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samedi 19 août 2023

« Les contestations juridiques du programme [ECR] ont miné la confiance du public »

Georges Leroux est un des pères du programme contesté d’éthique et de culture religieuse (ECR) qui a été imposé (pardon « offert ») aux élèves du Québec en 2008, qu’ils soient inscrits dans des écoles publiques ou privées. Le tout censément afin d’imposer le respect de la « diversité » en forçant l’enseignement d’un programme unique gouvernemental à la place de la diversité de programmes préexistants : catholiques, protestants ou laïques. Ce professeur militant a été jusqu’à défendre ce programme « audacieux » plusieurs fois devant les tribunaux.

Il reconnaît dans les colonnes du Devoir que la stratégie des parents de contester ce programme en justice a porté ses fruits malgré les ressources importantes de l’État québécois pour imposer ECR.
Les multiples contestations juridiques du programme ont miné la confiance du public, selon lui. « Ça nous a fait perdre beaucoup de temps. Ça a donné l’impression que quelque chose n’allait pas dans cette maquette-là », dit-il.
Le même article du Devoir relate ces propos de Mireille Estivalèzes de la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal :
La professeure est convaincue que ce programme faisait l’affaire de la majorité silencieuse. Elle reconnaît qu’il a été contesté de toutes parts — y compris jusqu’en Cour suprême —, pour les mauvaises raisons, selon elle. Les catholiques le trouvaient trop multireligieux, les religieux le trouvaient trop laïque, les athées le trouvaient trop religieux, les nationalistes identitaires y voyaient une promotion du multiculturalisme à la Trudeau…
Il s’agit apparemment d’une croyance qui relève de la foi, car Mme Estivalèze ne fournit aucune preuve alors que, d’une part, mécontenter les catholiques, les religieux, les athées et les nationalistes cela fait beaucoup de monde et, d’autre part, que plusieurs sondages ont montré que la majorité des parents — malgré la propagande gouvernementale et médiatique en faveur du programme ECR — n’appuyait pas l’imposition de ce programme contesté.

54 % contre l’imposition du programme ECR

En octobre 2008, un autre sondage Léger-Marketing indiquait que 72 % des Québécois étaient en accord avec cette proposition : « Seriez-vous d’accord pour que les parents aient le choix entre l’enseignement religieux confessionnel et le cours d’éthique et de culture religieuse ? » Enfin, en mai 2009, la même question à nouveau posée par Léger-Marketing recueillait désormais 76 % d’appui dans la population (voir les résultats du sondage). Ces deux sondages n’ont été publiés par aucun journal québécois alors que tous ont reçu un communiqué portant sur ceux-ci.

On a aussi l’impression que Mme Estivalèzes pense que les opposants ne pouvaient tous avoir raison en même temps (et donc que les critiques étaient infondées). Or, le même programme peut être trop relativiste, trop multiculturaliste, trop multireligieux et trop teinté de vague religiosité en même temps selon la perspective propre de chaque parent, car les parents ont diverses perspectives. Et c’est pourquoi ce carnet a toujours milité pour rendre ce programme optionnel ou l’éliminer.

Mme Estivalèzes affirme encore que « le programme d’ECR présentait les religions comme un sujet d’étude et n’avait rien à voir avec du prosélytisme ». Si elle prétend par là que le programme ECR ne présentait que des faits sur les religions, qu’il était neutre, froid et encyclopédique, elle est contredite par Georges Leroux qui le dit très clairement : « Dans l’univers très riche des programmes formulés selon des compétences, nous ne travaillons pas à partir de contenus prédéterminés : les jeunes ne recevront pas dans ce programme des connaissances encyclopédiques sur telle ou telle religion, ou doctrine morale ». L’important dans le programme ÉCR, ce sont les « compétences » et les « visées éducatives ».

Quelles sont ces visées éducatives ? Selon le rapport Proulx (p. 90) qui a servi de base théorique à l’imposition de ce programme, il s’agit de développer « l’ouverture et la tolérance ».  Dans le programme, l’accent était mis sur les « attitudes » et les « comportements » que les enfants doivent adopter à l’égard de la diversité religieuse, et non sur la transmission de connaissances, car ces connaissances ne faisaient même pas partie du programme comme tel, mais elles n’étaient qu’au strict service des compétences d’ouverture à la diversité.

Voir aussi
 
 
 
 
 
 
  
 
 
 
 
 


















 

vendredi 18 août 2023

Pour le gouvernement québécois, le sexe est une catégorie sociale, la biologie abolie

Comme d’habitude, les réformes du gouvernement (même censé être de droite ou du moins centriste) sont l’occasion d’un détournement par les coteries les plus militantes à gauche.


Source : programme du primaire et du secondaire

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dimanche 26 mars 2023

Québec continuera d'enseigner le controversé programme d'ECR encore un an

Québec met le frein à l’implantation du programme Culture et citoyenneté québécoise: le nouveau programme qui remplacera le controversé Éthique et culture religieuse (ECR) sera enseigné dans toutes les écoles un an plus tard que prévu, à partir de la rentrée 2024. 

L’implantation du nouveau cours se fera «progressivement» à l’automne 2023, peut-on lire dans les documents budgétaires présentés mardi. Selon nos informations, les écoles pourront alors enseigner les nouveaux contenus sur une base «volontaire».

Il faudra attendre à la rentrée 2024 avant que tous les élèves y aient accès.

Au cours des derniers mois, des syndicats de personnel enseignant ont réclamé à plusieurs reprises le report de l’implantation de ce nouveau cours pour la rentrée. 

La version finale du programme n’est pas encore disponible, et le personnel enseignant réclame davantage de formation afin de pouvoir bien rendre les contenus complexes et parfois délicats, qui comprennent notamment des notions d’éducation à la sexualité.

Les maisons d’édition ne seront pas non plus en mesure d’imprimer les nouveaux manuels pour l’automne, a-t-on indiqué au Journal.

Des projets-pilotes sont présentement en cours dans une poignée d’écoles. Au primaire, le nouveau cours permettra notamment d’aborder des enjeux entourant l’éducation au numérique, alors qu’au secondaire, il permettra aux élèves du secondaire de se familiariser avec l’histoire du Québec et ses institutions, notamment par une visite à l’Assemblée nationale, peut-on lire dans les documents budgétaires.

samedi 28 janvier 2023

Cours ECR et lutte contre le racisme : enseignante surprise à désinformer

Le controversé cours d’Éthique et de culture religieuse est de nouveau le lieu d’un exemple de militantisme et de désinformation de la part d’une enseignante enregistrée à son insu. Jean-François Lisée en fait le récit :

[A]ssoyons-nous à l’arrière d’une classe de cinquième secondaire de la région de Montréal en ce frisquet mois de janvier pour être instruit sur le problème du racisme dans le cours Éthique et culture religieuse.

Nous avons d’abord droit à une définition classique du racisme : la conviction que certaines races sont supérieures aux autres. Bien. Qu’en est-il chez nous ? « Selon les chiffres de Statistique Canada, Statistique Québec, affirme l’enseignante, 59 % des Québécois se prétendent racistes. 59 %, c’est énorme. Alors, quand le gouvernement dit qu’on n’est pas racistes, c’est pas vrai, hein. Les chiffres parlent plus fort que les mots. »

Ça commence fort. Ce pourcentage existe : il vient d’un sondage Léger de 2007 qui demandait aux Québécois s’ils s’estimaient tels, au plus fort du débat sur les accommodements religieux. Le total de 59 % cumule les réponses « fortement ou moyennement » (16 %) et « faiblement » (43 %) racistes. Léger n’avait cependant pas demandé si les Québécois estimaient certaines races supérieures aux autres. Angus Reid l’a demandé pas plus tard qu’en 2021 et a trouvé que 9 % des Québécois partageaient cette odieuse conviction, comparativement à 12 % des Canadiens et (cramponnez-vous) à 18 % des membres des minorités visibles.

