mardi 31 décembre 2013

Jacques Brassard : Supprimons le cours ECR et enseignons l'histoire du Québec

De l'ex-ministre Jacques Brassard :

[...] il ne faudrait surtout pas que les christianophobes fanatiques voient cette charte [de la « laïcité »] comme une simple étape vers l’éradication dans la sphère publique de notre patrimoine catholique et de notre appar­te­nance spirituelle et morale à la civilisation occidentale judéo-chrétienne. Comme ce fut le cas lors de la déconfessionnalisation des commissions scolaires qui fut suivie de l’abro­gation en catimini du régime d’option entre l’enseignement religieux ou moral dans les écoles. Régime qui convenait très bien à l’immense majorité des parents québécois.
Une dernière remarque à propos de la charte : cessons de parler la langue de bois et admettons que le problème que l’on vise ne concerne au fond ni les catholiques, ni les Juifs, ni les Témoins de Jého­vah. Il concerne les Musulmans.

Pourquoi tourner autour du pot ? En fait, le signe ostentatoire qui est ciblé, c’est le voile musulman (dans tout ses avatars : hidjab, burka, niquab). Parce qu’on sait fort bien qu’il s’agit là d’un symbole fort de la servitude de la femme.

N’allons toutefois pas croire que la charte est la solution unique et définitive pour mettre un terme aux multiples agressions du multiculturalisme qui érodent depuis des décennies notre identité nationale.

La charte ne peut être qu’un élément de la solution. Et convenons qu’il est largement symbolique.

La charte doit être une pièce d’une politique de démantèlement du multiculturalisme. Cette politique doit prendre la forme d’une véritable et efficace intégration des nouveaux venus à la majorité natio­nale. Le Québec n’est pas une page blanche. Il y a sur ce territoire une communauté nationale enra­cinée en terre d’Amérique depuis 400 ans et dotée d’une langue, d’une culture et appartenant pleine­ment à la civilisation occidentale judéo-chrétienne. Et c’est à cette nation que les immigrants doivent s’intégrer.

Pour ce faire, il faut revoir les seuils d’immigration qui sont trop élevés. Il faut les abaisser. À 55 000 par année, il est manifeste que l’intégration est défaillante.

Par ailleurs, il suffit d’observer ce qui se passe en Europe pour se rendre compte que, parmi les nou­veaux venus, ce sont les Musulmans qui sont les plus réfractaires à l’intégration. Ce n’est pas une opinion que j’émets, c’est un fait dont il faudrait tenir compte.

Ajoutons que notre système scolaire doit être débarrassé des infections multiculturalistes qui le ron­gent. Concrètement, cela signifie l’abolition du cours Éthique et Culture Religieuse qui vise à dislo­quer l’identité nationale chez les jeunes. Il faut instaurer également un véritable enseignement de l’histoire nationale à tous les niveaux.

[...]


Source : Journal de Québec, 27 décembre 2013



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vendredi 27 décembre 2013

Nourrir son enfant au sein développe son cerveau

Plusieurs études semblent indiquer que nourrir son enfant au sein développe son cerveau.

En effet, une nouvelle étude menée en Grèce indique que les nourrissons qui ont été allaités pendant plus de six mois ont obtenu de meilleurs résultats à des épreuves cognitives, linguistiques et de développement moteur.

Des recherches antérieures suggéraient un lien entre l’allaitement et de meilleures capacités cognitives ainsi qu’une meilleure mémorisation. Mais il n’était pas clair quel impact ce mode d’alimentation avait sur les capacités linguistiques et motrices.

La nouvelle étude ne prouve pas que l’allaitement maternel cause un meilleur développement, mais il existe une forte corrélation entre ces deux éléments, selon ces chercheurs.

La plupart des données « montrent très clairement qu’il existe des avantages médicaux importants à l’allaitement maternel », a déclaré le Dr Dimitri Christakis à Reuters.

Christakis est un professeur de pédiatrie à l’Université de Washington et directeur du Centre pour la santé, le comportement et le développement des enfants à l’Institut de recherche des enfants à Seattle. Il n’a pas pris part à cette nouvelle étude.

Dans une autre étude, menée sur 133 enfants de 10 mois à quatre ans, qui a consisté à observer la constitution de matière blanche dans le cerveau des petits. La matière blanche est l’ensemble des fibres nerveuses, à l’intérieur du cerveau, qui connectent les différentes aires les unes aux autres, facilitant l’échange d’information et la création de capacités de langage, de raisonnement ou d’intégration.

Les enfants nourris au moins trois mois au sein exclusivement présentent des hausses de 20 à 30 pour cent de cette matière blanche par rapport à ceux nourris au biberon. Les enfants nourris de façon mixte se situent entre les deux. En outre, le développement des fibres de matière blanche, qui reflète la maturation des neurones, est proportionnelle à la durée d’allaitement.

Les améliorations cérébrales sont visibles dans les zones motrices qui contrôlent les mouvements du bébé, mais aussi dans les zones frontales et les aires associatives, qui centralisent des informations sensorielles diverses et permettent le développement des capacités d’abstraction.

Parallèlement à ce développement neuroanatomique, une acquisition plus précoce du langage, des capacités motrices ou de détection visuelle, est observée. On ignore comment le lait maternel exerce cet effet nourricier sur les capacités cérébrales, de plus amples travaux étant nécessaires pour le comprendre.

Sources : Reuters et Science Direct




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La tare de l'État-providence c'est qu'éventuellement les autres finissent toujours par manquer

Dans le sillage du dernier recensement en l’Angleterre et au pays de Galles où l’on voit la proportion de croyants musulmans doubler en dix ans, cet article de Mark Steyn semble opportun :

Notre lecture aujourd’hui est tirée de l’Évangile selon saint Luc. Non, non, pas la crèche, les bergers, les mages, rien de tout cela, mais l’autre naissance :
« Mais l’ange lui dit : Ne crains point, Zacharie, car ta prière a été exaucée, et ta femme Élisabeth te donnera un fils, et tu lui donneras le nom de Jean. »

Marie et Élisabeth
On ne se penche guère sur cette histoire de Noël, mais elle est là — Luc 1:13, une partie de ce que Luc aurait appelé la trame de fond, s’il avait été un scénariste plutôt qu’un médecin. Parmi les quatre évangiles, seuls deux se soucient de raconter l’histoire de la naissance du Christ et seul Luc commence par deux grossesses. Zacharie est surpris par sa paternité imminente — « car je suis vieux et ma femme est avancée en âge ». Et pourtant, une vieille femme stérile conçoit et, au sixième mois de la grossesse d’Élisabeth, l’ange rend visite à sa cousine Marie et lui dit qu’elle aussi va concevoir. Si vous lisez Luc, la naissance virginale semble un prolongement logique du premier miracle — la grossesse d’une vieille dame. L’évangéliste médecin n’avait aucune difficulté à accepter les deux. Pour Matthieu, la naissance de Jésus est le miracle ; pour Luc on a l’impression que toute naissance – toute vie — est en quelque sorte miraculeuse et don de Dieu.

Nous vivons maintenant dans le monde d’Élisabeth — et pas seulement parce que la technique est devenue miraculeuse et permet aux femmes cinquantenaires ou sexagénaires de devenir mères, mais dans un sens plus fondamental. Le problème avec l’Occident avancé n’est pas qu’il soit ruiné, mais qu’il est vieux et stérile. Ce qui explique pourquoi il est fauché. Prenez la Grèce, elle est devenue l’exemple type de l’insolvabilité d’un État : « les États-Unis prennent le même chemin que la Grèce si nous ne changeons pas de cap ». La Grèce aurait donc des difficultés budgétaires, un manque de revenus, quelque chose dans le genre, n’est-ce pas ? À première vue, oui. Mais le problème sous-jacent est plus profond : la Grèce a un des taux de fécondité les plus bas de la planète. En Grèce, 100 grands-parents ont 42 petits-enfants – un arbre généalogique à l’envers. Dans un État social démocratique où les travailleurs dans les professions « dangereuses » (tels que, euh, la coiffure [à cause des produits dangereux liés à la teinture des cheveux]) prennent leur retraite à 50 ans [c’est le cas en Grèce pour ces professions], il n’y a plus assez de jeunes pour payer votre retraite pendant 30 ans. Et il y a peu de chances qu’il y en ait à nouveau assez.

Regardons cela sous un autre angle : les banques sont un mécanisme par lequel les personnes âgées en possession de capital prêtent celui-ci à de jeunes gens énergiques et imaginatifs. Le monde occidental a renversé ce concept. Si 100 barbons parviennent à accumuler des « billiards » de dollars de dette, est-il raisonnable de penser que 42 jeunes seront jamais en mesure de rembourser cette somme ? Comme Angela Merkel l’avait souligné en 2009, il était hors de question pour l’Allemagne d’adopter un stimulus à la Obama pour la simple raison que les créanciers étrangers de l’Allemagne savent qu’il n’y a tout simplement plus assez de jeunes Allemands pour rembourser ce stimulus. La « puissance » économique du continent a la plus forte proportion de femmes sans enfant en Europe : une Fräulein sur trois a totalement abandonné l’idée de maternité. « La population allemande en âge de travailler risque de diminuer de 30 pour cent au cours des prochaines décennies », d’expliquer Steffen Kröhnert de l’Institut de Berlin pour le développement de la population. « Les campagnes verront une baisse massive de leur population et certains villages disparaîtront tout simplement. »

Si la tare du socialisme est, comme le disait Mme Thatcher, qu’éventuellement, l’argent des autres finit toujours par manquer, alors une grande partie de l’Ouest est passé à l’étape suivante : les autres manquent désormais, point final. La Grèce est un pays avec de moins en moins de clients et de moins en moins de travailleurs, mais de plus en plus de retraités et un gouvernement toujours plus important. Comment faire croître une économie dans un marché qui implose ? Le monde développé, comme Élisabeth, est stérile. Collectivement stérile, je m’empresse d’ajouter. Individuellement, il est composé de millions de femmes fécondes, qui décident à dessein de n’avoir aucun enfant ou un unique enfant sur mesure à 39 ans. En Italie, la patrie de l’Église, le taux de fécondité est d’environ 1,2 ou 1,3 enfant par couple – soit environ la moitié du « taux de remplacement ». La population du Japon, de l’Allemagne et de la Russie se contractent. Cinquante pour cent des femmes japonaises nées dans les années 70 n’ont pas d’enfant. Entre 1990 et 2000, le pourcentage de femmes espagnoles sans enfant à 30 ans a presque doublé, passant d’un peu plus de 30 pour cent à un peu moins de 60 pour cent. En Suède, en Finlande, en Autriche, en Suisse, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni, 20 pour cent des femmes de 40 ans n’ont pas d’enfant. Dans un récent sondage où on leur demandait quel serait le nombre « idéal » d’enfants, 16,6 pour cent des Allemands ont répondu « aucun ». Nous vivons dans le monde de Zacharie et d’Élisabeth – de notre plein gré.

Natalité et mortalité allemandes
Source: dpa. Jusqu'en 1990, les données incluent la RDA. Les chiffres sont exprimés en milliers. * = données provisoires.

