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lundi 27 juillet 2026

Choix de carrière — Faut-il suivre sa passion… ou chercher à faire le plus de bien possible ?

S'appuyant sur quinze années passées à conseiller des jeunes au début de leur vie professionnelle, 80 000 Hours, de Benjamin Todd, aborde la question de la carrière non pas du point de vue de l'ascension vers les sommets, mais à partir des choix que l'on fait dès les premiers échelons. Il en tire des conclusions souvent contre-intuitives.

Le titre fait référence au nombre approximatif d'heures qu'une personne travaille au cours de sa vie : 80 000 heures, soit l'équivalent d'une quarantaine d'années à temps plein. L'idée centrale du livre est qu'un choix de carrière est l'une des décisions les plus importantes de l'existence, puisqu'il détermine une part considérable du temps dont nous disposons pour agir sur le monde.

Première thèse : il ne faudrait peut-être pas « suivre sa passion ». Depuis le succès de librairie What Color Is Your Parachute? (1970), ouvrage devenu une référence incontournable de l'orientation professionnelle dans le monde anglophone mais jamais véritablement traduit ni diffusé dans l'espace francophone, les guides de carrière recommandent d'identifier ce que l'on aime avant de rechercher un métier correspondant. Benjamin Todd estime que cette approche est souvent vouée à l'échec. Beaucoup de personnes ignorent ce qui les passionne réellement et, même lorsqu'elles ont un intérêt marqué, celui-ci ne débouche pas nécessairement sur un emploi.

Ainsi, une enquête menée en 2003 révélait que près de 90 % des étudiants canadiens citaient la musique, les arts ou le sport parmi leurs principaux centres d'intérêt, alors que ces secteurs ne représentaient qu'environ 3 % des emplois au Canada. Plus cocasse encore, un questionnaire d'orientation professionnelle mis en ligne par le ministère britannique de l'Éducation en 2020, fondé sur les traits de personnalité, recommandait fréquemment aux candidats de devenir… éclusiers, profession aujourd'hui extrêmement rare. Le conseil paraissait d'autant plus incongru qu'il arrivait avec environ deux siècles de retard sur l'âge d'or des canaux britanniques.

Selon Todd, le slogan « Suivez votre passion » inverse le véritable ordre des choses. Plutôt que de commencer par une introspection sans fin, il propose une autre démarche : « Devenez excellent dans une activité utile aux autres, et la passion viendra ensuite. » Aider autrui augmente la satisfaction que l'on retire de son existence. La maîtrise d'une compétence procure également une gratification intrinsèque. Enfin, exceller dans son métier offre davantage de liberté pour exercer un travail plaisant que poursuivre coûte que coûte une passion dans laquelle on demeure médiocre — comme ces musiciens qui rêvaient des grandes salles mais finissent par donner des animations musicales dans les écoles.

Pour déterminer où l'on peut faire le plus de bien, Todd s'appuie sur les principes de l'altruisme efficace, un courant philosophique d'inspiration utilitariste dont l'organisation 80,000 Hours fut l'un des principaux promoteurs. L'idée consiste à utiliser les données disponibles et le raisonnement quantitatif afin de maximiser l'impact positif de ses ressources — qu'il s'agisse de son argent, de son temps ou de sa carrière.

Faire des dons constitue une première possibilité. Todd estime par exemple qu'un diplômé américain percevant un salaire annuel de 77 000 dollars qui consacrerait 10 % de ses revenus à une organisation luttant contre le paludisme sauverait, au cours de sa vie, environ vingt fois plus de vies qu'en exerçant lui-même la médecine à plein temps. Une autre voie consiste à travailler directement dans un domaine susceptible d'avoir un impact particulièrement important, comme la régulation de l'intelligence artificielle ou la prévention des conflits entre grandes puissances.

S'agissant de la rémunération, Todd soutient qu'au-delà d'un certain seuil l'argent supplémentaire n'apporte qu'un gain limité de bonheur. Il cite des travaux selon lesquels le niveau de satisfaction déclaré tend à plafonner lorsque le revenu annuel du foyer atteint environ 75 000 dollars.

Le livre avance également plusieurs idées originales sur les effets de l'intelligence artificielle sur l'emploi. L'automatisation finit certes par supprimer certains métiers, mais elle commence souvent par accroître la demande pour de nouvelles compétences. Ainsi, l'invention des distributeurs automatiques n'a pas immédiatement réduit le nombre d'employés de banque : les guichets étant devenus moins coûteux à exploiter, les établissements ont ouvert davantage d'agences et embauché plus de personnel. Ce n'est qu'avec la généralisation des services bancaires en ligne que ces emplois ont réellement décliné. Selon Todd, il ne faut donc pas chercher un métier qui serait définitivement à l'abri de l'automatisation, mais apprendre à accompagner chaque vague technologique en développant les compétences qui deviennent les plus précieuses. Cela pourrait passer, aujourd'hui, par les métiers liés à l'entraînement des modèles d'IA, à la cybersécurité ou encore aux services dont la demande augmentera à mesure que l'IA fera baisser les coûts, notamment dans le secteur de la santé.

Cette recherche permanente du bien maximal soulève toutefois une difficulté. Si chaque décision doit être évaluée uniquement à l'aune de son impact global, il semble toujours exister un choix encore meilleur. Un médecin urgentiste pourrait sauver davantage de vies en travaillant sur la prévention des pandémies ; mais celle-ci serait peut-être moins importante que le désarmement nucléaire ; lequel céderait à son tour la place à une autre priorité encore plus décisive. Cette logique peut devenir vertigineuse, voire psychologiquement éprouvante. L'un des pères de l'utilitarisme, John Stuart Mill, traversa ainsi une profonde dépression. Plus récemment, Sam Bankman-Fried, entrepreneur dans les cryptomonnaies et figure emblématique de l'altruisme efficace, prit des risques considérables au nom de cette philosophie avant de provoquer l'effondrement de son entreprise et de faire perdre des milliards de dollars aux clients de sa plateforme.

Les personnes qui hésitent sur leur orientation peuvent toutefois se rassurer : beaucoup trouvent leur véritable vocation tardivement. Tony Blair fut un temps promoteur de groupes de rock avant de devenir Premier ministre britannique. Maya Angelou fut receveuse de tramway avant de devenir l'une des plus grandes écrivaines américaines. Quant au colonel Sanders, il fonda Kentucky Fried Chicken à l'âge de soixante-deux ans. Trouver sa voie demande souvent du temps. Ceux qui s'interrogent sur la meilleure manière d'employer leurs 80 000 heures pourraient commencer par en consacrer quelques-unes au livre de Benjamin Todd.

Source : The Economist

jeudi 25 juin 2026

« Les jeunes les plus progressistes auraient plus de risques de développer des troubles mentaux. »

«Les jeunes les plus progressistes auront plus de chances [risques] de développer des troubles mentaux. Les théories systémiques négatives (racisme systémique, capitalisme tout-puissant, etc.) et le sectarisme idéologique sont deux causes majeures de dépression dans la nouvelle génération», avance Pierre Valentin.


Dans un essai fouillé publié chez Gallimard, « Malaise dans la génération Z », Pierre Valentin dissèque les causes de la détresse psychologique des 15-30 ans, et décèle une crise morale et culturelle.

C'est le diplodocus au beau milieu du musée de porcelaine qu'est la France qui vient : la jeune génération ne va pas bien. Du tout. Les chiffres sont connus : un quart des 15-29 ans sont en dépression. Les tentatives de suicides et d'hospitalisation en psychiatrie de la jeune génération marquent une progression spectaculaire depuis le Covid. Et pourtant, rien -; ou presque. L'ampleur du problème n'a d'égal que le silence contrit qu'il suscite. La complexité et la pluralité des causes possibles de ce fléau persuadent la majorité des observateurs, sinon de regarder ailleurs, du moins de se contenter d'une approche empirique ou purement clinique. Des écueils dont a voulu se départir le jeune essayiste Pierre Valentin pour s'attaquer à ce qui est le mal de sa génération, dans son dernier ouvrage publié chez Gallimard : Malaise dans la génération Z.

Anxieuse perspective

Après un premier essai remarqué en 2023, , l'auteur de 27 ans part d'une intuition nourrie, notamment, par les travaux du sociologue américain Christopher Lasch : cette crise psychologique que traverse cette génération -; née entre 1995 et 2013 -; est aussi et surtout une crise morale et culturelle. En clair, une perte de sens, c'est-à-dire de signification aussi bien que de direction... Avec finesse, Pierre Valentin brosse le portrait d'une jeunesse à la fois héritière et victime des luttes « émancipatrices » et de la « révolution individualiste » de ses aînés. Comme eux, elle a appris à regarder le passé comme un poids dont il faudrait se libérer. Sauf qu'elle subit, en sus, l'anxieuse perspective d'un « effondrement de l'avenir » : crise climatique, guerre, chômage de masse induit par l'IA... Au point que l'année 2050 évoque pour un tiers de cette génération ni plus ni moins que « la fin du monde ».

Ainsi, « le tunnel se ferme des deux côtés. L'impasse se fait tombe,cingle Pierre Valentin. Il ne resterait plus qu'à gigoter dans l'obscurité » . Et à gigoter en solitaire... « En l'absence de projets dans la durée, il ne reste plus que la survie . Qui se pratique dans le meilleur des cas en petit groupe ou seul. » Une solitude, principal vecteur de trouble, dont 71 % des 18-24 ans disent souffrir. Renforcée tant par la crise du Covid-19, qui aura eu pour effet de « pathologiser » l'autre , que par une numérisation sans frein rendant possible, pour ne pas dire désirable, un retrait autarcique total. Avec, pour corollaire, une déconnexion des questions d'intérêt général et une large désaffection politique. De quoi expliquer pour partie les 42 % d'abstention des 18-24 ans lors du premier tour de la dernière présidentielle... Que les prétendants à la prochaine élection se le tiennent pour dit.

