jeudi 10 août 2017

Novlangue — « migrant » le mot amalgame

Extrait d’un article intéressant du Devoir sur le succès récent du mot « migrant » dans les médias et les ONG.

Peut-on critiquer les réfugiés ? Non. Tout simplement non : les demandeurs d’asile qui sont vraiment des réfugiés ne méritent pas de critiques ; ils méritent notre aide et notre compassion devant leur souffrance. Peut-on critiquer l’immigration légale ? Oui et non : on peut s’interroger sur nos seuils et sur la manière dont nous gérons et intégrons notre immigration légale, mais elle n’est pas, à titre de concept, condamnable en elle-même. Peut-on critiquer l’immigration illégale ? Tout à fait. Un immigrant illégal est — c’est dans le nom — en situation d’illégalité, qui par définition ne doit pas être tolérée dans un État de droit.

Or, parler de « migrant », c’est mettre tous ces concepts — demandeur d’asile, réfugié, immigrant légal, immigrant illégal — dans un même panier, le plus souvent accompagné d’un parfum de misère humaine pour susciter la sympathie et entourer le mot d’une aura d’intouchabilité.

Par là, toute critique de la gestion de l’immigration légale (seuils d’accueil, mesures d’intégration, critères d’entrée, etc.) ou toute lutte contre l’immigration illégale devient assimilable à une oppression envers les réfugiés, qui font aussi partie de ce creuset — rendant la chose immédiatement odieuse au travers de ce sophisme associatif.

Pourtant, en 2017, il s’agit de sujets de société extrêmement importants qui ne doivent pas être soustraits à la réflexion civique. En confisquant ces nuances dans le mot « migrant », on censure le discours public et toute la réflexion collective s’appauvrit. Il est temps pour nos médias et nos dirigeants de faire la part des choses. À commencer par ne plus parler de « migrants » et effectuer les distinctions qui s’imposent.



Disney inclut un couple lesbien interracial dans un dessin animé

Le réseau Disney fait preuve de « diversité » en montrant un couple lesbien interracial dans l’un des épisodes du dessin animé Docteur La Peluche. La rééducation des tout-petits ne peut pas commencer assez tôt.




Mathieu Bock-Côté : revaloriser le travail des enseignants

On le sait, l’école va bientôt recommencer. C’est un bon moment pour réfléchir à son rôle et c’est ce que nous invite à faire la Commission jeunesse du Parti libéral.

Elle propose une réflexion sur la condition enseignante. Son objectif : revaloriser les enseignants. Spontanément, tout le monde applaudira. Ils ont une tâche essentielle, vitale, irremplaçable, et ne sont pas toujours traités à la hauteur de celle-ci.

Mais comme on dit, le diable se cache dans les détails. Que veulent dire les jeunes libéraux lorsqu’ils prétendent revaloriser la profession enseignante ?

Culture

Essentiellement, ils proposent la création d’un ordre des enseignants. C’est-à-dire qu’ils veulent créer un machin corporatiste.

Le président des jeunes libéraux a ajouté que les enseignants devraient aussi, pour s’adapter à leur époque, suivre une formation technologique tout au long de leur vie. Ils seraient ainsi de meilleurs pédagogues.

C’est pourtant une fausse piste.

Certes, les enseignants doivent se perfectionner tout au long de leur existence. Mais il n’est pas certain que ce soit dans le sens voulu par nos jeunes libéraux, qui cèdent aux préjugés technophiles de notre époque.

Car que veut dire se perfectionner, pour un professeur ? Cela veut dire qu’il doit se cultiver toute sa vie, et pour cela, il doit lire. Cela veut dire qu’il doit aller bien au-delà du programme qu’il doit transmettre et devenir un véritable maître de sa discipline.

Le professeur de français approfondira sa connaissance de la littérature. Le professeur d’histoire celle de l’histoire. Le professeur de la géographie celle de la géographie. Et ainsi de suite.

Peu à peu, et grâce à l’expérience, l’enseignant deviendra plus qu’un simple transmetteur de connaissances : il incarnera sa matière, il la fera vivre, il donnera envie de s’y plonger, et il suscitera des vocations.

On l’oublie souvent, mais il suffit qu’un élève rencontre dans son parcours scolaire un grand professeur pour voir sa vie bouleversée. Il découvrira un monde qu’il ne connaît pas encore : celui de la vie de l’esprit. Il pourrait bien se faire happer par elle et ne plus avoir envie d’en revenir.

Mais pour cela, il faut que les enseignants puissent enseigner. Cela ne va plus de soi. On a bureaucratisé leur métier comme ce n’est pas possible. On les écrase sous la paperasse.

Autorité

Et ils doivent en plus gérer tous les cas problèmes qu’on inscrit dans leurs classes.

Il suffit malheureusement de quelques étudiants dispersés ou perturbés pour gâcher une année.

Ils peuvent ruiner l’atmosphère nécessaire à la transmission du savoir.

Il y a des limites à permettre à quelques trublions de faire la loi dans une classe. Il y a des limites à inclure des élèves à problèmes dans une classe au nom de l’inclusion.

Tout cela pour dire qu’il faut effectivement revaloriser la profession enseignante. Mais que cela veut dire revenir à l’essence de ce métier.

Et qu’il faut, comme société, revaloriser la culture générale et la vie de l’esprit.

mercredi 9 août 2017

L'égalité est-elle une « valeur » pertinente en soi indépendamment du contexte ?

Extrait d’un entretien avec Nathalie Heinich. Titulaire d’un doctorat de l’EHESS après avoir effectué une thèse sous la direction de Pierre Bourdieu, Nathalie Heinich est sociologue, spécialiste de l’art contemporain. Elle a publié Des valeurs, une approche sociologique (Gallimard, 2017), un essai fouillé sur la formation des jugements de valeur dans nos démocraties libérales. Ce livre lui a valu le prix Pétrarque de l’essai France Culture — Le Monde 2017..

[...]

— Ce que je disais entre autres dans l’article, c’est qu’on a tort de considérer l’égalité comme une valeur en soi, pertinente dans n’importe quel contexte, alors qu’elle est plutôt un critère de l’équité : un critère parmi d’autres puisque, selon les contextes, le sentiment d’équité peut aussi s’obtenir par le critère du mérite, le critère de l’ordre, le critère du besoin, ou même, dans certains cas, le critère du hasard. Le critère d’égalité ne peut pas s’appliquer de la même façon aux droits civiques, aux droits civils ou aux droits sociaux. Pour ma part, si j’étais hostile au mariage homosexuel, ce n’était pas, comme une certaine droite catholique, au nom de la nature (qui ne peut pas fonder des règles sociales acceptables : si l’on s’en tenait à la nature en matière de filiation, les femmes devraient faire un enfant par an de quatorze à cinquante ans), mais au nom des nécessités symboliques et institutionnelles, qui font que nous ne sommes pas seulement des êtres de chair et de désir, mais aussi des êtres de sens, de noms propres, de généalogies - ce pourquoi l’on a institué, notamment, l’état civil. Je crois — avec beaucoup d’autres — que la dualité de la filiation et la différence des sexes sont constitutives, symboliquement, de notre rapport au monde. [...]

— Vous avez été qualifiée d’« homophobe » et une pétition a même été lancée contre vous lorsque vous avez reçu le prix Pétrarque. Comment jugez-vous ce sectarisme ?

— Pour une certaine gauche sectaire, empreinte de bourdieusisme mal digéré [Note du carnet : des bourdieuseries ?], les adversaires sont des ennemis, avec qui l’on ne doit même pas discuter. C’est dans la culture de l’extrême gauche, à laquelle s’ajoute aujourd’hui une tendance à la censure de tout ce qui ne serait pas conforme à une certaine bien-pensance politique — une tendance qui nous vient des États-Unis, et qui est de plus en plus prégnante et inquiétante. Toute expression d’une opinion qui pourrait heurter les sentiments d’une communauté serait à bannir, et cet appel à la censure ne provient plus des États, mais des milieux intellectuels. C’est très inquiétant. Il existe heureusement des conceptions plus libérales et plus intelligentes de la liberté d’expression, y compris à gauche. Il faut qu’elles se fassent entendre.

Google n’aime pas la diversité d’opinion

Cette tendance à la censure de la gauche « progressiste », cette tendance à vouloir imposer l’égalité, sans considérer pour d’autres aspects comme le mérite ou le besoin, semble être parfaitement illustrée par le comportement de Google cette semaine.

Google a renvoyé mardi l’ingénieur à l’origine d’un document qui expliquait que les écarts de salaire entre hommes et femmes dans le secteur de l’informatique viendraient de différences biologiques. James Damore, accusé de « perpétuer des stéréotypes de genre » selon Google, avait fait circuler le document jusqu’à déclencher une vive polémique dans la Silicon Valley très progressiste et peu ouverte à ce type d’affirmations.

« Les choix et capacités des hommes et des femmes divergent, en grande partie, en raison de causes biologiques et ces différences peuvent expliquer pourquoi les femmes ne sont pas représentées de manière égale dans l’industrie des hautes technologies et [dans les fonctions de] direction », affirmait James Damore dans une note interne. Les aptitudes naturelles des hommes les conduisent à devenir programmateurs en informatique, alors que les femmes sont, selon l’auteur, tournées « vers les sentiments et l’esthétique plutôt que vers les idées », les poussant à opter pour des carrières « dans le social ou l’artistique ».

« Ce n’est pas un point de vue que l’entreprise et moi-même soutenons, promouvons ou encourageons », a fermement affirmé dans un courriel aux salariés Danielle Brown, responsable diversité du géant de l’internet, recrutée il y a quelques mois de chez Intel et en fonction depuis seulement un mois. Visiblement Danielle Brown n’aime pas trop la diversité de pensées.

Actuellement, 69 % des salariés de Google sont des hommes, une proportion qui monte à 80 % dans les emplois technologiques, selon les derniers chiffres du groupe. Chez Facebook, les femmes n’étaient que 27 % parmi les cadres supérieurs en 2016. Quant à Apple, il compte 37 % de femmes au total.

