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mardi 10 mars 2026

La dénatalité au Québec : un silence politique résigné assourdissant

Les données récentes de l'Institut de la statistique du Québec (ISQ), mises à jour au 2 mars 2026, confirment une tendance préoccupante pour la démographie québécoise. En 2025, le nombre de naissances s'est établi à environ 78 200, marquant une légère hausse par rapport à 2024 (77 400 naissances) et 2023 (77 950 naissances). 

Cette très faible augmentation brute de la natalité (+800 naissances environ entre 2024 et 2025) semble positive à première vue, mais elle doit être nuancée. Le taux brut de natalité (naissances par 1 000 habitants) reste stable ou en légère baisse, car la population québécoise a elle aussi augmenté, passant à environ 9,058 millions d'habitants au 1er octobre 2025. 

Ainsi, le taux brut est d'environ 8,6 pour 1 000 en 2025, contre 8,7 en 2024, reflétant une stagnation ou un recul relatif.Quant à l'indice de fécondité (nombre moyen d'enfants par femme), il a atteint un creux historique à 1,33 en 2024, et les projections pour 2025 suggèrent une stabilité ou une légère baisse supplémentaire, potentiellement autour de 1,32 ou moins, en raison de facteurs comme le manque de formation de ménages, le report des projets familiaux et les contraintes socio-économiques. 



Cette fécondité bien en deçà du seuil de renouvellement des générations (2,1) illustre une dénatalité persistante, accentuée dans les grands centres comme Montréal (1,11 enfant par femme) comparé aux régions plus rurales comme Chaudière-Appalaches (1,65). L'immigration concentrée dans les villes n'augmentent en rien la fécondité.

Plus de décès que de naissance, cette différence augmente

Du côté de la mortalité, 80 450 décès ont été enregistrés en 2025, contre 78 800 en 2024 et 77 798 en 2023, confirmant une hausse liée au vieillissement de la population. 

Pour la deuxième année consécutive, les décès dépassent les naissances, avec un déficit naturel de 2 250 personnes en 2025 (contre 1 400 en 2024). 

Ce solde négatif s'explique par l'arrivée des baby-boomers aux âges de forte mortalité, et il risque de s'aggraver, avec des projections indiquant une population en légère baisse d'ici 2030 (-0,9 %, soit -80 000 personnes) si l'immigration diminue. 

 Globalement, ces chiffres soulignent un vieillissement accéléré.

Outre les données officielles de l'ISQ, plusieurs médias ont couvert cette dénatalité et ses enjeux. Par exemple, un article du Journal de Québec discute de la nécessité de stimuler la natalité face à la baisse de l'immigration pour protéger le français, soulignant l'absence de débat sur ce "creux historique". 
La Presse rapporte une population en hausse malgré une fécondité en baisse, avec un creux à 1,33 en 2024. Radio-Canada prévoit une diminution démographique due à la fécondité basse et aux politiques d'immigration. Le Devoir explore les disparités régionales, notant une fécondité plus élevée en régions éloignées. Enfin, Les Affaires alerte sur le déclin amorcé, avec des données préliminaires de 2025 montrant un déficit mensuel alarmant.  Ces sources convergent vers une urgence démographique souvent sous-estimée.
Illustration de la contraction rapide de la population avec 1,4 enfant/femme : 4 grands-parents n'auront que 2 petits-enfants. Avec 1,32, c'est encore moins.

Pourtant, ce phénomène passe souvent inaperçu dans les débats publics, comme si la société acceptait avec résignation et tacitement un avenir marqué par le déclin démographique.

Il est regrettable de constater que cette dénatalité persistante n'entraîne aucune remise en question profonde des valeurs sociétales qui la sous-tendent. Les priorités contemporaines – carrières intenses valorisées pour tous mais plus particulièrement des femmes, individualisme exacerbé, éducation prolongée sans qu'on sache si cela en vaille la peine, report incessant des projets familiaux, « guerre des sexes » – semblent éroder le désir d'enfants sans que l'on s'interroge sur leurs conséquences collectives. Où est le dialogue l'impact des normes culturelles qui valorisent l'autonomie au détriment de la transmission générationnelle ? Quel est l'impact démographique de la lutte contre le conservatisme ou la religion traditionnelle du Québec,  le christianisme, dont s'enorgueillissent nombre de Québécois ? La question démographique se pose avec une acuité particulière pour une société minoritaire comme le Québec, entourée d’un espace anglophone de près de 400 millions de locuteurs en Amérique du Nord seulement. Dans un contexte où la démographie est également perçue comme un enjeu stratégique, Israël affiche un indice de fécondité d’environ 2,87 enfants par femme.

Qu'en pense Mme Fréchette qui brigue la présidence de la CAQ au pouvoir ? Combien d'enfants a-t-elle ? Un ? Quid des chroniqueurs nationalistes dans les médias ? Combien d'enfants ont-ils ?

Ce manque d'intérêt pour une question aussi fondamentale que la perpétuation de notre société révèle une forme d'indifférence collective, qui risque de compromettre l'avenir économique et culturel du Québec.

Face à cela, il serait temps de déplorer non seulement les chiffres, mais de dénoncer le silence qui les entoure. Sans un examen critique de ces dynamiques sociétales, le Québec pourrait se diriger vers une stagnation démographique irrémédiable, dépendant exclusivement de l'immigration pour pallier ses faiblesses internes. Une réflexion posée et collective s'impose, pour que la dénatalité ne devienne pas une fatalité acceptée, mais un défi relevé avec lucidité.

Source: Pourquoi la moitié des Canadiennes ont moins d’enfants qu’elles en voudraient


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lundi 2 février 2026

La Remigration : un projet fou ou le seul moyen de sauver l'Europe ?

Le terme de « Remigration » s’impose de plus en plus dans le débat public, tantôt proposé comme réponse à l’immigration et à ses effets démographiques, tantôt dénoncé comme un projet inacceptable. 

Il convient donc, désormais, de dépasser les caricatures et de pousser la réflexion plus avant. 

C’est pourquoi l’Autrichien Martin Sellner a écrit un livre sur la Remigration exclusivement afin d’expliquer consciencieusement la nature de ce projet et de répondre aux objections les plus courantes. 

Entretemps en Espagne :

Irene Montero, ancienne ministre espagnole de l'Égalité et dirigeante du parti Podemos, appelle de ses vœux le remplacement des Espagnols de souche :

« Je demande aux personnes migrantes et racisées, s'il vous plaît ne nous laissez pas  seules [au féminin] avec ces tous ces fascistes. Il va de soi que nous voulons que vous votiez. Bien sûr que oui. Nous [vous] avons obtenu des papiers, la régularisation. Et maintenant il s'agit d'obtenir la nationalité ou de changer la loi pour que vous puissiez voter.

