Ce qui est frappant et inattendu, c'est que le déclin de la fécondité s'accélère. Le rythme de la baisse mondiale a doublé entre les années 2000 et 2010, puis a encore doublé au cours de cette décennie, chutant en moyenne de près de 2 % par an. Dans de nombreux endroits, le taux de fécondité diminue beaucoup plus rapidement. Des niveaux qui auraient autrefois été inimaginables deviennent monnaie courante. La Corée du Sud affiche un taux de fécondité total inférieur à 1 depuis sept ans. Si cette tendance se maintient, sa population diminuera de plus de moitié en l'espace d'une seule génération.
De nombreux pays ont déjoué les prévisions des démographes, à l'instar de la Turquie. L'ONU pensait que les femmes thaïlandaises enregistreraient un taux de fécondité total de 1,2 en 2024. Le chiffre réel n'était que de 1. En Colombie, ils s'attendaient à un indice de fécondité de 1,63 et ne voyaient que 2,5 % de chances qu'il soit inférieur à 1,4. Mais l'agence nationale des statistiques estime que la Colombie est déjà passée sous ce seuil, avec 1,2 naissance par femme en 2023. Jesús Fernández-Villaverde, économiste à l'université de Pennsylvanie, pense que le taux de fécondité total de la Colombie pourrait avoir chuté à 1,06 en 2024. Moins de 2 millions de bébés sont nés en Égypte l'année dernière, un seuil qui ne devait pas être franchi avant 2100.
Seul un tiers environ de la population mondiale vit dans des pays où la fécondité est suffisamment élevée pour maintenir la croissance démographique, et même dans ces pays, les taux diminuent rapidement. L'Afrique produit certes encore beaucoup plus de nourrissons que la norme mondiale, mais elle ne fait pas exception à la règle d'un déclin plus rapide que prévu. Tout cela signifie que la population mondiale devrait atteindre son pic beaucoup plus tôt que ne le prévoyaient les experts, et à un niveau beaucoup plus bas. Au lieu d'atteindre 10,3 milliards d'individus en 2084, comme le prévoit actuellement l'ONU, elle pourrait cesser de croître dans les années 2050 et ne jamais dépasser les 9 milliards. À ce moment-là, la population mondiale commencera à diminuer, ce qui ne s'est pas produit depuis le XIVe siècle, lorsque la peste noire a décimé près d'un cinquième de l'humanité.
Un pic démographique inférieur aux prévisions et un déclin plus imminent ont des implications considérables pour l'humanité. Il ne s'agit pas simplement d'une question de planification, même si la Banque mondiale, le FMI et de nombreux gouvernements s'appuient sur les statistiques de l'ONU pour cela. L'économie mondiale pourrait avoir du mal à faire face à une contraction démographique soutenue, même si les prophètes de malheur exagèrent probablement. L'équilibre international des pouvoirs, l'environnement, les structures sociales et politiques : tout cela risque d'être radicalement remodelé.
Carnet voué à la promotion d'une véritable liberté scolaire au Québec, pour une diversité de programmes, pour une plus grande concurrence dans l'enseignement.
mercredi 17 septembre 2025
Les prévisions démographiques trop optimistes de l'ONU
samedi 11 janvier 2025
Hausse des naissances en Corée du Sud
Le ministère de l’Intérieur et de la Sécurité a annoncé que 242 334 naissances ont été enregistrées l’année dernière, soit une augmentation de 3,1 % par rapport à 2023, mettant fin à huit ans de baisse.
Malgré cela, la population continue de baisser puisque le nombre de décès a également augmenté, à 360 757, soit une hausse de 1,93 % par rapport à l’année précédente. La population totale du pays était de 51,21 millions d’habitants en 2024, en baisse pour la cinquième année consécutive.
vendredi 27 septembre 2024
Le recours au soutien scolaire privé est en plein essor dans les régions les plus pauvres d'Asie
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| Cher, mais cela en vaut-il le prix ? |
La morale du film La 12e fois est claire (bande-annonce sous-titrée en français). Ce récent succès de Bollywood raconte l’histoire d’un pauvre garçon de ferme, Manoj, qui veut réussir l’impitoyable concours de police indien. Il s’agit de persévérer et d’être richement récompensé. Pourtant, pour un film sur l’éducation et la méritocratie, la représentation des écoles indiennes est lamentable : la tricherie, orchestrée par les enseignants, est monnaie courante dans l’école locale de Manoj. Ce n’est pas à l’école qu’il trouvera le succès et l’amour, mais dans un centre de soutien scolaire bondé de Delhi.
Le tutorat privé est un phénomène bien connu en Asie de l’Est. À l’exception de la Chine, la plupart des élèves d’Asie de l’Est en bénéficient : 72 % à Hong Kong, 79 % dans les hagwons de Corée du Sud, 52 % des élèves du premier cycle de l’enseignement secondaire, les principaux bachoteurs du Japon, dans les juku du pays. En Chine, où 38 % des élèves (et 45 % dans les villes) suivaient des cours particuliers avant la répression de 2021. Depuis, de nombreux centres sont tout simplement passés dans la clandestinité. Ces entreprises, quels que soient leurs défauts, coexistent avec des systèmes éducatifs très efficaces et bien financés.
Mais aujourd’hui, le soutien scolaire privé se développe dans les régions les plus pauvres d’Asie. L’ampleur de ce phénomène est considérable. Bien que les données soient éparses et peu fiables, The Economist de Londres a tenté d’estimer la prévalence du soutien scolaire en Asie du Sud et du Sud-Est, à l’exclusion de Singapour, où le système éducatif ressemble davantage à ceux de l’Asie de l’Est. Du Pakistan à l’Indonésie, l’hebdomadaire économique britannique estime qu’environ 258 millions d’enfants reçoivent des cours particuliers.
Le marché le plus important est celui de l’Inde. Aujourd’hui, 31 % des écoliers indiens ruraux de moins de 15 ans reçoivent des cours particuliers, contre 23 % en 2010 ; dans certains États plus pauvres, comme le Bihar, ils sont trois sur quatre à en bénéficier. Les recettes fiscales provenant des centres de soutien scolaire indiens ont plus que doublé depuis 2019. Mais même si l’on retire l’Inde de la liste, le nombre d’enfants bénéficiant d’un soutien scolaire s’élève à 131 millions, selon les estimations de l’hebdomadaire.
La première raison de cette croissance réside dans les lacunes observées dans les systèmes d’éducation formelle. Dans les régions les plus pauvres d’Asie, l’État a souvent du mal à fournir de bonnes écoles. Au cours de ce siècle, alors que l’enseignement primaire s’est rapproché de l’universalité, la part des enfants inscrits dans l’enseignement secondaire a augmenté de 24 points en Asie du Sud et de 16 points dans le reste de l’Asie, selon la Banque mondiale. Pourtant, au cours de la même période, les dépenses publiques d’éducation en pourcentage du PIB ont stagné ou diminué dans une grande partie de la région.
Dans de nombreux endroits, cela s’est traduit par des coupes dans les salaires des enseignants et dans les manuels scolaires. Au Cambodge, l’un des pays les plus pauvres d’Asie, on estime que 82 % des élèves suivent des cours particuliers, le plus souvent auprès de leurs propres enseignants mal rémunérés qui cherchent à obtenir un salaire d’appoint. Les écoles finissent par être moins bien équipées pour obtenir des résultats, et les pires d’entre elles tombent en ruine. Pourtant, de nombreux systèmes asiatiques trient les enfants par le biais d’examens à fort enjeu. Les parents se tournent donc vers les tuteurs.
