jeudi 30 avril 2015

Le conservatisme, le progressisme et leur impact en éducation


Extrait d'un article de Mathieu Bock-Côté sur « qu'est-ce que le conservatisme ? » :

Il y a au cœur du progressisme une prétention à la maîtrise absolue de la vie, et plus particulièrement de la vie sociale, comme si on pouvait abolir son mystère, comme si une société absolument transparente était possible et désirable. On assiste alors à une technicisation à outrance de la vie politique. On entend resocialiser complètement l'homme, le soumettre à un conditionnement idéologique tout azimut. Un homme nouveau devrait en sortir. Mais en transformant l'homme en pure créature de la société, on écrase philosophiquement les conditions mêmes de sa liberté, de son épanouissement. L'homme n'a pas à se faire démiurge. Il ne doit pas créer le monde, encore moins créer un homme nouveau, mais conserver le monde, l'aménager et l'améliorer.

On voit alors qu'une certaine gauche, incarnée par des figures comme Christiane Taubira ou Najat Vallaud-Belkacem, fait preuve d'un véritable fanatisme dans la déconstruction. On comprend pourquoi l'homme de gauche, raisonnable, désillusionné par son propre camp, devient souvent conservateur par la question de l'école. N'est-ce pas en bonne partie à travers la question de l'école qu'Alain Finkielkraut est venu au conservatisme, non pas à la manière d'une doctrine, mais en reprenant à son compte ses inquiétudes fondamentales? C'est à travers elle qu'il découvre jusqu'où va la tentation de la table-rase qui rattrape inévitablement le progressisme, désireux d'en finir avec un monde trop vieux. Le petit individu supposé se construire intégralement par lui-même, comme s'il ne devait rien aux œuvres et à la mémoire, a toutes les chances d'être un futur barbare.





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La québécisation de l'école française : « l'excellence, voilà l'ennemi »

La place des femmes au Moyen-Âge : elles votaient, elles ouvraient boutique sans autorisation maritale


Extrait de l’essai Pour en finir avec le Moyen-Âge de l’historienne Régine Pernoud au chapitre « La Femme sans âme », pages 95-98 :
Il resterait à parler des femmes qui n’étaient ni de hautes dames, ni des abbesses, ni même des moniales : paysannes ou citadines, mères de famille ou femmes exerçant un métier. Inutile de dire que pour être correctement traitée, la question réclamerait plusieurs volumes, et aussi qu’elle exigerait des travaux préliminaires qui n’ont pas été faits. Il serait indispensable de fouiller non seulement les recueils de coutumes ou les statuts des villes, mais aussi l’énorme masse des actes notariés, dans le Midi surtout, des cartulaires, des documents judiciaires, ou encore les enquêtes ordonnées par Saint Louis ; on y relève, pris dans la vie quotidienne, mille petits détails, glanés au hasard et sans ordre préconçu, qui nous montrent hommes et femmes à travers les menus faits de l’existence : ici la plainte d’une coiffeuse, là d’une saunière (commerce du sel), d’une meunière, de la veuve d’un cultivateur, d’une châtelaine, d’une femme « croisée », etc. C’est par des documents de ce genre que l’on peut, pièce à pièce, reconstituer, comme dans une mosaïque, l’histoire réelle. Elle nous apparaît là, inutile de le dire, très différente des chansons de geste, des romans de chevalerie ou de ces sources littéraires qu’on a si souvent prises pour des sources historiques ! Le tableau qui se dégage de l’ensemble de ces documents présente pour nous plus d’un trait surprenant puisqu’on voit par exemple les femmes voter comme les hommes dans les assemblées urbaines ou celles des communes rurales.

Nous nous sommes souvent amusée, dans des conférences ou exposés divers, à citer le cas de Gaillardine de Fréchou, qui lors d’un bail proposé aux habitants de Cauterets dans les Pyrénées par l’abbaye de Saint-Savin, est seule à voter non, alors que tout le reste de la population a voté oui. Le vote des femmes n’est pas partout expressément mentionné, mais cela peut être parce qu’on ne voyait pas la nécessité de le faire. Lorsque les textes permettent de différencier l’origine des votes, on s’aperçoit que, dans des régions aussi différentes que les communes béarnaises, certains villages de Champagne ou certaines villes de l’Est comme Pont-à-Mousson, ou encore en Touraine lors des États généraux de 1308, les femmes sont explicitement nommées parmi les votants, sans que ce soit présenté d’ailleurs comme un usage particulier à la localité. Dans les statuts des villes, on indique en général que les votes sont recueillis dans l’assemblée des habitants sans préciser autrement ; parfois on fait mention de l’âge en indiquant, comme à Aurillac, que le droit de vote est exercé à l’âge de vingt ans ou, à Embrun, à partir de quatorze ans.

Ajoutons que, comme généralement les votes se font par feu, c’est-à-dire par foyer, par maisonnée, plutôt que par individu, c’est celui qui représente le « feu », donc le père de famille, qui est appelé à représenter les siens ; si c’est le père de famille qui en est naturellement le chef, il reste bien entendu que son autorité est celle d’un gérant et d’un administrateur, non d’un propriétaire. Dans les actes notariés, il est très fréquent de voir une femme mariée agir par elle-même, ouvrir par exemple une boutique ou un commerce, et cela sans être obligée de produire une autorisation maritale.

Enfin les rôles de la taille (nous dirions les registres du percepteur), lorsqu’ils nous ont été conservés comme c’est le cas pour Paris à la fin du XIIIe siècle, montrent une foule de femmes exerçant des métiers : maîtresse d’école, médecin, apothicaire, plâtrière, teinturière, copiste, miniaturiste, relieuse, etc. Ce n’est qu’à la fin du XVIe siècle, par un arrêt du Parlement daté de 1593, que la femme sera écartée explicitement de toute fonction dans l’État. L’influence montante du droit romain ne tarde pas alors à confiner la femme dans ce qui a été, en tout temps, son domaine privilégié : le soin de la maison et l’éducation des enfants.

Jusqu’au moment où cela aussi lui sera enlevé de par la loi, car, remarquons-le, avec le Code Napoléon, elle n’est même plus maîtresse de ses biens propres et ne joue à son foyer qu’un rôle subalterne. Car, depuis Montaigne jusqu’à Jean-Jacques Rousseau, ce sont les hommes qui composent des traités d’éducation alors que le premier traité d’éducation publié en France qui soit parvenu jusqu’à nous émane d’une femme, Dhuoda, qui l’a composé (en vers latins) vers la date de 841-843 à l’usage de ses fils.

Il y a quelques années, certaines des discussions qui ont eu lieu lorsqu’il a été question d’autorité parentale en France, étaient assez déconcertantes pour l’historien du Moyen Âge ; en fait, l’idée qu’une loi fût nécessaire pour donner à la femme un droit de regard sur l’éducation de ses enfants eût semblé paradoxale aux temps féodaux. La communauté conjugale, le père et la mère, exerçait alors conjointement la tâche d’éducation et de protection des enfants ainsi qu’éventuellement l’administration de leurs biens. Il est vrai qu’alors la famille est conçue en un sens beaucoup plus large ; cette éducation pose infiniment moins de problèmes, parce qu’elle se fait au sein d’un tissu vital, d’une communauté familiale plus étendue et plus diversifiée que de nos jours puisqu’elle n’est pas réduite à la cellule initiale père-mère-enfant, mais comporte aussi grands-parents, collatéraux, domestiques au sens étymologique du terme. Ce qui n’empêche pas que l’enfant ait, éventuellement, sa personnalité juridique distincte ; ainsi s’il hérite de biens propres (légués par exemple, par un oncle), ceux-ci sont administrés par la communauté familiale qui, par la suite, devra lui en rendre compte.

On pourrait multiplier ainsi les exemples de détails fournis par l’histoire du droit et celle des mœurs, attestant la dégradation de la place tenue par la femme entre les coutumes féodales et le triomphe d’une législation « à la romaine » dont notre code [napoléon] est encore imprégné. [Note du carnet : Régine Pernoud écrit ses mots en 1977. La Révolution française est une régression sociale pour les femmes. L’Ancien Régime finissant apparaissait trop efféminé aux yeux des révolutionnaires qui adapteront nombre de symboles de la République romaine et restreindront le rôle de la femme.]

