lundi 16 octobre 2023

La course aux étudiants anglophones et les cris d'orfraie des universités anglophones choyées

Partie du campus de McGill
 
L’annonce par le gouvernement du Québec d’un rééquilibrage du financement des universités entre institutions francophones et anglophones a, sans surprise, donné lieu aux discours habituels criant à l’injustice et mené l’éditorialiste en chef de La Presse à parler de « chasse aux étudiants anglophones »1, ce qui est non seulement exagéré mais probablement dangereux dans le contexte actuel. Texte d'Yves Gingras, Professeur à l’UQAM.

Comme il s’agit d’une politique universitaire, il faut plutôt souligner qu’elle consiste à revenir au statu quo ante, c’est-à-dire à une juste redistribution entre l’ensemble des universités québécoises des revenus provenant des étudiants étrangers. Cela était en effet la norme avant que le gouvernement libéral de Philippe Couillard ne modifie cette règle pour plaire aux universités anglophones qui en tiraient non seulement l’essentiel des bénéfices, mais en profitaient doublement à travers les programmes d’infrastructure qui continuèrent à inclure les étudiants étrangers dans le calcul des « pieds carrés ».

Ce changement s’est fait au détriment des universités francophones qui se sont tues en échange d’une compensation partielle déclinante sur quelques années. Depuis la fin de ce « cadeau », les universités anglophones empochent la majorité des revenus pendant que les universités francophones restent sous-financées.

Redistribuer la « rente linguistique »

Sachant que 1) les universités québécoises sont entourées des États-Unis et du ROC (Rest of Canada) et donc de centaines de millions d’anglophones unilingues et que 2) le choix d’une université est fortement lié à la distance à parcourir pour s’y rendre, la course à « l’internationalisation » a créé une véritable « rente linguistique » pour les universités anglophones du Québec. Car il est évident que les anglophones unilingues de Toronto ou de Boston ont peu de chance de choisir l’Université de Montréal ou l’UQAM et iront plutôt à McGill ou à Concordia. Seuls les naïfs croiront que c’est seulement la « qualité » des universités qui est en jeu. L’un des effets pervers de cette rente a d’ailleurs été d’inciter HEC à offrir des cours en anglais pour s’en accaparer une partie, aussitôt suivie par l’ESG de l’UQAM qui voulait elle aussi sa part du « gâteau anglophone ». C’était alors la « course » – et non pas la « chasse » – aux étudiants anglophones.

La politique annoncée de redistribution de la « rente linguistique » est en fait analogue à celle adoptée en 1980 par le gouvernement de P. E. Trudeau qui, avec sa politique énergétique, avait choisi de limiter la « rente pétrolière » de l’Alberta – qui ne lui a jamais pardonné. Tout comme il considérait que « l’or noir » de cette province devait profiter à l’ensemble des Canadiens, de même la nouvelle formule de financement doit faire en sorte que les revenus générés par les étudiants étrangers profitent (comme avant) à l’ensemble des universités québécoises, lesquelles devraient d’ailleurs former un système cohérent et unifié au service de l’ensemble des citoyens la Province.

La mission première des universités subventionnées par les deniers publics étant de répondre aux besoins de formation des résidants et d’ainsi assurer le développement de la société, on ne voit pas pourquoi l’État devrait surinvestir dans une institution dont la majorité des étudiants ne sont pas résidants du Québec.

Selon les statistiques les plus récentes (2022), c’est d’ailleurs le cas de McGill, dont 51,2 % des étudiants ne sont pas résidants du Québec. Ces chiffres peuvent par contre expliquer que McGill soit la seule université de la province à être membre de l’Association des universités américaines. Et la rhétorique de « l’ouverture à la diversité » ne peut faire oublier que l’État n’a pas vocation à subventionner des étudiants qui viennent au Québec dans le seul but de bénéficier d’un rabais substantiel de leurs droits de scolarité pour ensuite retourner aux USA ou dans le ROC. Quant à l’idée qu’en haussant les droits de scolarité des non-résidants, ils iront à Toronto plutôt qu’à Montréal, il faut avouer qu’elle est curieuse car si la qualité est équivalente, il n’y aucune raison de « brader » les prix pour attirer les étudiants.