Le document de James Damore (La caisse de résonance idéologique de Google) se trouve ici. Nous traduisons son résumé, intitulé à la bidouilleuse « TL ; PL » (« trop long ; pas lu ») :
  1. Le parti-pris politique de Google considère que la liberté de ne pas être offensé est la même chose que la sécurité psychologique, mais humilier les gens pour qu’ils se taisent est l’antithèse de la sécurité psychologique.
  2. Ce silence a créé un climat de mimétisme idéologique officiel dans lequel certaines idées, devenues sacrées, ne peuvent plus franchement être remises en question.
  3. L’absence de discussion encourage les partisans les plus extrémistes et autoritaires de cette idéologie [politiquement correcte].
    • Extrême : toutes les disparités dans la représentation [du personnel] sont causées par l’oppression ;
    • Autoritaire : il faut discriminer pour corriger cette oppression.
  4. Les différences de répartition des traits entre les hommes et les femmes peuvent en partie expliquer pourquoi les femmes n’occupent pas 50 % des postes en informatique et dans la direction.
  5. La discrimination [dite « positive »] pour imposer une représentation égale [notamment entre les sexes] est injuste, sème la discorde et mauvaise pour les affaires.

Voir aussi

Le paradoxe de l’égalité entre les sexes c. la théorie du genre
La théorie du genre veut qu'il n'y ait pas de différences sexuelles innées entre les sexes, si ce n'est les caractères sexuels apparents. Pas de différences au niveau de la psychologie, des comportements entre hommes et femmes. S'il y en a, ce ne serait que le fait de facteurs environnementaux, sociaux. Les intérêts des femmes pour les professions à fort lien social plutôt que les techniques ne seraient, par exemple, que le fruit d'une culture (machiste bien sûr) qui les enferme depuis la plus tendre enfance dans des rôles traditionnels, moins bien payés.

La vidéo norvégienne ci-dessous (sous-titrée) a suscité un débat médiatique, scientifique et politique de premier plan en Norvège. Depuis ce débat, l’État norvégien a décidé de cesser toutes les subventions aux instituts et associations pro-genre. Ce fut plus particulièrement le cas du Nordisk institutt for kunnskap om kjønn (Institut nordique d'études sur le genre).




Vu de France — l'école québécoise a gavé les jeunes générations « à l’idéal diversitaire »

Extraits d’un article de Causeur assez critique sur l’école et les élites québécoises. Il y a à boire et à manger dans cette critique.

Il s’est récemment constitué au Québec un véritable lobby antiraciste dont la mission est de convaincre les différents paliers de gouvernement d’œuvrer à la reprogrammation complète de la société conformément à ses revendications identitaires pour les immigrants. Il faudrait que le Canada français devienne une page blanche, un Éden entièrement vierge dont les habitants devraient obligatoirement rendre un culte à la déesse Diversité.

Surtout composé de militants anti-laïques, d’universitaires, de journalistes et de fonctionnaires, ce nouveau lobby est parvenu à persuader le gouvernement provincial de mettre en place une grande commission sur le racisme dit « systémique ». Le 20 juillet dernier, le gouvernement du Parti libéral (un parti plutôt favorable à l’immigration massive) annonçait donc officiellement que des séances de consultation sur le sujet allaient se tenir à l’automne.

« Négationnisme », idéal diversitaire et « islamophobie »

Les instigateurs de cette grande mascarade se montrent si radicaux dans leurs prises de position qu’il est facile de prévoir les conclusions qui seront tirées de l’exercice. En mars dernier, le Premier ministre du Québec, Philippe Couillard, affirmait que nier la réalité du racisme au Québec relevait du « négationnisme ». Voilà de quoi donner le ton.


[...]

Le Canada français est longtemps resté catholique, mais à partir des années 1960, il est rapidement devenu hostile au dogmatisme religieux, peu importe sa provenance. Cette méfiance légitime [!?] envers la religion semble toutefois s’atténuer chez les jeunes générations qui ont été gavées à l’idéal diversitaire par le système d’éducation au cours des deux dernières décennies.

Deuxièmement, nous apprendrons que les musulmans font partie des principales victimes du racisme systémique. Bien évidemment, il sera beaucoup question de l’« islamophobie », cette nouvelle épidémie populaire dont il faudrait collectivement guérir. L’islamisme a beau n’avoir jamais fait autant d’adeptes et surtout, de victimes, des associations musulmanes viendront publiquement faire le procès des Québécois sans jamais remettre en cause aucune de leurs pratiques. Pendant ce temps, rien ne sera dit au sujet des communautés asiatiques (chinoise, vietnamienne, indienne, etc.) qui sont pourtant très importantes. Il faut croire que certaines communautés culturelles maîtrisent mieux que d’autres l’art de la victimisation.

[...]

La gauche multiculturaliste introduit le doute et la méfiance

[... C]e qui persiste encore dans tous les pays du monde, ce sont certaines formes de solidarité naturelle, autant dire [pour certains] de xénophobie, qui ne pourront jamais être totalement éradiquées. Claude Lévi-Strauss a montré qu’à moins d’instaurer un régime totalitaire, aucune société ne deviendra parfaitement conforme aux standards xénophiles du multiculturalisme. À moins, bien sûr, que cette société ne souhaite sa propre disparition.

À lire aussi : Au Québec, islamistes et gauche multiculturaliste font bon ménage

Le débat entourant le racisme systémique au Québec est complètement artificiel. Un peu comme en France, où elle fait aussi bien des ravages, la gauche multiculturaliste invente des problèmes de toutes pièces, elle alimente des tensions réelles qui étaient au départ imaginaires. Là où tout allait bien, elle introduit le doute et la méfiance. Ce serait bien qu’on le réalise, avant de détruire ce qu’il reste du « vivre-ensemble ».

vendredi 4 août 2017

4 août 1701 — Signature de la Grande paix de Montréal

Ce traité met fin à plusieurs décennies de conflits opposant les Iroquois aux Français et à leurs alliés autochtones. Les Français de Nouvelle France, alliés des Hurons entre autres, se heurtent durant tous les premiers temps de la colonie à l’hostilité des Iroquois. À la fin du XVIIe siècle, des délégations de nombreuses nations amérindiennes arrivent à Montréal à l’été 1701. Le 4 août, la Grande paix de Montréal est signée. Tous s’engagent à favoriser le dialogue au conflit, et surtout les Iroquois garantissent leur neutralité en cas de conflit entre Français et Anglais.



Trente nations, dont les Iroquois des cinq nations envoient au total 1 300 délégués pour signer la paix avec les Français à Montréal : avec la promesse de rester neutre dans d’éventuelles guerres entre Anglais et Français. Les représentants de chacune des nations apposent la marque de leur tribu au bas du traité, le plus souvent un animal. Les nations s’engagent aussi à vivre en paix entre elles. En cas de conflit, c’est le Gouverneur général de la Nouvelle-France qui servira d’intermédiaire et d’arbitre. Un grand banquet achève cette cérémonie.

À compter de la signature du traité, le commerce et les expéditions de découvertes peuvent reprendre en toute quiétude. Le sieur de Cadillac quitte Montréal pour aller fonder dans la région des Grands Lacs le poste de traite du Détroit, promis à un bel avenir, tandis que les missionnaires jésuites reprennent leurs missions spirituelles dans les « pays d’en haut ».

Au niveau diplomatique, la paix de Montréal apparaît comme un fait unique dans toute l’histoire de l’Amérique. Détail étonnant, celui-ci est toujours valide et reconnu comme tel par les communautés amérindiennes.

À l’inverse de la politique espagnole marquée par l’asservissement des indigènes et dénoncée par les auteurs de l’époque comme Las Casas, les Français choisirent en Nouvelle-France de privilégier les alliances et un modus vivendi globalement respectueux des différents peuples. Certes, les conflits furent nombreux et sanglants avec les nations amérindiennes et ils ne cessèrent pas après 1701, mais jamais ils ne s’inscrivirent dans les dérives de la politique espagnole ou anglaise.

De fait, de tous les colonisateurs d’Amérique, seuls les Français n’ont ni exterminé les autochtones ni tenté de les réduire en esclavage ou de les repousser dans des réserves. On pourrait même arguer que la fonction « officielle » d’évangélisation des autochtones conférée à la Nouvelle-France constitue de la part des Français une admission tacite d’égalité entre les « blancs » et les autochtones, en les considérant « dignes » d’être évangélisés. Il ne faut toutefois pas oublier que l’économie ou la sécurité de la Nouvelle-France dépendait d’une bonne entente avec les autochtones, les Français n’étant tout simplement pas assez nombreux pour se passer de ces précieux alliés.

Copie du traité de paix de 1701



(Le document original du traité de paix de 1701 est conservé aux Archives nationales d’outre-mer.)
Pictogrammes des nations signataires : 
  1. Ouentsiouan représente la nation iroquoise des Onontagués et signe un échassier. 
  2. Pour les Tsonnontouan, c’est Tourengouenon qui appose la signature de la tortue. 
  3. Pour les Onneeiouts, la signature représente une fourche au milieu de laquelle se trouve une pierre. 
  4. Chez les Goyogouins (« peuple de la grande pipe »), le dessin d’une pipe va de soi ! 
  5. La marque de Kondiaronk, dit le Rat [un rat musqué], figure sur le traité de 1701. Un autre chef huron a pu apposer cette marque au nom de ce grand chef, mort deux jours avant la signature du traité. 
  6. L’ours, la signature du chef Kinongé, dit le Brochet, pour les Outaouais du Sable. 
  7. La marque des Abénaquis de l’Acadie, par le chef Mescouadoué. 
  8. L’ours, la marque des Outaouais Sinagos. 
  9. Pour les Gens du Sault, l’ours également, signature apposée par Haronhiateka. 
  10. La signature du chef des Gens de la Montagne est un chevreuil. 
  11. Le chef Kileouiskingié signe d’un poisson pour les Outaouais Kiskarons. 
  12. La fourche représente le lieu où vivent les Outaouais de la Fourche, à la confluence de trois rivières. 
  13. Représentés par Onanguicé, chef pouteouatami, les Mississagués [nation ojibwée] signent d’un oiseau-tonnerre. 
  14. Les Amikoués apposent la marque du castor. 
  15. Pour les Sauteux [Ojibwés], le chef Ouabangué appose la marque d’une grue. 
  16. Chez les Algonquins, on trouve deux signatures : un échassier ou une grue et, à côté, un être humain. 
  17. Une perche surmontée d’un scalp sert de signature pour le village des Pangichéas [Piankashaws]. 
  18. La marque de Chichicatalo, chef très respecté chez les Miamis, regroupe deux symboles, dont une grue. 
  19. La marque du chef Outilirine pourrait représenter les Cris. En langue crie, le suffixe — irin signifie « homme ». 
  20. Représentés par Onanguicé, les Koueras Koueatenons [groupe illinois] signent d’un arc et d’une flèche. 
  21. La marque du village des Peorias [nation illinoise] est une tortue à longue queue. 
  22. L’emblème des Tapouaroas [groupe illinois]. 
  23. L’emblème des Monisgouenars [nation illinoise], établi à la rivière des Moines. 
  24. Le village des Marouas [groupe illinois], signe d’une grenouille. 
  25. Pour les Pouteouatamis, la marque d’un chicot et trois racines. 
  26. Pour les Kaskaskias [nation illinoise], une plume encochée. 
  27. La marque du village des Ouiatanons [nation miamie] est une carrière. 
  28. L’esturgeon est la marque des Sakis [Sauks]. 
  29. Chez les Outagamis, ou Renards, la signature est celle du… renard. 
  30. L’oiseau-tonnerre représente le symbole clanique des Puants. 
  31. La marque des Malominis [Folles Avoines] est celle d’un oiseau-tonnerre tenant une tige de folle avoine. 
  32. Le chevalier de Callière, Brochart de Champigny, et autres. 