Mais ne chipotons pas, continuons d’écouter la prof qui assène cette vérité : « Le Québec est la province la moins tolérante et la moins accueillante du Canada. » Mais d’où vient notre propension à autant détester l’autre ? Pas des générations dont font partie la prof et ses élèves, précise-t-elle. Alors qui ? Voici l’extrait complet de l’enregistrement audio qu’une bonne âme m’a fait parvenir : « Ça s’explique avec la génération des baby-boomers — vous connaissez ? —, donc ceux qui ont grandi dans les années 1950 et 1960. Et qu’est-ce qui est arrivé de majeur dans les années 1950 et 1960 ? Il y a eu des grosses vagues d’immigration. Ç’a créé un choc culturel que certains d’entre eux n’ont pas encore digéré. Nous, on est habitués de vivre avec d’autres cultures, mais cette génération-là, au départ, ne l’était pas. » » Et, « ça a mené à ce chiffre puisque les baby-boomers sont encore en vie ». Heureusement, ce problème va finir par disparaître de lui-même.

Mais il continue de sévir car, nous dit l’enseignante, « le taux de discrimination au travail est de 57 % ». Je n’ai pas trouvé de source pour ce taux et, s’il est certain que la discrimination à l’embauche est bien documentée, selon les chiffres de l’économiste Mario Jodoin le taux d’emploi en 2022 des 25 à 54 ans est de 74,9 % pour les immigrants (en forte hausse depuis une dizaine d’années) et de 88,8 % pour ceux nés au Canada. On est donc loin d’une différence de 57 % et l’écart se referme graduellement.

Mais ne chipotons pas. Les élèves visionnent ensuite un documentaire de 20 minutes intitulé Racisme, ses origines, son histoire, présenté par l’historien Laurent Turcot sur un texte de l’historien Alexandre Dumas. Il est vrai que, comme le précise Dumas dans un échange consécutif à la publication de ce texte dans Le Devoir, la vidéo indique que « le racisme n’est pas exclusif aux Blancs ou encore au monde occidental » et se consacre ensuite entièrement à l’évolution du racisme en Occident. Cependant les élèves qui y entendent que ce n’est qu’en Occident qu’on « retrouve une discrimination parfaitement assumée » et qu’« il faut attendre que les Européens découvrent l’Afrique noire pour qu’on puisse commencer à parler de racisme comme on l’entend aujourd’hui » ne peuvent tirer d’autre conclusion que le racisme est consubstantiel à l’Occident. Certes on peut — et l’on doit — dénoncer jusqu’à plus soif le racisme occidental, mais les jeunes sortant de ce visionnement seraient choqués d’apprendre que l’esclavage a été présent sur tous les continents, que les Africains le pratiquaient entre eux avant l’arrivée des Blancs, que les Autochtones d’Amérique le pratiquaient entre eux avant l’arrivée des colons européens ou encore que que la plus grande opération mondiale d’esclavage de l’histoire fut musulmane, les États musulmans ayant cumulativement mis environ un million de chrétiens en esclavage à partir du XVIe siècle. Pas un mot non plus sur le fait que les Québécois francophones furent victimes de racisme, ou du moins de discrimination linguistique.

La vidéo fait son boulot de bien dénoncer les Nazis, l’apartheid et la ségrégation américaine, mais minimise l’importance des victoires des antiracistes face à ce fléau et va jusqu’à attribuer les victoires de Martin Luther King et du mouvement pour les droits civiques des années 1960 à des impératifs de politique étrangère des États-Unis plutôt qu’au travail colossal de MLK et de son mouvement, et du grand nombre de Blancs, dont plusieurs Juifs, qui ont mis leur vie en danger pour faire triompher cette cause.

Bref, en 55 minutes, le cours réussit à inculquer une fausseté historique — le racisme est occidental —, une fausseté nationale — les Québécois sont massivement racistes —, une fausseté canadienne — le Québec est l’endroit le plus raciste au Canada — et une fausseté générationnelle — c’est la faute des baby-boomers. C’est beaucoup.

Voir aussi 

Profs indignés par « abolition » d’ECR : « On veut faire des gens des citoyens du monde »

Intégrer l’éducation à la sexualité dans le cours d’éthique et culture religieuse  

ECR — Jacques Pettigrew payé 90 K $ pour réviser le programme qu’il a aidé à créer 

Éthique et culture religieuse (toujours pas abrogé) — certains profs disent marcher sur des œufs

 
  

Joëlle Quérin répond à ses détracteurs chez Denise Bombardier 

Joëlle Quérin et « La face cachée du cours Éthique et culture religieuse » 

Cahier ECR : « je suis un garçon, une fille, je ne sais pas encore »

Formateur de formateurs en ECR à L’ACFAS : beaucoup de résistances, faible réceptivité, obstacles

Enseignant ECR : Syntaxe bancale et robinet d’eau tiède politiquement correcte 

Rapport : les élèves passés par ECR connaissent mal les religions, mais sont tolérants envers les signes religieux

Nos billets sur la contestation du collège Loyola contre l’imposition d’ECR

Québec — La construction d’une nouvelle citoyenneté par l’école (extrait de la thèse de Joëlle Quérin)

Le témoignage de la mère de Drummondville qui est allée en Cour suprême contre l’imposition d’ECR

C’est à l’école que je suis devenu athée, lors d’un cours d’histoire des religions

Les athées sont-ils moins altruistes ?

Étude : les croyants ne sont pas moins ouverts d’esprit que les athées, parfois ils sont même plus ouverts

Les enfants religieux seraient plus heureux 

 

dimanche 1 septembre 2019

Intégrer l’éducation à la sexualité dans le cours d’éthique et culture religieuse

Le ministre Jean-François Roberge envisagerait d’intégrer l’éducation à la sexualité dans le cours d’éthique et culture religieuse (ECR), qui fera l’objet d’une réforme au cours des prochains mois.

En entrevue avec Le Devoir, le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur a dit que cette hypothèse fera partie du vaste chantier sur la révision du cours ECR qu’il compte lancer prochainement.

 
Le ministre Roberge (à droite)

« Il y a déjà des gens qui m’ont dit : “Vous allez revoir ce cours-là [ECR] qui traite du savoir-être, des valeurs, du respect de soi, de l’acceptation de l’autre. Est-ce qu’on pourrait intégrer ça [l’éducation à la sexualité] au contenu ?” Je suis très ouvert à ça. L’éducation à la sexualité pourrait en faire partie. Ce n’est pas réglé, je lance un chantier sur la réforme du cours éthique et culture religieuse dans les prochains mois. On va le faire pour vrai », a dit le ministre, rencontré à son bureau de Montréal.

L’éducation à la sexualité est obligatoire pour une deuxième année dans toutes les écoles primaires et secondaires du Québec. L’implantation du programme s’est faite de façon inégale d’une école à l’autre, selon les syndicats d’enseignants.

Notons que le programme d’ECR aborde déjà depuis plus de dix ans les problèmes éthiques liés à la sexualité ou à la bioéthique. Voir Cahier ECR : « je suis un garçon, une fille, je ne sais pas encore », Activité en éthique pour des enfants de 13-14 ans (limites et désirs sexuels), Omissions et critiques pédagogiques du chapitre sur le clonage d’un livre d’ECR pour la 2e secondaire. Le collège Loyola s’était d’ailleurs opposé en Cour suprême au fait que lors de ces discussions en classe d’ECR les enseignants de cette école catholique devraient rester neutres devant des propos qui iraient à l’encontre des principes catholiques (l’exemple donné était une vie dissolue de Don Juan). Bref, il n’y a rien de bien neuf dans l’intégration de discussions à la sexualité en ECR.

Pour l’instant, le programme d’éducation à la sexualité n’est pas un cours en bonne et due forme, mais plutôt une série de « contenus » qui doivent être livrés dans l’enseignement d’autres disciplines. La matière doit être enseignée entre cinq et quinze heures par année, selon le niveau scolaire. Chaque école doit trouver — ou désigner — des volontaires pour enseigner l’éducation à la sexualité. Les profs sont souvent mal à l’aise de parler de sexualité aux élèves.

« L’idée d’avoir des contenus [d’éducation à la sexualité] qui appartiennent à un vrai cursus, avec des professeurs dont le mandat est de donner des notions spécifiques et qui sont formés pour ça, je pense que c’est porteur. Ça va faire partie des choses sur lesquelles on voudra consulter », affirme Jean-François Roberge.