Espérons-le. La théorie du remplacement ? Si seulement nous pouvions balayer de ce pays ces fachos et racistes à l'aide de migrants, de travailleurs. 

Bien sûr que je soutiens la théorie du remplacement, j'espère que nous pourrons débarrasser ce pays des fascistes et des racistes grâce aux immigrants. »

Par ailleurs, le gouvernement espagnol a conclu un accord avec Podemos en vue de lancer une régularisation exceptionnelle des personnes migrantes présentes sur le territoire avant le 31 décembre 2025. L’annonce a été faite ce lundi par Irene Montero, candidate du parti aux prochaines élections, qui estime que cette mesure pourrait bénéficier à plus de 500 000 personnes.

La régularisation doit être approuvée ce mardi par le Conseil des ministres et entrera en vigueur par décret royal, sans examen préalable par le Congrès des députés. Elle concernera les personnes en mesure de justifier d’au moins cinq mois de présence en Espagne, notamment au moyen d’un empadronamiento, d’un rapport médical, d’un contrat de location ou de justificatifs attestant de l’accès à des services essentiels. L’admission à la procédure entraînera automatiquement l’octroi d’une autorisation provisoire de résidence et de travail d’une durée d’un an, ainsi que la suspension des procédures d’expulsion engagées pour des motifs administratifs.

Lors d’un événement intitulé Regularización con derechos, Irene Montero a déclaré : « Le racisme, camarades, se combat par les droits. (…) Nous, nous donnons des papiers. Podemos est parvenu à un accord avec le PSOE afin que le gouvernement approuve immédiatement une régularisation extraordinaire des personnes migrantes », selon des propos rapportés par eldiario.es

Cette régularisation vise à débloquer une initiative législative populaire soutenue par plus de 700 000 signatures, restée paralysée au Congrès en raison de divergences entre les partenaires de la majorité, notamment Junts et les formations de gauche. Le recours au décret permet au gouvernement de contourner ces blocages parlementaires.

La régularisation s’inscrit dans une revendication défendue de longue date par les formations de l’extrême gauche et par des collectifs militants pro-migrants, relayée notamment par une initiative législative populaire ayant recueilli plus de 700 000 signatures. Faute d’accord politique, cette initiative est restée bloquée au Congrès pendant plusieurs mois, révélant l’absence de consensus au sein même de la majorité parlementaire issue de l’investiture de Pedro Sánchez.

Face à ces blocages, l’exécutif a opté pour un décret royal, permettant l’entrée en vigueur de la mesure sans débat parlementaire préalable. Ce choix procédural, s’il garantit une mise en œuvre rapide, fragilise toutefois la légitimité politique du dispositif et alimente les critiques sur un contournement du pouvoir législatif dans un domaine structurant de l’action publique.

L’opposition conservatrice, en particulier le Parti populaire, dénonce une décision unilatérale aux effets potentiellement incitatifs sur l’immigration irrégulière et remet en cause la capacité de l’administration à absorber un afflux massif de demandes. Le PP plaide pour une régularisation strictement conditionnée à l’emploi et à l’insertion économique, position partagée par certains acteurs centristes et régionalistes. Le Parti nationaliste basque (PNV) s’est également montré réservé, privilégiant une approche plus restrictive et ciblée.

Du côté des partis régionalistes, Junts continue de subordonner toute réforme d’ampleur à un transfert de compétences migratoires à la Catalogne. L’accord conclu entre Podemos et le gouvernement central, en dehors de ce cadre, risque ainsi de raviver les tensions avec les partenaires indépendantistes, déjà critiques d’une recentralisation des décisions stratégiques.

dimanche 30 novembre 2025

En 2025, la France s’enfonce dans le déclin démographique

Sur les 10 premiers mois de l’année, le nombre de naissances quotidien moyen a baissé de 2,3 % par rapport à la même période en 2024.

La baisse des naissances continue », « des naissances toujours moins nombreuses », « des naissances plus faibles »… Les bulletins mensuels de la natalité se suivent et se ressemblent sur le site de l’Insee, dessinant de manière inexorable un bilan démographique en berne pour l’année 2025. En octobre, 55 165 naissances ont eu lieu en France, soit une baisse de 3,6 % par rapport à octobre 2024. 

À l’approche de la fin de l’année, cette chute continue donne une première idée du bilan annuel à venir pour l’année 2025. Sur les 10 premiers mois de l’année, de janvier à octobre, le nombre de naissances quotidien moyen a baissé de 2,3 % par rapport à la même période en 2024. Si les deux derniers mois sont dans la même tendance, « sur l’ensemble de 2025, la baisse s’annonce semblable, voire légèrement supérieure, à celle de l’année dernière », projette Laurent Chalard, docteur en géographie et membre du Cercle de réflexion European Centre for International Affairs. En 2024, avec 660 800 nouveau-nés, la France affichait déjà le niveau le plus bas depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

« L’indicateur conjoncturel de fécondité devrait être légèrement inférieur à celui de l’an dernier, qui s’établissait 1,62 enfant par femme. Le nombre des femmes en âge d’avoir des enfants a sans doute peu changé, mais les naissances continuent de baisser. Cet indicateur pourrait donc se rapprocher de 1,58 ou 1,59 enfant par femme en 2025 si la tendance à la baisse observée les 10 premiers mois de l’année se poursuit », analyse pour sa part Gilles Pison, démographe à l’Ined.

Un chiffre qui nous rapproche de nos voisins européens ? « La fécondité baisse partout en Europe, avec une moyenne de 1,38 enfant par femme pour 2023. La France devrait probablement garder un indicateur de fécondité supérieur de 20 à 25 % à cette moyenne », nuance le démographe. La question est aussi de savoir si la fécondité en Europe « va descendre au niveau de pays d’Asie orientale, comme la Corée du Sud qui a un taux de fécondité de 0,75 enfant par femme », rebondit Laurent Chalard. Les comportements féconds de la génération Z, soit les jeunes nés entre le milieu des années 1990 et 2010, seront déterminants. « Les premières tendances sur les jeunes générations montrent qu’ils sont déjà en retard dans la fécondité par rapport à celle de la génération précédente au même âge. Mais leur vie féconde n’est pas terminée. Un rattrapage reste possible », souligne le géographe.