[Notes tirées de La Grande Paix, Chronique d’une saga diplomatique, par Alain Beaulieu et Roland paru à Montréal, Éditions Libre Expression, 2001, p. 109-111.]


jeudi 3 août 2017

Gouvernement Trump veut poursuivre les universités américaines qui discriminent selon la race

Le gouvernement républicain va demander au ministère de la Justice (DOJ) d’enquêter et de poursuivre en justice les universités du pays, dont les politiques d’admission basées sur la discrimination positive portent notamment préjudice aux candidats blancs, révèle le New York Times.

Depuis sa création en 1957, la Division des droits civiques du DOJ a pour mission de s’assurer que les droits civiques et constitutionnels de tous les Américains sont respectés. Sous la direction du secrétaire Jeff Sessions, elle intentera désormais des poursuites contre les universités jugées fautives par les enquêteurs choisis par l’ancien sénateur conservateur d'Alabama.

mercredi 2 août 2017

Baisse continue du nombre de naissances au Québec, aucun parti politique n'en parle

Mise à jour de 2 août 2017

Les chiffres provisoires des cinq premiers mois sont désormais disponibles. Ils ne sont pas bons du tout. Il n’y a jamais eu aussi peu de naissances au Québec depuis 2007 pendant les cinq premiers mois de l’année alors que la population y a crû d’un peu moins de 10 % (très majoritairement à cause de l’immigration) !






Billet originel du 10 juillet 2017 

Nous l’avons déjà vu, l’indice de fécondité des Québécois est en baisse depuis 7 ans. Il est passé de 1,73 enfant/femme en 2009 à 1,59 enfant/femme en 2016. On estime qu’il faut 2,1 enfants/femme pour remplacer les générations. Taux que le Québec n’a plus atteint depuis 1970.

Le taux de fécondité du Japon que l’on cite souvent comme catastrophique est actuellement de 1,46 enfant/femme. Le taux de fécondité du Canada est dans l’ensemble le même que celui du Québec, en dépit de l’absence de politique très dispendieuse d’aide aux frais de garde des jeunes enfants au Canada. [Voir Démographie : même taux de natalité au Canada qu’au Québec, sans « politique familiale »]

Aucun parti politique ne semble se préoccuper de ce taux de fécondité anémique qui augure mal pour la survie du peuple francophone québécois. Tous pensent que l’immigration comblera le manque de naissances. Les difficultés d’intégration économique (le chômage est plus important parmi les minorités ethniques), linguistique, culturelle et religieuse dans la société québécoise ne semblent pas préoccuper les politiciens outre mesure. Certains partis semblent même surtout voir dans cette immigration nombreuse de futurs consommateurs et électeurs fédéralistes.

Les chiffres prévisionnels des naissances pour les quatre premiers mois de 2017 sont sortis et ils ne sont pas bons. Il n’y a jamais eu aussi peu de naissances au Québec depuis 2007 alors que la population y a cru d’un peu moins de 10 % (très majoritairement à cause de l’immigration).



Les décès sont également en hausse depuis 10 ans (+ 15 %) bien que l’augmentation de ceux-ci soit plus irrégulière.




Voir aussi

Encore moins de bébés au Québec en 2016

Natalité baisse au Québec depuis 7 ans, mais CS de Montréal devrait accueillir 5000 élèves de plus d’ici cinq ans

Canada — un pays non blanc vers le milieu de ce siècle ?

Les principaux dirigeants européens n’ont pas d’enfants

France — Hollande n’a pas réussi à inverser les mauvais indicateurs économiques, mais bien la natalité

Recensement 2016 — recul du français, bilinguisme et anglais en hausse au Québec, bilinguisme stable dans le reste du Canada

Selon les données du recensement 2016 de Statistique Canada, l’anglais comme première langue gagne du terrain au Québec (alors qu’il en perd ailleurs au Canada) et le Québec devient de plus en plus anglais et bilingue.

Le Québec reste en effet la locomotive du bilinguisme au pays. On y trouvait ainsi un peu plus de 3,6 millions de personnes bilingues en 2016. Il s’agit d’une augmentation de 8,8 %, soit près de 300 000 personnes, par rapport à 2011 — cela correspond à 64 % de la croissance totale de la population bilingue au Canada, selon Statistique Canada.

La Québec affiche par ailleurs l’augmentation la plus marquée au pays en ce qui a trait au poids démographique de la population de langue maternelle anglaise. En fait, tandis que ce poids chutait dans toutes les provinces au pays pendant la période visée par l’enquête, il enregistrait une croissance dans la province.

Le déclin du poids de la population ayant l’anglais comme langue maternelle dans l’ensemble du Canada, un phénomène notamment attribuable à l’immigration, est donc en quelque sorte atténué par la croissance de l’anglais au Québec, selon ce qui se dégage des données de Statistique Canada.

Entre 2011 et 2016, le pourcentage de population de langue maternelle anglaise au Québec a bondi de 9 à 9,6 %, tandis que pour l’ensemble du Canada, il a fléchi de 58,6 à 58,2 %. En même temps, au Québec, la population qui a déclaré la langue de Molière comme maternelle a chuté de 79,7 à 78,4 %.

Résumé du recensement par le démographe Guillaume :

Les données du recensement de 2016 viennent de sortir. Voici ma première représentation graphique de celles-ci. En bref :
  • Le français diminue non seulement à Montréal, mais aussi en banlieue (et dans tout le Québec). En fait, c’est même à Laval que le français perd le plus de poids.
  • Le déclin du français ne se fait pas seulement au profit des langues allophones, mais aussi au profit de l’anglais. Le poids de l’anglais parmi les langues officielles (anglophones/[francophones+anglophones]) est en hausse partout, et particulièrement Laval.
  • Le bilinguisme anglais-français augmente chez les francophones du Québec, mais demeure stable chez les anglophones du reste du Canada.

Graphiques de Guillaume Marois (de sa page Facebook).






Voir aussi

Baisse continue du nombre de naissances au Québec, aucun parti politique n'en parle


Correctivisme LGBTTQQIAAP2S : plus de « mesdames, messieurs » pour les chemins de fer néerlandais

Les passagers des trains des chemins de fer néerlandais (NS) seront accueillis à partir de décembre prochain par un « Chers voyageurs », neutre sexuellement en néerlandais mais pas en français, qui remplace le « Mesdames et Messieurs ».


Environ 24 000 annonces automatiques sont diffusées dans les trains de NS chaque jour. Elles devront être remplacées d’ici le 10 décembre 2017. En outre, les employés des chemins de fer néerlandais réalisent eux-mêmes environ 70 000 annonces. Les textes ont été adaptés pour supprimer toute référence au genre. Les machinistes, conducteurs et annonceurs ont également « été sensibilisés », c’est-à-dire commandés de ne plus utiliser les formules de politesse séculaires.

[…] « Nous voulons que chacun se sente le bienvenu dans nos trains », a commenté le directeur de NS, Roger van Boxtel. Le métro londonien a déjà procédé au même changement au début du mois de juillet, « Mesdames et messieurs » a ainsi été remplacé par « Bonjour tout le monde ! »

Mercredi, la municipalité d’Amsterdam a également décidé de céder à la mode « non genrée ». Les fonctionnaires ont été intimés d’utiliser désormais la formule « Chères personnes présentes » (« geachte/beste aanwezigen ») plutôt que « Mesdames et Messieurs ». La formule fait beaucoup jaser sur les réseaux sociaux.


Source : Métro (Belgique) et NOS (Pays-Bas)

Voir aussi

Londres — Trop « genré », « Mesdames et Messieurs » bientôt banni des annonces sonores


La croisade des LGBT contre la liberté d’expression et les distinctions linguistiques immémoriales

Note :

‡ Ne voulant exclure personne nous avons opté pour LGBTTQQIAAP2S plutôt que le restrictif et rétrograde LGBT.

L: Lesbiennes
G: « Gais »
B: Bisexuels.
T: Transgenres.
T: Transsexuels.
Q: Queer
Q: en Questionnement
I: Intersexuels
A: Asexuels
A: Alliés
P: Pansexuels
2S: Bispirituels.

Mise à jour 

Nous apprenons que la Fédération nationale des enseignants du Québec (FNEEQ) préfère LGBTQ12SNBA+. Elle a même préparé un document essentiel, soyez-en sûr, qui porte ce nom : « LGBTQ12SNBA+ ». Il s’agit d’un guide des « mots de la diversité liée au sexe, au genre et à l’orientation sexuelle ». On y explique toutes les combinaisons possibles d’êtres humains, avec des exemples : « Une femme trans lesbienne ; un homme cisgenre hétérosexuel d’expression de genre plutôt féminine ; une femme bisexuelle qui préfère les femmes dans sa vie amoureuse ; une personne non binaire attirée par les hommes dans sa vie sexuelle et amoureuse ; une femme pansexuelle cisgenre d’expression de genre plutôt masculine ; un homme intersexe hétérosexuel ; une personne asexuelle en relation amoureuse avec une personne hétérosexuelle ».

