lundi 31 juillet 2017

La forte tentation autoritaire du multiculturalisme pour assurer le « vivre-ensemble »

Début d’un long entretien que Mathieu Bock-Côté a accordé au Figaro.

LE FIGARO — Les députés LREM [parti au pouvoir en France] ont adopté un amendement au projet de loi de moralisation prévoyant une « peine d’inéligibilité » en cas de manquement à la probité. Celle-ci impliquerait « les faits de discrimination, injure ou diffamation publique, provocation à la haine raciale, sexiste ou à raison de l’orientation sexuelle », précise l’amendement.

Mathieu BOCK-CÔTÉ. — Vous me permettrez d’être franc : j’en suis effaré. Évidemment, tout le monde s’entend pour condamner le racisme, le sexisme ou l’homophobie. J’ajouterais que nos sociétés libérales sont particulièrement tolérantes et ont beaucoup moins de choses à se reprocher qu’on veut bien le dire. Mais le problème apparaît rapidement : c’est celui de la définition. À quoi se réfèrent ces concepts ? Nous sommes devant une tentative d’exclure non seulement du champ de la légitimité politique, mais même de la simple légalité, des discours et des idées entrant en contradiction avec l’idéologie dominante. Il faut inscrire cet amendement dans le contexte d’une offensive plus large pour comprendre sa signification. Prenons l’exemple du racisme. Depuis quelques années, on a amalgamé le racisme et la défense de la nation. Pour la gauche diversitaire et ceux qui se soumettent à ses prescriptions idéologiques, un patriotisme historique et enraciné n’était rien d’autre qu’une forme de racisme maquillé et raffiné. Ceux qui voulaient contenir l’immigration massive étaient accusés de racisme. Ceux qui affirmaient qu’il y avait un lien entre l’immigration et l’insécurité étaient aussi accusés de racisme. De même pour ceux qui confessaient l’angoisse d’une dissolution de la patrie.

Cette assimilation du souci de l’identité nationale à une forme de racisme est une des tendances lourdes de l’histoire idéologique des dernières décennies. On l’aura compris, on accuse de racisme ceux qui ne se plient pas à l’idéologie diversitaire. Quel sort sera réservé demain à ceux qui avouent, de manière éloquente ou maladroite, de telles inquiétudes ? Prenons l’exemple du débat sur le mariage pour tous. Pour une partie importante des partisans du mariage homosexuel, ceux qui s’y opposaient, fondamentalement, étaient homophobes. Ils n’imaginaient pas d’autres motifs à leur engagement. Comme toujours, chez les progressistes, il y a les intolérants et les vertueux. Pour eux, deux philosophies ne s’affrontaient pas : il y avait d’un côté l’ombre et de l’autre la lumière. Doit-on comprendre que dans l’esprit de nos nouveaux croisés de la vertu idéologique, ceux qui ont défilé avec la Manif pour tous devraient être frappé d’inéligibilité ?

— Derrière le racisme, c’est le conservatisme qui serait visé ? 

Ce n’est pas d’hier qu’on assiste à une pathologisation du conservatisme, réduit à une série de phobies ou de passions mauvaises. Il est depuis longtemps frappé d’un soupçon d’illégitimité. Il y a une forme de fondamentalisme de la modernité qui ne tolère pas tout ce qui relève de l’imaginaire de la finitude et de l’altérité. Ce n’est pas d’hier non plus qu’on assiste à sa diabolisation : on présente le conservatisme comme une force régressive contenant le mouvement naturel de la modernité vers l’émancipation. D’une certaine manière, maintenant, on entend le sanctionner pénalement. On l’exclura pour de bon de la cité. C’est une forme d’ostracisme postmoderne. Cet amendement crée un climat d’intimidation idéologique grave : il marque une étape de plus dans l’étouffement idéologique du débat public. Et ne doutons pas du zèle des lobbies victimaires qui patrouillent dans l’espace public pour distribuer des contraventions idéologiques. On me dira que l’amendement ne va pas jusque-là : je répondrai qu’il va dans cette direction. À mon avis, derrière cet amendement se manifeste la grande peur idéologique des progressistes ces dernières années. Les intéressés pensaient avoir perdu la bataille des idées. Ils croyaient la France submergée par une vague conservatrice réactionnaire qu’ils assimilaient à une montée du racisme, de la xénophobie, du sexisme et de l’homophobie. D’où leur cri du cœur : « Plus jamais ça ! » Aussi veulent-ils reprendre le contrôle du débat public en qualifiant de langage de l’intolérance la philosophie qui contredit la leur. Il s’agit désormais de verrouiller juridiquement l’espace public contre les mal-pensants.

— On objectera que le racisme n’est pas une opinion, mais un délit. 

La sociologie antiraciste ne cesse d’étendre sa définition du racisme. Elle instrumentalise le concept noble de l’antiracisme à des fins qui ne le sont pas. Deux exemples.

Pour elle, ceux qui s’opposent à la discrimination positive se rendraient coupables, sans nécessairement s’en rendre compte, de « racisme universaliste », qui écraserait la différence et la diversité. Traduisons : la République est raciste sans le savoir, et ceux qui la soutiennent endossent, sans nécessairement s’en rendre compte toutefois, un système raciste. Ils participeraient à la perpétuation d’une forme de racisme systémique.

Inversement, ceux qui soutiendraient qu’une communauté culturelle ou une religion particulière s’intègre moins bien que d’autres à la nation seront accusés de racisme différentialiste, car ils essentialiseraient ainsi les communautés et hiérarchiseraient implicitement ou explicitement les différentes cultures et civilisations. Ainsi, une analyse sur la question ne sera pas jugée selon sa pertinence, mais disqualifiée parce qu’elle est à l’avance assimilée au racisme. En gros, soit vous êtes favorable au multiculturalisme dans une de ses variantes, soit vous êtes raciste. Multiculturalisme ou barbarie ? On nous permettra de refuser cette alternative. Il y a aujourd’hui une tâche d’hygiène mentale : il faut définir tous ces mots qui occupent une place immense dans la vie publique et, surtout, savoir résister à ceux qui les utilisent pour faire régner un nouvel ordre moral dont ils se veulent les gardiens passionnés et policiers. Il faut se méfier de ceux qui traquent les arrière-pensées et qui, surtout, rêvent de vous inculper pour crime de la pensée.

— Cela rappelle-t-il le politiquement correct nord-américain ? 

Le politiquement correct n’est plus une spécificité nord-américaine depuis longtemps. Pour peu qu’on le définisse comme un dispositif inhibiteur qui sert à proscrire socialement la critique de l’idéologie diversitaire, on constatera qu’il s’impose à la manière d’un nouvel ordre moral et qu’on trouve à son service bien des fanatiques. Ils se comportent comme des policiers du langage : ils traquent les mots qui témoigneraient d’une persistance de l’ancien monde, d’avant la révélation diversitaire. Ceux qui n’embrassent pas l’idéologie diversitaire doivent savoir qu’il y aura un fort prix à payer pour entrer en dissidence. On les traitera comme des proscrits, comme des parias. On leur collera une sale étiquette dont ils ne pourront plus se départir. « Populiste », « réactionnaire », « extrême droite » : les termes sont nombreux pour désigner à la vindicte publique une personnalité insoumise au nouvel ordre moral.

Alors nos contemporains se taisent. Ils comprennent que s’ils veulent faire carrière dans l’université, dans les médias ou en politique, ils ont intérêt à faire les bonnes prières publiques et à ne pas aborder certaines questions. La diversité est une richesse, et ceux qui apporteront des bémols à cette affirmation n’auront tout simplement plus droit de cité. En France, le politiquement correct a pour fonction de disqualifier moralement ceux qui ne célèbrent pas globalement ce qu’on pourrait appeler la société néosoixante-huitarde. Avec cet amendement, le pays fait un pas de plus vers le politiquement correct en le codifiant juridiquement ou, si on préfère, en le judiciarisant : désormais, il modèlera explicitement le droit.

— Comment ce politiquement correct est-il né ?

C’est un des résultats de la mutation de la gauche radicale engagée dans la suite des Radical Sixties, et d’abord aux États-Unis. Il s’institutionnalisera vraiment dans les années 1980, dans l’université américaine. On connaît l’histoire de la conversion de la gauche radicale, passée du socialisme au multiculturalisme et des enjeux économiques aux enjeux sociétaux. La lutte des classes s’effaçait devant la guerre culturelle, et la bataille pour la maîtrise du langage devient vitale. Ce n’est pas surprenant pour peu qu’on se souvienne des réflexions d’Orwell sur la novlangue. Celui qui maîtrise le langage maîtrisera la conscience collective et certains sentiments deviendront inexprimables à force d’être censurés.

Dans les universités nord-américaines, on a voulu s’ouvrir aux paroles minoritaires, ce qui impliquait, dans l’esprit de la gauche radicale, de déboulonner les grandes figures de la civilisation occidentale, rassemblées dans la détestable catégorie des « hommes blancs morts ». Autrement dit, la culture n’était en réalité qu’un savoir assurant l’hégémonie des dominants sur les dominés. On a voulu constituer des contre-savoirs idéologiques propres aux groupes dominés ou marginalisés. C’est une logique bien bourdieusienne. Les humanités ont été le terrain inaugural de cette bataille. Ce serait maintenant le tour historique des minorités (et, plus exactement, de ceux qui prétendent parler en leur nom, cette nuance est essentielle) et ce sont elles qui devraient définir, à partir de leur ressenti, les frontières du dicible dans la vie publique. Ce sont elles qui devraient définir ce qu’elles perçoivent comme du « racisme », du « sexisme », de l’« homophobie ». Et on devrait tous se soumettre à cette nouvelle morale. Mais nous avons oublié qu’il peut y avoir un intégrisme victimaire et un fanatisme minoritaire, qui a versé dans la haine décomplexée de l’homme blanc, jugé salaud universel de l’histoire du monde. La société occidentale est soumise à un procès idéologique qui jamais ne s’arrête. Je vous le disais tout juste : ces notions ne cessent de s’étendre et tout ce qui relève de la société d’avant la révélation diversitaire finira dans les déchets du monde d’hier, dont il ne doit plus rester de traces.