L’année 2025 a d’ores et déjà été marquée par un retournement démographique avec le croisement des courbes de la natalité et de la mortalité. Symbole de l’hiver démographique, l’Insee a annoncé cet été qu’il y avait désormais plus de décès (651 000) que de naissances (650 000) entre juin 2024 et mai 2025 pour la France entière. Le bilan démographique de 2025 s’annonce donc comme celui du solde naturel négatif.

« La tendance va se poursuivre avec une hausse des décès au cours des prochaines années, avec l’arrivée aux grands âges des générations nombreuses du baby-boom. Même en cas de stabilisation de naissances, le solde naturel sera négatif en 2025 ou dans les années qui viennent », décrit Gilles Pison. « Si on prend en compte la seule France métropolitaine, hors Mayotte, ce solde était déjà négatif en 2024 », note Laurent Chalard.

La France est en tout cas loin du « réarmement démographique » appelé de ses vœux par le controversé président français Emmanuel Macron en janvier 2024. Les mesures annoncées il y a près de deux ans ont mis du temps à émerger. Le « grand plan » contre l’infertilité annoncé se fait attendre et le nouveau « congé de naissance », voté dans le cadre du PLFSS 2026, vient tout juste de voir le jour. Une avancée pour les jeunes parents qui reste à concrétiser, et qui « ne suffira pas à renverser la tendance », avertissent les démographes.
 
Les effets des évolutions de la politique familiale ?

Pendant la période allant des années 1970 au début des années 2010, les incessantes modifications opérées dans la politique familiale, qui sont évidemment ressenties par la population, ne sont pas sans effets sur la fécondité comme cela a été le cas dans les décennies précédentes en France ou à l’étranger. Après la période de changement structurel du régime démographique naturel lié aux nouveaux moyens de contraception, la fécondité de la France allait-elle évoluer de façon linéaire ? Pour répondre à cette question, examinons de façon détaillée les changements dans la politique familiale et l’évolution de la fécondité en France. 



Onze étapes se distinguent :

1. en 1975, après la dépénalisation de fait de l’avortement, la loi sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG) est votée. Les engagements gouvernementaux promettant au Parlement, lors des débats sur la loi IVG, d’améliorer la politique familiale ne sont guère concrétisés. La fécondité baisse dans la période 1975-1978 ;

2. en 1978, le gouvernement veut mieux accompagner les familles lors de la venue du premier enfant et, tout particulièrement, du troisième ou des suivants. Le congé de maternité est porté à 16 semaines, et à 26 semaines pour le 3e enfant. Outre diverses mesures concernant les familles nombreuses, comme précisé ci-dessus, une demi-part supplémentaire de quotient familial pour les familles ayant trois enfants ou plus est intégrée à la loi de finances de 1981. La fécondité remonte pour la période 1979-1981 et l’analyse des naissances par rang montre qu’effectivement, les naissances de rang trois ou plus ont augmenté davantage que les autres ;

3. en 1981, la forte augmentation — temporaire — des allocations familiales contraste avec la remise en cause de certaines des mesures prises en 1978-1980 : mise en place pour la première fois, par la loi de finances pour 1982, d’un plafonnement du quotient familial ; réduction de plus de moitié de la majoration d’allocation postnatale pour les naissances de rang au moins égal à trois et en cas de naissances multiples (janvier 1983) ; revalorisation limitée des prestations familiales ; l’ouverture du droit aux prestations est retardée d’un mois, passant du 1er mois de l’événement générateur (naissance par exemple) au 1er du mois suivant. S’ajoutent l’abaissement du taux des allocations prénatales et postnatales (janvier 1983) et la baisse du taux du complément familial en juillet 1983 : en outre, l’enfant in utero cesse d’être pris en compte pour le calcul de l’allocation logement. La fécondité rebaisse en 1982-1984 ;

4. en 1985, le gouvernement de gauche fait voter par le Parlement la création d’une allocation parentale d’éducation (APE) : cette dernière est versée au maximum pendant deux ans aux personnes interrompant (ou réduisant) leur activité professionnelle à l’occasion d’une naissance de rang trois ou plus. En 1985 également, les allocations prénatales et postnatales sont remplacées par une allocation du jeune enfant (AJE) dont les modalités encouragent les naissances rapprochées. La fécondité remonte en 1985 et 1986 ;

5. dans la période 1987-1994, la revalorisation des allocations familiales est souvent insuffisante, soit inférieure à l’inflation ou à l’évolution des salaires. Fin 1990, une contribution sociale généralisée (CSG) est créée, initialement pour financer la branche famille en remplacement des cotisations patronales d’allocations familiales dont le taux diminue (en 2024, le taux principal n’est plus que de 5,25 %). Cette contribution est en réalité un nouvel impôt et son taux va augmenter (1,1 % des revenus d’activités, des revenus de remplacement et des revenus du patrimoine en 1991, puis des augmentations jusqu’à porter son taux principal à 9,2 % en 2024). La CSG pénalise tout particulièrement le pouvoir d’achat des familles avec enfants puisque, contrairement à l’impôt sur le revenu, elle ignore tout critère familial dans son calcul. La fécondité baisse nettement de 1987 à 1994 ;

6. en 1994, une loi vise à mieux concilier vie professionnelle et vie familiale, avec plusieurs mesures : allocation parentale d’éducation étendue au deuxième enfant15, son maintien en cas de travail à temps partiel, revalorisation de l’aide à la famille pour l’emploi d’une assistante maternelle agréée, allocation de garde d’enfant à domicile, plan crèche, etc. La fécondité remonte dans la période 1995-1996 ;

7. le 15 novembre 1995, le Premier ministre Alain Juppé annonce l’imposition des allocations familiales ; le 19 juin 1997, le Premier ministre Lionel Jospin annonce la mise sous conditions de ressources des allocations familiales. La fécondité stagne en 1996-1997 ;

8. en 1998, un changement structurel est écarté. Comme indiqué précédemment, le 12 juin 1998, le Premier ministre Lionel Jospin annonce supprimer au 30 septembre 1998 la mise sous conditions de ressources des allocations familiales qui était appliquée depuis le 1er janvier. La fécondité remonte dans la période 1998-2001 ;

9. en 2002-2003, la politique familiale se poursuit sans remise en cause. L’indice de fécondité demeure quasiment à son niveau antérieur ;

10. avril 2003 voit l’annonce de mesures d’amélioration des prestations familiales et des services aux familles et quelques simplifications avec la prestation d’accueil du jeune enfant (Paje) qui remplace en 2004 notamment l’allocation pour jeune enfant (APJE). En 2004, l’APE est remplacée par le complément libre choix d’activité (CLCA), intégré lui-même dans le dispositif plus large de la prestation d’accueil du jeune enfant (Paje). le CLCA maintient les principales caractéristiques de l’APE, mais étend l’indemnisation aux enfants de rang un et durcit les conditions d’activité antérieure pour le bénéfice de la prestation. La fécondité s’élève à nouveau de 2004 à 2006 pour rester ensuite, jusqu’en 2014, toujours supérieure à 1,96 enfant par femme ;

11. en 2014, c’est le « grand soir » qui sera analysé dans le point suivant et la fécondité s’abaisse depuis.

