lundi 22 mai 2017

France — le nouveau ministre veut remettre à l'honneur le latin, le grec, les classes bilangues

Grec, latin, classes bilangues [*] et sections européennes : ces enseignements et dispositifs vont-ils retrouver une place centrale au collège ? C’est ce que semble souhaiter le nouveau ministre de l’Éducation, Jean-Michel Blanquer. Il remet ainsi en question les « avancées égalitaristes » de la ministre socialiste Nadjat Belkacem. « J’ai été choqué de la suppression de dispositifs qui marchaient bien », a déclaré le ministre à leur sujet. La chaîne de télévision publique France 2 s’est penchée sur ce que le nouveau ministre pourrait remettre à jour.

Lors de sa campagne, Emmanuel Macron lui-même y faisait référence : « partout, je veux remettre les classes bilangues, l’enseignement des humanités ». Le nouveau gouvernement ferait donc machine arrière sur la réforme du collège de 2015. Les établissements qui le souhaitent pourront à nouveau proposer des options « Langues anciennes ».

Une référence à la réforme du collège votée en 2015. Si les établissements avaient finalement obtenu le droit de maintenir les options latin et grec, le nombre d’heures qui leur étaient attribuées avait baissé, et elles avaient perdu du terrain au profit d’enseignements pluridisciplinaires. Quant aux classes d’excellence, l’ancien gouvernement entendait favoriser l’égalité entre tous les élèves « en les réformant » dans la langue de bois ministérielle ; en les vidant de leurs substances et en faisant du nivellement par le bas selon ses critiques.



Note

[*] Les classes bilangues permettent d’augmenter le volume horaire consacrée aux langues. De plus en plus aujourd’hui, ces classes bilangues consistent en la continuation de la langue démarrée en primaire en y ajoutant une autre (une des deux est souvent l’anglais, une exception toutefois pour un collège de l’académie de Metz, où les deux langues sont l’allemand et l’italien).

dimanche 21 mai 2017

375e de Montréal, récupération multiculturaliste ?

Nous avions déjà fait part de nos craintes de voir le 375e anniversaire de la fondation de Montréal récupéré politiquement par le parti du « vivre ensemble » multiculturel qui occulterait la fondation d’une ville française, d’un effort mené par des gens très pieux (Ville-Marie) et l’importance de cette ville du point de vue historique et linguistique pour la francophonie nord-américaine.

Denis Bombardier revient sur cette récupération :

TOUS DES IMMIGRANTS ?

Rien ne nous sera épargné­­. Montréal est en fête et cette commémoration de la fondation de Ville-Marie par nos ancêtres français permet au maire Denis Coderre de conclure que « nous sommes tous des immigrants ». Tous, mais d’abord et avant tout les Canadiens français de souche. On a bien compris­­ le message.

Le maire n’en est pas à un raccourci près lorsqu’il veut nous faire part de la réflexion qui inspire ses initiatives. Pour comprendre sa vision orthodoxe du multiculturalisme, ne l’oublions pas, puisque Denis Coderre­­ a été dans une vie antérieure ministre libéral à Ottawa. Le multiculturalisme s’est développé et s’est épanoui, si l’on peut dire, pour en arriver à cette création surprenante qu’est le Canada post national tant vanté et incarné par Justin Trudeau. Dans ses voyages à l’étranger, il commande l’admiration­­ de nombre de gens qui ignorent par ailleurs ce qu’est le Canada­­ en dehors des clichés. Et c’est à l’initiative de Pierre-Elliot Trudeau, père de la Charte des droits que le multiculturalisme, cette réponse au nationalisme québécois, s’est imposé. Que Denis Coderre prenne ses aises avec l’histoire et nos ancêtres français ne devrait donc pas nous surprendre.

EXPANSION FRANÇAISE

Le hic est que les Français venus coloniser­­ le Canada n’étaient pas des immigrants. Ils ne fuyaient pas leur pays. Ils voulaient l’agrandir jusqu’en ces contrées lointaines sur lesquelles ils misaient pour s’enrichir. Pour imposer leur civilisation également. Il s’agissait, pour ces navigateurs qui étaient des aventuriers et pour ces missionnaires animés d’une foi vibrante et conquérante, de prendre possession du territoire au nom du roi de France. Ils ne se déracinaient donc pas, ils s’installaient tout simplement dans des terres qu’ils s’appropriaient, parfois en négociant des traités avec certaines tribus. Comme les Anglais l’ont fait eux-mêmes à l’intérieur de leur empire.

PROCÈS

Le procès du colonialisme de ces grands empires a déjà été fait. Avec raison, d’ailleurs. Mais on ne peut pas réécrire l’histoire selon les critères moraux d’aujourd’hui. Les idéologues qui plaquent notre réa­lité actuelle à la lecture de celle du passé en arrivent, eux, à conclure que nous, les Blancs, sommes criminels de tous les malheurs du monde. En prenant possession de la Nouvelle­­-France, nous serions devenus­­ les initiateurs du génocide des autochtones et à ce jour, nous en demeurons les coupables.
Cette petite phrase prononcée par le maire Coderre pour bien montrer son ouverture aux communautés culturelles du Québec d’aujourd’hui est une façon de dénoncer insidieusement les Québécois qui se revendiquent de leur histoire, de leur culture propre et de leurs ancêtres, qui ont bâti ce pays. C’est une invitation à un déracinement collectif de la majorité francophone. Quel paradoxe tout de même de lancer le message aux immigrants de conserver leur culture d’origine et d’exiger des Québécois de souche qu’ils se fondent, eux, dans cette diversité culturelle canadienne en marche.

Et si les Québécois, par leur silence et leur mémoire défaillante, donnaient­­ raison au maire Coderre ?
« 375 ans d’accueil »

Le Devoir publiait vendredi une chronique de Cathy Wong, chroniqueuse au Devoir, à Radio-Canada et la plus jeune présidente du Conseil des Montréalaises, une instance consultative auprès de l’Administration municipale en ce qui a trait à l’égalité entre les femmes et les hommes et à la condition féminine. Son article voulait célébrer la dimension autochtone de Montréal et les 375 années d’« accueil » de la communauté autochtone.
Tanite nita tshipa tshi uni-tshissitutatan (Où es-tu que je n’oublie pas)

La place Jacques-Cartier, la rue Amherst (ce gouverneur anglais qui avait suggéré de donner des couvertures souillées aux autochtones pour leur transmettre la variole), le boulevard de Maisonneuve sont tous des espaces publics qui témoignent d’un Montréal colonial. Où sont ceux qui valorisent notre histoire millénaire ? Dans cet esprit, la « Commission de toponymie sauvage de Montréal », une initiative citoyenne, s’est prêtée à une action de dénomination l’été dernier. Le temps d’une action intempestive, l’angle des rues Mackay et Sherbrooke se nommait désormais ȣgmakw, le nom du frêne abénaquis. Ce genre de geste citoyen nous rappelle que, en dehors des quatre murs d’un musée, les références aux Premières Nations sur le territoire montréalais sont encore limitées. Où es-tu que je n’oublie pas ? se demande [la poétesse montagnaise] Joséphine Bacon. L’effacement de l’histoire entraîne aussi l’effacement de la mémoire. Pour l’amour de notre ville, multiplions les lieux de reconnaissance des Premières Nations.


En quête de son identité autochtone, Joséphine Bacon nous renvoie à notre vivre-ensemble. Depuis 1642, les Premières Nations accueillent sur leur territoire des vagues de migration : les Français d’abord, ensuite les Anglais, les Italiens, les Haïtiens, les Chinois, etc. Depuis 375 ans, nous sommes tous des enfants de grandes migrations et le territoire autochtone d’Hochelaga continue à accueillir les trois quarts des immigrants du Québec.

Accueil des Français par les Iroquois autour de Montréal
Si les Français furent bien accueillis par les Montagnais, les Hurons et les Algonquins, ils furent mal accueillis par les ennemis de ceux-ci. Il n’y a pas de tradition uniforme d’accueil des Français de la part des autochtones. C’est un point de vue racialiste (les Autochtones unis par opposition aux blancs), un point de vue anachronique.

Cette chronique étrange de cette habituée du Devoir, de Radio-Canada et animatrice de l’émission Droit de cité à CIBL FM a d’abord suscité cette réaction de Mathieu Bock-Côté :


Une fraude historique, entretenue par l’école québécoise

Mathieu Bock-Coté revenait à la charge le lendemain :,

Le 375e anniversaire de Montréal nous rappelle à quel point l’histoire est l’objet d’immenses manipulations idéologiques.

L’une d’entre elles cherche à nous faire croire que nous serions tous des immigrants, mis à part les Amérindiens, seuls vrais fondateurs de la ville et du pays.

Les Français ? Ils n’auraient été qu’une vague migratoire parmi bien d’autres dans l’histoire de Montréal. Ensuite seraient venues d’autres vagues, les Anglais, les Écossais, les Irlandais, les Italiens, les Grecs et tant d’autres.

Immigrants ?

Il faut dire que ce n’est pas vraiment nouveau. Même au ministère de l’Éducation, on tient aussi ce discours à propos du Québec.
On déclasse symboliquement la Nouvelle-France d’un trait de plume. On fait disparaître la France et son effort de colonisation. On réécrit l’histoire. On en invente une nouvelle, mensongère, mais conforme aux canons de la rectitude politique. C’est une histoire multiculturaliste. Une histoire fabulée.

On comprend l’enjeu politique de cette réécriture.

Il s’agit de nier aujourd’hui que la majorité historique francophone soit le cœur de la nation. On veut en faire une communauté parmi d’autres, ayant le même statut que n’importe quelle communauté immigrée­­.

Cette thèse a des conséquences identitaires.

On justifie historiquement un nouveau droit fondamental, celui de ne pas s’intégrer à la nation d’accueil.

On veut transformer les Québécois­­ francophones en étrangers­­ chez eux.

Nouvelle-France


Prétendre que nous sommes tous des immigrants, c’est insulter l’histoire de ceux qui ont fondé, défriché et inventé ce pays.
C’est humilier la mémoire de la Nouvelle-France. C’est mépriser sa grandeur mystique et conquérante. C’est nier nos racines françaises.
C’est nier notre identité et ridicu­liser nos combats pour la préserver.

