mercredi 19 juillet 2017

Activités des Parents catholiques du Québec : éducation sexuelle et Révolution tranquille

Communiqué de l’Association des parents catholiques du Québec

Les événements du 10 et 13 mai organisés par l’Association des parents catholiques du Québec furent de francs succès.

L’Association des parents catholiques du Québec a présenté récemment deux événements à l’intention des parents et toutes les personnes intéressées à l’éducation des jeunes. La conférence « De la Révolution française à la Révolution tranquille », revisitait la Réforme Parent, une réforme qui a mis fin, au Québec dans les années 60, au cours classique et à un des meilleurs systèmes d’éducation au monde. Puis, dans les jours suivants, le colloque sur les programmes d’éducation sexuelle dans le monde et chez nous, au Québec : « L’éducation sexuelle : une idéologie imposée aux enfants ».

Ces deux événements ont su répondre à un public nombreux et enthousiaste. Mais la suite, bien sûr, est de répondre à la question : que pouvons-nous faire, nous qui sommes parents ? La réponse varie selon les circonstances de chacun. Nous y reviendrons dans les mois prochains ; vous êtes entre-temps invités à nous transmettre vos réflexions sur ce sujet à notre courriel : info@parentscatholiques.org.

Vous pouvez vous procurer pour 30 $ un double-DVD du colloque du 13 mai sur l’éducation sexuelle au Québec en faisant un don de 30 $ et plus et en indiquant « DVD 13 mai » comme commentaire.



Vous pouvez aussi visionner l’intégralité du colloque du 13 mai sur notre page YouTube [deux vidéos de celle-ci sont intégrées dans ce billet]



Notre journal Famille-Québec, publié depuis maintenant 50 ans, a été publié dernièrement dans son nouveau format. Votre association est, elle aussi, en perpétuelle « rénovation » et veut s’accorder toujours davantage aux défis actuels des jeunes familles.

Pour recevoir cette revue ou vous abonner, vous pouvez donner 15 $ et plus à l’APCQ et notez « Famille-Québec juin 2017 » dans la boîte commentaire.

Les conférences tenues au mois de mai n’auraient pas pu avoir lieu sans votre appui spirituel et matériel. Nous comptons sur votre appui — Merci de donner généreusement à l’Association des parents catholiques !

Donnez aujourd’hui à l’APCQ >>

Voir aussi

France — Des professionnels dénoncent les risques de l’éducation à la sexualité trop précoce

Québec — La « patate chaude » de l’éducation à la sexualité

Le « mythe » de la Révolution tranquille


Bilan mitigé pour le projet-pilote sur l'éducation sexuelle

Association de femmes contre les « droits des trangenres » ?

lundi 17 juillet 2017

Londres — Trop « genré », « Mesdames et Messieurs » bientôt banni des annonces sonores

Cela fait plusieurs semaines que les associations militantes lesbiennes, homosexuelles, bisexuels et trans (LGBT) font campagne pour l’utilisation d’un langage « plus neutre et moins genré » dans le métro de Londres. Elles ont finalement eu gain de cause, rapporte le journal britannique Metro. Fini le « mesdames et messieurs » séculaire, place au « Bonjour tout le monde », qui fait nettement moins référence aux identités de genre.

« Nous voulons que tout le monde se sente le ou la bienvenue dans notre réseau de transports. Nous avons modifié les termes que nous employons dans les annonces et ailleurs et nous nous assurerons que notre langage est totalement inclusif et reflète la grande diversité de Londres », a ainsi annoncé dans un communiqué Mark Evers, directeur de la stratégie clientèle au Transport for London (Tfl), l’organisme public responsable des transports dans la capitale britannique.

L’association Stonewall, qui a milité pour ce changement souligne de son côté que le « langage est extrêmement important pour la communauté lesbienne, homosexuelle, bi et trans, de même que la manière dont nous l’utilisons pour s’assurer que tout le monde se sente inclus ».

Voir aussi

La croisade des LGBT contre la liberté d’expression et les distinctions linguistiques immémoriales



Angleterre — Les bustes d'universitaires blancs « intimident les minorités ethniques »

Dans le hall d’entrée de l’Institut de psychiatrie du King’s College de Londres, des bustes honorent la mémoire de ses deux figures fondatrices — des hommes blancs. Un climat « aliénant » auquel la direction a décidé de mettre fin.

Le buste aliénant de Henry Maudsley
qui surplombe l’entrée de l’Institut de Psychiatrie
Les professeurs Henry Maudsley et Frederick Mot n’ont pas seulement fait avancer la recherche médicale dans les années 1920 : ils ont également contribué à fonder l’Institut de psychiatrie, de psychologie et de neuroscience du King’s College de Londres, l’un des établissements d’enseignement supérieur les plus prestigieux au monde. Si leur génie leur a valu de passer à la postérité, la couleur de leur peau pourrait aujourd’hui les priver de l’hommage qui leur a été rendu.

En effet, les bustes de ces deux éminents professeurs britanniques, qui ornent le hall d’entrée de l’Institut, fondé en 1924, seraient trop « intimidants pour les minorités ethniques » qui y étudient selon les termes du doyen de l’Institut, Patrick Leman, rapportés par la presse britannique. Après avoir reçu plusieurs plaintes d’associations d’étudiants, celui-ci a finalement reconnu que les bustes des deux professeurs, ainsi que ceux d’autres chercheurs, trônant à l’intérieur du bâtiment, représentaient « presque exclusivement des hommes d’âge mûr et de couleur blanche ». Pour atténuer le présumé caractère discriminatoire de ces représentations, les sculptures et portraits représentant Henry Maudsley, Frederick Mot et d’autres figures illustres de l’établissement seront donc remplacés, dans le hall d’entrée, par un « mur de la diversité ».

« Nous ne jetons rien à la poubelle », se défend Patrick Leman. « Il s’agit juste de rendre l’Institut moins aliénant », explique-t-il. Les bustes et tableaux en question seront donc décrochés et exposés ailleurs, moins en évidence, afin de faire une plus grande place aux universitaires issus de minorités. « Nous essayons de refléter la diversité de nos étudiants, mais aussi d’être plus interculturels, plus internationaux dans notre approche du développement des sciences », assure le doyen.

Nous essayons de refléter la diversité de nos étudiants, mais en essayant d’être plus interculturels, plus internationaux en ce qui concerne la façon dont nous développons la science », a déclaré le professeur Leman au Daily Telegraph.

« Une grande partie de la recherche médicale et psychologique a été des étudiants blancs, masculins, nord-américains ou européens... de plus en plus nous essayons de l’élargir pour inclure des recherches plus récentes en provenance d’Asie, d’Afrique et d’autres parties du monde. » d’ajouter le professeur.

Autre mesure annoncée pour combattre le racisme larvé que véhiculeraient certains matériels d’enseignement : les planches et diagrammes anatomiques proposés aux élèves présenteront à l’avenir des corps de différentes couleurs.

Ce n’est pas la première fois que des étudiants exigent, dans le monde universitaire britannique, une moindre représentation des figures historiques blanches.

En janvier dernier, des étudiants de l’École des études orientales et africaines de l’Université de Londres avaient demandé que des philosophes tels que Platon, Aristote, Voltaire, Descartes ou encore Kant, soient bannis du programme de philosophie. Jugés peu pertinents parce que rédigés par des philosophes européens blancs, les ouvrages de ces auteurs devaient, selon eux, céder la place à des ouvrages d’auteurs africains et asiatiques.

Voir aussi

Uniformiser les universités de la « nation arc-en-ciel » au nom de l’« unité » ?

Des universités politiquement correctes qui doivent « protéger » leurs étudiants

Québec — La radicalisation« anarchiste » à l’université inquiète

La croisade des LGBT contre la liberté d’expression et les distinctions linguistiques immémoriales

La censure contaminerait les milieux universitaires

UQAM — Débat sur ECR annulé suite à des menaces (m-à-j)

Canada — Liberté d’expression et d’opinion menacée dans les universités



Les principaux dirigeants européens n’ont pas d’enfants (mis à jour)

Un nouveau dirigeant européen s’ajoute à cette liste : Leo Varadkar (ci-contre) élu au début du mois de juin 2017 à la tête du parti irlandais Fine Gael. Il a remplacé, 10 jours plus tard, le Premier ministre irlandais démissionnaire Enda Kenny. La presse a beaucoup insisté sur sa « modernité » : Leo Varadkar est jeune (38 ans), homosexuel et métis. Ces attributs auraient représenté une barrière pour quiconque voulait prétendre aux plus hautes fonctions dans ce pays de 4,6 millions d’habitants à forte tradition catholique. Il est né d’un père médecin originaire de Bombay et d’une mère infirmière irlandaise, il a grandi avec ses deux sœurs aînées à Dublin.

Les médias n’ont pas souligné qu’il n’avait pas d’enfant.