Sources : le Figaro, Fondapol

lundi 20 octobre 2025

Baisse de la fécondité en France, sabotage de la politique familiale universelle ?

Les Électrons libres ont publié un article qui dresse un constat alarmant : la France, autrefois modèle européen de natalité, voit s’effondrer son avantage démographique à cause du démantèlement progressif de sa politique familiale universelle. Ce « sabotage » met en péril non seulement les familles, mais aussi les fondements économiques et sociaux du pays.

1. Un hiver démographique mondial et français

Près des deux tiers de la population mondiale vivent désormais dans des pays où la fécondité est inférieure au seuil de renouvellement des générations.

  • En Chine, les naissances ont chuté de 40 % entre 2010 et 2024, et la population pourrait diminuer de 200 millions d’habitants d’ici 2054.

  • En Europe, la natalité s’effondre : en 2024, l’Union européenne a enregistré moins de naissances que les États-Unis, malgré 120 millions d’habitants supplémentaires.

  • En France, 663 000 bébés seulement sont nés en 2024, soit une baisse de 21,5 % depuis 2010, et un taux de fécondité de 1,62 enfant par femme, bien en dessous des 2,1 nécessaires au renouvellement.

Cette chute annonce un déséquilibre durable : moins d’actifs pour financer les retraites, une croissance ralentie par le manque de jeunes, et un affaiblissement du dynamisme innovant du pays.

2. Les nouvelles mesures de 2025 : le coup de grâce

Depuis le 1er septembre 2025, les familles françaises subissent deux réformes majeures qui aggravent leurs charges :

jeudi 22 mai 2025

L'état de santé de Joe Biden et l'étrange manque de curiosité des médias, si peu diserts à l'époque



Mathieu Bock-Côté revient sur cette occultation et se demande qui gouvernait à la Maison Blanche ? Pas l'État profond, qui n'est qu'une thèse complotiste d'extrême droite...


Maintenant, il faut croire que le cancer de la prostate (et ses métastases) vient de surgir et n'aurait pas non plus été caché...

dimanche 11 mai 2025

Inde — les querelles linguistiques y continuent

Le mois dernier, à Bangalore, capitale indienne de la technologie, des spectateurs ont chahuté une vedette pop en exigeant qu'elle chante en kannada, la langue locale. Il les a rembarrés et la police a porté plainte contre lui. À New York, Diljit Dosanjh, acteur et chanteur pandjabi, est arrivé au Met Gala vêtu d'une cape brodée de l'alphabet panjabi, ce qui a été perçu comme une affirmation de fierté linguistique. Au Tamoul Nadou, le ministre en chef a déclaré que les parents devraient donner aux bébés des noms tamouls. Pendant ce temps, le gouvernement central s'efforce de promouvoir l'utilisation de l'hindi à l'échelle nationale. Les locuteurs d'autres langues se rebiffent, comme on pouvait le prévoir.

Les langues sont un sujet sensible dans un pays qui en compte 22 légalement reconnues et des centaines d'autres. C'est aussi la raison d'être de la plupart des États indiens. Lorsque les frontières internes ont été redessinées après l'indépendance, c'est sur la base de critères linguistiques : Le Goujarat pour les locuteurs du goudjarati, le Maharachtra pour les locuteurs du marathi. Certains militants se sont immolés par le feu plutôt que d'être contraints de parler une langue étrangère. Les États du Sud, en particulier, s'irritent depuis longtemps de ce qu'ils considèrent comme des tentatives du Nord d'« imposer » une langue étrangère. Les tentatives d'enseignement obligatoire de l'hindi ont provoqué des agitations dans le sud avant même l'indépendance.

 Les gouvernements, tant au niveau des États qu'au niveau national, persistent dans leur politique linguistique. Les événements qui se déroulent dans le Maharachtra indiquent que cette quête n'est pas fructueuse. L'État a récemment obligé les jeunes élèves à apprendre l'hindi comme troisième langue, avant d'être rapidement contraint de faire marche arrière. Le Maharachtra est dirigé par le Bharatiya Janata Party (BJP), qui est au pouvoir au niveau national et dans la plupart des États du nord où l'on parle l'hindi. Si le parti ne peut imposer sa volonté dans un État qu'il contrôle, quel espoir dans le sud ?

La langue promue par le gouvernement n'est pas non plus une langue parlée par de nombreuses personnes. L'hindi démotique est une langue variée et indulgente, parlée différemment selon les régions du pays. La version sanskritisée promue par le BJP serait analogue à l'arabe standard moderne auquel on aurait ajouté un vocabulaire classique : une invention qui n'a que peu de portée. Non satisfait d'avoir imposé l'hindi à la population, le ministre en chef de l'État de Delhi, gouverné par le BJP, a déclaré la semaine dernière que le sanskrit - dont la langue maternelle est parlée par pratiquement aucune personne - était la langue de l'avenir.

Si l'idée est de donner aux Indiens une langue commune pour communiquer entre eux, elle est contre-productive. Dans le sud, l'hindi est associé à la domination du nord. Le fardeau des politiques linguistiques retombe souvent sur les écoliers ; être obligé d'étudier quelque chose n'inculque pas nécessairement l'amour de cette langue. De toute façon, la promotion de l'hindi semble en contradiction avec d'autres priorités déclarées, telles que les efforts du gouvernement pour créer un traducteur d'IA qui aidera à « transcender les barrières linguistiques ».

Il est indéniable que l'Inde est divisée par ses langues. Mais cela tend à s'estomper. Une étude réalisée par Leena Bhattacharya et S. Chandrasekhar de l'Indira Gandhi Institute of Development Research à Mumbai a révélé que la probabilité que deux Indiens pris au hasard puissent parler une langue commune, sur la base des données du recensement de 2011, était d'environ une sur quatre, contre une sur cinq en 1971. Il n'y a pas eu de recensement depuis, mais le prochain révélera sans doute que la probabilité a augmenté.