— À l’ère de Donald Trump, ce phénomène est-il toujours aussi fort ? 

En ce moment, l’université nord-américaine, qui demeure la fabrique institutionnelle du politiquement correct, est rendue très loin dans ce délire : on connaît le concept de l’appropriation culturelle qui consiste à proscrire les croisements culturels dans la mesure où ils permettraient à l’homme blanc de piller les symboles culturels des minorités-victimes. On chantait hier le métissage, on vante désormais l’intégrité ethnique des minorités victimaires. La mode est désormais, dans les universités, de multiplier les « safe spaces », qui permettent aux minorités victimaires de transformer les établissements d’enseignement supérieur en un espace imperméabilisé contre les discours qui entrent en contradiction avec leur vision du monde. C’est sur cette base que des lobbies prétendant justement représenter les minorités-victimes en ont appelé, à plusieurs reprises, à censurer tel discours ou tel événement. Pour ces lobbies, la liberté d’expression ne mérite pas trop d’éloges, car elle serait instrumentalisée au service des forces sociales dominantes. Ils ne lui reconnaissent aucune valeur en soi et croient nécessaire de transgresser les exigences de la civilité libérale, qui permettaient à différentes perspectives de s’affronter pacifiquement à travers le débat démocratique. Ces lobbies sont animés par une logique de guerre civile.

J’ajouterais une chose : les gardiens du politiquement correct ne se contentent pas d’un ralliement modéré aux thèses qu’ils avancent : les intéressés exigent de l’enthousiasme. Il faut manifester de manière ostentatoire son adhésion au nouveau régime diversitaire en parlant son langage. Bien des journalistes militants se posent aussi en inquisiteur et veulent faire avouer aux hommes politiques ou aux intellectuels leurs mauvaises pensées. Ils les testent sur le sujet du jour en cherchant la faute, en voulant provoquer la déclaration qui fera scandale. Ils veulent prouver qu’au fond d’eux-mêmes, ce sont d’horribles réactionnaires.

— Le « politiquement correct » est-il le corollaire du multiculturalisme ? 

Le multiculturalisme est traversé par une forte tentation autoritaire, pour ne pas dire plus. Il ne fait pas bon ménage avec la liberté d’expression. La cohabitation entre différentes communautés présuppose une forme de censure généralisée où chacun s’interdit de juger des traditions et coutumes des autres. On appelle cela « le vivre-ensemble » : c’est une supercherie grossière. Certaines communautés (ou ceux prétendant parler en leur nom et les prenant en otage) veulent faire inscrire dans le droit leur conception du blasphème ou du moins obliger l’ensemble de la société à respecter leurs interdits moraux, ainsi qu’on a pu le voir dans l’affaire des caricatures. Le génie propre de la modernité, c’est le droit d’examiner et de remettre en question n’importe quelle croyance, sans avoir à se soumettre à ses gardiens qui voudraient nous obliger à la respecter. Ce sont les croyants qui doivent accepter que des gens ne croient pas la même chose qu’eux et se donnent le droit de moquer leurs convictions les plus profondes, sans que cette querelle ne dégénère en violence. Or, on nous demande de respecter la sensibilité des uns et des autres, comme s’il existait un droit de ne pas être vexé et un droit de veto accordé à chaque communauté pour qu’elle puisse définir la manière dont on se la représente.


mercredi 26 juillet 2017

Transition énergétique : les besoins colossaux en métaux

Les technologies requises pour limiter le réchauffement du climat feront grimper la demande de ressources naturelles. C’est, selon la Banque mondiale, un risque majeur pour l’environnement.

Un avenir bas carbone ne se construira pas sans minerais ni métaux. Tant s’en faut. Pour contenir le réchauffement planétaire sous les 2 °C, comme ambitionné par plus de 170 pays signataires de l’Accord de Paris fin 2015, il faudra en fait en extraire d’énormes quantités, avance la Banque mondiale dans un rapport sur le rôle primordial que jouera le secteur dans une telle économie « verte »

Le constat paraît sans appel. « Le rapport montre clairement que la composition des technologies supposées alimenter le passage à une énergie propre–éolien, solaire, hydrogène et systèmes électriques — nécessite en fait significativement PLUS [sic] de ressources que les systèmes d’alimentation en énergie traditionnels », écrivent les auteurs qui se sont penchés sur trois grandes technologies renouvelables : l’éolien, le solaire et les batteries de stockage d’énergie.

Les besoins futurs ne seront absolument pas les mêmes selon que le réchauffement de la planète est limité à 2 °C, ou qu’il atteigne 4 °C voire 6 °C, les trois scénarios envisagés par l’organisation. Sans surprise, le premier scénario se révèle le plus « ressourçovore ». La demande de métaux pourrait doubler avec l’essor des technologies éoliennes et solaires, dit la Banque mondiale. Mais c’est dans les accumulateurs électriques que l’exemple est le plus frappant : leur développement pourrait entraîner un bond de 1 000 % de la demande de lithium, si le monde prend les mesures requises pour contenir l’élévation de la température nettement en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels.





Choix politiques

La Banque mondiale a listé les ressources clefs de la transition énergétique, à l’instar du cuivre, de l’argent, de l’aluminium (bauxite), du nickel, du zinc et, probablement, du platine. Des marchés qui devraient donc bénéficier d’un virage vert. Elle cite aussi les terres rares, neodymium et indium.

Évidemment, beaucoup dépendra du nombre de turbines, de panneaux solaires ou encore de véhicules fabriqués — et donc des choix politiques des gouvernements. Le type de technologies déployées dans chacun de ces segments sera également déterminant. « Les technologies renouvelables qui émergeront comme les plus adaptées et les plus avantageuses seront essentielles pour définir le marché des matières premières sur les cinquante prochaines années », estiment les auteurs.

En se fiant aux tendances actuelles, le Chili, le Pérou et, potentiellement, la Bolivie auront un rôle majeur à jouer en fournissant du cuivre et du lithium ; le Brésil avec la bauxite et le fer ; l’Inde pour le fer, l’acier, le titane ; l’Afrique australe et la Guinée seront « incontournables » pour répondre aux besoins grandissants en platine, manganèse, bauxite et chrome ; et la Chine pour à peu près tous les produits. La Banque mondiale cite en outre la Nouvelle-Calédonie française et ses « réserves massives de nickel », matière première utilisée aujourd’hui dans les batteries pour voitures électriques. La République démocratique du Congo regorge également de minéraux, souvent pillée aujourd’hui avec la complicité de pays voisins comme le Rwanda dirigé d’une main de fer par le président Kagamé, dans des conditions écologiquement et humainement dégradantes.

Jusqu’à présent, peu d’analyses du genre ont été faites sur les implications matérielles d’un adieu aux systèmes fondés sur les combustibles fossiles. Avec ce rapport, la Banque mondiale met en garde sur l’impact que peut avoir une économie bas-carbone sur l’environnement.

Compléter et non pas concurrencer

« Si elle n’est pas correctement gérée, cette croissance de la demande de minerais et métaux pourrait aller à l’encontre des efforts et des politiques des pays riches en ressources pour atteindre les objectifs qu’ils se sont fixés en matière de changement climatique », préviennent les auteurs. Une attention particulière devra également être portée pour que l’eau utilisée par les communautés locales et les écosystèmes ne soit pas trop fortement touchée.

Le directeur du pôle mondial d’expertise en énergie et industries extractives du Groupe de la Banque mondiale, Riccardo Puliti, plaide pour l’ouverture d’un « dialogue entre les groupes d’intérêt sur le climat, l’énergie verte et les industries extractives ». Pour cela, les pays doivent intégrer que « le développement d’une ressource naturelle vient compléter et non pas concurrencer un avenir plus vert et plus durable ».

Source : Les Échos

L’inquiétant recul du quotient intellectuel

Le quotient intellectuel (QI) moyen français a décliné de 3,8 points entre 1999 et 2009 pour chuter à 97,3, indique une récente étude de deux chercheurs britanniques, publiée dans la revue Intelligence.

Toutefois, la diminution semble globale et touche aussi la Norvège, le Danemark, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, l’Australie, la Suède et la Finlande, mais pas les États-Unis.


En 2015, Edward Dutton (université d’Oulu, Finlande) et Richard Lynn (université d’Ulster, Royaume-Uni) publiaient, dans la revue Intelligence, une étude, passée inaperçue, mais dont les journaux auraient, peut-être, pu faire quelques manchettes. L’affaire est en effet d’une importance cardinale : les deux chercheurs documentaient, pour la première fois, une chute du quotient intellectuel (QI) moyen en France. Selon leurs estimations, ce dernier aurait perdu près de quatre points entre 1999 et 2009. À l’échelle d’une population, c’est énorme.

L’étude des deux chercheurs britanniques mérite toute notre attention.

Plusieurs raisons à cela. La première est que, s’il est reproduit et confirmé par d’autres études, ce résultat signale la première inversion, en France, de la tendance séculaire qui voit augmenter régulièrement l’indice d’intelligence individuelle — c’est-à-dire, pour éviter de parler d’« intelligence », de l’amélioration des compétences cérébrales, au sens quasi mécanique du terme. La deuxième raison de prendre au sérieux les résultats de MM. Dutton et Lynn est que cette inversion de la tendance à l’augmentation du QI est également constatée en Norvège, au Danemark, au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, en Australie, en Suède...

Dans de nombreux pays où les données peuvent s’étudier avec un recul historique suffisant, une légère érosion des facultés cognitives est mesurée, environ depuis le milieu des années 1990. Il y a toujours, bien évidemment, des biais possibles, des erreurs, des effets d’échantillonnage... Mais, même en Finlande, où la conscription donne lieu à des tests de QI standardisés, pratiqués sur toute une génération ou presque (25 000 jeunes par an sont testés depuis 1988), une étude des deux mêmes auteurs, publiée en 2013, montre une chute de deux points de QI entre 1997 et 2009, mesurée avec une grande précision. Les trois fonctions cognitives testées (représentation des formes, arithmétique, raisonnement verbal) sont toutes en régression.