Mais le plus vertigineux de cette enquête fouillée est ailleurs. Sans remettre en cause la réalité de certaines pathologies mentales et des soins spécifiques à leur apporter, Pierre Valentin questionne, sources universitaires à l'appui, l'efficacité de l'approche psychologisante systématiquement opposée aux maux de la jeunesse. En pathologisant ce qui appartenait hier au registre de la morale, le langage thérapeutique ne vient-il pas déresponsabiliser toujours plus les individus de leur mal-être, et ainsi aggraver le mal qu'il pense soigner ? « L'approche psychologique présuppose une absence de libre arbitre, déculpabilise et déresponsabilise l'individu, note Valentin. Or l'élimination de la culpabilité mène à l'élimination de la compétence. » Laissant ainsi la jeunesse dans l'illusion de ne pas être, au moins pour partie, responsable de ses maux et, donc, de n'avoir aucune prise sur eux.

L'auteur ne se contente pas de nommer le mal. Il trace aussi des chemins de guérison : retour à la morale, redécouverte de la vie intérieure et de la foi, éloge de l'engagement pour les autres, réhabilitation des appartenances et des devoirs. On pourra discuter certaines généralisations ou trouver parfois le remède plus esquissé que démontré. Mais pour la « Gen Z », le simple fait qu'un des leurs apporte au débat un ouvrage aussi ambitieux aurait à lui seul de quoi les faire renouer avec l'espérance.

Source : Le Point

Malaise dans la génération Z,
par Pierre Valentin,
paru aux éditions Gallimard,
le 21 mai 2026,
à Paris, 
288 pages, 
ISBN-10 ‏ : ‎ 2073146678
ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2073146670





Alors que Mai 68 fut une révolte contre l'autorité, la génération Z semble prendre le relais de ses aînés. Leurs difficultés respectives sont-elles comparables ? Sur le plateau, le sociologue Jean-Pierre Le Goff et le jeune essayiste Pierre Valentin vont confronter leur regard. Le premier a beaucoup étudié la génération des boomeurs issus de Mai 68, le second publie Malaise dans la génération Z (Gallimard), ouvrage dans lequel il explore les raisons profondes du mal-être existentiel des jeunes d'aujourd'hui et de la crise de la santé mentale que beaucoup d'entre eux traversent. 

lundi 4 mai 2026

Selon que vous serez blanc ou noir, les jugements de cour accueilleront ou rejetteront vos demandes


Voulez-vous une autre illustration ridicule, mais rigoureusement vraie du fait que le Canada est une vraie maison de fous ?

En 2021, une étudiante en droit, devenue avocate depuis, montre de l’intérêt pour un poste d’agente à la sensibilisation de la nature chez QuébecOiseaux (ça existe).

Le poste est cependant réservé aux gens de moins de 30 ans issus des minorités visibles.

L’étudiante a moins de 30 ans, mais elle a eu la mauvaise idée de naître désespérément blanche.

Elle dépose donc une plainte pour discrimination auprès de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec (CDPDJ).

Elle réclame 7500 $ en dommages moraux et punitifs.

Exclusion

Pourquoi de tels critères d’exclusion dans l’offre d’emploi ?

Parce que le poste est financé par le programme fédéral Travailler pour prospérer, administré par Nature Canada, qui relève de Parcs Canada et qui impose ces critères pour, supposément, lutter contre le racisme et la discrimination systémiques au Canada.

À l’échelle de tout le Canada, Nature Canada veut que 40 % de ses postes soient attribués à des gens allant des minorités visibles aux communautés LGBTQ2+ en passant par les personnes handicapées.

On comprend donc que cet objectif global de 40 % devenait une barrière d’exclusion de 100 % pour ce poste précis.

Redresser de scandaleuses injustices ? Euh, on parle ici d’un seul poste, à temps partiel, d’une durée de 20 semaines.

La CDPDJ examine le dossier et trouve qu’il y a une atteinte aux droits de la plaignante.

En langage clair, il y a bel et bien de la discrimination fondée sur la couleur, la race et l’âge.

Elle estime aussi que le formulaire d’embauche à remplir demande des renseignements personnels qui n’ont rien à voir avec les compétences, ce qui contrevient à la Charte canadienne.

Ça tombe un peu sous le sens : en quoi avoir la peau noire ou blanche vous qualifie-t-il plus ou moins pour comprendre les petits oiseaux ?

La CDPJQ propose qu’on dédommage modestement la plaignante, mais l’organisme se retire ensuite du dossier, n’y voyant pas d’intérêt public suffisant pour s’y associer.

Si la plaignante veut continuer, dit la CDPDJ, elle peut toujours introduire un recours en son nom personnel devant le Tribunal des droits de la personne.

C’est ce que fait la plaignante.

Elle fait donc du judo avec la rhétorique habituelle, alléguant que c’est elle qui est victime de « discrimination systémique ».

Idéologie
 

Le jugement du Tribunal [des droits de la personne] est tombé le mois dernier.

L’offre d’emploi était bien discriminatoire, mais le recours de la plaignante est néanmoins rejeté.

Pourquoi ? Parce qu’elle ne voulait pas vraiment le poste.

Elle avait une « position idéologique » et voulait en réalité attaquer le principe même de la discrimination positive.

Amusant, non ? Discriminer pour la « bonne cause » n’est pas de l’idéologie, mais protester contre cette pratique, c’est de l’idéologie.

Au Canada, la discrimination est à sens unique.

La fièvre idéologique pourrit les petites comme les grandes choses.

Source : Joseph Facal

vendredi 24 avril 2026

« Emplois d’été Canada » contre les jeunes blancs hétéros


Le programme Emplois d’été Canada soutient chaque année des dizaines de milliers de jeunes âgés de 15 à 30 ans en finançant des subventions salariales aux employeurs (principalement organismes sans but lucratif, secteur public et petites entreprises privées).

Chiffres récents des jeunes soutenus :

En 2025 : Plus de 75 000 emplois créés pour les jeunes (le programme a dépassé son objectif initial de 70 000, avec environ 71 200 à 76 000 postes selon les sources officielles). 

Pour 2026 (année en cours) : Le gouvernement annonce jusqu’à 100 000 possibilités d’emploi offertes via le programme, avec plus de 100 000 postes affichés sur le Guichet-Emplois. Cela fait partie d’un investissement plus large visant environ 175 000 perspectives d’emploi et de développement de compétences pour les jeunes au total cette année. 

Sur plusieurs années, le programme a financé plus de 460 000 à 600 000 emplois pour les jeunes depuis 2019 (selon les bilans cumulés).

Discrimination anti-blanc hétéro 

Le programme met l’accent sur les groupes prioritaires selon le gouvernement fédéral (jeunes Autochtones, Noirs, racialisés, 2ELGBTQI+, en situation de handicap, etc.).

Combien de blancs, mâles, hétéros soutenus par EEC ?

D’après les données les plus récentes publiées dans l’aperçu du programme Emplois d’été Canada (avril 2026) :

Genre
63 % des participants s’identifient comme femmes ou comme un genre autre que masculin.
→ Les hommes représentent donc environ 37 %.

Autochtones et non blancs
8 % des participants sont Autochtones.
25 % sont issus de groupes racialisés.
→ Environ 67 % ne sont ni Autochtones ni racialisés (les catégories étant présentées séparément, sans recoupement significatif dans ces statistiques globales).

Nombre d'hommes non autochtones et non racisés (« blancs »)

37 % × 67 % ≈ 24,8 %

Il s'agit d'une estimation.

Non hétéro

Aucune donnée publique détaillée ne précise la proportion de participants s’identifiant comme 2ELGBTQI+ dans ce programme, contrairement à d’autres variables comme le genre, l’identité autochtone, la racialisation ou le handicap.

Dans la population canadienne des 15–30 ans, les estimations disponibles situent cette proportion autour de 12 à 20 %. Étant donné que le programme accorde une attention particulière à certains groupes sous-représentés, il est plausible que leur part parmi les participants soit au moins comparable, voire supérieure, à cette moyenne.

En retenant une hypothèse prudente de 15 à 20 %, la proportion de participants non concernés par ce critère se situerait entre 80 et 85 %.

Estimation de la proportion d'hommes blancs hétéros

24,8 % × 80–85 % ≈ 20–21 %

Ainsi, en combinant ces trois dimensions de manière approximative, la proportion de participants correspondant simultanément à ces caractéristiques se situerait autour de 20 %, peut-être moins.

Il convient toutefois de souligner que ce type de calcul repose sur une approche multiplicative simplifiée : les variables ne sont pas totalement indépendantes et les données publiques ne permettent pas de croisement précis entre tous les critères. L’estimation donne donc un ordre de grandeur indicatif plutôt qu’une mesure exacte.

samedi 14 mars 2026

Les jeunes, la violence et l’immigration

En écoutant la radio de Montréal, j’ai parfois l’impression d’être à Paris, Berlin ou Londres. Surtout lorsqu’il est question de la montée de la violence chez les jeunes. Cette progression, je l’ai constatée dans mon propre quartier, un arrondissement populaire de Paris. À la sortie de l’école Gambetta, dans le 20e arrondissement, les altercations ne sont pas rares. Il y a quelques mois, un groupe de jeunes s’en est pris à un des leurs à coups de pied. Si des adultes n’avaient pas été là, nul ne sait comment cela aurait tourné.

Je pourrais citer des dizaines d’événements semblables qui vont de la simple dispute aux attaques au couteau. Partout, ces incidents se ressemblent. En France, les enquêtes montrent que cette violence se manifeste tout particulièrement dans les zones qui connaissent une forte immigration.

[L'auteur de ce texte, Christian Rioux, en entrevue. Il me semble très optimiste. Il n'est pas évident avec l'implosion démographique que les ghettos d'immigrés s'intègreront vraiment aux Québécois dans 2 ou 3 générations. Il n'y a tout simplement plus assez de jeunes écoliers « pure laine ».]

