vendredi 28 février 2014

Le cerveau des femmes est mieux préparé que celui des hommes pour faire face aux défauts génétiques

Retard mental, épilepsie, hyperactivité ou autisme : ces troubles du développement cérébral ont en commun de toucher plus de garçons que de filles. Cette différence (la proportion selon le sexe) peut être très élevée, comme pour l’autisme à haut potentiel. Dans ce cas-là, les garçons sont diagnostiqués six fois plus que les filles.

Décrite depuis très longtemps, cette différence n’a pour l’heure pas trouvé d’explication, bien que plusieurs hypothèses aient été avancées. Une analyse génétique menée sur deux grandes populations de patients atteints de troubles neurodéveloppementaux, et publiée jeudi dans la revue American Journal of Human Genetics , montre que les filles présentent beaucoup plus d’atteintes génétiques que les garçons. Et pourtant, la répercussion dans leur comportement est moins importante. Ces résultats suggèrent donc que le cerveau des filles aurait plus de ressort (capacité de réagir) que les garçons. « Des différences du nombre de mutations génétiques entre hommes et femmes atteints de troubles du développement cérébral avaient déjà été observées, nous avons cherché à les confirmer sur un grand nombre d’individus », explique Sébastien Jacquemont (ci-contre), médecin et professeur assistant à l’université de Lausanne, auteur de l’étude.

L’équipe de chercheurs suisses et américains tente de comprendre pourquoi 50 % plus d’hommes que de femmes ont une déficience intellectuelle, et pourquoi les garçons sont quatre fois plus susceptibles que les filles d’être atteints d’autisme.

Les chercheurs ont examiné des anomalies génétiques chez 15 585 personnes qui ont reçu des diagnostics de différents types de troubles causés par un développement défectueux du cerveau, surnommés troubles du neurodéveloppement.

Une preuve génétique

Récemment, des scientifiques ont montré que les femmes autistes présentaient plus de mutations génétiques par rapport aux hommes atteints de la même maladie. Pour avancer dans la compréhension de cette disparité hommes-femmes, Sébastien Jacquemont, en collaboration avec Evan Eichler de l’Université de Washington à Seattle, a comparé la fréquence des altérations génétiques chez environ 16.000 enfants atteints de maladies neuro-développementales. « Notre approche est une première de par son envergure, relève Sébastien Jacquemont. En effet, contrairement aux études précédentes, nous avons analysé différentes formes de mutations délétères pour le développement cérébral de l’enfant, et ce sur des cohortes de très grande taille. Nous avons également examiné les altérations transmises par les parents ».

Pour cette étude, les chercheurs ont analysé des résultats obtenus par hybridation génomique comparative et séquençage de l’exome. La première technique permet d’étudier les mutations génétiques structurelles (délétions et duplications de fragments génomiques). Grâce à la deuxième méthode, il est possible de séquencer les parties codantes du génome, c’est-à-dire celles qui sont signifiantes, et de déterminer l’emplacement des variations. Les résultats sont étonnants : les chercheurs ont découvert la présence excessive d’altérations génétiques chez les jeunes filles malades par rapport aux garçons. Même constat chez un groupe d’enfants autistes : les filles possèdent jusqu’à trois fois plus de mutations. Mais la découverte ne s’arrête pas là : en étudiant l’origine parentale, les scientifiques ont remarqué qu’un grand nombre des mutations observées chez les jeunes patients sont héritées de la mère, alors que celle-ci ne présente que peu, voire aucun symptôme de la maladie. « Nous avons vraiment été surpris par les différences importantes observées entre filles et garçons », souligne le médecin.

Un « avantage biologique » sur le plan intellectuel pour les femmes ?

Ces résultats suggèrent, sans pouvoir le démontrer formellement, que le cerveau féminin serait plus résistant face à un grand nombre d’atteintes génétiques qui affectent le développement cérébral. Cette « protection » constituerait-elle un avantage sur le plan intellectuel pour les femmes ? « Le taux de réussite des femmes désormais majoritaires, dans les études supérieures, est de plus en plus important maintenant qu’il n’y a plus de barrière sociale. Alors, pourquoi ne pas imaginer un facteur biologique dans cette réussite ? Ceci reste cependant très spéculatif ! », souligne le médecin. La recherche dans ce domaine a encore bien des secrets à nous livrer !

Explications potentielles

Nous ne connaissons toujours pas le mécanisme exact qui rend les garçons plus susceptibles que les filles. À ce sujet, il existe deux théories principales.

La première est que les hommes sont plus sensibles parce qu’ils n’ont qu’un seul chromosome X. Ce qui les rend vulnérables à des mutations sur ce chromosome, car tous les gènes endommagés n’ont pas de jumeau qui pourrait servir à corriger cette mutation. Il existe au moins un trouble cognitif, le syndrome du X fragile, qui est en effet beaucoup plus fréquent chez les hommes pour cette raison. Toutefois, l’étude du Dr Jacquemont indique plutôt que les mutations au chromosome X ne jouent qu’un rôle limité. Cela suggère que la base génétique de la différence est répartie dans l’ensemble du génome.

L’autre type d’explication est anatomique. Il est basé sur des études d’imagerie cérébrale qui suggèrent des différences entre les modes de connexion interne dans le cerveau masculin et féminin. Les cerveaux des hommes ont des connexions locales plus fortes que les cerveaux de femmes, alors que leurs connexions lointaines seraient plus faibles que celles du sexe opposé. Ceci rappelle une différence observée entre le cerveau des autistes et de ceux qui ne le sont pas. Ceci suggérerait que les connexions de type mâle sont en quelque sorte plus vulnérables à des perturbations qui engendrent l’autisme et d’autres troubles cognitifs. Pourquoi ceci serait le cas demeure, cependant, un mystère.

Réactions

L’auteur principal de l’étude, le professeur Evan Eichler de l’Université de Washington, conclut que les femmes sont ainsi mieux protégées contre les effets des variations génétiques, leur cerveau étant mieux préparé pour faire face à certaines mutations génétiques.

Les chercheurs ont aussi analysé le patrimoine génétique de personnes atteintes d’autisme. Encore une fois, les femmes avaient plus de variations génétiques dans leur ADN que les hommes.

« [L’étude] affirme essentiellement que pour que les femmes soient atteintes d’autisme ou de troubles neurologiques du développement, elles doivent avoir plus de dégâts génétiques que les hommes », estime la professeur Cheryl Dissanayake, directrice du Centre de recherche sur l’autisme Tennison Olga à l’Université La Trobe, en Australie.

Le professeur Eichler souhaite maintenant faire valider et étendre les résultats de ses recherches, de même qu’identifier les gènes qui augmentent le risque d’être atteint d’autisme.

Sources : Université de Lausanne, Le Figaro




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Loyola en Cour Suprême à Ottawa, le 24 mars 2014

 La Cour suprême a permis aux intervenants suivants de présenter des mémoires écrits :
  1. Conseil canadien des œuvres de charité chrétiennes, 
  2. l’Alliance évangélique du Canada, 
  3. l’Alliance des chrétiens en droit, 
  4. la World Sikh Organization of Canada, 
  5. l’Association of Christians Educators and Schools Canada, 
  6. l’Association canadienne des libertés civiles, 
  7. la Ligue Catholique des Droits de l'Homme, l’Association des parents catholiques du Québec, la Faith and Freedom Alliance et l’Association de la communauté copte orthodoxe du grand Montréal, 
  8. la Faith, Fealty and Creed Society, 
  9. Home School Legal Defence Association of Canada, 
  10. l’Église adventiste du septième jour au Canada et l’Église adventiste du septième jour-fédération du Québec, 
  11. la Corporation archiépiscopale catholique romaine de Montréal et de l’Archevêque catholique romain de Montréal .

Les onze groupes d’intervenants pourront chacun signifier et déposer un mémoire d’au plus 10 pages au plus tard le 10 mars 2014. Dans la mesure où leurs intérêts sont similaires, les intervenants se consulteront pour éviter toute répétition. La décision sur la demande en vue de présenter une plaidoirie orale sera rendue après réception et examen des arguments écrits des parties et des intervenants.

Rappelons que l'audience d'appel devant la Cour suprême devrait se tenir le 24 mars 2014.

Notre dossier Loyola.




