mardi 29 décembre 2015

Meilleurs vœux pour 2016 !

Que la liberté de choix en éducation croisse en 2016, que les parents et leurs enfants soient protégés du monopole éducatif de l'État si c'est leur choix !
















Et puis, dans un style exotique, une belle chanson d'un peuple libre, les Cosaques...




reprise par Beethoven




L'affaire Bruce/Brenda/David Reimer c. la théorie du genre

David Reimer (22 août 1965 - 5 mai 2004) était un Canadien né garçon et en bonne santé ; une circoncision mal faite lui valut l'ablation du pénis et, pensant que c'était le mieux à faire, on pratiqua une réassignation sexuelle et on l'éleva comme une fille. Avant l'adolescence de David, le psychologue John Money parlait de cette réassignation comme d'une réussite et y voyait la preuve que l'identité sexuelle est essentiellement due à l'éducation, mais à quinze ans David, devenu Brenda, voulut reprendre son identité masculine. Par la suite, il publia son histoire pour décourager de telles pratiques médicales. Il se suicida à l'âge de 38 ans.

David Reimer naquit à Winnipeg dans le Manitoba ; il avait un vrai jumeau, Brian, et son nom alors était Bruce. Quand ils eurent six mois, on s’inquiéta de voir que les deux garçons avaient des difficultés à uriner et on diagnostiqua un phimosis. Il fut donc décidé de les faire circoncire à l'âge de huit mois. On ne sait pas si des thérapies alternatives furent essayées. Le 27 avril 1966, le chirurgien Jean-Marie Huot et l'anesthésiste Max Cham pratiquèrent la circoncision à l'aide d'une machine à cautériser Bovie, alors que celle-ci n’était pas destinée à être utilisée sur les extrémités ni sur les organes génitaux. Le pénis de Bruce se retrouva irrémédiablement endommagé. On préféra alors ne pas faire circoncire Brian qui guérit fort bien sans traitement supplémentaire.

Les parents de Bruce, pensant à son bonheur futur et à sa vie sexuelle sans pénis, le conduisirent au Centre Médical Johns Hopkins à Baltimore pour soumettre son cas à John Money, un psychologue qui, dans le domaine du développement sexuel et de l'identité de genre, jouissait d’une réputation de pionnier fondée sur son travail avec des patients intersexués. Money était partisan de la théorie selon laquelle l'identité de genre est relativement plastique au cours de la première enfance et se développe essentiellement à la suite de l'apprentissage social qui la suit ; certains universitaires vers la fin des années 1960 croyaient que toutes les différences psychologiques et de comportement entre garçons et filles sont le résultat d’un apprentissage. Avec d'autres médecins qui travaillaient avec des petits enfants nés avec des organes sexuels anormaux, il croyait que, si un pénis ne peut pas être remplacé, un vagin fonctionnel peut être réalisé par une opération et que Bruce atteindrait mieux son épanouissement sexuel fonctionnel en tant que fille plutôt tant que garçon.


Documentaire britannique sur la théorie de John Money et sa fatale mise en application sur Bruce/Brenda/David Reimer.
Nous n'avons pas trouvé de documentaire en français (rien dans les archives de Radio Canada)


Ils persuadèrent ses parents qu'une réassignation sexuelle serait pour Bruce le plus profitable et, à l'âge de 22 mois, on lui enleva chirurgicalement les testicules. On l'éleva donc comme une fille et on lui donna le nom de « Brenda ». Le soutien psychologique après sa réassignation chirurgicale fut confié à John Money, qui continua à voir Brenda pendant plusieurs années, à la fois pour son traitement et pour écrire une étude. Cette réassignation était considérée comme un cas particulièrement intéressant pour tester le concept d'apprentissage social d'identité de genre et pour deux raisons. D'abord, Bruce/Brenda avait un frère jumeau, Brian, ce qui constituait un contrôle idéal puisque les deux enfants ne partageaient pas seulement leurs gènes et l'environnement familial, mais ils avaient également eu le même environnement intra-utérin. Ensuite, on se disait qu'il s'agissait de la première réassignation avec reconstruction exécutée sur un bébé garçon qui ne présentait aucune anomalie dans la différenciation sexuelle prénatale ou néo-natale.

Pendant plusieurs années, Money publia des rapports sur l'évolution de Brenda qu'il appelait « le cas John/Joan », décrivant chez elle un développement féminin apparemment réussi, et il utilisait cet exemple pour soutenir qu'une réassignation sexuelle avec reconstruction chirurgicale était parfaitement réalisable, même dans les cas où il n'y avait pas d'intersexuation. On donna des œstrogènes à Brenda quand elle atteignit l'adolescence pour provoquer le développement de sa poitrine. Et pourtant Brenda ressentait les visites à Baltimore comme des traumatismes plutôt que comme une thérapie, si bien que sa famille arrêta le suivi, mais John Money s'abstint de rien publier sur le cas qui pût laisser entendre que la réassignation n'avait pas été réussie.

Ce que Reimer écrivit deux décennies plus tard, en collaboration avec John Colapinto, nous montre comment, et contrairement à ce que prétendait Money, Brenda n'avait pas l'impression d'être une fille. Elle était victime de l'ostracisme et des brimades des autres enfants, et ni les jolies robes ni les hormones féminines ne la faisaient se sentir une femme. À l'âge de 13 ans, Brenda passa par une phase de dépression suicidaire et déclara à ses parents qu'elle se tuerait s'ils l'obligeaient encore à voir John Money. En 1980, les parents de Brenda lui apprirent la vérité sur sa réassignation sexuelle, sur les conseils de l'endocrinologue et du psychiatre de Brenda. Quand elle eut 15 ans, Brenda décida de reprendre une identité masculine et se fit appeler David. Après avoir appris à entretenir de nouvelles relations avec son ex-sœur, Brian commença à éprouver toute une série de troubles mentaux qui se développèrent plus tard en schizophrénie. À partir de 1997, David se soumit à un traitement pour inverser la réassignation, avec injections de testostérone, une double mastectomie et deux opérations de phalloplastie. Il se maria également avec une femme et devint le beau-père des trois enfants qu'elle avait.

Livre de Colapinto en allemand
Nous n'avons pas trouvé de
traduction en français
Son cas commença à être connu du monde entier en 1997 quand il raconta son histoire à Milton Diamond, professeur d’anatomie et de biologie reproductrice de l’université de Hawaï, qui réussit à obtenir de lui l'autorisation de la publier, afin de dissuader les médecins de traiter de la même façon d'autres bébés. Milton Diamond découvre la falsification et la dénonce. Money réplique et dénonce… une conspiration de l’extrême-droite et des mouvements anti-féministes ! Ses partisans épousent son délire : les vrais souvenirs de David sont présentés comme relevant du « syndrome des faux souvenirs »…

David rendit publique son histoire et, en décembre 1997, John Colapinto publia dans Rolling Stone Magazine un compte-rendu qui connut une large diffusion et eut un grand impact. Ils continuèrent en exposant l'affaire plus en détail dans un livre.

Bien que cette publication eût donné à David Reimer une sécurité financière plus grande, il connaissait beaucoup d'autres problèmes dans sa vie, entre autres une séparation d'avec sa femme, de graves difficultés avec ses parents et la mort de son frère jumeau Brian, en 2002, victime d'une combinaison toxique d'alcool et d'antidépresseurs. Son frère Brian aurait assisté (parfois nu pour comparer les appareils sexuels des jumeaux) pendant de nombreuses années aux travaux et séances de John Money sur son frère. Brian vit très mal l'annonce de la supercherie entretenue pendant 14 ans. David Reimer se suicida en 2004.

Silence de John Money qui avait publié Homme & Femme, Garçon & Fille en 1972 en racontant l’histoire qui prouvait selon lui la validité de ses hypothèses. Précisons, par ailleurs, que Money défendait la pédophilie[1][2] et stigmatisait l’hétérosexualité[1][2] comme une convention à déconstruire…

Notes

[1] Interview: John Money. PAIDIKA: The Journal of Paedophilia, Spring 1991, vol. 2, no. 3, p. 5.

[2] Cité en ligne dans John Colapinto, The True Story of John / Joan, Rolling Stone de décembre 1997 : pp. 54–97 (1re partie, 2e partie).

Voir aussi

De la violence de la théorie du genre à la négation du droit et de la réalité.

Le paradoxe de l'égalité entre les sexes c. la théorie du genre.

École québécoise : l'homoparentalité expliquée aux enfants du primaire par l'État

Violences conjugales : les hommes battus oubliés en France comme au Québec ?

Après les drogues et le SIDA, le tabou des violences dans les couples homosexuels

La campagne gouvernementale sur la violence faite aux femmes que désirait Mme David






Soutenons les familles dans leurs combats juridiques (reçu fiscal pour tout don supérieur à 50 $)

dimanche 27 décembre 2015

Recherche — Failles dans le mécanisme de relecture par des pairs

Il y a quelque chose de pourri au royaume de la science. Coup sur coup, trois noms de l’édition scientifique ont été contraints de retirer plusieurs études qu’ils avaient publiées. Dans les trois cas, la fraude était intervenue au cours du processus de relecture et de validation des articles par les pairs (le comité de relecture), c’est-à-dire au cœur même de la machinerie scientifique. Pour ceux qui ne seraient pas familiarisés avec cette procédure, voici la marche à suivre quand des chercheurs veulent publier le résultat de leurs travaux. Ils rédigent tout d’abord leur étude puis l’envoient à une revue. L’éditeur de celle-ci adresse ensuite le texte à un ou plusieurs spécialistes, les relecteurs, qui, par leur expertise, sont à même de saisir la portée de l’article et censés en effectuer une analyse critique. Souvent anonymes, ils peuvent décider de rejeter ce dernier s’ils ne le jugent pas assez intéressant ou pas au niveau de la revue ; ils peuvent aussi, avant de se prononcer, demander un certain nombre d’éclaircissements voire de nouvelles expériences ; ils peuvent enfin accepter l’étude, en général au prix de corrections et de précisions. Si les experts donnent le feu vert, le texte est publié.