Billet originel du 12 mai 2017 [une mise à jour dans la liste]

De gauche à droite : Theresa May, Angela Merkel et Jean-Claude Juncker


Les dirigeants des principaux pays européens ont un inquiétant point commun, mis en évidence par Phil Lawler (éditeur du » Catholic World News ») :

  • Nouveau ! Leo Varadkar, nouveau Premier ministre irlandais n’a pas d’enfants
  • Emmanuel Macron, le nouveau président français, n’a pas d’enfants (il a épousé son ancienne prof, de 25 ans son aînée)
  • La chancelière allemande Angela Merkel n’a pas d’enfants
  • Le Premier ministre britannique Theresa May n’a pas d’enfants
  • Le Premier ministre italien Paolo Gentiloni n’a pas d’enfants
  • Le Premier ministre néerlandais Mark Rutte n’a pas d’enfants
  • Le Premier ministre suédois Stefan Löfven n’a pas d’enfants
  • Le Premier ministre luxembourgeois Xavier Bettel n’a pas d’enfants
  • Le Premier ministre écossais Nicola Sturgeon n’a pas d’enfants
  • Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker n’a pas d’enfants

(Le Premier ministre belge, Charles Michel, a deux enfants, une moyenne haute dans cette Europe qui ne se reproduit plus. Mais son prédécesseur, Élio di Rupo, était un homosexuel sans enfant.)


Xavier Bettel (à droite) et son mari


Voir aussi

France — Hollande n’a pas réussi à inverser les mauvais indicateurs économiques, mais bien la natalité

Baisse continue du nombre de naissances au Québec malgré la forte immigration, aucun parti politique n’en parle



samedi 15 juillet 2017

Étude : les croyants ne sont pas moins ouverts d'esprit que les athées, parfois ils sont même plus ouverts

Une nouvelle étude indique qu’en Europe occidentale les croyants religieux seraient mieux à même d’appréhender et d’intégrer différents points de vue que les athées.

« L’idée maîtresse de l’étude est que les personnes religieuses n’ont pas nécessairement l’apanage de la fermeture d’esprit », a déclaré Filip Uzarevic, un des auteurs de l’étude, chercheur auprès de l’Université catholique de Louvain en Belgique.

La recherche a été publiée le 27 avril 2017, dans la revue à comité de lecture Personality and Individual Differences.

La recherche trouve son origine dans un constat. Avec son équipe, Uzarevic avait constaté que dans le débat public, « bien que les groupes conservateurs et religieux, d’une part, et les groupes progressistes et athées, d’autre part, faisaient montre d’une forte animosité à l’égard de leurs opposants sur l’échiquier idéologique, c’était généralement les premiers qui étaient désignés comme ayant l’esprit étroit ».

« En outre, de déclarer Uzarevic, cette conception du non-religieux comme plus tolérant et ouvert paraissait dominante dans les ouvrages de psychologie. Intéressés par le sujet, nous nous sommes demandés si cela est nécessairement toujours le cas : les religieux sont-ils en général plus étroits d’esprit, ou serait-il utile d’enquêter sur les différents aspects de la fermeture d’esprit et sur leur relation avec la (non-)religion. »

Les chercheurs ont constaté que les participants chrétiens obtenaient une note plus haute sur une mesure de dogmatisme que les participants non religieux. Les participants chrétiens, par exemple, étaient plus susceptibles de ne pas être d’accord avec des affirmations telles qu’« Il y a tellement de choses que nous n’avons pas encore découvertes, personne ne peut être absolument certain que ses croyances sont correctes ».

Mais deux autres mesures d’étroitesse d’esprit donnaient des résultats très différents.

Les athées s’avèrent plus intolérants face à la contradiction, c’est-à-dire lorsqu’ils ont été présentés avec deux déclarations apparemment contradictoires, ils considéraient l’une comme très vraie et l’autre comme très fausse. Ils ont également montré moins de propension à pouvoir imaginer des arguments contraires à leur propre point de vue et à les trouver quelque peu convaincants.

« Dans notre étude, la relation entre la religion et l’étroitesse d’esprit dépendait de l’aspect de fermeture d’esprit considéré », a déclaré Uzarevic à PsyPost. « Les non-religieux semblaient plus ouverts que les religieux quand il s’agissait de mesurer explicitement la certitude dans ses propres croyances. Toutefois, de façon assez étonnante, quand il s’agit de mesurer subtilement une inclinaison à intégrer des opinions divergentes ou contraires à ses propres opinions, ce sont les religieux qui ont montré le plus d’ouverture. En somme, l’étroitesse d’esprit (ou du moins certains aspects de celle-ci) n’est peut-être pas l’apanage des seuls religieux. En outre, sous certains aspects, les non-religieux peuvent même être plus étroits d’esprit que les religieux. »

L’échantillon de l’étude était constitué de 788 adultes du Royaume-Uni, d’Espagne et de France. La majorité des participants ont déclaré être athées (302) ou agnostiques (143). Les autres participants étaient chrétiens (255), musulmans (17), bouddhistes (17), juifs (3) ou identifiés comme « autres » (51).

« Il y a, bien entendu, des limites à cette étude. Il est particulièrement important de les garder à l’esprit puisque l’étude psychologique de la non-religion n’en est encore qu’à ses balbutiements, et il convient d’interpréter ces résultats avec circonspection », de déclarer Uzarevic.

« Premièrement, nous ne savons pas si les résultats ne valent que pour le contexte de l’Europe de l’Ouest (sécularisée) d’où provient l’échantillon ou s’ils reflètent une tendance mondiale ».

« En gardant ceci à l’esprit et en se souvenant que l’ampleur des effets observés dans notre étude est assez petite, la reproduction de cette étude devrait permettre de confirmer la stabilité des résultats. Il est important de souligner l’importance de cette reproduction, car notre étude a été réalisée en ligne ce qui prête naturellement le flanc à des critiques (notamment sur une potentielle non-représentativité de l’échantillon, sur l’impossibilité de contrôler complètement la structure et la qualité de l’échantillon). Cependant, malgré ces limites, l’étude fournit des résultats relativement cohérents et un bon point de départ pour de futures recherches. »

L’étude, “Les athées sont-ils non dogmatiques ?”, est également signée par Vassilis Saroglou et Magali Clobert.

Voir aussi

Étude — Plus on est « progressiste », plus idéaliserait-on ou nierait-on la réalité ?

Les enfants non religieux sont-ils vraiment plus altruistes

(Statistiques Canada 2015) Œuvres de bienfaisance : les plus religieux donnent le plus, le Québec le moins

Les enfants religieux seraient plus heureux


Les athées sont-ils moins altruistes ?
(Statistiques Canada 2009) « ces personnes pratiquantes sont nettement plus enclines à faire des dons à des organismes de bienfaisance et sans but lucratif et à faire des dons nettement plus importants à des organismes religieux et non religieux que ceux qui ne vont pas régulièrement à l'église. »

jeudi 13 juillet 2017

Alcuin ou la renaissance carolingienne et la création des écoles

L’historien Christophe Dickès propose, sur la chaîne Storia Voce, une émission consacrée à la découverte d’Alcuin, grande figure de l’érudition européenne, qui domina la période si riche de la Renaissance carolingienne, en tant que proche conseiller et ami de Charlemagne.

Originaire d’Angleterre, il parcourut l’Europe, d’Aix-la-Chapelle à Rome en passant par Tours ou Francfort.

On lui doit notamment la diffusion de l’écriture caroline, exceptionnelle par sa modernité et sa lisibilité. Ce personnage méconnu est pourtant essentiel puisqu’il fut à l’origine de la fameuse décision de l’empereur de créer des écoles.


Alcuin naquit vers 730 dans le Yorkshire, de parents nobles et riches. Alcuin fut éduqué dans l’école cathédrale d’York, une des plus renommées de l’époque, sous la direction de Egbert puis de Elbert, un disciple de Bède le Vénérable. Il devint maître de l’école en 7781.

En 781, à 49 ans, Alcuin effectua un voyage à Rome. De passage à Parme, Alcuin rencontra Charlemagne et accepta son invitation à Aix-la-Chapelle, où le roi rassemblait les plus grands savants de son temps. À la tête de l’école palatine, la plus grande école de l’Empire carolingien, Alcuin devint le professeur et conseiller de Charlemagne, et de ses fils. Charlemagne donna à Alcuin la charge des abbayes de Ferrières-en-Gâtinais, de Saint-Loup de Troyes, et de Saint-Josse en Ponthieu. Sous l’égide d’Alcuin, de grands centres culturels s’organisèrent autour des monastères et des cathédrales. Il introduisit les méthodes d’enseignement anglo-saxonnes dans les écoles franques, systématisa le curriculum scolaire, et encouragea l’étude des arts libéraux. Simple diacre, Alcuin fut chargé de l’éducation de jeunes nobles destinés aux plus hautes fonctions de l’Église et de l’État.

Alcuin présente son élève Rabanus Maurus à saint Martin de Tours (mort quatre siècles plus tôt !), miniature extraite d’un manuscrit romain du IXe siècle

Inventeur de l’école ?

Le but de l’empire est d’instaurer ici-bas la paix et la concorde, et de conduire le peuple au salut dans l’au-delà. Pour cela, il faut un clergé instruit. Cet objectif est inscrit dans le capitulaire fameux de l’Admonition générale (789).