Redisons-le : nous ne sommes pas tous des immigrants.

Nous voulons bien accueillir dans des proportions raisonnables ceux qui veulent s’ajouter à nous pour peu qu’ils s’intègrent. Nous ne voulons­­ pas pour autant nous effacer­­ et disparaître.


Absence de timbre commémoratif


Postes Canada publie fréquemment des timbres qui commémorent des événements historiques. Voici ceux disponibles en cette veille de la Fête des Patriotes... Nous avions déjà parlé de l’historicité problématique liée à un de ces timbres célébrant Mathieu da Costa dont on ne sait même pas s’il est venu au Canada... Mais bon, rien donc sur l’aspect historique de la fondation de Montréal.



« Je ne suis pas une immigrée, mais une descendante de colons »

L’essayiste américaine (la polémiste pour ses adversaires) Ann Coulter s’est également insurgée contre l’utilisation du slogan « Tous immigrés ! » de la part de ceux qui veulent ouvrir au maximum les frontières des pays occidentaux.

À l’accusation qu’elle était ignorante et que, descendante de colons, elle était une immigrante comme tous, Ann Coulter a répliqué que « Non, les immigrants déménagent dans un pays préexistant, les colons en créent un nouveau. Je ne vis pas dans la “Nation cherokee” ». (Nations des Chéraquis sous le régime français... Puisqu’on parle d’histoire.)


jeudi 18 mai 2017

Le 18 mai 1756 : la Grande-Bretagne déclare officiellement la guerre à la France

le 18 mai 1756 : George II de Grande-Bretagne déclare officiellement la guerre à la France.

L’année 1755 est marquée par de nombreuses agressions anglaises. L’Angleterre prend ainsi l’initiative des hostilités, en capturant deux vaisseaux français et des dizaines de bateaux de pêche et de commerce, au large de Terre-Neuve.

En mai 1755, départ d’une flotte de 20 navires et quatre frégates partant de France, commandée par Emmanuel-Auguste Cahideuc Dubois de La Motte. Cette flotte transporte des renforts militaires au Canada.

4-16 juin : victoire britannique sur la France à la bataille de Fort Beauséjour.

10 juin : deux vaisseaux français, Lys et Alcide, sont capturés par les Britanniques commandés par Edward Boscawen près de Terre-Neuve3. Le navire Dauphin Royal échappe à la capture.

17 juin : le Fort Gaspareaux faiblement défendu par les Français se rend aux Anglais. L’Acadie est entièrement sous domination anglaise.

Au cours de l’été, les Britanniques saisissent 300 navires de commerce français avec 8000 hommes d’équipage. Cette perte en tonnage et en hommes porte un coup très dur à la flotte française. La France, qui possède 45 vaisseaux de ligne, ne peut en armer que 30, faute de matériel et d’équipage. Rupture des relations diplomatiques.

Dans l’été encore, le général Braddock, envoyé contre la place forte française du Fort Duquesne, l’actuelle ville de Pittsburgh, en Pennsylvanie, est battu par les Français. Braddock est tué et son armée est mise en déroute. Le jeune George Washington parvient à maintenir un certain ordre dans l’arrière-garde, ce qui permet à l’avant-garde de se replier. Ceci lui vaut le surnom de « Hero of the Monongahela »...


De juillet à décembre, les Anglais expulsent d’Acadie tous les habitants d’origine française. Cette déportation de près de 10 000 personnes entre dans l’Histoire sous le nom de « Grand Dérangement ».

Le 21 décembre, Louis XV adresse un ultimatum à la Grande-Bretagne pour que ses navires et marins lui soient restitués. Il menace de déclarer la guerre. L’ultimatum est rejeté le 13 janvier 1756. Trois jours plus tard, Frédéric II de Prusse conclut avec l’Angleterre le traité de neutralité de Westminster. La France se tourne alors vers l’Autriche, ce qui aboutit au traité de Versailles du 1er mai 1756. C’est un renversement complet des alliances. En mai, Montcalm arrive au Canada, il s’empare d’Oswego, dans la vallée de l’Ohio.

En avril, les Français débarquent à Minorque Le 6 mai a lieu la victoire navale de Richelieu et de La Galissonnière sur l’amiral Byng à Minorque et la prise du Port Mahon. Le 18 mai l’Angleterre déclare la guerre à la France, qui lui déclare la guerre à son tour, le 9 juin.

mercredi 17 mai 2017

Le 17 mai 1642, fondation de Ville-Marie (Montréal)

Le 17 mai 1642 : Paul Chomedey de Maisonneuve débarque sur l’île de Montréal et fonde Ville-Marie, Montréal.

Paul Chomedey de Maisonneuve fonde Ville-Marie qui est aujourd’hui Montréal. Choisi pour fonder une colonie sur l’Île de Montréal, Paul Chomedey de Maisonneuve, arrive en Nouvelle-France en 1641 et commence à travailler à la construction d’une fortification et d’autres édifices de Ville-Marie le 17 mai 1642.

La ville de Montréal tient son nom de l’Île de Montréal, ainsi nommée en raison du mont Royal, la montagne au centre de l’Île. En effet, en 1535, l’explorateur Jacques Cartier avait nommé la montagne Mons realis (mont Royal). Elle est située à 1 500 kilomètres à l’intérieur des terres, au confluent du Saint-Laurent et de la rivière des Prairies. Elle deviendra bien plus tard la deuxième ville francophone du monde, après Paris.





La messe de fondation de Ville-Marie a lieu le lendemain, soit le dimanche 18 mai 1642. La première construction bâtie à Montréal est une clôture de palis située où s’élève actuellement la nouvelle douane.

vendredi 12 mai 2017

Fumer du cannabis, ne serait-ce qu'une fois par mois, mine les résultats scolaires

Fumer du cannabis, ne serait-ce qu’une fois par mois, mine les résultats scolaires d’un adolescent, ses chances de poursuivre des études postsecondaires chutant s’il en consomme fréquemment, selon une étude de l’Université de Waterloo, en Ontario.

Les chercheurs ont suivi plus de 26 000 jeunes du secondaire (de la 9e à la 12e année) durant au moins deux ans, de 2012 à 2015.

Les élèves qui fumaient de la marijuana au moins une fois par mois avaient :
  • 4 fois plus de risque de sécher des cours ;
  • 2 à 4 fois moins de chances de faire leurs devoirs ;
  • environ 50 % moins de chances d’avoir de bonnes notes.
Chez les élèves qui fumaient de la marijuana chaque jour :

  • environ 50 % moins de chances de vouloir faire des études universitaires.
Selon le professeur de santé publique Scott Leatherdale, de l’Université de Waterloo, les résultats de l’étude démontrent « l’importance de la prévention et de retarder l’utilisation de la marijuana parmi les adolescents ».

Pour ce professeur, « Il y a plus de jeunes de nos jours qui fument de la marijuana que des cigarettes. Pourtant, les efforts de prévention en santé publique accusent du retard par rapport à ce qui est fait pour l’alcool et le tabac. »

Plus vulnérables

« De moins en moins de jeunes perçoivent la marijuana comme étant [une substance] dangereuse, ajoute la chercheuse et auteure principale de l’étude, Karen Patte. Pourtant, ce sont les jeunes qui sont les plus vulnérables. »

Nombre d’études ont montré dans le passé que le développement du cerveau avait lieu jusqu’au début de la vingtaine.

Ottawa veut légaliser la vente du cannabis à partir de juillet 2018, sauf pour les mineurs.

Alcool


L’étude de l’Université de Waterloo, publiée dans le Journal of School Health, a aussi mesuré les effets de la consommation d’alcool chez les élèves.

Or, contrairement à la marijuana, même ceux qui consommaient de l’alcool fréquemment disaient vouloir faire des études postsecondaires.

Le professeur Leatherdale ajoute, toutefois, que toute substance présente des risques pour la santé.

Voir aussi

Étude — La légalisation du cannabis inciterait les ados à en consommer.



Les principaux dirigeants européens n’ont pas d’enfants

De gauche à droite : Theresa May, Angela Merkel et Jean-Claude Juncker

Les dirigeants des principaux pays européens ont un inquiétant point commun, mis en évidence par Phil Lawler (éditeur du » Catholic World News ») :

  • Emmanuel Macron, le nouveau président français, n’a pas d’enfants (il a épousé son ancienne prof, de 25 ans son aînée)
  • La chancelière allemande Angela Merkel n’a pas d’enfants
  • Le Premier ministre britannique Theresa May n’a pas d’enfants
  • Le Premier ministre italien Paolo Gentiloni n’a pas d’enfants
  • Le Premier ministre néerlandais Mark Rutte n’a pas d’enfants
  • Le Premier ministre suédois Stefan Löfven n’a pas d’enfants
  • Le Premier ministre luxembourgeois Xavier Bettel n’a pas d’enfants
  • Le Premier ministre écossais Nicola Sturgeon n’a pas d’enfants
  • Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker n’a pas d’enfants

(Le premier ministre belge, Charles Michel, a deux enfants, une moyenne haute dans cette Europe qui ne se reproduit plus. Mais son prédécesseur, Élio di Rupo, était un homosexuel sans enfant.)


Xavier Bettel (à droite) et son mari


Voir aussi

France — Hollande n'a pas réussi à inverser les mauvais indicateurs économiques, mais bien la natalité



mercredi 10 mai 2017

France — Hollande n'a pas réussi à inverser les mauvais indicateurs économiques, mais bien la natalité

Différents indicateurs servent à mesurer les performances réalisées par un pays durant une présidence. L’évolution du PIB, le nombre des personnes ayant un travail et celui des chômeurs, l’investissement, la balance des échanges extérieurs, le revenu moyen, le taux de pauvreté, sont souvent pris en considération. En revanche, les performances — si j’ose dire — démographiques sont moins utilisées pour faire le bilan d’un quinquennat. Pourtant, la célèbre phrase attribuée à Jean Bodin reste parfaitement juste : « Il n’est richesse que d’hommes ». Voyons donc quel a été sous ce rapport le résultat du quinquennat Hollande.