Les Britanniques raisonnent moins bien et plus lentement aujourd’hui

Plus troublant encore, contrairement à ce que pourrait faire croire l’avènement du numérique et des jeux vidéo, les temps de réaction à un stimulus ont augmenté : non seulement les sujets de Sa Gracieuse Majesté raisonnent moins bien que leurs ancêtres de l’ère victorienne, mais ils pensent aussi plus lentement !

Cette baisse, amorcée au tournant des années 1990 et 2000, constitue un reflux dans la mesure où elle fait suite à une augmentation généralisée des QI moyens sous l’effet des progrès des conditions sanitaires et sociales tout au long du XXe siècle. Un effet établi en 1987 par un spécialiste néo-zélandais des recherches sur l’intelligence, James R. Flynn, et connu sous le nom d’« effet Flynn ». Le même James R. Flynn, aujourd’hui professeur émérite à l’université d’Otago de Dunedin en Nouvelle-Zélande, a été l’un des premiers à tirer la sonnette d’alarme en pointant du doigt le renversement de tendance.

« Nous sommes sortis d’un siècle de croissance rapide du QI moyen au cours duquel l’effet Flynn a joué à plein », constate le prospectiviste Laurent Alexandre, qui met ces années de croissance au crédit notamment de la diminution radicale des accidents obstétricaux entraînant une mauvaise oxygénation du cerveau et de la fin des carences en iode — élément chimique nécessaire au développement harmonieux du cerveau — dans les régions éloignées du littoral comme les Alpes. L’expression « crétin des Alpes » provient d’ailleurs des nombreux enfants de cette région condamnés au XIXe siècle au crétinisme faute d’avoir reçu dans leur alimentation suffisamment d’iode.

Quant aux causes du retournement constaté ces quinze dernières années, elles sont multiples, et leur poids relatif dans le phénomène n’est pas aisé à déterminer. Difficile d’incriminer en bloc les systèmes éducatifs, puisque les pays touchés par cette baisse de QI en possèdent de très différents, certains de ces pays étant par ailleurs bien classés dans les études PISA. Il en va de même pour un autre facteur régulièrement avancé, l’importance prise par le numérique chez les plus jeunes, puisque parmi les pays aux QI moyens les plus élevés figurent des pays d’Asie très technophiles.


Impact de l’immigration ?

Les causes pourraient être liées à la baisse qualitative de la nourriture et de l’éducation, du goût pour la lecture, à la hausse du nombre d’enfants par femme et à l’immigration. « Il se pourrait que ce soit l’augmentation du nombre d’immigrés au QI bas dans la population française qui explique ce déclin. Elle a eu lieu dans toute l’Europe occidentale et un nombre conséquent d’études a démontré que les immigrés d’Afrique du Nord et du Sud-Ouest asiatique ont typiquement un QI moyen compris entre 85 et 90 », notent-ils.

Très faible natalité des diplômés ?

Une autre explication politiquement incorrecte serait que les personnes les plus instruites ont tendance à retarder le moment d’avoir un premier enfant, notamment pour pouvoir poursuivre leurs études, et en font donc moins que celles appartenant aux couches plus défavorisées de la population. « C’est ce que le grand biologiste Jacques Monod écrivait déjà en 1970 dans “Le Hasard et la Nécessité” », rappelle Laurent Alexandre, qui cite à l’appui de cette hypothèse une étude génétique menée sur plus de 100 000 Islandais nés entre 1910 et 1990 et parue en décembre 2016 dans la revue « PNAS ».

« Cette étude a mis en évidence un ensemble de variantes génétiques appelé PolyEDU, lequel est fortement corrélé avec un bon niveau d’études. Or cette analyse montre que ces “bons” variants sont soumis au fil des décennies à une accumulation croissante de mutations génétiques défavorables, du fait de l’absence de sélection naturelle » — en clair, le fait moralement bienvenu que les personnes dotées de faibles capacités cognitives n’aient pas une descendance inférieure à ceux ayant des capacités cognitives plus importantes. Ces facteurs dits « dysgéniques », si tant est qu’ils existent, ne sont évidemment pas les seuls à jouer.

Utilisation de drogues ?

Un autre élément d’explication est la relative banalisation du haschisch, dont les études ont montré que, contrairement à d’autres drogues comme la cocaïne, par exemple, sa prise répétée avait un impact négatif sur le cerveau (les gros consommateurs auraient en moyenne 8 points de QI de moins que les autres).

Perturbation du système hormonal ?

Pour d’autres, les causes seraient environnementales. Dans Le Cerveau endommagé (Odile Jacob, 416 p., 39,90 euros), la biologiste Barbara Demeneix (CNRS/Muséum national d’histoire naturelle) montre comment la perturbation du système hormonal par une multitude de substances présentes dans notre environnement domestique (solvants, plastiques, etc.) ou dans la chaîne alimentaire (pesticides, additifs, etc.), peut altérer la construction de certaines structures cérébrales, notamment au cours de la période intra-utérine.

La chercheuse, dont les travaux sur le système thyroïdien sont mondialement reconnus, travaille depuis plus de dix ans sur la question. Elle a ratissé toute la connaissance, de l’épidémiologie à l’épigénétique en passant par l’endocrinologie et la biologie du développement ; elle conclut à un lien fort entre l’exposition généralisée de la population aux perturbateurs endocriniens — ces substances capables d’interférer avec le système hormonal — et l’augmentation d’une variété de troubles neuro-comportementaux (trouble de l’attention, hyperactivité, autisme, etc.). Depuis longtemps, elle s’attend à ce que ses idées soient confortées par un début de baisse, dans la population générale, des capacités cognitives. Désormais, nous y sommes, même si d’autres causes que les contaminants chimiques ne sont pas à exclure...


Sources : Valeurs actuelles, Le Monde, Les Échos

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Une étude souligne les effets néfastes du cannabis sur le cerveau des adolescents

mardi 25 juillet 2017

Les Français veulent le retour à l'uniforme et la promotion du latin et du grec

Qui a dit que les Français n’étaient pas prêts pour les réformes ? Ceux qui ont été interrogés par l’IFOP pour le Journal du Dimanche ont en tout cas dit tout le bien qu’ils pensaient de changements au sein de l’institution.

Elle doit être le lieu de « transmission des connaissances et des savoirs ». C’est en tout cas ce que pensent 52 % des personnes interrogées par l’IFOP au sujet de l’école. Publiés le 23 juillet dans le JDD, les résultats de cette enquête réalisée auprès de 960 personnes selon la méthode des quotas tendent à prouver le contraire de ce qui se répète depuis bien longtemps. Non, les Français ne sont pas allergiques aux réformes quand il s’agit de l’Éducation nationale.

Pour preuve : la quasi-intégralité des mesures proposées (13 sur 14) — dont certaines sont déjà en place — est adoubée par les sondés.

Les Français interrogés souhaiteraient également que le latin et le grec soient davantage promus (63 %) et que l’enseignement de l’histoire et de la philosophie des religions intervienne dès le collège (62 %). Autre retour en arrière ? La tenue vestimentaire. Le retour de l’uniforme obligatoire en primaire et au collège est plébiscité par 56 % des sondés. Les changements souhaités passent également par le baccalauréat, que les sondés voudraient voir profondément modifié « avec davantage de contrôle continu » (80 %).

Les Français sont également massivement (69 %) d’accord pour qu’on dépiste l’usage du cannabis dans les lycées. Ils sollicitent à 84 % l’autorisation de l’apprentissage dès 14 ans.

Par contre, seuls 24 % sont pour la suppression du redoublement.


lundi 24 juillet 2017

24 juillet 1967, le Gal de Gaulle remonte la Chemin du Roy et prononce « Vive le Québec libre ! »

Il y a 50 ans aujourd’hui, lundi le 24 juillet 1967 décrété jour férié, le Président de la République française, le général Charles de Gaulle parcourrait le « Chemin du Roy » de Québec à Montréal en compagnie du Premier Ministre Daniel Johnson, père, et d’un long cortège. À 19 h 42, le président français apparaît au balcon de l’hôtel de ville de Montréal devant 15.000 Québécois. C'est là qu'il prononcera son célèbre « Vive le Québec libre ! »

Le général de Gaulle à Trois-Rivières le 24 juillet 1967

Extraits de l’article de Christian Rioux à cette occasion dans le Devoir :

C’était il y a 50 ans à peine. Le 23 juillet 1967, le général de Gaulle débarquait à l’Anse-au-Foulon pour une visite de trois jours qui allait changer la face du Québec. Entre Paris et Montréal, Le Devoir retrace la genèse de ce moment aujourd’hui inscrit dans tous les livres d’histoire. Premier article d’une série de trois.

Ce matin-là, Jean-Paul Bled était à Saint-Malo. On n’imagine pas un lieu plus symbolique pour apprendre que, la veille, le général de Gaulle a provoqué tout un branle-bas de combat diplomatique en lançant « Vive le Québec libre ! » du haut du balcon de l’hôtel de ville de Montréal, le 24 juillet 1967. « En plus, c’était le jour de mon mariage ! dit l’historien. Le moment resta gravé à jamais dans ma mémoire. »

Mais au fond, dit-il, ce geste n’avait rien de si étonnant. Il était dans le prolongement direct de ce qu’avait été le général de Gaulle depuis qu’il avait pris la direction de Londres et lancé l’appel du 18 juin 1940, devenant ainsi le symbole vivant de la Résistance française.

[...]

L’homme qui débarque au Québec en 1967 pour payer la dette de Louis XV n’est pas seulement le libérateur de la France. Il n’est pas seulement le président revenu au pouvoir en 1958 pour sortir le pays de la guerre d’Algérie. À cette date, il est devenu un véritable symbole de la lutte anticoloniale.




[...]