Un deuxième facteur est l’intensification de la concurrence sociale, due à l’essor de la classe moyenne et à une demande accrue pour un nombre limité de places à l’université. L’urbanisation joue également un rôle : les enfants des villes sont plus susceptibles de bénéficier de cours particuliers que ceux des campagnes, grâce à l’offre plus importante de professeurs particuliers et à un meilleur accès à l’internet. En Inde, où les villes ont accueilli 200 millions d’habitants supplémentaires en 20 ans, de nombreux parents nouvellement urbanisés pensent que le fait d’offrir à leurs enfants des cours de soutien scolaire les aidera à obtenir un poste de cadre. À Delhi, Mohammad Shahzad, superviseur chez un fabricant de générateurs, paie 2 800 roupies (33 dollars) par mois pour faire donner des cours à ses deux filles, soit 30 % de plus que les frais de scolarité habituels. Les professeurs à l’école de ses filles sont compétents, mais M. Shahzad estime que le soutien scolaire, malgré son coût, en vaut la peine. « C’est comme un seul repas : on survit, mais avec deux ou trois, on est en meilleure santé », dit-il.
Le dernier facteur est une logique de rivalité. Le soutien scolaire privé est un secteur où règne l’anxiété : si les enfants de votre voisin reçoivent des cours particuliers et pas les vôtres, ils risquent de prendre du retard. Cela vaut que la demande de cours particuliers soit due aux pressions exercées par un système scolaire rigoureux ou au désir de fuir un système défaillant. La disponibilité du soutien scolaire en ligne, stimulée par la pandémie, a facilité cette surenchère.
Malgré cela, les recherches visant à mesurer l’efficacité du soutien scolaire aboutissent à des résultats mitigés, selon Mark Bray, spécialiste du soutien scolaire privé en Asie. Cela s’explique en partie par l’énorme diversité de cette région. Une étude menée dans l’Inde rurale a révélé que les élèves ayant suivi des cours particuliers obtenaient de meilleurs résultats en lecture et en mathématiques que ceux qui n’en avaient pas bénéficié, ce qui équivaut à une année d’école supplémentaire. Mais d’autres études, menées au Sri Lanka et en Chine, n’ont constaté que peu ou pas d’effet sur les résultats.
Coûteux, mais impossible à éliminer ?
Le coût du soutien scolaire privé peut être élevé. Des études montrent que certains enfants qui suivent des cours particuliers dorment moins bien. Les tensions s’étendent aux portefeuilles des parents. Umesh Sharma, chauffeur à Delhi, dépense 1 200 roupies par mois pour faire donner des cours à ses deux fils : 4 % du revenu mensuel moyen de la ville et à peu près autant que leurs frais de scolarité. Dans d’autres régions de l’Inde, la situation est pire. Au Bengale occidental, près de la moitié des dépenses d’éducation, publiques et privées, sont consacrées au soutien scolaire.
L’une des grandes inquiétudes est que, dans certains endroits, le soutien scolaire privé est en train d’éroder l’enseignement public. Au Népal et au Cambodge, les enseignants ne dispensent pas certaines parties du programme d’études en classe pour ne les utiliser que dans le cadre de cours particuliers rémunérés après l’école. L’incitation est claire : au Cambodge, les enseignants peu rémunérés qui proposent des cours de soutien doublent leur salaire. Au Bihar, l’État le plus pauvre de l’Inde, une enquête récente menée par l’ONG JJSS a révélé que des dizaines d’écoles publiques délabrées avaient presque entièrement externalisé leurs fonctions éducatives à des centres privés. Les écoles publiques en sont réduites à « fournir un repas de midi et à organiser les examens ».
Que faire ? La Corée du Sud a passé quatre décennies à essayer, en vain, de supprimer les cours particuliers, avant que ces efforts ne soient jugés inconstitutionnels en 2000. De même, les approches interventionnistes, comme la répression précipitée de la Chine, n’aboutissent qu’à rendre le soutien scolaire clandestin. Certains gouvernements font preuve de souplesse : le ministère thaïlandais de l’Éducation déclare que « l’État doit partir du principe que le soutien scolaire privé ne réduit pas le bien-être social ». D’autres font des expériences. En réponse à une récente série de suicides, le ministère indien de l’Éducation a introduit cette année des règles interdisant aux grands centres de soutien scolaire d’inscrire des élèves de moins de 16 ans. Pour The Economist, les cours privés sont là pour de bon, mais ils pourraient être gérés plus efficacement.
lundi 9 septembre 2024
Le nombre de naissances au Québec se maintient, mais la fécondité continue de s'y effondrer
L'Institut de la statistique du Québec a publié le nombre des naissances pour les 6 premiers mois de 2024. Le nombre des naissances est statistiquement stable (37 700 naissances en 2023 pour ce premier semestre, 37 900 en 2024). En 1957, il était né environ deux fois plus d'enfants sur cette période (144 432 pour 12 mois) alors que le Québec avait une population deux fois plus petite (4,628 millions d'habitants).
Toutefois, la population du Québec étant en forte progression (+ 216 677, soit 2,46 % d'augmentation), le taux de natalité calculé en fonction de la population et l'indice de fécondité (ISF) en fonction du nombre de femmes en âge de procréer devraient tous deux encore baisser, probablement d'environ 2 %. La population du Québec au 2e trimestre de 2023 était estimée à 8 814 007 et celle au 2e trimestre 2024 à 9 030 684.
En conséquence, selon le site BirthGauge, l'indice synthétique de fécondité devrait être d'environ 1,34 enfant/femme au Québec en 2024, il était de 1,38 en 2023 et de 1,67 en 2015.
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| Indices de fécondité de 2001 à 2023, avec les prévisions pour 2024 selon BirthGauge. Seuls les États-Unis parmi les pays illustrés verraient leur indice de fécondité légèrement augmenter. |
Entretemps en Israël, l'ISF (nombre d'enfants par femme) pour 2024 sur la base des données de naissance de janvier 2024 à juin 2024 (avec les données de 2023 entre parenthèses) par ethnie et religion a été publié:
- Israël 2,78 (2,81)
- Par ethnie:
- Juifs et autres 2,84 (2,84)
- Arabes 2,53 (2,63)
- Par religion:
- Juifs 2,99 (2,97)
- Musulmans 2,70 (2,79)
- Juifs laïcs 1,9
- Chrétiens 1,42 (1,55)
- Druzes 1,62 (1,75)
- Sans religion 1,07 (1,19)
Légère augmentation de la natalité des juifs ce qui comprend des juifs religieux et laïcs (quasiment 3 enfants par femme en moyenne), baisse de tous les autres groupes ethniques et religieux, les athées (surtout des immigrants de Russie d'ascendance juive) sont à 1,07 enfant par femme, soit une division de la descendance par deux à chaque génération...
Voir aussi
La population amish a augmenté de 125 % depuis 2000 (m à j 2024)
Les plus religieux hériteront-ils de la Terre ?
Québec — décès dépassent les naissances, jamais aussi peu de naissances dans l’histoire récente (juillet 2022)
mardi 14 mai 2024
Les Nations unies surestiment la croissance démographique dans le monde
En 2017, alors que le taux de fécondité mondial — un indicateur du nombre de bébés qu’une femme est censée avoir au cours de sa vie — était de 2,5, les Nations unies pensaient qu’il tomberait à 2,4 à la fin des années 2020. Pourtant, en 2021, l’ONU conclut qu’il était déjà descendu à 2,3 — proche de ce que les démographes considèrent comme le taux de remplacement mondial d’environ 2,2. Le taux de remplacement, qui maintient la population stable au fil du temps, est de 2,1 dans les pays riches et légèrement supérieur dans les pays en développement, où il naît moins de filles que de garçons et où davantage de mères meurent pendant leurs années de procréation.
Alors que les Nations unies n’ont pas encore publié les taux de fécondité estimés pour 2022 et 2023, M. Fernández-Villaverde a produit sa propre estimation en complétant les projections des Nations unies par des données réelles pour ces années, qui couvrent environ la moitié de la population mondiale. Il a constaté que les registres nationaux des naissances indiquent généralement des taux de natalité inférieurs de 10 à 20 % à ceux prévus par les Nations unies.
La Chine a déclaré 9 millions de naissances l’année dernière, soit 16 % de moins que ce que prévoyait le scénario central des Nations unies. Aux États-Unis, 3,59 millions de bébés sont nés l’année dernière, soit 4 % de moins que ce que prévoyaient les Nations unies. Dans d’autres pays, le déficit est encore plus important : L’Égypte a enregistré 17 % de naissances en moins l’année dernière. En 2022, le Kenya en comptera 18 % de moins.