L'une des raisons est que l'hindi s'est répandu sans ou malgré les efforts acharnés du gouvernement. L'influence de la culture pop hindoue de Bombay y a contribué, de même que l'utilisation croissante de l'alphabet romain pour les mots hindis dans la publicité et en ligne. La migration des régions pauvres, septentrionales et hindiphones vers le sud prospère y a également contribué. Entre 2001 et 2011, le nombre de locuteurs natifs du tamoul au Tamoul Nadou a augmenté de 14,3 %, en phase avec la croissance de la population (15,6 %). En revanche, le nombre de locuteurs natifs de l'hindi a plus que doublé dans l'État, principalement dans les villes.

Source : The Economist

vendredi 21 février 2025

Allemagne — La police d'État se pointe à l'aube et saisit un ordi et un téléphone à cause d'une caricature (m à j)

 L'allemande Marie-Thérèse Kaiser a été condamnée à une amende de 6000 euros pour avoir republié des statistiques (non remis en doute par le tribunal) sur la répartition des violeurs en Allemagne selon leur groupe ethnique.

Marie-Thérèse Kaiser s'est appuyée sur des statistiques officielles du Bureau fédéral de la police criminelle d'Allemagne (BKA) pour appuyer son post sur les réseaux sociaux concernant les crimes commis par des immigrants, notamment les Afghans. Selon les web results fournis, notamment les articles de Wikipedia, du magazine The Critic, et d'autres sources comme InfoMigrants et le BBC, les statistiques qu'elle a citées reflétaient des données réelles sur la surreprésentation de certains groupes d'immigrants, y compris les Afghans, dans des crimes spécifiques, tels que les infractions sexuelles.

Marie-Thérèse Kaiser a violé l'article 130 du Code pénal allemand, qui interdit l'incitation à la haine, y compris les actions qui attaquent la dignité humaine d'un groupe défini par sa nationalité. Le tribunal de district de Rotenburg a jugé que son post sur les réseaux sociaux concernant les réfugiés afghans risquait d'être perçu comme une incitation à la haine, ce qui lui a valu une amende de 100 jours-amende de 60 € chacun en 2023. Le tribunal régional de Verden a confirmé ce verdict en mai 2024, réaffirmant que son post avait consciemment créé une image conduisant à la haine contre un groupe défini nationalement, prévalant sur son invocation de la liberté d'expression.



Billet du 17 février

La police d’État de Basse-Saxe, armée, a mené une descente à 6 heures du matin au domicile d’un citoyen allemand, confisquant ses appareils électroniques.

Leur crime présumé n’était pas le terrorisme ou les menaces, mais le partage d’une caricture que les autorités jugeaient offensant.

Et ce n’était pas le seul domicile perquisitionné ce matin-là.

Plus de 50 raids similaires ont eu lieu simultanément dans toute l’Allemagne.

Parce qu’il n’y a rien de mieux pour « protéger la démocratie » que des policiers à votre porte pour avoir posté des caricatures.
Une autre de ces descentes, en Franconie cette fois

Un matin, le retraité Stefan Niehoff a reçu une visite inattendue : celle de la police. Le ministre de gauche écologiste Robert Habeck en personne a porté plainte contre lui.

L’homme de 64 ans a partagé sur X un billet dans lequel le ministre est traité de « débile » (Swachkopf, littéralement tête faible). Mais ce n’est pas le seul reproche. L’affaire fait désormais des vagues jusqu’au Berlin politique.

Est-ce que c’est un tournant ? Le cas de Stefan Niehoff, retraité de Basse-Franconie et ancien sergent de l’armée allemande, fait actuellement couler beaucoup d’encre dans les médias en ligne ainsi qu’auprès des autorités judiciaires et des politiciens. Et il se pourrait bien que l’État ait dépassé les bornes dans sa « lutte contre la haine et l’incitation à la haine ». C’est en tout cas ce que l’on peut comprendre des propos tenus par la justice bavaroise et les politiciens juridiques au Bundestag à propos de cette affaire.

Niehoff avait osé retweeter un mème sur lequel le ministre fédéral de l’économie Robert Habeck (Verts) était traité de « tête de con ». Il gère un compte sur X appelé « IchBinsFeinet ».  Sa photo de profil porte le slogan « Vert ? — Non merci ! », un petit personnage y jette un tournesol dans une corbeille à papier. Tout cela est bien anodin. Mais la justice a frappé fort avec une perquisition et une enquête du procureur contre Niehoff — et doit à son tour faire face à de vives critiques.

Niehoff a partagé cette image parodique à propos de Habeck sur X. Il fait référence de manière parodique à la marque de cosmétiques capillaires Schwarzkopf Professional (Schwarzkopf = tête noire le nom des cosmétiques, Schwachkopf = tête vide, idiot avec CH).

Au petit matin du 12 novembre — il faisait frais, humide et sombre — une commissaire principale de la police judiciaire et un commissaire principal de la police judiciaire se sont assis dans leur voiture d’intervention au poste de police de Schweinfurt. Il était environ 5 h 45 lorsqu’ils ont pris la route en direction du petit village de Burgpreppach. Ils ont parcouru les 37 kilomètres à travers les collines franconiennes en une demi-heure.

mardi 4 février 2025

Étude : la plupart des partis politiques traditionnels sont beaucoup plus favorables à l'immigration que la majorité de leurs électeurs

Résumé : selon une étude,la plupart des partis politiques traditionnels sont beaucoup plus favorables à l'#immigration que la majorité de leurs électeurs ...Sur presque toutes les questions culturelles, telles que le multiculturalisme ou les relations hommes-femmes ...les électeurs sont plus conservateurs que leurs députés.

 La montée des partis dits « populistes » de droite se poursuit dans les pays occidentaux, et nombreux sont ceux qui s'interrogent sur la manière dont les partis traditionnels pourraient y répondre. Cette situation s'explique en partie par le fait que les partis politiques ne parviennent pas à répondre à l'opinion des électeurs sur l'immigration par des mesures politiques.

L'Allemagne en est un bon exemple. En 2013, elle ne comptait aucun parti identitaire de droite notable. L'Alternative pour l'Allemagne (AfD) existait déjà, mais elle n'était pas fortement anti-immigration. Toutefois, l'immigration en Allemagne était en augmentation.