Le fossé culturel

Il faudrait être aveugle pour ne pas le reconnaître. Il ne s’agit aucunement de stigmatiser quiconque et encore moins de faire le procès de l’immigration, mais de comprendre qu’elle n’est pas toujours la panacée qu’on nous décrit. En particulier pour la seconde génération d’immigrants chez qui elle est souvent une souffrance.

Mal dans leur peau, ces enfants se retrouvent le plus souvent écartelés entre la culture de leurs parents et celle du pays qui les accueille. Or, ils ne possèdent généralement les codes ni de l’une ni de l’autre. Surtout si, à cause du nombre, le pays d’accueil n’a plus les moyens d’une véritable intégration.

Malgré ce que prétendent les illusionnistes de la diversité, il ne suffit pas de traverser une frontière pour que les différences culturelles s’effacent comme par magie. En France, par exemple, les jeunes Maghrébins ont tout naturellement tendance à rivaliser de virilité et à adopter un comportement clanique. C’est l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal qui m’expliquait que même en Algérie, on supportait mal les jeunes des banlieues françaises à qui personne n’avait jamais posé de limites.



Se bander les yeux

Il n’aura échappé à personne que ces sociétés sont généralement plus autoritaires que les nôtres. À Alger ou à Tunis, on n’hésite pas à corriger un jeune dès le premier écart de conduite. Ce qui n’est évidemment pas le cas en France et au Québec où même la police hésite à agir de peur d’être qualifiée de raciste.

Ignorer le problème ne rend service à personne, et encore moins à ces jeunes, me confiait le Dr Maurice Berger. Ce pédopsychiatre français, qui connaît bien le Québec, note la progression d’une violence gratuite qui dégénère parfois en violence extrême. Dans le centre éducatif où il travaillait, 90 % des mineurs étaient maghrébins. Mais aussi, tient-il à préciser, 80 % des éducateurs. C’est sa raison d’espérer. Pour lui, un renforcement des peines ne suffira pas si on ne ramène pas l’immigration à des niveaux raisonnables.

On aura beau se bander les yeux, partout, les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Source : Journal de Montréal 

Voir aussi 

(Valeurs) La dénatalité au Québec : un silence politique résigné assourdissant

Hausse de la violence envers le personnel scolaire : un symptôme du bouleversement des écoles québécoises

Réaction hostile de la part des élèves immigrés à l'arrivée d'élèves « de souche »

Écoles du Québec — « Si je me ferme les yeux, je pourrais croire que je suis à Toronto » 

 
 

Enseignements clés des statistiques de fécondité par municipalité canadienne

dimanche 8 mars 2026

Mineurs rétribués au Royaume-Uni pour prendre des bloqueurs de puberté

En avril débutera au Royaume-Uni la première étude randomisée sur le rapport bénéfice/risque des bloqueurs de puberté (cf. Le Royaume-Uni lance la première étude randomisée sur les effets des bloqueurs de puberté sur le cerveau). Cette étude a été demandée après la publication du rapport Cass, le 10 avril 2024, qui faisait état de « preuves insuffisantes » quant à l’efficacité de ces traitements – aboutissant à leur interdiction (cf. Bloqueurs de puberté : des données « insuffisantes » ; Changement de genre chez les mineurs : le gouvernement britannique interdit les bloqueurs de puberté). Commandée par le secrétaire à la Santé Wes Streeting, l’essai portera sur 226 enfants et adolescents de moins de 16 ans qui se considèrent comme transgenres

Les jeunes cobayes rétribués en chèques cadeaux


En échange de leur participation, les adolescents devraient recevoir des bons d’achat émis par l’entreprise Love2shop d’une valeur de 500 livres (573 euros) qu’ils pourront dépenser chez Asos, Nike, The Perfume shop ou encore Pizza Hut. En effet, au cours des deux années que devrait durer l’étude, certains participants seront soumis à 15 tests sur l’évolution de leurs capacités cognitives, rétribués par un bon d’achat d’une valeur de 30 livres chacun, et des IRM rétribués par des bons de 15 livres. D’autres se verront accorder un chèque cadeau de 15 livres pour chaque examen de densité osseuse et examen sanguin (cf. « Soin d’affirmation de genre » : une formulation dangereuse).

Une expérimentation pourtant dangereuse

La députée Claire Coutinho, secrétaire d’Etat pour l’Egalité du cabinet fantôme[1], dénonce le fait que « cette étude inflige à des enfants en bonne santé un protocole de soins qui risque de les rendre définitivement infertiles. Il n’y a pas d’âge minimum pour y participer et il nous a été confirmé que des enfants atteints d’autisme ou de troubles cognitifs faisaient également partie de l’essai » (cf. Autisme et genre : associations et praticiens alertent ; Genre : la « transition médicale » associée à une augmentation des suicides de mineurs).

Il a été démontré que les bloqueurs de puberté, sans avoir prouvé leur efficacité dans l’amélioration de la santé mentale, avaient pour effet de renforcer la perception d’un enfant qui déclare être transgenre (cf. Changement de genre chez les mineurs : l’impact des traitements hormonaux sur la dépression et le suicide reste inconnu). Ces traitements ont par ailleurs des effets néfastes pour le développement de son cerveau et la fertilité future.

Une intrusion dans l’intimité des mineurs

Les jeunes cobayes seront soumis à une évaluation régulière du fonctionnement de leur cerveau, cœur et système circulatoire. Les jeunes filles sont prévenues du fait qu’une grossesse les excluraient du protocole. Elles seront soumises à des tests réguliers et sont encouragées à utiliser des contraceptifs non-hormonaux. Les enfants et adolescents âgés de plus de 12 ans devront répondre à un questionnaire à propos de leur orientation sexuelle et de leurs éventuelles relations amoureuses et sexuelles.

L’annonce de l’étude randomisée a suscité une vive opposition de la part de personnalités transpartisanes et de centaines de médecins, à laquelle s’ajoutent une action en justice et une pétition signée par plus de 142.000 personnes.

Complément du 23/02/2026 : L’essai clinique a été suspendu après que l’autorité britannique de surveillance des médicaments a soulevé des « questions de sécurité ». L’Agence de réglementation des médicaments et des produits de santé (MHRA) devrait s’entretenir la semaine prochaine avec le King’s College de Londres, dont les chercheurs mènent l’essai, afin de répondre à ces préoccupations, a déclaré le gouvernement.

[1] Sorte de « gouvernement bis » qui réunit les députés les plus influents du principal parti de l’opposition parlementaire

Sources de la synthèse de presse : The Telegraph, Michael Searles (12/02/26) ; BBC, Amy Walker et Alison Holt (21/02/2026)

samedi 14 février 2026

Les jeunes prêtres américains beaucoup plus opposés au mariage homosexuel que leurs aînés

Un graphique partagé par le sociologue des religions Ryan Burge met en lumière une évolution frappante au sein du clergé catholique américain. 

La question posée aux prêtres est la suivante : « Si l’Église catholique l’autorisait, célébreriez-vous le mariage d’un couple de même sexe ? » 

Les réponses, ventilées par génération (décennie de naissance), révèlent un contraste générationnel très marqué.

Parmi les prêtres les plus âgés (nés avant 1950), 61 % penchent vers un « oui » (ils diraient probablement ou définitivement oui). À l’inverse, chez les prêtres nés en 1970 ou après (donc majoritairement ordonnés après 2000), ce chiffre chute à seulement 19 %. Autrement dit, plus de 80 % des jeunes prêtres se montrent fermement opposés, même dans un scénario hypothétique où Rome changerait sa doctrine.

Cette tendance confirme un phénomène observé depuis plusieurs années dans les enquêtes sur le clergé catholique aux États-Unis : les ordinations récentes attirent majoritairement des profils théologiquement conservateurs, attachés à l’enseignement traditionnel sur la morale sexuelle, le sacerdoce réservé aux hommes, ou encore la liturgie.

Les prêtres plus âgés, formés dans le contexte post-Vatican II des années 1960-1980, affichent souvent un manque de rigueur ou un plus grand dissensus personnel sur ces questions. À moyen terme, cela signifie que le clergé américain deviendra progressivement beaucoup plus homogène et orthodoxe sur ces sujets sociétaux. Alors que certains fidèles (surtout parmi les plus âgés ou les plus libéraux) espèrent une ouverture progressive, la base sacerdotale tire clairement dans l’autre sens.

Source de l’étude

Ces données proviennent du National Survey of Religious Leaders (NSRL), une grande enquête menée par Duke University et accessible via l’Association of Religion Data Archives (ARDA). Ryan Burge les a analysées et visualisées dans son article « A House Divided: Clergy, Conscience, and Same-Sex Marriage » publié le 20 février 2025.




jeudi 18 décembre 2025

Les contes de Noël publiés aujourd’hui diluent voire effacent les valeurs chrétiennes

Pourquoi est-il important de lire des contes aux enfants ?

Les contes véhiculent un imaginaire qui permet de structurer leur intelligence et leur apprend à construire leur univers intérieur. Parce qu’ils placent d’emblée le récit hors du temps, hors de la réalité, les contes ont la vertu de stimuler l’imagination de l’enfant, de lui montrer que le champ des possibles est ouvert devant lui, et de le pousser ainsi à grandir, à devenir adulte. On voit malheureusement se développer toute une littérature destinée aux enfants qui consiste essentiellement à explorer des problèmes psychologiques auxquels ils peuvent être confrontés. C’est un dévoiement de la lecture, parce qu’on les prive dans ces livres de la dimension imaginaire, si structurante à leur âge.

Quels sont les ingrédients d’un bon conte de Noël ?

Comme dans tous les contes, il faut qu’il délivre une morale qui élève l’enfant. Pour Noël, cette morale est par essence chrétienne. Et il faut de belles illustrations, car l’image est pour les enfants une porte d’entrée dans la lecture. À Noël, cette nécessité de créer une ambiance qui fasse rêver et donne envie de lire est plus importante encore, car c’est une période de l’année où la vue est très sollicitée, on le voit bien avec les illuminations dans les rues, les vitrines de Noël… C’est le moment par excellence où l’on peut toucher les enfants par de beaux livres illustrés.


