vendredi 9 décembre 2011

Les Italiens étaient-ils vraiment refusés des écoles francophones ? Voire !

Né en Italie en 1945, l'écrivain Marco Micone est arrivé au Québec en 1958. Il a écrit une nouvelle fois il y a quelques semaines avoir été refusé par une école francophone (Saint-André-Apôtre dans le quartier Ahuntsic) et avoir été obligé d'étudier d’abord en anglais. Ailleurs, il a affirmé « Quand les immigrants des années 50 disent que les écoles françaises les ont refusés, ils ont raison. Je l'ai vécu ! »

Il n'est pas question ici de remettre en question l'expérience personnelle de Marco Micone (on n'est pas à l'abri d'une direction bornée ou soumise à des conditions particulières comme le manque de place), mais plutôt de s'interroger sur l'idée reçue selon laquelle les Québécois auraient refusé les Italiens, des catholiques de langue romane, dans leurs écoles catholiques de langue française... Bref, que les Québécois francophones sont des xénophobes et que leur marginalisation démographique serait un peu de leur propre faute.

Le reportage de Radio-Canada ci-dessous semble bien indiquer que les immigrés choisissaient d'eux-mêmes l'anglais comme langue de promotion économique et sociale à 90 %. On se rappellera également que les Italiens protesteront en 1968 et 1969 à Saint-Léonard quand la commission scolaire locale tentera d'imposer l'enseignement en français à leurs enfants.


Le reportage est aussi intéressant sous l'angle linguistique : plusieurs Italiens disent parler mieux français qu'anglais (et c'est compréhensible étant donné la proximité linguistique des deux langues), mais qu'ils ont trouvé que leur manque de connaissance de l'anglais les a défavorisés dans leur recherche d'emploi.

Mais au-delà des ces aspects anecdotiques, il existe des raisons statistiques de remettre en question l'idée que les écoles francophones refusaient (souvent ou systématiquement) les élèves italiens : les statistiques.

Voici ce qu'en dit le statisticien Charles Castonguay :
« Marco Micone trace un parcours trompeur des Québécois d’origine italienne. Il insiste sur le fait qu’une école française l’a refusé, lui, lors de son arrivée au Québec dans les années 1950. Puis, en faisant un usage incorrect des données de recensement, il soutient que les « italophones » se francisent plus souvent qu’ils ne s’anglicisent, notamment en ce qui a trait à leur comportement linguistique au travail ou à la maison.

J’avais plutôt retenu que ce sont les Italiens qui, de leur propre chef, ont tourné le dos à l’école française et que leur préférence pour le français, du moins comme langue d’usage au foyer, est chose du passé. Pour tirer les choses au clair, j’ai consulté certains rapports ainsi que les résultats du recensement de 2006 qui sont accessibles à tout venant sur le site de Statistique Canada.

Dans une étude réalisée pour la commission Gendron, le démographe Robert Maheu relève qu’au début des années 1950, la moitié des enfants d’origine italienne inscrits à la Commission des écoles catholiques de Montréal étudiaient en français. Cela laisse entendre qu’en général, les écoles françaises de la CECM ne refusaient pas les jeunes Italiens. Maheu ajoute qu’au début des années 1960, cette proportion avait fondu à 28 %. Il semble bien qu’ayant constaté que la langue d’avancement socioéconomique à Montréal était plutôt l’anglais que le français, un nombre croissant de parents italiens choisissaient d’inscrire leurs enfants à l’école anglaise.

Quant à la langue d’assimilation préférée des italophones, que Micone prétend être toujours le français, la commission Laurendeau-Dunton notait, il est vrai, qu’au recensement de 1961 la population d’origine ethnique italienne au Québec avait plus souvent le français que l’anglais comme langue maternelle. Cette information témoignait cependant de la langue d’assimilation des parents, grands-parents ou ancêtres des personnes recensées, soit de ce qu’on peut nommer l’assimilation ancestrale.