 

La chute des naissances

Les données à l’échelle de la France entière étant fournies par l’Insee avec un délai important, nous devons nous limiter aux naissances en France métropolitaine, connues pour chaque mois à la fin du mois suivant. Nous comparerons ici les naissances du premier trimestre 2012 à celles du premier trimestre 2017. Les années bissextiles (2012 et 2016) comportant un jour de plus que les autres, il faut pour mesurer convenablement les évolutions diminuer légèrement le nombre de naissances survenues durant les années ou les trimestres comportant un mois de février de 29 jours.

Au premier trimestre 2012, correction faite du facteur « année bissextile », il y eut 189 500 naissances vivantes. Au premier trimestre 2017, ce nombre est descendu à 174 100. La différence (15 400 bébés de moins) signifie une chute de 8,1 %.

Cette diminution s’est réalisée principalement à partir de 2015, c’est-à-dire, s’agissant des naissances du premier trimestre, pour des conceptions en 2014. Le premier trimestre 2014 a vu naître, à quelques dizaines près, 192 000 bébés, soit autant qu’au premier trimestre 2012, et 2 500 de plus en tenant compte de la correction pour année bissextile. Le début du quinquennat, à peu près jusqu’à l’été 2013, a donc été jugé par les jeunes ménages assez propices à « mettre en route » une progéniture : il n’y a pas eu de méfiance a priori à l’encontre du régime mis en place en mai 2012.

Le premier trimestre 2014 a même été sensiblement meilleur que les premiers trimestres 2012 et 2013 : cela montre qu’au second trimestre 2013, les Français étaient bien disposés en matière de procréation. C’est à l’été 2013 que le tournant se situe ; le « moral nataliste », si l’on peut dire, va dès lors décroître assez régulièrement. On peut légitimement penser que ce sont certains aspects des politiques suivies après les élections qui portent la principale responsabilité de cette évolution.

Pourquoi ce déclin ?

La crise de confiance s’est produite à partir de l’automne 2013 : il semblerait que la population concernée ait alors estimé que les conditions d’accueil d’un enfant se dégradaient. Le chômage y est sans doute pour quelque chose : son taux au sens du BIT est passé de 9,1 % au premier trimestre 2012 à 10 % au second trimestre 2013, puis a oscillé autour de ce chiffre. Or la diminution du nombre des naissances, amorcée au troisième trimestre 2014 (conceptions au dernier trimestre 2013) est devenue vraiment sensible au quatrième trimestre 2014, c’est-à-dire pour des conceptions au premier trimestre 2014 : au moment où il devenait clair pour les Français que la situation de l’emploi était durablement plombée en dépit des rodomontades de leurs dirigeants.

Les chiffres de Pôle Emploi vont dans le même sens : jusqu’à l’été 2012, le chômage de catégorie A se situe un peu en dessous de 3 millions, et le chômage toutes catégories en dessous de 5 millions. Le premier reste supérieur à 3,3 millions sur tout le premier semestre 2016 (naissances du dernier trimestre 2016 et du premier trimestre 2017), avec des pointes à plus de 3,7 millions. Le second, sur la même période, n’a jamais été inférieur à 6 millions.

Le deuxième facteur explicatif se situe au niveau de la politique familiale. Le plafond du quotient familial a été abaissé à deux reprises, de 2 336 € à 2 000 € en 2012, puis à 1 500 € en 2013. Cette même année, ont commencé à être agitées les perspectives de suppression des allocations familiales pour les ménages aisés, ou de modulation en fonction du revenu : quand l’entrée en vigueur de cette modulation est intervenue, en 2015, le bruit fait autour des projets leur a probablement donné un impact plus important auprès des couples aisés susceptibles d’engendrer.

Le gouvernement en cause

Notons enfin une mesure votée en 2014 et entrée en vigueur au 1er janvier 2015 : la durée de versement du complément de libre choix d’activité pour le deuxième enfant et autres cadets (renommé « prestation partagée d’éducation de l’enfant ») a été réduite de facto, sinon de jure, en réservant 6 mois au père, qui le plus souvent n’en profite pas. [Il s'agit dans les faits de l’obligation de partager le congé parental entre les deux membres du couple (d’où le « partagée » dans l’intitulé), alors qu’aujourd’hui seuls 4 % des bénéficiaires du CLCA sont des hommes. Quand la politique d’égalité des sexes affichée par le gouvernement sert à réduire les dépenses...] Là encore, le calendrier de l’agitation autour des projets de mesures correspond, avec les 9 mois de décalage qui séparent la conception de la naissance, à celui de la baisse de la natalité.

D’autres facteurs liés à la mauvaise gestion des affaires publiques ont pu jouer un rôle : la croissance du sentiment d’insécurité lié au terrorisme, à la délinquance et, dans certains lieux, à l’immigration mal contrôlée ; la dégradation de l’instruction publique, vivement ressentie (cf. le sondage BVA de janvier 2017 pour l’Apel et La Croix), et accélérée par la mise en place calamiteuse d’une réforme des rythmes scolaires destinée à multiplier les activités périscolaires ; l’exposition croissante des adolescents — et même des enfants — à la drogue et à la pornographie ; etc.

Tout cela montre une responsabilité importante de la présidence, du gouvernement et du législateur dans le recul de la fécondité française. Un des atouts parmi les plus importants de ceux dont dispose notre pays est en voie d’être gâché. Il serait grand temps de redresser la barre.

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lundi 8 mai 2017

Québec — La radicalisation« anarchiste » à l’université inquiète

Conférences perturbées, autocensure, radicalisation de mouvements anarchistes. Des universitaires craignent un déclin de la liberté d’expression sur les campus québécois, où le climat est tendu ces temps-ci.

« On voit de plus en plus de cas de censure », déplore Rhéa Jean. Critique du mouvement transgenre, cette docteure en philosophie relate avoir dû elle-même mettre fin à une conférence qu’elle donnait en novembre à l’UQAM après que des militants l’eurent perturbée en scandant des slogans. « Ces groupes ne veulent tout simplement pas qu’une parole différente de la leur puisse se faire entendre », dit-elle.

« Il y a une volonté de moraliser l’espace public, des mouvements de gauche qui interviennent pour imposer une rectitude politique », dit Joseph-Yvon Thériault, professeur de sociologie à l’UQAM.

Les discours à teneur capitaliste ou identitaire ainsi que les propos critiques des mouvements féministes sont particulièrement susceptibles d’être visés.

Depuis la grève étudiante de 2012, certaines franges anarchistes se sont radicalisées, observe M. Thériault. « C’est dû à l’impasse du mouvement. On se radicalise parce qu’on n’a pas de porte de sortie [politi­que] ».

Affrontements aux États-Unis

Le phénomène fait aussi écho à une tendance marquée aux États-Unis, où des controverses ont mené à des affrontements et des démissions d’enseignants. Dans plusieurs universités, des étudiants demandent le droit à un « lieu sûr », c’est-à-dire un endroit où ils seraient protégés des discours qu’ils trouvent offensants.

À la mi-mars, une étudiante du Massachusetts s’est retrouvée en cour après avoir apparemment attaqué une joueuse de basketball qui refusait de défaire ses tresses. Elle l’accusait d’appropriation culturelle. À Yale, une pétition a circulé contre une liste de livres à lire, dont les auteurs étaient tous des hommes blancs.

La situation au Québec et au Canada est encore loin d’être aussi tendue que chez nos voisins du Sud, mais la tendance est bel et bien là, s’entendent à dire la Fédération québécoise (FQPPU) et l’Association canadienne des professeurs et professeures d’université.

D’ailleurs, de plus en plus d’étudiants québécois vont suivre des formations auprès de militants aux États-Unis et en ressortent d’autant plus méfiants envers les institutions, dont l’université. « Ce sont des groupes anarchistes en ce sens qu’ils refusent de reconnaître les autorités en place », explique Jean-Marie Lafortune du FQPPU.

« Autocensure »

Les cas concrets de censure sont toutefois encore rares chez nous, selon M. Thériault. « C’est plus de l’autocensure. Des profs qui s’empêchent de dire ce qu’ils pensent, qui évitent de donner tel contenu de cours. À la longue, ce sont les étudiants qui sont perdants. »
« Je pense que c’est une tragédie. L’université est rongée par le cancer de la rectitude politique », abonde l’avocat Julius Grey. Seuls les discours qui sont potentiellement criminels, c’est-à-dire qui relèvent de la haine pure, peuvent être empêchés, rappelle-t-il.

QUELQUES CAS RÉCENTS
■ Mars 2017 :
Un colloque organisé à l’UQAM par un groupe souverainiste a été reporté « afin d’assurer un climat d’échange sécuritaire ». Le collo­que s’est finalement tenu en avril. Des rumeurs de menaces avaient circulé concernant un autre événement, celui-là impliquant le chroniqueur du Journal Mathieu Bock-Côté.
■ Février 2017 :
Un billet est publié sur la plateforme Dissident.es suggérant de ne plus tolérer les drapeaux québécois lors de manifestations étudiantes.
■ Novembre 2016 :
L’association étudiante AFESH-UQAM adopte un mandat dénonçant « l’instrumentalisation de la liberté d’expression ».
■ Novembre 2016 :
La conférence de Rhéa Jean sur la transsexualité à l’UQAM est annu­lée après perturbation.
■ Avril 2016 :
Une conférence de Jean Charest à McGill est perturbée et annulée. Elle devait porter sur les moyens de réduire le cynisme envers les institutions publiques.

DES DISCOURS « BLANCS » ET « MASCULINS »

Les discours dominants ont déjà suffisamment de visibilité, estiment des universitaires, qui ne croient pas que la liber­té d’expression soit plus en dan­ger qu’avant sur les campus.

« Ce ne sont pas les populations déjà fragilisées qui hurlent qu’on attaque leur liberté d’expression. [...] Ce sont ceux qui ont toujours eu le crachoir, c’est-à-dire généralement des hommes blancs », observe Martine Delvaux, professeure en études littéraires à l’UQAM.

Selon elle, la liberté d’expression n’est pas en danger à l’université. « Les discours dominants n’ont pas à être défendus. Ils prennent toute la place », dit-elle.

Les étudiants qui veulent des « espaces sécuritaires » demandent simplement à ce qu’on réflé­chisse au tort qui peut décou­ler de certains discours.

« Il s’agit de reconnaître qu’elles et ils vivent dans un monde qui les a blessés et qui continue de le faire », ajoute Mme Delvaux.