Entre l’envoi initial et la parution de l’article, le processus peut prendre plusieurs semaines, voire plusieurs mois, et cette validation par les pairs est censée garantir la qualité et le sérieux de la revue. Mais quand la révision par les pairs est piratée, comme cela vient de se produire à plusieurs reprises, c’est tout l’édifice scientifique qui est ébranlé. Les trois affaires ont été révélées au grand jour par l’excellent site « Retraction Watch ». La première date du 16 décembre. L’éditeur Hindawi a été contraint de retirer d’un coup dix articles dont un des coauteurs, le Sud-Coréen Jason Jung, avait frauduleusement soumis lui-même les rapports de relecture. Il est évidemment plus facile de voir son travail accepté par une revue quand on procède soi-même à son évaluation...

La deuxième affaire touche un grand nom de l’édition scientifique, le Nature Publishing Group (NPG), qui, comme son nom l’indique, publie notamment la prestigieuse revue Nature. Dans un communiqué laconique rendu public le 18 décembre, le NPG annonce que trois articles, tous rédigés par des équipes chinoises et parus dans les journaux Cancer Gene Therapy et Spinal Cord, ont été retirés, c’est-à-dire désavoués. On n’a pas beaucoup d’explications, mais, là encore, est en cause une fraude au niveau de la révision par des experts. Enfin, « Retraction Watch » a annoncé le 24 décembre que le groupe d’édition SAGE, après avoir mené une enquête sur des études suspectes soumises à une de ses revues, le Journal of the Renin-Angiotensin Aldosterone System (JRAAS), avait retiré 21 articles. Huit d’entre eux avaient déjà été publiés, tous issus d’équipes chinoises...

Au total, en moins de dix jours, 34 études sont donc parties dans les oubliettes de la science. Cette rafale de rétractations n’est en réalité pas surprenante, car elle s’inscrit dans une sorte d’« opération mains propres » à laquelle les grands éditeurs du monde scientifique ont été contraints de se livrer depuis un an. En décembre 2014 en effet, le Comité sur l’éthique des publications (COPE, selon son acronyme anglais), organisation à but non lucratif regroupant plus de 10 000 éditeurs scientifiques dans le monde, lançait un signal d’alarme. Dans un communiqué, le COPE constatait « des tentatives systématiques et inconvenantes pour manipuler le processus de revue par les pairs de plusieurs journaux appartenant à différents éditeurs. Il apparaît que ces manipulations ont été orchestrées par un certain nombre d’agences tierces offrant leurs services à des auteurs. »

Pour comprendre ce qui peut sembler un tantinet obscur dans cet extrait, il faut entrer quelques minutes dans l’arrière-cuisine de la science, là où se mitonne la tambouille de la recherche. Très populaires en Asie — et notamment en Chine, les « agences » auxquelles se réfère le communiqué du COPE sont des officines qui, moyennant finances, proposent aux chercheurs en mal de reconnaissance et soumis à la pression du «  Publie ou péris » des articles clés en main ou, plus simplement, une « aide » à la publication. Et, parfois, l’aide fait un détour par la tricherie. Comment cela ? Trois cas principaux se présentent. Dans les deux premiers, les fraudeurs profitent du laxisme de revues fainéantes, lesquelles demandent aux auteurs de fournir avec leurs articles une liste de spécialistes de leur domaine qui pourraient servir de relecteurs. Première possibilité : les chercheurs pressentis sont de mèche avec les auteurs (ou rémunérés par les agences pour leur mansuétude...) et, en attente d’un retour d’ascenseur, ils jouent au « passe-moi la rhubarbe, je vous passerai le séné ».

Seconde possibilité,
nettement plus tordue, mais visiblement très en vogue : les auteurs ou, bien souvent, les agences qui agissent à leur place fournissent le nom de chercheurs, mais avec de fausses adresses de courrier électronique. Du coup, sans se douter de l’entourloupe, les revues leur renvoient leurs études en leur demandant de les évaluer ! Il suffit de donner une réponse bienveillante, mais assortie de quelques remarques judicieuses, histoire de ne pas éveiller la méfiance des éditeurs, et le tour est joué : un « pair » a validé le travail, on peut le publier. Dans le dernier cas de figure, on a affaire à un piratage classique : quelqu’un pénètre dans le système informatique gérant les études à relire et adresse celles qu’il veut valider à un réviseur fictif ou complice. C’est ce qui s’est produit pour le journal Optics & amp ; Laser Technology, du groupe Elsevier, qui a dû retirer en 2012 une dizaine d’articles frauduleusement acceptés.

Depuis qu’a éclaté le scandale de ces manipulations de la relecture par des pairs, on a, selon « Retraction Watch », comptabilisé près de 300 rétractations, la plupart concernant des études venues d’Asie — chinoises, taïwanaises, sud-coréennes — et impliquant souvent les fameuses « agences » du marché noir de la science, que j’évoquais plus haut. Il y a un mois, Pékin, soucieuse de restaurer une crédibilité scientifique bien ébranlée, a réagi en interdisant aux chercheurs chinois de travailler avec ces agences. Quant aux éditeurs, ils ont lancé de nombreuses enquêtes internes dont les retombées n’ont sans doute pas fini de se faire sentir. Nombreuses sont également les revues qui ont promis de ne plus demander aux auteurs de leur fournir une liste de relecteurs potentiels. Histoire que la si essentielle validation se fasse bien par des pairs et non par des fantômes.

Source (avec correction grammaticales et éditoriales)

Voir aussi

Comment la science se trompe....

Manipulations de données par des chercheurs du GIEC ?

« Sans transparence, on ne peut faire confiance à la science du climat »

vendredi 25 décembre 2015

ECR — Élève : à Noël on fête la naissance de Jésus, enseignant : c'est faux

Interrogé par la Presse, le très prudent Mgr Christian Lépine, archevêque de Montréal, déclare au sujet du très controversé cours d'éthique et de culture religieuse (ECR) : « Être neutre, c'est impossible : on parle toujours à partir d'un certain point de vue. La mère d'un enfant de 8 ans m'a rapporté que son professeur avait demandé à la classe ce qu'on fêtait à Noël. L'enfant a répondu « la naissance de Jésus ». Le professeur a répondu que ce n'était pas vrai, parce qu'il ne voulait pas que ce soit considéré comme un fait. Le respect, ça aurait été de répondre « les chrétiens croient qu'à Noël, on fête la naissance de Jésus. »

1) Les chrétiens ne croient pas fêter la naissance de Jésus, ils la fêtent.

2) C'est autre chose de dire que l'on est sûr que Jésus est né un 25 décembre de notre calendrier grégorien. En fait, l'Église catholique n'insiste pas sur la coïncidence de la naissance de Jésus et de notre calendrier. Benoît XVI rappelait encore récemment que le moine Denys le Petit s'était sans doute trompé quant à l'année de naissance de Jésus. C'est sans importance, on peut célébrer une naissance à une autre date qu'à la date anniversaire précise. On le fait bien pour la Reine d'Angleterre... Il semble que le 25 décembre ait été choisi pour tomber neuf mois plus tard que l'Annonciation (25 mars). Irénée de Lyon (v.130-202) considérait que la conception de Jésus le 25 mars coïncidait avec la date de la Passion. (Au passage, la date du 25 décembre n'est probablement pas plus un recyclage des Saturnales que du Dies natalis solis invicti malgré ce qu'on lit fréquemment à cette époque).

3) Que voulait dire le professeur exactement par « que ce soit considéré comme un fait » ? Que la date n'est pas sûre ? Pas de problème alors. Ou est-ce qu'il voulait dire que la naissance de Jésus n'est pas un fait, comme ce professeur de cégep qui affirmait que Jésus n'avait jamais existé ?

Voir aussi

ECR — Marie s'est fait violer, elle a inventé l'histoire du Saint-Esprit, Joseph a gobé son histoire

Sortir le religieux de l'école pour y laisser entrer l'ésotérisme et les gourous

Pas de classiques de la littérature, mais la lutte contre l'hétérosexisme en classe d'ECR, de français, d'anglais, d'histoire et de mathématiques

Cours d'ECR : les enseignants « marchent sur des œufs »

Après « Youpi, ma religion ! », « Ma religion de rêve »

Table ronde sur le matériel pédagogique ECR

Cahier ECR : « je suis un garçon, une fille, je ne sais pas encore »

Formateur de formateurs en ECR à L'ACFAS : beaucoup de résistances, faible réceptivité, obstacles




Soutenons les familles dans leurs combats juridiques (reçu fiscal pour tout don supérieur à 50 $)

lundi 21 décembre 2015

Pause des fêtes de Noël et de l'an nouveau




Le carnet Pour une école libre au Québec prend quelques jours de congé pour fêter dignement en famille les fêtes de Noël et de nouvel an.