« Le cours est bon, j’y tiens »

Quand on demande au ministre de faire un bilan de la première année du programme d’éducation sexuelle, il répond : « Il y en a dans toutes les écoles, il y a de plus en plus de profs qui sont formés et le programme est bon. J’y tiens. »

Campagne contre les IST en 2010
La Coalition pour l’éducation à la sexualité a critiqué cette semaine le peu de ressources consacrées au programme. Cette sortie faisait suite à l’agression présumée homophobe subie dans Charlevoix par le designer Markantoine Lynch-Boisvert et son conjoint, qui ont reçu des coups à la sortie d’un bar. Le nombre de crimes haineux homophobes rapportés au Québec a bondi de 12 à 42 entre les années 2015 et 2017, selon la Coalition.

On notera donc que l’école ne doit pas impartir des connaissances dans ce domaine, mais réformer des comportements.
C’est déjà le but du volet religieux : imposer une vision de la multiplicité religieuse : la valoriser du moment que les gens ne sont pas trop religieux, ne croient pas trop en leur religion. Voir à ce sujet cet aveu : « Cours d’éducation à la sexualité, l’imposition de la théorie du genre est cruciale... »

Le Devoir reproduit ensuite diligemment l’argument de la Coalition usé jusqu’à la corde « Les maladies transmissibles sexuellement sont aussi en hausse. Les cas déclarés d’infection à la chlamydia ont doublé chez les 15 à 24 ans depuis 2008. Ça témoigne de l’importance de l’éducation à la sexualité à l’école. » Or, d’une part il est faux que les enfants depuis 2008 n’étaient pas informés des infections liées à la sexualité (voir ECR, voir les campagnes comme celle de 2010 illustrée ici). Ils ne le seront guère plus avec le nouveau programme puisqu’on y a surtout ajouté des aspects comme la théorie du genre, le sextage ou la cyberintimidation.

D’autre part, il y a eu une augmentation des infections liées à la sexualité ailleurs en Occident alors qu’il n’y avait pas eu de changement dans les programmes d’éducation à la sexualité. Cet argument galvaudé, pris pour argent comptant par tous les médias québécois, mériterait d’être reproduit avec plus de scepticisme. Voir Malgré l'éducation sexuelle, recrudescence des maladies vénériennes en Suède, Le cours d'éducation sexuelle ontarien évite-t-il l'augmentation du nombre de maladies vénériennes ? , Sexologue clinicienne : « les cours de sexualité en milieu scolaire font fausse route »



Campagne subventionnée en 2009/2010 contre les maladies vénériennes dans les cégeps


Aucune exemption accordée selon le ministre

Combien d’élèves ont été exemptés de cette formation à la demande de leurs parents ? « Aucune demande d’exemption n’a été portée à mon attention », répond le ministre Roberge. Plus tard, son cabinet a précisé que les demandes d’exemption se règlent dans chaque école. Le Ministère ne serait informé qu’en cas de désaccord entre l’école (ou la commission scolaire) et les parents. Cela n’est pas arrivé, selon le ministre.

Pas de nouveau programme ECR pour septembre 2020

Le cours éthique et culture religieuse a été introduit en 2007 par le gouvernement libéral de Jean Charest. Il vise notamment à faire aux élèves un portrait des grandes religions, après la déconfessionnalisation des écoles publiques du Québec. Le cours a été critiqué par les tenants de la laïcité comme une plateforme de promotion des religions, ce que conteste le ministère de l’Éducation.

« Si je pensais que le cours éthique et culture religieuse était parfait, je n’y toucherais pas, nuance le ministre Roberge. Je ne parle pas de l’abolir, mais je suis prêt à en faire une révision en profondeur. »

La consultation portera sur ce qu’il faut garder du cours ECR, ce qu’il faut exclure et ce qu’il faut ajouter, précise le ministre. « Éthique, je le garde. Citoyenneté, il va y avoir des éléments de connaissance de l’autre, dont la religion de l’autre, ça fait partie de ça, je ne veux pas l’évacuer au complet. »

Le ministre de l’Éducation exclut que la nouvelle mouture du cours ECR soit prête pour la prochaine rentrée scolaire, en septembre 2020. Il prévient que le processus prendra plusieurs mois.

« On parle d’élaborer un cours qui part du primaire et qui se rend jusqu’à la fin du secondaire. Quand tu changes un cours, il faut que tu le testes, tu ne peux pas faire ça tout seul dans ton bureau. Il faut former les gens. On ne peut pas demander à des gens qui ne savent pas ce qu’est le cours de l’enseigner. Ça va prendre un certain temps. C’est un chantier important. Ça touche les valeurs, ça touche des choses qui sont sensibles [sic : épineux, délicats], alors on va prendre le temps de bien le faire. »

Voir aussi

Thèse doctorale — Des enseignants d’éthique loin d’être neutres ?

« Le sexe à l’école. L’amour nulle part. »

Éducation sexuelle : « les pompiers pyromanes »

mercredi 19 décembre 2018

La CAQ veut continuer d'imposer le controversé programme ECR

Lors de son apparition le 12 décembre à l’émission Les Francs-tireurs, l'ancien instituteur du primaire et désormais ministre au Monopole de l'Éducation du Québec, Jean-François Roberge, a déclaré vouloir continuer à imposer le programme Éthique et culture religieuse (ECR) dans les écoles du Québec.

Notons que si la CAQ avait bien décidé en congrès en 2002 à Victoriaville d'abroger le controversé programme d'ECR au primaire. M. Roberge s'était publiquement élevé contre cette abolition avant de perdre le vote à main levée de la part des militants. M. Roberge a toujours été un fervent partisan de cet « apprentissage » multiculturaliste imposé par l'État. [Voir La CAQ vote pour l’abolition du programme ECR au primaire].

Voir aussi

Le ministre de l'Éducation (CAQ) veut imposer le programme d'éducation à la sexualité du PLQ

mardi 28 mars 2017

ECR — Jacques Pettigrew payé 90 K $ pour réviser le programme qu’il a aidé à créer

La révision du controversé cours d’éthique et culture religieuse (ECR) se fera sous les judicieux conseils de celui qui a piloté son implantation dans les écoles du Québec.

Devant les critiques, le ministre Sébastien Proulx s’est engagé à réévaluer cette matière qui a remplacé l’enseignement religieux confessionnel et moral depuis 2008 dans les classes du primaire et du secondaire. [Sur M. Proulx et son attaque médiocre contre le programme ECR alors qu'il était encore dans les rangs de l'ADQ, voir ici.]

C’est l’éminence grise qui a chapeauté la mise en place du cours, il y a maintenant presque 10 ans, qui sera chargée de guider le gouvernement dans cet exercice.

Jacques Pettigrew vient d’obtenir un contrat de gré à gré d’une valeur de 87 583 $ pour « agir à titre d’expert-conseil pour les dossiers relatifs au programme Éthique et culture religieuse ».

Au tribunal pour défendre le cours

Ancien fonctionnaire, M. Pettigrew était le grand responsable du contenu d’éthique et culture religieuse au ministère de l’Éducation. Le gouvernement l’avait même dépêché au tribunal en 2009 lorsque le cours avait été contesté par des parents ayant demandé une exemption pour leurs enfants.

M. Pettigrew est un habitué du conseil lucratif... Il avait ainsi caché au tribunal en 2009 qu’il avait des activités professionnelles supplémentaires liées à la future implantation du programme ECR alors qu’il participait précisément à son élaboration ! Conseiller le gouvernement de mettre en place un programme alors qu’on a une petite activité de conseil qui profitera dudit programme éducatif, y a rien de tel...




Ne pas dialoguer avec les parents

M. Pettigrew avait également présidé une réunion houleuse à Valcourt à la rentrée 2008 au cours de laquelle il avait été bousculé par les parents présents en grand nombre. Comme on l’apprit lors du procès de Drummondville, la recommandation de cette éminence grise fut de ne plus dialoguer avec les parents, mais de simplement imposer le programme usant de son caractère coercitif. En effet, comme M. Pettigrew l’écrivait au sous-ministre de l’Éducation : « ce genre de rencontres risque d’offrir aux représentants de la CLÉ une tribune que ce mouvement, pour l’instant marginal, recherche à des fins de promotion de ses idées, ainsi nous estimons qu’il serait préférable de ne pas répéter ces rencontres. » Lors du même contre-interrogatoire, M. Pettigrew dut admettre (c’est écrit noir sur blanc) que le programme gouvernemental ECR vise à « structurer l’identité » ou d’instiller une « vision du monde » aux élèves (voir par exemple la « galaxie » illustrée ci-dessous) et que les parents sont singulièrement absents de ce processus dans la documentation du Ministère de l’Éducation. Enfin, ils peuvent évidemment appuyer la démarche pondue par des fonctionnaires, mais pas demander d’exemption, ça c’est exclu. On dira plutôt, c’est flatteur, que l’enfant est au centre de l’éducation gouvernementale inculquée sous l’œil jaloux de professeurs dûment formés en structuration d’identité et formation d’une vision du monde approuvée.