La FNEEQ prétend que ce fascinant document est censé aider les enseignants à s’y retrouver... Ce sont des notions primordiales évidemment. Votre enfant parlera mal le français, mais il connaîtra toutes les distinctions que la coterie LGBTTQQIAAP2S choie.

mardi 1 août 2017

Un tiers des Américains ont une opinion négative des universités

Aux États-Unis, les électeurs du Parti républicain ont, pour la première fois, une opinion majoritairement négative de l’impact des collèges et des universités sur leur société.

Si la méfiance, voire l’hostilité, à l’égard des institutions en général, ou de « l’establishment », ressort de plus en plus des sondages depuis quelques années, plusieurs observateurs ont été surpris d’apprendre que les institutions d’enseignement s’ajoutaient aussi à la liste.

Selon un sondage du Pew Research Center effectué en juin et publié la semaine dernière, 58 % des Républicains ont une opinion négative des collèges et universités — et seulement 19 % des Démocrates, ce qui totalise tout de même plus d’un tiers des Américains.

À Middlebury, petite ville du Vermont située à 200 km de Montréal, des étudiants en colère s’en sont pris il y a quelques semaines à Charles Murray, politologue qui défend des thèses libertariennes que ces étudiants extrémistes considèrent comme racistes. Murray a été empêché de parler d’un tout autre sujet. Un membre de la faculté a été blessé.

Médias détestés

Cette proportion est en croissance, puisqu’ils n’étaient « que » de 45 % l’an dernier chez les Républicains.

C’est moins que l’opinion négative que se font les Républicains des « médias nationaux » (85 %) — contre 46 % des Démocrates —, mais c’est plus que l’attitude négative à l’égard des syndicats (46 % des Républicains) et des églises (que 14 % des Républicains perçoivent négativement, contre 36 % des Démocrates).

L’écart partisan à l’égard de ces autres institutions ayant continué de s’accroître d’année en année, collèges et universités étaient peut-être voués à franchir tôt ou tard la barre des 50 %.

Mais, selon les auteurs de l’étude, « les attitudes des Républicains sur les impacts des collèges et universités ont changé de façon significative dans un laps de temps relativement court » : de 37 % d’opinions négatives en 2015, cette proportion est passée à 45 % en 2016, puis à 58 % cette année. Et c’est encore plus fort chez ceux qui s’identifient comme « Républicains conservateurs » (65 % d’opinions négatives).

Accélération

À ceux qui seraient tentés d’y voir une réaction aux manifestations anti-Trump sur les campus, le journaliste David Graham rétorque dans The Atlantic que les campus se font reprocher par les mouvements conservateurs d’être des nids de gauchistes depuis les années 1960.

Trump lui-même pourrait être un facteur de l’accélération, mais ce serait écarter un peu vite le fait que cette accélération avait commencé bien avant sa campagne.

Toutefois, quelle qu’en soit la ou les raisons, si plus d’un tiers des citoyens de la première puissance mondiale, et près des deux tiers des partisans du parti politique au pouvoir, considèrent que ces institutions ont un impact négatif sur leur propre pays, il est difficile de ne pas imaginer que cela se traduira tôt ou tard par une baisse des inscriptions dans les universités.

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lundi 31 juillet 2017

La forte tentation autoritaire du multiculturalisme pour assurer le « vivre-ensemble »

Début d’un long entretien que Mathieu Bock-Côté a accordé au Figaro.

LE FIGARO — Les députés LREM [parti au pouvoir en France] ont adopté un amendement au projet de loi de moralisation prévoyant une « peine d’inéligibilité » en cas de manquement à la probité. Celle-ci impliquerait « les faits de discrimination, injure ou diffamation publique, provocation à la haine raciale, sexiste ou à raison de l’orientation sexuelle », précise l’amendement.

Mathieu BOCK-CÔTÉ. — Vous me permettrez d’être franc : j’en suis effaré. Évidemment, tout le monde s’entend pour condamner le racisme, le sexisme ou l’homophobie. J’ajouterais que nos sociétés libérales sont particulièrement tolérantes et ont beaucoup moins de choses à se reprocher qu’on veut bien le dire. Mais le problème apparaît rapidement : c’est celui de la définition. À quoi se réfèrent ces concepts ? Nous sommes devant une tentative d’exclure non seulement du champ de la légitimité politique, mais même de la simple légalité, des discours et des idées entrant en contradiction avec l’idéologie dominante. Il faut inscrire cet amendement dans le contexte d’une offensive plus large pour comprendre sa signification. Prenons l’exemple du racisme. Depuis quelques années, on a amalgamé le racisme et la défense de la nation. Pour la gauche diversitaire et ceux qui se soumettent à ses prescriptions idéologiques, un patriotisme historique et enraciné n’était rien d’autre qu’une forme de racisme maquillé et raffiné. Ceux qui voulaient contenir l’immigration massive étaient accusés de racisme. Ceux qui affirmaient qu’il y avait un lien entre l’immigration et l’insécurité étaient aussi accusés de racisme. De même pour ceux qui confessaient l’angoisse d’une dissolution de la patrie.

Cette assimilation du souci de l’identité nationale à une forme de racisme est une des tendances lourdes de l’histoire idéologique des dernières décennies. On l’aura compris, on accuse de racisme ceux qui ne se plient pas à l’idéologie diversitaire. Quel sort sera réservé demain à ceux qui avouent, de manière éloquente ou maladroite, de telles inquiétudes ? Prenons l’exemple du débat sur le mariage pour tous. Pour une partie importante des partisans du mariage homosexuel, ceux qui s’y opposaient, fondamentalement, étaient homophobes. Ils n’imaginaient pas d’autres motifs à leur engagement. Comme toujours, chez les progressistes, il y a les intolérants et les vertueux. Pour eux, deux philosophies ne s’affrontaient pas : il y avait d’un côté l’ombre et de l’autre la lumière. Doit-on comprendre que dans l’esprit de nos nouveaux croisés de la vertu idéologique, ceux qui ont défilé avec la Manif pour tous devraient être frappé d’inéligibilité ?

— Derrière le racisme, c’est le conservatisme qui serait visé ? 

Ce n’est pas d’hier qu’on assiste à une pathologisation du conservatisme, réduit à une série de phobies ou de passions mauvaises. Il est depuis longtemps frappé d’un soupçon d’illégitimité. Il y a une forme de fondamentalisme de la modernité qui ne tolère pas tout ce qui relève de l’imaginaire de la finitude et de l’altérité. Ce n’est pas d’hier non plus qu’on assiste à sa diabolisation : on présente le conservatisme comme une force régressive contenant le mouvement naturel de la modernité vers l’émancipation. D’une certaine manière, maintenant, on entend le sanctionner pénalement. On l’exclura pour de bon de la cité. C’est une forme d’ostracisme postmoderne. Cet amendement crée un climat d’intimidation idéologique grave : il marque une étape de plus dans l’étouffement idéologique du débat public. Et ne doutons pas du zèle des lobbies victimaires qui patrouillent dans l’espace public pour distribuer des contraventions idéologiques. On me dira que l’amendement ne va pas jusque-là : je répondrai qu’il va dans cette direction. À mon avis, derrière cet amendement se manifeste la grande peur idéologique des progressistes ces dernières années. Les intéressés pensaient avoir perdu la bataille des idées. Ils croyaient la France submergée par une vague conservatrice réactionnaire qu’ils assimilaient à une montée du racisme, de la xénophobie, du sexisme et de l’homophobie. D’où leur cri du cœur : « Plus jamais ça ! » Aussi veulent-ils reprendre le contrôle du débat public en qualifiant de langage de l’intolérance la philosophie qui contredit la leur. Il s’agit désormais de verrouiller juridiquement l’espace public contre les mal-pensants.

— On objectera que le racisme n’est pas une opinion, mais un délit. 

La sociologie antiraciste ne cesse d’étendre sa définition du racisme. Elle instrumentalise le concept noble de l’antiracisme à des fins qui ne le sont pas. Deux exemples.

Pour elle, ceux qui s’opposent à la discrimination positive se rendraient coupables, sans nécessairement s’en rendre compte, de « racisme universaliste », qui écraserait la différence et la diversité. Traduisons : la République est raciste sans le savoir, et ceux qui la soutiennent endossent, sans nécessairement s’en rendre compte toutefois, un système raciste. Ils participeraient à la perpétuation d’une forme de racisme systémique.

Inversement, ceux qui soutiendraient qu’une communauté culturelle ou une religion particulière s’intègre moins bien que d’autres à la nation seront accusés de racisme différentialiste, car ils essentialiseraient ainsi les communautés et hiérarchiseraient implicitement ou explicitement les différentes cultures et civilisations. Ainsi, une analyse sur la question ne sera pas jugée selon sa pertinence, mais disqualifiée parce qu’elle est à l’avance assimilée au racisme. En gros, soit vous êtes favorable au multiculturalisme dans une de ses variantes, soit vous êtes raciste. Multiculturalisme ou barbarie ? On nous permettra de refuser cette alternative. Il y a aujourd’hui une tâche d’hygiène mentale : il faut définir tous ces mots qui occupent une place immense dans la vie publique et, surtout, savoir résister à ceux qui les utilisent pour faire régner un nouvel ordre moral dont ils se veulent les gardiens passionnés et policiers. Il faut se méfier de ceux qui traquent les arrière-pensées et qui, surtout, rêvent de vous inculper pour crime de la pensée.

— Cela rappelle-t-il le politiquement correct nord-américain ? 