Nous souhaitons à nos lecteurs de plus en plus nombreux les meilleurs vœux pour 2015 !



Universités — Quand le refus de la sélection engendre la spirale du gaspillage

Texte de Jean-Louis Caccomo, maître de conférences en sciences économiques à l’université de Perpignan-Via Domitia.

Chaque année, la France consacre un budget important aux étudiants sans aucune évaluation de son résultat, juste pour faire du chiffre, faisant croire au passage à certains jeunes esprits qu’ils sont faits pour les études alors qu’ils sont tout bonnement égarés dans des filières de complaisance ou des formations sans débouchés. Je fais ce constat amer sans réjouissance aucune. Mais chaque année, à la rentrée, je suis convoqué pour les examens de rattrapage.

Et chaque année, j’observe que la moitié des étudiants, que l’on cherche pourtant à repêcher, ne s’est pas dérangée. Sur ceux qui sont présents, 60 % sont des étudiants étrangers dont la maîtrise du français est largement insuffisante.

Que l’on ne se méprenne pas sur mes propos. Je n’ai rien contre les étrangers et je consacre une grande partie de mon temps à la coopération universitaire à l’étranger, notamment dans les pays émergents, où je rencontre d’excellents étudiants (il faut dire que, dans la plupart de ces pays, le système d’enseignement supérieur est resté très sélectif, le plus souvent calqué sur le fonctionnement des universités américaines, de sorte que les étudiants refusés dans leur propre pays cherchent à tenter leur chance en France).

Mais il est manifeste qu’une partie non négligeable des étudiants étrangers utilise l’inscription à l’université pour obtenir une carte de séjour et contourner ainsi les lois sur l’immigration, la motivation pour les études étant plus que secondaire (puisque ces étudiants inscrits ne viennent pas en cours). À leurs yeux, la qualité et la générosité du modèle social exercent plus d’attraction que l’excellence annoncée de notre système d’enseignement supérieur.

On ne saurait leur reprocher d’être rationnels. C’est à nous de changer un système qui envoie des incitations qui ne sont pas de nature à faire émerger les meilleurs éléments et les meilleurs comportements.

L’administration universitaire est complice de cette immigration déguisée dans la mesure où la dotation budgétaire que reçoit chaque université est fonction du nombre d’inscriptions. Voilà comment on déchaîne un dérapage de la dépense publique sans aucune garantie de résultats en termes d’orientations et de compétences acquises, dans une spirale inflationniste que plus personne ne contrôle. Voilà pourquoi une réforme de l’université s’impose, basée sur la restauration véritable de l’autonomie et de la responsabilité.

Alors, si l’on est en droit de reprocher aux banques de prendre des risques inconsidérés en prêtant à des ménages insolvables (on leur reprochait jadis de ne prêter qu’aux riches…), on doit aussi épingler les comportements similaires en matière de capital humain, d’autant plus que ce dernier constitue notre capital le plus précieux.

En effet, au nom d’une conception erronée et caricaturale de la démocratisation de l’université, la collectivité se retrouve à financer des études d’individus qui n’en ont aucunement le profil, les capacités et les conditions intellectuelles requises. La dépense publique est un investissement (publiquement rentable à terme) dans la mesure où elle sert à financer les études de ceux — d’où qu’ils viennent — qui auront les aptitudes et la volonté de réussir. Ainsi, grâce à leurs compétences acquises à l’université et valorisées sur le marché du travail, ils deviendront demain de futurs contribuables, ce qui est une façon de rembourser la dépense initiale et de rentabiliser l’effort de la collectivité. Mais pour que cela fonctionne, encore faut-il évaluer et orienter, en d’autres termes, sélectionner.

La sélection n’est pas antidémocratique, tandis que les plus modestes feront les frais de la non-sélection. La sélection s’impose même moralement dans le système public où le coût des études est pris en charge par l’État. En effet, je ne peux pas être libre d’étudier ce que je veux avec l’argent des autres : si je veux être entièrement libre dans le choix de mon orientation, alors je finance intégralement le coût de mes études. Il en est de même pour une entreprise.

Si elle veut être totalement libre dans le choix de ses investissements, elle doit autofinancer ses projets. Si elle finance à crédit ou si elle ouvre son capital, elle devra rendre des comptes à sa banque pour obtenir un crédit ou à ses actionnaires pour continuer à bénéficier de l’accès au marché financier. Dans la mesure où l’on dépend des autres, on doit rendre des comptes aux autres. Dans le cas contraire, la dépense publique reste un pur gaspillage si elle n’engendre pas un flux de revenus futurs, prenant le risque d’augmenter la part de la population définitivement à la charge de la collectivité.


Dernier ouvrage de Jean-Louis Caccomo : Histoire des Faits Économiques, Ellipse, Paris, 18 août 2015, 304 pages, ISBN-13: 978-2340007017

dimanche 20 décembre 2015

Mariage et adoption pour les homosexuels — 63 % Slovènes s'y opposent par référendum

Selon les résultats de la Commission électorale d'État, les Slovènes ont voté contre une loi qui permettrait aux couples de même sexe de se marier et d'adopter des enfants.

Quelque 63,48 pour cent des électeurs se sont déclarés opposés à la loi, tandis qu'environ 36,52 % l'appuient, selon les résultats préliminaires après le dépouillement de plus de 99 pour cent des votes.

La loi avait été adoptée à une large majorité au Parlement par la gauche et le parti centriste du premier ministre Miro Cerar et elle donnait aux couples homosexuels les mêmes droits qu’aux hétérosexuels, dont celui de l’adoption, point le plus contesté par les opposants au mariage homo. Le premier ministre et le président Borut Pahor soutenaient le camp du Oui.

Le Pape investi pour le « non »

Grâce à 40 000 signatures, l’opposition de droite et l’Église catholique avaient obtenu la tenue d’un référendum d’initiative populaire, suspendant immédiatement l’application de la loi. Aussi, aucun homosexuel ne s’était encore « marié ».

En 2012, les Slovènes avaient déjà dit non à 55 % au prétendu mariage homosexuel lors d’un référendum similaire.

Si ce pays de deux millions d’habitants, membre de l’Union européenne depuis 2004, est généralement considéré comme le plus libéral des anciennes nations communistes, l'importance de l’Église catholique y demeure très forte. Sans évoquer explicitement le vote, le Pape a encouragé mercredi dernier « tous (les Slovènes), spécialement ceux qui ont des responsabilités publiques, à soutenir la famille, structure de référence de la vie en société ».

Sondages et médias 

Selon Reuters, les derniers sondages laissaient augurer d'un résultat serré... TV5 parlaient de sondages serrés.



La télé belge parlait de même d'un sondage serré à 19 h 30 heure locale lors de son journal télévision, répétant ainsi la dépêche sur son site internet :






Un sondage mené par Delo Stik en février 2015 indiquait que 51 % des Slovènes soutenaient le projet de loi alors qu'il était débattu à l'Assemblée nationale à l'époque, alors que 42 % s'y opposaient.

Un autre sondage réalisé par Ninamedia en mars 2015 indiquait qu'il ne restait plus que 42 % de répondants favorables à la nouvelle loi, tandis que 54 % y étaient opposés. Les jeunes de moins de 30 ans et les Slovènes de la région littorale étaient ceux qui soutenaient le plus cette nouvelle loi.

Un sondage réalisé en novembre 2015 montrait que 46 % des répondants appuyaient la loi alors que 54% étaient contre. Le sondage suggérait une forte polarisation. Alors que la plupart des femmes, des athées et des citadins soutenaient le projet de loi, une majorité importante d'hommes, de catholiques et de ruraux s'y opposait.

L'avenir  ?

Comme nous l’avons vu, les Slovènes avaient déjà refusé à 55 % le « mariage homosexuel » en 2012. Le peuple ayant mal voté, les partis politiques de gauche avaient décidé de passer par la voie législative. On peut craindre qu’on ne fasse bientôt revoter les Slovènes jusqu’à ce qu’ils votent « bien » ou que l’on trouve une Cour suprême qui décide « correctement » pour le peuple. Entretemps, les écoles et les médias prépareront les Slovènes à s'ouvrir à la modernité et lutteront contre l'hétérosexisme.  À partir de ce moment, uniquement, le débat sera clos et on ne pourra y revenir. La Lumière étant enfin descendue sur ce peuple « où l’Église catholique a encore un poids très fort ».

Source : gouvernement slovène, AFP et Reuters

vendredi 18 décembre 2015

Les enfants non religieux sont-ils vraiment plus altruistes ?

Il y a quelques semaines, une dépêche de presse a fait le tour des salles de rédaction. « Les enfants religieux sont plus méchants que leurs camarades non religieux », titrait le Guardian, journal de gauche britannique de référence. « Les enfants religieux sont des connards », délirait pour sa part le Daily Beast.

Des centaines d’autres journaux reprirent la même nouvelle : Le Monde, Radio Canada, The Economist, Forbes, le Journal de Québec, le Los Angeles Times, Le Soir de Bruxelles, The Independent de Londres. Tous ces articles étaient basés sur une note de recherche de quatre pages et demie publiée dans Current Biology par le professeur Jean Decety, un franco-américain, et six de ses collègues.