Il y est dit au chapitre 72 que les ministres de Dieu (les prêtres) doivent se signaler par leurs bonnes mœurs et doivent également instruire les garçons les mieux disposés pour les préparer à la carrière ecclésiastique.

C’est de là que vient la réputation faite à Charlemagne d’avoir « inventé l’école », selon une formule populaire.


Sacré Charlemagne, « inventeur » de l’école dans la musique populaire

Alcuin lui-même enseigne les arts libéraux à la cour d’Aix-la-Chapelle. Parmi ses élèves figurent les enfants des dignitaires, mais aussi les dignitaires eux-mêmes, les prélats et le souverain lui-même.

Alcuin et ses principaux collaborateurs, d’origine barbare, ont appris le latin classique comme une langue morte. C’est ce latin qu’ils vont remettre en vogue comme langue de l’administration civile et de l’église, au détriment du latin abâtardi pratiqué autour d’eux par les descendants des Gallo-Romains. Ainsi, c’est en latin classique que sont écrits les textes officiels, les capitulaires, destinés à être lus par des clercs et des gens instruits.

Le peuple lui-même ne comprend rien au latin de cuisine des clercs ordinaires et encore moins au latin classique de la scola palatina, aussi Alcuin a-t-il le souci de l’instruire dans sa langue usuelle. C’est ce que recommandera le concile de Tours, en 813, neuf ans après sa mort.

Paradoxalement, le retour du latin classique comme langue de l’administration va donc s’accompagner en parallèle du développement des langues vernaculaires (en particulier le roman et le tudesque/thiois à l’origine du français et de l’allemand actuels).

Infatigable réformateur, le moine écrit au cours de sa longue vie pas moins de 80 ouvrages et 350 lettres, avec le souci constant de la correction des mœurs et de l’émendation des textes [émendation est le synonyme savant de correction, en droit on dit qu’on émende un jugement pour le modifier]...

Replié à l’abbaye de Saint-Martin de Tours, il développe un atelier de copistes qui va devenir le plus important d’Occident. Il va notamment produire plus de cinquante exemplaires de la Bible enrichis de ses propres commentaires.

C’est cette Bible, dans la traduction latine de Saint Jérôme, corrigée par Alcuin (la Vulgate), qui sera choisie par le concile de Trente, au XVIe siècle, comme la référence officielle de l’Église catholique. Le travail des copistes carolingiens, à Tours et ailleurs, va permettre par ailleurs de conserver ou récupérer 150 œuvres originales issues de la culture latine classique (sur un total de 700 titres connus).

Les copistes d’Alcuin, à Aix-la-Chapelle comme à Tours, abandonnent l’écriture à la romaine, devenue illisible, et adoptent une nouvelle écriture standardisée sous forme de petits caractères ronds, en prenant soin de séparer les mots, ce qu’on ne faisait pas auparavant.

Cette nouvelle écriture, pratique et claire, sans doute mise au point à l’abbaye de Corbie, en Picardie, va être adoptée par les imprimeurs dès le XVe siècle, de préférence à toute autre. Elle sera baptisée « minuscule caroline » en 1838, en hommage à Charlemagne, et c’est encore elle que nous utilisons tous les jours.

Comme leurs prédécesseurs mérovingiens, ils écrivent de préférence sur du parchemin (peau non tannée d’agneau ou de veau). Ils se détournent du papyrus, d’une part parce que ce produit d’origine orientale se fait rare en Occident depuis que les Arabes ont envahi le bassin méditerranéen, d’autre part parce qu’il est difficile à conserver, relier et enluminer.

Ainsi, grâce à l’action d’Alcuin, on peut parler de « renaissance carolingienne », une expression inventée par le médiéviste Jean-Jacques Ampère (fils du physicien André Ampère).


mercredi 12 juillet 2017

Église catholique s'inquiète du projet de loi punissant la liberté d'expression sur le genre

Extrait d’un communiqué de Mgr Douglas Crosby, Évêque de Hamilton et président de la Conférence des évêques catholiques du Canada :


Le projet de loi C-16, Loi modifiant la Loi canadienne sur les droits de la personne et le Code criminel, a récemment été adopté par le Parlement du Canada et a reçu la sanction royale le 19 juin 2017. Cette loi ajoute l’identité de genre et l’expression de genre à la liste des distinctions illicites en vertu de la Loi canadienne sur les droits de la personne, et elle modifie le Code criminel afin d’étendre la protection contre la propagande haineuse aux membres des groupes qui se distinguent par l’identité de genre ou l’expression de genre.

L’Église catholique regarde toutes les personnes, quelle que soit la manière dont elles s’identifient ou dont elles choisissent de vivre leur vie, comme investies d’une dignité inhérente que leur confère Dieu notre Créateur. Pour cette raison, toute discrimination injuste ou toute forme de violence contre une personne, ou une communauté, ou une classe de personnes, est toujours moralement mauvaise. Dès le moment de sa conception, l’être humain reçoit la dignité innée de porter l’image de Dieu. Toutes les personnes, y compris celles qui se disent « transgenres », doivent toujours être traitées avec compassion, respect et amour.

Bien que la Conférence des évêques catholiques du Canada soutienne l’objectif du projet de loi C 16, qui vise à assurer la protection des Canadiennes et des Canadiens, certains des principes qui le sous-tendent — si largement reçus qu’ils puissent être dans notre société — ne sauraient être appuyés par les catholiques. Le plus grave parmi ceux-ci prétend que le genre puisse être séparé de la sexualité biologique et choisi par l’individu. Ce principe clé de la théorie contemporaine du genre contrevient à la loi naturelle et à la révélation chrétienne, et, par conséquent, il a explicitement été rejeté par le pape François et le pape Benoît XVI.

Selon la Genèse, nous sommes créés homme et femme, à l’image de Dieu (Genèse 1, 26,27). Chacune et chacun de nous est donc appelé à accomplir sa vocation d’une façon qui est à la fois individuellement unique et néanmoins fidèle à celle ou à celui pour lequel nous avons été créés. Pour reprendre les mots du Catéchisme de l’Église catholique, aux numéros 2332 et 2333, « il revient à chacun, homme et femme, de reconnaître et d’accepter son identité sexuelle », laquelle comprend « la différence et la complémentarité physique, morale et spirituelle » et « affecte tous les aspects de la personne humaine, dans l’unité de son corps et de son âme ». Cette identité « concerne particulièrement l’affectivité, la capacité d’aimer et de procréer, et, d’une manière plus générale, l’aptitude à nouer des liens de communion avec autrui. »

Soucieux du bien-être, non seulement des catholiques, mais aussi de toutes les Canadiennes et tous les Canadiens, nous tenons à exprimer de nouveau nos graves inquiétudes au sujet du projet de loi C-16. Il est probable que cette législation soulèvera des questions liées à la liberté de parole, la liberté d’association et la liberté de religion. Nous invitons instamment tous les fidèles catholiques et toutes les personnes de bonne volonté à faire preuve de diligence en défendant ces libertés et la conception de la dignité humaine sur laquelle elles sont fondées.

Source

Voir aussi

La croisade des LGBT contre la liberté d’expression et les distinctions linguistiques immémoriales

lundi 10 juillet 2017

La Canada aujourd'hui : « Élever un enfant sans genre »

Cela semble être la dernière mode progressiste : s’extirper de sa réalité sexuelle biologique. Radio-Canada en parle souvent avec détachement ou bienveillance.

Voici ce que nos impôts payés à Radio-Canada (plus d’un milliard de $/an) nous apprenaient :

Alors qu’un parent en Colombie-Britannique se bat en cour pour que le sexe de son enfant ne soit pas inclus sur son certificat de naissance, ce mouvement prend de l’ampleur à l’échelle du pays.

En attendant des changements en Ontario, un couple de Toronto utilise des pronoms neutres et tente d’éviter toute notion de genre avec son enfant.

Ils ont décidé d’élever leur enfant, Ollie, en évitant toute notion de genre.

« On utilise les pronoms “they” et “them” (“eux”, en anglais) autant que possible et nous demandons à nos proches, notre médecin et d’autres fournisseurs de services de faire de même », explique Ashley McGee.

Les vêtements et les jouets du bébé, par exemple, ne sont ni féminins, ni masculins. [Note du carnet : donc ni poupée, ni camion, ni soldats ? Que reste-t-il ?]

L’Ontario, tout comme l’Alberta, étudie la possibilité d’ajouter un troisième genre non binaire sur les documents officiels. Certains veulent aller encore plus loin et complètement retirer la notion de genre sur les documents officiels.

Ce n’est pas assez, selon Barb Besharat, l’autre parent du couple. « Nous préfèrerions qu’il n’y ait pas de sexe sur les cartes d’identité », dit-elle.

Ce débat fait l’objet d’une révision judiciaire en Colombie-Britannique.

D’ailleurs, la coalition Gender Free ID surveille de près ce qui s’y passe en cour. « Je crois que c’est important parce que ça rendra tous les autres cas légaux similaires plus faciles », explique Felix Gilliand, porte-parole de la coalition.

