mercredi 6 avril 2016

Comment la monogamie a fait de nous des humains

Le numéro 50 d’Égards est paru, extrait de celui-ci.

Recension de Marriage and Civilization: How Monogamy Made Us Human, note établie par Barbara Kay.

Un seul homme et une seule femme ayant présidé aux destinées du paradis terrestre, il n’est pas déraisonnable de conclure que le Dieu hébreu estimait que la monogamie était la norme pour l’humanité. Pourtant Abraham et ses descendants ont pratiqué la polygamie, le modèle matrimonial retenu par 75 % de toutes les cultures recensées par les historiens.

Si la monogamie est un modèle que la civilisation occidentale tient pour acquis, il faut en remercier Jésus et l’antique Athènes. En plus d’être la première démocratie, Athènes fut la première société à privilégier la monogamie et à rendre honteux le fait de divorcer. Et, selon le journaliste William Tucker, auteur de Marriage and Civilization, le christianisme, par suite de son opposition acharnée à la polygamie, a été « la force la plus puissante pour instituer la monogamie au sein de la civilisation occidentale ».

Toutes les sociétés sont imparfaites, affirme Tucker, mais les sociétés les moins imparfaites, c’est-à-dire les plus susceptibles de faire la guerre de manière intermittente plutôt que constante, pratiquent la monogamie.

La monogamie crée un climat favorable aux efforts des communautés humaines en « optimisant la réussite individuelle de chacun des membres de la société sans compromettre l’intégrité du tissu social » plutôt qu’en maximisant la réussite de quelques-uns au sommet de la hiérarchie sociale, comme dans le cas de la polygamie.

Pour démontrer que la grande faiblesse des sociétés polygames est l’inaptitude de ses membres à maintenir des relations de bon voisinage, Tucker s’inspire de nombreuses études dans les domaines de la biologie, de l’anthropologie et de l’histoire de l’évolution humaine. « Partout où elle est pratiquée, la polygamie suscite des conflits », écrit Tucker. Dans les sociétés polygames, les hommes « passent la plus grande partie de leur temps à se battre entre eux pour obtenir des femelles ». Les incursions dans les tribus voisines deviennent pour eux pratique courante (« Le pillage est notre agriculture », dit un vieux proverbe arabe).

Nos proches ancêtres du paléolithique étaient des chasseurs-cueilleurs qui concevaient la monogamie comme une mode pratique de répartition du travail et l’égalitarisme comme une méthode de partage de la nourriture au sein de la collectivité. N’ayant pas de motif valable de guerroyer pour des ressources, ils étaient relativement pacifiques. Puis vinrent les agriculteurs, qui les évincèrent. Avec l’agriculture apparut une différenciation dans les ressources, la richesse et le statut social. Plus d’épouses, plus de main-d’œuvre et un statut social plus élevé. D’où l’attrait de la polygamie.

Mais « la marque distinctive d’une société polygame est une pénurie chronique de femmes ». Les hommes ayant un statut élevé pouvaient acquitter le prix de plusieurs femmes, mais les hommes de rang inférieur peinaient à en trouver une seule. Lorsque les mâles dominants peuvent avoir autant de femmes qu’ils en veulent, les hommes se méfient invariablement les uns des autres et deviennent obsédés au sujet des femmes, ce qui crée un climat nuisible à une franche collaboration.

Quand il y a pénurie de femmes, les hommes au bas de l’échelle sociale sont instables. On peut décider d’en faire des eunuques : c’est la solution retenue par l’Empire ottoman où florissaient les harems. On peut aussi, conformément à la tradition wahhabite, « les transformer en assassins et terroristes destinés à la guerre sainte ». D’autres — et c’est une autre tendance inquiétante des sociétés polygames — iront à la chasse aux épouses parmi les filles n’ayant pas atteint l’âge de la puberté ; d’où la barbarie des mariages d’enfants (Tucker mentionne notamment que, dans une société monogame, « le tabou de l’inceste ne s’applique pas seulement aux filles par rapport à leur père, mais s’étend généralement à toutes les jeunes femmes de l’âge de leurs filles »).