Dans cette controverse mal engagée, l’erreur de communication du gouvernement dans cette annonce a sans doute été de mélanger l’annonce d’un nécessaire rééquilibrage du système universitaire avec la question linguistique et l’immigration, donnant ainsi du grain à moudre à ceux qui seront heureux de sortir la rengaine de « l’anglophobie ». Cette confusion explique peut-être aussi la « stratégie » de la direction de McGill qui, par le plus grand des hasards, s’apprêtait à annoncer – plus de 50 ans après le mouvement « McGill Français » – un plan de 50 millions de dollars pour la promotion du français dans son institution ! Bien sûr, le plan a aussitôt été mis sur la glace, sous prétexte d’avoir appris le choix du gouvernement, comme s’ils ne savaient pas déjà ce qui se discutait en coulisses.

Espérons seulement que Québec tiendra bon face aux divers chantages qui invoqueront une fois de plus « la perte de talents » et le « déclin du Québec » et qu’il mettra enfin de l’avant une politique de financement universitaire qui sert vraiment les intérêts de la population québécoise qui, rappelons-le, est à plus de 80 % francophone. Rappelons aussi au gouvernement que le Québec s’est doté en 1968 d’un réseau public d’universités couvrant tout le territoire pour justement répondre aux besoins des francophones qui sont encore – il ne faut pas l’oublier – sous-scolarisés au niveau universitaire.

«Autocensure», «peur», «lâcheté», «attaques», «violence»... les enseignants face aux « jeunes »

En France, 38 % des professeurs ont déjà été menacés ou agressés en « zone d'éducation prioritaire » (euphémisme cachant le plus souvent les banlieues à forte population immigrée). Parfois, l'adresse des enseignants est divulguée.


Notre-Dame de Paris : retour des vitraux restaurés

En façade, Notre-Dame semble tout entière de pierre. Sur le toit, un savant mélange de matières s'opère. Le bois de la charpente se lève. Le fer de l'échafaudage se dresse pour la flèche. À l'intérieur, le plastique des bâches protège encore les chapelles. Derrière le corset de métal qui habille les murs, une autre matière commence à percer.

À 25 m de hauteur, les verres retournent sur les fenêtres des baies hautes pour raconter des scènes de l'évangile et l'histoire de la construction. Le fondateur, l'évêque Maurice de Sully, peut être observé. Il a posé la première pierre de la cathédrale en 1163 et qui la tient dans ses mains. La Vierge Marie reprend sa place à l'arrière de l'édifice. Les maîtres verriers utilisent les mêmes techniques de pose que leur ancêtre du Moyen Âge. Un métier et un vocabulaire : le plomb étamé du sertissage, les clavettes, les vergettes et les rosettes que l'on replie en forme de rose pour maintenir l'ensemble. Une verrière au fond dans l'axe est la première qu'on voyait en entrant. Au lendemain de l'incendie, elle restait intacte avec les décombres à ses pieds. Quelques jours plus tard pour une raison de sécurité, tous les vitraux des 39 baies hautes ont été déposés laissant pleuvoir sur les filets de protection une lumière blanche, jamais vue. Huit ateliers en France et un en Allemagne sont intervenus pour nettoyer et prendre soin de ces œuvres de dix mètres de long, salis par l'incendie, mais surtout par la suie des bougies, la respiration de millions de visiteurs et par le temps.

Leur fabrication date du milieu du XIXe siècle au moment de la grande restauration par l'architecte Viollet-le-Duc. L'esprit et les couleurs vives voulues par les bâtisseurs médiévaux que l'on veut conserver. Quelques panneaux restent à reposer dans la baie. Jésus revient au côté de la Vierge Marie. Un petit détour pour voir un trésor, qui se cache dans une chapelle en cours de restauration, termine ce voyage dans la lumière de Notre-Dame de Paris. Il s'agit d'un vitrail parmi les plus anciens. Il date de 1225, il y a 800 ans. C'est une représentation d'Adam et Ève, comme un retour aux sources pour un nouveau départ.

Même reportage, sur X (plus rapide quand nous avons visionné le reportage) :


France — Les ratés de l’éducation sexuelle à l’école primaire

Des parents pointent le contenu de séances d’éducation à la sexualité dispensées dans certaines écoles primaires.