L’Amérique n’est pas dans une situation aussi périlleuse que l’Europe – pas pour l’instant. Mais son rendez-vous avec l’apocalypse financière a aussi des racines démographiques : les baby-boomers n’ont pas eu assez d’enfants pour garantir la solvabilité du système de protection sociale mis en place au milieu du XXe siècle et qui reposait sur un taux de natalité du milieu du XXe siècle. La « décennie du moi » s’est transformée en « le quart de siècle du moi » et au-delà. Les « moi » ont pris de la bouteille, mais ils n’ont jamais saisi qu’il se pourrait qu’ils aient un jour besoin d’un peu plus d’« eux » qui continuent de contribuer au trésor public.

Pendant la majeure partie de l’histoire de l’humanité, les sociétés qui ont réussi ont privilégié le long terme : c’est pourquoi des millions de gens ont des enfants, construisent des maisons, plantent des arbres, fondent des entreprises, font des testaments, bâtissent de belles églises dans des villages ordinaires, se battent et, si nécessaire, meurent pour leur pays. Une nation, une société, une communauté est un pacte entre le passé, le présent et l’avenir, où les citoyens, pour reprendre les mots de Tom Wolfe, à l’aube de la « décennie du moi », « se considèrent, même inconsciemment, comme faisant partie d’une longue lignée. »

Une grande partie du monde développé ne se projette plus dans le long terme. Vous n’avez pas besoin de consentir des sacrifices matériels : l’État s’occupe de tout cela. Vous n’avez pas besoin d’avoir des enfants. Et vous n’avez certainement pas besoin de mourir pour le roi et la patrie. Mais une société où il n’y a plus de raison de se sacrifier est également une société qui n’a plus de but dans la vie : la lignée s’arrête.

Si vous croyez en Dieu, l’argument utilitaire pour la religion semble insuffisant et réducteur : « Ce sont des histoires utiles dont nous nous berçons », comme un pasteur congrégationaliste peureux m’a un jour décrit la Bible. Mais, si le christianisme n’est qu’une histoire « utile », n’est-elle pas plus rationnelle que le solipsisme d’un monde sans foi ? Les hyper-rationalistes devrait au moins être en mesure de comprendre que le « rationalisme » postchrétien a condamné une grande partie de la chrétienté à un modèle d’entreprise tout à fait irrationnel : un système pyramidal la pointe en bas. Luc, un homme de foi et un homme de science, aurait pu voir où cela mène.

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dimanche 22 décembre 2013

Alain Finkielkraut : « Toutes les batailles du Québec pour rester lui-même ont-elles été menées en vain ? »


« Le Québec a su conserver son identité contre l’hégémonie anglo-américaine, face au multi­cultu­ra­lisme, il résiste beaucoup moins bien. »

Il faut dire que le multiculturalisme domine dans les médias, au Monopole de l'Éducation et en politique...

Entrevue du philosophe Alain Finkielkraut avec Michel Desautels à l'antenne de Radio-Canada. Il y aborde le multiculturalisme, le rapport à la langue et la conception de l'école.



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samedi 21 décembre 2013

Finkielkraut : non à l’école humanitaire !

Extraits d'un entretien que Le Point a eu avec le philosophe français Alain Finkielkraut :

Finkielkraut — [...] La qualité première de l’enseignant est en effet [aujourd'hui] la sollicitude envers les élèves en grande difficulté. C’était un maître, c’est désormais une assistante sociale. Notre société sécularisée a gardé de ses origines chrétiennes le parti pris systématique de la victime, mais elle n’a plus aucune considération pour ce que Pascal appelait l’« ordre de l’esprit ».

Dès lors, les professeurs de classes préparatoires [sorte de cégeps d'élite qui préparent aux concours très sélectifs des Grandes Écoles, des universités de prestige] sont regardés avec suspicion. Ils ont déserté le terrain de la souffrance et se sont réfugiés dans les beaux quartiers, où ils transmettent leur cher savoir à des héritiers, à des nantis.

Le Point — Quels que soient les présupposés idéologiques à l’œuvre contre l’excellence, la réalité, c’est que les meilleurs élèves bénéficient des meilleurs professeurs. Dans ces conditions, jamais M. Germain n’aurait pu distinguer le jeune Albert Camus, orphelin et pauvre.

Finkielkraut — La gauche compassionnelle a tué et remplacé la gauche républicaine et c’est au détriment de ceux-là mêmes à qui elle prétend venir en aide.

M. Germain était un instituteur exigeant, qui ne plaisantait pas avec la discipline, et, s’il a distingué Albert Camus, c’est précisément parce qu’il le jugeait meilleur que les autres élèves : tout le contraire de ce qu’on demande aujourd’hui à l’enseignant humanitaire. Celui-ci est sommé de faire cours en fonction de l’élève en difficulté, parfois même les bons élèves sont d’autorité placés au fond de la classe. Le résultat, c’est que le niveau général baisse inexorablement, que les parents qui en ont les moyens envoient leurs enfants dans l’enseignement privé ou dans les collèges et lycées publics qui maintiennent la rigueur et l’exigence républicaines.

Ainsi, le fossé se creuse entre les héritiers et les autres, et plus il se creuse, plus on veut jouer sur la corde sensible et réviser les exigences à la baisse en se réglant sur les capacités des plus faibles. Nous sommes dans un cercle vicieux.

Le Point — Mais faut-il, sous prétexte de refuser l’égalitarisme, renoncer à l’égalité républicaine ?

Finkielkraut — L’égalité républicaine, c’est l’égalité des chances, ce n’est pas la réussite garantie pour tout le monde. Un message désastreux est aujourd’hui envoyé à tous les élèves. On laisse entendre que, si les fils de la bourgeoisie ou les enfants d’enseignants font de bonnes études, c’est exclusivement en vertu de leur naissance : pour être admis à Normale sup [une des Grandes Écoles de prestige], pour obtenir l’agrégation d’histoire ou pour devenir docteur en médecine, ils n’auraient pas d’effort à produire, mais simplement un certificat d’état civil. Quant aux élèves « défavorisés », pourquoi s’obstineraient-ils ? [On leur dit que ] Leur échec est programmé et entièrement imputable à l’injustice du système social. Au lieu de les stimuler et, comme on dit dans le sport, l’un des derniers domaines où règne l’excellence, de leur « mettre la pression », le discours de l’école et sur l’école les installe dans le ressentiment.

Le Point — N’empêche, le dernier classement Pisa révèle aussi un système de plus en plus inégalitaire et de moins en moins performant.

Finkielkraut —  Si l’on regardait ce classement avec lucidité, on constaterait que les pays qui tirent leur épingle du jeu sont ceux qui ont conservé les anciennes méthodes pédagogiques, notamment l’apprentissage par cœur, et qui cultivent, avec le goût de l’effort, le respect des maîtres. Je ne plaide pas pour un enseignement à la coréenne. La République m’allait très bien.

Le Point — Une autre caractéristique des pays les plus performants est qu’ils ont, contrairement à la France, une société culturellement homogène [donc moins d'immigrés de cultures différentes...] Nous devons, quant à nous, offrir des chances égales aux enfants d’immigrés. Pourquoi ne pas leur envoyer, à eux aussi, les meilleurs profs ?

Finkielkraut —  Je ne crois pas qu’on leur envoie nécessairement de mauvais professeurs.

[...]

En revanche, je lis avec frayeur des rapports qui nous disent que le français n’est rien de plus que la langue dominante d’un pays plurilingue et qui nous répètent sur tous les tons qu’il n’y a pas d’asymétrie entre la culture française et les cultures d’origine des nouveaux arrivants. Si cette idée entre définitivement dans les consciences, il n’y aura plus de fondement à la transmission.

Le Point — L’asymétrie que vous évoquez n’est-elle pas tout bonnement une justification des inégalités ?

Finkielkraut —  L’asymétrie n’est pas la supériorité, mais l’ascendant en France de la culture nationale sur les cultures venues d’ailleurs. Le système scolaire s’effondre. Nous sommes entrés dans une période de sauve-qui-peut. Et, effectivement, tout le monde ne peut pas. Les misérables sont les grands perdants du tournant misérabiliste pris depuis quelques décennies par l’Éducation nationale.







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vendredi 20 décembre 2013

Pourquoi l'université coûte tellement cher aux États-Unis

Une autre année universitaire approche, le président Obama va donc bientôt commencer une autre tournée des campus du pays. « Il adore visiter les universités », explique Richard Vedder qui dirige le Centre d’accessibilité et de productivité universitaires à l’Université de l’Ohio. « Les universités permettent de s’abstraire de la réalité. Croyez-moi, j’y ai vécu pendant un demi-siècle. C'est comme vivre à Disneyland. Il s’agit de petites enclaves isolées d’irréalité. »

Le professeur Vedder, 72 ans, a enseigné l’économie appliquée aux universités depuis 1965. Au cours de la dernière décennie, il s’est forgé aux États-Unis une réputation d’éminent spécialiste dans le domaine de l’économie de l’enseignement supérieur, connaissances qu’il a partagées dans son livre de 2004 « Se ruiner avec un diplôme : Pourquoi l’université coûte trop cher. » Son analyse ne coïncide pas avec celle du président Obama.

Cette semaine, lors de sa tournée de rentrée universitaire en Pennsylvanie et dans l’État de New York, M. Obama a présenté un nouveau plan dont le but serait de rendre l’université plus abordable. « Si le gouvernement fédéral continue à investir de plus en plus d’argent dans le système », a-t-il fait remarquer à l’Université de l’État de New York à Buffalo, il y a deux semaines, et « si le coût augmente de 250 % » et « les recettes fiscales n’augmentent pas de 250 % » à « un moment donné, le gouvernement sera à court d’argent. »

Notons pour notre gouverne que M. Obama a donc admis qu’il existait une limite théorique à ce que le gouvernement fédéral peut dépenser, ce qui n’est pas évident quand on voit à quelle vitesse le déficit budgétaire augmente et à quel point le Trésor américain « pratique des assouplissements quantitatifs » (imprime de l'argent dans le langage des simples mortels).

Sa solution consiste, d’une part, à lier l’aide financière à la performance des universités par l’utilisation des subventions gouvernementales à la façon d’un « catalyseur à l’innovation » et, d’autre part, de faciliter le remboursement des dettes par étudiants. « En toute justice pour le président, certaines de ses idées sont décentes et même raisonnables », déclare le professeur Vedder, notamment quand il s’agit de fournir plus d’informations aux étudiants sur le coût d’une éducation universitaire et le taux d’obtention d’un diplôme dans une faculté donnée. Mais son plan ne fait qu’effleurer le problème et ne s’attaque qu’à « la partie émergée de l’iceberg. Il ne traite pas les causes fondamentales. »

Le coût d’une éducation universitaire n’a fait qu’augmenter malgré 50 ans d’interventions de l’État en apparence bienveillantes, selon M. Vedder, et le nouveau plan du président pourrait très bien exacerber cette tendance. D’après le professeur, le casse-tête que représente les coûts universitaires a commencé avec la Loi sur l’enseignement supérieur de 1965, une partie intégrante de la Grande Société de Johnson qui a distribué des bourses fédérales et des prêts à faible taux d'intérêt dans le but de rendre l’université plus accessible.