Si bien qu’au temps où les moralistes voulaient voir « la femme au foyer », il eût été plus indiqué de renverser la proposition et d’exiger que le foyer fût à la femme. La réaction n’est venue qu’en notre temps. Elle est d’ailleurs, disons-le, fort décevante : tout se passe comme si la femme, éperdue de satisfaction à l’idée d’avoir pénétré le monde masculin, demeurait incapable de l’effort d’imagination supplémentaire qu’il lui faudrait pour apporter à ce monde sa marque propre, celle qui précisément fait défaut à notre société. Il lui suffit d’imiter l’homme, d’être jugée capable d’exercer les mêmes métiers, d’adopter les comportements et jusqu’aux habitudes vestimentaires de son partenaire, sans même se poser la question de ce qui est en soi contestable et devrait être contesté. À se demander si elle n’est pas mue par une admiration inconsciente, et qu’on peut trouver excessive, d’un monde masculin qu’elle croit nécessaire et suffisant de copier avec autant d’exactitude que possible, fût-ce en perdant elle-même son identité, en niant d’avance son originalité.

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« Je ne suis pas d’accord avec vous, mais je me battrai pour que vous puissiez le dire » (Voltaire misogyne)


lundi 27 avril 2015

École juive : trop religieuse pour le Ministère, pas assez pour Montréal

Une école hassidique d’Outremont est prise entre deux feux après avoir été jugée « trop religieuse » par le ministère de l’Éducation, mais pas assez pour profiter d’une exemption fiscale par la Ville de Montréal.

L’Académie Beth Esther a perdu en 2012 le permis de fonctionnement que lui délivre le Monopole de l’Éducation du Québec. Elle accueille chaque jour environ 200 fillettes de la communauté hassidique.

L’Académie Beth Esther
Le mois dernier, le Tribunal administratif du Québec (TAQ) a confirmé la décision de Montréal : l’Académie devra payer des taxes foncières sur son bâtiment de 1,7 million, situé avenue Van Horne. Les immeubles religieux en sont habituellement exemptés, mais l’« Académie Beth Esther est une école primaire et secondaire, et ce, même si sa mission s’inscrit dans un cadre religieux », ont tranché les juges.

Les choses auraient pu être différentes si, par exemple, l’école servait « de lieu de prière ou de synagogue ». Mais ce n’est pas le cas, a déterminé le TAQ.

Il y a trois ans, le Monopole de l’Éducation du Québec décidait pourtant de retirer à l’Académie son permis de fonctionnement, notamment parce qu’elle ne respectait pas le programme prescrit par ce même Monopole.

« Le temps passé en classe est consacré en matinée aux études juives, et en après-midi, à l’enseignement de l’ensemble des matières [officielles] », analysait à l’époque une commission gouvernementale. « Cette répartition laisse peu de temps à l’enseignement du programme. » Les avocats de l’établissement avaient pourtant déclaré « que les élèves qui la fréquentent [...] ont, année après année, démontré par leurs résultats aux tests du Ministère une acquisition de connaissances et de compétences qui dépassent les attentes ».

Un rapport de la Commission consultative de l’enseignement privé publié à la fin de 2010 indiquait qu’à l’Académie Beth Esther, les arts, le cours Éthique et culture religieuse et le cours d’éducation physique sont intégrés aux études juives. De plus, l’établissement ne consacrait que 17,5 heures de cours au primaire aux matières prescrites par le Monopole de l’Éducation et 13 heures au secondaire, soit moins que les 25 heures prescrites par le ministère.

La décision du TAQ concernant les taxes foncières révèle que les juges ont utilisé le dossier remis au Ministère pour plaider en faveur du maintien du permis afin de déterminer que l’école ne constituait pas un bâtiment religieux.

« L’avis du Ministère, en résumé, c’était que les activités de l’Académie Beth Esther étaient trop religieuses et pas assez éducatives. Mais là, de l’autre côté, la Ville de Montréal trouve qu’on fait trop d’éducation et pas assez de religion, a dénoncé Sébastien Dorion, avocat de l’établissement scolaire. L’Académie se retrouve dans une situation un peu incompréhensible. »

Me Dorion croit que la récente décision du TAQ est « un peu dommage ». « Elle vient dire : “Peut-être qu’on vous reconnaîtrait comme institution religieuse, mais il faudrait que vous donniez moins d’éducation séculaire aux enfants”, a-t-il déploré. Ça va à l’encontre de l’intérêt des enfants. »

Source




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J’utilise le cours de maths pour parler aux enfants de l’homosexualité et le « cacher » aux parents


Une enseignante lesbienne en Ontario « mariée » à une autre femme a révélé, lors d’une conférence d’enseignants, plus tôt ce mois, comment elle amenait ses classes de 4e et 5e années du primaire à se pencher sur l’homosexualité grâce à ce qu’elle appelle des problèmes de mathématiques liés à « la justice sociale ».

Alicia Gunn, enseignante dans une école primaire publique à Mississauga, en Ontario, a déclaré aux participants d’une conférence tenue le 10 avril à l’hôtel de ville de Toronto que l’injection de questions LGBTQ dans la salle de classe, en particulier en mathématiques, aide les élèves dès l’âge de neuf ans à « remettre en question la vision unique que beaucoup de nos enfants ont sur les familles LGBT ».


Si problème, cliquez ici.
Extraits audio de l’atelier donné par Alicia Gunn

« On parle de mathématiques liées à la justice sociale quand les étudiants résolvent des problèmes en utilisant des données réelles, stimulantes et utiles. Les questions relatives à la justice sociale dans leur école, leur communauté ou même dans le monde, deviennent le contexte des problèmes que les élèves doivent résoudre », de déclarer l’enseignante militante.

La conférence, organisée par l’organisation homosexuelle Jer’s Vision — désormais appelée le Centre canadien pour l’égalité et la diversité sexuelle —, était axée sur la mise en œuvre du projet de loi 13 dans les classes de l’Ontario. Le projet de loi 13 a été adopté en juin 2012. Il permet aux élèves de former des clubs pro-gais dans leur école, y compris les écoles catholiques, sous le nom d’alliances homo-hétéro.

Interrogé par une des participantes à l’atelier si elle demandait d’abord la permission aux parents avant d’aborder la question de l’homosexualité en classe avec ces élèves de 9 et 10 ans, Gunn a répondu qu’elle ne le faisait pas, mais qu’elle s’assurait d’aborder de nombreuses questions de justice sociale en classe afin qu’aucun parent ne puisse l’accuser de se concentrer sur l’homosexualité ce que, selon ses dires, elle aime à « cacher » dans ses leçons.

« Selon mon expérience, si vous enseignez tous les “ismes”, [l’âgisme, le classisme, le racisme... et l’hétérosexisme] ça peut vous protéger », dit-elle. « Si j’aborde tous les ismes alors je parviens à le cacher un peu dans les problèmes de maths, je peux alors dire : “Je ne fais qu’apprendre la division à votre enfant. Je suis désolée, vous savez, que vous preniez la chose de la sorte” », a-t-elle ajouté provoquant l’hilarité de la salle remplie d’enseignants.



Alicia Gunn avec sa classe en 2008, « l’âgisme, le classisme, le racisme [...] et l’hétérosexisme »

Gunn a déclaré aux participants de son atelier, intitulé « Équité et inclusion dans les programmes d’études », comment elle a profité du fait qu’une jeune élève avait été traitée de « lesbienne » pour parler à toute la classe de « trucs homosexuels ».

Mlle Gunn, lauréate de plusieurs des prix pour ses méthodes d’enseignement et qui a été mis en vedette dans des ressources pédagogiques publiées par une agence gouvernementale de l’Ontario, a raconté comment elle a d’abord parlé avec l’écolière en lui disant qu’il « n’y avait rien de mal à être lesbienne ».