Avant 2013, plusieurs centaines de milliers de demandeurs d'asile originaires d'Afrique et du Moyen-Orient entraient chaque année dans le pays. De nombreux Allemands souhaitaient une diminution de l'immigration, mais les partis politiques allemands ne proposaient pas de politiques correspondantes. L'opinion publique et les celle des parlementaires divergeaient déjà.

Pour mesurer ce désaccord, les chercheurs ont posé la question suivante à des échantillons représentatifs de parlementaires allemands et de citoyens ordinaires en 2013 : « L'immigration des étrangers devrait-elle être plus facile ou plus difficile ? »

Ils avaient le choix entre 11 réponses, allant de « 0 - l'immigration des étrangers devrait être beaucoup plus facile » à « 10 - l'immigration des étrangers devrait être beaucoup plus difficile ».

Les résultats montrent que la plupart des Allemands souhaitaient restreindre l'immigration en 2013. Malgré cette demande du public, la quasi-totalité des parlementaires des quatre grands partis souhaitaient faciliter l'immigration.

Attitudes à l'égard de l'immigration en 2013 :

Évolution du fossé de représentation sur la question de l'immigration. L Guenther, CC BY-ND

Deux ans plus tard, en 2015, la crise des réfugiés a commencé. En l'espace de quelques années, deux millions de demandeurs d'asile sont entrés en Allemagne. En réaction, les Allemands ont considéré l'immigration comme une question de plus en plus importante et ont de plus en plus voté en fonction de leur attitude à l'égard de l'immigration. La plupart des Allemands souhaitant une diminution de l'immigration, la demande d'un parti anti-immigration s'est accrue.

Au cours de cette période, l'AfD a modifié son programme politique pour devenir le seul parti allemand à réclamer clairement une diminution de l'immigration. L'AfD est ainsi devenu le seul parti à représenter la volonté de nombreux Allemands sur la question qu'ils considèrent comme la plus importante.

Attitudes à l'égard de l'immigration en 2017 :

Comment le fossé de représentation est apparu sur l'immigration. L Guenther

De ce point de vue, il n'est pas surprenant que l'AfD ait fortement augmenté sa part de voix lors des élections de 2017 et soit devenu le premier parti à la droite des conservateurs à entrer au parlement fédéral.

Dans le cadre de ses recherches, l'auteur a constaté que des tendances similaires se manifestent dans toute l'Europe. Dans 27 pays, la plupart des grands partis politiques sont beaucoup plus favorables à l'immigration que ne l'exigent la majorité de leurs électeurs et de leurs citoyens.

L'écart de représentation n'est pas seulement systématique d'un pays à l'autre, mais aussi d'une question politique à l'autre et d'un sous-groupe d'électeurs à l'autre. Sur presque toutes les questions culturelles, telles que le multiculturalisme ou les relations hommes-femmes, j'ai constaté que les électeurs sont plus conservateurs que leurs parlementaires.

Dans toute l'Europe, la différence entre l'électeur moyen et le parlementaire moyen est aussi importante que la différence entre le parlementaire moyen conservateur et le parlementaire moyen socialiste.

Même les électeurs ayant le même niveau d'éducation, ou les électeurs bien informés sur la politique, sont beaucoup plus conservateurs sur le plan culturel que leurs représentants. Les immigrés eux-mêmes sont beaucoup plus opposés à l'immigration et au multiculturalisme que le parlementaire moyen.

Bien que ces écarts de représentation culturelle existent depuis longtemps, c'est l'augmentation de leur visibilité et de leur importance perçue qui contribue à la montée du populisme de droite. L'importance accrue de l'immigration en est le principal moteur.

L'un des principaux arguments des politiciens traditionnels contre les populistes est qu'une fois que les populistes arrivent au pouvoir, ils cherchent à établir des dictatures et à gouverner contre l'intérêt du peuple. Toutefois, cet argument sonne creux si les partis traditionnels ne sont pas disposés à reconnaître les questions considérées comme les plus importantes par les citoyens et à agir en conséquence.

Source: The Conversation

dimanche 29 mai 2022

L'économiste Pierre Fortin critique la politique d'immigration actuelle

Transcription

— Est-ce que l’immigration est l’une des grandes solutions à la pénurie de main-d’œuvre dont on parle ? Bon et puis, est-ce que l’immigration est l’une des grandes solutions à la pénurie de main-d’œuvre dont on parle ? La politique d’immigration au Canada est en tout cas dommageable pour l’ensemble du pays et pour le Québec notamment, selon l’économiste Pierre Fortin. Dans le cadre d’une étude préparée pour le ministère de l’Immigration du Québec, Pierre Fortin affirme que le Québec devrait avoir le contrôle total, entier de son immigration. On le rejoint ce soir. Pierre Fortin est professeur émérite au département des sciences économiques de l’ESG UQAM. Pierre Fortin, bonsoir.

— Bonsoir.

— Vous posez un regard quand même sévère dans l’étude sur l’approche, sur la gestion de l’immigration du gouvernement fédéral. Est-ce qu’Ottawa se trompe, selon vous, sur toute la ligne présentement en misant sur l’immigration pour assurer la croissance, et la prospérité du pays ?

— Oui, on pense qu’avec 450 000 et éventuellement 500 000 immigrants nouveaux par année, on va réussir à faire un Canada qui, premièrement, va être de beaucoup plus grande taille, qui va être plus riche, qui va être plus puissant dans le monde. Et cette espèce de grande fierté d’être Canadien qui pourrait être améliorée avec le temps et l’objectif final, c’est sur le plan démographique, on veut être 100 millions de Canadiens à l’année 2100 alors qu’on est présentement 38 millions.

— Et donc, on présente ça comme étant une solution quand même, une solution économique, une solution à la pénurie de main-d’œuvre. Est-ce que ça en est une ?

— Oui, il y a trois choses qui sont recherchées. 

  • Premièrement, que beaucoup plus d’immigration aiderait à résoudre des problèmes de pénurie de main-d’œuvre. 
  • Deuxièmement, que ça réduirait le vieillissement de la population parce que les immigrants, en moyenne, sont d’âge un peu plus jeune que la moyenne de la population. 
  • Et puis, troisièmement, que le niveau de vie progresserait plus rapidement. La croissance du PIB par habitant serait plus élevée. 

Alors quand on passe en revue la littérature scientifique sur ces trois points-là, on se rend compte qu’aucun de ces… aucune de ces trois affirmations-là ne trouve un appui de la part des recherches existantes. 