En 1964, l’aide fédérale aux étudiants n’était que de 231 millions de dollars. En 1981, le gouvernement fédéral dépensait alors 7 milliards de dollars pour les seuls prêts, un montant qui a doublé au cours des années 1980 et a presque triplé dans chacune des deux décennies suivantes pour atteindre quelque 105 milliards de dollars aujourd’hui. Les contribuables garantissent actuellement près de 1 billion (1000 milliards) de dollars en prêts aux étudiants.

Entretemps, les bourses et subventions (« grants ») sont passées de 6,4 milliards de dollars en 1981 à 49 milliards de dollars. En augmentant le nombre d’étudiants admissibles et en augmentant le montant maximum des bourses Pell (destinées aux étudiants de premier cycle nécessiteux) de 500 $ à 5350 $, le projet de relance de 2009 n’a fait qu’accélérer la transformation de l’éducation supérieure en un droit de la classe moyenne. Moins de 2 % des bénéficiaires de bourses Pell en 2007 provenaient de familles aux revenus entre 60 000 et 80 000 $ par an. Elles en constituent désormais environ 18 %.

M. Vedder fait valoir que cette croissance des subventions et des bourses a alimenté la hausse des prix : « Elle fournit un excellent prétexte aux universités pour augmenter leurs frais. »

De nombreuses universités, ajoute-t-il, utilisent les largesses fédérales pour financer la construction de logements universitaires dignes du Hilton et des infrastructures réminiscentes du Club Med. Stanford offre plus de cours de yoga que de Shakespeare. Fait que les parents dont les enfants inscrits à une « Formation de base » devraient garder à l’esprit : il est fort probable que le programme n’implique pas tant une étude rigoureuse des classiques, mais comporte plutôt de vigoureux exercices pour renforcer les fessiers et les abdominaux.

Princeton a récemment construit une resplendissante résidence étudiante au prix de 136 millions de dollars avec des fenêtres ornées de vitraux et une caverneuse salle à manger de chêne (payée en partie par un don déductible d’impôt de 30 M$ par la directrice de Hewlett-Packard Meg Whitman). Chaque chambre de la résidence universitaire revient à près de 300 000 $.

Les universités, ajoute le professeur Vedder, « sont dans le secteur du logement, l’industrie du divertissement, elles sont dans le secteur de l’hébergement, le secteur alimentaire. Diable, mon université dirige une agence de voyage que l’homme de la rue peut utiliser ! »

Pendant ce temps, les fonds de dotations universitaires sont exempts d’impôt sur leur revenu. Le fonds de dotations de 31 milliards de dollars de Harvard, qui a été financé par des dons déductibles d’impôts, est probablement le plus grand abri fiscal des États-Unis.

Certains dirigeants d’université sont également mieux payés que des P.D.G. Depuis 2000, l’Université de New York a prêté 90 millions de dollars, beaucoup d’entre eux à taux zéro et non remboursables, aux administrateurs et aux enseignants pour qu’ils s’achètent des maisons et des résidences secondaires dans la région huppée des Hamptons ou sur l’île Fire.

Les collèges ont également utilisé les torrents de dollars du contribuable pour embaucher plus de gestionnaires pour gérer leurs bureaucraties hypertrophiées et la prolifération de programmes multiculturels. L’Université de Californie compte 2.358 employés administratifs attachés au seul bureau de son président.

« Quasiment toutes les universités aujourd’hui ont un “secrétaire d’État”, un “vice-recteur aux études internationales” et un tas de spécialistes des relations publiques », ajoute M. Vedder. « Mon université dispose d’un coordonnateur au développement durable dont le message principal, pour autant que je sache, est d’aller dire aux gens d’acheter des aliments cultivés localement... Pourquoi ? Qu’est-ce qui cloche avec les tomates en provenance de Pennsylvanie par rapport à celles de l’Ohio ? »

« L’administration Obama s’est attaquée avec force aux universités à but lucratif depuis deux ou trois années », déclare M. Vedder. « Il est vrai que les taux d’abandon sont disproportionnellement élevés dans les établissements à but lucratif, mais il est également vrai que ces entreprises à but lucratif s’adressent précisément à la clientèle que M. Obama veut atteindre » : les minorités ethniques à faible revenu, dont beaucoup sont les premiers de leur famille à fréquenter un collège.

Aujourd’hui, seuls 7 % des diplômés des universités sont issus du quartile des plus bas revenus alors qu’ils étaient 12 % en 1970, lorsque l’aide fédérale était rare. Toutes les subventions gouvernementales destinées à rendre l’université plus accessible n’ont pas fait grand-chose pour cette population, affirme le professeur Vedder. Ces subventions n’ont pas non plus réellement amélioré les résultats des élèves ou les taux d’obtention de diplôme, qui sont d'environ 55 % dans la plupart des universités (taux favorable calculé avec une diplomation en six ans plutôt que les quatre ans habituels).

M. Vedder émet également des réserves quant à la proposition du président Obama de lier l’aide fédérale aux taux de diplomation, une des mesures de performance. « Je peux vous garantir dès maintenant, après avoir enseigné dans des universités pendant une éternité, que les universités feront tout leur possible pour amener les élèves à obtenir leur diplôme », dit-il en riant. « Si vous pensez qu’on assiste actuellement à une inflation des notes [voir étude sur le sujet], imaginez ce qui va se passer. Si vous laissez encore la moindre trace de buée sur un miroir, vous aurez un A. » [une distinction].

Il vaudrait mieux, indique M. Vedder, mettre en œuvre un examen national comme le GRE (Graduate Record Examination) pour mesurer ce que les élèves apprennent à l’université. Ce n’est pas à l’ordre du jour de M. Obama. Pour notre part, nous pensons que ces examens n’ont pas besoin d’être nationaux (le risque de mainmise de l’État et d’une homogénéisation étant trop grands), mais qu’il pourrait exister de tels examens organisés par différents organismes indépendants spécialisés.

Le président Obama ne cherche pas plus à s’attaquer à ce que M. Vedder croit être un problème fondamental : trop de jeunes vont à l’université. « Trente pour cent de la population adulte possède au moins un diplôme universitaire », fait-il remarquer. « Le ministère du Travail nous dit que seuls environ 20 % des emplois exigent un diplôme universitaire. Nous avons 115 520 concierges aux États-Unis avec une licence ou plus. Pourquoi encourager plus d’enfants à fréquenter l’université ? » « Douze pour cent des facteurs aux États-Unis ont désormais un diplôme universitaire. Faut-il un diplôme pour distribuer le courrier ? En 1970, seuls 3 % des facteurs étaient diplômés. » Est-ce que la distribution du courrier est devenue tellement plus complexe depuis qu'elle nécessiterait cette éducation universitaire ?

Le professeur Vedder voit des similitudes entre les politiques universitaire et immobilière du gouvernement qui a créé une bulle spéculative et causé la dernière crise financière. « En matière d’immobilier, le gouvernement a maintenu des taux d’intérêt artificiellement bas. Le gouvernement a poussé les gens peu qualifiés à s’acheter une maison. Aujourd’hui, on a de faibles taux d’intérêt sur les prêts étudiants. Le gouvernement encourage les enfants à aller à l’université alors qu’ils n’ont pas le niveau, comme il a encouragé les gens qui n’en avaient pas les moyens à acheter une maison. »



L'université, une arnaque ? (en anglais)
Naomi Schaefer Riley et Richard Vedder à l'émission de John Stossel

 

La bulle universitaire, précise-t-il, est « déjà en train d’éclater ». Elle se traduit par un nombre important de « diplômés chômeurs ou sous-employés fortement endettés ». La somme moyenne des prêts étudiants encore à rembourser est de 26 000 dollars, mais pour de nombreux diplômés, en particulier ceux qui ont suivi une formation de profession libérale, elle s’élève à plus de 100 000 $.

M. Obama veut permettre à davantage d’étudiants de s’acquitter de leurs dettes en plafonnant leurs paiements mensuels à 10 % de leur revenu discrétionnaire et en effaçant le solde impayé 20 ans après l’obtention de leur diplôme. Les diplômés à l’emploi du gouvernement ou d’une association à but non lucratif peuvent déjà se libérer de leur dette après une décennie.

« Faut-il comprendre que travailler pour le secteur privé est mauvais alors qu’être fonctionnaire est une bonne chose ? Je ne vois pas ce qui permet de pratiquer cette discrimination&nbsp:», dit M. Vedder. « Si je devais émettre une suggestion, je ferais exactement l’inverse. » Rappelons que le gouvernement est un des principaux employeurs des diplômés universitaires et qu'ils y sont bien payés.


Joseph Epstein et Andrew Ferguson discutent de l'état de l'éducation universitaire en sciences humaines et en lettres (en anglais)


Il ajoute que la méthode préconisée par le président Obama « crée un risque moral ». Quel signal envoie-t-il aux emprunteurs de prêts en cours et à venir si ce n’est qu’ils ne doivent pas prendre trop au sérieux leur obligation de rembourser leur emprunt ? Qu’il n’est pas trop important de chercher un boulot bien rémunéré pour rembourser son prêt ? Il subventionne « les diplômes en sociologie et en anthropologie plutôt que ceux en mathématiques ou en génie. »

L’éducation en ligne, qui est expérimentée dans certaines disciplines scientifiques, permet-elle de réduire considérablement les coûts ? « Pour l'économiste Vedder, c’est possible, mais le gouvernement n’innovera pas. Rappelons que l’histoire des ministères de l’Éducation, notamment au primaire et au secondaire, est jonchée de projets d’expérimentations, de projets d’innovation et de multiples propositions pour réinventer la manière d’enseigner depuis des décennies. Et qu’est-ce que cela a donné ? Les élèves américains apprennent-ils plus aujourd’hui qu’il y a une génération ? Apprennent-ils à un moindre coût qu’il y a une génération ? La réponse est non. »

« L’Innovation, déclare-t-il, est alimentée par des entrepreneurs comme Stanford Computer Science professeur Sebastian Thrun, qui a fondé l’entreprise commerciale Udacity qui offre des CLOM (pour cours en ligne ouverts et massifs). [Voir aussi article sur Salman Khan]. M. Thrun a commencé à enseigner l’intelligence artificielle, d’abord à Stanford puis à Udacity. M. Vedder note que 200 000 personnes se sont rapidement inscrites à ces cours. C’est un merveilleux programme et les gens apprennent énormément. »

Le gouvernement peut se rendre utile, ajoute M. Vedder, en ne gênant plus et en encourageant les organismes d’accréditation qui traînent les pieds. En fin de compte, la manière de rendre l’université plus abordable est pour le gouvernement de se retirer du financement des études universitaires et de sevrer les étudiants des subventions gouvernementales.

M. Obama est fermement opposé à cela. « Il veut conserver ce monde » irréel où la demande est insensible aux coûts, de soupirer M. Vedder. « Ce monde doit changer. »

Source

Voir aussi

La bulle universitaire aux États-Unis va-t-elle crever ?

Mark Steyn et l'université américaine

Recension de Economic Facts and Fallacies de Thomas Sowell

États-Unis — Diplômés et surendettés







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jeudi 19 décembre 2013

Russie — la démographie expliquerait-elle le retour au conservatisme ?

Moscou rejette le mariage homo­sexuel, au nom de l’avenir. Les raisons sont éthiques, poli­tiques et démo­graphiques. Explications de la présidente de la com­mission de la famille à la Douma (Diète) interrogée par Valeurs actuelles.