En 2017, les Nations unies prévoyaient que la population mondiale, qui s’élevait alors à 7,6 milliards d’habitants, continuerait à augmenter pour atteindre 11,2 milliards en 2100. En 2022, elle a revu à la baisse et avancé le pic à 10,4 milliards dans les années 2080. Ces chiffres sont eux aussi probablement dépassés. L’Institute for Health Metrics and Evaluation de l’université de Washington pense désormais que la population atteindra un pic d’environ 9,5 milliards en 2061, puis commencera à décliner.
Aux États-Unis, le bref mini-baby-boom pandémique s’est inversé. L’indice synthétique de fécondité est tombé à 1,62 l’année dernière, selon les chiffres provisoires du gouvernement, soit le taux le plus bas jamais enregistré.
Si le taux de fécondité était resté proche de 2,1, comme en 2007, les États-Unis auraient accueilli environ 10,6 millions de bébés supplémentaires depuis lors, selon Kenneth Johnson, démographe principal à l’université du New Hampshire.
En 2017, lorsque le taux de fécondité était de 1,8, le Census Bureau prévoyait qu’il convergerait à long terme vers 2,0. Il a depuis revu cette prévision à la baisse, à 1,5. « Cela nous a échappé », a déclaré Melissa Kearney, économiste à l’université du Maryland, spécialisée dans la démographie.
Une deuxième transition démographique ?
Les historiens qualifient de transition démographique la baisse de la fécondité qui a débuté au XVIIIe siècle dans les pays en voie d’industrialisation. L’allongement de la durée de vie et l’augmentation du nombre d’enfants survivant jusqu’à l’âge adulte ont eu pour effet de réduire la nécessité d’avoir plus d’enfants. Plus instruites et plus actives, les femmes ont retardé le mariage et la naissance, ce qui a entraîné une diminution du nombre d’enfants.
Aujourd’hui, a déclaré M. Spears, « le fait est que les taux de natalité sont faibles ou en baisse dans de nombreuses sociétés et économies ».
Certains démographes considèrent que cela fait partie d’une « deuxième transition démographique », une réorientation de la société vers l’individualisme qui met moins l’accent sur le mariage et la parentalité, et rend plus acceptable le fait d’avoir moins ou pas d’enfants.
Aux États-Unis, certains ont d’abord pensé que les femmes retardaient simplement la naissance d’un enfant en raison de l’incertitude économique persistante liée à la crise financière de 2008.
Dans une recherche publiée en 2021, M. Kearney, de l’université du Maryland, et deux coauteurs ont cherché des explications possibles à cette baisse continue. Ils ont constaté que les différences entre les États en ce qui concerne les lois sur la notification de l’avortement parental, le chômage, l’accès à Medicaid, le coût du logement, l’utilisation de contraceptifs, la religiosité [la population des amish a pourtant plus que doublé de 2000 à 2022], les frais de garde d’enfants et l’endettement des étudiants n’expliquaient pratiquement pas cette baisse. « Nous pensons que cette évolution reflète de vastes changements sociétaux difficiles à mesurer ou à quantifier », concluent-ils.
Selon M. Kearney, si élever des enfants n’est pas plus coûteux qu’auparavant, les préférences des parents et les contraintes qu’ils perçoivent ont changé : « Si les gens préfèrent consacrer du temps à leur carrière, à leurs loisirs, à leurs relations à l’extérieur du foyer, il est plus probable que cela entre en conflit avec le fait d’avoir des enfants. »
Entre-temps, les données sur l’emploi du temps montrent que les mères et les pères, en particulier ceux qui ont un niveau d’éducation élevé, passent plus de temps avec leurs enfants que par le passé. « L’intensité de l’éducation des enfants est une contrainte », a déclaré M. Kearney.
Erica Pittman, une banquière d’affaires de 45 ans à Raleigh, en Caroline du Nord, a déclaré qu’elle et son mari avaient choisi de n’avoir qu’un seul enfant en raison des contraintes de temps, notamment pour s’occuper de sa mère, décédée l’année dernière après une longue bataille contre la sclérose en plaques. Leur fils de 8 ans peut participer à des ateliers de théâtre, de football et à des camps d’été parce que le couple, dont le revenu annuel combiné s’élève à environ 225 000 dollars, dispose de plus de temps et d’argent.
« J’ai l’impression d’être une meilleure mère », a déclaré Mme Pittman. « J’ai l’impression de pouvoir aller travailler — parce que j’ai un travail assez exigeant — mais je peux aussi prendre le temps de faire du bénévolat à son école, d’être le chaperon de la sortie scolaire et de faire ce genre de choses, parce que je n’ai qu’une seule personne à coordonner avec mon emploi du temps ».
Mme Pittman dit qu’elle ne remet leur décision en question que lorsque son fils lui dit qu’il aimerait avoir un frère ou une sœur avec qui jouer. En réponse, elle et son mari, professeur d’histoire dans un collège, choisissent des destinations de vacances avec un club pour enfants, comme une croisière Disney, pour que son fils puisse jouer avec d’autres jeunes de son âge.
Branchés sur la culture mondiale
En Inde, le taux de fécondité est inférieur au taux de remplacement, bien que le pays soit encore pauvre et que de nombreuses femmes ne travaillent pas — des facteurs qui soutiennent généralement la fécondité.
L’urbanisation et l’internet ont permis aux femmes des villages traditionnellement dominés par les hommes d’entrevoir des sociétés où le nombre d’enfants et la qualité de vie sont la norme. « Les gens sont branchés sur la culture mondiale », a déclaré Richard Jackson, président du Global Aging Institute, un groupe de recherche et d’éducation à but non lucratif.
Mae Mariyam Thomas, 38 ans, qui vit à Mumbai et dirige une société de production audio, a déclaré qu’elle avait choisi de ne pas avoir d’enfants parce qu’elle n’avait jamais ressenti l’attrait de la maternité. Elle voit ses pairs lutter pour rencontrer la bonne personne, se marier plus tard et, dans certains cas, divorcer avant d’avoir des enfants. Au moins trois de ses amies ont congelé leurs ovules.
« Je pense que nous vivons dans un monde vraiment différent et que, pour n’importe qui dans le monde, il est difficile de trouver un partenaire », a-t-elle déclaré.
L’Afrique subsaharienne semblait autrefois résister à la baisse mondiale de la fécondité, mais cela aussi est en train de changer. La part de toutes les femmes en âge de procréer utilisant une contraception moderne est passée de 17 % en 2012 à 23 % en 2022, selon Planification familiale 2030, une organisation internationale.
Jose Rimon, professeur de santé publique à l’université Johns Hopkins, attribue cette évolution à l’impulsion donnée par les dirigeants nationaux en Afrique qui, selon lui, devrait faire baisser la fécondité plus rapidement que ne le prévoient les Nations unies.
Une fois qu’un cycle de faible fécondité est enclenché, il réinitialise effectivement les normes d’une société et est donc difficile à briser, a déclaré Mme Jackson. « Moins il y a d’enfants chez les collègues, les pairs et les voisins, plus le climat social s’en trouve modifié », a-t-il ajouté.
Danielle Vermeer a grandi en tant que troisième d’une famille de quatre enfants dans le North Side de Chicago, où son quartier était peuplé de catholiques d’origine italienne, irlandaise et polonaise et où la moitié de ses amis proches avaient autant de frères et sœurs qu’elle, voire plus. Son père, italo-américain, était l’un des quatre enfants à l’origine de 14 petits-enfants. Aujourd’hui, ses parents ont cinq petits-enfants, dont les deux enfants de Vermeer, âgés de 4 et 7 ans.
La jeune femme de 35 ans, cofondatrice d’une application d’achat de mode, a déclaré qu’avant de décider d’avoir des enfants, elle avait consulté des dizaines d’autres couples et son église catholique, et lu au moins huit livres sur le sujet, dont un du pape Paul VI. Elle et son mari ont décidé que deux enfants étaient le bon nombre.