Premièrement, le PIB par habitant, le revenu par habitant et relativement insensible à l’immigration. Prenez juste, par exemple, la croissance économique dans la région de Québec, la région métropolitaine de Québec, c’est la plus élevée au Canada depuis 20 ans. Or, à Québec, il n’y a à Québec presque aucun immigrant qui arrive. Seulement 7 % de la population immigrante. Alors que, à Vancouver, par exemple, à l’inverse, on a 45 % de la population qui est d’origine immigrante, la croissance économique par habitant, la croissance, le niveau de vie est plus faible qu’à Québec. Donc ça ne veut pas dire que l’immigration est négative pour la croissance économique, mais ça veut dire qu’elle ne pousse pas dans la direction d’une croissance économique par habitant, du niveau de vie qui soit plus rapide. 

— Mais quand on a 1 million de postes vacants. C’est ce dont on parle ce soir, il y a 1 million de postes vacants. C’est un nombre record. Ça prend des bras pour les combler [pourvoir], ces postes vacants. Les immigrants ne représentent pas la première solution ?

— Non. Le taux de postes vacants au Québec est inférieur au taux de postes vacants aux États-Unis et est inférieur au taux de postes vacants à Colombie-Britannique, par exemple. Oui, on a un taux de postes vacants qui est relativement élevé au Québec. C’est la première génération de gens d’affaires qui font face à ce problème-là. Parce qu’autrefois, le taux de chômage au Québec était toujours dans les deux chiffres. On avait des 10, des 12 % de chômage. Alors il n’y avait jamais de manque de main — d’œuvre. Il y en avait toujours de disponibles, qui était en chômage et qui était prête à entrer au travail. Mais maintenant, il faut changer notre point de vue. L’économie du Québec, ce n’est pas une économie qui traîne en arrière. C’est une économie qui est très dynamique et en fait, quand on regarde les villes au Canada, c’est les villes du Québec et les villes de la Colombie-Britannique qui sont les plus dynamiques sur le plan économique. Et donc, quand le chômage est bas, le taux de postes vacants est forcément plus élevé. Nous, c’est la première génération qu’on a ça. Nos gens d’affaires sont en état de choc à cause de ça et ils doivent évidemment utiliser bien d’autres moyens que seulement l’immigration. Ça prendrait à mon avis un pacte économique entre les gens d’affaires et le gouvernement du Québec pour déterminer, bon, oui, on fait venir des immigrants, on s’assure que la composition de l’immigration est bien adaptée aux besoins réels. On cherche tous les moyens de réduire le temps d’attente, d’améliorer l’adéquation entre les gens qui viennent et les besoins de nos entreprises, on fait tout ça, mais on ne peut pas penser réussir ça si on fait passer le taux d’immigration, par exemple, de 50 000 par année à 100 000 par année. 

— OK. 

— Ça va être le chaos social, je veux dire… Puis là, l’opinion de la majorité des Québécois de leurs entreprises va devenir très négative. Aussi, on est plus sensibles au risque social qu’il y ait de monter l’attitude de la population interne contre l’immigration.  Au Québec, à l’heure actuelle, nos gens sont plus favorables à l’immigration que dans le reste du Canada. On est plus favorable à l’immigration au Québec…

— Et il ne faut pas que ça change.

— … que dans le reste du Canada. Mais si on pousse trop fort, il y a danger, avec trop d’immigrants, et ça, c’est le grave danger qui menace le reste du Canada.

— OK. 

— Le danger que ça attise la xénophobie et éventuellement le racisme et qu’on recule finalement à 20 000 ou 10 000 immigrants par année plutôt que de rester plus haut.

— Absolument. Merci beaucoup pour cette analyse avec nous ce soir.


mercredi 19 mai 2021

France — Natalité en berne, abandon des politiques natalistes

Dans une note transmise à l’AFP, le haut-commissaire au Plan et président du Modem, François Bayrou, propose notamment un « pacte national pour la démographie ».

« Assurer notre avenir démographique » passe par « deux voies : avoir plus d’enfants ou accueillir des personnes d’autres pays », écrit le président du Modem, pour qui « la France devra jouer des deux leviers dans des proportions raisonnables qui garantissent le maintien de la cohésion nationale. »

Pour Jean-Yves Le Gallou, auteur de L’invasion de l’Europe (Éd. Via Romana, 2020) et ancien eurodéputé du Front national, le recours à l’immigration, même pour un motif lié à l’emploi, ne peut être une solution pour la relance économique et démographique du pays. « L’immigration de travail se transforme très vite en immigration familiale et en immigration d’aides sociales », avance notre interlocuteur. « Il est évident que des immigrés de langue et de culture différente ne peuvent pas se substituer aux Français ou cela porte un nom : cela s’appelle le “Grand remplacement” ! », ajoute-t-il, reprenant à son compte l’expression popularisée par l’écrivain controversé Renaud Camus.

Si la France veut sauver son modèle social, basé notamment sur le financement des retraites par répartition, Jean-Yves Le Gallou opte sans hésiter pour la première option suggérée par François Bayrou, à savoir une refonte complète de la politique familiale en faveur de la natalité. « Les politiques de soutien à la famille ont été dégradées dès l’époque Chirac et sur-dégradées à l’époque Hollande, avec une conséquence sur le taux de fécondité », dénonce-t-il.

« La solution, c’est une aide aux familles déconnectée du revenu. Il faut compenser la charge de l’enfant : cela supposerait de rétablir les quotients familiaux dans leur intégrité et d’aider les familles à partir du deuxième enfant », plaide le président de la fondation identitaire Polémia.

Pessimiste, Jean-Yves Le Gallou n’envisage toutefois pas une sortie du « paradigme immigrationniste » dans les années à venir. « Derrière le baratin pour tromper les électeurs, toute la politique des pouvoirs politique, judiciaire et médiatique consiste à faciliter l’immigration en France. Il suffit de voir la façon dont on a changé la jurisprudence pour éviter une condamnation à ce paysan de la région de Nice qui aide des clandestins [Cédric Herrou, NDLR] », illustre-t-il.

Source

vendredi 14 mai 2021

Étude — La conversion des Européens aux «valeurs de droite»

Des majorités de « droite » sont aux commandes de la plupart des gouvernements nationaux en Europe.

Le Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) a effectué une étude pour sonder l’évolution des Européens (Français, Britanniques, Italiens et Allemands) sur plusieurs thèmes politiques. Le diagnostic d’un déplacement vers la « droite » de la société se fonde ici sur l’assimilation de valeurs à la culture de droite, dont le nationalisme via la question identitaire, le libéralisme économique et le libéralisme politique indexé à l’individualisme.