L’unanimisme et l’amateurisme de la presse dominante





En se basant sur les résultats de cette étude, l’ineffable « doc » Mailloux n’a pas hésité à déclarer, dans son émission au 106,9 FM en Mauricie, que les enfants provenant de familles croyantes sont « inférieurs ».


Mais quelles sont les preuves qui étayeraient ces titres sensationnalistes ? Cette étude confirme-t-elle d’autres études ? Vaut-elle tout le battage médiatique qui a entouré sa parution ?

 L’unanimisme et l’amateurisme de la presse dominante (suite)



En réalité, ce projet a été mal conçu et l’analyse des données a été bâclée. Leurs auteurs n’ont fait aucun effort ni pour tester d’autres hypothèses ni pour atténuer les lacunes dans la conception de leur travail de recherche. Leurs résultats contredisent la grande majorité des autres recherches sur le sujet. Enfin, les chercheurs surinterprètent les données avant que les journalistes n’en fassent goulûment de même et s’aventurent bien au-delà de ce que les universitaires affirmaient.

Mais, afin que les choses soient claires, voyons d’abord ce qu’affirme l’étude et quelle est sa méthodologie.

L’étude, publiée dans le magazine Current Biology, a été menée auprès d’un échantillon non aléatoire de 1170 enfants de 5 à 12 ans provenant de 6 pays différents (le Canada, la Chine, la Jordanie, la Turquie, les États-Unis et l’Afrique du Sud).

Les enfants ont été divisés en trois groupes différents soit ceux dont les parents sont non religieux, ceux dont les parents sont chrétiens et finalement ceux dont les géniteurs sont musulmans. Les chercheurs n’ont jamais demandé aux enfants s’ils étaient religieux ou non.

Dans l’expérience principale, les chercheurs leur ont remis 30 autocollants et leur ont demandé de choisir leurs 10 préférés en leur mentionnant qu’il n’y en aurait pas assez pour tous leurs camarades.

Les universitaires ont ensuite dit aux enfants que l’on manquait de temps pour terminer l’expérience avec les autres enfants, mais que s’ils étaient prêts à donner certains de leurs autocollants, les chercheurs les distribueraient à leurs camarades moins chanceux. Les universitaires ont alors compté le nombre d’autocollants que les écoliers ont rendu et ont utilisé ce chiffre comme mesure de l’altruisme de ces enfants.

Les auteurs de l’étude ont comparé le nombre d’autocollants que les enfants issus de foyers religieux rendaient et l’ont comparé au nombre rendu par les enfants issus de foyers non religieux.

Les écoliers non religieux ont donné davantage d’autocollants (0,86 autocollant de plus pour être exact). Tout ce ramdam médiatique porte donc sur une fraction de vignette (sur dix).

Malgré la grande diversité de participants regroupés dans cet échantillon transnational (par exemple le Canada et la Jordanie) et les nombreux facteurs qui peuvent influer sur la générosité des enfants dans une telle diversité de contextes (notamment la pauvreté), les chercheurs ont supposé que la seule différence entre les écoliers issus de familles « religieuses » et ceux de familles « non religieuses » était la religion[1]. C’était faire une grosse hypothèse.

Dans la deuxième expérience, les chercheurs ont présenté une série de scénarios où un enfant en poussait un autre et commettait d’autres « préjudices interpersonnels ». Les étudiants religieux considéraient ces comportements comme plus « méchants » que les enfants non religieux. Les enfants de familles musulmanes recommandaient des punitions plus sévères pour ces mauvaises actions que les enfants non religieux. Les punitions recommandées par les enfants de famille chrétienne ne se distinguaient pas de celles proposées par les enfants de familles non religieuses.

Étrangement, dans la conclusion de l’article et dans la plupart des articles de presse, les différents auteurs affirment que les enfants « religieux » étaient « plus méchants », « plus sévères » ou « plus vindicatifs » sans préciser que seuls les enfants musulmans l’étaient (si tant est que l’échantillon était représentatif des enfants de familles musulmanes en général). Les chercheurs n’ont pas interprété le souci des enfants religieux envers les personnes qui avaient été poussées ou blessées par un autre enfant comme un signe d’altruisme, mais l’ont considéré comme vindicatif.

Les auteurs n’ont pas plus ajusté leurs évaluations de la sévérité des peines pour prendre en compte l’interprétation de la gravité des infractions du point de vue des enfants : si ces enfants considèrent que pousser quelqu’un n’est pas grave, ils seront bien évidemment enclins à plus de clémence envers les auteurs de ces impolitesses. Ils n’ont pas plus conclu que les enfants de familles chrétiennes étaient miséricordieux malgré le fait qu’ils considéraient ces actes d’incivilités comme plus mesquins que les écoliers de familles non religieuses alors qu’ils ne demandaient pas de punitions plus sévères que leurs camarades non religieux.

Dans la troisième expérience, les chercheurs ont demandé aux parents à quel point leur enfant est empathique et sensible à l’injustice. Les parents religieux ont classé leurs enfants comme plus empathiques et sensibles à l’injustice que les parents non religieux. Les chercheurs ont considéré ces témoignages comme de l’aveuglement parental et décidé que leur expérience avec les autocollants permettait de mieux capter l’empathie et la sensibilité des enfants que, d’une part, la préoccupation de l’enfant pour les enfants qui ont été poussés et, d’autre part, toute une vie de parents remplie d’expériences. Les chercheurs auraient pu demander à un enseignant ou d’autres élèves d’évaluer l’empathie et la sensibilité des enfants (comme évaluation extérieure), mais ils ne l’ont pas fait.

Dans la première et la troisième expérience, une différence entre les enfants de familles religieuses et non religieuses demeure après ajustement pour l’âge, le pays et une mesure approximative du niveau d’instruction de la mère[2]. L’effet de la religion sur le don d’autocollants devient sans doute plus petit une fois ces facteurs pris en compte, mais il est difficile de déterminer l’ampleur de cette réduction parce que les auteurs passent à des coefficients standardisés sans fournir d’écarts-types. Ainsi, nous ne savons pas ce que veut dire en termes d’autocollants cette phrase absconse de l’étude : « un changement d’écart-type dans l’identité religieuse correspond à un changement de -0,15 d’écart-type de dons d’autocollant ». On ne peut donc pas traduire ces coefficients en unités compréhensibles. Avant d’ajuster les valeurs en prenant en compte l’âge, le pays et le niveau d’éducation de la mère, les écoliers de familles religieuses donnaient 0,86 autocollant de moins ; après ajustement les enfants de familles religieuses donnent peut-être 0,20 autocollant de moins, mais dans les deux cas la différence est peu importante.

Tant dans la conclusion de l’étude que dans les articles de presse, les auteurs et les journalistes n’ont indiqué que la différence entre les écoliers issus de familles religieuses et non religieuses avant ajustement et aucun des articles recensés ne soulignait le peu d’importance de cette différence, à savoir moins d’un autocollant. Les auteurs ne précisent pas si, dans la seconde expérience, la différence dans « l’esprit vindicatif » entre les enfants « religieux » et « non religieux » demeure significative après ajustement pour l’âge, le pays et le niveau d’instruction de la mère, probablement parce que ce n’est pas le cas.

Les chercheurs ont conclu que ces trois expériences indiqueraient que les personnes religieuses se penseraient plus serviables alors qu’en réalité ils sont « moins serviables » et « plus vindicatifs ». Au cours d’entrevues avec des journalistes, Decety explique que si les gens pensent qu’ils sont plus moraux, ils se permettent d’être plus immoraux. Ainsi, penser qu’on est moral serait préjudiciable.

Decety prétend également que sa recherche démontre que la sécularisation est une bonne chose : « ... la sécularisation du discours moral ne réduit pas la bonté humaine. En fait, elle produit exactement le contraire. » Ces deux affirmations sont relativement générales et peu étayées par les données. Nous ne savons pas si les enfants se croient plus moraux, uniquement que leurs parents les pensent plus empathiques et sensibles à l’injustice. Nous ne savons pas pourquoi les enfants de familles religieuses ont donné un peu moins d’autocollants (ni même si cette association est causale), encore moins s’ils ont agi moins « moralement » parce qu’ils se pensent moraux. Les universitaires n’ont pas plus étudié l’effet de la sécularisation sur la bonté.

Les articles dans la presse populaire extrapolent encore plus. Un article paru dans The Mirror affirme que « les enfants des athées sont plus aimables et plus tolérants » — bien qu’il soit peu probable que les 28 pour cent de parents de l’échantillon identifiés comme « non religieux » soient tous des athées. Radio-Canada a commis la même généralisation abusive : « Athée et plus altruiste qu’un religieux ». Un article dans Forbes prétend que la recherche démontre que les personnes religieuses sont « moins morales » et que « l’histoire étaye la preuve scientifique que les laïcs sont plus moraux ». Visiblement pour ce journal une fraction d’autocollants (0,86 sans ajustement !) l’emporte sur les millions de morts d’Hitler et de Staline. Le Monde s’est également aventuré à prétendre que l’histoire prouvait la véracité de cette étude (sans considérer, notamment, les intérêts financiers des uns et des autres).