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28 février 1712 — naissance du Marquis de Montcalm

Le 28 février 1712 naquit Louis Joseph de Montcalm-Gozon, marquis de Saint-Véran (dit de Montcalm) à Candiac dans le Gard (Midi de la France). Il se maria le 2 octobre 1734 avec Angélique Talon du Boullay. Ils eurent dix enfants, dont cinq atteignirent l'âge adulte.

C'est en 1732, à l'âge de 20 ans, que Montcalm débute sa carrière militaire. Il sert tout d'abord en Rhénanie, et ensuite pendant la guerre de succession d'Autriche, où il récolte sa première blessure au siège de Prague. Il devient colonel du régiment d'Auxerrois et Chevalier de Saint-Louis, distinction accordée pour ses actes de bravoure... On lui propose de prendre le commandement des troupes qui combattent en Nouvelle-France.

Il est envoyé à Québec en 1756 comme commandant des troupes françaises en Amérique du Nord pendant la guerre de Sept Ans.


Montcalm acclamé par ses troupes après sa victoire décisive de Fort Carillon
Au printemps 1756, il est nommé maréchal de camp pour les opérations en Nouvelle-France. Ses premières campagnes contre les Britanniques sont des succès majeurs. Il augmente les défenses de Fort Carillon sur le lac Champlain. Il capture et détruit Fort Oswego sur le lac Ontario en 1756. Sa victoire à Fort William Henry en 1757 est gâchée par ses alliés amérindiens. Il remporte une victoire inespérée à Fort Carillon en 1758. À l’automne de cette même année, on lui accorde une promotion au grade de lieutenant général : rien de moins que le deuxième degré dans la hiérarchie militaire française. Il soutient le siège de la ville de Québec pendant près de trois mois avant d'être mortellement blessé lors de la bataille des plaines d'Abraham, perdue devant les forces britanniques commandées par James Wolfe. À l'agonie, il aurait eu une petite discussion avec son chirurgien :
« Combien de temps me reste-t-il à vivre ?
— Quelques heures à peine.
— Tant mieux, je ne verrai pas les Anglais à Québec. »

Mort de Montcalm lors de la bataille de Québec

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Le programme Histoire et éducation à la citoyenneté, un échec ?

Québec — Vers un nouveau programme d'histoire





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France — Restriction de l'accès à l'enseignement à distance public

Le Centre national d'enseignement à distance est un établissement public français du ministère de l'Éducation nationale offrant des formations à distance.

Le Cned propose des classes complètes et des cours à la carte pour l'enseignement élémentaire, le collège, le lycée général, technologique et professionnel, ainsi que pour l'enseignement des élèves en difficulté à besoins éducatifs particuliers.

De nombreuses familles conservatrices y ont recours. Depuis l'interdiction du voile à l'école « de la République », le CNED connaît un certain succès auprès des musulmans de France. Voir Le Monde du 11 février 2004 : « Alma et Lila Lévy-Omari, les deux jeunes filles du lycée d'Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) exclues [pour raison de voile] en octobre 2003, ont eu de la chance : leur père a obtenu de l'inspection académique qu'un professeur rémunéré vienne donner une heure de tutorat par semaine aux deux sœœurs, qui sont inscrites au CNED. »

Devant l'imposition de la théorie du genre (inexistante en 2014 pour le gouvernement après l'avoir défendue en 2011), des parents se sont organisés. Une organisation nommée Journée de retrait de l'école milite pour l'interdiction de cette théorie et pour un retour de la pudeur à l'école « républicaine ». Des retraits mensuels de l'école publique ont lieu depuis deux mois, malgré des menaces faites aux parents par les autorités, 17 924 enfants ont été retirés au cours de la journée de protestation de février.





D'autres parents préfèrent retirer leurs enfants de l'école publique et les inscrire au CNED pour éviter le climat impudique qui règne selon eux dans les établissements de l'Éducation nationale. C'est ce genre de « repli communautaire » qui a incité certains députés à présenter une proposition de loi visant à interdire l'école (l'instruction) à domicile sauf cas de force majeure.

Même si cette proposition de loi n’en est qu’au stade de première relecture, le CNED a pris le parti d’anticiper et de limiter les services qu’il propose aux familles pratiquant l’instruction en famille pour les motifs suivants :
  • raisons médicales;
  • pratiques sportives ou artistiques;
  • déplacements professionnels des parents en France;
  • départ à l’étranger (frais à la charge des parents dans ce cas).
Avec l’accord de l’inspecteur d’académie, les familles avaient auparavant la possibilité d'inscrire leurs enfants au CNED sans devoir justifier leurs motivations. Différente de l’inscription payante toujours accessibles à tous, elle permettait notamment d’éviter les contrôles de l’inspection académique.

« Les dérogations personnelles ne seront plus acceptées », précise le CNED. La phrase de conclusion des courriers envoyés aux familles qui demandaient l'inscription au CNED est tout aussi étonnante : « Nous vous invitons donc à prendre vos dispositions pour la scolarisation de votre enfant dans son collège de secteur pour la rentrée 2014 ». Le ton est donné.



Il existe des solutions de rechange au CNED :



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Québec — Vers un nouveau programme d'histoire

Le journal Le Devoir nous apprend :

« Les tenants d’une approche plus nationaliste de l’enseignement de l’histoire seront contentés : la nouvelle mouture du cours au secondaire devrait faire une plus grande place à la trame nationale et politique de l’histoire du Québec.

C’est ce qui ressort des recommandations du très attendu rapport d’experts commandé par la ministre de l’Éducation, Marie Malavoy. Après avoir pris connaissance de ce rapport, la ministre a annoncé l'implantation de projets-pilotes en histoire dès septembre 2014 dans plus de 90 classes de 3e année du secondaire du Québec.

Sans surprise, le nouveau cours qui s’appellerait Histoire du Québec et du Canada propose un retour à l’enseignement chronologique sur deux ans (3e et 4e secondaires), l’enseignement chronologique/thématique actuel ayant été très condamné par les profs.

Quoique très critiques sur la trop grande place faite aux compétences dans l’actuel programme, au détriment des connaissances, les deux experts ne les évacuent pas complètement pour autant. Toutefois, la compétence qui introduisait la notion à l’éducation à la citoyenneté, sans être éliminée comme le souhaitaient plusieurs, est remplacée par une volonté de développer l’esprit critique des élèves.

Le rapport recommande également que soient enseignées des notions de géographie au début de chaque année, en 3e et en 4e secondaire. Il suggère aussi d’augmenter le nombre de cours d’histoire dans la formation universitaire des futurs enseignants de cette discipline. Toutefois, les experts remettent à plus tard la réflexion sur la révision du cours d’histoire au primaire. »

Le rapport rappelle certaines critiques envers le programme instauré par le Parti libéral du Québec :

« Plusieurs, y compris des spécialistes de la didactique et des enseignants, relèvent toutefois que le programme de 2006 met en avant une version trop radicale de ces principes. Plus que l’approche elle-même, c’est ce radicalisme qui pose de multiples problèmes intellectuels et pédagogiques. Cette influence négative présente deux visages :
  • ƒElle détourne les finalités de l’histoire. En soi, l’idée que l’histoire aide l’élève à développer des aptitudes civiques ou intellectuelles n’a rien de nouveau. C’est un souhait légitime et unanime. Jusqu’ici, cependant, il semblait clair que ces retombées découlaient indirectement d’une pratique de l’histoire pour elle-même, enseignée selon ses propres règles. C’est cette vue des choses que rompt le programme de 2006. Plutôt que de prendre l’histoire comme point de départ, il définit au préalable des habiletés (des « compétences ») dont le libellé et l’économie générale paraissent mal arrimés aux exigences de la discipline historique et de son enseignement. Ainsi mise en œuvre, cette version de l’approche par compétences propose trop souvent d’envisager l’histoire non pour elle-même ou selon ses propres règles, mais comme un outil au service d’autres fins.

    Dans la lettre du programme de 2006, ces « autres fins » sont doubles. D’une part, elles incluent l’« éducation à la citoyenneté », qui prévoit dans les faits l’inculcation de valeurs civiques et morales particulières. D’autre part, elles incluent des attitudes mentales qui se veulent proches de la discipline historique, comme la capacité d’interrogation et la « pensée historique », mais dont les libellés, dans le programme, s’accordent souvent mal à la réalité de l’histoire comme science.
  • Le programme rompt avec l’attente commune d’un récit globalement intelligible, c’est-à-dire posé sur une trame narrative suivie et reconnaissable, bref pourvu de fils conducteurs clairs, quels qu’ils soient. En 3e secondaire, le programme prend la forme d’un récit chronologique, mais qui manque de cohérence : chaque période (ex. : 1608-1760) pose une question différente et s’organise autour de principes d’explication divergents. En 4e secondaire, il s’agit d’un programme de déconstruction reprenant plusieurs fois la même histoire sous des angles thématiques différents entre lesquels le souci d’intégration paraît bien superficiel.