À partir de 1958, les événements vont se précipiter. Avant même la fin de la guerre d’Algérie, la France se dote de l’arme nucléaire, ce qui assure son indépendance militaire des États-Unis. En 1964, elle reconnaît la Chine populaire. La même année, de Gaulle enfreint la doctrine Monroe qui veut que, du nord au sud, l’Amérique demeure une chasse gardée des États-Unis. Le général fait un voyage triomphal en Amérique latine, où il est reçu et acclamé en « Libertador ». Un an seulement avant de fouler le sol québécois, la France se retire du commandement intégré de l’OTAN sans pour autant condamner l’alliance atlantique. Mais ce que de Gaulle rejette, c’est la domination militaire américaine. La même année, il prononce son célèbre discours de Phnom Penh contre la guerre du Vietnam. Un mois avant d’arriver à Québec, il condamne l’attaque israélienne en Palestine. Toujours au nom de l’autodétermination des peuples.





[...]


Car, chez les De Gaulle, on n’a pas oublié cette époque. Fils d’un professeur d’histoire, de Gaulle baigne depuis toujours dans l’histoire de son pays. « C’est quelqu’un qui assume toute l’histoire de France, celle de la monarchie comme celle de la Révolution », dit le professeur d’histoire Gaël Nofri, aujourd’hui conseiller municipal de la Ville de Nice. La preuve : en 1913, lorsqu’à 23 ans il prononce une conférence sur le patriotisme devant le 33e régiment d’infanterie, il l’illustre par les exemples de Jeanne d’Arc, Du Guesclin et… Montcalm ! La fin du XIXe siècle a d’ailleurs été marquée par la publication de nombreux ouvrages sur le malheureux combattant des plaines d’Abraham.

On sait par le témoignage de son fils, Philippe, que de Gaulle avait lu Maria Chapdelaine, le roman fétiche de Louis Hémon paru en 1921 qui raconte l’histoire malheureuse de ce peuple poussé à l’exil après avoir été abandonné par la France. Nofri est convaincu que la vision qu’a de Gaulle du Canada est marquée par l’œuvre de l’historien Jacques Bainville. Ce catholique monarchiste, mais qui n’était guère nationaliste, déplore que, « malgré une glorieuse résistance », la France n’ait plus manifesté d’intérêt pour le Canada après la Conquête. Avant de partir, le général confie d’ailleurs à son ministre Alain Peyrefitte que son voyage « est la dernière occasion de réparer la lâcheté de la France ».

« C’est cette dette que veut payer de Gaulle, dit Nofri. Pour lui, c’est la France qui a fondé le Canada. C’est pourquoi d’ailleurs il ne saurait être question d’aller fêter le centenaire de la Confédération. Dans sa vision, les Québécois sont une branche de l’arbre français. C’est pourquoi il parle toujours des Français du Canada. Il n’y a là aucune volonté hégémonique. Seulement une vision de la France comme une civilisation qui s’inscrit dans le temps long de l’Histoire. Comme quelque chose qui a existé, qui existe et qui a vocation à exister. »

Un combat culturel

De Gaulle ne cache pas que son combat contre l’hégémonie américaine est aussi un combat culturel contre l’hégémonie anglo-saxonne. C’est le message qu’il a livré à Phnom Penh et à Mexico, dit Nofri. « Au Québec, il cible évidemment les Anglo-Saxons. Pour lui, c’est un combat de civilisation. Il perçoit déjà le danger de cette hégémonie anglo-américaine et la menace qu’elle fait peser sur la culture et la langue. Et donc sur les libertés ! »

Car la liberté pour De Gaulle, précise l’historien, n’est pas celle des existentialistes ou de l’épanouissement personnel. « C’est la liberté des Classiques. Celle qui est donnée à chacun pour remplir son devoir. Celui de donner sens à ce qu’il a été, à ce qu’il est et ce qu’il devrait être. C’est un combat pour la civilisation. »

Pour Gaël Nofri, le message que livre de Gaulle à Montréal, à Mexico et à Phnom Penh demeure éminemment moderne et actuel. « Certes, le monde a beaucoup changé depuis, dit-il. Mais ce qu’il dit de la nation et des rapports entre les nations est d’une extrême modernité à l’époque de la lutte contre la mondialisation. »




Recension du roman La Traversée du Colbert par Mario Girard :

Quatre mots. C’est tout ce qu’il a fallu pour créer l’une des plus grandes commotions de l’histoire moderne du Québec. Ces quatre mots ont secoué, ont nourri le rêve, ont ravivé l’espoir. Mais ils ont aussi divisé, déçu et mis à mal le sacrosaint jeu diplomatique.

Quand, le 24 juillet 1967, à 19 h 42, le président français Charles de Gaulle apparaît sur le balcon de l’hôtel de ville de Montréal, la foule présente d’environ 15 000 personnes est en liesse. Toute la journée, de Québec jusqu’à la métropole, le général a reçu un accueil digne de la Libération (ce sont ses mots) tout au long de son parcours sur le chemin du Roy.

Quand, quelques minutes plus tard, il couronne son discours par le mythique et retentissant « Vive le Québec libre », la même foule ne se contrôle plus. Elle exulte de joie, de fierté. Elle attendait ses paroles, elle les espérait. Elle les a eues.

Autour du général, c’est la consternation. On croit halluciner. Du côté français, déjà on pense à la manière de limiter les dégâts. Dans le clan des fédéralistes, on encaisse durement le coup. Chez les nationalistes, l’émotion étreint tout.

Depuis maintenant 50 ans, on ne cesse d’analyser la nature et la portée de ces quatre mots. Ont-ils été improvisés, comme certains continuent de le croire ? Pour mon collègue André Duchesne, auteur de l’essai La traversée du Colbert, il ne fait aucun doute que de Gaulle savait exactement ce qu’il faisait et que tout dans ce discours avait été prémédité.

Le vieux général n’avait-il pas dit à son entourage, juste avant son départ, que, s’il venait au Québec, il allait faire des « vagues » ?

Et n’avait-il pas confié à son chef d’état-major, Jean Philippon, lors de sa traversée, qu’une fois rendu au Québec, il ferait un grand coup d’éclat ?

« Oui, je suis maintenant persuadé qu’il avait cela en tête avant son départ, dit André Duchesne. Et je crois que malgré la tempête que cela a causée, il n’a jamais regretté son geste. Son entourage, par contre, a dû faire des prouesses pour rattraper tout cela. »

Une traversée dans l’histoire

André Duchesne a décidé de faire graviter le récit de son livre, auquel il a travaillé pendant plus de trois ans, autour du navire Le Colbert, ce croiseur antiaérien de 11 300 tonnes qui amena de Gaulle et son épouse, Yvonne, en « Nouvelle-France ». « Cette traversée de l’Atlantique est aussi une traversée dans l’histoire, dit l’auteur. Et cette traversée représente la montée en puissance de toute une organisation. »

Le Colbert est en effet le symbole de ce périple. Le choix d’une arrivée par bateau, plutôt que par avion, témoigne de la ténacité du général de Gaulle à ne pas vouloir se plier aux volontés d’Ottawa. De Paris, le président français avait compris l’incroyable bras de fer que se livraient Québec et Ottawa afin de s’emparer du contrôle de sa visite dans le cadre d’Expo 67.

Si de Gaulle était venu par avion, il aurait dû d’abord atterrir à Ottawa, ce dont il n’avait pas du tout envie. La proposition du bateau l’a donc séduit. De plus, elle lui permettait de faire un arrêt, le premier d’un président de la République, dans l’archipel français de Saint-Pierre-et-Miquelon.

« Je savais qu’il y avait une terrible guerre entre les deux capitales, mais pas à ce point », ajoute André Duchesne. C’est en prenant connaissance des résumés des réunions que Lester B. Pearson a eues à deux reprises avec son cabinet dans les heures qui ont suivi la fracassante déclaration du général de Gaulle que l’auteur a saisi l’ampleur de ce gâchis diplomatique.

Mais revenons à l’arrivée du président français à Québec. Ottawa s’arrangea pour déléguer le gouverneur général Roland Michener afin d’accueillir le général de Gaulle. Ce dernier fut de glace avec cet hôte symbolisant la conquête des Anglais et a été au contraire très chaleureux avec le Premier ministre québécois Daniel Johnson, avec qui il a passé le plus clair de son voyage. Il fera notamment avec lui la fameuse balade sur le chemin du Roy, car de Gaulle avait fait part à ses conseillers de son envie de « voir des gens ».

Un véritable roman à sensation

L’essai d’André Duchesne, qui se lit comme un véritable suspense, fourmille de détails et d’anecdotes savoureuses. Cela nous permet de voir à quel point un grand stress régnait sur l’organisation de cette visite. On y apprend que la première voiture qui fut soumise aux organisateurs était une Cadillac bleu poudre dotée d’un intérieur blanc.

Devant ce véhicule jugé « quétaine » pour un chef d’État, on opta pour une Lincoln noire que Jean O’Keefe, un logisticien dans l’entourage de Daniel Johnson, surnommé Monsieur Urgence, dénicha à Oakville. Cela fait écrire à André Duchesne : « Donc, le président de la France, en voyage au Québec, se déplacera dans une voiture américaine dénichée en Ontario. C’est ça, le Canada. »

Pour tous les organisateurs, cette visite revêtait une importance grandiose. « Au fil de mes recherches, j’ai compris l’importance du rôle de la Société Saint-Jean-Baptiste dans cette opération », explique André Duchesne.

C’est en effet cette organisation qui s’est assurée que, partout sur le passage de Charles de Gaulle, de Donnacona à Montréal, en passant par Trois-Rivières, des Québécois puissent exprimer leur admiration au général et à la France en agitant des drapeaux québécois et français.

Le fameux micro

Quant à savoir si le fameux discours du président français sur le balcon de l’hôtel de ville de Montréal avait été prévu ou pas, un flou continue de persister. Un micro avait été installé, en tous les cas. Dans l’après-midi, Jean Drapeau, voyant aux derniers détails, avait demandé qu’on le retire, précisant que de Gaulle allait parler aux dignitaires sur la terrasse arrière de l’hôtel de ville, mais pas à la foule.