« L’acte de mettre un enfant au monde est une responsabilité incroyable », a-t-elle déclaré.
Projections des Nations unies pour 2023 concernant les 12 pays les plus peuplés et leur taux de fécondité total
Nouvelles politiques
Les gouvernements ont tenté d’inverser la baisse de la fécondité par des politiques pronatalistes.
Aucun pays n’a peut-être essayé plus longtemps que le Japon. Après que la fécondité soit tombée à 1,5 au début des années 1990, le gouvernement a mis en place une série de plans comprenant des congés parentaux et des services de garde d’enfants subventionnés. La baisse de la fécondité s’est poursuivie.
En 2005, Kuniko Inoguchi a été nommée Première ministre chargée de l’égalité des sexes et de la natalité. Le principal obstacle, a-t-elle déclaré, est l’argent : « Les gens ne pouvaient pas se permettre de se marier ou d’avoir des enfants ». Le Japon a rendu les soins de maternité gratuits et a introduit une allocation versée à la naissance de l’enfant.
Le taux de fécondité du Japon est passé de 1,26 en 2005 à 1,45 en 2015. Il a ensuite recommencé à baisser pour revenir à 1,26 en 2022.
Cette année, le Premier ministre Fumio Kishida a mis en place un autre programme visant à augmenter le nombre de naissances, qui prévoit le versement d’allocations mensuelles à tous les enfants de moins de 18 ans, quel que soit leur revenu, la gratuité de l’université pour les familles ayant trois enfants et un congé parental entièrement rémunéré.
Mme Inoguchi, aujourd’hui membre de la chambre haute du parlement, a déclaré que la contrainte qui pèse sur les futurs parents n’est plus l’argent, mais le temps. Elle a insisté auprès du gouvernement et des entreprises pour qu’ils adoptent la semaine de quatre jours. Elle a déclaré : « Si vous êtes fonctionnaire ou directeur d’une grande entreprise, vous ne devriez pas vous préoccuper des questions de salaire aujourd’hui, mais plutôt du fait que, dans 20 ans, vous n’aurez plus de clients, ni de candidats aux forces d’autodéfense ».
Le Premier ministre hongrois Viktor Orban a mis en place l’un des programmes les plus ambitieux d’Europe en matière de natalité. L’année dernière, il a élargi les avantages fiscaux accordés aux mères, de sorte que les femmes de moins de 30 ans qui ont un enfant sont exonérées à vie de l’impôt sur le revenu des personnes physiques.
À cela s’ajoutent des aides au logement et à la garde d’enfants, ainsi que de généreux congés de maternité.
Le taux de fécondité de la Hongrie, bien que toujours largement inférieur au taux de remplacement, a augmenté depuis 2010. Mais l’Institut de démographie de Vienne attribue cette hausse principalement au fait que les femmes retardent la naissance de leurs enfants en raison de la crise de la dette qui a frappé le pays vers 2010. Si l’on tient compte de ce facteur, la fécondité n’a que légèrement augmenté, conclut l’institut.
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| La plupart des institutions internationales (Nations Unies, Banque mondiale, Manuel d’information de la CIA, Statista, Macrotends) surestiment la fécondité des pays, leurs données sont désuètes. |
Le sénateur républicain de l’Ohio, J.D. Vance, a déclaré que la baisse de la fécondité n’était pas seulement liée aux pressions économiques d’une main-d’œuvre moins nombreuse et d’une sécurité sociale non financée. » Vivez-vous dans des communautés où il y a des enfants heureux et souriants, ou dans des communautés où les gens vieillissent », a-t-il déclaré dans une interview. L’absence de frères et sœurs et de cousins contribue, selon lui, à l’isolement social des enfants.
Il a étudié des solutions potentielles, en particulier l’approche hongroise, mais n’a pas vu de preuve de leur efficacité à long terme.
L’Institute for Health Metrics and Evaluation a trouvé peu de preuves que les politiques pronatalistes conduisent à des baisses durables de la fertilité. Selon les chercheurs, une femme peut tomber enceinte plus tôt pour bénéficier d’une prime à la naissance, mais il est probable qu’elle n’aura pas plus d’enfants au cours de sa vie.
Conséquences économiques
Alors qu’aucune inversion des taux de natalité n’est en vue, les pressions économiques qui en découlent s’intensifient. Depuis la pandémie, les pénuries de main-d’œuvre sont devenues endémiques dans les pays développés. Cette situation ne fera que s’aggraver dans les années à venir, car la chute des taux de natalité après la crise se traduit par un afflux de jeunes travailleurs de moins en moins nombreux, ce qui pèse davantage sur les systèmes de soins de santé et de retraite.
Neil Howe, démographe chez Hedgeye Risk Management, a souligné qu’un récent rapport de la Banque mondiale suggérait que l’aggravation de la démographie pourrait faire de cette décennie une deuxième « décennie perdue » consécutive pour la croissance économique mondiale.
Dans les pays avancés, la solution habituelle consiste à augmenter l’immigration, mais cela pose deux problèmes. Alors que de plus en plus de pays sont confrontés à une stagnation de leur population, l’immigration entre eux est un jeu à somme nulle. Historiquement, les pays d’accueil recherchent des migrants qualifiés qui entrent par des voies formelles et légales, mais les flux récents sont essentiellement constitués de migrants non qualifiés qui entrent souvent illégalement et demandent l’asile.
Historiquement, les niveaux élevés d’immigration ont également suscité une résistance politique, souvent en raison de crainte de changements culturels et démographiques. La diminution de la population née dans le pays est susceptible d’intensifier ces inquiétudes. Bon nombre des dirigeants les plus désireux d’augmenter les taux de natalité sont les plus réfractaires à l’immigration.
Plus les taux de natalité baissent, plus les régions et les communautés se dépeuplent, avec des conséquences allant de la fermeture des écoles à la stagnation de la valeur des biens immobiliers. Selon M. Fernández-Villaverde, les établissements d’enseignement supérieur les moins sélectifs auront bientôt du mal à remplir leurs salles de classe en raison de la chute des taux de natalité qui a commencé en 2007. Selon M. Vance, les hôpitaux ruraux ne pourront pas rester ouverts en raison de la baisse de la population locale.
Une économie avec moins d’enfants aura du mal à financer les pensions et les soins de santé pour les personnes âgées de plus en plus nombreuses. Le fonds de pension national de la Corée du Sud, l’un des plus importants au monde, est en passe d’être épuisé d’ici 2055. Une commission législative spéciale a récemment présenté plusieurs réformes possibles des retraites, mais il ne reste que peu de temps pour agir avant que la prochaine campagne électorale présidentielle ne batte son plein.
Selon Sok Chul Hong, économiste à l’université nationale de Séoul, l’opinion publique n’a guère exercé de pression pour que des mesures soient prises. « Les personnes âgées ne sont pas très intéressées par la réforme des retraites et les jeunes sont apathiques à l’égard de la politique », a-t-il déclaré. « C’est une situation vraiment ironique.
mercredi 8 mai 2024
Québec — baisse marquée de la fécondité (1,38 enfant/femme) en 2023
En 2023, le Québec a enregistré une des plus faibles fécondités de son histoire. L’espérance de vie stagne quant à elle au niveau atteint avant la pandémie. Dans ce contexte, l’accroissement naturel de la population, soit la différence entre les naissances et les décès, a été pratiquement nul. L’arrivée d’un nombre record de migrants internationaux a toutefois généré une forte croissance démographique, en plus d’occasionner un ralentissement ponctuel du vieillissement de la population. Au terme de l’année 2023, le Québec compte près de 9 millions d’habitants et d’habitantes.
En 2023, 77 950 bébés sont nés au Québec, soit une baisse de 3 % par rapport à 2022 (80 700) et le nombre le plus faible depuis 2005.
L’indice de fécondité chute de manière importante pour s’établir à 1,38 enfant par femme en 2023, comparativement à 1,48 en 2022. La fécondité se maintient tout juste au-dessus du creux historique de 1,36 enregistré en 1987. La chute de la dernière année s’inscrit dans une tendance à la baisse observée depuis une quinzaine d’années.