    Cette histoire disséquée, constamment répétée, consomme du temps : elle place l’enseignant dans une situation d’urgence permanente, malgré les deux années dont il dispose. Elle pose aussi problème sur le plan de la mémoire comme sur celui de la science. En ce qui concerne la mémoire, une plus grande intelligibilité, des fils conducteurs plus clairs (même multiples) et un sens plus aigu de la chronologie devraient aider l’élève à faire sens de l’histoire. En ce qui a trait à la connaissance, il serait plus conforme à la discipline historique d’imbriquer les évènements politiques, économiques et sociaux en une seule trame narrative qui exposerait clairement la complexité et la singularité du passé.

    Ce déficit d’intelligibilité tient au visage que prend l’approche par compétences dans le programme de 2006. En effet, les compétences proposées ne requièrent pas une telle recherche d’intelligibilité et s’accommodent mieux d’une histoire morcelée. Cette déstructuration du récit explique l’occultation partielle du cadre national ou politique. Elle explique aussi la superficialité des apports de l’histoire sociale (prise en considération des femmes ou des Premières Nations, de l’économie, etc.), qui ne font souvent que saupoudrer le récit.
 »

Lire le rapport

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mercredi 26 février 2014

Les enfants en maternelle à Montréal sont plus vulnérables qu'ailleurs au Québec

Les enfants montréalais qui fréquentent la maternelle sont plus vulnérables qu'ailleurs au Québec, révèle une étude.

Les enfants qui fréquentent la maternelle sont plus vulnérables à Montréal que dans le reste de la province, révèle l'Enquête québécoise sur le développement des enfants à la maternelle (EQDEM) 2012, dont les résultats ont été dévoilés mardi.

En effet, 30,4% des enfants montréalais sont moins bien outillés pour leur entrée à l'école dans au moins un domaine de leur développement, contre 25% dans le reste du Québec.

«Nous n'étions pas surpris des résultats, c'est le cas dans la plupart des grandes villes, où l'on retrouve beaucoup de pauvreté, beaucoup d'immigration récente», souligne Francine Trickey, responsable du secteur des tout-petits et des jeunes au Directeur de santé publique de Montréal.

Les domaines du développement comprennent la santé, les compétences sociales, la maturité affective, le développement cognitif et langagier, ainsi que les habiletés de communication et connaissances générales. Ce dernier est le domaine où l'on retrouve le plus d'enfants montréalais vulnérables (14,6%).

Des disparités flagrantes demeurent entre les secteurs mieux nantis de la métropole, où 22% des enfants sont vulnérables dans au moins un domaine, contre 34% dans les milieux défavorisés.

La pauvreté a des répercussions sur la santé et le développement des jeunes (stress, présence parentale moins soutenue, alimentation inadéquate, etc.), indique l'enquête.

Les immigrants nouvellement arrivés à Montréal vivent aussi souvent dans des conditions économiques difficiles et peuvent avoir de la difficulté à s'intégrer à leur communauté, ajoute Mme Trickey.

Parmi les territoires les plus préoccupants, l'EQDEM 2012 cible notamment ceux des CSSS Sud-Ouest-Verdun, Dorval-Lachine-LaSalle, Ahuntsic et Montréal-Nord.




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dimanche 23 février 2014

Europe — Reflux du « droit » à l'avortement sur demande

Texte de Grégor Puppinck, juriste, directeur du Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ).

L’actualité récente a beaucoup parlé du projet de loi espagnol adopté par le Conseil des ministres, le 20 décembre 2013, qui abolit l’avortement sur demande et remplace la logique du « droit » unilatéral à l’avortement par une « protection [bilatérale] de la vie de l’enfant conçu et des droits de la femme enceinte », selon le titre même du projet. Cette initiative a choqué l’Europe occidentale — peut-être était-ce voulu pour provoquer le débat. Le ministre espagnol de la Justice, Alberto Ruiz-Gallardón, indique en ce sens qu’il est « convaincu que cette initiative aura une suite dans d’autres parlements d’autres nations européennes ». Cette conviction ne semble pas irréaliste : un nombre croissant d’États européens et américains révisent leur législation dans un sens restrictif. Ils reconsidèrent l’avortement davantage comme un problème social que comme un droit ou une liberté individuelle. Généralement, ces législations visent à réduire le délai légal de l’avortement afin de mieux protéger l’enfant et à éviter les actes dépourvus de motif suffisamment sérieux.

Mère pleurant son enfant avorté. Œuvre du sculpteur Martin Hudáčeka,
statue inaugurée en présence du ministre slovaque de la Santé, Ivan Uhliarik.

Ainsi, en Suisse, un référendum d’initiative populaire demandant la fin du financement public de l’avortement sur demande a été proposé. Soumis au vote le 9 février, un tiers des électeurs s’y sont montrés favorables. Au Royaume-Uni, le Parlement discute régulièrement de réduire le délai légal d’avortement, avec le soutien du premier ministre David Cameron. En cause : la révélation qu’une soixantaine de « fœtus » survivent chaque année à leur avortement tardif et sont abandonnés à la mort ou tués par l’équipe médicale. Le Comité des ministres du Conseil de l’Europe a été saisi de cette question. Peut-être pour éviter cette situation, la Norvège, début janvier 2014, a totalement interdit l’avortement au-delà de 22 semaines, qui est le seuil de viabilité hors de l’utérus déterminé par l’Organisation mondiale de la santé. On pourrait multiplier les exemples…

L’évolution est aussi perceptible au sein des institutions européennes qui ont, jusqu’à présent, exclu de créer un droit européen à l’avortement. Le Comité des ministres du Conseil de l’Europe a refusé d’énoncer un tel droit en juillet 2013, tandis que la Commission européenne rappelle régulièrement que cette question n’est pas de sa compétence. Le 10 décembre 2013, le Parlement européen a rejeté une résolution voulant faire de l’avortement un droit fondamental ; en revanche, il a condamné les avortements selon le sexe et les politiques abortives, comme en Chine. L’Assemblée et le commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe ont fait de même.

Déjà, le 7 octobre 2010, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe avait adopté une résolution affirmant vigoureusement le droit à l’objection de conscience, alors que la rédaction initiale voulait à l’inverse le restreindre.

Quant à la Cour européenne des droits de l’homme, elle s’est toujours refusée à créer un droit à l’avortement opposable aux États. Elle y a pourtant été souvent invitée. Elle reconnaît que l’enfant à naître existe, sans être nécessairement une personne juridique, qu’il appartient à « l’espèce humaine » et mérite protection à ce titre. La Cour ajoute que si les États décident de légaliser l’avortement, ils doivent alors tenir compte des droits des différents protagonistes : la femme, l’enfant et la société. De façon similaire, la Cour de justice de l’Union, à Luxembourg, a reconnu dans un arrêt du 18 octobre 2011 que l’embryon humain mérite la protection de la loi au titre du respect dû à la dignité humaine, car il est une étape dans le processus de développement d’un être humain.

Ainsi, tant politiquement que juridiquement, le droit européen ne garantit pas de droit à l’avortement, pas plus que le droit international qui garantit seulement un droit à la vie pour tout être humain et encourage les États « à réduire le recours à l’avortement » qui « doit être évité, autant que possible ».

Signe que cette tendance bénéficie d’un soutien dans la société civile, l’initiative citoyenne européenne « Un de nous » a obtenu le soutien de près de deux millions de personnes. Elle demande à l’Union européenne, selon un mécanisme de démocratie participative, de ne plus financer l’avortement et la recherche destructrice sur l’embryon.