« Et quand je lui en ai parlé, elle ne cessait de me dire : “Mlle Gunn, je jure que je ne suis pas lesbienne. Je ne suis pas lesbienne” », a déclaré la conférencière aux participants. « Et je lui répétais : “ça m’est égal si tu es lesbienne. Ça devrait être OK d’être lesbienne.” »

Dans une tentative pour « rendre à cette fille sa dignité », la militante lesbienne a décidé de faire une présentation à ses écoliers sur la vie de célébrités considérées comme homosexuelles comme l’animatrice de télévision Ellen De Generes, le joueur de basket Jason Collins ou encore joueur de rugby gallois Gareth Thomas.


« Alors, nous sommes revenus sur le tapis pour parler de ce que ces gens avaient en commun. Et [les étudiants] ont dit, “Ils sont impressionnants, ils sont tellement cool, ils sont célèbres. Nous serions ravis de les rencontrer” », d’ajouter Mlle Gunn aux participants.

Alicia Gunn a alors révélé aux élèves de sa classe du primaire que tous ces gens étaient homosexuels. Et au lieu que ses élèves réagissent positivement comme elle l’avait espéré, les étudiants ont commencé à crier : « beurk ! » et « dégoûtant ! » et « ces gens sont malades ».

C’est alors que Mlle Gunn dit s’être rendu compte qu’elle devrait trouver une manière plus créative pour que ses jeunes élèves en viennent à penser différemment. C’est alors qu’elle et quelques enseignants partageant les mêmes idées se sont réunis pour mettre au point une manière d’intégrer la promotion de l’homosexualité dans le programme, en commençant avec les mathématiques.

Mlle Gunn a présenté lors de l’atelier sa leçon de mathématiques sur les triangles. Elle l’a centrée autour du triangle rose que les nazis ont utilisé dans les camps de concentration pendant la Seconde Guerre mondiale pour identifier les délinquants sexuels, y compris les violeurs, les pédophiles, les zoophiles, ainsi que des homosexuels.

« Le triangle rose était un écusson infamant que les nazis faisaient porter aux homosexuels pendant l’holocauste. Donc, ce que nous avons fait c’est de jeter un coup d’œil à tous les écussons infamant que les gens ont porté », a-t-elle déclaré aux participants.

« Maintenant, en mathématiques, nous en étions à considérer les différents types de triangles. Nous regardions les mesures d’angle intérieur pour être en mesure de dire si le triangle est isocèle, équilatéral ou scalène. Bon, ça, c’était l’aspect mathématique. Mais le plus important était la réflexion [pro-homosexuelle] qui l’accompagnait. »

Après la leçon de géométrie sur le triangle rose, Gunn a raconté comment elle avait fait faire à ses élèves « des badges d’honneur » pour renverser le récit habituel, « parce que ce que le triangle rose est devenu, c’est devenu un symbole de fierté ».

Elle a raconté comment un étudiant a fabriqué un badge avec un cœur rose sur lequel on trouvait écrit « Le cœur rose montre que je suis fier de qui j’aime. J’ai choisi la couleur rose parce que les nazis avaient choisi des écussons roses pour humilier les homosexuels. Donc, je l’utilise pour montrer qu’on peut aimer qui on veut. »

Gunn a déclaré qu’elle était heureuse avec le progrès des élèves.

Affiche réalisée dans le cadre du projet sur « Jenna » Talackova

Son projet de classe suivant a consisté à demander aux écoliers de trouver des Canadiens LGBTQ célèbres ainsi que les raisons de leur célébrité.

Elle demanda à sa classe de se pencher parmi ces personnes sur « Jenna » Talackova, un homme biologique qui s’était démené et avait réussi en 2012 à participer au concours de Miss Univers Canada. Talackova qui avait subi une chirurgie de « changement de sexe » à l’âge de 19 ans avait d’abord été exclu du concours conformément à une règle qui exige de toute concurrente qu’elle soit « naturellement née femme ».

Les écoliers montèrent une exposition intitulée « Jolie et fière » où à l’aide de photos et de coupures de presse sur Talackova, les élèves prétendirent que « Jenna » « avait remporté le concours » alors qu’il n’avait été retenu que parmi les 12 meilleures candidates.

Alicia Gunn a déclaré que ses élèves captifs avaient appris de cette leçon fort éloignée des mathématiques que “vous avez vraiment besoin de vous battre quand les choses sont injustes. Qu’il faut se faire entendre”.

« Poupées gigognes de la fierté » utilisées lors d’un projet pour venir en aide aux LGBTQ en Russie, projet lancé à l’initiative d’Alicia auprès de ses écoliers

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Une intervenante à ce congrès : Une enseignante lesbienne explique comment elle convainc des enfants de 4 ans d’accepter les « mariages » homosexuels

dimanche 26 avril 2015

France — les nouveaux programmes d'histoire ou l'effacement de la France

Toujours remarquables ces articles de France où il semble encore y avoir une volonté d’enseigner une culture générale à l’école. (L’université c’est pour apprendre un métier intellectuel, pas pour combler une éducation secondaire lacunaire. Enfin, c'est sans doute une vision « dépassée » aujourd'hui au Québec.)

Que penseraient ces intellectuels français de l’école québécoise qui n'est le plus souvent qu’un désert culturel et un havre du correctivisme politique « consensuel » : au Québec, plus de latin (sauf rarissimes exceptions), ni de grec bien sûr, ni de langues étrangères autres que l’anglais, plus de classiques enseignés ou si peu, plus vraiment d’histoire européenne si ce n’est, semble-t-il, comme occasion de repentance pour les grands méfaits des Européens, par contre les élèves captifs y ont « droit»  à l’écologisme, l’immigration nombreuse nécessairement bonne, le multiculturalisme, l’autochtone mythifié, l’islam nécessairement raffiné et tolérant, la lutte contre l’homophobie au cours d’anglais, de français, de maths, d’histoire (ici et ), etc. Les mauvaises notes y sont aussi bannies. Bref, le Québec est à la pointe du «progrès»... Pourtant, la France partage déjà un trait commun : nettement moins d'heures de français à l'école au Québec comme en France en 40 ans.


Entretien du philosophe et essayiste Pascal Bruckner réalisé par Le Figaro.


— La réforme du collège portée par Najat Vallaud-Belkacem n’en finit pas de susciter la polémique. Les cours de latin, de grec et les classes bi-langues vont être supprimés tandis que l’instauration de cours d’improvisation inspirés de Jamel Debbouze est évoquée. Que cela vous inspire-t-il ?

Pascal Bruckner
Pascal Bruckner — C’est vraiment prendre les Français pour des imbéciles. On leur supprime le latin, le grec et l’allemand pour leur donner à la place du Jamel Debbouze [Note du carnet : un de ces nouveaux « comiques » subventionnés que nous inflige la République]. L’école devient le véhicule de l’ignorance et non du savoir. L’idéal de l’excellence, porté par Jules Ferry, a été progressivement délaissé par les idéologues au profit d’un égalitarisme qui confond égalité et médiocrité générale. Désormais, c’est le cancre qui devient le plus grand dénominateur commun dans la classe. Initialement, l’école de la République avait pourtant l’ambition inverse de porter une classe d’âge vers le niveau le plus élevé. Dans la novlangue actuelle, apprendre à nager aux élèves devient, « se déplacer de façon autonome dans un milieu aquatique profond standardisé ». On touche le fond ! La première réforme à entreprendre d’urgence serait de renvoyer tous ces « Trissotin » de la technocratie républicaine sur les bancs de l’école.

— Dans les nouveaux programmes d’histoire, la chronologie est abandonnée, l’enseignement de l’islam est obligatoire tandis que le christianisme médiéval et les Lumières sont optionnelles. Qu’en pensez-vous ?

