vendredi 10 février 2017

Dix février 1763 — Signature du traité de Paris

Le traité de Paris de 1763 met fin à la guerre de Sept Ans et réconcilie brièvement, après trois ans de négociations, la France et la Grande-Bretagne. Les préliminaires sont signés le 3 novembre 1762 à Fontainebleau. Le traité définitif est signé le 10 février 1763. Il entérine des pertes énormes pour la France : l’Amérique française et son influence sur une bonne partie des Indes orientales.

Aux termes de ce traité, en Europe :
  • La France restitue Minorque qu’elle avait prise le 29 juin 1756.
  • Elle évacue les territoires des alliés de l’Angleterre en Allemagne, ainsi que les territoires du Hanovre, propriété personnelle du roi de Grande-Bretagne.
  • La Grande-Bretagne rend Belle-Île à la France, prise en 1761.
C’est le statu quo en Europe.
    Liste des forts français établis en Amérique du Nord. Au moment où les Anglais s’emparent de 300 navires marchands français, sans déclaration de guerre préalable, et déclenchent ainsi la guerre de Sept Ans (1756-1763), la partie sud de la Nouvelle-Écosse est déjà anglaise et les Acadiens viennent d’en être expulsés (1755).

    En Amérique :

    • La Grande-Bretagne obtient de la France l’île Royale, l’île Saint-Jean (actuelle île du Prince-Édouard), l’Acadie, et le Canada, y compris le bassin des Grands Lacs et la rive gauche du Mississippi. La France abandonne également certaines îles des Antilles (Saint-Vincent, la Dominique, Grenade et Tobago).
    • Conformément à la capitulation conditionnelle de 1760, la Grande-Bretagne garantit une liberté de religion limitée aux Canadiens.
    • L’Espagne reçoit l’ouest du Mississippi, donc la Louisiane (Nouvelle-France), et le delta et La Nouvelle-Orléans. Notons que l’Espagne restituera la Louisiane occidentale à la France en 1800. Trois ans plus tard, ce vaste territoire fera l’objet de la « Vente de la Louisiane » entre Napoléon Bonaparte et Thomas Jefferson. Il est maintenant recouvert par treize États des États-Unis.
    • L’Espagne cède, quant à elle, la Floride à la Grande-Bretagne.
    • La France conserve des droits de pêche à Terre-Neuve et dans le golfe du Saint-Laurent.
    • Et en retour, elle acquiert Saint-Pierre-et-Miquelon et recouvre la plupart de ses îles à sucre (Martinique, Guadeloupe et surtout Saint-Domingue).
    Carte des positions franco-britanniques à la veille de la guerre de Sept Ans dans le nord-est de l’Amérique du Nord

    Dans le reste du monde :

    • La France cède son empire des Indes aux Anglais, ne conservant que ses cinq petits comptoirs de Pondichéry, Kârikâl, Mahé, Yanaon et Chandernagor. 
    • En Afrique, elle est autorisée à garder son poste de traite des esclaves sur l’île de Gorée (Sénégal) mais elle cède Saint-Louis du Sénégal.

    Les possessions (rouge clair) et territoires alliés (rose) de la France en Inde avant la guerre de Sept Ans, elles rivalisent aisément avec celles de l’Angleterre (vert)

    La fascination de la France pour l’Europe continentale

    Le recul colonial de la France au XVIIIe siècle a tenu à l’affaiblissement progressif de sa marine lié à un manque d’investissement et la priorité donnée à la guerre continentale européenne.

    Vers 1680, la France de Louis XIV pouvait aligner, grâce à Colbert et son fils Seigneulay, une flotte de guerre d’environ 200 navires, sans compter la flotte marchande. Ce fut l’âge d’or de la « Royale ». Elle faisait la loi sur les océans et les mers avoisinant son territoire et soutenait un empire colonial qui se développait régulièrement.

    Cinquante ans plus tard, la France ne dispose déjà plus que d’une flotte de guerre de 50 à 80 navires tandis que la Navy britannique compte 200 unités. C’est le résultat du désintérêt porté à la guerre maritime et du recentrage de l’effort militaire sur la guerre continentale. C’est aussi le résultat du traité de La Haye avec l’Angleterre négocié par l’abbé Dubois en 1718, sous la Régence. Cette politique pacifiste a été poursuivie à la majorité du roi Louis XV par son Premier ministre, le cardinal Fleury.

    Sur mer, en l’absence de guerre déclarée, la rivalité franco-anglaise se traduit par la guerre de course, mais les corsaires français, à l’exception de figures légendaires comme René Duguay-Trouin, sont bien en peine de suppléer aux insuffisances de la « Royale ».

    Lorsqu’éclate la guerre de Sept Ans, la Grande-Bretagne compense ses faiblesses militaires en tirant parti de sa supériorité navale. Celle-ci lui permet d’envoyer au Canada des troupes relativement nombreuses pour attaquer les unités françaises. C’est ainsi que survient le désastreux traité de Paris. Dans les années qui suivent, les responsables de la marine française tentent de se ressaisir, notamment avec le plan de réforme de 1763 du comte Charles-Henri d’Estaing. Sous les ordres de l’amiral de Grasse, la « Royale » allait s’illustrer vingt ans plus tard dans le soutien aux insurgés américains. Leur indépendance apparaît comme une revanche sur le traité de Paris.