Les Russes ont suivi de près l’intense débat franco-français du prin­temps dernier sur le mariage homo­sexuel.

Présidente de la commission de la famille à la Diète, la Chambre basse du Parlement russe, Éléna Borisovna Mizoulina reconnaît le vif intérêt de son pays pour ce sujet : « Oui, on s’est posé beaucoup de questions sur vos lois, car nos deux pays ont signé un accord sur l’adoption. On ne voulait pas que nos enfants en pâtissent. » L’enfant adopté en Russie conserve en effet la nationalité russe, au moins jusqu’à ses 18 ans. Pendant cette période, les autorités russes exigent même des « rapports de suivi » : « Il n’y a pas de problème pour les enfants adoptés par des couples traditionnels, un homme et une femme, poursuit Mme Mizoulina, mère de deux enfants. En revanche, nous ne sommes pas d’accord sur votre loi promariage homo. La Russie n’accepte pas ce type de mariage, encore moins le fait que ces couples puissent adopter un enfant. »

En 2011, lorsque l’accord d’adoption franco-russe fut signé, la loi française autorisant le mariage homosexuel n’existait pas. Seuls étaient concernés les couples hétérosexuels. Votée en juillet dernier par 444 députés sur 450 et avec le soutien de 89 % de la population, la nouvelle loi russe interdit donc l’adoption aux familles homosexuelles, aux couples non mariés, aux célibataires.




Au même moment, 116 célibataires français étaient en attente d’adoption en Russie.

Le pays assume sans complexe sa défense de la famille traditionnelle (un homme et une femme). « Bâtie entre un homme et une femme, de génération en génération, la famille est sacrée dans la culture russe », rappelle Mme Mizoulina.

Ce choix justifie aussi l’interdiction désormais légale de toute forme de propagande en faveur de « relations sexuelles non traditionnelles » (homosexuelles) auprès des mineurs. Les amendes prévues sont doublées et un nouveau projet de loi prévoit de retirer leurs droits parentaux aux personnes ayant des relations homosexuelles.

La défense de la famille et la défiance devant l’homosexualité militante sont jugées vitales à l’heure où la Russie subit un affaissement démographique sans précédent. « Oui, c’est un problème grave pour notre avenir, reconnaît me Mizoulina. Il nous manque environ un million d’enfants par an. Ce n’est pas en facilitant les familles homosexuelles qu’on réglera ce problème. Seule la famille traditionnelle peut nous aider à résorber ce déficit démographique. »

Ce chantier familial est une priorité de Poutine. À peu près seul parmi les chefs d’État des grandes puissances, il défend la famille, pilier naturel de toute société, et rejette le prétendu « mariage pour tous » à la socialiste française, qui menace cet ordre naturel. « C’est un suicide social », a dit aux Russes François Légrier, le président du Mouvement catholique des familles, invité à témoigner devant la Diète de l’engagement de nombreux jeunes Français pour la défense de l’institution familiale.

« C’est un suicide démographique, car l’homosexualité, c’est l’infécondité ; un suicide moral, car l’individu qui ne sait d’où il vient ni où il va ne sera qu’un révolté, n’ayant à aimer ni famille ni patrie. »

Les députés russes ont applaudi et confié leur déception devant le choix de la France. Ils soulignent que leur défense de la famille est liée à leur volonté de redressement démographique de la Russie autant qu’à la restauration morale et spirituelle de leur pays. Vingt mille églises y ont été reconstruites en quinze ans, parfois à l’identique, à l’exemple de la porte de la Résurrection et sa célèbre petite chapelle, au pied même du Kremlin, qui avaient été détruites sur ordre de Staline, en 1931.



Bilan démographique

Hausse de la natalité, baisse de la mortalité, augmentation de l’espérance de vie : la période propice à la reproduction naturelle de la population touche à sa fin en Russie, écrit mercredi le quotidien Vedomosti.

Les démographes tirent la sonnette d’alarme : si la tendance actuelle se maintenait, la population russe retomberait à 130 millions d’habitants à l’horizon 2030 et à 100 millions d’ici 2060. Certaines estimations sont encore plus pessimistes – 120 millions d’habitants d’ici 2030 et une division par deux de la population d’ici 2060 pour atteindre 70 millions.

Tels sont les résultats du rapport « Sera-t-il trop tard dans 10 ans ? La politique démographique de la Fédération de Russie : défis et scénarios ». La Russie a donc besoin d’une nouvelle politique pour « préserver le peuple », qui sera loin de se limiter à un soutien social.

Le rapport actuel entre la population apte à travailler et les retraités, de 2,8/1, chutera à 2/1 d’ici 2030 selon les prévisions de l’agence russe des statistiques Rosstat, voire jusqu’à 1,6/1 selon certains experts, entraînant une charge supplémentaire pour le budget, les employeurs et les employés.

L’immigration ne permettra probablement pas de sortir du trou démographique. En effet les auteurs du rapport soulignent que dans les pays d’Asie centrale, la natalité est en baisse ces dernières années. En particulier en Ouzbékistan où, après une augmentation au milieu des années 2000, selon les informations officielles, le nombre de naissances a baissé de 652 000 en 2009 jusqu’à 625 000 en 2012. Le nombre d’enfants par femme se réduit également.

Un ensemble de mesures est nécessaire pour préserver la population, avant tout une amélioration de la qualité des services médiaux et la réduction de la mortalité. La mortalité infantile en Russie en 2012 était de 8,6 pour 1 000 naissances. En descendant au niveau de la Lituanie ou de la Pologne (4,9 et 5,9), sans parler de l’Estonie (3,5), la Russie sauverait chaque année entre 60 000 et 80 000 vies.

Selon les autorités, il faudrait également réduire le nombre d’avortements (1,1 million en 2012). Une prévention à grande échelle des maladies cardiaques pourrait également avoir d’importants résultats, sachant qu’elles provoquent 2 à 3 fois plus de décès en Russie que dans la majorité de pays européens. Autres solutions : renforcer le contrôle de l’accès aux spiritueux et la sécurité routière.

Ces deux derniers facteurs sont la cause d’une mortalité élevée en Russie parmi les hommes aptes à travailler. Ces mesures permettraient de maintenir la population russe à hauteur de 130 millions d’habitants d’ici 2060.

Pour cela, il est nécessaire de faire passer le financement de la santé au même niveau que les ex-républiques socialistes. Actuellement, les dépenses de la Russie pour la santé (2 450 milliards de roubles en 2013, soit 55,6 milliards d’euros) représentent 3,6 % du PIB. Il est prévu de les réduire jusqu’à 3,2 % d’ici 2016. À titre de comparaison, la Pologne et l’Estonie consacrent à la santé 4,7 % du PIB, pour 4,5 % en Lituanie et 5,7 % en République tchèque.

HSLDA : le droit d'instruire ses enfants à la maison menacé au Canada


Dans un communiqué publié récemment, la HSLDA explique pourquoi elle a demandé à intervenir devant la Cour suprême du Canada :

« Le droit de faire l’école-maison est présentement sous attaque à la Cour suprême du Canada. Cette attaque provient d’une source inattendue. Une école secondaire privée catholique à Montréal (le collège Loyola) a demandé la permission d’enseigner le cours d’Éthique et culture religieuse (ECR) de sa propre perspective religieuse. Pour la plupart d’entre nous, cela va de soi dans le contexte de la liberté de religion. Or, on a refusé ce droit à ce collège. Lorsque cette situation s’est retrouvée devant les tribunaux initialement, le collège avait eu gain de cause. Toutefois, la Cour d’appel a donné raison au gouvernement par la suite, refusant au collège leur demande. Si cette décision est maintenue, cela compromet la même règle de droit dont nous nous servons pour protéger l’école-maison. En d’autres mots, si cette cause est perdue, nous pourrions très bien perdre le droit de faire l’école-maison sans avoir eu un mot à dire sur le sujet.

[Note du carnet : s'il faut être neutre et laïc quand on donne le cours ECR (comme cette école catholique) alors un parent qui doit en théorie enseigner cette matière à la maison devrait rester neutre et laïc quand il parle de religion ou de morale... Ce n'est pas en pratique faisable. Faudra-t-il alors qu'un tiers enseigne cette matière aux enfants éduqués à la maison ? Ou alors faut-il simplement laisser les parents et les écoles confessionnelles — où personne n'est obligé d'envoyer ses enfants — enseigner le programme ECR de manière franche et conforme aux valeurs de ces parents et de ces établissements ?]

Le collège Loyola en a appelé à la Cour suprême du Canada. Ce que cette Cour décidera sera applicable à tous les citoyens canadiens. Une perte pour le collège Loyola pourrait sérieusement limiter la liberté dans l’école-maison. Pour cette raison, la HSLDA a demandé le statut d’intervenant dans cette cause. Si notre demande est reçue, notre argumentation reposera sur le fait que le droit d’enseigner à nos enfants en accord avec nos croyances religieuses est fondamental et ne devrait jamais être violé.

Une intervention de notre part requiert beaucoup de temps et d’argent, et il demeure très important que nous le fassions avec excellence.

Cette cause fait partie intégrante d’un courant au Québec présentement, et qui affecte tout le pays. En 2008, le Québec a introduit le cours d’Éthique et culture religieuse. Ce cours est hostile envers tout groupe ayant une véritable foi ; il est particulièrement hostile envers la chrétienté. Le cours est obligatoire dans les écoles publiques, les écoles privées et les écoles-maison. Ces trois groupes ont cherché à en être exemptés. Un regroupement de parents dans S.L. c. Commission scolaire des Chênes a voulu obtenir le droit de retirer leurs enfants de ce cours tout en maintenant leur inscription à l’école publique sur le motif que cela allait à l’encontre des convictions religieuses de l’enfant. Cette cause est allée jusqu’à la Cour suprême qui a rendu sa décision en février 2012. La Cour a décidé que le gouvernement pouvait forcer les élèves à suivre le cours. Dans la cause Loyola, le gouvernement veut forcer les écoles privées à enseigner ce cours. Si cette cause est perdue, les familles faisant l’école-maison resteront seules à se battre. Non seulement cela impliquerait-il plus de pression sur nous tous et la très grande possibilité de se retrouver aussi à la cour sur le sujet. De plus, si la Cour suprême devait avoir déjà statué contre la liberté de religion dans deux causes similaires, il est peu probable qu’elle se penche sur la même question en notre faveur par la suite.

La plupart des familles faisant l’école-maison au Québec le font sans l’approbation du gouvernement. La plupart du temps, cette approbation est conditionnelle à ce que les familles suivent à la lettre le programme scolaire de l’école publique. La liberté de faire l’école-maison au Québec ne tient qu’à un fil.

Porter une cause en appel comporte toujours des risques. Au niveau provincial, comme à la Cour d’appel du Québec, la décision subséquente du Tribunal est contraignante pour toutes les causes futures dans cette province. Lorsqu’une cause est portée en appel à la Cour suprême, cette cause exercera aussi une contrainte sur toutes les autres causes au Canada. Voilà comment une simple cause pour une seule famille ou encore une seule école privée peut aboutir soit à la reconnaissance de libertés religieuses au pays, soit à la perte de ces mêmes libertés.