La plupart des comptes rendus dans la presse supposaient que la relation entre religion et légèrement moins d’autocollants rendus est causale. Aucune des dizaines d’articles de la presse grand public n’a mentionné la moindre étude précédente sur le même sujet ni interviewé un universitaire qui aurait un point de vue différent. Tous les articles de presse lus se félicitaient de cette étude au point de s’époumoner parfois en éloges. Il est clair que cette petite note de recherche allait dans le sens de ce que de nombreux journalistes voulaient entendre et voulaient diffuser. Visiblement, aucun d’entre eux n’a trouvé nécessaire ni de faire une petite recherche sur Google pour voir ce que la recherche publiée affirmait sur le sujet ni d’interroger n’importe quel spécialiste universitaire dans ce domaine.

Penchons-nous maintenant en détail sur cette étude et évaluons-la. Peut-on la prendre au sérieux ?

Pour ce faire, nous poserons six questions.

La peur de l'avenir saisit les Allemands, la natalité remonte surtout grâce aux immigrés

La menace terroriste, la situation économique du pays, l’arrivée soudaine de plus d’un million d’immigrants. Cela fait beaucoup pour un seul pays, et cela a un impact sur le moral des Allemands. Selon un sondage publié hier, plus de la moitié d’entre eux disent avoir « peur » de l’avenir, 55 % très précisément, et c’est un renversement de tendance complet : ils n’étaient que 31 % l’année dernière. La Bild Zeitung, dans un éditorial, constate que « ce n’est pas une bonne nouvelle. Beaucoup d’Allemands ont peur (…), et cela dans un pays que le reste du monde regarde avec admiration (sic). Ce n’est pas, quoi qu’en pensent les gens, un pays de cocagne. Les crises planétaires commencent à produire leurs effets. »



C’est un record depuis la réunification du pays en 1990 : les résidents en Allemagne n’ont jamais fait autant d’enfants. Le taux de natalité a atteint 1,47 en 2014. Est-ce le résultat d’une politique familiale plus volontariste (plus de places en crèche, plus d’allocations) ? Sans doute, mais ce regain de natalité est surtout porté par les étrangères, dont le taux de natalité s’élève à 1,86, contre 1,42 pour les Allemandes.

mercredi 16 décembre 2015

Œuvres de bienfaisance : les plus religieux donnent le plus, le Québec le moins

En 2013, le montant total des dons versés par les Canadiens à des organismes de bienfaisance ou sans but lucratif s’est établi à 12,8 milliards de dollars, en hausse de 23 % par rapport à 2004.

Les dons des plus grands donateurs, soit les 10 % de donateurs qui versent le plus d’argent au cours d’une année donnée, représentaient 66 % du montant total des dons versés en 2013. La contribution de ces grands donateurs était en hausse et est principalement à l’origine de la croissance du montant total des dons versés de 2004 à 2013.

Les montants les plus importants sont versés à des organismes religieux

À l’instar des années précédentes, les donateurs ont versé en 2013 les sommes totales les plus élevées à des organismes religieux, c’est-à-dire des organismes qui mettent en valeur les croyances religieuses et qui célèbrent des services et des rites religieux.

En 2013, 5,2 milliards de dollars ont été versés à des organismes religieux, ce qui représente 41 % de tous les montants versés par les donateurs au cours de l’année.

Venaient ensuite les organismes du secteur de la santé, qui ont reçu 1,7 milliard de dollars ou 13 % de tous les dons, et ceux fournissant des services sociaux (1,6 milliard de dollars ou 12 % de tous les dons). Les organismes internationaux (1,3 milliard de dollars) et les organismes d’octroi de subventions, de collecte de fonds et de promotion du bénévolat (690 millions de dollars) occupaient les quatrième et cinquième rangs.

Plus un donateur fréquente une église, plus il donne



Les caractéristiques des Canadiens les plus susceptibles d’effectuer un don en argent à des organismes de bienfaisance ou sans but lucratif sont assez bien connues. Il s’agit des femmes, des personnes de 35 ans et plus, celles qui possèdent un niveau de scolarité et un revenu plus élevés ainsi que celles qui sont actives sur le plan religieux.

Plus encore que leur niveau de revenu et leurs autres caractéristiques personnelles, c’est la fréquence de la participation à des activités religieuses qui différenciait le plus les plus grands donateurs des autres donateurs et des non-donateurs. En effet, en 2013, 54 % des plus grands donateurs avaient participé à des activités religieuses au moins une fois par semaine, comparativement à 14 % des autres donateurs et à 8 % des non-donateurs.


Les Québécois versent nettement moins de dons aux organismes de bienfaisance que les autres Canadiens :


Voir aussi

Les athées sont-ils moins altruistes ? ( «ces personnes pratiquantes sont nettement plus enclines à faire des dons à des organismes de bienfaisance et sans but lucratif et à faire des dons nettement plus importants à des organismes religieux et non religieux que ceux qui ne vont pas régulièrement à l'église.»

Les enfants religieux seraient plus heureux

« L’école doit redevenir un lieu qui stimule l’esprit créatif et le bonheur d’exister »

Sous-titre de l’ouvrage :
la trahison de nos enfants
par le système éducatif
Très populaire outre-Rhin, Richard David Precht est un philosophe allemand démontre l’archaïsme du système scolaire occidental... Extraits d’un entretien, avec quelques commentaires.

Votre dernier livre, « Anna, l’école et le bon Dieu » (pas encore traduit en français, couverture ci-contre), utilise les récentes découvertes sur le cerveau pour s’attaquer férocement au système scolaire occidental dont vous dites qu’il « trahit nos enfants »…

— Absolument. Pourquoi diable l’école resterait-elle obstinément étanche à toutes les découvertes des neurocognitivistes, des psychologues du développement, des évolutionnistes, des linguistes, des anthropologues ? Le monde des grandes entreprises est souvent plus éclairé que nos écoles qui continuent à fonctionner, au fond, sur le modèle de la société industrielle, vieux de plus d’un siècle.

Cet archaïsme est conforté par la majorité des parents qui rêvent que leurs enfants soient préparés à une spécialité pointue, rare et rémunératrice. Comme si le monde n’avait pas changé ! Comme si, au fond, il fallait toujours s’adapter au système pyramidal tayloriste qui fabrique des chefs impeccables au sommet et de bons chevaux de trait à la base, alors qu’il s’agit désormais d’inviter tous les enfants à devenir des « créateurs de projets de vie » imaginatifs et autonomes, conviviaux et polyvalents.

Pourquoi dites-vous qu’il faut, non pas réformer, mais révolutionner l’école ?

— Pour au moins deux raisons. Primo, parce que 70 % des métiers qu’exerceront les enfants qui entrent aujourd’hui à l’école n’existent pas encore — d’où la nécessité d’une éducation très différente, beaucoup plus ouverte à l’imagination et à l’intelligence relationnelle, conduisant à épanouir une curiosité polyvalente plutôt qu’une spécialisation de type industriel. Secundo, parce que l’école a perdu son monopole. Jadis, c’était l’endroit où l’enfant apprenait à connaître le monde. Aujourd’hui, nourri d’informations par mille autres biais, l’enfant né dans le numérique ne voit plus du tout l’intérêt d’aller s’enfermer dans ce lieu si peu excitant, qui ne suscite en lui qu’un mortel ennui.

Vous insistez beaucoup sur l’ennui des élèves d’aujourd’hui…

— C’est une aberration. L’enfant est naturellement d’une curiosité inouïe. La structuration de ses réseaux neuronaux fait de lui un « athlète synaptique », comparé à l’adulte. Son enthousiasme pour la nouveauté est considérable et ses capacités d’apprentissage impressionnantes. Or, que lui proposons-nous pour épanouir cette potentialité formidable ? De se forcer à s’intéresser à des matières éloignées de sa vie [Note du carnet : l’exotique, le loin de sa vie peut être très intéressant...], qui le motivent de moins en moins et qu’il voit infiniment mieux traitées ailleurs. À partir de 12 ans, cela devient dramatique. La transmission est censée se dérouler lors de séances appelées « cours » qui durent un peu moins d’une heure (durée décidée par les moines du Moyen-Âge) et auxquelles il doit assister sans bouger. Double absurdité : on sait aujourd’hui que la capacité d’attention d’un enfant (et de beaucoup d’adultes) chute au bout de 20 à 30 minutes ; d’autre part, l’immobilité physique du jeune humain est nocive pour son fonctionnement cortical si elle dépasse un quart d’heure. Bouger est pour lui vital, la ­psycho-neuro-immuno-endocrinologie l’explique bien.

Les Français citent pourtant volontiers l’école allemande, supposée très ouverte aux activités physiques quotidiennes…

— Je suis marié avec une francophone, une Luxembourgeoise déjà mère de trois enfants que j’ai vus grandir dans le système français. Il est clair que c’est le pire de tous, le plus archaïque parce que le plus « mental ». [Note du carnet : nous ne sommes pas d’accord, mais c’est certainement un système qui ne devrait pas être imposé à tous.]  Mais le système allemand ne vaut guère mieux — surtout comparé à celui des Scandinaves, beaucoup plus ouvert sur le ressenti, l’émotionnel, le relationnel. Les enfants allemands s’ennuient autant que les Français à l’école. C’est subjectivement un crime et objectivement un gaspillage que nous n’allons plus pouvoir nous permettre longtemps.

Pourquoi ?