Sans chronologie, l’histoire n’a pas de sens. Cette réforme risque donc d’égarer encore un peu plus les élèves. On peut également s’étonner du choix de privilégier l’enseignement de l’islam par rapport à celui des Lumières ou du christianisme médiéval. À mon sens, il ne s’agit pas d’un choix arbitraire, mais idéologique. Il y a sans doute ici une volonté d’ouverture à l’égard de l’islam, un souci de plaire aux nouveaux arrivants en supprimant tout ce qui peut les heurter : l’enseignement d’un autre monothéisme et l’exercice d’un esprit critique. Mais comment comprendre la France sans connaître le « manteau de cathédrale qui la recouvre » ? Comment comprendre qui nous sommes si l’on ne sait pas d’où l’on vient ? C’est-à-dire d’un pays de culture profondément catholique et républicaine. Quant aux Lumières, elles sont au fondement même de la culture laïque contemporaine. Que l’on soit de gauche ou de droite, croyant ou pas, c’est durant cette période que se noue la modernité. Faire l’impasse sur celle-ci me paraît aberrant. Il est vrai que dans certains quartiers, il est désormais impossible d’enseigner la Shoah en raison du conflit israélo-palestinien ou encore Madame Bovary qui soulève la question de l’adultère. La réforme tend à cajoler les éléments les plus rétifs du système éducatif au lieu de les assimiler. Ce n’est pas forcément un bon signe à envoyer aux Français musulmans les plus éclairés qui voudraient prendre leur distance avec leur propre religion et s’ouvrir au reste de notre culture. Pour nourrir une réflexion plus profonde sur les croyances, il me paraît urgent de rendre obligatoire la lecture du traité sur la tolérance de Voltaire.

[Note du carnet : Sauf que Voltaire est un mauvais exemple : un hypocrite, intolérant, affabulateur, envieux, pingre, etc. Voir ici, ici, ici, et .]


— Après la série d’attentats qui a frappé Paris en janvier, ne fallait-il pas envoyer des signes d’apaisement ? [Au Québec : Après la crise des accommodements, ne fallait-il pas assurer un meilleur enseignement du « vivre ensemble », etc.]

Il ne faut pas confondre apaisement et reddition. Dans son dernier livre, Michel Houellebecq a magnifiquement dessiné une France possible dans les dix ans à venir. Soumission est bien sûr une utopie négative pour que nous n’empruntions pas ce chemin. Mais la réalité pourrait rattraper la fiction beaucoup plus vite que prévu. Dans le livre de Houellebecq, l’islam prend un visage presque apaisant pour mieux souligner notre responsabilité, notre lâcheté. Le 11 janvier a été un beau moment de résistance et d’indignation. Puis beaucoup sont retombés dans la culture de la peur, allant même jusqu’à suggérer pour certains de revenir sur l’interdiction du voile à l’école. À travers cette refonte des programmes scolaires, on procède au reformatage du logiciel de la France pour complaire aux ennemis de celle-ci et de la liberté. Cela me rappelle l’abandon par Jacques Chirac de la référence aux racines chrétiennes de l’Europe dans le projet de Constitution européenne de 2004. On reproduit aujourd’hui la même logique de repentance agressive en niant les fondements de notre nation. Ses fondements catholiques, mais aussi ses fondements républicains nés de l’idéal des Lumières. J’y vois une tentative délibérée d’amputation des traditions nationales. Au motif de favoriser le « vivre ensemble », horrible terme de la novlangue actuelle, on prône l’effacement de ce qu’il y a de meilleur dans notre héritage. On méprise les Français d’origine immigrée qu’on croit incapable d’intégrer notre trésor national et on prive les Français de leur histoire. Dans les deux cas, il s’agit d’un mauvais coup porté à l’intelligence. Ce qu’il y a de plus terrible dans cette réforme, c’est qu’elle est défendue par ceux-là mêmes qui sont censés diffuser le savoir. Comme si le maître voulait inculquer de force l’ignorance à l’élève.

— Que vous inspire la tentative d’attentat contre l’église de Villejuif ?

— Le choix d’une église ne tient en rien au hasard. Les islamistes radicaux cherchent à éradiquer toute trace des monothéismes antérieurs, car ils se veulent les seuls dépositaires de la vérité. Après les Juifs, le tour des chrétiens est venu...

Voir aussi

George Leroux : L’État doit viser à déstabiliser les systèmes absolutistes de croyance [transmis par les parents]

« Georges Leroux est mon gourou », déclare directeur de la fédération des écoles privées au sujet d'ECR

Désinformation — Voltaire et le « Combat contre l’obscurantisme » du CNED (Éducation nationale de France)





L'historienne Marion Sigaut a été interrogée par un de ses correspondants au sujet de la fiche « Combat contre l’obscurantisme » éditée par le CNED (cours par correspondance de l'Éducation nationale française) pour les élèves de seconde (secondaire V). Elle analyse ici ce qu'elle qualifie ici de mensonges éhontés publiés sous couvert de l’Éducation nationale dans cette fiche, qui fait les louanges du controversé Voltaire.

Une partie du cours du CNED sur ce sujet est en accès libre ici. Marion Sigaut les commente. L'ensemble des notes est reproduit dans la vidéo.


Voir aussi

Voltaire, cet inconnu, ce mythe, ce sectaire

Voltaire n'a pas écrit : « Je ne suis pas d'accord avec vous, mais je me battrai pour que vous puissiez le dire ».

Le côté sombre des Lumières

La vision pessimiste de l’homme développée par les Lumières

samedi 25 avril 2015

Petite propagande ordinaire à l'école publique québécoise

Mathieu Bock-côté revient sur l’affaire de l’école de Kamouraska dont nous avions déjà parlé et élargit le débat :

L’histoire peut sembler banale mais elle ne l’est pas. C’est le Huffington Post qui y a d’abord fait écho. Récemment, des élèves de tout le Québec se réunissaient dans une école Saint-Pascal de Kamouraska pour un concours d’improvisation. Certains élèves de Montréal, issus de l’immigration, ainsi que leurs professeurs, ont découvert accrochés aux murs certains dessins réalisés dans le cadre d’un cours d’univers social.

Les dessins pouvaient sembler indélicats. De fait, ils l’étaient (on les consultera ici). À tout le moins, ils étaient caricaturaux. On avait demandé aux élèves de dire pourquoi l’immigration était bénéfique au Québec. Ou si on préfère, on leur demandait aux jeunes d’expliquer pourquoi l’immigration est une richesse. Ils l’ont fait avec des images convenues et des préjugés un peu gênants. Il y avait l’immigrant cueilleur de fraise [sic, fraises], Ou celui qui cueille les bleuets. Ou encore qui s’esquinte en occupant les emplois dont les Québécois de souche ne veulent pas.

Étrangement, l’exposition de ces préjugés n’est peut-être ce qui devrait le plus nous inquiéter dans cette petite controverse. Il est dans la nature même de l’exercice. Depuis quand est-ce le rôle de l’école de se transformer en camp de propagande ? Depuis quand doit-elle faire la promotion d’une vision de la société plutôt que d’une autre ? L’école peut bien parler de l’immigration aux élèves. Elle ne devrait pas leur dire à l’avance qu’elle est bonne pour le Québec. Non plus qu’elle est mauvaise. Elle devrait leur présenter ce phénomène avec les nuances nécessaires.

Représentation caricaturale du Québécois bedonnant et fainéant, confusion de l’immigration et du travail saisonnier

Prenons le débat plus largement. L’immigration a certainement des avantages. Elle a aussi des désavantages. Les leaders politiques et les leaders d’opinion en débattent (plus ou moins) librement, en tenant compte de différentes variables. Les scientifiques aussi, en débattent. On cherche à évaluer ses effets sur l’économie québécoise ainsi que la pression qu’elle met sur l’État social, on veut voir si elle contribue ou non à l’anglicisation de Montréal, ou alors, de quelle manière l’islam qui s’implante ici avec elle contribue ou non à transformer notre société.

Pourquoi donc l’école devrait-elle effacer cette complexité et reprendre le slogan plus que simpliste qui veut qu’en elle-même, l’immigration soit une richesse ? Il suffit pourtant d’étudier l’histoire des sociétés pour constater qu’elle peut être à la fois source de progrès et source de problèmes. C’est même une question d’honnêteté intellectuelle élémentaire que de le reconnaître. Effacer cette complexité pour basculer dans une vision romantique et lyrique des mouvements migratoires, cela ne renforce certainement pas l’esprit critique.

