samedi 22 avril 2017

« Le taux de réussite », mesure contestée

Le taux de diplomation au Québec, déjà l’un des plus faibles au pays, serait encore pire que les chiffres couramment véhiculés par le gouvernement. Cette fausse impression résulterait de la méthodologie utilisée pour le calculer.

Loin dans les pages du récent budget 2017-2018, le gouvernement écrit que le taux de réussite scolaire atteignait les 78,8 % en 2014-2015, non loin de l’objectif de 80 % d’ici 2020. Cette cible a été fixée par le ministère de l’Éducation il y a près de 25 ans et, malgré l’augmentation des fonds consacrés à l’éducation dans le récent budget provincial, rien n’y indique que l’objectif sera revu à la hausse.

Le taux de réussite suscite d’ailleurs une certaine controverse, puisqu’il comprend à la fois les taux de diplomation et les taux de qualification.

Taux de diplomation : diplômes d’études secondaires, diplôme d’études professionnelles, attestation spécialisée professionnelle ou attestation d’études professionnelles –  63 449 jeunes en 2014-2015

Taux de qualification : certificats de formation visant à préparer au marché du travail un élève en difficultés d’apprentissage, sans exigences quant aux résultats scolaires — 3466 jeunes en 2014-2015.
« L’indicateur de réussite au secondaire est confus présentement parce qu’on inclut une certaine forme de reconnaissance qui ne représente pas des diplômes du secondaire, explique le professeur de l’Université Laval Égide Royer, pour nous prévenir du discours gouvernemental. J’ai l’impression qu’on semble compenser des chiffres qui sont trop faibles. »

« Je n’aime pas qu’on discrimine de la force ou de l’importance, mais je comprends que, pour des fins statistiques, les gens demandent plus de clarté. Peut-être qu’on peut en faire plus », reconnaît le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx.

Le taux de diplomation réel

Dans la réalité, le taux de diplomation au Québec est de 74,7 %. Et quand on se compare à l’Ontario, on ne se console pas. Dans cette province, le taux d’obtention de diplômes secondaires en cinq ans a été supérieur à l’objectif de 85 % en 2015, en hausse de 17 points de pourcentage par rapport à 2004.

Pour Égide Royer, alors que nous évoluons de plus en plus vers une société du savoir, il s’agit d’une illustration évidente que le Québec est sous-scolarisé. « C’est indécent qu’autant de jeunes aient plus de difficultés à réussir que de l’autre côté de la rivière des Outaouais. »

Les garçons tirent toujours de l’arrière par rapport aux filles, soit un retard de plus 10 %.

Pour corriger le tir, le ministre Proulx rappelle que son gouvernement injectera 1,8 milliard de dollars d’investissements supplémentaires au cours des cinq prochaines années. Il ouvre également la porte à de nouvelles initiatives au sujet du taux de diplomation lors du dévoilement de sa politique sur la réussite éducative d’ici l’été.

Des certificats controversés

« Diplômes bidon », « médailles en chocolat »... Les certificats de qualification ont déjà reçu leur lot de critiques par le passé. « Avoir un niveau de lecture de sixième année, avoir 18 ans et être considéré comme un diplômé au Québec, il y a quelque chose qui ne fonctionne pas », déplore M. Royer, spécialiste en éducation.

Voir aussi

Québec — taux de diplomation en hausse grâce aux « qualifications »

Traitement cosmétique ? Le décrochage au Québec est-il vraiment en baisse ?

Québec — anglais intensif pour tous les francophones, pas de français intensif pour les immigrés ?
Québec — Triplement du nombre d’heures d’anglais en une trentaine d’années

Colloque à Montréal « L'éducation sexuelle: une idéologie imposée aux enfants »

L’Association des parents catholiques du Québec organise le samedi 13 mai un colloque destiné à tous les parents qui se questionnent sur le nouveau programme d’éducation sexuelle scolaire.

Avec les conférencières Judith Reisman et Marion Sigaut.

En tant que chercheure et auteure, historienne et enseignante, la Dre Judith Reisman travaille à révéler les effets mondiaux, juridiques et générationnels de l’abus sexuel criminel des enfants perpétré par le Dr Alfred C. Kinsey, de la frauduleuse science de la sexualité et de son impact sur la pandémie de la pornographie.

Conférencière de renommée internationale, Marion Sigaut est auteure de plusieurs livres. Depuis quelques années, elle se penche sur l’idéologie sous-jacente aux cours d’éducation sexuelle.

10 h 30 — Enregistrement
11 h — Mot de bienvenue

Explication du déroulement de la journée

11 h 15— Judith Reisman : Les origines de l'éducation sexuelle à l'école
11 h 55 — Marion Sigaut : L’implantation de l'éducation sexuelle à travers le monde 
12 h 35 — Période de questions

13 h  — Goûté/pause café

13 h 40 — Présentation du programme au Québec
14 h 25 — Commentaires et réactions/discussion
15 h — Période de questions
15 h 50 — Conclusion du colloque



DATE ET HEURE

samedi 13 mai 2017
10 h 30 – 16 h HAE

ENDROIT

Salles de réception LDG
2953, rue Bélanger
Montréal,
(Québec) H1Y3G4

FRAIS DE PARTICIPATION

15 $

Pour s’inscrire, cliquer sur billets (en haut à droite) ici.

ORGANISATEUR
Association des parents catholiques du Québec (APCQ)
info@parentscatholiques.org
(514) 276-8068

mercredi 19 avril 2017

Encore moins de bébés au Québec en 2016

L’indice synthétique de fécondité a continué de décliner au Québec l’année dernière, selon de nouvelles données de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ). Il s’est établi à 1,59 enfant par femme en 2016, après avoir légèrement reculé chaque année depuis le sommet de 1,73 enfant par femme enregistré en 2008 et 2009.

Statistique Canada définit l’indice synthétique par le nombre d’enfants qu’aurait hypothétiquement une femme au cours de sa vie reproductive si elle connaissait les taux de fécondité par âge observés au cours d’une année donnée. Rappelons qu'il faut en moyenne 2,1 enfants/femme pour qu'une population soit remplacée par ses descendants. La population d'origine québécoise est donc appelée à se réduire rapidement.

L’ISQ ajoute que malgré la baisse de l’indice au cours des dernières années, la fécondité québécoise n’est pas à un niveau aussi faible que ce qui a été observé au début des années 2000 et vers le milieu des années 1980. Lors de ces deux périodes, l’indice était inférieur à 1,5 enfant par femme.

L’analyse de l’ISQ montre que la baisse récente de l’indice est liée à la diminution des taux de fécondité chez les femmes âgées de moins de 30 ans. Au-delà de cet âge, on a observé une hausse de la fécondité pendant plusieurs années, mais cette tendance semble graduellement faire place à une quasi-stabilité. Bref, les femmes attendent de plus en plus pour avoir peu d’enfants.



En 2016, l’âge moyen des mères pour la première naissance était de 29 ans, soit 4 ans plus tard qu’en 1975.

On a dénombré 86 400 nouveau-nés au Québec en 2016, comparativement à 86 800 en 2015 et 87 700 en 2014. Le nombre de naissances diminue depuis quelques années, après avoir connu une période de relative stabilité de 2009 à 2013, oscillant entre 88 000 et 89 000. Il avait connu une croissance rapide de 2005 à 2008.

L’ISQ précise qu’en 2016, la fécondité était plus élevée dans la région Nord-du-Québec, zone à forte présence autochtone, à 2,51 enfants par femme, mais qu’elle n’était qu’à 1,43 à Montréal.

Près de deux enfants sur trois (63 %) sont issus de parents non mariés. Cette part a augmenté rapidement à partir des années 1970, mais semble vouloir se stabiliser depuis le milieu des années 2000.

La proportion de nouveau-nés ayant au moins un parent né à l’étranger est de 31 % au Québec en 2016 : 20 % ont deux parents nés à l’étranger et 11 % ont un seul de leurs parents né dans un autre pays. La proportion de nouveau-nés ayant au moins un parent né à l’étranger était de 16 % il y a 20 ans.

À lire aussi :


Très forte augmentation des élèves allophones à Montréal

Hausse record de la natalité en Pologne

Démographie — Nouvelle chute de la natalité québécoise en 2016

Chute importante prévue du français dans les foyers québécois

Québec — Trois nouveau-nés sur dix ont au moins un parent né à l’étranger



Très forte augmentation des élèves allophones à Montréal

En 15 ans, le nombre d’élèves allophones n’a cessé d’augmenter sur le territoire montréalais, au point où des écoles primaires ont aujourd’hui plus de 9 enfants sur 10 dont la langue maternelle n’est ni le français ni l’anglais.

« Nous, on a toujours considéré ça comme une richesse », résume Martine Leboeuf, directrice de l’école de la Mosaïque, dans Côte-Saint-Luc, la 3e école primaire de Montréal avec le plus haut taux d’allophones cette année (94,72 %). « Pour certains, le français est leur 4e langue », ajoute-t-elle.

Sa commission scolaire, Marguerite-Bourgeoys, a d’ailleurs connu une hausse de 70 % du nombre d’élèves allophones depuis 1998, presque autant que celle de la Pointe-de-l’Île, dont le taux a augmenté de 80 % sur la même période. Ces chiffres s’expliquent notamment par le choix des nouveaux arrivants de s’établir davantage en périphérie, à la recherche de logements moins chers, plus grands, proche des communautés déjà installées.

Fin mars, l’Office québécois de la langue française confirmait qu’entre 1971 et 2015, la proportion d’élèves de langue maternelle tierce avait plus que triplé, passant de 12,7 % à 41,2 %. (incluant préscolaire, primaire et secondaire).

À l’école La Voie, à Côte-des-Neiges


Des coûts supplémentaires

« Le défi c’est la planification budgétaire, il faut anticiper les élèves qui vont arriver en cours d’année, sinon les élèves allophones sont introduits dans des classes ordinaires trop vite », souligne Nathalie Morel, vice-présidente à la vie professionnelle à la Fédération autonome de l’enseignement.

