mardi 24 mars 2026

Canada — Quelque 150 000 dossiers d’étudiants étrangers potentiellement frauduleux ignorés par Ottawa

La vérificatrice générale (VG) du Canada révèle dans un nouveau rapport que le fédéral a été complètement dépassé par une avalanche de demandes de permis d’études potentiellement frauduleuses dans les années suivant la pandémie et n’a fait pratiquement aucun suivi. 

Les chiffres font écarquiller les yeux.

Policier indien montre à la presse un faux diplôme, de nombreux ont servi à postuler dans des universités ou des entreprises à l'étranger

2,5 % de suivi

Entre 2023 et 2024, par exemple, le ministère de l’Immigration a recensé plus de 153 000 étudiants étrangers qui ont été admis dans un établissement post-secondaire au Canada alors que leur demande de permis levait des drapeaux rouges.
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Or, le budget annuel pour vérifier la validité des dossiers n’a permis au ministère que d’analyser 2000 dossiers par année, pour un total de 4000 en deux ans, ce qui représente environ 2,5 % des dossiers suspects.

« Ce qui m’inquiète, c’est que lorsqu’ils ont enquêté sur ces 4000 cas, environ 40 % d’entre eux ont été classés sans suite, mais c’était parce que les étudiants ont cessé de communiquer avec le ministère. Je me serais attendue à ce qu’ils mènent ces enquêtes jusqu’au bout pour déterminer si un étudiant respectait ou non les conditions de son permis », a déclaré la VG Karen Hogan en comité parlementaire lundi. Et dans 800 cas suivant ces enquêtes, les fonctionnaires ont effectivement constaté de la fraude, mais seulement après que les permis eurent été octroyés.

Ottawa « n’a pas assuré une surveillance efficace des incidences imprévues des réductions des permis d’études et n’a pas ajusté le tir », constate la VG dans son rapport.

Un volet accéléré... pour les Indiens

Ce gâchis bureaucratique s’est déroulé à une époque où les permis d’études aux étrangers étaient distribués comme des petits pains chauds. Les institutions scolaires contribuaient d’ailleurs au problème en s’arrachant les étudiants pour renflouer leurs coffres.

Un sommet a été atteint en 2023: sur 792 200 demandes reçues (un record), 456 700 ont été approuvées. Après le tour de vis d’Ottawa concernant l’immigration temporaire, les demandes approuvées ont chuté à 149 600.

La VG avait dans sa loupe un programme spécial mis en place en 2018: le Volet direct pour les études, qui permettait d’accélérer le traitement des demandes de permis d’étude en provenance de 14 pays en retirant des couches de vérification des dossiers.

Les chiffres montrent que ce programme spécial a été quasiment monopolisé par les demandes en provenance d’un seul pays : l’Inde. En 2023, 232 800 permis d’études ont été accordés à des Indiens, soit 96 % des bénéficiaires de voie express. Ceux-ci représentaient environ la moitié de tous les étudiants étrangers admis en 2023.

« Nous avons constaté que, dans le cas des demandes provenant de l’Inde, cet examen ne correspondait pas au profil de risque élevé attribué à ce pays par les unités d’évaluation des risques », lit-on dans le rapport.

En conférence de presse, la VG a expliqué que le fédéral « n’agit pas sur les informations qu’il possède ». « Ils ont les pouvoirs et les outils, ils n’ont qu’à les utiliser. »

Le Volet direct pour les études a été fermé en 2024.

Source : Journal de Montréal 


Voir aussi 

 Québec — Quand les permis d'études deviennent des passeports pour le crime organisé

Inde : Police démantèle un vaste réseau de faux diplômes utilisés notamment à l'étranger


 
 

Liban — « Si les chrétiens quittent le sud du pays, ils ne reviendront jamais »

Mise à jour

Billet du 12 mars

Les bombardements israéliens s’intensifient au Liban et prennent en étau la population chrétienne. Au sud du pays, des milliers de fidèles ont choisi de rester dans leurs villages malgré l’ordre d’évacuation d’Israël, au péril de leur vie. Vincent Gelot, directeur de l’Œuvre d’Orient au Liban, nous alerte sur leur situation.

Quelle est la situation actuelle des chrétiens du Liban ?