On l’aura compris, l’école, ici, sans même s’en rendre compte, et croyant simplement pratiquer la pédagogie des bonnes intentions, se fait le vecteur de l’idéologie multiculturaliste. Elle cherche à inculquer une idéologie à de jeunes esprits, à façonner durablement leur mentalité, et implicitement, à faire passer pour très méchants ceux qui nous inviteraient à développer une vision plus nuancée de l’immigration. Pour elle, l’ouverture à l’autre est une valeur en soi, peu importe qui est l’autre en question et de combien d’autres on parle. Cette vision des choses est notamment promue par le cours Éthique et culture religieuse ainsi et que par les nouveaux cours d’histoire.

On en vient à l’essentiel : l’école ne devrait pas faire la promotion du multiculturalisme, non plus que le combattre. Elle ne devrait pas faire la promotion de la souveraineté, non plus que la combattre. Elle ne devrait pas faire la promotion de l’écologisme, non plus que le combattre. Elle ne devrait pas faire la promotion du socialisme, non plus que le combattre. Elle ne devrait pas être militante pour une cause ou pour une autre. J’imagine un exercice scolaire où on demanderait aux jeunes d’expliquer pourquoi la souveraineté est une bonne chose. Je m’y opposerais tout autant.

L’école devrait transmettre un savoir, un patrimoine de civilisation et permettre à chacun de se faire peu à peu une tête sur les grands enjeux de notre société. Mais elle ne devrait pas servir les intérêts idéologiques des uns ou des autres, sans quoi, elle n’est plus fidèle à sa mission.

Voir aussi

Institut Fraser : L’immigration massive nuit au bien-être des Canadiens en général ; les politiques d’immigration doivent être revues (étude de 264 pages)

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25 avril 1849 : Incendie du Parlement de Montréal


Incendie du Parlement
à Montréal en 1849
Capitale du Canada-Uni depuis 1843, Montréal abrite le siège du gouvernement. Le Parlement se situe alors sur l’actuelle Place d’Youville, dans le Vieux-Montréal. Lord Elgin, gouverneur du Canada-Uni, vient de donner son accord à la proposition des députés pour indemniser les habitants du Bas-Canada ayant subi des pertes matérielles lors des rébellions de 1837-1838.

Certains que cela confirme la domination politique des Canadiens français, les anglophones voient rouge ! À l’initiative du journal The Gazette, une manifestation est organisée le 25 avril 1849 sur le Champ-de-Mars. Réunissant plus de 1 500 personnes, le « cortège » gagne finalement le Parlement. On assiste alors à des jets de pierres sur le bâtiment et d’œufs pourris sur les députés… Puis l’incendie se déclare soudainement. Il détruira totalement l’édifice. Sur 25 000 livres, archives et documents, seuls 200 seront sauvés des flammes. L’historien François-Xavier Garneau parle de notre « désastre d’Alexandrie », faisant référence à la disparition de l’antique bibliothèque d’Alexandrie, en Égypte.

En 2011, des fouilles archéologiques importantes ont permis de trouver nombre de vestiges liés à cet événement.

La colère des incendiaires

Les excès de colère qui mèneront à l’incendie du Parlement sont dus à des circonstances bien particulières. D’abord, après avoir instauré le Canada Corn Act (Loi sur les céréales) en 1843 qui garantissait sur les marchés britanniques un tarif favorable à la farine et au blé canadien, l’Angleterre met fin à sa politique protectionniste en 1846, résultat de l’effervescence économique en Europe. La réaction de la classe marchande de Montréal (presque exclusivement britannique) est forte et négative : on craint l’abandon de l’Angleterre et l'on propose même l’annexion aux États-Unis. Le parti de la classe marchande montréalaise, les Tories, favorise des liens étroits avec la couronne britannique. Depuis la Conquête, le pouvoir politique était exercé par le gouverneur général et le conseil exécutif, où les Tories sont bien présents. Forts des liens étroits qu’ils entretenaient avec ce dernier, plusieurs Tories s’y voyaient nommés. L’avènement de l’Acte d’Union en 1840 et de la responsabilité ministérielle en 1848 brisent cette suprématie. L’alliance entre les réformistes du Haut-Canada et ceux du Bas-Canada les a mis en minorité. Plus encore, les décisions et les lois votées et adoptées à la chambre d’assemblée n’auront plus à recevoir l’assentiment du gouverneur pour entrer en vigueur.

Louis-Hippolyte Lafontaine
Lorsque le gouverneur du Canada-Uni, lord Elgin, donne son accord au projet de loi d’indemnisation, il met bien malgré lui le feu aux poudres. Ce projet de loi d’indemnisation visait à indemniser les habitants du Bas-Canada ayant subi des pertes matérielles lors des rébellions de 1837-38. Il s’agit d’une loi qui s'inspire d'une mesure semblable votée au Haut-Canada et elle se fonde sur un rapport de réclamations approuvé en principe en 1846. La Fontaine voit en ce projet un moyen symbolique de panser les blessures de la rébellion et de reconnaître les droits des Canadiens français à l’égalité dans les deux Canadas. Déjà échaudés, les Tories voient l’acceptation de ce projet de loi comme une confirmation de la domination politique des Canadiens français. Tout cela est, pour eux, intolérable.

Ainsi donc, à la demande du journal The Gazette, plus de 1 500 personnes se réunissent sur le Champ-de-Mars en ce début de soirée du 25 avril 1849. Le ton employé par les orateurs est menaçant. On y parle de trahison du gouverneur Elgin, d’une domination politique canadienne-française, de l’abandon de l’Angleterre. On rejette le projet de loi sur l’indemnisation, car, selon les Tories, il vise à aider les assassins d’hier : les Rebels de 1837-38. Bien qu’une loi semblable ait été votée et adoptée au Haut-Canada quelques années plus tôt dans le calme, la situation à Montréal s’envenime d’heure en heure. Au bout d’un moment, la foule réunie au Champ-de-Mars prend bruyamment la direction du Parlement par la rue Saint-Paul. Les résidents effrayés préfèrent la quiétude de leur demeure à la colère des Tories qui emplissent les rues. Sitôt arrivés devant le Parlement, les Tories et leurs sympathisants se joignent aux chahuteurs qui lancent déjà des pierres sur le bâtiment. Plusieurs émeutiers iront jusqu’à entrer dans la Parlement pour poursuivre le saccage. Les députés de l’assemblée tentent de sortir à la dérobée. Peine perdue, on leur lance des œufs pourris (le même traitement a été réservé à lord Elgin plus tôt cette journée-là), certains seront même pris à partie par les émeutiers.

La disgrâce de la Grande-Bretagne consommée !

Le Canada vendu et abandonné !

La loi sur les pertes de la rébellion approuvée !!

Œufs pourris lancés sur le gouverneur !!!

The Gazette, 25 avril 1849

Cet après-midi, il circulait une rumeur en ville que le gouverneur général se rendrait à la Chambre et donnerait sanction à certains projets de loi ; mais on ne pouvait pas supposer que le projet de loi sur l’indemnisation des pertes de la rébellion serait du nombre.

Honteux du rôle qu’il allait jouer, et espérant en imposer au sentiment public, lord Elgin vint ramper dans la Chambre une heure après le temps marqué et, quand on put croire qu’il avait changé d’intentions, il se montra dans la Chambre du Conseil législatif. Après la lecture de plusieurs projets de loi de peu d’importance, le greffier lut d’un ton qui n’annonçait pas le désir d’attirer l’attention du public :

LE PROJET DE LOI SUR LES PERTES DE LA RÉBELLION.

Et, à la honte éternelle de la Grande-Bretagne,

LA RÉBELLION EST LA LOI DU SOL.

Le bruit de ce fait a été accueilli par des cris de rage et des battements de pieds. Plusieurs autres projets de loi ont reçu la sanction royale après cela, mais les galeries se vidèrent par dégoût, « murmurant et maugréant tout haut et tout bas » des malédictions qui auront effet quelque autre jour.

Les personnes qui s’étaient assemblées dans les environs, apprenant ce qui venait de se passer, éclatèrent en hurlements, cris de rage et d’indignation contre le « dernier gouverneur du Canada ». Quand lord Elgin (il ne mérite plus le titre d’Excellence) reparut dans les rues en sortant de la Chambre du Conseil, il fut reçu par les sifflets, les grognements et les cris d’indignation de la foule. On lui lança des œufs pourris, et lui et ses aides de camp furent arrosés de cette liqueur savoureuse, et sa voiture fut couverte du contenu dégoûtant des œufs et de boue. Quand la provision d’œufs fut épuisée, on se servit de pierres pour saluer le départ du carrosse, et il fut emmené au galop au milieu des malédictions de ses compatriotes.