Un défi qui a d’ailleurs coûté 9 M$ de trop à la Commission scolaire de Montréal, en budget d’accueil et de francisation. « On fait le choix de ne pas intégrer [dans des classes ordinaires] des élèves rapidement, car on a une obligation de réussite », affirme la présidente Catherine Harel-Bourdon.

Au ministère de l’Éducation, on rappelle qu’en plus des budgets dédiés à l’accueil, la francisation et l’intégration des élèves immigrants, un montant de 16,9 M$ a été ajouté cet automne.

« CE N’EST QU’UN DÉBUT »

Déjà élevée, la proportion d’élèves allophones devrait aller en s’accentuant dans les prochaines années, croit le démographe Marc Termote.

« Ce n’est qu’un début et d’ailleurs les dernières prévisions de Statistique Canada le confirment, l’île et la périphérie vont devenir de plus en plus allophones, ça a déjà commencé à Laval et à Longueuil. »

Fin janvier, Statistique Canada dévoilait ces prédictions selon lesquelles les allophones pourraient représenter 43 % de la population de l’île en 2036, à parité avec la population de langue maternelle française, et même dépasser légèrement celle-ci.

Hors île, l’organisme prévoit même que la proportion d’allophones pourrait doubler en 25 ans, passant de 6,8 % en 2011 à un peu plus de 14 % en 2036.

À la Commission scolaire Marie-Victorin, sur la Rive-Sud, on confirme que le nombre d’élèves allophones a presque doublé en 10 ans, passant de 17,6 % en 2005 à 30,5 % cette année. Même phénomène à Laval, où leur taux est passé de 16 % à 35 % en 11 ans.

À l'école Parkdale de Saint-Laurent sur l'île de Montréal


Impacts linguistique et politique

Mathieu Bock-Côté commente aujourd’hui le fait que dans certaines écoles de Montréal, 9 enfants sur 10 sont allophones.

Ce chiffre vient confirmer ce que nous annonçait récemment Statistique Canada : d’ici 20 ans, les Québécois qui ont le français pour langue maternelle seront moins de 70 % au Québec.

Ne nous faisons pas d’illusions sur l’efficacité de ce qui reste de la loi 101 et traduisons concrètement : les Québécois francophones seront de plus en plus étrangers dans leur métropole.

Un jour, ils ne seront plus qu’une grosse communauté culturelle installée en région.

Dans ce contexte, l’identité québécoise est condamnée à régresser. On programme sa dilution démographique.

L’immigration massive devrait être un sujet de préoccupation permanent pour la classe politique.

Mais le PLQ l’encourage à cause de son fédéralisme radical. Il mise sur l’immigration massive pour conserver le pouvoir éternellement.

QS fait de même au nom de son culte des minorités victimisées.

Les nationalistes, eux, ne parlent de ce sujet qu’avec un grand malaise. Ils ne veulent pas avoir l’air négatifs.

Et que les Québécois ne s’inquiètent pas de disparaître comme peuple ! S’ils le font, on les accusera de racisme !

On voudrait qu’ils disparaissent dans la joie.

Hourra !
Élèves dont la langue maternelle n’est ni le français ni l’anglais
  • 5 commissions scolaires de l’île de Montréal : 31, 87 % en 1998 42,69 % en 2015
  • Commission scolaire de la Pointe-de-l’Île : 27,03 % en 1998 et 49,72 % en 2015 (80 % d’augmentation)
  • Commission scolaire de Montréal : 38,88 % en 1998 et 45,70 % en 2015 (20 % d’augmentation)
  • Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys : 30,79 % en 1998 et 51,06 % en 2015 (70 % d’augmentation)

lundi 17 avril 2017

Québec — La « patate chaude » de l’éducation à la sexualité

Le ministre Sébastien Proulx renonce à implanter les cours d’éducation à la vie sexuelle dans toutes les écoles primaires et secondaires dès la rentrée scolaire de l’automne prochain.

Devant les craintes pour la formation des enseignants et pour la disponibilité du matériel pédagogique, le ministre se donne du temps avant d’étendre l’éducation sexuelle à l’ensemble du réseau. Il compte tout de même augmenter le nombre de classes qui offriront les « contenus » en éducation à la sexualité en septembre prochain.

« On souhaite davantage de classes dès l’automne. Il n’y aura pas une implantation obligatoire des contenus pour l’ensemble des élèves en septembre prochain. On a une quinzaine d’écoles [qui participe à des projets-pilotes], on ne peut pas passer à des milliers d’un coup. Par contre, il y aura des propositions pour accélérer l’implantation, pour que rapidement les contenus soient obligatoires pour l’ensemble des élèves », a dit le ministre de l’Éducation au Devoir, en marge des travaux de l’Assemblée nationale.

Des membres influents du milieu de l’éducation ont, en effet, mis en garde le ministre Sébastien Proulx : le cours d’éducation à la vie sexuelle, que Québec envisageait d’implanter au primaire et au secondaire dès la rentrée de septembre prochain, n’est pas prêt.

Les enseignants n’ont pas été formés pour donner cette matière. Des sources indiquent que le matériel pédagogique n’est pas prêt non plus. Résultat : l’implantation du programme à la rentrée de l’automne 2017 est « irréaliste », ont affirmé au Devoir des membres d’un comité consultatif créé par le ministère de l’Éducation.

Ce comité formé d’une vingtaine de représentants du milieu de l’éducation (syndicats d’enseignants, directions d’écoles et de commissions scolaires, comités de parents, etc.) doit se rencontrer le 20 avril à l’édifice G, à Québec. À environ une semaine de cette rencontre cruciale, les membres n’ont toujours pas en main le bilan de la première année du projet-pilote d’éducation sexuelle mis en place en 2015 dans une quinzaine d’écoles. Cette première année a pourtant pris fin en juin 2016, il y a 10 mois.

Le projet-pilote de deux ans a été lancé en 2015 parce qu’il existerait selon Le Devoir un consensus au Québec : il faut améliorer l’éducation sexuelle offerte aux élèves du primaire et du secondaire. Vraiment ? Au primaire, un consensus ? Le projet aborde la grossesse, les naissances, mais aussi la vie amoureuse, l’identité sexuelle — la théorie du genre pour parler clairement —, les rôles et les « stéréotypes sexuels » — depuis quand est-ce l’affaire du gouvernement de lutter contre ce qu’il qualifie de stéréotypes sexuels ? —, ainsi que les agressions sexuelles.

Pour l’instant, les élèves reçoivent une éducation à la sexualité qui varie selon l’école et sa clientèle.

« C’est prématuré »

Les syndicats d’enseignants estiment que l’éducation sexuelle doit être un cours en bonne et due forme, et non un apprentissage inséré dans plusieurs matières. Ils réclament aussi une formation universitaire en enseignement de l’éducation sexuelle, un peu comme les mathématiques ou le français, qui font l’objet de cours pour les futurs maîtres.

« Pour nous, c’est absolument inconcevable de lancer les apprentissages en éducation à la vie sexuelle en septembre prochain. C’est prématuré, c’est certain », dit Nathalie Morel, vice-présidente de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE).

La Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE) demande aussi une formation, du matériel pédagogique et l’appui de professionnels pour les titulaires de l’éducation à la vie sexuelle.

Parents inquiets

Les parents sont une des sources du malaise entourant l’éducation à la sexualité, selon le Devoir : « Les enseignants et les directions d’école vous le diront : toutes les fois qu’il est question de sexualité en classe, l’école reçoit des appels de parents. Ils veulent savoir — de façon tout à fait légitime — pourquoi leur enfant entend parler de “sexe” à l’école. »

« De plus en plus de parents sont mal à l’aise par rapport à l’enseignement de la sexualité dans les écoles. Il me semble qu’il y a de la place pour un dialogue constructif », dit Jasmin Lemieux-Lefebvre. Ce père de deux enfants travaille pour le diocèse de Québec. Il dit être favorable à l’éducation à la sexualité en classe, mais il estime que certains enseignements vont à l’encontre de ses valeurs chrétiennes. Le Devoir qui l'a interrogé n'en dit pas plus. Rappelons, cependant, que le nouveau programme vise à l'« exploration de nouvelles valeurs et normes en matière de sexualité, au-delà de celles de la familles ». Le programme du Monopole se lamente également que les jeunes qui sont ouverts et « flexibles » au niveau de l’identité sexuelle sont ramenés par la pression sociale « grandissante » à des rôles et identités stéréotypées « traditionnels » et « nuisibles ». Thèse chère au lobby LGBT.



Le programme du ministère de l’Éducation qui se voudrait obligatoire pour tous dès le primaire — la taille unique pour tous, c’est ça le Québec, voir ECR — tient pour acquis que les élèves auront des relations amoureuses et sexuelles, et qu’ils seront exposés à la pornographie.

Jasmin Lemieux-Lefebvre connaît des parents qui réclament le droit de retirer leurs enfants du cours d’éducation à la sexualité. Le problème, c’est qu’il ne s’agit pas d’un cours. Les apprentissages sont saupoudrés tout au long de l’année scolaire dans les matières obligatoires, comme les mathématiques, le français ou la biologie. À quel moment ces « contenus » d’éducation à la sexualité sont-ils enseignés aux enfants ? Par qui ? Les réponses ne sont pas claires.

Génération « sacrifiée », car « stéréotypée »

En entrevue au Devoir, Jasmine Léger, membre du comité des femmes de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSE) et victime elle-même, a parlé d’une génération sacrifiée en matière d’éducation à la sexualité.

« Quand on arrive à 17 ans avec des comportements et des stéréotypes bien ancrés, on est déjà dans la déconstruction. C’est pourquoi on aimerait bien que la ministre [de l’Enseignement supérieur], Hélène David, parle à son collègue [de l’Éducation], Sébastien Proulx, pour qu’il ramène des cours d’éducation sexuelle. »

La gauche et l’extrême gauche pressent le gouvernement d’agir

Le Parti québécois et Québec solidaire ont aussi pressé le ministre Sébastien Proulx d’agir rapidement. Le comité consultatif ne s’est pas réuni dans la dernière année, a souligné le député péquiste Alexandre Cloutier.