La Commission et le Parlement européens devront se prononcer sur cette demande dans les prochains mois. Cette évolution culturelle provoque des oppositions brutales, car elle va à l’encontre d’une culture dominante héritée des années 1960. C’est dans ce contexte de remise en cause de l’avortement que peut se comprendre la volonté du gouvernement français de le normaliser et d’en faire un droit intouchable. Mais ce « droit », pour être durablement établi, implique d’être perçu comme une véritable « liberté », or cela ne peut être le cas d’un acte traumatisant. Il implique également que l’embryon et le fœtus humains puissent être tenus pour négligeables. Or les progrès de la science et de la conscience œuvrent conjointement, lentement mais sûrement, à leur meilleure connaissance, voire à la reconnaissance de leur humanité. Ainsi, la logique du « droit » à l’avortement recule sous la pression de deux motifs puissants. Un motif d’expérience : les législations libérales se sont révélées insatisfaisantes ; et un motif théorique : les progrès de la science reconnaissent que la vie individuelle débute bien avant la naissance.

Voir aussi

De l'avortement à l'infanticide... pour le bien-être de la famille

Dérapage en ECR : enfant prône élimination des trisomiques, devant le frère d'un tel enfant, silence complice de l'enseignant

Le paiement de la contraception et de l'avortement imposé aux établissements confessionnels

« Taire le sexe des foetus pour sauver des fillettes »

Cour de justice de l’Union européenne : respect de l'embryon humain dès fécondation

Royaume-Uni — L'État dépense 1 million de livres par semaine sur des avortements répétés

Les Canadiens favorables à une restriction du droit à l’avortement ainsi qu’à la peine de mort (sondage Ipsos Reid, 2012)

Avortement au Québec — « le débat est clos » selon les médias et l'intelligentsia autoproclamée

Débat sur l'avortement : l'ainée est pro-avortement et défend l'ordre établi, la cadette pro-vie veut dialoguer

La Russie entend limiter l’avortement pour éviter une contraction démographique

La Russie veut lutter contre l'avortement pour faire repartir la natalité (janvier 2010)



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vendredi 21 février 2014

L'« art contemporain » et les masses laborieuses

L’« art contemporain » est réservé à une élite. À la galerie Sala Murat, à Bari (dans le Mezzogiorno italien), Anna Macchi, femme de ménage, a jeté à la poubelle des papiers, du carton et des miettes de biscuit… Ils se sont révélés être en fait une œuvre de l’artiste new-yorkais Paul Branca estimée à 14.000 dollars, selon 24 Heures.

Le matin du 19 février 2014, à l’ouverture de la galerie, la sécurité s’était aperçue qu’il manquait des objets. Une enquête a établi qu'il s'agissait d'une erreur commise par la femme de ménage qui, selon l'entreprise qui l'emploie, « ne faisait que son travail ». La dame pensait qu’il s’agissait de détritus abandonnés par les personnes chargées de monter l’exposition.

« Je ne me suis rendu compte de rien », explique-t-elle, en verve, à La Repubblica.

« Je suis allée ouvrir la salle, j’ai vu tout ce capharnaüm au sol, les cartons, les bouteilles de verre au-dessus ses cartons, un vrai foutoir. Alors j’ai pris les cartons, les bouteilles, j’ai tout sorti ».

« Comment j'aurais pu savoir ? Est-ce que je me sens coupable ? Non, j'ai simplement fait mon travail. Mais est-ce que je suis triste ? Triste, oui. »

Il ne s'agit pas du premier incident du genre

Le critique d'art italien Achille Bonito Oliva estime, dans les colonnes de La Republica, qu'il s'agit là « de situations d'ambiguïté saine ». Selon lui, l'art contemporain se sert d'objets déjà existants, extraits de la vie quotidienne. Une installation n'est pas délimitée par un cadre comme c'est le cas pour un tableau, elle déborde.

« Il est donc facile que le regard trébuche et méprenne une œuvre d'art. Cela est arrivé notamment en 1978 à la Biennale de Venise, quand un peintre en bâtiment avait repeint ce qu'il pensait être une simple porte. C'était un chef-d'œuvre de Marcel Duchamp. » Cette détérioration avait valu à la Biennale de devoir rembourser à la galerie le prix de l'œuvre...

D'autres installations ont aussi fait l’objet d’une méprise. En 2011, une femme de ménage, à Dortmund en Allemagne, avait confondu une installation de l'artiste allemand Martin Kippenberger avec une baignoire sale et avait retiré la patine de la baignoire en caoutchouc placée sous des planches en bois empilées.

En Allemagne, encore, en 1986, une « motte de beurre suintante » comme la décrit Le Figaro, de l'artiste allemand Joseph Beuys, dans un musée de Düsseldorf avait aussi été « nettoyée ».

En 2004, un sac-poubelle qui faisait partie d'un œuvre exposée dans la galerie d'art Tate Britain avait été accidentellement jeté par un nettoyeur. Le sac rempli de papier et de carton jeté faisait partie d'une œuvre de Gustav Metzger, il soulignait « l'existence finie » de l'art. Le sac avait été jeté par un nettoyeur à la galerie de Londres, qui avait ensuite récupéré le sac endommagé.

Recréation de Gustave Metzger de la première démonstration publique d'« art autodestructif  elle comprend une « peinture » au nylon endommagée et un sac-poubelle qui servent à représenter la fragilité de l'art.
 

Reconstitution de l’œuvre de Damien Hirst
En octobre 2001, une œuvre de l'artiste britannique Damien Hirst, 35 ans, avait été sauvée de justesse de la benne à ordures après qu'un agent d'entretien eut déblayé le travail de l'artiste, qu'il avait confondu avec un tas de détritus. L'œuvre (créée la veille au terme de la soirée de vernissage) avait été réalisée à partir de bouteilles vides, de cendriers pleins de mégots, de tasses à café sales et autres vieux journaux disposés de façon aléatoire dans un coin de la galerie londonienne Eyestorm. Damien Hirst, lauréat du célèbre prix Turner en 1995. Plaidoyer du fautif: « Pour moi, ça ne ressemble pas vraiment à de l'art, c'est pour ça que j'ai tout mis dans un sac poubelle et que je l'ai jeté ». L'erreur a été réparée en replaçant les objets récupérés conformément à leur disposition, en se référant à des photos.


Ces mésaventures dues à une mauvaise réception de l'art contemporain par des éléments peu éduqués ne sont pas sans rappeler certaines critiques simplistes de l'art contemporain :


L'art contemporain dans le film La Grande Bellezza




Héritier génial de la pensée et de l’œuvre de Stupalacci, Juan Romano Chucalescu nous fait partager sa vision de l'art contemporain sous l'ère mitterrandienne. Vision toujours d'actualité, semble-t-il.






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Les Québécois à la traîne économiquement depuis 150 ans, rattrapage le plus grand aurait été sous Duplessis

 Le niveau de vie des Québécois est plus faible que celui des Ontariens par une marge de 6160 $ par habitant. Toutes sortes d’explications, à gauche et à droite, ont été avancées pour justifier cet écart du produit intérieur brut (PIB) par habitant, mais les faits sont têtus : les Québécois sont globalement plus pauvres que leurs voisins, c’est indéniable.

Or, une étude publiée l’automne dernier soutient que ce retard n’est pas récent. De fait, le Québec produit moins de revenus par habitant que son voisin depuis au moins 1870, soit presque 150 ans.

L’étude a été réalisée par Vincent Geloso pour le compte du Centre sur la productivité et la prospérité de HEC Montréal. Vincent Geloso est l’auteur du Grand rattrapage au déclin tranquille, qui soutient que la Révolution tranquille n’a pas fait progresser économiquement le Québec. Cette fois, sa recherche porte plus précisément sur la productivité du Québec depuis son entrée dans la Confédération canadienne.

La productivité est le volume produit par heure travaillée (ou par habitant). Plus un pays, ses entreprises et ses services gouvernementaux produisent de biens par heure travaillée, plus ils sont riches et plus le niveau de vie global augmente. Il n’est pas question de travailler plus, mais d’être plus efficace, de mieux utiliser la technologie, d’être mieux formé.

Vincent Geloso a fouillé les statistiques pour constater que les Québécois n’ont jamais vraiment rattrapé les Ontariens depuis 150 ans. Par exemple, en 1890, le revenu réel par habitant au Québec équivalait à 65 % de celui des Ontariens. Le Québec a eu des hauts et des bas, mais au début de la Seconde Guerre, le revenu par habitant au Québec était toujours moindre, soit environ 74 % de celui des Ontariens.

Selon le chercheur, c’est durant l’ère de Maurice Duplessis que le Québec a comblé une plus grande part de l’écart. Le revenu personnel par habitant est ainsi passé de 75 % de celui des Ontariens en 1946 à environ 82 % en 1960. Le rattrapage s’est poursuivi par la suite (92 % en 1976), mais M. Geloso attribue une bonne part de ce bond à la croissance importante des transferts fédéraux vers le Québec. En effet, comme on peut voir au graphique ci-dessous, le niveau de vie du Québec rattrape celui de l’Ontario en dépit de l’écart important de productivité qui se maintient au cours de la période.