La baisse de la fécondité n’est pas unique au Québec. Elle s’observe également au Canada et dans plusieurs autres pays développés. À l’échelle canadienne, la fécondité du Québec est supérieure à celle de la majorité des autres provinces.
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En 2023, la fécondité des Québécoises a diminué dans tous les groupes d’âge sauf chez les femmes de 40 ans et plus. L’âge moyen à la maternité poursuit sa hausse et s’établit à 31,3 ans.
Le nombre de décès au Québec en 2023 est estimé à 77 550, une légère baisse par rapport aux 78 400 décès de 2022. Cela ramène l’espérance de vie de la population québécoise à 82,5 ans en 2023, un niveau semblable à celui observé avant la pandémie. Les femmes peuvent espérer vivre jusqu’à 84,3 ans et les hommes jusqu’à 80,7 ans, selon les conditions observées en 2023. Même si l’espérance de vie est plutôt stagnante au Québec depuis 2016, elle reste parmi les plus élevées au monde.
On observe une hausse de la mortalité chez les 25-44 ans au cours de la période 2020-2023, qui s’explique principalement par la hausse des décès par surdose. La hausse de la mortalité à ces âges est toutefois moins forte au Québec que dans le reste du Canada ou qu’aux États-Unis.
En 2023, l’ensemble des échanges migratoires avec l’extérieur du Québec (internationaux et interprovinciaux) ont engendré un gain total d’environ 217 600 personnes, ce qui surpasse nettement le précédent sommet enregistré en 2022 (environ 150 700 personnes).
Au prorata de la population, le gain de population attribuable aux migrations externes se chiffre à 2,5 % en 2023, soit un gain d’une ampleur jamais atteinte depuis au moins 1972. Dans le reste du Canada, l’accroissement migratoire est encore plus élevé, soit de 3,3 %, du jamais vu pour un pays de l’OCDE depuis au moins 1950.
En 2023, le Québec a accueilli 52 800 immigrants et immigrantes à titre de résidents permanents, et a surtout connu une augmentation inédite de 174 200 résidents non permanents (principalement des travailleurs étrangers temporaires, des étudiants internationaux et des demandeurs d’asile). En contrepartie, l’émigration nette vers l’étranger (– 5 200 personnes) et le solde des échanges migratoires avec les autres provinces (– 4 200 personnes) n’ont entraîné que des pertes limitées.
Plus du tiers des personnes immigrantes proviennent de la France, du Cameroun et de la Chine
En 2023, le Québec a accueilli 11 % de l’ensemble des personnes admises au Canada comme résidents permanents.
La France arrive en tête des pays d’origine de celles admises au Québec (13 %), devant le Cameroun (12 %) et la Chine (11 %). Suivent l’Algérie, le Maroc, la Tunisie et Haïti, d’où proviennent entre 4 % et 5 % des personnes immigrantes.
Plus de 560 000 résidents non permanents étaient présents au Québec au 1er janvier 2024
La forte augmentation du nombre de résidents non permanents enregistrée en 2023 porte leur effectif total à 560 200 personnes au 1er janvier 2024. À cette date, le Québec était le lieu de résidence de 54 % des demandeurs d’asile présents au Canada, de 19 % des travailleurs temporaires, de 11 % des étudiants internationaux et de 15 % de ceux étant titulaires tant d’un permis de travail que d’un permis d’études, selon les estimations de Statistique Canada basées sur les données administratives d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada.
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| L'« accroissement démographique » est un quasi synonyme d'immigration, vu le faible niveau des naissances et donc du solde naturel. |
Voir aussi
Le 5 avril 1669 — Jean-Talon finance des mesures natalistes
Le Québec a ainsi perdu quelque 5 % de tous ses emplois à temps plein en 5 mois (1er décembre 2023)
67 % des Canadiens considèrent que les cibles d’immigration sont trop élevées (novembre 2023)
La hausse de l’immigration alimente la hausse des loyers (novembre 2023)
mercredi 28 février 2024
Corée du Sud: le nombre de nouveau-nés au plus bas (-7,7% par rapport à 2022), fécondité tombe à 0,7 enfant/femme.
À ce rythme, la population sud-coréenne va quasiment se réduire de moitié pour atteindre 26,8 millions d'habitants en 2100.
Le nombre de nouveau-nés en Corée du Sud a atteint en 2023 son plus bas niveau depuis les premières statistiques sur le sujet en 1970, a annoncé Séoul mercredi 28 février, malgré les milliards d'euros dépensés par le gouvernement pour encourager les naissances. «Le nombre de nouveau-nés en 2023 était de 230.000», soit 7,7% de moins par rapport à 2022, a déclaré à des journalistes Lim Young-il du bureau du recensement au sein de l'organisme public des statistiques sud-coréennes.
En 2023, le taux brut de natalité, c'est-à-dire le nombre de nouveau-nés pour 1.000 habitants, était, lui, de 4,5 contre 4,9 en 2022, selon ces données préliminaires. «Le nombre de nouveau-nés (...) et le taux brut de natalité se situent tous à leur point le plus bas depuis 1970», année du début du recueil de ces données, a décrit Lim Young-il.
Prix du logement et de l'instruction
Pour maintenir la population à son niveau actuel (51 millions d'individus), il faudrait que les femmes donnent naissance à 2,1 enfants en moyenne durant leur vie. Mais en 2023, le taux de fécondité a continué de chuter, atteignant 0,72. À ce rythme, la population sud-coréenne va quasiment se réduire de moitié pour atteindre 26,8 millions d'habitants en 2100, selon l'Institut pour les mesures et l'évaluation de santé à l'université de Washington à Seattle (États-Unis).
Séoul a dépensé des centaines de milliards d'euros pour tenter d'encourager les naissances, à travers des versements d'allocations, des services de garde d'enfant et une aide pour les traitements de l'infertilité. Selon les experts, le faible nombre de naissance découle notamment des prix de l'immobilier et des coûts élevés liés au fait d'élever des enfants, dans une société compétitive rendant par ailleurs difficile l'obtention d'emplois bien rémunérés. La double journée de travail des femmes, qui, rentrées du travail, assument souvent la responsabilité des tâches ménagères et de l'éducation des enfants, constitue aussi un facteur clé, expliquent-ils.
Liens connexes
Japon — Deux fois plus de décès que de naissances en 2023
Population chinoise chute pour la 2e année consécutive, avec un taux de natalité historiquement bas
vendredi 19 janvier 2024
Population chinoise chute pour la 2e année consécutive, avec un taux de natalité historiquement bas
Résumé
- La population de la Chine a diminué de 0,15 % en glissement annuel en 2023
- Le taux de natalité est au plus bas, le taux de mortalité au plus haut depuis 1974
- Le nombre total de nouvelles naissances diminue de 5,7 % pour atteindre 9,02 millions
- Le nombre total de décès augmente de 6,6 % à 11,1 millions
La population chinoise a baissé pour la deuxième année consécutive en 2023, en raison d’un taux de natalité historiquement bas et d’une vague de décès dus au COVID-19 lors de la levée des mesures de confinement strictes, ce qui a accéléré un ralentissement qui aura des effets profonds à long terme sur le potentiel de croissance de l’économie.
Le Bureau national des statistiques a déclaré que le nombre total d’habitants en Chine avait diminué de 2,08 millions, soit 0,15 %, pour atteindre 1,409 milliard en 2023.
Ce chiffre est bien supérieur à la baisse de 850 000 habitants enregistrée en 2022, laquelle était la première depuis 1961, lors de la Grande Famine de l’ère Mao Tsé-Toung (Zedong).
Au début de l’année dernière, la Chine a connu une flambée spectaculaire du COVID à l’échelle nationale, après trois années de dépistage rigoureux et de mesures de quarantaine qui ont permis de contenir le virus jusqu’à ce que les autorités lèvent brusquement les restrictions en décembre 2022.
L’année dernière, le nombre total de décès a augmenté de 6,6 % pour atteindre 11,1 millions, le taux de mortalité atteignant son niveau le plus élevé depuis 1974, pendant la révolution culturelle.