« Le gouvernement doit investir pour implanter rapidement l’éducation à la sexualité », a réagi la députée du parti d’extrême gauche Québec solidaire Manon Massé.

« La Fédération des comités de parents » inquiète des comportements à l’égard des LGBT

Le temps presse, ont souligné les partis d’opposition et la Fédération des comités de parents du Québec (FCPQ). « Oui, il se peut que toutes les conditions gagnantes ne soient pas réunies pour la mise en place parfaite et généralisée à l’automne. Mais si on attend les conditions parfaites, nous allons attendre longtemps ! On doit pouvoir avancer, le statu quo n’étant pas une option », a indiqué Corinne Payne, présidente de la FCPQ, dans une lettre au Devoir.

Campagne destinée aux écoles pour les familles homosexuelles

« Les parents du Québec sont convaincus qu’un enseignement fait par un pédagogue est, et de loin, plus pertinent que toute “l’information” propagée sur Internet. Ne voit-on pas, dans les dernières années, une recrudescence des ITSS [un peu partout dans le monde, même là où des cours à la sexualité existent depuis des décennies...!], des comportements sexuels à risques et de la violence sexuelle chez les jeunes ? Que penser, également, de l’intimidation et de la violence relativement à l’expression d’une sexualité différente ? », poursuit la lettre.


« La tête dans le sable »

« Des parents ont des inquiétudes. Ils ne savent pas de quelle façon c’est abordé. Ils se demandent qui sont ces personnes qui enseignent l’éducation à la sexualité à leurs enfants, quelles sont leurs valeurs et quel est le programme », dit Isabelle Arcoite, en dernière année de sexologie à l’UQAM.

« C’est un sujet délicat. L’éducation à la sexualité peut entrer en conflit avec la religion. Des parents croient que parler de sexualité équivaut à donner la permission. Ils croient que, si on n’en parle pas, ça n’arrivera pas. Ils se trompent ! » dit Isabelle Arcoite. C’est vrai qu’ils peuvent se tromper : tout dépend de ce que ce cours à la sexualité prônera. Or les cours d’éducation gouvernementaux ne prônent pas l’abstinence, la virginité jusqu’au mariage, ils ont plutôt tendance à banaliser la sexualité précoce tout en valorisant le plaisir d’une sexualité adolescente pour autant qu’on se « protège »... Cela ressemble très fort à une permission...

Une directrice adjointe d’école secondaire racontait au Devoir l’anecdote suivante : une mère de famille est venue demander qu’on retire sa fille des cours d’éducation sexuelle parce que, dans sa culture, les adolescents n’ont pas de vie sexuelle. La semaine suivante, cette élève est allée voir l’infirmière de l’école pour lui demander la pilule du lendemain.

Le Devoir semble croire que cette anecdote est convaincante et généralisable. Elle montre surtout que la fille en question était déjà bien au courant des méthodes contraceptives (sans le nouveau cours!) et que cette connaissance l’a peut-être rassurée pour adopter une sexualité précoce. Notons que Le Devoir ne nous dit pas quel est le climat qui règne dans l’école vis-à-vis de la sexualité : y trouve-t-on des affiches parlant explicitement de sexualité à une clientèle parfois très jeune (12 ans) comme nous avons pu le constater dans certaines écoles, à quoi ressemblent les cours actuels d’éducation à la sexualité, quels messages les enseignants font-ils passer au sujet de la sexualité précoce ?

La mère de famille en question était naïve, mais il se peut que cette naïveté fût surtout de ne pas savoir à quel point l’école québécoise qui n’est en rien conservatrice, ni même réservée, sur le plan des mœurs et de la sexualité et qu’elle tend à vouloir rendre obligatoire ces choix à toutes écoles. École inclusive... Vraiment ? Visiblement pas pour les parents conservateurs.

Voir aussi

« Le sexe à l’école. L’amour nulle part »

Québec — Retour de la syphilis congénitale, hausse de toutes les maladies sexuellement transmissibles

Un enseignement de la sexualité dès la maternelle

Pétition pour amender le nouveau programme québécois d’éducation à la sexualité

Danemark — Imposition de l’éducation sexuelle pour « des raisons de santé publique » en 1976 (historique juridique)

Québec — Le nouveau programme d’éducation sexuelle prônerait l’exploration sexuelle...?

Nouveau programme d’Éducation à la sexualité : pourquoi aucune école pilote dans la ville de Montréal ?

Du grand journalisme : « Les Ontariens et le sexe »

Le cours d’éducation sexuelle ontarien évite-t-il l’augmentation du nombre de maladies vénériennes ?
Sexologue clinicienne : « les cours de sexualité en milieu scolaire font fausse route »

Malgré l’éducation sexuelle, recrudescence des maladies vénériennes en Suède.



vendredi 14 avril 2017

Interlude pascal


Stabat Mater de Jean-Baptiste Pergolèse (1710-1736)

Stabat Mater dolorosa
Iuxta crucem lacrimosa
dum pendebat Filius.

Debout, la Mère, pleine de douleur,
Se tenait en larmes, près de la croix ,
Tandis que son Fils subissait son calvaire. (litt. pendait.)




Pange Lingua de la Missa Pange Lingua de Josquin des Prés (1450-1521)

Pange, lingua, gloriosi
Corporis mysterium,
Sanguinisque pretiosi,
quem in mundi pretium
fructus ventris generosi
Rex effudit Gentium.

Chante, ô ma langue, le mystère
Du corps sacré, corps glorieux,
Et celui du sang précieux,
Versé pour racheter la terre
Par le fruit d’un sein merveilleux.



Membra Jesu nostri, Ad Pedes (I) de Dietrich Buxtehude (1637-1707)

Ecce super montes
Pedes evangelizantis
Et annunciantis pacem.

[...]

Clavos pedum, plagas duras,
Et tam graves impressuras
Circumplector cum affectu,
Tuo pavens in aspectu,
Tuorum memor vulnerum.

Dulcis Jesu, pie deus,
Ad te clamo licet reus,
Praebe mihi te benignum,
Ne repellas me indignum
De tuis sanctis pedibus.

Voici sur les montagnes
Les pieds du messager
Qui annonce la paix.

[...]

Les clous des pieds, les plaies dures,
Et les marques si profondes,
Je les couvre avec tendresse,
Craignant ta vue,
Me souvenant de tes blessures.

Doux Jésus, Dieu pieux,
Je te crie, comme il est permis à ton débiteur,
Sois bienveillant à mon endroit,
Ne me repousse pas, indigne
De tes pieds saints.





O Haupt voll Blut und Wunden,
Voll Schmerz und voller Hohn,
O Haupt, zum Spott gebunden
Mit einer Dornenkron’,
O Haupt, sonst schön gezieret
Mit höchster Ehr’ und Zier,
Jetzt aber höchst schimpfieret;
Gegrüßet sei’st du mir!

Chef couvert de blessures,
meurtri par nous pécheurs,
Chef accablé d’injures,
d’opprobres de douleurs.
Des splendeurs éternelles
naguère environné,
C’est d’épines cruelles
qu’on te voit couronné !



Mache dich, mein Herze, rein,
ich will Jesum selbst begraben.
Denn er soll nunmehr in mir für und für
seine süße Ruhe haben.
Welt, geh aus, laß Jesum ein!

Purifie-toi, mon cœur,
je veux enterrer Jésus moi-même.
Car en moi désormais il doit reposer
à jamais en paix.
Monde, retire-toi, laisse entrer Jésus.





Gebt mir meinen Jesum wieder !
Seht, das Geld, den Mörderlohn,
Wirft euch der verlorne Sohn
Zu den Füßen nieder !

Qu'on me rende mon Jésus !
Voyez, l'argent, le prix du sang,
Le fils prodigue le jette
À vos pieds !




Χριστὸς ἀνέστη ἐκ νεκρῶν, θανάτῳ θάνατον πατήσας καὶ τοῖς ἐν τοῖς μνήμασι ζωὴν χαρισάμενος.

Le Christ est ressuscité des morts, Par la mort, il a vaincu la mort et à ceux qui sont dans les tombeaux il a donné la vie.


Soutenons les familles dans leurs combats juridiques (reçu fiscal pour tout don supérieur à 50 $)

La Passion d'Augustine et la « reprise en main du système éducatif par le gouvernement » (rediff)


L’avis du critique de cinéma Laurent Dandrieu sur La Passion d’Augustine :

La Passion d’Augustine de Léa Pool

Dispersé. Québec, années 1960. Mère Augustine (Céline Bonnier) dirige un pensionnat de jeunes filles centré sur l’éducation musicale. Tout en s’efforçant de préparer sa nièce à un prestigieux concours de piano, elle doit se battre pour sauver son couvent, menacé par la reprise en main du système éducatif par le gouvernement. Réalisé un peu platement, mais remarquablement interprété, ce récit très riche évoque la soudaine laïcisation du Québec, les tentatives de compromission de l’Église avec le monde, l’initiation musicale d’une jeune fille, la passion de la transmission... : mais pour avoir embrassé trop de pistes à la fois, le film laisse un sentiment d’inachevé.


La qualité du français, le faible accent « canadien » ont frappé ce critique méridional. Lysandre Ménard souligne que c’était à dessein pour mieux calquer l’exigence du français châtié transmise par les religieuses, cette exigence aurait largement disparu aujourd’hui

L’avis de la critique de cinéma Marie-Noëlle Tranchant du Figaro :

Les scènes musicales, vives et intenses, sont le meilleur du film. Sous les doigts de Lysandre Ménard, jeune pianiste pour la première fois actrice, Bach, Chopin, Beethoven débordent de jeunesse enthousiasmante. L’émotion musicale coule à flots, le reste est étrangement figé.