LE DÉBUT DE LA FIN

Anglo-Saxons, vous devez vivre pour l’avenir ; votre sang et votre race seront désormais votre loi suprême, si vous êtes vrais à vous-mêmes. Vous serez Anglais, « dussiez-vous n’être plus Britanniques ». À qui va et quelle est votre allégeance maintenant ? Que chacun réponde en son âme et conscience.

Le pantin pompeux doit être rappelé ou chassé par le mépris universel du peuple.

Dans le langage de Guillaume IV, « LE CANADA EST PERDU ET LIVRÉ ». LA FOULE DOIT S’ASSEMBLER SUR LA PLACE D’ARMES, CE SOIR, À HUIT HEURES.

AU COMBAT, C’EST LE MOMENT !
Et soudainement, l’incendie se déclare : on voit la fumée sortir des fenêtres. L’incendie prend rapidement des proportions inquiétantes. On refuse l’accès aux pompiers et ceux qui parviennent à passer voient leurs boyaux d’arrosage sectionnés. De plus, l’armée n’intervient pas. Le marché Sainte-Anne et le Parlement du Canada qu’il abrite sont complètement démolis, ses bibliothèques brûlées. La journée du 25 avril 1849 se termine sur une note inquiétante : après avoir incendié le Parlement, les émeutiers partent à la chasse aux réformistes. On déménage temporairement le Parlement au marché Bonsecours, puis dans un théâtre de la rue Notre-Dame. Début novembre, la capitale est transférée à Toronto.

L’année 1849 a été qualifiée d’année de la terreur à Montréal. L’incendie du Parlement y est, bien sûr, pour quelque chose. Cependant, l’incendie et l’agitation du 25 avril ne constituent qu’une amorce à ce qui aurait pu devenir une guerre civile si les Réformistes avaient usé des mêmes moyens que les Tories. Ces derniers saccagent plusieurs résidences et commerces appartenant aux réformistes. Plusieurs d’entre eux se dirigent dans le faubourg Sainte-Antoine avec la ferme intention d’aller saccager et incendier la demeure du Premier ministre La Fontaine. Ce dernier est absent, mais des gens armés montent la garde. Près de 200 personnes franchissent les grilles menant à la résidence. Les coups de feu stoppent les ardeurs des émeutiers qui rebroussent chemin avec, sur les bras, un jeune homme atteint mortellement. Pour venger la mort du jeune homme, les émeutiers mettent le feu à l’hôtel Cyrus, lieu de l’enquête sur la mort du jeune homme, sur la place Jacques-Cartier. Cet incendie a lieu le 16 août et n’est qu’un parmi de nombreux à avoir été déclenchés au cours de l’été. Dans ces temps difficiles, on note également plusieurs décès reliés aux émeutes : la jeune Anne McDonnell est morte dans le feu qui a complètement détruit le magasin de chaussures de M. P. Murray, situé au coin des rues Notre-Dame et Saint-Gabriel. L’arrivée de l’automne ramène un calme relatif dans la ville maintenant dépouillée de son titre de capitale.

Les années 1850 sont des années de prospérité économique qui changeront le visage de Montréal. Elle n’est plus la capitale du Canada-Uni, mais elle demeure la ville économique et industrielle la plus importante du pays pour près d’un siècle à venir.





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vendredi 24 avril 2015

Cour suprême : les écoles francophones auront droit aux mêmes services que les anglophones


La Cour suprême du Canada, dans un jugement unanime sans surprise, a donné raison aux parents de l’École francophone Rose-des-Vents à Vancouver qui réclamaient, depuis 2010, des services scolaires équivalents à ceux offerts aux élèves anglophones.


La plus haute instance juridique du pays a jugé à l’unanimité (7-0, 7 des 9 juges avaient entendu la cause) que Colombie-Britannique a enfreint le droit constitutionnel à l’instruction d’une communauté francophone en mettant à sa disposition des installations scolaires de qualité insuffisante.

En 2012, la Cour suprême de la Colombie-Britannique avait statué que les parents devraient avoir accès à une école pouvant accueillir 500 élèves et de qualité « équivalente aux locaux offerts aux élèves de la majorité anglophone ». Mais en 2013, la Cour d’appel avait renvoyé la cause devant la Cour de première instance, estimant que le juge de la Cour suprême provinciale avait fait erreur en ne tenant pas compte dans sa décision de certains éléments présentés par la province.

Le jugement du premier tribunal est donc rétabli et l’affaire sera renvoyée en Cour Suprême provinciale, sauf si les parties parviennent à négocier un accord au préalable.

La décision rendue par la Cour suprême du Canada pourrait faire jurisprudence dans le reste du Canada, où plusieurs conseils scolaires francophones minoritaires exigent de leurs gouvernements provinciaux davantage de fonds et de pouvoirs pour créer et maintenir des écoles de qualité.

Remarquons une nouvelle fois que la Cour suprême tend à l’unanimisme comme dans le cas du jugement sur la prière du conseil municipal de Saguenay où les juges avaient admis que leur jugement s’ancrait dans leur « interprétation évolutive de la liberté de conscience et de religion » et non à cause de la « Charte québécoise [ou de] la Charte canadienne [qui] n’énoncent [pas] explicitement l’obligation de neutralité religieuse de l’État » ([71] de leur décision). Même jugement unanime sur le fond dans l’affaire Loyola (malgré un partage sur les modalités de l’autorisation à accorder au collège), du cours ECR de Drummondville. Cette unanimité fréquente (cet esprit grégaire ?) avait déjà été notée quand l’Institut de politiques publiques Macdonald-Laurier avait décerné le Prix du décideur politique 2014 à la Cour suprême du Canada.





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mercredi 22 avril 2015

France — Nouveaux programmes d'histoire : islam et repentance obligatoires, christianisme médiéval et les Lumières facultatifs

Madeleine de Jessey, agrégée de Lettres classiques, s’interroge sur la pertinence des nouveaux programmes d’histoire et craint que ces derniers n’enferment les élèves dans une logique de repentance.

Après avoir unanimement indigné les professeurs de Langues anciennes et irrité les tenants de l’amitié franco-allemande, la réforme du collège risque à nouveau de faire parler d’elle, sur le front de l’histoire cette fois. Tant qu’à faire, autant énerver tout le monde, égalité oblige.

L’Éducation nationale a en effet mis au point de nouveaux programmes d’histoire pour le collège. On saluera le souci de ne pas faire « disparaître de cet enseignement le cadre national ni la perspective chronologique propre à l’histoire ». Alors que la France se divise en communautés disparates sans parvenir à forger une destinée et une fierté communes, on approuvera aussi la visée poursuivie par ces nouveaux programmes : « Dans un ordre chronologique, le programme permet de mieux lire et comprendre le monde d’aujourd’hui en insistant sur des moments forts, des traits marquants des sociétés du passé et des problématiques indispensables à la formation du citoyen. »

C’est en parcourant ensuite la liste des sujets abordés que l’inquiétude surgit : le Conseil supérieur des programmes (CSP) distingue les sujets « obligatoirement étudiés » des sujets « traités au choix de l’enseignant ». Ainsi, l’étude de l’Islam sera obligatoire, mais celle du christianisme médiéval facultative — ceux qui choisiront de l’enseigner devront le faire uniquement sous l’angle de l’« emprise de l’Église sur les mentalités rurales ». Dans une société en mal d’intégration et de cohésion nationale, on ne manquera pas de s’étonner d’une curiosité si grande pour les religions venues d’ailleurs, et d’une révulsion si manifeste pour nos racines judéo-chrétiennes. N’est-ce pas pourtant en redonnant à l’élève ces racines que nous le rendrons d’autant plus ouvert à l’altérité ? Par ailleurs, où est-il passé, ce « cadre national » que le CSP évoquait précédemment ?