Le responsable se contenta de le débrancher tout simplement. Si bien que, lorsque le général monta sur le balcon et vit le micro, il demanda de s’en servir. Un technicien de Radio-Canada, également organisateur politique du député libéral Jean-Paul Lefebvre, qui était sur place, s’empressa de s’acquitter de cette tâche.

« Il n’y avait pas seulement un micro, il y avait des enceintes acoustiques, explique André Duchesne. Que faisaient-elles là ? Il est très difficile de faire le tri dans les notes provenant de la Ville de Montréal, du gouvernement du Québec et de celui de la France. Certaines font allusion à une allocution et d’autres pas. »

Quoi qu’il en soit, de Gaulle avait un but précis en venant ici. Nous n’avons qu’à écouter le discours qu’il a fait à Québec, au Château Frontenac, lors de son arrivée, et celui qu’il a prononcé lors du déjeuner à l’hôtel de ville de Montréal, le jour de son départ. Il voit dans le Québec un peuple qui doit devenir « maître de lui » et aller « au fond des choses ». Et il passe ce message clairement.

Comme on le sait, la visite de Charles de Gaulle s’est terminée plus tôt que prévu, car Ottawa a pris la décision de ne pas l’accueillir comme cela devait se faire. Le président est donc reparti le 26 juillet à bord d’un avion.

Sur le tarmac, pendant qu’une fanfare jouait Vive la Canadienne, un conseiller du Quai d’Orsay glissa à l’oreille du président : « Mon général, vous avez payé la dette de Louis XV. »

Quant au Colbert, il s’engagea dans le Saint-Laurent le 30 juillet pour regagner la mer et retourner à Brest avec son équipage. Après avoir été transformé en musée maritime à Bordeaux pendant une quinzaine d’années à partir du milieu des années 90, il a été remorqué au cimetière des navires de Landévennec.

Le Colbert vit actuellement ses derniers jours. Il repose à Bassens en attendant d’être découpé en morceaux (si j’étais le Musée de la civilisation ou celui de Pointe-à-Callière, je m’empresserais de faire une demande à la France afin d’obtenir un fragment de ce bateau).

Le Colbert n’a pas eu la même chance que ce discours, celle de passer à la postérité. Mais il a eu le privilège de transporter le rêve qui était également du voyage.


La traversée du Colbert
par André Duchesne,
paru chez Boréal,
en juin 2017,
320 pages
ISBN Papier 9782764624807
ISBN PDF 9782764634806

Extrait en ligne

dimanche 23 juillet 2017

Interlude estival — Variations sur le thème de Une Jeune Fillette

Une Jeune Filette. Nous connaissons cette chanson de la renaissance grâce à Jehan Chardavoine (1537 – 1580) qui l’inclut dans son Recueil des plus belles et excellentes chansons en forme de voix de ville tirées de divers auteurs et poètes français tant anciens que modernes auxquelles a été nouvellement adaptée la musique de leur chant commun publié en 1575. Elle est également interprétée dans le film Tous les matins du monde de 1991 (extrait ci-dessous) couronné de 7 Césars.



Cette chanson, dont la mélodie est déjà attestée au XVe siècle — certains musicologues la font même remonter au XIIe — connut un grand succès jusqu’au XVIIIe siècle, un succès tel que de nombreux compositeurs s’en emparèrent dans toute l’Europe. Marc-Antoine Charpentier (1643-1704), André Raison (1650?-1719), Michel Richard Delalande (1657-1726) et Jean-François Dandrieu (1682-1738). Ces compositeurs ont écrit pour chœur, pour orgue ou pour d’autres dispositifs. L'abbé Simon-Joseph Pellegrin (1663-1716) écrira également le noël Entends ma voix fidèle, sur le thème d'Une jeune fillette.

En Italie par exemple, elle s’appellera Madre, non mi far monaca (Mère, ne me fais pas nonnette) ou tout simplement La Monica comme dans la Sonata sopra La Monica de Philip Friedrich Böddecker.  Bach l'adapta aussi dans sa chorale (BWV 417) Von Gott will ich nicht lassen (voir vidéo ci-dessus, sous-titrée en français).

La religion se l’appropria assez tôt pour en faire un chant à la gloire de la Vierge intitulé Une Jeune Pucelle (présentée dans la vidéo ci-dessus avec la musique d'Eustache du Caurroy (1549-1609), alors que la chanson originale est la plainte d’une jeune nonne qui refuse son état de religieuse.

La reprise la plus étonnante de cette mélodie est sans doute celle qu'en aurait faite le jésuite Jean de Brébeuf entre 1640 et 1642 alors qu'il évangélisait les Indiens Hurons au Canada français. Il aurait composé un chant de Noël dans la langue de ses hôtes, la mélodie s'inspire de celle d’Une Jeune Fillette.





HuronFrançais
Estennialon de tsonȣé Iésȣs ahatonnia
Onnaȣatéȣa d’oki n’onȣandaskȣaentak
Ennonchien skȣatrihotat n’onȣandilonrachatha
Iésȣs ahatonnia, (ter)
Chrétiens, prenez courage,
Jésus Sauveur est né! Du malin les ouvrages
À jamais sont ruinés. Quand il chante merveille,
À ces troublants appas Ne prêtez plus l'oreille:
Jésus est né: In excelsis gloria!
Aloki onkinnhaché eronhialeronnon
Iontonk ontantiandé ndio sen tsatonnharonnion
Iésȣs ahatonnia, (ter)

Oyez cette nouvelle, Dont un ange est porteur!
Oyez! âmes fidèles, Et dilatez vos cœurs.
La Vierge dans l'étable Entoure de ses bras
L'Enfant-Dieu adorable. Jésus est né: In excelsis gloria!
Achink ontahonraskȣa d’hatirihȣannens
Tichion halonniondetha onhȣa achia ahatren
Ondaie té hahahakȣa tichion halonniondetha
Iésȣs ahatonnia, (ter)
Voici que trois Rois Mages, Perdus en Orient,
Déchiffrent ce message Écrit au firmament :
L'Astre nouveau les hante. Ils la suivront la-bas,
Cette étoile marchante: Jésus est né: In excelsis gloria!


Ce noël huron fut recueilli par le Père Étienne-Thomas Girault de Villeneuve, le dernier jésuite missionnaire chez les Hurons de la Jeune-Lorette (Loretteville) au Québec (1747-94), et traduit du huron en français par Paul Picard, notaire indien (Paul Tsaenhohi, « Œil de vautour », fils d'un célèbre chef huron Point du jour), il est généralement attribué à Jean de Brébeuf (1593 - 1649) jésuite missionnaire puis martyr, à Sainte-Marie-au-pays-des-Hurons en Nouvelle-France, auteur d'un catéchisme en huron et d'un dictionnaire français/huron. Il aurait composé l'hymne et l'aurait appris aux Hurons entre 1640 et 1642, mais on ne possède nulle certitude sur cette question. La mélodie semble adaptée de notre air français du XVIe siècle, Une Jeune Fillette. Il aurait été chanté par les Hurons à Sainte-Marie-au-pays-des-Hurons jusqu'en 1649, date de la destruction de la mission par les ennemis, les Iroquois, et de la mort de Jean de Brébeuf, et il aurait été transmis de génération en génération par les indiens rescapés pendant environ cent ans. La version française fut publiée dans les Noëls anciens de la Nouvelle-France d'Ernest Myrand à Québec en 1907.

Lien alternatif si le premier ne fonctionne plus :




Thèse doctorale — Des enseignants d’éthique loin d’être neutres ?

Des enseignants d’éthique et culture religieuse ne se gêneraient pas pour faire l’éloge du végétarisme ou étaler leurs convictions politiques devant leur classe, révèle une nouvelle étude.

« Qu’ils soient athées ou croyants, les enseignants font très attention de ne pas transmettre leurs croyances religieuses à leurs élèves. Mais quand vient le temps d’enseigner la portion “éthique”, beaucoup d’entre eux vont donner leurs opinions personnelles », a dit Stéphanie Gravel, une étudiante au doctorat en sciences des religions à l’Université de Montréal.

[Note du carnet : Comme l’a écrit Luc Phaneuf, enseignant d’ECR, dans le NIC du 21 mars 2010 : « Un prof convaincu et habile fera des miracles avec ce cours dans les consciences des jeunes, surtout les incroyants agnostiques. » Pour lui, avec un bon professeur, avec de bonnes notes de cours, le cours peut être bénéfique et servir d’éveil spirituel à ces très nombreux jeunes qui auparavant n’entendaient pas parler de la religion. Cet enseignant modèle posera les bonnes questions, abordera des sujets peu fréquents, éveillera les consciences... Mais voilà, Luc Phaneuf est un catholique convaincu. Que pense-t-il qu’il arrivera avec un professeur athée ou agnostique qui posera les bonnes questions ? Quid des sujets éthiques ? Les professeurs ne laisseront-ils vraiment pas paraître leurs opinions (souvent très politiquement correctes) dans leurs encouragements, leurs questions, les thèmes qu’ils choisiront de discuter ou non...? On peut en douter à la lumière de certains témoignages qui nous sont parvenus. Voir la liste des liens connexes.]


Le cours d’éthique et culture religieuse (ECR), qui remplace depuis 2008 l’enseignement confessionnel et moral dans les classes du Québec, a soulevé la controverse à maintes reprises.

Tandis que les détracteurs du programme disent généralement craindre l’endoctrinement religieux des élèves, la thèse de doctorat de Mme Gravel souligne que c’est plutôt le volet « éthique » qui pourrait poser problème.

