mercredi 22 février 2012

Débat radiophonique : implication des parents, ECR, chèque-éducation et beaucoup sur des structures bureaucratiques

Débat à l'émission de Catherine Perrin (Radio-Canada) sur la gestion des écoles au Québec avec :

  • Jean-Pierre Proulx (un des pères fondateurs et partisan de l'imposition du cours ECR), 
  • Chantal Longpré, présidente de la Fédération québécoise des directions d'établissements et une des fondatrices de la Coalition avenir Québec,
  • et Jeff Plante P.-D.G. du Parti Conservateur du Québec.





(durée : 20 minutes)


Voir aussi:

La liberté scolaire n'existe que lorsque l’État n’a pas le monopole de l’enseignement ni celui de la délivrance des diplômes

États-Unis, un éminent prélat s'engage résolument pour le chèque éducation

Chèque éducation ou laisser l'argent aux parents ?

Décentraliser et libérer l’école


États-Unis — fraude systématique depuis dix ans dans les écoles publiques d'Atlanta

Fascination française pour l'« Amérique d'Obama » et ses écoles à charte




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Histoire du premier réseau d'écoles publiques aux É.-U.

Samuel Blumenfeld dans son livre Is Public Education Necessary? — ouvrage sur lequel nous reviendrons — nous rappelle comment le premier réseau d'écoles publiques vit le jour aux État-Unis.

Couverture de Is Public Education Necessary?,
enlèvement par la police d'un enfant éduqué
à la maison sous les yeux effarés de sa mère.
Vers 1817, un mouvement apparut à Boston dont le but était d’étendre le système d’écoles financées par les contribuables aux écoles primaires. Pour déterminer si un tel réseau se justifiait le Comité scolaire de Boston commanda une enquête.

« [L']enquête eut lieu en novembre 1817, elle révéla que Boston, alors peuplée d’environ 40 000 habitants, avait 8 écoles publiques [qui n’accueillaient que les enfants sachant déjà lire, leur fréquentation était libre, en partie payante et était en partie contrôlée par les parents], y compris l’École latine, une école africaine pour les enfants des Afro-Américains et une école dans l’Hospice pour les enfants des pauvres. L’effectif total de ces 8 écoles était de 2 365 élèves. Il s’agissait là d’approximativement 33 pour cent de la population d’âge scolaire. L’enquête révéla également que 154 écoles privées pour garçons et filles avec un effectif total de 3 757 étaient réparties à travers toute la ville. Il existait également 8 « écoles gratuites de la charité » avec un effectif de 365 élèves. Tout compris, plus de 4 000 étudiants âgés de 4 à 14 ans fréquentaient des écoles privées d’un type quelconque au prix total de près de 50 000 $ payés par les parents. L’enquête signalait que seuls 283 enfants âgés de 7 ans et moins ne fréquentaient aucune école. Ainsi, un pourcentage étonnant des enfants de la ville fréquentait bien l’école et les quatre pour cent qui n’en fréquentaient pas, pouvaient aller aux écoles de la charité si leurs parents le voulaient » (p. 43 de Is Public Education Necessary?)



Le grand architecte Bulfinch déclara en conclusion de ce rapport que l’imposition d’un système d’écoles primaires publiques complet pour y inclure les premières années d'apprentissage était inutile. En effet, non seulement 96 % des enfants fréquentaient déjà une école à l’époque, mais, au besoin, il vaudrait mieux aider financièrement les parents des 4 % restants, la plupart pauvres, à fréquenter une école de leur choix grâce à des bourses plutôt que de mettre en place un nouveau système d’écoles publiques financé par les contribuables, système dispendieux qui dédoublerait le réseau des écoles déjà en place. Bulfinch expliquait que « la plupart des parents qui envoient leurs enfants à l’école privée payante ne considèrent pas cette dépense comme une charge : il paie volontiers les frais, mus par l’amour de leur progéniture et par un sens du devoir. Ceci en fait de meilleurs parents. Ils sont, en effet, plus enclins à se préoccuper des affaires liées à l’éducation quand ils doivent verser une petite contribution que lorsque cette dépense est complètement prise en charge par le trésor public. » Bulfinch laissait, en outre entendre, que l’utilisation d’argent public pour usurper une compétence manifestement du domaine privé ne pouvait mener qu’à la dégénérescence morale. La solidarité familiale serait affaiblie par l’action d’un gouvernement qui prendrait en charge ce qui revenait de droit aux familles. Il ne faut pas oublier – devait-il ajouter – que la charge d’éducateur revient aux parents et que ceux-ci ne délèguent au maître d’école qu’une partie du rôle de parent et des droits afférents.