La Passion d’Augustine est un mélo sociologique qui prétend faire revivre le Québec des années 1960 passant de la tradition à la modernité, de la culture chrétienne à la sécularisation. La transition serait intéressante à suivre si elle ne se résumait à des clichés. La réalisatrice cisèle des images pieuses pour vanter la liberté laïque. Tout est joli et factice. Aucune vérité dans ces personnages dessinés d’un même trait, qui parlent toujours le langage de la réalisatrice, jamais le leur : on la voit inscrire dans leurs attitudes « autorité », « impertinence », « passion », « révolte », « liberté ». Seule scène surprenante : le changement d’habits des religieuses, où l’on sent une émotion juste. Moralité : un message progressiste ne suffit pas à éviter la fadeur académique.

Nous trouvons ces jugements un peu sévères, c’est un bon film, même s’il est vrai que l’on sent que Léa Pool se félicite en quelque sorte de l’issue. Le film n’est pas exempt de caricatures, notamment pour ce qui est du portrait de la générale ou de l’usage des saisons quand le film commence par un long hiver rigoureux (comme la religion d’alors doit-on comprendre) pour finir avec l’arrivée du printemps, symbole trop évident du passage d’une société ténébreuse à une époque progressiste.

Saluons cependant ce film qui ne juge pas pesamment, mais laisse parler des différents protagonistes. Il est de belle facture tant au niveau visuel que musical. Il trace des portraits touchants de religieuses aux personnalités diverses. Léa Pool n’appuie pas trop, elle laisse parler. On est donc libre de penser que c’est la professeur de français, la plus stricte, qui a sans doute le mieux vu ce que ce radieux avenir signifierait pour ces religieuses : « Vous ne voyez pas qu'on planifie notre disparition ? On va se retrouver à quatre-vingts ans, sans voile, sans costume, sans couvent. On va être toutes seules. Puis on va être les dernières. »



Bande-annonce

L'avis du Quotidien du médecin (français) :

Au Québec, la laïcisation de l'enseignement, dominé par l'Église catholique, a été tardive. Et, parfois, d'autant plus brutale. [Note du carnet: Visiblement, ce chroniqueur ne connaît pas son histoire de France, la laïcisation forcée en France fut très brutale... Le Québec accueillit d'ailleurs de nombreuses congrégations chassées de France par les « tolérants » républicains. Voir ici et .] C'est ce qu'évoque « la Passion d'Augustine » à travers l'histoire d'un petit couvent et de sa directrice (Céline Bonnier), qui en a fait un établissement d'excellence pour la musique.

« Ce n'est pas du tout un film sur la religiosité, mais sur la spiritualité qui s'exprime par la musique » , explique Léa Pool . C'est aussi un film sur l'émancipation féminine. La cinéaste, qui a signé une vingtaine de films, fictions et documentaires depuis 1979, souligne au passage que « faire du cinéma quand tu es une femme est déjà un acte d'émancipation. En tout cas c'était le cas il y a trente ans... ».

Mais revenons à mère Augustine et à son école de jeunes filles. Le personnage, dont on découvre les forces et les failles, est attachant, et son combat contre les forces contraires (le conservatisme de l'Église d'un côté, le progressisme et l'air de liberté de l'autre) qui conspirent à l'abattre ne manque pas de panache. Mêlant l'humour, l'émotion, et le pouvoir de la musique, Léa Pool nous le fait admirer.

Les jeunes interprètes, qui sont elles-mêmes musiciennes, sont bien choisies, comme les décors de neige, faisant contraste avec l'uniforme noir des religieuses. Malgré quelques lourdeurs vers la fin, on aura compris que la passion d'Augustine mérite d'être partagée.


Rencontre avec plusieurs artisanes du film La Passion d’Augustine et commentaire de sœur Évangéline Plamondon sur le film.


Couvert de prix au Québec et par celui du public au Festival d'Angoulême, le succès populaire de ce film a surpris, à une époque où la religion n'agit plus dans la société, où la multitude d'églises, couvents et monastères sont devenus de vastes appartements, des bibliothèques, des centres associatifs, voire des spas. La Passion d'Augustine a rejoint son public. Comme le rapporte La Croix, à chaque projection, les spectateurs sortaient émus, remués de retrouver aussi fidèlement leur passé de pensionnaires, remerciant la réalisatrice. Cette reconnaissance intervient aussi au moment où nombre d'historiens au Québec réexaminent le bilan de l'Église, établissant qu'il ne saurait être totalement confondu avec la prétendue raideur dogmatique de l'éducation qu'elle dispensait. Léa Pool apporte une pierre à cet édifice de réhabilitation.


Vu par Itélé (groupe Canal+ classé à gauche/bobo) : insiste sur l’aspect progressiste des sœurs



Madame Renée Gagnon, musicienne professionnelle, et Sr Carmen Gravel, enseignante émérite qui a travaillé à la formation de Mme Gagnon, nous partagent leurs souvenirs et ce qu’elles retiennent de leur expérience commune.


Voir aussi « La passion d’Augustine » : quand le cinéma tire vers le haut

La Grande Noirceur inventée (Denis Vaugeois)

Les Québécois à la traîne économiquement depuis 150 ans, rattrapage le plus grand aurait été sous Duplessis

L’État a-t-il vraiment fait progresser l’éducation au Québec ?

Du Grand Rattrapage au Déclin tranquille : déboulonner la prétendue Révolution tranquille

Baisse relative du nombre de diplômés par rapport à l’Ontario après la Grande Noirceur

Grande Noirceur — Non, l’Église n’était pas de connivence avec le gouvernement et les élites

La Grande Nouérrceurrr : portrait de famille monochrome, rictus, pénurie francocentrique et ânonnements (5 pages)

La Grande Noirceur, revue et corrigée

Le « mythe » de la Révolution tranquille

Héritage de la Révolution tranquille : lent déclin démographique du Québec ?

Révolution tranquille : Entre imaginaire et réalité économique et sociale

samedi 8 avril 2017

Allemagne — Deux parents défendent l’école à la maison devant la Cour européenne des droits de l’homme

Les parents Wunderlich ont une longue histoire derrière eux. Depuis des années, ils se battent pour ce qu’ils estiment être leur droit le plus strict : faire l’école à la maison, éduquer ainsi complètement leurs enfants, en accord avec leurs opinions chrétiennes. Hier, ils ont poussé leurs arguments jusque devant la Cour européenne des droits de l’homme. Entre un pays, l’Allemagne, qui refuse depuis un siècle une telle liberté et une Cour qui a déjà statué négativement, il y a dix ans, sur une affaire semblable, l’espoir est maigre.

Mais il faut qu’un réel débat naisse de la contradiction de la nation allemande pourtant signataire des fameux droits de l’homme qui protègent le droit premier des parents. Une jolie preuve que ceux-ci sont plus que jamais sans Dieu, et même contre Dieu.

La famille Wunderlich en 2012 avec au centre Mike Farris,
président et fondateur de la HSLDA


Quatre enfants arrachés à leurs parents

Souvenez-vous, c’était un matin d’août 2013, la maison des Wunderlich se retrouve très violemment investie par deux douzaines de policiers et de travailleurs sociaux. Les quatre enfants, dont la plus jeune a quatre ans, sont arrachés à leurs parents — on refuse même à la mère le droit de leur dire au revoir. (Voir Police allemande enlève les enfants d’une famille instruits à la maison)

Si au bout d’un mois ils étaient parvenus à les récupérer, ils n’avaient pu retrouver l’exercice de leurs droits parentaux qu’après une longue et difficile procédure de plus de trois ans.

Pendant des années auparavant, ils avaient vécu à l’étranger pour bénéficier de ce droit de l’enseignement à domicile. Mais soit le père ne parvenait pas à trouver du travail, soit le pays d’accueil les expulsait, comme en 2008, aux États-Unis, où l’administration Obama avait fait appel de la décision d’un juge du Tennessee qui avait accordé l’asile à la famille…

L’Allemagne avait pris soin, dès leur retour, de retirer les passeports des enfants, pour que la famille ne puisse plus « s’échapper » — le mot est terrible, mais justifié. Et une action en justice avait été immédiatement introduite contre les parents pour « mise en danger des enfants ».


L’école à la maison : rigoureusement interdite en Allemagne

« Je souhaite sincèrement que la Cour européenne des droits de l’homme réaffirme le fait que l’État n’a pas le droit d’enlever des enfants de leur famille tout simplement parce qu’ils sont scolarisés à la maison. Nous avons choisi d’éduquer nos enfants à la maison, parce que nous croyons que c’est le meilleur environnement pour eux pour apprendre et prospérer », a déclaré hier Dirk Wunderlich, le père de la famille.

D’ailleurs, les enfants Wunderlich ne souffraient d’aucune lacune : les autorités avaient même déclaré que leur niveau de scolarité était supérieur à la moyenne… Mais c’est le moindre des soucis d’une administration vautour, bien qu’elle ose se prévaloir des « intérêts de l’enfant ».

Car depuis 1918, la fréquentation d’une école est strictement obligatoire — l’Allemagne, avec la Turquie, est l’un des rares pays européens à interdire absolument le préceptorat ou l’éducation à domicile. Amendes et emprisonnements, tels sont les risques à courir. Une manière officielle de décourager les sociétés parallèles ou religieuses, les groupements minoritaires… Argument qui, non seulement ne tient pas la route, mais témoignerait d’un totalitarisme fou contraire au pluralisme professé.

Sachant que l’instruction à domicile est interdite en Allemagne, les parents Wunderlich ont sollicité un entretien auprès de l’autorité scolaire pour obtenir leur accord. Le bureau de l’aide sociale, de la protection de la jeunesse et de l’assistance aux familles (Jugendamt) a refusé de recevoir la famille et a immédiatement introduit une action en justice contre les parents pour « mise en danger des enfants ». Peu après, sur décision de justice, les parents se sont vu retirer leurs droits parentaux.

La Cour européenne des droits de l’homme au soutien de l’Allemagne

Seulement, l’Allemagne est aussi signataire d’un certain nombre d’accords relatifs aux droits de l’homme, en particulier l’article 2 du Protocole 1 à la Convention européenne des droits de l’homme qui considère que « les parents ont un droit préalable en ce qui concerne l’orientation de l’éducation de leurs enfants ».