— Les générations à venir vont devoir relever des défis que seule une éducation entièrement repensée leur permettra de relever. Comme le disait déjà le pédagogue visionnaire Wilhelm von Humboldt, fondateur de l’Université de Berlin il y a deux siècles : « Il s’agit surtout d’apprendre à apprendre. » [Critiques de ce concept quand il est appliqué trop tôt, ici et .] De toute façon, les technologies de l’information vont tout révolutionner. Prenez les nouvelles « lunettes Google » qui permettent de se brancher sur le Web tout en faisant autre chose. Une fois miniaturisées et rendues quasi invisibles, ce qui sera bientôt le cas, elles métamorphoseront les examens. Il sera impossible d’empêcher un élève de tricher. Le mot « triche » n’aura d’ailleurs plus de sens. Ni celui d’« examen ». Examens et notes participent de ce que les psychopédagogues de Stanford — Mark Lepper, David Greene et Richard Nisbett — appellent l’« effet corrupteur de la récompense ». Les recherches montrent que le fait d’étudier pour obtenir de bonnes notes et un diplôme, plutôt que par véritable intérêt pour la matière, engendre à long terme des individus à motivation plus fragile. Or, la motivation devient essentielle.

L’autre maître mot est la relation. Ayant accès à la connaissance universelle où qu’ils se trouvent, élèves et étudiants devront développer des qualités relationnelles : savoir naviguer dans la jungle du savoir, se relier à d’autres, monter une équipe, faire preuve de convivialité et de tempérance émotionnelle. Des qualités auxquelles ni l’école française, ni l’école allemande ne les préparent actuellement — alors que l’« intelligence connectée » se développe ailleurs, notamment grâce aux jeux vidéo auxquels des millions de jeunes s’adonnent avec frénésie, sans aucun cadre.

D’après vous, l’avenir se joue-t-il du côté des CLOM et de l’apprentissage en ligne ?

— J’ai bien observé ces réseaux, en particulier la Khan Academy qui a mis en ligne des milliers de cours fort intéressants. C’est surtout excellent pour des matières comme les maths ou la physique. Moins pour l’histoire, la littérature ou la philosophie qui exigent un débat interactif. Mais le gros défaut des CLOM est que, contrairement à ce que s’imaginent certains, ils sont moins démocratiques que l’école.

À quoi ressemblera l’école de demain ?

— Sans motivation, rien n’est possible. Schopenhauer disait : « Vous pouvez faire tout ce que vous voulez, mais vous ne pouvez pas décider de désirer. » Les élèves d’aujourd’hui n’ont plus de désir. L’école de l’avenir doit avant tout rallumer leur adhésion, et même leur enthousiasme. Rappelons que ce fut le cas jadis — ça l’est encore dans les pays très pauvres où l’école est la seule chance de s’en sortir… et aussi chez nos propres enfants, à la maternelle et à la rigueur à l’école primaire. Mais la motivation chute ensuite dramatiquement. En quelques clics d’ordinateur, un ado reçoit plus d’infos que nos ancêtres pendant toute une vie ! L’école lui semble frustrante et inutile. Que faire ?

Explorant systématiquement toutes les recherches en pédagogie dans le monde, j’ai abouti au système suivant…

D’abord, quelques rares matières fondamentales, peut-être les maths et les langues, pourraient continuer à faire l’objet d’un enseignement classique, mais pris au sein d’un système de « contrats » individuels : dans ces matières, l’élève s’engagerait devant l’école à atteindre un certain niveau à certaines étapes de son parcours sur plusieurs années, libre à lui de le faire au rythme qui lui convient, en accord avec ses accompagnateurs. Vouloir faire avancer tout le monde à la même vitesse est considéré par la plupart des pédagogues comme l’un des gros défauts du système actuel : les enfants plus rapides se trouvent freinés par les plus lents qui, eux, sont humiliés et dégoûtés.

L’essentiel de l’éducation s’organiserait autour de « projets » conçus sur plusieurs mois, voire plusieurs années, regroupant les enfants par goûts, affinités, centres d’intérêt. De petits groupes d’une quinzaine d’élèves s’organiseraient autour de thèmes qui les passionnent. Comme les classes du fameux collège d’Harry Potter !

On pense aux visions de Montessori, Steiner, Freinet…

— De nombreuses pédagogies convergent dans ce sens. Elles supposent toutes des enseignants d’un nouveau genre, davantage pédagogues que spécialistes d’une matière [Nous penchons pour des spécialistes d’une matière pédagogues...]. Car une autre caractéristique de cette révolution serait que les professeurs suivraient leurs élèves pendant plusieurs années. Au lieu de se retrouver toutes les heures face à un enseignant différent qui n’a souvent pas le temps de les connaître, les enfants seraient accompagnés de près par des maîtres s’intéressant à leur parcours personnel à long terme.

L’école doit redevenir un lieu de bon temps, qui stimule l’esprit créatif et le bonheur d’exister.

Source


Voir aussi

Chine — Shanghaï, les meilleurs élèves du monde ? (et pourtant s’amusent-ils ? Ils semblent plutôt animés d’une volonté de s’en sortir, souvent de patriotisme).

Belgique — Pourquoi l’école fait de vos enfants des cancres

L’obligation de scolarisation par l’État est-elle toujours bénéfique ?

Histoire du premier réseau d’écoles publiques aux É.-U. (L’instruction publique est-elle nécessaire ?)

Québec — Réformes éducatives en série sans évaluation ?

La « Khan Academy » maintenant complètement traduite en français

Apprendre à programmer dès l’école primaire ?

Les Steve Jobs de ce monde ne veulent pas d’une école haute technologie

Pas de bons points pour les classes hautes technologies ?

Les élèves apprendraient mieux sans ordinateur

Pourquoi les enfants n’aiment pas l’école !

Brève — Les outils informatiques à l’école américaine

Steve Jobs décriait l’éducation américaine, la paralysie des syndicats d’enseignants, était pour les bons scolaires

Après un divorce, le niveau de vie chute

L’INSEE (institut de la statistique en France) a publié ce mercredi une étude sur les familles dites monoparentales. Dans son étude, l’INSEE se penche sur l’évolution des familles en France et en Europe. L’institut relève notamment la progression du nombre de familles monoparentales : en France, elles sont passées de 1,2 million en 1999 à 1,6 million en 2011. La plupart du temps, ce sont les mères qui ont la charge des enfants, et, après une séparation, le niveau de vie de ces femmes baisse significativement.

Après une séparation ou un divorce, le niveau de vie des femmes baisse en moyenne de 20 %, contre 3 % pour les hommes. Quand le mari de Juliette l’a quittée il y a huit ans, le quotidien a effectivement été plus difficile. « Avec le crédit de la maison et un salaire un peu au-dessus du SMIC », cette mère de quatre enfants raconte avoir dû faire des efforts. « Pendant un certain temps, on a mangé de la mauvaise qualité, j’achetais le moins cher », admet-elle.

« 40 % des familles monoparentales vivent sous le seuil de pauvreté, alors que c’est 18 % pour les familles recomposées et 14 % pour les familles traditionnelles », explique Isabelle Robert-Bobée, chef de la division enquêtes et études démographiques à l’INSEE.

Source


mardi 15 décembre 2015

Québec — Toujours pas de plan pour l'amélioration du français à l'école

Une année complète s’est écoulée depuis la promesse faite par M. Bolduc et le ministère de l’Éducation n’a toujours pas annoncé de stratégie.

L’engagement visant à promouvoir une meilleure maîtrise du français à l’école figure sur la liste des promesses non tenues du gouvernement Couillard.

Disant être conscient des lacunes observées chez les élèves à la fin du secondaire, particulièrement en orthographe et en grammaire, l’ex-ministre de l’Éducation Yves Bolduc s’était engagé publiquement en décembre 2014 à adopter une stratégie destinée à renforcer l’apprentissage du français au primaire et au secondaire, et ce, dès « le début de l’année 2015 ».

Il avait élaboré un plan d’action en cinq axes et entrepris une série de consultations, avant de quitter brusquement la politique en février.

Or une année complète s’est écoulée depuis la promesse faite par M. Bolduc et le ministère de l’Éducation n’a toujours pas annoncé de stratégie.

D’abord réticent, l’ex-ministre Bolduc a accepté de mettre de côté son devoir de réserve pour se porter à la défense du français à l’école. Sans vouloir critiquer ouvertement son successeur, il réaffirme l’importance au Québec de fournir un effort additionnel si l’on veut que les jeunes quittent le secondaire en étant aptes à écrire un texte dans un français de qualité.

« Il y a un travail à faire, vraiment, au niveau scolaire pour renforcer le français chez nos jeunes », a-t-il indiqué récemment en entrevue à La Presse canadienne.

« Le français est la langue qui est prépondérante au Québec [euh, seule langue commune et officielle en théorie !], et c’est important que les gens la maîtrisent », dit celui qui est retourné à la pratique médicale.

M. Bolduc avait soulevé la controverse en août 2014, quand il avait déclaré que les commissions scolaires devaient acheter moins de livres pour compenser les compressions budgétaires imposées par Québec. Certains y ont vu une indifférence inacceptable du ministre à la maîtrise de la lecture, ce qui l’aurait blessé.

Il soutient au contraire que la révision des cours de français avait toujours été pour lui une priorité.