Nos repères communs seront donc extraits des cultures venues d’ailleurs et des tragédies de notre histoire. Plutôt que d’amener l’élève à puiser à la source du christianisme, de l’humanisme et des Lumières, le CSP préfère écouler ses stocks de repentance amère et éculée.

Il apparaît ensuite, nous objectera-t-on. C’est vrai, le cadre national est abordé à travers l’étude obligatoire des heures sombres ou controversées du passé (esclavage, colonisation, génocides, déportation…) En revanche, l’enseignement de l’humanisme et des Lumières, problématiques qu’on croirait pourtant « indispensables à la formation du citoyen », n’est que facultatif. Nos repères communs seront donc extraits des cultures venues d’ailleurs et des tragédies de notre histoire. Plutôt que d’amener l’élève à puiser à la source du christianisme, de l’humanisme et des Lumières, le CSP préfère écouler ses stocks de repentance amère et éculée.

Il ne s’agit pas ici de mettre en cause l’importance du « devoir de mémoire » ; nous affirmons seulement que la mémoire ne formera le citoyen qu’à condition de l’inspirer et de le libérer, en lui proposant le terreau vivant d’une action positive et généreuse. Plutôt que de séquestrer l’élève dans l’obscurité des fautes et des blessures passées, que ne lui propose-t-on des épopées nationales, des modèles, des figures de courage, d’unité et de résistance, dans lesquels il pourra puiser des valeurs incarnées ? Les jeunes générations ont droit, aujourd’hui, à se fondre dans une histoire de France qu’ils pourront enfin connaître et admirer.

Or, loin d’évoquer les plus belles pages de notre histoire, le CSP entend une nouvelle fois enfermer l’élève dans le culte de la culpabilité et de la haine de soi. Le fait n’est pas nouveau : il y a bien longtemps que l’enseignement de l’histoire se fourvoie chez nous dans un travail de sape et d’autoflagellation prodigieusement masochiste. Avec la réforme du collège, un nouveau cap est franchi. Ne cherchez plus la crise de la France : elle est là, dans ce retournement de soi contre soi.

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États-Unis — Quels diplômes universitaires rapportent le plus ?


Un nouveau rapport de PayScale, un cabinet de recherche, publie le rendement d’un diplôme d’études universitaire. Ses auteurs comparent les revenus des diplômés avec le coût actuel d’obtention d’un diplôme.

L’étude ne semble pas prendre en compte le coût de renonciation lié à des études supérieures, à savoir la perte de revenus pendant les quatre ou cinq années passées à l’université. Coût d’opportunité » qui peut diminuer la rentabilité des diplômes universitaires.

Habituellement, obtenir un diplôme universitaire en vaut la peine, mais ce n’est pas toujours le cas si l’on en croit l’étude. La disciple étudiée importe nettement plus que l’université où vous avez étudié.

Les ingénieurs et les informaticiens (ci-dessous) s’en tirent le mieux, leur investissement rapportant sur 20 ans un impressionnant rendement annualisé de 12 % (le S & P 500 n’a rapporté que 7,8 %).

Rendement des diplômes en génie, informatique et mathématiques en fonction de la sélectivité à l’entrée des universités

Les diplômes en génie d’universités très sélectives n’ont un rendement que légèrement supérieur aux diplômes des universités moins sélectives.

Les diplômés en gestion et économie s’en sortent également bien, leur diplôme offrant un solide rendement moyen de 8,7 %.

Les diplômés en sciences s’en sortent, toutefois, un peu moins bien.

Rendement des diplômes ès sciences en fonction de la sélectivité à l’entrée des universités


Les études en arts et en sciences humaines ont des rendements nettement moins impressionnants. Certains de ces rendements sont même négatifs. Un diplôme ès arts du Maryland Institute College of Art a ainsi un rendement négatif net sur 20 ans de 92 000 $, par exemple.

Rendement des diplômes ès arts en fonction de la sélectivité à l’entrée des universités

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Belgique — Les filières universitaires à éviter pour trouver un emploi

Les étudiants étrangers boudent la Suède, trop chère

Pays-Bas : fin des bourses d’études gouvernementales généralisées

Royaume-Uni — certains maçons gagnent plus qu’un diplômé

Peter Thiel et la bulle universitaire : un test de QI extrêmement coûteux

France — L’université pour tous, vers la fin d’un mythe ?


Pourquoi l’université coûte tellement cher aux États-Unis

La bulle universitaire aux États-Unis va-t-elle crever ?

Mark Steyn et l’université américaine.

États-Unis — Diplômés et surendettés





mardi 21 avril 2015

Controversé projet scolaire sur l'immigration à une école secondaire de Karoumaska

Des étudiants de Montréal qui étaient de passage à l’École secondaire Chanoine-Beaudet de Saint-Pascal de Kamouraska cette fin de semaine, où se tenait pour une 14e année le traditionnel tournoi provincial d’improvisation, ont été surpris et, selon le Huffington Post, surtout embarrassés de voir des dessins qu’ils qualifient d’inappropriés placardés sur les murs d’une classe.

Les dessins, qui auraient été produits dans le cadre du cours de Monde contemporain par des élèves de 5e secondaire, portent pour la plupart sur la question de l’immigration et du marché de l’emploi et visent, selon le Huff Post, à « illustrer les bénéfices de l’immigration au Québec ». Voilà qui est neutre.

« Si tu veux des fraises dans ton panier, accepte les immigrants », est-il écrit sur l’un des dessins, qui montrent d’un côté un homme avec une bière dans les mains, un fraisier plein de fraises et un panier vide, et de l’autre, un travailleur immigrant, dont le panier déborde de ces fruits.


Cette représentation caricaturale, apparemment encouragée et approuvée par l’école, puisque affichée sur les murs d’une classe, est choquante à deux égards :
1) Elle représente le Québécois sous les traits d’un homme bedonnant, fainéant, et juste bon à boire de la bière.

2) Nul besoin d’immigration pour avoir des fraises, ceux qui les récoltent sont des travailleurs saisonniers qui retournent dans leur pays à l’automne. Au Québec, 8500 travailleurs saisonniers du Mexique et du Guatemala ont été embauchés en 2013. Cette imprécision ne peut que fausser le débat sur l’immigration.
Récurrence de l’oisiveté et de l’obésité des Québécois (et de la bouteille de bière !)

Dans un autre cas, une illustration semble montrer un homme portant la barbe qui, après avoir trouvé un emploi, renonce aux bombes. L’illustration reprend le même thème du travailleur (saisonnier pourtant) cueilleur de fraises (décidément) qui achète la maison d’un vieux (forcément) Québécois qui peut enfin prendre sa retraite. La même affiche insiste sur le fait que les immigrants sont industrieux et que le dollar ou la richesse augmenterait grâce à l’immigration. Est-ce seulement vrai avec des immigrants peu qualifiés qui feraient un travail sous-payé ? Ce n’est pas l’avis de plusieurs économistes. Mais il semble que les pauvres élèves de cette école n’en sauront rien. Toutes les affiches vont dans le même sens et débitent les mêmes clichés politiquement corrects.

Ajoutons que rien ne prouve que les immigrants renonceraient au terrorisme uniquement parce qu’ils ont une bonne situation. C'est un peu court. Les terroristes du 11 septembre venaient de familles bourgeoises, étaient diplômés. Ben Laden avait fréquenté les écoles les plus huppées, sa famille était richissime, etc. C’est à nouveau un point de vue simpliste. En fait, selon Marion van San chercheuse au RISBO de l'université Erasmus à Rotterdam, plus l'intégration scolaire et économique est réussie plus, paradoxalement, le risque de radicalisation est grand parce que les attentes de ces jeunes diplômés sont grandes et que leurs déconvenues peuvent les faire basculer. (Aussi ici en néerlandais et en anglais).




Selon l’un des étudiants, c’est environ une quinzaine de ces dessins qui figurent le long d’un des murs de la salle de classe située au 2e étage de l’établissement, qui a été transformée en salle de spectacle pour accueillir les matchs d’improvisation pendant la fin de semaine.


