagan. Les politiques indiennes actuelles assurent pouvoir et richesse à une petite élite d’activistes, de politiciens, d’administrateurs, d’intermédiaires et d’entrepreneurs privilégiés, tout en enfonçant davantage dans la misère la population qu’elles sont censées aider. Voir aussi le livre Au-delà de la Loi sur les Indiens Rétablir les droits de propriété autochtone au Canada de Tom Flanagan, Christopher Alcantara et André Le Dressay]

À moins que la déclaration de Valérie Plante ne repose sur la conviction suivante : fondamentalement, les nations d’ascendance européenne que sont le Québec, le Canada et les États-Unis n’ont pas leur place en Amérique.

Veut-elle nous dire, en répétant cette ânerie, que les Européens, en Amérique, n’ont été finalement que des envahisseurs et qu’ils ne devraient pas être ici ?

Ne se rend-elle pas coupable alors d’un anachronisme gênant ? Il y a des limites à réécrire l’histoire à partir des obsessions idéologiques du présent.

Mais la manipulation historique ne s’arrête pas là. On le sait, le gouvernement Couillard mène une consultation sur le racisme systémique, même s’il a cherché à la camoufler sous un autre nom.

Esclavage

On oublie souvent que les promoteurs de cette cause ont tendance à présenter l’esclavage comme un phénomène majeur dans l’histoire du Québec, qui aurait conditionné négativement notre société depuis ses origines à l’endroit de la diversité.

Mais on oublie de dire que l’esclavage a été marginal et qu’il n’a aucunement structuré notre société comme cela a été le cas dans le sud des États-Unis.

Mais encore une fois, cette histoire réécrite par des idéologues incultes et militants vise à culpabiliser les Québécois.

Cette entreprise de culpabilisation va bon train médiatiquement et personne n’ose s’y opposer vraiment.

Montréal n’est pas un territoire mohawk non cédé. Et la Nouvelle-France n’a pas été une aventure criminelle. Il serait temps de le rappeler à ceux qui nous gouvernent.

Si l'histoire de France et de l'Europe est singulièrement absente des écoles québécoises, les prières autochtones et le rapprochement délibéré entre l’écologisme et la spiritualité autochtone (en partie fantasmée) sont bien présents dans le matériel scolaire québécois. Ici une prière amérindienne à la Terre-Mère, illustration du manuel d’ECR Près de moi, publié par les éditions CEC, destiné à la 2de année du premier cycle du primaire, manuel B, p. 60

Voir aussi

Les habitants de Montréal à l’arrivée des Français parlaient-ils agnier (mohawk) ?

Spiritualité autochtone, écologie et norme universelle moderne

L’utilité de la glorification des Premières Nations

ECR — obsession pour les amérindiens écologistes


« Nos ancêtres, les Amérindiens » à l’école

Cérémonie, prière, danse sacrées amérindiennes dans une école laïque publique

« Notre » patrimoine matrimoine religieux autochtone

Le faux « sang indien » des Québécois

(Suite d’une autre prière amérindienne à la Terre-Mère, illustration du manuel d’ECR Près de moi, publié par les éditions CEC, destiné à la 2de année du premier cycle du primaire, manuel B, p. 61)

ECR — obsession pour les Amérindiens écologistes

Québec — Le peu de place consacrée à l’Europe (à la France) dans les programmes d’histoire

Canada — Financement par élève serait supérieur pour les écoles autochtones aux écoles publiques


Illustration du manuel d’ECR Mélodie, publié par Modulo, destiné au 1er cycle du primaire, manuel B, p. 8