Son successeur, François Blais, a écarté le plan d’action de M. Bolduc. En poste depuis 10 mois, on ne connaît toujours pas ses intentions en ce domaine, et il ne se fixe aucune échéance pour agir. Le milieu de l’éducation ne les connaît pas non plus, car il n’a consulté personne, ont indiqué plusieurs sources issues des regroupements d’enseignants et des syndicats. M. Blais a refusé une demande d’entrevue.

La faiblesse des élèves québécois en français est démontrée et le problème tend à s’accroître d’année en année.

Après 11 années de scolarité, tous les élèves doivent subir une épreuve de français écrit à la fin du secondaire. Même s’ils peuvent consulter un dictionnaire, une grammaire et un recueil de conjugaisons, 27 pour cent d’entre eux n’ont pas réussi le test en 2014. C’est 10 pour cent d’échec de plus qu’en 2009. Si l’on isole les critères de la grammaire et l’orthographe, on constate que cette année-là 45 pour cent ont échoué au test. Pratiquement un sur deux.

Le ministre Blais reconnaît le problème. Le 15 août, il déclarait ceci : « Sur le français au Québec, on ne peut pas faire de concession. Quand on regarde la performance des élèves au Québec en littératie, quand on compare avec le Canada et l’OCDE, aux grands examens internationaux, c’est là qu’on a une faiblesse. »

Dans son discours inaugural, le premier ministre Philippe Couillard avait lui aussi rappelé l’importance d’« insister sur l’apprentissage des langues. Le français qui nous définit comme peuple, l’anglais et les autres langues qui sont des fenêtres sur le monde ». [Euh, le français n’ouvre-t-il pas aussi sur le monde... la francophonie c’est 80 États et pays...] Un des engagements libéraux en campagne électorale consistait à « accentuer la promotion de la qualité du français dès l’école primaire ».

On notera que la mise en place des cours d’anglais intensif pour les élèves québécois francophones a bien eu lieu. Rappelons également que le nombre d’heures consacré à l’étude du français et à l’étude en français a fortement baissé au Québec en trente ans : le nombre d’heures d’études est limité, le triplement du nombre d'heures consacré à l'anglais en 30 ans et la multiplication d’activités et de cours non essentiels surtout au primaire n’améliorent pas les choses.

Voir aussi

Québec — Triplement du nombre d'heures d'anglais en une trentaine d'années

Québec — L’anglais intensif à toute vapeur

Priorité du nouveau ministre : renforcer l'immersion en anglais et la médicamentisation ?

L'État impose plus d'anglais dès le primaire, qu'en dit un linguiste ?

Recul du français comme langue de travail au Québec et à Montréal

Lecture — la catastrophe québécoise

La langue de travail au Québec - Le bilinguisme prend le pas sur le français

Bock-Côté : « à Montréal, les francophones ont droit à un accommodement raisonnable »

Les francophones bientôt minoritaires à Montréal, légère baisse des francophones dans l'ensemble du Québec

Étude — La testostérone change la structure du cerveau

L’imagerie cérébrale montre qu’une thérapie à base de testostérone a pour effet de changer la structure du cerveau. On sait déjà que l’hormone mâle, la testostérone, exerce une influence significative sur les facultés cognitives et le comportement humain : plus la quantité de testostérone est grande, par exemple, et plus la fluidité verbale diminue. C’est la raison pour laquelle les femmes ont en moyenne une meilleure fluidité verbale que les hommes.

Des chercheurs de l’Université de Vienne et de l’Université d’Amsterdam ont examiné le cerveau de 18 transsexuels féminins désirant se « masculiniser » avant et après le traitement à la testostérone qu’ils ont subi.

L’imagerie cérébrale par résonance magnétique a révélé que, quatre semaines après le traitement, le volume de matière grise des sujets avait diminué dans deux régions précises du cerveau, la zone de Broca et la zone de Wernicke, qui sont directement responsables du traitement du langage, tandis que la matière blanche qui relie ces deux régions avait au contraire augmenté. C’est une preuve supplémentaire du caractère sexué de la distribution des zones du cerveau.

Source


Le stéréotype de la fluidité verbale

Voir aussi

Le cerveau des femmes est mieux préparé que celui des hommes pour faire face aux défauts génétiques

Boris Cyrulnik : l’école valorise la docilité des filles et dévalorise la hardiesse des garçons

Cerveau masculin et cerveau féminin

Le paradoxe de l’égalité entre les sexes c. la théorie du genre

Étude norvégienne — Plus un homme participe aux tâches ménagères, plus il y a risque de divorce

L’affaire Bruce/Brenda/David Reimer c. la théorie du genre


L'héritage des Carolingiens


Grâce à l’école carolingienne, une partie des textes qui avaient été étudiés dans l’Antiquité est sauvée, une partie, car si nous connaissons près de huit cents noms d’auteurs latins, nous n’avons que cent cinquante œuvres. Les maîtres carolingiens ont fait recopier par les scribes les livres qui leur paraissaient importants pour les classes, ils sont devenus des « classiques » : Virgile, « le père de l’Occident », Horace, Térence, Quintilien, Sénèque, Cicéron, etc. Ainsi sont faits, dès cette époque, des choix d’auteurs, des autorités que tout écolier, tout lettré devaient suivre. Même si une petite partie de l’héritage littéraire romain nous est parvenue ainsi, la dette que l’Occident doit aux lettrés carolingiens est immense. Sur les huit mille manuscrits carolingiens que l’on a dénombrés encore existants, plusieurs milliers concernent les auteurs antiques païens et chrétiens. Sans eux, la culture européenne aurait été tout autre.

Les Carolingiens de la deuxième génération ont été des humanistes. Virgile est admis, comme Cicéron, dans la société des élus. Nous n’avons qu’à reprendre les lettres de Loup de Ferrières pour être convaincus de cette passion des auteurs classiques. Les Carolingiens ont su, selon la belle phrase de Jean Leclercq, « concilier l’amour des lettres et le désir de Dieu ».

D’autre part, l’école carolingienne a sauvé la langue latine. Avant le VIIIe siècle, le latin, libéré de la contrainte scolaire, évoluait rapidement sous une forme de latin vulgaire, latin rustique, ce qui deviendra notre langue romane. Le latin disparaissait, les langues nationales le remplaçaient. La Renaissance carolingienne a donné un coup d’arrêt à cette évolution, en obligeant les lettrés à reprendre les leçons des grammairiens romains. Un poète du IXe siècle ne disait-il pas que Charlemagne avait mis autant d’ardeur à supprimer les incorrections des textes qu’à vaincre ses ennemis sur-le-champ de bataille ? Ainsi, le latin est redevenu un instrument de communication entre les hommes cultivés de l’Occident.

Des nains sur des épaules de géants : Maîtres et élèves au Moyen Âge,
Pierre Riché et Jacques Verger, 2006, Taillandier.



Voir aussi

« Promulgué le 23 mars 789, le capitulaire Admonitio generalis est un texte de 82 articles qui aborde tous les sujets pouvant figurer dans une constitution à la fin de 8e siècle, c’est-à-dire les droits, les obligations et les missions des sujets de Charles dans les domaines religieux, moral et intellectuel ». « Le chapitre 72, spécialement adressé aux prêtres, leur enjoint de respecter les préceptes de l’Évangile, de fonder des écoles où les enfants puissent lire, et de corriger scrupuleusement les textes qu’il s’agit de transcrire avec le plus grand soin »…

Éducation et enseignement à l’époque carolingienne

La Renaissance carolingienne

Les écoles du Palais

Objectivité — Les journalistes font éclater leur joie à la signature de la COP 21 dans la salle de presse



Selon le metteur en ligne de la vidéo : « Les journalistes dans la salle de presse de la COP 21 se soulèvent et applaudissent dans une liesse généralisée à la signature de l’accord. Ces reporters sont les garants d’une information scientifique, sobre, neutre et impartiale... »

On peut, en effet, se demander si c’est là le comportement de reporters qui doivent savoir rester impartiaux quand ils rapportent des événements. Vidéo prise par la journaliste spécialisée en environnement de l’hebdomadaire The Economist de Londres, Miranda Johnson.



L’accord de la COP21 devait-il même susciter une telle liesse parmi les journalistes ?

À voir, la liesse qui s’est emparée de l’assemblée de diplomates, de juristes et de journalistes au moment où Laurent Fabius a validé le texte de l’accord de Paris, on aurait presque regretté d’avoir titré, par anticipation, dans ces colonnes : « La Cop21 accouche d’une souris ». Un tel débordement de joie devait signifier que quelque chose d’historique s’était bien produit. « Je suis beaucoup plus optimiste pour l’humanité que je ne l’étais encore samedi matin », confiait d’ailleurs au Figaro le Dr Jim Yong Kim, président de la Banque mondiale.

Que trouve-t-on, pourtant, dans cet accord de Paris tellement acclamé dans les médias ? Le souhait d’un réchauffement climatique contenu « bien en deçà de 2 °C » par rapport à l’ère préindustrielle. Pour s’en tenir à cette limite de température, des réductions massives de gaz à effet de serre (GES) devront être décidées. Des scientifiques ont trois ans pour affiner l’équivalence entre le volume de GES et la hausse des températures — un exercice très délicat (hasardeux même) mais sur lequel repose pourtant l’essentiel des calculs et extrapolations du GIEC (Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat). Disposant de cette limite théorique, les pays seraient alors amenés à revoir leur baisser chaque année leur émission de GES — mais seulement à partir de 2023.