Le recensement de 1971, le premier à poser la question sur la langue d’usage actuelle à la maison, permet d’observer l’assimilation courante, c’est-à-dire celle réalisée par les répondants eux-mêmes, de leur vivant. Il montre que les adultes de langue maternelle italienne âgés de 25 ans ou plus avaient effectivement adopté plus souvent le français que l’anglais comme langue d’usage au foyer, mais il révèle en même temps que, déjà à cette époque, la jeunesse italophone préférait s’angliciser.

Les recensements suivants n’ont cessé de confirmer cette nouvelle préférence. Celui de 2006 a compté 17 000 italophones (langue maternelle) de langue d’usage française au Québec, soit exactement le même nombre qu’en 1971. Mais le nombre d’italophones anglicisés est passé entre-temps de 15 000 en 1971 à 53 000 en 2006. La francisation a ainsi marqué le pas pendant que les générations montantes se sont anglicisées par dizaines de milliers. »





Soutenons les familles dans leurs combats juridiques (reçu fiscal pour tout don supérieur à 50 $)

Résultats en lecture du français très médiocres, on impose l'anglais intensif de manière « brutale »

On se rappellera que les résultats des élèves québécois en lecture sont très médiocres. Heureusement qu'on ne teste pas leur écriture disent les mauvaises langues.

Voici maintenant que les enseignants se plaignent de la décision du Parti libéral, parti soutenu par de nombreux anglophones, d'imposer plus d'anglais aux écoles francophones.


Dans une lettre à l'attention de la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, et obtenue par Le Soleil, les enseignants de l'école primaire Marguerite-d'Youville, à Cap-Rouge, accusent Québec d'improviser une implantation «brutale, rapide et unilatérale» de l'anglais intensif.

«Les gens ne se rendent pas compte à quel point ça chamboule l'enseignement en sixième année», dit Ghislaine Taillon, l'auteure de la lettre qu'elle a écrite en son nom et en celui de tous ses collègues enseignants de l'école Marguerite-d'Youville.

La lettre critique la décision prise au début de l'année par le premier ministre Jean Charest d'obliger tous les élèves de 6e année des écoles francophones à consacrer la moitié de leur année scolaire à l'anglais. Elle remet notamment en cause la pertinence de l'anglais intensif pour les élèves en difficulté, qui auront aussi la moitié moins de temps pour apprendre les autres matières, dont le français.

Les enseignants rappellent que «la qualité du français est déjà critiquée», qu'on leur dit que «nos enfants ne savent pas écrire leur langue maternelle» et demandent : «À quand le français intensif?»

La lettre souligne également que les enseignants de 6e année «ont déjà beaucoup à faire pour couvrir tout le programme en un an» et qu'ils devront être responsables de deux classes au lieu d'une pour combler la perte de la moitié de leur charge de travail au profit de l'anglais.

«Comprenons-nous bien, écrit Mme Taillon dans la lettre. Nous sommes des enseignants qui sont aussi des parents et nous ne sommes pas contre l'apprentissage de l'anglais, mais pas n'importe comment et à n'importe quel prix.»

Obligatoire d'ici 2015-2016


«Ce qui est un peu difficile présentement, c'est que les enseignants, de façon très légitime, posent des questions [à savoir] comment on va travailler dans un contexte où on a des élèves en difficulté dans nos groupes et qu'ils doivent quand même suivre le programme d'anglais intensif, dit M. Saint-Pierre, directeur des services éducatifs de la commission scolaire des Découvreurs, à Québec. Et ces questions-là, on a peu ou pas de réponses» de la part du ministère de l'Éducation.


Alain Saint-Pierre explique que depuis que le premier ministre Charest a annoncé l'implantation de l'anglais intensif, les commissions scolaires jouent davantage le rôle d'exécutant. «On est depuis quelque temps déjà sur le mode "comment on va le faire", plus que "pourquoi on va le faire", puisque c'est une demande [un diktat] ministérielle.»




Soutenons les familles dans leurs combats juridiques (reçu fiscal pour tout don supérieur à 50 $)