Ottawa, de son côté, étudie déjà la possibilité d’ajouter des catégories de genres sur les passeports canadiens.

Aucune critique dans l’article de Radio-Canada. Il ne donne la parole qu’à des militants extrémistes.

Personne pour se plaindre de ces parents dont l’obsession asexuée risque de laisser des séquelles dans leurs enfants ? Que diront les parents quand leur fille aura ses premières règles et que la réalité physiologique reviendra au galop ? Ou feront-ils comme ces deux « mères » lesbiennes qui ont fait subir un traitement hormonal à « leur » fils pour bloquer sa puberté.

Thomas entre Pauline Moreno et Debra Lobel qui affirment qu'il n'a pas subi de pressions dans sa décision de devenir une fille


Voir aussi

La croisade des LGBT contre la liberté d’expression et les distinctions linguistiques immémoriales

Le paradoxe de l’égalité entre les sexes c. la théorie du genre

La censure contaminerait les milieux universitaires

Pétition pour amender le nouveau programme québécois d’éducation à la sexualité




Remplacement du mot « principes » par celui de « valeurs »

La philosophe Bérénice Levet dans son dernier ouvrage, Le Crépuscule des idoles progressistes, analyse la fortune du mot « valeur » dans le discours politique récent :
D’ailleurs, au lendemain des 6-7-8 janvier [2015, l’attentat de Charlie Hebdo], on se garda bien de parler de la France ; un mot hypnotisa, neutralisa la réflexion : le mot « valeur », dont l’usage présidentiel, ministériel confirma de façon assourdissante son statut, déjà identifié par le poète Michel Deguy, de « lieu commun de l’éloquence politique » et de son « intarissable caquetage ». Et le 11 janvier, c’est au nom des valeurs que l’on se mobilisa. Les valeurs sont des universaux, sans ancrage historique. Charlie ne saurait donc prétendre au beau titre de citoyen, de patriote.

La fortune que connaît ce mot de « valeur » importé de la sphère économique dans la sphère politique atteste la perte de sens du politique. Dans ce domaine politique, ce sont les principes qui commandent — le principe de par son étymologie renvoie au commencement, à ce qui a été déposé par les ancêtres, origine fondatrice qui nous porte, nous soutient, nous inspire.

Mais le vocable a des accents par trop rigides pour l’esprit démocratique, on lui préfère donc celui de « valeurs », qui a quelque chose de plus souple — elles se troquent, se négocient, comme à la Bourse du commerce, et ont pour vertu d’être universelles. Et d’ailleurs, ce n’est pas tant d’avec les valeurs, de la République que les candidats au djihad font sécession — ils parlent volontiers l’idiome des droits de l’homme — mais bien d’avec l’identité française, ou plutôt, d’avec ce qu’ils en connaissent au travers de la propagande islamiste, et, hélas, du discours de certains de nos historiens, sociologues, journalistes dont le code de déontologie tient en un article : reconnaître les erreurs de la France.


Baisse continue du nombre de naissances au Québec, aucun parti politique n'en parle

Nous l’avons déjà vu, l’indice de fécondité des Québécois est en baisse depuis 7 ans. Il est passé de 1,73 enfant/femme en 2009 à 1,59 enfant/femme en 2016. On estime qu’il faut 2,1 enfants/femme pour remplacer les générations. Taux que le Québec n’a plus atteint depuis 1970.

Le taux de fécondité du Japon que l’on cite souvent comme catastrophique est actuellement de 1,46 enfant/femme. Le taux de fécondité du Canada est dans l’ensemble le même que celui du Québec, en dépit de l’absence de politique très dispendieuse d’aide aux frais de garde des jeunes enfants au Canada. [Voir Démographie : même taux de natalité au Canada qu’au Québec, sans « politique familiale »]

Aucun parti politique ne semble se préoccuper de ce taux de fécondité anémique qui augure mal pour la survie du peuple francophone québécois. Tous pensent que l’immigration comblera le manque de naissances. Les difficultés d’intégration économique (le chômage est plus important parmi les minorités ethniques), linguistique, culturelle et religieuse dans la société québécoise ne semblent pas préoccuper les politiciens outre mesure. Certains partis semblent même surtout voir dans cette immigration nombreuse de futurs consommateurs et électeurs fédéralistes.

Les chiffres prévisionnels des naissances pour les quatre premiers mois de 2017 sont sortis et ils ne sont pas bons. Il n’y a jamais eu aussi peu de naissances au Québec depuis 2007 alors que la population y a cru d’un peu moins de 10 % (très majoritairement à cause de l’immigration).



Les décès sont également en hausse depuis 10 ans (+ 15 %) bien que l’augmentation de ceux-ci soit plus irrégulière.




Voir aussi

Encore moins de bébés au Québec en 2016

Natalité baisse au Québec depuis 7 ans, mais CS de Montréal devrait accueillir 5000 élèves de plus d’ici cinq ans

Canada — un pays non blanc vers le milieu de ce siècle ?

Les principaux dirigeants européens n’ont pas d’enfants

France — Hollande n’a pas réussi à inverser les mauvais indicateurs économiques, mais bien la natalité

dimanche 9 juillet 2017

L'immigration de masse vers les pays riches peut-elle résoudre le problème de la pauvreté du Tiers-Monde ?



Rappel

  • Population de l'Afrique en 1900:   100 millions d'habitants
  • Population de l'Afrique en 2017: 1.250 millions d'habitants
  • Accroissement naturel annuel net de la population africaine en 2017 : + 30 millions.
  • Population de l'Afrique en 2050 : 2.500 millions d'habitants


samedi 8 juillet 2017

Le 8 juillet 1621 — naissance de Jean de la Fontaine

Jean de La Fontaine naquit le 8 juillet 1621 à Château-Thierry et mourut le 13 avril 1695 à Paris.

Poète français de grande renommée, principalement pour ses Fables et dans une moindre mesure pour ses contes, on lui doit également des poèmes divers, des pièces de théâtre et des livrets d’opéra qui confirment son ambition de moraliste.

Proche de Nicolas Fouquet, Jean de La Fontaine resta à l’écart de la cour royale, mais fréquenta les salons comme celui de Madame de La Sablière et malgré des oppositions, il fut reçu à l’Académie française en 1684. Mêlé aux débats de l’époque, il se rangea dans le parti des Anciens dans la fameuse Querelle des Anciens et des Modernes.

C’est en effet en s’inspirant des fabulistes de l’Antiquité gréco-latine et en particulier d’Ésope, qu’il écrivit les Fables qui font sa renommée. Le premier recueil qui correspond aux livres I à VI des éditions actuelles est publié en 1668, le deuxième (livres VII à XI) en 1678, et le dernier (livre XII actuel) est daté de 1694. Le brillant maniement des vers et la visée morale des textes, parfois plus complexes qu’il n’y paraît à la première lecture, ont déterminé le succès de cette œuvre à part et les Fables de La Fontaine sont toujours considérées comme un des plus grands chefs-d’œuvre de la littérature française. Le fabuliste a éclipsé le conteur d’autant que le souci moralisant a mis dans l’ombre les contes licencieux publiés entre 1665 et 1674.


Deux fables

Le laboureur et ses enfants




Travaillez, prenez de la peine :
C’est le fonds qui manque le moins.
Un riche laboureur sentant sa mort prochaine
Fit venir ses enfants, leur parla sans témoins.
« Gardez-vous, leur dit-il, de vendre l’héritage
Que nous ont laissé nos parents.
Un trésor est caché dedans.

Je ne sais pas l’endroit ; mais un peu de courage
Vous le fera trouver, vous en viendrez à bout.
Remuez votre champ dès qu’on aura fait l’août.
Creusez, fouillez, bêchez, ne laissez nulle place
Où la main ne passe et repasse. »
Le Père mort, les fils vous retournent le champ
Deçà, delà, partout ; si bien qu’au bout de l’an
Il en rapporta davantage.

D’argent, point de caché. Mais le Père fut sage
De leur montrer avant sa mort
Que le travail est un trésor.

Et en hommage aux cours de justice :

Les animaux malades de la peste
Un mal qui répand la terreur,
Mal que le Ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre,
La Peste (puisqu’il faut l’appeler par son nom)
Capable d’enrichir en un jour l’Achéron,
Faisait aux animaux la guerre.

Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :
On n’en voyait point d’occupés
À chercher le soutien d’une mourante vie ;
Nul mets n’excitait leur envie ;
Ni Loups ni Renards n’épiaient
La douce et l’innocente proie.

Les Tourterelles se fuyaient :
Plus d’amour, partant plus de joie.
Le Lion tint conseil, et dit : Mes chers amis,
Je crois que le Ciel a permis
Pour nos péchés cette infortune ;
Que le plus coupable de nous
Se sacrifie aux traits du céleste courroux,
Peut-être il obtiendra la guérison commune.
L’histoire nous apprend qu’en de tels accidents
On fait de pareils dévouements :
Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence
L’état de notre conscience.

Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons
J’ai dévoré force moutons.
Que m’avaient-ils fait ? Nulle offense :
Même il m’est arrivé quelquefois de manger
Le Berger.

Je me dévouerai donc, s’il le faut ; mais je pense
Qu’il est bon que chacun s’accuse ainsi que moi :
Car on doit souhaiter selon toute justice
Que le plus coupable périsse.
– Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ;
Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;
Eh bien, manger moutons, canaille, sotte espèce,
Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes Seigneur
En les croquant beaucoup d’honneur.

Et quant au Berger l’on peut dire
Qu’il était digne de tous maux,
Étant de ces gens-là qui sur les animaux
Se font un chimérique empire.
Ainsi dit le Renard, et flatteurs d’applaudir.
On n’osa trop approfondir
Du Tigre, ni de l’Ours, ni des autres puissances,
Les moins pardonnables offenses.

Tous les gens querelleurs, jusqu’aux simples mâtins,
Au dire de chacun, étaient de petits saints.
L’Âne vint à son tour et dit : J’ai souvenance
Qu’en un pré de Moines passant,
La faim, l’occasion, l’herbe tendre, et je pense
Quelque diable aussi me poussant,
Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.

Je n’en avais nul droit, puisqu’il faut parler net.
À ces mots on cria haro sur le baudet.

Un Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue
Qu’il fallait dévouer ce maudit animal,
Ce pelé, ce galeux, d’où venait tout leur mal.
Sa peccadille fut jugée un cas pendable.

Manger l’herbe d’autrui ! quel crime abominable !
Rien que la mort n’était capable
D’expier son forfait : on le lui fit bien voir.
Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

La conservation du savoir grec à Constantinople et sa diffusion dans l'Europe romane

Quel fut le rôle de l’Empire byzantin dans l’essor culturel de l’Europe latine à l’époque de l’art roman ? C’est à Byzance, en effet, que fut recopiée la quasi-intégralité des œuvres de l’Antiquité grecque. Et c’est dans la cité impériale que la culture antique continua pendant des siècles à servir de socle à l’enseignement scolaire, la paideia παιδεία certes réservée à une élite.

Ce bagage byzantin fut transmis aux cours royales et aux abbayes de l’Europe à l’époque romane. On rencontre ainsi les influences artistiques byzantines à travers toute l’Europe des Xe-XIIe siècles, dans les vallées de la Meuse ou du Rhône, en Allemagne, jusque dans les royaumes scandinaves. De nombreux textes antiques furent alors traduits en latin puis commentés.

Les routes et les intermédiaires humains par lesquels cette transmission s’est effectuée montrent un couloir de circulation reliant la Sicile, l’Italie du Sud, la vallée du Rhône, la cour de Champagne, les abbayes d’Île-de-France et de Normandie, le monde rhénan...

C’est toute l’influence byzantine sur le monde latin, visible dans les fresques et les enluminures, dans la transmission d’ouvrages, d’abord religieux, puis savants que retrace dans cet essai magistral Sylvain Gouguenheim.


Brève présentation du libraire de la Procure




Entretien de 25 minutes avec Sylvain Gouguenhein au sujet de son ouvrage.
La « renaissance macédonienne » dont il est question eut lieu entre 867 et 1056 apr. J.-C. L’école de Tolède (en Espagne chrétienne car reprise en 1085 aux Sarrasins) traduisit à partir du milieu du XIIe siècle de nombreux ouvrages en langue arabe (eux-mêmes souvent traduits en arabe du grec, voire traduits en arabe du syriaque traduits du grec...)

Extrait relatif à l’enseignement byzantin
Le conservatoire de la paideia

Pour établir un pont entre la culture de l’Antiquité tardive et Byzance médiévale, il faut nous tourner vers le système scolaire, dont la survivance est illustrée directement, pour la fin du VIIIe siècle et le début du IXe par certaines œuvres parvenues jusqu’à nous.

« Les Byzantins, écrit B. Flusin, ont vu dans la paideia un trait caractéristique de leur identité » : l’école dispensait une culture à la fois classique, hellénique, et chrétienne ; la culture profane jouant un rôle « subordonné et instrumental. »

De Justinien aux souverains macédoniens, pas plus que dans l’Antiquité tardive des II-Ve siècles, l’enseignement ne se fonda uniquement sur des œuvres chrétiennes. Au début du IXe siècle, les textes scientifiques et techniques de l’Antiquité grecque sont encore à la disposition des lettrés.

Par exemple, les patriarches de Constantinople Taraise (784-806) et Nicéphore (806-815) reçurent une instruction où la tradition antique, païenne, était présente.

Tout commençait par une formation élémentaire, auprès du grammatistès, vers l’âge de 6-7 ans, « pendant laquelle l’enfant apprenait des rudiments de calcul et à lire et à écrire en utilisant des textes religieux ».

Ensuite, au bout de trois ou quatre ans commençait l’enseignement dit « encyclopédique » (εγκύκλιος παιδεία) dont le but était de fournir des connaissances « circulaires » c’est-à-dire un savoir global portant sur l’ensemble des disciplines jugées nécessaires à l’exercice des fonctions ecclésiales ou administratives. Cet enseignement reposait sur la mathimatiki tétraktys (arithmétique, géométrie, astronomie et musique) après les trois disciplines littéraires, la grammaire, la rhétorique et la poésie.

Les écoles byzantines demeurèrent fidèles au modèle de la paideia ; l’empire chrétien d’Orient ne l’avait pas détruite, ni ne lui avait substitué une école « chrétienne ». L’enseignement y reposait toujours sur les mêmes auteurs, dont les textes étaient abordés sous la forme de compilations, de florilèges et d’abrégés.

Homère, considéré comme le fondateur de la littérature grecque, donc comme le fondement de l’éducation, en constituait la base ; on étudiait sinon le texte entier de l’Iliade du moins les premiers chants ; Ignace le Diacre, actif dans la première moitié du IXe siècle le cite, ainsi qu’Hésiode ; Michel Psellos prétend l’avoir appris par cœur. À la fin du XIIe siècle, Eustathe de Thessalonique et Jean Tzétzès ont composé des commentaires sur les poèmes d’Homère.

Les Travaux et les Jours d’Hésiode et les tragédies servaient à l’étude de la grammaire, Démosthène à l’enseignement de la rhétorique et Aristote à celui de la logique ; on abordait les savoirs scientifiques par le biais d’Euclide et de Ptolémée : un palimpseste des Éléments écrit à la fin du VIIe ou au début du VIIIe siècle témoigne de la permanence de leur étude même dans ces « âges sombres ». Il n’est pas exclu que Plutarque et la Cyropédie de Xénophon aient également été utilisés.

Il n’y avait pas d’université telle que l’Europe latine les inventa au XIIIe siècle. Au VIIIe siècle il n’y a même plus dans la capitale de lieux publics d’enseignement supérieur.

Au siècle suivant, l’école patriarcale, qui formait en théologie, dispensait un enseignement de base où dominaient la grammaire, la philosophie, les mathématiques. Même les futurs moines, écrit J. Irigoin s’initiaient à la logique et à la poétique. Mais ils ne semblent pas en avoir ensuite fait grand cas si l’on se fie au faible rôle des monastères dans la copie des textes classiques.

En 863, Bardas — frère de l’impératrice Théodora et régent entre 858 et 866 — installa à Constantinople dans le palais de la Magnaure une sorte d’école supérieure où l’on enseignait les sept arts libéraux et la philosophie.

Entre ces disciplines, il n’y avait pas de séparation : ce sont souvent les philosophes qui les enseignaient, en les orientant dans un sens spéculatif, par exemple en astronomie. Quatre professeurs y furent actifs à l’époque de la fondation ; outre Léon dit le « Mathématicien » ou le « Philosophe », chargé de la philosophie, son élève Théodore enseignait la géométrie, Théodègios l’arithmétique et l’astronomie, tandis que Kométas prenait en charge la grammaire. Constantin VII en relança l’activité au milieu du Xe siècle. Au début du XIIe siècle, la princesse Anne Comnène (1083-1153), fille de l’empereur Alexis Ier, témoigne dans son Alexiade, vaste poème à l’honneur de son père, avoir reçu une formation complète dans les sciences de la tétraktys ainsi que dans la philosophie platonicienne et aristotélicienne (étaient ainsi enseignés Proclus, Jamblique, Porphyre).

Le savoir antique avait, comme dans l’Antiquité tardive, une triple utilité : il fournissait le socle des connaissances nécessaires à la formation des élites ; il servait de propédeutique à la foi chrétienne et permettait — au prix d’une exégèse — de la corroborer ; il jouait, par ses « erreurs » le rôle d’un repoussoir. Il serait donc erroné de voir dans la paideia le souci de se cultiver auprès des auteurs anciens, de vivre en compagnie de Socrate, Sophocle ou Thucydide. De tels sentiments ont existé, mais furent rares et ne constituaient pas l’objectif de l’institution scolaire. Celle-ci a toutefois donc permis, dans une période où on ne s’en souciait guère, la conservation de la culture classique.