De là l’importance pour la HSLDA d’être impliquée dans cette affaire. Si cette cause est perdue, cela voudra dire que le droit de faire l’école-maison sera remis en question partout au Canada.

Il y a trois étapes à suivre pour les intervenants à la Cour suprême du Canada. La première consiste à faire une demande pour intervenir. Il s’agit d’un document de 12 pages et la Cour peut l’approuver ou non, et sans fournir de raisons. Si notre demande est reçue, la Cour nous permettra de soumettre un mémoire de 10 pages exposant nos arguments. Elle pourrait par la suite nous permettre de présenter nos arguments oralement devant le Tribunal (on accorde habituellement de 5 à 20 minutes pour une telle présentation).

Alors que j’écris ces lignes, nous sommes à l’étape de soumettre notre demande pour obtenir le statut d’intervenant. Nous prévoyons que les argumentations orales auront lieu en mars 2014. De toute vraisemblance, une décision serait rendue seulement au début de l’été ou, plus probable encore, à l’automne.

Nous vivons des moments tumultueux. Toutefois, nous nous devons de considérer aussi les nombreux succès remportés, par la grâce de Dieu. Que ce soit notre cause au Québec où le gouvernement a décidé de laisser tomber, notre intervention en Nouvelle-Écosse contre le rapport du vérificateur général, notre percée en Alberta concernant la façon dont la nouvelle loi sur l’éducation devait être rédigée, ou encore les petites, mais nombreuses victoires successives qui ont permis à l’école-maison de prospérer au fil des décennies, Dieu nous a accordé la victoire encore et encore alors même que cela nous semblait hors de portée.

Ces victoires ont été possibles seulement à cause de la fidélité de certains de nos membres et amis de la HSLDA qui, année après année, soutiennent notre travail, non seulement par leur adhésion à la HSLDA, mais encore par leurs dons au Centre canadien pour l’école-maison (CCHE). Nous vous invitons à joindre leurs rangs alors qu’encore une fois, nous faisons face à une tâche qui semble impossible à faire.

Le Club des Ambassadeurs vise justement à reconnaître nos plus fidèles donateurs. Si vous n’en êtes pas encore membre, vous pouvez le devenir avec un don de 200 $ ou plus au Centre canadien pour l’école-maison (CCHE), en plus de votre adhésion régulière à la HSLDA. Si vous êtes déjà membre du Club, nous vous invitons à nous soutenir encore une fois en cette fin d’année pour contribuer à cette cause à la Cour suprême du Canada. Vous pouvez le faire directement en ligne ou encore en communiquant avec nous par courriel, ou par téléphone au 819 909-6928.

[...]

 »

Voir aussi

Loyola c. MELS — Le Monopole de l'Éducation sort renforcé

Affaire Loyola c. Monopole de l'Éducation du Québec — Onze organismes demandent à intervenir

Compte rendu du colloque international sur l'éducation catholique tenu à Montréal

« Match nul » sur la constitutionnalité du programme ECR, entretemps Jésus, Superman même combat !

À qui sont ces enfants au juste ?

La DPJ recule après plus 3 ans d'interrogatoires, de tests et de procès : une famille recouvre sa liberté

Police allemande enlève les enfants d'une famille instruits à la maison





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mardi 17 décembre 2013

Le centre-gauche luxembourgeois veut imposer son cours ECR (laïque unique) à l'école

Le nouveau gouvernement luxembourgeois, composé de libéraux, de socialistes et de verts, veut mettre fin au système actuel, largement plébiscité, du choix entre un enseignement laïc et un enseignement religieux à l'école. Le gouvernement veut mettre en place un enseignement de valeurs, unique et uniforme le tout au nom de « la diversité ».

Un groupe de parents a lancé une pétition pour s'opposer à cette initiative. Cette pétition peut être signée sur des formulaires papier ou en ligne. Pour ces parents, « Le libre choix actuellement garanti est l’expression d’un respect mutuel et d’une démocratie vivante. L’unité se crée dans la diversité et non à travers l’uniformisation du cours unique prévu. »
Ces citoyens rappellent que « Les valeurs ne sont jamais neutres. Par conséquent, l’État n’a pas le droit de s’en arroger le monopole. Les parents, enfants et jeunes doivent garder le droit de participer à une décision qui les concerne directement au niveau de questions existentielles ! »

Pour sa part, le diocèse a mis en ligne les résultats d'une enquête menée par un institut indépendant. Les conclusions sont probantes : 72 % de la population résidente (il y a beaucoup de transfrontaliers au Luxembourg) se prononce pour le maintien du libre choix entre l’enseignement moral et religieux. Le pourcentage des parents d’enfants et adolescents scolarisés y étant favorables s’élève même à 76 %.

Sondage TNS Ilres sur l’enseignement religieux, sur la pratique religieuse et sur la relation Églises-État

Quatre personnes interrogées sur cinq trouvent importante l’inscription de la liberté de religion dans la Constitution. En ce qui concerne les relations entre les Églises et l’État, la majorité des personnes consultées (72 %) se prononcent en faveur d’une réglementation claire par l’intermédiaire d’accords, voire de conventions. Tels sont les principaux résultats relevés par un sondage TNS Ilres commandé par l’Église catholique à Luxembourg et qui ont été présentés ce jeudi par le directeur de l’institut de sondages et d’études d’opinion Charles Margue. Pour ce sondage qui a eu lieu du 21 au 27 novembre 2013, 1078 personnes âgées de plus de 15 ans ont été interrogées, dont certains d’entre eux étaient des parents de 659 enfants et adolescents.

En ce qui concerne l’importance de la transmission des valeurs aux jeunes, le taux d’approbation atteint des niveaux élevés (93 %). Même constat pour la question sur l’importance de l’existence d’un lieu à l’école où sont évoquées les questions morales, religieuses et philosophiques (87 %). Les points importants à aborder lors des cours de religion sont la cohabitation dans une société multiculturelle et multi-religieuse, les connaissances au sujet de sa propre culture et de sa civilisation ainsi que le développement personnel des jeunes gens. Les thèmes environnementaux, la solidarité internationale et la familiarisation sur la manière de vivre sa foi ont également été jugés importants pour la majorité des jeunes scolarisés. Les parents interrogés se sont dits pour la plupart d’entre eux satisfaits, respectivement très satisfaits du choix qu’ils ont fait à l’égard de l’inscription dans l’enseignement moral ou religieux.

Voir aussi

Le fait religieux au Luxembourg en 2013 état de l’opinion publique.

Luxembourg — son éducation dans la moyenne serait un frein à la prospérité




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dimanche 15 décembre 2013

Les causes de la « Révolution tranquille » en matière d'éducation, ses conséquences

Gilles Paquet


Dans l'ouvrage collectif La Révolution tranquille en héritage, sur lequel nous reviendrons, Gilles Paquet, économiste à l'Université d’Ottawa, revient sur les causes et les effets de ce que l'on nomme un peu rapidement la « Révolution » tranquille, cette vache sacrée d'une certaine gauche québécoise.



Extraits (les intertitres en gras sont de nous) :


« 

La démographie explique à peu près les deux tiers de tout.


David Foot

[...]


[Q]uelle a été la source des changements [issus de la « Révolution » tranquille] ? à quoi peut-on attribuer les dérapages s’il y en a eu? et quel est le degré d’inachèvement des travaux enclenchés, quel déblocage est nécessaire ?

À ces trois questions, les réponses sont claires : le changement a souvent été déclenché par la démographie; les dérapages sont venus d’un étatisme excessif; et le déblocage ne peut venir que d’une nouvelle gouvernance.

Les grands faits qui caractérisent l'époque de la Révolution tranquille
• l’urbanisation du Québec dans la décennie des années 40 a été phénoménale: il s’est urbanisé autant de gens dans cette décennie que dans tout le siècle qui a précédé ;

• entre 1951 et 1966, il va naître deux millions de Québécois : en 1966, grosso modo, un Québécois sur trois aura moins de quinze ans; beaucoup de jeunes: plus de personnes à l’école qu’au travail, sans pouvoir, mais avec beaucoup de temps libre et de grands espoirs (ce qu’on nommera l’esprit de 1968) ;

• entre 1870 et 1957, le taux de croissance de la valeur ajoutée par année-personne est comparable à celui de l’Ontario ;

• entre 1935 et 1955, le taux de croissance de la production industrielle au Québec dépasse celui de l’Ontario; entre 1946 et 1958, le niveau du revenu personnel par habitant au Québec progressait de plus de 5 % par année et gagnait sur celui de l’Ontario ;

• les années 50 ont été la seule décennie du XXe siècle où les migrations interprovinciales ont donné un solde positif au Québec ;

• au cours des deux décennies antérieures à 1967-1968, les inscriptions à tous les ordres d’enseignement augmentaient très rapidement;

• les changements dramatiques dans le régime des relations de travail (en particulier dans le secteur public) ont eu un impact sur la montée des corporatismes, sur la détérioration du climat social et sur l’explosion salariale dans la période subséquente;

• il y a eu aussi dans tout le monde occidental (et au Québec aussi fortement qu’ailleurs), dans l’après Seconde Guerre mondiale, la montée d’un grand relativisme moral qui n’a pas été sans rappeler le vent idéologique ayant soufflé sur le monde atlantique à la fin du XVIIIe siècle enclenchant alors ce qu’on a nommé la Révolution atlantique (Godechot-Palmer)[1] ;

• il y a enfin l’arrivée sur la scène occidentale de l’idéologie des droits de la personne (dans la foulée de la Déclaration des Nations Unies de 1948) et de la légitimité de demandes illimitées vis-à-vis de l’État — qui vont amener le citoyen à réclamer de l’État dit providence qu’il soit l’instrument de la réalisation de toutes sortes de gratifications, et à se déresponsabiliser relativement de sa propre condition; cela est pleinement rendu par le slogan de Mai 68 : « Soyez réaliste, demandez l’impossible ! »
[…]

De ces faits stylisés, je conclus que les chromos Grande Noirceur et Révolution tranquille sont indûment réducteurs  pour caractériser l’avant et l’après 1960 au Québec si l’on cherche une explication persuasive et non pas seulement une fabulation inspirante.

[...]

La Grande Noirceur et les héritiers de la Révolution tranquille vus dans le cahier-manuel d'éthique et de culture religieuse pour la 1re secondaire des éditions La Pensée (p. 56)



La démographie comme moteur des changements

Le système d’éducation québécois a subi de nombreuses transformations dans les années 60. La grande cause de ces transformations est cependant moins le volontarisme des politiciens et des bureaucrates qu’une grande vague démographique dont les effets ont commencé à se faire sentir dès avant 1960. C’est pour répondre aux besoins criants de cette grande vague démographique qu’on va devoir commencer à construire tout un réseau d’écoles et d’institutions sanitaires déjà sous le régime Duplessis. L’État va être le grand improvisateur de ces transformations forcées, pour parer au plus urgent, parce que le privé et le « sans but lucratif » sont débordés. La grande cause du dérangement sera cependant démographique.

Sans aucun doute, les accompagnateurs politico-bureaucratiques de ce mouvement vont y mettre du leur : on va voter bien des lois scolaires dans les années 60 — allongeant l’âge de fréquentation scolaire obligatoire, ramenant plus de 1 000 commissions scolaires à une soixantaine, et les obligeant à assurer l’enseignement secondaire, etc. Mais cet ajustement avait déjà commencé dès les années 40, et s’était poursuivi avec force dans les années 50, en proportion de l’augmentation de la clientèle réclamant des institutions supplémentaires. Dans les années 60, on répond seulement aux goulots d’étranglement subséquents qui se matérialisent.