Au-delà de ces objectifs, la question de la répartition de l’effort entre les différents pays est restée volontairement floue, celle des 100 milliards de dollars annuels promis aux pays en voie de développement (à partir de 2020) a été placée en annexe pour éviter que, considérée alors comme contraignante, elle soit rejetée par le Sénat américain.

Enfin, comme l’ont relevé nombre de spécialistes, le texte final fait sciemment l’impasse sur des sujets aussi cruciaux que le rôle des océans dans la régulation du climat et de la température, les transports aérien et maritime, les fleuves…

Pourquoi, alors, un tel enthousiasme ?

« Tout l’édifice de la gestion onusienne du climat était fragilisé, explique Philippe Verdier, l’ancien chef du service météorologique de France Télévisions renvoyé pour manque d’enthousiasme dans la foi réchauffiste et désormais employé par la chaîne russe RT France. Il fallait un accord pour éviter qu’il ne s’écroule. Personne n’a quitté la table, l’accord a été obtenu. De ce point de vue là, c’est donc un succès, mais ce n’est pas une surprise. »

Plutôt une condition sine qua non à la survie du système lui-même, dont la feuille de route est désormais tracée. Le texte doit être présenté par Ban Ki-moon au siège de l’ONU, à New York, le 22 avril 2016. Il pourra être ratifié durant un an et entrera en vigueur dès lors que 55 pays comptant pour au moins 55 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre l’auront ratifié — ce qui peut, là aussi, augurer quelques surprises.

Le texte n’en est-il pas moins valable ?

« La plupart des termes présentés comme des progrès n’en sont pas vraiment, constate Philippe Verdier. C’est le cas de l’objectif des 2 °C, qui était déjà avancé à Copenhague, ou celui du fonds vert de 100 milliards par an qui date de Cancún en 2010. » Une somme jamais réunie depuis, même si la France, pour montrer l’exemple et conforter sa diplomatie, s’est d’ores et déjà engagée pour 5 milliards d’euros. Autre chose : c’est pour obtenir les voix de certains petits pays du Sud — notamment des îles du Pacifique ou de l’océan Indien — que l’objectif de 1,5 °C a été inscrit, provoquant le scepticisme de tous les spécialistes. « C’est totalement illusoire, reprend ainsi Philippe Verdier. Avec les projections de rejets de gaz à effet de serre actuellement disponibles, on est sur une trajectoire bien plus proche des 3 °C » si l’on doit croire les modèles informatiques.

Faut-il cependant regretter que les contraintes restent encore de réputation et ne soient pas nécessairement pourvues de sanctions ? Faut-il regretter que les mots « énergie fossile », ces réalités matérielles qui portent les croissances de la Chine, de l’Inde, du Venezuela ou de l’Arabie Saoudite, aient été soigneusement évités, pour ne fâcher personne ? Qu’aucune date n’ait été avancée pour l’arrêt de l’utilisation du pétrole ? « Parler de neutralité carbone — autant de carbone stocké ou absorbé que de carbone produit — à l’horizon 2050, c’est de toute façon irréalisable », souligne enfin Philippe Verdier.

Dans un autre registre, faut-il regretter les déceptions qui accompagnent ce texte quand elles sont ainsi exprimées : l’accord de Paris « refuse de s’attaquer à la machine à réchauffer la planète que constitue la globalisation économique et financière » (Geneviève Azam, de l’ONG Attac, citée par Libération) ; ou encore : « Le moteur fondamental de la crise climatique, c’est le capitalisme, et la nature même de l’économie extractive » (une ONG américaine) ? Faut-il réellement regretter que la COP21 ne parvienne pas « à sauver la planète », quand on se souvient qu’il paraît hasardeux de lui en laisser les clés ?

lundi 14 décembre 2015

Les femmes auraient peu d'enfants au Japon car elles se marient de moins en moins

La politique familiale a fait son grand retour au Japon au point de devenir l’une des priorités gouvernementales, la quatrième « flèche » des Abenomics. Le sujet était jusqu’alors persona non grata : le natalisme qui avait accompagné la préparation de la Seconde Guerre mondiale avait très mauvaise réputation. Mais alors que le « taux de fécondité » est tombé à 1,42 enfant par femme, très loin de la barre des 2,1 nécessaires pour assurer le renouvellement de la population, Shinzo Abe, le premier ministre, n’a pas hésité, en septembre 2015, à fixer un objectif chiffré. Une première. De même que la Banque du Japon et la BCE se donnent un objectif d’inflation de 2 %, il s’agit donc de retrouver un taux de fécondité de 1,8.
Une entreprise japonaise propose désormais
des « mariages en solo »
quand le prince charmant tarde trop

On croyait tout savoir sur les raisons de la dénatalité nippone, qui a commencé à la fin des années 1970, faisant du Japon un précurseur mondial à cet égard. La densité démographique considérable de l’Archipel, l’exiguïté des appartements, la cherté des études, la difficulté à concilier vie familiale et professionnelle pour les femmes... On avait tendance à oublier la plus essentielle : le mariage est un statut en voie de raréfaction.

Mme Yuriko Koike, représentante à la Diète nippone, le dit sans ambages. « Dans les sondages interrogeant les jeunes Japonais sur le nombre d’enfants qu’ils souhaiteraient avoir, ils répondent 2,02 en moyenne. [Le nombre d’enfants désiré dans nos pays occidentaux est systématiquement supérieur à la descendance réelle.] On s’est donc demandé pourquoi la natalité reste si basse. Après enquêtes et analyses, on a constaté que la principale raison est qu’il n’y a pas assez de lieux de rencontres et que, de ce fait, les hommes et les femmes se marient de moins en moins. Dans les années 1970, il y avait un million de mariages chaque année ; on ne compte aujourd’hui plus que 600 000 nouveaux couples par an. » Or le mariage reste une institution quasi obligée au pays du Soleil-Levant pour fonder une famille. On est aux antipodes de la France, où plus d’un enfant sur deux naît « hors mariage », comme disent les démographes (57,4 % en 2014 selon l’Ined). Au Québec la natalité est basse (1,6 enfant/femme) et la proportion de naissances issues de parents non mariés y est de 63 % en 2014.

Les raisons de ce dépérissement ne sont pas banales. Yuriko Koike en avance deux : « Autrefois, il y avait dans les quartiers des villes des marieuses, des faiseuses de mariages, qui connaissaient les familles et arrangeaient les rencontres. Or, cette pratique a disparu. De même, dans la vie professionnelle, des courtières d’assurances démarchaient les entreprises et allaient de bureau en bureau faisant la connaissance des gens et découvrant des affinités dont elles faisaient part aux intéressés. Or, désormais, les salariés souscrivent de plus en plus leurs polices par Internet. Ces liens personnels ont disparu. » Et de s’étonner que parmi les plus de 50 ans, un homme sur cinq ne se soit jamais marié.

Cette question revêt un tel caractère d’urgence que Yuriko Koike préside, au sein du Parti libéral-démocrate, actuellement au pouvoir, une « association pour encourager le mariage ». Mais pourquoi les gouvernements n’ont-ils pris conscience que tout récemment du problème de dénatalité alors que son déclin date de 1977 ? « Quand on fait chauffer l’eau très progressivement, la grenouille ne s’en aperçoit pas et finit par cuire, alors qu’elle aurait sursauté si on l’avait directement plongée dans l’eau bouillante. »

Pour sa part, le vieillissement ultrarapide (à peine un quart de siècle pour que les plus de 65 ans passent de 15 % à 25 % de la population) a suscité une réponse rapide des pouvoirs publics. Au point que les crédits budgétaires [pour les anciens] sont environ cent fois supérieurs aux aides à la famille : « Les personnes âgées sont de fidèles électeurs ! » ajoute la sémillante représentante du 10e district électoral de Tokyo.

Place aux jeunes : le Parlement discute en ce moment de l’abaissement du droit de vote, qui pourrait être ramené de 20 à 18 ans en juillet 2016, à l’occasion des élections sénatoriales. Autre ardente obligation politique : « marions-les ». Mme Koike n’en démord pas : « Il est certes important d’aider les couples, en construisant des crèches et des écoles, mais pour cela il faut faire augmenter le nombre des mariages. » Elle est une farouche partisane des mesures fiscales actuellement en discussion à la Diète. « Les frais d’accouchement, mais également les frais de mariage, pourraient être déduits des droits de succession à concurrence de 3 millions de yens (23 000 euros), » suggère-t-elle. Tout comme les « entreprises de rencontre » , qu'elles soient réelles ou sur Internet, doivent être encouragées.

Curieusement, la société japonaise rêve du mariage. Une entreprise de Kyoto, l'ancienne ville impériale aux mille jardins, vient d'inventer le mariage en solo : pendant un ou deux jours, les femmes de tout âge peuvent vivre une cérémonie radieuse, en kimono traditionnel ou en robe de mariée occidentale. Les clientes ont en général entre 35 et 60 ans, et pas forcément célibataires : certaines regrettent de ne pas avoir vécu une telle cérémonie lors de leur mariage, faute d'argent ou de temps. Ces simulacres ne sont évidemment pas du goût de Yuriko Koike, dont la devise pourrait être « Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants ».

Source : extraits du Figaro, édité