Qu’il s’agisse de communautés d’agriculteurs, de cueilleurs nomades (mongols ou mormons), presque toutes les sociétés polygames se sont heurtées à des problèmes de violence interne ou de contestation incessante de leurs frontières. À cet égard, l’histoire islamique fait l’objet d’une analyse très serrée, voire provocante, surtout dans une conjoncture historique aussi sensible que la nôtre. Tucker soutient en effet qu’« en tant que civilisation, l’Islam s’est révélé incapable de vivre en paix avec lui-même ou avec les autres ».

Évoquant les guerres impitoyables de Tamerlan et de Gengis Khan, Tucker conclut : « Historiquement, les civilisations guerrières ont trouvé des échos sympathiques au sein de l’islam. » Selon Tucker, le fait que le Coran non seulement tolère la polygamie, mais, contrairement à la Bible, recommande qu’un homme ait jusqu’à quatre épouses n’est pas dû au hasard. À l’appui de cette thèse, il convient de signaler que les Druzes, une secte islamique pacifique et la seule variante de l’islam où la monogamie est de règle vivent en harmonie aussi bien avec les communautés musulmanes qu’israéliennes (les Druzes constituent la seule communauté musulmane représentée au sein de la Force de défense israélienne où ils se sont distingués à plusieurs reprises).

Marriage and Civilization est le genre de livre qui saisit et comble le lecteur — comme lorsqu’on voit un corps humain parfaitement proportionné surgir d’un bloc de marbre grâce aux infaillibles coups de ciseau d’un sculpteur. Tucker affirme qu’il a mis dix ans à le rédiger, ce qui paraît raisonnable compte tenu de la profondeur de son analyse, en particulier en ce qui a trait au corpus littéraire occidental.

Selon Tucker, l’Odyssée a été le premier « hymne à la monogamie » puisque son héros, Ulysse, après avoir refusé une vie éternelle en compagnie de la déesse Calypso, cherche par tous les moyens à retrouver sa femme bien-aimée, Pénélope, un modèle de vertus conjugales qui inspira pendant des siècles toutes les sociétés monogames.

Qui inspira ! Les derniers chapitres du livre de Tucker sur la famille moderne sont très éclairants. Nos élites sociales et culturelles sont attachées à la monogamie parce qu’elles connaissent d’instinct ses avantages [Voir Charles Murray]. Toutefois, pour des raisons d’ordre idéologique, elles encouragent les hommes et les femmes au bas de l’échelle sociale à pratiquer une « polygamie d’État » (l’État remplaçant le père absent pour les familles dites monoparentales) dont les effets délétères sur les hommes, les femmes et les enfants sont criants.

Si vous vous intéressez aux cultures, à leur évolution, voire à leur dissolution, ne manquez pas de lire cet important ouvrage.



Marriage and Civilization: How Monogamy Made Us Human,
par William Tucker,
paru 2014,
chez Regnery Publishing,
à Washington, 
256 pages
ISBN-13: 978-1-621-572-015




Le numérique dépasse désormais la télé comme moyen d'information

Les médias numériques — consultés sur un ordinateur, un téléphone intelligent ou une tablette numérique — ont détrôné en 2015 la télévision comme moyen de se tenir informé au Québec, selon une enquête du Centre d’études sur les médias de l’Université Laval.

Près de neuf Québécois sur dix déclarent en effet recourir aux médias numériques de manière régulière pour s’informer.

Selon les auteurs de l’étude, l’âge est le facteur ayant le plus d’incidence sur l’intensité de l’usage des nouveaux modes d’information. Ainsi, les 18-24 ans utilisent principalement des sources numériques, les 25-44 ans utilisent de manière équivalente les supports numériques et les supports traditionnels, tandis que les plus de 44 ans s’en remettent principalement à la télévision, à la radio et aux médias écrits. Les hommes sont encore de plus grands utilisateurs de médias numériques que les femmes.

Selon l’enquête, 56 % des répondants possèdent dans leur tablette ou leur téléphone intelligent au moins une application leur permettant d’accéder à des nouvelles. L’enquête révèle également que ceux qui lisent un quotidien imprimé y passent moins de temps que ceux qui s’informent en utilisant soit un ordinateur, soit une tablette, soit un téléphone.

Plus longtemps


Par ailleurs, les Québécois francophones ont passé légèrement plus de temps à s’informer en 2015 qu’en 2013. En fait, depuis 2007, la consommation quotidienne d’information, tous médias confondus, est passée de 84 à 101 minutes. Selon les chercheurs, « il est probable que la multiplication des moyens d’information et des sources crée une hausse du temps consacré à s’informer ».