Le politiquement correct n’est plus une spécificité nord-américaine depuis longtemps. Pour peu qu’on le définisse comme un dispositif inhibiteur qui sert à proscrire socialement la critique de l’idéologie diversitaire, on constatera qu’il s’impose à la manière d’un nouvel ordre moral et qu’on trouve à son service bien des fanatiques. Ils se comportent comme des policiers du langage : ils traquent les mots qui témoigneraient d’une persistance de l’ancien monde, d’avant la révélation diversitaire. Ceux qui n’embrassent pas l’idéologie diversitaire doivent savoir qu’il y aura un fort prix à payer pour entrer en dissidence. On les traitera comme des proscrits, comme des parias. On leur collera une sale étiquette dont ils ne pourront plus se départir. « Populiste », « réactionnaire », « extrême droite » : les termes sont nombreux pour désigner à la vindicte publique une personnalité insoumise au nouvel ordre moral.

Alors nos contemporains se taisent. Ils comprennent que s’ils veulent faire carrière dans l’université, dans les médias ou en politique, ils ont intérêt à faire les bonnes prières publiques et à ne pas aborder certaines questions. La diversité est une richesse, et ceux qui apporteront des bémols à cette affirmation n’auront tout simplement plus droit de cité. En France, le politiquement correct a pour fonction de disqualifier moralement ceux qui ne célèbrent pas globalement ce qu’on pourrait appeler la société néosoixante-huitarde. Avec cet amendement, le pays fait un pas de plus vers le politiquement correct en le codifiant juridiquement ou, si on préfère, en le judiciarisant : désormais, il modèlera explicitement le droit.

— Comment ce politiquement correct est-il né ?

C’est un des résultats de la mutation de la gauche radicale engagée dans la suite des Radical Sixties, et d’abord aux États-Unis. Il s’institutionnalisera vraiment dans les années 1980, dans l’université américaine. On connaît l’histoire de la conversion de la gauche radicale, passée du socialisme au multiculturalisme et des enjeux économiques aux enjeux sociétaux. La lutte des classes s’effaçait devant la guerre culturelle, et la bataille pour la maîtrise du langage devient vitale. Ce n’est pas surprenant pour peu qu’on se souvienne des réflexions d’Orwell sur la novlangue. Celui qui maîtrise le langage maîtrisera la conscience collective et certains sentiments deviendront inexprimables à force d’être censurés.

Dans les universités nord-américaines, on a voulu s’ouvrir aux paroles minoritaires, ce qui impliquait, dans l’esprit de la gauche radicale, de déboulonner les grandes figures de la civilisation occidentale, rassemblées dans la détestable catégorie des « hommes blancs morts ». Autrement dit, la culture n’était en réalité qu’un savoir assurant l’hégémonie des dominants sur les dominés. On a voulu constituer des contre-savoirs idéologiques propres aux groupes dominés ou marginalisés. C’est une logique bien bourdieusienne. Les humanités ont été le terrain inaugural de cette bataille. Ce serait maintenant le tour historique des minorités (et, plus exactement, de ceux qui prétendent parler en leur nom, cette nuance est essentielle) et ce sont elles qui devraient définir, à partir de leur ressenti, les frontières du dicible dans la vie publique. Ce sont elles qui devraient définir ce qu’elles perçoivent comme du « racisme », du « sexisme », de l’« homophobie ». Et on devrait tous se soumettre à cette nouvelle morale. Mais nous avons oublié qu’il peut y avoir un intégrisme victimaire et un fanatisme minoritaire, qui a versé dans la haine décomplexée de l’homme blanc, jugé salaud universel de l’histoire du monde. La société occidentale est soumise à un procès idéologique qui jamais ne s’arrête. Je vous le disais tout juste : ces notions ne cessent de s’étendre et tout ce qui relève de la société d’avant la révélation diversitaire finira dans les déchets du monde d’hier, dont il ne doit plus rester de traces.

— À l’ère de Donald Trump, ce phénomène est-il toujours aussi fort ? 

En ce moment, l’université nord-américaine, qui demeure la fabrique institutionnelle du politiquement correct, est rendue très loin dans ce délire : on connaît le concept de l’appropriation culturelle qui consiste à proscrire les croisements culturels dans la mesure où ils permettraient à l’homme blanc de piller les symboles culturels des minorités-victimes. On chantait hier le métissage, on vante désormais l’intégrité ethnique des minorités victimaires. La mode est désormais, dans les universités, de multiplier les « safe spaces », qui permettent aux minorités victimaires de transformer les établissements d’enseignement supérieur en un espace imperméabilisé contre les discours qui entrent en contradiction avec leur vision du monde. C’est sur cette base que des lobbies prétendant justement représenter les minorités-victimes en ont appelé, à plusieurs reprises, à censurer tel discours ou tel événement. Pour ces lobbies, la liberté d’expression ne mérite pas trop d’éloges, car elle serait instrumentalisée au service des forces sociales dominantes. Ils ne lui reconnaissent aucune valeur en soi et croient nécessaire de transgresser les exigences de la civilité libérale, qui permettaient à différentes perspectives de s’affronter pacifiquement à travers le débat démocratique. Ces lobbies sont animés par une logique de guerre civile.

J’ajouterais une chose : les gardiens du politiquement correct ne se contentent pas d’un ralliement modéré aux thèses qu’ils avancent : les intéressés exigent de l’enthousiasme. Il faut manifester de manière ostentatoire son adhésion au nouveau régime diversitaire en parlant son langage. Bien des journalistes militants se posent aussi en inquisiteur et veulent faire avouer aux hommes politiques ou aux intellectuels leurs mauvaises pensées. Ils les testent sur le sujet du jour en cherchant la faute, en voulant provoquer la déclaration qui fera scandale. Ils veulent prouver qu’au fond d’eux-mêmes, ce sont d’horribles réactionnaires.

— Le « politiquement correct » est-il le corollaire du multiculturalisme ? 

Le multiculturalisme est traversé par une forte tentation autoritaire, pour ne pas dire plus. Il ne fait pas bon ménage avec la liberté d’expression. La cohabitation entre différentes communautés présuppose une forme de censure généralisée où chacun s’interdit de juger des traditions et coutumes des autres. On appelle cela « le vivre-ensemble » : c’est une supercherie grossière. Certaines communautés (ou ceux prétendant parler en leur nom et les prenant en otage) veulent faire inscrire dans le droit leur conception du blasphème ou du moins obliger l’ensemble de la société à respecter leurs interdits moraux, ainsi qu’on a pu le voir dans l’affaire des caricatures. Le génie propre de la modernité, c’est le droit d’examiner et de remettre en question n’importe quelle croyance, sans avoir à se soumettre à ses gardiens qui voudraient nous obliger à la respecter. Ce sont les croyants qui doivent accepter que des gens ne croient pas la même chose qu’eux et se donnent le droit de moquer leurs convictions les plus profondes, sans que cette querelle ne dégénère en violence. Or, on nous demande de respecter la sensibilité des uns et des autres, comme s’il existait un droit de ne pas être vexé et un droit de veto accordé à chaque communauté pour qu’elle puisse définir la manière dont on se la représente.


mercredi 26 juillet 2017

Transition énergétique : les besoins colossaux en métaux

Les technologies requises pour limiter le réchauffement du climat feront grimper la demande de ressources naturelles. C’est, selon la Banque mondiale, un risque majeur pour l’environnement.

Un avenir bas carbone ne se construira pas sans minerais ni métaux. Tant s’en faut. Pour contenir le réchauffement planétaire sous les 2 °C, comme ambitionné par plus de 170 pays signataires de l’Accord de Paris fin 2015, il faudra en fait en extraire d’énormes quantités, avance la Banque mondiale dans un rapport sur le rôle primordial que jouera le secteur dans une telle économie « verte »

Le constat paraît sans appel. « Le rapport montre clairement que la composition des technologies supposées alimenter le passage à une énergie propre–éolien, solaire, hydrogène et systèmes électriques — nécessite en fait significativement PLUS [sic] de ressources que les systèmes d’alimentation en énergie traditionnels », écrivent les auteurs qui se sont penchés sur trois grandes technologies renouvelables : l’éolien, le solaire et les batteries de stockage d’énergie.

Les besoins futurs ne seront absolument pas les mêmes selon que le réchauffement de la planète est limité à 2 °C, ou qu’il atteigne 4 °C voire 6 °C, les trois scénarios envisagés par l’organisation. Sans surprise, le premier scénario se révèle le plus « ressourçovore ». La demande de métaux pourrait doubler avec l’essor des technologies éoliennes et solaires, dit la Banque mondiale. Mais c’est dans les accumulateurs électriques que l’exemple est le plus frappant : leur développement pourrait entraîner un bond de 1 000 % de la demande de lithium, si le monde prend les mesures requises pour contenir l’élévation de la température nettement en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels.





Choix politiques

La Banque mondiale a listé les ressources clefs de la transition énergétique, à l’instar du cuivre, de l’argent, de l’aluminium (bauxite), du nickel, du zinc et, probablement, du platine. Des marchés qui devraient donc bénéficier d’un virage vert. Elle cite aussi les terres rares, neodymium et indium.

Évidemment, beaucoup dépendra du nombre de turbines, de panneaux solaires ou encore de véhicules fabriqués — et donc des choix politiques des gouvernements. Le type de technologies déployées dans chacun de ces segments sera également déterminant. « Les technologies renouvelables qui émergeront comme les plus adaptées et les plus avantageuses seront essentielles pour définir le marché des matières premières sur les cinquante prochaines années », estiment les auteurs.

En se fiant aux tendances actuelles, le Chili, le Pérou et, potentiellement, la Bolivie auront un rôle majeur à jouer en fournissant du cuivre et du lithium ; le Brésil avec la bauxite et le fer ; l’Inde pour le fer, l’acier, le titane ; l’Afrique australe et la Guinée seront « incontournables » pour répondre aux besoins grandissants en platine, manganèse, bauxite et chrome ; et la Chine pour à peu près tous les produits. La Banque mondiale cite en outre la Nouvelle-Calédonie française et ses « réserves massives de nickel », matière première utilisée aujourd’hui dans les batteries pour voitures électriques. La République démocratique du Congo regorge également de minéraux, souvent pillée aujourd’hui avec la complicité de pays voisins comme le Rwanda dirigé d’une main de fer par le président Kagamé, dans des conditions écologiquement et humainement dégradantes.

Jusqu’à présent, peu d’analyses du genre ont été faites sur les implications matérielles d’un adieu aux systèmes fondés sur les combustibles fossiles. Avec ce rapport, la Banque mondiale met en garde sur l’impact que peut avoir une économie bas-carbone sur l’environnement.

