jeudi 7 septembre 2017

Les écrans, source de problèmes mentaux et sociaux chez les enfants ?

Le magazine américain The Atlantic titrait récemment : « Les téléphones intelligents ont-ils détruit une génération ? »


La question est posée par Jean Twenge, docteur en psychologie. Elle analyse les spécificités de la génération Z, celle des individus nés après 1995, qu’elle baptise « iGen ». Selon l’auteure, l’usage que font ces jeunes Américains de leur cellulaire conduit à un repli de la sphère sociale pouvant mener jusqu’à la dépression.

L’analyse est clinique, et certains témoignages font froid dans le dos : « Je pense qu’on apprécie plus nos téléphones que les vraies gens », explique une jeune fille de 13 ans à Jean M. Twenge. L’auteure de l’article, qui avait étudié la génération précédente, les milléniaux (les 18-35 ans), dans un livre intitulé Génération Moi, dit n’avoir « jamais rien vu de tel » en 25 ans de travail sur les différences entre générations. « J’ai noté des changements brutaux dans les comportements et les états émotionnels des adolescents », précise-t-elle.

En se fondant sur une série de sondages et d’études réalisés à l’échelle nationale, elle en vient à la conclusion que : « Les ados d’aujourd’hui sont différents des millenniaux pas seulement dans leurs valeurs, mais aussi dans la façon dont ils occupent leur temps. Leur expérience du quotidien est radicalement différente de celle de la génération qui vient d’atteindre la majorité ».

« Cette génération est façonnée par le téléphone intelligent (ordiphone) et l’avènement concomitant des réseaux sociaux »
Jean Twenge a trouvé le coupable : le téléphone intelligent : « Cette génération est façonnée par l’ordiphone et l’avènement concomitant des réseaux sociaux ». Les représentants les plus âgés de cette fameuse « iGen » étaient à peine adolescents quand l’iPhone est apparu en 2007 ; 10 ans plus tard, trois jeunes Américains sur quatre possèdent un iPhone.

Fragilité psychologique



Au-delà des troubles de l’attention et de la concentration, identifiés depuis un moment, l’auteure affirme que « l’avènement du téléphone intelligent a radicalement modifié tous les aspects de la vie des adolescents, de la nature de leurs interactions sociales à leur santé mentale ». Selon elle, ces changements s’observent sur tout le territoire et dans toutes les catégories de la population.

Quelles sont les caractéristiques de ces ados nés après 1995 ? Ils sortent moins, et ont donc moins d’attrait pour l’alcool que leurs prédécesseurs, ce qui a pour conséquence de diminuer le nombre d’accidents de la route dans lesquels ils sont impliqués.

En revanche, ils sont beaucoup plus fragiles psychologiquement que leurs aînés de la génération Y : les cas de dépression augmentent en flèche, ainsi que leur corollaire dramatique, le taux de suicide.

Le taux de suicide des 15-19 ans aux États-Unis depuis 1975
(l’iPhone a été mis sur le marché en 2007)

Pour l’auteur, aucun doute : « Il n’est pas exagéré de décrire cette génération comme étant au bord de la pire crise dans le domaine de la santé mentale depuis des décennies. Et la majeure partie de cette dégradation peut être imputée à leur téléphone ». Pour elle, l’année fatidique est 2007, date à laquelle l’iPhone a été mis sur le marché.

Moins de rendez-vous amoureux

Autres changements repérés par Jean Twenge, les adolescents d’aujourd’hui ne cherchent plus à tout prix à devenir indépendants. Et ils sont moins enclins à sortir en jeune amoureux (les fameux rencards). Là encore, les chiffres mis en avant sont éloquents : en 2015, 56 % des lycéens disaient avoir eu des « dates », contre 85 % en moyenne pour les générations précédentes. Conséquence : l’activité sexuelle des ados décline, et cela se traduit par une baisse radicale du nombre de grossesses adolescentes. En 2016, ce dernier a atteint son niveau le plus bas.

La baisse des grossesses adolescentes est radicale depuis 2007


Les membres de la iGen passent également leur permis plus tard que leurs aînés et travaillent également beaucoup moins pour se faire de l’argent de poche : deux éléments fondamentaux du modèle américain glorifiant l’autonomie des jeunes générations prennent ainsi du plomb dans l’aile.

Solitude à plusieurs

Si les jeunes adolescents disposent de beaucoup de temps libre, ils ont tendance à le passer en solitaire : « Le nombre d’adolescents qui se réunissent avec leurs amis presque tous les jours a chuté de plus de 40 % entre 2000 et 2015 », précise encore l’auteure. Les activités extérieures sont remplacées par l’échange par ordinateurs ou applications mobiles.

De moins en moins de sorties avec des copains
(en abscisse le nombre de sorties hebdomadaires sans les parents)


Mais ces nouvelles formes de communication ne rendent pas forcément ces jeunes Américains heureux. Citant plusieurs études, Jean M. Twenge parvient à la conclusion que « les activités impliquant un écran sont corrélées à un sentiment de bonheur moins élevé ».