Le Centre d’études mène de telles enquêtes auprès d’un échantillon représentatif de Québécois francophones depuis 2007, ce qui permet d’observer comment leurs pratiques évoluent. Ces enquêtes colligent le temps que les Québécois consacrent aux divers types de médias d’information. Elles s’attardent aussi à l’utilisation des divers sites web et applications mobiles des médias québécois d’information.

Le féminisme est mort, vive les femmes !

Extraits d’un article de Valeurs actuelles du 7 avril 2016 :

[...]

« Il serait temps que ces militantes qui n’ont été mandatées, que l’on sache, par aucune espèce de “peuple féminin” qu’elles auraient seules vocation à représenter, aient l’obligeance d’exprimer leur ressentiment haineux en leur nom propre et non en celui de toutes les femmes de France et de l’univers qui ne leur ressemblent heureusement pas », écrivait pourtant Anne-Marie Le Pourhiet, professeur de droit public à l’université Rennes-I. Tel est, en effet, le point crucial : des milliers de femmes ne se sentent pas représentées, ni même seulement concernées, par les combats des féministes. Des milliers de femmes ont envie de leur crier « pas en mon nom ».

C’est à toutes ces femmes (mais aussi aux hommes) que s’adressent trois ouvrages récemment parus, trois ouvrages consacrés chacun à sa manière à la question du féminisme et qui font souffler sur ce sujet un air profondément rafraîchissant.

Il y a Adieu Simone !, de la journaliste Gabrielle Cluzel, dont le titre dit assez bien qu’il s’agit de solder l’héritage du féminisme incarné par Simone de Beauvoir, « une femme rompue, à la plume talentueuse, mais qui donnait la nausée ».

Sous une étonnante similitude de titre, on trouvera aussi Adieu mademoiselle, d’Eugénie Bastié (ci-contre), journaliste au Figaro, déjà épinglée par le magazine l’Express comme nouvelle jeune figure de la « droite réac » et qui se propose d’analyser en quoi la situation présente procède « de ces idées féministes devenues folles ». Enfin, se centrant davantage sur la question de la sexualité, en particulier la sexualité des jeunes, l’une des grandes « conquêtes » de la révolution initiée par Mai 68, on lira Une jeunesse sexuellement libérée (ou presque) de la philosophe et sexologue Thérèse Hargot (lire ci-dessous).

Trois ouvrages. Trois regards de femmes. Un même constat : ce qu’on appelle couramment le féminisme a mené les femmes, les jeunes, la société en général dans une impasse mortifère. « Qu’en est-il réellement de la femme européenne, attaque Gabrielle Cluzel. Qu’a-t-elle vraiment gagné depuis cinquante ans ? Qu’a-t-elle surtout perdu ? Quelles sortes de lendemains qui ne chantent pas se prépare-t-elle ? » Pour répondre à cette question, les principaux articles du catéchisme féministe et progressiste en vigueur sont passés au crible d’une analyse lucide, incarnée, souvent drôle malgré la gravité du sujet.



Le travail des femmes, par exemple. Pour Cluzel, il s’agit d’un combat « plein de bonnes intentions, mais qui se révèle étrange, rigide, coercitif, visant à changer en profondeur la femme. Dans ses habitus et sa nature ». Après la servitude volontaire, la libération forcée. « Plutôt que d’adapter l’économie au destin physiologique des femmes, la potentialité d’être mères, la préoccupation des féministes est d’adapter les femmes à la technostructure de l’économie », reprend Eugénie Bastié qui rappelle la phrase de Chesterton : « Le féminisme pense que les femmes sont libres lorsqu’elles servent leurs employeurs, mais esclaves lorsqu’elles aident leurs maris. »

Le contrôle de la fertilité, ensuite. Si les auteurs concèdent volontiers que pouvoir éviter les grossesses multiples a permis de préserver le corps des femmes et leur a offert de davantage disposer d’elles-mêmes, la banalisation des outils de contrôle - pilule, stérilet - a beaucoup nui à la femme. « Le féminisme a voulu libérer la femme d’elle-même : et ce faisant, il l’a niée », écrit Gabrielle Cluzel. Aujourd’hui près d’une jeune fille de 15 à 19 ans sur deux a déjà pris la pilule du lendemain — une prise de risque étonnante, surtout à l’époque du principe de précaution, et à laquelle de très jeunes personnes se soumettent, totalement à l’insu de leurs parents.