Compléter et non pas concurrencer

« Si elle n’est pas correctement gérée, cette croissance de la demande de minerais et métaux pourrait aller à l’encontre des efforts et des politiques des pays riches en ressources pour atteindre les objectifs qu’ils se sont fixés en matière de changement climatique », préviennent les auteurs. Une attention particulière devra également être portée pour que l’eau utilisée par les communautés locales et les écosystèmes ne soit pas trop fortement touchée.

Le directeur du pôle mondial d’expertise en énergie et industries extractives du Groupe de la Banque mondiale, Riccardo Puliti, plaide pour l’ouverture d’un « dialogue entre les groupes d’intérêt sur le climat, l’énergie verte et les industries extractives ». Pour cela, les pays doivent intégrer que « le développement d’une ressource naturelle vient compléter et non pas concurrencer un avenir plus vert et plus durable ».

Source : Les Échos

L’inquiétant recul du quotient intellectuel

Le quotient intellectuel (QI) moyen français a décliné de 3,8 points entre 1999 et 2009 pour chuter à 97,3, indique une récente étude de deux chercheurs britanniques, publiée dans la revue Intelligence.

Toutefois, la diminution semble globale et touche aussi la Norvège, le Danemark, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, l’Australie, la Suède et la Finlande, mais pas les États-Unis.


En 2015, Edward Dutton (université d’Oulu, Finlande) et Richard Lynn (université d’Ulster, Royaume-Uni) publiaient, dans la revue Intelligence, une étude, passée inaperçue, mais dont les journaux auraient, peut-être, pu faire quelques manchettes. L’affaire est en effet d’une importance cardinale : les deux chercheurs documentaient, pour la première fois, une chute du quotient intellectuel (QI) moyen en France. Selon leurs estimations, ce dernier aurait perdu près de quatre points entre 1999 et 2009. À l’échelle d’une population, c’est énorme.

L’étude des deux chercheurs britanniques mérite toute notre attention.

Plusieurs raisons à cela. La première est que, s’il est reproduit et confirmé par d’autres études, ce résultat signale la première inversion, en France, de la tendance séculaire qui voit augmenter régulièrement l’indice d’intelligence individuelle — c’est-à-dire, pour éviter de parler d’« intelligence », de l’amélioration des compétences cérébrales, au sens quasi mécanique du terme. La deuxième raison de prendre au sérieux les résultats de MM. Dutton et Lynn est que cette inversion de la tendance à l’augmentation du QI est également constatée en Norvège, au Danemark, au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, en Australie, en Suède...

Dans de nombreux pays où les données peuvent s’étudier avec un recul historique suffisant, une légère érosion des facultés cognitives est mesurée, environ depuis le milieu des années 1990. Il y a toujours, bien évidemment, des biais possibles, des erreurs, des effets d’échantillonnage... Mais, même en Finlande, où la conscription donne lieu à des tests de QI standardisés, pratiqués sur toute une génération ou presque (25 000 jeunes par an sont testés depuis 1988), une étude des deux mêmes auteurs, publiée en 2013, montre une chute de deux points de QI entre 1997 et 2009, mesurée avec une grande précision. Les trois fonctions cognitives testées (représentation des formes, arithmétique, raisonnement verbal) sont toutes en régression.

Les Britanniques raisonnent moins bien et plus lentement aujourd’hui

Plus troublant encore, contrairement à ce que pourrait faire croire l’avènement du numérique et des jeux vidéo, les temps de réaction à un stimulus ont augmenté : non seulement les sujets de Sa Gracieuse Majesté raisonnent moins bien que leurs ancêtres de l’ère victorienne, mais ils pensent aussi plus lentement !

Cette baisse, amorcée au tournant des années 1990 et 2000, constitue un reflux dans la mesure où elle fait suite à une augmentation généralisée des QI moyens sous l’effet des progrès des conditions sanitaires et sociales tout au long du XXe siècle. Un effet établi en 1987 par un spécialiste néo-zélandais des recherches sur l’intelligence, James R. Flynn, et connu sous le nom d’« effet Flynn ». Le même James R. Flynn, aujourd’hui professeur émérite à l’université d’Otago de Dunedin en Nouvelle-Zélande, a été l’un des premiers à tirer la sonnette d’alarme en pointant du doigt le renversement de tendance.

« Nous sommes sortis d’un siècle de croissance rapide du QI moyen au cours duquel l’effet Flynn a joué à plein », constate le prospectiviste Laurent Alexandre, qui met ces années de croissance au crédit notamment de la diminution radicale des accidents obstétricaux entraînant une mauvaise oxygénation du cerveau et de la fin des carences en iode — élément chimique nécessaire au développement harmonieux du cerveau — dans les régions éloignées du littoral comme les Alpes. L’expression « crétin des Alpes » provient d’ailleurs des nombreux enfants de cette région condamnés au XIXe siècle au crétinisme faute d’avoir reçu dans leur alimentation suffisamment d’iode.

Quant aux causes du retournement constaté ces quinze dernières années, elles sont multiples, et leur poids relatif dans le phénomène n’est pas aisé à déterminer. Difficile d’incriminer en bloc les systèmes éducatifs, puisque les pays touchés par cette baisse de QI en possèdent de très différents, certains de ces pays étant par ailleurs bien classés dans les études PISA. Il en va de même pour un autre facteur régulièrement avancé, l’importance prise par le numérique chez les plus jeunes, puisque parmi les pays aux QI moyens les plus élevés figurent des pays d’Asie très technophiles.


Impact de l’immigration ?

Les causes pourraient être liées à la baisse qualitative de la nourriture et de l’éducation, du goût pour la lecture, à la hausse du nombre d’enfants par femme et à l’immigration. « Il se pourrait que ce soit l’augmentation du nombre d’immigrés au QI bas dans la population française qui explique ce déclin. Elle a eu lieu dans toute l’Europe occidentale et un nombre conséquent d’études a démontré que les immigrés d’Afrique du Nord et du Sud-Ouest asiatique ont typiquement un QI moyen compris entre 85 et 90 », notent-ils.

Très faible natalité des diplômés ?

Une autre explication politiquement incorrecte serait que les personnes les plus instruites ont tendance à retarder le moment d’avoir un premier enfant, notamment pour pouvoir poursuivre leurs études, et en font donc moins que celles appartenant aux couches plus défavorisées de la population. « C’est ce que le grand biologiste Jacques Monod écrivait déjà en 1970 dans “Le Hasard et la Nécessité” », rappelle Laurent Alexandre, qui cite à l’appui de cette hypothèse une étude génétique menée sur plus de 100 000 Islandais nés entre 1910 et 1990 et parue en décembre 2016 dans la revue « PNAS ».

« Cette étude a mis en évidence un ensemble de variantes génétiques appelé PolyEDU, lequel est fortement corrélé avec un bon niveau d’études. Or cette analyse montre que ces “bons” variants sont soumis au fil des décennies à une accumulation croissante de mutations génétiques défavorables, du fait de l’absence de sélection naturelle » — en clair, le fait moralement bienvenu que les personnes dotées de faibles capacités cognitives n’aient pas une descendance inférieure à ceux ayant des capacités cognitives plus importantes. Ces facteurs dits « dysgéniques », si tant est qu’ils existent, ne sont évidemment pas les seuls à jouer.

Utilisation de drogues ?

Un autre élément d’explication est la relative banalisation du haschisch, dont les études ont montré que, contrairement à d’autres drogues comme la cocaïne, par exemple, sa prise répétée avait un impact négatif sur le cerveau (les gros consommateurs auraient en moyenne 8 points de QI de moins que les autres).

Perturbation du système hormonal ?

Pour d’autres, les causes seraient environnementales. Dans Le Cerveau endommagé (Odile Jacob, 416 p., 39,90 euros), la biologiste Barbara Demeneix (CNRS/Muséum national d’histoire naturelle) montre comment la perturbation du système hormonal par une multitude de substances présentes dans notre environnement domestique (solvants, plastiques, etc.) ou dans la chaîne alimentaire (pesticides, additifs, etc.), peut altérer la construction de certaines structures cérébrales, notamment au cours de la période intra-utérine.

La chercheuse, dont les travaux sur le système thyroïdien sont mondialement reconnus, travaille depuis plus de dix ans sur la question. Elle a ratissé toute la connaissance, de l’épidémiologie à l’épigénétique en passant par l’endocrinologie et la biologie du développement ; elle conclut à un lien fort entre l’exposition généralisée de la population aux perturbateurs endocriniens — ces substances capables d’interférer avec le système hormonal — et l’augmentation d’une variété de troubles neuro-comportementaux (trouble de l’attention, hyperactivité, autisme, etc.). Depuis longtemps, elle s’attend à ce que ses idées soient confortées par un début de baisse, dans la population générale, des capacités cognitives. Désormais, nous y sommes, même si d’autres causes que les contaminants chimiques ne sont pas à exclure...


Sources : Valeurs actuelles, Le Monde, Les Échos

Voir aussi

Une étude souligne les effets néfastes du cannabis sur le cerveau des adolescents

mardi 25 juillet 2017

Les Français veulent le retour à l'uniforme et la promotion du latin et du grec

Qui a dit que les Français n’étaient pas prêts pour les réformes ? Ceux qui ont été interrogés par l’IFOP pour le Journal du Dimanche ont en tout cas dit tout le bien qu’ils pensaient de changements au sein de l’institution.

Elle doit être le lieu de « transmission des connaissances et des savoirs ». C’est en tout cas ce que pensent 52 % des personnes interrogées par l’IFOP au sujet de l’école. Publiés le 23 juillet dans le JDD, les résultats de cette enquête réalisée auprès de 960 personnes selon la méthode des quotas tendent à prouver le contraire de ce qui se répète depuis bien longtemps. Non, les Français ne sont pas allergiques aux réformes quand il s’agit de l’Éducation nationale.

Pour preuve : la quasi-intégralité des mesures proposées (13 sur 14) — dont certaines sont déjà en place — est adoubée par les sondés.