Les contes de Noël sont-ils en voie de disparition ?

De nombreux contes liés à Noël continuent d’être publiés chaque année. Ce qui, en revanche, est en voie de disparition, c’est le conte de Noël traditionnel, celui qui est pétri de traditions chrétiennes. Dans les contes de Noël publiés aujourd’hui, ces valeurs chrétiennes sont très souvent diluées, voire effacées. Seule persiste la connotation positive de Noël. On continue d’y trouver l’idée du don de soi, souvent d’ailleurs à travers les cadeaux qui sont une tradition païenne, l’idée de convivialité, de rassemblement, d’esprit de famille qui disent quelque chose de ce qu’est l’amour.

jeudi 11 décembre 2025

La Nouvelle-Zélande a annoncé qu’elle interdirait les bloqueurs de puberté chez les jeunes

La Nouvelle-Zélande a annoncé qu’elle interdirait les bloqueurs de puberté chez les jeunes en attendant les résultats d’un important essai clinique au Royaume-Uni, attendu en 2031.

L’interdiction entrera en vigueur le 19 décembre, bien que les jeunes souffrant de dysphorie de genre et qui prennent déjà ces médicaments soient autorisés à continuer.

Les médicaments bloquant la puberté — techniquement appelés analogues de l’hormone de libération de gonadotrophine — resteront disponibles pour des affections médicales telles que le cancer de la prostate et l’endométriose.

« Nous mettons en place des mesures de protection renforcées afin que les familles puissent avoir confiance que tout traitement est cliniquement solide et dans l’intérêt supérieur du jeune ou de l’enfant », a déclaré le ministre de la Santé Simeon Brown (ci-contre) dans un communiqué de presse.

« Le mémoire du ministère de la Santé a révélé qu’il manque de preuves de haute qualité démontrant les bénéfices ou les risques de l’utilisation d’analogues hormonaux libérateurs de gonadotrophine pour le traitement de la dysphorie ou de l’incongruence de genre. Tant que cette incertitude persiste, le gouvernement adopte une approche de précaution », a-t-il poursuivi.

“Ces changements garantiront une approche plus cohérente et soigneusement suivie”, conclut Brown. “Cela reflète les mesures prises dans d’autres pays, tels que le Royaume-Uni, la Finlande, la Norvège et la Suède, où des garanties supplémentaires ont récemment été mises en place pour garantir que les décisions soient prises en conformité avec les meilleures preuves disponibles.”

Le Royaume-Uni a interdit les bloqueurs de puberté pour les mineurs après les résultats d’une étude approfondie des preuves disponibles commandée par le National Health Service et menée par le Dr Hilary Cass. Le rapport Cass a constaté qu’il existe « des preuves faibles concernant l’impact sur la dysphorie de genre, la santé mentale ou psychosociale » et a ajouté que « l’effet sur le développement cognitif et psychosexuel reste inconnu ».

De plus, il existe des preuves substantielles que les bloqueurs de puberté endommagent de façon permanente les os des jeunes ; qu’ils peuvent provoquer une dysfonction sexuelle permanente et une infertilité ; que les effets néfastes des bloqueurs de puberté sont souvent permanents et irréversibles ; et de nombreuses autres études mettant en avant ces conclusions.

Il a été prouvé que les bloqueurs de puberté influencent le développement du cerveau, réduisent la densité des os et freinent la croissance. Ils risquent d’empêcher l’utilisateur d’atteindre le QI maximal, inhibent la fonction sexuelle, épaississent le sang, augmentent le risque d’infarctus jusqu’à cinq fois, créent un risque plus élevé de diabète, de caillots sanguins et de cancer, et peuvent entraîner une atrophie génitale.

Les militants transgenres ont répondu en affirmant que cette mesure mettrait en danger les enfants souffrant de dysphorie de genre, la fameuse Association professionnelle pour la santé transgenre Aotearoa affirmant, sans ironie, que la décision était « motivée par l’idéologie ». En fait, la décision reposait sur les meilleures preuves ; La position des activistes transgenres est « idéologiquement motivée » par l’hypothèse que les enfants naissent régulièrement dans les mauvais corps et que les « soins d’affirmation de genre » peuvent corriger cela.

Le député du Parti vert, Ricardo Menéndez March, a déclaré à RNZ que le gouvernement « adhérait aux guerres culturelles importées » et a déclaré que « le gouvernement devrait se concentrer sur la résolution des problèmes fondamentaux auxquels notre système de santé est confronté… plutôt que de mener des guerres culturelles contre les personnes [dites] trans. » Le ministère de la Santé a confirmé que 113 personnes utilisaient des bloqueurs de puberté en 2023. 

Charlotte Paul, experte en santé publique et professeure émérite à l’Université d’Otago, soutient ces nouvelles restrictions, affirmant que lorsqu’il s’agit des dangers potentiels des bloqueurs de puberté, il existe des « incertitudes substantielles », même sur « qui doit être traité, et pourquoi ». Elle a déclaré : « Ce n’est pas seulement l’incertitude quant à l’équilibre entre bénéfices et risques. C’est que nous ne savons pas assez sur la population que nous soignons et que nous pourrions nuire à beaucoup d’enfants. »

« New Zealand First était le seul parti à faire campagne à travers le pays pour stopper l’utilisation de bloqueurs de puberté chez les enfants et nous n’avons jamais cessé de nous battre pour que cela arrive », a déclaré le leader de NZ First et ministre des Affaires étrangères, Winston Peters, sur X.
 

Cette nouvelle est intervenue le même jour où le département américain de la Santé et des Services sociaux a publié un rapport de 400 pages évalué par des pairs sur les « transitions de genre » chez les enfants, incluant les bloqueurs de puberté, les hormones intersexuées et les chirurgies. L’étude a mis en lumière les risques de perte de densité osseuse, d’infertilité et de complications chirurgicales, et a souligné que les preuves de résultats bénéfiques étaient de « très faible qualité ».

jeudi 4 décembre 2025

IA : Ne faites plus d’études - Olivier Babeau

Olivier Babeau - essayiste, économiste, président du think tank Sapiens - déploie une réflexion ambitieuse sur le monde qui vient, dans la continuité de ses ouvrages La tyrannie du divertissement et Ne faites plus d’études. D’entrée de jeu, il raconte comment la révolution technologique bouleverse la hiérarchie traditionnelle des valeurs : « L’intelligence, qui était le truc le plus rare, est devenue une commodité », résume-t-il. Cette bascule affecte profondément l’école, le travail, l’accès à la compétence et la structuration des élites.

Babeau avance une thèse dérangeante : l’IA ne bouleverse pas seulement l’économie, elle menace de transformer l’humain lui-même. Héritiers d’un « cerveau de chasseur-cueilleur » mal adapté au déluge technologique moderne, nous sommes vulnérables à la sédentarité cognitive et à l’économie de l’attention, qui « fabrique des crétins » en exploitant nos réflexes neurobiologiques les plus archaïques. Entre ceux qui utiliseront les technologies comme levier d’ascension et ceux qui s’y abandonnent comme à une prothèse, il voit se dessiner « deux humanités » : l’une disciplinée, l’autre happée par l’immédiateté.

Enfin, l’auteur pointe la fragilisation des sociétés démocratiques, notamment par la surproduction d’élites diplômées mais sans débouchés, source d’amertume et de tensions explosives. L’université, selon lui, traverse une crise existentielle : massifiée, coûteuse, déconnectée. « Il n’y a plus d’excuse au fait de ne pas savoir », dit-il, rappelant que la connaissance est désormais à un clic de distance. Face à ce monde où les machines feront toujours mieux que nous, Babeau plaide pour un retour aux humanités, à l’esprit critique et à la formation d’un individu capable non seulement d’apprendre, mais de juger : car « la vraie valeur ajoutée, demain, ce sera de savoir aller plus loin que la machine ».

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Mentionné dans la conversation:  Le Chaos qui vient. Élites, contre-élites, et la voie de la désintégration politique de Peter TURCHIN. Résumé de l'éditeur : Comment et pourquoi les systèmes politiques chutent-ils ? L'analyse à la fois historique et contemporaine du plus passionnant des chercheurs américains. Un livre essentiel pour comprendre l'instabilité du monde actuel. Les sociétés démocratiques sont aujourd'hui mises à mal, contestées et parfois réprouvées par des citoyens qui ont toujours eu le droit de vote. Elles sont jugées de plus en plus inégalitaires et génèrent toujours plus de frustrations, de colère, de ressentiment. Alors, à quel moment un système qui nous paraissait indestructible touche-t-il à sa fin ? Comment les turbulences politiques à même de conduire à une guerre civile s'expliquent-elles ? Pourquoi les dirigeants d'une société peuvent-ils subitement perdre pied ? Qu'est-ce qui, en un mot, mène à l'effondrement ? A ces questions de plus en plus saillantes et urgentes, Peter Turchin offre des analyses et des réponses proprement révolutionnaires : les données à partir desquelles il travaille retracent pas moins de 10 000 ans d'histoire et rassemblent plus de 700 sociétés, de l’Égypte ancienne à l'Amérique contemporaine, en passant par la Chine impériale et la France médiévale. Sa méthode combine le court terme de l'actualité à la profondeur de l'histoire humaine avec, quelles sont les époques, la rigueur d'un scientifique de la complexité. Les leçons qu'il invite à tirer sont claires. Lorsque l'équilibre du pouvoir entre peuple et élites penche trop sévèrement en faveur de ces dernières, la chute s'avère imminente. Les riches s'enrichissent aux dépens de pauvres qui s'appauvrissent, et à un sommet surpeuplé répondent des masses toujours plus fiévreuses. Ainsi va la mécanique de la surproduction d'élites, premier rouage de l'effondrement social. Ouvrage essentiel pour comprendre en profondeur les temps troublés que nous vivons, Le Chaos qui vient indique également la voie vers un avenir plus stable. Par l'autopsie des crises du passé, Turchin avance un possible remède à nos maux futurs. » Le meilleur essai de l'année. » The Times Turchin analyse avec lucidité l'instabilité des systèmes, même les plus solides. New York Times « Le grand récit collectif des échecs et des réussites de l'Humanité ». The Observer 

lundi 1 décembre 2025

Sondage gouvernemental — Prédominance du russe chez les écoliers de Kiev

Le sondage d’État de 2025 montre une prédominance du russe chez les écoliers de Kiev (66 % en classe, 82 % en pauses), avec 24 % des enseignants l’utilisant en leçons et 40 % pendant les pauses. Ceci s’oppose à une hausse nationale de l’ukrainien exclusif chez les élèves (de 49 % à 60 % en classe). Il est à noter que les enseignants qui utilisent le russe violent les lois linguistiques ukrainiennes.  