Malgré ce rapport et cette analyse de Bulfinch, la ville de Boston, principalement à l'instigation des unitariens, se décida à étendre le réseau des écoles publiques subventionnées par les contribuables pour y inclure désormais des écoles élémentaires.

L’instauration du premier système d’école publique aux États-Unis, celui de Boston, ne trouve donc pas sa cause dans un échec des nombreuses écoles publiques et privées qui couvraient Boston pas plus que dans une défaillance du libre marché. Il s’agit plutôt du résultat de l’action conjointe – et en apparence contradictoire – de plusieurs groupes de pression qui cherchaient tous à utiliser l’éducation publique pour accroître leur influence politique ou pour renforcer la puissance de l’État, qu’ils espéraient maîtriser. Les conservateurs religieux, les unitariens (des hérétiques ariens pour les calvinistes et les congrégationalistes) et les socialistes considéraient tous que l’éducation publique était une prise idéale dont il fallait à tout prix se rendre maître. Chacun de ces groupes avait plus à cœur de modifier les sentiments et les idées des enfants de leurs concitoyens selon des normes gouvernementales (qu’ils édicteraient) que de prodiguer un enseignement de base de qualité à ces enfants.

Mouvement américain prône retrait massif de l'école publique pour éviter « dissonance cognitive » que la Cour suprême du Canada valorise



Dans sa décision de la Cour Suprême, condamnée comme étant « illibérale » par le National Post, Madame Deschamps n'a pas hésité à écrire :

[38] Les appelants objectent aussi que l’exposition des enfants à différents faits religieux crée de la confusion chez ces derniers. La confusion ou le « vide » résulterait de la présentation, sur un pied d’égalité, de croyances différentes.

[39] (...) On peut soutenir que l’exposition à certaines dissonances cognitives est nécessaire pour que les enfants apprennent ce qu’est la tolérance.

[40] Les parents qui le désirent sont libres de transmettre à leurs enfants leurs croyances personnelles.

Quel est l'effet de cette dissonnance entre ce que l'école publique inculque aux enfants et ce qu'ils apprennent à la maison ? Un effondrement de la transmission de la religion chez ces enfants. Par contre, les enfants éduqués à la maison ne subissent pas du tout ces effets que Deschamps considèrent comme inévitables pour être « tolérant ». Tolérant à quoi ? Les enfants instruits à la maison produisent-ils plus de cas asociaux ? Rien ne permet pourtant de le prouver.

Selon le sociologue Reginald Bibby, seuls 21 % des Canadiens allaient à l'église en 2000, alors que ce chiffre était de 31 % en 1975 et 60 % en 1945. Une étude plus récente de Campus Crusade for Christ révèle qu'en 2010 seuls 12 % des jeunes de moins de 29 ans ont jamais été à l'église. Et de ceux-ci, seuls 12 % continuent d'y aller.

Aujourd'hui, selon une étude du Southern Baptist Council on Family Life, 88 % des enfants qui sont élevés dans des foyers protestants évangéliques quittent leur Église à 18 ans pour ne jamais y revenir.

Ce genre de statistiques amène de nombreux évangéliques américains à remettre radicalement en cause l'école publique et à prôner le retrait de leurs enfants de celles-ci comme le montre cette bande-annonce du film IndoctriNation qui fait le tour des églises évangéliques américaines.




Un seul groupe résiste à cette érosion massive : les enfants éduqués à la maison plutôt qu'à l'école (publique dans la plupart des cas). Selon une étude du Canadian Center for Home Education, environ 85 % des parents qui instruisent leurs enfants à la maison se disent chrétiens et près des trois quarts de leurs enfants de plus de 18 ans vont à l'église (ou au temple) une fois par semaine. En outre, 9 autres pour cent ont indiqué qu'ils y allaient une fois par mois. Enfin, 84%nbsp; des répondants disent participer à une activité religieuse par semaine. La reproduction des convictions religieuses semble donc assurée dans ces familles qui enseignent elles-mêmes leurs enfants.