Pas nouveau

Le fait que des militants cherchent à faire taire leurs opposants n’est pas un phénomène nouveau, rappelle René Côté, vice-recteur à la vie universitaire à l’UQAM. Le campus de l’université est souvent montré du doigt pour le militantisme musclé de certains étudiants.

M. Côté songe d’ailleurs à orga­niser un débat au sein de l’université sur la question de la liberté d’expression. « On va essayer de travailler à ce que de tels incidents ne se reproduisent pas. »

« Reste que l’université a toujours été un lieu d’effervescence et de contestation. On ne devrait pas être étonnés que des groupes étudiants prennent des positions extrêmes. C’était comme ça il y a 20 ans et je parie que ce sera comme ça dans 20 ans », assure-t-il.

Un facteur a toutefois bel et bien changé, ces dernières années : avec les médias sociaux, il est plus facile pour les militants de se mobiliser pour critiquer ou perturber des événements.

« Les manifestations de désaccord finissent sur la place publique plus rapidement qu’avant », observe Jean-Marie Lafortune de la FQPPU.

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dimanche 7 mai 2017

Étude — La légalisation du cannabis inciterait les ados à en consommer

Le journal La Presse s’est entretenu avec l’auteur principal d’une étude sur les adolescents dans deux États américains où le cannabis a été légalisé, le Colorado et l’État de Washington publiée juste avant Noël dans la revue JAMA Pediatrics, Magdalena Cerda de l’Université de Californie à Davis.

Pourquoi avez-vous fait cette étude ?

Nous avons connu récemment des changements sans précédent sur le plan des lois sur le cannabis. Les attitudes envers cette drogue deviennent plus permissives, notamment chez les enfants et les adolescents. Il semble que ce soit en partie à cause de la légalisation, qui envoie un message qu’il ne s’agit pas d’une drogue dangereuse. Or nous savons que plus un adolescent commence jeune à fumer du cannabis, plus augmentent son risque d’en utiliser tous les jours à l’âge adulte et son risque de dépendance. Il semble aussi y avoir un lien accru entre le cannabis et la psychose à l’adolescence. Nous avons utilisé un sondage administré à 254 000 ados de 13 à 17 ans entre 2010 et 2015 pour savoir s’ils jugeaient le cannabis dangereux ou pas.

Le cannabis est jugé moins dangereux au Colorado que dans l’État de Washington, même si les deux États l’ont légalisé en même temps, au début de 2014. Pourquoi ?

La proportion de jeunes qui en fument souvent, tous les mois, a aussi augmenté dans l’État de Washington, alors qu’elle est restée stable au Colorado : de 6,2 % à 8,2 % à 13 ans et de 16 % à 20 % à 15 ans, entre 2010 et 2015 [NDLR: la moyenne pour tout le secondaire au Québec en 2013 était de 10 %]. Notre hypothèse, c’est que le système est plus permissif au Colorado. Il y avait déjà un système de dispensaires médicaux de marijuana assez développé, et la publicité est permise. La proportion des jeunes ados qui jugent le pot peu dangereux ne bouge plus trop, d’ailleurs. On peut penser que si l’âge légal pour consommer de la marijuana avait été fixé plus bas plutôt qu’à 21 ans, les attitudes seraient encore plus favorables.

Les attitudes envers le pot sont-elles différentes dans les États où il est illégal ?

La perception que c’est dangereux diminue, mais beaucoup moins que dans les États où il a été légalisé. La différence est particulièrement grande à 13 ans : au Colorado, 63 % à cet âge considèrent la marijuana comme très ou modérément dangereuse, contre 60 % dans l’État de Washington et 70 % ailleurs.

Pourquoi n’y a-t-il pas de changements entre 2010 et 2015 dans l’attitude envers la marijuana chez les ados de 17 ans ?

Nous pensons qu’à cet âge, on est plus enclin à s’informer par soi-même, à se rebeller, voire à enfreindre les lois. Ceci dit, la consommation à 17 ans a baissé dans les États où le cannabis n’était pas légal, alors qu’elle a stagné au Colorado et dans l’État de Washington.

Le danger de commencer tôt à fumer de la marijuana s’applique-t-il à tous les ados, ou seulement à ceux qui sont à risque d’avoir des problèmes de comportement, académiques ou psychiatriques ?

Il y a beaucoup plus de risques pour les ados de classes sociales plus basses, dont les parents ont un dossier criminel ou des dépendances à la drogue ou à l’alcool, qui ont un QI plus bas que la moyenne ou des problèmes d’impulsivité. Mais une initiation précoce à la marijuana semble néfaste pour tous les ados.

La marijuana mène-t-elle à d’autres drogues ?

C’est controversé, il y a des études qui penchent des deux côtés. Il n’est pas clair non plus si la marijuana remplace l’alcool pour les ados, ou si les deux sont combinés.

Continuez-vous à étudier le sujet ?

Nous analysons maintenant les données en provenance de l’Uruguay, le premier pays à avoir légalisé le pot. L’approche est très différente de celle des États américains : ce gouvernement réglemente, produit et vend le cannabis, la puissance du cannabis, entre autres, et interdit les dérivés comme les huiles ou les aliments contenant du cannabis, ainsi que la publicité. Il sera aussi intéressant de voir comment les choses se feront dans les provinces canadiennes. [Ô joie, le Canada encore cobaye]

dimanche 30 avril 2017

Conférence : révolution française et révolution tranquille

Deux historiens : Marion Sigaut et Jean-Claude Dupuis

  • Révolution française – La philosophie des Lumières par Marion Sigaut
  • Révolution tranquille – La Réforme Parent par Jean-Claude Dupuis

Mercredi, le 10 mai 2017 à 19h00
Cathédrale Marie-Reine du Monde
1110, rue Mansfield, Montréal (entrée sur le côté de la Cathédrale)
Métro Bonaventure

Contribution libre

Association des Parents catholiques du Québec (APCQ)
Informations : 514-276-8068 Info@ParentsCatholiques.org

Bilan mitigé pour le projet-pilote sur l'éducation sexuelle

Improvisation, retards, malaises au sujet du contenu pédagogique : une série de difficultés a marqué la première année du projet-pilote d’éducation à la sexualité dans 18 écoles primaires et secondaires du Québec, révèle un bilan obtenu par Le Devoir. Ce projet-pilote a été lancé à la rentrée scolaire de l’automne 2015, en pleine période de négociation (et de moyens de pression) entre les employés de l’État et le gouvernement, note le document de 88 pages classé « confidentiel ». La formation des enseignants et la livraison du matériel pédagogique ont été retardées. Cela a entraîné le report ou même l’annulation de certains apprentissages en classe, indique le bilan de l’an 1 du projet-pilote, préparé par le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES).

Très peu de réponses au questionnaire du Ministère

Pour dresser ce bilan (daté du 20 avril 2017), le ministère a envoyé un questionnaire à tous les enseignants, tous les professionnels, toutes les directions d’école et tous les responsables de commission scolaire qui prennent part au projet-pilote de deux ans. Le faible taux de réponse, notamment auprès des directions d’école — aucune école privée n’a répondu au questionnaire —, incite les analystes du MEES à recommander la « prudence » dans l’interprétation des résultats. Dix-huit écoles ont été choisies pour participer à ce programme amélioré d’éducation à la sexualité (aucune à Montréal), qui s’étend sur toute la durée des études primaires et secondaires. Devant les difficultés qui s’accumulaient, une école s’est retirée du projet-pilote. Le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, a décidé la semaine dernière de retarder l’implantation du programme dans toutes les écoles, laquelle implantation était envisagée pour la rentrée de l’automne prochain. Des écoles s’ajouteront en septembre, mais cette nouvelle version de l’éducation à la sexualité ne deviendra pas obligatoire dans tout le réseau.

Des contenus qui dérangent

Des ajustements doivent prendre place pour la suite du programme, note le bilan de la première année du projet-pilote (2015-2016). « Globalement, les directions d’écoles primaires et, surtout, les directions d’écoles secondaires étaient peu à l’aise avec le contenu des apprentissages en éducation à la sexualité », indique le document. La formation sur les agressions sexuelles — en première, en troisième et en cinquième année du primaire — provoque un malaise chez la plupart des intervenants, y compris chez les enseignants. L’apprentissage intitulé Globalité de la sexualité (enseigné au primaire et au secondaire) suscite aussi un questionnement, tout comme des éléments du programme secondaire : vie affective et amoureuse, agir sexuel, violence sexuelle, infections transmissibles sexuellement et par le sang, ainsi que grossesse. Certaines écoles ont omis d’enseigner ces contenus aux élèves parce qu’elles manquaient de personnel compétent. Les enseignants sont mal préparés pour aborder ces enjeux délicats en classe. Les deux tiers des enseignants du primaire et la moitié de ceux du secondaire qui participent au projet-pilote n’ont aucune formation en sexologie (à part les sessions offertes par le MEES, les commissions scolaires ou les directions d’école), note le bilan.

Le ministère ne se demande pas, toutefois, si c’est le rôle de l’État de prescrire une philosophie sur la « globalité de la sexualité » ou des conseils en termes de « vie affective et amoureuse » ou sur l’« agir sexuel » (qu’est-ce à dire ?)...

Apprentissages inégaux

Ces « apprentissages » en éducation à la sexualité ne sont pas une matière en bonne et due forme. Il s’agit de « contenus » à transmettre au moment choisi par les enseignants ou par les directions d’école. Les participants au projet-pilote ont choisi d’intégrer ces notions dans les cours de français, de mathématiques, d’éthique et culture religieuse ou encore de sciences et technologie, révèle le rapport. Ces apprentissages en sexualité doivent atteindre 5 heures par année au primaire et 15 heures au secondaire, mais des variations importantes sont survenues entre les écoles participantes. Aussi, « des écoles ont développé du matériel pédagogique complémentaire parce que les canevas pédagogiques [fournis par le ministère pour le projet-pilote] ne répondaient pas entièrement à leurs besoins », indique le bilan. « Le souhait que le MEES produise des activités “clé en main” a été clairement exprimé, comme celui d’avoir accès à un matériel en langue anglaise. Comme la production de matériel didactique ne fait pas partie de la mission du MEES, ce résultat est surprenant », poursuit le document.