Hier considéré comme une réponse douloureuse donnée à un échec, l’avortement est aujourd’hui le droit « féministe » par excellence, un combat sur lequel il faudrait avancer toujours plus loin, quand bien même il s’en pratiquerait déjà plus de 220 000 par an [en France]. Revenant sur la décision récente visant à supprimer tout élément de réflexion, comme si l’IVG était « le seul acte de la vie d’un être humain pour lequel la réflexion serait une régression », Eugénie Bastié analyse : « Il faut donc à la fois ériger l'avortement en principe fondamental et le fondre dans la pure banalité, les deux objectifs n'étant pas antithétiques, puisque le droit n'a désormais d'autre fonction que de canoniser la tendance. »

Ce que nos deux auteurs pointent aussi du doigt avec un mélange d'humour et de commisération, c'est le caractère dérisoire de toutes ces luttes : voilà un féminisme qui forme des comités, rédige des dépêches, fomente des « actions coup de gueule » pour corriger une langue jugée toujours trop sexiste ou faire interdire des jouets encore trop "genrés", mais ne se soucie pas du sort des femmes en terre d'islam, sauf pour dénoncer une improbable "extrême droite musulmane" responsable, par exemple, des agressions de Cologne. Un féminisme qui lutte contre la publicité. Contre les "violences symboliques" (et assez peu contre les violences réelles, comme l'excision ou les mariages forcés, trop exotiques). Qui traque "le sexisme bienveillant" de la politesse, de la galanterie, de la phrase "les femmes et les enfants d'abord", qui veut débaptiser les écoles maternelles...[...]

Mais une ère nouvelle s'ouvre. Comme l'écrivait déjà Élisabeth Lévy, qui exerce son talent critique sur ce sujet depuis longtemps déjà : « Le prochain combat féministe, c'est celui qu'il faut livrer à ce faux féminisme qui, sous couvert de défendre les femmes, veut les assigner à une norme. » La voilà désormais entendue.


Presse féminine Zélie contre la pensée unique

[...] Pour Solange Pinilla, littéraire passée par le journalisme, aujourd'hui jeune mère de famille, rien dans la presse dite "féminine" n'était à même de saisir la femme de manière plus globale : dans ses dimensions physique, intellectuelle, affective, spirituelle. De fait la lecture, même superficielle, de cette presse est édifiante. Son credo tient en trois mots : consommation, hédonisme, air du temps. Ou en "3M" : mode, maquillage, mecs. « Hé, les gars ! C'est comment d'avoir un pénis ? » (Biba, mars 2016). « Sexe : oublier un bon coup... c'est possible ? » (Cosmopolitan, mars 2016), « Bisexualité des stars, la fin d'un tabou » (Elle), etc. Comment changer les choses ? « Je ne voulais pas mener une réflexion théorique sur la femme, reprend Solange Pinilla, mais proposer des sujets qui concernent les femmes d'aujourd'hui et d'hier, des sujets incarnés, avec des exemples concrets. » Ce sera Zélie, un magazine "100 % féminin, 100 % chrétien", sous forme d'un mensuel gratuit sur Internet. Zélie, en hommage à Zélie Martin, la mère de sainte Thérèse, récemment canonisée avec son époux Louis. Zélie, mère de famille, mais également chef d'entreprise et qui fit même travailler son mari - comme une façon d'échapper à tout cliché. Après sept numéros, le magazine compte déjà plus de huit mille lectrices (et sans doute quelques lecteurs). On y parle de tout : de femmes  n politique, de décoration, des méthodes naturelles, des dominicaines, de l'accueil de l'enfant, des chrétiennes d'Orient, de la relaxation... Pour une autre image de la femme. www.magazine-zelie.com

Sexualité Une jeunesse libre et perdue

Il faut lire l'ouvrage de Thérèse Hargot (ci-contre en classe). Non parce que l'auteur est qualifiée de « nouveau visage du puritanisme » par l'hebdomadaire [très bobo] Les Inrockuptibles, ce qui serait déjà l'indication d'une personne de qualité, mais parce que ce livre donne parfaitement à voir le désarroi dans lequel la libération sexuelle voulue par Mai 68 a jeté la jeunesse d'hier et d'aujourd'hui.