En effet, les baby-boomers ne mourant pas en arrivant à l’adolescence, on va inventer, en cascade, les cégeps pour prendre le relais des polyvalentes en 1967, et l’Université du Québec, créée en décembre 1968, pour prendre le relais des cégeps : une cascade d’établissements pour accueillir l’énorme vague d’étudiants que les institutions existantes n’auraient su accueillir, et qu’une population québécoise dont le revenu croît vite n’aurait pas accepté qu’on sacrifie.

Quantité oui, mais qualité laissant à désirer

La « démocratisation de l’éducation » est le slogan qu’on utilisera pour décrire la mise en place de ces nouvelles structures d’accueil dans les années 60. La population était favorable à la réforme des structures (vague démographique oblige, des réformes s’imposaient), mais elle n’a pas été impressionnée par la qualité du produit des nouveaux établissements (polyvalentes, cégeps). La grogne a commencé dès les années 60.

[...]

Au début, en éducation, il fallait évidemment travailler à la hache, et faire face au problème « quantitatif » de la horde démographique. Un appareil d’État a semblé être le seul mécanisme capable de parer au plus urgent.

[…]

L'État monopole et sa bureaucratie s'accrochent après l'urgence

Mais une fois le gros du choc démographique passé, l’appareil d’État n’a pas voulu lâcher prise, même quand il est devenu clair que tous les intervenants (professeurs, parents, étudiants) se considéraient mal servis par le monopole public qui imposait un régime pédagogique inadéquat.

L’impact de ce monopole d’État et de sa bureaucratie a été catastrophique, diront les économistes et sociologues qui ont écrit un livre noir accablant[2]. Mais rien ne saurait mieux exprimer la faillite que les spectaculaires taux de décrochage scolaire et les dénonciations de Jean-Paul Desbiens (dit frère Untel) qui, dans sa préface au livre de Migué et Marceau, a dit son amer désappointement avec verve, mais aussi avec la légitimité de celui qui avait lancé un débat important sur l’éducation au Québec à la fin des années 50[3].

[...]

Parents désorganisés, fugaces et dociles contre syndicats et bureaucrates conservateurs

Desbiens dénonce, dans la préface du livre de Migué et Marceau, l’incurie des parents (qui « ne constituent pas une force organisée, sauf en cas de crises pointues et localisées ») et de l’opinion publique (« fugace, distraite, facilement manipulable en cette matière ») mais surtout « une Sainte-Alliance entre les politiciens, les syndicats d’enseignants et les bureaucrates en faveur du maintien et de l’extension du monopole.

« Les clientèles captives sont moins rétives, moins malcommodes que les clientèles libres » (p. xiv).

[…]

Centralisation, jacobinisme et volonté de programmation citoyenne

La tendance à la centralisation, à la bureaucratisation et au jacobinisme demeure hégémonique, et le débat récent autour du cours d’éthique et de culture religieuse — l’imposition d’une religion d’État, disent certains — révèle clairement un certain césarisme.

Dans une société pluraliste et une démocratie libérale, la vision du monde à saveur républicaine — qui statue que l’État doit incorporer les valeurs de la communauté politique, constituer une sorte de personne en plus grand et en plus important et définir la manière morale pour la communauté de fixer ses droits — est oppressante. Le monopole public de l’éducation est naturellement amené à imposer l’uniformité (au nom d’un égalitarisme abusif), et donc à rendre impossible la variété requise, au nom d’une certaine programmation citoyenne.

[…]

C’est condamner le monde de l’éducation à un arrimage ni très heureux ni cohérent entre un système d’éducation bureaucratique et un environnement bariolé, mais aussi, disent certains, à la médiocrité et à la production systématique du décrochage scolaire et de l’analphabétisme.

Les sociétés qui ont choisi la variété et la concurrence dans l’éducation ont des résultats énormément plus impressionnants[4].

[…]

Sainte-Alliance à saveur étatiste, corporatiste et syndicaliste

Ce n’est pas un problème strictement d’éducation non plus que proprement québécois, puisque d’autres juridictions ont aussi été détournées de leurs trajectoires originales par d’autres formes de Sainte-Alliance à saveur étatiste, corporatiste et syndicaliste. La force d’inertie de ces arrangements est robuste: ils savent résister aux assauts et, ce faisant, préserver des «systèmes scolaires» fort coûteux, inefficients et non viables à long terme même au niveau universitaire[5].

C’est là le côté sombre des monopoles d’État créés au nom d’idéaux tout aussi fumeux que sacrés chez les bien-pensants (bien commun, démocratie, égalitarisme, pallier l’ignorance ou l’incurie des citoyens-parents, etc.) et embaumés comme « acquis sociaux ».



[1] Peter H. Amann, The Eighteenth-Century Revolution: French or Western?, Boston, Heath, 1963.

[2] Jean-Luc Migué et Richard Marceau, Le Monopole public de l’éducation, Sillery, Presses de l’Université du Québec, 1989; Gilles Gagné (dir.), Main basse sur l’éducation, Québec, Nota bene, 1999; Gilles Paquet, Pathologies de gouvernance, Montréal, Liber, 2004, chapitres 12 et 13.

[3] Jean-Paul Desbiens, Les Insolences du frère Untel, Montréal, Éditions de l’homme, 1960; Jean-Paul Desbiens, préface à l’ouvrage de Migué et Marceau, Le Monopole public de l’éducation.

[4]  Gilles Paquet, Pathologies de gouvernance, p. 127.

[5] Gilles Paquet, « Ontario Higher Education as Governance Failures », Optimum Online, vol. 40, no 1 (2010), p. 60-66.


La Révolution tranquille en héritage
Collectif
chez Boréal
à Montréal
paru le 4 octobre 2011,
304 pages
ISBN-13 : 978-2-7646-2115-8

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Les gènes influeraient sur la réussite. Mais alors qu'est-ce que l'égalité en éducation ?

Les gènes comptent pour beaucoup lors de la scolarisation. Il est moins clair que les écoles puissent s’adapter à ce fait.

La question fondamentale de G is for Genes (« G comme gènes ») est de savoir ce qu’est l’égalité en éducation. Pour les auteurs de cet essai, cette égalité n’existe que lorsque le potentiel génétique de chacun peut s’épanouir au maximum. Il s’agirait d’identifier les dons des enfants et de les cultiver plutôt que d’imposer des solutions à taille unique dans l’instruction conçue dans une optique de massification de la scolarisation à bon marché.

Cet objectif est louable, mais peu dans l’air du temps, du moins sous nos latitudes. Une telle conception sera dénoncée par de nombreux experts comme ne pouvant qu’exacerber l’effet de ces différences génétiques plutôt que de les amoindrir.

Robert Plomin est un vétéran dans le domaine de la génétique du comportement qui cherche à expliquer comment les différences génétiques entre les gens influent sur leurs actions et leurs capacités. Kathryn Asbury (ci-contre) est l'une de ses disciples spécialisées dans les études sur le développement des jumeaux (EDJ), un projet qui se penche notamment sur une meilleure compréhension de la scolarisation des enfants.

Sur la base de leurs recherches, ces deux chercheurs pensent qu’une bonne part des différences dans les résultats scolaires s’explique par la génétique. Cela contredit bien sûr la prémisse (le préjugé) de la table rase qui veut que la plupart des enfants (au moins ceux sans besoins éducatifs particuliers) sont en quelque sorte des pages blanches qui ont tous un potentiel d’apprentissage égal à leur rentrée dans le système scolaire. Cette théorie de la page blanche signifie, selon ces chercheurs, qu’à de très rares exceptions facilement identifiables comme la trisomie 21, la scolarisation des enfants ne leur est pas adaptée. À leur avis, chaque enfant est spécial, différent, et mériterait une scolarisation sur mesure. Cette théorie de la table rase explique que l'on pousse tant d'enfants à devenir des généralistes non universitaires médiocres quelles que soient leurs aptitudes naturelles, leurs intérêts, leurs espoirs et leurs rêves.

Comme le livre l'explique, l’étude sur le développement des jumeaux britanniques a suivi une méthode consacrée en génétique du comportement en comparant statistiquement de vrais jumeaux à de faux jumeaux. Les vrais jumeaux (monozygotes) partagent tous leurs gènes, les faux jumeaux (dizygotes) n'en partagent que la moitié.

Dans les deux cas, cependant, les jumeaux reçoivent une même éducation. Cela permet à ceux qui mènent une telle étude d’estimer les effets relatifs des gènes et de l'environnement (et aussi, s'ils posent les bonnes questions, de différents aspects de l'environnement) sur toutes sortes de phénomènes, y compris ce que les enfants apprennent et comment ils l'apprennent.

Les effets de génétique sur la scolarité seraient grands. Ils expliqueraient de 60 % à 80 % des différences dans l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. Pour les mathématiques, il s’agirait de 60 à 70 %. Pour la science, de 50 à 60 %. Une grande partie du débat houleux qui oppose les déterministes environnementaux et les déterministes génétiques porte sur la partie héritée de l’intelligence générale (le QI pour le grand public, le facteur g pour les spécialistes). C’est certainement un aspect important.

L'éducation généralisée ne fait qu'exacerber ces différences génétiques. En effet, au début du XIXe siècle, plus de 50 % de la population de la plupart des pays occidentaux étaient analphabètes. À cette époque, le manque d'instruction était un bien meilleur prédicteur de l'analphabétisme qu'une faible prédisposition génétique. Une analyse génétique comportementale des données de l'époque montrerait, si elle était possible, une forte influence génétique sur l'environnement (qui s'en sort ou pas), mais une faible influence sur les différences individuelles dans la capacité de lecture. Être riche (même peu doué) était un meilleur indicateur prévisionnel d'alphabétisme qu'une tête bien faite pour la lecture. L'introduction de l'enseignement obligatoire universel a changé cela. Quand tous les enfants sont scolarisés, les différences entre ces enfants sont désormais principalement dues à des différences individuelles (en grande partie génétiques) dans leur réaction par rapport à cette même instruction.

Mme Asbury et M. Plomin montrent que d'autres facteurs que l'hérédité entrent également en ligne. Un bon indicateur de la réussite d'un enfant dans une matière, par exemple, est sa conviction qu'il est bon dans ce domaine, indépendamment du fait qu’il le soit réellement. (Ceci signifie par exemple que pour certains élèves il vaut mieux parfois être parmi les meilleurs dans une bonne école, que dans le tiers inférieur dans une école d’élite.) Le niveau de cette confiance en soi serait influencé à environ 50 % par des facteurs génétiques.

Une des idées les plus intéressantes développées par les auteurs – assez évidente quand on y songe – c'est que les influences génétiques et environnementales ne sont pas simplement additives.

En effet, les gènes déterminent l'environnement où grandit un enfant. L'enfant sportif cherche le terrain de sports. L’enfant studieux, la bibliothèque. Cet environnement de prédilection ne fera qu’amplifier les effets de toute prédisposition génétique lors de la croissance de l’enfant.