  1. En moyenne, dans les quatre démocraties étudiées, 39 % des répondants s’autopositionnent à droite (entre 6 et 10 sur l’échelle), 27 % à gauche (entre 0 et 4) et 20 % au centre (5).
  2. L’autopositionnement à droite est en tête dans chacun des quatre pays de l’étude : 44 % des Italiens se situent à droite (31 % à gauche), 40 % des Britanniques (25 % à gauche), 38 % des Français (24 % à gauche) et 36 % des Allemands (26 % à gauche).
  3. Alors que les seniors sont réputés voter traditionnellement plus à droite que les jeunes, nos données montrent que les nouvelles générations sont les plus nombreuses à s’autopositionner à droite. Dans l’ensemble des pays, 41 % des 18-24 ans et 41 % des 25-34 ans se positionnent entre 6 et 10 sur l’échelle, soit un niveau comparable à celui des 65 ans et plus (40 %), mais supérieur de 5 points à celui des 50-64 ans (36 %).
  4. En cinq ans, la proportion de Français se situant à droite de l’échiquier politique s’est accrue de manière continue, passant de 33 % en 2017 à 38 % en 2021. Sur la même période, la proportion des citoyens se situant à gauche est restée stable (25 % en 2017 et 24 % en 2021), malgré une légère baisse en 2020 (22 %).
  5. La perception de l’immigration est dominée par un jugement négatif. En moyenne, six citoyens sur dix (60 %) sont d’accord avec l’affirmation « il y a trop d’immigrés dans notre pays » (contre 36 % et 4 % qui ne répondent pas).
  6. Plus de la moitié des répondants (56 %) pensent que leur pays doit se fermer davantage sur le plan migratoire, moins d’un quart (23 %) s’ouvrir davantage et 21 % prônent le statu quo. Les Français (63 %) apparaissent comme les plus réfractaires à l’ouverture, devant les Allemands (54 %), les Italiens (54 %) et les Britanniques (53 %).
  7. Dans les quatre démocraties étudiées, les sympathisants des partis de gauche sont plus nombreux à être « pro-fermeture » que « pro-ouverture » ou en faveur du statu quo — à l’exception des sympathisants Parti démocrate (Partito Democratico) italien.
  8. En France, 62 % des citoyens estiment que l’islam représente une menace pour la République.
  9. En France, la crainte de l’islam est largement partagée par les personnes qui se situent dans le bloc de droite (81 %). Le bloc de gauche apparaît très clivé sur cette question : près d’une moitié des sympathisants de gauche (45 %) est d’accord avec l’item « l’islam représente une menace pour la République », l’autre moitié (52 %) n’est pas d’accord et 3 % des personnes questionnées n’ont pas répondu.
  10. Une majorité des répondants (54 %) considèrent que « pour faire face aux difficultés économiques », il faut « que l’État fasse confiance aux entreprises et leur donne plus de liberté ». L’option « que l’État contrôle les entreprises et les réglemente plus étroitement » est choisie par 41 % des personnes interrogées (5 % répondent ne pas savoir).
  11. La confiance portée aux entreprises est inversement proportionnelle à leur taille. La confiance envers les petites et moyennes entreprises (PME) est très élevée (74 %) et elles font même partie des institutions qui suscitent le plus de confiance, mais celle exprimée à l’égard des grandes entreprises, publiques (45 %) et privées (44 %) reste minoritaire.
  12. La portée médiatique du discours de l’écologisme punitif et de la décroissance connaît des limites de propagation au sein de l’opinion. Pour 76 % des personnes interrogées, « on peut continuer à développer notre économie tout en préservant l’environnement pour les générations futures ». Les Italiens sont les plus nombreux (84 %) à penser que croissance et protection de l’environnement sont compatibles. Ils sont suivis par les Allemands (74 %), les Britanniques (74 %) et les Français (72 %).
  13. Les sympathisants des différents partis des quatre démocraties répondent majoritairement que l’« on peut continuer à développer notre économie tout en préservant l’environnement pour les générations futures ». C’est notamment le cas chez les sympathisants du Parti socialiste (73 %), d’Europe Écologie-Les Verts (67 %) et du PCF/FI (67 %) en France ; des Grünen (80 %) et du SPD (73 %) en Allemagne ; du Labour Party (73 %) et du Green Party of England and Wales (69 %) au Royaume-Uni ; du Partito Democratico (88 %) en Italie.
  14. Nos données montrent que l’individualisme, à droite comme à gauche, est érigé en norme sociale. Une large majorité des répondants estiment que « les gens peuvent changer la société par leurs choix et leurs actions » (80 %), que « les gens de leur pays ont la possibilité de choisir leur propre vie » (69 %), et, dans une moindre mesure, qu’ils ont « une liberté et un contrôle total sur leur propre avenir » (63 %).
  15. Près de trois quarts de l’ensemble des citoyens (71 %) jugent que « beaucoup de personnes parviennent à obtenir des aides sociales auxquelles elles n’ont pas contribué ». C’est 46 points de plus que les répondants n’étant pas d’accord avec cet item (25 %). Une analyse par pays montre que c’est en France, où 57 % des ménages ne paient pas d’impôt sur le revenu, que les citoyens sont les plus nombreux (73 %) à juger que beaucoup de personnes touchent des aides sociales auxquelles elles n’ont pas contribué. Ils sont suivis par les Britanniques (72 %), les Italiens (72 %) et les Allemands (68 %).
  16. Plus de la moitié des répondants (55 %) considèrent que « les chômeurs pourraient trouver du travail s’ils le voulaient vraiment » (contre 42 % qui « ne sont pas d’accord » avec cette proposition). En un an, la proportion des individus considérant que les chômeurs profitaient du système est restée stable en France (passant de 50 % en février 2020 à 51 % en février 2021) et en Allemagne (de 61 à 60 %), tandis qu’elle s’est effondrée de 22 points au Royaume-Uni (de 78 % à 56 %).
  17. L’effort individuel est mis en avant par les personnes interrogées. Plus des deux tiers d’entre elles (68 %) estiment en effet qu’« en faisant des efforts, chacun peut réussir ». Une importante majorité des répondants se situant à gauche (58 %) de l’échiquier politique abonde dans ce sens, même si les répondants sont encore plus nombreux à droite (71 %). Notons que les différences entre les États sont significatives : 74 % des Britanniques, 69 % des Allemands, 68 % pour les Français et 55 % pour les Italiens.