    L’aspect linguistique du traité

    Fait à noter, le mot Canada disparut des textes juridiques officiels, comme si la Grande-Bretagne avait voulu rompre tout lien avec le passé du pays. À partir du traité de Paris, et jusqu’en 1791, le Canada, réduit désormais à la seule vallée du Saint-Laurent, sera officiellement appelé Province of Quebec (province de Québec). De plus, dans l’usage officiel, les autorités britanniques parleront plutôt de « nouveaux sujets » plutôt que d’utiliser le terme Canadiens, par opposition aux « anciens sujets » de Sa Majesté. Dans la vie quotidienne, le titre de Canadien demeurera durant les décennies suivantes l’apanage des descendants des Français, les autres étant désignés comme « les Anglais ».

    Le traité de Paris a été rédigé en français, alors la langue de la diplomatie internationale. C’est donc un document officiel rédigé en français qui a fait du Canada une colonie britannique. Voici ce qu’on peut lire dans un article séparé (art. 2) au sujet de la langue :

    Article 2

    Il a été convenu et arrêté que la langue française, employée dans tous les Exemplaires du présent Traité, ne formera point un Exemple, qui puisse être allégué, ni tiré à conséquence, ni porter préjudice, en aucune manière, à aucune des Puissances contractantes ; Et que l’on se conformera, à l’avenir, à ce qui a été observé, et doit être observé, à l’égard, et de la Part, des Puissances, qui sont en usage, et en Possession, de donner, et de recevoir, des Exemplaires, de semblables Traités, en une autre langue que la française.

    Comme c’était la coutume à l’époque, le traité déclarait que le seul document légal était en français. Il n’accordait aucun droit linguistique aux habitants des colonies conquises, mais cette question n’inquiétait alors personne. Le français était l’outil de communication privilégié entre les nations d’Europe et il était parlé par toute l’élite anglaise. Non seulement le général Jeffrey Amherst le parlait, mais également, comme tous les gens de leur classe sociale, James Murray, Thomas Gage, Ralph Burton, Frederik Haldimand (un Suisse francophone), etc., qui allaient diriger la colonie.

    Le traité de Paris, un succès diplomatique pour les Français ?

    Soulignons que, pour beaucoup de Français, la perte de la Nouvelle-France et du Canada n’était pas perçue comme une tragédie nationale. Pour certains, le commerce avec les Antilles paraissait préférable. Pour Étienne-François de Choiseul (1719-1785), alors secrétaire d’État à la Guerre et à la Marine, le traité de Paris de 1763 constituait même un « succès diplomatique ». Le ministre se consolait d’autant plus facilement que, pour lui, la cession du Canada constituait une véritable « bombe à retardement » pour l’Empire britannique. Lors de la signature du traité de Paris, Choiseul aurait déclaré à son entourage à propos des Anglais : « Nous les tenons ! » Se voulant prophétique, il précisa : « Il n’y aura que la révolution d’Amérique qui arrivera, mais que nous ne verrons vraisemblablement point, qui remettra l’Angleterre dans l’état de faiblesse où elle ne sera plus à craindre en Europe. » Pour Choiseul, c’est la peur de la puissance militaire canadienne qui faisait tenir les Treize Colonies américaines dans le giron britannique. Le traité de Paris de 1763 pouvait faire éclater l’empire colonial anglais. Pour sa part, James Murray, l’un des principaux acteurs anglais de la Conquête, répondit en juin 1760 à un officier français (Malartic) qui lui demandait si les Anglais allaient conserver le Canada :

    Si nous sommes sages, nous ne le garderons pas. Il faut que la Nouvelle-Angleterre ait un frein à ronger et nous lui en donnerons un qui l’occupera en ne gardant pas ce pays-ci.

    Mais ce fut l’avis contraire de Benjamin Franklin qui l’emporta. En 1760, il convainquit les ministres britanniques que jamais les Treize Colonies ne se ligueraient contre « leur propre nation » et qu’il faudrait plutôt que la mère patrie se comporte de façon très hostile pour envisager un tel scénario invraisemblable, par exemple en remettant le Canada à la France. La Révolution américaine éclatera quand même en 1775, soit douze ans plus tard !

    Cette future discorde entre Anglais et Américains était le prix de consolation de Choiseul. Encore qu’il avait su réserver pour la France l’accès à deux richesses importantes : le poisson et le sucre, soit l’accès aux Côtes françaises de Terre-Neuve (grâce sans doute à une action d'éclat en 1762 : la prise de Terre-Neuve) et la possession des « îles à sucre », dont Saint-Domingue qui assurera environ 40 % de la production sucrière mondiale et plus de la moitié de celle du café. Et ne parlons pas du bois d’ébène ! En somme, malgré le traité de Paris, la France s’engage, en stricts termes économiques, dans la période la plus productive de toute l’époque coloniale de l’Ancien Régime.