Le patrimoine génétique des parents peut aussi affecter les enfants qui n'ont pas hérité directement, à cause des aléas de la formation des gamètes, des gènes adéquats. C’est une vérité dérangeante, mais pourtant avérée, que le statut socio-économique est en partie déterminé génétiquement (pour les chercheurs la génétique expliquerait environ 40 % de la variation du niveau social des emplois que les gens occupent). Il est également vrai que les ménages à faible niveau social, ne fût-ce que par manque de moyens, entravent le développement d’un enfant par rapport à un enfant né dans une famille de la classe moyenne.

Les auteurs soutiennent que des projets tels que l’EDJ montrent également que la dyslexie ou le talent musical ne sont pas des phénomènes distincts. Il s’agirait en fait de l’extrémité de distributions statistiques qui reflètent le brassage d’une myriade de minuscules effets génétiques appelés locus à caractères quantitatifs, dont la véritable fonction demeure encore incomprise. Il en résulte, en leurs mots, que « l'anormal est la norme ». Une des failles dans l’état actuel de notre connaissance est l’absence de prise en compte de ces locus à caractères quantitatifs. Mais une meilleure compréhension de la génétique pourrait changer cet ordre des choses, en particulier une fois que nous saisirons mieux le rôle de gènes régulateurs appelés ARN non codants, dont il en existe probablement plus de 100.000, mais dont l'existence n'avait jusqu'à récemment même pas été soupçonnée.

Après cette analyse magistrale viennent les recommandations. Et c’est là que le livre sombre dans la conversation de café. D’autres chercheurs auraient préconisé des moyens pour réformer le système scolaire actuel, de préférence sans en augmenter les dépenses. Au lieu de cela, Mme Asbury et M. Plomin recommande une coûteuse révolution. Leur idée maîtresse consiste à dire que les locus à caractères quantitatifs démontrent que chaque enfant a besoin d'une instruction qui lui serait unique. Ceci pourrait, selon eux, se faire de trois manières.
La première consiste à utiliser le logiciel pour créer des précepteurs adaptés aux besoins de chaque enfant qui complèteraient le travail des enseignants en chair et en os. Un tel logiciel pourrait s'adapter au rythme de l'enfant. Mais, même si les auteurs insistent ailleurs dans leur ouvrage sur l'importance de fonder toute politique sur des preuves scientifiques solides, ils doivent admettre que les expériences qui utilisent de tels logiciels ont jusqu'ici échoué à démontrer que ceux-ci améliorent les résultats des élèves...

Leur deuxième idée est que chaque enfant doit, en plus des enseignants à son école, être aidé d’un type d’ange gardien qui le suivrait pendant tout son parcours scolaire, afin de choisir le programme qui lui conviendrait le mieux. Encore une fois, il n'existe aucune preuve claire cela fonctionnerait ou que ce fonctionnaire supplémentaire ferait mieux que les parents et les enseignants qui entourent déjà les enfants.

Leur troisième suggestion consiste à renforcer les écoles pour en faire de « petites universités » afin de créer des établissements qui pourraient offrir toutes les matières en un seul lieu et permettre ainsi des programmes hautement personnalisés.

Enseignement automatisé, ingérence par encore plus de bureaucrates et, finalement, des écoles géantes. Le tout risque de coûter encore plus cher et rien ne permet d’affirmer scientifiquement que cela aurait le moindre effet positif.


G Is For Genes
The Impact of Genetics on Education and Achievement.
par Kathryn Asbury et Robert Plomin
chez Wiley-Blackwell
à Londres
en 2013
216 pages;
16,98 $ sur Amazon.ca
Voir aussi

Genes do influence children, and acknowledging that can make schools better

BBC — What can confer an advantage in schooling (Forum, radio, 44 minutes)

Inné ou acquis, culture ou nature ? Tout dépendrait où l'on vit ? 

L’école infantilise-t-elle les adolescents ?




Soutenons les familles dans leurs combats juridiques (reçu fiscal pour tout don supérieur à 50 $)

samedi 14 décembre 2013

Histoire — Dossier sur Mandela et son héritage

L’école québécoise se flatte de former des élèves « autonomes » et à l’esprit critique. On peut en douter en contemplant le correctivisme politique qui suinte des manuels qu’on inflige aux élèves captifs du Monopole de l’éducation du Québec.

Le cas le plus récent de cet unanimisme politiquement correct est constitué par les dossiers consacrés à Nelson Mandela et destinés aux élèves. Notons qu'avant son trépas, Mandela était déjà proposé au programme du premier cycle du secondaire de l'école québécoise dans le cadre du cours d'« Histoire et éducation à la citoyenneté » (voir page 364).

Plusieurs sites destinés aux enseignants fournissent des dossiers clés en main sur Mandela. Prenons celui-ci destiné au primaire (quand on vous disait que les élèves se dispersent et apprennent peu les matières de base). On y retrouve des vidéos convenues qui nous viennent de Radio-Canada (ils ne sont pas gâtés) ainsi qu'un petit descriptif.



Le tout est grevé de clichés, d’approximations et même d’erreurs. Dont une évidente quand le dossier déclare au sujet des 27 années de détention de Mandela que « C’est aussi le prisonnier politique qui connaîtra la plus longue détention jamais vue. »

C’est inexact :
Devant le portrait hagiographique des dossiers scolaires et de Radio-Canada, nous reproduisons ici un portrait plus nuancé. Notons que ce fameux esprit critique, cette autonomie dont se gargarisent les programmes scolaires québécois ressemblent à de vieilles formules qui valaient pour lutter contre l’Église ou les « préjugés » conservateurs, alors qu’aujourd’hui on semble demander en fait aux élèves de répéter la doxa progressiste. Aucun des dossiers que nous avons lus ne dressait un portrait nuancé de Nelson Mandela. Aucune part d’ombre.

Il fallait bien évidemment s’attendre de la part de nos médias conformistes (et donc de nos enseignants mal renseignés sur ce sujet) au raz-de-marée émotionnel et moralisateur qui a suivi la mort de Nelson Mandela, le 5 décembre. Âgé de 95 ans, il était depuis déjà vingt ans un mythe vivant que voulaient approcher toutes les célébrités de la planète. Révélée dès sa libération de prison, le 11 février 1990, après vingt-sept années de détention, dont dix-huit ans au bagne de l’île Robben, sa magnanimité constante forgea son aura planétaire.

Malgré les souffrances endurées, Rolihlahla (le « fauteur de troubles » en xhosa, sa langue natale) Mandela fit preuve d’une clémence et d’une modération surprenantes à l’égard de ses anciens ennemis, ainsi que d’une inflexible volonté pour imposer ses choix à son propre camp.

Côté lumières, Mandela symbolise la force du pardon. Mais cette riche personnalité est aussi faite d’ombres. Sa jeunesse ne fut pas aussi humaniste que le disent aujourd’hui ses thuriféraires, trop souvent ignorants ou conformistes. Dans les années 1960, le jeune activiste fut dans le camp communiste. Il créa et commanda l’Umkhonto we Sizwe (« le Fer de lance de la nation »), la branche armée du Congrès national africain. Justifiant le terrorisme anti-Blancs pour défendre les droits de la communauté noire, il fit verser le sang.


La foule tue une opposante noire à l'ANC en criant « Viva Mandela »
(vidéo plus longue sur la lutte de l'ANC contre ses adversaires noires de l'UDF et de l'IFP)

En 1985, le dirigeant nationaliste noir Mandela rejeta l’offre du gouvernement sud-africain qui proposait de le libérer à condition qu’il renonçât à la violence. Il insistera toujours sur la politique « d'un homme, une voix » et s'opposera à toute politique fédéraliste pour assurer un foyer  afrikaner ou zoulou. Il ne dénoncera jamais la lutte implacable menée par l'ANC contre les noirs fédéralistes qui aboutira à des meurtres fréquents et cruels. La vision centralisatrice de Mandela et de l'ANC signifie sans doute à terme la disparition des Afrikaners en tant que peuple distinct. Seule une solution fédéraliste aurait pu le protéger, l'ANC a toujours promu une vision jacobine où la majorité noire dominerait toute l'Afrique du Sud et tous les leviers du pouvoir. Les Afrikaners et les métis voyaient leur langue, l'afrikaans, protégée avant 1994. Cette langue nettement plus parlée comme langue maternelle que l'anglais est de plus en plus battue en brèche par l'anglais, la langue privilégiée par l'ANC. Au nom de la réconciliation, le recteur noir d'une université sud-africaine a récemment déclaré qu'il fallait privilégier l'anglais comme langue commune dans l'éducation.

Cellule de Mandela, vers 1971 
(première photo connue)
Nelson Mandela est pourtant le même homme qui imposera à ses amis une politique inédite en Afrique de « vérité et réconciliation » en 1995. Ce choix participa indiscutablement à la baisse des tensions raciales. Ce processus amnistia tout autant des personnages de l’apartheid que des dirigeants de l'ANC dont Thabo Mbeki, le successeur de Mandela à la présidence de l’Afrique du Sud.

Contrairement à la légende, Mandela n’est pas à l’origine de l’abolition de l’apartheid. Il l’a simplement accompagnée. Cette issue est d’abord une conséquence de la fin de la guerre froide, quand l’Afrique du Sud cessa d’être une place forte de l’Occident contre les visées soviétiques. Lâchés par les États-Unis, lucides quant à la pérennité du système d’apartheid, les dirigeants blancs choisirent d’en finir avec l’isolement de leur pays, étranglé par les sanctions internationales. Voulue par Washington et Pretoria, cette transition était risquée. Mûri par les épreuves, Mandela en fut le garde-fou.

Il récupéra habilement la dynamique lancée par Pieter Botha et Frederik de Klerk, son futur co-lauréat du prix Nobel de la Paix (1993), et les trois présidents américains de cette période : Ronald Reagan (1981-1989), George Bush (1989-1993), Bill Clinton (1993-2001).

Cellule en 1977
De Klerk, avocat de formation comme Mandela, est méconnu en Occident. Nommé à 42 ans comme ministre, il ne dit jamais un mot plus haut que l’autre. Onze ans plus tard, nous sommes alors en novembre 1989, De Klerk a 53 ans et vient d’être élu président de la République. Le pays va mal, le boycott international plombe les finances de l’État, et De Klerk a une décision importante à prendre. Il lance aux Afrikaners les plus hostiles : « Vous avez le choix entre le danger et le désastre. » Avant de libérer Mandela. « Mandela et De Klerk voulaient sauver leur pays. Les deux hommes avaient compris que l’Afrique du Sud était multiraciale et que chacun ne pouvait rien sans l’autre. Leur secret, c’est le respect mutuel », raconte au Point le communicant Matthias Leridon, un des amis proches de De Klerk en France. L’autre secret de De Klerk, c’est son abnégation. Il a préféré un suicide électoral et haussé les épaules lorsque les plus radicaux des Blancs l’accusaient de « traîtrise » avec cette philosophie : « J’ai le sentiment d’avoir accompli ma tâche. » De Klerk et Mandela ont choisi de quitter la vie politique au même moment. On ne parle pourtant que de Mandela, jamais de Frederik de Klerk.