Évidemment, la technologie est loin d’être le seul facteur de l’augmentation constatée du taux de suicide chez les jeunes Américains, et l’auteure le précise à plusieurs reprises. On peut aussi relever que 2007 n’est pas seulement l’année où l’iPhone a conquis les foyers, mais aussi celle du début de la plus importante crise économique et financière des dernières années.

Les conclusions de cette analyse plutôt alarmiste sont donc, comme souvent lorsqu’on cherche à établir les traits caractéristiques de l’ensemble d’une génération, à prendre avec des pincettes. Mais on peut parier que l’ouvrage de Jean M. Twenge consacré à cette génération intitulé Pourquoi les ados super-connectés d’aujourd’hui sont moins rebelles, plus tolérants, moins heureux (et très mal préparés à l’âge adulte) ; et ce que cela signifie pour nous, paru à la fin du mois d’août, sera un succès de librairie.

Avis de Linda Pagani

Sans aller aussi loin que Jean Twenge dans The Atlantic, les scientifiques semblent d’accord pour dire que l’exposition aux écrans en bas âge peut être néfaste pour le développement du cerveau. La diminution des interactions avec l’environnement et les gens serait au cœur du problème, explique la chercheuse Linda Pagani. Mme Pagani est professeur en psychoéducation à l’Université de Montréal et chercheuse au Groupe de recherche sur les environnements scolaires.

Quand on devient aussi dépendant de cette forme d’interaction [celle avec les écrans], on commence à avantager certains comportements qui se rapprochent de l’autisme, c’est-à-dire qu’on coupe nos interactions sociales.

D’après la chercheuse, cet isolement nuirait au bon développement du cerveau en n’encourageant pas les enfants et les adolescents à découvrir toutes les nuances présentes dans le monde qui les entoure. En ajoutant à cela d’autres problèmes qu’on associe aux écrans (comme le manque de sommeil), la plus jeune génération serait plus à risque de développer des problèmes de santé mentale.

« Il ne faut pas sous-estimer que notre cerveau, ce n’est pas une unité centrale qu’on peut faire réparer au magasin, illustre la professeur Pagani. C’est un organe : il faut lui faire attention, il faut lui faire faire un certain nombre de minutes d’exercice par jour. Il faut qu’il ait un certain nombre d’interactions. Quand on parle de santé cérébrale, c’est une équation extrêmement importante. »

Baisse continue du nombre de naissances au Québec, aucun parti politique n'en parle (m-à-j)

Mise à jour du 7 septembre 2017
Les mauvais chiffres se confirment. Les naissances des six premiers mois de 2017 sont les plus basses depuis dix ans (2007) alors que l'immigration a été la principale cause d'une augmentation de 10 % de la population pendant cette période. Le nombre de décès est également en forte hausse par rapport à 2008.





Mise à jour de 2 août 2017

Les chiffres provisoires des cinq premiers mois sont désormais disponibles. Ils ne sont pas bons du tout. Il n’y a jamais eu aussi peu de naissances au Québec depuis 2007 pendant les cinq premiers mois de l’année alors que la population y a crû d’un peu moins de 10 % (très majoritairement à cause de l’immigration) !






Billet originel du 10 juillet 2017 

Nous l’avons déjà vu, l’indice de fécondité des Québécois est en baisse depuis 7 ans. Il est passé de 1,73 enfant/femme en 2009 à 1,59 enfant/femme en 2016. On estime qu’il faut 2,1 enfants/femme pour remplacer les générations. Taux que le Québec n’a plus atteint depuis 1970.

Le taux de fécondité du Japon que l’on cite souvent comme catastrophique est actuellement de 1,46 enfant/femme. Le taux de fécondité du Canada est dans l’ensemble le même que celui du Québec, en dépit de l’absence de politique très dispendieuse d’aide aux frais de garde des jeunes enfants au Canada. [Voir Démographie : même taux de natalité au Canada qu’au Québec, sans « politique familiale »]

Aucun parti politique ne semble se préoccuper de ce taux de fécondité anémique qui augure mal pour la survie du peuple francophone québécois. Tous pensent que l’immigration comblera le manque de naissances. Les difficultés d’intégration économique (le chômage est plus important parmi les minorités ethniques), linguistique, culturelle et religieuse dans la société québécoise ne semblent pas préoccuper les politiciens outre mesure. Certains partis semblent même surtout voir dans cette immigration nombreuse de futurs consommateurs et électeurs fédéralistes.

Les chiffres prévisionnels des naissances pour les quatre premiers mois de 2017 sont sortis et ils ne sont pas bons. Il n’y a jamais eu aussi peu de naissances au Québec depuis 2007 alors que la population y a cru d’un peu moins de 10 % (très majoritairement à cause de l’immigration).





Les décès sont également en hausse depuis 10 ans (+ 15 %) bien que l’augmentation de ceux-ci soit plus irrégulière.





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