Affichage des articles dont le libellé est autonomie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est autonomie. Afficher tous les articles

mercredi 28 mai 2025

Les menaces américaines rapprochent le Groenland du Danemark

La peur de l'invasion mine le mouvement antidanois.

LES ESPIONS AMÉRICAINS disposent de formidables outils de collecte de renseignements. Chaque jour, ils peuvent être en train de siphonner les relevés téléphoniques de terroristes présumés ou de suivre les troupes russes en Ukraine.

Aujourd'hui, cependant, les espions peuvent être amenés à espionner une cible beaucoup plus proche de chez eux : le Groenland. Selon un récent rapport du Wall Street Journal, l'administration Trump a demandé à ses agences de renseignement, notamment la CIA et la National Security Agency, d'intensifier la surveillance du mouvement indépendantiste du Groenland et d'identifier les habitants favorables aux projets américains sur l'île arctique.

Il s'agit du dernier rebondissement en date dans la volonté affichée du président Donald Trump d'acheter ou de conquérir ce territoire autonome de 56 000 habitants, qui fait partie du royaume du Danemark. Une visite en mars du vice-président, J.D. Vance, au cours de laquelle il a affirmé que le Danemark n'avait « pas fait du bon travail pour les habitants du Groenland », avait déjà fait monter la pression.

Mais les allégations d'espionnage ont suscité l'indignation générale des Groenlandais et des Danois. « L'espionnage à l'encontre d'un allié et d'un partenaire est totalement inacceptable », a déclaré Jens-Frederik Nielsen, premier ministre du Groenland. Le gouvernement danois a rapidement convoqué l'ambassadeur des États-Unis pour lui faire passer un savon. Les législateurs envisagent de fermer le consulat américain à Nuuk, la capitale.

L'intérêt initial de M. Trump pour le Groenland, et la frénésie médiatique qui s'en est suivie, ont contribué à raviver le débat sur l'indépendance du Groenland. Mais ses prédations continues semblent désormais avoir l'effet inverse : Le Groenland et le Danemark se rapprochent.

Les élections au parlement groenlandais, qui compte 31 membres, ont permis aux Démocrates de l'opposition de remporter une majorité écrasante, eux qui sont favorables à des liens plus étroits avec le Danemark et à une évolution plus lente vers l'indépendance. La nouvelle coalition au pouvoir a déclaré qu'elle ferait preuve de prudence en ce qui concerne l'indépendance (c'est-à-dire qu'elle n'est pas près d'y parvenir).

Les relations entre le Groenland et le Danemark se réchauffent sensiblement. Lors d'une visite à Copenhague fin avril, M. Nielsen a convenu avec Mette Frederiksen, premier ministre danois, de faire front commun face aux menaces américaines « irrespectueuses ». M. Nielsen s'est envolé pour le Groenland en compagnie du roi du Danemark, Frederik X, pour une visite qui se voulait solidaire. Vêtu d'un manteau chaud orné des drapeaux danois et groenlandais, le roi a rencontré des centaines d'habitants autour d'un café au centre culturel de Nuuk.

Le gouvernement danois a accepté d'augmenter ses maigres dépenses pour la défense de l'Arctique. Pipaluk Lynge, président de la commission des affaires étrangères du parlement groenlandais, s'est félicité de la coopération avec le Danemark pour contrer les menaces américaines. «Nous ne pouvons pas nous en sortir sans eux.»

Les partisans de l'indépendance sentent une perte de vitesse. Kuno Fencker, un député au tempérament de feu, déplore la baisse de l'enthousiasme. « Les Groenlandais ont désormais très peur d'une invasion américaine », soupire-t-il, accusant la presse danoise et internationale d'attiser la paranoïa. La politique de l'île, habituellement sereine, est également devenue plus venimeuse. M. Fencker, qui s'est rendu à l'investiture de M. Trump en janvier, a porté plainte pour diffamation contre Aaja Chemnitz, une compatriote groenlandaise siégeant au parlement danois, après qu'elle a qualifié sa virée à Washington de menace pour l'intérêt national.

Pour l'instant, les menaces répétées de M. Trump ont masqué les frustrations de certains Groenlandais face à l'héritage de la domination coloniale danoise. Mais les vieilles blessures sont profondes.

L'une des questions névralgiques reste celle des 4 500 filles et femmes inuites auxquelles des médecins danois ont posé de force des stérilets contraceptifs dans les années 1960 et 1970. De nombreux Groenlandais affirment qu'il s'agit d'une forme de génocide. Le gouvernement danois n'a pas encore présenté d'excuses officielles. Les résultats d'une enquête conjointe sont attendus en septembre, ce qui pourrait entraîner une nouvelle vague de soutien à l'indépendance. « Nous avons perdu une bataille », concède M. Fencker. « Mais la guerre n'est pas terminée ».

Source: The Economist



vendredi 2 août 2024

Madrid ne pourra plus lever d'impôt en Catalogne selon un préaccord

Le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, à gauche et le président de la Généralité catalane Pere Aragonès

Le Parti des socialistes de Catalogne (PSC), arrivé premier mais sans majorité absolue aux élections régionales de mai dernier, est parvenu à un « préaccord » avec la gauche indépendantiste catalane (ERC). Le pacte prévoit que les députés régionaux d’ERC votent l’investiture du candidat socialiste, Salvador Illa, à la tête de la région, en échange d’une série de conditions programmatiques dont la plus spectaculaire concerne les impôts. Le PSC s’engage, avec le feu vert du gouvernement espagnol du socialiste Pedro Sanchez, à céder à la région la capacité de lever l’ensemble des impôts sur son territoire, à lui transférer les compétences en matière de gestion et de contrôle fiscal, et à plafonner sa contribution au pot commun.

Des deniers publics qu’elle percevrait donc par elle-même, la Catalogne consentirait à en reverser une fraction à l’état. Fonds qui serviront d’un côté au remboursement des politiques régaliennes (défense, sécurité…) payées par Madrid et dont bénéficie la Catalogne, et de l’autre à une solidarité avec les territoires moins favorisés. Mais cette solidarité sera limitée par le principe dit d’ordinalité. Lequel, inscrit noir sur blanc dans l’accord, est une vieille revendication des indépendantistes catalans qui limite la redistribution fiscale. En clair, si la Catalogne, parce qu’elle a sur son sol davantage de contribuables aisés que d’autres régions, est la deuxième contributrice par habitant, elle doit être la deuxième réceptrice des fonds versés par l’état. Et ce indépendamment des besoins de ses habitants.

Le projet doit encore être entériné par un vote des militants de la gauche indépendantiste (ERC), prévu ce vendredi, puis traduit par une loi dont il n’est pas dit qu’elle convainque la majorité des députés espagnols. Sur le papier, le plan ressemble beaucoup à ce qui existe déjà au Pays basque et en Navarre depuis le retour de l’Espagne à la démocratie, un système hérité de privilèges féodaux. Sauf que le PIB catalan représente 19% du PIB espagnol, contre 6 % pour le Pays basque et 1,7 % pour la Navarre.

« L’état ne peut pas se permettre de renoncer à lever l’impôt sur près de 30 % de son économie, dans trois des régions les plus riches en PIB par habitat, résume Ignacio Zubiri, professeur de finances publiques à l’université du Pays basque (UPV). C’est un jeu à somme nulle. Tout le monde perd sauf la Catalogne, qui gagne. Si cette dernière ne participe plus, ou très peu, à la solidarité nationale, il ne restera que la région de Madrid pour financer l’éducation ou la santé publique des communautés les moins dotées. Et face à une crise économique, il n’y aura plus que les pauvres à qui augmenter les impôts. » Zubiri souligne enfin le paradoxe de confier les clés du Trésor public à qui promeut la partition du pays.

« Imaginez un instant qu’au moment de déclarer l’indépendance, en 2017, ils aient eu la main sur tous les impôts… »

La proposition catalane scandalise les autres communautés autonomes, l’opposition de droite et même une partie significative des « barons » du Parti socialiste espagnol (PSOE). « Ça suffit ! », s’est rebellé le président socialiste de la Castille-la Manche, Emiliano Garciapage, connu pour sa liberté de ton et, cette fois-ci, suivi par plusieurs homologues d’ordinaire plus réservés.

«Qu’une communauté autonome exige de recevoir autant que ce qu’elle apporte est obscène et honteux. Botin (la multimillionnaire PDG de la banque Santander, NDLR) ne doit pas recevoir autant que ce qu’elle paie », a-t-il illustré.

Le texte prévoit que dès 2026 l’agence des impôts catalane, qui ne gère aujourd’hui que des taxes mineures, perçoive elle-même l’impôt sur le revenu.