Les Français interrogés souhaiteraient également que le latin et le grec soient davantage promus (63 %) et que l’enseignement de l’histoire et de la philosophie des religions intervienne dès le collège (62 %). Autre retour en arrière ? La tenue vestimentaire. Le retour de l’uniforme obligatoire en primaire et au collège est plébiscité par 56 % des sondés. Les changements souhaités passent également par le baccalauréat, que les sondés voudraient voir profondément modifié « avec davantage de contrôle continu » (80 %).

Les Français sont également massivement (69 %) d’accord pour qu’on dépiste l’usage du cannabis dans les lycées. Ils sollicitent à 84 % l’autorisation de l’apprentissage dès 14 ans.

Par contre, seuls 24 % sont pour la suppression du redoublement.


lundi 24 juillet 2017

24 juillet 1967, le Gal de Gaulle remonte la Chemin du Roy et prononce « Vive le Québec libre ! »

Il y a 50 ans aujourd’hui, lundi le 24 juillet 1967 décrété jour férié, le Président de la République française, le général Charles de Gaulle parcourrait le « Chemin du Roy » de Québec à Montréal en compagnie du Premier Ministre Daniel Johnson, père, et d’un long cortège. À 19 h 42, le président français apparaît au balcon de l’hôtel de ville de Montréal devant 15.000 Québécois. C'est là qu'il prononcera son célèbre « Vive le Québec libre ! »

Le général de Gaulle à Trois-Rivières le 24 juillet 1967

Extraits de l’article de Christian Rioux à cette occasion dans le Devoir :

C’était il y a 50 ans à peine. Le 23 juillet 1967, le général de Gaulle débarquait à l’Anse-au-Foulon pour une visite de trois jours qui allait changer la face du Québec. Entre Paris et Montréal, Le Devoir retrace la genèse de ce moment aujourd’hui inscrit dans tous les livres d’histoire. Premier article d’une série de trois.

Ce matin-là, Jean-Paul Bled était à Saint-Malo. On n’imagine pas un lieu plus symbolique pour apprendre que, la veille, le général de Gaulle a provoqué tout un branle-bas de combat diplomatique en lançant « Vive le Québec libre ! » du haut du balcon de l’hôtel de ville de Montréal, le 24 juillet 1967. « En plus, c’était le jour de mon mariage ! dit l’historien. Le moment resta gravé à jamais dans ma mémoire. »

Mais au fond, dit-il, ce geste n’avait rien de si étonnant. Il était dans le prolongement direct de ce qu’avait été le général de Gaulle depuis qu’il avait pris la direction de Londres et lancé l’appel du 18 juin 1940, devenant ainsi le symbole vivant de la Résistance française.

[...]

L’homme qui débarque au Québec en 1967 pour payer la dette de Louis XV n’est pas seulement le libérateur de la France. Il n’est pas seulement le président revenu au pouvoir en 1958 pour sortir le pays de la guerre d’Algérie. À cette date, il est devenu un véritable symbole de la lutte anticoloniale.




[...]


À partir de 1958, les événements vont se précipiter. Avant même la fin de la guerre d’Algérie, la France se dote de l’arme nucléaire, ce qui assure son indépendance militaire des États-Unis. En 1964, elle reconnaît la Chine populaire. La même année, de Gaulle enfreint la doctrine Monroe qui veut que, du nord au sud, l’Amérique demeure une chasse gardée des États-Unis. Le général fait un voyage triomphal en Amérique latine, où il est reçu et acclamé en « Libertador ». Un an seulement avant de fouler le sol québécois, la France se retire du commandement intégré de l’OTAN sans pour autant condamner l’alliance atlantique. Mais ce que de Gaulle rejette, c’est la domination militaire américaine. La même année, il prononce son célèbre discours de Phnom Penh contre la guerre du Vietnam. Un mois avant d’arriver à Québec, il condamne l’attaque israélienne en Palestine. Toujours au nom de l’autodétermination des peuples.





[...]


Car, chez les De Gaulle, on n’a pas oublié cette époque. Fils d’un professeur d’histoire, de Gaulle baigne depuis toujours dans l’histoire de son pays. « C’est quelqu’un qui assume toute l’histoire de France, celle de la monarchie comme celle de la Révolution », dit le professeur d’histoire Gaël Nofri, aujourd’hui conseiller municipal de la Ville de Nice. La preuve : en 1913, lorsqu’à 23 ans il prononce une conférence sur le patriotisme devant le 33e régiment d’infanterie, il l’illustre par les exemples de Jeanne d’Arc, Du Guesclin et… Montcalm ! La fin du XIXe siècle a d’ailleurs été marquée par la publication de nombreux ouvrages sur le malheureux combattant des plaines d’Abraham.

On sait par le témoignage de son fils, Philippe, que de Gaulle avait lu Maria Chapdelaine, le roman fétiche de Louis Hémon paru en 1921 qui raconte l’histoire malheureuse de ce peuple poussé à l’exil après avoir été abandonné par la France. Nofri est convaincu que la vision qu’a de Gaulle du Canada est marquée par l’œuvre de l’historien Jacques Bainville. Ce catholique monarchiste, mais qui n’était guère nationaliste, déplore que, « malgré une glorieuse résistance », la France n’ait plus manifesté d’intérêt pour le Canada après la Conquête. Avant de partir, le général confie d’ailleurs à son ministre Alain Peyrefitte que son voyage « est la dernière occasion de réparer la lâcheté de la France ».

« C’est cette dette que veut payer de Gaulle, dit Nofri. Pour lui, c’est la France qui a fondé le Canada. C’est pourquoi d’ailleurs il ne saurait être question d’aller fêter le centenaire de la Confédération. Dans sa vision, les Québécois sont une branche de l’arbre français. C’est pourquoi il parle toujours des Français du Canada. Il n’y a là aucune volonté hégémonique. Seulement une vision de la France comme une civilisation qui s’inscrit dans le temps long de l’Histoire. Comme quelque chose qui a existé, qui existe et qui a vocation à exister. »

Un combat culturel

De Gaulle ne cache pas que son combat contre l’hégémonie américaine est aussi un combat culturel contre l’hégémonie anglo-saxonne. C’est le message qu’il a livré à Phnom Penh et à Mexico, dit Nofri. « Au Québec, il cible évidemment les Anglo-Saxons. Pour lui, c’est un combat de civilisation. Il perçoit déjà le danger de cette hégémonie anglo-américaine et la menace qu’elle fait peser sur la culture et la langue. Et donc sur les libertés ! »

Car la liberté pour De Gaulle, précise l’historien, n’est pas celle des existentialistes ou de l’épanouissement personnel. « C’est la liberté des Classiques. Celle qui est donnée à chacun pour remplir son devoir. Celui de donner sens à ce qu’il a été, à ce qu’il est et ce qu’il devrait être. C’est un combat pour la civilisation. »

Pour Gaël Nofri, le message que livre de Gaulle à Montréal, à Mexico et à Phnom Penh demeure éminemment moderne et actuel. « Certes, le monde a beaucoup changé depuis, dit-il. Mais ce qu’il dit de la nation et des rapports entre les nations est d’une extrême modernité à l’époque de la lutte contre la mondialisation. »




Recension du roman La Traversée du Colbert par Mario Girard :

Quatre mots. C’est tout ce qu’il a fallu pour créer l’une des plus grandes commotions de l’histoire moderne du Québec. Ces quatre mots ont secoué, ont nourri le rêve, ont ravivé l’espoir. Mais ils ont aussi divisé, déçu et mis à mal le sacrosaint jeu diplomatique.

Quand, le 24 juillet 1967, à 19 h 42, le président français Charles de Gaulle apparaît sur le balcon de l’hôtel de ville de Montréal, la foule présente d’environ 15 000 personnes est en liesse. Toute la journée, de Québec jusqu’à la métropole, le général a reçu un accueil digne de la Libération (ce sont ses mots) tout au long de son parcours sur le chemin du Roy.

Quand, quelques minutes plus tard, il couronne son discours par le mythique et retentissant « Vive le Québec libre », la même foule ne se contrôle plus. Elle exulte de joie, de fierté. Elle attendait ses paroles, elle les espérait. Elle les a eues.

Autour du général, c’est la consternation. On croit halluciner. Du côté français, déjà on pense à la manière de limiter les dégâts. Dans le clan des fédéralistes, on encaisse durement le coup. Chez les nationalistes, l’émotion étreint tout.

Depuis maintenant 50 ans, on ne cesse d’analyser la nature et la portée de ces quatre mots. Ont-ils été improvisés, comme certains continuent de le croire ? Pour mon collègue André Duchesne, auteur de l’essai La traversée du Colbert, il ne fait aucun doute que de Gaulle savait exactement ce qu’il faisait et que tout dans ce discours avait été prémédité.

Le vieux général n’avait-il pas dit à son entourage, juste avant son départ, que, s’il venait au Québec, il allait faire des « vagues » ?

Et n’avait-il pas confié à son chef d’état-major, Jean Philippon, lors de sa traversée, qu’une fois rendu au Québec, il ferait un grand coup d’éclat ?

« Oui, je suis maintenant persuadé qu’il avait cela en tête avant son départ, dit André Duchesne. Et je crois que malgré la tempête que cela a causée, il n’a jamais regretté son geste. Son entourage, par contre, a dû faire des prouesses pour rattraper tout cela. »

Une traversée dans l’histoire

André Duchesne a décidé de faire graviter le récit de son livre, auquel il a travaillé pendant plus de trois ans, autour du navire Le Colbert, ce croiseur antiaérien de 11 300 tonnes qui amena de Gaulle et son épouse, Yvonne, en « Nouvelle-France ». « Cette traversée de l’Atlantique est aussi une traversée dans l’histoire, dit l’auteur. Et cette traversée représente la montée en puissance de toute une organisation. »

Le Colbert est en effet le symbole de ce périple. Le choix d’une arrivée par bateau, plutôt que par avion, témoigne de la ténacité du général de Gaulle à ne pas vouloir se plier aux volontés d’Ottawa. De Paris, le président français avait compris l’incroyable bras de fer que se livraient Québec et Ottawa afin de s’emparer du contrôle de sa visite dans le cadre d’Expo 67.