 
Des parents parlent de leurs enfants « en état de choc » après des séances d’éducation sexuelle à l’école


Lorsque Stéphanie a récupéré son fils à la sortie de l’école en mai dernier, il était en état de sidération. Sur le chemin, Milan, 9 ans, est resté mutique, lui d’habitude si prompt à raconter sa journée. À la maison, sa mère lui a tendu une feuille et un crayon : « Écris, si c’est plus facile pour toi », l’a-t-elle encouragé. Sur le papier qu’il a tendu tout penaud à sa mère, trois mots en petites lettres attachées : « Fellation, clitoris, film porno. » Estomaquée, Stéphanie a tenté de comprendre et découvert qu’avait eu lieu ce jour-là une séance d’éducation sexuelle dans la classe de CM2 (8/9 ans) de son fils. « Aucun parent n’avait été prévenu, s’agace-t-elle. J’ai fini par avoir un rendez-vous avec la maîtresse et la directrice de l’école. Elles ont commencé par me dire que Milan avait dû mal comprendre, puis la maîtresse s’est défendue en disant que ces mots avaient été prononcés par d’autres enfants de la classe. »

Dans une autre école publique, sous couvert de « cours d’éducation à la pudeur », le fils de Valérie, lui, a appris en CM1 (7/8 ans typiquement) « comment se masturber, l’éjaculation, les rapports sexuels par l’anus et le vagin, qu’il pouvait aimer les garçons ou devenir une fille ». À sa mère, le petit garçon de 9 ans a expliqué que, lorsqu’avec ses copains ils s’étaient bouché les oreilles pour ne pas entendre, l’enseignante avait menacé de les envoyer dans le bureau du directeur. Quand Valérie est allée trouver ce dernier pour obtenir des explications, il lui a répondu qu’elle était la seule à se plaindre. Ce qui était vrai. 

  « Il arrive que des enfants soient exposés à des contenus inappropriés »

« Les autres parents n’étaient pas au courant, leurs enfants n’avaient pas osé leur en parler, justifie la mère de famille. Mais quand la nouvelle s’est ébruitée dans l’école, ils ont tous interrogés leurs enfants qui ont confirmé leur malaise. »L’affaire est remontée jusqu’à la mairie. On a dit à Valérie que ces séances étaient destinées à lutter contre l’inceste, les grossesses précoces et à promouvoir l’égalité homme-femme. « Sauf qu’à aucun moment il n’a été question de ça », souligne-t-elle.

Depuis une loi de 2001, trois séances annuelles d’éducation à la sexualité doivent être dispensées depuis le cours préparatoire jusqu’à la terminale. La circulaire Blanquer de 2018 (à laquelle renvoie celle de Pap Ndiaye en 2022) précise que ces enseignements doivent avoir lieu « dans le plus grand respect des consciences », qu’ils doivent être « pleinement adaptés à l'âge des enfants », « sans dimension sexuelle stricto sensu à l'école élémentaire » et « portés à la connaissance des parents d'élèves lors de la réunion de rentrée ». Si certaines écoles respectent ces préconisations, force est de constater que ce n’est pas toujours le cas. Comment expliquer cette discordance ? 

« La valeur juridique d’une circulaire est faible et dans les faits ces séances sont réalisées sans cadre académique clair, ce qui donne lieu à de nombreuses dérives », pointe Sophie Audugé, délégué générale et porte-parole de SOS Éducation. Chaque intervenant – enseignant, infirmière scolaire, ou association extérieure à l’établissement – agit donc à sa guise. « Il arrive que des enfants soient exposés à des contenus inappropriés et à des discours idéologiques élaborés par des associations militantes. Parfois sans que l’établissement sache exactement ce qui a été dit en classe, poursuit Sophie Audugé. Ces interventions mettent au premier plan le plaisir sexuel, la prévention est passée au second plan. Ces nouveaux principes émanent d'un document de l’OMS, “Standards européens pour l’éducation à la sexualité” et sont diffusés dans les guides et les sites internet estampillés “Éducation nationale” ou “ministère de la Santé” dans lesquels on trouve par exemple un kamasoutra revisité avec des personnages enfantins. »