[Note du carnet : Loyola s’opposait au volet éthique dès mai 2008. L’apprentissage des faits sur d’autres religions au secondaire ne la gênait pas vraiment puisqu’elle le faisait déjà, Loyola trouvait le volet religieux ECR trop superficiel cependant. Le collège répètera cette opposition devant la Cour suprême : comment une école catholique peut-elle rester neutre dans des discussions éthiques sur la malhonnêteté, une vie dissolue, la pornographie ? Lors d’une réunion de parents tenue à Valcourt en septembre 2008 avec des représentants du Monopole de l’Éducation, on avait également souligné des problèmes avec le volet éthique. Le professeur Douglas Farrow de McGill s’était également opposé, en août 2008, dans les colonnes du National Post, à la volonté sous-jacente dans ce programme de créer chez les élèves captifs du cours ECR une distance critique envers les préceptes moraux de leurs parents. Dans l’ensemble, nous ne sommes pas sûrs qu’une bonne éducation soit assurée par un enseignement éthique impartial, neutre ou objectif. Les parents cherchent plutôt que leurs enfants soient éduqués avec certaines valeurs morales précises à transmettre. Devant la multiplicité de ces choix, il faut abolir le programme ECR ou pour le moins permettre des mises en œuvre très différentes de celui-ci en accord avec les parents et la direction de chaque école.]

Pendant plus d’un an, Stéphanie Gravel a observé 12 enseignants et enseignantes d’ECR dans autant d’écoles secondaires francophones québécoises.

Dans cet échantillon se trouvaient des personnes catholiques, protestantes, bouddhistes, syncrétistes, athées et agnostiques.

« Je pense qu’il y a un consensus social selon lequel l’école n’est pas là pour te transmettre ta croyance ni pour t’endoctriner. Et ça, c’était unanimement appliqué chez les enseignants, peu importe, leur religion », a indiqué Mme Gravel.

Végétarisme et carré rouge

L’étudiante de l’Université de Montréal a même remarqué qu’une enseignante très croyante, qui porte quotidiennement un collier avec une croix, dissimulait son pendentif lorsqu’elle donnait son cours, par souci de neutralité.

« Par contre, la surprise que j’ai eue, c’est que, pour la partie “éthique” du programme, la plupart des enseignants me disaient en entrevue que ça devenait moins important pour eux de ne pas donner leurs points de vue aux élèves », a dit Mme Gravel.

Par exemple, la chercheuse a été témoin d’une discussion entre un enseignant végétarien et des élèves qui cherchaient à savoir pourquoi il ne consommait jamais de viande lors des sorties scolaires. L’enseignant s’est alors lancé dans un discours en faveur du végétarisme, n’exposant que les arguments écologiques liés à cette pratique alimentaire.

« Il aurait pu présenter les mêmes arguments, mais sans parler de sa propre opinion et en abordant aussi les autres points de vue qui existent », a noté Mme Gravel.

Un carré rouge

Un autre enseignant arborait fièrement le carré rouge sur son sac, en refusant d’y voir un manque d’impartialité.

« Il m’a expliqué qu’il ne disait jamais aux élèves qu’il était athée, mais le port du carré rouge, c’était fondamental pour lui. À son avis, ça rejoignait les valeurs de la société, alors c’était correct. »

Résumé de Stéphanie Gravel de sa thèse
(disponible ici)

Le programme québécois non confessionnel d’Éthique et culture religieuse (ECR) exige de ses enseignants une posture professionnelle d’impartialité et d’objectivité. Cette dernière suscite une controverse sociale et des poursuites judiciaires. Les détracteurs du programme, comme ses défenseurs, invoquent l’impartialité de l’enseignement pour justifier leur position, mais en y conférant un sens différent. Malgré l’importance de cette question, aucune recherche empirique ne propose d’analyser l’impartialité des enseignants. Sur le plan théorique, on rencontre une diversité d’usages des concepts. Cette thèse propose une clarification de la question, tant sur le plan théorique que pratique. Une analyse approfondie de la posture professionnelle d’impartialité exigée en ECR est effectuée en première partie. S’ensuit une clarification des concepts d’impartialité, d’objectivité et de neutralité. Si le terme neutralité semble dominer la littérature en éducation et en politique, l’objectivité est principalement utilisée pour définir la posture du chercheur scientifique et le savoir qu’il produit. De son côté, l’impartialité est le parent pauvre de la littérature, particulièrement en éducation. Elle se trouve mieux définie dans le domaine de la justice et du droit, qualifiant surtout l’impartialité du juge.

Dans la deuxième partie de cette thèse, la méthodologie, les résultats d’analyse d’entrevues et ceux des observations sont présentés en examinant comment les enseignants d’ECR problématisent et négocient avec l’exigence d’impartialité professionnelle. La thèse innove aussi en analysant tant le propos que la mise en pratique de cette exigence d’impartialité en ECR chez 12 enseignants « typiques » ou « exemplaires » au secondaire provenant de milieux socioculturels différents (écoles privées confessionnelles ou publiques non confessionnelles de milieu multiculturel ou non multiculturel), répondant aux questions suivantes : Comment les enseignants conçoivent-ils l’impartialité exigée en ECR ? Comment l’impartialité exigée en ECR est-elle mise en pratique dans l’enseignement d’ECR au secondaire ? Réalisées à partir d’une approche déductive thématique, les analyses transversales des observations non participantes en classe et des entrevues semi-directives d’enseignants permettent de cerner les liens existant entre l’analyse théorique des prescriptions du programme ECR réalisée en première instance et les données qualitatives recueillies en deuxième instance.

Dans la discussion sont présentés les six principaux résultats se dégageant des analyses des 12 enseignants participants. Proposant une réflexion critique sur l’impartialité exigée en ECR, les résultats empiriques sont approfondis par les analyses théoriques, contribuant aussi à éclairer la question dans les domaines préoccupés par des défis professionnels similaires. Le premier résultat indique qu’il n’y a aucune influence des variables personnelles ou professionnelles des enseignants participants sur leur compréhension et leur mise en pratique de l’impartialité professionnelle exigée en ECR. Le deuxième rappelle qu’il existe une polysémie et une confusion conceptuelle entre les termes neutralité, impartialité et objectivité, tant chez nos enseignants que dans la littérature. La thèse propose à ce sujet des voies de clarification utiles. S’appuyant sur une typologie de l’impartialité élaborée en première partie, le troisième résultat explique que l’impartialité absolue ou « axiologique » est généralement rejetée. Le quatrième résultat rappelle que la notion de distance critique s’avère être le fondement de l’impartialité exigée en ECR. Le cinquième montre les différences entre l’impartialité religieuse et éthique, les questions d’endoctrinement religieux et d’expression ou non des croyances religieuses personnelles dominant la question de l’impartialité. Quant au sixième résultat, il résume les nombreux problèmes associés à l’exigence d’intervenir à partir des finalités du programme, ces finalités renvoyant à des concepts polysémiques et flous pour les enseignants.


Voir aussi

ECR — Marie s’est fait violer, elle a inventé l’histoire du Saint-Esprit, Joseph a gobé son histoire.

Enseignante d’ECR déguisée en curé... enfin pas dans la Voix de l’Est

« La vérité sur le cours ECR », une nouvelle catéchèse politiquement correcte ?

ECR — vingtaine d’adolescents dansent en récitant le mantra des Hare Krishna

Nouveau dérapage en cours d’ECR : un autre questionnaire explicite sur la sexualité

Cours d’ECR : les enseignants « marchent sur des œufs »

ECR — Les moines et les élèves ont dansé pour « éveiller la conscience de Krichna »... « Quelle belle rencontre de valeurs ! »

Chasser la religion et la remplacer par la spiritualité (suite)

Denise Bombardier sur ECR : cours de l’insignifiance, du fourre-tout politiquement correct ?

Après « Youpi, ma religion ! », « Ma religion de rêve »

Table ronde sur le matériel pédagogique ECR

Cahier ECR : « je suis un garçon, une fille, je ne sais pas encore »
Le cours ECR, école de l'unanimisme politiquement correct

ECR 2.0 ou élimination du programme ? Des enseignants en ECR essaient-ils de protéger leur poste ?

Formateur de formateurs en ECR à L’ACFAS : beaucoup de résistances, faible réceptivité, obstacles

Pas de classiques de la littérature, mais la lutte contre l’hétérosexisme en classe de français, d’anglais, d’histoire et de mathématiques et bien sûr... ECR !


mercredi 19 juillet 2017

Activités des Parents catholiques du Québec : éducation sexuelle et Révolution tranquille

Communiqué de l’Association des parents catholiques du Québec

Les événements du 10 et 13 mai organisés par l’Association des parents catholiques du Québec furent de francs succès.

L’Association des parents catholiques du Québec a présenté récemment deux événements à l’intention des parents et toutes les personnes intéressées à l’éducation des jeunes. La conférence « De la Révolution française à la Révolution tranquille », revisitait la Réforme Parent, une réforme qui a mis fin, au Québec dans les années 60, au cours classique et à un des meilleurs systèmes d’éducation au monde. Puis, dans les jours suivants, le colloque sur les programmes d’éducation sexuelle dans le monde et chez nous, au Québec : « L’éducation sexuelle : une idéologie imposée aux enfants ».

Ces deux événements ont su répondre à un public nombreux et enthousiaste. Mais la suite, bien sûr, est de répondre à la question : que pouvons-nous faire, nous qui sommes parents ? La réponse varie selon les circonstances de chacun. Nous y reviendrons dans les mois prochains ; vous êtes entre-temps invités à nous transmettre vos réflexions sur ce sujet à notre courriel : info@parentscatholiques.org.

Vous pouvez vous procurer pour 30 $ un double-DVD du colloque du 13 mai sur l’éducation sexuelle au Québec en faisant un don de 30 $ et plus et en indiquant « DVD 13 mai » comme commentaire.



Vous pouvez aussi visionner l’intégralité du colloque du 13 mai sur notre page YouTube [deux vidéos de celle-ci sont intégrées dans ce billet]



Notre journal Famille-Québec, publié depuis maintenant 50 ans, a été publié dernièrement dans son nouveau format. Votre association est, elle aussi, en perpétuelle « rénovation » et veut s’accorder toujours davantage aux défis actuels des jeunes familles.

