mercredi 10 février 2010

La dictée de Mérimée ne serait pas de Mérimée

Partie du patrimoine scolaire français, la dictée de Mérimée ne serait pas de Mérimée...

La légende veut que la dictée ait fait partie des passe-temps de la cour de l'empereur Napoléon III. Selon ce même mythe, la dictée attribuée à Mérimée aurait mis à l'épreuve les souverains ainsi que leurs invités. Napoléon III aurait commit 75 fautes, l'impératrice Eugénie, 62, Alexandre Dumas fils, 24. Seul un étranger, le prince de Metternich, ambassadeur d'Autriche, n'en aurait fait que 3.

On trouvera ci-dessous le texte de cette dictée publié par Léo Claretie en 1900.

Ennui, Mérimée n'en serait pas l'auteur. À l'époque, l'orthographe française était d'ailleurs moins fixée qu'aujourd'hui.

Écoutez Pierre Pellissier, auteur de Prosper Mérimée, expliquer pourquoi :



La dictée de Mérimée

1. Version phonétique

puʀ paʀle sɑ̃ zɑ̃bigɥite, sə dine a sɛ̃tadʀɛs, pʀɛ dy avʀ, malgʀe le zeflyvə zɑ̃bome də la mɛʀ, malgʀe le vɛ̃ də tʀɛ bɔ̃ kʀy, le kɥiso də vo e le kɥiso də ʃəvʀœj pʀɔdige paʀ lɑ̃fitʀijɔ̃, fyt œ̃ vʀɛ gepje.

kɛlkə swa, kɛlk ɛgzigy kɛ py paʀɛtʀ, a kote də la sɔm dy, le zaʀ ketɛ sɑ̃se avwaʀ dɔne la dwɛʀjɛʀ e lə maʀgije, bjɛ̃ kə lɥi u ɛl swa sɑ̃se le zavwaʀ ʀəfyze e sɑ̃ swa ʀəpɑ̃ti, vatɑ̃ le ʀeklame puʀ tɛl u tɛl bʀy ʒɔli paʀ ki ty le diʀa ʀədəmɑ̃de, kwakil nə tə sje pa də diʀ kɛl sə le zɛ lese aʀaʃe paʀ ladʀɛs de di fyzilje e kɔ̃ le lœʀ ɔʀɛ syplee dɑ̃ tut otʀə siʀkɔ̃stɑ̃s u puʀ de mɔtif də tut sɔʀt. il etɛ tɛ̃fɑm dɑ̃ vulwaʀ puʀ səla a se fyzilje ʒymo e malbɑti, e də lœʀ ɛ̃fliʒe yn ʀɑkle, alɔʀ kil nə sɔ̃ʒɛ ka pʀɑ̃dʀə de ʀafʀeʃismɑ̃ avɛk lœʀ koʀəliʒjɔnɛʀ.

kwakil ɑ̃ swa, sɛ bjɛ̃ na tɔʀ kə la dwɛʀjɛʀ, paʀ œ̃ kɔ̃tʀəsɑ̃s ɛgzɔʀbitɑ̃, sɛ lese ɑ̃tʀene a pʀɑ̃dʀ œ̃ ʀɑto e kɛl sɛ kʀy ɔbliʒe də fʀape lɛgziʒɑ̃ maʀgije syʀ sɔ̃ nɔmɔplat vjeji. dø zalveɔl fyʀ bʀize ; ynə disɑ̃tʀi sə deklaʀa, sɥivi dynə ftizi, e lɛ̃besilite dy maløʀø sakʀy.

— paʀ sɛ̃maʀtɛ̃  ! kɛl emɔʀaʒi ! sekʀija sə belitʀ.

a sɛt evɛnmɑ̃, sezisɑ̃ sɔ̃ gupijɔ̃, ʀidikyl ɛksedɑ̃ də bagaʒ, il la puʀsɥivi dɑ̃ legliz tut ɑ̃tjɛʀ.


2. Version orthographiée

Pour parler sans ambiguïté, ce dîner à Sainte-Adresse, près du Havre, malgré les effluves embaumés de la mer, malgré les vins de très bons crus, les cuisseaux de veau et les cuissots de chevreuil prodigués par l'amphitryon, fut un vrai guêpier.

Quelles que soient, quelque exiguës qu'aient pu paraître, à côté de la somme due, les arrhes qu'étaient censés avoir données la douairière et le marguillier, bien que lui ou elle soit censée les avoir refusées et s'en soit repentie, va-t'en les réclamer pour telle ou telle bru jolie par qui tu les diras redemandées, quoiqu'il ne te siée pas de dire qu'elle se les est laissé arracher par l'adresse des dits fusiliers et qu'on les leur aurait suppléées dans toute autre circonstance ou pour des motifs de toute sorte. Il était infâme d'en vouloir pour cela à ces fusiliers jumeaux et malbâtis, et de leur infliger une raclée, alors qu'ils ne songeaient qu'à prendre des rafraîchissements avec leurs coreligionnaires.

Quoi qu'il en soit, c'est bien à tort que la douairière, par un contresens exorbitant, s'est laissé entraîner à prendre un râteau et qu'elle s'est crue obligée de frapper l'exigeant marguillier sur son omoplate vieillie. Deux alvéoles furent brisés ; une dysenterie se déclara, suivie d'une phtisie, et l'imbécillité du malheureux s'accrut.

— Par saint Martin ! quelle hémorragie ! s'écria ce bélître.

À cet événement, saisissant son goupillon, ridicule excédent de bagage, il la poursuivit dans l'église tout entière.

3. Quelques notes
  • « très bons crus » : on doit pouvoir écrire au singulier, « très bon cru ».
  • « veau... chevreuil » : on doit pouvoir écrire au pluriel, « veaux » et « chevreuils ».
  • « cuissot » : l'orthographe « cuisseau » semble de nos jours acceptable dans les deux cas.
  • « quelque exiguës » : on doit pouvoir écrire également, en faisant l'élision, « quelqu'exiguës ».
  • « exiguës » : l'orthographe « exigües » semble de nos jours acceptable après les propositions de simplification de 1990.
  • « lui ou elle soit censée... repentie » : l'orthographe « censé » (et « repenti ») semble tout à fait défendable.
  • « de toute sorte » : il semble également correct d'écrire au pluriel, « de toutes sortes ».
  • « malbâtis » : on peut aussi bien admettre « mal bâtis ».
  • « leurs coreligionnaires » : on peut à la rigueur admettre le singulier, « leur coreligionnaire ».
  • « brisés » : de nos jours, « alvéole » pouvant être aussi féminin, « brisées » est également correct.
  • « événement » : l'orthographe « évènement » est de nos jours acceptable.






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1 commentaire:

Yanka a dit…

Elle n'est pas de Mérimée et en plus elle est périmée. Tout fout le camp...