C’est, entre autres, en vertu de celui-ci que la famille Wunderlich avait saisi la Cour européenne des droits de l’homme le 14 avril 2015. Le conseiller principal sur l’affaire Wunderlich, Robert Clarke, d’ADF International parle de violation : « Le droit des parents à diriger l’éducation de leurs enfants est un droit fondamental protégé dans l’ensemble des principaux traités relatifs aux droits de l’homme. L’Allemagne s’est inscrite à ces traités et continue d’ignorer ses obligations avec des conséquences dévastatrices ».

Comme nous l’avons dit précédemment, l’Allemagne, avec la Turquie, est l’un des rares pays européens à interdire absolument le préceptorat ou l’éducation à domicile. Cette interdiction absolue a été précédemment admise par la CEDH notamment dans la décision Konrad c. Allemagne du 11 septembre 2006 (n° 35504/03), introduite par une famille chrétienne voulant élever ses enfants à la maison. La Cour avait alors posé une interprétation très étatiste du droit à l’éducation en jugeant « conforme à sa propre jurisprudence sur l’importance du pluralisme [!!!] pour la démocratie » le fait d’imposer une scolarisation collective et d’interdire l’éducation à domicile en raison de « l’intérêt général de la société d’éviter l’émergence de sociétés parallèles basées sur des convictions philosophiques différentes, et [de] l’importance d’intégrer les minorités dans la société. » La Cour européenne avait alors confirmé les arguments de la Cour constitutionnelle allemande, en statuant qu’il n’y avait aucun droit à l’éducation en milieu familial — les droits de l’homme ne sont pas jamais « valables » pour tout le monde.

Pourtant, les faits de la présente affaire sont plus graves que dans l’affaire Konrad, car les enfants ont été physiquement retirés de la garde de leurs parents.

Pour l’avenir de l’éducation en Europe

Le « Centre européen pour le droit et la justice » qui avait été autorisé à soumettre des observations écrites la Cour en décembre, sous l’égide de son directeur Gregor Puppinck, s’est concentré sur le caractère disproportionné de la saisie physique des enfants et du retrait de leur garde aux parents, en rappelant l’esprit de la Convention européenne.

Convention qui instaure « la garantie des personnes et des familles contre l’État », à rebours des régimes totalitaires qui ont sévi dans la première moitié du XXe siècle et préconisaient l’inverse. « L’essentiel est de réaffirmer le principe libéral et le droit naturel de la primauté de la famille sur l’État, en particulier dans le domaine de l’éducation et de l’enseignement ».

S’il ne faut pas attendre de renversement majeur de la politique allemande par la Cour, on peut espérer une amorce de débat, voire un début de remise en cause — elle serait plus que justifiée et cruciale pour l’avenir de l’éducation en Europe.

Immigration, vivre-ensemble et perte de libertés

Nous craignons, cependant, que l’immigration massive que connaît l’Europe actuellement et les difficultés d’intégration de ces immigrants poussent les politiciens et les juges à sacrifier la liberté éducative de parents exemplaires. L’immigration de masse extraeuropéenne limitera ainsi un peu plus la liberté des parents autochtones. Rappelons que la même logique a conduit à empêcher toute exemption au cours d’Éthique et de culture religieuse au Québec afin d’assurer le vivre-ensemble et de lutter contre l’intégrisme. Comme le disait en 2009 la ministre de l’Éducation de l’époque, Mme Courchesne, « On ne négocie pas un virage aussi important sans écraser d’orteils ».


Voir aussi

OBSERVATIONS ÉCRITES soumises à la Cour européenne des droits de l’homme dans l’affaire WUNDERLICH C. ALLEMAGNE (N° 18925/15) (11 pages d’un texte de philosophie du droit de l’éducation intéressante). Début du texte :
1. Platon ou Aristote

Cette affaire met en cause une antique opposition entre deux conceptions des relations existant entre la famille et la Cité, conceptions que l’on retrouve déjà exprimées par Platon et par Aristote. Il n’est pas inutile de les rappeler pour montrer à la Cour, s’il en était besoin, la profondeur de l’enjeu auquel elle est confrontée dans la présente affaire.

Pour Platon, l’unité familiale, ou l’oikos, par les liens affectifs et matériels qu’elle génère, est une cause de division, d’inégalité et de conflits au sein de la société, elle serait antipolitique.

Dans sa cité idéale, il faudrait abolir cette unité sociale, familiale et économique afin de renforcer l’unification de la cité. Ainsi, parmi les gardiens de la Cité, il faut que « les femmes y soient toutes communes à tous les hommes, et qu’aucune ne vive en privé avec aucun ; que les enfants eux aussi soient communs, et qu’un parent ne connaisse pas son propre rejeton, ni un enfant son parent ».

Pour Platon, les gardiens devraient former une famille unique, rendant impossible la rivalité entre oikoi, l’unité des gouvernants conditionnant celle de toute la cité. Dans sa vision, les enfants sont communs à la société, leur éducation est assurée par la société, car elle est une libération des opinions et des familles.

Aristote s’oppose nettement au collectivisme de Platon. Il consacre plusieurs chapitres de sa Politique à l’éducation de la jeunesse dont il dit qu’elle doit être « un des objets principaux des soins du législateur ». Pour le Stagirite [surnom d'Aristote né à Stagire], la famille n’est pas une association d’individualités, mais un ordre où s’organisent des éléments différenciés et complémentaires, elle est constituée non seulement par les liens biologiques et affectifs, mais aussi par un patrimoine commun, elle est aussi une entité économique, un lieu de travail et de partage ; elle est en elle-même une petite société. La famille est ainsi la cellule de base de la société : plusieurs familles forment un village, et plusieurs villages forment un État. Aristote est favorable à une éducation publique et collective : « Comme il n’y a qu’une même fin commune à tout l’État, il ne doit y avoir qu’une même institution pour tous les sujets ; et elle doit se faire, non en particulier, comme cela se pratique aujourd’hui, où chacun prend soin de ses enfants qu’il élève à sa fantaisie et en telle science qu’il lui plaît ; elle doit se faire en public.

Tout ce qui est commun doit avoir des exercices communs. Il faut, d’ailleurs, que tout citoyen se persuade que personne n’est à soi, mais que tous appartiennent à l’État, dont chacun est une partie ; qu’ainsi le gouvernement de chaque partie doit naturellement se modeler sur le gouvernement du tout. »

Police allemande enlève les enfants d’une famille instruits à la maison

École à la maison en Allemagne — « Accompagnez-nous maintenant de gré ou plus tard de force »

Juge américain accorde le statut de réfugiés politiques à des parents-éducateurs persécutés en Allemagne

Famille allemande exonérée de négligence criminelle envers ses enfants qu’elle enseignait à la maison

École à la maison : les familles fuient l’Allemagne

Allemagne — Mère de douze enfants emprisonnée : elle refuse pour ses enfants le cours d’éducation sexuelle au primaire


Marie Geiss-Galimard : « Pour les Allemands, les enfants sont la propriété de l’État »

Parents allemands demandent l’asile au Canada.

vendredi 7 avril 2017

Éthique et culture religieuse : éduquer ou endoctriner ?

Extraits de la chronique de Joseph Facal sur le programme d’éthique et de culture religieuse.

Le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, a donné le feu vert à une réévaluation du controversé cours d’Éthique et culture religieuse, obligatoire au primaire et au secondaire.

Cette réévaluation sera « accompagnée » par le même fonctionnaire qui a piloté l’introduction du cours en 2008 : feriez-vous évaluer votre maison par celui qui l’a construite ?

Tout ce cours repose sur un détournement de sens.

[...]

Les manuels utilisés pour donner ce cours ont déjà fait l’objet de plusieurs études.

[...]

Des exercices valant des points demandent aux enfants du primaire de choisir leur rite préféré ou d’organiser une petite cérémonie religieuse.

Les explications scientifiques sur l’origine du monde et de la vie ne sont jamais mises en parallèle avec les discours religieux. [Note du carnet : c’est faux ! Voir ci-dessous dès le primaire...]


Paulo [Coelho], le sage qui arbitre entre science et discours religieux sur la création
2e cycle primaire, Modulo, manuel A. p. 66

[Rappelons les paroles d’un des pères du cours d’ECR et réviseur scientifique des manuels Modulo, Fernand Ouellet, qui cite favorablement ailleurs dans ses écrits ces mots : « Il [s’agit] donc moins de “construire une identité” que, à l’inverse, d’ébranler une identité trop massive et d’y introduire la divergence et la dissonance ; il n’est pas de préparer à la coexistence et à la tolérance ».]

Vous ne trouverez pas le moindre examen critique du mal que l’on peut faire au nom de la religion : pas un mot sur le terrorisme, les crimes d’honneur ou la misogynie.

[Ça, c’est réservé au programme d’histoire où Saint Louis est le précurseur de Hitler, les croisades c’est très mal et le monde arabo-musulman si raffiné, voir ici...]

Comprenez-moi bien : il ne s’agit pas d’enseigner l’hostilité à la religion, ce qui ne serait que le remplacement d’un dogmatisme par un autre.

Il faudrait présenter les religions comme un objet sociologique que l’on doit examiner avec un souci d’objectivité, comme on le ferait pour l’étude d’une idéologie ou d’une institution.

[Note du carnet : au primaire ?]

Le cours propose plutôt une vision de la foi religieuse qui laisse lourdement entendre qu’il serait irrespectueux et intolérant de l’examiner froidement, ce qui inclurait logiquement ses aspects problématiques autant que ses aspects positifs.

Conséquemment, le niqab et la burqa sont présentés comme des choix vestimentaires parmi d’autres.

Les photos montrent toujours des fidèles intégristes, puisqu’ils sont fervents au point de vouloir absolument porter des signes visibles.

Vous ne trouverez pratiquement rien dans ces livres sur l’athéisme, la laïcité ou les croyants non pratiquants, qui sont pourtant l’immense majorité.

[Note du carnet : c’est, d’une part, que le cours est. pour une moitié, sur la culture religieuse en tant que phénomènes, les rites, les grands personnages, les mythes. Quels rites religieux les athées ont-ils ? D’autre part, la partie éthique n’a pas du tout un a priori religieux, mais plutôt politiquement correcte.]