« Expertise sera fort utile » pour la révision...

Au ministère, on précise qu’il « a effectivement été engagé pour participer à une réflexion » sur la révision du programme ECR et que son expertise sera fort utile.

Est-ce que cette embauche signifie qu’on exclut d’emblée une transformation en profondeur du cours ou même sa disparition ? Le porte-parole à l’Éducation se limite à dire que « divers scénarios » sont examinés.

Simon Fortin assure que ce n’est pas M. Pettigrew qui prendra les décisions. « [Il] n’a pas été engagé pour procéder à une révision du programme, mais bien pour collaborer à sa documentation », insiste le relationniste.

Opposants

Le Parti québécois veut faire table rase du cours d’éthique et culture religieuse. Le chef péquiste Jean-François Lisée demande qu’il soit plutôt remplacé par une formation sur la citoyenneté.
En décembre, le Conseil du statut de la femme (CSF) a recommandé une révision complète du programme. L’organisme reproche à ce cours d’enseigner les religions sans formuler aucune critique sur leurs discours sexistes.

Le CSF suggère que les religions soient plutôt enseignées dans les cours d’histoire.

Échange médiocre à l'Assemblée nationale

Mme Agnès Maltais du PQ a interrogé à l'Assemblée nationale le ministre Sébastien Proulx au sujet de cette embauche. Voici l'échange (sans surprise assez médiocre à notre sens) :






lundi 26 septembre 2016

« La vérité sur le cours ECR », une nouvelle catéchèse politiquement correcte ?

Alain Tremblay, enseignant en éthique et culture religieuse (ECR) à l’école Curé-Antoine-Labelle de Laval, s’est porté cette semaine dans les colonnes du Devoir à la défense du programme qu’il enseigne en secondaire IV (élèves de 15 à 16 ans).

Il y décrit avec une fierté non feinte (« Je suis fier et honoré de donner le cours ECR ») la merveille qu’il enseigne à ces jeunes de 15 ans :
Je commence l’année scolaire avec le thème de la tolérance (nous faisons référence au dalaï-lama et à Nelson Mandela pour en témoigner).

Ces figures sont suggérées par le programme gouvernemental d’ECR. On comprend la présence du dalaï-lama car, comme le programme ECR, le dalaï-lama parle beaucoup de « dialogue interreligieux » et qu’il met de l’avant une « éthique laïque ». En effet, selon le dalaï-lama, la compassion et l’affection sont des valeurs humaines indépendantes des religions : « Nous avons besoin de ces valeurs humaines. Je les appelle valeurs éthiques laïques, ou convictions laïques. Elles sont sans relation avec une religion particulière. Même sans religion, même agnostique, nous avons la capacité pour promouvoir ces valeurs ».

Notons que le dalaï-lama en bon bouddhiste condamne l’homosexualité... (« Cela fait partie de ce que nous, les bouddhistes, appelons “une mauvaise conduite sexuelle”. Les organes sexuels ont été créés pour la reproduction entre l’élément masculin et l’élément féminin et tout ce qui en dévie n’est pas acceptable d’un point de vue bouddhiste », in Le Point du 22 mars 2001) Le dalaï-lamaï serait-il donc homophobe ? (voir ci-dessous, cela semble très important pour ce prof d’ECR)

Pour ce qui est de Mandela, il fut un simple intermède guère représentatif de l’Afrique du Sud contemporaine, ce pays violent qui pratique la discrimination à grande échelle et qui se dit la nation arc-en-ciel tout en faisant tout pour diminuer la diversité y compris dans les universités. Il serait intéressant d’entendre cet enseignant à son sujet quand on considère la kyrielle de clichés naïfs, d’erreurs et d’approximations simplistes débitées à son sujet dans les reportages de Radio-Canada ou les manuels scolaires.

Il manque Gandhi dans la liste de ces saints modernes (il est pourtant suggéré dans le programme ECR). Dans certains manuels, on fait croire que Gandhi a été décisif dans l’indépendance de l’Inde, ce qui est très discutable. Tous les manuels que nous avons lus passent sous silence la vision très racialiste des rapports humains de Gandhi et son peu de sympathie pour les Noirs en Afrique du Sud. À ce sujet, lire The South African Gandhi : Stretcher-Bearer of Empire d’Ashwin Desai et Goolam Vahed (octobre 2015, Stanford University Press). Le livre n’a pas été traduit en français.

Alain Tremblay mentionne ensuite la lutte aux péchés mortels d’aujourd’hui. On ne parle plus de nos jours d’orgueil, d’avarice, d’envie, de colère, de luxure, de gourmandise, ni de paresse, c’est trop banal, trop quotidien. On pourra donc être envieux et orgueilleux dans la vie de tous les jours du moment qu’on condamne désormais l’intolérance (faut-il tolérer les péchés ?), la haine de la différence, le racisme, le xénophobie, l’homophobie, etc.
Viens [sic] ensuite l’intolérance et ses victimes. Nous parlons donc de ces millions de gens tués parce qu’ils étaient différents, par leur origine ethnique, leur religion, leur sexe ou leur orientation sexuelle.

Des millions de gens tués à cause de leur sexe ? Des femmes ? Où ? Quand ? Les bébés de sexe féminin avortés ? Ce n’est pas du tout clair. Et les autres avortés, d’aucune importance si ce n’est pas à cause de leur sexe ?

Des millions de gens tués à cause de leur orientation sexuelle ? On n’a pas de chiffres certains sur le nombre d’homosexuels tués par les nazis par exemple. Une étude récente mentionne de 5 000 à 10 000 homosexuels enfermés dans les camps de concentration nazis à cause de leur orientation sexuelle (mais souvent ce n’était pas la seule raison), mais on ne sait combien moururent.
Ces jours-ci, nous abordons le racisme et, plus spécifiquement, le nazisme, son apogée. Antisémitisme, eugénisme, xénophobie, endoctrinement, propagande, ignorance, préjugés et folie humaine sont au menu.
Quel poème à la Prévert ! Faut-il comprendre que l’ignorance et les préjugés sont des notions équivalentes au racisme « et plus spécifiquement le nazisme » ?

L’ignorance et les préjugés sont sans doute universels : comme on le verra, ce professeur a des préjugés favorables envers les jeunes réfugiés syriens qu’il accueillera dans sa classe alors qu’il ne les connaît pas... Parfois les préjugés sont des maux bénins ou inévitables. Edmund Burke a même fait l’éloge des préjugés... En effet, Burke se méfiait de la raison individuelle ou privée quand elle s’oppose à la raison ou l’expérience collective incarnée dans le préjugé. En tant que « sorte d’abrégé des raisonnements qui l’ont produit et des expériences qui l’ont validé », le préjugé se présente même pour Burke comme une condition de l’action et du comportement moral. Pour Theodor Dalrymple, si certains préjugés sont néfastes d’autres sont, en revanche, utiles ou pour le moins inévitables en société. On ne peut sans cesse tout remettre en cause ni tout vérifier par soi-même, il est aussi bon d’avoir certaines préconceptions envers des rouages de la société comme croire qu’un policier en faction nous aidera si nous sommes dans le besoin, même si on ne connaît pas les policiers que l’on rencontre.

Quant à l’eugénisme, il n’est pas du tout unique au nazisme, ni même au racisme : il est né dans les pays anglo-saxons (Galton en Grande-Bretagne) et aux États-Unis (Irving Fisher financé par John D. Rockefeller) pas en Allemagne et ils visaient toutes les races.