Comment alors réconcilier cette progression relative du niveau de vie québécois avec une augmentation des différences de niveau de vie qui s’expliquerait par la productivité décevante du Québec ?

Il y a deux éléments de réponse valides à ce questionnement. Le premier élément de réponse se trouve dans la continuité des effets des transferts fédéraux. Jusqu’en 1983, les transferts fédéraux ont augmenté de manière importante relativement à la taille de l’économie québécoise afin de représenter plus de 6 % de celle-ci.

À cela s’ajoute cet autre élément de réponse plus important : les changements dans la taille des ménages. Depuis les années 1950, la taille des ménages diminue plus rapidement au Québec qu’ailleurs au Canada. En effet, alors que les familles étaient plus nombreuses au Québec en 1960 qu’en Ontario, elles sont devenues plus petites entre les recensements de 1981 et 1986. Depuis, la taille des familles québécoises n’a pas cessé de diminuer comparativement aux familles ontariennes.


En fait, lors du recensement de 2011, les ménages composés d’une seule personne représentaient 32,2 % des ménages au Québec contre 25,2 % en Ontario. En contrepartie, les ménages de quatre personnes et plus représentaient 18,4 % des ménages au Québec contre 25,9 % en Ontario. La différence de taille des ménages influence le niveau de revenu réel des familles puisqu’un ménage de grande taille a un plus grand pouvoir d’achat (et une plus grande capacité d’épargner) en vertu des économies d’échelle dont il dispose. Ainsi, alors que la taille des ménages a fait en sorte qu’on a sous-estimé le niveau de revenu des Québécois pendant plusieurs décennies avant 1981, les statistiques indiquent que nous le surestimons à présent. En effectuant une estimation du revenu ajusté à la taille moyenne du ménage, on remarque que, depuis 1976, le niveau de vie des Québécois a augmenté très peu comparativement aux Ontariens. De fait, le niveau de vie a stagné.


Ceci confirme, de manière approximative, ce que Martin Coiteux a remarqué dans une étude récente qui effectuait une correction similaire à la taille des ménages.

Depuis 1976, le niveau de vie du Québec a donc stagné par rapport à celui de l’Ontario. En tenant compte de la taille des ménages, estime le chercheur, le revenu par individu est resté stable, à 78 % de celui des Ontariens. Vincent Geloso attribue au « modèle québécois » ce fossé de 22 %. Selon lui, la présence plus grande de l’État dans l’économie depuis les années 60 nuit à la productivité, l’État étant moins efficace que le privé pour produire un même bien. Par exemple, si le Québec ramenait ses subventions aux entreprises au même niveau relatif que celui de l’Ontario, il économiserait 3 milliards de dollars, dit-il.

Il déplore aussi la réglementation excessive dans les secteurs agricole et de la construction, de même qu’une fiscalité trop imposante. Il juge les lois du travail trop rigides et la présence syndicale trop forte, ce qui nuit à la création d’emplois. « Le modèle québécois n’a pas livré les fruits qu’on prétend », dit-il au téléphone.

Il rappelle que la proportion de Québécois titulaires d’un baccalauréat demeure moindre qu’en Ontario (niveau stable équivalant à 80 % de celui des Ontariens depuis 25 ans).

Le constat de Vincent Geloso choquera plus d’un Québécois bercé depuis l’école dans le mythe de la Révolution tranquille indépassable. Le chercheur juge que le Québec n’aurait pas dû adopter plusieurs de ces mesures de la Révolution tranquille.

Si l’on peut faire une critique à Vincent Geloso c’est qu’il minimise l’impact de la décision des francophones de s’autodéterminer. Vincent Geloso ne considère pas les revenus par groupe linguistique et le rattrapage effectué par les francophones. Dans les années 60, l’émancipation des Québécois passait probablement par l’État. Dans les années 70, la protection de la langue a mené à la loi 101, que peu remettent en doute aujourd’hui. Ces choix démocratiques ont été légitimes, mais ils ont coûté très cher sans doute par un maintien trop long de la mystique étatique.

Entre 1976 et 1985, entre 24 000 et 45 000 anglophones ont quitté le Québec chaque année. Le départ de ces quelque 300 000 personnes, souvent instruites et bien nanties, a sans nul doute retardé le rattrapage du Québec en matière de productivité. Aujourd’hui, la spécificité québécoise continue d’influer sur l’économie. Aucune autre région nord-américaine, par exemple, n’a connu autant de manifestations depuis 50 ans.

Peu importe le passé et la culture, le principe de réalité impose désormais au Québec d’améliorer sa productivité, de son montrer plus économe et d’être plus inventif que ses voisins. Il peut le faire en maintenant sa langue.

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jeudi 20 février 2014

Belgique — Nova Schola, école internationale d’humanités classiques





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La Belgique, exemple pour le Québec, « chantier des folies bioéthiques »

« La Belgique, chantier des folies bioéthiques » selon l’hebdomadaire français Valeurs actuelles.

Comme aux Pays-Bas, où l’euthanasie est autorisée pour les enfants de plus de 12 ans, la Belgique a décidé d’élargir l’euthanasie aux mineurs atteints d’une maladie incurable (en particulier d’un cancer), cette fois sans limites d’âge. L’euthanasie sera autorisée si les mineurs, « en phase terminale », sont jugés « capables de discernement ».

Présentée par un quatuor de députés issus des partis libéral et socialiste des deux communautés linguistiques (flamande et francophone), cette loi a été votée le 13 février après avoir franchi toutes les étapes législatives, comme si le Parlement actuel avait voulu accélérer le temps avant les élections du 25 mai.

« Il me semble qu’il s’agit là d’une décision hâtive, regrette Michel Dupuis, le président du Comité consultatif de bioéthique. Cette loi a été préparée par des hommes politiques cherchant à se faire valoir autour d’une conviction occasionnelle. » Ce projet a créé une onde de choc, moins en Belgique que dans certains pays européens, surtout latins. En Espagne, la Vanguardia évoque une loi qui poussera à mettre à mort des enfants, sans qu’ils puissent bénéficier des progrès de la médecine. Le Conseil de l’Europe a lui-même dénoncé cette proposition de loi qui « trahit certains des enfants les plus vulnérables de la Belgique, en acceptant l’idée que leur vie n’a plus aucune valeur et qu’ils doivent mourir », qui suppose « à tort que les enfants sont capables de donner un consentement approprié et éclairé à l’euthanasie et qu’ils peuvent comprendre la gravité de la signification et la complexité des conséquences liées à une telle décision », qui « favorise la croyance inacceptable qu’une vie peut ne pas être digne d’être vécue, mettant en cause la base même d’une société civilisée ».

La loi belge a soulevé la consternation dans le monde

En Belgique aussi des voix se sont élevées. Les représentants chrétiens, juifs et musulmans ont publié une déclaration commune — fait rarissime — pour exprimer leur inquiétude face à ce risque de banalisation de l’euthanasie.

La Belgique est « en pointe » depuis longtemps sur ces questions. Elle avait été l’un des premiers pays à voter l’euthanasie pour les adultes, puis le mariage homosexuel et même la PMA (procréation médicalement assistée, populaire dans les « familles » lesbiennes). Elle est devenue le laboratoire européen des projets bioéthiques les plus audacieux — ou les plus inquiétants.

« Située à la croisée des cultures latine et nordique, elle a été forcée de se construire dans le compromis créatif, explique Michel Dubois. En réalité, les lois dans ce domaine sont souvent votées pour encadrer des pratiques médicales qui existent déjà et rétablir le dialogue entre les médecins et la loi. »

L’une des premières lois marquantes, sur l’euthanasie, date de mai 2002. Débattu pendant deux ans et demi par des médecins, des philosophes, des représentants religieux, ce texte fit l’objet de près de 600 amendements avant son adoption définitive.

Dans la pratique, son application épouse la « géographie variable » de ce pays carrefour : 80 % des cas d’euthanasie se situent en Flandre, le reste est en Wallonie. La culture médicale de chaque région expliquerait ces différences entre le Nord et le Sud.