Les nouvelles naissances ont chuté de 5,7 % pour atteindre 9,02 millions et le taux de natalité a atteint un nadir de 6,39 naissances pour 1 000 habitants, alors qu’il était encore de 6,77 naissances en 2022.
Les naissances dans le pays sont en chute libre depuis des décennies en raison de la politique de l’enfant unique mise en œuvre de 1980 à 2015 et de l’urbanisation rapide au cours de cette période. À l’instar des essors économiques antérieurs du Japon et de la Corée du Sud, d’importantes populations ont quitté les fermes rurales chinoises pour s’installer dans les villes, où il est plus coûteux d’avoir des enfants. Ainsi, le taux de natalité du Japon était de 6,3 pour 1 000 habitants en 2022, tandis que celui de la Corée du Sud était de 4,9.
« Comme nous l’avons observé à maintes reprises dans d’autres pays à faible taux de fécondité, il est souvent très difficile d’inverser la tendance à la baisse de la fécondité », a déclaré à Reuters Zhou Yun, démographe à l’université du Michigan.
Le chômage des jeunes a atteint un niveau record, les salaires de nombreux cols blancs ont baissé et la crise du secteur immobilier, où sont stockés plus des deux tiers des richesses des ménages, s’est intensifiée, ce qui a encore entamé l’envie de faire des enfants en Chine en 2023.
Ces nouvelles données renforcent les inquiétudes selon lesquelles les perspectives de croissance de la deuxième économie mondiale s’amenuisent en raison de la diminution du nombre de travailleurs et de consommateurs, tandis que l’augmentation des coûts des soins aux personnes âgées et des prestations de retraite pèse de plus en plus sur les gouvernements locaux endettés.
L’année dernière, l’Inde a dépassé la Chine comme pays le plus peuplé du monde, selon les estimations des Nations unies, ce qui a alimenté le débat sur les mérites de la délocalisation de certaines chaînes d’approvisionnement basées en Chine vers d’autres marchés, en particulier à mesure que les tensions géopolitiques augmentent entre Pékin et Washington.
À long terme, les experts de l’ONU prévoient que la population chinoise diminuera de 109 millions d’ici à 2050, soit plus du triple de la baisse prévue dans leurs précédentes prévisions en 2019.
La population chinoise âgée de 60 ans et plus a atteint 296,97 millions en 2023, soit environ 21,1 % de la population totale, contre 280,04 millions en 2022.
Problèmes de pension
Le taux chinois de 7,87 décès pour 1 000 habitants en 2023 était plus élevé que le taux de 7,37 décès en 2022.
La population du pays en âge de prendre sa retraite, c’est-à-dire âgée de 60 ans et plus, devrait passer de 280 millions de personnes actuellement à plus de 400 millions d’ici 2035, soit plus que l’ensemble de la population des États-Unis.
L’Académie chinoise des sciences, organisme public, estime que le système de retraite sera à court d’argent d’ici à 2035.
Zhu Guoping, un agriculteur de 57 ans de la province du Gansou (Gansu), dans le nord-ouest du pays, a déclaré que son revenu annuel d’environ 20 000 yuans (3 783,98 dollars canadiens, 2576 euros) ne laissait à sa famille que de maigres économies.
Il recevra une pension mensuelle de 160 yuans lorsqu’il aura 60 ans, soit l’équivalent de 30,2 $ canadiens ou 20,6 euros.
« L’argent n’est vraiment pas suffisant », a déclaré M. Zhu. « Peut-être que nos enfants [au pluriel ?] pourront nous apporter un peu de soutien à l’avenir. »
Moins de bébés
Les frais élevés de garde d’enfants et d’éducation dissuadent de nombreux couples chinois d’avoir des enfants, tandis que l’incertitude du marché de l’emploi décourage les femmes d’interrompre leur carrière.
Selon des démographes, la discrimination fondée sur le sexe et les attentes traditionnelles selon lesquelles les femmes assument le rôle de gardienne de la famille exacerbent le problème.
Le président Xi Jinping a déclaré l’année dernière que les femmes devraient raconter « de bonnes histoires de traditions familiales », ajoutant qu’il était nécessaire de « cultiver activement une nouvelle culture du mariage et de la procréation », qu’il a liée au développement national.
Les gouvernements locaux ont annoncé diverses mesures visant à encourager les naissances, notamment des déductions fiscales, des congés de maternité plus longs et des subventions au logement.
Mais nombre de ces politiques n’ont pas été mises en œuvre en raison de l’insuffisance des fonds et du manque de motivation des gouvernements locaux, a déclaré un institut politique de Pékin, qui préconise plutôt la mise en place d’un système unifié de subventions familiales à l’échelle du pays.
Wang Weidong, 36 ans, qui réside à Pékin et travaille dans une société Internet, a déclaré que sa femme et lui hésitaient à avoir un deuxième enfant.
« Les gens n’auront pas d’enfant à cause de ces incitations. Les incitations sont secondaires, elles ne sont pas à l’origine du problème. Je pense donc qu’il est plus difficile d’inverser cette tendance », a déclaré M. Wang.
Source : Reuters
mardi 26 décembre 2023
Corée — « la concurrence intense, particulièrement dans l'éducation » une des causes de la sous-fécondité, selon le président
vendredi 26 mai 2023
Corée du Sud — Les naissances atteignent un nouveau minimum historique en mars (2023)
Seuls 21 138 bébés sont nés en mars, en baisse de 8,1 % par rapport au même mois de l’année dernière, selon les données. Il s’agit du plus faible chiffre pour un mois de mars depuis que l’agence de statistiques a commencé à compiler des données connexes en 1981. Le nombre de bébés nés au pays du Matin-Clair a baissé en glissement annuel pour le 88e mois d’affilée.
Le faible taux de natalité est un vrai fléau dans la société sud-coréenne alors que les jeunes générations retardent ou renoncent à avoir des enfants en raison, selon l’agence Yonhap, des prix élevés de l’immobilier et des incertitudes économiques. Le taux de fécondité du pays, le nombre moyen d’enfants qu’une femme porte au cours de sa vie, s’est élevé à seulement 0,81 au premier trimestre de 2023, en baisse de 0,06 par rapport à la même période de l’année dernière.
Des experts prévoient que le taux devrait continuer à baisser à l’avenir compte tenu du fait que davantage de bébés naissent généralement en début d’année. Le taux est beaucoup plus faible que le niveau de remplacement de 2,1 qui permettrait au pays de maintenir stable la population à 51,5 millions d’habitants.
Les décès ont continué à dépasser les naissances, une tendance qui se poursuit depuis 2020. Le nombre de décès s’est élevé à 28 922 en mars, une baisse de 35,2 % par rapport à l’année dernière, selon les données publiées, entraînant une diminution naturelle de 7 784. Le recul du nombre de décès est intervenu sur fond d’impact allégé de la pandémie de nouveau coronavirus (Covid-19).
Le nombre de mariages a bondi de 18,8 % sur un an à 18 192, alors que les couples qui ont reporté leur mariage se sont mariés après la levée des restrictions antivirus. Les divorces ont augmenté de 4,7 % à 8 255 au cours de la période en question.
vendredi 21 octobre 2022
Démographie — La Corée du Sud est-elle condamnée à disparaître ?
Avec un taux de natalité en chute libre, une population qui diminue et un vieillissement accéléré, Séoul fait face à une crise sans précédent aux conséquences économiques, sociales et culturelles incalculables. Il est urgent de trouver des solutions, alerte l’hebdomadaire « Hankyoreh21 ».
En 2017, 1,05 ; en 2018, 0,98 ; en 2019, 0,92 ; en 2020, 0,84 ; en 2021, 0,81. Il s’agit de l’évolution du taux de fécondité en République de Corée. D’après la Commission économique des Nations unies pour l’Europe (CEE-ONU), le taux de fécondité minimal permettant de maintenir la démographie serait de 2,1, soit deux fois plus que celui que connaît actuellement le pays. Une fois la barre de 1 franchie, le nombre annuel de naissances peut chuter de moitié en trente ans. En dessous de 1,3, le taux est considéré comme extrêmement bas, ce qui est le cas de la Corée du Sud depuis 2002.