Avec énormément d'empathie, Thérèse Hargot, elle-même enfant de la pilule,du divorce, de l'avortement de masse (elle est née en 1984), et maintenant mère de famille, donne à voir et à comprendre les questions, les angoisses, les névroses de jeunes hommes et de jeunes femmes que l'on a voulu, depuis trois générations, "libérer"des "tabous" liés à la sexualité. Elle les a écoutés, elle est intervenue auprès d'eux dans les classes, elle raconte : la banalisation de la culture porno, l'obsession de l'orientation sexuelle, la confusion identitaire, la déshérence affective et, malgré tout, l'aspiration du plus grand nombre à l'amour, au couple, à l'équilibre. Édifiant et salutaire.

À lire

Une jeunesse sexuellement libérée (ou presque), de Thérèse Hargot, Albin Michel, 224 pages, 16 €.

Adieu mademoiselle, d'Eugénie Bastié, Les Éditions du Cerf, 224 pages, 19 €.

Adieu Simone ! , de Gabrielle Cluzel, Le Centurion, 128 pages, 11,90 €.

Voir aussi

La sexologue Thérèse Hargot : « La libération sexuelle a asservi les femmes »

Rediffusion : Idées fausses sur les différences salariales entre hommes et femmes

Discrimination — Les lesbiennes gagnent plus que les hétérosexuelles.


Cours de rhétorique et de décryptage des médias à l'école

Dans la vidéo ci-dessous, Ingrid Riocreux analyse le langage des médias.

Elle préconise un cours de rhétorique à l’école pour aider à analyser les médias, apprendre à débattre civilement, analyser les erreurs de logique, les effets de style. Introduire un cours de rhétorique à la place de l’instruction civique et morale [en France] « où le professeur est censé organisé des débats, mais pour débattre il faut savoir débattre, comment prendre la parole, comment contrer un argument. [...] Dans les faits qu’est-ce qui se passe ? Ces débats sont souvent l’occasion de vérifier que la doxa médiatique a bien été enregistrée. »

C’est exactement le reproche que des gens comme la CLÉ ont fait à l’égard du cours ECR, mais voilà qu’un des pères du cours ECR veut en remettre une couche et étendre encore la dimension « éducation civique et morale » à de nouveaux programmes !

Notons au passage que la rhétorique était la sixième année du cours classique. Horresco referens !

Cette compétence a été remplacée par le dialogue dans le cours ECR (dialogue qui peut même se faire seul...), mais avec cette désagréable impression de rechercher le consensus, de promouvoir les valeurs « progressistes » à la mode, d’ébranler les certitudes ou les opinions des réactionnaires. Dans sa recherche d’un consensus à la mode transparaît une vision quelque peu iréniste (bisounours) qui semble exclure le tragique, comme si certaines positions n’étaient pas irréconciliables.




Ingrid Riocreux est agrégée de lettres modernes et docteur de l’université Paris IV Sorbonne dont elle est actuellement chercheur associé. Dans son ouvrage « La langue des médias », elle observe et analyse le parler journalistique qui ne cesse de reproduire des tournures de phrases et des termes qui impliquent un jugement éthique sur les évènements. Pour l’auteur, « on passe de la destruction de la langue à la fabrication du consentement ». Ingrid Riocreux relève la faiblesse de la compétence linguistique chez les journalistes, leur volonté d’utiliser des « mots valises » ou des expressions convenues comme le mot « dérapage » ou « phobie ». L’auteur dénonce la dérive du journalisme qui assure de plus en plus nettement une fonction d’évaluation morale : » l’inquisiteur et le journaliste sont, chacun dans des sociétés différentes, des gardiens de l’ordre ». Ce livre est conçu comme un manuel de réception intelligente à l’usage des téléspectateurs exposés aux médias classiques d’information et citoyens qui se tournent, de plus en plus nombreux, vers la réinformation.

L’avis de Zemmour (cité dans la vidéo ci-dessus) sur le livre :

Décrypter des médias férus de décryptage : œuvre salutaire remplie par cet ouvrage qui analyse la langue des médias pour mieux comprendre comment ils nous manipulent.