[…]




Dans la première moitié du IXe siècle, s’amorça à Constantinople un vaste mouvement de copie des textes antiques qui toucha tous les domaines et démontrait un regain d’intérêt pour la culture classique. Entre le IXe et le XIIe siècles, la plus grande partie des textes philosophiques, historiques, littéraires, mathématiques firent l’objet de copies. Ce travail fondamental, assurant à la fois conservation et transmission, a été étudié de nombreux historiens.

Sans ces translittérations de la « Renaissance macédonienne », la majeure partie de ces œuvres, notamment le théâtre et l’histoire, serait tombée dans les oubliettes. Sans ce travail, nous n’aurions pas aujourd’hui les versions originelles non seulement de Platon ou Aristote, mais de Thucydide Hérodote, Eschyle, Sophocle, Euripide, Euclide, Diophante, etc., grâce auxquelles sont élaborées les éditions modernes.

Caractères généraux de la « Renaissance macédonienne »





Cet intérêt toutefois ne se diffusa qu’au sein de certaines élites et notamment, au contraire de ce qui se passa dans les scriptoria monastiques d’Occident, les moines ne s’y impliquèrent guère. Ils ignorèrent la littérature antique, alors que leurs homologues bénédictins recopièrent inlassablement les auteurs latins. Le moine constantinopolitain Éphrem représente une exception.

Peut-être d’ailleurs a-t-il agi sur commande. Quoi qu’il en soit, il dirigea un important atelier de copie dans la seconde moitié du Xe siècle, qui produisit des textes d’Aristote, de Polybe, sans doute aussi de Thucydide, Appien, Lucien et Plutarque.

Ce renouveau ne fut pas une mode passagère puisqu’il inaugura un courant qui dura jusqu’à la chute de Constantinople en 1453. Il concerna les œuvres classiques dans tous les — domaines ainsi que leurs commentaires de l’époque hellénistique. Le terme de renaissance ne doit pas être pris dans un sens trop proche de celui que l’on affecte à l’Italie des XVe et XVIe siècles ; J.-M. Spieser l’estime même « impropre », notamment parce que sa « véritable caractéristique est la production d’objets de luxe, mais l’usage s’en est répandu.


La reprise des œuvres artistiques de l’Antiquité n’eut en tout cas pas la même ampleur, encore moins le même esprit, que celle effectuée trois ou quatre siècles plus tard par les artistes italiens. — Et s’il y eut « floraison artistique » à l’époque macédonienne, elle imita l’art byzantin, ou paléochrétien, que la période iconoclaste avait bridé, plutôt que l’art antique.

Les débuts de cette « renaissance », à laquelle on donne le nom de la dynastie régnante entre 867 et 1056, mais qui se prolongea sous les Comnènes, se situent, selon les auteurs, entre 813 et 842 ou bien après le triomphe de l’Orthodoxie en 843 scellant la fin de la crise iconoclaste.

Ce fut encore la paideia qui servit d’appui à ce mouvement, notamment les écoles de la capitale qui portaient le nom de l’église qui les abritait (écoles des Chalkoprateia, des Quarante-Martyrs, de Saint-Pierre où enseignait au XIe siècle Michel Psellos, etc.)

Si les petites écoles et l’alphabétisation étaient supérieures dans l’empire grec à ce qu’elles étaient alors en Occident, la culture demeurait limitée à un maigre cercle social et dépendait beaucoup du mécénat de hautes personnalités ou des empereurs. Constantinople disposait, sans doute vers 950, d’une organisation d’ensemble d’écoles secondaires. Plusieurs cités de province abritent des écoles (Thessalonique, Trébizonde), mais la majorité de la population restait à l’écart.

Un commentaire porté sans doute par le juriste Xiphilin à la fin du XIe siècle sur un manuscrit des œuvres de l’historien Zosime émet un jugement négatif sur la culture du temps. Plus tard, le métropolite d’Athènes, Michel Choniatès (1139-1222), qui avait rassemblé une riche bibliothèque, se lamentait de l’ignorance des habitants de sa ville.

À l’origine du renouveau culturel se trouvent une poignée d’individus et les initiatives de certains empereurs, au prix d’entreprises de longue haleine. Mais ce que firent ces lettrés et savants eut une répercussion sans commune mesure avec leur nombre. Deux d’entre eux émergent : Léon le Mathématicien (ou « le Philosophe ») et Photios, futur patriarche de Constantinople.

Léon enseigna à l’école des Quarante-Martyrs à partir de 829/833 jusqu’en 840, puis à la Magnaure. Il était d’abord un scientifique, auteur de courts poèmes sur le Traité des coniques d’Appolonios de Perge, sur la mécanique et l’astronomie. On sait qu’il détenait des manuscrits des Éléments d’Euclide ou de l’Introduction à la Grande Syntaxe de Ptolémée, voire des traités d’Archimède. Il s’intéressait, en outre, à la philosophie antique et a notamment révisé les Lois de Platon ; travail qu’il signale dans une note marginale portée sur le plus ancien manuscrit de ce texte qui nous soit parvenu, qu’il a donc eu entre les mains. Il avait enfin une « connaissance étendue de l’Iliade et de l’Odyssée. » C’est avec lui, écrit J. Irigoin, que l’on peut commencer à parler d’une renaissance de la littérature antique.

Photios, patriarche de Constantinople entre 858 et 867 puis entre 877 et 886, est le second grand acteur de ce renouveau. Réputé pour sa science et sa maîtrise de l’ensemble des disciplines (grammaire, métrique, philosophie, médecine, géométrie, etc.), il enseigna la dialectique et la philosophie. Son Lexique (antérieur à 855) et sa Bibliothèque (855) donnent une idée de son érudition.

Le premier de ces ouvrages offre à travers les mots définis un choix de lecture de prosateurs et « historiens ; y sont insérées de nombreuses citations.

Le second présente des notices et extraits de 279 manuscrits lus et annotés par Photios lui-même et dont 122 correspondent à des œuvres d’auteurs profanes antiques et hellénistiques (99 au total, dont 31 historiens). Il s’agit de véritables comptes rendus critiques. N’y figurent pas les ouvrages classiques, qui étaient la base de l’enseignement, ni les philosophes autres que mineurs, ni aucun poète ; les œuvres latines sont absentes.

S’il connaît Thucydide et Xénophon, il ne les présente pas ; de même Il ne recense pas les travaux d’Euclide et de Ptolémée qu’il ne peut ignorer. Ses silences ne sont donc pas des lacunes, mais des choix : il fait figurer ce qu’il a lu, à l’exception des textes classiques et usuels.

Fait remarquable, les manuscrits byzantins ultérieurs ne nous ont transmis qu’un tiers des ouvrages mentionnés par Photios. Celui-ci avait donc trouvé nombre d’anciens textes dans les bibliothèques de la capitale ou des environs. À partir du Xe siècle et avec la réalisation des encyclopédies, on jugea inutile de les conserver, puisque les éléments les plus intéressants venaient d’être compilés. Photios fut donc précieux : aux auteurs antiques dont l’étude s’était perpétuée au fil des siècles (Aristote et ses commentateurs, Euclide, Homère), il ajoutait les historiens, les orateurs et des romanciers. D’où la conclusion de J. Irigoin :

“Photius, Léon le Philosophe, voilà les deux hommes qui se trouvent à l’origine de la renaissance byzantine et ont exercé une influence décisive sur son développement. C’est à eux que nous devons, pour une grande part, de pouvoir encore lire et aimer les chefs-d’œuvre de l’antiquité hellénique.”

Leur action trouve un écho dans le goût pour la culture classique manifesté par des hommes comme le diplomate Léon Choirosphaktès (mort vers 919), auteur de poèmes et d’épigrammes, ou Jean le Géomètre (935-1000) dont les poésies contiennent des références à Homère, Xénophon, Sophocle et Euripide, etc.

[…]

Un savoir prolongé




Décrié, recherché, imité, l’hellénisme fut donc en grande partie conservé, parfois prolongé, comme en philosophie et en médecine. Ces éléments ont été depuis longtemps relevés par les spécialistes de l’histoire de Byzance.


[...]

Dans le domaine que nous classons comme scientifique, sans bénéficier d’innovations majeures (aucun théorème ne porte le nom d’un Byzantin), le savoir mathématique ; basé sur les Éléments d’Euclide et l’Arithmétique de Diophante fut conservé : lorsque l’Arménien Anania de Chirak (m. 685) voulut s’instruire dans cette matière il se dirigea vers Constantinople, et trouva un précepteur à Trébizonde.