Pour recevoir cette revue ou vous abonner, vous pouvez donner 15 $ et plus à l’APCQ et notez « Famille-Québec juin 2017 » dans la boîte commentaire.

Les conférences tenues au mois de mai n’auraient pas pu avoir lieu sans votre appui spirituel et matériel. Nous comptons sur votre appui — Merci de donner généreusement à l’Association des parents catholiques !

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Voir aussi

France — Des professionnels dénoncent les risques de l’éducation à la sexualité trop précoce

Québec — La « patate chaude » de l’éducation à la sexualité

Le « mythe » de la Révolution tranquille


Bilan mitigé pour le projet-pilote sur l'éducation sexuelle

Association de femmes contre les « droits des trangenres » ?

lundi 17 juillet 2017

Londres — Trop « genré », « Mesdames et Messieurs » bientôt banni des annonces sonores

Cela fait plusieurs semaines que les associations militantes lesbiennes, homosexuelles, bisexuels et trans (LGBT) font campagne pour l’utilisation d’un langage « plus neutre et moins genré » dans le métro de Londres. Elles ont finalement eu gain de cause, rapporte le journal britannique Metro. Fini le « mesdames et messieurs » séculaire, place au « Bonjour tout le monde », qui fait nettement moins référence aux identités de genre.

« Nous voulons que tout le monde se sente le ou la bienvenue dans notre réseau de transports. Nous avons modifié les termes que nous employons dans les annonces et ailleurs et nous nous assurerons que notre langage est totalement inclusif et reflète la grande diversité de Londres », a ainsi annoncé dans un communiqué Mark Evers, directeur de la stratégie clientèle au Transport for London (Tfl), l’organisme public responsable des transports dans la capitale britannique.

L’association Stonewall, qui a milité pour ce changement souligne de son côté que le « langage est extrêmement important pour la communauté lesbienne, homosexuelle, bi et trans, de même que la manière dont nous l’utilisons pour s’assurer que tout le monde se sente inclus ».

Voir aussi

La croisade des LGBT contre la liberté d’expression et les distinctions linguistiques immémoriales



Angleterre — Les bustes d'universitaires blancs « intimident les minorités ethniques »

Dans le hall d’entrée de l’Institut de psychiatrie du King’s College de Londres, des bustes honorent la mémoire de ses deux figures fondatrices — des hommes blancs. Un climat « aliénant » auquel la direction a décidé de mettre fin.

Le buste aliénant de Henry Maudsley
qui surplombe l’entrée de l’Institut de Psychiatrie
Les professeurs Henry Maudsley et Frederick Mot n’ont pas seulement fait avancer la recherche médicale dans les années 1920 : ils ont également contribué à fonder l’Institut de psychiatrie, de psychologie et de neuroscience du King’s College de Londres, l’un des établissements d’enseignement supérieur les plus prestigieux au monde. Si leur génie leur a valu de passer à la postérité, la couleur de leur peau pourrait aujourd’hui les priver de l’hommage qui leur a été rendu.

En effet, les bustes de ces deux éminents professeurs britanniques, qui ornent le hall d’entrée de l’Institut, fondé en 1924, seraient trop « intimidants pour les minorités ethniques » qui y étudient selon les termes du doyen de l’Institut, Patrick Leman, rapportés par la presse britannique. Après avoir reçu plusieurs plaintes d’associations d’étudiants, celui-ci a finalement reconnu que les bustes des deux professeurs, ainsi que ceux d’autres chercheurs, trônant à l’intérieur du bâtiment, représentaient « presque exclusivement des hommes d’âge mûr et de couleur blanche ». Pour atténuer le présumé caractère discriminatoire de ces représentations, les sculptures et portraits représentant Henry Maudsley, Frederick Mot et d’autres figures illustres de l’établissement seront donc remplacés, dans le hall d’entrée, par un « mur de la diversité ».

« Nous ne jetons rien à la poubelle », se défend Patrick Leman. « Il s’agit juste de rendre l’Institut moins aliénant », explique-t-il. Les bustes et tableaux en question seront donc décrochés et exposés ailleurs, moins en évidence, afin de faire une plus grande place aux universitaires issus de minorités. « Nous essayons de refléter la diversité de nos étudiants, mais aussi d’être plus interculturels, plus internationaux dans notre approche du développement des sciences », assure le doyen.

Nous essayons de refléter la diversité de nos étudiants, mais en essayant d’être plus interculturels, plus internationaux en ce qui concerne la façon dont nous développons la science », a déclaré le professeur Leman au Daily Telegraph.

« Une grande partie de la recherche médicale et psychologique a été des étudiants blancs, masculins, nord-américains ou européens... de plus en plus nous essayons de l’élargir pour inclure des recherches plus récentes en provenance d’Asie, d’Afrique et d’autres parties du monde. » d’ajouter le professeur.

Autre mesure annoncée pour combattre le racisme larvé que véhiculeraient certains matériels d’enseignement : les planches et diagrammes anatomiques proposés aux élèves présenteront à l’avenir des corps de différentes couleurs.

Ce n’est pas la première fois que des étudiants exigent, dans le monde universitaire britannique, une moindre représentation des figures historiques blanches.

En janvier dernier, des étudiants de l’École des études orientales et africaines de l’Université de Londres avaient demandé que des philosophes tels que Platon, Aristote, Voltaire, Descartes ou encore Kant, soient bannis du programme de philosophie. Jugés peu pertinents parce que rédigés par des philosophes européens blancs, les ouvrages de ces auteurs devaient, selon eux, céder la place à des ouvrages d’auteurs africains et asiatiques.

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Les principaux dirigeants européens n’ont pas d’enfants (mis à jour)

Un nouveau dirigeant européen s’ajoute à cette liste : Leo Varadkar (ci-contre) élu au début du mois de juin 2017 à la tête du parti irlandais Fine Gael. Il a remplacé, 10 jours plus tard, le Premier ministre irlandais démissionnaire Enda Kenny. La presse a beaucoup insisté sur sa « modernité » : Leo Varadkar est jeune (38 ans), homosexuel et métis. Ces attributs auraient représenté une barrière pour quiconque voulait prétendre aux plus hautes fonctions dans ce pays de 4,6 millions d’habitants à forte tradition catholique. Il est né d’un père médecin originaire de Bombay et d’une mère infirmière irlandaise, il a grandi avec ses deux sœurs aînées à Dublin.

Les médias n’ont pas souligné qu’il n’avait pas d’enfant.


Billet originel du 12 mai 2017 [une mise à jour dans la liste]

De gauche à droite : Theresa May, Angela Merkel et Jean-Claude Juncker


Les dirigeants des principaux pays européens ont un inquiétant point commun, mis en évidence par Phil Lawler (éditeur du » Catholic World News ») :

  • Nouveau ! Leo Varadkar, nouveau Premier ministre irlandais n’a pas d’enfants
  • Emmanuel Macron, le nouveau président français, n’a pas d’enfants (il a épousé son ancienne prof, de 25 ans son aînée)
  • La chancelière allemande Angela Merkel n’a pas d’enfants
  • Le Premier ministre britannique Theresa May n’a pas d’enfants
  • Le Premier ministre italien Paolo Gentiloni n’a pas d’enfants
  • Le Premier ministre néerlandais Mark Rutte n’a pas d’enfants
  • Le Premier ministre suédois Stefan Löfven n’a pas d’enfants
  • Le Premier ministre luxembourgeois Xavier Bettel n’a pas d’enfants
  • Le Premier ministre écossais Nicola Sturgeon n’a pas d’enfants
  • Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker n’a pas d’enfants

(Le Premier ministre belge, Charles Michel, a deux enfants, une moyenne haute dans cette Europe qui ne se reproduit plus. Mais son prédécesseur, Élio di Rupo, était un homosexuel sans enfant.)


Xavier Bettel (à droite) et son mari


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samedi 15 juillet 2017

Étude : les croyants ne sont pas moins ouverts d'esprit que les athées, parfois ils sont même plus ouverts

Une nouvelle étude indique qu’en Europe occidentale les croyants religieux seraient mieux à même d’appréhender et d’intégrer différents points de vue que les athées.

« L’idée maîtresse de l’étude est que les personnes religieuses n’ont pas nécessairement l’apanage de la fermeture d’esprit », a déclaré Filip Uzarevic, un des auteurs de l’étude, chercheur auprès de l’Université catholique de Louvain en Belgique.

La recherche a été publiée le 27 avril 2017, dans la revue à comité de lecture Personality and Individual Differences.

La recherche trouve son origine dans un constat. Avec son équipe, Uzarevic avait constaté que dans le débat public, « bien que les groupes conservateurs et religieux, d’une part, et les groupes progressistes et athées, d’autre part, faisaient montre d’une forte animosité à l’égard de leurs opposants sur l’échiquier idéologique, c’était généralement les premiers qui étaient désignés comme ayant l’esprit étroit ».

« En outre, de déclarer Uzarevic, cette conception du non-religieux comme plus tolérant et ouvert paraissait dominante dans les ouvrages de psychologie. Intéressés par le sujet, nous nous sommes demandés si cela est nécessairement toujours le cas : les religieux sont-ils en général plus étroits d’esprit, ou serait-il utile d’enquêter sur les différents aspects de la fermeture d’esprit et sur leur relation avec la (non-)religion. »

Les chercheurs ont constaté que les participants chrétiens obtenaient une note plus haute sur une mesure de dogmatisme que les participants non religieux. Les participants chrétiens, par exemple, étaient plus susceptibles de ne pas être d’accord avec des affirmations telles qu’« Il y a tellement de choses que nous n’avons pas encore découvertes, personne ne peut être absolument certain que ses croyances sont correctes ».

Mais deux autres mesures d’étroitesse d’esprit donnaient des résultats très différents.

Les athées s’avèrent plus intolérants face à la contradiction, c’est-à-dire lorsqu’ils ont été présentés avec deux déclarations apparemment contradictoires, ils considéraient l’une comme très vraie et l’autre comme très fausse. Ils ont également montré moins de propension à pouvoir imaginer des arguments contraires à leur propre point de vue et à les trouver quelque peu convaincants.