« Ça réduit l’immigration à un simple pourvoyeur de main-d’œuvre bon marché », a commenté un internaute. « Projet très mal encadré... franchement ! Peu flatteur pour tous... Québécois de souche inclus ! » souligne une autre personne.

Toujours les mêmes thèmes, on dirait vraiment qu’on a soufflé les réponses aux élèves


Un membre du personnel, qui affirme connaître le professeur en question derrière l’activité, s’est limité à expliquer que la démarche ne se voulait pas méprisante envers les immigrants et que le projet du professeur ne se voulait « surtout pas mal intentionné » (envers l'immigration).

Dans un autre dessin, un élève ressort les mêmes clichés éculés selon lesquels sans immigration les usines manqueront de bras, le Québec s’appauvrira et la tombe nous menace collectivement. Or, l’immigration n’est en rien une panacée sur ces trois plans (le Québec a tendance à perdre des emplois industriels, de nombreux immigrants sont au chômage ou mal payés et leur contribution au rajeunissement de la population est maigre). Voir à ce sujet le livre de Benoît Dubreuil et de Guillaume Marois : Le Remède imaginaire. Et 200.000 immigrants en quatre ans, est-ce bon pour le développement durable ?
Mais les pauvres élèves captifs de cette école secondaire n’en entendront probablement pas parler. Comme si souvent l’école québécoise semble politiser les débats et combat certains préjugés pour ne présenter que d’autres mythes, politiquement corrects ceux-là.


Le faible impact de l’immigration sur le rajeunissement de la population. En jaune, la pyramide des âges réelle du Québec en 2006 (avec immigration réelle). La ligne noire représente la pyramide des âges du Québec sans immigration pendant les 40 dernières années.


Voir aussi

Institut Fraser : L’immigration massive nuit au bien-être des Canadiens en général ; les politiques d’immigration doivent être revues (étude de 264 pages)

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vendredi 17 avril 2015

Belgique — Religion, morale ou rien ? Les parents doivent choisir

La ministre de l'Éducation en Fédération Wallonie-Bruxelles, Joëlle Milquet (cdH), vient d'envoyer une circulaire dans les écoles officielles leur demandant d'interroger les parents, qui devront signaler si leur enfant choisit religion, morale ou rien en septembre 2015. Le formulaire devra être remis pour le 8 mai. Et les écoles devront avoir communiqué les résultats au ministère pour le 18 mai, rapporte Le Soir vendredi. C'est une opération pour du beurre car un même questionnaire, définitif et déterminant celui-là, devra être rempli par les parents en juin. En raison d'une décision de la Cour constitutionnelle, l'élève qui le souhaite pourra obtenir une dispense pour l'année 2015 sans devoir se justifier. Cet élève-là aura un trou de 2 heures dans sa grille.


Toutefois, à partir de septembre 2016, on en aura fini avec les traditionnelles 2 heures de religion/morale. Ce ne sera plus qu'une heure. Et l'heure libérée sera consacrée à un cours de citoyenneté (obligatoire comme il se doit dans une société libérale) – qui reste à inventer.

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Belgique — les cours de religion ou de morale laïque ne seront plus obligatoires dès la rentrée prochaine

Belgique francophone — Les parents devront bientôt justifier la scolarisation à domicile

Belgique — Les filières universitaires à éviter pour trouver un emploi


jeudi 16 avril 2015

Les nouvelles perles de la « novlangue » pédagogiste

Les nouveaux programmes scolaires français présentés par le Parti socialiste, censés entrer en vigueur en 2016, font la part belle à un jargon « pédagogiste » ravivé. Un paradoxe alors qu’ils sont présentés par le Conseil supérieur des programmes comme « plus simples et plus lisibles ».



Se déplacer (…) dans un milieu aquatique profond standardisé. (Page 22, cycle 4)

Le « milieu aquatique profond standardisé » est tout simplement… une piscine. Ce type de jargon foisonne dans les programmes d’éducation physique et sportive (EPS), une des disciplines scolaires les plus récentes (1981). Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?

« Créer de la vitesse » et « traverser l’eau en équilibre horizontal par immersion prolongée de la tête » (Page 22, cycle 4)

Toujours en EPS, discipline friande de termes pédants, « créer de la vitesse » signifie « courir », tandis que « traverser l’eau en équilibre horizontal » signifie nager. Et comment appelle-t-on un plongeon ?

« Produire des messages à l’oral et à l’écrit » en histoire-géographie. (Page 5 du cycle 4)

Le collégien à la sauce 2016 n’aura plus besoin de rédiger un devoir ou de répondre verbalement à une question de son professeur. Il se contentera de « produire des messages » écrits ou oraux. En « montrant un raisonnement construit ». Tout de même…

« Aller de soi et de l’ici vers l’autre et l’ailleurs ». (Page 17, cycle 4)

La « visée générale » des programmes de « langues étrangères et régionales » est d’« aller de soi et de l’ici vers l’autre et l’ailleurs ». Cette visée se veut poétique, mais semble un rien prétentieuse. Il est possible que beaucoup se perdent en chemin.

L’éducation aux médias est mise en œuvre, et organisée de façon « spiralaire ». (Page 53, cycle 4)

Selon Sylvie Queval, philosophe de l’éducation, la notion de pédagogie « spiralaire », inventée en 1960, a « vite rencontré un large écho chez les pédagogues, qui trouvent dans la métaphore de la spirale une façon juste d’exprimer qu’apprendre est un processus continu qui suppose une reprise constante de ce qui est déjà acquis ». À en perdre l’équilibre.



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Lexique du Plateau

mercredi 15 avril 2015

Les directeurs d'écoles seraient favorables à la fin des élections scolaires

Selon le Journal de Québec, le ministre de l’Éducation, François Blais, peut compter sur l’appui des directeurs d’école qui sont d’accord avec la disparition annoncée des élections scolaires.

C’est ce qu’a indiqué Danielle Boucher, présidente de l’Association québécoise du personnel de direction des écoles ce mercredi. « Pourvu que M. Blais présente quelque chose qui soit viable » pour remplacer les élus, a-t-elle précisé.

Son association est « favorable » à la création d’un conseil d’administration auquel siégeraient des représentants du réseau scolaire et de la communauté, comme l’a évoqué François Blais. À condition toutefois que ces derniers soient désignés par un collège électoral plutôt que par le ministre. Il ne semble pas que les parents doivent être représentés en priorité, mais fassent partie d’une communauté vague.

« Si la population n’en veut plus d’élections scolaires, c’est peut-être l’occasion de faire autrement et de faire mieux », affirme Mme Boucher.

Même son de cloche de la part de la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement.

« Si tu as des gens qui proviennent du milieu, qui sont vraiment impliqués sur le terrain, il y a plus de chances que ça réponde aux besoins des élèves que des élus qui peuvent parfois être éloignés de la réalité de l’école », a affirmé sa présidente, Lorraine Normand-Charbonneau.

« Insultant »

Par ailleurs, Danielle Boucher s’insurge contre les propos tenus mardi par Josée Bouchard, présidente de la Fédération des commissions scolaires.

Cette dernière craint qu’en remplaçant les élus par des parents, des directeurs d’école et des élus municipaux, les décisions ne soient prises par des gens « qui défendent leurs propres intérêts plutôt que celui des élèves ».

« Je trouve ça odieux et insultant, a lancé Mme Boucher. C’est comme si on ne travaillait pas dans l’intérêt de nos élèves. On vient attaquer le professionnalisme des directeurs d’école. C’est épouvantable. »

Il s’agit d’un argument qui ne tient pas la route, ajoute-t-elle : « C’est comme si on disait que les parents qui siègent sur le conseil d’établissement des écoles sont là seulement pour leurs enfants. »

Pour éviter les « dérapages », il n’y a pas de temps à perdre, selon Mme Boucher. « Il faut que le ministre fasse rapidement connaître ses intentions » concernant le modèle à mettre en place pour remplacer les élus scolaires.

De son côté, Mme Normand-Charbonneau demande à M. Blais de consulter les directeurs d’école afin que la nouvelle structure réponde à leurs besoins.

Le Journal de Montréal ne semble pas avoir interrogé d’associations qui représentent les parents comme la CLÉ ou la FCPQ.




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