Improvisation

Des retards sont survenus dans la livraison du matériel pédagogique. Mais ces « canevas » pédagogiques répondaient généralement bien aux besoins des enseignants lorsqu’ils devenaient accessibles, note le bilan. L’identité de la personne qui livre l’éducation à la sexualité est laissée à la discrétion des directions d’école. La majorité de ces « animateurs » (des animatrices, en fait) sont des enseignantes, parfois appuyées par des psychoéducateurs, des travailleurs sociaux ou des psychologues. « Bien que, collectivement, toute l’équipe soit volontaire pour participer au projet-pilote, quand est venu le temps de s’impliquer individuellement, personne n’a voulu s’impliquer », dit un cadre scolaire dans le bilan. La majorité des « animatrices » au primaire ont été désignées par les directions d’école, souligne le rapport. Au secondaire, elles avaient plutôt manifesté de l’intérêt pour cette tâche délicate. La tâche pouvait même devenir ingrate : les enseignantes ont dû « improviser, en quelque sorte », à cause des retards dans la planification des apprentissages et dans la livraison de certains canevas, note le bilan. Les écoles ont « manqué de temps et de ressources financières pour la planification des apprentissages et l’appropriation du contenu ». Il faut libérer les enseignants pour les former. Le MEES a prévu des budgets pour embaucher des suppléants pendant la formation, mais l’existence de ces fonds était méconnue, indique le document.

Conclusion du ministre : accélérer la mise en place

Le ministre Sébastien Proulx compte tout mettre en œuvre pour implanter l’éducation sexuelle dans l’ensemble des écoles primaires et secondaires du Québec en septembre 2018. D’ici là, il prévoit d’accélérer la mise en place de projets-pilotes dans les écoles dès la prochaine rentrée scolaire. Des sources indiquent que la volonté du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES) est de créer un projet-pilote par commission scolaire à l’automne 2017, mais le ministre refuse de s’avancer aussi clairement. « Ce qu’on veut, c’est être capables de passer à la vitesse grand V pour l’implantation, a dit le ministre Proulx à des journalistes, mercredi, en marge des travaux de l’Assemblée nationale. J’anticipe déjà que dès l’an prochain, pas en septembre 2017 mais dès l’an prochain, on pourra penser à aller beaucoup plus loin, voire à rendre obligatoire [l’éducation à la sexualité]. » Chose certaine, le ministre de l’Éducation entend s’assurer que toutes les écoles désireuses d’offrir le projet-pilote d’enseignement de la sexualité ont accès au matériel pédagogique du MEES et peuvent former leurs enseignants. Le bilan de la première année du projet-pilote (2015-2016), dévoilé mardi dans Le Devoir, a ciblé des lacunes dans la formation et dans la livraison des canevas pédagogiques. Le matériel et la formation sont jugés de bonne qualité, mais peu accessibles. Résultat : des enseignants et d’autres professionnels (psychologues, infirmières, etc.) chargés de donner les enseignements en éducation à la sexualité sont mal à l’aise. C’est délicat, faire l’éducation sexuelle d’enfants du primaire ou du secondaire. Surtout quand il est question d’agressions sexuelles, d’infections transmises sexuellement ou de grossesse non désirée.

Sources Le Devoir (26/IV) et Le Devoir (27/IV)

vendredi 28 avril 2017

« Trop de diversité sape les fondements de la solidarité »



Depuis longtemps, David Goodhart avertit les Britanniques que l’idéologie multiculturaliste constitue une menace à moyen terme pour les États-providences.

Quelles réactions provoque le livre de David Goodhart, The Road to Somewhere ? (Voir recension ci-dessous, après le filet) Comment les médias, en particulier, prennent-ils sa thèse selon laquelle ils sont eux-mêmes, comme la classe politique et l’Université, entre les mains des « Gens de Nulle Part », ces libéraux cosmopolites — que rejetterait « le Peuple de Quelque part » ?

Très intéressante réaction dans le quotidien de gauche, The Guardian. Sous la plume de Jonathan Freedland, on peut lire que David Goodhart est, hélas, une sorte de prophète. Freedland rappelle, en effet, la vague d’indignation qu’avait soulevée, dans l’intelligentsia de gauche de l’époque, l’article publié par Goodhart dans Prospect, intitulé « Est-ce que la Grand-Bretagne est trop diverse ? » C’était dans le numéro de février 2004 de ce magazine intellectuel, plutôt proche des idées du New Labour, dont Goodhart était alors le directeur. Ce papier a valu à son auteur, écrit The Guardian une quasi-proscription des milieux comme il faut. Et pourtant, ajoute-t-il, cet article était tout bonnement prophétique. Car il posait crûment une question que personne ne voulait voir, à l’époque, et qui est devenue le sujet dominant de notre vie politique.

Que la solidarité risquait d’entrer en conflit avec la diversité. Vous êtes d’autant mieux disposés à laisser l’État recueillir une part importante de vos revenus sous forme de cotisations et d’impôts, disait-il, que vous avez la certitude que cet argent sera redistribué à des gens qui sont comme vous. Si leurs valeurs et leurs styles de vie diffèrent trop des vôtres, alors vous deviendrez réticent.

Il faut choisir entre deux modèles de société, disait Goodhart. Celui de la Suède, cette nation très homogène où l’État-providence vous accompagne du berceau à la tombe, ou celui des États-Unis, où l’individualisme et la diversité font qu’on se sent peu d’obligations réciproques.

Il s’appuyait sur les travaux de deux économistes, Alberto Alesina et Edward Glaeser, qui avaient démontré cette thèse, chiffres à l’appui. Aux États-Unis, la majorité des pauvres appartiennent à des communautés ethniques minoritaires. Les plus aisés, majoritairement blancs, sont peu enclins à partager. Voilà ce qui risque d’arriver à notre Royaume-Uni, prévenait Goodhart, si nous poursuivons dans la voie du multiculturalisme. Car il crée, entre des communautés, un sentiment d’étrangeté qui ne favorise pas la solidarité. L’inclination à s’obliger mutuellement alors s’érode. L’État-providence britannique, très généreux, contrairement à ce qu’on croit chez nous, était déclaré menacé.

L’article était d’autant plus prophétique, poursuit The Guardian, qu’il a été publié à la veille de ce que Goodhart lui-même, dans son récent livre, appelle « the one », la grande vague migratoire, la plus inattendue. C’est celle qui a suivi l’ouverture du marché du travail britannique aux citoyens des nouveaux membres de l’Union européenne, l’Europe centrale. La plupart des autres États d’Europe occidentale, et même les Allemands, avaient décidé un moratoire de plusieurs années. Mais le New Labour au pouvoir a voulu montrer son ouverture. On attendait quelques milliers de « plombiers polonais » et ils furent un million.

C’est d’autant plus incompréhensible, écrit Goodhart, que déjà à l’époque, les sondages montraient que près des trois quarts de la population estimait le rythme de l’immigration dans le pays trop rapide. Trois quarts des sondés estimaient et que le pays avait changé au point qu’on ne s’y sentait « plus chez soi ». Pour Goodhart, qui fut lui-même membre du Labour, ce refus d’entendre ses propres électeurs sur la question de l’intégration constitue l’une des causes de l’échec électoral de 2010, face aux conservateurs.

Le modèle multiculturaliste n’a plus la cote auprès des Britanniques. On se souvient comme ils se moquaient, de notre modèle d’intégration républicain... Si l’on en croit Goodhart, le multiculturalisme n’est plus qu’une « idéologie qui a dominé les années 80 »…. Passée de mode. Et il cite une critique qui les résume toutes, celles de Maajid Nawaz, journaliste et homme politique libéral-démocrate, « au lieu d’introduire de la diversité dans la société, le multiculturalisme introduit de la diversité entre les groupes ethniques d’une même société ».

Quant à l’intégration, Goodhart écrit que les Britanniques sont encore trop réticents à l’idée de fournir aux nouveaux venus une « feuille de route ». Or, ajoute-t-il, les immigrés ont besoin de savoir ce qu’on attend d’eux. « Si on veut améliorer l’intégration, écrit-il, on ne peut pas se contenter de prêcher l’importance de la tolérance, on doit promouvoir l’interaction et le sentiment d’inclusion dans la communauté nationale. Comme l’a dit Jonathan Haidt, il est possible de faire en sorte que les gens se soucient moins des questions de race et d’identité, lorsqu’on les plonge dans une mer de ressemblances, de buts partagés et de dépendance mutuelle. » Une cause commune d’intérêt local, en particulier, est un puissant facteur de rassemblement.

Car la puissance des nations est fondée, poursuit-il, sur leur capital social — la confiance mutuelle qui existe entre leurs membres ; le fait qu’ils partagent les mêmes intérêts et les mêmes valeurs. C’est cette confiance en un avenir commun qui a rendu possible la construction, sur plusieurs générations, des cathédrales. C’est aussi sur cette confiance réciproque que sont fondés nos États-providence redistributifs. Seul, le cadre national, insiste Goodhart, fournit le cadre dans lequel peut s’exercer cette indispensable solidarité.





Un livre, récemment publié en Grande-Bretagne, par David Goodhart, créateur du magazine Prospect, explique pourquoi le Brexit l’a emporté et les travaillistes décrochent.

Le clivage droite/gauche, dans beaucoup de nos démocraties est en train de céder la place à d’autres différenciations. Europhiles versus europhobes, « ouverture »/« fermeture », libéralisme/protectionnisme… L’essayiste britannique David Goodhart suggère un nouveau partage politique. A quel camp appartenez-vous ? A celui des gens de n’importe où au peuple de quelque part ?

Les premiers, les Gens de n’importe où, sont bien dotés en capital culturel libéral et en diplômes donnant accès aux emplois cotés sur le marché du travail. Disposant de réseaux relationnels acquis dans quelque grande école française, ou une prestigieuse université anglo-saxonne, ils disposent d’une « identité portative ». C’est dire qu’ils sont à leur aise partout dans le monde. Ils valorisent la réussite professionnelle et l’autoréalisation. Ils sont favorables à la mondialisation et leur valeur préférée est l’ouverture. Optimistes, curieux d’autrui et tolérants par principe, ils sont spontanément multiculturalistes.