En Flandre, cette loi a suscité une campagne active de sensibilisation des médecins et des patients, expliquant l’euthanasie et ses « bienfaits ». En Wallonie, au contraire, les médecins ont préféré continuer d’administrer des sédatifs puissants qui n’obligent pas à déclarer officiellement les cas d’euthanasie. « La Flandre se rapproche davantage de la culture des Pays-Bas et la Wallonie de la culture française », explique Virginie Defrang, secrétaire politique du groupe libéral francophone au Sénat.

L’autre loi bioéthique belge qui a fait date en Europe porte sur la procréation médicalement assistée (PMA). Adoptée en juillet 2007, elle autorise la PMA « à toute personne qui a un projet parental, que la PMA soit effectuée ou non au départ de ses propres gamètes ou embryons ». La PMA est donc accessible aux couples mariés, aux concubins et même aux célibataires, qu’ils soient hétérosexuels ou (surtout aujourd’hui) homosexuels. Le législateur belge s’est voulu « le plus inclusif possible », au nom prétendent certains de la culture de compromis qui caractérise l’histoire de la Belgique.

Ses promoteurs assurent qu’il fallait répondre à un problème pratique : des couples gays et lesbiens s’adressaient déjà régulièrement aux centres de PMA. En l’état, la loi a donc conféré un cadre légal à des pratiques existantes. Il semble qu’en Belgique n’est pas là pour encadrer les pratiques, mais plutôt les suivre au plus près.

Par effet de voisinage, cette loi concerne aussi des couples français : certains viennent « chercher » leur bébé en Belgique. Chaque année, des milliers de couples homosexuels ou de femmes seules passent la frontière pour bénéficier de l’insémination artificielle avec donneur (IAD). « Les Françaises représentent 82 % des 1 100 traitements effectués en 2013, et plus de 8 sur 10 sont des lesbiennes », confie le Pr Michel Dubois, chef du service de PMA de l’hôpital universitaire de Liège.

Les « avancées » de la Belgique en matière de bioéthique s’expliquent souvent par une alliance de circonstance entre les partis libéraux et socialistes francophones et flamands, opposés en cela aux partis sociaux-chrétiens, généralement hostiles, mais minoritaires.

Ces lois émanent en effet des milieux libéraux (la droite économique), appuyés par les socialistes. « La droite belge est plus libérale qu’en France, et, dans le domaine éthique, ses membres ont une totale liberté de vote », explique Virginie Defrang. Le père Éric de Beukelaer, curé doyen de Liège, le regrette : « La Belgique est un ancien pays de tradition catholique, comme l’Irlande ou l’Autriche. Elle est entrée soudainement dans une ère de sécularisation accélérée, avec des relais puissants et institutionnels dans la société civile comme les syndicats, les maisons de la laïcité, les mutuelles. »

Ces relais lancent et mènent le débat avant que les lois n’arrivent au Parlement. Les majorités libéralo-socialistes ont ainsi enfanté d’autres projets de loi, comme la coparentalité ou la comaternité des parents homosexuels. Cette proposition voudrait offrir aux couples homos qui ont eu un enfant dans le cadre de la PMA la possibilité de devenir parents, tous les deux à part entière. Ce projet est âprement discuté parce qu’il ne favoriserait que les couples lesbiens, au détriment des couples homosexuels (hommes), car la Belgique interdit — jusqu’à maintenant — de faire appel à une mère porteuse. Toutefois des propositions de loi dans ce sens sont à l’étude.

« Il serait faux de croire que l’opinion publique est passive, elle est aussi capable de sortir dans la rue en masse, comme l’ont prouvé la Marche blanche et les affaires de pédophilie, souligne Anne Morelli, professeur à l’Université libre de Bruxelles. Mais l’opinion belge affiche dans sa grande majorité un large consensus, notamment autour de l’euthanasie, même dans les milieux [dits] catholiques. »

Entretemps, la Belgique est suspendue à la plume de son roi. Philippe refusera-t-il de signer la loi autorisant l’euthanasie des enfants ? On dit le roi actuel conservateur moral, il est un membre de la Communauté de l'Emmanuel. Ce geste de Philippe imiterait celui de son oncle Baudouin qui avait abdiqué (« était dans l'impossibilité de régner ») le temps d'une journée et demie pour ne pas sanctionner la loi instaurant la dépénalisation conditionnelle de l'avortement en 1990. On mesure l'« avancée » sociale récente : désormais l'avortement est considéré comme un droit imprescriptible par les partis politiques dominants en Belgique. Personne ne pense que ce refus de Philippe empêchera la loi d'être promulguée, mais certains espèrent qu'un refus marquera le début d'une remise en question, d'une prise de conscience. D'autres craignent (ou espèrent) qu'un refus s'accompagnera d'une restriction des prérogatives royales à l'avenir, car le gouvernement actuel, nettement moins conservateur social qu'en 1990, n'aura pas la patience qu'il a eu avec le roi Baudouin.

Caricature refusée de Dubus :



Caricature publiée :







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mercredi 19 février 2014

Chine — faire plus d'un enfant peut coûter très cher

Combien d'enfants le réalisateur Zhang Yimou a-t-il réellement ? C'est la question qui a fait la une des journaux en Chine ces dernières semaines.

Et c'est finalement le cinéaste en personne qui a mis fin aux rumeurs. Il a avoué : il est bien le père de quatre enfants. Une paternité qui lui coûte la modique somme de 1 350 000 dollars. La politique de l'enfant unique semble avoir encore de beaux jours devant elle, non seulement à cause de ces amendes, mais surtout à cause du coût associé à l'éducation et à l'enracinement du modèle de l'enfant unique (le « petit empereur ») dans la psyché chinoise contemporaine.




Nos autres billets sur la Chine.




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Police du correctivisme — étudiant de McGill doit s'excuser pour « microagression »

L’étudiant en sciences politiques Brian Farnan à l’Université McGill de Montréal ne soupçonnait jamais soulever un tel tollé quand il a envoyé un message à ses camarades en octobre dernier. Il pensait plutôt les dérider pendant cette période d’examens.

Il avait accompagné son message « Ouste d’ici, les examens de mi-session ! » d’un lien vers une vidéo trafiquée où l’on voit le président américain Barack Obama ouvrir une porte d’un coup de pied rageur alors qu’il quitte une conférence de presse.



M. Farnan, vice-président de l’Association des étudiants de l’Université McGill (SSMU) n’aurait pu songer que son message déclencherait une plainte officielle d’« insensibilité raciale » qui déboucherait sur une longue excuse à l’ensemble des étudiants et une promesse de se soumettre à une « formation de sensibilisation ».

« L’image en question s’inscrivait dans un contexte culturel, historique et actuel relatif aux gens de couleur — en particulier les jeunes hommes — qui les décrit dans la culture et les médias contemporains comme des personnes violentes » d’écrire M. Farnan dans son autocritique distribuée le mois dernier à 22 000 étudiants de premier cycle de l’université montréalaise.

« En utilisant cette image particulière du président Obama, je perpétuais sans le savoir cet héritage vivant et j’ai usé d’un moyen de communication de la SSMU pour commettre une microagression ; j’en suis profondément navré. »

« Microagression » est un terme de plus en plus fréquemment utilisé sur les campus nord-américains pour désigner des « actes d’insensibilité » envers des groupes minoritaires dont les « agresseurs » ne perçoivent souvent même pas la nature offensante.

L’année dernière, un professeur en éducation à l’Université de Californie à Los Angeles a déclaré que des étudiants appartenant à des minorités l’avaient accusé de microagression parce qu’il corrigeait leurs erreurs de grammaire et d’orthographe dans leurs mémoires.

Notons qu’au Québec, Richard Berger, professeur de français au collégial, avait suggéré dans un document remis au MELS qu’on cesse de comptabiliser les fautes d’orthographe, conception qualifiée de « judéo-chrétienne » et de « punitive » par M. Berger.

À McGill, on a mis en ligne un site Microagressions McGill qui encourage les étudiants et le personnel à signaler les cas de « sexisme, hétéropatriarcat, transphobie, classisme, racisme [et] capacitisme ».

Parmi les plaintes, l’on retrouve celle qui vise un professeur de psychologie qui avait interdit les téléphones cellulaires le premier jour de classe.

« Il a déclaré : « Nous appliquons la charia ici, vous serez lapidés à la troisième sonnerie », précise la plainte anonyme. Comment des gens dégoûtants comme lui peuvent encore enseigner ici me dépasse. »

Un autre élève s’est plaint à un professeur parce qu’on lui demandait de répondre homme ou femme sur un formulaire. « Quand j’ai dit au prof que cela renforçait la conception binaire du genre, il se mit à rire et a répliqué : “C’est trop difficile à changer” », a déclaré l’étudiant.