Le croyant venu d’ailleurs n’est pas dépeint comme quelqu’un qui veut devenir comme nous, mais comme quelqu’un qui veut très légitimement reproduire la façon de vivre de sa société d’origine.

Pognés avec

Au fond, l’enfant est exposé, pendant des années, à une vision du phénomène religieux qui lui inculque qu’il est vertueux de croire sans se questionner et irrespectueux de questionner cela.

Au nom du fameux « vivre-ensemble », on fait la promotion enthousiaste de toutes les différences qui permettront à chacun de rester replié dans sa communauté d’origine.

Il ne faut pas simplement modifier ce cours. Il aurait fallu recommencer à zéro. Ça n’arrivera pas et c’est très regrettable.

Voir aussi

Paulo Coelho, le syncrétiste, un sage pour le cours d'ECR des éditions Modulo ?

Face au succès grandissant de l'instruction à domicile, le gouvernement veut réaffirmer son autorité

Communiqué de l’Association québécoise pour l’éducation à domicile (AQED) au sujet d’un prochain projet de loi sur l’instruction à domicile.

Le projet de loi sur l’éducation à domicile sera déposé d’ici quelques semaines ! Nous avons contacté le bureau du ministre vendredi et nous sommes parvenus à avoir plus d’information sur les délais du dépôt du projet de loi sur l’éducation à domicile. Ce projet de loi qui comprendra aussi les écoles [décrétées par le Monopole de l'Éducation] illégales [parfois uniquement au Québec comme pour l'école mennonite de Roxton Falls et après plus de 50 ans de légalités comme des yéchivas de Montréal !] et les sans-papiers va être déposé d’ici quelques semaines à l’Assemblée nationale. C’est le temps d’agir ! C’est une occasion à ne pas manquer pour que cette loi s’accorde à nos espoirs les plus audacieux !

Ce que fait l’AQED

Nous restons en contact étroit avec l’équipe du ministre de l’Éducation. Nous rencontrons les députés qui siègent à la Commission de la culture et de l’éducation afin qu’ils comprennent la réalité des familles éducatrices. Ces députés auront un rôle décisif sur le projet de loi à venir et il est essentiel qu’ils prennent des décisions éclairées. Nous ajustons notre mémoire en fonction des rencontres avec les députés et nous nous préparons à témoigner à la commission. Nous augmentons nos effectifs dédiés à l’action politique en recrutant des bénévoles et en ajoutant une nouvelle avocate à notre équipe. Nous préparons une campagne de relations publiques pour sensibiliser la population. Nous lançons une campagne d’envoi de courriels à nos élus.

Nous informons nos membres — Cinq actions que vous pouvez faire

Plus que jamais, votre aide est cruciale. Il n’y a que le poids du nombre qui permettra de nous faire entendre :
  1. Envoyez un courriel déjà préparé à votre député
  2. Parlez-en à vos proches et encouragez votre réseau à diffuser le message et à rallier du soutien. Vos parents, amis, voisins, tous ces gens qui ne vivent pas nécessairement l’éducation à domicile, mais qui veulent soutenir la liberté de choix en matière d’éducation peuvent contribuer à notre cause. Ils n’ont qu’à faire exactement les mêmes démarches que vous et à envoyer la même lettre à leur député.
  3. Devenez membre de l’AQED et incitez vos amis à le devenir. Ceci nous donne de l’aide financière pour continuer nos actions. Votre adhésion en grand nombre donne aussi plus de poids moral à nos actions auprès du ministre.
  4. Portez-vous bénévole pour aider l’action politique en indiquant votre intérêt à actionpolitique@aqed.qc.ca
  5. Continuez à rester au courant

Les prochaines étapes avant l’entrée en vigueur de la loi

Présentation

Le gouvernement en est à cette étape. L’équipe du ministre a remis son projet aux juristes de l’État qui sont en train de traduire les idées en langage juridique. Une fois le travail des juristes terminé, le projet de loi sera présenté à l’Assemblée nationale pour évaluation. Cette étape devrait être complétée d’ici « quelques semaines ». Le texte recevra alors un numéro de projet de loi et devrait être disponible en ligne sur le site de l’Assemblée nationale pour consultation. Nous vous informerons dès que nous aurons le lien.

Consultation parlementaire

Cette étape est facultative, mais elle permet aux membres de la commission d’entendre le point de vue de gens directement affectés par le projet de loi. On vise à s’assurer qu’il y aura des consultations publiques assez longues pour que les députés comprennent bien la réalité et les besoins des familles.

Adoption du principe

Les députés débattront et voteront les grandes lignes du projet de loi.

Études détaillées en commission

Les députés membres de la commission examinent tous les articles spécifiques du projet de loi. Leur rapport servira à le modifier.

Prise en considération du rapport de la commission

L’Assemblée nationale doit adopter le rapport de la commission.

Adoption du projet de loi

Lorsque le projet de loi aura reçu la sanction du lieutenant-gouverneur, le projet de loi sera intégré dans la loi sur l’instruction publique et deviendra la nouvelle loi en vigueur. Avant cette étape, la loi reste celle qu’on connaît.

Voir aussi

Une autre association de parents qui instruisent à domicile : la HSLDA (site en français)

Un État tatillon en éducation est-ce mieux ? (Est-ce qu’il y a des preuves que les États qui sont les plus sourcilleux en matière de normes « minimales » en éducation obtiennent de meilleurs résultats ? La réponse en bref : non.)

Nombre record d'enfants instruits à la maison au Québec


Le nombre d’enfants québécois officiellement scolarisés à la maison n’a jamais été aussi élevé. En un an, l’augmentation a été de 50 %. De plus en plus de parents font ce choix parce que l’école ne convient pas aux besoins particuliers de leurs enfants, selon plusieurs. Il y a dix ans, environ 800 enfants étaient scolarisés à la maison, alors qu’on en retrouve maintenant près de 2 000, selon les chiffres du ministère de l’Éducation. La majorité d’entre eux sont de niveau primaire. Ce nombre est toutefois beaucoup plus élevé en réalité, puisque plusieurs parents n’inscrivent pas leur enfant auprès d’une commission scolaire chargée de superviser la scolarisation à domicile, explique Christine Brabant, professeure en éducation à l’Université de Montréal. « On peut estimer qu’au moins la moitié des enfants scolarisés à la maison n’y sont pas inscrits », affirme-t-elle.

Manque de services, raisons diverses

L’augmentation constatée au cours de la dernière année s’explique, en bonne partie, par une nouvelle entente permettant à des enfants de la communauté juive hassidique d’être scolarisés à la maison, mais aussi parce qu’un nombre grandissant de parents sont forcés de retirer leurs enfants à besoins particuliers de l’école par manque de services, explique Noémie Berlus, présidente de l’Association québécoise pour l’éducation à domicile. « Je vois de plus en plus de parents qui sortent leurs enfants de l’école dans un contexte d’urgence » à cause de troubles d’apprentissage ou de comportement, affirme Mme Berlus, dont l’association a fait le plein de 25 % de nouveaux membres depuis un an. Brigitte Dubé, présidente de la Coalition de parents d’enfants à besoins particuliers du Québec, le confirme. Elle parle même d’une « épidémie ». « Il y en a énormément, pour différentes raisons. C’est révélateur de quelque chose qui ne fonctionne pas dans notre système scolaire. Ce n’est pas normal que des parents en arrivent à envisager ça, non pas par choix, mais parce que la situation les amène à réfléchir à ça. C’est assez frappant », affirme-t-elle.

Tendance mondiale

De son côté, Christine Brabant souligne que l’augmentation de la scolarisation à domicile n’est pas un phénomène propre au Québec. « On voit une augmentation partout dans le monde », qui peut s’expliquer par une vision de plus en plus individualisée de l’éducation, qui préconise un enseignement adapté à chaque enfant selon ses besoins, plutôt qu’une formule unique pour tous, dit-elle.

Notons également que cette augmentation accompagne d’autres phénomènes comme le raidissement des gouvernements qui tentent de plus en plus de centraliser l’enseignement, d’y imposer des contenus idéologiques (multiculturalisme, théorie des genres, laïcisme militant, éducation à la sexualité non plus clinique, mais axée sur hédonisme, un enseignant de l’histoire dénationalisée, etc.)

« L’école n’est pas adaptée pour ces enfants-là »

Depuis septembre, Karine Léveillé fait l’école à la maison à ses deux jumeaux de 6 ans, qui sont dyspraxiques et dysphasiques. Un choix qui n’en est pas vraiment un puisque « l’école n’est pas adaptée pour ces enfants-là », affirme Mme Léveillé. Éloïse et Félix sont entrés en maternelle l’an dernier, alors qu’ils étaient déjà suivis en ergothérapie et en orthophonie au privé. Après avoir multiplié les rencontres avec la direction, et les plans d’intervention, il n’a pas été possible d’avoir suffisamment de services en classe, même si une pédopsychiatre avait recommandé un accompagnement régulier avec une technicienne spécialisée, raconte Mme Léveillé. L’école a même refusé de collaborer avec les professionnels qui suivaient ses enfants en privé, ajoute-t-elle. Épuisés par les nombreuses démarches faites auprès de l’école, Karine Léveillé et son conjoint, Vincent Boisvert, ont finalement décidé de scolariser leurs enfants à la maison. « On avait eu notre dose de péripéties et de perte de temps. Le système est lourd, il épuise aussi les parents », affirme M. Boisvert.

Des sacrifices

Mme Léveillé, qui est elle-même technicienne en éducation spécialisée, a laissé tomber son emploi à temps plein pour enseigner à ses enfants. Elle travaille toujours comme éducatrice les fins de semaine pour aider à boucler le budget familial. Ses jumeaux sont toujours suivis chaque semaine par deux professionnels au privé. « On fait des sacrifices, lance M. Boisvert. Mais pour les enfants, c’est génial ! » Éloïse et Félix « ont rattrapé beaucoup de retard » et ils ont appris à lire, ajoute Mme Léveillé. Karine Léveillé et Vincent Boisvert espèrent que leurs enfants puissent réintégrer le réseau scolaire, à long terme, dans une formule qui serait mieux adaptée à leurs besoins. C’est pourquoi Mme Léveillé se fait un devoir de leur enseigner de façon plus traditionnelle, à partir de manuels scolaires. Mais, pour l’instant, ils sont loin de regretter ce choix, qui n’en est pas tout à fait un, soulignent-ils.