Tiens, il manque l’euthanasie dans la liste des maux du nazisme et de l’eugénisme. C’est pourtant un complément naturel à l’eugénisme (il faut éliminer les vieux, les débiles, les malades incurables) pour améliorer la société des vivants. Mais on comprend qu’aujourd’hui le mot euthanasie est banni par le correctivisme politique et ses « soins de fin de vie digne ». Pas de cela dans la classe de M. Tremblay.

Pour ce qui est du racisme et de sa lutte omniprésente à l’école, cette lutte devrait-elle vraiment être une priorité aujourd’hui ? Ou la dénonciation du racisme sert-elle plutôt à lutter contre le « nationalisme » et le « populisme », nettement plus contemporains, en faisant l’amalgame constant à l’école entre ceux-ci et le racisme ?

Comme le soulignait récemment le sociologue Mathieu Bock-Coté :
En matière de lutte contre le racisme, il n’y a plus, selon la formule rituelle, beaucoup de travail à faire. Le racisme est résiduel, aujourd’hui.

Alors comment les jeunes peuvent-ils croire que notre société est à ce point rongée par le racisme que la lutte contre lui soit une priorité ? En fait, ceux qui se spécialisent dans sa dénonciation et qui gagnent leur croûte ainsi ne veulent pas prendre leur retraite.

Alors ils nomment racisme n’importe quoi. Vouloir réduire les seuils d’immigration, ils appellent cela du racisme. Vouloir contenir la progression de l’islamisme, ce serait du racisme aussi.
Défendre l’identité québécoise ? Toujours du racisme !

Occidentalophobie ?

En fait, la jeune génération est née dans une société qui se déteste. On la dirait presque occidentalophobe. L’Occident n’en finit plus de s’accuser de racisme, de sexisme, d’homophobie, de transphobie, etc. Il aime se diaboliser. Il croit se grandir moralement en se rapetissant. La jeune génération a été élevée dans ce dédain ostentatoire. Et au-delà du racisme, elle a été élevée dans un culte quasi religieux des droits individuels.

À l’école, à la télé, elle n’entendait que ça : racisme, racisme ! Pas étonnant qu’elle répète sa leçon maintenant.

Cet enseignant d’ECR participe sans doute à son insu à cette culpabilisation. On ne pourra en tous cas prétendre que ce professeur est neutre, il distille indéniablement une vision du monde bien particulière, très « politiquement correcte ».
Par la suite, nous discuterons d’homophobie. Je leur parlerai de la triste histoire de Matthew Shepard, 21 ans, torturé et assassiné au Colorado parce qu’il était gai. Terrifiant !
Juste après le nazisme, car chacun sait que l’homophobie c’est comme le nazisme...?

On connait le glissement habituel : vous désapprouvez de l’homosexualité, ça vous dégoûte, vous ne souhaitez pas que vos enfants soient homosexuels ? Vous êtes donc des « homophobes » et l’homophobie conduit à tuer de jeunes homosexuels... (Se rappeler ce Matthew Shepard) C’est bien connu. Tout à coup les amalgames grossiers sont permis... Combien d’homosexuels tués par homophobie au Québec ? Combien ? Zéro ? Mais on n’hésite pas à en faire une priorité en classe apparemment.

Et même dans le cas de Matthew Shepard, cette icône, il n’est pas certain qu’il ait été tué à cause de son homosexualité. Ce professeur parlera-t-il des autres versions entourant ce meurtre ou cela brouillerait-il le message orienté qu’il veut faire passer ? Cela ferait-il tache dans son martyrologe...?

En 2004, le programme de nouvelles 20/20 d’ABC News a diffusé un reportage au cours duquel les deux assassins de Matthew Shepard, Russell Henderson et Aaron McKinney, ainsi que Kristen Price la petite amie de McKinney, le procureur et un enquêteur principal affirment que le meurtre n’a pas été motivé par la sexualité de Shepard mais plutôt un vol lié à la drogue qui a mal tourné. Kristen Price affirme avoir menti à la police quand elle a affirmé que McKinney s’était mis en colère à cause d’une avance sexuelle inopportune de la part de Shepard. Elle déclara à la journaliste de télévision Elizabeth Vargas ne pas penser que ce soit un crime haineux.

L’enquêteur Ben Fritzen affirma à la journaliste : « la préférence sexuelle de Matthew Shepard ou son orientation sexuelle ne constituait certainement le mobile du crime...».

Dans un article de la revue LGBT The Advocate, Aaron Hicklin écrit qu’après des années d’enquête, le producteur de l’émission, l’écrivain homosexuel Stephen Jimenez, a interrogé plus de 100 personnes et a « amassé suffisamment de preuves anecdotiques pour soutenir de manière convaincante que la sexualité de Shepard était, sans être accessoire, nettement moins importante à cette affaire que le consensus populaire voudrait nous faire croire. »

Le producteur de télévision Jimenez et son livre sur l’affaire
Le procureur dans cette affaire affirme qu’il y a de nombreuses preuves que la drogue était au moins un facteur dans ce meurtre. L’agent Waters confie à la journaliste britannique Julie Bindel : « Je crois encore aujourd’hui que McKinney et Henderson essayaient de trouver la maison de Matthew afin de voler la drogue qu’il y avait. C’était assez bien connu dans la communauté de Laramie que McKinney n’était pas quelqu’un qui frapperait par homophobie. »

Le 1er octobre 2013, Steven Jimenez, lui-même homosexuel, publia un livre qui contredisait catégoriquement la thèse du « martyr homosexuel ». Selon cette enquête, Shepard était un revendeur de drogue et connaissait bien ses agresseurs avec qui il aurait eu des relations sexuelles avant le soir du drame. Son assassinat serait motivé par la drogue et non par son orientation sexuelle.

Le livre de Jimenez a été férocement attaqué par la presse « progressiste », mais l’ancien amant et ami de longue date de Matthew Shepard, Ted Henson, a déclaré que le livre n’était « rien de plus que la stricte vérité ». Pour plus de détails récents, lire l’entretien de Jimenez avec la revue littéraire Spiked ! publié en 2015. Bref, l’affaire semble compliquée, gageons que la discussion sur cette « victime de l’homophobie » dans la classe d’Alain Tremblay, devant ses élèves captifs, sera plus simple.

Et si on enseignait simplement la courtoisie, la politesse et le respect à l’école sans utiliser celle-ci pour culpabiliser les enfants et faire passer le message de certains lobbies (voir Pas de classiques de la littérature, mais la lutte contre l’hétérosexisme en classe de français, d’anglais, d’histoire et de mathématiques).
Viendra ensuite le module sur l’avenir de l’humanité. Sous l’angle des inégalités sociales, des sociétés productivistes et du manque de respect envers la nature et les animaux, nous regarderons les immenses défis que nous devons relever afin d’assurer demain et… après-demain ! Tout cela appuyé par la pensée d’Hubert Reeves, de Pierre Dansereau et de Michel Jurdant. Rien de moins !

Tout cela est bien beau et bien orienté. On reconnaît des éléments du discours écologistes, socialistes et antiproductivistes. Comme on l’avait déjà noté dans une analyse de trois manuels ECR du primaire approuvés par le Bureau de l’approbation du matériel didactique : « On ne parle donc jamais de notre développement, notre richesse, notre confort, etc. N’y aurait-il aucune responsabilité éthique à se développer ? »
Les questions existentielles, le sens de la vie, les grandes religions (leur fondement mais aussi leurs dérives et dérapes), la justice et enfin l’ambiguïté humaine (le dopage sportif et la tricherie) viendront clore l’année scolaire.

Notons que le professeur parle peu des religions et assure les critiquer (« les dérives et dérapes [sic] »). Ce n’est sans doute pas étranger au fait qu’il écrive dans le Devoir et veuille rassurer ses lecteurs « laïcs ». Mais M. Tremblay se garde bien d’être précis. Des critiques sur l’islam ? Des critiques sur l’impasse du dialogue interreligieux ?

On se demande bien comment le cours ECR pourra donner un sens à la vie alors que le professeur est supposé être neutre et un simple animateur. Gageons que M. Alain Tremblay essaie de remédier à ce vide métaphysique en guidant ses élèves adolescents dans la voie qu’il a choisie.
J’en profite pour inviter MM. Richard Martineau, Mathieu Bock-Côté et Jean-François Lisée à assister à un de mes cours (ou à un cours de mes excellents et rigoureux collègues).