La ménagère de moins de 50 ans a bien changé. Elle ne regarde plus Les Feux de l’amour sur TF1, mais les « flashs » sur les chaînes d’information. Elle ne note plus fébrilement les recettes de cuisine, mais les fautes de grammaire et de syntaxe des journalistes à l’antenne. Elle est agrégée de lettres et élève ses enfants tandis que baisse le niveau. La presse écrite a de la chance, elle a échappé au scanneur de notre agrégée. Ingrid Riocreux est allée au plus urgent et au plus puissant : la télévision et (accessoirement) la radio. Et au sein de l’audiovisuel, elle a privilégié les chaînes d’info et leur robinet toujours ouvert. Ouvert sur quoi ? De l’information, nous diront, la bouche en cœur, journalistes et patrons de l’antenne. Mais l’étymologie d’« informer », c’est « doter d’une forme », nous rappelle notre lettrée. Informer, c’est donc avant tout communiquer. Et la communication d’aujourd’hui ressemble de plus en plus à la propagande d’autrefois.

« L’information est un enrobage du réel », nous assène à juste titre notre auteur. Reste à déterminer la qualité de l’enrobage. Ce qui n’est pas difficile : sans-frontiérisme, antiracisme, européisme, féminisme, voilà les quatre points cardinaux de la boussole du journaliste contemporain. Ce sont d’ailleurs les fondements de ce fameux « politiquement correct » qui n’est pas, contrairement à ce que pense notre auteur, ce « consensus du mensonge », cet « ensemble des vérités prémâchées qui soudent une société pour maintenir la paix civile », mais un corpus idéologique, né dans les esprits brillants des maîtres de la « déconstruction » (tous français : Derrida, Deleuze, Foucault, Bourdieu, etc.), idées en vogue dans les campus américains contestataires des années 1960, qui ont répandu dans le monde, et en particulier en France, l’exaltation des minorités au détriment de la majorité, de la marge au détriment de la norme, de la femme au détriment de l’homme, de l’enfant au détriment du père, de l’étranger au détriment de l’indigène. Et ce n’est qu’au fil des années que ce corpus idéologique, relayé par les médias et les universités, et accessoirement les écoles de formation aux métiers de la communication, s’est dégradé en une vulgate pour journaliste débutant : « Le discours du journaliste est cousu d’idées toutes faites dont le journaliste ne perçoit pas le caractère arbitraire. »

Ingrid Riocreux a une démarche pédagogique. Elle part des fautes de grammaire, de syntaxe (« l’école où ils s’y font des amis » ; « être sous écoute » ; « par-delà le monde », etc.) pour arriver à la manipulation des esprits. Pour reprendre la terminologie de l’auteur, « la destruction du langage » est une arme majeure au service de la « fabrication du consentement ». L’affaiblissement dramatique de la langue chez les jeunes journalistes de chaînes d’info n’est que le reflet de l’effondrement du niveau scolaire de ces dernières décennies. La manipulation des esprits, elle, est le plus souvent inconsciente, presque ingénue. Notre journaliste se croit un homme de faits au service d’une éthique d’objectivité ; il est en vérité un homme de convictions au service d’une idéologie. Il se croit libre, car sa « soumission n’est pas politique, mais idéologique ». Il est le bon soldat de la paix civile et du progrès. Il sépare le monde entre gentils et méchants. Partage l’univers des idées entre les « avancées » et la « réaction ». Il pose une question non pour avoir une réponse, mais pour vérifier l’adhésion au dogme de la personne interrogée. Quitte à la faire rentrer dans le rang, si elle a « dérapé ». Le journaliste est un inquisiteur. Un « Torquemada bienveillant ». C’est un homme de foi qui se croit un être de raison.

Notre auteur le démontre avec un rare bonheur, sans se lasser (et il y aurait de quoi !). Sans acrimonie non plus (et il y aurait de quoi !). Ces innombrables exemples, tirés des débats récents — islam, laïcité, mariage pour tous, théorie du genre, Europe, climat, migrants, Califat, etc. — éclairent à l’envi la mauvaise foi, les questions orientées, la sémantique toujours mise au service d’une idéologie. La machine médiatique comme arme majeure de cette guerre idéologique. Cette démonstration implacable ruine le nouvel argumentaire de la bien-pensance selon lequel « les idées réactionnaires » domineraient désormais le paysage médiatique et intellectuel. Comme le résume pertinemment notre auteur : « Celui qui a le pouvoir, c’est le journaliste qui invite ».