Le phénomène est d’autant plus préoccupant qu’il dure depuis longtemps et s’aggrave à une vitesse plus importante que prévu. En 2021, pour la première fois depuis la création de l’État, en 1948, la population a diminué [à environ 51 millions d’habitants aujourd’hui], diminution qui n’était attendue qu’en 2029, voire en 2032, selon une estimation de 2016. On annonce que le cap de 2030 sera catastrophique. L’Institut sur le vieillissement de la population d’Oxford a cité la Corée du Sud comme le premier pays qui disparaîtrait. Cho Young-tae, démographe et professeur de l’Université nationale de Séoul, déclare :
« Le taux de fécondité en dessous de 1 a longtemps été considéré comme improbable, à moins d’une épidémie ou d’une guerre. »
Il ajoute : « On ne perçoit pas tout de suite les répercussions de la baisse démographique sur l’économie et la société, mais quand le seuil critique est dépassé, il est très difficile d’agir, et cela pénalise gravement la qualité de vie des citoyens. Il est certain que la Corée du Sud a atteint ce seuil. »
Une chute brutale
Aux alentours de 1960, le taux de fécondité du pays se situait aux environs de 5 ou de 6. C’était après la guerre de Corée [1950-1953] et il était « normal » pour un couple d’avoir plusieurs enfants. Ceux qui sont nés sous le fameux signe du Chien de 1958 [selon l’astrologie chinoise] sont plus d’un million et font partie de la génération des baby-boomers.
Le nombre annuel de naissances a dépassé plusieurs fois la barre du million jusqu’au début des années 1970, puis a commencé à baisser : il était, par exemple, de 860 000 en 1980 et de 650 000 en 1990. Ce dernier niveau s’est à peu près maintenu pour l’année 2000, avec 640 000 naissances, puis il a connu par la suite une chute brutale, avec 470 000 en 2010 et 270 000 en 2020. Cette tendance à la baisse risque de se poursuivre dans les années à venir, compte tenu de la diminution de la population en âge de se marier et de la mode du mariage tardif.
| La mal-nommée pyramide des âges de la Corée du Sud |
Des milliards d’euros sans effets pour relancer la natalité
Pour favoriser la procréation, le gouvernement sud-coréen aurait investi depuis vingt ans quelque 200 000 milliards de wons [environ 14,3 milliards d’euros]. Pas moins de deux mille mesures auraient été prises par les autorités centrales et locales dans ce même but. Comment expliquer que la situation ne fasse que s’aggraver malgré tous ces efforts ? « Une baisse démographique a souvent des causes multiples, économiques, sociales et culturelles. La solution n’est donc pas facile à trouver », explique Kim Chang-sun, président de l’Association coréenne de la population, de la santé et du bien-être (KoPHWA).
« Le problème le plus fondamental réside sans doute dans le fait que les jeunes générations sont moins habitées par l’espoir que par l’inquiétude quant à leur propre avenir. » [C’est possible, il est cependant plus probable que l’on a favorisé l’inculcation de valeurs antinatalistes dans la jeunesse, qu’on a trop valorisé les études longues et l’individualisme, trop insisté sur le court terme plutôt que sur le long terme, y compris l’aspect religieux, etc.]
Le nombre de mariages a également chuté de 430 000 en 1996 à 280 000 en 2016. L’an dernier, il est descendu pour la première fois en dessous de la barre de 200 000, avec 190 000 mariages. Par ailleurs, d’après les indicateurs sociaux 2020 de la Corée du Sud, publiés par Statistiques Corée, les Coréens ne ressentiraient pas autant qu’avant la nécessité d’avoir des enfants. Cette opinion concerne toutes les tranches d’âge, avec 60,6 % pour les 10-19 ans et 52,5 % pour les 20-29 ans.
| La pyramide des âges du Congo (RDC). En 2022, la population serait de 96 millions (le Congo indépendant n’a effectué qu’un seul et unique recensement depuis 1960, celui de 1984), fin 2023 la population devrait y attendre 100 millions et 120 millions en 2030. Certaines sources, comme le CIA Factbook, prétendent que le Congo (RDC) compte déjà plus de 108 millions d’habitants en 2022. La population du Congo belge en 1950 était de 12 millions d’habitants (avec moins de 100 000 Européens). |
La politique de limitation des naissances a trop duré
Quand on considère qu’une évolution démographique est prévisible à l’intervalle d’une génération, soit environ trente ans, on peut chercher des éléments d’explication de la situation actuelle dans la politique démographique des années 1980.
Dans les années 1960, une campagne nationale alertait ouvertement : « À continuer à faire des enfants, nous resterons dans la misère. » Le taux de fécondité d’environ 6 à l’époque était un taux élevé, même pour un pays sous-développé. Souvent, une seule personne devait prendre en charge une famille nombreuse. Soucieux du développement de l’économie nationale, le gouvernement déploya une politique de limitation de naissances qu’il poursuivit dans les années 1970 et même dans les années 1980, alors que les mesures prises avaient porté leurs fruits, avec un taux de fécondité tombé à 2,1 en 1983.
Les économistes et les autorités croyaient ferme en la théorie de l’économiste britannique Thomas Malthus [1766-1834], qui avait prédit que, sans freins, la population augmenterait de façon exponentielle, tandis que les ressources ne croîtraient que de façon arithmétique. Cette politique de limitation des naissances n’a été remise en cause qu’en 2005, lorsque le taux de fécondité est tombé à 1,08.
Pénurie de main-d’œuvre et croissance vers le bas
Certains relativisent le phénomène actuel, arguant qu’il y a bien assez de Coréens sur un territoire national qui n’est pas si grand [environ 100 000 km²]. Cependant, la baisse du nombre de naissances a des répercussions sociales et économiques graves. En effet, une chute démographique entraîne la pénurie de main-d’œuvre, la réduction de la consommation et finit par tirer la croissance vers le bas.
Le système social actuel, conçu pour l’essentiel à une époque de croissance démographique, sera également perturbé. La baisse du nombre de naissances est directement liée au vieillissement de la population. La Corée du Sud n’est plus seulement une société vieillissante, c’est aussi une société de vieux. Avec la tendance actuelle, 100 personnes dans la population active soutiendront 60 personnes âgées en 2040, et 100 en 2065. L’argent va manquer pour subvenir aux besoins des aînés.
Le pays est déjà marqué par un taux de pauvreté très élevé chez les plus de 65 ans, réalisant dans ce domaine l’un des pires scores des membres de l’OCDE. Avec de moins en moins de jeunes et de plus en plus de personnes âgées, la prise en charge de celles-ci pèsera trois fois plus que la moyenne internationale d’ici cinquante ans, tel est le pronostic de Statistiques Corée.
« Il faut des mesures concrètes et cohérentes »
La décision de se marier et d’avoir des enfants appartient à chaque individu. L’incitation aussi bien que la limitation par l’État constituent une atteinte aux droits fondamentaux des citoyens. Que faire alors ? Les experts réclament tous une politique à long terme. Il faut faire évoluer la société de manière que les jeunes arrivent naturellement à penser que fonder une famille n’est pas un si mauvais choix. « Il faut mettre en place un tissu de mesures concrètes et cohérentes qui concernent les différentes étapes de la vie, de la naissance à la vieillesse », déclare M. Kim. De son côté, Cho Young-tae affirme :
« Notre avenir est directement lié au problème démographique. Il est très important d’anticiper son effet. Les baby-boomers auront quitté le marché du travail d’ici dix ans. Si on ne s’y prépare pas, on va vers une catastrophe. »
So Hyong-su, ancien vice-président de la Commission sur la baisse de la natalité et le vieillissement, propose, lui, d’« adapter le système social et économique en tenant compte de l’évolution démographique à venir, l’essentiel étant la répartition des ressources. Il faut améliorer la qualité de la vie en réduisant les inégalités sociales, la compétition et les concentrations géographiques de la population. »
La crispation antiféministe des jeunes Sud-Coréens
Le 8 janvier dernier, Yoon Seok-youl, candidat à l’élection présidentielle [sud-coréenne du 9 mars] pour le Parti du pouvoir du peuple [opposition conservatrice], a annoncé sur sa page Facebook sa volonté de supprimer le ministère des Femmes et de la Famille. Cette proposition a fait grimper la cote de popularité de l’intéressé à un niveau jamais atteint par une autre promesse d’un candidat en campagne.