Après une critique sévère du cours ECR, des élèves d’une école de Granby avaient fait la même invitation à des adultes pour qu’ils assistent à « leur » cour d’ECR. Un père de famille avait voulu accepter cette invitation. Après de multiples tentatives pour joindre l’enseignante d’ECR, Mme Bergeron, celle-ci a refusé que ce monsieur y participe prétextant une vague opposition des parents. Selon ce lecteur outré : « dans le journal, cette professeur se donne le beau rôle, fait tancer les adultes qui n’apprécient pas ce cours par ses élèves influençables et obéissants, puis elle refuse l’invitation en privé. Est-ce là un comportement digne ? »
Simplement afin de constater que nous n’endoctrinons pas nos élèves, mais dénonçons, haut et fort, toutes formes d’intolérance, source de mal et de souffrance.

La liste des exemples d’intolérance ci-dessus est sélective. Toute liste l’est, aucune n’est vraiment neutre. On doit toujours trier selon ce que l’on considère comme grave et pertinent. Le nazisme est-il vraiment un exemple pertinent ? Le racisme si important aujourd’hui ? Ou l’obsession qui entoure cette dénonciation ne sert-elle pas d’autres fins : culpabiliser les jeunes québécois (qui n’ont pas de passé colonialiste ni esclavagiste pourtant !) et miner le nationalisme québécois par association ?

Et puis la valeur suprême de notre société devrait-elle vraiment être la « tolérance » ? N’est-ce pas la base même du multiculturalisme ? Il faut tolérer toutes les religions, toutes les coutumes, toutes les langues car — selon la vulgate politiquement correcte — l’intégration, l’assimilation sont des formes de violences devant des différences qui nous enrichiraient ?

Messieurs, l’objectif de ce cours est de rendre les jeunes plus conscients et sensibles, moins individualistes,

Il n’est pas du tout évident que cela soit le cas : le programme insiste beaucoup sur l’autonomie de l’enfant, il le laisse seul arbitre en théorie des questions éthiques, il doit refuser tout préjugé collectif... Et depuis quand l’État a-t-il le mandat de rendre les enfants des autres plus ou moins individualistes ?

moins égoïstes, plus ouverts sur la différence et plus respectueux des humains et autres formes de vie !

Toutes formes de vie ? Les plantes, les amibes, les moustiques, les bactéries, etc. ? Qu’est-ce que ce prêchi-prêcha écologiste de base ? Et des parents confient leurs enfants à ce professeur ?

En peu de mots : participer activement, par des gestes salutaires et généreux, à la construction d’un monde meilleur !

Que c’est lyrique et peu neutre... (meilleur en fonction de quoi ?)

Cela dépasse toute forme de politique et de nationalisme. Quel défi en [ce?] XXIe siècle ou [sic: où] mensonges, désinformation et populisme règnent impérialement !

Quand on vous avait dit que le nationalisme et le « populisme » prononcé du même souffle que « mensonge » et « désinformation » c’était très mal. Et, faisant toujours dans la nuance, ce professeur déclare tous ces maux « régne[r] impérialement ». Rien que cela. Heureusement de nouveaux curés veillent. Ils font catéchèse dans les écoles apparemment.

[...]
Bientôt, nous accueillerons les réfugiés syriens. J’ai hâte de les rencontrer. Je serai humble et ému devant ces enfants de la guerre. Unis par notre humanité, nous partagerons tous ensemble ! Partager et non… endoctriner !

Et ça se donne le beau rôle... en toute humilité, bien sûr. Notons que le dalaï-lama, dont nous parlait ce prof d'ECR au début, trouve qu'il y a désormais trop de réfugiés en Europe... (AFP le 31/05/2016).

Après un tel plaidoyer émouvant et partial, comment un élève de la classe de M. Tremblay, ce professeur si effacé, si neutre, oserait-il le contredire et notamment dire que le nationalisme n'est pas un mal, que l’immigration doit être limitée, qu’il n’est pas nécessairement bon pour le Québec d’accueillir tant d'immigrants ?

vendredi 16 septembre 2016

Joëlle Quérin et « La face cachée du cours Éthique et culture religieuse »

Sociologue (Ph.D.) spécialisée sur les questions liées à l’éducation et professeur au cégep de Saint-Jérôme, Joëlle Quérin a réfléchi en profondeur au cours ECR. Il y a quelques années, en 2008 [2009], elle publiait pour l’Institut de recherche sur le Québec une étude majeure qui avait eu un grand écho à propos du cours ECR, où elle explicitait et révélait ses finalités politiques (transparence totale, comme on dit, j’étais et je suis encore associé à l’IRQ). En fait, elle expliquait quels objectifs politiques sert ce cours, en montrant comment il proposait d’instrumentaliser l’école pour faire la promotion du multiculturalisme. Elle revient sur la question dans un chapitre du livre La face cachée du cours Éthique et culture religieuse (Léméac, 2016). Je lui ai posé quelques questions à propos de ce cours.


Q. — Dans le livre La face cachée du cours ECR, vous revenez sur la question des orientations politiques du cours ECR dans un texte très fouillé où vous montrez comment le cours n’est pas exempt d’une volonté d’endoctrinement. Pourriez-vous nous en dire plus sur ces objectifs politiques ?

Joëlle Quérin — Dès la première fois où il a été question de remplacer l’enseignement religieux confessionnel par un cours d’éthique et culture religieuse, dans le rapport Proulx (1999), l’objectif était clairement annoncé : il s’agissait d’apprendre aux enfants comment se comporter en présence de la diversité religieuse. Cet objectif a été réitéré plusieurs fois dans des rapports émanant du Ministère de l’éducation tout au long des années 2000, et surtout à l’approche de l’implantation du cours en 2008. On était alors en pleine crise des accommodements raisonnables, et les appels se faisaient de plus en plus nombreux de la part d’acteurs institutionnels, tels que le Comité sur les affaires religieuses du Ministère de l’éducation et la Commission Bouchard-Taylor, pour mettre en place ce cours au plus vite. On espérait que celui-ci permettrait à terme de calmer la grogne populaire autour des accommodements, en apprenant aux enfants à accepter toutes les pratiques religieuses qui les entourent. Le professeur de philosophie Georges Leroux parlait du cours ÉCR comme d’une « thérapie » collective devant « inculquer le respect absolu de toute position religieuse », notamment le port du kirpan à l’école. C’est effectivement ce que prescrit le programme ministériel d’ÉCR, qu’on pourrait renommer Accommodement 101 : un endoctrinement multiculturaliste qui s’échelonne du début du primaire jusqu’à la fin du secondaire.

Q. — Plusieurs croient que le cours ECR a néanmoins la vertu de transmettre une solide culture religieuse aux jeunes générations, dans un monde où la religion joue un rôle de plus en plus grand. Est-ce le cas ? Autrement dit, s’agit-il d’un cours d’histoire des religions, ou de culture religieuse?

— Absolument pas. Le titre du cours est extrêmement trompeur à cet égard. On peut comprendre les parents d’avoir d’abord été séduits par un tel cours qui, en apparence, devait offrir à leurs enfants une solide culture religieuse essentielle à la compréhension du monde d’aujourd’hui.

Le programme d’ÉCR l’énonce pourtant très clairement : le volet culture religieuse du cours ne porte pas sur l’histoire des doctrines et des religions. D’ailleurs, le volet éthique du cours non plus ne vise pas à enseigner les doctrines philosophiques. Assimilées à un enseignement « encyclopédique » et ennuyeux, ces connaissances sont explicitement rejetées par les concepteurs du programme, qui les jugent inutiles à l’atteinte des objectifs du cours. Dans le programme, l’accent est mis sur les « attitudes » et les « comportements » que les enfants doivent adopter à l’égard de la diversité religieuse, et non sur la transmission de connaissances.

Q. — Certains répondent : très bien, ECR cause problème, mais par quoi devons-nous le remplacer? Je me permets de reformuler la question : imaginons qu’on parvienne à abolir ECR. Faut-il le remplacer par quelque chose, ou devons-nous simplement redistribuer le temps qui lui est consacré à autre chose ?