Conscients, peut-être, que la quasi-indépendance fiscale n’est pas acquise, les signataires ont prévu toute une série de dispositions transitoires, dont le fameux principe d’ordinalité et en plus une augmentation « substantielle » des transferts de l’État dans la région.

samedi 25 février 2023

Écosse : démission de la Première ministre qui privilégiait le wokisme à l'indépendance

Pour le chroniqueur du Devoir ce vendredi 24 Christian Rioux qui résume l'impact de cette démission et les leçons à en tirer :

Comment le SNP, qui se préparait à une élection référendaire en 2024, se remettra-t-il de cette démission ? Après quatre mandats consécutifs, la chute est rude et pourrait éloigner d’autant la tenue d’un nouveau référendum. L’épisode est néanmoins caractéristique de cette tendance qui pousse de nombreux partis de gauche à vouloir complaire à leur aile la plus radicale dont les revendications heurtent la plupart du temps le sens commun de la population. Dans de nombreux pays, on a vu ces partis s’aliéner les classes populaires en s’enfermant dans des combats sociétaux qui ne préoccupent qu’une infime minorité. Chez certains indépendantistes, comme au Québec et en Écosse, cette tendance est accentuée par la crainte viscérale d’être qualifié de conservateurs, de pas assez progressistes ou, pire, d’identitaires ! Incapables de se remettre en question, les voilà dans la peau du coyote de Road Runner [Bip Bip et Coyote] qui continue à courir au-dessus du précipice longtemps après avoir quitté la terre ferme.


Notre billet du 15 février 2022

 

La Première ministre écossaise Nicola Sturgeon a annoncé sa démission mercredi après huit ans au pouvoir, un départ qui porte un coup aux velléités d’indépendance dans la nation britannique.

Celle qui a encore décrit mercredi l’indépendance écossaise comme le combat d’une vie, qu’elle portait avec patience et détermination face à l’opposition de Londres, a décidé de jeter l’éponge, expliquant que l’énergie lui manquait après plus de 15 ans à des postes de responsabilité.

Jusqu’à récemment très populaire, fragilisée par sa gestion du dossier transgenre en Écosse, la dirigeante de 52 ans a indiqué devant la presse à Édimbourg qu’elle céderait son poste dès que le Parti national écossais (SNP) aurait désigné son successeur.

Nicola Sturgeon avait appuyé un projet de loi qui permettait aux personnes qui se disent trans d’obtenir un certificat de reconnaissance de genre (GRC) sans diagnostic médical. Le projet de loi permettait aussi désormais aux jeunes de 16 et 17 ans de demander un GRC et réduisait le temps qu’une personne devait assumer ce nouveau « genre » déclaré avant de pouvoir obtenir le document à six mois.
 
Nicola Sturgeon quitte la salle de presse de sa résidence
 
Le gouvernement central britannique avait déclaré qu’il utiliserait l’article 35 de la loi sur l’Écosse pour empêcher le projet de loi écossais sur la réforme de la reconnaissance du genre de devenir loi. Mme Sturgeon avait alors déclaré qu’elle avait l’intention de contester cette opposition de la part du gouvernement central. Elle en fit un cheval de bataille nationaliste. Elle s’insurgea sur Twitter contre cette « attaque frontale contre notre Parlement écossais élu démocratiquement et sa capacité à prendre ses propres décisions ». 
 
Photo de 2018
Le projet souleva également l’ire d’organisations féministes traditionnelles regroupées sous la bannière For Women Scotland. Ce texte, disaient-elles, aurait permis à des prédateurs sexuels d’accéder à des espaces réservés aux femmes, mettant ainsi en cause leur sécurité. C’est ce que fit en 2017 la trans Karen White (auparavant nommée David Thompson, photo ci-contre), accusée d’agressions sexuelles contre quatre détenues d’une prison du West Yorkshire, le tout en trois mois. Karen White/David Thompson été condamné à perpétuité pour avoir violé deux femmes et agressé sexuellement deux détenus à la prison de sa majesté de New Hall.

La créatrice de la série Harry Potter, J. K. Rowling, qui réside à Édimbourg, se jeta aussi dans la bataille, affirmant que Nicola Sturgeon faisait fi des droits des femmes les plus élémentaires. Peu avant, Mme Sturgeon n’avait pas hésité à qualifier ses opposants de « misogynes, transphobes et racistes ». Des qualificatifs pour le moins définitifs alors que 65 % des Écossais se disaient opposés à cette réforme.

Tout cela serait demeuré théorique si la Première ministre n’avait été obligée, un mois à peine après son adoption, de désavouer sa propre législation. La cause immédiate du départ de Nicola Sturgeon fut sa mauvaise gestion de la débâcle d’Isla Bryson.

Isla Bryson est un homme écossais (né Adam Graham) de 31 ans qui se dit être femme. Il a été reconnu coupable en janvier 2023 des viols de deux femmes qu’il avait commis avant « sa transition ». L’affaire a suscité la controverse après que Bryson a été renvoyé dans une prison pour femmes en attendant sa condamnation. Cette décision a soulevé des questions sur la sécurité des femmes à la suite de l’adoption par le Parlement écossais du projet de loi sur la réforme de la reconnaissance du genre (Écosse), Un projet de loi conçu pour permettre aux personnes transgenres en Écosse de changer plus facilement et légalement de sexe. À la suite de la controverse sur l’affaire Bryson, le service pénitentiaire écossais a annoncé un « examen urgent » des cas transgenres au sein de ses prisons, interrompant le mouvement de tous les prisonniers trans pendant que l’examen était en cours. Après l’examen, il a été annoncé qu’à l’avenir les détenus transgenres seraient initialement logés en fonction de leur sexe à la naissance, tandis qu’une évaluation a été effectuée pour déterminer s’il était approprié de les loger dans le domaine pénitentiaire masculin ou féminin.

Chaque fois que les féministes (vieille école) attirent l’attention sur le risque que les violeurs masculins finissent par être incarcérés dans des prisons pour femmes si l’on cède trop facilement à leur prétention d’auto-identification, les militants des droits des trans les accusent inévitablement du sophisme de l’« épouvantail » et d’agiter des peurs irrationnelles en évoquant des situations très peu probables.

Une manifestation contre l’emprisonnement d’hommes qui se disent femmes dans les prisons pour femmes a eu lieu devant le parlement écossais le jeudi 9 février.

Mais Isla Bryson fut l’épouvantail qui prit vie et Sturgeon perdit pied quand elle dut admettre la contradiction évidente entre ses déclarations wokes que les « femmes trans » [hommes qui se disent femmes] sont des « femmes », mais que dans certains contextes ces « femmes trans » ne seraient pas traitées comme des femmes (à savoir les prisons). Après s’être mis à dos les conservateurs sociaux, elle s’aliénait les radicaux pro-trans et les partisans de la cohérence.

Avec un peu de recul, il semble évident que l’erreur de Sturgeon fut de promouvoir un projet de loi trop woke, car il était prévisible que ce genre d’incidents devait discréditer le projet de loi sur la réforme de la reconnaissance du genre. Projet de loi que Sturgeon appuyait de tout son poids. Si le scandale n’était pas né au sujet de violeurs mâles envoyés en prison pour femmes, il aurait pu naître d’incidents similaires dans des refuges, des vestiaires ou des toilettes pour femmes. 
 
Dans une enquête publiée le dimanche 12 février dans le Herald Scotland, parmi ceux qui ont exprimé leur opinion, plus des trois quarts (76 %) ont déclaré qu’ils pensaient que les projets du gouvernement écossais de modifier la loi sur la reconnaissance du genre poseraient un risque pour la sécurité des femmes dans les espaces qui leur sont réservés, tels que les vestiaires, les services hospitaliers et les prisons. Un peu moins du quart (24 %) n’étaient pas d’accord.

Le projet facilitant « le changement de genre » s’est mué en baroud pour Nicola Sturgeon, la colline où l’indépendantiste devait s’immoler. Sturgeon n’a pas réussi à s’excuser, à enterrer ou réviser son projet woke et glauque. La lutte pro-trans était devenue plus importante pour elle, semble-t-il, que la souveraineté de l’Écosse.

Dimanche dans un sondage Panelbase pour le Sunday Times, 42 % des personnes interrogées pensaient que Sturgeon devrait démissionner maintenant, tandis que 45 % ont déclaré qu’elle devrait rester Premier ministre jusqu’au moins la prochaine élection parlementaires au plus tard en mai 2026, et 13 % ne savaient pas.

Jeudi passé, l’ancien chef du Parti national écossais, Alex Salmond déclara que Nicola Sturgeon devrait peut-être démissionner à moins qu’elle n’abandonne son plan de modification de la loi sur les transgenres. Il accusait la Première ministre d’alors de détruire 30 ans de campagne en faveur de l’indépendance écossaise en insistant sur une refonte « absurde ».

On apprenait ce matin que la Ministre qui a quitté le gouvernement à cause de la réforme de la loi sur le genre dit vouloir participer à la course à la direction du SNP, le parti indépendantiste écossais.