Mandela revient en 1995 dans sa cellule : table, lit, pot de fleurs

Notons aussi que l’apartheid est éliminé bien avant que Mandela ne devienne président du pays en 1994. Cette élimination est le fait de De Klerk pas de Mandela : la loi sur les mariages interraciaux fut abrogée en 1985, l’obligation du laissez-passer (passeport intérieur) et l’élimination généralisée de l’apartheid mesquin (bancs, transports publics, toilettes séparés pour chaque groupe racial) remontent à 1986. En 1991, le président F.W. de Klerk élimine la loi sur les zones résidentielles séparées pour les blancs et les noirs.

Obama visite la même cellule en 2013 :
plus de lit, plus de table, 
plus de bibliothèque, de vase, etc.
Lors des deux dernières années de prison, Mandela se retrouve dans une luxueuse maison isolée et gardée. Dès sa sortie de cette prison dorée, Mandela choisit de pardonner. Ce choix surprend ses amis, mais doit se comprendre dans un contexte particulier : les Afrikaners n’ont pas été vaincus militairement, les Blancs dominent entièrement l’armée, la police et l’économie. Ils sont des millions contrairement à la petite minorité blanche dans la Rhodésie de Ian Smith. Élu président le 27 avril 1994, Mandela surprend certains encore quand il décide de ne faire qu’un seul mandat présidentiel (1994-1999), comme Frederik de Klerk.

À l’opposé de Robert Mugabe, le satrape du Zimbabwe (trente-trois ans de dictature), et de tant d’autres chefs d’État, il renonce au pouvoir après seulement cinq ans de présidence. Mandela et l'ANC seront toutefois des alliés fidèles de Mugabe.

Mauvais gestionnaire, il fut surtout la face présentable de l’ANC en constante représentation, son bilan est médiocre, en dehors de la paix civile maintenue (mais certainement pas uniquement grâce à lui) et des gestes symboliques de réconciliation, comme lors de la Coupe du monde de rugby, en 1995, lorsqu’il soutint activement l’équipe sud-africaine, en maillot des Springboks — symbole pour d’aucuns de l’apartheid —, quatorze joueurs blancs, un seul métis…

Obama en 2013 dans la cellule
de plus en plus dépouillée
Son autorité naturelle de prince xhosa, son excellente formation d’avocat qu'il complètera par correspondance en prison, son intransigeance parfois féroce, le soutien de la communauté internationale et l’évidence des épreuves subies lui auront permis de passer les obstacles et d’imposer sa vision d’une « nation arc-en-ciel » que sa disparition et l’état pitoyable du pays pourraient très vite faire voler en éclats. Ce géant économique que léguèrent les Afrikaners est devenu fragile, il est entré dans une spirale d’échecs et de violences que ses successeurs, Thabo Mbeki, de 1999 à 2008, et Jacob Zuma, depuis 2009, n’ont pas su enrayer.

L’Afrique du Sud reste le pays le plus riche du continent africain, grâce au socle bâti par la minorité blanche pendant une soixantaine d’années, à sa puissance démographique (52 millions d’habitants), à ses richesses naturelles et à sa stature géopolitique. Candidate à un siège de membre permanent au Conseil de sécurité de l’ONU, l’Afrique du Sud passe pour « sage » alors que sa société est toujours plus inégalitaire et violente, avec des indicateurs catastrophiques (voir ci-dessous).

Dernière prison (1988-1990) de Mandela : la maison de Madiba à Victor Verster

Mandela avait quitté la politique depuis dix ans, déçu par les insuffisances de ses épigones. L’ancien champion de boxe avait consacré son dernier combat à la lutte contre le SIDA, un fléau majeur (plus de 6 millions de séropositifs en Afrique du Sud) qui doit beaucoup à l’incurie de l’ANC. Depuis l’accession de Mandela au pouvoir et jusqu’en 2010, l’ANC avait obstinément refusé d’engager une politique de traitement par les médicaments antirétroviraux. Le successeur de Mandela, toujours de l'ANC, Thabo Mbeki (1999-2008) avait même nié le lien entre le virus VIH et le développement de la maladie.

Mandela reconnaissait sa part de responsabilité dans ces échecs, malgré le verrouillage orchestré par sa famille, acharnée à gérer l’« entreprise Mandela », jusqu’à se disputer devant les tribunaux sur le lieu de sa sépulture. Déifié de son vivant, Mandela répétait qu’il n’était pas « un saint, ni un prophète ». Il confessait ses « erreurs » et ses « insuffisances ». Marié trois fois, divorcé deux fois, père de cinq enfants de deux épouses successives, il se disait « un homme comme les autres, un pécheur qui essaie de s’améliorer ».

Piscine personnelle de Mandela à la prison de Victor Verster

L’héritage au pied d’argile de Mandela

Selon le coefficient de Gini (instrument de mesure statistique de l’inégalité socio-économique), l’Afrique du Sud serait devenue le pays « le plus inégalitaire du monde ».

Le revenu des familles noires progresse, mais un foyer blanc gagne encore six fois plus qu’un foyer noir. Les cités noires — ces quartiers qui furent un symbole de l’apartheid — abritent encore plus de 2 millions de déshérités, dont de nombreux immigrés noirs, nouveaux esclaves du « miracle sud-africain ».

L’« indice de développement humain » de ce membre éminent du club des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) a reculé de 35 places entre 1990 et 2005 : 8,8 % des Sud-africains vivent sous le seuil d’extrême pauvreté (moins de 1,25 dollar par jour), le double d’il y a dix ans ; le quart de la population (26 %) ne mange pas à sa faim ; 24 % des travailleurs sont chômeurs (en réalité ils sont 35 à 40 %).




La criminalité explose : 20 000 meurtres, 300 000 cambriolages et plus de 50 000 viols par an (record du monde des violences sexuelles). Autre triste bilan caché par les autorités : près de 2000 fermiers blancs ont été assassinés en vingt ans.

Le Black Empowerment ou « discrimination en faveur des noirs » a remplacé le mérite et la compétence par la préférence raciale ou communautaire au bénéfice des groupes raciaux ou des communautés dits « historiquement désavantagés ». Conséquence : beaucoup de jeunes blancs diplômés voient leurs perspectives de carrière limitées ou menacées et ils sont donc acculés à l’expatriation. Or, ces mesures qualifiées par certains de racisme à rebours n’ont pas vraiment fait naître une classe moyenne noire durable. Celle qui existe aujourd’hui est principalement due aux seules augmentations du nombre des fonctionnaires et non au développement économique. L’ANC s’est ainsi constitué une clientèle électorale captive tout en installant le pays sur une bombe à retardement. Tordons au passage un mythe : l’inexistence d’une classe moyenne noire sous l’apartheid. C’est inexact. L’écart salarial entre blancs et noirs n’a jamais cessé de diminuer sous l’apartheid, il en va de même des dépenses en éducation : alors que chaque élève blanc avait droit à 21 fois plus de subsides en 1952 qu’un élève noir, ce rapport n’était plus que d’environ 5 pour 1 en 1987.


Quand Nelson Mandela participait à un chant appelant à tuer les blancs
et puis parlait de démocratie et de paix...
Vidéo plus longue sur le sujet

Depuis 1994, 1 million de Blancs ont préféré émigrer. Soit 20 % de la population blanche de l’époque.

L’Afrique du Sud est également un des pays qui dépense le plus en éducation par rapport à son PIB, elle est aussi un des pays avec les pires résultats scolaires. Le Forum économique mondial basé en Suisse l'a classée en 146e positon sur 148 pays — et dernier en mathématiques et en sciences.

Selon le Rapport économique sur l’Afrique pour l’année 2013, rédigé par la Commission économique de l’Afrique (ONU) et l’Union africaine, pour la période 2008-2012, l’Afrique du Sud s’est ainsi classée parmi les 5 pays « les moins performants » du continent sur la base de la croissance moyenne annuelle, devançant à peine les Comores, Madagascar, le Soudan et le Swaziland (page 29 du rapport). Ces quatre derniers pays étant en faillite, le résultat sud-africain est donc pour le moins inquiétant.

L’industrie minière a perdu près de 300 0000 emplois depuis 1994 et depuis le début 2012, elle se trouve déstabilisée par une série de grèves sauvages, sur fond de rivalité entre les syndicats. Les mineurs réclament des salaires décents à l’occasion de grèves qui prennent de plus en plus un caractère insurrectionnel. Ainsi, le 17 août 2012 à la mine de platine de Marikana à l’ouest de Pretoria la police tira dans la foule, faisant une quarantaine de morts et plus d’une centaine de blessés. Les pertes de production et de revenus qui se conjuguent avec des coûts d’exploitation en hausse constante ont pour conséquence la fermeture des puits secondaires et la mise à pied de milliers de mineurs, ce qui amplifie la courbe du chômage.

Au 3e trimestre 2013, touché par les grèves, le secteur automobile a subi une baisse de 28 % dans la production des véhicules selon la Banque centrale sud-africaine (SARB 21 novembre 2013).



Depuis 1994, l’agriculture a, elle aussi, perdu plusieurs centaines de milliers d’emplois. Les interventions et les contraintes de l’État-ANC incitent de plus en plus les fermiers blancs soit à abandonner leurs exploitations, soit à mécaniser, ce qui amplifie encore le mouvement de migration des zones rurales vers les villes, essentiellement vers les régions de Johannesburg et du Cap. Ces migrations depuis les zones rurales imposent une pression continue, car elles entraînent le développement autour des zones urbanisées de vastes bidonvilles constituant autant d’abcès de pauvreté et d’insécurité.

Le mythe de la « nation arc-en-ciel » s’est brisé sur les réalités régionales et ethno-raciales, le pays étant plus divisé et plus cloisonné que jamais, phénomène qui apparaît au grand jour lors de chaque élection à l’occasion desquelles le vote est clairement « racial », les Noirs votant pour l’ANC, les Blancs et les métis pour l’Alliance démocratique.

En 1994, lorsque l’ANC fut hissé au pouvoir par le président De Klerk, l’Afrique du Sud était la première économie du continent. Le pays était alors doté d’infrastructures de communication et de transport à l’égal des pays développés, d’un secteur financier moderne et prospère, d’une large indépendance énergétique, d’une industrie diversifiée, de capacités techniques de haut niveau. Au rythme actuel, selon Banque Morgan Stanley, l’Afrique du Sud risque d’être dépassée par le Nigeria d’ici 10 ans comme première économie du continent (c'est sans doute exagéré, le Nigeria étant aussi un État fragile). Elle est déjà déclassée par des pays comme le Botswana pour ce qui est du revenu par tête d’habitant.

 L'Afrique du Sud dépassée par le Botswana, son voisin


Voir aussi

Histoire — Mandela un simple intermède, pas le plus emblématique de l'Afrique du Sud actuelle

"Some things were better under apartheid" (BBC)

Apartheid’s “Bantu Education” was Better than Now, says leading South African Black Academic

Afrique du Sud — Déconfiture de l’école publique, succès de l’école privée

Afrique du Sud — Les enseignants en colère

Nouveau scandale dans le système éducatif d’Afrique du Sud, pour Nadine Gordimer l’éducation est « un désastre »

Discrimination raciale officielle dans les universités sud-africaines

Afrique du Sud – Pour la sixième année de suite, le taux de réussite aux examens de fin d’études secondaires diminue

Curiosité du jour : augmenter d’office de 25 % les notes de tous les finissants sud-africains ?







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