À l’échelle nationale, l’usage de l’ukrainien par les enseignants atteint 86 % en classe et 79 % en pauses, marquant une progression organique depuis 2022, malgré un léger recul global de 55 % à 49 % chez les enfants dus à des habitudes familiales.

Kiev apparaît comme une anomalie démographique due à l’afflux de réfugiés russophones de l’Est, incitant le gouvernement à proposer des blocages de contenus russes en ligne et des limites d’accès web pour mineurs, vu comme un enjeu de sécurité nationale.


Il faut cependant insister sur les pressions sociales exacerbées depuis quelques années et les obligations d’utiliser l’ukrainien imposées aux enseignants. Les enseignants, souvent contraints d’adopter l’ukrainien malgré des réalités domestiques dominées par le russe, dans un climat où les réponses aux sondages pourraient être biaisées par des pressions sociales à « bien répondre » à un organisme national ukrainien.

Le léger recul national de l’usage de l’ukrainien parmi les enfants (de 55 % en 2023 à 49 % en 2024) suggère que les habitudes familiales, souvent ancrées dans le russe, résistent aux politiques musclées d’ukrainisation imposée par l’État. À Kiev, l’afflux de réfugiés russophones de l’Est et du Sud, ainsi que le retour de citoyens ayant vécu à l’étranger pourrait expliquer cette évolution. Voir Pologne — Des classes pour élèves ukrainiens en russe et Moldavie — 88 % des réfugiés ukrainiens choisissent le russe comme langue d’enseignement, 6 % l’ukrainien.

Du point de vue linguistique, cette situation illustre une diglossie forcée. L’ukrainien est imposé comme langue officielle et éducative, tandis que le russe persiste dans les sphères informelles, créant un décalage entre les pratiques réelles et les statistiques officielles. La progression de l’ukrainien (jusqu’à 60 % en classe) pourrait ainsi masquer une adhésion superficielle.

Depuis l’invasion russe de 2022, les restrictions linguistiques se sont durcies. Le 19 juin 2022, le Parlement a interdit la publication de livres et la diffusion de musique en russe par des citoyens russes, sauf s’ils renoncent à leur nationalité russe. Les chaînes de télévision pro-russes ont été fermées, et des quotas de 75 % d’ukrainien ont été imposés aux médias audiovisuels depuis 2017. Ces mesures ont été critiquées par Human Rights Watch et la Commission de Venise pour leur impact sur les minorités (russes, hongroises, roumaines, etc.)

mardi 18 novembre 2025

France — 59 % des jeunes musulmans souhaitent l'application de la charia, selon un sondage

Contexte : en France, 30 % des musulmans auraient entre 15 et 24 ans alors que 3 % auraient plus de 65 ans (IFOP). Enquête Kantar (2023) : Parmi les 18-30 ans en France, 12 % se déclarent musulmans, contre 22 % chrétiens (dont 18 % catholiques) et une majorité sans religion.

 Les jeunes musulmans de plus en plus rigoristes en France.

Selon un sondage IFOP, 57 % des musulmans âgés de 15 à 24 ans pensent que les lois françaises passent après les règles de l’islam. Et 42 % éprouvent de la sympathie pour une mouvance islamiste. 

Non-mixité, port du voile, fréquentation assidue de la mosquée, respect strict du ramadan, préférence marquée pour la charia plutôt que pour les lois de la République… Un sondage de l’IFOP pour la revue Écran de veille tend à démontrer que la pratique d’un islam rigoriste et la bienveillance pour certaines de ses mouvances radicales gagnent du terrain auprès de la jeune génération musulmane. Ainsi, 42 % des moins de 25 ans éprouvent de la sympathie pour l’islamisme, alors que 33 % de l’ensemble des musulmans voient les radicaux d’un bon œil. « Cette enquête dessine très nettement le portrait d’une population musulmane traversée par un processus de réislamisation, structurée autour de normes rigoristes et tentée de plus en plus par un projet politique islamiste », analyse François Kraus, directeur du pôle politique et actualité de l’IFOP.

« De plus en plus radicalisés, les jeunes musulmans constituent un vivier électoral pour La France insoumise autour de normes religieuses rigoristes et tentés de plus en plus par un projet politique islamiste », selon François Kraus.

L’art du sondage en matière religieuse est délicat. Les croyants ne livrent pas forcément aux sondeurs ce qu’ils ont de plus intime. Mais les résultats sont parfois sans appel. Ainsi du sondage de l’IFOP pour la revue Écran de veille, publié ce mardi 18 novembre, qui tend à démontrer que la pratique stricte de l’islam et la sympathie pour sa forme radicale ont gagné près de la moitié de la jeune génération musulmane depuis 1989.

François Kraus, directeur du pôle politique et actualité de cet institut de sondage, insiste sur le comportement notable « des plus jeunes musulmans », pour qui cette « forte réaffirmation identitaire » s’exprime en trois points : « L’intensification des pratiques cultuelles, la rigidification des rapports de genre, l’adhésion croissante aux thèses islamistes. »

Quelques chiffres significatifs appuient son propos : en 36 ans, la fréquentation de la mosquée par les moins de 25 ans est passée de 7 % à 40 %. Dans cette classe d’âge, le respect strict du ramadan a bondi, grimpant de 51 % à 83 %. Quant au port du voile, il a progressé de 16 % à 45 % chez les filles de cette génération, soit trois fois plus qu’en 2003, une année de fortes polémiques sur le sujet.

Les Frères musulmans recueillent le plus de soutien

mercredi 5 novembre 2025

« La France est-elle encore chrétienne ? »

Débat exclusif entre Éric Zemmour et Jérôme Fourquet dans le Figaro Magazine.  Autrefois qualifiée de « fille aînée de l’Église », la France est un des pays les plus déchristianisés d’Occident. Mais est-ce irrémédiable ?   La citrouille d’Halloween va-t-elle définitivement l’emporter sur le chrysanthème de la Toussaint ? « La messe n’est pas dite », répond Éric Zemmour dans son nouvel essai. Le président de Reconquête en appelle à un sursaut spirituel, seul moyen selon lui de préserver l’identité de la France face à un islam conquérant.  Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion de l’IFOP et analyste lumineux de la société française, observe pour sa part des signes d’un regain d’attrait pour le catholicisme, mais doute qu’une rechristianisation du pays soit pour autant possible. Ils ont accepté de confronter leurs points de vue pour Le Figaro Magazine.

Question. — Comment qualifieriez-vous la situation du christianisme en France ?

Éric Zemmour. — Je commencerai par rappeler une réalité historique : c’est le christianisme qui a fait la France. Le général de Gaulle disait : « L’histoire de mon pays a commencé avec la conversion de Clovis au catholicisme. » Au cours de mille ans d’histoire, l’Église a fait les rois, les rois ont fait la nation et la nation a fait la République. Mais, dès le milieu du XVIIIe siècle, avant même la Révolution française donc, un phénomène de déchristianisation colossal s’est amorcé avec les Lumières. Je cite dans mon livre cette phrase magnifique de Chateaubriand : « Voltaire eut l’art funeste, chez un peuple capricieux et aimable, de rendre l’incrédulité à la mode… » Il y a eu des vagues de rechristianisation très puissantes, en général d’ailleurs après nos catastrophes militaires, en 1815, 1870 ou 1940, mais qui n’ont pas arrêté la déchristianisation du pays. Dans une période plus récente, je pense que Vatican II a accéléré ce mouvement. La chanson de Brassens : « Sans le latin la messe nous emmerde » résume, sur un registre évidemment rigolard, le sentiment général. De façon un petit peu plus savante et malheureusement moins talentueuse, je dirai que l’Église a protestantisé le catholicisme. Là où le christianisme avait eu le génie depuis 2000 ans de fonder la liturgie sur l’émotion, la hiérarchie catholique a fait sienne la philosophie du protestantisme qui est de faire appel à la raison. Et je pense que ce fut une erreur historique.

Jérôme Fourquet. — Je partage le constat d’Éric Zemmour sur la déchristianisation de la France. En ce qui concerne Vatican II, je ferais volontiers un parallèle avec ce qu’avait tenté Gorbatchev en Union soviétique. Voyant que les lézardes dans le barrage étaient de plus en plus importantes, la hiérarchie catholique comme les dirigeants soviétiques ont essayé de relâcher la pression en desserrant le carcan. Et ce faisant, on n’a fait qu’accélérer un mouvement qui était déjà entamé et qui a finalement tout emporté. L’historien Guillaume Cuchet raconte comment les éléments de piété populaire, faire maigre le vendredi par exemple, ont été abandonnés, parce qu’on préférait que les églises soient moins remplies, mais avec des gens ayant vraiment la foi. Tout cela n’a fait qu’accélérer la déchristianisation. Aujourd’hui, 5 % de la population française va encore à la messe le dimanche. C’était 35 % avant Vatican II. 30 % des enfants sont baptisés à la naissance, contre 70 % au début des années 1980. Les constantes vitales du catholicisme en France sont donc très dégradées. Mais de surcroît, le soubassement culturel et anthropologique judéo-chrétien s’est lui-même disloqué. La citrouille d’Halloween n’a pas encore complètement remplacé le chrysanthème, mais on s’en approche. Dans nos enquêtes récentes, plus personne ou presque ne connaît les fondements de la doctrine chrétienne comme l’Assomption ou la Pentecôte. Le substrat chrétien est en voie d’effacement en ce qui concerne par exemple le rapport au corps, l’institution du mariage, la hiérarchie homme-animal ou les rites funéraires, etc. En 1980, 1 % des obsèques donnaient lieu à une crémation en France. On est à 45 % aujourd’hui. Un autre signe de la déchristianisation est l’évolution des prénoms : en 1900, 20 % de petites filles s’appelaient Marie, c’est 0,2 % aujourd’hui. Le catholicisme, comme les autres religions est non seulement une foi, mais également une identité culturelle, qui est en voie de disparition.