Voir aussi 

États-Unis — Viol d’une élève dans les toilettes pour filles, sodomisée par un élève trans, couvert par des autorités scolaires (m à j)

Canada — Homme qui a violé un bébé a été discrètement transféré en prison pour femmes.

Un Canadien qui a été reconnu coupable du viol horrible d’un bébé de 3 mois a commencé à s’identifier comme transgenre pendant son incarcération et est actuellement détenu dans un établissement correctionnel pour femmes avec une unité mère-enfant.

En 1997, Adam Laboucan agressa sexuellement un petit garçon de trois mois à Quesnel, en Colombie-Britannique. Laboucan avait 15 ans à l’époque et avait été engagé pour garder l’enfant. Le nourrisson a été si brutalement blessé par l’attaque qu’il a dû être transporté par avion à Vancouver, à 410 miles de là, pour subir une chirurgie reconstructive (plus de détails).

samedi 27 février 2021

« La bagnole, instrument de souveraineté »

Recension par Éric Zemmour du livre
Prendre la route de l’Américain Matthew Crawford. Un bel éloge de la voiture par un auteur original et un philosophe qui se méfie autant des leçons de morale des progressistes que de l’impérialisme des GAFAM.

C’est une photo publiée par le New York Times de janvier 2019 qui n’a pas retenu l’attention des médias français : un vélo brûlé par des « gilets jaunes ». Un vélo comme symbole d’un mode de vie, celui des métropoles, et de leurs habitants, « vaste troupeau de moralistes arrogants à bicyclette ou en scooters électriques et de fondamentalistes anti-carbone ». Le vélo comme l’anti-bagnole. Le vélo comme l’ennemi du peuple.

Tout le monde se souvient que la révolte des « gilets jaunes » est partie d’une protestation contre une nouvelle taxe sur l’essence et la réduction de la vitesse autorisée sur les routes nationales et départementales. À la même époque, les automobilistes allemands endossaient un gilet jaune pour dénoncer un projet de limitation de vitesse sur les autoroutes ; et quelques années auparavant, la révolte des chauffeurs de taxis londoniens contre Uber avait été un déclencheur non négligeable de la campagne du Brexit.

« Beaufs » populistes

La concomitance de ces événements n’a pas échappé à Matthew Crawford. Notre auteur est un original. Enseignant la philosophie à l’université de Virginie, il tient aussi un atelier de réparation de motos. Dans un précédent ouvrage, Éloge du carburateur, il avait marié avec art ses deux passions. Il récidive dans son dernier livre avec l’automobile. Il y mélange de manière explosive (comme le moteur !) des récits de courses dans le désert, des expériences de laboratoire autour de rats conducteurs, ou son inlassable travail de réhabilitation d’une Coccinelle rouge de 1975 sans cesse menacée par la rouille, à des réflexions philosophiques sur la liberté et la responsabilité, et l’histoire de l’automobile. Il y a dans ce livre un côté Gran Torino, ce superbe film dans lequel Clint Eastwood campait un ancien combattant de la guerre de Corée amoureux de sa belle américaine, seule tâche de beauté et de luxe dans un univers urbain en déréliction.

Ne nous y trompons pas : derrière une apparence loufoque et fantaisiste, et son humour très anglo-saxon, le propos de notre auteur est éminemment politique. Que nous dit-il ? Que la conduite automobile est le symbole de la liberté et de la responsabilité individuelle. Que les amoureux de la bagnole ne sont pas des « déplorables », comme dit Hillary Clinton, des « beaufs » populistes, comme pensent les élites progressistes françaises. Que le développement passé de l’automobile n’a pas été le produit de l’anarchisme individualiste, comme le prétendent les écolos, mais le résultat d’une programmation d’un État planificateur et progressiste. Que le coût des voitures a quasiment doublé entre 1977 et 2016. Que le plaisir de conduire a, dans le même temps, décliné au même rythme. Qu’« à partir des années 1990, les voitures sont devenues de plus en plus ennuyeuses à conduire (…) voitures de plus en plus lourdes avec pour objectif une isolation maximale par rapport à la route qui élimine tous les mécanismes de transmission tangibles ». Que « le plaisir de conduire, c’est le plaisir de faire quelque chose ; de sentir toutes nos facultés activement engagées dans un réel qui nous résiste ». Que la voiture d’aujourd’hui est truffée d’électronique et de sécurités ; qu’elle n’est plus du tout l’appendice de notre corps, à la manière d’un outil, mais un objet extérieur, étranger, comme un jeu vidéo. Que nous conduisons de plus en plus mal, car nous sommes de plus en plus distraits ; que « nous sommes tellement distraits au volant parce que nous conduisons déjà comme si nos voitures étaient autonomes » ; que « les accidents d’avion viennent de plus en plus de la confiance excessive des pilotes dans les systèmes automatisés ».

Voiture sans chauffeur

Crawford retourne nos préjugés avec maestria. Il oppose l’ordre américain au désordre italien, et chante le génie des automobilistes transalpins qui n’ont pas plus d’accidents par une transgression intelligente des règles. Il vante en même temps l’absence de limitation de vitesse sur les autoroutes allemandes, qui repose sur la grande confiance que les automobilistes germaniques éprouvent l’un envers l’autre.

Crawford n’est dupe de rien. Il a bien compris que les déclarations vertueuses des gouvernants sur la « sécurité au volant » ne sont pas exemptes d’arrière-pensées fiscales. Il le démontre avec des exemples très simples, comme le temps des feux orange réduit artificiellement, ou les radars installés dans des carrefours où les accidents sont rares. Pas étonnant, note-t-il, que les « gilets jaunes » aient détruit près de 60 % des radars français !

Crawford s’assume en nostalgique d’un monde qui disparaît. Il pointe le « dégoût de soi des hommes (surtout les hommes) au sein d’une société bourgeoise d’où la menace de danger physique a été presque entièrement extirpée ».

Mais il nous prévient sans ambages : ce monde ultra-sécurisé qui arrive tourne autour de la voiture sans chauffeur. Truffée d’électronique, elle sera l’instrument de notre colonisation par les Gafa. Il nous raconte comment le système de Street View, qui rend tant de services à tous ceux qui sont dépourvus de sens de l’orientation, a permis aussi à Google de rafler d’innombrables données personnelles des habitants des villes qu’elle cartographiait, en utilisant sans vergogne le Wi-Fi sur les réseaux privés, quand ses caméras passaient lentement autour des maisons. Crawford nous rappelle que le propre des empires est de vouloir connaître et accéder au plus près des territoires qu’ils dominent. La destruction du Paris moyenâgeux par Haussmann avait d’abord pour but d’assécher la veine révolutionnaire de la capitale française. Ce projet impérial est désormais porté non par les États, mais par les Gafa.

Sous son air d’intello loufoque, Crawford a choisi son camp. Il a vu la face noire du projet progressiste. Il a pris le parti de ceux qui sont sans cesse dénigrés et ostracisés. Il leur rend leur noblesse et retourne avec élégance les stigmates de leur condamnation. Il remet la souveraineté au cœur du projet démocratique, souveraineté individuelle au volant de sa voiture, comme souveraineté nationale. La rationalité et l’idéal des Lumières ne sont pas forcément du côté de ceux qui en parlent le plus. On a trouvé en Crawford, un lointain héritier de George Orwell et de sa fameuse « décence commune ».

Prendre la route,
par Matthew B. Crawford,
publié aux éditions de la découverte,
à Paris,
le 4 mars 2021, 356 pp.
ISBN-10 : 2 707 198 803


dimanche 8 décembre 2019

L’égalité des chances d’une inégale éducation

Jean-Philippe Delsol publie « Éloge de l’inégalité » aux éditions Manitoba. L’auteur s’insurge contre la doxa contemporaine qui voudrait que l’égalité soit la mesure de toute chose. Extraits. Jean-Philippe Delsol est avocat fiscaliste et président de l’Iref (Institut de recherches économiques et sociales).

L’éducation est paradoxalement le domaine où il peut régner la plus grande égalité parce qu’elle est l’objet de la plus grande inégalité par nature. L’éducation est en effet le lieu même où ceux qui savent apprennent à ceux qui ne savent pas encore. Par définition, elle enseigne ce que les générations passées ont déjà appris pour éviter que le petit d’homme ait à redécouvrir tout ce que les civilisations antérieures ont déjà découvert et le progrès que cela leur a permis. Elle apprend aussi, et c’est essentiel, à porter un regard critique pour pouvoir aller plus loin. Mais pour disposer de cet esprit interrogateur et constructif encore faut-il connaître l’état du savoir porté par les générations antérieures. Il s’agit donc d’une relation nécessairement inégale dans laquelle l’autorité enseigne les acquis en même temps qu’elle ouvre à leur questionnement. C’est le rôle en effet de la bonne tradition de délivrer « tout prêt » ce que des siècles ont permis d’accumuler de bon pour les hommes, ce qui a réussi dans le passé pour le porter plus loin. Sinon, il faudrait que chaque génération recommence sans fi n et nous en serions encore à l’âge de pierre.