L’avocat montréalais Julius Grey, un ancien président de la SSMU qui a enseigné à la faculté de droit de l’Université McGill, juge le climat actuel dans les universités comme malsain et susceptible de museler la libre expression.

« La rectitude politique s’est imposée dans tous les domaines de sorte qu’il est devenu dangereux de faire la moindre remarque qui pourrait avoir un rapport ténu — même pas un lien réel, mais un lien apparent — avec la race, le sexe des personnes, leur orientation sexuelle ou leur origine nationale, quoi que ce soit, parce que si vous le faites, vous risquez d’être condamné pour “insensibilité” », d’observer le juriste.

« Il existe cette théorie selon laquelle il est interdit d’être insensible, vous ne devez jamais blesser quiconque. Peu importe que vous disiez la vérité ou que vous teniez des propos raisonnables ou drôles. Si cela peut blesser, alors c’est mal. »

C’est précisément le raisonnement qui a justifié la décision de sanctionner M. Farnan. Il a suffi qu’une seule personne parmi les 22 000 destinataires du message se plaigne pour déclencher une enquête en vertu de la politique sur l'équité de la SSMU.

La vice-présidente des Affaires universitaires, Joey Shea, a prétendu que « Le fait qu’on dépose une plainte prouve que quelqu’un a effectivement été blessé et a ressenti cette blessure, et je pense qu’on devrait en général s’excuser plus souvent dans notre société. »

« Je ne pense pas que cette excuse ait pu causer grand tort. »

Elle a reconnu qu’elle même n’avait pas trouvé la vidéo sur Obama offensante à titre personnel.

« Mais une personne l’a ressenti de la sorte », d’ajouter Mlle Shea. « Je ne suis pas une personne de couleur. Je suis blanche. Je ne saurai jamais ce que c’est que d’être victime de racisme, donc je ne pense pas qu’il était exagéré de demander des excuses. »

Apparemment toutes les personnes offensées ne sont pas traitées de la même manière comme le souligne Legal Insurrection un étudiant a déclaré : « Brian, ton GIF ne m’a pas offensé, tes excuses bien.» Comment arbitrer quand tout le monde peut se déclarer offensé ? Seules les bonnes personnes, membres des minorités privilégiées par le progressisme ambiant, verront-elles leurs plaintes suivies d’effets ?

Le McGill Tribune nous apprend que la politique sur l’égalité de l’Association des étudiants de l’Université McGill sera peut-être révisée à la suite du ressac provoqué par la décision d’imposer des excuses à M. Farnan.

Sources : National Post, McGill Tribune et Legal Insurrection.




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mardi 18 février 2014

Les cours en ligne transformeront la façon d’enseigner, mais ils sont peu rentables pour l'instant


Les cours en ligne vont transformer le savoir et la façon d’enseigner. C’est ce que relate le magazine français Le Point.

« Lorsqu’on transforme un cours en CLOM (cours en ligne ouvert et massif, un cours consultable sur Internet), on élargit son contenu en le rendant moins technique pour encourager la dissémination du savoir », explique Alberto Alemanno dans les colonnes de l'hebdomadaire. De fait, 20 % de ses « CLOMeurs » sont étudiants. Les autres sont des employés ou des chômeurs à la recherche d’une nouvelle formation. « Les CLOM font tomber les barrières du savoir. C’est un peu la version visuelle d’un livre. D’ailleurs, de nombreuses maisons d’édition m’ont approché pour publier les textes de mon CLOM », s’enthousiasme le professeur de droit. Comme pour toutes les innovations, les CLOM ont d’abord suscité des doutes. À leur lancement, il y a quelques années, les critiques n’ont pas manqué : vol des contenus, diplômes dévalorisés puisque reproductibles… Les universités américaines ont défriché le terrain. Non, les CLOM ne pillent pas plus le savoir des éminents professeurs qu’un manuel de cours écrit par un ponte. Pour Le Point, Harvard n’a pas de souci à se faire : les participants peuvent certes obtenir une certification en passant un miniexamen en ligne, mais elle n’a pas la valeur d’un diplôme, car il est impossible de vérifier si le participant respecte les conditions de l’examen, ni même si c’est bien lui, derrière son ordinateur.

Plates-formes

Une fois les sceptiques rassurés, le système a séduit le monde entier. Les grandes écoles françaises se sont à leur tour prises au jeu. Les plates-formes se sont multipliées : iTunes U, Coursera, edX, Udacity, et la dernière francophone en date, FUN (France université numérique). Lancée par le ministère de l’Enseignement supérieur, elle avait recueilli quelque 100 000 inscriptions lors de la mise en ligne des premiers cours en janvier. Certains résistent à cet engouement. « On réinvente l’eau chaude. Avant, on avait le polycopié du prof, son manuel, puis son PowerPoint. Avec l’accélération technologique, tout est devenu virtuel : les CLOM sont simplement un support supplémentaire à notre disposition. Les outils ont changé, mais la pédagogie n’a que peu évolué », résume Andrés Atenza, directeur de l’ISC.

Comme nombre de ses collègues, il croit à la formation par le professeur, « à celui qui tient le cours et donne un spectacle ». Le manque de « présentiel », comme le répètent en chœur les directeurs des écoles de commerce, serait la principale lacune de ces cours en lignes. « Un CLOM ne peut être considéré seul, il manque l’interaction entre les étudiants et le prof, ainsi qu’entre les étudiants eux-mêmes », insiste Michel-Henry Bouchet, professeur de finance à Skema, qui a mis au point un système de cours en ligne complété par des groupes de travail qu’il coordonne dans cinq campus dans le monde. Cette critique, Alemanno l’a entendue mille fois. « Il y a un malentendu tenace : les CLOM n’ont pas vocation à remplacer les profs, s’emporte-t-il. On est dans l’apprentissage mixte, le savoir mélangé, qui utilise des outils différents, comme les manuels, les fichiers audio, la vidéo… Les CLOM doivent être complétés par des forums, où les participants échangent. On programme même des rencontres physiques, à Bruxelles ou Paris, où le prof est comme une vedette que l’on voit enfin. » De là à estampiller ces rendez-vous d’un « vu dans un CLOM »…

 Rares sont encore les professeurs et les écoles motivés par la production de leurs propres CLOM, comme Alemanno à HEC. Bernard Belletante, président du Chapitre des écoles de commerce qui vient de quitter la direction de Kedge, ne mâche pas ses mots : « Notre métier, ce n’est pas de produire des supports pédagogiques. Notre mission n’est pas la diffusion, mais le développement de la connaissance. Elle n’a de sens que si elle se transforme en action. » Et d’ajouter qu’une école se fait connaître par les diplômés qu’elle a placés dans les meilleures entreprises du monde, pas par ses CLOM. Pourtant, les écoles n’ont d’autre choix que de se lancer dans l’aventure. L’investissement est important : un module de 5 à 10 heures de contenu peut coûter entre 50 000 et 100 000 euros, qu’on l’enregistre dans un labo sur le campus ou via des prestataires extérieurs. Pour pallier le manque de moyens, certaines se font parrainer par des entreprises, qui apposent ensuite leur nom sur le CLOM et l’utilisent pour leurs employés. Parmi les avantages figure celui d’une fantastique vitrine internationale.

« Je ne peux pas passer à côté d’une révolution technique, c’est comme le passage de la télécopie aux courriels. Et puis, il faut produire du contenu, au même titre que des livres, des colloques… Un CLOM est une contribution intellectuelle comme une autre. Je ne peux pas être absent de la vitrine si toutes les autres écoles y sont », reconnaît Andrés Atenza. Pour se démarquer, chaque école tâche d’identifier ses particularités et ses thématiques, cherchant la visibilité grâce à des enseignants-chercheurs autant que par la création d’un nouveau support utile à ses élèves. « Les CLOM participent à une remise à niveau des étudiants lors de leur expérience à l’international ou pour leur admission parallèle, et peuvent même assurer le service après-vente pour les anciens étudiants : aujourd’hui, un jeune cadre doit continuer à se former aux nouvelles techniques et aux pratiques de gestion », note Armand Derhy de l’ESG. Le CLOM répond à un besoin croissant d’uniformisation des connaissances des étudiants, qui se différencient désormais sur le savoir-faire.