À ce stade, 85 % des parents évangéliques au Canada confient encore leurs enfants à l'école publique.

Depuis quelques années, Québec serre la vis aux parents qui instruisent leurs enfants à la maison.

Voir aussi

La HSLDA déterminée à défendre en justice ses membres menacés par la DPJ (La DPJ a d'ailleurs réussi dans ce dossier à faire fuir hors Québec de nombreuses familles québécoises de souche ces derniers mois.)

Le Monopole de l'Éducation du Québec serre la vis aux parents-éducateurs.




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Émission d'Isabelle Maréchal — Le débat sur le cours d'éthique et culture religieuse n'est pas terminé

Débat autour du programme d'éthique et de culture religieuse (39 minutes).




  • Patrice Gagnon, parent, enseignant et porte-parole de la CLÉ
  • Myriam Tétreault , parent dont les enfants suivent le cours ECR
  • Louise Mailloux, auteur du livre « La Laïcité, ça s'impose !»


Le fils de Patrice Gagnon partage d’ailleurs une anecdote particulière relié au cours d'ECR (les pierres talismans) avec les auditeurs. La mère d’un enfant trisomique nous parle de la triste expérience du frère de cet handicapé dans un cours d'ECR vers la fin de l’émission. Nombreux dérapages en ECR évoqués.

Pour Louise Mailloux, militante de la laïcité fermée : « Moi je pense que bien au contraire il faut séparer l'école de la religion. Une école laïque ça l'a ses avantages, c'est une école qui va soustraire les enfants à tout prosélytisme religieux, peu importe quelle est la religion, d'une part, donc une école qui va garantir la liberté de conscience... » Cela suppose que d'éduquer les enfants dans le vide idéologique et la liberté de conscience est vraiment possible.




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Ethics and Religious Culture in Quebec: Canada’s Supreme Court has erred

Barbara Kay in the National Post writes:

Canada’s Supreme Court has erred in its latest ruling that a mandatory Quebec curriculum in Ethics and Religious Culture (ERC), from which a Drummondville Catholic couple wished to exempt their son, does not infringe the couple’s constitutionally guaranteed freedom of religion.

The ERC program, which begins in Grade 1 and continues throughout high school, was introduced into Quebec schools in 2008 without consultation with parents. It was designed to teach children about a wide variety of religious belief systems, including Catholicism, the religious provenance of 90% of Quebecers, with a view to creating a tolerant and open population. No Quebec child is exempt from it, not even the home schooled.

Justifying their denial of the bid for exemption, the Court privileged the entrenchment of a multicultural perspective in students over the parents’ right to entrench their son’s faith in Catholicism: “The early exposure of children to realities that differ from those in their immediate family environment is a fact of life in society. The suggestion that exposing children to a variety of religious facts in itself infringes their religious freedom or that of their parents amounts to a rejection of the multicultural reality of Canadian society and ignores the Quebec government’s obligations with regard to public education.”

But it was not the facts about other religions that bothered the parents, nor do they deny or object to the reality that Canada is a multicultural society. The mother argued that the ERC courses are ideologically based in religious relativism, which is offensive to her. Religious relativism teaches that all religions are but diverse and equally valid manifestations of human creativity. In the ERC courses, children learn that Catholicism is no truer or more respect-worthy than Wicca or Earth-worship or the tinfoil-hat cult of Raelism. Indeed, one ERC student activity, entitled “Youpi! Ma religion à moi!” has students inventing personal religions, to be accorded respect by all. So how could the upcoming 11 years of such banalization of his religion fail to confuse their son?

But the parents were trapped in a Catch-22. If they waited years to gather actual evidence of the program’s deleterious effect on their son’s faith, their suit would be pointless. Their complaint had to be anticipatory. Yet the Court, unfairly in my opinion, imposed the burden of proof on them.

Liberal tradition asks the state to be cautious in matters of religious conscience. I agree with the Canadian Civil Liberties Association, whose oral arguments strongly advocated that the burden fall on the government to prove it doesn’t infringe freedom of religion. The SCC’s shift of onus from the state to isolated, dissenting parents, insisting they justify their right to act as the child’s primary educator in religion, is something new and illiberal in Canada.