Mais encore faut-il recevoir et acquérir cet enseignement. Sans l’éducation, les enfants recueillis par des animaux à la naissance ou peu après, comme plus simplement ceux que des parents laissent végéter dans la solitude d’un placard, comme cela arrive malheureusement encore quelquefois, demeurent sauvages et souvent restent attardés toute leur vie s’ils ne bénéficient pas d’un retour précoce à la civilisation et à l’apprentissage de leur monde. Les enfants d’homme, à l’inverse de ceux des animaux, naissent avec une capacité d’apprentissage, mais peu d’acquis. Ainsi, parce que cette transmission est donc si nécessaire à l’homme, parce qu’elle est constitutive de son devenir, les parents doivent bien entendu en avoir, les premiers, le souci, mais la collectivité doit sans doute légitimement veiller à ce que tous les enfants bénéficient de cette instruction et faire en sorte que chacun puisse recevoir celle qui lui est la plus adaptée de telle façon que la communauté des hommes appelés à vivre ensemble soit assurée que chacun peut faire prospérer ses propres talents et qu’aucun ne perde cette chance sauf à la rejeter lui-même. L’État n’a pas pour autant particulièrement vocation et n’a aucune obligation à prendre en charge lui-même l’enseignement, mais seulement le devoir de s’assurer que tous peuvent y accéder.

La réalité est que le monopole de l’instruction, qui a peut-être eu quelques mérites au temps des hussards noirs de la République, a désormais démontré son incapacité à délivrer les bases du savoir à tous et à promouvoir les élèves les plus prometteurs. Cette difficulté qu’a rencontrée l’école publique à remplir sa mission tient au fait qu’elle a voulu garantir l’égalité de niveau de tous les enfants et que, ce faisant, elle a dû les abaisser tous à l’étiage des plus médiocres à défaut de pouvoir relever celui de ces derniers. Mais plus fondamentalement, cette attitude a découlé naturellement de la centralisation du système scolaire joint à la volonté d’imposer plus que l’égalité des chances, une égalité sans retenue ni discernement, sans considération des différences et des attentes de chacun. L’échec de l’école tient souvent à la formation même des maîtres auxquels certains apprennent désormais à ne plus enseigner pour ne pas rompre le rapport naturel d’égalité avec leurs élèves.

La liberté scolaire viendrait rétablir une saine compétition entre les établissements scolaires pour faire ressortir les méthodes qui marchent et celles qui échouent et permettre aux parents de choisir entre eux. Elle répondrait mieux aux besoins des enfants autant que des parents.

Car au-delà de l’instruction proprement dite, le but de l’école est d’apprendre aux enfants à être autonomes. Une autonomie nécessaire pour permettre à chacun d’eux, selon le mot de Pindare, de devenir ce qu’ils sont, de s’ouvrir à une culture d’interrogation sur la profondeur de leur ignorance, de gérer l’incertitude et le questionnement permanents de l’existence, d’accepter des réponses possibles là où nous aimerions tant des réponses certaines, de transcender le tragique que traverse toute vie d’homme. Et cette autonomie, c’est-à-dire l’exercice de sa liberté par l’enfant, ne peut pas être bien enseignée par des écoles et des professeurs qui ne sont pas maîtres de leurs enseignements, qui ne sont pas eux-mêmes autonomes.

C’est à ce titre que la liberté scolaire est nécessaire presque de manière anthropologique, parce que des enseignants qui n’ont pas la liberté du contenu de leur enseignement et de leurs méthodes d’enseignement ne sont pas préparés, ne sont pas construits pour enseigner l’art de la liberté et de son exercice. Il est difficile d’apprendre aux autres ce que l’on ne vit pas. Celui qui est coulé dans le moule uniforme d’un système de masse a forcément de la peine à penser et à accepter tout à la fois la singularité et la diversité, à les valoriser, à les prendre en compte, à apprendre à progresser avec l’inquiétude congénitale de l’homme sur lui-même et à en tirer parti. L’école d’État ne vit que de ses certitudes, de ses méthodes et ses programmes imposés, trop souvent enfermée dans son carcan idéologique qui l’empêche de guider les élèves dans un monde ouvert.

En matière d’éducation, l’État n’a pourtant ni obligation ni même vocation naturelle à construire des écoles et embaucher des enseignants, mais seulement de s’assurer que tous les enfants reçoivent une instruction correcte et de favoriser leur éducation. À cet égard, la liberté scolaire peut prendre des formes diverses, au travers du bon scolaire remis à chaque famille pour payer l’école de leur choix pour leurs enfants (comme en Suède par exemple [malheureusement le programme étatique y est imposé à ces écoles]) ou par un subventionnement objectif des écoles indépendantes (comme avec les écoles libres ou les Académies en Angleterre, ou les écoles à charte aux États-Unis, ou encore comme aux Pays-Bas). Peu importe du moment qu’elle existe. Partout les résultats sont là aussi pour démontrer que, globalement, les enfants sont les bénéficiciaires de la liberté scolaire. Simplement parce qu’elle répond à leur besoin naturel, parce que des écoles autonomes enseignent mieux l’autonomie, que des écoles libres forment mieux à la liberté.

Selon une étude de l’OCDE/PISA du 11 juin 2018, les pays où les populations désavantagées bénéficient d’enseignants de qualité sont globalement ceux où les écoles ont une plus grande autonomie d’embauche, voire de licenciement, des professeurs. L’autonomie des écoles, note cette étude, favorise tout à la fois l’adaptation des rémunérations en fonction de la performance, et peut-être plus encore des organisations plus flexibles et plus attentives aux besoins des élèves et aux préoccupations des enseignants : conditions de travail, formation permanente, évaluation régulière, participation au projet de l’école…

Certes, quand les écoles sont autonomes, voire indépendantes, l’État doit conserver un certain contrôle de la qualité et de la sécurité de ces établissements comme il doit veiller à empêcher toute dérive sectaire [note du carnet : mais cette concession à l’État permet aussi de s’opposer à des écoles religieuses peu à la mode, voir les mennonites au Québec, il suffit que quelques médias et une ancienne ministre déforment la vérité pour que ces « sectes » perdent toute crédibilité]. Mais ainsi, l’égalité en droit de tous les parents est respectée dans le choix de l’éducation de leurs enfants en même temps que ceux-ci disposent d’une égalité de chances préférable à celle que leur offre aujourd’hui en France la sectorisation scolaire qui fait obligation aux enfants d’aller dans des collèges ou lycées affectés selon leur résidence.


ÉLOGE DE L’INÉGALITÉ
de Jean-Philippe Delsol,
aux éditions Manitoba,
206 pp.,
19,50 €.

Voir aussi

Éloge de l’inégalité : un livre qui commence bien puis tombe dans les clichés [économiques] des années 80

jeudi 30 août 2018

L’autonomie des écoles, un levier contre l’échec scolaire

Les meilleures écoles sont celles disposant d’une grande autonomie sur le recrutement des professeurs. Il faut offrir cette liberté à nos établissements pour redresser le niveau des élèves.

L’OCDE a récemment publié un rapport PISA qui tord le cou a plusieurs idées reçues. Cette étude insiste sur le fait que la qualité de l’école est d’abord celle de ses enseignants et que les écoles en milieu défavorisé parviennent à relever le niveau de leurs élèves en attirant les meilleurs d’entre eux plus qu’en réduisant la taille des effectifs des classes.

Le rapport montre aussi que les pays où les populations désavantagées bénéficient d’enseignants de qualité sont globalement ceux où les écoles ont une plus grande autonomie d’embauche, voire de licenciement, des professeurs. Ceci n’est pas le cas dans les pays du sud de l’Europe, où l’enseignement public est dominant, avec des enseignants bénéficiant d’un statut prévoyant leur avancement plus à l’ancienneté qu’au mérite et dans un cadre très contraint.

Selon cette étude, dans 13 des 19 pays les plus performants sur le plan scolaire, plus de 80 % des élèves de 15 ans étudient dans des écoles dont la gouvernance a la responsabilité de recruter ses enseignants, et dans 9 de ces 19 pays, de s’en séparer. Il y a des exceptions, et la plus notable est la Suède, qui dispose d’un vaste réseau d’écoles privées ou associatives dont les parents ont le libre choix au travers d’un bon scolaire. Mais le système scolaire suédois peine à faire face à un afflux considérable de migrants ces dernières années, jusqu’à 160 000 en 2016, l’équivalent en termes de population de 1,3 million pour l’Allemagne. [Notons aussi que les écoles privées suédoises — comme les Québécois (essayez de ne pas enseigner ECR !) — bénéficient de peu de liberté quant au programme d’enseignement.]