Le Peuple de quelque part est plus enraciné. Ses membres sont rarement passés par l’enseignement supérieur. Ils sont assignés à une identité prescrite. La mondialisation, pour eux, cela signifie que les usines s’en vont et que les immigrés arrivent. La dignité qui s’attachait à la condition ouvrière est perdue. L’économie du savoir et les emplois qualifiés, que promettait l’Agenda de Lisbonne, ce n’était pas pour eux. Ils se considèrent comme les laissés-pour-compte de l’intégration européenne. Il y a de fortes chances qu’ils habitent une petite ville proche du domicile de leurs parents. Car ils ont le sens de la communauté et de la famille. Ils sont culturellement conservateurs.

David Goodhart a déclenché bien des débats en Grande-Bretagne, avec la publication d’un essai intitulé The Road to Somewhere. The populist revolt and the future of politics. En français, La route vers quelque part. (Révolte populiste et avenir des politiques populistes). Et il propose, si l’on veut comprendre quelque chose au redéploiement en cours de la vie politique dans nos vieilles démocraties, de remplacer l’axe gauche/droite, par le clivage Nulle part/Quelque part. Car pour lui, les oppositions basées sur des critères purement socio-économiques sont devenues insuffisantes. Il faut leur ajouter des éléments culturels. Les « politiques de l’identité » qu’avait mises en avant le New Labour, à l’époque de Tony Blair — identité ethnique, identité de genre, identité religieuse — font désormais partie du paysage. Elles ont définitivement bousculé une société britannique autrefois structurée par les appartenances de classe.

David Goodhart a longtemps joué un rôle important dans le monde intellectuel britannique en tant que directeur de la revue Prospect, un mensuel de réflexion politique qu’il a créé en 1995 et dont il en a tenu les rênes jusqu’en 2010. Prospect, d’après le chroniqueur de France Culture Brice Couturier qui l’a lu depuis sa création, est aussitôt après son départ de la direction devenu beaucoup moins intéressant.

Pour ce même chroniqueur le magazine Prospect, tout en veillant à ne pas s’aligner sur quelque parti ou personnalité politique que ce soit, a tout de même accompagné la montée en puissance de Tony Blair, puis les gouvernements du New Labour, en alimentant leur réflexion. Goodhart avoue, dans son livre, avoir appartenu au parti travailliste à cette époque. Son départ de la direction du magazine a coïncidé avec la défaite du New Labour.

Dans son dernier livre, David Goodhart enquête sur les causes idéologiques et sociologiques du Brexit et de l’élection de Donald Trump. A ses yeux, ces deux évènements sont liés et témoignent de phénomènes fort comparables. Car ces votes protestataires constituent la revanche du « Peuple de quelque part », furieux de n’avoir jamais eu réellement voix au chapitre.

Ce sont, en effet, les « Gens de n’importe où » qui dominent la vie politique, les médias et l’Université. Ayant progressivement conquis l’hégémonie culturelle, ils ont imposé une idéologie qui sert leurs intérêts. Ce que Goodhart, après d’autres, nomme le « double libéralisme ». Un libéralisme culturel, venu des années 60, qui a ébranlé toutes les structures d’autorité. Et un libéralisme économique, imposé à partir des années 80, avec la prééminence accordée aux marchés sur les régulations étatiques. Progressivement, tout ce qui contestait ce double libéralisme a été chassé de la scène publique.

Dans un premier temps, le centre-gauche politique ne s’est que trop bien adapté à cette double révolution. Ainsi Tony Blair présentait-il la mondialisation et l’immigration de masse comme des phénomènes quasi naturels, face auxquels il n’y avait d’autre issue, pour les Britanniques, que de s’adapter. Mais aujourd’hui, les partis sociodémocrates sont dans la nasse. Car leurs électeurs appartenaient autrefois au Peuple de quelque part. Et celui-ci estime qu’il a perdu à ces changements, rapides et radicaux. 62 % des Britanniques approuvent ainsi l’opinion : « le pays a tellement changé dans les dernières années qu’il est devenu méconnaissable et cela provoque en moi un malaise. »

Pourtant, le « Peuple de quelque part » ne remet pas en cause la totalité des acquis de la double révolution libérale. Il voudrait seulement que les élites, qui la pilotent, en ralentissent le rythme. La rapidité avec laquelle les sociétés ont été bouleversées par une immigration sans précédent a créé, chez lui, une « anxiété culturelle ». Ses membres réclament un accord général sur des normes de comportement communes. David Goodhart qualifie leur idéologie de « populisme de la décence ».

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Québec — Notes dans le primaire et secondaire revue systématiquement à la hausse ?

Près de la moitié des enseignants du primaire et du secondaire ayant répondu à un questionnaire syndical affirment que des résultats inscrits aux bulletins de leurs élèves ont été modifiés sans leur accord.

Quelque 47 % des répondants à un sondage interne de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) indiquent que des notes attribuées à leurs élèves ont été changées à leur insu depuis la rentrée scolaire de septembre 2015. Ce résultat « troublant » fait dire à la FAE que les gestionnaires de l’éducation « tripotent » les résultats d’examen pour gonfler artificiellement le taux de réussite des élèves.

« L’évaluation des élèves au Québec, c’est un grand mensonge », dit au Devoir Sylvain Mallette, président de la FAE, qui représente 34 000 enseignants dans 10 commissions scolaires (Montréal, Laval, Outaouais, Granby, Haute-Yamaska, Basses-Laurentides et Montérégie).

« Le ministère de l’Éducation, les commissions scolaires et les directions d’école fixent des cibles de réussite. Si les élèves ont des résultats en deçà des cibles fixées, les enseignants sont rencontrés pour augmenter les notes. On le dit depuis longtemps et ça se confirme », ajoute Sylvain Mallette.

Le questionnaire a été diffusé entre le 6 et le 26 février 2017 auprès des membres de la FAE ; 632 enseignants (66 % du primaire et 34 % du secondaire) ont répondu à la consultation menée en ligne. Seuls les enseignants qui ont administré une épreuve ministérielle en juin 2016 pouvaient répondre.

Un enseignant sur cinq (20 %) affirme s’être fait demander de modifier des résultats (à une épreuve ou au bulletin) d’un ou de plusieurs de ses élèves. Selon ce que rapportent les enseignants, les motifs invoqués pour justifier ces demandes sont les suivants :

  • pour donner une chance aux élèves (48 %) ;
  • pour améliorer le taux de réussite ou atteindre les cibles de réussite fixées (28 %) ;
  • pour arrondir les résultats (23 %).

Pour la FAE, ces faits confirment les effets pervers de la gestion du système scolaire par résultats. Le ministère, les commissions scolaires et les directions d’école cherchent à gonfler les résultats des examens ministériels pour démontrer que les élèves « réussissent » bien.

Le ministre se dit préoccupé

Le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, a évoqué cette consultation de la FAE, jeudi en commission parlementaire à Québec. Il a reconnu être préoccupé par les échos qu’il a eus du questionnaire. « Je souhaite que des vérifications soient faites très rapidement » au ministère au sujet de l’évaluation des élèves, a-t-il dit.

Des éléments bien connus de la Loi sur l’instruction publique peuvent expliquer les modifications apportées aux notes des élèves, estime le ministre. Il a rappelé que le ministère fait la « conversion » et la « modération » des notes aux épreuves ministérielles pour s’assurer que les résultats sont équitables d’une école à l’autre ou d’une classe à l’autre.

Source

jeudi 27 avril 2017

Colloque à Montréal « L'éducation sexuelle: une idéologie imposée aux enfants »




L’Association des parents catholiques du Québec organise le samedi 13 mai un colloque destiné à tous les parents qui se questionnent sur le nouveau programme d’éducation sexuelle scolaire.

Avec les conférencières Judith Reisman et Marion Sigaut.

En tant que chercheure et auteure, historienne et enseignante, la Dre Judith Reisman travaille à révéler les effets mondiaux, juridiques et générationnels de l’abus sexuel criminel des enfants perpétré par le Dr Alfred C. Kinsey, de la frauduleuse science de la sexualité et de son impact sur la pandémie de la pornographie.

Conférencière de renommée internationale, Marion Sigaut est auteure de plusieurs livres. Depuis quelques années, elle se penche sur l’idéologie sous-jacente aux cours d’éducation sexuelle.

10 h 30 — Enregistrement
11 h — Mot de bienvenue

Explication du déroulement de la journée

11 h 15— Judith Reisman : Les origines de l'éducation sexuelle à l'école
11 h 55 — Marion Sigaut : L’implantation de l'éducation sexuelle à travers le monde 
12 h 35 — Période de questions

13 h  — Goûté/pause café

13 h 40 — Présentation du programme au Québec
14 h 25 — Commentaires et réactions/discussion
15 h — Période de questions
15 h 50 — Conclusion du colloque



DATE ET HEURE

samedi 13 mai 2017
10 h 30 – 16 h HAE

ENDROIT

Salles de réception LDG
2953, rue Bélanger
Montréal,
(Québec) H1Y3G4

FRAIS DE PARTICIPATION

15 $

Pour s’inscrire, cliquer sur billets (en haut à droite) ici.

ORGANISATEUR
Association des parents catholiques du Québec (APCQ)
info@parentscatholiques.org
(514) 276-8068

samedi 22 avril 2017

« Le taux de réussite », mesure contestée

Le taux de diplomation au Québec, déjà l’un des plus faibles au pays, serait encore pire que les chiffres couramment véhiculés par le gouvernement. Cette fausse impression résulterait de la méthodologie utilisée pour le calculer.

Loin dans les pages du récent budget 2017-2018, le gouvernement écrit que le taux de réussite scolaire atteignait les 78,8 % en 2014-2015, non loin de l’objectif de 80 % d’ici 2020. Cette cible a été fixée par le ministère de l’Éducation il y a près de 25 ans et, malgré l’augmentation des fonds consacrés à l’éducation dans le récent budget provincial, rien n’y indique que l’objectif sera revu à la hausse.

Le taux de réussite suscite d’ailleurs une certaine controverse, puisqu’il comprend à la fois les taux de diplomation et les taux de qualification.