Alors, que faire ?, selon la célèbre question posée par Lénine il y a un siècle. Une réponse est déjà donnée sur Internet par les sites de « réinformation ». Notre auteur les regarde avec une méfiance critique. Elle les accuse d’être devenus aussi manipulateurs que leurs adversaires médiatiques dominants. Il faut la rassurer : la marge est encore grande. Et puis, ces sites « réactionnaires », « identitaires », peu importe leur nom, ont eu l’immense mérite de briser le monopole idéologique sur l’information du « politiquement correct ». Ces sites ont, en fait, réintroduit la diversité authentique qui régnait dans la presse française, parmi les quotidiens, jusqu’aux années 1970. Ils ont déstabilisé la bien-pensance, qui sait qu’elle n’est plus seule. Qu’elle est sous surveillance. Qu’elle sera corrigée si elle veut dissimuler ou contrefaire.

On a pu encore le constater récemment avec les violences commises par les « migrants » sur les femmes allemandes dans les rues de Cologne que les grands médias ont essayé, en vain, de dissimuler au grand public, avec la complicité de la police. Au-delà de cette bataille, notre auteur réclame légitimement le grand retour de la rhétorique à l’école, afin que celle-ci devienne un lieu où on « apprenne vraiment à débattre et pas à mesurer le degré d’imprégnation des individus par la propagande officielle ». Auparavant, il faudrait déjà que l’école transmette de nouveau une culture, un savoir. Une histoire, une langue. La suite sera donnée de surcroît. Mais il ne faut pas rêver.




Présentation de l’éditeur

Les journalistes se présentent volontiers comme des adeptes du « décryptage ». Mais est-il autorisé de « décrypter » leur discours ? En analysant de très nombreux exemples récents, ce livre montre que les journalistes ne cessent de reproduire des tournures de phrases et des termes qui impliquent en fait un jugement éthique sur les événements. Prenant pour des données objectives des opinions qui sont en réalité identifiables à des courants de pensée, ils contribuent à répandre nombre de préjugés qui sont au fondement des croyances de notre société. Si le langage du Journaliste fonctionne comme une vitre déformante à travers laquelle on nous montre le présent, il est aussi une fenêtre trompeuse ouverte sur le passé et sur l’avenir. Analyser le discours du Journaliste, c’est donc d’une certaine manière mettre au jour l’inconscient de notre société dans tout ce qu’il comporte d’irrationnel. Ce livre est conçu comme un manuel de réception intelligente à l’usage des lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs quotidiennement exposés aux médias d’information. Son ambition est de lutter à la fois contre la naïveté et la paranoïa complotiste afin de n’être plus « orientés par un discours orientant ».

Biographie de l’auteur

Ingrid Riocreux est agrégée de lettres modernes et docteur de l’Université Paris-Sorbonne. Elle est actuellement chercheuse associée à l’Université Paris IV.


La Langue des médias : Destruction du langage et fabrication du consentement
d’Ingrid Riocreux,
paru le 16 mars 2016,
à Paris,
chez L’artilleur,
336 pages.
ISBN-10 : 2 810 006 962
ISBN-13 : 978-2810006960



Deux visions diamétralement différentes du rôle des parents pour la réussite scolaire

D’une part, la conclusion du professeur Jeynes : les facteurs familiaux et religieux sont les plus décisifs en matière de résultats scolaires. Le professeur William H. Jeynes synthétise ainsi les principales conclusions qu’il a tirées des différentes méta-analyses qu’il a conduites durant de longues années en matière d’école. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les résultats de ces études montrent que ce sont les facteurs familiaux et religieux qui sont les plus décisifs en matière de résultats scolaires.

Plus de détails ici.

Puis, la vision d’un ponte qui a influencé et cherche encore à influencer les politiques éducatives (obligatoires, nous sommes au Québec !). Pour le très jacobin philosophe Georges Leroux (qui prêche pour sa paroisse et sa profession), l’État doit viser à déstabiliser les systèmes absolutistes de croyance des parents.

Plus de détails ici.