Expérimentation britannique

L’autonomie des écoles favorise tout à la fois l’adaptation des rémunérations en fonction de la performance, et peut-être plus encore des organisations plus souples et plus attentives aux besoins des élèves et aux préoccupations des enseignants. Les conditions de travail, la formation permanente, l’évaluation régulière et la participation au projet de l’école en sont les principaux exemples.

Le Royaume-Uni a amélioré de 9 points son classement PISA

Le Royaume-Uni a expérimenté l’intérêt de cette autonomie en favorisant l’émergence d’un nouveau type d’établissement : les académies. Indépendantes, mais subventionnées, elles représentent désormais plus du quart des établissements financés par l’État. Dans le même temps, le Royaume-Uni a amélioré de 9 points son classement PISA (moyenne des trois disciplines), tandis que le budget alloué à l’éducation par rapport au PIB diminuait de 21,54 % selon Eurostat.

Dans le classement PISA 2015, la France était 25e en moyenne et, au sens de l’OCDE, son système serait peu performant et inégalitaire. Ces résultats sont confirmés par le dernier Programme international de recherche en lecture scolaire, réalisé en 2016 auprès des élèves de 50 pays du monde, à la fin de leur quatrième année de scolarité obligatoire — en CM1 donc, pour la France. Celle-ci est en 34e position.

Écoles hors contrat (non subventionnées et libres)

Les efforts de Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale pour faire bouger le « mammouth » sont courageux et encourageants. Mais suffiront-ils face aux terribles résistances intérieures qui risquent de s’y opposer ? Une vraie et profonde autonomie, nécessaire, a peu de chances d’être mise en œuvre dans un milieu sclérosé par son statut. Sauf peut-être à favoriser la concurrence qui l’obligerait à réagir pour survivre et encouragerait de nouvelles expériences éducatives, en même temps qu’elle susciterait une offre plus large pour s’adapter aux besoins des enfants.

À cet effet, l’État pourrait, sous un certain contrôle, accorder aux écoles hors contrat un montant par élève équivalent au coût supporté pour les élèves des écoles privées sous contrat. Ce qui serait justice, car l’État n’a pas à financer que « ses » écoles, mais faire en sorte que tous les enfants soient instruits dans le respect du choix éducatif de leurs parents.

Jean-Philippe Delsol,
Président de l’Institut de recherches économiques et fiscales (Iref).

Voir aussi

Suède — La baisse du niveau scolaire en partie imputable à l’immigration ?

Essor des écoles indépendantes et du chèque scolaire au Royaume-Uni

La jeunesse québécoise adhère au multiculturalisme par l’école selon Mario Dumont
Angleterre : retour de la sélection dès l’entrée dans le secondaire, disparue depuis 50 ans

Rapport : les élèves passés par ECR connaissent mal les religions, mais sont tolérants envers les signes religieux

Angleterre — Toutes les écoles publiques deviendront des « académies » d’ici 2020 (17 mars 2016)

Angleterre — La révolution des académies et des écoles libres

Les « écoles libres » en Grande-Bretagne : des écoles vraiment autonomes et subventionnées par l’État

« L’avenir de notre école passe par l’autonomie »

lundi 11 juin 2018

Plus d’autonomie pour moins de disparités socio-économiques

Les partisans d’une plus grande autonomie pour les écoles publiques québécoises risquent de trouver des munitions dans le dernier rapport sur les Politiques scolaires du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) de l’OCDE.

Ainsi, alors qu’a priori, on pourrait penser qu’en accordant plus d’indépendance aux écoles, on risque d’accroître les disparités entre les établissements et, par le fait même, nuire à la réussite des élèves évoluant dans des secteurs moins bien nantis, il n’en est rien, souligne le document rendu public lundi. En fait, ce serait même le contraire, observent les rapporteurs de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) responsables du PISA sans toutefois établir un lien de causalité entre les deux.

« Plusieurs pays [comme l’Irlande, par exemple] réussissent à accorder beaucoup d’autonomie aux écoles sans compromettre pour autant l’équité entre les établissements et les élèves, peut-on lire dans le document qui compile les données de 2015 de plus de 70 pays répartis sur cinq continents. Dans certains cas, on a même vu s’amoindrir les écarts entre les écoles défavorisées et favorisées. »

Et cette plus grande autonomisation peut prendre plusieurs formes : de l’embauche du personnel à la répartition des classes, en passant par l’établissement d’échelons salariaux qui tiennent compte de la charge de travail. Cette manière de faire, indique le rapport, repose sur le fait que ce sont les acteurs locaux qui ont une connaissance fine des enjeux et des besoins particuliers à leur milieu, ils sont donc les plus compétents pour intervenir sur le terrain.

À contre-courant

Les pays qui ont le plus progressé de 2006 à 2015 dans le classement PISA l’ont fait en donnant davantage de responsabilités aux établissements pour recruter les enseignants et pour fixer leur niveau de salaire, affirme l’OCDE : les résultats des élèves s’y sont améliorés et les inégalités s’y sont réduites.

« On va à l’encontre d’un discours selon lequel l’autonomie des établissements pourrait amener à moins d’équité, admet Noémie Le Donné, analyste et coauteure du rapport. C’est l’inverse qui en ressort, à savoir que l’autonomie de recrutement sert l’équité. Un chef d’établissement d’un lycée défavorisé va lui-même chercher à rendre son établissement attrayant en proposant un accompagnement à l’enseignant, avec des dispositifs pour le soutenir, et un salaire plus élevé. »

Son coauteur, Francesco Avvisati, précise que l’autonomie accrue conjuguée avec le fait de rendre publics des indicateurs de valeur ajoutée des établissements renforce encore cette « performance ».

Mesures de rétention

À l’heure actuelle, c’est dans les classes des écoles les plus défavorisées que l’on retrouve les enseignants les moins qualifiés et expérimentés, note-t-on également dans le rapport. Cette réalité, qui est encore plus marquée dans les pays où la répartition des effectifs est basée sur l’ancienneté, comme c’est le cas au Québec, a un impact direct sur la performance des élèves. Elle tendrait aussi à creuser le fossé qui existe déjà entre les écoles favorisées et défavorisées.

En décentralisant certains pouvoirs, comme les salaires, les écoles moins bien nanties seraient peut-être plus à même d’attirer — et de retenir — les enseignants, font remarquer les observateurs du PISA, et ce, malgré les difficultés liées à leur situation socio-économique particulière.

À cet égard, la Commission scolaire de Montréal proposait en février dernier que le gouvernement du Québec mette sur pied un système de prime pour récompenser les enseignants des secteurs défavorisés de Montréal. Pour l’heure, les enseignants reçoivent presque la même rémunération, peu importe où ils enseignent au Québec. Loin de faire l’unanimité, l’idée avait, entre autres, été décriée par le syndicat qui représente les enseignants montréalais.

Équilibre à trouver

Le rapport du PISA souligne tout de même qu’une décentralisation des pouvoirs en milieu scolaire puisse avoir des contrecoups non négligeables, notamment sur la répartition des ressources matérielles et sur la vocation même des établissements scolaires. Pour limiter les dérapages, le rapport souligne l’importance de mettre en place des mesures d’encadrement et des mesures incitatives pour s’assurer que les écoles et leur direction gardent le cap sur leur mission éducative.

La Suède, un contre-exemple

Une étude menée par le service statistique du ministère français de l’Éducation nationale (DEPP) en 2016 établissait pourtant un lien entre autonomie des établissements et baisse des résultats des élèves. La Suède, qui est allée très loin dans cette autonomie, a vu les résultats de ses élèves « baisser sensiblement » dans PISA, selon cette étude.

« La mise en place de l’autonomie doit s’accompagner de correctifs importants pour éviter des effets pervers », rétorque Francesco Avvisati, en évoquant l’importance d’une « forte péréquation » des ressources (formations pour les enseignants, personnels supplémentaires pour l’orientation, etc.). Alors que la Suède a, selon lui, manqué de moyens et a expérimenté une autonomie qui ne s’est pas limitée à la gestion budgétaire et humaine, mais comprenait aussi la définition des programmes scolaires.

Notons que la Suède souffre d’autres problèmes comme ceux liés à une forte immigration peu qualifiée. En effet, selon l’Éducation nationale suédoise, la baisse globale du niveau scolaire dans le pays est en grande partie imputable à l’arrivée d’élèves immigrés qui peinent à rattraper leurs condisciples.

Qualité des professeurs plutôt que la taille des classes

Noémie Le Donné cite en exemple l’Allemagne et le Portugal, où les établissements autonomes recrutent des enseignants sur profil. C’est l’autre conclusion du rapport : la qualité des professeurs est au cœur de la réussite. Et non pas la taille des classes, trop souvent utilisée, en France comme ailleurs, pour « compenser » les difficultés des établissements situés en éducation prioritaire (qui se retrouvent avec une moyenne de 25 élèves par classe, contre 33 dans les établissements les plus favorisés).