Si de Gaulle était venu par avion, il aurait dû d’abord atterrir à Ottawa, ce dont il n’avait pas du tout envie. La proposition du bateau l’a donc séduit. De plus, elle lui permettait de faire un arrêt, le premier d’un président de la République, dans l’archipel français de Saint-Pierre-et-Miquelon.

« Je savais qu’il y avait une terrible guerre entre les deux capitales, mais pas à ce point », ajoute André Duchesne. C’est en prenant connaissance des résumés des réunions que Lester B. Pearson a eues à deux reprises avec son cabinet dans les heures qui ont suivi la fracassante déclaration du général de Gaulle que l’auteur a saisi l’ampleur de ce gâchis diplomatique.

Mais revenons à l’arrivée du président français à Québec. Ottawa s’arrangea pour déléguer le gouverneur général Roland Michener afin d’accueillir le général de Gaulle. Ce dernier fut de glace avec cet hôte symbolisant la conquête des Anglais et a été au contraire très chaleureux avec le Premier ministre québécois Daniel Johnson, avec qui il a passé le plus clair de son voyage. Il fera notamment avec lui la fameuse balade sur le chemin du Roy, car de Gaulle avait fait part à ses conseillers de son envie de « voir des gens ».

Un véritable roman à sensation

L’essai d’André Duchesne, qui se lit comme un véritable suspense, fourmille de détails et d’anecdotes savoureuses. Cela nous permet de voir à quel point un grand stress régnait sur l’organisation de cette visite. On y apprend que la première voiture qui fut soumise aux organisateurs était une Cadillac bleu poudre dotée d’un intérieur blanc.

Devant ce véhicule jugé « quétaine » pour un chef d’État, on opta pour une Lincoln noire que Jean O’Keefe, un logisticien dans l’entourage de Daniel Johnson, surnommé Monsieur Urgence, dénicha à Oakville. Cela fait écrire à André Duchesne : « Donc, le président de la France, en voyage au Québec, se déplacera dans une voiture américaine dénichée en Ontario. C’est ça, le Canada. »

Pour tous les organisateurs, cette visite revêtait une importance grandiose. « Au fil de mes recherches, j’ai compris l’importance du rôle de la Société Saint-Jean-Baptiste dans cette opération », explique André Duchesne.

C’est en effet cette organisation qui s’est assurée que, partout sur le passage de Charles de Gaulle, de Donnacona à Montréal, en passant par Trois-Rivières, des Québécois puissent exprimer leur admiration au général et à la France en agitant des drapeaux québécois et français.

Le fameux micro

Quant à savoir si le fameux discours du président français sur le balcon de l’hôtel de ville de Montréal avait été prévu ou pas, un flou continue de persister. Un micro avait été installé, en tous les cas. Dans l’après-midi, Jean Drapeau, voyant aux derniers détails, avait demandé qu’on le retire, précisant que de Gaulle allait parler aux dignitaires sur la terrasse arrière de l’hôtel de ville, mais pas à la foule.

Le responsable se contenta de le débrancher tout simplement. Si bien que, lorsque le général monta sur le balcon et vit le micro, il demanda de s’en servir. Un technicien de Radio-Canada, également organisateur politique du député libéral Jean-Paul Lefebvre, qui était sur place, s’empressa de s’acquitter de cette tâche.

« Il n’y avait pas seulement un micro, il y avait des enceintes acoustiques, explique André Duchesne. Que faisaient-elles là ? Il est très difficile de faire le tri dans les notes provenant de la Ville de Montréal, du gouvernement du Québec et de celui de la France. Certaines font allusion à une allocution et d’autres pas. »

Quoi qu’il en soit, de Gaulle avait un but précis en venant ici. Nous n’avons qu’à écouter le discours qu’il a fait à Québec, au Château Frontenac, lors de son arrivée, et celui qu’il a prononcé lors du déjeuner à l’hôtel de ville de Montréal, le jour de son départ. Il voit dans le Québec un peuple qui doit devenir « maître de lui » et aller « au fond des choses ». Et il passe ce message clairement.

Comme on le sait, la visite de Charles de Gaulle s’est terminée plus tôt que prévu, car Ottawa a pris la décision de ne pas l’accueillir comme cela devait se faire. Le président est donc reparti le 26 juillet à bord d’un avion.

Sur le tarmac, pendant qu’une fanfare jouait Vive la Canadienne, un conseiller du Quai d’Orsay glissa à l’oreille du président : « Mon général, vous avez payé la dette de Louis XV. »

Quant au Colbert, il s’engagea dans le Saint-Laurent le 30 juillet pour regagner la mer et retourner à Brest avec son équipage. Après avoir été transformé en musée maritime à Bordeaux pendant une quinzaine d’années à partir du milieu des années 90, il a été remorqué au cimetière des navires de Landévennec.

Le Colbert vit actuellement ses derniers jours. Il repose à Bassens en attendant d’être découpé en morceaux (si j’étais le Musée de la civilisation ou celui de Pointe-à-Callière, je m’empresserais de faire une demande à la France afin d’obtenir un fragment de ce bateau).

Le Colbert n’a pas eu la même chance que ce discours, celle de passer à la postérité. Mais il a eu le privilège de transporter le rêve qui était également du voyage.


La traversée du Colbert
par André Duchesne,
paru chez Boréal,
en juin 2017,
320 pages
ISBN Papier 9782764624807
ISBN PDF 9782764634806

Extrait en ligne

dimanche 23 juillet 2017

Interlude estival — Variations sur le thème de Une Jeune Fillette

Une Jeune Filette. Nous connaissons cette chanson de la renaissance grâce à Jehan Chardavoine (1537 – 1580) qui l’inclut dans son Recueil des plus belles et excellentes chansons en forme de voix de ville tirées de divers auteurs et poètes français tant anciens que modernes auxquelles a été nouvellement adaptée la musique de leur chant commun publié en 1575. Elle est également interprétée dans le film Tous les matins du monde de 1991 (extrait ci-dessous) couronné de 7 Césars.



Cette chanson, dont la mélodie est déjà attestée au XVe siècle — certains musicologues la font même remonter au XIIe — connut un grand succès jusqu’au XVIIIe siècle, un succès tel que de nombreux compositeurs s’en emparèrent dans toute l’Europe. Marc-Antoine Charpentier (1643-1704), André Raison (1650?-1719), Michel Richard Delalande (1657-1726) et Jean-François Dandrieu (1682-1738). Ces compositeurs ont écrit pour chœur, pour orgue ou pour d’autres dispositifs. L'abbé Simon-Joseph Pellegrin (1663-1716) écrira également le noël Entends ma voix fidèle, sur le thème d'Une jeune fillette.

En Italie par exemple, elle s’appellera Madre, non mi far monaca (Mère, ne me fais pas nonnette) ou tout simplement La Monica comme dans la Sonata sopra La Monica de Philip Friedrich Böddecker.  Bach l'adapta aussi dans sa chorale (BWV 417) Von Gott will ich nicht lassen (voir vidéo ci-dessus, sous-titrée en français).

La religion se l’appropria assez tôt pour en faire un chant à la gloire de la Vierge intitulé Une Jeune Pucelle (présentée dans la vidéo ci-dessus avec la musique d'Eustache du Caurroy (1549-1609), alors que la chanson originale est la plainte d’une jeune nonne qui refuse son état de religieuse.

La reprise la plus étonnante de cette mélodie est sans doute celle qu'en aurait faite le jésuite Jean de Brébeuf entre 1640 et 1642 alors qu'il évangélisait les Indiens Hurons au Canada français. Il aurait composé un chant de Noël dans la langue de ses hôtes, la mélodie s'inspire de celle d’Une Jeune Fillette.





HuronFrançais
Estennialon de tsonȣé Iésȣs ahatonnia
Onnaȣatéȣa d’oki n’onȣandaskȣaentak
Ennonchien skȣatrihotat n’onȣandilonrachatha
Iésȣs ahatonnia, (ter)
Chrétiens, prenez courage,
Jésus Sauveur est né! Du malin les ouvrages
À jamais sont ruinés. Quand il chante merveille,
À ces troublants appas Ne prêtez plus l'oreille:
Jésus est né: In excelsis gloria!
Aloki onkinnhaché eronhialeronnon
Iontonk ontantiandé ndio sen tsatonnharonnion
Iésȣs ahatonnia, (ter)

Oyez cette nouvelle, Dont un ange est porteur!
Oyez! âmes fidèles, Et dilatez vos cœurs.
La Vierge dans l'étable Entoure de ses bras
L'Enfant-Dieu adorable. Jésus est né: In excelsis gloria!
Achink ontahonraskȣa d’hatirihȣannens
Tichion halonniondetha onhȣa achia ahatren
Ondaie té hahahakȣa tichion halonniondetha
Iésȣs ahatonnia, (ter)
Voici que trois Rois Mages, Perdus en Orient,
Déchiffrent ce message Écrit au firmament :
L'Astre nouveau les hante. Ils la suivront la-bas,
Cette étoile marchante: Jésus est né: In excelsis gloria!


Ce noël huron fut recueilli par le Père Étienne-Thomas Girault de Villeneuve, le dernier jésuite missionnaire chez les Hurons de la Jeune-Lorette (Loretteville) au Québec (1747-94), et traduit du huron en français par Paul Picard, notaire indien (Paul Tsaenhohi, « Œil de vautour », fils d'un célèbre chef huron Point du jour), il est généralement attribué à Jean de Brébeuf (1593 - 1649) jésuite missionnaire puis martyr, à Sainte-Marie-au-pays-des-Hurons en Nouvelle-France, auteur d'un catéchisme en huron et d'un dictionnaire français/huron. Il aurait composé l'hymne et l'aurait appris aux Hurons entre 1640 et 1642, mais on ne possède nulle certitude sur cette question. La mélodie semble adaptée de notre air français du XVIe siècle, Une Jeune Fillette. Il aurait été chanté par les Hurons à Sainte-Marie-au-pays-des-Hurons jusqu'en 1649, date de la destruction de la mission par les ennemis, les Iroquois, et de la mort de Jean de Brébeuf, et il aurait été transmis de génération en génération par les indiens rescapés pendant environ cent ans. La version française fut publiée dans les Noëls anciens de la Nouvelle-France d'Ernest Myrand à Québec en 1907.

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