Quebec and the SCC have, crucially, failed to distinguish between a multicultural state and citizens who may or may not hold multicultural views. Surely the whole point of a multicultural state is to ensure harmonious and mutually respectful relations between those Canadians who do, and those who do not have a multicultural perspective, who indeed consider their own belief system superior to all others; and as well between people of faith and atheists who believe all religions are nonsense (atheism, by the way, is not represented in ERC and, logically, should be).

The ERC program is fixated on the idea of “tolerance.” But again, there is a difference between tolerance of other people and tolerance of other belief systems. The former is the state’s business; the latter isn’t.

How paradoxical it is that the foremost proponents of normative pluralism, a doctrine that exalts diversity, should insist on a one-size-fits all program of education about religion. But Quebec’s ill-conceived plan to inculcate children with the idea that all religions are equal — and therefore equally inconsequential — will backfire. Students will report what they have learned to their parents. Rightly defensive religious parents will “correct” them, which may well end in contempt for their teachers.

There is a simpler, and more equitable way for Quebec to encourage tolerance of the Other in the young. Scrap ERC. Create a primary school curriculum that promotes the secular values, principles and laws of Quebec. To wit: “Children, in Quebec, no matter where people come from and what they do or don’t believe, we respect and treat them as equals.” In secondary school, teach religions as objective phenomena in the history curriculum. It’s that simple. In matters of religious or a-religious belief, parents are the primary educators. The state has no place in the tender souls of the nation.



See also


Professor Douglas Farrow's "On the Ethics and Religious Culture Program" Report as Expert Witness in the Loyola High School vs. Ministry of Education court case.






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Bock-Côté : La version tarte aux pommes du débat sur le programme ECR et la volonté thérapeutique

Mathieu Bock-Côté revient sur la polémique qui entoure l'imposition du programme unique d'éthique et de culture religieuse (ECR) à toutes les écoles québécoises (au nom de la diversité) par le Monopole de l'Éducation.


Les enjeux soulevés par le cours ECR sont fondamentaux. Pourtant, plusieurs chroniqueurs chargés d'éclairer le débat public n'y comprennent rien. Et répètent des faussetés. Conséquence de cela, l'opinion publique est confuse.

Version officielle de cette querelle: dans un monde où les cultures se rencontrent, pourquoi ne pas enseigner aux jeunes les grandes traditions religieuses pour les équiper mentalement devant la mondialisation? Ceux qui s'opposent au cours ne sont-ils pas bornés, fermés et ignorants?

Mais derrière cette version tarte aux pommes, l'enjeu est tout autre. Il suffit de lire le programme. ECR n'est pas un cours consacré aux religions. Il instrumentalise plutôt la religion pour faire la promotion du multiculturalisme. On aime les accommodements ? On passe le cours. On s'y oppose? On le coule.

Pour comprendre ECR, il faut revenir à la crise des accommodements raisonnables. De 2006 à 2008, on s'en souvient, les Québécois se sont révoltés contre le multiculturalisme. Ils se sont révoltés contre la dissolution de leur identité.

Les multiculturalistes ont interprété cette crise autrement. Pour eux, le rejet du multiculturalisme révèle la xénophobie populaire et le racisme larvé des Québécois « de souche » qu'on présente comme une collection de gros colons.

Il faut donc leur administrer une thérapie identitaire. Et les amener à consentir à cette idée simple: la culture de la majorité n'est qu'une culture parmi d'autres. Les immigrants n'ont plus à s'y intégrer.C'est l'idéologie de l'accommodement raisonnable.

Il leur faut donc changer le peuple. Ou même en fabriquer un nouveau. Ici, l'école joue un rôle fondamental.

Car si on peut difficilement convaincre les adultes, on peut gagner les enfants. On fera jouer à l'école la propagande pro-accommodements.
ECR désavoue la démocratie. En démocratie, le gouvernement n'a pas pour mission de fabriquer un peuple à sa convenance. Sauf s'il se croit dirigé par des experts se croyant absolument meilleurs que le peuple.