Francesco Avvisati va plus loin en affirmant que « les classes à taille réduite dégradent le niveau moyen d’expérience, car elles amènent à embaucher plus de contractuels pour faire face au besoin plus important d’enseignants ». En France, les lycées professionnels souffrent ainsi d’enseignants moins qualifiés : seuls 19 % des enseignants y sont certifiés et agrégés, contre 90 % dans les lycées les plus favorisés.

Chiffres clés en France

En France, en 2015, 12 % des élèves de quinze ans des lycées favorisés avaient des enseignants qui n’étaient pas assez bien préparés pour faire cours, selon les déclarations des chefs d’établissement. C’était 32 %, soit près de trois fois plus dans les lycées défavorisés. En moyenne, dans l’OCDE, l’écart n’atteint que 7 points de pourcentage.

34 % des élèves de quinze ans en France sont scolarisés dans des établissements qui ont une responsabilité importante dans le choix des enseignants recrutés (l’étude porte sur les lycées publics et privés sous contrat), contre 74 % des élèves dans la moyenne de l’OCDE.


Sources : Le Devoir et les Échos


Voir aussi

Les traits du système finlandais que copie l'étranger n'expliquent pas le succès finlandais, ils sont au contraire source de problèmes

Suède — La baisse du niveau scolaire en partie imputable à l’immigration ? 

Effet d'écrémage lié à la liberté scolaire : faible ou déjà présent

Suède — Échec de l’intégration des immigrés, ce n’est pas faute de moyens ou de bons sentiments

Bock-Côté : « Les tricheurs de l’éducation », mais comment réformer le Monopole ?

Les écoles québécoises manquent d’autonomie

OCDE — L’autonomie de gestion des établissements favorise-t-elle la performance des élèves ?


jeudi 10 novembre 2016

Sondage IFOP : les Français plébiscitent l'autonomie du système éducatif

Un sondage réalisé par l’IFOP pour l’institut de recherches politiques Place de la République sur le système éducatif nous renseigne sur le désir majoritaire des Français d’une plus grande liberté scolaire, et ce quelle que soit la tendance politique :

* 78 % des Français interrogés se prononcent en faveur d’une plus grande autonomie laissée aux enseignants dans le suivi du programme et leur projet pédagogique;
* 71 % des Français interrogés sont favorables à ce que pouvoir soit donné aux chefs d’établissements de recruter leurs équipes enseignantes.


Sondage à consulter ici :
http://www.ifop.com/media/poll/3533-1-study_file.pdf

Le site de Place de la République : http://placedelarepublique.eu/

vendredi 29 janvier 2016

Donner plus d'autonomie à l'école? Le projet de loi 86 n'est pas la réponse

Billet intéressant de Daniel Trottier, chargé de cours en gestion de l’éducation à l’Université de Sherbrooke, ex-directeur d’établissement scolaire. Extraits.
Pensez-vous qu’un jour, on verra au Québec la naissance d’une école publique autonome ? Une école publique capable d’embaucher et de gérer son personnel ? Capable d’établir un budget digne de ce nom, d’avoir un patrimoine qui lui est propre ? Capable de voir à l’entretien de son bâtiment et de ses installations ? Capable de réparer un toit qui coule, de repeindre ses murs et ses escaliers de métal avant qu’ils ne rouillent ? Capable d’acheter des casiers neufs, des pupitres neufs, des chaises neuves ? Capable de renouveler son matériel didactique et ses équipements informatiques ?

[...] Pensez-vous qu’un jour, on verra au Québec une école publique autonome, qui n’a pas de permission à demander à la commission scolaire pour mettre en œuvre un projet pédagogique particulier ?
[...]

Ce n’est pas avec le projet de loi 86 que ça risque d’arriver.

[...]

Les gagnants et les perdants

Parmi les gagnants de ce projet de loi, signalons d’abord les parents, qui seront représentés au nouveau conseil scolaire [6 parents sur 16 membres] appelé à remplacer le conseil des commissaires élus. Ils auront aussi plus de pouvoir au sein du conseil d’établissement de l’école. En effet, si le projet de loi est adopté en l’état, le conseil d’établissement de l’école pourra adopter — et non plus seulement approuver, comme c’est le cas actuellement — certaines mesures à portée éducative, comme les modalités d’application du régime pédagogique [note du carnet : il faudra voir dans quelle mesure précise] et les orientations générales en matière d’adaptation et d’enrichissement des programmes. Il en sera de même en ce qui touche au plan contre l’intimidation et la violence, aux règlements de l’école, aux mesures de sécurité et à la liste des effets scolaires que les élèves doivent se procurer.

[...]

Dans un tel cadre, le personnel enseignant apparaît comme perdant. En effet, même si le projet de loi 86 ajoute l’expression « À titre d’expert en pédagogie » à l’article 19 de la Loi sur l’instruction publique décrivant les droits des enseignants, les modifications envisagées visant le renforcement des pouvoirs du conseil d’établissement se font à leur détriment, comme l’a observé à sa manière la Fédération autonome de l’enseignement, dans un communiqué au titre évocateur : « Les profs relégués au rôle d’exécutant ».

Ce sera aussi le cas des directrices et directeurs d’établissement, qui devront se plier aux décisions du conseil d’établissement dans les matières sur lesquelles ils exercent actuellement un plus grand contrôle, de façon collégiale avec leurs équipes. On objectera que le projet de loi 86 leur confère des pouvoirs supplémentaires puisqu’ils pourront élire des représentants au conseil scolaire et au comité de répartition des ressources de la commission scolaire. Mais ce sera à l’extérieur de l’école.

[...] Cela ne signifie pas que la commission scolaire perdra des pouvoirs au profit des écoles. Sur ce plan, rien ne changera. L’école restera un organisme déconcentré de la commission scolaire, sans personnalité juridique. Elle ne se verra confier aucune responsabilité supplémentaire en gestion pédagogique ni en gestion des ressources humaines, financières et matérielles.

Le ministre de l’Éducation sera, avec les parents [à voir], le grand gagnant de l’opération. Le projet de loi lui confie notamment les pouvoirs de fixer la durée du mandat d’une directrice générale ou d’un directeur général d’une commission scolaire ; de prendre connaissance de l’évaluation de la direction générale ; d’intervenir dans le processus décisionnel visant le renouvellement du mandat de la direction générale, ou visant sa suspension ou son congédiement ; d’intervenir dans le partage des ressources entre commissions scolaires, ou entre commission scolaire et établissement d’enseignement privé ; d’intervenir dans le « plan d’engagement vers la réussite » de la commission scolaire — qui remplacera le « plan stratégique » dans la loi actuelle.

C’est considérable, et cela se situe aux antipodes de la décentralisation.


Voir aussi

Pas d'écoles autonomes avec la loi 86


vendredi 4 décembre 2015

Pas d'écoles autonomes avec la loi 86

Texte de Mario Asselin, ancien enseignant, directeur d’école et conseiller à la CAQ dans le dossier de l’éducation :

Le ministre de l’Éducation a profité de la dernière journée de travail à l’Assemblée nationale pour déposer le projet de Loi 86 : « Loi modifiant l’organisation et la gouvernance des commissions scolaires... ». Si au moins on a quelque chose de concret pour discuter, il faut oublier à court terme l’idée d’écoles publiques plus autonomes.

Une première lecture rapide du projet de Loi nous permet de voir que le seul véritable changement dans la gouvernance scolaire qui y est proposé concerne la fin des élections scolaires au suffrage universel.

Par le biais d’un mécanisme décrit à l’article 147 néanmoins, un conseil scolaire pourrait réintroduire des élections scolaires. À ce moment, seuls des parents d’élèves pourraient voter. Plusieurs seront tentés de poser la question du respect du principe « pas d’imposition sans représentation » selon la formule retenue.

L’autre changement notable concerne l’appellation du palier mitoyen entre le ministère de l’Éducation et les écoles : les commissions scolaires deviennent des conseils scolaires. D’ailleurs pour lire le nouveau projet de Loi, il faut avoir en mains la Loi sur l’instruction publique. Le cadre de cette loi reste le même.

Bien entendu, la composition des futurs conseils scolaires est profondément modifiée, au profit des parents. Ces derniers (six membres sur 16) comme d’autres catégories de membres (dont un enseignant, un professionnel non enseignant et deux directions d’école) seront élus par leurs pairs. Six personnes issues de la communauté seront « cooptées », dont deux proviendront de personnes déjà élues dans d’autres instances.

Il faudra analyser le texte de loi plus profondément, mais à court terme je déduis du projet de Loi que le ministère de l’Éducation aura plus de mains mises que jamais sur les nouveaux conseils scolaires. Les écoles y gagnent peu de pouvoirs et surtout, la bataille pour les ressources se poursuivra, cette fois, avec « un comité de répartition » (article 197.1).