Au sud du pays, Israël menace les villages chrétiens. C'est une première depuis le 7 octobre 2023, date du début de la guerre entre Israël et le Hezbollah. Auparavant, Tel-Aviv visait les zones occupées par le Hezbollah, en épargnant au maximum la galaxie de localités chrétiennes aux alentours. Mais cette fois-ci, l'armée israélienne a exhorté tous les habitants au sud du pays, chrétiens compris, à quitter leurs maisons.

Pour la première fois, des fidèles font le choix de rester sur leur terre. Lors des dernières évacuations en 2024, seuls deux villages chrétiens étaient restés occupés par les habitants. Aujourd'hui, ils sont davantage. Nous sommes en train d'établir combien ils sont, environ quelques milliers.

Pourquoi les chrétiens décident-ils de rester au péril de leur vie ?

Les chrétiens le savent, s'ils quittent le sud du pays, ils risquent de ne jamais revenir. L'armée israélienne est en train de préparer une incursion terrestre pour instaurer une zone tampon, sans population. Ils ont déjà été déplacés plusieurs fois en une cinquantaine d'années, depuis la guerre civile libanaise (1975-1990) qui s'est aggravée avec l'invasion israélienne en 1982. Le Sud a été entre les mains de l’État hébreu jusqu'en 2000. Entièrement vidée de sa population pendant près de deux décennies.

Il s'agit d'un traumatisme pour les chrétiens, très attachés à cette région. Ces villages sont très anciens et rappellent que le Christ est passé par cette terre pour rejoindre Saïda. En refusant d'appliquer l'ordre d'évacuation, ils portent un acte de résistance pacifique. Ils ne sont pas armés. En 2024 déjà, ils avaient empêché les miliciens du Hezbollah d'entrer dans leur village pour éviter la foudre d'Israël. Et lorsqu'ils n'ont pas pu faire le poids face à eux, ils ont subi de lourdes répercussions. Comme à Alma El-Chaab à la frontière israélienne (photo plus haut), qui avait subi de terribles bombardements de l’État hébreux. Face au danger, les habitants étaient partis.

La proportion du territoire libanais qu'Israël cherche à faire évacuer (via ses ordres d'évacuation successifs émis par l'armée) a évolué rapidement ces derniers jours en mars 2026, dans le contexte de l'escalade contre le Hezbollah.Initialement (début mars, ordres autour du 4-5 mars) : l'armée israélienne a ordonné l'évacuation de la zone au sud du fleuve Litani, ce qui représente environ 8 % du territoire libanais selon plusieurs sources concordantes (Human Rights Watch, L’Orient-Le Jour, Le Monde, etc.). Cette zone couvre grosso modo 800-855 km² (principalement le sud frontalier avec Israël, jusqu'à la Ligne bleue), sur une superficie totale du Liban d'environ 10 452 km².

Carte de l'armée israélienne intimant la population libanaise à quitter le sud de leur pays

Extension récente (ordres du 11-12 mars 2026) : l'armée a élargi les ordres d'évacuation à toute la zone au sud de la rivière Zahrani (plus au nord, près de Saïda/Sidon, à environ 50 km de la frontière). Cela concerne une superficie bien plus importante.Des rapports récents (Reuters, The Guardian, posts X de sources militaires/israéliennes) indiquent que cette extension porte la zone évacuée à environ 10 % du territoire libanais. Certaines estimations plus hautes (commentaires sur X et analyses) vont jusqu'à 15 % si l'on considère une occupation ou un contrôle potentiel plus profond, mais 10 % semble l'ordre de grandeur le plus fréquemment cité pour la zone d'évacuation actuelle.

Traduction automatique de la même carte

En résumé : Israël vise actuellement à vider une zone représentant environ 10 % du Liban (sud de la Zahrani), contre 8 % auparavant (sud du Litani). Cela affecte des centaines de milliers de civils supplémentaires et vise explicitement à créer une zone tampon élargie contre le Hezbollah, selon les déclarations israéliennes.Note : ces chiffres sont des estimations basées sur des cartes publiées par Tsahal et des calculs de médias ; la superficie exacte peut varier légèrement selon les tracés précis des rivières et des zones marquées. La crise humanitaire reste massive, avec des centaines de milliers de déplacés en quelques jours.


Source : Le Pélerin