Berthold Brecht a déjà tourné cette posture en dérision. Il écrivait : « J'apprends que le gouvernement estime que le peuple a trahi la confiance du régime» et «devra travailler dur pour regagner la confiance des autorités ». Dans ce cas, ne serait-il pas plus simple pour le gouvernement de dissoudre le peuple et d'en élire un autre ? »

L'enjeu d'ECR est là. L'école doit-elle ou non inculquer aux jeunes l'idéologie des accommodements raisonnables ? Et passer de la pédagogie à l'idéologie? Ceux qui s'échappent de cet enjeu parlent pour rien dire. Ou pour nous endormir.

Cette chronique reflète le point de vue de l'auteur et non celui de 24H.







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Prof. Durand : Relancer le débat autour du cours Éthique et culture religieuse

Lettre ouverte de Guy Durand, théologien et juriste spécialisé en éthique, auteur de Le cours d'ÉCR. Au-delà des apparences (Guérin, 2009).

Le récent jugement de la Cour suprême sur le cours Éthique et culture religieuse (ECR) ne ferme pas le dossier. Il laisse la porte ouverte à de nouveaux procès portant sur de nouveaux cas étayés par une meilleure preuve. Il laisse la voie ouverte aussi à une meilleure interprétation de l'article 222 de la Loi sur l'instruction publique qui parle de prévention («éviter des préjudices graves»), plutôt que du simple constat des dommages déjà faits. Surtout, le jugement ne ferme pas le débat du point de vue pédagogique, politique et démocratique.

Je reconnais les faits: un programme récent difficile à changer, des manuels qui ont entraîné des coûts considérables, des enseignants qui en ont marre des changements. Mais les responsables politiques et administratifs doivent tenir compte de ce que le procès a permis de mettre en lumière à propos de la volonté de nombreux parents et au sujet des faiblesses du programme et de plusieurs manuels. C'est une question de responsabilité, de vérité et de courage.

Une anecdote rapportée récemment par certains journaux voulant qu'un enseignant à la recherche de «neutralité» a laissé un élève dire, sans le reprendre, que l'on devrait éliminer les foetus trisomiques avant la naissance est particulièrement inacceptable... et révélatrice. Les enseignants doivent comprendre leur rôle avec conscience et sens des responsabilités, en particulier en corrigeant certaines affirmations émises dans les discussions. Tout en étant attentifs à ne pas imposer à tort leurs jugements, ils ne peuvent rester complètement neutres, comme le prescrit le programme.

Il faut comprendre que l'objectif de tolérance ne permet pas de tout justifier. Il y a des jugements et des comportements inacceptables sur le plan éthique comme sur le plan des religions.

Sur le plan de l'éthique, en particulier, il faut savoir mettre en perspective le rôle du dialogue et du consensus, dont parle le programme. Même si la discussion et le consensus sont importants dans l'école, et plus globalement dans la vie sociale, ils ne peuvent servir de fondement véritable à l'éthique. L'éthique relève du travail de la raison en recherche des exigences d'humanisation.

Dans ce dessein, elle fait appel à l'héritage accumulé au cours des siècles, à la richesse des penseurs contemporains, à l'expérience de vie. Elle doit être portée par la visée d'universalité. Le consensus n'est qu'un moyen de s'en approcher. On a longtemps été d'accord avec l'esclavage, celui-ci n'en était pas pour autant éthique. On peut, par exemple, fonder l'éthique sur les valeurs (valeurs objectives qui interpellent chacun) ou sur les droits de la personne, compris comme notion philosophique, et non pas simplement de manière juridique et individualiste.

Le programme, enfin, demande explicitement qu'«un regard privilégié» soit porté sur le patrimoine du Québec. Que l'«importance historique et culturelle du catholicisme et du protestantisme soit particulièrement soulignée» afin que tous les citoyens, immigrants ou de souche, comprennent la richesse de notre héritage culturel. Il faudrait en tenir compte, même si le programme n'est pas structuré dans ce sens, et encore moins les manuels.

Voilà le genre de directives qui s'imposent à la ministre de l'Éducation, de manière urgente, en attendant une évaluation et éventuellement une révision du programme, particulièrement au niveau primaire. De leur côté, les commissions scolaires gardent leurs responsabilités conférées par l'article 222 de la loi et peuvent donc admettre des aménagements qui tiennent compte des remarques précédentes.





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