Taux de diplomation : diplômes d’études secondaires, diplôme d’études professionnelles, attestation spécialisée professionnelle ou attestation d’études professionnelles –  63 449 jeunes en 2014-2015

Taux de qualification : certificats de formation visant à préparer au marché du travail un élève en difficultés d’apprentissage, sans exigences quant aux résultats scolaires — 3466 jeunes en 2014-2015.
« L’indicateur de réussite au secondaire est confus présentement parce qu’on inclut une certaine forme de reconnaissance qui ne représente pas des diplômes du secondaire, explique le professeur de l’Université Laval Égide Royer, pour nous prévenir du discours gouvernemental. J’ai l’impression qu’on semble compenser des chiffres qui sont trop faibles. »

« Je n’aime pas qu’on discrimine de la force ou de l’importance, mais je comprends que, pour des fins statistiques, les gens demandent plus de clarté. Peut-être qu’on peut en faire plus », reconnaît le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx.

Le taux de diplomation réel

Dans la réalité, le taux de diplomation au Québec est de 74,7 %. Et quand on se compare à l’Ontario, on ne se console pas. Dans cette province, le taux d’obtention de diplômes secondaires en cinq ans a été supérieur à l’objectif de 85 % en 2015, en hausse de 17 points de pourcentage par rapport à 2004.

Pour Égide Royer, alors que nous évoluons de plus en plus vers une société du savoir, il s’agit d’une illustration évidente que le Québec est sous-scolarisé. « C’est indécent qu’autant de jeunes aient plus de difficultés à réussir que de l’autre côté de la rivière des Outaouais. »

Les garçons tirent toujours de l’arrière par rapport aux filles, soit un retard de plus 10 %.

Pour corriger le tir, le ministre Proulx rappelle que son gouvernement injectera 1,8 milliard de dollars d’investissements supplémentaires au cours des cinq prochaines années. Il ouvre également la porte à de nouvelles initiatives au sujet du taux de diplomation lors du dévoilement de sa politique sur la réussite éducative d’ici l’été.

Des certificats controversés

« Diplômes bidon », « médailles en chocolat »... Les certificats de qualification ont déjà reçu leur lot de critiques par le passé. « Avoir un niveau de lecture de sixième année, avoir 18 ans et être considéré comme un diplômé au Québec, il y a quelque chose qui ne fonctionne pas », déplore M. Royer, spécialiste en éducation.

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mercredi 19 avril 2017

Encore moins de bébés au Québec en 2016

L’indice synthétique de fécondité a continué de décliner au Québec l’année dernière, selon de nouvelles données de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ). Il s’est établi à 1,59 enfant par femme en 2016, après avoir légèrement reculé chaque année depuis le sommet de 1,73 enfant par femme enregistré en 2008 et 2009.

Statistique Canada définit l’indice synthétique par le nombre d’enfants qu’aurait hypothétiquement une femme au cours de sa vie reproductive si elle connaissait les taux de fécondité par âge observés au cours d’une année donnée. Rappelons qu'il faut en moyenne 2,1 enfants/femme pour qu'une population soit remplacée par ses descendants. La population d'origine québécoise est donc appelée à se réduire rapidement.

L’ISQ ajoute que malgré la baisse de l’indice au cours des dernières années, la fécondité québécoise n’est pas à un niveau aussi faible que ce qui a été observé au début des années 2000 et vers le milieu des années 1980. Lors de ces deux périodes, l’indice était inférieur à 1,5 enfant par femme.

L’analyse de l’ISQ montre que la baisse récente de l’indice est liée à la diminution des taux de fécondité chez les femmes âgées de moins de 30 ans. Au-delà de cet âge, on a observé une hausse de la fécondité pendant plusieurs années, mais cette tendance semble graduellement faire place à une quasi-stabilité. Bref, les femmes attendent de plus en plus pour avoir peu d’enfants.



En 2016, l’âge moyen des mères pour la première naissance était de 29 ans, soit 4 ans plus tard qu’en 1975.

On a dénombré 86 400 nouveau-nés au Québec en 2016, comparativement à 86 800 en 2015 et 87 700 en 2014. Le nombre de naissances diminue depuis quelques années, après avoir connu une période de relative stabilité de 2009 à 2013, oscillant entre 88 000 et 89 000. Il avait connu une croissance rapide de 2005 à 2008.

L’ISQ précise qu’en 2016, la fécondité était plus élevée dans la région Nord-du-Québec, zone à forte présence autochtone, à 2,51 enfants par femme, mais qu’elle n’était qu’à 1,43 à Montréal.

Près de deux enfants sur trois (63 %) sont issus de parents non mariés. Cette part a augmenté rapidement à partir des années 1970, mais semble vouloir se stabiliser depuis le milieu des années 2000.

La proportion de nouveau-nés ayant au moins un parent né à l’étranger est de 31 % au Québec en 2016 : 20 % ont deux parents nés à l’étranger et 11 % ont un seul de leurs parents né dans un autre pays. La proportion de nouveau-nés ayant au moins un parent né à l’étranger était de 16 % il y a 20 ans.

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Très forte augmentation des élèves allophones à Montréal

En 15 ans, le nombre d’élèves allophones n’a cessé d’augmenter sur le territoire montréalais, au point où des écoles primaires ont aujourd’hui plus de 9 enfants sur 10 dont la langue maternelle n’est ni le français ni l’anglais.

« Nous, on a toujours considéré ça comme une richesse », résume Martine Leboeuf, directrice de l’école de la Mosaïque, dans Côte-Saint-Luc, la 3e école primaire de Montréal avec le plus haut taux d’allophones cette année (94,72 %). « Pour certains, le français est leur 4e langue », ajoute-t-elle.

Sa commission scolaire, Marguerite-Bourgeoys, a d’ailleurs connu une hausse de 70 % du nombre d’élèves allophones depuis 1998, presque autant que celle de la Pointe-de-l’Île, dont le taux a augmenté de 80 % sur la même période. Ces chiffres s’expliquent notamment par le choix des nouveaux arrivants de s’établir davantage en périphérie, à la recherche de logements moins chers, plus grands, proche des communautés déjà installées.

Fin mars, l’Office québécois de la langue française confirmait qu’entre 1971 et 2015, la proportion d’élèves de langue maternelle tierce avait plus que triplé, passant de 12,7 % à 41,2 %. (incluant préscolaire, primaire et secondaire).

À l’école La Voie, à Côte-des-Neiges


Des coûts supplémentaires

« Le défi c’est la planification budgétaire, il faut anticiper les élèves qui vont arriver en cours d’année, sinon les élèves allophones sont introduits dans des classes ordinaires trop vite », souligne Nathalie Morel, vice-présidente à la vie professionnelle à la Fédération autonome de l’enseignement.

Un défi qui a d’ailleurs coûté 9 M$ de trop à la Commission scolaire de Montréal, en budget d’accueil et de francisation. « On fait le choix de ne pas intégrer [dans des classes ordinaires] des élèves rapidement, car on a une obligation de réussite », affirme la présidente Catherine Harel-Bourdon.

Au ministère de l’Éducation, on rappelle qu’en plus des budgets dédiés à l’accueil, la francisation et l’intégration des élèves immigrants, un montant de 16,9 M$ a été ajouté cet automne.

« CE N’EST QU’UN DÉBUT »

Déjà élevée, la proportion d’élèves allophones devrait aller en s’accentuant dans les prochaines années, croit le démographe Marc Termote.

« Ce n’est qu’un début et d’ailleurs les dernières prévisions de Statistique Canada le confirment, l’île et la périphérie vont devenir de plus en plus allophones, ça a déjà commencé à Laval et à Longueuil. »

Fin janvier, Statistique Canada dévoilait ces prédictions selon lesquelles les allophones pourraient représenter 43 % de la population de l’île en 2036, à parité avec la population de langue maternelle française, et même dépasser légèrement celle-ci.

Hors île, l’organisme prévoit même que la proportion d’allophones pourrait doubler en 25 ans, passant de 6,8 % en 2011 à un peu plus de 14 % en 2036.

À la Commission scolaire Marie-Victorin, sur la Rive-Sud, on confirme que le nombre d’élèves allophones a presque doublé en 10 ans, passant de 17,6 % en 2005 à 30,5 % cette année. Même phénomène à Laval, où leur taux est passé de 16 % à 35 % en 11 ans.

À l'école Parkdale de Saint-Laurent sur l'île de Montréal


Impacts linguistique et politique

Mathieu Bock-Côté commente aujourd’hui le fait que dans certaines écoles de Montréal, 9 enfants sur 10 sont allophones.

Ce chiffre vient confirmer ce que nous annonçait récemment Statistique Canada : d’ici 20 ans, les Québécois qui ont le français pour langue maternelle seront moins de 70 % au Québec.

Ne nous faisons pas d’illusions sur l’efficacité de ce qui reste de la loi 101 et traduisons concrètement : les Québécois francophones seront de plus en plus étrangers dans leur métropole.

Un jour, ils ne seront plus qu’une grosse communauté culturelle installée en région.

Dans ce contexte, l’identité québécoise est condamnée à régresser. On programme sa dilution démographique.

L’immigration massive devrait être un sujet de préoccupation permanent pour la classe politique.

Mais le PLQ l’encourage à cause de son fédéralisme radical. Il mise sur l’immigration massive pour conserver le pouvoir éternellement.

QS fait de même au nom de son culte des minorités victimisées.

Les nationalistes, eux, ne parlent de ce sujet qu’avec un grand malaise. Ils ne veulent pas avoir l’air négatifs.

Et que les Québécois ne s’inquiètent pas de disparaître comme peuple ! S’ils le font, on les accusera de racisme !

On voudrait qu’ils disparaissent dans la joie.

Hourra !
Élèves dont la langue maternelle n’est ni le français ni l’anglais
  • 5 commissions scolaires de l’île de Montréal : 31, 87 % en 1998 42,69 % en 2015
  • Commission scolaire de la Pointe-de-l’Île : 27,03 % en 1998 et 49,72 % en 2015 (80 % d’augmentation)
  • Commission scolaire de Montréal : 38,88 % en 1998 et 45,70 % en 2015 (20 % d’augmentation)
  • Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys : 30,79 % en 1998 et 51,06 % en 2015 (70 % d’augmentation)

lundi 17 avril 2017

Québec — La « patate chaude » de l’éducation à la sexualité

Le ministre Sébastien Proulx renonce à implanter les cours d’éducation à la vie sexuelle dans toutes les écoles primaires et secondaires dès la rentrée scolaire de l’automne prochain.