Le contexte du dépôt aujourd’hui de cette importante pièce de législature qui saura intéresser les observateurs du domaine scolaire laisse songeur. On sait qu’il y a des tensions au caucus des députés du Parti libéral, mais au-delà du volet politique, on se demande pourquoi présenter ces propositions au moment où tout le monde se prépare pour le congé des Fêtes ?

Des débats sur les structures scolaires se poursuivront et la Fédération des commissions scolaires continuera probablement à défendre le statu quo. Peut-être même finiront-ils par l’obtenir tellement ce projet de Loi fait accoucher d’une souris les nécessaires réformes dans la gouvernance scolaire.

Même si le projet de Loi était adopté rapidement cet hiver ou ce printemps, il ne règle rien quant à l’obligation de prévoir plus de ressources pour les établissements, là où sont les besoins. On peut donc questionner l’utilité de tous ces débats, la seule à première vue étant l’abolition des élections scolaires au suffrage universel.

Il est dommage que tout ce temps passé à modifier la Loi sur l’instruction publique ne serve pas à instaurer des écoles publiques autonomes. Là, on y aurait trouvé notre compte...

Au moment où le Journal identifie qu’il reste « encore du gras » à couper dans l’administration des commissions scolaires, on peut sérieusement se demander si le projet de Loi 86 apporte une réponse satisfaisante à toute cette problématique de la saine gestion scolaire au Québec?

Ce n’est pas l’introduction dans le nouveau projet de Loi de l’expression « plans d’engagement vers la réussite » qui va me convaincre que les besoins des élèves seront mieux servis par ce travail législatif.

On aura sûrement l’occasion d’y revenir en 2016!




mardi 3 février 2015

Les écoles québécoises manquent d'autonomie



Sur le fond, nous sommes d’accord avec l’article ci-dessous. Mais il est quand même étonnant que cette demande surgisse sur des aspects secondaires (friandises et Halloween à l’école) et non pour ce qui est de l’autonomie en matière de pédagogie, de recrutement ou de programme...

« La décision d’une commission scolaire d’interdire les friandises à l’école, même lors de jours de fête comme l’Halloween, est le «symptôme d’une maladie plus grave» qui illustre à quel point les écoles manquent d’autonomie, selon la Coalition avenir Québec (CAQ).

«C’est une belle illustration d’un système dysfonctionnel. Des parents qui siègent sur le conseil d’établissement d’une école ne peuvent même pas décider de donner des petits cœurs en bonbons à la Saint-Valentin. Ils n’ont même pas cette autonomie-là», lance Jean-François Roberge, député de la CAQ et porte-parole en matière d’éducation.
Samedi, Le Journal de Québec rapportait que la Commission scolaire des Premières-Seigneuries, à Québec, avait décidé que d’ici deux ans, les élèves n’auront plus le droit de manger des friandises à l’école, et ce, sous aucun prétexte.

Présentement, les enfants peuvent déroger aux règles deux fois par année, lors d’activités spéciales organisées pour Noël ou l’Halloween, par exemple. Mais d’ici deux ans aucune exception à la politique sur les saines habitudes de vie ne sera tolérée.

Selon M. Roberge, cette décision a été prise au «mauvais endroit». C’est l’école, et non la commission scolaire, qui devrait prendre cette décision, affirme-t-il.


Un point de vue partagé en partie par la Fédération des comités de parents du Québec (FCPQ), qui croit aussi qu’une telle décision devrait être prise dans chaque école, en consultation avec les parents. «C’est chaque milieu qui doit décider», affirme sa nouvelle présidente, Corinne Payne.

Le ministre de l’Éducation, Yves Bolduc, semble lui aussi sensible à ces préoccupations puisqu’il a déjà annoncé que le projet de loi qu’il déposera ce printemps renfermera de nouvelles mesures pour donner davantage d’autonomie aux écoles.

Quant à la décision de la Commission scolaire des Premières-Seigneuries, le sujet fera l’objet de discussions lors d’une prochaine rencontre des élus, a indiqué hier le président René Dion. Il est cependant trop tôt pour dire si la décision pourrait être modifiée. »





Soutenons les familles dans leurs combats juridiques (reçu fiscal pour tout don supérieur à 50 $)

jeudi 19 juin 2014

Résultats en mathématiques: le financement public des écoles privées expliquerait les succès du Québec

Si les élèves québécois sont les champions canadiens des mathématiques, c'est peut-être grâce au financement public des écoles privées, suggère une étude.

Dans un article publié mercredi par l'Institut C.D. Howe, le professeur John Richards, qui enseigne les politiques publiques à l'Université Simon Fraser, s'intéresse à la diminution des résultats des élèves canadiens aux épreuves mathématiques du Programme international pour le suivi des acquis (PISA).

Menés tous les trois ans auprès de jeunes de 15 ans, les tests PISA aident à mesurer la performance des systèmes éducatifs des 34 pays membres de l'OCDE et de plusieurs pays partenaires.

L'auteur fait remarquer que le Québec est la seule province où le rendement des élèves en mathématiques n'a pas diminué au cours de la dernière décennie (2003-2012). L'auteur ne signale pas que les résultats de 2012 étaient inférieurs à ceux de 2006 et de 2009, les points culminants. Notons aussi que les résultats des élèves québécois sont en baisse importante en lecture chez les francophones et en sciences. Rappelons aussi qu'une proportion élevée des élèves québécois ne participent pas aux tests PISA plus que dans les autres provinces. Voir PISA — élèves québécois passent en sciences de la 10e position en 2006 à la 24e place en 2012, PIRLS — Les jeunes élèves québécois lisent moins bien que élèves du reste du Canada et Très forte chute des résultats en lecture pour les élèves québécois francophones entre 2007 et 2010.

Selon lui, les subventions versées par l'État québécois aux écoles privées sont en partie responsables de cette situation «exceptionnelle».

Au Québec, les écoles privées sont subventionnées à la hauteur de 60 % par le gouvernement, ce qui explique pourquoi les élèves les fréquentent dans une proportion plus grande que dans le reste du pays. Environ 20 % des jeunes Québécois sont inscrits au réseau privé tandis que cette proportion n'excède pas 5 % dans les autres provinces, si l'on fait exception de la Colombie-Britannique (10,8 %).

Selon John Richards, la fréquentation élevée du privé au Québec crée un climat de saine compétition entre les deux réseaux qui favoriserait la réussite des élèves, incluant ceux du public. « Il est possible que cette concurrence explique en partie la performance des élèves québécois », dit-il.

La moyenne des élèves québécois du privé aux épreuves mathématiques PISA (584) est supérieure à celle des étudiants qui fréquentent l'école publique (522). Malgré cet écart de 62 points, que l'on peut attribuer à une série de facteurs notamment socio-économiques, la moyenne des élèves du public est supérieure à la moyenne canadienne (518), tous réseaux confondus, fait remarquer John Richards.

«Je ne suis certainement pas quelqu'un qui s'oppose aux écoles publiques parce que c'est extrêmement important, de préciser l'auteur. C'est une des raisons pour lesquelles le système scolaire canadien fonctionne beaucoup mieux qu'aux États-Unis, où la mauvaise qualité des écoles publiques crée de très graves problèmes.»

Il prétend que le réseau public favorise l'intégration des immigrants, alors que les écoles privées auraient tendance à regrouper les élèves sur une base religieuse ou ethnique. Notons que ce regroupement mélange justement les cartes socio-économiques : une école catholique accueille souvent des élèves catholiques de diverses ethnies, de divers milieux socio-économiques et mêmes des élèves simplement intéressés par des valeurs plus conservatrices (voir le succès des écoles catholiques auprès des musulmans) alors que les écoles publiques de par leur bassin géographique de recrutement regroupent des élèves provenant de quartiers voisins et donc souvent de classes socio-économiques similaires.

Augmenter l'autonomie de l'école améliore les résultats pour autant que les résultats scolaires de l'école soient publiés

Le professeur John Richards précise également qu'au cours du dernier quart de siècle, de nombreux pays ont augmenté l'autonomie des écoles à l'égard de la conception des programmes et de l'évaluation des élèves. PISA a départagé les écoles selon le degré d'autonomie quant à l'allocation interne des ressources:
«[I] l existe une relation entre l'autonomie de l'école et des résultats d'apprentissage, mais cette relation interagit avec les modalités de reddition de comptes des systèmes scolaires. Par exemple ... dans les systèmes où une plus grande part des données de rendement des écoles est rendu public, ce qu'on considère ici comme une forme de reddition de comptes, il existe une relation positive entre l'autonomie de l'école dans l'allocation des ressources et la performance des élèves... par contre, quand les écoles ne rendent pas publics leur rendement, après la prise en compte de la situation socio-économique et du profil démographique des élèves et des écoles, un étudiant qui fréquente une école avec une plus grande autonomie dans la définition et l'élaboration de programmes d'études
et des politiques d'évaluation tend à effectuer sept points de moins en mathématiques qu'un élève qui fréquente une école avec moins d'autonomie dans ces domaines (2014 OCDE, p. 52). »
PISA fournit des éléments de preuves pour le Canada et le Québec quant à la valeur de la publication des résultats scolaires comme un moyen d'assurer la responsabilité de l'école (2014 OCDE, p. 528). La corrélation entre le pourcentage d'écoles dans un province affichant publiquement les résultats scolaires au niveau de l'école et le résultat moyen en mathématiques pour la province est élevé (R = 0,59).