« Certifiés »

C’est alors le temps de classe « physique » qui fera la différence. Marie-France Derderian enseigne depuis 2008 à Grenoble EM et elle a trouvé la parade au manque de « présentiel ». Avant sa séance, ses étudiants suivent les neuf cours en ligne de Steve Blank, un ponte de Stanford, « How to Build a Start Up » sur la plate-forme Udacity. Les apprentis entrepreneurs appliquent ensuite la théorie à leur idée de création d’entreprises. « Plus qu’un professeur, je suis désormais un mentor pour leur projet », analyse Marie-France Derderian. Au terme des 45 heures avec leur professeur, les étudiants lanceront leur entreprise grâce au partenariat avec un fonds d’investissement. « Je ne dis pas “Venez dans mon programme, vous allez apprendre à créer votre entreprise”, mais “Vous allez créer votre entreprise !” » Et d’insister sur la volonté des élèves, comme des entreprises, d’une expérience pratique, professionnelle et concrète. L’enseignante vante le temps dégagé en cours grâce aux CLOM pour la pratique. Ses trente-deux élèves – de 21 nationalités – pourront non seulement se targuer d’avoir une mini-expérience professionnelle, mais pourront aussi indiquer sur leur CV qu’ils sont « certifiés » du module de la vedette américaine dans le domaine. « Le prof qui dispense son CLOM donne son accord, et les élèves valident les étapes imposées pour recevoir le certificat, avec ou sans mention. En revanche, la validation de leur diplôme de Grenoble EM tient aussi compte de la pratique, via mon évaluation », précise Marie-France Derderian.

« Le CLOM seul, sans l’expérience en classe, cela ne m’intéresse pas, assure Jad Khalil, l’un de ses étudiants. Avant le cours, je visionne la théorie chez moi, quand je suis le plus disponible pour étudier. Je peux ralentir, arrêter le cours, reprendre à mon rythme, pour mieux prendre des notes. Ensuite, je discute de ce que j’ai compris (ou non) avec les autres élèves ou la prof : c’est pour ça qu’il reste indispensable d’aller en cours. » Son acolyte, Sebastian de Bruyne, ajoute : « Je préfère un prof local qui connaît les interlocuteurs utiles et peut partager son expérience. » Il plébiscite la démocratisation du savoir, accessible à tous, aussi bien physiquement (dans les régions les plus reculées, ou en temps de guerre) qu’économiquement (la plupart des CLOM sont gratuits). À 21 et 23 ans, Jad et Sebastian s’en servent pour leur culture personnelle : «  On a suivi des CLOM de Photoshop, de stylisme, d’architecture, d’histoire, de finance… et même de cuisine ! » De quoi rêver à l’élargissement de ce « nuage éducatif » aux petites classes, pour qu’un enfant américain puisse partager ses expériences avec un Indien. Le CLOM n’a pas fini de faire des émules.

Impact linguistique et culturel ?

Le magazine Le Point ne s'attarde pas sur l'aspect linguistique et culturel de ce marché mondial de l'éducatif. Avec une part grandissante de l'enseignement pris en charge par les CLOM, quel sera l'impact sur le nombre de professeurs dans les universités et sur le coût lié à cette éducation universitaire dans des bâtiments en dur ? On aurait également voulu une réflexion sur la menace que ces CLOM peuvent poser au monopole de collation des grades dans des pays jacobins comme la France (et le Québec).

Financement et externalisation

Le journal économique Les Échos se penche, pour sa part, sur la difficile équation économique des CLOM.

Depuis plusieurs mois, des jeunes pousses ont prévu un changement dans le mode de consommation des contenus éducatifs : le grand public peut désormais avoir accès à tous types de cours, même les plus pointus, donnés par des professeurs de grandes universités. L'éducation se mondialise et les étudiants indonésiens, tunisiens ou argentins veulent pouvoir accéder aux cours des écoles américaines, britanniques ou allemandes. D'où l'émergence d'acteurs comme Coursera, qui hébergent et agrègent les cours de grandes universités.

Les écoles, aujourd'hui, n'ont pas vraiment le choix : elles doivent lancer leurs propres cours en ligne, sous peine d'être dépassées. Mais un CLOM coûte cher et peu d'écoles peuvent se permettre de se lancer seules. « Même Harvard [qui dispose d'une dotation de 32,7 milliards de dollars] ne s'est pas lancé seul et s'est associé au MIT pour créer edX », explique Pierre Dubuc, cofondateur de la plate-forme française (comme son nom ne l'indique pas) OpenClassrooms. « Les CLOM changent le métier d'enseignant, ajoute Matthieu Cisel, doctorant sur le sujet à l'ENS Cachan. Pour créer un CLOM qui fonctionne, il faut toute une équipe : un professeur compétent, qui soit aussi un bon acteur [les cours sont souvent présentés en vidéo, NDLR], il faut aussi être bon en commercialisation sur internet, en graphisme. » Autant de compétences que les écoles et universités ne possèdent pas forcément en interne. D'où l'appel à des plates-formes externes.

Différence de moyens, faibles chiffres d'affaire des plates-formes américaines

En France, il en existe quelques-unes. OpenClassrooms, par exemple, travaille avec l'ESG et Sciences po. Mais, là aussi, les Français se heurtent à un manque de moyens par rapport à leurs rivaux anglo-saxons. Coursera, par exemple, a pu lever 85 millions de dollars pour financer ses développements (voir ci-dessous). « La lutte est compliquée, mais elle n'est pas impossible. Les Américains ont levé beaucoup de fonds, mais, pour le moment, nos structures sont assez similaires, avance Pierre Dubuc. Et en France, nous ne pouvons pas nous permettre d'attendre trois ou quatre ans pour engendrer des revenus, comme le font les Américains. Nous nous posons déjà la question du modèle économique. »

Deux modèles principaux sont aujourd'hui explorés : l'un gratuit financé par la publicité, l'autre avec des cours gratuits et d'autres payants, la « certification » (différente du diplôme délivré par l'école ou l'université) étant facturée. OpenClassrooms mise pour sa part sur un modèle d'abonnement en donnant accès à tout son catalogue de cours pour 9,99 euros (14 dollars) par mois.



« Aujourd'hui, les modèles économiques ne sont pas viables, explique Matthieu Cisel. Seuls de 0,5 à 1 % des gens vont réellement aller au bout d'un cours en ligne et payer pour la certification. » Les plus grandes plates-formes américaines ne génèrent pas plus de 1 à 5 millions de dollars de chiffre d'affaires annuel. Les françaises sont à peu près au même niveau. Et celles qui travaillent avec les écoles conservent une grande majorité des revenus générés (50 % pour edX et jusqu'à 85 % pour Coursera). Le salut viendra peut-être de la mutualisation des ressources entre écoles. Pour tenter de doper le secteur et de plancher sur les modèles, le gouvernement vient de lancer France Université numérique, une plate-forme regroupant plusieurs acteurs et dotée d'un budget de 8 millions d'euros, qui viennent s'ajouter aux 12 millions prévus dans le programme des investissements d'avenir.


Cinq millions

C’est le nombre d’abonnés à un CLOM dans le monde. Certains remportent un succès gigantesque, comme un cours de robotique, à Stanford, qui attire 160 000 abonnés. Seuls 5 à 10 % des participants parviennent au bout de leur module. La très grande majorité des cours est gratuite et accessible après une simple identification en ligne. La certification authentifiée est payante (une cinquantaine d’euros en moyenne), nécessitant des informations plus détaillées sur l’utilisateur.
« Professeurs trophées »  américains

Les prestations de ces profs vedettes rencontrent un succès tel que les écoles ne sont pas près de les remplacer par des acteurs professionnels. Esther Duflo : l’économiste franco-américaine spécialiste de la pauvreté fait partie du comité qui conseille Barack Obama sur les questions de développement. Ses cours au Massachusetts Institute of Technology sont en ligne. Aswath Damodaran : « Je veux devenir le Lady Gaga de la finance », de déclarer ce professeur de l’université de New York qui a convaincu des milliers d’élèves que sa matière était exaltante. Michael Sandel : ce philosophe américain est la référence en matière de justice, égalité et démocratie. La première leçon du cours en ligne de cette figure de Harvard a été visionnée près de 5 millions de fois sur YouTube. Un hollywood universitaire américain qui écrasera la concurrence des petits pays ?

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