Nombre d’élèves reconnus officiellement comme scolarisés à la maison
Année scolaireNombre
2007 – 2008788
2008 – 2009937
2009 – 20101 012
2010 – 20111 057
2011 – 20121 037
2012 – 20131 114
2013 – 20141 181
2014 – 20151 275
2015 – 20161 928*

* De ce nombre, 236 élèves proviennent de la communauté juive hassidique et sont scolarisés à la maison en vertu d’une entente avec la commission scolaire English-Montréal. D’autres minoritaires religieuses dont les écoles comme les mennonites ont été déclarées « illégales » (mais le Québec est le seul endroit en Amérique à ce faire...) ont également grossi ces chiffres depuis quelques années.

Sources : Ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur et le Journal de Québec

Québec — Retour de la syphilis congénitale, hausse de toutes les maladies sexuellement transmissibles,

Trois femmes ont transmis la syphilis à leur nouveau-né en 2016. Pourtant, cette forme de la maladie, appelée syphilis congénitale, était pratiquement éradiquée depuis 30 ans au Québec. Devant la flambée d’infections transmissibles sexuellement (ITSS) enregistrée depuis quelques années, un comité se penchera d’ailleurs sur la révision des lignes directrices en matière de dépistage, notamment pendant la grossesse. Même si toutes les femmes enceintes sont en principe soumises à un test de dépistage en début de grossesse, ce sont des « failles potentielles » qui ont mené à la naissance de trois nouveau-nés atteints de syphilis en 2016, indique le plus récent numéro du bulletin Flash vigie. Publié par le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) vendredi dernier, ce dernier précise que les trois mères étaient âgées de moins de 30 ans et provenaient de régions distinctes. Tous les bébés ont été traités avec des antibiotiques. Dans un premier cas, la femme enceinte n’avait eu aucun suivi prénatal jusqu’à ce qu’elle se présente avec des contractions à l’hôpital. Elle a reçu un traitement antibiotique, mais ce dernier était trop tardif et la maladie a ensuite été détectée chez son poupon. Une deuxième femme avait bel et bien été testée pour la maladie en début de grossesse, mais le résultat (positif) avait échappé à son médecin traitant. Une révision de son dossier deux semaines avant son accouchement a révélé l’erreur. Malgré le traitement antibiotique qui a été administré immédiatement, l’infection a été transmise au nouveau-né. Dans le cas de la troisième femme, le test de dépistage était négatif en début de grossesse. Ce n’est que lorsque le bébé a eu six mois qu’il a présenté des symptômes. Il a alors été traité, tout comme la mère.



Vieille maladie

La femme enceinte est plus sensible aux infections, explique le Dr Marc Steben, médecin-conseil à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). Chez le bébé, les symptômes varient d’une affection cutanée à une atteinte du foie, de la rate, des os, ou même des troubles neurologiques, et voire, dans les cas les plus graves, la mort. « Lorsque le bébé vient au monde, on peut avoir l’impression qu’il a le rhume en raison des écoulements nasaux et les lésions cutanées ne sont pas nécessairement reconnues tout de suite », explique-t-il. Les plus récentes données disponibles montrent qu’il y a eu 942 cas de syphilis infectieuse au Québec en 2016, indique la conseillère scientifique à l’INSPQ Karine Blouin. C’est une augmentation de 28 % par rapport à 2015. L’infection se propage surtout chez les hommes qui ont des relations sexuelles avec des hommes, mais les femmes ne sont pas à l’abri pour autant, avec 41 cas en 2016. La syphilis congénitale était pratiquement éradiquée au Québec. Depuis quinze ans, il n’y avait eu que 4 cas. « La majorité des médecins n’en ont jamais vu, le réflexe de poser des questions sur cette infection est affaibli. On doit redoubler de vigilance », constate le Dr Steben. Un comité devait déjà se pencher sur la révision des lignes directrices en matière de dépistage des ITSS. Le dépistage pendant la grossesse figurera au sommet de ses priorités, indique le Dr Steben. Une première rencontre est prévue en avril. Le Dr Steben croit qu’on pourrait être plus proactifs avec la répétition des tests de dépistage en cours de grossesse en cas de facteurs de risques. « Compte tenu du fait qu’il y a eu près de 1000 cas en 2016, on peut s’attendre à ce que d’autres cas chez des femmes enceintes échappent au dépistage, d’où l’importance des appels à la vigilance chez les professionnels de la santé », constate aussi Mme Blouin.

Hausse des cas de toutes les maladies vénériennes malgré toutes les campagnes d’information

Toutes les ITSS sont en hausse depuis quelques années. La chlamydia est la plus fréquente, avec près de 25 000 cas en 2016 et une hausse moyenne d’environ 5 % par an. Avec près de 5 000 cas l’an dernier, l’infection gonococcique suit en termes d’incidence. La transmission de ces autres ITSS pendant la grossesse est-elle observée ? On l’ignore, répond en substance la Dre Isabelle Boucoiran. « On voit augmenter l’incidence de ces infections chez les femmes en âge de procréer, mais on n’a pas de bonnes statistiques sur leur prévalence pendant la grossesse », observe la gynécologue-obstétricienne au CHU Sainte-Justine et spécialiste des maladies infectieuses. « C’est difficile d’évaluer le risque. Dans notre bureau, nous avons la femme enceinte devant nous, mais pas ses partenaires sexuels, explique-t-elle. Sans compter que certaines personnes vont se trouver complètement en dehors du système de soins, sans suivi, et souvent, ce sont les personnes plus à risque de contracter une ITSS. »

Note du carnet : on peut déplorer l’absence d’analyse sur les raisons de cette recrudescence dans la population (les gens ne savent-ils vraiment pas que la promiscuité et certaines pratiques, anales par exemple sont plus dangereuses que d’autres ?) ni de détails sur les populations touchées (jeunes, vieux, homosexuels, immigrés, urbains, diplômés de l’université, mariés ou non, etc.)

Voir aussi

Le cours d’éducation sexuelle ontarien évite-t-il l’augmentation du nombre de maladies vénériennes ?

Sexologue clinicienne : « les cours de sexualité en milieu scolaire font fausse route »

Malgré l’éducation sexuelle, recrudescence des maladies vénériennes en Suède.



La tragédie de l'État-providence aux États-Unis par Charles Murray (5 sur 5)

Ci-dessous, la cinquième et dernière partie de la série consacrée aux effets de l’État-providence sur le tissu social et moral aux États-Unis selon Charles Murray (voir le premier volet, le deuxième, le troisième et le quatrième).

L’État-providence est aujourd’hui en quasi-faillite sur le plan financier dans presque tous les pays où il existe. Mais cette situation financièrement intenable ne doit pas nous cacher que la principale faillite de l’État-providence est morale. L’État-providence a réellement dégradé la situation des catégories de la population qu’il était censé aider, et la négation de la responsabilité individuelle qui lui est consubstantielle diffuse son poison dans l’ensemble du corps social.

Est-il possible de sauver l’État-providence de cette faillite morale ? Si nous retrouvions miraculeusement les ressources nécessaires pour prolonger son existence, serait-il souhaitable de le faire ? Autrement dit, dans quelles conditions pouvons-nous espérer que les « transferts sociaux », monétaires et non monétaires, produiront plus de bien que de mal ?

À cette question, Charles Murray répond sans faux-fuyants qu’il est presque impossible que les programmes sociaux ne fassent pas plus de mal que de bien. En un mot, la raison en est qu’il est presque impossible que ces programmes ne finissent pas par augmenter le nombre de gens affectés par les problèmes qu’ils soient censés guérir.

Pour soutenir cette affirmation, Charles Murray présente trois « lois » qui, selon lui, affectent tous les programmes sociaux.

Loi n° 1 : La loi de la sélection imparfaite. Toute règle objective visant à définir les bénéficiaires d’un programme social exclura certaines personnes de manière irrationnelle.

Tout programme social doit d’abord définir ses bénéficiaires. Mais tout critère de sélection exclura inévitablement des gens qui auraient en réalité besoin d’être aidés, et inclura des gens qui en réalité n’auraient pas besoin de l’être. La règle, qui est nécessairement générale, ne peut pas être adaptée à l’infinie diversité des cas concrets.

Le caractère imparfait de toute définition des « défavorisés » est connu depuis fort longtemps. Traditionnellement on répondait à ce problème en préférant une sélection trop stricte plutôt que trop laxiste. Il était préférable, pensait-on, de refuser d’aider des gens qui en auraient eu véritablement besoin, plutôt que d’aider des gens qui ne le méritaient pas. La raison pour préférer la sévérité était que toute aide accordée indûment a pour effet de miner le sens des responsabilités à la fois du bénéficiaire de l’aide et de la communauté tout entière. La sévérité aidait à maintenir l’honnêteté de tous, elle servait donc le bien commun même s’il pouvait arriver qu’elle en pénalise injustement certains.

Aujourd’hui les agents de l’État-providence ont l’attitude inverse. Ils répugnent à distinguer entre les « défavorisés » et préfèrent donner à tous ceux qui se présentent plutôt que de refuser à quelqu’un qui en aurait besoin. La raison en est qu’ils ne croient pas qu’il existe un coût moral dans le fait d’aider de manière indiscriminée. Les « défavorisés » ne sont, de toute façon, pas responsables de leur situation, donc, en pratique, la seule limite à l’aide accordée est le budget alloué à l’État-providence, budget qui, cela va sans dire, est toujours insuffisant par rapport aux « besoins ».

À l’heure actuelle, la loi de la sélection imparfaite conduit fort logiquement à des programmes sociaux qui incluent toujours plus de bénéficiaires.