La Géographie de Ptolémée ne fut pas oubliée, mais ses intentions ne furent pas bien comprises. P. Gautier-Dalché en relève des traces d’utilisation, ainsi dans un traité anonyme de date incertaine (“Exposition de la géographie en épitomé” VIe-IXe siècle), mais qui s’écarte totalement de l’esprit du savant alexandrin. Des références au livre de Ptolémée figurent dans des gloses portées sur des résumés (Chrestomathies) de la Géographie de Strabon, peut-être issues de l’entourage de Photios ou d’Aréthas ; elles attestent un usage des cartes de Ptolémée, confrontées au texte de Strabon. Au XIIe siècle Jean Tzétzès, auteur de commentaires d’Aristote, composa des poèmes, les Chiliades, où l’on trouve des références à la Géographie. Mais il fallut attendre la fin du XIIIe siècle et les travaux de Maxime Planude pour assister à une redécouverte du livre de Ptolémée. Ce moine mathématicien (il commenta les travaux d’Euclide et de Diophante), astronome et géographe, en retrouva deux manuscrits. Surtout, il édita, en y rétablissant les cartes, la Géographie à partir d’un superbe manuscrit qu’il découvrit vers 1295, qui contenait une petite trentaine de cartes, et qu’il offrit à l’empereur Andronic II.

Il reste qu’à Byzance, les aspects “scientifiques” de la Géographie furent laissés de côté. Elle était un réservoir de données, non une image d’ensemble de l’œcumène ; on l’utilisait, conclut P. Gautier-Dalché, comme une géographie descriptive, sans en relever les éléments relatifs à la construction des cartes, signe de la “défaite de la géographie ptoléméenne dans ce qu’elle a de plus spécifique”.

Il est deux domaines scientifiques où le savoir antique fut conservé, voire amélioré, pour d’évidentes raisons pratiques. L’agriculture reprit intégralement l’agronomie romaine à travers la large diffusion des Geoponika. La médecine byzantine fut par ailleurs moins pauvre qu’on ne le pense d’ordinaire rappelle M.-H. Congourdeau.

D’une part on avait gardé les ouvrages et les pratiques héritées d’Hippocrate et Galien, dont les œuvres furent souvent copiées. S’y ajoutèrent les compilations médicales de l’Antiquité tardive (Oribase au Ve siècle, Aétius d’Amide au VIe, Paul d’Égine au VIIe puis les commentaires de médecins byzantins tels que Théophile le protospathaire [sans doute IXe siècle] qui laissa un traité Sur les pouls inspiré de Galien. Était en outre à la disposition des médecins toute une série d’encyclopédies et de manuels pratiques ; parmi ces derniers notamment figuraient les ouvrages d’Alexandre de Tralles [VIe siècle auteur d’un traité médical en 12 livres, θεραπευτικά, ainsi que d’un traité d’ophtalmologie], Paul de Nicée [IXe] ou encore Théophane Chrysobalanthès [Xe]. Enfin une très abondante masse de recettes médicales, les iatrosophia, vint au Xe siècle compléter le bagage littéraire de la médecine grecque médiévale. Ces textes mêlaient remèdes antiques à des innovations récentes, prises partout où c’était possible [s’y côtoient des traitements grecs, persans et arabes]. La plupart des lettrés byzantins semblent ainsi avoir eu des connaissances médicales ; Jean Philogathos, généreusement pourvu par les Ottoniens [Note du carnet : rois et empereurs allemands de 962 à 1024] a participé à la traduction en latin d’œuvres médicales grecques.

M.-H. Congourdeau cite à cet égard le Poème médical de Michel Psellos et souligne que nombre de sources littéraires attestent la diffusion de ce savoir.

Byzance introduisit par ailleurs plusieurs innovations. D’une part on y fonda, à partir du VIe siècle, des hôpitaux une époque où l’Europe latine ne connaissait — et pour longtemps encore — que des hospices [l’hospice abrite le pauvre malade et fait en somme œuvre de charité ; l’hôpital soigne : on y entre avec l’espoir d’en sortir]. Souvent fondés par des empereurs, associés à des monastères, ces hôpitaux furent installés principalement dans la capitale : le Myrélation de Romain 1er [Xe siècle], les Manganes de Constantin IX [XIe siècle], le Pantocrator de Jean II [XIIe siècle].

D’autre part, les médecins byzantins, s’ils n’apportèrent guère de progrès théoriques ni ne firent de grandes découvertes, améliorèrent les techniques d’ophtalmologie ou de gynécologie. Ils pratiquaient des dissections de cadavres dès le VIIe siècle et semblent avoir eu une certaine maîtrise des actes chirurgicaux : M.-H. Congourdeau cite une vie de saint du IXe siècle relatant “une opération d’extraction de calculs rénaux sans incision, ce que les Anciens ne savaient pas faire”, ou des interventions aussi délicates que des séparations de siamois [Xe siècle].

Enfin, utile à l’agriculture, aux transports et à la guerre, l’art vétérinaire semble avoir été d’un très bon niveau, en particulier dans les soins apportés aux chevaux.

On savait dès l’Antiquité panser les plaies, réduire les fractures, faire des sutures, remettre en place des articulations luxées, etc.

D’importants traités d’hippiatrie furent rédigés entre la fin du IIIe et la fin du IVe siècle ; ils furent réunis dans un corpus, les Hippiatrica, dont on connaît aujourd’hui 15 manuscrits ; les deux plus anciens remontent aux Xe et XIe siècles.

Ainsi, conclut S. Lazaris,

“Les Grecs ont jeté les bases d’une médecine scientifique du cheval, que les Romains ont transformée en une médecine du bétail. Quant aux Byzantins, ils ont eu le mérite de recueillir les acquisitions des Grecs et des Romains et de développer une ‘science du cheval’ pratique, tout en conservant les connaissances de leurs ancêtres.”







La Gloire des Grecs
par Sylvain Gouguenheim,
paru le 1 janvier 2017,
aux éditions du Cerf,
à Paris,
410 pages.
ISBN : 9782204103367
49,95 $









Voir aussi

Histoire — « On a trop souvent mythifié el-Andalous »

Manuel d'histoire (2) — Chrétiens tuent les hérétiques, musulmans apportent culture raffinée, pacifique et prospère en Espagne

Rome et Grèce antiques — Rôle de l'État et des parents dans l'éducation


Les nouveaux ayatollahs...

Histoire — Le Moyen Âge, une imposture

27 novembre 1095 — Appel lancé pour porter secours aux chrétiens d'Orient et aux pèlerins

Vulgarisation : l’éducation dans la Rome antique

Instruction au Moyen Age ou comment les écoles primaires étaient déjà légion en France

Histoire — Le 8 juillet 1758 eut lieu la victoire de Fort Carillon

La bataille de Fort Carillon eut lieu le 8 juillet 1758 à Ticonderoga, au sud du lac Champlain (de nos jours dans l’État de New York) dans le cadre de la guerre de Sept Ans. La bataille eut lieu à Fort Carillon entre le lac Champlain et le lac George, qui séparaient la colonie anglaise de New York de la colonie française du Canada. Le Canada français à l’époque comprend les actuelles provinces de Québec, Ontario, Manitoba, Nouveau-Brunswick, l’île du Prince-Édouard et une partie de la Nouvelle-Écosse, ainsi que des États américains comme l’Ohio, l’Indiana, l’Illinois, le Michigan, le Wisconsin, le Nord des États de New York, du Maine, du Vermont et du Nouveau Hampshire.

Cette victoire décisive française retarda d’un an l’invasion de la vallée du Saint-Laurent.

Localisation de Fort Carillon
La bataille eut lieu à environ un kilomètre du fort lui-même. Une armée française et canadienne de presque 4 000 hommes sous le commandement du général Louis-Joseph de Montcalm et du Chevalier de Lévis remporta une victoire sur une force militaire anglaise quatre fois supérieure de 16 000 hommes sous le commandement du général James Abercrombie. Ce dernier attaqua des positions françaises bien retranchées sans appui d’artillerie. La bataille fut la plus sanglante de la guerre avec plus de 3 000 victimes, dont 2 000 furent anglaises.

L’historien américain Lawrence Henry Gipson écrit que la campagne d’Abercrombie fut semée d’erreurs. Plusieurs historiens militaires ont cité la bataille de Carillon comme exemple classique d’incompétence militaire. Abercrombie, confiant en une victoire éclair, n'envisagea pas plusieurs options militaires viables en compte, comme le contournement des défenses françaises en attendant son artillerie ou de faire le siège du fort. Il fit plutôt confiance à un rapport erroné de son jeune ingénieur militaire et ignora ses recommandations. Il décida un assaut frontal sur les positions françaises, sans l’appui de l’artillerie. Montcalm, malgré son mépris pour la faible position militaire du fort, a conduit la défense avec brio.

Le fort Carillon restauré
Le Fort Carillon est situé sur une pointe au sud du lac Champlain et au nord du lac George, un point naturel de conflit entre les forces françaises se déplaçant vers le sud de la Nouvelle-France par la rivière Richelieu et à travers la vallée du lac Champlain vers la vallée de l’Hudson, et des bandes iroquoises au début de la colonie puis des forces britanniques de New York remontant vers le nord. Le fort est entouré d’eau sur trois côtés et, sur une moitié du quatrième côté, par un marécage. La portion restante a été puissamment fortifiée par de hauts retranchements, soutenus et accompagnés par trois batteries de canons, et devant cet ensemble, par des abattis d’arbres dont les bouts des branches furent durcis au feu, créant ainsi une formidable défense. Le fort Carillon contrôlait donc le Sud du lac Champlain et l’accès au fleuve Hudson. C’est par ce fort que les troupes du marquis de Montcalm partirent détruire le Fort William Henry, en août 1757.