Disparition du prénom Marie en France

mardi 21 octobre 2025

États-Unis : le reflux des identités trans et queer chez les jeunes Américains

Résumé
  • Après avoir connu une forte augmentation dans les années 2010 et 2020, les identités transgenres et queer sont en déclin chez les jeunes Américains.
  • La proportion d'étudiants universitaires transgenres a atteint son maximum en 2023 et a depuis presque diminué de moitié, passant de près de 7 % à moins de 4 %.
  • La proportion d'étudiants s'identifiant comme non hétérosexuels a diminué d'environ 10 points au cours de la même période.
  • Le déclin de la proportion de non-hétérosexuels se concentre dans les catégories queer ou autres catégories sexuelles (c'est-à-dire pansexuels, asexuels) et, dans une moindre mesure, dans la bisexualité.
  • Les étudiants de première année d'aujourd'hui sont moins nombreux à s'identifier comme BTQ+ que les étudiants de dernière année, ce qui suggère que cette baisse va se poursuivre
  • La baisse de l'identification BTQ+ [bisexuel, trans, queer et autres] ne semble pas être liée à une moindre utilisation des réseaux sociaux, à un renouveau religieux, à un glissement vers la droite politique ou à un soutien moindre à l'idéologie woke.
  • Il existe des preuves que l'amélioration de la santé mentale a réduit l'identification BTQ+


Après une décennie de progression continue, les identités transgenres et queer connaissent un recul notable parmi les jeunes aux États-Unis, une tendance particulièrement marquée dans les milieux universitaires et les établissements élitistes. Selon le professeur Eric Kaufmann, du Centre for Heterodox Social Science, la part des étudiants se déclarant transgenre a presque été divisée par deux depuis son pic en 2023, passant de près de 7 % à moins de 4 %. Parallèlement, le pourcentage de jeunes s’identifiant comme non hétérosexuels a chuté d’environ dix points, avec une concentration de la baisse dans les catégories queer et autres orientations sexuelles, telles que pansexuel ou asexuel, et, dans une moindre mesure, la bisexualité. Les données suggèrent que les étudiants fraîchement arrivés à l’université sont moins enclins à adopter ces identités que les classes précédentes, indiquant que la tendance pourrait se renforcer dans les années à venir.

Cette évolution ne semble pas être le résultat d’un virage politique à droite, d’un retour du religieux ou d’un rejet de la culture « woke ». Les enquêtes menées sur plusieurs cohortes étudiantes – incluant les vastes sondages FIRE auprès de 55 000 à 69 000 étudiants par an, le HERI pour une population plus représentative, ainsi que les enquêtes à l’Andover Phillips Academy et à l’Université Brown (deux établissements très progressistes) – montrent une stabilité des convictions politiques et religieuses pendant la période 2020-2025. De même, l’usage des réseaux sociaux, qui avait culminé au début des années 2020, n’a pas diminué, excluant l’hypothèse d’un désintérêt numérique comme facteur explicatif.

Le rôle de la santé mentale apparaît en revanche central. Le rapport souligne que le pic des troubles mentaux chez les jeunes, exacerbé par la pandémie, a coïncidé avec l’essor des identités trans et queer autour de 2022-2023. Depuis, l’amélioration de l’état mental des jeunes a partiellement contribué au reflux de ces identités. Les données FIRE indiquent ainsi que la part d’étudiants trans diminue plus rapidement parmi les jeunes en bonne santé mentale, tandis que les étudiants encore affectés par anxiété ou dépression montrent une baisse plus limitée, voire une légère hausse pour certains sous-groupes. Une dynamique similaire se retrouve pour les identités queer et bisexuelles : l’augmentation des jeunes en meilleure santé mentale a donc joué un rôle important dans le retour à des niveaux proches de ceux d’avant la vague d’augmentation.

L’analyse détaillée des tendances par cohortes révèle un phénomène de « vague générationnelle ». Les classes diplômantes de 2025 et 2026 affichent les plus fortes diminutions, tandis que les nouvelles cohortes arrivant à l’université, comme celle de 2028, commencent leur parcours à des niveaux de BTQ+ sensiblement plus bas que leurs aînés. Ce schéma suggère que le reflux n’est pas simplement un retour passager, mais un ajustement structurel qui pourrait s’accentuer avec le temps. Il est particulièrement prononcé dans les institutions élitistes, où le pic des identités non-binaires et queer a été le plus marqué, soulignant la dimension socioculturelle et contextuelle de ces identités.

Les tendances en matière d’orientation sexuelle suivent une logique similaire, mais avec des nuances. La proportion d’étudiants hétérosexuels avait chuté au début des années 2020 pour atteindre un minimum en 2023, avant de remonter vers les niveaux initiaux. Les catégories bisexuelles et queer ont connu un véritable « pic et reflux » : par exemple, à l’Andover Phillips Academy, la part d’étudiants queer ou autres orientations alternatives est passée de 7 % en 2020 à 17 % en 2023, avant de retomber à 12 % en 2025. La bisexualité a connu une augmentation plus modérée et plus stable. Les catégories gay et lesbienne, en revanche, restent stables dans la plupart des enquêtes, oscillant entre 3 et 5 % des étudiants. Ces chiffres montrent que l’explosion des identités alternatives était concentrée dans des orientations plus fluides ou moins traditionnelles.

Au-delà du milieu universitaire, les enquêtes nationales (CDC, CCES, GSS) montrent des tendances plus nuancées. Les données des lycéens du CDC révèlent une hausse de la non-hétérosexualité jusqu’en 2023, mais avec moins de détails sur les sous-catégories. Les enquêtes CCES et GSS suggèrent que la dynamique de reflux est moins prononcée dans des populations plus larges et moins élitistes, laissant penser que le pic des identités BTQ+ et son reflux pourraient être partiellement circonscrits aux milieux éduqués et aux contextes urbains et progressistes.

Le rapport souligne également que, malgré les fortes corrélations individuelles entre identité sexuelle, croyances politiques et santé mentale, la dynamique globale sur le temps long semble largement indépendante de ces facteurs. Les analyses statistiques montrent que l’année de sondage reste un facteur prédictif significatif pour la hausse ou la baisse de l’identité trans ou queer, même après contrôle de la santé mentale, de la politique, de la religion et du statut socio-économique. L’effet de l’amélioration de la santé mentale explique une partie du reflux, mais pas l’ensemble, ce qui suggère que d’autres forces sociales et culturelles, probablement liées aux modes et aux tendances générationnelles, entrent en jeu.

En conclusion, le reflux des identités trans et queer parmi les jeunes Américains représente un tournant culturel majeur et inattendu, déconnecté des attentes des observateurs progressistes et des médias traditionnels. Cette évolution marque une « phase post-progressiste » où l’essor rapide des identités BTQ+ au début des années 2010 et 2020 s’ajuste désormais à de nouveaux équilibres sociétaux. L’avenir dira si cette tendance se poursuivra, mais elle pourrait signaler une réorganisation durable des normes identitaires et culturelles chez les jeunes Américains, redéfinissant le paysage des questions de genre et de sexualité dans les décennies à venir.

vendredi 19 septembre 2025

Les jeunes Américains font moins l’amour : deux études éclairent les causes


Le constat est clair : la vie sexuelle des jeunes adultes américains recule depuis deux décennies. Une étude montre que la baisse des fréquentations amoureuses (la formation de couple, le mariage) et la diminution de la consommation d’alcool expliquent l’essentiel du phénomène, bien plus que les écrans ou l’anxiété. Récemment, pour une seconde étude, le déclin du mariage expliquerait une bonne partie de la baisse.

Les jeunes adultes américains ont moins de rapports sexuels qu’il y a vingt ans. C’est le constat d’une étude publiée dans le Journal of Marriage and Family, qui s’est penchée sur les comportements intimes des 18-23 ans entre 2007 et 2017.

Alors que l’on avait souvent évoqué l’omniprésence des écrans, la pression économique ou encore l’anxiété des nouvelles générations pour expliquer cette tendance, l’enquête apporte des nuances. Les chercheurs ont suivi plus de 3 200 jeunes dans le cadre d’une vaste étude longitudinale et ont identifié les facteurs qui comptent vraiment.

Le premier est la baisse de la formation de relations amoureuses : moins de couples se créent à cet âge, et cela réduit mécaniquement les occasions de rapports sexuels. Autre facteur clé : la diminution de la consommation d’alcool. Moins de soirées arrosées signifie aussi moins de rencontres ou de désinhibitions favorisant l’activité sexuelle.

Les chercheurs pointent également le recul des revenus chez les jeunes adultes (plus particulièrement les jeunes hommes) ainsi que l’essor des jeux vidéo comme facteurs secondaires mais significatifs. Ensemble, ces éléments expliquent près des trois quarts du déclin observé.


L’étude montre aussi que, à l’échelle individuelle, entrer dans une relation de couple, fréquenter l’université ou consommer de l’alcool augmentent nettement la probabilité d’avoir une vie sexuelle active.