Loi n° 2 : La loi des bénéfices involontaires. Tout transfert social accroît l’intérêt qu’il y a à être dans la situation qui justifie le transfert.

Les transferts sociaux cherchent à remédier à certains manques — trop peu d’argent, trop peu de nourriture, trop peu d’instruction — ou bien à changer certains comportements indésirables — dépendance à la drogue, chômage, délinquance. Dans tous les cas il est absolument inévitable que le transfert social en question augmente l’intérêt qu’il y a à être dans la situation qu’il cherche à changer, soit en augmentant les bénéfices qu’elle procure, soit en diminuant les inconvénients qui l’accompagnent.

Bien entendu cela n’est pas vrai pour ceux qui se trouvent de manière tout à fait involontaire dans cette situation. Il serait absurde de dire que donner une allocation à un paraplégique augmente l’intérêt qu’il y a à être paraplégique. L’existence d’une allocation pour les paraplégiques n’augmente pas le nombre de paraplégiques (à moins, peut-être, qu’elle se compte en millions de dollars).

Mais il est très peu de cas comme celui-ci. Dans la plupart des cas, les situations qui justifient le transfert social sont au moins partiellement volontaires. Le cas le plus typique est sans doute celui du chômeur qui perçoit une allocation. Notre chômeur n’a pas fait exprès de perdre son emploi et il préférerait sincèrement travailler plutôt que de toucher une allocation, mais il ne parvient pas à retrouver de travail. Sa situation pourrait donc sembler totalement involontaire. Mais en réalité son comportement est bien affecté par l’existence d’une allocation. Cette allocation lui permet d’être plus discriminant dans sa recherche d’emploi. Il pourra, par exemple, refuser une offre qui l’obligerait à déménager à l’autre bout du pays, alors qu’il l’aurait accepté s’il avait eu le couteau sous la gorge. On peut parfaitement penser qu’il est bien que notre chômeur ne soit pas obligé de se déraciner brutalement pour retrouver un emploi, mais cela ne change rien au fait que son chômage n’est plus complètement involontaire. Il restera peut-être chômeur plus longtemps, tout simplement parce que l’existence d’une allocation a réduit les inconvénients qui accompagnent le chômage.

Les situations prises en charge par les politiques sociales s’étalent sur un continuum qui va de purement volontaire à purement involontaire, avec très peu de cas appartenant à ces deux extrêmes.
Mais dès lors que la situation ciblée n’est pas totalement involontaire, toute aide a pour effet pervers de rendre cette situation plus attractive ou moins pénalisante, et par conséquent d’augmenter le nombre de ceux qui s’y trouvent.

Pourtant, dira-t-on, ne serait-il pas possible de mettre au point des programmes sociaux dont les bénéfices involontaires sont toujours très faibles, trop faibles pour provoquer une augmentation du nombre de leurs bénéficiaires ?

C’est à ce point que doit être prise en compte la troisième loi.

Loi n° 3 : La loi du préjudice net. Moins il est probable qu’un comportement indésirable change volontairement, et plus il est probable que le programme visant à le changer cause plus de mal que de bien.

Un programme social visant à modifier un comportement doit faire deux choses. Il doit d’une part amener ceux qu’il vise à y participer et il doit d’autre part produire le changement désiré chez les participants. Le problème est que, dans un régime démocratique, il est pratiquement impossible de contraindre les « défavorisés » à participer aux programmes qui leurs sont destinés, et plus impossible encore de les contraindre à changer leurs habitudes. La participation et le changement doivent être volontaires, c’est à dire motivés par l’espérance de quelque bien. Dans une démocratie libérale les programmes sociaux ne peuvent guère utiliser que la carotte, pas le bâton.

Cela implique que le taux de réussite sera très faible, particulièrement avec les plus « défavorisés », c’est-à-dire avec ceux qui sont depuis le plus longtemps dans la situation que l’on cherche à changer. Modifier des habitudes invétérées est très difficile et ne peut guère se faire sans recourir à la punition aussi bien qu’à la récompense. Mais la gamme des punitions dont disposent les agents de l’État-providence est très limitée, et d’autant plus limitée que ceux dont l'on veut modifier le comportement sont considérés comme des « victimes ».

En pratique, un programme social qui s’adresse au noyau dur des « défavorisés » — les chômeurs de longue durée, les délinquants récidivistes, les lignées de mères adolescentes, etc. — doit inclure des récompenses très substantielles pour espérer avoir un effet sur le public visé. Mais plus les récompenses sont substantielles, plus la situation en question devient désirable, et plus le nombre de ceux qui s’y trouvent grandira.

Au total, le programme social aura causé un préjudice net à la société, et sans doute aussi aux « défavorisés » dans leur ensemble.

La conséquence pratique de tout ce qui précède est assez claire et Charles Murray n’hésite pas à la tirer, sans bien entendu se faire d’illusions sur la possibilité que ses propositions soient un jour adoptées. Puisqu’il est impossible de défaire le nœud gordien de l’État-providence, la seule solution est de le trancher, c’est-à-dire de supprimer l’État-providence. Plus précisément, Charles Murray en vient à la conclusion qu’il serait préférable de supprimer toute forme d’aide gouvernementale pour les personnes valides en âge de travailler, à l’exception d’une assurance chômage aux prestations bien délimitées. Les personnes valides en âge de travailler se retrouveraient donc sans autre recours que le marché du travail, leur famille, leurs amis, et la charité publique organisée au niveau local, en général au niveau de la commune.

Cette charité publique locale est en effet largement exempte des inconvénients inhérents à la charité publique nationale et peut beaucoup plus facilement être modifiée dès lors qu’elle s’avère contre-productive.

Cette proposition de supprimer l’État-providence n’a pas pour objectif, il faut bien le souligner, d’équilibrer les comptes publics ou de punir ceux qui abuseraient de la charité publique. Elle est motivée par la reconnaissance du fait que l’État-providence fait plus de mal que de bien, précisément à ceux qu’il est censé aider.

Ce sont les « défavorisés » qui seraient les premiers à bénéficier du démantèlement de l’État-providence.

Pourtant, objectera-t-on, supprimer les programmes d’aide aboutira inévitablement à plonger certains dans la misère. Et immédiatement viennent à l’esprit les fantômes de Gavroche et de la petite marchande d’allumettes.

Il est effectivement possible que la suppression de l’État-providence ait pour conséquence que certains se retrouveront sans aucune ressource sans avoir démérité, même si rien n’indique que leur nombre serait élevé, et il est très légitime de se préoccuper du sort des enfants déshérités. Mais nous devons garder à l’esprit que les enfants n’ont pas besoin que de pain. Il est très important de donner à manger à ceux qui ont faim, mais il n’est pas moins important de faire en sorte que les enfants grandissent dans une société qui ne les encourage pas à rester pauvres et dépendants.

Supposons que nous sachions que demain nos enfants seront orphelins et que nous ayons le choix de la famille à laquelle nous allons les confier. Nous pouvons confier nos enfants à une famille très pauvre, si pauvre que nos enfants auront parfois faim et seront toujours mal vêtus. Mais nous savons que dans cette famille pauvre les parents ont toujours travaillé dur, qu’ils feront en sorte que nos enfants aillent à l’école, étudient, qu’ils restent dans le droit chemin, et qu’ils leur apprendront qu’être indépendant est la condition du respect de soi. Ou bien nous pouvons confier nos enfants à une famille dont les parents n’ont jamais sérieusement travaillé, qui seront incapables de superviser l’éducation de nos enfants, mais qui disposent en abondance de nourriture et de vêtements, fournis par autrui. Devant une telle alternative, notre choix ne serait pas douteux. Mais si pour nous-mêmes le choix est évident, quelle légitimité avons-nous pour bâtir un système qui, en pratique, fait un choix différent pour les enfants des autres ?

Nous pouvons évidemment toujours souhaiter ne pas avoir à faire un tel choix. Nous pouvons toujours souhaiter avoir un système de charité publique qui à la fois aide les plus démunis et les aide à s’aider eux-mêmes. Mais cela restera de l’ordre du souhait. Nous avons déjà essayé de bâtir un tel système de charité publique. Il a échoué, et il était inévitable qu’il échoue.

Nous devons faire face à cette réalité désagréable. Nous aimerions tant pouvoir aider tout le monde sans nuire à personne. Mais cela n’est pas possible.

Comme le dit fort justement Charles Murray en conclusion de son livre, le vrai débat au sujet de l’État-providence n’est pas entre les comptables qui voudraient réduire les déficits et les compatissants qui voudraient aider les pauvres. Si l’État-providence se réforme un jour, cela ne sera pas parce que les avares l’auront emporté, mais parce que les gens généreux auront cessé de se raconter des histoires.



Épilogue.

En 1962, Michael Harrington publiait The Other America. Avec ce livre, la notion de pauvreté structurelle faisait son entrée dans le débat public américain. Le livre fut un énorme succès, tout particulièrement auprès des décideurs politiques. Le président Kennedy, après avoir lu The Other America, lança les prémisses de ce qui, quelques années, plus tard allait devenir La Grande Société.

En 1996, le président Clinton signait, avec le soutien des élus républicains au Congrès, une loi qui réformait en profondeur une partie du Welfare State et notamment le système d’aide à destination des mères célibataires. Le succès fut spectaculaire. Pour la première fois depuis des décennies, un nombre considérable de gens quittèrent les registres de l’État-Province pour retrouver le monde du travail.

Pour la première fois depuis des décennies, le taux de pauvreté se mit à décliner pour les catégories de population touchée par la réforme. (voir par exemple ici).

Derrière cette réforme, Losing Ground, de Charles Murray. De la même manière que The Other America peut être considéré comme le point de départ intellectuel de La Grande Société, Losing Ground fut le point de départ intellectuel d’un vaste mouvement politique qui aboutit à la réforme de 1996.

Les réformes mises en œuvre en 1996 étaient bien loin d’être aussi radicales que celles que suggérait Charles Murray dans son ouvrage, mais elles étaient basées sur le diagnostic qu’il avait établi dix ans plus tôt. Leur succès a prouvé, autant qu’il est possible, à quel point ce diagnostic était juste.