    Texte du traité de Paris de 1763

    Église catholique et l'immigration — le grand malaise

    Laurent Dandrieu est le rédacteur en chef des pages « Culture » de Valeurs actuelles pour lequel il suit également l’actualité religieuse. Il vient de publier un ouvrage qui suscite la polémique et le débat.

    Laurent Dandrieu dénonce le grand malaise de nombreux catholiques qui n’arrivent plus à suivre l’Église sur des questions aussi complexes que l’immigration, l’Islam et l’identité. Pendant que l’Europe, qui n’a déjà pas réussi à intégrer les précédentes générations d’immigrés, est soumise à un afflux de migrants sans précédent. L’Église catholique, plus que jamais, martèle l’unique impératif de l’accueil, donnant l’impression de se faire complice de ce que le pape a lui-même qualifié « d’invasion ».

    Pour l’auteur, cette incompréhension n’est pas une fatalité. On peut réconcilier les impératifs de la charité authentique et la défense de la civilisation européenne.



    Extrait du livre (pp. 90-93)

    Quelques lignes plus loin [La Croix le 16/V/2016], interrogé sur le fait que le rejet des migrants par une partie de l’opinion se nourrit d’une crainte de l’islam, François se livrait à un bel exercice de déni : « Je ne crois qu’il y ait aujourd’hui une peur de l’islam, en tant que tel, mais de Daech et de sa guerre de conquête, tirée en partie de l’islam. »

    Pour récuser l’idée que cette conception violente de l’islam pourrait très largement déborder le cas particulier de Daech, le pape se livre ensuite à une parallèle pour le moins douteux entre celui-ci et le christianisme : « L’idée de conquête est inhérente à l’âme de l’islam, il est vrai. Mais on pourrait interpréter, avec la même idée de conquête, la fin de l’Évangile de Matthieu, où Jésus envoie ses disciples dans toutes les nations. »

    Étrange parallèle entre un Dieu qui commande à ses disciples : « Allez, donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. » (Matthieu 28, 19-20) et un Dieu qui dit, selon le Coran : « Et tuez-les où que vous les rencontriez ; et chassez-les d’où qu’ils vous ont chassés : l’association1 [ou la sédition, selon les traductions] est plus grave que le meurtre » (sourate 2, [« La Vache », versets] 190-193) ; un Dieu qui veut « exterminer les incrédules jusqu’au dernier » (sourate 8, [« Le Butin », verset 7]), et dont le Prophète déclare « J’ai reçu l’ordre de combattre les gens jusqu’à ce qu’ils attestent “Il n’y a de Dieu qu’Allah et Mahomet est l’envoyé d’Allah”, accomplissent la prière et versent l’aumône2. » Dans son livre Penser l’islam3, Michel Onfray a pu remplir trois pages de ces commandements violents ou intolérants, en se contentant de les citer.

    Parallèle objectivement scandaleux, et insultant pour la religion que le pape a pour mission d’incarner, entre une religion, l’islam qui s’est objectivement propagée par les armes, et un christianisme qui s’est répandu à vive allure à travers le monde par le seul témoignage, poussé jusqu’au sacrifice de leur vie, des disciples de Jésus. Entre une religion musulmane dont la conception du martyre est de gagner le paradis en répandant le sang des autres et une religion chrétienne où il consiste à témoigner de la miséricorde de Dieu en acceptant de donner sa propre vie pour l’amour des autres...


    Notes

    1 — Le texte vise les associationnistes, c’est-à-dire ceux qui associent Dieu à d’autres divinités, dont font partie les chrétiens en vertu de leur foi trinitaire.

    2 — Cité dans Rémi Brague dans « Les religions et la violence : ne pas renvoyer dos à dos islam et christianisme », Le Figaro, 24 mai 2016. Sur la question de l’islam et de la violence, voir Anne-Marie Delcambre, L’Islam des interdits, Desclée de Brouwer, 2003.

    3 — Michel Onfray, Penser l’islam, Grasset, 2016, pp. 80-82.




    Voir aussi

    L’entretien de Laurent Dandrieu avec le site Le Rouge et le Noir.

    L’Église catholique — pour qui sonne le glas ? (M-à-j)

    Manuel d’histoire (1) — chrétiens intolérants, Saint-Louis précurseur des nazis, pas de critique de l’islam tolérant pour sa part

    Manuel d’histoire — Chrétiens tuent les hérétiques, musulmans apportent culture raffinée, pacifique et prospère en Espagne

    L’idée banale selon laquelle il suffirait d’oublier ce qui sépare ne mène à rien…

    « Un Dieu, trois religions »

    Islam et christianisme : les impasses du dialogue interreligieux

    Les jeunes apprennent vite grâce au cours d'ECR : toutes les religions sont bonnes

    Rémi Brague : Y a-t-il un islam des Lumières ?

    « L’arrivée de Muhammad [Mahomet], au VIIe siècle, améliore la situation de la femme », mais « Les femmes [dans le catholicisme] ont une place importante, mais ne peuvent devenir prêtres. » in Le rôle des femmes dans les religions selon le livre ECR d’ERPI pour la 2e secondaire