Derrière ce phénomène se cache une catégorie d’électeurs identifiée par un néologisme, celui d’« idaenam », abréviation de l’expression qui signifie les « hommes de 20 à 30 ans ». Mais le portrait qui sera dressé ici concerne plus largement les jeunes hommes jusqu’à l’âge de 35 ans environ. Les idaenam, que le slogan de M. Yoon a particulièrement enthousiasmés, sont aujourd’hui considérés comme la catégorie la plus conservatrice de la population sud-coréenne. C’est ce que montre une enquête d’opinion réalisée par le quotidien Joong Ang Ilbo à l’aide d’une panoplie de questions touchant la société, l’économie et la sécurité nationale. Les femmes de cette tranche d’âge étant nettement plus progressistes que les hommes, les 20 à 30 ans apparaissent comme le groupe où les divergences entre les deux sexes sont les plus flagrantes.
Droitisation des jeunes hommes
Lors de la dernière élection présidentielle, en 2017, 47 % des électeurs de 20 à 30 ans avaient voté pour le président Moon Jae-in [Parti démocrate, actuellement au pouvoir]. Si on y ajoute les 13 % alors obtenus par Shim Sang-Jung, candidate du Parti de la justice, la gauche représentait 60 % des votes dans cette catégorie de la population, qui s’avérait ainsi la plus progressiste après celle des 30 à 40 ans (64 %). Tous âges confondus, les deux candidats de gauche obtenaient respectivement 41 % et 6 %. Certes, un sondage réalisé la veille du scrutin avait montré que le soutien des femmes de 20 à 30 ans à ces deux candidats de gauche — 56 % et 18 % — était plus important que celui des hommes — 37 % et 10 %. Mais le total de 47 % correspondait néanmoins à la moyenne nationale.
Puis, lors de l’élection du maire de Séoul, en 2021, les idaenam ont massivement voté (à 72,5 %) pour le candidat du Parti du pouvoir du peuple, Oh Se-hoon, élu avec un score de 59 %. Cette victoire des conservateurs intervenait un an après celle des progressistes aux législatives. Beaucoup d’électeurs avaient ainsi exprimé leur mécontentement à l’encontre du gouvernement.
Toujours est-il que chez les jeunes, les hommes et les femmes ont manifesté deux tendances politiques clairement distinctes. La droitisation des jeunes hommes est un fait qui se vérifie régulièrement depuis quelques années, tandis que les jeunes femmes affichent de manière relativement constante une opinion proche des progressistes.
Pour comprendre, il faut d’abord se pencher sur le phénomène générationnel. Au début des années 2000, un débat avait eu lieu autour de ce que l’on appelait « les salauds de 20 ans », à savoir les jeunes adultes accusés par leurs aînés de ne s’intéresser qu’à leur réussite personnelle et pas assez aux sujets politiques et sociaux. Les jeunes en sont alors sortis affublés d’une image négative, dont les traces sont toujours là.
Puis ces jeunes ont fait parler d’eux à l’occasion d’événements marquants. En 2018, lors des Jeux olympiques d’hiver de Pyeongchang, ils ont signé une pétition contre l’initiative intergouvernementale de former une équipe féminine de hockey sur glace qui soit commune aux deux Corées, initiative qui, d’après eux, allait porter préjudice aux sportives sud-coréennes. En 2019, lors du scandale mettant en cause le ministre de la Justice Cho Kuk et sa femme, soupçonnés de plusieurs délits destinés à procurer des avantages à leur fille dans son parcours académique, des étudiants des meilleures universités de Séoul se sont mobilisés en demandant la démission du ministre. D’autres manifestants dénonçaient l’acharnement du parquet [dont le chef n’était autre que l’actuel candidat aux présidentielles Yoon Seok-youl, alors procureur général] dans cette affaire jugée politique. En 2020, l’annonce du gouvernement d’une titularisation d’un certain nombre de contractuels employés à l’aéroport international d’Incheon a provoqué encore un tollé chez les jeunes, qui trouvaient ce traitement injuste pour les autres.
On a alors analysé ces réactions des jeunes comme résultants d’une obsession pour le respect de l’équité, synonyme dans leur esprit d’une méritocratie qui consisterait à réussir les concours grâce au travail personnel sans se demander si les chances ont été égales pour tous au départ. La discrimination positive révulse beaucoup de ces jeunes. Dans les meilleures universités de Séoul, les étudiants recrutés dans le cadre du programme d’égalité des chances subissent le mépris de leurs camarades qui les traitent de « parasites ».
Par ailleurs, depuis quelques années, on constate chez les jeunes un clivage entre les deux sexes. En février 2019, la présidence avait rendu public un rapport sur la baisse du soutien au gouvernement chez les hommes de 20 à 30 ans. Outre les tensions entre les deux sexes, d’une part, et entre les générations, d’autre part, le rapport pointait du doigt certaines mesures prises par le président, Moon Jae-in, comme celle en faveur de la parité [l’attribution de postes ou avantages à des femmes parce que femmes].
En réalité, les conflits entre les deux genres remontent au moins à mai 2016, quand une femme a été assassinée par un inconnu dans des toilettes publiques. Le crime, présenté comme un féminicide, a suscité une vague de manifestations féminines, puis des contre-manifestations de la part des hommes, ulcérés d’être assimilés à des criminels potentiels. Ces affrontements se sont reproduits en 2018 lors du mouvement #MeToo. Un nombre non négligeable de jeunes hommes ont fini par se considérer comme des « victimes ».
De nombreuses déclarations s’en sont suivies visant à prouver combien ils sont désavantagés dans la société, à commencer par le service militaire obligatoire [d’une durée d’environ dix-huit mois] jusqu’à des détails, comme le fait que sur les 573 places disponibles dans les différentes facultés de pharmacie à Séoul, 320 se trouvaient dans les universités féminines. En bref, les jeunes hommes subiraient des injustices partout.
Force est de constater que le rapport de la présidence était prémonitoire, et que les conflits entre hommes et femmes se trouvent aujourd’hui aggravés, probablement non sans rapport avec la radicalisation des jeunes hommes. Pour autant, ceux-ci ne sont pas sexistes. Dans une étude publiée en mars 2020 par Choe Chong-suk, chercheuse du Centre de recherche sur la démocratie en Corée, les hommes de 20 à 30 ans apparaissent très sensibilisés à l’égalité des sexes, par exemple à propos de la participation des hommes à l’éducation des enfants ou encore du rôle de chef pour les femmes au travail. L’article du Joong-Ang Ilbo déjà cité précise que les jeunes, quel que soit leur genre, se montrent par ailleurs soucieux du respect des droits des minorités sexuelles.
Compétition sans fin
Les idaenam ne sont donc pas des machistes, mais plutôt des antiféministes : ils condamnent le féminisme au nom de la justice et de la méritocratie. Ils semblent avoir trouvé leur porte-parole en la personne du chef du Parti du pouvoir du peuple, Lee Jun-seok, âgé de 37 ans, probablement à l'origine du slogan "Suppression du ministère des Femmes et de la Famille", qui a suscité un engouement immédiat chez eux.
Le fait que les jeunes hommes ont exprimé des opinions radicalement opposées à quatre ans d’intervalle, à la présidentielle de 2017 et aux municipales de 2021, montre que leur identité politique est en fait flottante. Certes, ils ne sont pas les seuls à perdre leurs repères en cette ère dite de la « post-vérité », où les opinions politiques se radicalisent. Il n’empêche que l’enquête du JoongAng Ilbo fait craindre une intériorisation progressive des idées ultraconservatrices.
[Traductions : Courrier international]
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