Ces résultats invitent à dépasser les clichés sur les « générations connectées » et à regarder plus largement l’évolution des modes de vie : précarité économique, sociabilités différentes, nouvelles habitudes de loisirs. Une mutation qui, selon les auteurs, redessine profondément la jeunesse américaine.

Selon une autre étude de Lyman Stone  publiée par l'Institute for Family Studies en janvier 2025, on a observé une augmentation de la proportion d'hommes hétérosexuels n'ayant eu aucune partenaire sexuelle féminine au cours de l'année écoulée, mais celle-ci s'explique principalement par une baisse du nombre d'hommes ayant eu une seule partenaire féminine, et dans une moindre mesure par une baisse du nombre d'hommes ayant eu deux partenaires féminines. La prévalence des hommes hétérosexuels ayant un grand nombre de partenaires sexuelles féminines n'a pas changé. Ainsi, ce que nous pouvons réellement observer, ce n'est pas qu'un petit nombre d'hommes ont des relations sexuelles avec de plus en plus de femmes, mais simplement que les hommes et les femmes ne parviennent pas à former des couples : la baisse la plus importante concerne les relations sexuelles entre personnes qui n'ont eu qu'un seul partenaire sexuel au cours de l'année précédente, c'est-à-dire les relations sexuelles approximativement monogames. Cela s'explique par le fait que l'un des principaux facteurs de la baisse de l'activité sexuelle est le déclin du mariage. Les personnes mariées ont plus de relations sexuelles, et pour la plupart des jeunes adultes, le mariage intervient plus tardivement, voire pas du tout. En conséquence, l'activité sexuelle est en baisse.

dimanche 14 septembre 2025

Société « systémiquement » dépressive

Un jeune sur quatre serait dépressif : la conclusion d’une récente étude sur la santé mentale des 15-29 ans a de quoi alarmer. Fondée sur un sondage auprès de 5633 jeunes, elle complète celles de Santé publique France, qui pointait, en 2021, la proportion inquiétante de 20,8 % des 18-24 ans touchés par la dépression, contre 11,7 % en 2017. Surtout, elle corrobore les innombrables constats du monde médical sur la détérioration de la santé mentale dans l’ensemble de la population française.

Les explications ne manquent pas, des inquiétudes quant à l’avenir (catastrophisme écologique, crises internationales) aux difficultés du quotidien : fin du monde et fin du mois se conjuguent pour déprimer le moi. Pandémie et stress des confinements sont régulièrement pointés du doigt. Mais si ces causes conjoncturelles sont réelles, on est tenté de dire que la conjoncture a bon dos. Et que ces explications ont surtout pour mérite d’éviter de remettre en question le modèle de société “systémiquement” anxiogène que les élites qui nous gouvernent ont peu à peu mis en place.

Car, oui, la vie est source d’angoisses, et cela est aussi vieux que l’expulsion d’Adam et Ève du jardin d’Éden. La peur du lendemain, la crainte du chômage ou de la maladie, des guerres ou des catastrophes naturelles : quelle époque peut se vanter d’y avoir échappé ? L’existence n’a jamais été autre chose qu’un processus de conjuration de ces inquiétudes universelles. Mais les sociétés traditionnelles avaient une arme fatale pour contourner ces angoisses : elle s’appelait “stabilité”. Pour répondre aux peurs du quotidien, il n’est de meilleur refuge que des points fixes qui nous permettent de constater jour après jour que le monde n’est pas seulement le lieu de l’imprévu, du bouleversement, de la menace, de l’accident toujours possible, mais aussi et surtout un lieu familier, constant, où nos existences étonnamment fragiles résistent malgré tout aux aléas parce qu’elles sont fondées sur le roc des solidarités humaines, des communautés, des traditions, de l’histoire longue. Comme le note Roger Scruton dans Conservatisme (Albin Michel) : « Au cours d’une vie, les habitudes, les lieux, les réseaux, les institutions et les manières d’être partagées augmentent l’étendue de nos attachements et suscitent le sentiment d’être chez soi dans le monde parmi les choses et les êtres connus et dignes de confiance. Le sentiment de familiarité et de confiance nous est précieux, sa perte est une source d’angoisse et de regret. »

Or, au lieu de conforter tout ce qui nourrit ce précieux sentiment de familiarité et de confiance, nos sociétés, depuis des décennies, se sont ingéniées à le saper. Sacrifiant au bougisme et à l’idolâtrie de la nouveauté, le progressisme a minutieusement banni tout élément de stabilité de nos sociétés : on a décomposé la famille, sacrifié les identités locales à une mondialisation abstraite, promu la mobilité au détriment de l’enracinement, l’individualisme au détriment de la communauté ; un État providence anonyme s’est substitué aux solidarités concrètes; on a sacrifié l’enseignement de l’histoire et de la culture générale et, des billets de banque aux plaques d’immatriculation des voitures en passant par les noms des provinces, on a systématiquement gommé tous les symboles qui nous rappelaient que nous venons de quelque part. On a consciencieusement bâti une société liquide qui, dénonce le sociologue Zygmunt Bauman, a abouti à la création d’un « lumpenprolétariat spirituel » qui, n’ayant plus rien de concret et de stable à quoi se raccrocher, s’agrippe à des bouées illusoires qui ne font que l’enfoncer davantage dans le vide existentiel: sans surprise, les symptômes de dépression croissent à mesure du temps passé sur les réseaux sociaux.

Mais il est un critère que cette étude a oublié d’aborder: celui de la vie spirituelle. D’autres enquêtes ont montré que la prière était un moyen efficace de conjurer la dépression. Il n’y a là nulle pensée magique : quel point de repère plus stable que de croire que nous avons été aimés de toute éternité par le Dieu qui nous a créés et qu’il nous appelle à partager sa félicité éternelle ? Cette espérance-là, nos élites ont voulu l’éteindre au nom des Lumières et, ce faisant, elles ont plongé l’Occident dans l’obscurantisme de la désespérance. 

Source : Laurent Dandrieu, Valeurs actuelles



samedi 12 juillet 2025

Un cerveau seul est un cerveau atrophié

Dans son nouvel ouvrage, Quand on tombe amoureux, on se relève attaché (Odile Jacob), le neuropsychiatre Boris Cyrulnik nous ouvre les portes du cerveau humain afin de comprendre les désordres affectifs et émotionnels qui empêchent les nouvelles générations de tomber amoureuses et s’attacher durablement.

Présentation de l'éditeur

« L’amour ne frappe pas au hasard. Ce merveilleux moment ne touche que ceux qui y sont disposés.


Toute notre vie, on peut réveiller l’empreinte amoureuse que l’on croyait engourdie.

Ceux qui ont bénéficié d’un attachement sécurisé sont les plus faciles à aimer, mais certains se sentent plus à l’aise avec un attachement apaisé et moins fiévreux que l’amour intense, parfois source d’angoisse.

Ceux qui, dans leur enfance, ont connu un désert affectif ont tendance à croire qu’ils ne sont pas aimables puisqu’ils n’ont jamais été aimés ; quand on les aime, ils pensent qu’ils ne le méritent pas et qu’on va à nouveau les abandonner. Il est alors difficile de tisser un lien d’attachement.

L’amour fait parfois peur et l’attachement parfois emprisonne. Faudra-t-il inventer de nouvelles cours d’amour pour retrouver le plaisir d’aimer ? » B. C.

Un grand livre émouvant et profond.

Boris Cyrulnik y déploie son talent d’écrivain, unique, pour mettre des mots sur ce que nous ressentons.

Quand on tombe amoureux, on se relève attaché
de Boris Cyrulnik 
chez Odile Jacob
publié le 5 mars 2025
à Paris
289 pp.
ISBN-10 : 241500519-3
ISBN-13 : 978-241500519-1

 

dimanche 15 juin 2025

L'Occident a cessé de perdre sa religion

Après des décennies de sécularisation croissante en Occident, le christianisme tient bon et gagne du terrain auprès des jeunes.

Pendant des décennies, la pratique religieuse qui connaissait la plus forte croissance aux États-Unis était l'absence totale de religion. En 1990, seuls 5 % des Américains se déclaraient athées, agnostiques ou ne croyant « en rien en particulier ». En 2019, environ 30 % ont coché ces cases. Ceux qui ont quitté les bancs de l'église sont devenus plus libéraux sur le plan social, se sont mariés plus tard et ont eu moins d'enfants. Les églises, où la moitié des Américains se retrouvaient autrefois chaque dimanche, ont perdu de leur importance dans la vie civique. Pourtant, pour la première fois en un demi-siècle, la marche de la sécularisation s'est arrêtée (voir graphique 1).

Il en va de même ailleurs. Au Canada, en Grande-Bretagne et en France, la proportion de personnes déclarant aux sondeurs qu'elles sont non religieuses a cessé d'augmenter. Dans sept autres pays d'Europe occidentale, elle a nettement ralenti, n'augmentant que de trois points de pourcentage depuis 2020, contre une hausse de 14 points au cours des cinq années précédentes. Ce ralentissement coïncide avec une pause dans le déclin à long terme de la part de la population chrétienne dans ces mêmes pays. Cela suggère que le ralentissement de la sécularisation est dû à une diminution du nombre de personnes quittant le christianisme, plutôt qu'à la croissance d'autres religions, telles que l'islam, ainsi qu'à une augmentation surprenante de la foi chrétienne chez les jeunes, en particulier ceux de la génération Z (nés entre 1997 et 2012).

« J'ai essayé l'alcool, j'ai essayé les fêtes, j'ai essayé le sexe... rien de tout cela ne fonctionne », explique Eric Curry, de l'université Pace, en rapportant ce que ses pairs disent à propos de leurs tentatives pour surmonter la dépression, l'ennui et la solitude. « Les jeunes cherchent et recherchent profondément la vérité. » M. Curry affirme que son récent baptême a été la meilleure décision de sa vie.