Pour le docteur Maurice Berger, pédopsychiatre et vice-président du REPPEA (Réseau de professionnels pour la protection de l’enfance et l’adolescence), ces fameux standards européens posent un réel problème. « Ils ne respectent pas les différents stades du développement affectif de l’enfant. Un enfant se pose des questions sur la sexualité à son propre rythme. Lui parler de ces sujets avant qu’il questionne les adultes et alors qu’il n’est peut-être pas prêt à entendre certaines informations constitue une intrusion traumatique dans sa vie affective. » Le spécialiste déplore également que ces standards fassent la promotion du plaisir sexuel à un âge où les enfants ne peuvent pas le comprendre car ils en sont à une période où ils ont avant tout besoin de tendresse dans leur famille. « Ainsi, montrer à l’âge de six ans, comme le fait le film Le Bonheur de la vie projeté dans certaines classes, comment une fille peut provoquer une érection chez un garçon, puis parler de l’orgasme féminin, est complètement décalé et court-circuite les étapes de l’évolution psychique de l’enfant. » C’est ce qui est arrivé à la fille de Benoît, scolarisée en CM2 dans une école publique de Montpellier. « Une infirmière a expliqué aux filles comment donner du plaisir aux garçons en leur enseignant en détail l’art de la masturbation. Ma fille est revenue de l’école en état de choc », raconte ce père de famille, qui tient à préciser qu’il ne pratique aucune religion et ne fait pas de politique. Car c’est bien souvent le reproche adressé à ces parents et aux associations telles que SOS Éducation, Parents vigilants ou les Mamans louves, qui remettent en cause le contenu de ces séances : « extrémistes » (de droite) ou « intégristes » (catholiques ou musulmans). « Je n’ai pas d’idées politiques et je suis agnostique, se défend Benoît. À l’école, on peut leur faire des cours de biologie mais sans idéologie. Le reste appartient aux parents qui savent comment s’adapter aux questions de leurs enfants. »

C’est le point de vue défendu par Inès Pélissié du Rausas, docteur en philosophie, auteur de Dis, maman, d’où viennent les bébés. « Les parents sont les premiers éducateurs de leurs enfants. L’école primaire peut faciliter leur tâche en enseignant les différences morphologiques, le sens du respect entre les filles et les garçons. Mais avant la puberté, ce n’est pas à elle de leur parler, qui plus est en public, de ce qu’ils ont de plus intime. » Cette spécialiste de la première éducation affective et sexuelle dispense des formations aux parents qui sont, il est vrai, parfois démunis en la matière. « Il est important de favoriser la conversation parents-enfant autour de ces thèmes. En cas de coup dur, l’enfant saura qu’il peut en parler avec eux, alors qu’un intervenant disparaît généralement après son intervention », fait-elle valoir. 

Les parents d’élèves peinent à se faire entendre

Benoît a obtenu gain de cause auprès du directeur de l’école qui s’est engagé à ce que de tels propos ne soient plus tenus aux enfants. Mais d’autres parents d’élèves peinent à se faire entendre ou, craignant des représailles, préfèrent ne rien dire. Ils ne sont pourtant pas des cas isolés puisqu’un sondage IFOP-SOS éducation publié le 4 septembre dernier, révèle que 68 % d’entre eux n’approuvent pas la décision de faire de l’éducation à la sexualité un enseignement prioritaire dès l’âge de 6 ans.  

De son côté, à la suite d’une enquête réalisée en 2022 par l’Inspection générale et révélant que moins de 15 % des élèves bénéficiaient d’une éducation sexuelle à l’école, le ministère de l’Éducation nationale a confié au Conseil supérieur des programmes (CSP) le soin d’élaborer avec précision le contenu de ces enseignements. Pour l’heure, les associations qui l’ont demandé sont auditionnées par le CSP. « Écrire un texte de référence pour que ces enseignements soient encadrés et transparents est une bonne chose », indique le docteur Pascale Morinière, la présidente de la confédération des Associations familiales catholiques (AFC) qui a été reçue le 10 octobre dernier par Mark Sherringham, le président du CSP. Au cours de son audition, elle a notamment demandé que « ces enseignements n’abordent pas les pratiques sexuelles ou les questions de genre, soient fondés sur la science et non sur l’idéologie et qu’ils respectent le développement affectif et psychologique de l’enfant ». Elle a également insisté sur « la nécessité d’une transparence vis-à-vis des parents » ainsi que sur « le respect dû à leur liberté de conscience ».

Le CSP devrait rendre sa copie en janvier prochain. Le sujet est d’autant plus sensible que ce programme aura un caractère contraignant.

*Des prénoms ont été changés.

Source : Le Journal du Dimanche