— Plusieurs solutions de rechange sont proposées par divers collaborateurs de La face cachée du cours Éthique et culture religieuse.

Pour ma part, je suis ouverte à plusieurs possibilités, mais j’aurais tendance à faire une distinction entre les niveaux primaire et secondaire.

Au primaire, les périodes accordées au cours ÉCR pourraient simplement être redistribuées parmi les matières de bases, comme le français et les mathématiques, mais aussi l’éducation physique, dont les enfants ont grandement besoin. D’ailleurs, certains enseignants le font déjà, lorsqu’ils doivent rattraper du retard dans certaines matières ou lorsqu’ils sont mal à l’aise avec le cours ÉCR.

Voir aussi

Joëlle Quérin répond à ses détracteurs chez Denise Bombardier (vidéo)

Joëlle Quérin explique son étude sur le cours ECR à RDI (vidéo)

Joëlle Quérin sur VTélé (Mario Dumont) au sujet du cours ECR (vidéo)

Livre sur le cours ECR : Au-delà des apparences (Guy Durand)

Livre Regards sur le cours ECR : La Religion sans confession

Le Devoir (Louis Cornellier) : « L'école n'est pas au service des parents. »


Remplacer le cours d’ECR par un cours sur le patrimoine québécois

Éric Lanthier dans le Héraut de (la rue) Prince Arthur suggère d'abolir le programme ECR et de le remplacer par un cours sur le patrimoine québécois. 

Nous le trouvons trop pessimiste quand il déclare que « les Québécois ont cessé de se battre contre ce cours qui ne plaît qu’aux adeptes du multiculturalisme ». Le simple fait que de nombreuses personnes continuent de vouloir l'abolir ou l'améliorer (Louis Cornellier du Devoir qui simplifie à outrance la position des parents religieux) montre bien la persistante insatisfaction des Québécois face à ce cours controversé. Les Québécois combattent ce programme non seulement en demandant son abrogation, mais également en ne l'enseignant guère dans les écoles et en continuant de vouloir en exempter leurs enfants de manière isolée (nous avons reçu cette semaine plusieurs demandes d'aide de parents qui voudraient que leur enfant en soit exempté, ils sont convoqués par le directeur de l'école (aux ordres) et se trouvent désarmés devant le Monopole de l'Éducation au Québec).

Le cours d’Éthique et de culture religieuse (ECR) ne fait pas consensus au sein des idéologues; il est contesté par les identitaires, par les croyants de foi athéiste, par les laïcistes intégristes et par les tenants du droit des parents de choisir un cours correspondant à leurs valeurs et à leurs croyances. Par l’usure des choses, les Québécois ont cessé de se battre contre ce cours qui ne plaît qu’aux adeptes du multiculturalisme.

Pour ma part, je suis un partisan du droit des parents. L’école n’appartient ni à l’État, ni à la société civile, ni aux employés qui y travaillent dans des conditions exécrables mais aux parents. L’école a toujours été l’extension du foyer. Le système scolaire est donc un outil collectif pour compléter le travail des parents et pour s’assurer que leur enfant soit équipé à vivre dans le présent siècle.

Base du nouveau programme

Au lieu d’endoctriner les élèves dans une vision du monde contraire à celle des parents, l’école devrait instruire les jeunes sur nos racines et sur notre patrimoine. Cette approche pourrait les aider à mieux comprendre notre contexte culturel.

La place d’ECR

Le cours d’Éthique et de culture religieuse (ECR) devrait être enseigné uniquement à la fin du secondaire pour donner strictement aux élèves des connaissances sur le christianisme, le judaïsme, le bouddhisme, l’islam, l’hindouisme et la spiritualité amérindienne. En ce qui concerne les autres niveaux du primaire et du secondaire, le Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) [Note du carnet : il est devenu le Ministère de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur, MEES, en 2015] pourrait offrir aux élèves un cours sur le patrimoine québécois. Essentiellement, ce cours serait en trois volets : le patrimoine religieux, le patrimoine colonial et le patrimoine culturel. Ainsi, il répondrait aux grandes questions suivantes :
  • Pourquoi les fêtes de Noël, de Pâques et de l’Action de grâce font-elles partie du calendrier québécois?
  • D’où vient la fête de Noël?
  • Quelle est la différence entre la Pâque juive et les Pâques chrétiennes?
  • Pourquoi les chrétiens affirment-ils que Jésus est Dieu fait homme?
  • Pourquoi Jacques Cartier plantait-il des croix en Nouvelle-France?
  • Qui furent les premiers chrétiens en Nouvelle-France?
  • Pourquoi fuyaient-ils la persécution?
  • Comment se fait-il qu’il y ait des clochers dans tous les quartiers et dans tous les villages du Québec?
  • Pourquoi des rues et des municipalités portent-elles des noms de saints?
  • Quelle est la différence entre les protestants et les catholiques?
  • Comment les cabanes à sucre sont-elles apparues?
  • Comment danse-t-on les rigodons et les «sets carrés»?
  • Quels sont les vêtements d’époque québécois?
  • Quelle est l’histoire du hockey sur glace?
  • Depuis quand les Québécois s’adonnent-ils à la chasse et à la pêche récréatives?
  • Quels sont les mets typiquement québécois?
  • Qui sont les auteurs, les acteurs et les scientifiques qui ont marqué le panorama québécois?

Par ailleurs, ce cours permettrait aux enfants issus des communautés culturelles de comprendre la culture et le patrimoine québécois. Esquiver ces grandes questions ne serait qu’un mépris pour notre histoire et pour notre patrimoine. Il est temps qu’un leader politique se lève et rallie les élèves autour d’une compréhension commune des sources de notre réalité contemporaine. À défaut, ne sachant pas d’où on vient, on ne sait pas où l’on va…

vendredi 9 septembre 2016

Témoignage d'un étudiant du cours Éthique et culture religieuse

Comme tout étudiant du secondaire, j'ai dû suivre le cours Éthique et culture religieuse, mis en place en 2007.

Ce cours, supposément instauré pour favoriser l'ouverture à l'autre et le dialogue cache mal son objectif réel, soit celui de faire adhérer une génération entière aux dogmes du multiculturalisme tout en censurant le débat public.

Les enseignants chargés de ce cours prêchent un relativisme culturel excessif et révoltant. Toutes les pratiques religieuses sont mises sur un pied d'égalité et les étudiants sont sans cesse appelés à justifier des accommodements dits raisonnables.

Si un étudiant a le malheur de contester voire seulement de questionner l'indifférence de l'enseignant devant certaines pratiques religieuses rétrogrades, il est accusé de manquer d'ouverture d'esprit. En d'autres mots, il est taxé d'intolérance, de xénophobie ou de racisme.

Devant cette pression exercée par un adulte incarnant l'autorité, la plupart des étudiants cèdent et mettent de côté leur bon sens pour chanter en cœur les louanges du renoncement identitaire et de l'effacement collectif.

Bref, l'instauration de ce cours fut une erreur monumentale. Sa liquidation est une urgence capitale.

Jeremy Normand

Trois-Rivières

(publié dans Le Nouvelliste)

mardi 6 septembre 2016

« Quand on parle d’éducation au Québec, on ne parle pas d’éducation »

Lise Ravary revient sur l’éducation au Québec dans une chronique récente :

Quand on parle d’éducation au Québec, on ne parle pas d’éducation. On parle de justice sociale, de syndicalisme, de toilettes pour les élèves transgenres, de tablettes électroniques, de taux de réussite (la chose la plus facile à manipuler au monde), du cours d’ECR, etc.

Dernier ajout à cette liste : le burkini. Interdisons-le à l’école et n’en parlons plus.

Et lorsqu’on s’excite à l’Assemblée nationale, c’est pour dénoncer l’état des écoles, débattre de l’utilité des commissions scolaires ou décrier le manque de ressources pour les élèves en difficulté qui représentent 20 % de la clientèle des écoles publiques.

Il faudrait bien se demander pourquoi avant d’atteindre 50 %.

Le contenu, pas le contenant

Parfois, un enseignant courageux expose sur la place publique le désintérêt des élèves, les chicanes interethniques, la mièvrerie de certains programmes, l’irresponsabilité des parents qui sortent leurs enfants de l’école le temps d’un voyage dans le sud, l’impossibilité d’intégrer tous les élèves en difficulté ou l’indiscipline dans les classes, quand ce n’est pas carrément la violen­ce.