Mesures qui ne semblent pas fonctionner

L'auteur indique finalement deux politiques qui ne semblent pas fonctionner :

• Si le rapport national étudiant/enseignant est déjà en dessous de 20 (comme c'est le cas au Canada), abaisser davantage ce rapport en augmentant encore l'encadrement a peu de chance d'améliorer les résultats.

• L'augmentation du temps d'instruction consacré aux mathématiques est peu probable, par elle-même, à améliorer les résultats en mathématiques.




Soutenons les familles dans leurs combats juridiques (reçu fiscal pour tout don supérieur à 50 $)

jeudi 2 mai 2013

Les écoles à charte monopolisent les meilleures places aux États-Unis

Les écoles à charte (ces écoles publiques dont la gestion est déléguée à un prestataire privé ou à une réunion de professeurs, et qui sont libres de choisir leur profil éducatif, pédagogique et spirituel) connaissent un fort succès aux États-Unis. Vingt-huit des 100 meilleures écoles des États-Unis sont des écoles à charte selon le classement publié ces jours-ci.

US News et American Institutes for Research (AIR) ont publié la semaine passée leur classement pour 2013 des écoles secondaires les plus performantes (2013 Best High Schools Rankings). Vingt-huit sur 100 sont des écoles à charte. Trois d’entre elles comptent même parmi les 10 meilleures : il s’agit de BASIS Tucson (n° 2), Gwinnett School of Mathematics, Science and Technology (n° 3) et BASIS Scottsdale (n° 5). Les écoles secondaires publiques sont évaluées sur la base d’indicateurs complexes comme la performance de leurs élèves aux tests nationaux, la performance des élèves défavorisés, les résultats au baccalauréat international… Ce classement a été opéré à partir des résultats de l’ensemble des établissements publics soit 21 035 établissements répartis dans 49 États et le District de Columbia.

Ces écoles à charte occupent une place toujours plus importante dans le classement : ils n’étaient que 10 en 2009. Ils sont donc 28 aujourd’hui parmi les 100 meilleurs des États-Unis. Cette forte progression des établissements publics à gestion autonome et privée montre l’efficacité de ce type de gestion et d’esprit. Une efficacité qui devrait inspirer le Québec dans ses réformes.

Sources : Public charters et Liberté scolaire

Pour en savoir plus sur la méthodologie de classement voir ici.

Voir aussi

Les écoles à charte américaines

Chèque-éducation, crédit d'impôts, écoles à charte : des solutions pour réformer l'école. Synthèse et documents

Angleterre — Écoles libres : la libéralisation de l’Éducation ?

Fascination française pour l'« Amérique d'Obama » et ses écoles à charte

Suède — Le monopole de l'Éducation incapable de répondre à tous les désirs

États-Unis — fraude systématique depuis dix ans dans les écoles publiques d'Atlanta

Washington (D.C.) — Des bons scolaires pour les pauvres plutôt que des subventions pour avorter

France — les écoles libres (hors contrat) n'en font qu'à leur tête




Soutenons les familles dans leurs combats juridiques (reçu fiscal pour tout don supérieur à 50 $)

samedi 27 avril 2013

De l'autonomie des écoles

Entretiens avec Maurice Berrard (ci-contre), inspecteur d'académie, docteur en anthropologie, fondateur de la revue Éducation & Management, est l'auteur d'ouvrages dans le domaine de l'éducation.

Dans votre récent ouvrage, vous faites de l’autonomie l’axe principal d’une refondation de l’Éducation nationale. Pourquoi ?

Maurice Berrard — L’autonomie est l’expression d’une liberté intérieure fondamentale. Elle traduit une conception humaniste, celle d’un Homme libre et responsable de ses actes. À ce titre, elle constitue à la fois la finalité  et le moyen de l’éducation. Il y a dans nos écoles trop de situations complexes, de différences entre les élèves, de problèmes inédits, d’événements inattendus, trop d’intérêts contradictoires à coordonner pour attendre qu’un pouvoir central impose « l’unique bonne façon de faire »  dont parlait Taylor. Il vaut mieux compter sur la motivation, la compétence et le pouvoir d’innovation de chaque acteur du terrain.

Vous proposez dans votre livre deux avant-projets de loi pour instaurer davantage d’autonomie et promouvoir une responsabilité effective des établissements. Pouvez-vous les résumer ?

Confier aux établissements la responsabilité directe de l’enseignement et la pleine maîtrise de leurs moyens humains et financiers. Pour cela, il faut s’appuyer sur une base législative simple et claire.

Ne serait-ce pas trop renforcer le pouvoir du chef d’établissement et affaiblir l’État ?

Il est vrai que le chef d’établissement ne représenterait plus l’État, mais l’établissement qu’il dirige, tout en restant un fonctionnaire public responsable du bon exercice de ses fonctions. Il serait alors important de définir les conditions d’un fonctionnement interne réellement démocratique, ainsi qu’une nouvelle façon de diriger. C’est pourquoi nous détaillons dans notre livre ce que peut être le « management éducatif » de demain. Pour autant, en se recentrant sur l’essentiel, l’État conforterait  ses missions : mieux préciser ce qu’il attend de l’École, organiser le système, clarifier les objectifs et les programmes du socle commun, recruter les fonctionnaires, définir les examens, évaluer les résultats, compenser les inégalités, formuler des recommandations, encourager la circulation des bonnes pratiques.

Les Français sont-ils prêts à accepter plus d’autonomie alors que le discours dominant présente l’école unifiée et centralisée comme faisant partie du patrimoine national ?

Depuis un siècle, le mouvement des institutions françaises va dans le sens d’une plus grande autonomie locale. Tout est une question d’équilibre et il ne faut pas non plus confondre un tel mouvement avec le laissez-faire, l’acceptation des inégalités ou le triomphe du plus fort. Il est primordial que ce mouvement soit souhaité par les acteurs eux-mêmes.

Quelles sont, selon vous, les clés d’une bonne gestion éducative ?

Être convaincu de l’importance de chaque personne au sein d’un travail d’équipe, comprendre le sentiment de confiance collective comme la condition essentielle d’une énergie vitale qui se renforce sans cesse en cas de coopérations réussies. Le management éducatif est fondé sur une discussion publique qui a l’entente pour horizon, comme base une définition commune du projet d’ensemble  et des problèmes à résoudre, comme moyen l’échange d’arguments rationnels et comme loi la reconnaissance du meilleur des arguments.

Pourquoi la confiance semble-t-elle tant manquer aujourd’hui ? 

Dans notre société, les valeurs de l’École et les modèles véhiculés dans les médias se contredisent souvent, ce qui rend la tâche des enseignants bien difficile. Vouloir triompher d’autrui s’oppose à l’effort de compréhension mutuelle. Former les élèves à la lecture critique de ces contradictions semble indispensable.

Que deviendraient les institutions dites représentatives dans une démarche de décentralisation accrue ?

Si vous évoquez les associations de parents d’élèves ou les représentants des personnels, leur influence s’en trouverait renforcée, mais leur intervention changerait de nature. Il ne s’agirait plus de soutenir des  positions de principe sur la grande scène du spectacle médiatique, mais d’une action concrète sur le terrain. Plus modeste, mais plus utile.

L’autonomie a-t-elle une couleur politique ?

Une radio (1) m’a interrogé : « L’autonomie est-elle de droite ou de gauche ? »  Ni de droite, ni de gauche, ni du centre. C’est un principe qui relève d’une vision humaniste  fondée sur l’obligation morale de s’adresser à la part la plus noble et la plus exigeante en chacun d’entre nous. Cela dit, Daniel Mallet et le cercle de réflexion qu’il dirige ont présenté les avant-projets de loi aux autorités politiques et syndicales  il y a déjà une trentaine d’années. Il se trouve que, depuis peu, certaines propositions ont été reprises par un parti classé à droite et un autre classé au centre. Dont acte. Au risque de paraître immodeste, c’est dans cet ordre chronologique que les événements se sont déroulés. Mais je répète qu’en l’occurrence la distinction droite-gauche n’est pas opportune. Notre livre s’explique clairement sur ce sujet et propose une véritable politique d’éducateurs.

(1) À consulter sur internet : « L’autonomie est-elle de droite ou de gauche ? », France Info, Emmanuel Davidenkoff, 24/10/2012

Source





Soutenons les familles dans leurs combats juridiques (reçu fiscal pour tout don supérieur à 50 $)