Montcalm avait organisé les forces françaises et canadiennes en trois brigades et une réserve. Il commandait le régiment Royal-Roussillon et le régiment de Berry au centre des retranchements défensifs alors que Lévis commandait le régiment de Béarn, le régiment de Guyenne, et le régiment de la Reine sur la droite et Bourlamaque commandait le régiment de La Sarre et le régiment de Languedoc sur la gauche. À chaque bataillon furent données à peu près 100 verges (90 mètres) de retranchements à défendre. Les redoutes avec des canons protégeaient les flancs des retranchements bien que celle de droite ne soit pas achevée. Le terrain plat entre le flanc gauche et la rivière de La Chute était gardé par la milice et la marine, qui avaient aussi construit des abattis pour protéger leurs positions. Les forces de réserve étaient soit dans le fort, soit sur les terrains entre le fort et les retranchements sur le mont Espoir. Des détachements de chaque bataillon étaient tenus en réserve, pour intervenir dans les endroits où l’on aurait besoin d’eux.

Les troupes françaises s’avancent sur le mont Carillon à l’ouest du Fort

Les 3 600 hommes (dont les 400 Canadiens du chevalier de Lévis) de Louis-Joseph de Montcalm et 300 Abénaquis brisèrent l’assaut des 16 000 Britanniques (dont 6 000 tuniques rouges et 10 000 coloniaux) et de leurs alliés sauvages, les Agniers (qui ne prirent pas part à la bataille), sous les ordres du major général James Abercrombie.

La position française était organisée de sorte qu’ils pouvaient tirer sur les forces britanniques lors de leur avance. L’abattis devint vite un champ de morts. Vers 14 h, il était clair que la première vague d’attaque était un échec. Montcalm était actif sur le champ de bataille, après avoir enlevé son manteau, il se déplaça pour visiter ses soldats et les encourager en s’assurant que tous leurs besoins fussent satisfaits (voir l’illustration ci-dessous).

Montcalm et ses troupes victorieuses

Après que la première vague d’attaque eut échoué, Abercrombie persista à lancer d’autres attaques similaires. Lorsqu’il écrira pour sa défense, il rejettera le tort sur l’évaluation de Clerk selon laquelle les défenses françaises pouvaient facilement être prises d’assaut.

À environ 14 h, les barges britanniques qui portaient l’artillerie lourde commencèrent à descendre la rivière de La Chute et, contrairement au plan initial, descendirent le canal entre une île dans la rivière et la rive proche du fort français. Ceci les amena à portée des lignes françaises sur les berges et de quelques-uns des canons du fort. Les canons du côté sud-ouest du fort coulèrent deux des barges, ce qui fit battre les autres barges en retraite.

À environ 17 h, le 42e régiment britannique entama une offensive désespérée qui réussit finalement à atteindre le mur des Français ; mais ceux qui avaient l'avaient franchi se firent accueillir à la baïonnette. Un observateur britannique mentionna que « Nos forces tombèrent très vite », et un autre écrivit qu’« elles furent fauchées comme de l’herbe ». La tuerie continua jusqu’au coucher du soleil

Réalisant enfin l'ampleur du désastre, Abercrombie ordonna à ses troupes de plier bagage et de marcher vers un espace dégagé sur le lac George. La retraite au travers de la forêt sombre fut faite en panique et dans le désarroi puisque circulaient des rumeurs dans les rangs d’une attaque des Français. À l’aube, le matin suivant, l’armée remonta le lac George, pour regagner sa base au sud au coucher du soleil. La défaite humiliante de la retraite était immédiatement manifeste à certains participants à la bataille ; le lieutenant colonel Artemas Ward écrivit qu’« ils se sont retirés avec honte ».

Abercrombie avait mené une attaque brusquée de 12 h à 19 h sans son artillerie sur la face la mieux protégée du bastion. Le capitaine-ingénieur Pierre Pouchot de Maupas laissa le récit détaillé de la terrible bataille et de la glorieuse victoire. C’est lui qui commanda le feu quand les ennemis, croyant voir un drapeau parlementaire, s’étaient approchés du retranchement : 300 Anglais tombèrent foudroyés à bout portant.

Les Britanniques laissent près de 2000 soldats tués ou blessés (certaines sources parlent de 3000, d’autres de 1500 morts et blessés). L’armée française compte 106 tués et 266 blessés, les envahisseurs se retirèrent vers le lac du Saint-Sacrement (aujourd’hui lac George), abandonnant armes, munitions et blessés. Le 42e régiment royal des Highlands (Black Watch) perdit la moitié de son effectif. Du côté français, les pertes furent nettement moindres : 104 tués et 273 blessés.

Le Drapeau de Carillon

Après la conquête de 1760, le Québec a progressivement été dépouillé de ses symboles distinctifs : le castor, la feuille d’érable et jusqu’à son nom de « Canadien », tous confisqués par le Canada anglais. Ne semblaient plus rester que de vagues légendes et coutumes devant tout autant aux Autochtones et Irlandais qu’aux Français. Durham put alors écrire en 1839 que ce peuple n’a ni histoire ni littérature.

Qui plus est, le seul drapeau désormais hissé au Québec est celui du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande, l’Union Jack ; il représentera le Canada à l’international, lors des deux guerres mondiales, aux Jeux olympiques et jusqu’au cœur des années 1960.

Un siècle après la conquête, les francophones n’avaient donc ni de nom, ni de symboles distinctifs, ni même de drapeau. Les patriotes tentent bien d’en populariser un arborant trois bandes horizontales (verte, blanche et rouge), ainsi que divers autres symboles républicains, mais ils sont écrasés en 1837-1838. Lors des défilés Saint-Jean-Baptiste du 24 juin, on se rabattra donc sur le petit Saint-Jean-Baptiste accompagné d’un mouton et, en guise de drapeau, sur le tricolore bleu, blanc, rouge, piètre rappel des racines françaises.

Au milieu du XIXe siècle, la fleur de lys et les autres emblèmes français avaient résolument disparu du paysage québécois. À l’automne 1847, Louis de Gonzague Baillairgé, avocat distingué de Québec, est contacté par un mystérieux prêtre l’avisant être en possession d’une pièce inestimable. L’homme est en fait le frère Louis Martinet, dit Bonami, le dernier survivant de l’ordre des Récollets au Québec qui, avant de mourir, souhaitait raconter à Baillairgé l’histoire du drapeau de Carillon…

Avers et revers du drapeau Carillon

Présent à la bataille, le Supérieur des Récollets avait alors rapporté à Québec l’étendard qu’avaient brandi les troupes françaises, représentant quatre fleurs de lys pointant vers un centre marqué des armes du roi de France. La précieuse relique fut ensuite conservée, malgré la conquête anglaise ainsi qu’un incendie qui dévasta l’église de l’ordre où l’étendard était conservé jusqu’en 1796. Pieusement remisée dans un coffre, la relique s’était ainsi retrouvée en possession du dernier survivant de l’ordre qui souhaitait maintenant, par le biais de Baillairgé, la rendre au peuple québécois comme le témoignage d’une de ses plus glorieuses pages d’histoire.

Dès le 24 juin 1848, Baillairgé souhaita faire connaître sa découverte et prêta le fameux étendard qui « aurait vu le feu à Carillon » pour qu’il fût présenté à la foule lors du défilé de la Saint-Jean-Baptiste de Québec. Le drapeau frappa immédiatement l’imaginaire du peuple qui lui voua aussitôt un culte. En 1858, Octave Crémazie allait lui consacrer son plus célèbre poème, Le drapeau de Carillon, qui allait devenir une chanson populaire. La renommée de la relique était dès lors assurée. Avec l’étendard de Carillon, ce sont toutes les origines françaises qui refont surface : la croix de Gaspé, les armoiries de Québec, les enseignes régimentaires de la Nouvelle-France.


La chanson Ô Carillon

En 1902, le curé de Saint-Jude, Elphège Filiatrault en proposa une version assortie d’une croix blanche et d’un cœur de Jésus à la place des armoiries. Le Carillon Sacré-Cœur était né. Il s’imposa peu à peu lors des défilés de la Saint-Jean-Baptiste.

Le Carillon-Sacré-Cœur

Partout cependant, l’Union Jack continuait à trôner. En 1947, la Fédération des sociétés Saint-Jean-Baptiste réclama donc que le Québec se dotât d’un drapeau véritablement national et dont nous soyons fiers. La pression devint alors si forte sur le Premier ministre Maurice Duplessis qu’il prit l’initiative de faire enlever l’Union Jack du Parlement et de hisser à la place le fleurdelisé, le 21 janvier 1948, un siècle presque jour pour jour après qu’on eut tiré de l’oubli le glorieux drapeau de Carillon.

Partout au Québec, ce geste fut salué comme une grande source de fierté nationale. Au Canada anglais en revanche, ce fut la consternation. Jamais une autre province ni même le Canada n’avaient songé à remplacer le drapeau anglais comme emblème du pays. Le geste du Québec était donc sans précédent.