Mais personne en position de changer quoi que ce soit ne parle du contenu des cours. Que des contenants. Quels grands auteurs seront lus en classe cette année ? Comment parlera-t-on des conflits dans le monde, du terrorisme ? Combien se feront dire que tout est de la faute de l’Occident ?

En ECR, va-t-on leur enseigner l’importance de bien se laver avant le sexe oral comme on l’a vu dans le docu­mentaire-vérité Secondaire 5 de Guillaume Sylvestre ? (voir ci-dessous à 0 min 50 secondes, le prof en est hilare).




Comment régler le problème de l’analphabétisme qui mine le Québec, 50 ans après la Commission Parent ? Personne, à part Jean-François Lisée qui s’attaque aux « vraies affaires » dans son programme Pour une éducation de la vraie égalité des chances.

Et surtout, surtout, qui parle au nom des élèves « ordinaires » ? Ceux qui n’ont ni TDAH, ni dysphasie, ni handicap ou qui n’arrivent pas de Syrie complètement traumatisés ?

Au nom de l’élève moyen

Autour de moi, et même dans ma famil­le proche, les décrocheurs étaient des élèves moyens, ordinaires.

Pas super motivés, mais pas désintéressés non plus. Le genre d’étudiant qui reste tranquille, de crainte qu’on lui demande de faire un effort, et qui passe à la trappe quand l’enseignant est débordé par les cas lourds.

Les plus brillants, les mieux encadrés à la maison finiront toujours par s’en sortir. Les plus poqués auront toujours besoin d’une attention spéciale.

Mais ils ne seront jamais ignorés. Comme le sont les élèves moyens qui pourraient faire mieux, mais qui finissent par s’ennuyer à mourir et décrocher, du moins dans leur tête.

Le gouvernement veut réinvestir en éducation. Tant mieux. Mais quelle éducation ? Combien de temps va-t-on persister avec une réforme qui repose sur une série de mythes pédagogi­ques entretenus par les experts du ministère, mais auxquels les enseignants ne croient pas ? Va-t-on continuer à prétendre qu’il n’y a aucune différence entre les filles et les garçons ? Que des classes où le quart, voire le tiers des élèves ont des difficultés d’apprentissage ou de comportement, c’est bon pour la socialisation des élèves ordinaires ?

Sans oublier le grand tabou en éducation : le décrochage de ces parents qui s’attendent à ce que l’école élève leurs enfants à leur place.

La solution à tout cela ?


Les faibles en maths diront « cessons de financer les écoles privées », car ils n’ont toujours pas compris que d’intégrer dans le système public des dizaines de milliers d’élèves du privé, où les parents paient 40 % de la facture, coûterait plus cher à l’État.

dimanche 22 mars 2015

L'épistémologie attrape-nigaud d'ECR


Billet du professeur de philosophie Jean Laberge repris de son blogue :

« Dans une société libérale comme la nôtre, tout le monde est en faveur de l’ouverture aux autres, de la différence, de la tolérance, du dialogue pour un vivre-ensemble harmonieux et paisible, et autres flonflons du même genre. Qui veut la fermeture, le refus de l’autre et de la différence ? Personne. Dans le meilleur des mondes, tous sont pour la vertu. En ce sens, disent les concepteurs du programme, nous devons tous souscrire programme d’Éthique et de culture religieuse (ECR) implanté dans nos écoles depuis septembre 2008, mais qui n’a de cesse de susciter la controverse. La récente décision de la Cour suprême d’exempter une institution privée d’enseignement catholique (le collège Loyola) du cours ECR, a remis le débat sur la table. Antoine Robitaille parle d’une « reconfessionalisation », et Mathieu Bock-Côté réaffirme son mantra voulant qu’ECR soit le véhicule de l’infâme multiculturalisme.

À mon avis, ce n’est pas tant le pluralisme prôné, par son principal concepteur, Georges Leroux, voire le multiculturalisme qu’il induit et que condamne Mathieu Bock-Côté, qui pose problème dans ECR. C’est sa base épistémologique. Rappelons que ECR origine du Rapport Proulx sur la place de la religion à l’école. Ledit rapport posait que l’école doit respecter les droits de la personne, notamment l’égalité fondamentale des citoyens et citoyennes devant la liberté de conscience et de religion. La conclusion du dit rapport coule, semble-t-il, de source : l’État doit s’abstenir de prendre position en faveur ou en défaveur de l’une ou l’autre des religions ; il ne doit pas favoriser l’enseignement d’une quelconque confession religieuse. En d’autres termes, un cours d’enseignement religieux doit simplement transmettre des connaissances de nature culturelle sur les diverses grandes religions. Le Rapport Proulx nous représente l’enseignement religieux catholique comme un enseignement doctrinaire. L’élève y assimilait, semble-t-il, les croyances catholiques. Le professeur enseignait de son côté les « vérités de la foi » du catholicisme. Un libéral, même croyant comme Jean-Pierre Proulx, avait alors toutes les raisons de condamner ce type d’endoctrinement.

Donc, ECR est ainsi fignolé pour n’enseigner que des connaissances [Note du carnet : et pas beaucoup !], pas des croyances. ECR présuppose donc qu’il existe une nette distinction entre les deux, connaissance, d’une part, et croyance, d’autre part. Depuis Platon, la connaissance est définie comme une croyance vraie justifiée. En matière de religion, la connaissance comme « vérités révélées », du moins en christianisme, posent de redoutables problèmes si l’on adopte la définition platonicienne de la connaissance, reprise par Descartes, qui, soit dit en passant, fut érigé en dogme absolu au Siècle des Lumières. En effet, devant le succès fulgurant des sciences expérimentales, la connaissance comme croyance vraie justifiée, se précisa davantage : aucune croyance autre que ce qui est matériel et naturel n’est admissible et légitime. Ce qui est « vrai », donc connaissable, ne peut être surnaturel ou immatériel. Les « vérités de la foi » se trouvèrent dès lors disqualifiées au titre de « connaissances ». Elles devinrent de simples croyances, telles celles de la croyance en une théière qui orbiterait autour de la terre (l’exemple est de Bertrand Russell). Les chrétiens reçurent l’étiquette de « croyant », tout comme les adeptes de l’islam, du judaïsme, qui croient donc à des vérités surnaturelles et immatérielles. Pourtant, les chrétiens ne se désignèrent jamais comme des « croyants », mais plutôt comme des témoins ou des fidèles de Jésus. Plus radical encore, un mathématicien et philosophe britannique du troisième quart du XIXe siècle, William Clifford, forgea l’expression « éthique de la croyance » (ethics of belief), en vue de mettre au pilori la religion chrétienne : « Il est mauvais toujours, partout pour quiconque, de croire quelque chose, sur la base d’une évidence insuffisante ». Lorsque les partisans du Canadien croyaient par les années passées que leur club allait gagner la coupe Stanley, non seulement ils se gouraient, selon Clifford, mais ils étaient moralement coupables d’entretenir ce type de croyance non fondée. Voilà, en gros, l’épistémologie évidentialiste qui a cours aujourd’hui et qui se trouve être au cœur du programme ECR. Le programnme ECR ne veut inculquer aucune croyance de nature immatérielle et surnaturelle aux jeunes parce qu’il est éthiquement mauvais ou préjudiciable de le faire, du moins selon l’épistémologie évidentialiste préconisée.

À mon sens, les catholiques québécois ont parfaitement raison de décrier ce sapin qu’ont leur a passé. ECR ne comprend rien à la religion chrétienne et, à fortiori, aux religions. Comment peut-on prétendre connaître quoi que ce soit lorsqu’au départ on pose un principe éthique de la croyance qui condamne la foi chrétienne à n’être qu’une simple croyance comparable à la théière de Russell ? ECR est attrape-nigaud épistémologique. Une autre épistémologie est possible et parfaitement légitime pour la foi chrétienne, c’est l’épistémologie des vertus (voir Roger Pouivet, Épistémologie des croyances religieuses). Rappelons, pour clore, cette vérité chrétienne fondamentale : la foi est une vertu théologale. Pas une simple croyance délirante, n’en déplaise à Russell et consorts. »




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