Donc, ce qui marche c’est l’influence des parents et la religion de ceux-ci et c’est ce que l’État doit viser à déstabiliser ? Tout cela, bien sûr, pour le bien public et tout en se déclarant « pluraliste ».

Ce philosophe à la retraite a participé à la genèse du programme Éthique et culture religieuse (ECR) obligatoire depuis 2008 au cursus scolaire des élèves du primaire et secondaire. Une « avancée » unique qui distingue le Québec par ce caractère obligatoire et sa prématurité.

Georges Leroux, a-t-on appris par Le Devoir, a publié un nouvel ouvrage où il exposerait sa vision de l’éducation obligatoire au Québec sur le plan « moral » (pardon éthique) et civique. Il y appellerait une refonte de l’éducation à la citoyenneté.

Notons que, loin du pluralisme messianique et optimiste affiché lors de son témoignage au procès de Drummondville où de la confrontation des valeurs naîtrait en quelque sorte une constante amélioration de l’éthique qui « progresse » selon lui, il affirme aujourd'hui publiquement que « Le pluralisme [...] pose des défis. Il peut engendrer des conflits, des différences intolérables par rapport à notre régime de droit. C’est le cas des jeunes qui veulent se radicaliser. »

Selon ce philosophe, « le Québec, qui a intégré le cours ECR à son programme il y a près d’une décennie, a pris une longueur d’avance que lui envient aujourd’hui plusieurs pays occidentaux. » Rien de moins. Des pays entiers ? Ou quelques collègues du même avis que Georges Leroux ?

Et pourquoi envieraient-ils le Québec ? Le Québec a-t-il mieux réussi son intégration des jeunes musulmans depuis près de 10 ans ? Faut-il rappeler les troubles au Collège Maisonneuve ? Les jeunes éduqués à l'école québécoise partis en Syrie ? Sont-ils moins en proportion que ceux partis de l’Ontario ou du Manitoba qui ne profitent pas du merveilleux cours d’ECR ? Un peu d’humilité, de réalisme ne serait-il pas de mise ?

D’ailleurs, après avoir affirmé sans ambages que plusieurs pays envient le Québec, le philosophe se demande dans le même article si ce même cours est efficace ! « Il faut voir ce que les élèves ont appris, ont retenu. Est-ce que ça marche sur le terrain ? Est-ce que les profs sont bien formés ? etc. Toutes ces questions doivent faire partie d’un processus d’évaluation complexe », dit-il...

Sans preuve qu’ECR a atteint ses buts (lesquels étaient-ils d’ailleurs, on nous a dit qu’ils ne seraient pas idéologiques...), Georges Leroux préconise encore plus de cours idéologiques (obligatoires bien sûr) :
Dans le même esprit, le Québec doit aussi accroître l’éducation à la citoyenneté, resté le parent pauvre de la réforme de l’éducation, croit Georges Leroux. Si l’esprit prôné par le cours ECR se poursuit au cégep par le biais des cours de philosophie, les écoles du Québec doivent pousser plus loin l’apprentissage des valeurs démocratiques. « Nous avons les valeurs promues par nos chartes : la liberté, l’égalité. Mais il y a aussi au Québec des valeurs solidaires, fraternelles, de compassion et de la justice sociale, typiques du modèle québécois. La commission Bouchard-Taylor s’est arrêtée sur ce seuil. Ces valeurs ne sont pas explicitées », déplore-t-il.

[...]

« Je ne désespère pas que le programme d’histoire soit revu en ce sens. Le programme actuel est ambivalent, avec un volet “démocratie magnifique”, mais la passerelle avec l’éducation à la citoyenneté n’est pas faite. Les écoles doivent donner aux jeunes les moyens de faire leur propre apprentissage de la démocratie. »


Gageons que ces valeurs seront celles du prêt-à-penser cher au correctivisme politique, celles qui font consensus dans les cénacles que fréquente M. Leroux.

Voir aussi

Le Devoir : « L'école n'est pas au service des parents. »

Novlangue : « implanter des mesures d'appui au vivre ensemble », traduction : 400 000 $ au Collège de Maisonneuve pour lutter contre les troubles causés par des élèves.

Québec — Radicalisation d'enfants d'immigrés éduqués à l'école du « dialogue » et du « vivre ensemble »

Teacher and principal: "ERC courses are considered irrelevant by most students and teachers whom I know."