La longue montée du sécularisme, que Ryan Burge, de l'université Eastern Illinois, qualifie de « tendance dominante dans la démographie des dernières décennies », a façonné de nombreux aspects de la société occidentale. Cela va des attitudes plus permissives envers le mariage homosexuel et l'avortement aux perspectives de croissance économique. Son arrêt soudain, et son possible renversement dans certains endroits, sont surprenants.

L'explication la plus plausible selon The Economist pour ce changement de tendance est la pandémie de Covid-19. Les confinements, l'isolement social et les chocs économiques ont touché presque tous les pays et toutes les tranches d'âge à peu près au moment où les données sur les croyances religieuses ont atteint un point d'inflexion. C'est particulièrement le cas pour la génération Z, dont les premières années de vie adulte ont été perturbées, laissant de nombreux jeunes seuls ou déprimés et en quête de sens.

« La pandémie a vraiment été un catalyseur » qui m'a poussé vers la religion, explique Sarah, une étudiante de 20 ans à la Liberty University, qui a grandi loin d'une église mais s'est convertie après avoir rejoint un groupe d'étude biblique sur Zoom pendant le confinement. « Probablement plus de 75 % de mes amis chrétiens sont devenus chrétiens depuis la pandémie. » 

Cette tendance semble s'être maintenue au-delà de la tourmente du Covid-19. Dans trois enquêtes menées en 2023-2024, la proportion de jeunes Américains se déclarant chrétiens est passée de 45 % à 51 %. Les « sans religion » ont diminué de quatre points, pour atteindre 41 %. À Harvard, bastion progressiste qui a vu le jour sous la forme d'un séminaire puritain, la moitié des étudiants de premier cycle ont assisté à un événement organisé par l'aumônier ou à un service religieux au cours de cette année universitaire. Tammy McLeod, aumônière à l'université depuis 25 ans, considère également la Covid-19 comme un tournant : « Les gens en avaient assez d'être seuls. » Depuis lors, « nos effectifs sont plus importants et ne diminuent pas après le début du semestre ». Les aumôniers d'autres campus constatent la même chose.

Dans les 14 pays occidentaux étudiés par l'institut de sondage Pew, davantage de personnes (souvent deux fois plus) ont déclaré que leur foi avait été renforcée par la pandémie plutôt qu'affaiblie. Plus d'un quart des Américains ont vu leur foi se renforcer, selon Gregory Smith, expert en religion chez Pew. Les recherches menées par Jeanet Sinding Bentzen, économiste à l'université de Copenhague, montrent que les recherches sur Internet concernant la prière et d'autres pratiques religieuses ont explosé dans presque tous les pays en 2020 (voir graphique 2).

Pippa Norris, de Harvard, et feu Ronald Inglehart ont fait valoir qu'en période d'insécurité existentielle, les gens ont tendance à se tourner vers la religion pour trouver du réconfort. La religion peut expliquer la souffrance, offrir de l'espoir et procurer un sentiment d'ordre moral et de solidarité communautaire, ont-ils écrit. La participation aux services religieux (souvent en ligne) a augmenté en Italie en 2020, en particulier dans les régions les plus touchées par le virus. Les recherches précédentes de Mme Bentzen sur la dévotion après les tremblements de terre – un autre type de choc – montrent que la religiosité tend à rester élevée jusqu'à 12 ans après une catastrophe.

C'est moi là dans le coin

Les jeunes hommes s'intéressent de plus en plus à Dieu, bouleversant ainsi une norme qui transcende les cultures et les époques : celle selon laquelle les femmes sont le sexe le plus pieux. Aux États-Unis, les femmes de la génération Z sont désormais plus susceptibles de n'avoir aucune affiliation religieuse que leurs homologues masculins, selon une étude réalisée par l'American Enterprise Institute, un groupe de réflexion. Au Royaume-Uni, un sondage YouGov réalisé auprès de quelque 13 000 personnes a révélé que 21 % des jeunes hommes qui se déclarent chrétiens fréquentent désormais l'église, contre seulement 4 % en 2018, contre 12 % des jeunes femmes. L'une des raisons de cette divergence est que les femmes trouvent de plus en plus que l'Église est en décalage avec leurs opinions censément plus progressistes.

Alors que les jeunes Américains se tournent vers la religion, les Américains plus âgés sont moins nombreux à l'abandonner. Entre 2020 et 2024, la proportion de chrétiens dans l'ensemble de la population n'a baissé que d'un point de pourcentage. Auparavant, elle diminuait d'autant chaque année. Si l'on examine de plus près chaque génération, la proportion de chrétiens est restée stable ou a augmenté au cours des quatre dernières années dans toutes les tranches d'âge, à l'exception de la génération Y. Les baby-boomers, par exemple, étaient 7 points plus chrétiens (79 %) qu'en 2020. Dans l'ensemble, le ralentissement des abandons religieux sur plusieurs générations et la hausse inattendue chez les jeunes ont conduit la proportion de chrétiens dans la population américaine à se stabiliser autour de 62 % depuis 2020.

Des forces similaires sont à l'œuvre ailleurs 

L'Espagne, le Portugal, l'Italie et la Finlande, entre autres, ne sont pas moins chrétiennes aujourd'hui qu'elles ne l'étaient en 2019, selon l'analyse de grandes enquêtes européennes (voir graphique 4). Certains pays, comme l'Autriche et l'Irlande, continuent de se séculariser, mais à un rythme plus lent qu'auparavant. La proportion de personnes en Occident qui ont déclaré à l'institut de sondage Gallup que la religion était importante dans leur vie quotidienne a régulièrement diminué entre 2006 et 2019. Mais au cours des cinq dernières années, ce chiffre s'est stabilisé. En Irlande, par exemple, 58 % des personnes interrogées déclaraient il y a vingt ans que la religion était importante dans leur vie quotidienne ; en 2018, ce chiffre était de 48 % et il est resté stable depuis.

Comme aux États-Unis, ce phénomène s'explique par un ralentissement des départs de l'Église et un regain d'intérêt chez les jeunes. Les départs actifs de l'Église de Suède ont diminué au cours des cinq dernières années, et les baptêmes chez les jeunes adultes ont plus que doublé depuis 2019, note Andreas Sandberg, responsable des registres. L'analyse du British Election Survey montre que la part de la population laïque et chrétienne est stable depuis 2020. Plus intéressant encore, la part des personnes non religieuses de la génération Z a diminué chaque année au cours de la même période .

Comme il y a moins de chrétiens de naissance de nos jours, de nombreux membres de la génération Z qui s'identifient aujourd'hui à une religion le font pour la première fois de leur vie. Certains se lancent littéralement à corps perdu. En France, les baptêmes d'adultes à Pâques cette année ont bondi de 45 % pour atteindre plus de 10 000, le chiffre le plus élevé depuis 20 ans. Deux sur cinq d'entre eux étaient des membres de la génération Z, soit le double de la part enregistrée en 2019. Les baptêmes ont également augmenté en Autriche et en Belgique. En 2023, dernière année pour laquelle des données sont disponibles, le nombre de convertis à l'Église de Norvège a doublé pour atteindre 4 000.

Les données indiquant un ralentissement de la sécularisation sont claires. Ces conclusions sont cohérentes dans plusieurs grandes enquêtes annuelles, notamment celles menées auprès de près de 25 000 adultes dans une étude de Harvard, de 37 000 personnes dans une enquête Pew et de 12 000 personnes dans une enquête Gallup. Mais ce qui est moins clair, c'est de savoir s'il s'agit d'un plateau ou d'un inflexion durable. Une partie de la réponse dépend peut-être des autres causes qui contribuent à ce changement, outre la pandémie. « Nous ne savons pas s'il s'agit d'une accalmie temporaire ou si nous assistons à la fin d'une longue vague de sécularisation », explique David Campbell, de l'université de Notre Dame, dans l'Indiana. Et personne ne sait avec certitude pourquoi les gens ont cessé de quitter l'Église ni comment expliquer la piété des jeunes.

L'immigration peut-elle expliquer pourquoi la sécularisation s'est stabilisée dans de nombreux pays occidentaux ? Probablement pas. Aux États-Unis, les nouveaux arrivants ont tendance à être moins chrétiens que les natifs, ce qui fait d'eux un frein plutôt qu'un moteur pour la part chrétienne, note M. Smith. Les migrants en Europe ont également tendance à être non chrétiens et plus jeunes que la population locale. Leur présence n'explique pas le plateau atteint par la part chrétienne de la population, ni la pause du sécularisme dans un large éventail de groupes d'âge.

Ce n'était qu'une illusion

Au contraire, des changements culturels plus larges semblent jouer un rôle. Pendant la majeure partie des deux dernières décennies, Dieu a fait l'objet d'une mauvaise publicité, tandis que l'athéisme a trouvé une place dans la culture populaire. Des livres tels que « The God Delusion » (L'illusion divine) de Richard Dawkins, un professeur d'Oxford qui, en 1996, a comparé la religion au virus de la variole, ou « God is Not Great » (Dieu n'est pas grand) du feu Christopher Hitchens, journaliste, sont devenus des succès de librairie. Aujourd'hui, cependant, ce sont les ventes de la Bible qui sont en plein essor (en hausse de 22 % en Amérique l'année dernière).

Selon Stephanie Kramer, également membre du Pew Research Center, le principal facteur de sécularisation en Occident au cours des dernières décennies a été l'abandon de la religion par les individus. La perte de la foi a eu un impact bien plus important sur les chiffres que le vieillissement, les migrations ou la fécondité. Ainsi, si l'exode net des croyants devait prendre fin, comme cela semble être le cas actuellement, les chrétiens conserveraient leur majorité en Amérique pendant au moins les 50 prochaines années, prédit Mme Kramer, au lieu de passer sous la barre des 45 % comme prévu précédemment. 

Une explication potentielle sur le long terme de l'arrêt de ce déclin, à savoir la natalité de plus en plus divergente entre croyants féconds et athées relativement stériles, ne figure pas dans l'article du Economist.

Source : The Economist

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