Devant les craintes pour la formation des enseignants et pour la disponibilité du matériel pédagogique, le ministre se donne du temps avant d’étendre l’éducation sexuelle à l’ensemble du réseau. Il compte tout de même augmenter le nombre de classes qui offriront les « contenus » en éducation à la sexualité en septembre prochain.

« On souhaite davantage de classes dès l’automne. Il n’y aura pas une implantation obligatoire des contenus pour l’ensemble des élèves en septembre prochain. On a une quinzaine d’écoles [qui participe à des projets-pilotes], on ne peut pas passer à des milliers d’un coup. Par contre, il y aura des propositions pour accélérer l’implantation, pour que rapidement les contenus soient obligatoires pour l’ensemble des élèves », a dit le ministre de l’Éducation au Devoir, en marge des travaux de l’Assemblée nationale.

Des membres influents du milieu de l’éducation ont, en effet, mis en garde le ministre Sébastien Proulx : le cours d’éducation à la vie sexuelle, que Québec envisageait d’implanter au primaire et au secondaire dès la rentrée de septembre prochain, n’est pas prêt.

Les enseignants n’ont pas été formés pour donner cette matière. Des sources indiquent que le matériel pédagogique n’est pas prêt non plus. Résultat : l’implantation du programme à la rentrée de l’automne 2017 est « irréaliste », ont affirmé au Devoir des membres d’un comité consultatif créé par le ministère de l’Éducation.

Ce comité formé d’une vingtaine de représentants du milieu de l’éducation (syndicats d’enseignants, directions d’écoles et de commissions scolaires, comités de parents, etc.) doit se rencontrer le 20 avril à l’édifice G, à Québec. À environ une semaine de cette rencontre cruciale, les membres n’ont toujours pas en main le bilan de la première année du projet-pilote d’éducation sexuelle mis en place en 2015 dans une quinzaine d’écoles. Cette première année a pourtant pris fin en juin 2016, il y a 10 mois.

Le projet-pilote de deux ans a été lancé en 2015 parce qu’il existerait selon Le Devoir un consensus au Québec : il faut améliorer l’éducation sexuelle offerte aux élèves du primaire et du secondaire. Vraiment ? Au primaire, un consensus ? Le projet aborde la grossesse, les naissances, mais aussi la vie amoureuse, l’identité sexuelle — la théorie du genre pour parler clairement —, les rôles et les « stéréotypes sexuels » — depuis quand est-ce l’affaire du gouvernement de lutter contre ce qu’il qualifie de stéréotypes sexuels ? —, ainsi que les agressions sexuelles.

Pour l’instant, les élèves reçoivent une éducation à la sexualité qui varie selon l’école et sa clientèle.

« C’est prématuré »

Les syndicats d’enseignants estiment que l’éducation sexuelle doit être un cours en bonne et due forme, et non un apprentissage inséré dans plusieurs matières. Ils réclament aussi une formation universitaire en enseignement de l’éducation sexuelle, un peu comme les mathématiques ou le français, qui font l’objet de cours pour les futurs maîtres.

« Pour nous, c’est absolument inconcevable de lancer les apprentissages en éducation à la vie sexuelle en septembre prochain. C’est prématuré, c’est certain », dit Nathalie Morel, vice-présidente de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE).

La Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE) demande aussi une formation, du matériel pédagogique et l’appui de professionnels pour les titulaires de l’éducation à la vie sexuelle.

Parents inquiets

Les parents sont une des sources du malaise entourant l’éducation à la sexualité, selon le Devoir : « Les enseignants et les directions d’école vous le diront : toutes les fois qu’il est question de sexualité en classe, l’école reçoit des appels de parents. Ils veulent savoir — de façon tout à fait légitime — pourquoi leur enfant entend parler de “sexe” à l’école. »

« De plus en plus de parents sont mal à l’aise par rapport à l’enseignement de la sexualité dans les écoles. Il me semble qu’il y a de la place pour un dialogue constructif », dit Jasmin Lemieux-Lefebvre. Ce père de deux enfants travaille pour le diocèse de Québec. Il dit être favorable à l’éducation à la sexualité en classe, mais il estime que certains enseignements vont à l’encontre de ses valeurs chrétiennes. Le Devoir qui l'a interrogé n'en dit pas plus. Rappelons, cependant, que le nouveau programme vise à l'« exploration de nouvelles valeurs et normes en matière de sexualité, au-delà de celles de la familles ». Le programme du Monopole se lamente également que les jeunes qui sont ouverts et « flexibles » au niveau de l’identité sexuelle sont ramenés par la pression sociale « grandissante » à des rôles et identités stéréotypées « traditionnels » et « nuisibles ». Thèse chère au lobby LGBT.



Le programme du ministère de l’Éducation qui se voudrait obligatoire pour tous dès le primaire — la taille unique pour tous, c’est ça le Québec, voir ECR — tient pour acquis que les élèves auront des relations amoureuses et sexuelles, et qu’ils seront exposés à la pornographie.

Jasmin Lemieux-Lefebvre connaît des parents qui réclament le droit de retirer leurs enfants du cours d’éducation à la sexualité. Le problème, c’est qu’il ne s’agit pas d’un cours. Les apprentissages sont saupoudrés tout au long de l’année scolaire dans les matières obligatoires, comme les mathématiques, le français ou la biologie. À quel moment ces « contenus » d’éducation à la sexualité sont-ils enseignés aux enfants ? Par qui ? Les réponses ne sont pas claires.

Génération « sacrifiée », car « stéréotypée »

En entrevue au Devoir, Jasmine Léger, membre du comité des femmes de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSE) et victime elle-même, a parlé d’une génération sacrifiée en matière d’éducation à la sexualité.

« Quand on arrive à 17 ans avec des comportements et des stéréotypes bien ancrés, on est déjà dans la déconstruction. C’est pourquoi on aimerait bien que la ministre [de l’Enseignement supérieur], Hélène David, parle à son collègue [de l’Éducation], Sébastien Proulx, pour qu’il ramène des cours d’éducation sexuelle. »

La gauche et l’extrême gauche pressent le gouvernement d’agir

Le Parti québécois et Québec solidaire ont aussi pressé le ministre Sébastien Proulx d’agir rapidement. Le comité consultatif ne s’est pas réuni dans la dernière année, a souligné le député péquiste Alexandre Cloutier.

« Le gouvernement doit investir pour implanter rapidement l’éducation à la sexualité », a réagi la députée du parti d’extrême gauche Québec solidaire Manon Massé.

« La Fédération des comités de parents » inquiète des comportements à l’égard des LGBT

Le temps presse, ont souligné les partis d’opposition et la Fédération des comités de parents du Québec (FCPQ). « Oui, il se peut que toutes les conditions gagnantes ne soient pas réunies pour la mise en place parfaite et généralisée à l’automne. Mais si on attend les conditions parfaites, nous allons attendre longtemps ! On doit pouvoir avancer, le statu quo n’étant pas une option », a indiqué Corinne Payne, présidente de la FCPQ, dans une lettre au Devoir.

Campagne destinée aux écoles pour les familles homosexuelles

« Les parents du Québec sont convaincus qu’un enseignement fait par un pédagogue est, et de loin, plus pertinent que toute “l’information” propagée sur Internet. Ne voit-on pas, dans les dernières années, une recrudescence des ITSS [un peu partout dans le monde, même là où des cours à la sexualité existent depuis des décennies...!], des comportements sexuels à risques et de la violence sexuelle chez les jeunes ? Que penser, également, de l’intimidation et de la violence relativement à l’expression d’une sexualité différente ? », poursuit la lettre.


« La tête dans le sable »

« Des parents ont des inquiétudes. Ils ne savent pas de quelle façon c’est abordé. Ils se demandent qui sont ces personnes qui enseignent l’éducation à la sexualité à leurs enfants, quelles sont leurs valeurs et quel est le programme », dit Isabelle Arcoite, en dernière année de sexologie à l’UQAM.

« C’est un sujet délicat. L’éducation à la sexualité peut entrer en conflit avec la religion. Des parents croient que parler de sexualité équivaut à donner la permission. Ils croient que, si on n’en parle pas, ça n’arrivera pas. Ils se trompent ! » dit Isabelle Arcoite. C’est vrai qu’ils peuvent se tromper : tout dépend de ce que ce cours à la sexualité prônera. Or les cours d’éducation gouvernementaux ne prônent pas l’abstinence, la virginité jusqu’au mariage, ils ont plutôt tendance à banaliser la sexualité précoce tout en valorisant le plaisir d’une sexualité adolescente pour autant qu’on se « protège »... Cela ressemble très fort à une permission...

Une directrice adjointe d’école secondaire racontait au Devoir l’anecdote suivante : une mère de famille est venue demander qu’on retire sa fille des cours d’éducation sexuelle parce que, dans sa culture, les adolescents n’ont pas de vie sexuelle. La semaine suivante, cette élève est allée voir l’infirmière de l’école pour lui demander la pilule du lendemain.

Le Devoir semble croire que cette anecdote est convaincante et généralisable. Elle montre surtout que la fille en question était déjà bien au courant des méthodes contraceptives (sans le nouveau cours!) et que cette connaissance l’a peut-être rassurée pour adopter une sexualité précoce. Notons que Le Devoir ne nous dit pas quel est le climat qui règne dans l’école vis-à-vis de la sexualité : y trouve-t-on des affiches parlant explicitement de sexualité à une clientèle parfois très jeune (12 ans) comme nous avons pu le constater dans certaines écoles, à quoi ressemblent les cours actuels d’éducation à la sexualité, quels messages les enseignants font-ils passer au sujet de la sexualité précoce ?

La mère de famille en question était naïve, mais il se peut que cette naïveté fût surtout de ne pas savoir à quel point l’école québécoise qui n’est en rien conservatrice, ni même réservée, sur le plan des mœurs et de la sexualité et qu’elle tend à vouloir rendre obligatoire ces choix à toutes écoles. École inclusive... Vraiment ? Visiblement pas pour les parents conservateurs.

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