« Dans notre étude, la relation entre la religion et l’étroitesse d’esprit dépendait de l’aspect de fermeture d’esprit considéré », a déclaré Uzarevic à PsyPost. « Les non-religieux semblaient plus ouverts que les religieux quand il s’agissait de mesurer explicitement la certitude dans ses propres croyances. Toutefois, de façon assez étonnante, quand il s’agit de mesurer subtilement une inclinaison à intégrer des opinions divergentes ou contraires à ses propres opinions, ce sont les religieux qui ont montré le plus d’ouverture. En somme, l’étroitesse d’esprit (ou du moins certains aspects de celle-ci) n’est peut-être pas l’apanage des seuls religieux. En outre, sous certains aspects, les non-religieux peuvent même être plus étroits d’esprit que les religieux. »

L’échantillon de l’étude était constitué de 788 adultes du Royaume-Uni, d’Espagne et de France. La majorité des participants ont déclaré être athées (302) ou agnostiques (143). Les autres participants étaient chrétiens (255), musulmans (17), bouddhistes (17), juifs (3) ou identifiés comme « autres » (51).

« Il y a, bien entendu, des limites à cette étude. Il est particulièrement important de les garder à l’esprit puisque l’étude psychologique de la non-religion n’en est encore qu’à ses balbutiements, et il convient d’interpréter ces résultats avec circonspection », de déclarer Uzarevic.

« Premièrement, nous ne savons pas si les résultats ne valent que pour le contexte de l’Europe de l’Ouest (sécularisée) d’où provient l’échantillon ou s’ils reflètent une tendance mondiale ».

« En gardant ceci à l’esprit et en se souvenant que l’ampleur des effets observés dans notre étude est assez petite, la reproduction de cette étude devrait permettre de confirmer la stabilité des résultats. Il est important de souligner l’importance de cette reproduction, car notre étude a été réalisée en ligne ce qui prête naturellement le flanc à des critiques (notamment sur une potentielle non-représentativité de l’échantillon, sur l’impossibilité de contrôler complètement la structure et la qualité de l’échantillon). Cependant, malgré ces limites, l’étude fournit des résultats relativement cohérents et un bon point de départ pour de futures recherches. »

L’étude, “Les athées sont-ils non dogmatiques ?”, est également signée par Vassilis Saroglou et Magali Clobert.

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Les enfants non religieux sont-ils vraiment plus altruistes

(Statistiques Canada 2015) Œuvres de bienfaisance : les plus religieux donnent le plus, le Québec le moins

Les enfants religieux seraient plus heureux


Les athées sont-ils moins altruistes ?
(Statistiques Canada 2009) « ces personnes pratiquantes sont nettement plus enclines à faire des dons à des organismes de bienfaisance et sans but lucratif et à faire des dons nettement plus importants à des organismes religieux et non religieux que ceux qui ne vont pas régulièrement à l'église. »

jeudi 13 juillet 2017

Alcuin ou la renaissance carolingienne et la création des écoles

L’historien Christophe Dickès propose, sur la chaîne Storia Voce, une émission consacrée à la découverte d’Alcuin, grande figure de l’érudition européenne, qui domina la période si riche de la Renaissance carolingienne, en tant que proche conseiller et ami de Charlemagne.

Originaire d’Angleterre, il parcourut l’Europe, d’Aix-la-Chapelle à Rome en passant par Tours ou Francfort.

On lui doit notamment la diffusion de l’écriture caroline, exceptionnelle par sa modernité et sa lisibilité. Ce personnage méconnu est pourtant essentiel puisqu’il fut à l’origine de la fameuse décision de l’empereur de créer des écoles.


Alcuin naquit vers 730 dans le Yorkshire, de parents nobles et riches. Alcuin fut éduqué dans l’école cathédrale d’York, une des plus renommées de l’époque, sous la direction de Egbert puis de Elbert, un disciple de Bède le Vénérable. Il devint maître de l’école en 778.

En 781, à 49 ans, Alcuin effectua un voyage à Rome. De passage à Parme, Alcuin rencontra Charlemagne et accepta son invitation à Aix-la-Chapelle, où le roi rassemblait les plus grands savants de son temps. À la tête de l’école palatine, la plus grande école de l’Empire carolingien, Alcuin devint le professeur et conseiller de Charlemagne, et de ses fils. Charlemagne donna à Alcuin la charge des abbayes de Ferrières-en-Gâtinais, de Saint-Loup de Troyes, et de Saint-Josse en Ponthieu. Sous l’égide d’Alcuin, de grands centres culturels s’organisèrent autour des monastères et des cathédrales. Il introduisit les méthodes d’enseignement anglo-saxonnes dans les écoles franques, systématisa le curriculum scolaire, et encouragea l’étude des arts libéraux. Simple diacre, Alcuin fut chargé de l’éducation de jeunes nobles destinés aux plus hautes fonctions de l’Église et de l’État.

Alcuin présente son élève Rabanus Maurus à saint Martin de Tours (mort quatre siècles plus tôt !), miniature extraite d’un manuscrit romain du IXe siècle

Inventeur de l’école ?

Le but de l’empire est d’instaurer ici-bas la paix et la concorde, et de conduire le peuple au salut dans l’au-delà. Pour cela, il faut un clergé instruit. Cet objectif est inscrit dans le capitulaire fameux de l’Admonition générale (789).

Il y est dit au chapitre 72 que les ministres de Dieu (les prêtres) doivent se signaler par leurs bonnes mœurs et doivent également instruire les garçons les mieux disposés pour les préparer à la carrière ecclésiastique.

C’est de là que vient la réputation faite à Charlemagne d’avoir « inventé l’école », selon une formule populaire.


Sacré Charlemagne, « inventeur » de l’école dans la musique populaire

Alcuin lui-même enseigne les arts libéraux à la cour d’Aix-la-Chapelle. Parmi ses élèves figurent les enfants des dignitaires, mais aussi les dignitaires eux-mêmes, les prélats et le souverain lui-même.

Alcuin et ses principaux collaborateurs, d’origine barbare, ont appris le latin classique comme une langue morte. C’est ce latin qu’ils vont remettre en vogue comme langue de l’administration civile et de l’église, au détriment du latin abâtardi pratiqué autour d’eux par les descendants des Gallo-Romains. Ainsi, c’est en latin classique que sont écrits les textes officiels, les capitulaires, destinés à être lus par des clercs et des gens instruits.

Le peuple lui-même ne comprend rien au latin de cuisine des clercs ordinaires et encore moins au latin classique de la scola palatina, aussi Alcuin a-t-il le souci de l’instruire dans sa langue usuelle. C’est ce que recommandera le concile de Tours, en 813, neuf ans après sa mort.

Paradoxalement, le retour du latin classique comme langue de l’administration va donc s’accompagner en parallèle du développement des langues vernaculaires (en particulier le roman et le tudesque/thiois à l’origine du français et de l’allemand actuels).

Infatigable réformateur, le moine écrit au cours de sa longue vie pas moins de 80 ouvrages et 350 lettres, avec le souci constant de la correction des mœurs et de l’émendation des textes [émendation est le synonyme savant de correction, en droit on dit qu’on émende un jugement pour le modifier]...

Replié à l’abbaye de Saint-Martin de Tours, il développe un atelier de copistes qui va devenir le plus important d’Occident. Il va notamment produire plus de cinquante exemplaires de la Bible enrichis de ses propres commentaires.

C’est cette Bible, dans la traduction latine de Saint Jérôme, corrigée par Alcuin (la Vulgate), qui sera choisie par le concile de Trente, au XVIe siècle, comme la référence officielle de l’Église catholique. Le travail des copistes carolingiens, à Tours et ailleurs, va permettre par ailleurs de conserver ou récupérer 150 œuvres originales issues de la culture latine classique (sur un total de 700 titres connus).

Les copistes d’Alcuin, à Aix-la-Chapelle comme à Tours, abandonnent l’écriture à la romaine, devenue illisible, et adoptent une nouvelle écriture standardisée sous forme de petits caractères ronds, en prenant soin de séparer les mots, ce qu’on ne faisait pas auparavant.

Cette nouvelle écriture, pratique et claire, sans doute mise au point à l’abbaye de Corbie, en Picardie, va être adoptée par les imprimeurs dès le XVe siècle, de préférence à toute autre et notamment l’écriture gothique qui l’avait remplacée un temps au Moyen-Âge. Elle sera baptisée « minuscule caroline » en 1838, en hommage à Charlemagne.

La même invention technique d’une minuscule lisible expliquera l’essor de l’immense travail de copies des œuvres de l’Antiquité à Constantinople (début du IXe siècle) comme le mentionne Sylvain Gouguenheim dans La Gloire des Grecs. L’usage de la minuscule grecque, comme sa cousine latine, permit un important gain de place, économisant le parchemin, et de temps, la rédaction devenant plus rapide ; elle favorisa ainsi la production et la diffusion des livres. Elle rendit également la lecture plus claire, les mots étant désormais séparés.

Comme leurs prédécesseurs mérovingiens, ils écrivent de préférence sur du parchemin (peau non tannée d’agneau ou de veau). Ils se détournent du papyrus, d’une part parce que ce produit d’origine orientale se fait rare en Occident depuis que les Arabes ont envahi le bassin méditerranéen, d’autre part parce qu’il est difficile à conserver, relier et enluminer.

Ainsi, grâce à l’action d’Alcuin, on peut parler de « renaissance carolingienne », une expression inventée par le médiéviste Jean-Jacques Ampère (fils du physicien André Ampère).


LatinGrec
Onciale (jusqu’au IXe siècle)
Codex Bezae

Codex Sinaiticus

Minuscule (caroline) à partir du IXe siècle

Minuscule (grecque) à partir du IXe siècle
Extrait de la Vulgate, évangile de Saint-Luc, 15, manuscrit carolingien produit à Tour entre 820 et 830
Extrait de la Guerre du Péloponnèse de Thucydide, manuscrit du Xe siècle conservé à Florence